En France, Hugues Capet, comte de Paris, avait succédé
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à Louis V, le dernier des Carlovingiens (mort le 2-2 juin 987). Il eut pour adversaire Charles, duc de la basse Lorraine. En 988, le roi nomma Arnoulphe, neveu de Charles, au siège archiépiscopal de Reims, et essaya de l'attacher à ses intérêts par un serment. Mais, un an à peine écoulé, la ville de Reims était livrée au duc Charles par la trahison d'un prêtre, et l'archevêque Arnoulphe emmené prisonnier. Plusieurs églises furent abandonnées au pillage, et Arnoulphe prononça les censures ecclésiastiques contre l'usurpateur. Quant au roi Hugues, il considéra l'archevêque comme le véritable auteur de la trahison ; sa captivité, ses démarches n'étaient à ses yeux qu'une manœuvre concertée avec son oncle. Il écrivit donc au pape et lui fit écrire par ses évêques pour lui demander la déposition du parjure. .Jean XV ne pouvait pas condamner l'archevêque sans l'avoir entendu : avant qu'il eût donné sa réponse, la ville de Laon, par suite d'une trahison, tombait au pouvoir de Hugues, et avec elle le duc Charles et l'archevêque Arnoulphe (2 avril 991).
Le roi réunit à Reiras (juin 991), sous la présidence de Séguin, archevêque de Sens, un concile, qui déposa l'archevêque comme parjure, et le remplaça par, le savant abbé Gerbert, du pays d'Aurillac en Auvergne, alors professeur à l'école de la cathédrale de Reims. Adalbéron, prédécesseur d'Arnoulphe, l'avait déjà désigné pour son successeur. Le prélat déposé ne fut défendu que par les abbés Ronolf de Sens, Abbon de Fleury et le scolastique Jean d'Auxerre. La plupart des évêques étaient d'avis que cette affaire ressortissait au pape. Arnoulphe, évêquo d'Orléans, se permit au contraire les plus violentes sorties contre le Saint-Siège, notamment au sujet d'Octavien et do Boniface Francon, et il s'égara jusqu'à prétendre que ce siège avait perdu par les vices de ses titulaires le droit de décider en dernier ressort. Des doutes nombreux s'élevèrent bientôt sur les décrets du concile de Reims. Le pape, à qui le roi les fit transmettre par l'archidiacre de cette ville, n'était nullement disposé à les recevoir. De leur côté, les évêques allemands, Villegise de Mayence à leur tête, demandèrent qu'il n'en fût point tenu compte. Hugues réunit à Chelles, sous la présidence de son ûls Robert, un autre concile, où il fut décidé que les décrets de Reims seraient, au besoin, maintenus contre la propre volonté du pape. La dépendance absolue des évêques à
l'égard du roi, la barbarie de ce temps, l'esprit d'opposition dans les meneurs, Thabileté de Gerbert, poussèrent une grande partie des prélats français à une démarche qui menaçait l'ordre hiérarchique jusque dans ses fondements.
38. Le pape Jean, qui s'était tu longtemps, d'autant plus que la légitimité de Hugues Capet était douteuse, invita les évêques de toute la Gaule à célébrer à Aix-la-Chapelle un concile, où ils jouiraient d'une parfaite liberté : ils refusèrent de s'y rendre. Alors il les convoqua à Rome : ils refusèrent encore, objectant les mauvaises relations qui existaient entre la France et l'Italie. Le roi, de son côté, écrivit au pape de ne pas donner créance aux récits mensongers qu'on lui faisait : il n'avait point, disait-il, violé les droits du pape, et il lui offrait de conférer personnellement avec lui sur la frontière francoitalienne, l'assurant du plus honorable accueil. Le pape, au lieu d'accepter, lui envoya en qualité de légat Léon, abbé de Saint- Boniface-et-Saint-Alexis, un homme dont la piété et le savoir étaient la réfutation vivante des injures débitées par l'évêque d'Orléans sur la décadence des mœurs et de la science à Rome ; il était chargé de vider de son mieux la controverse avec les évêques allemands et les évêques français.
Les Allemands le reçurent avec respect et cordialité ; ils écrivirent au roi Hugues et à son fils, associé à la royauté, pour les inviter à fixer le temps et le lieu de l'assemblée. Ils choisirent Mouzon, situé dans la province de Reims, sur la frontière allemande et française. Parmi les Français, Gerbert seul se présenta pour défendre sa cause. Les autres évêques furent empêchés de s'y rendre par les rois Hugues et Robert, qui soupçonnaient quelque manœuvre politique, comme s'ils avaient craint que la France no fût assujettie au roi allemand Otton 111. Le concile s'ouvrit le 2 juin 995. Gerbert essaya de se justifier dans un brillant discours, mais il n'eut pas plus de succès que dans ses précédentes tentatives auprès du pape lui-même; il fut obHgé au contraire, ainsi que les membres du concile de 991, de se soumettre à une suspense jusqu'au prochain concile, tenu à Reims le 1" juillet. Le légat Léon, dans une lettre aux rois de France, combattit les griefs allégués par l'évêque d'Orléans dans le dernier concile, et se plaignit qu'Ârnoulphe y eût été condamné sur la déposition d'un seul témoin.