A VIK UE LÉGLISK EN OCCIDENT
logno, excommmiiii le duc (iodefroi de Lorraine et le comte Baudouin de Flandre, qui s'étaient révoltés contre Henri, et négocia ensuite la réconciliation de (iodefroi avec l'empereur.
49. Eu octobre 1049, Léon IX fit la consécration solennelle de l'église de Saint- Rémi à Reims, célébra un concile pour réformer les mteurs et remédier aux abus de la France, la simonie, le brigandage, les nombreuses infractions aux lois du mariage. Douze canons furent dressés contre les prélats simoniaques; des peines furent édictées contre ceux qui n'avaient pas comparu, ainsi que contre (juelques comtes, coupables de bigamie ou de divorce. L'autorité du Saint-Siège, malgré les réactions de la cour, fut brillamment rétablie en France. Peu après, le pape et l'empereur réunirent à Mayence un grand concile allemand, qui combattit l'incontinence des clercs, la simonie, les occupations mondaines de plusieurs prêtre.s, et aplanit une multitude de différends. Pendant son retour en Italie, il fit de nouvelles visites aux monastères, consacra des églises et célébra la fête de Noël à Vérone. Son voyage à travers TAllemagnc ne fut qu'une suite continuelle de victoires remportées sur l'arrogance des seigneurs, les yices des clercs, l'incrédulité et les mauvaises mœurs. Léon, à peine rentré dans Rome, où il fut reçu avec jubilation et régla différentes affaires, porta de nouveau ses regards sur la basse Italie. En avril 10.50, il réunit à Rome un concile de cinquante-cinq évèques, et un autre à Verceil dans le courant de septembre. De là, passant par Saint - Maurice, Besançon et Toul, il alla trouver Henri III à Trêves (commencement de 1051), et l'accompagna à Augsbourg.
Retourné à Rome, il nomma le chancelier de l'Église romaine, UJon, au siège de ïoul, (ju'il avait lui-même conservé Jusqu'à ce moment, et donna l'oftice de chancelier à Frédéric de Lorraine. Dans un synode pascal tenu à Rome (avril 1051), il punit l'évéque de Verceil, coupable d'adndtère et de parjure, et apaisa une dispute entre l'évéque de Sabine et le monastère de Farfa. Dans l'été, il alla à Capoue, Bénévent et Salerne, pour revendiquer les droits du pape et de l'empereur, abolir des abus et relever les couvents. Il s'occupa ensuite, à la demande d'André, roi de Hongrie, de rétablir la paix entre lui et l'empereur, et, sur la fin d'août 10.52, arriva devant Presbourg, vainement assiège par l'armée allemande. Les Hongrois, ayant
2(iK HISTOIRE DE L EGLISE.
obtenu cette fois des succès importants, rejetèrent les conditions de l'empereur. Léon IX, profondément attristé, suivit Henri à Ratisbonne, y canonisa 1 evêque Wolfgang, ainsi qu'Ehrard, et consacra le monastère de Saint-Emmeran, reconstruit après un incendie.
En octobre 1052, le pape et l'empereur se trouvaient à Bamberg. Léon IX y fit l'inhumation solennelle des restes de Clément II, et vida une contestation entre l'évêque de cette ville et l'évêque de Wiirzbourg. Dans le même mois, un concile était célébré à Mayence. A Noël, le pape conclut dans Worms avec lempereur un traité, d'après lequel Henri III cédait à l'Église romaine Bénévent et autres possessions dans l'Italie du Sud, tandis que le pape lui abandonnait ses droits sur Bamberg et Fulde. En février 1053, le concile projeté à Mantoue fut empêché par des difficultés survenues entre les serviteurs des évêques de Lombardie et la suite du pape. En 1053, au mois d'avril, Léon IX célébra à Rome sou quatrième concile pascal.
50. Le pape, au milieu d'occupations si diverses, était incessamment inquiété par les ennemis du dehors. Les Sarrasins, sous la conduite de Mugottus (Musottus ou Mouza), s'étaient emparés de l'île de Sardaigne. Les Pisans, un moment découragés, mais raffermis par le pape, obtinrent la Corse par voie de négociations, et occupèrent ensuite la Sardaigne, abandonnée des Sarrasins. Cependant les Normands, qui avaient conquis dans la basse Italie d'importants territoires aux dépens des Grecs et des Sarrasins, causaient de graves soucis au pape par leurs cruautés, par les ravages qu'ils exerçaient dans les villes, les églises et les monastères, par leurs empiétements sur les possessions de l'Église romaine. En vain Léon IX avait essayé, par ses prières et ses démarches, d'obtenir que la population et les biens ecclésiastiques fussent épargnés : il comprit que la voie des armes était le seul moyen d'avoir raison de ces hommes qui n'avaient de goût que pour le pillage. L'empereur lui avait autrefois promis des secours en armes; mais l'influence de conseillers hostiles au pape, les soulèvements que l'on redoutait en Flandre et en Bavière, firent contremander les troupes déjà en marche. Dans cette extrémité, Léon iX se mit lui-même à la tète d'une armée recrutée de Français et d'Allemands, et s'avança contre les Normands (mai 1053). Son armée fut presque
LA VIE DE l'Église en occidext. 269
entièrement détruite dans un combat livré près de Civitate ou Civitelia(18 juin), et le pape tomba lui-même au pouvoir des vainqueurs.
Léon parut inébranlable au milieu de ses ennemis, et brisa leur dureté par sa parole pénétrante. Us se jetèrent à ses pieds, lui demandèrent pardon, et le prièrent de les absoudre de l'excommunication ; ils lui jurèrent même fidélité et obéissance. Léon fut retenu sept mois à Bénévent (jusqu'en mars 1054). Il donna en fiefs aux comtes Normands, outre les domaines qu'ils avaient conquis, ceux qu'ils pourraient enlever aux Sarrasins, Il offrit le saint sacrifice pour ceux qui avaient succombé, et leur fit donner une sépulture honorable. Des contemporains, Pierre Damien lui-même, pensent que cette défaite fut infligée au pape en punition de ce qu'il avait violé la loi qui défend aux prêtres de porter les armes : ils oublient que Léon était tenu, en qualité de prince temporel, de défendre son territoire, qu'il ne recourut aux armes qu'après avoir épuisé tous les autres moyens, et qu'il ne combattit pas en personne. Il rentra au palais de Latran un peu avant Pâques (3 avril), alla encore à Saint-Pierre (18 avril), et mourut le 19 avril 1034, aussi saintement qu'il avait vécu. 11 fut honoré des contemporains, surtout des habitants de Bénévent, comme un médiateur céleste, à cause des églises qu'il avait fait construire.
OtVRAGES A CONSH.TER SDR LES N"* 48-50.
Wibert, Vila Leon.; iMurat., R. J. Scr., 111, i, et Acta Sanct., t. II april., p. 648 et seq.; liruno Segn., Ep. Vita Leon.; Murât., ibid., III, ii; Walter., I. p. 9o-177 ; Mansi, XIX, 633 et seq.; 727 et seq., 798, 1050, Bonizo, Lib. ad amie. (Œfele, 11, 794 et seq.); Leo Ost., Chron. Cass.; Murât., t. IV; Herm. Contr., an. 1049; Petrus Dam., Opusc, VI, c. xxxv; Epist. IV, 3, 9 (plaintes sur la guerre), et ailleurs (Migne, t. CXLIV. CXLV); Hunkler, Leo IX und s. Zeit, Mayence, 1851; Hœfler, II, p. 1 et suiv., 34 et suiv., 168 et suiv.; Will. I, p. 20-140; Gfrœrer, Greg. VII, 1. 1, p. 550 et suiv.; Giesebrecht, II, p. 445 et suiv.; Héfelé, IV, p. 678 et .suiv., 719 et suiv., 725 ; Papencordt, p. 19.j et suiv.; Reumont, 11, p. 346 et suiv.
Victor II.
51. Après la mort de Léon IX, le clergé et le peuple pensaient à lui donner pour successeur son plus intime conseiller. Hildebrand; mais celui-ci les en dissuada lui-même, et se rendit en
Ailiwnagne auprès de l'empereur Henri lïl, afin de se concerter avec lui pour l'élection d'un nouveau pape. Hildebrand, à qui les Romaju.s avaient confié leur cause, n'ignorait pas que la nomination d'un prêtre de Rome — et il y en avait alors de capables — amènerait de nouveaux troubles et trouverait de l'opposition auprès de rcniporcur, jaloux de garder les privilèges qu'il avait une fois obtenus, iliklebrand le surprit fort quand il le supplia avec instances d'élever sur le siège de Pierre (iebbard, évoque d'Eichsta?tt. Cot évèque, en effet, avait souvent résisté à l'empereur et au pape Léon ; mais il était un fds dévoué de l'Eglise, et il était demeuré vierge des souillures de sou siècle; il avait, de plus, montré de grandes aptitudes comme homme d'État. Henri fut déconcerté de cette proposition, non moins que de la prière de renoncer à son patriciat. H allégua diil'érents obstacles, celui-ci notamment, qu'il ne pouvait se priver d'un conseiller aussi utile. Il fit lui-même d'autres propositions, et parut concevoir de la défiance. Comme; Hildebrand ne semblait représenter qu'une partie des électeurs, il vouhit attendre d'autres envoyés, (iebhard, de son côté, n'était pas d'humeur à se charger d'un' tel fardeau. Hildebrand persista dans sa proposition; et, cinq jnois après, Gelïhard cédait enfin, mais sous la réserve que l'empereur rendrait à Saint-Pierre ce qui lui revenait, et que lui-même serait élu canoniqnement à Home, comme son prédécesseur. Henri III donna son adhésion, et Gebhard partit avec Hildebrand. il fut intronisé le 13 avril 1055, sous le nom de Victor II.
Ce cinquième pape allemand, fils du comte de Calw (Hirschberg et Üollenstein), travailla pendant les ciu(i années de son règne selon l'esprit et avec l'énergie de son prédécesseur, qu'il regrettait amèrement d'avoir autrefois ofiensé. L'empereur arriva bientôt en Italie, tint au mois de mai une diète dans la plaine de Koncaglia, se trouva avec le pape à B'Iorence, el assista au concile qu'il célébra le jour de la l*entecôte. Ce concile déposa plusiouis évoques simoniaques et immoraux (entre autres celui de Florence même), et menaça d'excomnuinication toute atteinte portée aux biens ecclésiastiijues par les évêques. Sur la demande de llenii, le pape défendit à Ferdinand, r-ji de Castille. de continuer à porter le titre d empereur, sous peine d'excommunication. L'empereur était mécontent de Beatrix,
i.A VIF. DE l'Église en occident. 271
comtesse de Toscane, (jai, après la mort de son premier mari Bonifaco (1052), avait épousé le vaillant Godefroi, privé par l'empereur du duché de Lorraine; elle ne réussit pas à dissiper ses soupçons politiiines. et il l'emmena avec ses enfants en otages. Ce ne fut que l'année suivante qu'il se réconcilia avec Godefroi. Quant au pape, l'empereur lui donna le duché de Spolète et le comté de Camerino, ainsi qu'il l'avait promis.
Légation d'Hildebrand en France.
n2. Le cardinal llildehrand, envoyé en France par le pape Victor en qualité de légat, y déposa plusieurs évèques coupables, et réunit différents conciles pour la réforme des mœurs.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Le cardinal Hildebrand üt assembler à Lyon un concile, dans lequel il déposa six évèques convaincus de différents crimes. L'un d'eux, qui avait obtenu l'épiscopat par simonie, trouva le moyen de corrompre ses accusateurs, qui étaient venus au concile pour le convaincre; mais, à défaut de ce moyen, le légat, inspiré de Dieu, en employa un autre pour manifester la vérité : il ordonna au simoniaque de dire le verset Gloria Putri, et Filio, et Spiritui sanoto. L'évêque entreprit jusqu'à trois t'ois de le prononcer; mais il ne put jamais proférer le nom du Saint- Esprit, en punition de ce qu'il avait voulu acheter ses dons par une ordination illégitime. Ce miracle l'obligea de confesser son crime avec humilité; après quoi, ayant été déposé de l'épiscopat, il n'eut plus de difficulté à prononcer le verset tout entier. Cet événement, attesté par des auteurs contemporains, sur la déposition de ceux qui eu avaient été les témoins oculaires', jeta tant de terreur parmi les simoniaques, que cinquante-cinq évèques et vingt-sept autres prélats inférieurs, se sentant coupables du même crime, se démirent volontairement de leurs dignités.
Le même légat lit assembler par ordre du pape un autre concile ù rours, où Hérenger fut cité pour rendre raison de sa doctrine. Cet hérésiarque, n'ayant pu la défendre ni osé la soutenir, en lit dans ce concile une abjuration solennelle, et promit par serment que dans la suite il garderait inviolablement la foi commune de la sainte Eglise touchant la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie 2.
' Merilo quidem Spiritum sanctum dum émit, araisit : ut qui exclusus erat ab anima, procnl etiara consequenter esset n lingua. (Petr. Damian., EpisL ad Nicol. PP., et alii in Collect. Concil. Labbeana, tom. IX, pag. lOSO.)
* Beringerus, cum se penilus defendere non posset, snb jurejarrmdo propriam haeresim anatheraatizavit, et communem sanctse Ecclesise fidem
272 HISTOIRE LE l'kGLISK.
Dans le midi de la France, les archevêques Raimbald, de Lyon, et Pontius, d'Aix, agissaient dans le même sens, en qualité de légats du Sa-int-Siège. Cédant aux vives instances de Henri III, qui dans les dernières années de son règne eut beaucoup à souffrir de la trahison des princes allemands, Victor II courut auprès de lui en Allemagne, dans l'automue de 1056, le rencontra à Gozlar (8 septembre), et reçut son dernier soupir à Bodleld, dans le Ilarz (5 octobre). Avant d'expirer, l'empereur avait placé sa femme Agnès et son fils Henri sous la protection du pape, et lui avait confié l'administration de l'empire. Victor fit déposer le corps de l'empereur dans la cathédrale de Spire, régla avec prudence et douceur les affaires de l'empire, assembla à Cologne une diète des princes de l'Allemagne (décembre 10.")6), puis une autre à Ratisbonne. Il retourna en Italie avec le duc (iodefroi, nommé patricc de Rome, avec son épouse Beatrix et sa fille Mathilde, après avoir chargé Annon, archevêque de Cologne, d'administrer l'empire en son nom.
En 10r>7, à Pâques, Victor II ouvrit à Latran un nouveau concile; mais, épuisé de fatigues, il fut pris d'une fièvre mortelle, à laquelle il succomba dans Arezzo, le 28 juillet 1057. Sa mort prématurée fut une grande perte pour l'Église et pour l'empire d'Allemagne, où les révoltes et la passion des combats, ne rencontrant plus de résistance suffisante, se donnèrent de nouveau libre carrière. Le duc Godefroi s'empara des territoires de Spolète et de Camerino ; et, comme il était le plus puissant prince de l'Italie en même temps que patrice de Rome, il assura son influence sur la ville. Cependant il ne paraît pas qu'il ait favori.sé l'élection à la papauté de son frère Frédéric, cardinalprêtre de Saint-Chrysogone et abbé du Mont-Cassin.
OUVRAGES A rONSULTEB SUR LES N°* 51-52.
Watter., 1, 177-188; Mansi, XIX, 833 et seq.; Leo Ost., Il, 89; Victor., Dial., lib. III; Barou., an. 105!), n. 18; Migne, t. CXLIX, p. li-9; Bonizo. loc. cit., p. 804; Card, .\ragon., ap. Raroii., loc. cil.,n. 16; Petr. Dam., lib. I, ep. V, (.'t ailleurs; Harun., loc. cit., n. 19; Greg. VII, Reg., lib. 1, ep. XIX ; Hœfler, II, p. 217-2(i8; Will, die Anfaenge, II* section, Marb., 1864 p. 1 et siiiv., 48 et suiv., et l'article : Victor II, pape et adminis-
de verilate corporis et sanguinis Domini se deinceps servalurum sub eodern juiomento proraisit. [Ofniscubtm de multip. Bereng. damnationc, auiio lOKK compositum. J
LA VIE DE l'Église en occident. 273
trateur allemand de l'empire (Tûb. Uunrt.-Sclir., 1862, p. 18Ö et suiv.); Héfelé, IV, p. 741 et suiv.
ADDITION DU TRADUCTEUR '
Sous le règne de Victor II, les Klats de l'Église se trouvaient dans une situation si lamentable, que ce digne pape se vit contraint d'engager une partie considérable de vases sacrés, qu'il ne lui fut pas donné de retirer. Le fervent abbé du Monl-Cassin, Didier, qui plus tard devait être pape sous le nom de Victor III, prolita de l'occasion et acheta la majeure partie de ces objets pour la somme de 180 livres d'argent. Un autre religieux, son contemporain, Léon du Mont-Cassin, qui fut ensuite cardinal archevêque d'Ostie. et qui rapporte ce fait dans sa Chronique de ce monastère, donne en même temps une intéressante description de ces vases précieux. Nous allons essayer d'éclaircir et de commenter ses paroles, en nous aidant du grand ouvrage de Pertz, Monumenta Gennaniie historica, 1. IX; Sci'iptor., t. VII, p. 711.
La première pièce, dit le religieux, était un pluviale diarodanum, totum undique auro contextum, cum fimbriis nihilùminus aureis ; « une chape couleur de rose, entièrement tissue en or, avec des franges de même métal >i. Ce mot diarodanum vient du grec ^ôSivoç, « rosâtre » (poSov, rose) : ôia, dans les mots composés, sert à renforcer l'expression, et signifie ici a absolument, tout à fait couleur de rose ■>. Ainsi le diarodanus du moine Léon n'est qu'une altération du mot diarrhodinus, que les Latins ont emprunté des Grecs et dont ils ont fait une locution technique. Le vrai sens ea avait été parfaitement saisi par Ducange, et il l'a été tout dernièrement par Bock, dans son Histoire des ornements sacrés, tome I^'"', p. 7.
La seconde pièce était une planeta diacetrina, aureis listis undique decenter ornata, « une chasuble couleur de citron, dont toutes les extrémités étaient ornées de passements d'or » (ôiaxitpivo;, forte couleur de citron). Le terme lista, emprunté au latin du moyen âge, est lui-même emprunté du germain, et signitie une bande longue et étroite : c'était au moyen âge l'expression technique de ce que nous appelons « passement». Sur ce point encore, Ducange donne de nombreux éclaircissements.
Le troisième objet cité par Léon est encore une chasuble : alia vero exameta, friso nihilomintis in giro circumlata, « une seconde chasuble de velours, également entourée d'une bordure ». Le tei-me exameta est parfaitement expliqué dans les notes de Pertz sur la Chronique de Léon : Id est, sex liciis seufilis texta, unde nostrum Sammet, c'est-à-dire, a tissue de six cordons de lU : de là (en allemand) le terme de Sammet. »
' Mélanges d'histoire ecclésiastique , d'archéologie et de liturgie, par Ch.-J. Héfelé. — 2 vol. in-8». Tubingue.
m. — HiST. DE l'église. 18
Quant au früum dont cette chasuble est entourée, Ducange lui donne le même sens qu'à 'phrygium (phrysum), « broderie », ou « passements brodés ».
La dalmatique dont il est question plus loin, est également en velours, ornée d'or et de pierres précieuses à la partie où la dalmatique s'applique à la tête, puis à la place des mains et aux pieds : I^mmeta auro et albis a capite, manibus ac pedibus i7isignita. L'emploi de albse pour margarits est justilié par Ducange et par Wilmans, dans son Glossarium sur le IX* Recueil de Pertz.
La cinquième pièce citée par Léon est appelée tunica diapistin cum urna amplissima a pedibus et manibus ac scaptilis aurea. Ce passage est très diflicile à expliquer : quoique l'expression diapistin (avec des variantes) soit fréquente chez les auteurs du moyen âge, on n'est pas très sur de son étymologie ni de sa signification, Hugo Falcandus, historien du douzième siècle, originaire de Sicile, fait remarquer que « cette couleur verte du diapistum est très agréable à l'oeil du spectateur » : Hic diapisti color subviridis intuentium oculis gi'ato blanditur aspectu. Ducange, et de nos jours Wilmans, s'autorisant de ce passage, se croient en droit d'admettre que diapistin a le même sens que subviridis, « vert ». Cependant il est fort douteux que tous les ornements en diapistin aient été verts, ou seulement l'objet spécial dont parle Hugo Falcandus; et, quoique la langue grecque ait plusieurs termes pour rendre la signification du mot vert, elle n'en a aucun qui olire quelque analogie avec diapistin. Je crois donc que ce terme technique ne désigne pas la couleur, mais plutôt le genre de fabrication, comme l'exametum de plus haut.
Deux hypothèses restent encure. La première, c'est que le mot diapistin viendrait du grec nnzi^ui, 7ciut(7xw, « arroser, tremper ». il y a etiectivement dans la langue classique des Grecs un adjectif niaTé;, qui vient de Ttivo), « boire » : dans ce cas, un vêtement en diapistin seva.il un vêtement trempé, coloré de part en part. L'autre hypothèse nous est suggérée par une bulle de Benoît VIII, datée de iO'i'Â. Ici nous trouvons le mot dyopastin, qui dérive sans doute de Tvaiffw, dont les Grecs se servaient déjà pour désigner l'action de broder des tleurs ou des figures sur des lapis. Us entendaient par Ttaorôv un tapis brodé. Ainsi un dyopastin serait une pièce d'étofl'e brodée doublement, de part en part, ou un tapis sur lequel on aurait brodé des dessins. Nous ne saurions décider laquelle de ces deux hypothèses mérite la préférence.
II y a une autre difficulté dans ces mots du même passage : cum urna ampKssima. Ici, évidemment, urna ne signilie pas une urne ni un vase quelconque. Les auteurs du moyen âge emploient souvent l'un pour l'autre les termes orla, urla et urna; aujourd'hui encore, les Italiens désignent par le terme orla, et les Français par celui de orle (ourlet),
LA VIE DE l'Église en occident. 275
le bord d'un vêtement. Nous pouvons donc prendre le mot uma dans ce sens et traduire ainsi le passage entier : « Une tunique (sorte de dalmatique que les évêques portent sous la chasuble) colorée (ou brodée) de part en part, avec un large ourlet d'or aux pieds, aux mains et aux épaules. »
Enlin, l'abbé Didier avait acheté i> neuf étoles tissues d'or, avec les manipules ou semycinthies qui s'y rapportent; plus un tapis couleur de rose, orné de passements eu or, pour le fauteuil épiscopal » : Novem stoÏ3B auro tcxtss, cum tnanipiilis et semicinthiis suis ; pannum cliarodamim pro faldistorio, cum aureis in circuitu listis. — Le mot semicinthiis a besoin d'explication. Il est évidemment d'origine latine, et dérive de semi et cingei'e. Adopté par les Grecs, nous le trouvons dans les Actes des Apôtres, XIX, 1 2, où il est dit qu'on faisait toucher aux malades, pour les guérir, les vêtements et la ceinture de saint Paul.
Le (ïi(j.ixtveiov ou cniiJ.ixîv8iov, en latin semicinctium. était une pièce de vêtement qui enveloppait le milieu du corps : on le désignait souvent au moyen âge par le terme de cingulum. Je crois pourtant que cette expression doit s'entendre ici dans un autre sens. Au moyen âge, on appelait semicinctium une autre pièce d'habit qui n'était porté« chez les Latins que par les évêques et les abbés privilégiés [subcinctorium), et qui est encore usitée maintenant chez les Grecs. Tandis qu'on suspendait le manipule au bras gauche, le semicinctium se portait du côté droit, attaché à une ceinture. Ce linge s'appelait souvent sudarium, parce qu'on s'en servait pour s'essuyer. Il était souvent orné d'or, de perles et de pierreries. Ce fut un semicinctium de ce genre dont le patriarche Nicéphore ht présent au pape Léon lit, du temps de Chai'lemague; et Anaclet II (antipape opposé à Innocent II, au douzième siècle) permit à l'abbé Francon de porter, comme un évêque, une mitre, des gants et le semicinctium. (Ducange, Gîoss.) Ce dernier passage prouve assez clairement que semicinctium n'est pas synonyme de cingulum, car ce dernier n'appartient pas exclusivement aux évêques.
-Nous n'exagérons rien en disant que la Chronique de Léon d'Ostie renferme au moins cent passages où l'on ti'ouve des renseignements pleins d'intérêt sur différents objets d'ornementation ecclésiastique : crosses épiscopales, livres d'évangiles, encensoirs, couronnes, chandeliers, autels, chaires, etc. Aujourd'hui, nous nous bornerons à citer encore le passage qui contient la description de l'aube dont l'impératrice Agnès, la mère de Henri IV (toujours dans le onzième siècle), fit présent au couvent du Mont-Cassin. Cette « aube, dans les endroits ou elle s'adaptait à la tête, aux épaules et aux mains, était ornée de passements brodés, et aux pieds elle était entourée d'une bordure large d'une aune » : Alba a scapulis et capite ac manibus friso decentei- ornata, a pedibus vero fnsea nihilomimis lista, mensuram ferme cubiti in latitudine
276 HISTOIRE DE l')':guse.
habens (habente) circumdata. — On trouverait peu de textes de l'ancien temps qui fussent plus intéressants pour l'histoire de l'aube ecclésiastique.
Etienne X.
53. Quand on apprit à Rome la mort de Victor (31 juillet), le clergé et le peuple consultèrent le cardinal Frédéric, qui se trouvait là, sur le choix qu'il conviendrait de faire. Le cardinal proposa cinq sujets tout à fait recommandables, entre autres, les cardinaux Humbert et Hildebrand. On lui déclara qu'on allait le nommer lui-même, malgré sa résistance. Il fut élu en effet (2 août), conduit et consacré à Saint-J^ierre, où il reçut le nom d'Etienne. Il n'y avait pas de confirma'ion à demander à la cour impériale : car l'impératrice n'avait pus les droits de son époux défunt, et son fils Henri IV, âgé de cinq ans, n'était pas encore patrice; le patriciat était occupé par 1(3 frère do l'élu. L'élection, du reste, fut reconnue sans difficulté par la cour impériale. Etienne IX (X), sixième pape allemand, demeura quatre mois à Rome, veilla à la pureté des mœurs du clergé, passa un long temps dans son ancien monastère (novembre 10.^7-10 février 1058), gouverné par le pieux abbé Didier, nomma l'austère Pierre Damien, abbé de Sainte-Croix d'Avellano, cardinal évêque d'Ostie, frappa de censures le prêtre Landon, à qui Ton avait remis, contrairement aux canons, l'église de Saint- Vincent arrachée à des moines; il excommunia aussi les habitants de Capoue, prépara une expédition contre les Normands, et mourut à Florence, le 29 mars 10.^8. Pressentant sa mort prochaine, il avait fait promettre au clergé et aux habitants de Rome qu'ils ne procéderaient pas à l'élection de son successeur avant que le cardinal légat Hildebrand fût revetui d'Allemagne : tant étaient grands, à cette époque déjà, le crédit et la confiance dont jouissait partout cet homme éminent.
OUVRAGES A CONSULTE« SUR LE N" Ü^l.
Mansi, XIX, 861 et seq.; VVatter., 1, 188-232; Bonizo, loc. cit., p. 806; Petr. Dam., lib. III, ep. iv; Joan. Laudens., Vila S. Pétri Dam.; Leo Ost., il, 97-100; Hœller, il, p. 269 et suiv.; Will, 11, p. 100-141. Le même, die apostol. Thœtigkeit P. Stephans iX (GEsterr. Vierteljahrsclir. f. Thcol., 1862, ill, p. 457 et suiv.); Gfrœrer, Grég. VII, t. I, p. 362 et suiv.; Papencordt, p. 197 et suiv.; Héfelé, IV, p. 7'i'9 et suiv.
LA VIE DE l'Église en occident. 277
Nicolas II.
54. N'ayant plus rien à redouter, car le duc Godefroi était en défaveur à la cour impériale, et cette cour elle-même était paralysée et divisée, le parti de Tusculum profita de cet intervalle. Il trouva un auxiliaire dans la jalousie des Italiens contre l'infliience depuis longtemps prépondérante des Allemands. Le comte Grégoire de Tusculum, appuyé du comte Gérard de Galeria et de plusieurs nobles romains, proclama pape l'évèque Jean de Velletri, sous le nom de Benoît X. Pierre Damien et la plupart des cardinaux protestèrent vivement, et frappèrent d'excommunication ceux qui avaient participé à cet acte. Obligés de prendre la fuite, ils se concertèrent avec plusieurs Romains mécontents d'une nomination faite par la violence et non sans distribution d'argent, pour envoyer des délégués à l'impératrice Agnès et à son fils, et leur demander qu'ils proposassent eux-mêmes un sujet pour la papauté. Ils aimaient mieux, cette fois encore, se conformer au désir de la cour allemande, que de ^e laisser imposer un chef par le parti de la noblesse locale.
Le cardinal Hildebrand, déjà revenu d'Allemagne en Italie, interrompit son voyage ce Rome, quand il apprit à Florence ce qui s'était passé, invita pir lettres les cardinaux et les plus notables de Rome à se rendre auprès de lui, et dirigea à Sienne les suffrages sur Gérard, évêque de Florence, originaire de la Bourgogne. Gérard no voulut point aller à Rome avant que l'intrus Benoît X eût été déposé par une. sentence authentique. C'est pourquoi, en présence du duc Godefroi, du chancelier Guibert de Parme, nommé chancelier du roi pour la Lombardie, et de plusieurs évèques, on réunit à Sutri un concile, qui déposa l'intrus de toutes ses fonctions sacerdotales. Benoît n'attendit pas l'arrivée de Gérard, qui devait être amené par le duc Godefroi : il abdiqua la papauté. L'élu, favorablement accueilli du clergé et du peuple, fut couronné en janvier 1059, sous le nom de Nicolas II. La cour allemande, à laquelle une députation avait été en\oyée en dehors du message d'Hildebrand, se prononça également pour cette élection. Le nouveau pape était extrêmement lettré, d'un esprit vif, de mœurs pures. Il s'entoura des hommes les plus notables, visita les
Marche», nomma cardiiial-prêtre Didier, abbé du Mont-Cassin, dont il fit son représentant dans le territoire de Bénévent et de la Campanie, et prit les mesures nécessaires pour réunir à Rome un grand synode pascal (avril 1059), auquel assistèrent cent treize évêques, un grand nombre d'abbés et de prêtres.
Benoit X, avril 1038-janvier 1059 : Walter., p. 203-203, 216 et seq.— Nicol. 11 : Migne, t. CXCIII; Bonizo, loc. cit.; Petr. Dam., ap. Baron., an. 1058; Leo Ost., II, 100 et seq.; III, 13, 16; Lambert., an. 10ö!>; Watter., 1, 206 et seq., 213 et seq.; Will, die Anfenge, II, p. 142 et suiv.
Règlement pour l'élection des papes.
55. Après les expériences des derniers temps, il y avait un pressant besoin de faire un règlement plus exact pour l'élection des papes. Il fallait assurer autant que possible sa liberté, d'une part contre les partis de Home, de l'autre contre les prétentions de la cour d'Allemagne et des futurs empereurs. Et comme le rétablissement d'une entière liberté n'était pas encore réalisable, il fallait se contenter de ce qui était possible. 11 fut donc décidé (d'après les propres paroles du pape) « qu'après la mort du pontife île l'Église romaine et universelle, les cardinaux-évêques traiteraient ensemble de l'élection, qu'ils appelleraient ensuite les cardinaux clercs, et qu'enfin le reste du clergé et le peuple y donneraient leur consentement. » On voulait surtout restreindre l'influence des personnes vénales. Le pape ne devait être choisi hors du clergé romain que dans «le cas où il ne s'y trouvait point de sujet capable. Mais on aurait soin de toujours sauvegarder l'honneur dû au roi Henri, le futur empereur, et l'honneur de ses successeurs à qui le Siège apostoHque accorderait personnellement le même droit. On ne voulait ni empiéter sur l'avenir ni offenser la cuur d'Allemagne. Par 1'« honneur dû au roi », les esprits orthodoxes entendaient sûrement que le résultat de l'élection devait être notifié à l'empereur; mais ceux qui se préoccupaient surtout des droits impériaux, entendaient par là qu'il devait confirmer l'élection. Dans ce dernier cas toutefois, le droit de confirmation ne pouvait être exercé qu'en vertu d'un induit
LA VIE DE l'Église en occident. 279
tout personnel, qui avait besoin d'être renouvelé chaque fois qu'on changerait d'empereur. Si l'élection ne pouvait se faire à Rome, les cardinaux-prêtres, avec quelques laïques catholiques, auraient droit d'élire le pape dans le lieu qu'ils jugeraicMit convenable. L'élu devra, même avant d'être intronisé, jouir d'une juridictioi complète, telle que saint Grégoire le Grand l'a exercée. « Quiconque violera le présent décret, ajoutait Nicolas II, qu'il soit anathème. » Ce même concile dressa en outre treize canons, dont le premier portait que l'élection du pape appartenait d'abord aux cardinaux-évêques ; le second défendait de piller l'hciritage d'un pape ou d'un évêque défunt; le troisième, d'entendre la messe d'un prêtre vivant dans un concubinage notoire; le quatrième prescrivait aux clercs la vie en commun; le sixième interdisait aux clercs de recevoir des fonctions ecclésiastiques des mains des laïques; le neuvième prohibait les ordinations et les collations de bénéfices par voie de simonie; le dernier défendait d'élever tout d'un coup des laïques aux ordres sacrés.
Le décret électoral de Nicolas II a été transmis à la postérité sous différentes recensions, et les anciens manuscrits offraient déjà tant de divergences, que trente ans après sa publication l'on se plaignait de leur désaccord. Anselm. ï.uc, « contra eos qui dicunt regali potestati Chr. Ecclesiam subjacere » (Bardo, Vita Anselmi, ep. Luc; Pertz, XFV, 7 et seq.); Deusdedit, Libell. c. invas. (Baron., an. 1059, n. 30). On peut cependant les partager en deux classes principales : la première attache une importance particulière à la part qui revient au roi d'Allemagne dans l'élection du pape ; la seconde relève surtout l'influence prépondérante des cardinaux-évêques. Cunitz, de Nicol. II Decreto de electione Pont. Rom., Argent., 1837, in-4°; Phillips, K.-R., V, p. 794 et suiv. La première classe est représentée par : Chron. Farfens., 1109, ap. Murât., R. Ital. Scr.. II, II, 64o ; Cunitz. loc. cit., p. 19; Cod. Udalr., Bamberg, ap. Eceard., Corp. hist. med. aevi, II, xxi et seq.; Cod. Vat., 1984, dans Pertz, Leg., II, 176, 177, ed. Hannov., 1837. La seconde classe, par : Chron. Virdun. flugon. Flav,, Pertz, M., VIII, 408; Hugo Flav., 1120, de Regia Potestate et Sacerd. Dignitate; Baluz., Miscell., IV, 62; la Chronique de Reichersperg, Gewold, éd. Monach., 1611; Ludewig, Scr. rer., Bamberg, H, 225, et Gratien, c. i, d. 23.
La plupart des savants ont cherché le texte authentique dans la première classe, tels que Jaffé, Reg., p. 385; Héfelé, IV, p. 757; "Watter.,
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p. 229 et seq.; Will, Anf., II, p, 167; Papencordt, p. 200; tandis que Gieseler (K.-G., ¥ éd.), Phillips, K.-R., V, p. 802, et Waiiz (Forschungen z. deutschen Gesch., IV, p. 105-109), donnent la préférence à la seconde classe. — Will (Anf., II, p. 167 et suiv.,210 et suiv.,etHist. pol. Blaet., 1862, section VI, p. 472 ei suiv.) croit que Nicolas II modifia en I06I le décret électoral de 1059 et restreignit la part du roi. Hoefler (11, p. 357) et Gfrœrer (Grégoire VII, t. 1, p. 633 et suiv.) avaient déjà eu celte pensée. Héfelé, IV, p. 778 et suiv.; V, 4, est d'un autre avis. Will démontre en outre, contre Waitz, que les deux textes existants 5ont apocryphes, et que leur rédaction diffère essentiellement du texte primitif. (Recherches sur l'histoire d'Allemagne, t. IV, p. 535-550.) Waitz, sans égard aux explications de Will, déclare qu'il ne peut partager les doutes sur le texte entier de la deuxième recension; Giesebrecht (da« aechte Décret Nicol. II, u. die Fälschungen im Münch. hist. Taschenbuch, 1867, p. 156 et suiv.), se rattachant à Will, attribue lé texte I au pseudo-concile de Worms en 1076 (V, § 9), et le texte II à l'époque d'Urbain II. Hugues Sauer (de Statuto Nicol. II, Bonn, 1866) croit au contraire que le texte il est plus ancien que le texte I, et il s'efforce par un autre procédé de rétablir le texte primitif. Ces deux derniers ont été combattus par le pénétrant Waitz. (Forschungen, VII, p. 401 et suiv.)
La controverse fut continuée par Sauer (Sybel's hist. Ztschr., 1867, p. 161), Will (Bonner theol. Lit. Bl., 1868, p. 439 et suiv.) et Waitz. Que le déci'et ait été dirigé contre la seule noblesse de Rome, et non contre le roi d'Allemagne, a qui le pape, bien qu'il ne l'eût pas couronné empereur, se montra favorable et aurait même accordé le droit de désigner le pape (ce dernier point est à coup sûr sans fondement ; voy. aussi Ossenbeck, Gazette littéraire de Bonn. 1869, p. 750), c'est l'opinion de Lindner (Annoll der hl. Erzbischof, Cœln, Leipzig, 1869).Zœpffel (die Papstwablen, Gœtt., 1872) veut que le « tractantes », à propos des cardinaux-évêques, soit synonyme d'« eligentes », et il y voit une faveur accordée à ces évoques; tandis que Bernhardi rejette le texte II, et tient également la faveur accordée à ces évoques pour une falsification.
Voy. d'autres ouvrages à consulter dans Mœhler-Gams, II, p. 228; Granderath, dans Laacher Stimmen, 1875, IV, p. 405 et suiv.; Will, Hist. pol. Bl., 1878, t. LXXXI, p. 198. — Héfelé, Quart.-Schr.. 1878, II, p. 257 et suiv. (pour le texte II). Dans la chaleur de la dispute, on oublia souvent la question principale. L'essentiel pour Nicolas II (Ep., Mansi, XIX, 897, 907) était que les cardinaux eussent la prépondérance et donnassent le ton; la même chose se voit dans Petr. Damian., lib. L ep. XX, Op. 1, 36 : « Quid tibi de cardinalibus videtur episcopis, qui videlicet et Romanum Pontificem princijmHter eligunt? » P. 40 : « Cum electio illa per episcoporum cardinalium fieri debeat principale judi-
LA VIE DE l/ÉGLISE EX OCCIDENT. 281
rium, secundo loco jure pra?beat clerns assensum, tertio popiilaris favor attollat applausum, sicque suspendenda est causa, usque dura regise celsitudinis consulatur auctoritas, nisi periculum fortassis immineat, quod rem quantocius accelerare compellat. » Relativement aux successeurs de Henri III, les deux rédactions portent cette restriction, conçue dans les mêmes termes, mais en différents endroits : <.< Qui ab hac Ap. Sede personaliter hoc jus impetraverint. » Le sens spécial de « honor )i et a reverentia » se voit dans Anselme de Lucques (Deusdedit, d'après Giesebrechtj, c. Guibert. Antipap. (Canis.-Bainage, III, 382) :« L't obeunte Apostolico Pontilice successor eligeretur et electio ejus régi notiflcuretur, facta vero electione et ... régi notificata ita demum Pontifex oonsecraretur. » Nous avons là certainement la pensée du pape. Canon. Conc. Rom., Mansi, XIX, 897; Héfelé, IV, p. 759 et suiv.
Concile de Nicolas II.
56. Peu après ce concile, Nicolas II se rendit au Mont-Cassin et de là à Melfi, où il célébra, en juin i0o9, un concile dans le but d'exécuter les réformes religieuses. Il entama ensuite des négociations avec les puissants Normands, dont le chef Robert Guiscard (Witzcard) essayait d'afTermiret de légitimer ses nouvelles conquêtes en captivant les bonnes grâces du pape. Le duc Robert l'accueillit avec toutes les marques d'honneur, et reçut de lui en fief, contre une redevance annuelle, l'Apulie. la Calabre, ainsi que la Sicile, qu'il avait commencé de conquérir sur les Sarrasins. Il prêta au pape le serment de vassal, et s'obligea à protéger le Saint-Siège, ses biens et la liberté des élections pontificales. Richard, comte d'Aversa, en fit autant pour la principauté de Capoue. Le Saint-Siège, qui se réserva Bénévent, se procurait ainsi un nouvel appui dans l'Italie méridionale. Au mois d'août, le pape tint un nouveau concile à Bénévent, et rentra dans Rome avec une armée de Normands. Cette armée ramena Préneste, Tusculum et Nomentana sous la domination du Saint-Siège, et ruina plusieurs châteaux de petits seigneurs tyranniques, surtout celui du comte de Galeria.
Nicolas nomma Uildebrand archidiacre, envoya à Milan, en qualité de légats, le cardinal Pierre Damien et Anselme, évêque de Lucques ; il tint en 1060, en Lombardie, un nouveau concile contre les simoniaques, dépêcha en France le cardinal Etienne dans le même dessein, et s'efforça de procurer partout des réu-
nions semblables, car sa sollicitude pastorale s'étendait sur une infinité de pays. Dans un autre concile célébré à Rome (1060-1061), il disait : « Ceux qui ont été ordonnés gratuitement par des simoniaques, nous leur permettons, par indulgence, de demeurer dans les ordres qu'ils ont reçus; mais à l'avenir, si quelqu'un se laisse ordonner par celui qu'il saura être simoniaque, l'un et l'autre seront déposés. » Voici, de plus, ce qu'il décida relativement à l'élection du pape : Celui qui sera établi sur le Saint-Siège par l'argent, la faveur des hommes, la pression du peuple ou des soldats, sans la seule et canonique élection des cardinaux-évêques et ensuite des ordres du clergé, ne devra pas être tenu pour pape ou apostolique, mais pour apostat, et il sera permis aux cardinaux-évêques, avec des clercs et des laïques pieux, même par l'emploi de l'anathème, des secours et des efforts humains, de l'expulser du Siège apostolique, de lui préférer celui qu'ils estimeront digne, et, au besoin, de se réunir dans un lieu convenable hors de la ville pour procéder à cette élection. L'élu devra enfin, avant d'être intronisé, être autorisé à gouverner l'Église. Le pape, cette fois, ne répéta pas expressément ce qui regardait l'induit accordé au roi d'Allemagne, mais il ne le rétracta pas non plus formellement, ce qui eût été nécessaire pour son entière abolition. On crut prudent sans doute, en face de Henri IV, âgé de dix ans seulement, et devant l'esprit qui animait alors la cour, de laisser toute liberté aux légitimes électeurs en vue de la prochaine nomination du pape. Nicolas II, prévoyant déjà les orages qui allaient s'accumuler pour l'avenir, ne voulait point accorder aux souverains temporels une influence décisive sur les su.prêmes intérêts de l'Église : c'est pourquoi il avertit le roi de Franco, par l'entremise de Gervais, archevêque de Reims, de se garder de pareils empiétements. Il ne pouvait pas considérer comme un droit qu'il fallût maintenir dans toutes les circonstances, quand même, au lieu de profiter à l'Église, il tournerait à son détriment, un privilège que de précédents papes avaient été forcés d'accorder à quelques souverains. En tout cas, lorsque Nicolas II vint à mourir (juillet 1061, à Florence), les cardinaux étaient préparés à toutes les éventualités possibles.
Guillelra. Apul., de Reb. Norm., Migne, t. CXLIX, p. d047; Pertz, XI, 261; I.eo Ost. (Pertz, p. 706); Juram. Roberti, ap. Baron., an. 10b9, n. 70, 71, et dans Deusdedit, Collect, can., III. loo, 156, p. 338 et seq.j Bonizo, p. 806, ed.OEfele; Baron., loc. cit., n. 74; Petr. Dam., Opusc. V, Op. m, 37 et seq.; Decr. c. Simon.; Mansi, loc. cit., p. 899; Walter., I, 233; Nicol. Il, ep. ad Gerv.; Jaffé, p. 386, 388; Hœfler, II, p. 303, 356; Papencordt, p. 200 et suiv.; Gfrœrer, Grégoire I, p. 586, 665 et suiv.; Reumont, II, p. 356 et suiv.; Héfelé, IV, p. 761, 763 et suiv., 774,
Élévation de Cadalous. — Schisme de Cadalous et pontificat d'Alexandre II.
.)7. La liberté électorale des cardinaux était alors menacée de deux côtés : d'une part, par les comtes de Tusculum et de Galeria, avec lesquels l'ambitieux cardinal Hugues était allié; par les seigneurs ecclésiastiques et laïques de la haute Italie, hostiles à toute amélioration dans les affaires de l'Église ; et d'autre part, par la cour d'Allemagne. Cette cour était aigrie contre le pape Nicolas, qui avait souvent adressé de vifs reproches au puissant Aunon, archevêque de Cologne; elle était mécontente de ses décrets synodaux, qui semblaient accorder trop peu d'influence au futur empereur, menaçaient les pratiques simoniaques de Guibert, chancelier de l'Allemagne en Italie, et attribuaient aux cardinaux-évêques, détestés de Guibert, la principale part dans l'élection du pape.
Les deux partis formèrent entre eux une étroite alliance, et furent renforcés par les clercs adonnés au concubinage et à la simonie. La noblesse italienne, amoindrie dans ses intérêts politiques, affaiblie par le concert du pape avec les Normands, appuya les tendances antiecclésiastiques d'un clergé vicieux, ainsi que les prétentions hautaines de la cour d'Allemagne, qui se croyait lésée dans ses anciens droits. Le parti hostile à la réforme de l'Église envoya au jeune roi Henri les insignes du patriciat, et, sans plus de détours, lui demanda un pape. Les évêques lombards, voués à la simonie, voulaient un chef qui sortît de leur paradis italien, un chef originaire de Lombardie et indulgent à leurs « faiblesses » . La cour d'Allemagne, dont plusieurs conseillers avaient été corrompus, choisit, de concert avec les délégués de Rome et ceux de Lombardie, l'évéque de
Parme, Cadalous (ou Cadalus), qui était fort riche, et lui fit donner l'investiture par le jeune roi (28 octobre 1061). Aucun cardinal n'avait trempé dans cette élection. Le décret de Nicolas Il sur le droit des cardinaux se trouvait anéanti de fait, et l'Église romaine tombait en proie à un simoniaque sans aveu ni conscience.
Bonizo, p. 807; Pelr. Damian., Opusc. IV; lib. I, ep. xx; Leo Ost., III, xx; Benzo (Pertz, XI, 672j; Berthold. Const., Chron., an. d06I; Lambert., an. 1060 (Pertz, VII, 161 et seq.); Marian. Scot. (ib., p. 358); Annal. Altahens., éd. Giesebrecht, 1841, p. 160 et seq.; Pertz, .XIII, 610; Will, Benzo's Panegyricus auf Heinr. IV, Marb., 1856. Papencordt (p. 202), Phillips, V, p. 806, etc., attribuent la mission du cardinal Etienne, après la mort de Nicolas II, aux cardinaux; Héfelé (IV, p. 781), .d'après les paroles de Pierre Damien, l'atti-ibue plus justement à ce pape même.
Ëlection d'Alexandre II. — Lutte des deux partis.
.H8. Les cardinaux, cependant, avaient le sentiment de l'immense responsabilité qui pesait sur eux. Déjà ils avaient pris leurs mesures et élevé sur le siège de Pierre (30 septembre), sous le nom d'Alexandre II, .\nselme de Badagio, évêque de Lucques, qui autrefois avait été lui-même fort aimé à la cour d'Allemagne. La vacance du Saint-Siège durait depuis trois mois. Le peuple romain était singulièrement irrité des intrigues de la noblesse, et une affreuse guerre civile était imminente. Il fallait la prévenir. Ce n'était pas un roi de dix ans, ni sa mère, asservie aux factions hostiles, qui pouvaient décider de l'élection du pape, au mépris du droit des cardinaux. Alexandre II fut intronisé à Latran avec l'aide de Richard, prince de Capoue, venu avec l'abbé Didier. Il fut salué avec des transports de joie par tous ceux qui avaient à cœur l'extirpation des abus régnants. Cependant l'antipape, qui se nomma Honorius II, partit pour la Lombardie, aux acclamations des simoniaques et des concubinaires. Son entrée à Rome fut empêchée par Beatrix, comtesse de Toscane, dévouée à Alexandre II. Déjà les partisans de l'antipape menaçaient do s'éclipser, lorsque la cour d'Allemagne essaya de lui venir en aide par l'évêque d'Albe, l'astucieux et dépravé Benzo, pourvu d'abondantes ressources en argent.
LA VIE DE l'Église en occident. 28"»
ßenzo se rendit à Rome, recruta des adhérents, et invita Honorius à s'y rendre lui-même. Le 25 mars 1062, l'antipape, qui avait amassé beaucoup d'argent, partit pour Sutri avec une armée; Benzo marcha à sa rencontre avec ses partisans. Le 14 avril, il remporta une victoire sur les partisans d'Alexandre et s'empara d'une partie de Rome, tandis qu'Alexandre se maintenait dans l'autre. Le cardinal Pierre Damien essaya de faire comprendre à Cadalous l'ériormité de son attentat et de le faire changer de sentiment; il défendit en vain, en face d'un ennemi encore si puissant, les principes ecclésiastiques. En mai 1062, le duc Godefroi voulut mettre un terme à la lutte et négocier la paix en demandant que les deux rivaux rentrassent provisoirement dans leurs évêchés, et que la question fût vidée par une assemblée des évêques allemands et italiens et par la cour d'Allemagne. Il décida Alexandre, dont il soutenait au fond les intérêts, à se rendre temporairement à Lucques. Alexandre y demeura jusqu'au printemps de 1063. Cadalous, de son côté, dut se retirer à Parme avec Benzo.
onVRAGES A CONSULTER SUR LE N" 58.
Mansi, XIX, 939 et seq.; Walter., f, p. 235-290; Benzo, loc. cit.; Petr. Dam., ap. Baron., au. 1061, n. 7 ; Op. 1, 17 et seq., 22 et seq.; Bonizo, p. 807; Papencordt, p. 202-204; Will, op. cit., p. 14 et suiv.; Héfelé, IV, p. 785 et suiv.
Sentiment de Pierre Damien sur cette controverse. — Deusdedit.
59. En Allemagne (mai 1062), Henri IV fut séparé de sa faible mère, et le gouvernement de l'empire échut à Annon, archevêque de Cologne, entièrement favorable à la cause d'Alexandre. Annon indiqua pour le mois d'octobre 1062 une grande assemblée à Augsbourg. Avant qu'elle se réunît, Pierre Damien avait composé, en forme de dialogue, un écrit où il faisait intervenir un aviicat du roi et un défenseur d'Alexandre. Dans ce dialogue, il niait que les princes chrétiens eussent toujours nommé les papes ; ils ne l'avaient fait qu'en temps de guerre et aux époques de perturbation générale. A ceux qui invoquaient le privilège conféré à. Henri III et confirmé à son fils par Nicolas II, il répondait que ce droit était reconnu des cardinaux.
mais qu'il n'avait été appliqué que dans un cas exceptionnel, parce que le roi était encore enfant, qu'on était menacé d'une guerre civile et qu'il y avait eu nécessité urgente; que la cour allemande n'avait aucun droit d'invoquer ce fait après avoir repoussé le pape Nicolas et toutes ses ordonnances, congédié le légat de Rome sans avoir rien achevé, et après avoir refusé (l'accepter le décret ; que l'Église romaine, étant la mère et la tutrice du roi, avait dû lui prêter assistance dans les choses spirituelles, mais n'avait pu recevoir de lui aucun secours; que les deux puissances spirituelle et temporelle étaient obligées à l'amour et à la concorde ; que le roi devait s'entendre avec le pape, le pape avec le roi, mais sans préjudice du privilège inaliénable en vertu duquel le pape précède le roi en tant que pape, le fils en tant que père.
Comme Pierre Damien, le cardinal Deusdedit disait également dans la suite qu'aucune puissance ne doit empiéter sur l'autre ; qu'en soi la nomination à un siège épiscopal n'appartient à aucun prince temporel ; que si Nicolas 11 avait accordé un induit, le roi et ses seigneurs s'en étaient rendus indignes, en condamnant illégitimement ce pape, en refusant même de le reconnaître; que le décret devait être nul même à leurs propres yeux; qu'ils avaient violé ce décret en nommant un antipape sans la participation du clergé ; que le chancelier Guibert l'avait falsifié; que du reste sa validité était douteuse dès le principe, puisqu'il avait été rendu contre le droit et contre les canons d'un concile œcuménique (Vlll, can. xn, xxu).
Petr. Dam., Opusc. IV (Aligne, t. CXLV, p. 09-87). Le défenseur de l'Église romaine dit expressément, p. 71 : « Privilegium ... régi nostro ipsi quoqne defendimus, et ut semper plénum illibatumque possideat vehementer optamus »; et p. 74 : « Glorioso régi nobis eligeudo Pontilîcem, absit ut intulissemus injuriam. cum ad hoc nos nécessitas impulerit, non ruinam. »
Contre cette assertion, quil n'est jamais permis d'enfreindre une disposition synodale, on montre (p. 74-77) qu'à l'exemple des apôtres il faut user d'une sage discrétion et tenir compte des circonstances, et il est dit de la cour allemande : « Rectores ... aul* réglée, cum nonnuUis teutonici rogni ... episcopis conspirantes contra Romanam Ecclesiam, coilegistis concilium, quo Papam quasi per synodalem sententiam con-
LA VIE DE l'Église en occident. 287
demnastis, et omnia qua», ah c.o fuerant statuta, cassare incredibili prorsus audacia prœsurapsistis, in quo nimirum, non dicam judicio, sed praejudicio, id ipsum quoque privilegium, quod régi pra;dictus Papa contulerat, si dicere liceat, vacuastis. Nam dum quidquid ille constitua, vestra sententia decernente destruitur, consequenter etiam id quod ab eo régi prœstitum fuerat, aboletur. » Dans Deusdedit, Lib. c. invasores et Simon. (Mai, Nov. Pair. Bibl., VII, m, p. 77 et seq.), les mêmes pensées sont développées au prologue, puis 111). I, § li, p. 82 et seq., et encorCjlib. I, § 1 3, p. 83, et il est dit plus loin : « His itaque decursis patet prœfatum decretum nullius momenti esse nec unquam aliquid virium habuisse. Et haec dicens non prœjudico b. m. papee Nicolao ... homo quippe fuit eique, ut contra fas ageret, surripi potuit. »
Victoire définitive d'Alexandre II.
60. A Augsbourg (octobre 106-2), l'archevêque Annon prononça un discours en faveur d'Alexandre, et plusieurs évêques se déclarèrent dans ce sens. Cependant aucune déclaration précise n'y fut faite. Annon envoya en Italie son neveu Buccon, évêqued'Halberstadt, pour négocier la paix religieuse. Alexandre rentra à Rome et prononça dans uii concile (avril 1063] l'anathëme contre Cadalous. Celui-ci en fit autant à Parme contre son antagoniste. La fortune hésita encore quelque temps entre les deux partis, d'autant plus que Cadalous possédait encore d'abondantes ressources, qu'il avait dans Rome même de solides appuis, et que la cour allemande subissait tour à tour Tinfluence d'Annon de Cologne et l'influence d'Adalbert de Brème. A la fin cependant, un concile de Mantoue se déclara résolument (1064) pour Alexandre. Le duc (iodefroi et l'archevêque Annon, mais surtout Pierre Damien, par sa parole et ses écrits, se prononcèrent dans le même sens. H en fut de même de l'impératrice Agnès, placée sous la direction spirituelle de Pierre Damien; elle regretta profondément d'avoir participé au schisme. Cadalous s'obstina dans sa résistance, et se maintint dans Parme avec toutes ses prétentions à la papauté. 11 retrouva faveur en 1066, et les commissaires du roi d'Allemagne et du duc Godefroi, eu 1068, négocièrent avec lui. Il mourut à la fin de 1071 ou au commencement de 107-2, après avoir, par son ambition, fait verser beaucoup de sang et produit de graves désordres.
OüML\GES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 60.
Baronius, Giesebrecht, Gfrœrer, Jaffé, Pertz, Floto, Héfelé (IV, p. 793
et suiv.), placent le concile de Mantoue en d064; Pagi, Fiorentini, Stenzel, Voigt, Papencordt (p. 206), Reumont (II, p. 361), en 1067; Kœnen (de Tempore concilii Mant., Bonn., 1858), en 1066; Mansi et Lami, en 1072; Will, en 1067. (Autres ouvrages : Forschungen, VI, p. 497 et suiv.; Will, article dans Bonner theol. Lit. Bl., 1868, p. 437 et suiv.) Mort de Cadalous : Will, II, p. 27.
Réformes d'Alexandre II. — Ses conseillers.
61. Et! 1063, Alexandre Jl avait envoyé en France, à titre de légat, le zélé Pierre Damien, pour y apaiser des dissentiments et travailler à la correction des mœurs du clergé. 11 continua lui-même la lutte contre les vices régnants, et rendit de sévères décrets contre les mariages entre consanguins. Il ne cessait d'agir par ses légats, en Lombardie, en France et en Angleterre. Dans ce dernier pays, il trouva un puissant soutien dans Lanfranc, nommé archevêque de Cantorbéry en 1070. Vers 1067, Richard de Capoue, oubliant ses devoirs de vassal, envahit et ravagea la Campanie romaine. Une expédition projetée en Allemagne, en vue de secourir l'Italie du centre, échoua. Seul le duc Godefroi vint au secours du pape, campa devant Aquino, puis se retira bientôt avec toutes ses troupes, gagné par l'argent de Richard. Le pape essaya de se mettre à l'abri des incursions des Normands en doiuiant de son propre chef l'investiture au comte Guillaume d'Aqiiino, qui battit le fils de Richard et mourut bientôt après à Rome. Après la mort de Godefroi (1070), sa veuve Réatrix s'intéressa vivement au sort de l'Église.
Le pape était alors assisté de deux hommes remarquables«: le cardinal Ilildebrand, dont il fit son chancelier, et Pierre Damien : l'un, esprit réfléchi, prudent, avisé; l'autre, nature ardente et ascétique : tous deux d'accord sur les points essentiels, mais aussi divers par leur caractère que par leur genre d'occupations. Pierre Damien, légat d'Alexandre, détermina Henri IV à renoncer au projet, favorisé même par des évêques, de se séparer de sa femme Rerlhe de Turin. 11 réussit même, par ses pressantes exhortations et en lui montrant qu'il s'exposait à ne pas recevoir la couroiine impériale, à le réconcilier avec son épouse. Mais il ne parvint pas à tirer de ses désordres ce jeune prince mal élevé, à l'empêcher de trafiquer des charges
LA VIE DE l'Église en occident. "289
ecclésiastiques, à l'arrêter dans ses mesures oppressives, dont les Saxons en particulier se plaignirent au pape. Les remontrances paternelles d'Alexandre furent inutiles : en 1073, ce pape frappa d'excommunication les conseillers simoniaques du roi, et l'invita lui-même à rendre compte de sa conduite à Rome.
De graves dissentiments étaient à la veille d'éclater, lorsque Alexandre If mourut, après un glorieux et pénible pontificat (21 avril 1073). 11 avait été précédé dans la tombe par Pierre Damien (22 février 1072, à Faenza), enlevé pendant une mission entreprise pour la réforme de l'Église de Ravenne. Hildebrand, persuadé que les bommes les plus corrompus pouvaient sincèrement se convertir, donna le conseil, qui fut malheureusement suivi, de rendre leurs charges ou d'autres charges plus importantes à deux misérables hypocrites : nous avons nommé le cardinal Hugues Candide de Remiremont, qui avait été partisan de Cadalous et jouissait d'un grand crédit k la cour d'Allemagne ; il était accusé de feimonie par le monastère de Cluny ; Guihert, ancien chancelier du roi pour la Lombardie, dépossédé de cet emploi depuis 4063, mais protégé par l'impératrice Agnès : sa nomination au siège archiépiscopal de Ravenne fut confirmée par le pape, en suite d'une erreur d'Hildebrand. Ces deux hommes, qui ne cherchaient qu'à plaire à la cour et à satisfaire leurs passions, allaient préparer de grands embarras au successeur d'Alexandie.
Mansi, XIX, 1026; Pelr. Dam., Op., I, p. 46, 90; III, p. 137, 461; Gratieii, c. ri, C. XXXV, q. v; Papencordt, p. 206 et suiv.; Reumont, II, p. 364 et suiv.; Héfelé, p. 792 et suiv., 80.t, 809 et suiv. Epigramme de Damieu sur Hildebrand : « Vivere vis Romse, clara depromito voce : Plus domino Papae quam Domno pareo Papa\ Papam rite colo, sed te prosU'alus adoro; lu facis hune dominum, te facit ipse Deum. » Baron., an. 1061, n. 34 et seq. Décrets contre les conseillers de Henri : Bonizo, p. 810; Ecceli. Chron., an. 1073; Pertz, VI, 200; Jaflfé, p. 397, 401, u. 3470, 35.30.
ni. — msT. DE l'église, 19
Travaux des papes. — Leur position vis-à-vis des princes. — Les cardinaux.
62. Les papes, comme souverains de l'État ecclésiastique, étaient généralement soumis aux mêmes vicissitudes que les autres souverains de cette époque. Dans les choses purement humaines, ils étaient souvent d'une extrême faiblesse, même en face d'adversaires relativement insignifiants; tandis que, sur le terrain religieux, ils faisaient un déploiement grandiose de leur autorité. Ils avaient besoin d'un appui terrestre, et c'était principalement en vue de se le procurer qu'ils avaient institué l'empire. Quand l'empire manqua à ce devoir, ils trouvèrent cet appui dans des princes subalternes, qui entrèrent en rapports de vasselage avec le Saint-Siège. Cependant leur principal effort fut de se procurer de puissants auxiliaires auprès des empereurs. Si ces derniers se permettaient de graves empiétements sur la liberté de l'Église, s'ils revendiquaient comme un droit permanent ce qui leur avait été concédé pour le besoin des temps, il appartenait aux papes de veiller k ce que l'Église ne demeurât pas soumise à leur tutelle et à ce que l'empire fût replacé sur ses primitifs fondements, afin qu'il ne dégénérât pas en pouvoir absolu et en tyrannie.
Voy. sur lli, § 91, mon ouvrage, Kathol. Kirche, Frib., 1872, p. 1 et suiv.; Nicol. 1, ep. xxvi, ad episc. in regno Caroli Caivi, en faveur de Louis II (Mansi, XV, 290) : « Permittatnr ergo pra'fato pio Iraperàtori quietam ducere vitan» et traiiquillain, et patruis suis nuliani pra^sumptiotieni monslranlibus machœrœ usum, quem prinium a Pelri principis apostolorum vicario contra infidèles accepil, non cogatur in Christi fidèles couvertere. »
Principes du moyen âge.
63. Voici les principes admis au moyen âge : 1' Les empereurs et les rois, ministres et représentants de Dieu, devaient respecter sa loi, exercer rigoureusement la justice, et ne rien entreprendre contre la loi divine ; 2" la puissance spirituelle était supérieure à la puissance temporelle; 3° par conséquent, les princes eux-mêmes, dans tout ce qui regarde la
LA VIF. HF. l'Église en occident. 291
conscience, étaient assujettis au jugement de l'Église; 4" les deux pouvoirs devaient agir de concert pour le bien des peuples; 5" le pouvoir civil n'avait pas de plus grande obligation que de protéger l'Église, les opprimés, les faibles et les délaissés; 6° ceux (jui étaient exclus de l'Église et persévéraient longtemps dans leur désobéissance, i^taient indignes de vivre dans la société civile et de remplir des charges publiques; en un mot, ceux qui étaient rejetés de l'Église Tétaient également de l'État; 7° aux princes particulièrement soucieux de son honneur, l'Éghse accordait une grande influence dans ses propres affaires; 8" mais l'immixtion exclusive de la puissance civile dans le domaine religieux était répréhensible et condamnable ; 9" ce qui était enseigné par les évèques devait être exécuté par les rois; 10° la révolte contre le roi passait pour un crime énorme, qui devait être puni même par les armes spirituelles, surtout par l'excommunication.
l»Concil. Paris., 829, I. Il, c. i, iii; Aquisgr., 836, ill. c. i cl seq.; Vern., 844, c. i; Aquisgr., 862 (Hartzh., Il, 266); Mogunt., 888, c. ii; Troslej., 909. c. ii; Nico). I, ep. iv ad Advent. Hincmar., de divort. Luth. (Op., I, 693j; Capit. V, 402 (Man.si, .\V, 608) : « Non liceat Imperatori vel cuiquam pietatem custodienti aliquid contra mandata divina prgesumere. » Les princes aussi sont « vicarii Dei ». Thietmar, VI, 8; Wippo, in Vita Conr., c. m. Voy. encore Petrus Dam., Opusc. VII, de Frincipis Officio (Migne, t. CXLV, p. 8t9 et seq.); Hœfler, D. Pœpste, I, p. 241. 2° Concile d".\ix-la-Chapelle, 836, III, c. ii, d'après Fulgence; Greg. IV ad episc. Franc. (Rocab., Bibl. max. Pont., II, ii); Concile de Fimes, 881, c. i; Mansi, XVII, 537 et seq. ."i" Carol. Calv., in Libell. proclamât., 859 (Héfeb', IV, p. 197), et dans la lettre d'Adrien H, ep. xxin fMansi, XV, 843j. Voy. plus haut, sur le § 7. 4" Conc. Paris., VI, 1. I, c. ui; Capit. V, 319 (Mansi, XV, mi); Orat. Edgari régis, 969 (ib., XV, 15 et seq.); Petr. Dam., Opusc. IV, Clausula dictionis, Migne, t. CXLV p. 86, sur riiarmonie des « duo apices ». 5° Conc. Par., 829, 1. II, c. n- Ludov. I, Capit., 823, c. i-iu; 1. II, c. i-iii; Mansi, XV, 495; Petr. Dam., Opusc. VII cit.; Phillips, K.-R., III, p. 82 et suiv.; Engl. R. -Gesch., II, p. 43 et suiv. 6" Conc. Ticin., 850, c. xi; Tribur., 895, c. m, etc. 7° Petr. Dam., Opusc. IV cit. 8° Conc. Paris., 829, 1. III, c. xxvi; Aquisgr., 836, m, XIV, XV. 9" Lup. Ferrar., ep. lxxxi, ad Amul. 10° Conc. Mogunt. 847, c. V, etc.
Sacre et couronnement des rois. — Le pape comme chef de la société chrétienne.
64. L'union étroite des deux puissances et les devoirs de la royauté chrétienne reçurent leur plus haute expression dans le sacre et le couronnement des rois, que l'on compara de honne heure au sacre des évèques. Les cérémonies qui les accompagnaient, offraient beaucoup d'analogie avec le rite de l'ordination. Le sacre était précédé d'un serment solennel, par lequel le roi faisait profession de la foi catholique, promettait de défendre les libertés de l'Église et du peuple. Il recevait ensuite les emblèmes de son autorité, dont on lui expliquait le sens en y joignant des exhortations. Le roi devait porter le glaive pour protéger la cause de Dieu et de la justice, combattre les peuples barbares et les ennemis de la chrétienté, mais non les princes et les nations chrétiemies. L'empereur, et un peu plus tard l'impératrice, était couronné par le pape, qui donnait aussi quelquefois la couronne à d'autres rois et reines. Ordinairement cependant, la couronjie du roi d'Allemagne, différente de celle de l'empereur, était conférée par un des trois archevêques rhénans; celle de Lombardie, par l'archevêque de Milan ; celle de Franco, par l'archevêque de Reims. Les empereurs n'étaient recoimus des rois que comme leurs présidents d'bonnenr. Olton I" exerça transitoirement un droit de protectorat sur la France et la Bourgogne. L'Angleterre ne reconnaissait point la suprématie impériale.
Tant que le Siège pontifical ne ptudait pao une partie de son crédit par des titulaires indignes, c'était le pape, en sa qualité de père de la cbrétienté, qui était à la tète de la société européenne. (Jnand Noménoé, duc de Bretagne, viola ses devoirs de vassal envers (Iharles le C-bauve et pénétra en France, les evêques assemblés à Paris en 849 rengagèrent à s'arrêter dans ses actes de violence, et lui reprochèrent d'avoir offensé toute la chrétienté en méprisant le pape apostolique, le vicaire de saint Pierre, à qui Dieu a donné la primauté dans le monde entier. Déjà en 8G5 Nicolas I" pouvait dire que Rome était la cité de l'univers, où des milliers d'hommes allaient chercher un refuge et implorer la protection de saint Pierre. Réginon
LA VIR DE l'Église en occident. 203
appelait le pape le puissant conducteur des peuples, celui qui met un frein aux rois et aux tyrans. Les princes eux-mêmes, comme les moindres de leurs sujets, accouraient souvent auprès du Saint-Siège, et Rome devint un des pèlerinages les plus fréquentés. Edouard d'Angleterre, qui avait fait serment de s'y rendre, fut délié de sou obligation par Léon IX, à cause d'une révolte dont il était menacé.
Ponlificale Eccl. Arel., ap. Marlene, de Ant. Eccl, Ritibus, t. III, 1. II, c, X, p. 222; ibid., p. 192, 199, 203 et seq., 214; A. Thierry, Bécits des temps mérovingiens, Paris, 1846, I, p. 21; Petr. Dam., serm. lxix in Dedicat. Ecoles., Op., II, 347; Phillips, K.-H., III, p. 67 et suiv., 72 et suiv. En Orient, le patriai'che Polyeucte (Décret, syn., 969; Bever., Synod., I, 38ö; Balsam., in c. xu Ancyr.) mettait cette onction au même rang que le baptême en ce qui concerne les effets. Serment de Philippe I^', roi de France : Mansi,XIX, 023; Gfrœrer, Grégoire VII, t. IV, p. 145 et suiv. Autorité impériale d'Otton I'^'' : Giesebrecht, I, p. 480 et suiv,; Paris. Conc, 849, ep. ad Nomenoj.; Nicol. I, ep. vin; Mansi, .\1V, 923; XV, 207; Regino, Chron., 868; Pertz, I, Ö79. Pèlerinage à Rome : Dïimmler, Ostfrsenk. Gesch., II, p. b, n. 6; Leo IX, Mansi, XIX, 1050; Jafle, n. 3236, p. 374.
Principaux droits de la primauté.
65. L'influence religieuse des papes était aussi variée qu'étendue. 1° Ils continuaient de publier sur la discipline ecclésiasti(jue des décrétales, qui se répandaient dans différents pays et étaient reconnues par les conciles. 2° Ils recevaient les appellations des évèques et s'en réservaient le jugement. Le droit et le devoir d'assister, sur leur appel, tous ceux qui se croyaient lésés par des juges inférieurs, faisaient de la primauté « le refuge le plus assuré » pour quiconque était persécuté injustement. 3° Ils rejetaient les décrets illégitimes des conciles, cassaient ou réformaient leurs jugements, i" En vertu de leur seul droit patriarcal, les papes convoquaient à des conciles romains, outre les évèques italiens, d'autres évêques encore, notamment ceux de France, comme ils le firent en 769, 864 et 867. Hincmar luimême reconnaissait que tout évèque mandé à Rome était tenu de s'y rendre. Les papes célébraient également des conciles pendant leurs voyages en différents pays. 5» L'institution des
évêchés dans les régions récemment converties était affaire du Saint-Siège, de même que la division ou la réunion, autrefois réservée aux conciles provinciaux, de ceux qui existaient déjà. 6° C'étaient les papes qui opéraient la translation d'un siège à un autre siège, quand de graves raisons l'exigeaient. 7" Les résignations des évoques pouvaient être reçues autrefois parles synodes; cependant on vit de bonne heure plusieurs prélats s'adresser au pape, surtout à partir du neuvième siècle. L'évêque de Laon Édenoulf n'obtint pas de Jean VIII la permission de résigner son évêché, pas plus que Lanfranc de Cantorbéry ne l'obtint d'Alexandre II; par contre, Benoît II l'accorda à saint Adalbert de Prague. 8"* Les papes donnaient le palliuni aux archevêques, en même temps que la confirmation et lu pouvoir épiscopal : de là naquit cette règle qu'avant la réception du pallium les archevêques ne devaient exercer aucune des fonctions de leur charge, et surtout ne consacrer aucun évêque. 9° Tandis qu'autrefois les papes décidaient une foule d'affaires ecclésiastiques par les vicaires qu'ils choisissaient dans les métropoles des lieux, maintenant ils envoyaient plus souvent dan:^ de lointaines contrées des légats extraordinaires, qui étaient investis de pouvoirs spéciaux et présidaient à de grands conciles. Quant aux cas particulièrement difficiles, les légats devaient les renvoyer au pape. De ces légats, nous eu trouvons principalement sous Nicolas I" et ses successeurs, surtout depuis l'an 1050, lorsque la grande lutte engagée contre les clercs incontinents et simoniaques obligea de recourir à des moyens exceptionnels, réclamés par les besoins de l'époque. Quelques prélats français furent encore investis de ces fonctions après l'abolition du vicariat apostolique d'Arles, mais seulement pour leur personne : ainsi Sergius II les confia à Brogon de Melz (8U), et Jean VIII à Anségise de Sens (876). Le titre honoraire de primat des Gaules fut souvent donné, du neuvième au onzième siècle, aux archevêques de Lyon, Sens et Keims, et en Allemagne, outre l'archevêque de Mayence, à l'archevêque de Trêves. Dans le iNord, le vicariat apostolique le plus étendu fut rempli, depuis 1050, par Adalbert, archevê(}ue de Brème. Les archevêques de Salzbourg reçurent aussi la dignité de légat à partir de 1026.
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OUVRAGES A CONSULTER ET REMAnQLES CRITIQUES SUR LE N* 63.
Phillips, K.-G., V, p. 42 et suiv,, 3H etsuiv.; Dœllinger, Lehrb., II, p. 17 et suiv. Sur \°, vcy. Concil. Pontig., 876; Mansi, XVII, 308. 2° Grég. IV, dans l'affaire d'AIdéric du Mans, 842; Baron., an. 839, n. 2 et seq.; Nicol. I, ep. xxviii, ad Hincm.; Hard., V, 248; Phillips, p. 220. Voy. ci-dessus, § 14, a. 3° Ibid., § H. 4° Cf. §49. .^»Thomassin., I, I, c. Liv et seq.; Phillips, V, p. 3H et suiv., 353 et suiv. 6° Grégoire IV transféra Ebben de Reims à Hildesheim; Adrien II transféra Actard de Nantes à Tours; Jean VIII, Frotaire de Bordeaux à Bourges; Clément II, Jean de Paestum à Salerne; Mansi, XV, 794, 852 et seq.; XVII, 13; Hard., VI, i, p. 923. 7° Thomassin., II, II, c. lui, n. 4 et seq.; c. liv, n. 2 et seq. 8° Pallium : Conc. œc. VIII, c. xvii; Joan. VIII, ep. ad Rost. Are!.; 873, ad Willib. Colon. (Flotz, die Papstwahl unter den Ottonen, doc. 19, p. 102). Deusdedit reproduit une lettre probablement adressée k ce dernier, Coll. can., I, p. 129 et seq. : « Optatum tibi pallium coni'erre nequivimus, quia fidei tuse paginam minus quam oporteat continere reperimus », etc. Ce récit de Luitprand (Legat., Pertz, V, 331), que, lors de la consécration du prince Théophylacte comme patriarche de Constantinople, accomplie le 2 février 933, en présence des envoyés du pape Jean XI, le patriarche et ses successeurs reçurent du pape le droit de porter le pallium sans la permission du pape, et que les évêques grecs s'en servaient au gré du patriarche, ne paraît pas dénué de tout fondement, bien qu'il soit inexact. L'omophoi'ion grec, distinct du polystaurion, est beaucoup plus ancien. Thomassin., I, II, c. lvi, n. 3, 5, 10; c. Lvn, n. 11; c. xlix, n. 13; c. lui, n. 8; Phillips, V, n, p. 657 et suiv. 9° Drogon de Metz, Conc. in Verno, 844, c. xi; Mansi, XIV, 806, 810; Pertz, Leg., I, 383; Thomassin., I, I, c. xxxm, n. 2; Anségise, Joan. VIII epist. cccxni; Concil. Pontig., c. vu; Mansi, XVIÎ, 225, 316. Primats : Thomassin., I, I, c. xxxiv et seq., xxxvu, n. 1.
Les cardinaux.
66. Les auxiliaires du pape les plus importants étaient les cardinaux, dont l'autorité s'accrut depuis le décret électoral de Nicolas II. Parmi les cardinaux-évèques, les plus signalés étaient ceux d'Ostie, de Porto et d'Albano : ils avaient le droit de consacrer le pape. Venaient ensuite ceux de Sylva-Candida, Palestrine, Sabine et ïuscnlnm. Les évêques de Velletri, Laviiiium, Tibur, Gabii, Segni, qui avaient rang autrefois parmi ces cardinaux, reculèrent à l'arrière-plan dans la seconde moitié du onzième siècle, et le nombre de sept cardinaux-évèques devint de
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plus en plus régulier. Velletri fut dans la suite réuni à Ostie, et Lavinium à Tusculum.
Les cardinaux-prêtres étaient les chefs des principales églises paroissiales de Rome, dont le nombre variait souvent et fut défuiitiveraent fixé à vingt-huit. Les cardinaux-diacres étaient, les uns diacres régionnaires. pour chaque district de la ville (7, 12 ou ii); les autres, diacres du palais (4 ou 6) : en tout, ordinairement 18. Ainsi, le collège total des cardinaux, rarement complet, comptait 53 membres. Ce sénat de choix jouissait d'une grande autorité; c'est de lui qu'on tirait les légats a latere. Cependant le nom de cardinal fut longtemps encore appliqué aux chanoines d'autres églises; et, de plus, les cardinaux romains n'avaient pas encore la prééminence sur le archevêques. Dans l'Église de Byzance, au contraire^ les .syi;celles occupaient le même rang que ceux-ci : aussi le .syuccllat fut-il souvent ambitionné des métropolitains, et en 1029 déjà l'on voit éclater une dispute touchant la prééminence des syncellcs sur les métropolitains.
Le collège des cardinaux avait une part considérable dans l'examen de toutes les affaires importantes de l'Église. Voici en quels termes saint Pierre Damien- dépeignait sa haute mission : « L'Église romaine, qui est le siège des apôtres, doit imiter l'ancienne curie des Romains. De môme qu'autrefois ce sénat profane portait toute son attention et ses efforts à ce que lu multitude des différents peuples fût soumise au peuple romain, de même les sentinelles qui sont établies aux portes du Siège apostolique, les sénateurs spirituels de l'Éghse universelle, doi vent veiller uniquement à ce que le genre humain tout entier soit assujetti aux lois du véritable empereiH% .lésus-Christ. » Le même saint disait avec raison, en parlant du Siège apostolique : (( S'il est ferme, tout le reste est .solide ; mais s'il est entamé par la corruption, lui qui est le fondement et la base de tout, le reste tombera nécessairement en ruine. »
Les Actes grecs (comme dans Mansi, XVII, 37i et seq.) portent : Kap- Ôyivà)io(, KapÔivâpioi. Jean VIII, ep. r,xxxi\, mentionne « cardinis nostii preshyter »; ep.r.cxx, «diaconus cardinis». Adrien II, ep. xxxni adCarul. Calv. (.Mansi, XV, 865), emploie encore « cardinalis » dans l'ancien sens,
LA VIE DE l'Église ex occident. 207
quand il appelle Aclard, transféré à Tours, « cardinalem metropolitanum et archiepiscopum Turouica? provincia; ». Léon IX, ad Cserul. (Mansi, XIX, ()ö3) : « Cardo immobilis in Ecclesia Pétri, unde derlei ejus Cardinales dicuntur, cardini utique illi, quo cœlera moventur, vicinius adhferenles. » Deusdedil, Collect, can., II, 130, p. 240, ex Isid. : « Cardo dictus a poto cardian grtcco (a voce xapota grfcca), id est, corde, quia sicut cor totum hominem regit et movet, ita cai'do janute, id est, cuneus, totam januam regit et movet. Unde derivative sacerdotes et levitœ suninii pontiticis cardinales dicuntur, eo quod ipsi, quasi forma facti gregis , sacris pro'dicationibu? et prseclaris operibus Papam dirigant atque adregant. atqne ad regni cœlorum aditum moveant et invitent. Sicut a basibus, quœ sunt fulturœ cohimnarum a fundamento surgentes, banUi, id est, reges dicuntur, quia basin regunt, ita et cardinales derivative dicuntur a cardinibus januse. » Sur les trois classes de cardinaux, Phillips, K.-R., VI, § 279 et suiv., p. 65 et suiv., 176 et suiv. — Legatus a latere, dans Nicol. I, 860; Héfelé, IV, p. 229. Syncelles à Byzance : Cedren., II, p. 486 et seq., ed. Bonn; Thomassin., I, II, c. Cl, n. 6 et seq. Cf. ibid., I, I, c. cxix et seq.; Onuphr. Panvin., de Cardin. Orig. (Mai, Spic. Rom., t. IX); Muratori, de Cardin. Institut. (Ant. Ital., IV, 152 et seq.); Binterim, Denkw., Il, ii; Hist. pol. Bl., t. 1, p. 193 et suiv. Paroles de Pierre Damien, Opusc. XXXI, c. vu, et Op., IV (Mignc, t. CXLV, p. 67, 540).
Autres degrés de la hiérarchie. — Constitution métropolitaine. — Décadence du pouvoir des métropolitains.
67. Le pouvoir des métropolitains, jusqu'au milieu du neuvième siècle, avait pris une très grande extension. Hincmar de Reims range parmi leurs attributions : 1" l'examen, la confirmation et la consécration des évèques de la province ; 2° la convocation et la présidence du concile provincial, auquel tous les suffragants devaient assister; 3° la nomination des administrateurs des évêchés pendant la vacance du siège; 4° l'exercice de la juridiction dans les plaintes contre les évêques et dans les contestations des évèques entre eux; 5° le droit de décider la question avant qu'elle eût été soumise au pape, et le droit de permettre aux évèques de s'éloigner de la province et d'aliéner les biens ecclésiastiques; 6° la surveillance de toute la province, avec le droit de réprimer les négligences, les fautes et les abus des évèques, et de porter contre eux des censures.
Ce pouvoir étendu déclina de bonne heure : 1° par suite des
luttes politiques, et parce que plusieurs provinces, après le partage de l'empire, sous les derniers Carolingiens, furent divisées et soumises à d'autres princes, et que les suffragants se trouvèrent placés sous un autre roi que celui de leur métropolitain; 2° à cause de la rareté des conciles provinciaux, avec lesquels les métropolitains devaient exercer la plupart de leurs prérogatives; 3° à cause de l'importance politique qu'acquirent un grand nombre d'évêques et d'abbés, qui obtinrent de plus grands fiefs, des comtés et des duchés, et se rattachèrent plus étroitement an roi; 4" à cause de l'usage abusif que les métropolitains faisaient souvent de leur pouvoir pour opprimer les évêques, lesquels, en recourant au Saint-Siège, fournirent aux papes l'occasion de se réserver une foule de droits jusquelà exercés par les métropolitains.
Il était du devoir des papes de briser le joug sous lequel gémissaient les évêques, et de renfermer le pouvoir métropolitain dans des bornes plus étroites. Ils le pouvaient d'autant mieux, que la constitution méiropolitaine avait une origine purement historique, et ne reposait point, comme l'épiscopat et la primauté, sur un droit divin. En Allemagne même, les métropoles devaient leur institution au Saint-Siège. Plus d'une fois déjà les papes avaient envoyé des juges sur les lieux, et demandé que les plaintes introduites devant les métropolitains fussent poursuivies à Rome par quelque délégué spécial, afin de pouvoir informer eux-mêmes d'une manière exacte. Ils prenaient formellement sous leur protection certains évêques persécutés, maintenaient l'ordre ecclésiastique et les droits des évêques diocésains contre les influences dissolvantes des métropolitains, presque toujours alliés aux seigneurs du pays. Les métropolitains eux-mêmes reconnaissaient au Saint-Siège le droit de lier et de délier.
En Allemagne, au dixième et au onzième siècle, les grands métropolitains du Rhin et de Salzbourg suivaient avant tout une tendance politique et mondaine, et reléguaient an second plan les relations ecclésiastiques (jn'ils devaient entretenir avec les évêques; mais ici encore quelques archevêifues essayaient d'agrandir outre mesure leur autorité. Berthold de Trêves défendit à Wala, évêque de Metz, de porter le pallium, qu'il avait reçu du pape. Poppon de Trêves, consacrant le nouvel évêque
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de Toiil, Briinon, lui fit expressément promettre (ju'il n'entreprendrait rien dans son diocèse sans l'approbation du métropolitain; Brunou n'y consentit qu'après une longue résistance, et seulement pour les cas les plus importants. Déjà en 877, Jean Vlll avait décidé, dans un concile de Havenne, que chaque métropolitain enverrait à Rome sa profession de foi par un délégué, qui recevrait pour lui le pallium, sinon il perdrait le droit de sacrer des évèques, et il avait statué que le pallium ne pourrait être porté qu'à certains jours déterminés. D'un autre côté, les papes défendaient vigoureusement les droits des métropoles, entre autres de celle de Tours, quand les évèques de Bretagne, principalement ceux de Dol, essayèrent, après avoir échoué déjà en 566, de s'en détacher pendant la domination du prince Noraénoé (depuis 847).
Hincmar., ep. ad Hincm. Land., et Opusc. de Jure metropolitico (Migne, Pair, lat., t. CXXVI, p. 189 et seq., 282 et seq., 534 et seq.); Thomassin.. l, I, c. xliii et seq.; Dœllinger, Lehrb., II, p. 23 et suiv.; Phillips, 11, p. 86 et suiv.; Deutsche Gesch., Il, p. 149, .302; Hatto Mog., 900, ad Joan. IX; Mansi, XVllI, 203; Auxil., de Ord. Form., 1, xxix ; Conc. Salcgunst., 1022, c. xvin; Poppou de Trêves, Thomassin, 1. 1, c. XLVui, n. 6; Conc. Ravenn., 877, c. i, m; Mansi, XVll, 337. Agitation hiérarchique en Bretagne : Dœllinger, II, p. 56 et suiv. Innocent 111 repoussait encore en 1199 les prétentions des évèques de Dol, 1. Il, ep. Lxxxiv et seq.; Potthast., Reg., p. 69, n. 721-724, 726-728. En 998, à Pavie, il fut défendu à l'archevêque de Milan de prendre le titre de pape (Mansi, XIX, 234),
Les évèques et leurs diocèses. — Exercice et obstacles du pouvoir épiscopal.
68. Le pouvoir des évèques dans leurs diocèses demeura pour le fond tel qu'il avait été précédemment. Ou leur recommandait souvent de tenir des synodes diocésains, de visiter leurs diocèses, d'exercer une justice exacte sur les clercs et sur les laïques. Les destitutions arbitraires étaient interdites par les canons : nul ne devait perdre son emploi ecclésiastique sans jugement, et celui qui avait été déposé (ou puni) pouvait appeler au métropolitain, au concile provincial et au pape. A dater du neuvième siècle, certains délits des clercs fiireut réser-
vés au jugement du pape, et les coupables envoyés à Rome. L^évêque pouvait transférer un prêtre d'une paroisse à une autre paroisse; mais nul n'avait le droit, sans sa permission, d'échanger ses fonctions contre celles d'un autre. Les évêques furent restreints dans leur droit de nommer à tous les postes ecclésiastiques de leurs diocèses, par le développement du droit de patronage : car ils ne pouvaient rejeter les clercs présentés par des laïques, à moins d'une indignité manifeste.
La multiplication des chapelles et des oratoires privés dans les châteaux et les domaines des seigneurs donna naissance à une classe de prêtres, employés, les uns à la cour, les autres dans des châteaux : ces prêtres devinrent comme les serviteurs de leurs maîtres, et se prêtèrent aux plus dégradantes fonctions. Souvent ignorants et immoraux, protégés par leurs maîtres contre les évêques, ils refusaient fréquemment de se soumettre à n'importe quel évêque. Comme les seigneurs temporels, suivant l'idée qu'on se faisait alors de la propriété, refusaient de reconnaître le droit de l'évêque sur les chapelles qui leur appartenaient, qu'ils rangeaient les prêtres de cour parmi leur domesticité (« famille »), demeuraient,- eux et leurs chapelains, étrangers au culte public, les évêques français, en 846, prièrent les barons de permettre au moins à leurs chapelains d'abolir les vices et les abus les plus grossiers qui régnaient dans leurs châteaux, pendant que les curés et les auxiliaires de l'évoque s'en occuperaient dans le reste de la population.
On essaya également de limiter le nombre des chapelles domestiques, et l'on défendit d'y célébrer le saint sacrifice sans la permission de l'évêque. Les ordinations absolues (II, 248) occasionnèrent aussi de nombreux abus : on vit paraître toute une légion de clercs vagabonds et sans chefs, qui se traînaient dans les châteaux de la noblesse, dans les villes et les villages, s'ingéraient dans les charges ecclésiastiques, tratiquaieut des fonctions sacrées, et déshonoraient leur état par leur inconduite. Quant aux anciens canons remis en vigueur contre les ordinations absolues, ils ne pouvaient pas porter de fruit, car il était difficile de les appliquer parmi les peuples du Nord à moitié convertis. Vainement aussi les évêques exigèrent-ils des témoignages et des lettres de recommandation : on condamnait bien çà et là quelques-uns de ces clercs à la réclusion monastique,
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mais on n'atteignait pas ceux qui étaient protégés par la noblesse.
Sermo synod., ap. Hard., VI. i, p. 873-879; Phillips, die Diœcesansynodp, Frib., 18i-9, p. 44-62; Regino Prüm., de Eccl. Discipl.. I. II, cum Habani Mauri ep. ad Herib., ep., éd. Baluze, Par., 1671; Hincmar, Capitula presbyteris data 832; Mansi, XV, 475 et seq.; alla Capit., ibid., p. 479 et seq., 497 et seq. Provocation de décisions pontificales en matière criminelle : Hincmar, ep. xi, ad Nicol.; Ivo Carnot., ep. xcvui, clx; Hildeb. Turon., ep. lx ; Thomassin., I, II, c. xiii, n. 1 et seq. Droit de l»atronage : Conc. Rom., 826, c. xxi; Par., 829, I, 22; Pist., 869, c. vi; Tribur,, 893, c. xxxii. Le nom de « patronus », dans Hincmar, Capit. archidiac. data, loc, cit., p. 497 et seq.; Op., 1,737; ou ses synonymes, u advocatus, senior scecularis, senior )> : Conc. Aquisgr., 817, c. rx, x; Ansegis., Cap. 1, lxxxv, 142; Hincmar, Op., I, 715. Clergé de la cour ou des châteaux : W'ala, 828-829; Pertz, II, 547; .Migue, t. CXX, p. 1609 et seq.; Conc. Ticin., 850, c. xvm; Par., 829, III, xix; I, xcvn; 846, c. Lxxiv; Mog., 851-852, c. xxiv; Ticin., 876, c. vu; Met., 888, c. vui; iMog.. 888, c. IX ; Agob. Lugd.. de Priv. et Jure sacerd. (Aligne, t. CIV, p. 178); Petrus Dam., Opusc. XXII contra clericos aulicos obsequiis sœcularium principum deditos (Migne, t. CXLV, p. 463 et seq.), c. ii, p. 463 : « Adulatio in clericis », dit-il, « est simonia. » Clerici vagantes, acephali, gyrovagi : Conc. Rom. cit., c. ix, x; Tic, 83.0, c. xviu; Mog., 847, c. XII ; Wormat, 868, c. lxviii. Voy. aussi Dœllinger, II, p. 27 et suiv.
La juridiction.
69. L'exercice de la juridiction épiscopale fut réglé par des canons synodaux et traité dans i|uelques écrits particuliers. Hincmar de Reims demanda expressément que les clercs fussent exempts de la juridiction laiijue, lorsque Charles le Chauve fit coniisquer le temporel de l'évêque de Laou, qui ne s'était pas présenté devant la justice royale. Il proposa l'institution d'un tribunal mixte; et en 868, à Pistres, il décida le roi à rendre ses biens à l'évêque, si celui-ci demandait pardon, et à faire vider le litige par des arbitres choisis. Cependant Hincmar admettait que les clercs, quand ils étaient en contestation avec des laïques à propos d'intérêts matériels, devaient se faire représenter par des avocats devant le juge civil. Dans le royaume des Francs, les évêques, même en cas de haute trahison, ne devaient être jugés que par leurs pairs. Plus tard, les rois allemands se
constituèrent eux-mêmes les juges des évêqnes accusés de délits politiques, mais le plus souvent en se faisant assister par des conciles. Les évêques maintinrent généralement leurs anciennes prérogatives, et plusieurs conciles s'élevèrent contre les empiétements des juges laïques dans les questions de droit réservées au for ecclésiastique.
Règles pour la procédure des tribunaux : Concile de Paris, 829, e. Lxxix; Troyes, 878, c. i, vu; Mayence, 888, c. xii; Tribur, 893, c. ii et suiv., LVi et suiv.; Holienaltheim, 916, c. xn et suiv.; Regino Prüm., op. cit. 5 Hincmar, pro Eccles. libertate tuenda in causa Laud. Ep., Migne, t. CXXIV, p. 1025 et seq. Voy. Héfelé, p. ."^65 et suiv. Péchés de la chair déférés aux tribunaux ecclésiastiques : Conc. Joan. IX, 898, c. xu; Mansi, XVIIl, 222 et seq.
Puissance politique des évêques.
70. L'épiscopat reçut de bonne heure des droits politiques considérables, surtout en Allemagne et en Italie, au temps d'Otton III et de Henri II. Les évêques étaient infiniment plus utiles aux rois que les seigneurs temporels : car, tandis que ces derniers essayaient de rendre leurs fiefs héréditaires et méditaient souvent quelque révolte, les évêques étaient d'excellents alliés et de fidèles vassaux. Les évêques et les abbés obtinrent avec le temps des duchés et des comtés. Mais tandis qu'en Allemagne ils devenaient de jour en jour plus puissants comme princes de l'empire, en Lombardie, l'extension de leur pouvoir politique était arrêtée par le grand nombre des sièges épiscopaux et par la prospérité des villes, auxquelles on était souvent contraint de céder les droits de souveraineté. En France, les évêques perdirent leur pouvoir politique par l'impuissance des rois et les fréquentes usurpations des seigneurs ; plus tard il leur fallut céder leurs régales aux Capétiens, afin de fortifier la puissance royale contre les divers prétendants. En Angleterre et en Espagne, la durée et la multitude des guerres empêchèrent longtemps l'extension du pouvoir des évêques. En Allemagne, les prélats rendirent de grands services au peuple et à l'État; ils se rattachèrent étroitement aux rois, les appuyèrent de leurs conseils, les servirent par leurs vassaux et par les richesses dont ils étaient redevables à leur munificence.