‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 14 sur 44 · I.A VIE DE I.'ÉfiLISE EN OCCIDENT. 19n · texte numérisé non relu

I.A VIE DE I.'ÉfiLISE EN OCCIDENT. 19n

lestant André (une Femme sur le siège de Pierre, ou Réouverture du tombeau de la papesse Jeanne, Gütersloh, 1866), ont essayé de la soutenir. Quant aux vrais savants du protestantisme, Neander, Gieseler, Kurtz, ils l'avaient depuis longtemps traitée de fable. Guericke la rejette également (Hist. eccles., II, 51), mais il croit (n. 1, ibid.) que c'est à cause de la papesse que Jean XX (1276) s'est nommé Jean XXI. (Voy. ci-dessous, § 36.)

Autres ouvrages: Sagittarii Introduct., I, p. 676; 11,626; Fabric, Bibl. gr., X, 930; Walch, Bibl. sélect., III, 648; Smets, das Mserchen von der Pfppstin Johanna, Cologne, 1829, 1835 ; surtout Dœllinger, die Papst-Fabeln des M. -A., Munich, 1863, p. 1-45.

Dœllinger essaye d'expliquer la formation successive de cette fable par la combinaison de difféxentes rumeurs, par des faits et des ouvrages mal interprétés; il cite notamment : a. l'emploi des sièges percés, semblables à ceux que les princes employaient pour leurs bains, pendant qu'on conduisait processionnellement le nouveau pape à Latran ; 6. une pierre revêtue d'une inscription et qu'on prenait pour un monument funèbre, mais notamment une pierre de Mithras, surmontée des lettres P. P. P. (« propria pecunia posuil »), que l'on compléta et iupréta ainsi dans la suite : « Parce Pater patrum, papissae pandere partum », etc.; c. une statue d'origine païenne, découverte au même lieu, avec des vêtements, et qu'on prit à tort pour une statue de femme; d. la coutume de faire un détour pendant la procession pour éviter une rue trop étroite. (Seulement oh n'a pas fourni la preuve historique et détaillée que ces objets et ces faits aient influé sur l'origine et l'enjolivement de la tradition.)

Il est certain que la fable a été diversement racontée. On fait naiire la papesse tantôt à Athènes, tantôt à Mayence, tantôt en Angleterre ; dans le principe, elle n'avait pas de nom et n'était pas savante , elle était un simple secrétaire; ensuite elle se nomma Agnès, Gilberta ou Jeanne : Jean était le nom le plus fréquent des papes. Les uns veulent que son sexe ait été reconnu aussitôt après son" élection ; les autres, deux ans plus tard, etc.

Charles Blascus (Diatribe de Joan. papissa, Neap., 1779) rapportait cette fable aux fausses Décrétales; il a été suivi par Gfrœrer (K.-G., III, ni, p. 978; Carohngiens, I, p. 288-293), qui la considère comme une satire contre la collection des Décrétales (collection qui aurait été faite à Mayence) et contre les relations de Léon IV avec les Grecs. Bellarmin (de Rom. Pont., III, 24), invoquant Léon IX, croit que cette fable a été transportée de la nouvelle Rome à l'ancienne Rome. Léon Allatius (Dissert. fab. de Joan. pap.) attribue .son origine k un fait qui se serait passé à Mayence à propos de la fausse prophétesse Thiota (Héfelé, IV, p. 122); Leibuilz (loc. cit.) la fait dériver d'un évèquo, Jean Anglicus, qui, dans un voyage à Rome, aurait été reconnu pour une femme; Aventin croit que c'est une satire contre Jean IX; Blondell, une satire

contre Jean XI ;Panvinius, une satire contre Jean XII (Not. ad Platin.; cf. Heumann, Diss. de orig. trad. fais, de Jean. pap.,Gœtt., 1733); Neander, (t. II, p. 200, n. I) présume que l'influence funeste de la domination des femmes à Rome (§ 26) et le nom de Jean, porté à cette époque par quelques papes indignes, ont donné lieu à cette fable. Baronius (an. 879, n. 5) et Binius (Not., ap. Mansi, XVII, 3) supposent que la faiblesse de Jean VIII à l'égard des Grecs, blâmée par plusieurs (§§ 169 et suiv.), en fut le prétexte. Selon Mai (Nov. Coll., t. I, Proleg., p. xlvii), cette supposition serait confirmée par le fait que Photius (de Spiritu sanct. myst., cap. lxxxix, p. 99) donnait à Jean VIII, un pape très précieux pour lui, le titre emphatique et trois fois répété d'homme « viril » (àvSpeïo;), comme s'il avait voulu protester contre un surnom que lui donnaient les critiques (yuvaixîaç, ^uvaixoeiô^;, yuvatxiov). Voyez mon ouvrage : Photius, II, p. 394; Héfelé, IV, p. 442. C'est là une des meilleures explications de l'origine de la fable. — Vita Benedict. III, Vignol., m, loi; Mansi, XV, 102 et seq.; Hincmar., Ann. (Pertz, I, 479); Bai'on., an. 8öS; Papencordt, p. 162. Sur l'affaire de Grégoire de Syracuse, voy. Héfelé, IV, p. 222, et mon ouvrage cité, I, p. 360, 362. Nous avons une nouvelle source (outre Nicol. I, ep. vm,.q. 11; Hadrian. II, epist. ad Ignat., Stylian., etc.), dans les actes que Deusdedit (Collect, canon., lib. IV, c. clxii, p. 50o-312) nous a transmis du concile tenu à Constanlinople en 861 (§ 148), il est vrai, sous une forme très altérée. Cette plainte des légats de Rome, qu'Ignace n'avait pas répondu au pape Benoît (p. 306), ne peut se rapporter qu'à la dernière exigence de Benoit; quant à celle-ci, qu'il ne voulut pas même voir l'écrit du pape (p. 510), elle est égalem'ent citée comme une allégation de ses adversaires par Hadr. II, ep. ad Ignat. Ailleurs (p. oH), on nie qu'il ait envoyé des délégués (p. 507). Ignace, d'après les actes, aurait reçu la lettre en juillet 857, quelques mois avant son expulsion (je tiens pour faux les chiffres iX aut X, p. 507; — IV aut V sont plus exacts). Sur le concile de Soissons, Mansi, XV, 738 et seq., 745 et seq.; Héfelé, IV, p. 310 et seq.

Nicolas 1er.

M. L'empereur Louis fut témoin de l'élection de Nicolas, fils du primicier Théodore, et passa pour l'avoir favorisée. 11 assista à l'intronisation du nouveau pape, et lui témoigna beaucoup de bienveillance. Le pape l'étant allé visiter dans son camp, hors de la ville, l'empereur se rendit à pied à sa rencontre, et, à l'exemple de Pépin, mena quelque temps son cheval par la bride, cérémonial qui fut adopté dans la suite comme une marque de respect envers le chef de l'Église. Bientôt le pape eut à s'élever contre l'orgueilleux Jean, archevêque de Ravenne, qui avait accaparé plusieurs domaines de l'Église, empêché les pè-

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lerinages de dévotion à Rome et emprisonné les officiers du pape; il avait été de plus excommunié pour ne s'être pas rendii à l'invitation d'aller à Rome. Jean s'enfuit à Pavie auprès de l'empereur, qui l'obligea de se rendre à Rome avec ses commis.saires. Ceux-ci s'aperçurent que Jean abusait de leur protection ; et le pape, de son côté, lui donna un nouveau délai pour rendre compte de sa conduite. Nicolas se transporta luimême à Ravenne, sur la demande des habitants de l'exarchat, y rétablit l'ordre, et rendit leurs biens à ceux qui en avaient été dépouillés. Jean retourna à Pavie; mais, comme il était excommunié, personne ne voulut l'héberger.

L'empereur lui-même, dont il sollicitait la protection, répondit : « Qu'il aille s'humilier devant le pape, à qui nous-même sommes soumis : c'est le seul moyen d'obtenir ce qu'il demande. » Jean renouvela l'acte de soumission au pape, qu'il avait mal fait lors de son ordination, récita une nouvelle formule dans un concile de Rome, et fut gracié après avoir promis une entière obéissance (novembre 861). La négligence de beaucoup d'évèques, qui oubliaient leurs devoirs, et la vie criminelle des princes préparaient au pape de cruels soucis. Le voluptueux Lothaire II, deuxiè'me fils de Lothaire I", répudia de son propre chef sa fennne Theutberge, sous prétexte qu'avant sou mariage elle avait commis un inceste avec son frère l'abbé Hubert, et il épousa sa concubine Waldrade, avec l'approbation de plusieurs évêques trop dociles à ses vues, tels que Gonthaire de Cologne et Thietgaud de Trêves.

La reine congédiée implora l'assistance du pape, et Charles le Chauve s'employa en sa faveur. Flincmar, "archevêque de Reims, qui se trouvait dans ses États, la défendit dans un écrit. De son côté, Lothaire s'adressa hypocritement au pape, et le pria de réunir un concile pour y examiner le litige. Il prétendit cette fois qu'il avait été promis à Waldrade du vivant de son père; et plus tard, quand il vit que cette raison était insuffisante, qu'il l'avait déjcà épousée. Le pape Nicolas convoqua à Metz un concile, où devaient se réunir, sous la présidence de ses légats, non seulement les évêques du royaume de Lothaire, mais aussi ceux des autres Etats francs. Lothaire s'opposa au voyage de ces derniers, et décida, en corrompant les légats du pape, le concile de Metz à prononcer en sa faveur (juin 863). Nicolas I"

annula le jugement, déposa les archevêques Gonthaireet Thietpraud, et ne promit le pardon à leurs complices qu'autant qu'ils l'enverraient demander au Saint-Siège et se conformeraient à ses ordres. Gonthaire et Thietgaud se créèrent partout des alliés contre le pape, qui était alors en lutte avec Constantinople. Ils se retirèrent à Bénévent, et firent épouser leur querelle à l'empereur Louis , en lui représentant la déposition des envoyés de son frère comme un outrage à sa propre personne et à la majesté impériale.

Louis 11 partit de Bénévent avec une armée et s'avança contre Rome, afln de faire expier au pape l'injure qu'il prétendait en avoir reçue. Le pape prescrivit un jeune général et des processions, et demeura inflexible môme après que Louis fut entré dans Rome (commencement de 864). Tandis que le pape et le clergé se rendaient en procession à l'église de Saint- Pierre, ils furent frappés et renversés par les gens de l'empereur; les bannières et les croix furent brisées*. Le pape y passa deux nuits en prière, sans prendre aucune nourriture. Les désastres qui frappaient son armée, firent rentrer l'empereur en luimême. A la suite des explications que lui fournit le pape dans une conférence ménagée par l'impératrice Engelberge, l'empereur cessa de prêter l'oreille aux deux évêques déposés, et sortit de Rome avec ses troupes, il vécut plus tard en bonne intelligence avec le pape, et quand ses oncles Louis et Charles délibéraient sur un partage des domaines appartenant à leur neveu, Nicolas prononça en sa faveur (8()o), en exigeant qu'on lui donnât la facilité d'adnjinistrer l'empire favorisé de Dieu , qu'il avait reçu avec l'onction et la bénédiction, par l'entremise des chefs apostoliques, pour l'exaltation de l'Église.

Vita Nicol., cum epist. et syn., Mansi, XV, 1 i3 et seq., 27ö et seq., 611 et seq.; Annal. Berlin., an. 858 et seq.; Hincmar., Annal., an. 86i; Erehemp., Hist. Longob., c. xxxvn (Migne, t. CXXIX, p. 764); Regino, Chron., an. 860 (Perlz, 1, 372); Hincmar., de Divorl. Loth. (Migne, t. CXXV, p. 623 et seq.); Héfelé, IV, p. 239 et seq., 282 et seq.; Nicol. ep. XXVI, Mansi, loc. cit., p. 288; Jaffé, n. 2104.

' Une croix ov'i sainte Hélène avait fait enchAsser du bois de la vraie croix fut rompue el jetée dans la boue. (Note du tradj

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42. L'archevêque Gonthaire ne se soumit point à la censure du pape, mais il ouvoya son frère Ililduiri lui porter une protestation virulente, avec ordre de la déposer sur le tombeau de saint Pierre, si le pape refusait de la recevoir; puis il essaya, par des lettres circulaires, de soulever les évêques contre le pape, en le dépeignant comme un despote insupportable. Nicolas demeura ferme comme le roc en face de ce prélat criminel, qui avait autrefois essayé de le tromper lui-même, et en face de ses complices. Le roi Lothaire, pressé par ses oncles, se vit obligé d'écrire au pape des lettres respectueuses et de lui promettre obéissance ; il offrit d'aller à Rome en personne. Quant aux évêques déposés, il se contenta d'intercéder pour eux. Les complices de l'inique sentence de Metz implorèrent bientôt leur pardon et le reçurent. Thietgaud de Trêves s'abstint des fonctions épiscopales ; Gonthaire, qui continuait de les exercer par bravade, fut chassé de son église par Lothaire lui même. Lorsqu'Arsène, évêque d'Orta, survint en qualité de légat, avec une lettre du pape (865), qui menaçait le roi d'excommunication s'il ne congédiait Waldrade et ne reprenait Theutberge comme épouse, Lothaire consentit à tout, et douze comtes assurèrent par serment qu'il rappellerait Theutberge.

Le jour de l'Assomption, à Gondreville, le légat célébra pontificalement la messe, à laquelle Lothaire et Theutberge assistèrent en habits royaux et la couronne sur la tête. Le légat partit pour Rome, accompagné de Waldrade. Il emmena aussi de la Bavière Ingeltrude, qui avait quitté son mari, le comte Boson. Ingeltrude l'abandoima bientôt, et Waldrade, arrivée en Italie, se lassa également d'une pénitence qu'elle subissait malgré elle, et retourna en France, où elle fut publiquement excommuniée (866).

Theutberge ne tarda pas à être en butte à de nouvelles vexations, et de son côté Lothaire reprit son commerce illicite. La reine, pour échapper à son sort malheureux, pria elle-même le pape de dissoudre son mariage et de lui permettre d'entrer dans un monastère. Le pape ne pouvait accéder à ses vœux : car il s'agissait de sauvegarder la sainteté du mariage, de faire respecter la loi divine, qui sans lui aurait été foulée aux pieds par la plupart des évoques et par les princes carlovingiens. Il écrivit plusieurs lettres à ceux qui avaient trempé dans cette affair",

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pour les rappeler à leur devoir. Il démêlait l'hypocrisie de Lothairc, quand celui-ci l'assurait que depuis le départ du légat il n'avait pas revu Waldrade, et il était sur le point d'excommunier le prince adultère lorsqu'il fut surpris par la mort.

Protest. Gunth., Baron., an. 863, n. 27 et seq. Le texte varie un peu dans Hincmar, Ann.; Pertz, I, 463 et seq.; Migne, t. CXXI, p. 377-380; Nicol. et Loth. ep.; Mansi, loc. cit., p. 312 et seq., 384 et seq.; Migne, loc. cit., p. 371-375; Floss, die Papstwahl unter den Ottonen, Fribourg, 1858, p. 30 et suiv.; cf. Regino, loc. cit., an. 866, p. 573.

Nicolas 1er et Hincxnar de Reims.

13. Nicolas déployait partout la même énergie. Hincmar, archevêque de Reims, avait, en sa qualité de métropolitain, rétabli un prêtre criminel déposé par Rothade, évêque de Soissons. Rothade s'opposa à cette réhabilitation, et Hincmar l'excommunia (861). Rothade en appela au pape; mais il fut empêché de faire le voyage de Rome, sous prétexte qu'il s'était désisté luimême de .son appellation. Il fut emprisonné et déposé (862). Un tel pouvoir exercé par un métropolitain sur un évêque suffragant, même appuyé d'un concile, était une véritable tyrannie, et le pape ne pouvait le considérer d'un œil indifférent. Comme Hincmar s'était aussi adressé à lui, le pape exigea que Rothade et ses accusateurs fussent envoyés à Rome, et il invalida la nomination du successeur de Rothade, .entreprise par Hincmar (863). Rothade put enfin exécuter son voyage. Aucun accusateur ne s'étant présenté, le pape lui permit de .«^e justifier, reconnut son iiHiocence, et chargea le légat Arsène de le réintégrer dans son évêché.

Les évêques suffragants trouvaient dans le pape leur principal appui contre l'omnipotence des métropolitains. Les prélats réunis à Troyes en 867 le prièrent de sauvegarder les privilèges de l'épiscopat et de faire observer les décrets de ses prédécesseurs, afin qu'on ne put déposer dans la suite aucun évoque sans l'assentiment du Saint-Siège. Hincmar, qui soutenait que Rothade avait demandé des juges choisis dans son pays, et que la passion avait été étrangère à sa déposition; Hincmar, qui prétendait que les affaires soûles des métropolitains, et non celles des suffragants, devaient figurer parmi a les causes

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majeures »; Hincmar avait lui-même déclaré précédemment qu'il mettait au-dessus de tout la communion avec le Saint- Siège. Seulement, ajoutait-il, il no fallait pas que le métropolitain fût méprisé des évêques ses subordonnés, et il demandait la confirmation des droits de son Église. Hincmar, homme fort instruit, mais caractère hautain, était du reste mal disposé envers le pape, qui lui opposait une fermeté calme et invincible.

Son prédécesseur P'bbon avait, quoique déposé (835 et 842), exercé diverses fonctions épiscopales et ordonné des prêtres. Hincmar les avait suspendus, et un concile de Soissons, non content de confirmer sa sentence, y avait ajouté l'excommunication. Ce jugement, Benoit III ne l'avait confirmé que sous condition, et Nicolas I" (863) ne l'approuva que dans l'hypothèse où Hincmar n'aurait en rien contrevenu aux ordonnances du Saint-Siège. Ces ecclésiastiques en appelèrent au pape, et Charles le Chauve, qui aurait désiré que l'un d'eux, Wulfad, fût élevé sur le siège de Bourges, s'intéressa à leur affaire. Nicolas, incertain si Ebbon avait été légitimement déposé, décida qu'un nouveau concile aurait heu à Soissons en 866. Ce concile choisit le terme moyen proposé par Hincmar (qui défendit résolument l'illégitimité d'Ebbon après sa première déposition) : sans anéantir le jugement du précédent concile, il résolut de rétablir les clercs dans leurs fonctions, par la grâce et en vertu de l'autorité du pape, puisqu'ils n'avaient pas été illégitimement ordonnés de leur propre faute. On approuva aussi la nomination de Wulfad au siège de Bourges, ce qui n'était pas conforme aux strictes règles du droit. Nicolas I" blcàma les irrégularités de ce concile de Soissons, comme celles du précédent, se plaignit que d'importants documents ne lui eussent pas été communiqués et qu'Hincmar eût modifié les paroles du pape.

Hincmar essaya de se justifier des reproches qu'on lui faisait, et un concile de Troyes (oct. 867) compléta les précédents renseignements. Le roi Charles, de son côté, demanda le pallium pour Wulfad, et présenta l'affaire d'Ebbon dans un sens encore plus favorable, vers lequel le Saint-Siège semblait lui-même incliner. Cette contestation fut vidée d'une manière satisfaisante.

Le pape insista par l'entremise de Paul, évêque de Populonie, et de Saxus, abbé de Rome, pour l'abolition des mariages

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incestueux dans l'île de Sardaigne; il prit sous sa défense, dans l'intérêt de la liberté des époux, le mariage de Judith, veuve du roi d'Angleterre et fille de Charles le Chauve, avec le comte Baudoin de Flandre, ce mariage que les évêques avaient condamné parce qu'il déplaisait au roi (862); il protégea partout les opprimés, secourut la détresse des malheureux, rétabht Seufred, évêque de Plaisance, violemment déposé, ainsi que le diacre Pompo, privé de sa charge par son évêque Pandolf, et répondit à une infinité de questions qui lui étaient adressées de toutes les parties de la chrétienté. L'Église romaine jouissait de grandes prérogatives; mais c'est parce qu'elle devait être, selon la conviction intime du pape, « le remède de toute la catholicité, une arme pour repousser toute injustice, le modèle des prêtres du Seigneur, l'asile enfin de tous ceux qui étaient en dignité, comme de tous ceux qui souffraient injustement persécution. »

OUVRAGES A CONSULTER SUR I.E N° i'S.

Ilothad. libell. proclamât., Mansi, XV, 681 et seq.; Hincmar. ep. ii ad Mcol.; Mig-ne, t. CXXVI, p. 23 et seq., 46 et seq.; Nicol. ep., Mansi, loc. cit., p. liiO et seq., 679 et seq.; JafFé, p. 246 et seq.; Héfelé, IV, p. 243 et seq., 268 et seq.; Otto, de Causa Rothadi ep. Suession. diss., Vratisl., 1862. Concile de ïroyes, Mansi, p. 795. Sur l'ordination d'Ebbon, Baron., an. 863, n. 64; an. 866, n. 49 et seq., 64; Mansi, XIV, 982 et seq.; XV, tlO, 374, 705 et seq.; Héfelé, IV, p. 173 et seq., 300 et seq. Mariage de Judith, Nicol. ep. xx, xxi ; Hincmar. ep. u; Pertz, I, 462; Héfelé, IV, p. 248, '2'6% 274. Travaux de Nicolas I", Vita, loc. cit., p. 1ÖMÖ6; A. Thiel, de Nicol. I Comment.-, Brunsl.., 1859, 1864. Les dernières paroles citées de ce pape sont tirées de Epist. xxx ad Carol. Calv., Mansi, XV, 298.

Le Faux Isidore.

14. La collection pseudo-isidorienne, élaborée en France entre les années 852 et 857, n'eut en aucune façon l'influence qu'on lui a si souvent attribuée; elle n'introduisit aucun changement dans la constitution de l'Église. Elle répondait, au contraire, dans son ensemble, aux idées et aux circonstances du temps, et ce qu'elle renfermait de véritablement nouveau ne passa point dans la pratique de l'Église. Dans le but qu'il se proposait, de fournir un ouvrage pratique aussi complet que possible sur différents sujets de droit canon, de théologie et de liturgie, son auteur fit usage de tous les matériaux qui se

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prêtaient à son dessein, donna à des autorités plus récentes les noms d'anciens papes (depuis Clément jusqu'à Damase), et aux documents apocryphes déjà existants il en joignit de nouveaux. Il visait surtout à faire ressortir l'indépendance de l'autorité ecclésiastique à l'égard du pouvoir civil, à procurer aux clercs une protection contre les mesures arbitraires des laïques, et aux évèques un refuge contre l'oppression des métropolitains, souvent tyranniques à cette époque. A ce dernier point de vue, il relevait principalement les prérogatives du Saint-Siège, montrait que c'était à lui de confirmer les décrets des conciles, parce qu'il possédait la plénitude de l'autorité; il défendait en même temps l'inviolabilité des évèques, qui tiennent leur puissance immédiatetement de Jésus-Christ et des apôtres.

La richesse, l'utilité pratique de ce recueil, le firent adopter peu à peu dans l'empire des Francs, et plusieurs de ses parties passèrent dans d'autres collections. Dans l'Église romaine, avant la fin du onzième siècle, il ne jouissait point d'une autorité particulière, ainsi qu'on le voit par le concile de Gerstungen, eu 1085. 11 est faux que Nicolas I" l'ait invoqué en témoignage, et il est avéré qu'en 864, l'année même où l'évêque Rothade les lui fit connaître, il ignorait 'l'existence des fausses décrétales. Quand ce pape rappelait que les affaires majeures, celles des évèques surtout, ressortissent au pontife romain, il avait en vue les décrétales authentiques d'Innocent I" et d'autres papes. Quand il disait que les conciles devaient être approuvés par le pape, il avait, pour justifier ce sentiment, le texte authentique du pape Gélase; quand il combattait cette opinion avancée par Hincmar, que les canons non insérés dans le code du pape Adrien, reçu à cette époque, n'avaient point force de lois, il y était d'autant plus autorisé qu'il aurait fallu, d'après ce sentiment, exclure les décrétales subséquentes, et que ce n'était pas là une raison pour rejeter une décrétale.

C'était par les mêmes arguments que Nicolas, le 48 mars 862, avait fait valoir contre les Grecs l'autorité des décrétales des papes. De plus, tandis que le faux Isidore distinguait rigoureusement entre les primats et le pape, Nicolas entendait (865) dans un tout autre sens le « primat » dont parlent les canons de Chalcédoine. Ce n'est pas non plus une maxime particulière au faux Isidore, mais une ancienne règle de droit, qu'un

évêqjie violemment déposé doit, avant toQte information, être rétabli dans sa charge. Ce principe et d'autres encore, celui-ci notamment, que tout accusé peut en appeler au Siège apostolique, surtout contre des juges tiostiles et suspects, Nicolas, ainsi qu'on le voit par ses explications avec les Grecs, pouvait l'appuyer de preuves rationnelles, d'anciens exemples, de textes de l'Écriture et de décrets émanés de ses prédécesseurs; ou plutôt la procédure du pape était trop légitime pour avoir besoin d'une telle justification. 11 agissait ainsi parce que les circonstances du temps lui en faisaient un pressant besoin, et en vertu des droits divins de sa primauté. Si les conclusions du faux Isidore concordent avec les actes de ce pape, il ne s'ensuit point que cet inventeur ait exercé la moindre influence sur ses décisions. L'embarras où se trouva Nicolas quand on lui demanda communication d'une décrétale du pape Melchiade, montre clairement qu'il n'en avait aucune connaissance.

Pseudo-lsidori Collect., in Merlini Coiicil., t. I, Par., 1523;Colün., 1530; Par., 1535; Migne, Pair, lat., t. CXXX. La meilleure édition est du P. Hiiiseliius, cum Capit. Angelrami, Lips., 1863, Voyez-en la longue préface, où sont insérées la récension plus longue et la récension plus courte. Son authenticité a été révoquée en doute au douzième siècle par Pierre Comestor (Galland., Syllog., t. II, c. v, p. 30), et vers 1324 par Marsile de Padoue, au quinzième siècle par Gobelimis Persona, Henri Kalteisen, Mcolas de Cuse (de Concord. cath., III, ii), Jean de Turrecremala (Sunnn. do Eecl., II, ci). Au seizième siècle, elle a été reconnue apociyphe par Dumoulin, Le Comte, Lrasnie, Antoine Augustin. IJaroniiis, an. 860, n. 8; Uellarm., de Rom. Pontif., Il, xiv. Les Centuriateurs de Magdebourg (t. II, c. vu; t. III, c. vji) furent encore combattus par le jésuite Turrianus (Adv. Magdeb. Centuriat. pro can. apost. et epist. décret. Pontif. libri V, Flor., 1572; Colon., 1573); il a été réfuté pur Blondel (Pseudo-Isidorus et Turrianus vapulantes, Genev., 1628, 163Ö).

Autres ouvrages : Spittler, Gesch. des canon. R., Halle, 1778, p. 243 et suiv.; Planck, Gesch. der christl. Gesellsch.-Verf., H, p. 800 et suiv.; Knust, de Fontihus et Consilio Pseudo-Isid., Gœtt., 1832; Eichhorn, Die span, Samml.; Abhdlgn. der Berl. Akad. der Wiss., 1839; Ztschr. f. gesch. R.-Wiss., 1842, XI, p. H9 et suiv.; H. Wasserschieben, Diss. de patria décrétai. Ps.-Isid., VratisL, 1843; le même, Beilr. z. Gesch. der falschen Decretalen, Breslau, 1844; et Art. Ps.-Isid., dans Herzog, Real- Encycl., t. XII, p. 337 et suiv.; Gfrœrer, Ueber Alter, Zweck und Ursprung der Decr. des falschen Isidor (Freib. Ztschr. f. Theol., 1847,

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t. XVII, livrais. 2). Untersuchung über Alter u. s. f., Fribourg, 1848; Carolinger, I, p. 7, 210. Voy. Hall. Allg. Lit.-Ztg., 1849, p. 277 et suiv.; Weizstecker, Hincmar und Ps.-Isidor (Niedner, Ztschr. f. hist. Theol., 1858, p, 327 et suiv.); Der Kampf gegen den Chorepiscopat, Tubingue, 1859; Die Pseudo-Isid. Frage in ihrem gegenwœrt. Stand (Sybel, Hist. Ztschr., 1860, t. 111, p. 42 et suiv.; 1862, t. VII, p. 377 et suiv.). K. v. Norden, Ebbo, Hincmar und Ps.-Isidor (ibid., VII, p. 311 et suiv.); Ilincmar, Erzb. von Rbeims, Bonn, 1863 (avec de nombreuses conjectures non prouvées), et Hinschius, dans Dove, Ztschr. f. K.-R., 1866, IV, p. 148 et suiv.; Dove, Notes sur Richter, K.-H., 6"= éd., §§ 38 et suiv. Auteurs catholiques : Coustant, Epist. Rom. Pont., Prsef. de ant. can. coll., § 10; Ballerini, Observât, in Diss. Quesn., XII, in Op. Leon. M. (Migne, t. LVI, p. 947 et seq.); de Ant, can. coll., part. III, c. vi (ibid., p. 240 et seq.); Blasci, Comment, de collect, can. Isid. Merc. (Galland,, .Sylloge, Mog., 1790, II, p. 1 et seq.); Marchetti, Saggio critico sopra la Storia di Cl. Fleury, Rome, 1781; Zaccaria, Antifebronio, t. I, diss. III, c. III- v, p. 283 et seq., ed. Pesaro, contre cette assertion de Van Espen (de Coll. Isid. Merc, Op. t. III), renouvelée par Fébronius (de Statu Ecclcs., c. Yiii, § 7; cf. c. v, § 3), que le faux Isidore aurait bouleversé la constitution de l'Église. A. Theiner, de Pseudo-Isidoriana can. Coll., VratisL, 1827 (dans Blasco), St. Turk, de Jurisdict. civil, per med. aev. cum eccl. conjunctse orig. et progr., Monast., 1832; Mœhler, Fragmente aus und über Ps.-Isidor (Ges. Sehr., I, p. 283 et suiv.); Dœllinger, Lehrh. (1843), II, p. 40-44; KunstiUann, Fragmente über Ps -Isidor (N. Sion, 1843, n. 32 et suiv.). et article dans Bonner K.-Lex., IV, p. 689 et suiv.; Héfelé, Ueber den Stand der Ps.-Isidor. Frage (Quart.-Schr., 1847, p. 383 et suiv.; voy. Freib. K.-Lex., 1832, VIII, p. 849 et suiv.); Rosshirt, Zu den kirchenrechtl. Quellen des ersten Jahrtaus. u. zu den Ps.-Isidor. Décret., Heidelb., 1849. Comp. Heidelb. Jahrbücher, 1849, I, p. 62 et suiv.; Phillips, K.-R., IV, p. 61 et suiv.; Walter (qui en 1822 soutenait déjà l'opinion véritable), Lehr, des K.-R., 11= éd. (1854), § 95 et suiv., p. 162 et suiv.; Schulte, K.-R., 2« éd.- (1868), p. 19 et suiv.; mon Anti-Janus (1870), p. 104 et suiv. U y a une controverse sur le rapport des « Capitula Angilramni » au faux Isidore; Wasserschieben, Gfrœrei", Héfelé, Richter, croient que les « Capitula » sont plus anciens; d'autres le nient. La collection de Benoit Lévite est en corrélation étroite avec le faux Isidore, lequel, selon Hinschius, aurait puisé chez lui. Wasserschieben croit le contraire. Kraus (Quart. -Schrift, 1866, p. 486) pense que Benoît a utilisé les matériaux du faux Isidore, qu'il aurait trouvés aux archives de Mayence ; mais que son travail a été pareillement consulté par Isidore, qui acheva plus tard sa collection. Plusieurs font de Benoît l'auteur des trois fausses collections (voy. Vering, Droit canon, I, § 17, p. 40); d'autres cherchent l'auteur de notre collection dans Ricûulf, archevêque de Mayence (mort en 814), et dans Ottgaire (mort en 847).

Le faux Isidore a été utilisé avec modération dans : {• la Collectio Anselmo (Mediol., 883-897) dedicata; 2° Regino Prüm., c. dccccvi, de synod. Causis et Discipl. eccles., libri II, Manuel pour les visites épiscopales; 3° Burcard. Wormat. (mort en 1025), Collect, s. décret, (utilisa les trois collections de Worms) ; 4° Collectio XII partium, avant 1024, supplément à Burcard ; 5° la Collectio Anselmi Luc. (mort en 108G), eu treize livres; s'appuie sur 1° et 3°; 6° Collectio card. Deusdedit, dédiée à Victor III, 1086, et par conséquent aussi, indirectement, le Décret de Gratien.

Sur le pouvoir épiscopal, voy. Ps.-Isid. AnacL, ep. n, 2; m, 3, Jul. I, 9, p. 77, 82, 461, éd. Hinschius. Cf. Phillips, IV, p. 75. — Weizsœcker (Sybels Ztschrift, III, p. 84), Dûmmler (Ostfrsenk. Gesch., I, p. 538 et suiv.), etc., accordent que de 8i)8 à 863 le pape Nicolas ignorait encore le faux Isidore, qu'il n'en eut connaissance qu'en 864, par l'évèque Rolhad. — Contre:«. Ps.-Isid. Pelag. II, p. 724, éd. II. : « Majores vero et difficiles quaîstiones, ut sancta synodus statuit et beata consuetudo exigit, ad Sedem Apost. seniper referantur. » Ce passage ne dit pas beaucoup plus que les suivants : Innoc. I, ep. ii, n. 6, p. 749 et seq., ed. Coustant : « Si majores causae in medium fuerint devolutse, ad Sedem Apost., sicut synodus (d'après Coustant, Sard. ep. ad Jul., n. I, p. 395, ibid.) statuit et beata consuetudo exigit, post Judicium episcopale referantur. » Cf. Greg. IV, 832, c. xi, Decreto C. II, q. vi, et Leo IV, 850, c. ni, NuUam C. II, q. vi. D'après ces textes, lorsqu'un évêque appelle du concile provincial au pape, son appel doit avoir un efl'et suspensif, même avant la prononciation du jugement, b. Dans le Sermo de causa Rothadi, il est dit : « Cujus rei gratia facto concilio generali, quod sine Apost. Sedis prœcepto nulli jus est vocandi, vocaverunt hune episcopi. » Et dans la lettre à Rodolphe de Bourges (Mansi, XV, 383; Jaffé, n. 2090 : <( Sine cujus (Apost. Sedis) consensu nulia concilia vel accepta esse leguntur ..., arbitramur quae in prœsenti scribimus, vos alFatim in archivis vestris possidere. » Cf. Gelas., ep. ad ep. Dard. (c. i, C. XXV, q. i) : « Quœ (Sedes Apost.) et unamquamque synodum sua auctoritate confirmât et continua moderatione custodit. » Cassiod. Hist. tripart., II, IX, 19 : « Cum itaque ecclesiastica régula jubeat non oportere praeter sententiam romani pontificis concilia celebrari » (Sozom., III, x; Socr., II, xvii). Capit. VI, 187 : « Auctoritas ecclesiastica atque canonica docet non debere absquc sententia romani pontificis concilia celebrari. » Tous ces textes, il se peut que le faux Isidore (Jul., p. 459, 465, éd. H.) et le pape Nicolas les aient eus sous les yeux, et Nicolas pouvait de plus invoquer ces paroles de Gélase (ep. xxvu, c. v, p. 427, éd. Thiel) : « Cum enim conslel semper auctoritate Sedis Apostolicai hujusmodi personas aul discussas vel esse purgatas aut sic ab aliis quibus competebat, episcopis absolulas, ut tamen absolutio earum ex Sedis Apostolicœ consen sione penderet ; ubi utrumque defuit, nec discussionem legitimam nec purgationem lirmam, ac per hoc receptionem constat fuisse indebitain. » c. Nie, ep. xlh ad ep. Gall. (c. i, § 1, d. 19), commentée pai'

Phillips, IV, p. 45. Cf. ep. vi ad Phot., Mansi, XV, 174 et seq.; Jaffé, n. 2030 : « Décrétai ia autem quœ a pontificibus primae Sedis rom. EccI, sunt instituta, cujus auctoritate atque sanctione omnes sjnodi et sancta concilia roborautui- et stabilitatem sumunt, cur vos non habere vel observare dicitis? » En face de l'appel d'Hincmar au Cod. Dion. d'Hadr., le pape Nicolas se borne à dire dans le passage ci-dessus (Migne, XV, 693) : u Decretales epistol;e romauorum pontiticum sunt recipiendœ, etiamsi non sunt canonuin codice conipaginata;. » Cela avait toujours été admis, d. Sur les primats, voy. Ps.-Isid.; Anicet., ep. i, c. ni, p. 121; Vict., ep. I, c. VI, p. 128, éd. H.; pour le contraire, Nicol., ep. v)ii; Mansi, XV, 187 et seq.; Jaffé, n. 2111. Mon ouvrage : Photius, I, p. ö68, n. 92. e. Dans les lettres à Charles le Chauve (Mansi, XV, 688), ce n'est pas le Jules du faux Isidore qui est cité, mais, d'après ce qui se voit ailleurs, la lettre authentique de Jules (cf. Theod., Hist. eccl., II, 4). f. Ce passage : « Nam nonuulla eorum pênes nos scripta habentur, quse non solum quorumcumque romanorum pontiticum, verum etiani priorum décréta in suis causis prœferre noscuntur », se rapporte aux décrétales citées par Hincmar, mais il ne prouve pas que le pape connût notre collection, g. Le canon ii, C. XV, q. vi, appartient à Nicolas II (onzième siècle), h. Comme Grégoire VII (Deusdedit, Coll. can., I, 199, p. 133), Nicolas I^'' pouvait dire : « Semper licuit semperque licebil contra novitates et excrescentcs excessus nova quoque décréta atque remédia procurare, quse rationis et auctoritatis édita judicio nulli hominum sit fas ut irrita refutare. »

Adrien II.

15. Après la mort de Nicolas I" (13 novembre 867), considéré comme le plus grand des papes depuis Grégoire I", comme un nouvel Elle, le prêtre Adrien, âgé de soixante-quinze ans, connu pour sa piété et sa bienfaisance, fut élu à l'unanimité tant par le parti romain que parle parti impérial (14 décembre). Les envoyés de l'empereur Louis se plaignirent qu'étant présents à Rome ils n'eussent pas été invités à l'élection. Les Romains répondirent qu'ils n'avaient pas agi ainsi par mépris pour l'empereur, mais par précaution et en vue de l'avenir, de peur que la coutume ne s'établit d'attendre les envoyés du prince pour l'élection du pape. Les envoyés parurent satisfaits de cette réponse. On voulait mettre à profit les expériences du passé. Le U janvier 868, le nouveau pape fut solennellement consacré par Pierre, évêque de Gabies, Léon, évéque de la Forêt-Blanche, et Douât, évoque d'Ostie (Albano était vacant et l'évêque de Porto absent). Tandis qu'on sacrait le pape, Lambert, duc de Spolète, pénétra dans Rome avec des troupes,

et y commit, avec une partie des Francs qui s'y trouvaient, d'effroyables brigandages. Plusieurs adversaires du pape répandirent le bruit qu'Adrien était hostile à la mémoire et aux actes de son illustre prédécesseur. Le seul prétexte qui put donner lieu à cette accusation, c'étaient les ménagements dont il avait usé autrefois envers quelques coupables condamnés par Nicolas, tel que Thietgaud, archevêque de Trêves. En fait, Adrien était tellement dévoué à son prédécesseur, que d'autres le qualifiaient de Nicolaïte. Peu de temps après, le pape, qui avait été marié avant d'entrer dans le sacerdoce, fut visité par des malheurs domestiques. Sa fille fut enlevée à son fiancé par Éleuthère, parent d'Anastase, qui avait été admis à la pénitence, puis nommé, sous le règne de Nicolas, abbé de SaiuteiMarie, au delà du Tibre, et par Adrien , bibliothécaire de l'Église romaine. Arsène, père du ravisseur, voulant assurer l'impunité do celui-ci, gagna par une forte somme l'impératrice Engelberge; mais il fut frappé de mort subite à Bénévent. Adrien invoqua l'appui du tribunal de l'empereur contre 'Éleuthère, qui se trouvait sous la protection des Francs. Éleuthère, à l'instigation d'Anastase, tua, dit-on, la jeune fille qu'il avait ravie, et fut mis à mort par les envoyés de l'empereur, tandis qu'Anastaso fut déposé et excommunié (12 oct. 868). On prétend qu'il se rendit au camp de l'empereur, d'où il essaya de se justifier auprès du pape. En 869, il fut envoyé à Byzance comme délégué de l'empereur. -

Vita Hadr. Il, Mansi, XV, 805 et seq.; Hadr., ep. ii; Jaffé, n. 2191j Annal. Ilincmar., Pertz, I, 477-479; Maiisi, XIV, 1028; Papencordt, p. 164 et suiv. Je crois avoir pleinement dômontré, d'après les sources, l'identité du cardinal Anastase avec le hibliothécairc de 868 (Photius, II, p. 230, 237; voy. p.' 34). Hincmar connaissait trop bien l'abbé Anastase pour le confondre avec d'autres personnes.

Adrien II et Lothaire II.

46. Le roi Lothaire 11, espérant trouver le nouveau pape plus flexible à ses desseins, lui avait écrit une lettre pleine d'humilité, dans laquelle il lui demandait la permission de l'aller visiter en persoime. Adrien l'invita ou à se justifier ou à se soumettre à la pénitence. Le roi envoya Theutberge à Rome,

i.A viK DE l'Église en occident. 209

afin de solliciter sa séparation. Adrien lui écrivit pour l'exhorter à ne pas prêter l'oreille aux conseils des méchants et à reprendre sa femme, de même qu'il avait engagé Teutberge à retourner près de lui ; sinon il serait obligé de l'excommunier. L'empereur Louis ayant assuré que Waldrade était maintenant pure do toute souillure, Adrien la releva de l'excommunication (février 848), mais en lui défendant de se retrouver avec Lothaire. Il conjura aussi les oncles de celui-ci de ne point envahir son territoire, comme ils en avaient le dessein; et il espérait maintenant, par ses bons traitements, amener le roi à se convertir.

Dans l'été de 8G9, à l'instigation de son frère l'empereur, le roi eut avec le pape une entrevue au iMont-Cassin. Après avoir juré que depuis l'excommunication de Waldrade il n'avait plus eu avec elle aucun commerce, il y reçut la communion des mains du pape, de même que Gonthaire de Cologne, qui avait fait sa soumission. Lothaire partit de Rome ; mais à peine arrivé à Lucques, lui et presque tous ceux de sa suite furent attaqués d'une fièvre maligne : la plupart moururent sous ses yeux. 11 se fit porter jusqu'à Plaisance, où il expira le 8 août 809. Cette mort fut considérée comme une punition de sa vie criminelle et du sacrilège qu'il a-vait commis par une communion indigne. Waklrade et Teutberge entrèrent dans un couvent; Gonthaire de Cologne, peu de temps après, renonça à son archevêché, et recommanda au pape d'agréer Willibert, qu'on avait choisi pour le remplacer (870).

Lothaire étant mort sans laisser d'enfants, ses domaines^ d'après le droit héréditaire, devaient échoir à l'empereur Louis 11 ; mais, tandis qu'il était occupé à combattre les Sarrasins dans l'Italie du Sud, ses oncles s'emparèrent de l'héritage et firent valoir le droit électoral des seigneurs. L'empereur invoqua l'appui du pape pour sauvegarder ses droits, et Adrien lit tout ce qui était en lui, par des lettres et des légats, pour empêcher le partage projeté. Mais Charles le Chauve se fit couronner à Metz roi de Lorraine par son archevêque Hincmar (9 septembre 809), et donna à son frère Louis le Germanique les pays situes en deçà de la Meuse, avec la rive gauche du Rhin, depuis Bàle jusqu'à Utrecht. Charles et Hincmar repoussèrent brusquement les demandes du pape en faveur de l'empereur. Leurs piauites éclatèrent surtout lorsque le pape, ni. — insT. DE l'église. 14

qui soutenait ici la cause de la justice, s'employa auprès de Charles en faveur de Carloman, son fils rebelle : les renseignements qu'il avait reçus lui faisaient croire que Carloman était injustement persécuté. Charles ne rendit pas l'héritage, et Louis II était incapable de revendiquer ses droits par la force des armes.

En Italie, depuis 808, l'empereur avait obtenu des succès contre les Sarrasins. Il négocia contre eux une alliance avec l'empereur grec, et essaya de lui prouver qu'il possédait justement son empire, puisqu'il le devait à l'onction et à la bénédiction du pape. Bari fut enlevé aux Sarrasins; mais la trahison du duc de Bénévent, qui avait déterminé l'empereur victorieux devant Capoue à congédier son armée, puis l'avait enfermé dans son palais de Bénévent ('28 août 87 1 ), empêcha d'autres succès. Louis se méfiait des grands de l'Italie du Sud. Cependant on contraignit encore les musulmans à lever le siège de Salerne.

Loth. et Hadrian. ep., Mansi, XV, 38d, 833 et seq., 859; Gijnther. Retract., Migne, t. CXXI, p. 381 et seq., ep. ad Hadr., dans Floss, loc. cit., p. 69 et suiv., n. x; Ann. Metens. Regln., an. 869; Annal. Berlin., Pertz, I, 479-482; Pagi, an. 868, n. 2, 9-12; Héfelé, IV, p. 293 et suiv. — Querelle de succession en Lorraine, Hadr. ep., Mansi, XV, 839, 850 et seq.; Hincni., ep. ad Hadr., Op. H, 669-671; Annal. Bertin., an. 871, 873; Natalis Alex., sa^c. IX, diss. vi, vu; Gass, Merkwiirdigk. a. dem Leben u. d. Sclir. Hinkm., Ga-ttingiie, 1806; Héfelé, IV, p. 368, 472 et suiv.; v. Norden, op. cit., Liidov. Il ep. ad B^sil.; Baron., 871, n. 50- 61; Pertz, V, .021-526. Mon ouvrage sur Photius, II, p. 166-182.

Adrien II, Charles le Chauve et Hincmar.

il. Le pape Adrien eut une nouvelle bitte à soutenir contre Charles le Cbauve, et surtout contre Iliticmar, archevêque de Reims. Un autre Hincmar, neveu de celui-ci, l't'vêque de Laon, nature un peu fougueuse, était en contestation avec .son oncle, à cau.se d'un interdit lancé par lui et annulé par son oncle, et pour d'autres raisons encore. Avec le roi, il était en dispute à cause de quelques biens de son Église, de son attitude politique et des renseignements défavorables qu'il aurait envoyés à Rome sur le roi et sur son oncle. Après diverses négociations, le jeune Hincmar fut déposé dans un concile do Douzy (871), et en appela à Rome. Le concile envoya son jugement au pape

LA viK DE l'Église en occident. 2i1

avec plusieurs preuves à l'appui, avec prière on de confirmer sa sentence, ou, s'il croyait qu'une nouvelle enquête fût nécessaire, de la faire entreprendre sur les lieux, d'après les canons de Sardique, par ses légats ou par les évêques du voisinage.

Mais le pape Adrien exigea que l'évêque condamné fût envoyé à Rome avec ses accusateurs, puisqu'il en avait appelé au Saint-Siège, et que les actes ne le satisfaisaient pas pleinement. Il ne connaissait pas encore le caractère du jeune Hincmar, et il ne se fiait pas à l'esprit de justice de Charles et de ses évêques. Piqués de la réponse du pape, les évêques et le roi lui répondirent avec aigreur. Charles se sentait d'autant plus hlessé dans sa dignité royale, qu'il avait plusieurs griefs politiques à faire valoir contre le jeune Hincmar. Dans sa réponse, Adrien s'efforça de calmer l'e.sprit du roi, tout en maintenant ses prétentions. Charles s'opposa constamment au voyage d'Hincmar à Rome, et laissa son siège vaquer sur ces entrefaites. Il fit emprisonner l'évoque de Laon, et poussa la barbarie jusqu'à le faire aveugler, sous prétexte de conspiration. Le successeur d'Adrien approuva sa déposition (876), mai? il lui assigua une partie des revenus de son Église et lui laissa le droit de dire la messe.

Héfelé, Hist. des conciles, IV, p. 366 et suiv., 472 et suiv. Jean VIII.

18. Le successeur d'Adrien, Jean VIII, ancien archidiacre (^87-2-88i), déploya dans ces temps calamiteux une activité remarquable, (irand homme d'État et grand législateur, comme l'avait été Nicolas, parfaitement à la hauteur de sa position en ce qui concernait les atîaires religieuses, il se montra plein de zèle pour la conversion des peuples païens, le maintien de la discipline et la résistance aux Sarrasins, déjà très puissants en Italie. Il se lia étroitement avec l'empereur Louis II, qui alla le visiter à Rome. 11 donna le pallium à Willibert, archevêque de Cologne (873), et agit avec beaucoup de réserve à l'égard de Louis le Germanique et de Charles le Chauve.

Après la morl de rcmpcreur {1-2 août 875), ces deux rois se disputèrent la couronne impériale. Jean VIII revendiqua les

flroits de collation que le Saint-Siège tirait des origines de ce nouvel empire, et se prononça pour Charles le Chauve, à qui son prédécesseur avait déjà donné la survivance. Charles s'était hâté de franchir les Alpes, afin de prévenir son frère aîné; le pape l'invita à Rome, et le couronna en décembre 875. Mais Charles ne réahsa en aucune façon les grandes espérances que le pape fondait sur lui.

Le nouvel empereur confirma cependant toutes les possessions et les privilèges du Saint-Siège; et, comme le pape l'avait appelé à la couronne impériale, il fut également proclamé roi des Lombards. Jean VIII menaça le roi allemand de l'excommunication, s'il continuait d'inquiéter son frère comme roi des Lombardset comme empereur. Charles II, fier de sa nouvelle dignité, dans laquelle il se pavanait sous son costume emprunté des Grecs, voulut aussi, après son retour, faire rayonner l'éclat de sa gloire dans une assemblée tenue à Ponthion (juin 870), à laquelle assistaient deux légats du pape, venus de Rome avec lui. 11 brisa la résistance qu'IIincmar et d'autres évéques faisaient à la nomination d'Anségise, archevêque de Sens, comme primat et vicaire apostolique de la Gaule et de la Germanie. Quant au pape, serré de près par les Sarrasins, l'empereur ne lui donna que des promesses.

Charles fut inquiété du coté de l'Allemagne, et, après la mort de Louis son frère (28 août 876), il essuya de la part du jeune Louis (8 octol)re) une défaite décisive. II. avait partout des ennemis, même dans son plus proche voisinage : car les seigneurs, visités par les Normands, se montraient de mauvaise humeur; son beau-frère Roson songeait à se révolter, et, dans Rome même, le pape était obligé de contenir une faction qtii lui était hostile. Cette faction comptait dans ses rangs un évêqne en renom, Formose de Porto, que le papo excommunia et déposa, tant pour cette raison que pour ses menées ambitieuses en vue d'obtenir le pontilicat, et pour avoir de son propre chef quitté son diocèse (avril et juin 876). Charles, à la vue des dangers qui le menaçaient, renonça à son expédition en Italie, et mourut pendant son retour, qui ressemblait à une fuite (octobre 877), dans le même temps où Jean, qui avait tant compté sur lui et était allé à sa rencontre jusqu'à Verceil, 3e voyait plus opprimé que jamais.

LA VIE DE l'Église ex occident. 213

Joan. VIII Vita ep., Mansi, XVII, p. 1 et seq.; Hincmar., Ann., an. 872 ; Pertz, I, 872; Jaffé, p. 260 et seq.; Pietro Balan, Storia di Giovanni Vlll, Modena, 1876. Les Annal. Xant., 872 (Pertz, II, 235) portent : « Vir prseclarus nomine Joan. Phot. »; de Spir. sanct. mystag., c. lxxxix, p. 100 : àX).à xai Tto)>iTixoîç ènapxEïv clyvâ|A£vo; 6£(T|xoïç. Inscription tumulaire dans Watterich, Vita rom. Pont., Lips., 1862, I, p. 83. Cf. ibid., p. 27-29, et p. 636 (Klodoard.); Regino, Chron., 872; Mansi, loc. cit., p. 242, 263 et seq.; Pagi, an. 873, n. 1; Floss, loc. cit., docum. XIX, viixviii, texte, p. 116 et suiv. Sur l'empire, Joan. ep. xsi, 227, 315; Jafl'é, p. 265 et seq.; Héfcié, IV, p. 495; Gfrœrer, Carol., II, p. 124 et suiv.; Conc. Pontig., 876; Mansi, loc. cit., p. 307 et seq.; Hincm., ad episc, de jure metrop., Op. II, 307. Conciles contre Formose, Mansi, XVII, 236-239; Richter, Libell., éd. Marburg., 1843; Jaffé, p. 264. Mon ouvrage : Photius, II, p. 654 et suiv.

19. D'Agropolis, Castellamare et Gaëte, les mahométaris vexaient cruellement les habitants de l'Italie ; ils les traînaient en esclavage et changeaient en déserts les plus florissantes contrées. Rome et ses alentours souffraient constamment de toutes ces déprédations. Les princes chrétiens s'allièrent même aux Sarrasins et s'associèrent. à leurs brigandages.

Le pape seul s'intéressait à la population malheureuse, et n'épargnait aucune peine pour soulager sa détresse. En novembre 876, il alla lui-même à Capoue pour dissoudre la ligue des princes chrétiens avec les Sarrasins, et gagna à sa cause le prince de Salerne et quelques autres. Plus tard, il tint un congrès à Trajetto (juillet 877); et, après la chute de Sergius de Naples, provoquée par son propre frère, l'évêque Athanase, il parvint à réunir dans une confédération chrétienne Capoue, Amalfi, Salerne, Bénévent et Naples. Mais plusieurs de ses membres se retirèrent après la mort de Charles IL Alors les ducs Lambert de Spolète et Adalbert de Toscane se déclarèrent ouvertement les ennemis du pape, qui cherchait vainement à l'Église un protecteur sérieux, et ne pouvait guère le trouver parmi les Carlovingiens, si profondément dégénérés. Carloman, fils de Louis le Germanique, qui se fit donner la couronne des Lombards, et Louis le Bègue, fils du précédent empereur, furent les premiers prétendants.

Le pape entama avec eux de prudentes négociations; mais Lambert, représentant de Carloman^ alla si loin, qu'il exigea

en son nom des otages en garantie de la fidélité des Romains. Jean repoussa ces prétentions comme inouïes et contraires aux dispositions de Carloman. Lambert, qui avait organisé à Rome un parti contre le pape, voulut y aller luimême avec Adalbert. ils s'y rendirent en effet,, offensèrent de mille manières le pape, qui avait essayé de les en détourner, opprimèrent les Romains, et se mirent en relation avec les Sarrasins. -lean VIII, combattu de deux côtés, dut payer aux Sarrasins une somme immense d'argent et chercher un refuge en France (après le mois d'avril 878). Délaissé, trahi de toutes parts, le pape voyait échouer toutes ses généreuses entreprises.

Joan. ep. v, vu, xsi et seq., xxix et seq., xxxii, xxxv et seq., l et seq., LXi, LXiii et seq., lxxh et seq.; Erchemp., c. xlix ; Leo Ost., Chron. Casin., I, 42, 43; Annal. Fuld., 878; Perlz, I, .392. Cf. ibid., p. 506; II, 197, 234; Jaffé, Reg., p. 274 et seq.; Amari, loc. cit., 1, p. 447 et seq.; Papencordt, p. 163 et suiv.; Héfelé, IV, p. 506 et siiiv. Mon ouvrage : Photius, III, p. 293-297.

20. Le pape, qui avait déjà, en de précédents conciles, notamment à Ra venue, dans l'été de 877, publié de salutaires décrets, célébra à Troyes (août 878) un concile auquel assistèrent le roi et plusieurs évêques, mais non les Allemands, encore (}u'ils y fussent invités. On y publia le jugement rendu contre Lambert et Adulbert, contre Formose et ses alliés, et contre les ravisseurs des biens ecclésiastiques; on dressa plusieurs canons et l'on décida différentes controverses. Le pape couronna ensuite (7 septembre) le jeune Louis, dit le fiègue. Quant à des secours, il n'en obtint point de lui : la France, non moins bouleversée que l'Italie, trouvait à peine des forces suffisantes pour repousser les attaques des Normands. Jean reprit la route de l'Italie, accompagné du duc Roson et d'Agilmar, évêque de Clermont. 11 essaya de réunir une diète à Pavie (déc. 878), mais elle fut empêchée par les troubles ou demeura sans résultat. L'élection d'un empereur et la nécessité de faire face aux atta(iues des Sarrasins occupaient incessamment le pape. Il convoijua pour le 1" mai 879, à Rome, un concile auquel dcv;iicut assister Anspert, archevêque de Milan, et les évêques de Lombardie. Anspert se montra indocile envers le pape, et fut déposé.

LA VIE DK l'kGI.ISE EN OCCIUKNT. 215

Les ravages continuaient dans la basse Italie et dans l'Italie centrale. Le roi d'Allemagne, Carloman, lâche et sans vigueur, fut bientôt atteint d'apoplexie. En France, Louis le Bègue mourut le 10 avril 879. Les deux fils issus de son premier mariage n'exercèrent aucune influence, et eurent d'importants adversaires. Le duc Boson, pressé par sa femme, l'ambitieuse Ermengarde, fille de l'empereur Louis II, se fit proclamer roi par les seigneurs ecclésiastiques et laïques de Provence et de Bourgogne, et fut couronné à Lyon par l'archevêque Aurélien. Bien que le pape lui eût toujours donné la préférence et l'eût adopté pour son ûls, il ne laissa pas de protester vivement contre celte usurpation ; il assura de son concours les jeunes rois de France Carloman et Louis, blâma les évèques approbateurs de cette révolte, qu'on essayait vainement de légitimer en alléguant une prétendue approbation du pape. Partout le pape ne rencontrait qu'infidélités, calamités et désastres. L^empire était toujours vacant. Louis, frère de Carloman défunt, ne le convoitait point, mais bien son autre frère, Charles le Gros; et, comme il ne restait pas d'autre parti, Jean VIII le couronna empereur (881), après avoir Xait reconnaître ses droits. Malheureusement, Charles III n'avait point la vigueur que réclamaient des temps orageux; l'Italie et l'Allemagne étaient comme paralysées. Le pape se vit encore dans la nécessité d'excommunier Athanase, prince-évêque de Naples, qui s'était allié avec les Sarrasins, de faire face à de nouvelles incursions et à la détresse des royaumes chrétiens. Il mourut après une vie de sacrifices, dont les lettres qui sont restées de lui n'offrent qu'un tableau imparfait (irj décembre 882).

Conciles de Jean VIII, Mansi, XVII, 107 et seq., .337 et seq.; Héfelé, IV, p. Ö04 et suiv., ö08 et suiv., 518 et suiv. — Couronnement de Louis le Bègue, Joan. ep. cxsv, cxxviii; Jaffé, n. 2421, 2422, p. 277; Sirmond, not. ap. Mansi, p. 3ö8; Blanchi, t. II, 1. V, § o, n. 0, p. 210, 211. — Négociations avec Charles III, Joan. ep. ccxvi et seq. — Sur la mort de Joan VIII, Pagi, an. 882, n. 8; Jaflë, p. 292. Selon les Annal. Fuld. fPertz, 1, 396), Ilerim. Aug., Bern. Chron , Mar. Scot. (Pertz, V, 108. i21, .Ï18), il aurait été assassiné; mais ce fait est encore souvent révoqué en doute.

Marin et Adrien III.

21. Jean VIII eut pour successeur Marin, le disciple de Nicolas. Depuis douze ans au service de l'Eglise romaine, ordonné sous-diacre par Léon IV, diacre sous Nicolas et nommé en 866 son légat à Byzance; occupé pendant quelque temps eu Bulgarie, où il fut demandé pour archevêque, puis légat sous Adrien II au huitième concile œcuménique, bientôt archidiacre. Marin fut sacré évêque de Cseré par Jean VIII, et nommé trésorier de l'Église romaine. Employé ensuite dans de fréquentes ambassades, il s'était fait partout chérir et estimer. Le clergé et le peuple le choisirent pour pape, en compensation, pour ainsi dire, des injures qu'il avait essuyées à la cour do Constantinople. C'était le premier exemple de la translation d'un évêque sur le siège pontifical, translation attaquée alors par les Grecs, mais non encore par les Latins. Le nouveau pape eut une conférence avec l'empereur Charles III à Nonantula (juin 883), et fut reçu avec les plus grands honneurs. Il releva de ses censures Formose, évêque de Porto, déposé par Jean VIII, surtout pour des griefs politiques, et en partie sur de fausses accusations; il lui donna l'absolution du serment qu'on lui avait arraché, et finit par lui rendre son évôché.

Le passé de Marin faisait conrevoir les meilleures espérances ; mais il mourut après avoir été témoin de bien des désastres, particulièrement do la ruine du célèbre monastère du Mont- Cassin (mai 88-4). Il avait d'intimes relations avec Alfred, roi d'Angleterre, et avec Foul(|ues, archevêque de Reims. (Ilincmar était mort en 882.)

Son successeur, le Romain Adrien III, sous le règne duquel Rome fut ravagée par des sauterelles, par la sécheresse et la famine, ne régna guère plus d'une année. Il mourut dans l'été de 885, pendant qu'il se rendait à la diète de Worms, où Charles le (!ros l'avait invité.

OUVRAGKS A CONSULTER ET UEMAnQUKS CUITIQUES SUR LE N° 21.

Wallerich, I, 29. Mon ouvrage : Photius, II, p. 050 et suiv. Cf. I, p.ßlT; 11,38,41, 149, 181,503 etsuiv. ,076 et suiv.— Phillips, K.-R.,V, p. 43i', 782, et d'autres nient que Marin ait été évoque avant son ponliticat. Dœllinger (Manuel, I, p. 423) a trouvé la vérité telle qu'elle résuHc de r« Invectiva in Ilomam » (Migne, t. CXXIX, p. 832, 934), de la plainte

LA VIE DE l'Église en occident. 217

des Grecs mentionnée dans une tettre d'Etienne VI (Baron., an. 882, n. i 1 ; Mansi, XVI, 420), de la lettre de Photius à ce pape (mon ouvrage : Photius, II, p. 553 et suiv.), des Annales de Fulde, part. IV, an. 882, p. 397, et autres sources. Voy. Dûmmler, Ostfrsenck. Gesch., II, p. 216; Auxilius et Vulgarius, p. 6. Rien de plus clair surtout que ces paroles d'Eugène Vulg. : « Si destruitur ordinatio Formosi, quarc non calumniatur et Marini, qui similitcr episcopus fuit? » (De Causa Form., c. xi, p. 131. Cf. c. XV, p. 135, éd. Dûmmler.) Hadrian. III Vila; Dûmmler, Ostfraenck. Gesch., II, p. 189, 2i8. Mon ouvrage : Photius, II, p. 601 et suiv.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Adrien III a rendu deux décrets très intéressants : l'un, que l'on consacrerait le pontife romain sans attendre l'empereur ni aucun envoyé de sa part; l'autre, que si l'empereur Charles mourait sans enfants, le royaume d'Italie, avec le titre d'empereur, passerait à des princes de la nation *.

Le premier fut exécuté dfins la personne d'Etienne V, son successeur -. Ce pape, héritier du zèle et de la fermeté de ses prédécesseurs, fit l'apologie de leur conduite envers Photius dans la lettre qu'il écrivit à l'empex'eur Basile. Cette lettre, arrivée à Constantinople après la mort de ce prince, fut remise à Léon, son fils et son successeur ^. Le nouvel empereur en fut tellement touché, que sans délai il chassa Photius du siège patriarcal de Constantinople et le relégua dans un monastère pour le reste de ses jours. Il désigna patriarche en sa place le prince Etienne, son frère; il s'adressa au pape conjointement avec plusieurs évèques et autres ecclésiastiques de son empire, et obtint les dispenses et l'agrément nécessaires K Ce ne fut néanmoins qu'après que le pape eut été exactement informé par de nouveaux envoyés de la manière avec laquelle la déposition de Photius s'était faite : car, ainsi que répondit le pape Etienne aux premières lettres de ces Orientaux, l'Église romaine devant servir d'exemple et de miroir à toutes les autres, et ce qu'elle décide ne devant jamais ètx'e retouché, il ne convient pas qu'elle prononce ses jugements sans avoir pris de grandes précautions ■*.

^ Sigonius, de Rcgno Halise, lib. V, ad an. 884.

* Annal. Lambecinn., loc. sup. cit.

^ Extat apud Baronium sub an. Christi 885.

■* Veuite, scribamus, et mittamus una Romam ad ponlificem, ut dispenset absolutionem anathematis ils qui a Photio fuerunt ordinati. Scripsit igitur propterea imperator epistolam ad pontificem. (Aucior additamenti post £pist. Stepli. V ad Basil, imp.)

' Nunc senteutiam prorogavimus... Et quodcumque definierit in sempiternum raanel incorruptum, et hac de causa senteutias magna cum inquisitione ferre decet. (Epist. iv Sleph. PP. V ad episcopos orient )

218 îiisioiBE DE l'Église.

Le saiat pape observa ponctuellement cette règle dans les aifaires qui furent portées au Saint-Siège, surtout dans celle de Teutbolde, élu cvêque de Langres par le clergé et le peuple de cette Église. Aurélien, archevêque de Lyon, leur métropolitain, leur avait donné malgré eux un évêque, qui venait de mourir. Afin de prévenir une seconde entreprise de cette nature, ils élurent unanimement Teutbolde, diacre de leur Église, et l'envoyèrent à Rome pour être consacré par le pape. Le pape le renvoya à son métropolitain, auquel il enjoignit de consacrer l'élu sans délai, supposé que son élection fut canonique. S'il y avait raison de ne le point faire, il lui écrirait, sans passer outre ni ordonner un autre évêque. Quoique Aurélien n'eût point obéi à cet ordre, le pape lui renvoya encore Teutbolde, qui s'était rendu une seconde fois à Rome, et lui écrivit de le consacrer ou d^ lui faire savoir incessamment s'il y avait dans ce sujet quelque chose de répréhensible. Après que ce métropolitain obstiné et ingrat, malgré toutes les attentions que le pape avait eues pour les droits de sa métropole, eut ajouté l'attentat à la désobéissance, en ordonnant un inconnu pour évêque de Langres ', le saint pontife consacra Teutbolde, qui était retoui'né pour la troisième fois à Rome, et il l'adressa à l'archevêque de Reims poar le mettre en possession de son Église ^. 11 donna commission au même prélat de tenir par son autorité un concile à Worms, jiour y examiner le différend d'Hermann de Cologne avec Adalgaire de Hambourg sur les droits de leurs Églises ■'.

Etienne V.

22. Un peu plus long (885-891) fut le règne d'Etienne V (ou plutôt Etienne VI), issu d'une famille noble de Rome, parent et disciple de l'évèque et bibliothécaire Zacbarie. Il fut promu au sous-diaconat par Adrien II, par Marin au diaconat, puis au sacerdoce avec le titre des « Quafre-Couronncs ». Aussitôt élu, il fut consacré évêque par Formose de Porto, ce qui dut grièvement affecter l'empereur. Mais les légats du pape lui prouvèrent que le clergé et le peuple avaient été unanimes; et do plus, l'envoyé de l'empereur, l'évèque de Pavie, avait vivement

* Flodoard., Hisl. Rhemeiis., lib. IV, cap. i.

* Nos, qui omnium Ecclesiarum in beato Petro apostolorum principe suscepimus... Türe injungimus Sanctimoniœ, ut bis nostris aposlolicis litteris perceptis, postposita dilalione ad Lingonensem accedens Ecclesiam, et eumdem Teulboldum a nobis solemiiiter consecralum episcopum exinde revestias. (Fragm. epistolse Stcph. PP. V ad Fulcon. Rhemens. archiep.J

' Flodoard., loco su,>. cit.

LA Vil-: DE l/ÉGLISE EN OCCIDENT. 210

pressé Etienne d'accepter son élection. Charles lll n'avait donc aucun motif d'inquiéter le pape. Ce prince, après avoir encore réuni dans ses mains, pour un peu de temps, l'empire de Charlemagne, fut détrôné en Allemagne au mois de novembre 887, et mourut l'année suivante (888). Les Allemands choisirent pour roi Arnoulf, fils naturel de Carloman, et les Francs occidentauXj Eudes, comte de Paris. Le souverain du royaume d'Arles, Boson, non reconnu par le Saint-Siège, était mort en 887. Sa veuve fit des démarches auprès de l'Allemand Arnoulf, et surtout auprès du pape, par l'entremise de l'archevêque de Vienne, pour faire reconnaître son fils Louis. Elle fut exaucée, non point en considération de son mari, mais parce que son fils était par sa mère le petit-fils de l'empereur Louis II. A coté de ce royaume du midi de la Bourgogne, s'éleva plus tard, sous Rodolphe, petit-fils de Louis le Pieux, le royaume du nord. En Italie, les ducs Gui de Spolète et Bérenger de Frioul, issus tous les deux des Carlovingiens par leur mère, se disputaient la couronne. Le pape, après avoir vainement essayé, en 890, par l'entremise de Swatopluk, prince de Moravie, d'appeler en Italie Arnoulf, roi des Allemands, fut .réduit à conférer la couronne impériale à Gui , vainqueur de son rival et nommé à Pavie roi des Lombards (-21 février 891). Etienne mourut peu de temps après (août ou septembre 89 1 ) .

Baron., an. 885, n. 1 et seq.; Mansi, XVIII, p. ö et seq.; Invectiva in Roraam (Migne, t. CXXIX, p. 78ö et seq.).

Le pape Formose.

23. Le vieillard Formose, évêque de Porto, fut élu à l'unanimité par le clergé et le peuple, car il passait pour le plus capable. Comme il n'avait pas besoin d'être consacré, il fut immédiatement inironisé. Malgré son ancienne affection pour l'Allemagne, et bien qu'il espérât que le roi de ce pays rétablirait l'ordre en Italie, il ne fut pas moins forcé, par la prépondérance de Gui, de se rattacher au parti rigoureusement italien, et de donner aussi à Lambert, fils de Gui, la couronne impépériale (avant mai 892). Sous ces empereurs, la situation de l'Italie devint de plus en plus désespérée. Le pape se vit bientôt impliqué avec eux dans différentes contestations, et dans l'été

de 896 il s'adressa au roi Arnoulf; plusieurs seigneurs d'Italie suivirent son exemple, notamment Bércnger. Après la mort de (iui (décembre 894), Formose renouvela son invitation; et Arnoulf, qui celte année-là ne s'était avancé que jusqu'à Plaisance, entreprit, en octobre 895, une nouvelle expédition en Italie. Vainqueur dans la partie du centre, il s'empara de Rome, où le pape était depuis quelque temps retenu prisonnier par le parti dominant des Italiens et par Agiltrude, la veuve de Gui. Le 22 février 896, Formose couronna empereur le roi des Germains, qui demeura quinze jours à Rome et exerça une justice sévère sur les meneurs du parti de Spolète. Les chefs de ce parti, Constantin et Etienne, furent emmenés captifs en Bavière. La faction de Spolète, furieuse de ce « couronnement d'un Barbare » et de la défaite de ses partisans à Rome, méditait déjà de se venger, lorsijue le pape Formose, dont les contemporains vantaient les talents et l'austérité de mœurs, et qui avait en outre convoqué un concile réformateur pour le 1" mai 893, expira le jour de Pâques, -4 avril 896,

Formose, Jaffé, Reg., p. 299; Mansi, XVIII, 99 et seq.; Migne, t. CXXIX, p. 780 et seq. Qu'il y ait eu une élection contenlieuse, et que celui qui fut plus tard Sergius III ait àéik cette fuis aspiré à la papauté, Luitprand, d'ailleurs peu digne de créance, le soutient seul (Baron., an. 891 , n. 3 ; Pertz, YI, 289, 92). Ce fait est contredit par l'épilaphe de Sergius, Flodoard, 1' « Invectiva in Romam », Auxilius (de Ordin. Form,, I, 29 ; II, l),le concile de Rome de 898, c. lu, la Continuât. Annal. Alem,, III, 891; l'ertz, I, 52. Voy, Dümmler, Auxilius et Vulg., p. 8, n. 4; Wiirzb. kath. Wocheuschr., I8Ö3, 1, p. 67; 1855, p. 57; Héfelé, IV, p. 5;{8, n. I . — L' « Invectiva in Romam » dit : « A maximo usque ad minimum eum (Form.) clegerunt, proclamaverunt, laudavcrunt, et cpiscopi cum sacro Lateranensi ordine inthronizavcrunt. » Voy. Mai, Spic, Rom., V, 598, éditeur de la Chronique grecque des papes depuis Formose jusqu'à Jean X. (Migne, Patr. gr., t. CXI, p. 408 et seq.). — Flodoard., Hist. Rhem., IV, 2 et seq.; Annal. Fuld. (Pertz, I, 409, 4H et seq.); Watterich, 1, 35 et seq.; Papencordt, p. 168 ot suiv.; Diïmmlcr, Ostfrœnk. Gesch., H, p. 364 et suiv., 371 et suiv.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Parmi les différents conciles réunis par Formose pour remédier aux Ijpsoins de l'Église, nous citerons celui de Vienne, dans les Gaules. Il y envoya doux légats pour le présider, et ordonna à tous les évéques

LA VIE DE l'Église en occident. 221

du royaume d'Arles de s'y trouver '. Il en indiqua un autre à Rome, pour aviser aux moyens de remédier aux maux dont les Kglises d'Orient et d'Afrique étaient affligées-. Il écrivit aux évêques d'Allemagne, pour régler les intérêts de leurs tglises ■'.

11 eut également soin d'établir et de conserver la tranquillité dans les royaumes chrétiens. Il écrivit à Eudes, comte de Paris, que les Français avaient choisi pour leur roi, de ne point usurper le royaume dont Charles le Simple était l'héritier légitime. Il écrivit sur le même sujet aux évoques de France, en leur ordonnant de détourner Eudes de faire la guerre à Charles et d'envahir le royaume qui appartenait à ce prince.

Les élections pontificales sous l'influence des partis italiens. — Neuf papes en huit ans.

24. A la morl de Formose commence pour le Saint-Siège une ère d'humiliation profonde. Rien de semblable ne s'était vu jusque-là et ne se vit plus désormais, il fut envahi par des partis forcenés, qui faiUirent le précipiter, comme les empires terrestres, dans la barbarie de cette époque. Neuf papes se succédèrent dans une courte période de huit années (896-90-i). Boniface VI, tumultuairement élu, ne régna que quinze jours. Aussitôt le parti de Spolète, fedevenu puissant par le départ d'Arnoulf, nomma un des siens, Etienne VII (Etienne VI, selon d'autres). Etienne, qui, dans le principe, paraissait encore reconnaître le roi des Germains, déclara bientôt que Lambert était le seul empereur légitime. Il déshonora sans pitié la mémoire de Formose, fit exhumer son cadavre, le fit comparaître devant un tribunal synodal, qui déclara que Formose était un pape illégitime, dont les ordinations étaient nulles. Il lui fit couper la tète et trois doigts, et ordonna qu'on le jetât dans le Tibre, d'où il fut ensuite retiré et remis dans sa tombe. Cette conduite révoltante d'Etienne, fruit non d'une erreur, mais d'une haine fanatique, excita une indignation générale. Ce zélateur tyrannique fut pris dans une émeute et étranglé dans sa prison (été de 897).

Vint ensuite le prêtre Romain, probablement plus âgé et appartenant au parti adverse. 11 eut peu de crédit, et dut, lui aussi,

^ CoDC. Vienn. anni 892; habetur tom. IX Conc. Labbsei, p. 433.

* Flodoard., Hisl. Rhem., Hb. IV, cap. n.

' Apud Henschen., in Comment, ad Vit. i>\ Anscluirii, § 20.

accepter Lambert pour empereur, bien que celui-ci ne fût recoimu qu'en Italie. Il disparut au bout de quatre mois. Théodore II, successeur de Romain, était d'une humeur accommodante : il essaya de réconcilier les partis, et rétablit les clercs déposés par Etienne. Il ne régna que vingt jours. Jean IX, ordonné par Formose, fit à ce pape, dans plusieurs conciles, une complète réparation d'honneur ; il condamna au feu les actes du concile d'Etienne, se prononça en faveur de Lambert, et rejeta l'exaltation d' Arnoulf. Pour prévenir les voies de fait dans l'élection des papes, il décida que le pape serait élu par les cardinaux-évêques et par le clergé, en présence du sénat, mais qu'il ne serait consacré qu'en présence des envoyés de l'empereur. Cette mesure n'eut alors aucune importance pratique. L'empereur Lambert mourut bientôt après , dans la même année, et Arnoulf en 899. Le fils de ce dernier, Louis, encore enfant, ne pouvait songer à la dignité impériale. Jean IX essaya de remédier selon ses forces aux nombreux désordres de sou temps, et mourut dans l'été de 900.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Le pape Rüuiain n'ayant occupé la cliaire de Saint-Piei'ie que trois mois et vingt-deux joui's, et le pape Théodore II vingt jours seulement, nous ne savons rien de leurs actes pontificaux, sinon que Théodore cassa tout ce qu'avait fait Etienne VI contre P'ormose, et fit rendre à son corps les honneurs de la sépulture ; il rétabht dans leurs l'onctions les ecclésiastiques que Formose avait ordonnés et que le même Etienne avait déclarés mal ordonnés, sans oser néanmoins consacrer de nouveau aucun d'entre eux ' .

Nous avons quatre lettres de Jean IX : dans la première, il répond ;'t la consultation d'un archevêque de Heims, qu'on ne doit point traiter les nouveaux convertis de l'idolâtrie selon toute la sévérité des saints canons, lorsqu'ils commettent des péchés qui ressentent encore l'état de paganisme auquel ils ont renoncé par le baptême; dans la seconde, il confirme tout ce que ses prédécesseurs avaient statué et défini contre rholius et contre ceux que cet intrus avait ordonnés; par la troisième, il rétablit Argriuus dans l'évêché de Langres, et par la quatrième, il

' T hcodorus contra Stephanura papam senliens reconciliavit ordinales a Formoso, quos Stephanus per vim Romœ inlus, el non foris exordinoverat, nec lamen prœsumpseral eos ilerura consocrare. (Sigebert., in Chroii., ad au. 903.)

LA VIE DE l'Église en occident. ^23

exhorte le roi Charles le Simple à favoriser le rétablissement de cet évèque.

Benoît IV, Romain de naissance, vertueux et bienfaisant (900-903), rétablit, dans un concile de Rome, Argrinus, evecjue de Langres, injustement déposé, couronna empereur (901) le roi de Provence Louis, fils de Boson, qui bientôt, en 902, fut vaincu par Bérenger et contraint de quitter l'Italie. Il se montra également dévoué à la mémoire de Formose. Léon V, d'Ardée, renommé pour la pureté de ses mœurs, fut, en moins d'un mois, supplanté par le prêtre usurpateur Christophe, qui le fut à son tour par Sergius III, à la fin de mai 904.

Chronique grecque des papes (Migne, t. CXI, p. 408 et seq.); Annal. Fuld., au. 896; Flodoard. Rhem. (Migne, t. CXXXV, p. 83i); Mansi, XVIII, i73 et seq., 233 et seq.; Auxil., de Ordin. Form. (Migne, t. C.XXIX, p. 1033 et seq.); Luitpr., Antop., I, 30 (Pertz, X, 264 et seq.); Migne, Patr. lat., t. CXXXI, p. 40 et seq., 972 et seq.; Watterich, I, 635 et seq.; Leo Ost., I, 30; Pagi, an. 896, n. 9; an. 903, n. 2; Murat., R. It. Scr., III, II, p. 318 et seq.; Héfelé, IV, p 338 et suiv.; Papencordt, p. 170 et suiv.; Jaffé, p. 306.

Sergius III.

2."i. Sergius, ordonné sous-diacre par Marin, diacre par Etienne VI, était réputé homme de talent, mais ambitieux et agitateur. Il avait conspiré avec son ami Etienne (VII) contre le pape Formose, et soutenu à Rome la faction ennemie du pape. Ainsi qu'il arrivait souvent alors, Formose avait essayé d'éloigner ses ennemis de la ville, ordonnant Etienne évèque d'Anagni, et Sergius évèque de Caeré. Mécontents l'un et l'autre de leur ordination, ils renoncèrent à leurs évèchés pour redescendre au rang de diacres ; dans leur haine contre Formose, ils mirent en doute les ordinations qu'il avait faites.

Avant l'exaltation de Jean IX, Sergius avait tenté do s'emparer du Saint-Siège, mais il avait été expulsé. En 904, après un exil de près de sept ans, il se voyait au comble de ses vœux. Il honora la mémoire de son ami Etienne, considéra les formosiens comme illégitimes, et les poursuivit partout avec une haine implacable. Admirablement doué du côté de l'esprit, il eut des partisans enthousiastes, mais aussi quantité d'adversaires. L'exil l'avait rempli d'aigreur et de rancune. Cependant,

comme son pontificat fut aussi long que son exil, il devint à la fin plus doux et pins conciliant. Il répara l'église de Latran, punit sévèrement les transgresseurs des canons, entre autres l'évêque de Turin, engagea les évêques à combattre les erreurs des Grecs, exempta l'Église de Brème de la juridiction de Cologne, et trouva dans Alton, archevêque de Milan, un dévoué partisan. Mais comme il était issu des comtes de Tusculum (Frascati), il agissait souvent par des considérations de famille ; et la noblesse d'Italie, au milieu de la ruine complète de l'autorité impériale, exerçait partout une influence prépondérante.

Flodoai'd, Carm. de Rom. Pont. (Migne, t. CXXXV, p. 831); Pagi, an. 904, n. 3 et seq.; epilaph. Serg., ap. Papebrocli., in Propyl. ad vit. Serg.; Joan., diuc. de eccl. Later., n. 17; Pagi, loc. cit., n. 7; Chronique grecque des papes, loc. cit.; Watterich, I, p. 32 (ibid., Chron. Beued. mou, S. Andr., p. 37 et seq.; Flodoard., p. 660); Murât., Ann. d'Italia, V, ir, an. 904-9H; Leo, Gesch. Ital., I, p. 303; Hœtlcr, Deutsche Pa>pste, Regensb., 1839, 1" suppl., VI; Héfel6, IV, p. 660 et suiv.

Puissance de la noblesse. — Jean X. — Les papes sous la domination d'Albéric II.

2C. A Rome, toute l'autorité politique tomba bientôt aux mains de ïiiéodora, fille de (jlycérius et femme de Théophylacte, lequel, en 90t, exerçait les fonctions de juge, et fut ensuite consul et sénateur. Cette femme, dont l'autorité s'appuyait sur la possession du château Saint-Ange, éclipsa presque entièrement les papes comme souverains du pays. Elle recevait du savant Eugène Yulgarius, dévoué à Formose et appelé à Rome pa|* Sergius, des hommages presque incroyables. Théodora avait deux filles, aussi remarquables par leurs talents que par leur ambition : Marosie et Théodora H. La première épousa en 905 le margrave Albéric de Camerino, comte de Tusculum et parent du pape Sergius III. Albéric mort (925), elle s'unit en secondes noces avec <aii, margrave de Toscane. Pendant ce temps, Sergius (mort en août 911) eut pour successeurs le Romain Anastase III (jus(]u'en octobre 913) et Landen (jusqu'en avril 914). L'un et l'autre furent presque réduits à l'impuissance. Le pape suivant, Jean X (91-4-928), parent de Théodora la mère et ancien archevêque de Ravenne, fut en mesure de dé-

\.\ viK i»r: i/komsk kn occident. 2-25

ployer une plus grande énergie. Son activité fut universelle : il s'appliqua à réconcilier les princes d'Occident, envoya au concile allemand de Ilolienaltheim Pierre, évoque d'Orta, et d'autres légats, couronna empereur le rui Bérenger, entra en négociation avec la cour de Constantinople, repoussa victorieusement les Sarrasins sur le Garigliano, et rentra triomphant dans Rome, suivi d'un grand nombre de prisonniers (916).

L'empereur Bérenger, toujours aux prises avec des émeutiers, fut en 92i traîtreusement assassiné. Rodolphe, roi de Bourgogne, déjà précédemment appelé par le pape Jean, avait dû renoncer à l'Italie : car Ermengarde, veuve du margrave Adalbert d'Ivrée et sœur de Gui de Toscane, provoqua, do concert avec lui et sa belle-sœur Marosie, une révolte qui amena l'expulsion de Rodolphe et procura la couronne d'Italio à son frère Flugues, comte d'Arles (926). Hugues fut salué près de Pise par les envoyés du pape, couronné à Pavie et reçu à Mantoue par .Jean X. Ce pape, désireux de se prémunir contre les factions de Rome, cherchait à restaurer l'empire et à étouffer la puissance de l'orgueilleuse Marosie. Mais, afin de pouvoir dominer seuls à Rome, Gui et sa femme saisirent le pape au palais de Latran, tuèrent sous ses yeux son frère Pierre, et le jetèrent lui-même en prison, où il mourut (juin 928). Le margrave Gui le suivit bientôt dans la tomlie (929), et Marosie régna seule désormais dans la ville, avec le fils do son premier mariage, Albéric II, en qualité de " sénateur » et de « patrice ». Après la mort de Léon VI (sept mois) et d'Etienne VIII (ou VII), 929-931, Marosie poussa l'audace jusqu'à élever sur le trône pontifical, sous le nom de Jean XI, le fils qu'elle avait eu de son premier mari Albéric. Jean XI — et cela peut servir à l'excuser — fut traité comme un prisonnier par son propre frère Albéric II. « Le pape, dans ce temps, ressemblait à un homme chargé de chaînes, à qui, tant qu'il reste privé de sa liberté, l'on ne peut imputer les infamies qu'il est réduit a subir. »

Ol VRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 20.

Sur la pornocratie à Rome, voy. Papeucurdi, [>. 171-174; lieumoiil,

11, p. 228 et suiv. (Généalogio, ibid., p. Il83j. Sur Luilpraiid mou..

édition, par Diimmler, Script, rer. German., Hanovre, 1877), son peu

de crédibilité et sa passion, voy. l'agi, an. 89i, u. 4 ; Fleury, liv. LiV:

ni. — HisT. DE l'église. 15

•226 HISTOIRK DE l'ÈGLISF.

Daniberger, Kritildi., t. IV, p. i08 etsuiv.; Kopp, Gesch. -Bl. a. der Schweiz, I, p. 216 et suiv.; Hœllei-, I, p. il, n. 32; DœUinger, Lebrb., I,p. 425; Contzen, die Geschichtsschreiber der sa-chs. Kaiserzeit, p. 40; Waiteubach, Deutschl. Gesch. -Quellen im M. -A., Berlin, 1858, p. 264; Iléfelé, IV, p. 539, n. 2; Giesebrecht, Deutsche Kaiserzeit, T, p. 779; Kœpke, de Vita et Script. Luitpr. Crem., Berol., 1842. Anastase III, d'après la Chronique grecque des papes, régna deux ans et deux mois; Landon, après une vacance de six jours, régna six mois; puis il y eut une vacance de vingt-six jours. Sur Jean X, Watterich, 1, p. 38, 661 et seq.; Héfelé, p. 553 et suiv.; Liverani, Giovanni da Tossignano, Macerata, 1859. Qu'il ait été le fils de Sergius et de Marosie, la Chronique grecque des papes, en rapportant ce fait, commet évidemment une confusion; Luitprand (Baron., an. 908, n. 5; Pcrtz, III, 297) y ajoute Jean XI, ce qui n'est pas moins faux. (Daraberger, loc. cit., p. 200 et suiv.; Héfelé, p. 550.)

27. Marosie épousa eu troisièmes noces (932) Hugues, ici d'Italie, bien qu'il fût le frère de son dernier mari. Hugues traita les Romains avec mépris, et offensa surtout son beaufils, le jeune Albéric II. Révolté de ces mauvais traitements, Albéric organisa une insurrection, qui obligea Hugues tle sortir de Rome peu de temps après sou mariage. Le fds de Marosie la traita comme une captive, et soumit le pape son frère à une étroite surveillance. Albéric II exerça dans Rome pendant vingt-doux ans un pouvoir illimité, comme « patrice, sénateur et prince de tous les Romains »; il repoussa trois fuis les attaques de Hugues (933, 93C, 941). Après la mort de Jean XI, dont Albéric exerçait réellement l'autorité, le pieux Léon VII (930-939) essaya de rétablir la paix entre Hugues et Albéric, par l'entremise de saint Odon, abbé de Cluny, (jin jouissait d'un grand crédit auprès de Hugues. Il y réussit, d Albéric épousa Aide, la fdle de Hugues. Cependant il ne voulut pas que son beau-père se rendît à Rome.

Léon VU témoigna beaucoup de zèlt; pour l'observaiire de la disi-ipUne ecclésiastique et des règles monastiques. Il appela à Rome saint Odon, abbé de Cluny, pour réformer les monastères de la ville, d.ui5 lesquels le rcIAchcment s'était introduit.

Nous avons trois lettres de ce pape : dans la première, il défend aux femmes, sous peine d'excommunication, d'habiter et même d'entre:dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Martin de Tours; dans la seconde,

LA VIF. hF. i/kclisj; ex occident. 227

il accorde le pallium à Gérard, archevêque de Lorch, en Allemagne, et lui marque les temps et les jours auxquels il pourra en user; dans la troisième, aux évèques des Gaules et de Germanie, il recommande l'uniformité dans les fondions ecclésiastiques, disant que si les évèques voulaient s'en tenir à la tradition des apôtres, il n'y aurait entre eux aucune variété dans ces saintes cérémonies. Comme chacun croit pouvoir en user à son gré, il en est résulté cette diversité d'usages qu'on voit dans les Églises. Les peuples s'en scandalisent, et l'unique remède serait que les évèques qui les autorisent fussent moins mondains, moiiis occupés du soin de faire leur cour aux princes, plus zélés pour la religion et le bon ordre '.

Etienne IX (al. YIII, 939-942), pape zélé, fut restreint à sou seul pouvoir spirituel. 11 travailla aussi à l'œuvre do la réconciliation, et cette fois encore par l'intermédiaire de saint Odon. Il menaça de l'excommunication les seigneurs français qui, avant Noël (942), ne se seraient pas soumis à Louis IV d'Outre- Mer, fils de Charles le Simple, et il envoya le pallium à Hugues, archevêque de Reims. D'autres papes d'un caractère pur et intègre furent Marin [I (943-946) et Agapet II (946-9o6j. Ils s'occupèrent de rétablir la paix, de restaurer la discipline parmi les clercs et les moines.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Pendant le pontificat d'Agapet II, on tint plusieurs conciles au sujet de l'archevêché de Reims, contesté entre Artaud et Hugues. Agapet envoya l'évêqne Marin, son légat, pour présider à ceux d'Ingelheim et de Trêves, où l'Église de Reims fut adjugée à Artaud. Dans celui d'Ingelheim, où les rois Otton et Louis d'Outre-Mer étaient présents, on commença par signifier les pleins pouvoirs du légat : ils portaient que le pape l'avait envoyé dans les Gaules pour lier et délier en son nom, après une discussion exacte des lois de l'Église. Les deux rois, les

^ Si instituta ecclesiastica, ut sunt a beatis apostolis Iradita, intégra vellent servare Domini sacerdotes, nulla diversitas in ipsis ordinibus et consecrationibus haberetur. Sed dum unusquisque, non quod traditum est, sed quod sibi visum fuerit, hoc existimaf esse tenendum; Inde diversa in diversis locis vel ecclesiis aut teneri, aut celebrari videnlur. Hac de re fit scandalum populis, dum multa in vestra provincia contra canones ecclesiasticos, decretaque majorum usurpare videnlur; quai quidem possent facile resecari, si episcopi in bis non viderentur auctores, qui ssecularibus intenli, humanuni favorem captantes, religionem violant, ordinesque corrumpuiit. (Leon. PP. VII Epist. m ad episr. Gallos et Germanos.)

228 HISTOIRK DE l/l^GMSE.

évêqnes et tout le clergé y applaudirent, témoignèrent leur consentement et leur obéissance'. Ensuite ils prononcèrent la sentence d'excommunication contre Hugues, qui voulait usurper le royaume de France, s'il ne quittait sa détestable entreprise et ne donnait des preuves de se résipiscence dans le concile de Trêves, indiqué pour le mois de septembre suivant ^. Ce concile eut lieu au temps marqué ; l'excommunication y fat lancée, et contre l'usurpateur du royaume, et contre ceux qui, ayant été ordonnés par l'usurpateur de la métropole de Reims, n'avaient pas voulu se trouver au concile pour se taire absoudre ^.

Lorsque Hugues eut été réduit à l'iuipuissance par lîérenger 11, la paix fut définitivement rétablie entre lui et Albéric (946). lingues dut renoncer à tonte prétentiou sur Rome, et mourut eu Provence (947).

La domination d'Albéric était généralement aimée, et plusieurs des partisans de [lugues entrèrent dans son parti. Il honora le clergé, dota plusieurs monastères et s'occupa de leur réformation. 11 respectait la liberté des élections ecclésiastiques, et agissait souvent comme si les papes l'eussent choisi pour leur vicaire dans les choses temporelles. Tout serment était prêté « au nom du pape »; les pontilicats furent consignés dans les diplômes, et l'image du pape gravée sur les monnaies avec celle du prince palrice. La dictature qu'il exerça jusqu'à sa mort (954), semble avoir été un mal tolérable, si l'on se reporte à ces temps calamiteux. Il agissait sans doute dans un double dessein lors(ju'il ut assurer le .souverain pontiticat à sou fils Octavien, déjà reçu dans l'état ecclésiastique,'mais seidement âgé de dix -huit ans (janvier 956) : il voulait maintenir le pouvoir dans sa famille, et conserver les droits du Saint-Siège à la souveraineté. Après la mort d'Agapot 11 (janvier 950), Octavien prit effectivement possession du Saint-Siège sous le nom de

' Sipnificalum est autem in ejusdem recitaminis senteiitia praediclum praesulem Marinum ab ipso universali papa Inli tenore ail uoslros fines directum fuisse, quo in omni ecclesiasiicaruin leguiii discussioue existons vicarius, qusecumque Uganda essent apostolica auctorilate ligarel, et quae solvenda viderenlur, parili solveret poteslate. Hnjusmodi procul (lubio-îitîaminis tam salubri missatico gloriosissimi reges prsefati, cum ponlilicibus, omuique clero, cougralulaules, ut dignum fuit, se in omnibus consentire et obedire professi sunt. (Concil. Engilenheimense, an. 948, in ])r:vfat )

* Ibid., eau. i, c. n. — ' Concil. Trevir., anui 918.

LA VIE DE l'Église en occideni". 229

Je.ui XII. C'était justement l'époque où Théophylacto, patriarche de ßyzance ^933-956) et quatrième fils de l'empereur Romain I", achevait sa carrière. Il laissait, sous bien des rapports, un triste modèle à Octavien de Rome.

OUVRAGES A CONSULTKR SLR LE N» 27.

Watterich, I, p. 38-4!, 670 et seq.; Papencordt, p. 174 et suiv.; Reuniont, H, p. 230 et suiv.; Civiltà cattolica, 1871, d. 16 Sett.. p. 669 e1 seq.; (ifrœrer, K.-G., III, m, p. 1200 et suiv.; Jean XII et Théophjlacte. Watterich, I, p. 39, 41, 45 et seq., 50 et seq., 674 etseq.

Caractère du dixième siècle.

28. Pendant toute la première moitié du dixième siècle, il sembla que tout fût sorti de ses limites, que la corruption du monde eût envahi l'Église et anéanti sa discipline. La chute des Carlovingiens, la formation de plusieurs principautés tyranniques, les guerres et les duels incessants de la noblesse, l'invasion des pays chrétiens par les Hongrois, les Normands, les Slaves et les Sarrasins, les fréquents pillages des biens d'église, la ruine dos monastères, la collation arbitraire des évêchés, donnés souvent à des enfants, une licence effrénée, toutes ces causes semblaient avoir détruit pour jamais le résultat des travaux accumulés pendant des siècles par les plus grands esprits du christianisme. C'était vraiment un « siècle de fer » : la culture savante et la vertu ne subsistaient plus que dans quelques monastères. Les conciles, quoique très nombreux encore, ne s'occupaient le plus souvent que de questions accessoires et locales, el le clergé lui-même devenait de plus en plus profane. Cependant, ici même, la situation n'était pas partout irrémédiable, et la vie religieuse n'était pas tellement éteinte qu'il ne restât plus aucun espoir de la ranimer. Il y avait encore plus d'un homme vaillant, capable d'imprimer une nouvelle impulsion. Le secours allait venir du Saint-Siège lui-même, quoique lentement, par des moyens extraordinaires et passagers de leur nature. Rome, descendue au rang d'une petite principauté, allait reprendre insensiblement sa place comme capitale de l'iinivers et poursuivre le cours de ses glorieuses destinées.

OrVR.VGE3 A CONSULTER SUR LE N° 28.

Mœliler-Gams, II, p. 181 et suiv.; Héfelé, Beitr., I, p. 235 et suiv.; Wiirzb. kath. Wochenschr., 1853, I, p. 41 et suiv., 67 et suiv.

230 HISTOIRE DE LÉGLISE.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Esprit de la hiérarchie au dixième siècle, d'après Mœhler.

Pour bien connaître et apprécier l'esprit de la l(^gislation consignée dans les fausses décrétales, pour comprendre jusqu'à quel point l'auteur avait pénèti'é dans le génie de son époque, il importe de savoir avant tout l'ordre de choses que son siècle avait transmis au dixième siècle. Le dixième siècle n'offre que le développement progressif des germes corrompus qui avaient été semés sous Louis le Pieux et sous ses fils. C'est là une des époques les plus lamentables, la plus triste peut-être dont il soit fait mention dans les annales de l'histoire ecclésiastique. Les peuples ne montraient aucun goût pour la vie régulière au sein d'une Église et d'un État chrétiens; ils voulaient essayer ce qu'ils gagneraient en les bouleversant. Ils essayèrent en effet, et ils apprirent par de terribles expériences qu'ils luttaient en vain et ne trouveraient de salut que dans l'Église et dans un État chrétiennement ordonné.

En 879 commence la dislocation du royaume des Francs en Occident et en Italie; plusieurs princes se lèvent pour reconquérir leur indépendance, tels que- les rois eis et transjurassiques, les ducs de Spolète cl de Toscane, les margraves de Frioul etd'Ivrèe,etc. Pendant qu'on détrônait les Carlovingiens, que des royaumes et des principautés nouvelles se formaient, ces pays furent en proie à des désordres et à des convulsions effroyables. Ou voyait déjà paraître une sorte de droit du plus fort, à qui rien n'était plus sacré : plus d'obéissance à l'autorité, plus de discipline ecclésiastique ; les choses saintes sont foulées aux pieds ; le sens moral est éteint. Joignez-y les incursions et les dévastations horribles des Hongrois en Allemagne, en Italie et enVrance. Aux Hongrois se joignirent les bandes dos Normands, encore païens pour bi plupart, qui conquirent la Normandie, s'y fixèrent et devinrent chrétiens. Les Slaves réitérèrent leurs irruptions; les Sarrasins contribuèrent aussi à augmenter la confusion et la barbarie. L'Église cependant restait inébranlable, et communiquait seule à ce siècle affreux la vigueur et le salut. Je peindrai d'abord les tristes conséquences de ce tumulte sur le terrain religieux, puis les remèdes que l'Église lui opposa. Si tout élément supérieur paraissait détruit et absorbé par le principe satanique, tous les germes du bien n'étaient pas cependant étouffés. Et s'il est vrai en général que partout où Dieu possède une église lo diable se construit une chapelle, on peut dire de même que là où le diable possède une église Dieu entretient aussi un sanctuaire. Cela est surtout vrai do l'Allemagne, comparée à d'autres pays.

La plupart des princes, qui avaient accaparé les élections épiscopales.

LA VIE DE l'ÉGLJSE EN OCCIDENT. Sii I

on firent un si criant abus à la tin du neuvième siècle et dans le cours du dixiùme, que l'on est tenté de croire qu'ils avaient conspiré la ruine complète de l'Église. Nous avons des exemples d'enfants de cinq ans nommés évoques et archevêques. Des princes redevenus barbares et privés de tout sentiment religieux portaient sur les sièges épiscopaux los enfants de leurs concubines ou de leurs proches, dans le seul but d'ajouter à leurs revenus les revenus d'un évèché. Le comte Herbert de Vermandois, par exemple, procura l'archevêché de Reims à son lils Hugues, âgé de cinq ans, qu'il imposa à l'Église. Et ce n'étaient point l;\ des faits isolés : Atton, évêque de Verceil, dans son livre de ['ressuris ecclesiasticts, en parle comme d'une maladie de son temps. (;eux qui ne disposaient pas des évêchés en faveur de leurs enfants, les donnaient à leurs favoris, la plupart hommes pervers et ignorants. Il y avait aussi des hommes grossiers qui achetaient l'épiscopat : de là los progrès chaque jour croissants de la simonie. On comprend ce qui devait en résulter pour l'Église. Ces enfants-là ne comprenant rien, d'autres gouvernaient à leur place, et cherchaient naturellemeut leurs propres avantages : mercenaires ignorants et incapables, qui laissaient eux-mêmes tout dépérir. Cette influence désastreuse ne s'arrêtait pas à quelques Églises; elle pénétrait dans toutes les sphères de la vie ecclésiastique. Atton de Verceil écrivait dans la deuxième partie de son livre : « Plusieurs princes sont tellement aveuglés, qu'ils élèvent des (Mifants à l'épiscopat, et constituent maîtres et docteui's ceux qui ont eux-mêmes besoin d'instruction, et dont l'unique avantage est de pos- «•oder encore la chasteté. On oblige le peuple à rendre témoignage d'un enfant dont tous connaissent l'incapacité. La plupart rient : l'enfant, à cause des habits d'honneur dont on le revêt; les autres, à cause de celte comédie. On iuterroge l'enfant sur quelques articles qu'il a appris par cœur et qu'il lit sur un papier. S'il tremble, c'est plutôt parce qu'il a peur que pai'ce qu'il redoute les charges de l'épiscopat. Il n'entend rien à tout ce qui se passe ; du "reste, on ne fait pas cela pour l'examiner, mais seulement pour remplir une formalité canonique. » Ces sortes d'évèques, poursuit Atton, ne sont entourés d'aucun respect; ils sont souvent expulsés, leurs églises livrées à la dévastation l't au pillage. Le roi Hugues (925-946) donna à son cousin Manassès ijuatre évêchés, et y joignit plus tard l'évèché de Milan. De tels diocèses étaient assurément fort mal administrés, et l'ordre devait terriblement en souffrir, même quand l'évêque n'était pas incapable. Quant ;i Manassès, il n'avait aucune valeur personnelle. Telle était alors la situation religieuse do l'Italie et du royaume des Francs occidentaux.

A cette calamité s'en joignit une autre plus terrible encore : les princes du voisinage de Rome s'emparèrent du siège de Pierre, et y placèrent leurs créatures, qu'ils asservirent de la façon la plus odieuse.

232 HISTOIRE DE L"É(iLISE.

Ce qui existait partout, on avait voulu aussi l'établir à Rome. Après que la domination des Francs eut cessé en Italie avec Charles le Gros, qui réunit une dernière fois sous son sceptre toute la puissance des Francs, les grands de Rome tentèrent de s'affranchir de l'étranger, el veillèrent à ce que le Saint-Siège ne fût occupé que par des hommes entièrement impliqués dans leurs intérêts privés et n'ayant souci que des affaires itahennes.

Cet ordre de choses commença sous le pape Formose (89i-896). Distingué sous le rapport moral et intellectuel, et comprenant sa position, ce pape avait le pressentiment des maux qui menaçaient l'Église. Pour les conjurer, il tâcha de donner la couronne impériale à un prince d'une nation puissante. Ce prince fut Arnoulf, empereur d'Allemagne. Tout autres furent les vues de son successeur Etienne II (896-897). Il fit exhumer le cadavre de Formose, le revêtit des insignes de la papauté, et, après l'avoir anathématisé dans un concile, lui arracha de nouveau ses insignes, lui fit couper la tète et trois doigts, et ordonna que son cadavre fût jeté dans le Tibre, pour se venger de ce qu'il avait voulu rétablir l'ordre en Italie. Etienne était déjà complètement absorbé dans les intérêts particuliers des grands d'Italie.

Sous Sergius III (904-911), de la famille des margraves de Tuscic (Toscane), le mai fut ä son comble. Adalbert, margrave de Tuscie, et sa concubine, la fameuse Théodora, s'emparèrent du gouvernement de Rome. Théodora, puis ses deux filles, Théodora la Jeune et Marosie, placèrent désormais sur le siège de Pierre des hommes qui les égalaient en infamie et en corruption. Sergius III, Jean X, Jean XI et Jean XII figurent parmi ces papes détestables. Les vices seuls frayaient la voie à cet emploi. Ma nature lépugne absolument à depeindn; de teilen horreurs, et l'on voudra bien m'en dispenser. Ces vices proviemient de ce que les margraves de Tuscie, après avoir usurpé le pouvoir à Rome, placèrent sur le Saint-Siège ces hommes misérables. Ce n'est pas de rÉglise que de tels papes sont sortis : ils sont le résultat de l'absence de liberté dans l'Église et d'un parti qui ne s'intéressait qu';i l'Italie. Albéric, sorti de cette bande, rétablit l'ancien consulat, et, par ce mirage de la liberté antique, éblouit tellement les Romains, qu'ils ne sentirent point le déshonneur infligé au Saint-Siège.

ïln dernier pape issu de cette officine toscane fut Ocfavien (956). Il n avait que dix-huit ans quand cet honneur lui échut : spectacle tout à fait inouï, et <|ui doit être imputé à la violence des comtes de Tuscie. Il fut le premier pape qui changea de nom : il se nomma Jean XII. S'il avait eu quelque sentiment de piété et de justice, on pourrait le juger avec indulgence ; mais son caractère moral était affreux. Sentant néamoius le fardeuu qui pesait sur lui, il s'adressa au roi Otton I^', qui, par son mariage avec Adélaïde, avait déjà obtenu la Lombardie, le

LA VIE DE i/kGLISK FA* OCCIDENT. 23.1

priant d'accepter la couronne impériale et d'alfrauchir le Saint-Siège. OUon fut couronné en 9C2, et délivra le pape. Jean XII, ne pouvant tolérer l'austérité religieuse des Allemands, chercha à se débarrasser d'Otton; mais il fut déposé dans un concile d'évêques allemands et italiens rassemblés par Otton, et remplacé eu 963 par un laïque, qui prit le nom de Jean XIII. Cette réaction fut courte : le parti de Tuscic releva la tète jusqu'au moment où Crescentius, maître de Rome (967), fut dépouillé de sa puissance et assassiné.

Nous traversons rapidement cette longue période, car elle ne peut rien nous apprendre, sinon quel siècle affreux ce fut que le dixième siècle. Cependant il y eut aussi dans cet intervalle des papes excellents, par exemple, Agapet II (946-956), que Brunon appelle « un homme de sainteté ». Dès que le parti toscan s'oubliait, ce qui lui arriva plus d'une fois, les bons papes reparaissaient. Mais il leur était impossible, dans ces temps d'anarchie et de confusion sans limites, de soutenir leur ancienne inlluence (le monde le savait et en gémissait). La honte en revient tout entièi'e à ceux qui opprimaient ainsi le Saint-Siège, et non au Saint-Siège lui-même. Dieu, en instituant l'épiscopat, n'a pas garanti à l'Église qu'elle ne serait gouvernée que par des saints. La validité et la sainteté des sacrements sont demeurées intactes, car elles ont une valeur objective indépendante de la pureté de leurs ministres. Le Saint-Siège, même alors, conserva son prestige. La portion saine de l'Église savait très bien distinguer ce qui émanait du Saint-Siège; elle savait que si les papes sont mortels, l'Eglise subsiste à jamais. Aussi les évêques continuaient-ils, dans les affaires importantes, de s'adresser à Rome; et, quoique plus d'un jtape fût incapable de rieu comprendre, l'esprit qui animait leur collège suffisait pour satisfaire aux plus pressants besoins. S'il arrivait qu'un pape commandât quelque chose de contraire aux maximes fondamentales de l'Église, on ne le faisait point. Saint Dunstan, archevêque de Cantorbéry, avait dissous un mariage incestueux; l'époux offensé s'adressa à Jean XIII, lequel déclara le mariage valide. Dunstan passa outre et maintint sa décision.

Ce qui était vrai du pape et des évoques, l'était également des curés : eux aussi étaient placés sous la dépendance des barons et des comtes investis du droit de patronage. Depuis le cinquième siècle, l'Église avait permis à quiconque bâtirait une église d'en nommer le curé. Ce droit donna lieu à des abus. Plusieurs évoques oz'donnaieut des hommes sans conscience et de la dernière légèreté : c'était à qui les flatterait le mieux et leur ferait les plus riches présents. Iles plaintes retentissaient de toutes parts sur les clercs vagabonds. 11 y en avait déjà au neuvième siècliî, mais ils étaient devenus plus nombreux que jamais. Les patrons choisissaient celui qui leur semblait préférable parmi ces clercs errants, mais principalement ceux qui promettaient de l'argent ou quelque

234 HISTOIRE DE l/ÉGLlSE.

service. Ainsi disparut, même dans les paroisses, la discipline ecclésiastique.

C'est le moment où nous voyons partout, même en Allemagne, des (•vèques figurer à la tête des armées. Sur les frontières d« royaume des Francs, ils étaient obligés de commander les troupes qu'ils envoyaient au ban de l'armée en qualité de vassaux. De là les nombreux évêques qui succombèrent dans les guerres contre les Slaves, les Magyars et les Sarrasins. Les plus saints prélats n'échappaient point à ce sort.

Les ordres religieux trempèrent eux-mêmes dans la corruption universelle. Les couvents ne furent pas seulement détruits par les païens, mais encore par des chrétiens. Des abbayes furent données à des laïques, qui en perçurent les revenus. Les moines dont les couvents rivaient été ou détruits ou donnés en cadeaux, se retiraient dans des lieux déserts, où ils mouraient de faim ; d'autres erraient par le monde, ( herchant de quoi vivre, et perdaient ainsi l'esprit de leur ordre. Il semblait que les couvents allaient disparaître radicalement, sans même laisser de vestige.

Le célibat lui-même était foulé aux pieds dans ces tem])s malheureux. <*omme il n'était pas le produit d'un siècle barbare, mais qu'il remonlait à une source plus haute, ce siècle ne le comprenait plus. C'était l'Allemagne qui souffrait le moins sous ce rapport. Dans la plupart des autres pays, la moitié, les deux tiers, peut-être plus encore des ecclésiastiques, étaient mariés. Plus d'une église devait s'estimer trop heureuse d'avoir un prêtre régulièrement marié. — Rien de plus lamentable que l'état du mariage parmi les laïques de toutes les conditions : les hommes se séparaient arbitrairement de leurs femmes, les chassaient pour en épouser d'autres, ou entretenaient avec leurs femmes une ou plusieurs concubines. La misère des laïques égalait la misère (lu clergé. Quant à l'ignorance des clercs et des laïques de ce temps, je n'en veux point parler. Baronius a justement appelé le dixième siècle un siècle de plomb ou d'airain.

Si déplorable cependant que fût l'état général de la société, ce serait le travestir que de ne le représenter que sous ces couleurs. La bonne semence, malgré les obstacles (jue rencontrait sa culture, n'était pas totalement étoulïée. Pour bien éclaircir cette nouvelle face, nous de- ^ons parcourir chaque pays en particulier.

L'idée que le dixième siècle fut un siècle barbare et antichrétien, a été élevée à l'état d'opinion dominante et d'article de foi historique, d'une part par les ceuturiateurs de Magdeboiu'g, de l'autre par les Annales de Baronius. Suivant les ceuturiateurs, la colère de Dieu avait permis que l'Eglise fût presque entièrement étouffée par les traditions humaines, parla tyrannie des évêques et de leur chef, le pape empe-

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. SS.H

reur; l'Église était dominée par des impies, des criminels, des idolâtres; les ténèbres coiivraienl au loin l'univers chrétien tout entier. Une multitude de stigmates honteux, marques de l'Antéchrist, tlétrissaient ceux qui se donnaient le beau nom de chefs et de conducteurs de l'Église. Cependant la véritable Église n'avait point péri; elle s'était maintenue dans un petit nombre, qui, éclairés de la lumière céleste, méditaient la parole de Dieu, cherchaient leur salut dans le Christ, et devinrent participants de la vie éternelle '.

Plus sombres encore, s'il est possible, sont les couleurs dont Baronius charge le dixième siècle : on dirait que, pour le dépeindre à son gré, il veuille épuiser tout son vocabulaire. « Ce siècle », dit-il, « est justement appelé siècle d'airain, pour sa giossièreté et sa stérilité en toute sorte de bien; siècle de plomb, pour l'abomination du mal qui l'inonde: siècle de ténèbres, pour le manque d'écrivains. Que les âmes pusillanimes ne se scandalisent point de voir l'abomination de la désolation envahir le sanctuaire; qu'elles admirent plutôt et reconnaissent la puissance de Dieu, qui n'a pas permis, comme autrefois, que l'abomination du temple fût suivie de sa destruction, mais qui l'a conservé par Jésus- Christ. Des princes temporels, des tyrans même, s'emparant du Siège apostolique, y ont introduit des monstres hideux {visu horrendaintrusa sunt monstra). » — Impossible de décrire avec plus de franchise, de vivacité et de dédain que ne l'a fait Baronius, les maux que l'indignité et l'asservissement des papes ont causés à l'Église^. Jésus-Christ dormait dans la nacelle de l'Église, mais sa pi'ésence seule a suffi pour la sauver; il l'a tirée de l'abime, sauvée de la détresse, et conduite à la victoire.

Ces aveux ont été accueillis avec empressement par les protestants, et exploités avec soin contre l'Église, comme ils l'avaient été par les centuriateurs. En vain Mabillon et d'autres encore se sont-ils efforcés d'opposer la lumière aux ténèbres, dit le protestant Vogt {loc. cit., p. vi) : le dixième siècle était irrémédiablement condamné par les protestants comme par les catholiques : condamatum erat. Tout en s'associant encore à ce jugement, Mœhler disait déjà en 1831 : <' De? historiens sans génie historique et sans talent, ou n'aimant pas sincè-

' Alb. Vogel, Hatherius von Verona tind das zehute Jahrhundert. léna, 18Si. Voir la préface et p. i, 354, où le pseudo-réformateur Rathier parle de lui-môme et de son siècle.

* « Quibus lune ipsam (Sedem s.) sine macula et sine ruga contigit aspergi sordibus, putoribus infîci, inquinari spurcitiis, ex hisque perpétua infamia denigrari? » Introd. an dixième siècle. — On y trouve aussi une collection de passages sur les deux Théodora, l'aînée {nobile scortum, etc.) et la jeune, et sur Marosie. Sur tout cela Baronius suit aveuglément Luitprand.

236 HISTOIRK DL l'ÉGLISE.

retuent la vérité, ont coutume de dépeindre ces sortes de situations de manière à faire croire qu'ils sont les premiers qui, grâce h la supériorité de leur point de vue, de leur culture morale et intellectuelle, ont répandu sur un siècle une pareille lumière et en ont dévoilé les vices à l'humanité; tandis que d'ordinaire l'historien n'apprend ce qui est blâmable dans un siècle que par les reproches que ce siècle s'est faits à lui-même. — Le dixième siècle a ses défauts particuliers, mais il se distingue aussi parle caractère de sa piété; et celle-ci, nos historiens ne se soucient guère delà dépeindre '. »

De nos jours, une réaction salutaire s'est opérée dans la façon de juger le dixième siècle. On a remarqué que les deux évéques de cour Luitprand de Crémone et Rathier de Vérone, dont les récits avaient été accueillis avec une confiance absolue, n'étaient ni des réformateurs ni des rapporteurs sincères et véridiques. On a tenté avec succès la réhabilitation de plusieurs papes tout à fait décriés. On a compris qu'il sériât faux de conclure de la situation de l'Italie à la situation du i-este de l'Lglise ; que l'état de TAllemagne, notamment, était meilleur qu'il ne fut jamais avant ni après. On a démêlé et reconnu dans ses nombreuses ramifications l'influence et la portée de la réforme morale émanée de Cluny, et l'on a rendu justice aux grands réformateurs anglais Dunstan et Turkelul. On s'est aperçu que plusieurs nations grandes et importantes avaient été converties dans ce siècle. Grâce à la découverte d'historiens et de documents nouveaux, ce siècle a été éclairé d'une lumière plus vive et plus douce, et à peine mérite-t-il encore le nom de siècle de plomb et de fer. On a apprécié la valeur historique de plusieurs Vies de saints de ce temps. « C'est une coutume traditionnelle », dit Iléfelé, « d'appeler ce siècle le siècle le plus obscur de toute l'histoire ecclésiastique : l'expérience apprend que. l'homme incline volontiers à dire le plus de mal possible des temps qu'il connaît le moins, et à cet égard Baronius a immensément contribué au mauvais renom du dixième siècle. La situation de l'Italie étant la plus triste do tontes, et Baronius connaissant mieux l'Italie que les autres pays, il était porté à généraliser son jugement et à dépeindre l'état général du monde comme désespéré. Baronius a commis une autre erreur, mais qui fait le plus grand honneur à sa sincérité. Quoique ultramontain décidé el toujours prêt à rompre une lance en faveur du Sainl-Siège, non seulement il a recueilli avec une scrupuleuse exactitude tous les méchants propos sur les papes qu'il a trouvés dans les sources ; mais, poussant la crédulité à l'excès, il a mieux aimé sacrifier l'un ou l'autre

' Mœhler, dans la recension de la quatrième partie de KirchengcschichU de Knierkamp [Tiib. Ihenl. Quarlalschrift, 1831).

1,A VIE DE l/É(iMSE EN OrXIDENT. ^'M

pape que d'appliquer le scalpel de la critique à des sources suspectes '. » Kn Allemagne, des historiens catholiques, Hergourœther, Puret à Soleure, Héfelé, Alzog, Floss, Gfrœrer, ont essayé de justifier quelquesuns des papes du dixième siècle -.

L'Allemagne et l'Italie sous Otton I«r. — Jean XII.

29. L'Allemagne, sons Ottou I" (depuis 936), semblait avoir hérité de la mission de Cliarlemagne : elle offrait seule ui\o, royauté pleine d'éclat et de vigueur, seule aussi elle était capable de remédier à la confusion de l'Italie. Bérenger, margrave d'Ivrée, petit-fils de l'empereur Bérenger, avait arraché une grande partie de l'Italie au roi Hugues, dont le jeune fiis Lothaire avait épousé, en 9i7, x\.délaïdc, fille de Rodolphe II de Bourgogne. Lothaire portait le titre de roi, mais il était entièrement sous la dépendance de Bérenger. Lothaire mort (22 novembre 950), Bérenger se lit couronner à Pavie roi des Lombards avec son fils Adalbcrt, persécuta la reine veuve Adélaïde, et la fit même emprisonner. Adélaïde trouva beaucoup de sympathies en Allemagne. Le roi Otton se rendit en Italie en 95J, (;t l'épousa à Pavie. Déjà il songeait à aller à Rome, où il paraît avoir été invité par le pape Ägapet II, qui se plaignit auprès de lui des malheurs de l'Église. Mais Albéric lui suscita des obstacles, et, du reste, l'état de l'Allemagne réclamait sa présence. Un long temps devait s'écouler avant qu'Otton put s'occuper des affaires de l'Italie. Bérenger reprit de la force; mais, en 952, à la diète d'Augsbourg, il dut prêter au roi d'Allemagne le serment de vassal.

Otton ne connaissait point de répit; son infatigable activité était tout entière absorbée par des révolutions intestines et pur la guerre de Hongrie. Le jeune pape Jean XII, qui n'avjiit pas reçu l'éducation en rapport avec sa mission religieuse, et ne demandait pas mieux que de s'adonner aux plaisirs mondains, comme les autres fils de la noblesse, fut longtemps avant de s'accoutiuner aux devoirs de sa sublime vocation : il vivait comme les antres princes. Jeune et ambitieux, il recherchait les moyens de faire prévaloir enfin les légitimes prérogatiAcs

' Héfele, Beilrsege zur Kircliengeschlchte, etc., 1864, tom. I, p. 227-!278. Die Pxpste und die Kaiser m den trtibslen Zeiten der christlichen Kirche, ' Mœhler, Hist. de l'Eiß.. l. II. p. 139 et suiv.

238 HISTOIRE Di; l'église.

de son siège, qui n'avaient aucune proportion avec l'état actuel de sa puissance temporelle. Il se lança dans une expédition contre Bénévent et Capoue; puis il s'allia bientôt avec GisuH' de Salerne, qui vint au secours de ces deux villes, ainsi qu'avec le margrave Hubert de Toscane et le duc Tbéobald de Spolète, à qui Bérenger essaya d'enlever son duché en faveur du second de ses fils. Le roi Bérenger ayant souvent manqué à ses devoirs de vassal, Otton envoya contre lui son fils Liudolf, qui mourut dans le territoire de Novare (6 septembre 957). Bérenger n'en devint que plus puissant, et vainquit Théobald.

Menacé alors de toutes parts par Bérenger, qui occupait de grands domaines dans les États de l'Église, Jean XII. d'accord avec les évêques et les seigneurs d'Italie, appela le roi Otton à son secours, le suppliant, pour l'amour de Dieu et au nom des saints apôtres, fondateurs de l'Église romaine, de venir lui-même en Italie et d'affranchir cette Eglise du joug de la tyrannie. 11 lui montrait la couronne impériale en perspective. En VJ60, à Noël, les délégués du pape Jean, le diacre Jean el Azzon, secrétaire' particulier, munis de lettres, se rendaient près d'Otton à Ratisbonne. Leur démarche fut appuyée par plu-sieurs évêques et seigneurs de Lombardie, que la crainte de Bérenger et do son fils Adalbert avait obligés de fuir en Allemagne. Otton déclara qu'il prenait sous sa protection le pape et les territoires de l'Église romaine, et qu'il n'entendait point empiéter sur ses droits. Dans l'automne de 961, il descendit pour la première fois dans la plaine de Lombardie, eiîtra dans Pavie, et se fit couronner roi des Lombards, tandis que Bérenger. abandonné de son armée, se retirait avec les siens dans des places fortifiées, Otton se fit précéder à Rome par l'abbé Attoii de Fukle, et y entra lui-même en janvier 962.

.loan. XII Vita, Mansi, XVHI, 447; Bencd. Chron., Pertz, V, 717; Anoii. Salern.; Murât., Scr., 111, i, p. 280; Chron. Regln., p. 624; Luitpr., Vi. 6 et seq.; Murât., Ann. d'Italia, an. 902; Cenni, II, 36; Luitpr., de Oltonis reb. in urbe gest.; Waltcrich. I, 49 et seq.; Giesebrecht, I, p. 370 et suiv., 4,H0 et suiv., 4j8 ; Papencordt, p. 177; Reumont, 11, p. 234 et suiv.

LA VIE DE I.'l^tiLlSE EN Ol f.IDENT. 239

Les Otton et les papes de leur temps. — Otton I^i* couronné

empereur.

30. Otton reçut à Rome le plus brillant accueil. Il renouvela par serment ses précédentes promesses , et le 2 février 962 il fut solennellement couronné par le pape avec son épouse Ailélaïde. Ainsi se trouvait restauré l'empire d'Occident, cei^t soixante-deux ans après le couronnement de Charlemagne, trente-huit ans après la mort du dernier empereur carlovingien, et cela dans la nation allemande, où il continua de subsister de fait et eu vertu de la tradition. Le serment prêté par Otton servit de modèle à ses successeurs, et fut la condition sous laquelle on obtint désormais la dignité impériale. Ce serment contenait les obligations suivantes : 1° nul préjudice no devait être porté au pape dans son corps, sa vie et son honneur; l'empereur devait le protéger et exalter autant qu'il était en lui l'Église romaine; 2° il ne tiendrait aucune diète et no prendrait aucune mesure sans l'assentiment du pape, dans les affaires relatives au pape ou aux Romains; 3" il restituerait, pour autant qu'ils seraient , tombés en sa puissance, les domaines appartenant à saint Pierre; i° ïï ferait jurer celui à qui il remettrait le royaume de Lombardie d'assister le pape , selon sou pouvoir, dans la défense des Etats de l'Eglise.

De leur coté, le pape et les Romains promirent à l'empereur qu'ils ne prêteraient jamais secours à ses ennemis (Bérenger et Adalbert). Otton rendit au pape plusieurs domaines do l'État ecclésiastique, lui fit de riches présents, et confirma les donations des précédents empereurs. Ce dernier fait est certain, bien qu'on ne puisse considérer comme un document original le diplôme du 13 février 962, tel qu'il existe aujourd'hui. D'après ce diplôme, l'empereur ajoutait aux précédentes donations les duchés de Spolète et de Bénévent, la Toscane et la Sicile, si Otton parvenait à conquérir cette île, sauf un droit de suzeraineté impériale; il garantissait la Uberté des électioLS pontificales, à cette condition, établie déjà par d'autres empereurs, que l'élu s'engagerait, en présence des délégués de l'empereur, à gouverner selon le droit et la justice. On renouvela aussi les articles contenus dans la constitution de l'empereur Lothaire, de 824. Les relations entre le pape et l'em-

î/iO UISTOIRK r»E L LGI.ISE.

pcreur devaient être réciproques : chacun avait à l'égard de l'autre des droits et des obligations. Le pape donna le palliuni aux archevêques de Salzbourg et de Trêves, et approuva l'institution de la province ecclésiastique de Magdebourg, ainsi que d'autres mesures qui s'y rattachaient.

Sur le couronnement d'Olton, nous lisons : « A Joan. P. amabiliter exceptus alque honore imperiali subliniatus est. » (Flodoard., Annal. Rhem., an. 962.) « Olto rex consecratione Joan. P. imi)erator Roniio Jaclns est. » (Ann. Ottenburg., h. a.) «■ Joan. P. (Ottonein) consecrationo sua imperatorem fecit. » (Lambert.) Cf. Luitpr., VI, 6; Regln. Chron., h.a. Nous possédons le serment d'Otton en trois exemplaires, substanliellemcnl identiques (Pertz, Leg., IL p. 29). Il se peut que les trois formules aient été présentées au choix du pape, et qu'il ait adopté celle qui figure dans la Collection du droit canon (c. xxxni, d. 63; Héfelé, IV. p. 578); ou bien que la première ait été envoj'ée d'Allemagne à Rome, que la seconde ait été jurée par les délégués d'Otton à Rome, et la troisième par lui en personne. (Floss, l'Élection des papes sous les Otto.n, en allem., p. 10.) La seconde se trouve dans Deusdedit (Coll. can., 1. IV, c. cLXi, p. 501 et seq.). L'authenticité du serment a été niée par Dœnnige^ (dans Ranke, Jahrbücher des deutschen Reiches unter dem sœchs. Hause, t. I, sect. in, art. 9, a p. 203 et suiv.); elle est admise par Cenni. Il, p. 36; Dœllinger, Lehrb.,1, p. 427; Gfrœrer, K.-G., III, m, p. 1243; Hœfler, 1). P., I, p. 35 et sniv.; Giesebrechl, 1, p. 456 (781); Phillip?, K.-R., m, p. H5 et suiv.; Héfelé, loc. cit.; Reumont, 11, p. 240.

Le diplôme du 13 février 962 (Baron., an. 962, n. 3; Mansi, XVIII, 451; Pertz, Leg. II, append., p. 164 et seq.; Watlerich, I, 18-22; Theiner, Cod. diplom., I, p. 4, en allem., dans Hœfler, I, p. 37 et suiv.j, a provoqué de nombreux ouvrages. Lehret, Gesch. v. Ital., t. XL de l'Allg. Weltgesch., §§ 503 et suiv., p. 477 et suiv.; Cenni, II, 13; Héfeh', Beitr., I, p. 255; Conc.-Gesch., IV, p. 579 et suiv., n. I. Luden (VU, p. lH)etGiesebrecht(II, p. 459, 3« éd.), et d'autres y voient l'œuvre d'un imposteur; Waitz (Annales de l'empire allemand,!, ui, p. 207 et suiv.) et Perlz (p. 163) pensent au contraire que le document actuel n'est qu'un remaniement d'un document primitif authentique. Sur le fait de l,i contirmation, voy. Pertz, loc. cit.; Phillips, 111. p. 116; Gfrœrer, III, m, p. 1244; Héfelé, IV, p. 581.

Controverses entre Otton et le pape.

M. H scniblrtit, à nu voir que les apparences, que tout fût au mieux entre Utton et Jean XII; et pourtant la mésintelligence^

F.A VIF. HE T.h:GL1SF F.N OCCIDENT. 241

était à chaque instant sur le point d'éclater. Non seulement le nouvel empereur était plein de méfiance envers les Romains et prenait contre eux toutes les précautions imaginables ; il était de plus infatué de son omnipotence, et enclin par cela même aux allures hautaines. Déjà, n'étant encore que roi allemand, il avait manifesté son dessein d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques; et sou propre fils (ruillaume, qu'il avait nommé en 954 archevêque de Mayence, eut souvent à défendre contre lui les droits de l'Église. Dès qu'il eut reçu la couronne impériale, il changea d'attitude à l'égard du pape. Il prétendit exercer ses droits d'empereur dans l'État ecclésiastique, et n'accorder au pape d'autres prérogatives que celles que possédaient dans l'empire ceux qui jouissaient de quelque immunité. Le droit de souveraineté, tel que l'avaient, selon lui, exercé Charlemagne et ses successeurs, dans le patrimoine de Saint-Pierre, Otton le revendiquait dans toute son étendue : il se croyait aussi le souverain du pape.

Jean XII, encore que par son passé, ses aptitudes et ses tendances, il ne fût guère propre à représenter les intérêts de l'Église, se sentit lé.sé et amoindri dans son double pouvoir spirituel et temporel : au lieu d'un protecteur, il reconnut qu'il s'était donné un tuteur. Uttun venait de se rendre dans la haute Italie pour combattre Bérenger, enfermé à Saijit-Léon, dans le comté de Montefellro. Le pape, à l'instigation de la noblesse, qui avait autrefois appuyé son père, eut le malheur d'entrer en négociation avec Bereuger ; il manda même auprès de lui le fils de celui-ci, Adalbert, qui cherchait à se faire aider par les Sarrasins et les Grecs, et il se plaignit d'une foule de mesures prises par l'empereur. Otton apprit les négociations entamées avec Adalbert, ainsi que les griefs de plusieurs Romains sur la conduite peu réservée du pape. Ce dernier envoya le protoscriniaire Léon et d'autres avec lui se plaindre à l'empereur de ce qu'il traitait les biens de l'Église romaine comme ses biens propres, accueillait près de sa personne des serviteurs infidèles du pape, etc.

Otton déclara de sou côté qu'il n'avait pu encore rendre les territoires d'où Berenger n'était pas expulsé, et qu'il n'avait pas donné asile à des ennemis du pape. 11 retint quelque temps les envoyés de Jean XI 1, et lui manda par des ambassadeurs,

m. — HIST. DE l'ÉGUSE. l(j

242 HTSTOTRK DE LÏT.LÎSE.

entre autres par l'évêque Luitprand, tout dévoué à sa personne, qu'il était prêt à prouver son innocence par le serment et le combat judiciaire. Le pape ne pouvait y consentir : il reçut froidement les ambassadeurs. Luitprand (qui est la principale source à consulter en cette matière), déjà très passionné de sa nature, fut piqué au vif, et résolut d'envoyer lui-même de nouveaux délégués à l'empereur. Mais lorsqu'Adalbert fit son entrée à Rome (juillet 963), Otton, invité par quelques Romains, prit le parti de s'y rendre lui-même, et y arriva en octobre 963. La faction impériale s'était emparée de l'église de Saint-Paul, pendant que le parti du pape occupait la cité léonine. Jean XII songea d'abord à repousser l'attaque par la force armée ; mais, prévoyant qu'il succomberait, il s'enfuit avec Adalbert dans la campagne, tandis qu'Otton entrait dans la ville sans coup férir (3 novembre 963).

Giesebrecht, II, p. 442 et suiv., 438 et suiv.; Héfelé, p. 381 et suiv. Le « Libellas de imperatoria potestale in urbe Roma » (Pertz, III, 719 et seq.; "Watterich, I, 020 ot seq.; voy. Gregorovius, III, p. 343; Watlenbach, p. 2 13), rédigé en un latin barbare, a sans doute contribué à exagérer l'autoritc'- souveraine de l'empereur. Le haineux et vindicatif Luitprand (Pertz, III, 341 et suiv.), qui flatte toujours le pouvoir régnant, et qui, à la manière des Byzantins, d'ailleurs détestés de lui, qualifie Otton I«' de « sanctus Imperator », dénature les faits, les exagère cl en invente; il n'est suivi qu'avec réserve par les bons historiens. Voyez encore Damberger, Y, p. 2 et suiv.; Héfelé, Beitr,, 1, p. 236 et suiv.; Gfrœrer, Grégoire VII, l. V, p. 280 et suiv.

Conciliabule d'Otton. — Son antipape Léon VIII.

32. Otton, qui avait maintenant le sentiment profond de sa puissance, imposa aux Romains un serment contraire à toute la jurisprudence du passé non moins qu'aux canons ecclésiastiques : c'était de ne jamais élire ou faire ordonner un pape sans son consentement ou celui du roi Otton son fils. L'empereur alla plus loin encore : il voulut, sous prétexte d'une inconduite qui ne l'avait pas desservi jusque-là, précipiter la chute du pape, qu'il haïssait. Le 6 novembre, il fit convoquer en concile les prélats italiens et allemands venus avec lui, ainsi que les cardinaux et les représentants du peuple romain. Ce concile se tint à 8aint-

LA VTE DE l'Église kn occident. 213

Pierre, sous sa présidence. Le pape, accusé de différents crimes, fut invité à y comparaître; et, comme il ne se présenta point, et menaça même de l'excommunication ceux qui sans son aveu prenaient part au synode tenu dans son église, on le déclara déposé, après avoir formulé contre lui les griefs les plus étranges et les plus exagérés. Le concile proposa l'élection d'un nouveau pontife ; Utton y donna son assentiment, et tous de s'écrier par trois fois : « Nous choisissons Léon, protoscriniaire. »

Léon, encore laïque, fut donc élu, contrairement aux canons. Il se montra en tout l'instrument docile de l'empereur et du parti qui voulait venger sur le fils les griefs qu'il avait contre son père Albéric. Léon VIII fut promu aux ordres d'une manière anticanonique et sans observation des interstices, par les évêques Sico, Benoît et Grégoire. II est certain qu'en présence de Jean XII, universellement reconnu, il était illégitime, et que le concile à qui il devait sa nomination était irrégulier. On déplora souvent dans la suite les conséquences de cette procédure illégale.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE ti° 32.

Mansi, XVIII, 466 et seq.; Watterich, I, p. 53 el seq. Contre le conciliabule : Baron., an. 963, n. 31 et seq.; P. de Marca, de Conc, I, H; Nalalis Alex., saec. X, diss. xvi; Muratori, Mansi, Kerz, Dœllinger (Lehrb., I, p. 427 et suiv.), Floss (loc. cit., p. 7 et suiv.); il n'est défendu que par Launoy, liv. IV, ép. i.

Sur la déposition de Jean XII, Otto Fris., de Gest. Frid., VI, xxiii : « Quse omnia, ulrum licite an secus acta sint, prsesentis non est operis. »

Concile de Jean XII. — Sa mort.

33. Otton demeura encore quelque temps à Rome après l'institution de Léon VIII, mais il congédia une partie de son armée. Aussitôt les citoyens de Rome et les seigneurs du voisinage se soulevèrent. Otton étouffa la révolte (3 janvier 964) et se fit donner cent otages, qu'il ne rendit qu'au bout de huit jours ; puis il partit pour Camerino et Spolète, afin de combattre Adalbert. Une nouvelle révolte éclate; et tandis que l'antipape s'enfuyait auprès de l'empereur, Jean XII rentrait dans la ville et punissait cruellement plusieurs de ses adversaires. Le 26 février 964, il célébra dans Saint-Pierre un concile qui condamna le conciliabule d'Otton, l'antipape et ceux qu'il avait ordonnés. Sico, évéque d'Ostie, fut déposé; d'autres évêques, tels que

244 HISTOIRE DR I.'É(.I,ISE.

ceux d'Alhano et de Porto, furent graciés dans la suite. Quelque sévère que fût ce concile à l'égard du néophyte et intrus Léon, il régla les affaires avec beaucoup plus d'ordre que n'avait fait le conciliabule d'Otton.

Jean XII mourut d'apoplexie, le 14 mai 964. La Providence, en le rétablissant, avait protégé son droit; en le punissant do mort subite, elle flétrissait l'indignité de sa conduite. A.u surplus, les accusations accumulées contre lui (par Luitprand) ne méritent pas une confiance absolue. Les Romains n'avaient nulle envie de reconnaître l'institution anticanonique de Léon; le serment que leur avait imposé Otton, ou du moins à une partie des électeurs (car tous ne le prêtèrent pas), sembla avoir été annulé par les événements subséquents : c'est pourquoi ils nommèrent le cardinal-diacre Benoît, vieillard irréprochable, surnommé « le (irammairien ». Ils lui promirent avec serment de ne jamais l'abandonner, et de le défendre contre le despotisme d'un empereur qui voulait ravir à eux et à l'Église toute liberté.

Baron., an. 964, a. 6; Mansi, XVIIl, 471 et seq.; Héfplé, p. 587 et suiv.; Giesebreclil, 1, p. 4Ci>-470. Du diable qui, d'aprös Luitprand (p. 346, éd. Pertz), aurait donné au pape, à roccasion d'un adultère, un coup sur les tempes, Bower, Gesch. der Pœpste, VI, p. 307; Gfroerer, p. 1257, et après eux Guericke, II, p. 54, n. 7, ont fait un époux offensé. De même Ritter, I, p. 425, 6^ édit.

Benoit V. — Jean XIII.

34. Ottou ne voulut point reconnaître le nouveau pape, repoussa toute explication et recourut à la violence. Rome, dont il fit le siège, se défendit héroïquement, et no céda que devant les horreurs de la famine. La reddition eut lieu la 23 juin 9G4. Quelque temps après, Otton et son antiptipe célébrèrent un concile dans l'église de Latran. On y amena Benoît V, qui se soumit humblement, fut abreuvé d'injures, puis exilé à Hambourg. Léon VllI, qu'on dit avoir accordé à l'empereur les privilèges les plus étendus^ mourut inopinément (mars 9G5), après le départ de ce prince. Les Romains demandèrent le rétablissement de Benoît V, mais Tempereur s'y opposa. I*eu de temps après, Benoît mourut à Hambourg en

I,A VIE DE l'église EN OCCIDENT. 24.-;

odour de sainteté, et fut inhumé dans l'église de Sainte-Marie, où il demeura jusqu'à ce que (999) le petit-fils d'Olton, comme pour expier les injustices commises envers lui, fit reconduire à Rome en grande pompe ses restes vénérés. Otton envoya à Rome ses évêques de cour Luitprand de Crémone et Otgar de Spire, pour diriger la nouvelle élection, ou plutôt pour imposer sa volonté. Il obtint effectivement la nomination de Jean, évêque de Narni, qui fut intronisé le l" octobre 963. Le nouveau pape, Jean XIII, s'efTorçait d'abattre l'orgueil de la noblesse et de la mettre sous une dépendance plus étroite, lorsque, le 15 décembre, éclata contre lui une révolte dirigée par RofTred, par Pierre, préfet de la ville, et Etienne, vestiarius. Il fut enfermé d'abord au château Saint- Ange, puis emmené dans une forteresse de Campanie, où il demeura plus de dix mois.

Le parti du pape, dirigé par Jean, fils du jeune Crescentius, se souleva à son tour, encouragé par la nouvelle de l'arrivée de l'empereur. Le comte Roffred fut assassiné, et Jean XIII put retourner à Rome. En décembre 966, Otton entra dans la ville, punit sévèrement ceux qui s'étaient insurgés contre le pape, assiski en janvier 907 à un concile tenu dans l'église de Saint- Pierre, puis à un autre réuni à Ravenne au mois d'avril, restitua au pape plusieurs domaines de l'Etat ecclésiastique, Ravenne en particulier, et reçut la promesse que son fils Otton II serait couronné empereur. La cérémonie eut lieu à Rome, le -iJo décembre 967. Jean XIII confirma les évèchés nouvellement établis en Saxe par Otton, érigea Bénévent en archevêché (969), couronna impératrice l'épouse du jeune Otton (14 avril 972), la princesse grecque Théophano, et s'appli(juaà relever partout la discipline ecclésiastique.

CUrouic. Reginon. (Pertz, I, 614 et seq.; VI, 620), coninieuce eu 960, mais résume depuis 907, et continue jusqu'en 907. Vita; Papar., ap. Murat., Scr., III, II, p. 327 et seq.; Luitpr., ap. AVatterich, I, 61 et seq.; Baron., an. 964, n. 16 et seq.; Moasi, XVIII, 477. On attribue à Léon VIII le '< Privilegium de investituris » (c. x.xni, d. 63; Goldast, Const. imper., I, 221; Baron., h. a., n. 22; Pertz, Leg. II, append., p. 167). Goldast. MaIch, Gfrœrer (K.-G., p. 1225), et en partie Richter (K.-R., § 26, n.2), soutiennent son authenticité. — Baronius, Pagi, Muratori, Dœnniges (Ranke's Jahrb. des deutschen Reichs, I, ui, p. 102), Kunstmann (Tüb.

Quart.-Schr.), 1838, II, p. 351 et suiv.); Hœller, 1, p. 48, n. 74; Phillips, K.-R., III, p. 119; V, p. 787, reconnaissent qu'il est interpolé. On remarqnait du reste que la bulle, étant l'œuvre d'un antipape, était invalide. Blanchi, t. II, 1. V, § 6, n. 5 et seq., p. 226 et seq.; Berardi, Gratiani canones genuini, II, u, p. 307; Comment. I, p. 96; Devoti, Jus eccl. univ., lib. I, til. VI, § 39, n. 4; t. II, p. i07. En 1858, le professeur Floss (op. cit.) a publié le diplôme sous une forme un peu plus longue et un peu différente (Watterich, I, p. 675 et seq.); il croit que c'est là l'original, dont le texte précédent était un abrégé. On a dit aussi que le grand diplôme était un projet rédigé à la chancellerie d'Otton, et qui ne fut jamais public par le pape. (Hist. polit. Bl., 1858, t. XLII, livrais. 11. Cf. Héfelé, IV, p. 592-596; Beitr., i, p. 268-273.) Plusieurs croient que la fausse bulle date de l'ère des Hohenstauffen, de 1174- 1180 (Hist. pol. Bl., 1860, t. XLVI, p. 139); Waitz (dans Sybel, Hist. Ztschr., 1859, livrais. 1) la prenait pour un factum imaginé par le parti impérial pendant la querelle des investitures. C'est en effet à cette époque quelle se rapporte le mieux par le fond des idées. L'interpolalion de la « Cessio donationum », également attribuée à Léon VIII, est encore plus manifeste (Pertz, loc. cit., p. 168 et seq.; Watterich, I, 679 et seq.). Cf. Phillips, loc. cit. — Joan. XIII, Murât., Scr., III, n, 330 et seq.; Contin. Regin., p. 627 et seq.; Chron. S. Bened., Watt., 1, 44, 64, 685 et seq.; Héfelé, p. 597 et suiv.; Papeucordt, p. 180»et suiv.; Reumont, II, p. 290 et suiv.; Giesebrecht, I, p. 493 et suiv.

Benoit VI et Benoît VII. — L'empereur Otton II.

35. Le successeur de Jean XIII (mort le 0 septembre 972), Benoît VI, nommé en présence des envoyés de l'eraporeur, fut bientôt en butte aux attaques des partis. L'empereur'Otton I" mourut le 7 mai 973, âgé de soixante et un ans, digne par ses hauts faits du surnom de Grand, malgré les actes arbitraires qu'on doit lui reprocher. Son fils Otton II, soigneusement élevé, habile à manier les armes et d'un courage résolu, ne comptait qiie dix-huit ans. La mort d'Otton I" di.ssipa dans Rome les craintes qu'inspirait la puissance impériale. Les seigneurs de la ville, qui possédaient de riches domaines dans les alentours, surtout le duc Crescentius, seigneur de Nomentum, et représentant du parti national contre les Allemands, s'allièrent an cardinal-diacre, l'ambitieux Francon, contre le pape, qu'ils détestaient, et qu'ils enfermfTent au château Saint-Ange.

Le cardinal, élu sous le nom de Boniface VI I^ fut forcé de

LA VIE KE l'Église en occident. 2i7

quitter Rome par le parti opposé (août 974), et se retira à Coiistantinople, emportant avec lui les trésors qu'il avait pillés au Vatican. Benoît VI fut assassiné dans sa prison. Otton II désirait faire nommer le pieux Mayeul, abbé de Cluny; mais il se" heurta à une résistance invincible. Quand le calme fut rétabli dans Rome, Benoît VII, de la famille des comtes de Tusculum dévoués à la maison impériale, et évêque de Sutri, fut élu avec l'assentiment de l'empereur (fin 974, ou janvier 975). Ce digne pontife excommunia l'antipape Francon, punit les autres spoliateurs des biens ecclésiastiques, secourut les pauvres, rétablit le monastère de Sainte-Croix de Jérusalem et y plaça des moines de Cluny, accueillit Sergius, archevêque de Damas, expulsé par les Sarrasins, et lui donna l'église de Saint- Boniface-et-Saint- Alexis , où il institua une excellente école, dirigée par des hommes de piété. Il célébra plusieurs conciles, où il condamna la simonie et apaisa des controverses. En 981, il se rencontra à Ravenne avec l'empereur Otton II, qui l'accompagna à Rome pour la fête de Pâques, et entreprit de là. son expédition contre les Sarrasins dans la basse Italie. Malgré sa défaite en Calabre (13 juillet 982), Otton ne perdit point courage : dans une diète assemblée à Vérone, il prit des mesures pour recommencer le combat. Malheureusement, ce prince si bien doué ne put résister à tant de fatigues et d'embarras : il mourut à Rome, âgé de vingt-huit ans seulement, le 7 décembre 983.

A Benoît VI (Watt., I, p. 6ö, 686) des chroniqueurs subséquents font succéder le pape Domnus II; mais ils ont mal entendu le « Domnus (pour « Dominus >■>) Papa ». Giesebrecht, dans Ranke, Jahrb. des deutschen Reiches unter Otto II, Berlin, 18i0, I, i, p. 141; Jaffé, Reg., p. 3;^i; Héfelé, IV, p. 603; Watter., I, p. 66, not. b. En faveur de ce Domnus ou Donus II, Papencordt invoque, p. 181, n. 4, un M. S. Palat. de Gest. pont., p. 154, dans Curtius, p. 284, not. a. Sur Otton II, voy. Giesebrecht, II, p. 569 et suiv. Sur Boniface VII, Watter., I, p. 66, 686 et seq.; Hœfler, I, p. 69; Héfelé, IV, p. 603; Ferrucci, Investigazioni storico-critiche suUa persona e il pontificato di Bonif. VII, éd. 2, Lugo, I8Ö6; Benoit VII, Watler., I, p. 66, 686; Hœller, I, p. 56 et suiv.; Papencordt, p. 182; Reumont, II, p. 292 et suiv.; Héfelé, p. 603 et suiv.

248 HISTOIRE r>E l'église.

Jean XIV et Jean XV.

36. Le Saiiit-Siège se voyait de nouveau privé d'un puissant soutien. Benoît VII eut pour successeur l'ancien chancelier de l'empereur, Pierre, évêque de Pavie, qui se nomma Jean XIV. Boniface Francon, revenu de Constantinople, se souleva contre lui, et l'emprisonna au château Saint-Ange, où il le fit mourir de faim. Cependant l'usurpateur n'occupa le Saint-Siège que quelques mois. Il fut frappé de mort subite, et la population indignée se vengea sur son cadavre.

Jean XV, Romain de naissance (98o-90ü), fut presque dépouillé de toute autorité par le puissant patrice et consul Crescentius, qui ne laissait arriver auprès de sa personne que ceux qui lui offraient de riches présents. L'impératrice Théophano, inquiète pour son fils Otton III, encore mineur, arriva à Rome pour la fête de Noël (989), mais ne put y rétablir un ordre de choses durable. Jean XV, un beau jour, s'enfuit jusqu'en Toscane. Crescentius, craignant qu'une trop longue absence du pape ne nuisît à sa propre, autorité, essaya, par l'entremise de ses proches, de l'apaiser et de le faire revenir. Le pape céda, et fut reçu avec de grands honneurs. Cependant le puissant patrice continua de le tenir sous sa dépendance. Le pontificat de Jean XV coïncide avec une célèbre controverse touchant le siège archiépiscopal de Reims.

Entre Jean XIV (983-08i-, Waller., I, p. 66, 687) et Jean XV, quelquesuns (et ceux-ci appellent Jean XV Jean XVT) placent un autre Jean', tils de Robert, qui aurait régné quelques mois. Selon d'autres, il aurait éKélu, mais non consacre''; selon d'autres encore, il n'aurait été proposé que par un parti, celui de Francon, et n'aurait pu prévaloir. Pagi, an. 985, cum annol. Georgii, t. XVI, 278; Papencordt, p. 183. Mais, d'après les meilleures recherches, il doit être complètement rayé de lu liste des papes. Wilmans, dans Ranke, Jahrh. des deutschen Reichs, II, II, p. 212; Gfrœrer, p. I4lb; Héfelé, IV, p. 605. Sur Jean XV, Vita, ap. Mural., III, n, 334 et seq.; Romuald. Salern., p. 163, éd. Murât.; Waller., I, 66 et seq.; Reumont, II, p. 296-298. Sur Théophano, morte le 15 juin 991, Hœfler, 1, p. 65-72; Giesebrecht, I, p. 553 et suiv.

Gerbert.

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