‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 21 sur 44 · LA VIE DE L ÉGLISE EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

LA VIE DE L ÉGLISE EN OCCIDENT

iiques, ainsi qm; le *"lergé de leur cathédrale, et allaient recevoir ailleurs les sacrements. De là s'établit rusa^,'-e d'a<lniiiiistrer les sacrements dans d'autres églises que celle de la cathédrale. En 1032, un concile de Limoges décida, contre les plaintes du chapitre de la cathédrale, (|ue l'on pouvait prêcher et baptiser dans d'autres églises de la ville. La situation des curés (parochi, plebani) fut réglée d'une manière plus exacte, et l'on augmenta de plus en plus le nombre des dotations et des dîmes. Il fut plus d'une fois interdit aux évèques de se réserver quelque chose, pour leur usage et jouissance personnels, des biens immeubles et des biens-fonds des paroisses rurales. Les curés, en dehors des oblations, que tout prêtre pouvait garder pour soi, recevaient des honoraires pour chaque fonction particulière (droit d'étole). Cependant il était assez souvent défendu de rien percevoir pour les sépultures et les places de sépulture, pour le baptême, la pénitence et l'Eucharistie.

Thomassiu., 1, II, c. xxiii-xxv; Lupi, de Parochiis ante annum Christi millesimum, Bergain., 1788; Dœllinger, II, p. 31; Phillips, Lehrb. des K.-R., p. 3.35 et sniv. Paroisses de villes et baptistères : Conc. Paris., 846, c XLviii, Liv; Concile de Limoges, Mansi, XIX, 543; Eugen. II, in Conc. Rom., 826, c. XVI ; Hincmar. Cap., an. 882; Mansi, XV, 475 et seq.. 479 et seq.; Walterii Aurel. Cap., c. vi, ib., p. 506. Défense de recevoir des honoraires pour les places de sépulture et pour les inhumations : Conc. Paris., 846, c. lxxii; Met., 881, c. iv; Tribur., 895, c. xvi. Honoraires pour le baptême, la communion et la pénitence : Concile de Bourges, 1031, c. xii; de Reims, 1049, c. v.

Le culte, la science et la vie. — La messe, la communion, le service divin et les sacrements.

80. Le saint sacrifice de la messe étant le centre du culte divin, les auteurs ecclésiastiques prirent à tâche d'en expliquer les diverses cérémonies. On voyait souvent des prêtres le célébrer jusqu'à trois fois eu un seul jour : de là, pour les ecclésiastiques cupides, une source d'abus, qui amenèrent des plaintes du côté des Grecs. En 1022, le concile de Seligenstadt se contenta de défendre qu'un prêtre célébrât plus de trois fois en un seul joiu"; mais Alexandre II rendit un décret, souvent renouvelé par ses successeurs, qui interdisait de dire plus d'une

messe par jour, hors le cas de nécessité et sauf le jour de Noël. Il fallut également remédier aux pratiques superstitieuses qui se commettaient à propos du saint sacrifice. Des heures précises étaient assignées pour la messe solennelle, et l'on veillait à ce que le rite liturgique fût ponctuellement observé. Ce rite, en Occident, était le rite romain, saufen Espagne.

L'Eucharistie, que l'on continuait d'administrer aux enfants, et que les adultes étaient tenus de recevoir à jeun trois fois dans l'année, était encore généralement distribuée sous les deux espèces; on se servait d'un chalumeau pour donner le précieux sang, ou l'on trempait l'hostie consacrée dans le vin consacré. Plus tard, il fut ordonné que l'on recevrait séparément chacune des deux espèces. Les hosties consacrées devaient être souvent renouvelées (toutes les semaines ou au moins tous les mois). On continuait de donner, les jours de dimanche et de fête, du pain bénit (eulogies) à ceux qui ne communiaient point. En Angleterre, il fut d'usage pendant quelque temps de déposer, au lieu de reliques, l'Eucharistie , dans les autels que l'on construisait. Des laïques, des femmes mêmes se permettaient de donner l'Eucharistie. En 829, un concile de Paris combattit cet abus.

Hittorp., De div. cath. Eccl. officiis varii Patr. ac scripti libri. Colon., 1568; Rom., 1591; Par., 1624; le même, Ordo Rom. de div. offic. du huitième siècle; Amalar. Met., de Div. Oitic. libri IV, ad Ludovic, imp. (Migne, t. CXIV); Raban. Maur., de Cleric. Institut, et Caerem. écoles, libri m, de Sacr. Ord., Sacrara. div. et Vestim. sacr. (Migne, t. CVll); Walafr. Slrab., de Eccl. Rer. exord. ctincrein., seu de Offic. div. (Migne, t. CXIV); Petr. Dam., Expositio canonis Missee (Mai, Nov. Coll., VI, ti, p. 211 -22b); Ivo Carnot., de Eccles. Sacram. et Ofiic, ap. Hittorp., op. cit. Il était d'usage de célébrer plusieurs messes à certains jours de fêle; mais on devait le plus souvent le faire à ditferents autels. Greg. Tur., de Glor. confess., c. l; Conc. Antissiod., 378, c. x; Walafr. Strabo, loc. cit., c. XXI ; Vita S. Udalr., ap. Sur., 4 jul., c. ui-v ; Thomassin., I, II, c. xxiii, n. 17; c. xxii, n. 56; c. lxxxi, n. 9; c. lxxxii, n. 8. — Conc. Saleg., 1022, a. 5; Gratien, c. lui, d. t, decons.Cf. Innoc. III, Honor, III, c. m, \2, de Celebr. miss., III, xli; mon ouvrage, Photius, III, p. 209 et .luiv.; Monum. adPhot., p. H, 12. Autres règles et défenses : Conc. Par., 829, I, 45, 47, 48; Mog., 813, c xliii; 8oI, c. xxiv; Cpl., 861, c. xii; Mog., 888, c. IX ; Salegunst., 1022, c. x; Rothom., 1072, c. iv. Heures

LA VIE i»E l'Église en occident. "Mo

précises pour la c<M«''hration de la messe : Amalar., de Rit. Eccles., III, XLii; Regino, de Eccl. Disc, I, xxxiii. La « pyxis munda », le c sepulchrum », mentionnés dans Hurabert, Adv. calumn. Gr«cor., e. xxxiii (Galland., XIV, 201 et seq.). Trois communions dans l'année: Conc. Tur., 8Ö8, c. L. Jejunium naturale : Nicol. I, ad consulta Bulg., c. lxv. Communion des enfants: voy. ci-dessous, V, § 369, n. 1. Renouvellement des hosties : Concile d'Ansa, 994 (tous les sept jours); de Bourges, 1031, c. Il (tous les huit jours). A Limoges, en 1031 , l'évêque Jordan demanda qu'il eût lieu douze fois par an ; le concile de Rouen, 1 072, c. vi, proposa de nouveau le terme de huit jours. Eulogies : Conc. Mog.,851, c. xxii; Regino, I, 332; Concile de Calchut, 816, c. ii; de Paris, 829, 1. 1, c. xlv.

Le baptême, la confirmation, l'extrême-onction, le mariage.

81. Le baptême, administré comme autrefois, soit par une seule, soit par une triple immersion, était donné solennellement à Pâques et à la Pentecôte, dans des baptistères. On recommandait aux parents de faire baptiser leurs enfants, et aux ecclésiastiques de les bien instruire, quand ils auraient atteint l'âge de raison. On reconnaissait comme valide toute espèce de baptême administré avec de l'eau et au nom de la sainte Trinité, fût-ce par des juifs ou des païens. Chez les Grecs cependant, plusieurs croyaient que le baptême des laïques n'était valide que lorsqu'on ne pouvait pas se procurer de prêtre. La confirmation était, ainsi que le baptême, considérée comme un sacrement par les Grecs comme par les Latins : chez les premiers, elle était administrée par les prêtres ; chez les seconds, par les évêques seuls, qui ordonnaient souvent de la donner et de la recevoir à jeun. Quant à l'extrême-onction, qu'on négligeait quelquefois de demander, les évêques et les conciles d'Occident recommandaient d'exhorter les malades à la recevoir, mais de ne la donner que lorsque les fidèles se seraient réconciliés avec l'Église et auraient reçu la communion.

L'Église maintenait la sainteté du mariage. En Orient comme en Occident, on exigeait la bénédiction du prêtre; les empêchements de mariage étaient établis et sauvegardés par les papes et les conciles. Pour les degrés de parenté, l'Église latine adopta peu à peu le nombre fixé par les Germains, au lieu de celui des Romains, et considéra la consanguinité jusqu'au septième degré comme un empêchement cfirimant, ainsi que le faisaient les

Orientaux. Le consentement passait pour une condition essentielle du mariage : sans lui, toutes les cérémonies étaient nulles. On recommandait surtout de respecter les empêchements d'affinité, de parenté spirituelle, de rapt, d'impuissance, de mariage déjà existant, de crime provenant de l'adultère, du vœu religieux et de la diversité de religion. Relativement à ce dernier, l'Église grecque prononçait la nullité du mariage conclu entre orthodoxes et hérétiques, ce qui n'avait pas lieu en Occident. On recommandait aussi d'observer les temps interdits.

Immersion : Concile de Calclmt, 816, Mansi, XIV, 535; de Worms, 868, c. V. Époques de l'administration solennelle du baptême : Conc. Par., 829, 1. 1, c. vu, xxxni; Par., 846, c. xlviu ; Mogunt., 847, c. m; Tribur., 895, c. xii; Regino, 1, 264. Devoirs des parents et du clergé : Par., 829, 1. 1, c. vi, ix. Validité du baptême administré par des infidèles : Nicol. I, loc. cit., c. civ (Migne, t. CXIX, p. 1014; Gratien, c. xxiv, d. 4, de Cons.). Voy. mon ouvrage, Photius, 111, p. ö93 et suiv.; sur l'opinion des Grecs, ibid., p. 138elsuiv., 594; ladoctrine et les rites, ibid., p.öOl et suiv.; la confirmation ckez les Grecs, ibid., 111, p. 602. Son administration et sa réception : Conc. Par. cit., I, xxxui; Rothomag,, 1072, c. vu; Worms, 868, c. ii, vni. — Extrême-Onction : Jonas .\urel., de Instil. laicali,

III, XIV ; Conc. Ticin., 8o0, c. viii; Halitgar., de Vitiis et Virtut., III, xvi (Gall., XIII, 335 et seq.). — Bénédiction du mariage : Léon VI, Nov., 74, 109; Zhishman, Oriental. Eberccht., Vienne, 1863, p. 142 et suiv.; Concile de Rouen, 1072, c. xiv. Degrés de parenté : Schulte, Hdb. des Eherechts, p. 162 et suiv.; Phillips, Deutsche Gesch., 1, p. 161 et suiv.; Lehrb. des K.-R., 1" éd., p. 1036 et suiv.; de Moy, das Eherecht der Christen, I, p. 361.

Anciennement, l'on confondait souvent la computation romaine et la computation germanique, comme en 874, au concile de Douzy : Héfelé,

IV, p. 493. Pierre Damien, Opusc. VIII (Migne, t. CXLV, p. 191 et seq.), s'élève contre les juristes qui font une longue énumération des degrés dans la ligne collatérale, et contre leur opinion que le mariage est permis « inter pronepôtes ». Alexandre II (c. Ad sedem, 2, § 1, C. XXX'V, q. v, a. 1063) développe les avantages de la computation germanique. Sous Nicolas II, le septième degré de consanguinité était certainement un empêchement dirimant : c. xvn, C. cit., q. u, m. Cf. Capit. VI, 130; VII, 432, 436; Conc. Rom., 1059, c. xi; Rothom., 1072, c. xiv. Sur les Grecs, voy. Zhishman, p. 215 et suiv. L'essence du mariage est dans le consentement : Nicol. I, ad Bulgar., c. ni. Affinité : Hinemar, ep. .xxu, p. 132 et seq., ed. Migne (Mansi, XV, 571). Parenté

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spirituelle: Nicol., loc. cit., c. ii; Conc. Mogunt., 888, c. xvin; Tribur., 895, c. xLvii, xLviii; Cpl., 963 (Mansi, XVIII, 470). Rapt : Joan. VIII, in Conc. Ravenn., 877, c. vi (Mansi, XVU, 338); Troslej., 909, c. vm. Impuissance de Henri IV alléguée comme motif de divorce avec Berthe : Héfelé, IV, p. 817 et suiv.

Ligamen : voy. Concile de Rouen, 1072, c. xviii. Crimen, dans le cas d'adultère : ibid.,c. xvi; Tribur., 893, c. xl, li. Votum : Concile de Tribur, c^ XXIII. Disparitas cultus : Concile de 1005, Pertz, V, 813; Héfelé, IV, p. 632; Photius Nomoc, tit. XII, c. xiii (Voell. et Justell., Bibl. jur. can. vet., Il, 1071) : "ESêt toùc Yâ(xto(TMva7iTO(Ji£voy; ôiioOpriTxoy; stvai. Tempus clausuni : Nicol. I, ad Bulgar., c. xlyii, XLvm; Conc. Salegunst., 1022, c. m; Petr. Dam., Opusc. XLI, de Tempore celebrandi nuptias, ad cler. Favent., contre cette opinion que l'on peut, en Carême, conclure validement et licitement des mariages.

La pénitence.

82. Sur la pénitence, l'ancien ordre de choses continuait de subsister. Les deux pouvoirs temporel et spirituel unissaient leurs efforts pour amener les pécheurs publics à satisfaire et à s'amender. On appliquait encore, même dans l'Église grecque, plusieurs des anciens canons pénitentiaux ; cependant les œuvres de pénitence les plus fréquentes étaient l'aumône, la prière, les pèlerinages pénibles. On y joignait les flagellations particulières, pratiquées surtout et recommandées par Pierre Damien et son disciple Dominique le Cuirassé (mort en 1062). Les grands criminels étaient souvent envoyés à Rome par les évéques, ou ils s'y rendaient d'eux-mêmes; dans ce dernier cas, plusieurs évêques exigeaient qu'ils fissent d'abord la pénitence qu'on leur avait imposée dans leur pays. Ils ne pouvaient entreprendre ce voyage qu'avec l'agrément de leur évêque \ On exigeait surtout que l'évêque et le confesseur prissent en considération les qualités du pénitent. Les substitutions de pénitences, les rédemptions continuaient d'être en vigueur. Les pénitences étaient souvent tempérées par des indulgences, reçues par les pécheurs eux-mêmes ou gagnées par d'autres personnes. Jean VllI accorda des indulgences pour les défunts; Benoît IX en accorda de plénières à ceux qui se confesseraient dans l'église de Saint- Victor de Marseille; Alexandre H, en

* Voyez le Concile de Seligenstadt, en 1022.

1065, en fit autant pour l'église du couvent du Mont-Cassin, et en 1070 pour une église de Lucques. Cette mitigation des peines, souvent recherchée, supposait toujours le repentir et l'esprit de pénitence.

Concile de Worms, 868, c. xxv; de HohenaJtheim, 916, c. xxxiii; de Mayence, 847, c. xixi; de Seligenstadt, 1022, c. ivm; Concoecum. Vlll, act. Il (ci-dessous, § 160); Petr. Dam., ep. ad V episc, ap. Baron., an. 1055, n. 6 (voy. ci-dessus, 111, § 196), ep. ad Hildebr. (Mansi, XIX, 893); Opusc. XLIII, de Laude llagellorum (Migne, t. CXLV, p. 679 et seq.); Ep., I. IV, xxi; 1. VI, xxxui. Sceau de la confession chez les Grecs : Method., Pair, fragm. (Pitra, II, 363). Indulgences : Mabillon, Praef. in saec. V Bened., u. 109, p. lv, t. VII, éd. Ven.; Chron. Casin., III, xxxi; Malalerra, de Reb. gest. a Roberto Guiscardo, II, xxxni, in Schotti Hisp. illustr., t. III ; Joan. VIII, op. dccclxxviii, ad episc. in regno Ludov.; Conc. Lemov., 1031, sess. II; Mansi, XIX, 539.

Controverse sur saint Martial.

83. Les formules liturgiques étaient rigoureusement observées. En France, une controverse surgit à propos de l'apostolat de saint Martial, premier évêque de Limoges, que l'on considérait comme un disciple de l'apôtre saint Pierre et le compagnon de saint Denis, quoique dans les anciennes litanies il ne figurât que parmi les confesseurs. Les moines du couvent qui lui était dédié commencèrent à le ranger parmi les apôtres, et il en résulta une querelle entre eux et le clergé .séculier. Plusieurs conciles furent tenus à ce sujet à partir de 1021. Dans l'un d'eux, réuni à Poitiers (1023), Guillaume IV, duc d'Aquitaine, plaida lui-même la cause de l'apostolat du saint, et montra au concile un ancien livre écrit en lettres d'or, qu'il avait reçu en présent de Canut, roi d'Angleterre. En 1024, un concile de Paris déclara qu'il était permis de donner au saint le titre d'apôtre (dans un sens large). Les conciles de Limoges et de Bourges (1029-1031) parlèrent dans le même sens, malgré les difficultés soulevées par quelques évêques ; quelques orateurs allèrent même jusqu'à mettre après saint Martial le célèbre Denis, qu'ils distinguaient de Denis l'Aréopagite. Jean XIX, »'appuyant uniquement sur les renseignements fournis par les

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évêques de France, avait approuvé la qualification d'apôtre donnée à saint Martial * .

Mansi, loc. cit.. p. 391, 414, 417, 422, 519, 326, 528; Héfelé, IV, p. 647 et suiv., 656 et suiv., 660 et suiv. Sur les saints, voy. Order. Vital., II, xxn, xxiii (Migne, t. CLXXXVllI, p. 185 et seq.).

Canonisation des saints.

84. La canonisation des saints, que les évêques d'autrefois entreprenaient souvent d'après les témoignages notoires du peuple, était faite solennellement par le Saint-Siège; elle lui fut plus tard exclusivement réservée. La première canonisation formelle eut lieu en 993, lorsque le pape Jean XV canonisa Ulric, évèque d'Augsbourg, mort depuis vingt ans. Les patriarches byzantins avaient souvent usé de ce droit. En 879, le schismatique Photius plaça au rang des saints le fils de l'empereur Basile I", Constantin, qui mourut de bonne heure, et il consacra des églises et des couvents en l'honneur de ce saint Constantin. Peu de temps après, Léon VI fit canoniser ses femmes défuntes Théophano et Zoé, et construire des églises en leur honneur. Plusieurs évêques lui firent opposition. La décadence de l'épiscopat grec permit à Nicéphore Phocas de proposer qu'il fût permis de rendre les honneurs du martyre à tous les soldats morts sur le champ de bataille; et les évêques ne purent l'en empêcher qu'en rappelant l'excommunication portée par les canons contre tous ceux qui auraient tué quelqu'un dans une guerre. L'Église occidentale ne fut jamais exposée au péril de se laisser diriger par le pouvoir civil dans le choix des personnes auxquelles il convient de rendre le culte des autels : elle exigeait un minutieux interrogatoire de témoins, des faits bien

' Cum igitur apostoli nomen non sit numeri, sed suffragii, quicumque révélante Deo ad prœdicandum mittitur, et sua pia exhortatione et exemple commissum sibi divinitus populum a potestate diaboli libérât, non incongrue apostolus dici potest... Martialem apostolum nominari posse definimus. (Joan. PP. XIX, Epist. ad Gall. episc.) Ut S. Martialis doctoris Aquitanise nomen et memoria non inter confessores, sicut inter nos negligenter a nonnullis fieri solilum erat, sed inter apostolos proponatur, sicut a Romana Sede, et a pluribus antiquis Patrihus secundum veritatem Spiritus sancti definitum est. (Concil. Bituric, an. 1031, can. i.)

(Note du trad.J

constatés, une approbation précédée d'une enquête sévère sur toute la vie du personnage. Elle établit pour cela des règles précises, que l'affection la plus enthousiaste fut obligée de respecter.

Saint Ulric, Mansi, loc. cit., p. 169; Hard., VI, i, p. 727; Mabillon, Praef. cit., n. 09 et seq^ Rened. XIV, de Canon., I, vu, 13; vm, 2; x, 4; Assemani, Bihl. jur. ci'., I, 347; Léon IX, bulle de canonisation de saint Gerhard de Toul, 2 mai lOSOj Mansi, p. 769; Alex. III, c. i, de Reliq. et Ven. SS., III, xlv. Pour les Grecs, voy. Nicet., Vita. S. Ign.; Mansi, XVI, 289; Léon le Gramm., p. 239, 270; Theoph. Cont., VI, xn, xin, XVIII ; Assem.. loc. cit., p. 34ö et seq.; mon ouvrage, Photius, 11, p. 317 et suiv. Proposition de Nicéphore Phocas, ibid., III, p. 716; Balsam., in Basil., c. xni, t. II, p. 70; Cedren., Il, p. 369.

Le culte de Marie.

85. Le culte de Marie devint de jour en jour plus solennel, il était reçu en Orient comme en Occident : car nous y voyons l'empereur Léon Vî, Joseph l'Hymnographe (mort en 883) et Jean le Géomètre, honorer la Mère de Dieu par des poésies, ainsi que le faisaient un grand nombre d'Occidentaux. Les homélies sur ses fêtes étaient nombreuses, ainsi que les églises placées sous son vocable. Depuis le onzième siècle, le samedi lui fut particulièrement consacré, et Pierre Damien introduisit dans les couvents d'Italie, à côté des grandes heures canoniales (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et coraplies), les pelites heures de la sainte Vierge. On joigi:ait aussi la salutation angélique à l'oraison dominicale, surtout dans les couvents anglais. On répétait l'un et l'autre un nombre de fois déterminé, et après chacune de ces prières on jetait une petite pierre ou boulette dans son sein, ou bien on les comptait sur un cordon attaché à la^ceinture. C'est de là qu'est née plus tard la dévotion du Rosaire.

Léon VI, Matranga, Anecd. grœc, Rom., 1850, p. II, p. 614; Joseph IHymnographe, Migne, Patr. grœc, t. CV, p. 1003 et seq.; Jean le Géomètre, ibid., t. CVi, p.8;ii et seq. L'« Ave, mari.s stella » est encore du dixième siècle. Voy. Schlosser, die Kirche in ihren Liedern, I, p. 142; mon opuscule, die Marienverehrung in den zehn ersten

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Jahrhdtn. der K., Munster, 1870. Solennité du samedi : Petr. Dam., Opusc. XXXIII, c. m. Cf. Opusc. X, de Horis canonicis (Migne, t. CXLV. p. "221 et seq.). Ici, les heures de notre Bréviaire sont exactement énumérées, et il est traité, c. x, p. '230, de Hori^ B. Virp. On en voit déjà des traces dans la <( Vita S. Udalrici » (mort en 973). Salutation angélique : Aîabillon, Ann. 0. S. B., 1, XLIl, n. 71; 1. LVllI, n. 68-70, ad an. 1044; Petr. Dam., Opusc. XXXÎII. Rosaire : Du Fresne. Glossar, med. et inf. latinit.. v. Capellina ; Binterim, Denkw., VI, i. p. 89-136; die Rosenkranzandacht. Tiib., 1842. Pa\il, moine d'Egypte, comptait ses prières avec de petites pierres (Pallad., Hist. Laus., c. xxiii), et Sodiva, comtesse d'Angleterre (1040), avec un cordon.

Culte des reliques.

86. Les reliques étaient avidement recherchées, soit pour le culte public, soit pour la dévotion particulière ; on s'en procurait au prix des plus grands sacrifices. Henri I" obtint de Rodolphe de Bourgogne, par des prières, des menaces, et enfin par la cession d'une partie de la Souabe, la lance du Sauveur, arlistement travaillée, et un clou de la vraie croix. Cependant, t'Ouime il y avait des imposteurs qui vendaient de fausses reliques, des linges et jusqu'à des larmes du Christ, on recourut à l'épreuve du feu pour acquérir la certitude de leur authenticité. Les décrets de l'Église ordonnèrent des enquêtes et interdirent la vente de ces objets pieux. On faisait volontiers des pèlerinages auprès de quelques reliques célèbres, et l'on prêtait serment sur elles. Les hommes même les plus impies redoutaient un pareil serment, et se défaisaient des reliques qu'ils pouvaient avoir. Dans les calamités publiques, on les portait solennellement en procession , on les faisait toucher aux malades et aux énergumènes , on les exposait les jours de fête à la vénération pubUque. et l'on faisait des prières en leur présence.

Henri I^' et autres : Sigeb. Gembl., Chr., ad an. 929. — S. Lacryma Lhristi, à Vendôme : Thiers, Diss. sur la sainte Larme de Vendôme, Par., 1699 : Mabillon. Œuvres posthumes, II, 361 et seq. — Sanguis Christi, .'i Reichenau : Herrn. Contract., an. !)23; xMabillon, Ann. 0. S. B., III, 699; Pertz, VI, 146 et seq.; Mone, Uuellensamml. der bad. Landesgesch., I, p. 67-77. Le Sang précieux à Bruges et au couvent de m. — msT. DE l'église. 21

Weingarten, etc.; les reliques à l'épreuve du feu : Mabillon,de Probat, reliquiarum per ignciu, d'après 1. Il de Cuitu SS. ignotoriim, et Analect., éd. 2, p. 508 et seq. Contre l'abus des reliques, par un moine de Saint- Maximin, près de Trêves (Pertz, Script., VIII, 117), et un moine d'Auxerre (Fr. X. Kraus, Beitr. z. Trier'schen Arch. u. Gesch., I, p. 56). Serment sur les reliques : Capil. VI, xxiv (Mansi, XV, 642).

Le purgatoire.

87. La croyance au purgatoire était attestée par des signes irrécusables. En 829, un concile de Paris combattit cette opinion extravagante que ceux qui étaient baptisés, quel que fût d'ailleurs leur genre de vie, ne pouvaient aller en enfer, mais seulement en purgatoire. Le roi Louis le (îermanique (874) écrivit à plusieurs évêques afin de solliciter des prières pour son père, l'empereur Louis I", qui lui avait révélé dans une apparition qu'il en avait besoin pour être délivré. Déjà précédemment des souverains chrétiens, tels que Maurice, avaient fait de pareilles demandes, préférant expier leurs péchés en ce monde plutôt que dans l'autre. On sait ce que raconte Grégoire le Grand du moine Juste, qui annonça sa délivrance des flammes du purgatoire trente jours après sa mort. 11 y avait aussi, suivant ce qui existait déjà autrefois en Angleterre, des confréries de la mort parmi les clercs séculiers et réguliers. Chaque membre s'obligeait à réciter certaines prières et à acquitter un nombre de messes déterminé après la mort d'un associé. On y acceptait aussi dos laïques, surtout des bienfaiteurs princiers. Les personnes qui en faisaient partie recevaient des listes mortuaires. Cependant, quebjue affection que l'on portât à ses frères et amis défunts, il n'y avait point encore de fête proprement consacrée à leur mémoire. Sauit Odilon de Clnny, en 998, établit le premier la Commémoraison des morîs (2 novembre), qui se rattacha à la Toussaint. Et c'est ainsi que le lien étroit qui unit l'Église mihtante à l'Eglise triomphante et à l'Église soulfrante, eut non seulement une représentation extérieure, mais fut imprimé en traits vivants dans la conscience des fidèles.

Conc. Par., 820, 1. II, c. x; Héfclé, IV, p. 62; Annal. Fuld., an. 874; Flodoard., llisl. Rhcm., IIF, xvui, xx; Dümmler, OstfriEnk. Gesch., 1,

p. 810 et suiv.; Maurice, Theophyl. Simocatt., VIIT, xi, p. 336; Theoph., p. 439; Cedr., I, 703 et seq.; Greg. Magn., Dial., IV, lv. Aumônes pour les défunts : Pelr. Dam., Opusc. IX, c. vu (Migne, t. CXLV, p. 220 et seq.). Jour des Morts : Mabillon, Acta Sanct. 0. S. D., saec. VI, p. I, p. 584; Petr. Dam., Vita S. Odil., c. x (Acta Sanct., jan. I, p. 74 et seq.); Sigeb. Gembl., an. 098. Messes pour les défunts : Beda Ven., etc. (III, § 195); Flodoard., I, xvm; Jalfé, Mon. Mogunt., p. 167, 237. 305; Neugart, Cod. diplom. Alem., I, 549. Rouleaux des morts : Delisle, Rouleaux des morts recueillis et publiés par la Société de l'bistoire de France, Paris, 1866.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Témoignages protestants sur le purgatoire.

Menzel : « Vous trouverez dans la nouvelle Église une grande lacune : elle ne prie pas pour les morts. » — De Meyer : « Elle ne croit pas au purgatoire, que la sainte Écriture enseigne positivement. » — Collier : « La prière pour les morts, unique assistance que nous puissions leur prêter, était cependant en usage dans les siècles apostoliques. » — « L'usage de prier pour les morts a commencé au temps des apôtres, et a subsisté jusqu'au seizième siècle. » — Forbes : M Au témoignage de saint Chrysostome, cette pratique vient des apôtres '. » — Thorudike : « L'usage de comprendre partout les fidèles morts dans la communion de l'Église chrétienne était si général, que l'on n'a jamais pu en indiquer le commencement, ni désigner une époque ni une partie de l'Église où cette coutume n'ait pas régné -. » — Koppen : « La plupart des hommes ne méritent ni le ciel ni l'enfer. La dogmatique chrétienne est conduite naturellement à adopter un état intermédiaire, où ne régnent ni la félicité du ciel ni les tourments de l'enfer, c'est-à-dire, le purgatoire, où tout- espoir d'une meilleure vie n'est pas évanoui^. » — Lessing : « Qu'y a-t-il donc dans la religion chrétienne qui nous empêche d'admettre cet état mitoyen? comme si la plus grande partie des chrétiens ne l'avaient pas adopté réellement ! Cet état intermédiaire, enseigné et reconnu par l'Église ancienne, nos réformateurs, malgré l'abus scandaleux auquel il avait donné lieu, n'auraient pas dû le rejeter d'une manière absolue*. » — De Meyer : « L'expression de feu du purgatoire {purgatonum) est très convenable pour donner l'idée des peines d'un lieu intermédiaire. » — Forbes : « La prière pour les morts, usitée du temps des apôtres, ne saurait être rejetée comme inutile par les protestants. Ils devraient

^ Rede über den Lœuterungsstand. — * Epilog, im lll Buch der Kirchengesetze. — 3 Philosophie des Chrislenthums. — * Theot. Aufsœtze, Leibnilz, von den ewigen Strafen.

respectei' le jugement de l'Église primitive, et adopter une pratique sanctionnée parla croyance continue de tant de siècles. Nous le disons : la prière pour les morts est une salutaire pratique. » — Collier : « Elle ravive la croyance à l'immortalité de i'âme, enlève le voile noir qui couvre la tombe, et établit des rapports entre ce monde et l'autre. Si elle avait été conservée, nous n'aurions probablement pas eu parmi nous tant de scepticisme et d'incrédulité... Si nous ne faisons rien pour nos morts, si nous omeltons de prier pour eux et de nous occuper d'eux, comme autrefois, dans la sainte cène, nous rompons tout commerce avec les saints; et alors comment oserions-nous dire que nous restons en communion avec les bienheureux? » {Loc. cit.) — Horst : *( Les fêtes de la Toussaint et le jour des Morts sont dans l'Église catholique des fêtes qui ont pour base une idée véritablement sublime, véritablement religieuse '. » — Fessler : « Pour un cœur qui comprend l'amour filial, ce sont là les deux plus beaux jours de l'année tout entière : le premier jour, des millions d'êtres rendent hommage au mort chéri que Dieu, eu le prenant avec lui, a complètement purifié ; le second jour, toute l'Église vient implorer Dieu pour solliciter la délivi'ance du trépassé, s'il est décédé avec de légères souillures. » {Loc. cit.) — Spindler : « C'est un ancien et respectable usage que d'orner, le deuxième jour de novembre, de couronnes et de cierges les tombeaux des cimetières catholiques : fêtes touchantes que les vivants donnent à leurs parents et amis décédés. Toute la population d'une ville se rend au cimetière, et, portant ses regards vers le monde invisible, elle contemple avec attendrissement les tombes ornées, fait ses prières, tandis que le prêtre puise dans la sainte fontaine l'onde sacrée, asperge les tombeaux et bénit les morts. La mort ornée de fleurs vous instruit sans vous effrayer; les lampes et les cierges sont l'emblème de la lumière éternelle : on dirait que cette fête est comme la transition des joies de l'automne et de l'été aux jours tranquilles de l'hiver ^. »

Mœurs du clergé et du peuple. — Vices du clergé et du peuple.

88. La négligence, l'esprit mondain, le luxe de plusieurs évêques, amenèrent bientôt dans le clergé, à côté d'une ignorance grossière, qui souvent engendra des hérésies, comme ranthropomorphisme à Vicence (dixième siècle), un grand nombre de vices : l'incontinence, l'ivrognerie, l'avarice. La violation de la loi du célibat était surtout fréquente. On l'appelait « hérésie nicolaïle », comme on appelait la simonie « hérésie

' jlysteriosophie. - - - /.eilspieijsl.

LA VIE I>E LÏ:GLISE en occident. 3f>a

simonienne ». Les évêques qui n'en étaient pas infectés, avaient une position singulièrement difficile. Plusieurs la combattaient avec énergie : au dixième siècle, en Italie, Rathier de Vérone, souvent violent et excessif, et Atton de Verceil(mort vers 950); en Angleterre, l'archevêque Dunstan. Au onzième siècle, elle fut surtout flétrie par Pierre Damien dans des discours, des ouvrages et des lettres, ainsi que par les papes les plus éminents.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Les péchés d'incontinence et de simonie continuant à régner impunément dans le clergé de Milan et de sa province, le pape y envoya le cardinal Pierre Damien et Anselme de Lucques, eu qualité de légats, pour y mettre ordre, ils y furent reçus avec tout l'honneur dû à des ministres du Saint-Siège; mais ils n'eurent pas plutôt intimé leur commission, que le clergé, presque entièrement corrompu, excita une sédition contre eux, eu faisant entendre au peuple que ce serait une indignité intolérable sil'Kglisede Milan, qui avait eu saint Ambroise pourévêque et qui s'était toujours maintenue en libeiié, recevait la loi de celle de Rome. Le cardinal légat pénétra au péril de sa vie dans l'église où le peuple était assenu)lé, et, montant au jubé, il parla en ces termes :

« Sachez, mes chers frères, que. je ne suis point venu ici pour procurer de l'honneur à l'Église romaine, mais pour travailler, si vous le permettez, à votre gloire et à votre salut, en vous portant à vous réconcilier avec le Sauveur du monde par le secours de sa grâce. Car quel honneur un homme chélif comme moi, pourrait-il procurer à une Église dont Jesus-Christ même a fait l'éloge? Et y a-t-il une seule province sur la terre qui ne soit soumise à sa puissance? Elle s'étend même sur le ciel, qu'elle peut ouvrir ou fermer. Ce ne sont que des hommes, rois, empereurs vu autres, qui ont réglé les honneurs et les prérogatives de toutes les Églises patriarcales, métropolitaines, épiscopales et autres, de quelque rang qu'elles soient, et qui ont établi les limites de leur juridiction; mais c'est Jésus-Christ seul qui a fondé l'Église romaine, en l'étabhssant sur saint Pierre et en donnant à ce dépositaire des clefs de l'éternité l'empire spirituel de la terre et des cieux. Ce n'est donc point du monde, mais du Vei'be, par lequel a été créé le monde, que l'Église romaine tient son établissement, son autorité, ses privilèges. Ainsi, il n'y a point de doute que quiconque pi'ive une Église particulière de ses droits, commet une injustice; mais celui qui attente aux privilèges que l'Lglisc romaine a reçus du chef de toutes les autres, tombe certainement dans l'hérésie : car c'est violer la foi et se rendre rebelle à celui qui a établi cette Église sur toutes les autres K»

' Noveril charitas vestra, dilectissimi, non me pro Romause EccleslEe

Ce discours, suivi de la preuve que l'Église de Milan avait été fondée par des missionnaires envoyés de Rome, apaisa le peuple. L'archevêque et son clergé prononcèrent anathème contre les simoniaques et les nicolaïtes, et firent serment entre les mains du légat qu'ils travailleraient pendant toute leur vie à extirper ces deux vices, que l'on regardait comme de véritables hérésies.

Tout ce qu'il y avait alors de cœurs généreux comprenait l'idéal du sacerdoce chrétien, et savait le réaliser dans la pratique. Quand les élections des papes étaient libres et produisaient de dignes successeurs de saint Pierre, la vie sacerdotale trouvait partout de vrais représentants, il ne manqua jamais complètement d'hommes éclairés pour censurer les scandales du sanctuaire et rappeler les obligations de l'état ecclésiastique. Le peuple, en somme, était comme le clergé : où le clergé était vertueux, le peuple l'était aussi, et, quoique toujours enclin à la superstition, il avait des vices moins grossiers; il était, au contraire, profondément dégradé dès que le clergé ne répondait plus aux devoirs de sa position. Souvent aussi, les désastres extérieurs, les tremblements de terre, la peste, la famine, l'attente de la fin du monde (990-1003), comme aussi la mulli-

huc honore veniss«, sed vestram gloriam quserere, vel salutem et graliam quae in Christo est, cum ejus auxilio, si permiltitis, providere. Quo enim pacte honore indiget parvuli hominis, quœ laudes atque prœconia ex ipsius ore sortita est Salvatoris? Quse autem provincia per omnia régna terrarum ab ejus ditione extrauea reperitur, cujus arbitrio Ipsum quoque cœlum ligatur et solvitur? Omnis autem sive palriarchatus cnjuslibet apicem, sive melropoleon primatus, sive episcopatuum calhedras, vel ecclesiarum cujuscuinque ordinis dignitates, sive rex, sive imperator, sive cujusUbel conditionis homo purus instiluil; et prout voluntas, aut facultas erat, spiritualium sibi prairogativarum jura prœfixil. Romanam autem Ecclcsiam solus illc fundavit, et super petram fidei mox nascentis erexit, qui beato vitae aiterufe clavigero terreni simul et cœlestis iniperii jura commisit. Non ergo quaîHbet terrena sententia, sed illud Verbum per quod conslructum est cœlum et terra, per quod denique omnia condita sunt elemenla, Romanam fundavil Ecclesiam. lUius certe privilegio fungitur. Unde non dubium quin quisquis cnjuslibet Ecclesiai jus suum detrahit, injustitiam facit ; qui autem Romaiiaï EcclesiEB Privilegium ab ipso summo Ecclesiarum capile tradilum auferre conalur, hic procul dubio in haeresim labitur, et cum ille notatur injuslus, hic est dicendus haereticus. Fidem quippe violât, qui adversus illam agit, quîs mater est fidei ; et iili contumax invenitur, qui eam cuuclis Ecclesiis praetulisse cognoscitur. (Ex Episl. Pétri Damiani ad Hildebr., apud Baron., sub an. prœfato, num. 47.)

LA VIE DE l'Église en occident. 327

tilde des fondations pieuses, les pèlerinages à Rome, à Tours et en Palestine, produisaient de salutaires effets et réveillaient l'esprit de pénitence. L'Église essaya d'amortir la passion effrénée des duels par ses censures, et principalement par la trêve de Dieu.

Ratherius Veron., serm. i de Quadrag. (Op., éd. Baller., Veron., 1765), contre l'anthropomorphisme pratiqué à Vicence par quelques clercs qui s'appuyaient sur ces textes : Gen., i, 26 et suiv.; v, 1; ix, 6; Job, X, 8. Immoralité des clercs : Conc. Worm., 868, c. is, xi, xii; Mog., 888, c. x; Met., h. a., c. v; Riculfi ep. Suession., Const., 889, c. xiv; Troslej., 909, c. ix; Leo VU, ep. ad episc. Gall. et Germ., Mansi, XVIII, .379; Conc. August., 952, c. iv; Pictav., 1000, Mansi, XIX, 241,266; Leo IX, ap Fiaron., an. 1049, n. 10; Héfelé, p. 682; Aventin., AnnaL Boj .,1V, xxui ; V, xui. Hœresis Nicolaitarum et simoniaca (ce dernier terme se trouve déjà dans Joan. VIll, ep. xcv ad episc. Gall., Mansi, XVII, 83); Berardi, Comm. in jus eccl. un., IV, 123. La lettre « pro conjugio clericorum,ad Nicol. P. » (Udalr. Bab. Cod.,epist. mcxxv; Eccard,Corp.hist. med. œvi, 11, xxiu et seq.), attribuée à saint Ulric, évêque d'Augsbourg, éditée pour la première fois par Matthieu Flacius, à Magdebourg, en 1530, n'a été certainement interpolée qu'au onzième siècle. Berthold de Constance, en 1079, est le premier qui la mentionne. Rather. Veron., de Contemptu canonum, Discordia inter ipsum et clericos, Apologia, Itinerarium, Epist.; d'Achery, Spicil., 1 ; Migne, t. CXXXVl ; Atto Vercell., de Pressuris eccl., Migne, t. CXXXIV. Un évêque inconnu du temps de Grégoire V, dans Mansi, XIX, 179 et seq.; Hœfler, D. P., I, p. 185 et suiv.; Petr. Dam., Opusc. XVII, de Cœlibatu sacerdotum, ad Nicol. II pont. (Migne, t. CXLV, p. 379 et seq.); Opuse. XVIII, contra intempérantes clericos (ibid., p. 387 et seq. : il réfute les objections des ennemis du célibat) ; Opusc. IX, seu lib. Gomorrhian. (ibid., p. 159 : peinture trop vive, ainsi qu'il parut à Léon IX lui-même); Opusc. XXV, de Dignitate sacerdotii (ibid., p. 491 et seq.). Outre de nombreuses lettres contre la superstition populaire, voy. Agobard, lib. contra Tempestarios; Fehr, dans Œsterr. Vierteljahrsschr. f. kalh. Theol., Vienne, 1862, p. 34 et suiv. Attente de la lin du monde : Glab. Radulph., III, iv; IV, vi ; Trithem., Chrou. Hirsaug., an. 960; Gesta episc. Leod., c. 1050, c. xxi (Martènc, Coll., IV, 860); Abbo Flor., Apol. ad Hugon. R. (Gal]and.,XlV, 141).

La paix et la trêve de Dieu.

89. Au dixième siècle, toutes les restrictions apportées à la jurisprudence des duels avaient disparu, et la barbarie était à

son comble. Gui, évèque du Puy, et le concile de Poitiers, en 1000, déclarèrent que les contestations entre propriétaires devaient être vidées non par les parties, mais par sentence on juge. Les évêques d'Aquitaine et de Bourgogne décidèrent qa'ils avertiraient tous leurs diocésains, pour l'amour de Dieu, de maintenir la paix publique, de ne se point faire justice à eux-mêmes, d'empêcher que d'autres le fissent, et de renoncer aux duels. La paix de Dieu fut proclamée en France et en Belgique, aux applaudissements de plusieurs; quiconque la violerait, serait excommunié et exilé. Elle devait être renouvelée tous les cinq ans, Bérold, évêque de Soissons, et Wali'am, évèque de Beauvais, se signalèrent particulièrement dans cette œuvre de civilisation. Mais elle rencontrait aussi de nombreux adversaires. Gerhard, évêque de Cambrai, la combattit sous ce futile prétexte que le maintien de la paix extérieure n'était pas affaire de l'autorité ecclésiastique. Cependant elle fut jurée, même en Flandre, grâce surtout au concours du comte Baudouin.

En 1031, le concile de Limoges décida que si les seigneurs ne s'accordaient pas à faire une bonne paix, iL fallait jeter l'interdit sur tout le pays; plusieurs conciles de I03i parlèreiit dans le même sens. Cette paix fut saluée par le peuple avetî un véritable enthousiasme. Toutes les armes devaient être déposées, les offenses pardonnées. On jeûnerait le vendredi au pain et à l'eau, et le samedi l'on s'abstiendrait de viande et de graisse. Malheureusement, la coutume des duels était si profondément enracinée, que l'on sentit bientôt l'impossibilité du maintenir cette paix.

On remplaça donc la paix perpétuelle par une trêve, une suspension d'armes canonique; et il fut décidé que « du mercredi soir au lundi matin nul ne pourrait porter les armes contre personne », en mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Tel fut le décret porté par l'archevêque d'Arles, les évêques d'Avignon et de Nice, et par Odilon, abbé de Cluny (1041). Guillaume, duc de Normandie, étendit cette trêve (i04'2) à tout l'Avent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, au Carême jusqu'à l'octave de Pâques, et au temps qui s'écoule depuis les Rogations jusqu'à l'octave do la Pentecôte. Plusieurs autres conciles (tels que celui de Narbonne e/i

LA VIE DE l'Église en occident. 329

I05i) adoptèrent cette mesure, et comprirent dans la trêve un grand nombre de fêtes ecclésiastiques. Les abbés Odilon de Cluny et Richard de Verdun travaillèrent activement à propager cette bienfaisante institution. On prit aussi des mesures pour garantir la sécurité des personnes sans défense.

En Espagne, la trêve fut introduite par le concile de Gironne (1068), et confirmée plus tard par celui de Clermont (1095). Quand la bonne volonté faisait défaut, l'interdit venait en aide; et alors la sépulture ecclésiastique ne pouvait plus être donnée qu'aux clercs, aux mendiants et aux petits enfants àgé.s de deux ans. L'oftice divin devait se faire secrètement dans toutes les églises. On accordait cependant le baptême à ceux qui le demandaient. L'Eucharistie n'était donnée qu'aux mourants; aucun mariage n'était bénit : tout devait respirer le deuil et la pénitence. Si l'individu ne se soumettait pas à l'excommunication, le lieu, la communauté à laquelle il appartenait, étaient frappés d'interdit, jusqu'à ce que le coupable vint à résipiscence. En 869, l'interdit lut lance par Hincmar de Laon sur tout son diocèse; mais il fut levé par l'archevêque de Reims. 11 était en grande vogue dans le cours' du dixième et du onzième siècle, et révéla surtout ses effets sous le règne de Robert, roi de France, puis en 1031, sur la noblesse de Limoges.

Petr. Dam., lib. IV, ep. ix; Ctiarta de treuga et pace, an. 900-1000, ap. Mabillon.. de Re diplomat., 1, VI, n. d44; Conc. Pictav., 1000; Mansi, XIX, 241, 266 et seq.; Héfelé, IV, p. 625, 657; Baideric, Gesta epibr. Camerac, III, xxvn; Fulb. Carn., ep. xsi, ad Rob.; Bouquet, X, 454. — Cf. ibid., cxLvn, clxxii, ccxxvii, ccclxxix; Conc. Lemovic, Mansi, XIX, 530 et seq.; Glab. Rad., IV, iv, v; V, i; Bouquet, X, lix; Hugo Flav., Chron. Virdun., ibid., XI, cxlv; Conc, Mansi, XIX, 593 et seq., 598 et seq., 827 et seq.; XX, 904; Semicbon, la Paix et la Trêve de Dieu, Paris, 1857; Kluckbohn, Gescb. des Gottesfriedens, Leipzig, 1857; Fehr, dei- Goltesfriede u. die kathol. K. des M.-.\., .\ugsb., 1861; Giesebrecht, II, p. 365 et suiv.; Héfelé, IV, p. 664 et suiv., 740 et suiv., 816. Sur l'interdit, Kober, dans Archiv, f. kath. K.-R., t. XXI, p. 3 et suiv., 17 et suiv., 291 et suiv.; t. XXII, p. 3 et suiv.

Exercice de la charité.

90. A la suite des changements qui s'étaient produits, notamment depuis le partage des biens ecclésiastiques en prébendes,

le bien de l'Église se trouvait séparé du bien des pauvres, et le clergé n'avait plus que l'obligation générale de donner en aumônes le superflu de son revenu. Plusieurs établissements en faveur des indigents disparurent, et peu de nouveaux les remplacèrent dans ces temps d'incertitude générale. Bernard de Menthon, né eu 923, archidiacre d'Aoste depuis 966, régla l'assistance des pauvres dans ce diocèse et dans les diocèses voisins, fonda les célèbres hospices du grand et du petit Saint- Bernard, et mourut en 1008, à Novare. Il fut véritablement le bienfaiteur de l'humanité souffrante.

En Angleterre, où l'assistance des pauvres par l'Église dura beaucoup plus longtemps qu'en d'autres pays, l'archevêque Lanfranc créa un immense hôpital. Grégoire VI en fit autant à Rome en 1045. Eu France, l'hospice d'Arbois (depuis 1056) était célèbre. Il y avait aussi vers le môme temps plusieurs hôpitaux dans les villes épiscopales d'Allemagne. Les monastères, surtout ceux de Cluny et du Bec, faisaient immensément pour les pauvres : car on leur recommandait surtout d'exercer la bienfaisance. Pauvres eux-mêmes, ils étaient éminemment propres à subvenir à la détresse des gens du peuple. Dans la première moitié du onzième siècle, plusieurs prélats d'Allemagne : Bardon de Mayeuce, Heribert de Cologne, Mégingoz d'Eichstadt, Godehard, etc., se signalèrent par leur bienfaisance. Il y eut même, dans le dixième siècle, un grand nombre d'évêques, comme Brunon de Metz, qui donnèrent toute leur fortune aux pauvres. On se souvenait d'eux également aux jours des funérailles et quand on célébrait des offices pour les défunts.

Ol'VRAGES A CONSULTER ET REMARyUES CRITIQUES SUR LE N» 90.

Ratzinger, p. 1 80 et siiiv. Cet auteur, d'ailleurs plein de mérite, semble aller trop loin quand il attribue au faux Isidore la cause du changement qui eut lieu, et qui amena le remplacement des laïques pauvres par des chanoines, des moines et* des nonnes. Ceux-ci, quand ils n'étaient pas tout à fait déchus, faisaient toujours des distributions aux autres pauvres, et souvent avec plus de largesse que les curés, bien que ces derniers y fussent légalement tenus. Ni le faux Isidore, ni les collections qui l'ont suivi n'ont rayé les canons et les décrétales anciennes concernant les pauvres; ils les ont au contraire maintenus, tels que Deusdedit, III, XXXVII et seq., p. 25o et scq. Emploi des « bona superflua » : Burcard.. 1. .\IX, c. cxvi. — Liitolf, Leben u. Wirken des hl. Bernhard

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. 331

V, Menthone, Liiccrne, 1 850. (Il fut inscrit au catalogue des saints par Innocent XI, en 1G8I , et l'évèque de Novare avait déjà permis de célébrer sa fête en 1123.) Martin-Doisy, Dictionnaire do l'économie chrétienne, II, p. lOiO et seq. (sur l'hôpital d'Arbois, ibid., I, 64). — Sur Lanfranc, Murât., Annal. Ital. med. aevi, III, 593. Sur Grégoire VI, iMorichini, degli Istituti di pubblica carità in Roma, 1, lxsxiv. Sur Cluny, Vita S. Odil., Act. Sanct., jan. I, p. 67, «î8j Hœtler, D. P., I, p. 25; Mœhler, Ges. Sehr., I, p. 57 et suiv. Égards que l'on avait aux pauvres dans les fondations : Lacomblet, Urkundcnbuch des Mederrheins,I, p. 122, 159, 165, 168; Acta Sanct., febr. I, 722,

Persécution des juifs.

91. Plusieurs controverses éclalèreut à propos des juifs, qui, par différentes manœuvres, attiraient à eux les chrétiens et vendaient comme esclaves leurs enfants à l'étranger. Ils acquirent en outre une grande autorité à la cour de Louis le Pieux : ce qui détermina Agtbard, archevêque de Lyon, à écrire un livre « sur l'insolence des juifs ». Ce prélat avait rappelé à ses fidèles les anciens canons, qui défendent de vendre des chrétiens à des juifs, d'acheter près d'eux du vin, de la viande, etc., et de leur fournir des domestiques chrétiennes. Les commissaires envoyés par l'empereur sur la demande des juifs ayant pris leur parti, les juifs eu devinrent si audacieux, qu'ils attaquèrent les chrétiens. Les commissaires, dans l'intérêt des juifs, abolirent les marchés du samedi, et les laissèrent libres de choisir tout autre jour.

Agobard écrivit à l'empereur des lettres pressantes sur ce sujet, de même que sur l'oppression des chrétiens et sur la nécessité de les séparer des insolents meurtriers de Dieu. On renouvela les anciennes lois ecclésiastiques et civiles (surtout les lois justinieunes et les lois carlovingiennes), afin de restreindre la puissance des juifs. On leur reprochait souvent d'avoir appelé les Sarrasins dans la Gaule et offensé les chrétiens en insultant le Christ. En Espagne (1068), il fut statué qu'ils payeraient la dîme des biens qu'ils avaient rachetés des fidèles. Sous les souverains mahométans, ils furent traités, là comme ailleurs,, avec beaucoup de douceur, et même employés aux affaires de l'État. Dos médecins juifs étaient souvent appelés à la cour des mahoiuélaus, comme à celle des chrétiens. Plusieurs ouvrages de

polémique furent encore rédia-és contre eux, notamment par Pierre Damien.

Poppo Diac, Chron. Tricass., an. 8:)9; Pertz, I, 433; Gfrœrer, Ostfrsenk. Gesch., I, p. 113 el siiiv.; K.-G., III, ii, p. 73;}; Agobard., Lib. de insolentia Judseor.; Galland., XIII, 417 et seq.; Migne, l. CIV, p. 69 et seq.; Mansi, XIV, 607 et seq.; XV, 630, 727 (Capit. VI, 119, 122; VII. 286); Conc. Met., 888, c. vu; Coyac, 1050, c. vi; Gerund., 1068, c. xiv. Plaintes contre les juifs : Vita S. Tlieodardi Narbon., Mansi, XVII, 365; Petr. Dam., Opusc. II, cuntra Jud., Opusc. III, üialog. inter judœum et christ. (Migne, t. CXLV, p. 41-68); Deppiiig, les Juifs dans le moyeu Age, Paris, 1834; Jost, Gesch. der Israehten, IV, Berlin, 1825 et suiv.; Wiener, Regesten z. Gesch. der Juden in Deutschi, wœhrend des M. -A.. Hanovre, 1862, 2 vol.

Les ordres religieux. — Décadence des monastères.

92. Au temps de Charleraagne et de son fils Louis, les monastères avaietit pris un très grand développement; mais sur la fin du neuvième siècle et dans le dixième, ils faillirent succomber à la barbarie. Les règlements du concile de Rome tenu sous Eugène II (826), ordonnant que les abbés seraient prêtres et interdisant le vagabondage des moines, ne furent plus observés partout. Au début du neuvième siècle, les moines furent chargés çà et là de la direction des paroisses; ils étaient f<irt rechercbés comme confesseurs. Cependant la plupart des prêtres religieux ne pouvaient entendre que les confessions de leurs confrères, rarement celles des gens du monde. Plusieurs monastères furent emportés par le flot des barbares, ou succombèrent aux usurpations des seigneurs. D'autres péchaient par le manque d'ordre et de discipline. Leurs habitants, privés de moyens de subsistance, furent contraints de les déserter, et de chercher quelque emploi dans le monde. La fréquente violation des vœux donnait lieu à de graves désordres. Toutes les plaintes des évéques et des conciles demeurèrent sans effet tant que la réforme ne vint pas des couvents mêmes. Kn France, où le mal avait fait le plus de progrès, la réforme fut effectivement entreprise par les monastères, et c'est de là que la régénération de la vie religieuse allait se répandre dans toute l'Église.

LA VIE DE l'Église en occident. 333

Mabillon, Ann. 0. S. R., I. XXXV-LXIl; Conc. Rom., 826, c. xxvii, xxviu; Paris, 829, I, c. xlvi. Plus tard, Yves de Chartres (ep. LXix, ccxiii) Lipprouva expressément que les pai'oisses fussent dirigées par des chanoines vivant en commun, « quia nemo rectius custos prœponitur vita; aliense, quam qui prius custos est factus vitae susp », et il voulait que tous les ecclésiastiques suivissent le régime de la vie régulière. Conc. Ticin., 855; Troslej , 909, c. m (Mansi, XV, 16; XVin, 270); Concile de Bourges, 1031, c. xxiv; de Tours, 1060, c. x.

Les religieux de Cluny.

93. Le comte Berrion, uriginaire de Bourgogne et l'un des plus zélés parmi les moines, s'efforça de faire revivre la règle de Saint-Benoît. Vers la fin du neuvième siècle, il fonda de ses propres biens le couvent de Gigny, au diocèse de Lyon, réforma celui de Baume en Bourgogne, et prit en 910 la direction de celui de Cluny, établi dans le diocè.se de Màcon par le pieux duc Guillaume d'Aquitaine, qui l'avait placé sous la juridiction immédiate du pape, suivant ce que saint Boniface avait fait pour Fulde, et Bernon lui-même (895) pour Gigny. L'exemption de l'autorité épiscopale, qui avait alors presque toujours de fâcheux résultats, profita au couvent de Cluny. Il se signala tellement par son excellent esprit, que sept autres monastères furent confiés à Bernon, son abbé. Sa gloire toutefois fut éclipsée par celle de saint Odon, d'abord homme de cour, puis prêtre dans la ville de Tours. Cluny fut le centre d'une foule de couvents placés sous sa dépendance, et dont le nombre croissait chaque année. On y voit entrer des princes et des évêques. Des ducs et des comtes lui soumirent les couvents de leurs domaines, afin qu'il y introduisît la réforme. Cluny fut donc la pépinière d'une congrégation dont les branches se déployèrent en tout sens, et produisirent un bien considérable.

La vie exemplaire des religieux procura au monastère des offrandes si multipliées, que saint Odon (mort en 941) laissa à son successeur Aymard ou Aymand deux cent soixante-dix-huit actes des donations qui pendant trente-un ans avaient été déposées sur l'autel de l'église. Saint Mayeul, le quatrième abbé, accompagna Otton I" eu Italie, refusa toutes les dignités ecclé-

siastiques, envoya des colonies de moines dans les couvents qu'il voulait réformer, et congédia les religieux qui refusèrent de se soumettre à une discipline plus austère. Son excellent disciple Guillaume réforma les monastères de la Normandie et du nord de la France, et y établit des écoles. Vers 995, il était à la tête de 1,200 moines disséminés dans quarante maisons. La splendeur de l'ordre s'accrut encore sous le cinquième abbé, saint Odilon (mort en 1048) : il eut des succursales jusqu'en Pologne et en Italie, et prit une part très active à tout ce qui fut tenté pour la réforme de l'Église. Ainsi de son successeur Hugues, qui dirigea l'abbaye pendant plus de quarante ans. L'abbé Richard réforma les couvents de Belgique.

Bibliotheca Cluniac, in qua SS. Patr. abbat, vitse, miracula, scripta reo., cura M. Marrier et A. Quercetani, Par., 1614, in-fol.; Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., sa^c. V, p. 66 et seq.; Clarus, Herzog Wilh. von Aquitanien., Munster, 1864. Voy. sur le V, § 162.

Abbayes réformées par Cluny.

94. Diverses abbayes furent réformées par Cluny, sans être pourtant sous sa dépendance; d'autres en grand nombre se placèrent sous son gouvernement, et furent dirigées par des vice-abbés, subordonnés à l'abbé de Cluny. Les petits couvents s'appelaient celles et obédiences, plus tard prieurés. C'étaient des succursales de la maison mère. En 996, Grégoire* V confirma le couvent dans toutes ses possessions, dans son droit électoral, dans son exemption de l'autorité épiscopale et dans le droit qu'avaient ses membres de se faire ordonner par n'importe quel évèque. En lOSri, à Ansa, plusieurs évèques français, s'appuyant sur d'anciens canons, contestèrent la validité de ce dernier privilège ; mais il n'en fut pas moins conservé, puis reconnu expressément en 1063, dans un concile tenu à Màcon par l'évêque de cette ville.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Dans un concile tenu à Chalon-sur-Saône par les ordres d'Alexandre Il et présidé par saint l'ierrc Damien, il s'agissait surtout de vider un différend entre Hugues, abbé de Cluny, et Drogon, évèque de Mâcon, qui en voulait à l'indépendance de ce monastère. La cause

LA VIE DE l'Église en occident. 335

fut terminée en faveur de l'abbé, et l'évèque se vit obligé, en mettant la main sur les saints Évangiles, de jurer que, s'il avait par passion entrepris contre les privilèges de la maison de Cluny, il ne l'avait point fait par mépris, par manque de respect pour le Saint-Siège ou pour la personne du pape Alexandre, mais faute d'avoir eu une vraie connaissance de ces privilèges, dont il venait d'entendre la lecture. S'étant ensuite prosterné à terre et ayant avoué sa faute, il eut pour pénitence de jeûner sept jours au pain et à l'eau '.

La congrégation observait scrupuleusement la règle de Saint-Benoît. Les principaux usages étaient : 1° le travail joint à la prière des psaumes; 2° le silence continuel, ce qui amena l'adoption d'une langue par signes; 3° la confession publique des péchés. Après 1070, les moines Bernard et Ulric rédigèrent par écrit les us et coutumes du couvent de Cluny. Le bon ordre, la ferveur, la piété des couvents réformés, relevèrent l'état monastique dans l'opinion générale, amenèrent la restauration des abbayes tombées, et en firent ériger de nouvelles. Les princes n'osèrent plus confier les monastères reformés à des abbés laïques. De cette congrégation émanent la plupart des efforts tentés en Occident pour la réforme religieuse. Un nouveau souffle de vie se répandit sur toutes les contrées de l'Europe.

Exemptions ; Tbomassin., I, III, c. xxx; Bened. XIV, Syn. diœc, VII, m. Les couvents qui ne dépendaient que de Rome, se nommaient « Allodium S, Pétri » (Goffrid. Vindocin., 1. I, ep. vni, xu; Migne, t. CLVII, p. 39, 47, 53, etc.). Pierre de Blois (ep. Lxvni) donne cette raison des

^ Lectum est Vuillelmi comitis, primi loci fundatoris monimentum, ubi praeter romanum pontificem, nullum jus in eo, nullum dominium cuicumque reliquit Ecclesise. Lecta quoque Sedis Apostolicae multorum pontificum privilégia de luitione, munitione, ac perpétua ejusdem monasterii libertate ..., sancitum est ut episcopus, manu super sanctis Evangeliis superposita juraret, sicque Sedis Apostolicae legato et concilio salisfaceret. (Indiculus Sacramenti.) Audiat, inquit, domnus Petrus, Ostiensis episcopus, et omnis sancta synodus, quia eo die quo Cluniacum comraotus adveni, non in contemptu, sive despectu Sedis ApostolicîB, vel domni Alexandri romani pontificis hoc egi, et privilegiorum tenorem ac seriem, quœ modo in nostris auribus lecta sunt, tune ad liquidum non cognovi. Sic me Deus adjuvet, et bfec sancla Evangelia... Illico Matiscentis episcopus pavimento prostratus, veniam petiit, seseque peccasse confessus, pœnitentiam in pane et aqua jejunaturus accepit. (Conc. Cabilonen., an. 1063,;

336 HISTOIRE DE LÉGUSE.

exemptions : « quies raonasteuurum et episcoporum tyrannis ». Concile d'Ansa, 1025, Mansi, XIX, 423. Concile de Chalon, ibid., p. 1026; Héfelé, IV, p. 648, 792; Mabillon, Ann. 0. S. B., 1. LXII, n. 12; Gfrœrer, K.-G., 111, p. 1487 et suiv.; Antiquiores Consuetudines Cluniac, libri 111; d'Achery, Spic, 1, 641-703; Ordo Clun., an xi« siècle ; Vet. Disc, nionast., edit. Herrgott, Par., 1726, p. 133; Stolberg-Keiz, th. xxxi, p. 386 et suiv.; Henriou-Fehr, 1, p. ö9 et suiv.; Hélyot, t. V; Greeven, die Wirksamkeit der Cluniac. auf kirchl. u. polit. Gebiete im H Jahrb., \Yesel, 1870; Hœfler, \). P., 1, p. 22 et suiv.; Gfrœrer, Gregor. VU, t. l.

Réforme des monastères en Angleterre, en Flandre, en Lorraine et en Allemagne. — Congrégation de Hirschau.

95. En Angleterre, la restauration et la réforme des monastères fut entreprise par saint Duustan (mort en 988), sous le règne paciûtiue du roi Edgard. En Flandre et eu Lorraine, saint Gérard, abbé de Brogne (mort en 959), régénéra dix-huit couvents. En Allemagne, les Otton favorisèrent la vie religieuse. Mais il y avait aussi quantité de monastères où le bon ordre faisait défaut et où les tentatives de réforme échouèrent : par exemple, celui d'Erluin, abbé de Gemblours, au diocèse de Cambrai; celui de Godehard, en 1005; celui de Poppen, abbé de Stavelot, et celui de Saint-Maximin de Trêves. Parmi les couvents célèbres, on remarquait ceux de la nouvelle Corbie (depuis 822), colonie de l'ancienne Corbie; de Bleidenstat, près de Wie.sbade (avant 812); d'Einsiedeln (93-4); de Saint-Biaise, dans la forêt Noire (945); de Saint-Gall, de Quedlimbourg, et l'institut de .Marie de Gandcrsheim. Le couvent de Hirschau, fondé par le comte Erlafrid de Calw en 838 et entièrement ravagé en l'an 4000, fut rétabli à partir de 1059 et repeuplé par Einsiedeln.

L'abbé Guillaume (1071-1091), ancien prieur de Saint- Emmeran de Katisbojme, institua la congrégation de Hirschau sur le modèle de Cluny. Elle eut bientôt sous sa dépendance de très célèbres couvents, tels que ceux de Heichenau, dans la Murgthal ; de Saint-Georges, dans la forêt Noire; de Blaubeuren, Zwiei'alten, Isny, Reinhardsbrunn, Schallhouse, Saint-Pierre d'Erfurt, Pelershausen. I)';intres monastères eurent beaucoup à soulfrir sous Henri Jl. Ce prince entama, il est vrai, des négociations avec saint Odilon; mais il entendait opérer la réforme

LA VIE DE l'Église en occident. 337

par de tout autres voies. Hersfeld, Teprernsee, Fnlde, Reicheuau, Saint-Jean près de Magdebourg, furent privés de leurs biens et de leurs privilèges, et cinq abbayes perdirent leur indépendance au profit (le l'évèché de Bamberg, nouvelleiuent établi. Excès d'indigence comme de richesses nuisait également à la vie des monastères.

Osbern, Vita S. Dunst.; Mabilloii, saic. V 0. S. B., p. 659; Acta SS., maii IV, .344, Vita S. Gerard.; Mabillon, loc. cit., p. 248-276; Acta SS., II oct.. 220 et seq.; Wittekind Corbej., 968, Annal., 1. II, Res gest. Saxon.; Pertz, III, 416-467; Monumcnta Blidenstatens., sœc. IX-XI, édités d'après les manuscrits de J.-Fr. Bœhmer, avec des compléments par C. Will, Innsbr., 1874, in-4"; Vita S. Wilbeimi Hirs. (Herrgott, loc. cit., p. 375); Joun. Tritbem., Annal. Hirs.; Kerker, Wilbelm der Selige, Tüb., 1863. Sur Henri 11, Giesebrecht, 11, p. 83 et suiv.

Les camaldules.

96. En Italie, le célèbre monastère du Mont-Cassin ne fut point ébranlé par tant de secousses, mais il n'eut pas l'influence que Cluny exerçait sur d'autres pays, même sur l'Italie. Un grand nombre d'abbayes embrassèrent la réforme de Cluny. Vers la fin du dixième siècle jusqu'au milieu du onzième, plusieurs houuues remarquables par leur piété, touchés de la corruption générale qui avait envahi le monde, formèrent la résolution de renouveler dans des régions désertes la vie austère des anciens anachorètes de l'Orient. De leur nombre était saint Romuald, issu d'une famille ducale. Il passa la plus grande partie de sa longue cxisteuce dans la solitude des forêts et des campagnes, attirant à lui, partout où il se montrait, des multitudes de disciples, et exerçant par sa vie rigide une prodigieuse influence. Ses sermons sur la pénitence étaient presque irrésistibles : il convertissait les pécheurs les plus endurcis, et ébranlait profondément les grands de la terre. Il allait de pays eu pays et fondait des couvents, qu'il confiait à des chefs capables.

Eu 1018, il établit à Camaldoli, près d'Arezzo, dans la Toscane, sur une montagne abrupte des Apennins, cinq celles et un oratoire, qu'il abandonna à ses compagnons. Ils devaient y vivre en ermites, porter un costume blanc, suivre un régime très austère, s'abstenir de pain et de viande, garder presque

UI. — HIST. DE l'église. 22

toujours le silence, ne se réunir que pour le chant des heures canoniales et pour l'office divin. De là Romuald se rendit à Val de Castro, dans le territoire de Canierino, et y institua une société de cénobites. Le petit groupe de ses disciples, composé en partie de cénobites et en partie d'ermites, forma peu à peu la congrégation des camaldules, ainsi nommée du lieu principal de leur résidence. Le pape Alexandre II l'approuva en 1072. Saint Romuald mourut en 1027, à l'âge de cent vingt ans. L'empereur Olton III le vénérait comuKi son père spirituel, et sa mémoire est demeurée en bénédiction parmi ses disciples,

OUVRAGES A CONSULTER SUR Lr N» 96.

Petr. Dam., Vita S. Romualdi; Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., VIII, 240 etseq.;IIœflcr, D. P., I, p. 200 et suiv.; Rt^qul. Camald., ap. Ilolsten., Cod. reg. nionast., II, 194 et seq.; Tosli, Storii délia Badiadi Moutecas., Napoli, 1842 et seq.

Brunon de Querfvirt.

97. Un des plus remarquables disciples de saint Romuald fat Brunon de Querfurt, né d'une famille noble de Saxe et parent de Henri II. Nommé par le pape Sylvestre. II archevêque au milieu d'une population païenne, il se décida, eu 1004, à prêcher l'Évangile aux Polonais et à d'autres peuples. Mais la guerre qui éclata entre l'Allemagne et la Pologne le contraignit d'attendre. Il prêcha alors pendant deux ans en Hongrie, visita les amis do saint Adalbert do Prague, puis, vers 1007, partit avec plusieurs compagnons dans la direction de l'est. Il arriva à Kiew, où les relations du prince russe Wladimir avec les Grecs ne laissèrent aucun champ à son activité. Son vrai but était la conversion des Petschenègcs, peuple extrêmement farouche, qui habitait alors sur la frontière méridionale des Russes, depuis le Don inférieur jusqu'à l'embouchure du Danube. Wladimir le reçut avec bonté, le retint pendant un mois, et essaya vainement de lui représenter les difficultés immenses d'une pareille entreprise. Brunon continua sa route, accompagné du grand-duc. Trois jours après le retour de ce dernier, sa vie fut plusieurs fois compromise. Cependant il gagna bientôt la faveur de quelques chefs des Petschenèges, négocia la paix entre eux et les Russes, et en convertit un grand nombre. De là il se mit en marche vers la Pologne. L'accueil

LA VIE DE l'Église en occident. 339

favorable qu'il y reçut ayant éveillé les soupçons de Henri II, il s'empressa dans ses lettres de l'assurer de son dévouement. Brunon envoya des missionnaires jusqu'en Suède, et voulut ensuite, à l'exemple de saint Adalbert, pénétrer dans la Prusse. I! partit avec di.\;-huit compagnons, fut saisi par les païens de Prusse et décapité le 1 i février 1009. Drunon, dans un temps uù les missions dépérissaient, donna l'exemple d'une merveilleuse activité, d'une abnégation héroïque dans l'œuvre de la propagation de la foi. L'Allemagne oublia bientôt ce grand Eiarlyr de la Saxe. Peu d'écrivains (ceux qui l'ont fait sont la plupart protestants, tels que Giesebrecht) se sont occupés d'une vie qui fut si féconde en événements, et qui rappelle à bien des égards les travaux de Romuald, l'illustre maître de Brunon.

Thietmar, VI, ü8; Petr. Dam., Vita S. Rom., c. xxvii; Giesebrecht, II, p. 38 et suiv., 3« édit., remarq., p. Ö87, et p. 104-1Ü9; lettre de Erunon à Henri, ibid., p. 667-670, doc. A, I.

Ordre de Vallombreuse.

98. Quelque temps après Romuald, vers 1036, saint Jean Gualbert, natif de Florence, institua l'ordre de Vallombreuse, en Toscane, il était entré dans la carrière militaire, et se disposait, à l'instigation de son père, à venger la mort d'un parent t.ié par un gentilhomme, lorsque celui-ci, se jetant à ses pieds, les bras en croix, le conjura par la passion de Jésus- Christ, dont on célébrait la mémoire en ce même jour, de lui conserver la vie. Jean fut élevé en Toscane, dans le monastère dô San-Miniato, qu'il abandonna pour une retraite plus retir^^e. Après avoir visité saint Romuald, il fonda la congrégation do Vallombreuse, où la règle de Saint-Benoît devait être observée dans sa primitive rigueur. L'habit do ses religieux était couleur de cendre. Dans l'origine, ses disciples vivaient en ermites, comme les camaldules; mais il les réunit plus tard dans un couvent, auquel d'autres maisons se rattachèrent. Jean Gualbert mourut en 1073 (ou en 1093), à l'àgc de soixante-dix-huit ans, près de Passiniano.

Vita S. Joun. Gualberli, Mabillou, loc. cit., sœc. V; Hülsten,, loc. cit.,

II. p. 303, éd. Brockie : « Valus Umbrosae congregai. statuta adliuc nancisci nobis non contigit. » Le site de Vallombreuse, la pureté de la foi et rhospitalité des ermites sont décrits par l'Arioste, dans son Orlando furioso, XXII, 36.

Importance des nouveaux ordres religieux. — Coup d'oeil sur les couvents de l'Orient.

99. S'il y avait encore des couvents rebelles à la réforme, des moines qui se livraient à des occupations mondaines et aimaient mieux consacrer leur temps aux règles de Doriat qu'à celles de Benoît; si quelques-uns même rentraient dans le monde, il n'est pas moins vrai qu'une semence vigoureuse avait été jetée, qui promettait des fruits abondants et allait arrêter les progrès d'un monacbisme indiscipliné. Les nouvelles congrégations administraient tous les couvents soumis à une même règle. Unies entre elles par des liens étroits, elles établissaient une séparation rigoureuse entre los prêtres et les simples frères lais, et exerçaient une influence considérable dans les sphères ecclésiastiques les plus lointaines. Elles préludèrent à une réforme générale de la chrétienté.

L'Orient n'offrait plus rien de semblable, et les meilleurs monastères y étaient profondément déchus. Le noviciat de trois ans y était encore prescrit, mais rarement observé. Il fut défendu aux évêques de fonder de nouveaux monastères avec les biens ecclésiastiques. L'ordre de garder la clôture et autres règlements étaient fréquemment renouvelés. Ici encore, les empereurs essayèrent plus d'une fois d'ciuipêcher l'augmentation des biens des couvents et de les frapper d'in)pôts : ainsi Nicéphore Phocas (963-960) publia une loi d'amortissement, mais elle fut supprimée en 987 par l'empereur Basile Jl.

Hœllcr, loc. cit.; Petr. Dam., Opusc. XIII, c. xi, p. 30(> : « Qui relictis spiritualibus studiis addiscere terrenae artis ineptias concupiscunt, parvipendentes siquidem regulam Benedicti rcgulis gaudent vacare Donau »; Opusc. XVI, c. IV, p. 370 : « Quod sponte suscipitur, sine pcccato non deseritur. » F. Neukirch, das Leben des Petrus Daniiani, I part., Gœlliugue, 1875. — Conc. Cpl., 8C1, c. t-iv,.v, va; Pliot., ep. cxci, p. 289. éd. Mont,; Migne, 1. II, ep. xxx. Mon ouvrage, I, p. 430 et suiv.: Thomassin.. I, 10, c, xxv. n. 12; Niceph. Phoc, Constitut. de

LA VIE DE i;ÉGLISE EN OCCIDENT. 341

nionast.; Leuncl., Jus Gr. Rom., 1. 1,1. Il, p. H3 et seq.; Basil. Il, Nov. de struendis eccles., ibid., p. 117 et seq.; Balsam., in Conc. Cpl., 86J, c. i; Bever., Pandect. canon., I. 333.

La science et les arts en Occident. — Disciples d'Alcuin. — Raban Maur.

100. Les efforts de Charlemagiie et des savants qu'il avait appelés à sa cour pour cultiver les sciences, produisirent encore longtemps après sa mort les meilleurs résultats. De l'école d'Alcuin sortirent : llaymon. né en 778, bénédictin et professeur à Fulde, évêquo d'IIalberstadt depuis 840, mort en 853 : il s'occupa à la fois d'histoire ecclésiastique et de commentaires sur l'Écriture, qu'il sema d'une foule d'observations morales; son ami Magnence Raban Maur, né en 776, à Mayence, professeur et abbé de Fulde, archevêque de Mayence de 847 à 856, justement vénéré comme le fondateur des institutions scolaires et de l'érudition allemande. Déjà en 819, il avait dédié à Heistolf, arfhevêque de Mayence, son ouvrage sur l'instruction des clercs. Il en écrivit un autre en 820 survie comput ecclésiastique, puis lin commentaire en huit livres sur saint Matthieu. Nommé ibbé, il conserva sa chaire de professeur, fit au peuple de nomreuses homélies, composa des commentaires sur les cinq livres de Moïse et sur d'autres livres de l'Ancien Testament, et enrichit la bibliothèque de son couvent. Toujours fidèle aux empereurs il obtint d'eux la confirmation et l'extension des privilèges de son monastère. En 842, après la défaite de Lothaire, il abdiqua la charge d'abbé, vécut quelque temps à Ilalberstadt, et y écrivit sur les degrés de parenté dans lesquels le mariage est défendu et sur les règles de la pénitence.

Rentré à Fulde en 8-44, Raban dédia au pape Grégoire IV son poème sur l'éloge de la sainte Croix, et rédigea son traité de Universo, qui est une sorte d'encyclopédie. Ici, comme partout, il révèle un savoir étendu, avec de généreux efforts pour offrir à ses contemporains la moelle de l'ancienne érudition et suppléer de son mieux au défaut des livres. 11 cultiva aussi la langue allemande, dans laquelle il fit traduire diverses homélies latines. Il initia les prêtres au.x connaissances les plus indispensables, les dirigea dans l'étude de la Bible, et leur enseigna à tirer parti des saints Pères et des auteurs ecclésias-

342 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

tiques. Après sa nomination comme archevêque, il continua de s'intéresser aux questions Ihéologiquos de son temps. Respecté comme le père des pauvres, honoré comme un saint, il mourut le 4 février 856, en sa maison do campagne de Wiukel.

Haymon. Op., éd. Col., 1524, lîiSO; Migne, Pair, lat., t. CXVI et seq.; Derling, de Haymone, Helmst., 1747; Ilist. lit. de la France, V, d 1 1 - 1 26 ; Liverani, Spicil. Liberian., Flor., i 8ü3, p. 207 et seq.; Rahani Mauri Op., éd. Colvener, Colon., iQ-21, in-fol., t. VI, avec Joan. Trilh., Vita Rab.; Migne, t. CVII-CXII. Cf. Tradiliones Fuldens., cd. J. Pistorius, Script, rer. Genn., t. III, Francof., 1607, in-foi.; Corp. tradit. Fuld., éd. Schannat, Lips., 1724; Slruve, Ralisb., 1726. Les poésies de Raban ont été éditées pour la première fois par (>br. Browcr, S. J., en même temps que Vcnance Fortunat, Mayence, 1617, in-4''. Bach, lieber Rabanus M. als Schœpfer des deutschen Schulwesens, Programme, Fulde, 1835; Fr. Kunstmann, Hraban Magnent. Maurus, Mayence, 1841; Gœrringer, lieber des Rhab. Maurus Verdienste uni das deutsche Unterrichtswesen, Deux-Ponts, 18ö2; Spengler, Leben des hl. Rab. Maurus, Regensb., 1836.

Disciples de Raban Maur.-

101. Les plus cn vue parmi les nombreux disciples de Rabau sont : l°Loup Servat, originaire de la Gaule et abbé de Ferrières (mort cn 862), auteur de lettres et de traités théologique;;. 2° Walafricd Strabon d'AIémaïuiie, professeur et abbé de Rcichenau depuis 842 (mort en 8i0) : on lui doit plusieurs poésici latines, des Vies de saints, un ouvrage sur la liturgie et des remarques sur le texte de la Bible, très répandues sous le titre do Glossa ordinaria. 3° Otfricd, moine de Wissembourg (843-870), philosophe et théologien, poète et orateur. Il rendit de granris services à la langue allemande par sa paraphrase poétique de l'Histoire sainte d'après les (piatre évangéiistes : de là son litrs d'Harmonie des Évangiles. Elle obtint un tel succès, qu'elle fut partout adoptée et remplaça bientôt les chansons profanes. Cependant ce n'était pas la première ni l'unique composition ci ce genre. Cet ouvrage, cn haut allemand (appelé « Khrist »), avait été précédé d'une Harmonie des Évangiles plus savante encore, rédigée en vieux saxon pendant lerègnedeLoui.s le Pieux, sous le nom d'Héliand : le Sauveur y est présenté comme le roi du peuple, à qui il distribue les riches présents de

la vie éternelle, le tout sous une forme correspondante aux idées des Allemands. La prièio dite de Wcssobrunn, le poëme Muspilli (feu du jugement), copié peut-être par Louis le Germanique, et le chant d'Hildebrand sont de curieux monuments de l'ancienne littérature allemande, à laquelle Radbcrt de Saint-Gall rendit aussi d'importants services.

Servat, Lup. Op., cd. Baluze, iGfii; Migne, t. CXIX (ses 132 lettres et sa « Vita S. Wigberti » sont les plus importants de ses écrits); Walafr, Strabo, Migne, t. CXIII-C.W; Kœnig, Walafrid Strabo (Freib. Diœcesanarchiv, 1868, III, p. 360 et suiv.); Otfrieds Evangelienbuch (Otfried Krisl), éd. de GrafF, Kœuigsbcrg, 18ö6; de J. Kelle, Regensb., 1836, 2 vol.; Behringer, Krist und Heliand, Berlin, 1870; trad. par Rapp, Stuttg., 1838; Heliand altsa^chs. Ev. -Harmonie, publié par Schmeller, Munich, 1830; de Kœne, Munster, 1855 (original, traduction, remarques et table alphabétique), Irad. par Simrock, Elberfeld, 1830; par M. Heyne, Paderborn, 1866 ; Vilmar, Gesch. der deutschen Nat.-Lit<, 1. 1; Guericke, K.-G., II, p. 77, n. 4.

Savants dans les monastères et hors des monastères, en France et en Allemagne.

102. Raban eut encore pour disciples les moines de Fulde Rudolph et Meginhard; Fremenold ou Ermenold, abbé d'Ellwangeu; Hartmot, abbé de Saint-Gall; Probus, du couvent de Saint- Alban de Maycnce; Liulbert, abbé, et Ruthard, moine d'Hirschau; Werembert, moine de Saint-Gall : tous renommés pour leur érudition. Quant aux écrivains, ils continuaient d'être beaucoup moins nombreux dans les monastères d'Allemagne que dans ceux de France. L'ancienne Corbie pouvait se vanter de son Druthraar, exégète qui s'appliquait surtout à l'interprétation grammaticale et historique de l'Écriture; il enseigna aussi à Stavelot et à Malmédy ; de son Paschasc Radbert (mort en 865), théologien d'un vaste savoir, mais qui a moins fait pour l'explication de la Bible; puis enfin de Ratramne, souvent obscur dans son langage (adversaire de Paschase, son ancien abbé). Ici, comme à Luxeuil en Bourgogne, où le moine Angelome écrivit sur la Gen«;se, les livres des Rois et le Cantique des cantiques, les études d'exégèse étaient florissantes. Un mérite particulier aux monastères d'Allemagne est d'avoir rédigé dans

le neuvième siècle d'instructives annales. Nous devons aussi des travaux historiques à Thegau, chorévêque de Trêves; à Einhard ou Eginhard, surnommé rAstionome. Des ouvrages sur la liturgie furent composés par Amalaire Fortunat, archevêque de Trêves, et Amalaire, diacre de Metz, ensuite prêtre et chorévêque. Le nombre des écoles et des bibliothèques, dont celles de Fidde et d'Halberstatlt sont particulièrement célèbres, augmentait sans cesse, grâce aux encouragements des conciles. La langue grecque était surtout cultivée dans les écoles monastiques de Saint-Gall, de Metz, etc.

Autres disciples de Raban : voy. Kunstmann, p. 99-102. Rodolphe de Fiilde, auteur d'une Vie de Raban, continua les Annales de Fulde, commencées pat Erhard (838-865); d'autres continuations furent faites jusqu'en 901. L'ouvrage de Meginfeld, utilisé par Tritheim, n'a pas été retrouvé. On présume que son livre « de Temporibus gratise » est identique à sa Chronique. Ermenold a composé des Vies de saints; Lecl. ant., Canis., éd. Rasnage, II, ii, p. 163; I, 651; Acta Sanct., 6 sept., diss. prœl.; Pez, Thés, anecd., IV, m, 746; Druthmar et autres, dans Migne, t. CVI; Paschase Radbert, ibid., l. CXX; Ratramne, t. CXXI ; Einhard, t. CIV. Sur l'ouvrage inédit d'.Ainaluire Fortnnai, Marx, Gesch. des Erzstifts Trier, III, p. 387 et suiv.; Bibliothèques : Mabillon, de Stud. mon., II. 152 et seq.; Ziegelbauer, Hist. rei lit. 0. S. B., I, 4S3; Kobler, Stud. über die Klœster des M.-A., Regensb., 1867, p. 208 et suiv.; Kerker, Wilh. d. Sel., p. 167 et suiv.; Héfelé, Beitr., I, p. 292 et suiv. Études grecques, Arx, Gesch. des Cantons St. Gallen., ibid., I, p. 184, 260; Cramer, De graec. med. sévi stud., Sund., 1849, o3. — Kobler, p. 233.

Les savants à la cour de Charles le Chauve, à Lyon et à Vienne.

103. Après la mort de la plupart des savants qui florissaient sous Louis le Pieux, tels que îlalitgar, évêque de Cambrai (mort en 831); Anségise, abbé de Fontcnelle (mort en 833); Agobard, archevê(|ue de Lyon (mort en 840); Jonas, évêque d'Orléans (mort en 844) ; Claude, évêque de Turin (mort en 840); Fréculf, évêque de Lisieux, le mouvement scientifique ne s'arrêta point. Il se continua principalement à la cour de Charles le Chauve, qui portait un vif intérêt aux questions théologiques, et consultait souvent des savants d'autres pays. Il était

assisté par de doctes évêques, tels que Hincmar de Reims, Prudence de Troyes, Énée de Paris. Il avait de plus à sa cour le philosophe Mannon, traducteur du Timée de Platon, et, sans parler d'autres réfugiés de l'empire grec et de l'Angleterre, un autre philosophe, Scot Érigèiie, d'un savoir étendu, versé dans la connaissance du grec, mais voué au panthéisme idéaliste. « Sorte de Janus, qui avait un œil tourné vers l'Occident, et l'autre vers l'Orient grec », Scot exaltait Constantinople au détriment de Rome, et semait ses nombreux écrits d'une foule d'erreurs théologiques, qui heureusement demeurèrent sans effet, du moins pour les temps qui suivirent immédiatement.

La métaphysique de Scot supprimait la distinction de la pensée et de l'être, de Dieu et du monde; son interprétation des saints Pères était néoplatonicienne et arbitraire. Cependant, il aiguillonna les esprits eu familiarisant l'Occident avec la théologie mystique du célèbre Aréopagite, avec la morale et les autres écrits d'Aristote. Sa vie est enveloppée d'une grande obscurité. 11 mourut probablement en 877. L'Eglise de Lyon possédait aussi des hommes capables dans les archevêijues Amolon et Rémi, et dans le maître Florus. Celle de Vienne fut illustrée par l'archevêque Adon (mort en 874), auteur d'un Martyrologe et d'une Chronique universelle. On doit aussi un Martyrologe à Usuard, bénédictin de Saint-Germain des Prés, à Paris, et, avant lui, à Wandelbert de Prüm.

Migne, t. CIV-CVI. Cf. Hundeshagen, de Agobardi Vita et Scriptis, Giss., 1832; Rudelbach, Claudii ined. Op. specimina, Havn., 1824; Hincmar, Migne, t. CXXV, CXXVI. On lui doit aussi la troisième partie des Annales Bertiniani (861-882) et la seconde (833-861) de Prudence (I part., 741-83.5). Jean Scot Érigène, probablement Irlandais, aurait été, selon quelques-uns, appelé en Angleterre par Alfred le Grand en 882, serait devenu abbé de Malmesbury, et aurait été tué par les moines, ce qui est peu vraisemblable. Voy. sur lui Staudenmaier, Job. Scot. Erig., Francf., 1834; Mœller, Joh. Scot. Erig., Mayence, 1844; Chrislieb, Leben u. Lehre des Joh. Scot. Erig., Gotha, 1860; Huber, Joh. Scot. Erig., Munich, 1861; Stœckl, Gesch. der Philos, des M. -A., Mayence, 1864, 1, p. 31-128. Ses œuvres sont : 1° de Divisione natura', condamné par Honorius III, en 1223, edit. Gale,Oxon., 1681; éd. Schlüter, Monast., 1838; la meilleure, éd. Floss, Paris, 1853 (Migne, t. C.XXII);

2° de Prscdestinat. ( ci-dessous, § 198); 3° S. Dionysii Op. latine versa, Colon., 1550; 4° Maximi abb. Comra. in Greg. Naz., éd. Gale. Cf. Œhler, Ma.x. Conf.,de variis difficilibus locis SS. Patr. Dion, et Grog., Hall, 1857, p. 35-37; 5° Concio in Prolog. S. Jean., 6d. Félix Ravaisson, Paris, 1841; René Taillandier, Scot Érigène et la Philosophie scol., Paris, 1843; 6° Fragmenta tria Comm. in Evang. S. Joan., éd. Ravaisson, Paris, 185-9; 7° Fragm. op. de egressu et régressa anirasc ad Dcum, éd. Grcilh, 1838, in Spicil. Vat.; 8° Pocmata gr. et lat.; 9° Expositio super Ilierarchiam cœlest. S. Dion, et super Hierarchiam eccles. ejusdeni; 10» Fragm. IV Comm. in Evang. S. Joan.; 1 1° Expos, in Myst. Theol. S. Dion. : 1-2° Disticha lat. Floss a entièrement réédité les morceaux 9-13. Voy. mon ouvrage, Pholius, I, p. 672 ctsuiv. Amolon et Hemi : voy. ci-dessous, §§ 198 et suiv. Flor. Diac., ap. Migne, t. CXIX; Wandclbert, ibid., t. C.\XI. Adon de Vienne, d'après Mabillon et SoUerius, compila son Martyrologe vers 8b8. Il a été édité par Lipomano de Vérone (1554), par Jacq. Mosander (1581), Heribert Roswcyd (1C13), et mieux par dorn Giorgi (Rome, 1745). Le meilleur Codex est celui de Venlimiglia, écrit avant 1050. Cf. Illustrazione di un anlico Martirologio Ventimigliese dcl P. G. B. Spotorno, Tor., 1864, tiré des Miscel. di storia ital., t. V; Civillà catt., 1865, VI, i, p. 581 et seq. Adon et Usuard, dans Migne, t. CXXIII, CXXIV. Voyez Gams, K.-G. Span., 1, p. 77 et suiv. On attribue aussi des martyrologes à saint Jérôme et à Bède.

Les études savantes en Italie au neuvième siècle.

iOi. La culture des sciences fat favorisée en Italie par l'cmpercur LoUiaire I"" et par les papes Eugène II et Léon IV. Ivréo, Pavie, Turin, Crémone, Vérone, Vicencc, Fermo, Florence et Civita dei Friull possédaient de brillantes écoles. En 82G, il fut statué dans un concile de Rome (can. xxxiv) que des écoles seraient établies dans toutes les églises cathédrales et dans les églises de la campagne; on y enseignerait les arts libéraux et la théologie. Cependant le nombre des auteurs était fort restreint en Halle. A Ravenno, André Agnellus écrivit une histoire des archevêques de'ccHe ville dans un esprit hostile au Saint-Siège. A Rome, le bibliothécaire Anastase traduisit, sous Nicolas l" et ses deux successeurs immédiats, les Actes de conciles grecs, des Vies de saints, des Chroniques et des ouvrages de saints Pères. Il est également l'auteur d'une biographie do Nicolas 1" et do plusieurs autres travaux estimables. Le pape Jean Vill encouragea des hommes do talent à se vouer à l'éludo

LA VIE DE l'Église en occident. 347

clos lettres. Dans un temps où l'on marchait de plus en plus vers la barbarie, il essaya, sans beaucoup de succès, il est vrai, d'activer le mouvement intellectuel, si nécessaire en face des Grecs infatués de leur savoir. Le diacre Jean Ilymonides, supérieur par la diction à Anastase, dont les ouvrages sont d'une lecture fatigante et non exempts do barbarismes, écrivit sur les différents rites du baptême, un commentaire sur V [leptateuque et une Vie de GrcQoire le Grand, dont le premier livre fut approuvé par le pape, qui l'avait engagé à ce travail. Il prépara aussi une grande Histoire de VÉf/lise, en vue de laquelle Anastase avait traduit les Chronit/ues de Théophane, Nicéphore et Syncelles; mais il mourut avant d'avoir exéculé ce plan.

Gauderic, évêque de Vclletri, raconta la translation des reliques de saint Clément à Rome, et aida aux efforts de Jean VIII, qui admirait les goûts scientifiques de Charles le Chauve et ressentit douloureusement sa perte. Anastase luimême avait eu d'intimes relations avec ce prince, au sujet des écrits de l'Aréopagite, apportés de Constantinople en France sous Louis le Pieux. La traduction de ces écrits, entreprise par l'abbé llilduin, fut continuée par Scot. Mais en 8GG, Nicolas l", suspectant l'orthodoxie du traducteur, demanda que le travail fût soumis au Saint-Siège. Anastase (87.^) ne blâma que l'obscurité de la traduction par trop servile; il envoya à Charles la version des Actes de Denis, et, dans une lettre d'envoi (870), se prononça cofitre l'opinion, déjà répandue à cetta époque, que le premier évèque de Paris n'était pas l'Aréopagite, ce qui mit souvent en rumeur les moines de Saint-Denis. Anastase recueillit aussi, sur la demande du pape, les documents relatifs à l'affaire du pape llonorius.

Quand ces hommes disparurent, la culture savante languit pour longtemps; elle ne se révéla plus que par une rhétorique ampoulée et les frivoles amusements de la versification : témoin, dans la basse Italie, Eugène Vulgaire, versé dans le grec et enrichi de nombreuses lectures. Au dixième siècle, en Italie, \x littérature était plutôt païenne que chrétienne. W'ilgard, qui enseignai^ à Ravenne en 950, préférait les poètes aux docteuis de l'Église et à la Bible : il fut condamné comme hérétique. 11 y avait dès cette époque, à Salerne, une école de médecine, et à Pavie une école de droit, l'une et l'autre annexées à des écoles de

348 HISTOIRE DE l'ÉGLIKE.

rhétorique. Parmi les auteurs de ce temps, Luitprand de Pavie, évèque de Crémone, était un esprit tout mondain, lascif même, et extrêmement passionné, avec cela diplomate habile et passablement au courant des classiques. Rathier, évêque de Vérone depuis 931, puis expulsé (mort en 974 à Lobes), est exagéré outre mesure; tandis que Atton de Verceil (mort après 960) essaye avec un peu plus de succès de relever la discipline ecclésiastique.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N* i04.

Giesebrecht, I, p. 357 et suiv., et de Litterar. Stud. ap. Italos primis med. aevi saculis, Berol., dSiö; Düinmlcr, Auxilius und Vulgär., p. 39 et suiv.; Agnell., Lib. pontif., s. Vitae pontif., Ravenn.; Muratori, Rer. Ital. Script., II; Anastas. Bibl. Op., éd. Bianchini, Rom., 1718; éd. Vignol, ibid., 1724, 3 vol.; Migne, t. CXXVII-CXXIX; mon ouvrage, Pbotius, II, p. 228 et suiv,, surtout p. 237 et suiv. Sur le Liber pontificalis, voy. Duchesne, Étude sur le Liber pontilicalis (Biblioth. des écoles franc. d'Athènes et de Rome, fasc. I, Paris, 1877). Sur Jean VIII, ibid., p. 303-307. — Joan. Hynionides (c'est ainsi que l'appelle Gauderich, ep. ad Joan. P., ap. Mabill., Mus. ital., I, n, p. 79) écrivit de Variis Ritibus ad bapt. pertinentibus (Mahillon, Iter Ital., p. 69) ; Vita Greg. Magn. (Migne, t. LXXV, p. 61). Cf. Remold. Chron. (Pertz, V, 421); Anastas., ep. ad Joan. diac. Jean VIII disait de Charles le Chauve (Mansi, XVII, app., p. 172) : « Sacerdotes Domini ad utramque philosophiani informans, viros peritos amplcctens. » Sur saint Denis en Occident, Pagi, an. 827, n. 14; an. 875, n. 18; Nicol. I, Fragm., Mansi, XV, 401; Jalfé, p. 250, n. 2141; Anastas., ep. ad Carol. Calv.; Migne, t. CXXIX, p. 739-741; Pitra, II, 287 et seq. Mon ouvrage, Photius, I, p. 674; II, 238; CoUectanea de causa Honorii (Migne, t. CXXII, p. 558 et sec}.); Luitprand, ci-dessus, Jj 31; Gregorovius, Gesch. der St. Rom., 111, p. 273 et suiv. — Rathier, cf. § 88; Engelhard, Ueber Ratherius (kirchengeschichtl. Abhdlgn., n. V); Vogel, Ratherius v. Verona, léna, d854; Atton, dans Migne, t. CXXXIV.

ADDITION DU TRADUCTEUR

A. Vogel avait abordé avec une sorte de culte l'histoire de Rathier, de cet homme compté jusqu'ici parmi les réformateurs; — mais le charme a disparu. L'étude impartiale de l'histoire a dissipé les douces illusions entretenues par des catholiques comme par des protestants. — Cette peinture est loin de mettre Rathier dans une brillante lumière. Heureusement, ce que perd l'individu, le dixième siècle le gagne. Rathier et surtout Luitprand ont singulièrement noirci cette époque, et on les a crus pendant des siècles. Ce n'est pas l'amour de la vérité, mais la

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. 349

passion qui les a inspirés dans leurs écrits et dans leur conduite. Rathier surtout apparaît comme un « esprit bourru, remuant et méprisable ». Il se mit en hostilité avec la plupart des classes de la société. Voici l'épitaphe qu'il s'était composée lui-même :

Verona prsesul, sed Ip.t Ratberins exul

Ante cucullatus, Lobia, postque tous; Nobilis, ur bonus, pro tempore morigeratus.

Qui inscribi proprio hoc petiit tumulo : Conculcate, pedes hominum, sal iafatuatum ;

Lector propitius subveniat precibus.

Cet homme, qui n'avait trouvé de repos nulle part, et parmi les moines de Lobes moins que partout ailleurs, trouva ici, dans la mort, un silence qui de longtemps ne devait être troublé.

« On est douloureusement impressionné, » dit son biogi-aphe, «quand on médite sur la fin de la vie de Rathier. Tandis qu'il s'échauffait dans ses sermons et dans ses luttes contre l'injustice, il développait en luimême et révélait dans ses actes la passion qui le dévorait. Destitué de sa charge (d'évèque), qu'il avait surtout employée à des prédications pleines de reproches et d'objurgations, il ne fit aucun effort pour se purger lui-même des fautes dont il reconnaissait la laideur et qu'il flétrissait si énergiquement. Il lutta au dedans et au dehors, mais il succomba. Après l'avoir vaincu au dehors, les puissances ennemies remportèrent sur lui au dedans la plus brillante victoire. Dieu ne l'avait pas exaucé lorsqu'il lui avait demandé de le préparer à une bonne mort par une longue maladie. Espérons que, dans les derniers et paisibles jours qu'il passa à Alna, oVi il s'était jadis confessé avec tant de componction, et où il reçut la nouvelle de la mort de son ami l'empereur, Dieu lui aura fait grâce, et qu'au milieu des désirs incessants de con version dont il se tourmentait lui-même , la foi en la miséricorde divine, sur laquelle il avait toujours compté, aura été victorieuse : car à la fin de tous les reproches qu'il se faisait à lui-même et aux autres, il s'écriait toujours : « Et pourtant, gardez-vous de désespérer! >• Son cœur, natui'ellement dur, mais assoupli au feu de la souffrance, avait été forgé sur l'enclume d'un siècle de fer. Vivi-e sous les coups d'un marteau, tel est le sort que Dieu lui réservait. Ses coups redoublés, accompagnés d'une pluie d'étincelles, ont produit le caractère, les actions et les écrits de Rathier. » (A. Vogel, I, 't34-'t35 '.)

Les études en Angleterre.

105. En Angleterre, les qnerelles des rois et les invasions des Normands abaissèrent notablement le niveau de la science, jus-

1 Mœhler, Hist. de l'Église.

ou'à ce que le roi Alfred le Grand (mort en 901) vînt, sur ce point encore, relever son pays. Initié lui-même à la culture des sciences, il traduisit dans la langue anglo-saxonne quantité a'excellents ouvrages, tels que le Pastoral de Grégoire le Grand, ïllisloire ecclésiastique de Jîède, des extraits de saint Augustin, Orose, Boèce, et une partie des Psaumes. 11 écrivit aussi des ouvrages originaux. Il fit venir des savants d'autres pays, surtout de France. Corbie lui envoya Jean, prêtre saxon; Reims, lo prévôt Grimbald. Soutenu par Plegmond, archevêque de Cantorbéry, et par Wcrfrith, évê que de Worcliester, il ranima dans in clergé le goùl des hautes éludes, et il le fit avec un tel succès, que l'Angleterre ne retomba plus jamais entièrement dans l'ancienne barbarie. Il voulait que les enfants de tout homme libre, [.arlout où il était possible, sussent lire et écrire; il essaya do créerune littérature populaire dans la languedu pays, et surpassa Ciiarlcmagne lui-même sur une foule de points. Plus tard, Elfrid de Malmesbury, disciple de l'évêque Elhelwold (vers 980), commença une traductioii de la Bible en langue anglo-saxonne, et donna dans cette langue un recueil d'homélies. Déjà auparavant Odon, archevêque de Cantorbéry (9-i0-9o9), avait écrit, sous le roi Edmond, d'excellents règlements pour le roi, les évoques et liS prêtres. En Irlande, l'évêque belli(]ueux de Cashel, qui était en même temps roi de iMunstcr(mort en 908), avait composé lo Psautier de Cashel, ouvrage remarquable sur l'histoire de l'Irlande.

Staudcnmaier, Scotus Erig., 1, p. 115 et suiv., 128 et suiv.; Stolberg, Leben Alfreds d, Gr., Munster, iSlb, p. 271 et siiiv.; W'eitz, Gesch. Alfreds d. Gr., Schallhuuse, i8ö2; uœiliugcr, Lelirb., Il, p. 90 et suiv.

Le couvent de Saint-Gall au dixième siècle.

406. Tandis que les incur<;ions des barbares se multipliaient sur le continent dans la première moitié du dixième siècle, et menaçaient de tout ravager, les trésors de la science ne trouvèrent un sur asile qu'au sein des monastères, placés dans une position exceptionnelle. Il en fut ainsi de Saiijl-(îall, où llenrirent, après Wcrcmbert, Ison, Radbert et l'Iilandais Moengal (850), les moines Tutilon et Notkcr Halbulus (mort en 012), Eccehard 1" (mort en 973). Lq Formulaire de Saint-Gall, dX{r\byié à Salomon,

LA VIE DE l'église EN OCCIDENT. 331

évêque de Constance, était un chef d'œuvre de collection, supérieur aux autres par la pureté de la langue comme par sa belle ordonnance. D'autres savants également renommés furent Eccehart II {mort en 090), précepteur d'Otton II; Ecceliard III; Nolker Physicus, à la fuis liymnographe, compositeur, peintre et médecin. Notker Labéo (mort en 4022) se rendit célèbre dans la plupart des sciences; il cultiva surtout la langue allemande, dans laquelle il traduisit les écrits de Boèce et de Grégoire le Grand, tout en composant d'autres ouvrages importants. Eccehard IV (mort en 1036) l'ut le chroniqueur de son monastère, lieichenau et llirschau produisirent aussi des hommes de marque : le premier, Hermann l'Estropié (Contractus), connu pour ses travaux en diverses branches, auteur d'une Chronique célèbre (jusqu'en 1054) et de chants religieux.

OCVRAGES A COXSLLTER ET REMAUQUES CRITIQUES SCR LE N" i06.

Diimmler, das Formclbucli des Biscliofs Salomo III v. Constanz, Leipzig-, I8.'i7; St. Gallische Denkmœler a. der Carul.-Zeit, Leipzig, 1859; Oslfrœnk. Gesch., II, p. 056; Hélelé, Beilr,, 1, p. -279 et suiv., 312 et suiv.; Arx, loc. cit. Sur Nolker Balbul. et autres, Greith, dans Freib. K.-Lex., VII, p. 6ÖI et suiv.; Trithcm., Chron. Ilirs., p. 3ö; Kerker, Wilh. der Sel., p. tO.'î et suiv. Ou allribue à Hermann Contractus (cf. Trilheni., de Script, eccl., c. cccxxi; Chronique dans Perlz, t. V) l'Aima Redemptoris Mater et le Salve, Regina.

La science en Allemagne sous les Otton. 407. Les ütton firent beaucoup en Allemagne pour ranimer les études savantes. Le frère d'Ütton I", I3runon de Cologne, élevé par Baldéric, évèquc d'Utrecht, fit venir de savants ecclésiastiques irlandais; en sa quaUfé d'archichapelaiu et de chancelier, il rétablit l'école de la cour, se procura des manuscrits d'auteurs classiques, et releva les écoles mona.stiqucs à tel point que, même dans les couvents de nonnes, les études étaient fort avancées. Hroswitha (Hélène de Rossow), religieuse de Gandersheim (morte en 984), composa en latin plusieurs Vies de saints, une histoire en vers, ou plutôt un panégyrique d'Otton I", un récit de la naissance et de l'ascension de Jésus-Christ, et des comédies à la manière de Térence. A la connaissance du latin, que lui avaient enseigné des femmes, clic joignait celle de la langue grecque. Hroswitha est un des plus remarquables phénomènes de l'histoire.

3o2 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Widukind, moine de Corbie, écrivit un ouvrage d'histoire vers 940. Les annales de Reicheuau fnrent continuées dans les Annales akmannes, qui s'étendirent à tout l'empire. Un moine de Saint-Maximin, près de Trêves, conduisit la Chronique de Réginon jusqu'en 907. En général, les annales, négligées pendant quelque temps, redeviennent plus abondantes que jamais. Les écoles se multiplient : et celle de Liège, sous l'évêque Notker (mort en 1007) et son successeur Wazou, fut particulièrement célèbre.

OUVRAGES A CONSULTEU ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N' i07.

Vita Brun. Aep., Colon., par Ruotger; Pertz, III, 234-275. Cf. Giesebrecht, I, p. 322-329; llroswillia, Carmen de gest. Oltonis I imp. — De Primordiis cœnohii (jandersheini., Perlz, IV, 306-355; Comœdiae sacrae VI, Op., éd. Scliurzfleisch, Viteb., 1794, in-4°; éd. Barack, Noriinb., 1858; Comœdias VI éd. J. Bendixen, I.ubeck, 1857. — Epist., ap. Mabill., Annal. 0. S. B., III, 547; Stengel, Laud. Bened., p. 169; Migne, Pair, lat., t. CXXXVII; Ascbbach (Roswitha und Conrad Celtes, Vienne, 1867) a publié ses Œuvres comme appartenant à Conrad Celtes, qui les édita pour la première fois à Nuremberg en 1:)04, tandis que Barock a donné en allemand les Œuvres de Hroswitha (Nürnberg, 1858); A. Kœpke, Zur Lit.-Gesch. des 10 Jahrb., Hrolsuit V. Gandersh., Berlin, 1869; Ruland, dans Bonner theol. Lit.-Bl., 1869, p. 875 et suiv. Cf. Magnien, Origines du théâtre eu Europe, Paris, 1839; Biographie universelle, 1840, art. Roswithe. — AVidukind, Res gest. Saxon., ed. Wailz, in Pertz, M. G., t. III. Voy. Kœpke, Widukind von Corvei, Berlin, 1867, et Maurenbrecher, dans Sybels bist. Zeitschr., 1867, t. XVIII, p. 433 et suiv. École de Liège : Gesta episcop. Lcod., Martène, Coll., IV, 865; .\lberdingk-Tliijim; Vazon, évêque de Liège, Bruxelles, 1862; Ilœller, I). P., Il, p. 381 et suiv. École de la cathédrale de Worms: Hist. pol. Bl., t. LXXIl. p. 542-5S6.

Savants français au dixième et au onzième siècle.

108. En France, Flodoard, chanoine de Reims, voyagea en Italie en 936, et composa une Histoire de l'Eglise de Reims puisée dans les archives, puis une Chronique et une Vie des papes en vers. 11 fat un auteur distingué. L'archevêque de Reims, Hervé, écrivit un Pénitentiel en 920. L'école de cette ville fut surtout (loiissanle sous (Jcrbert, qui s'était formé par de nombreux voyages, avait fréquenté l'école arabe de Cordûue, fondée par Ilakem en 9S0. Il rédigea plus tard des

LA VIE DE l'ÉC.USF. EN OCCIDENT. 333

ouvrages do raathématiquos et de théologie ; il était versé dans les sciences naturelles et dans l'astronomie. Le plus signalé de ses élèves fut Richer de Saint- Rémi. Citons aussi Abbon do Fleury, llucbald de Saint- Amand, Rémi d'Auxerre; puis les religieux réformés de Cluny, dont lun, l'abbé Udilon (mort en 1048), composa des homélies et des biographies. Les religieux do Cluny dirigeaient l'école de Marmoutier, près de Tours. On donnait aussi une instruction solide au couvent de Saint- Rénigne de Dijon. Fulbert se ut remarquer à Chartres, dont il devint évéque (depuis 1007, mort en 1028); il écrivit des discours et des lettres, et eut de nombreux disciples. Les meilleurs établissements de Normandie furent l'abbaye de Fécamp, restaurée en 1001, et plus tard celle du Rec, où Lanfranc, né à l'avie en 1003, plus tard abbé de Caon et enfin archevêque de Cantorbéry (1070-1089), s'occupa avec succès du dogme et de l'exégèse, et se signala surtout comme dialecticien. Il y fut encore surpassé par saint Auselme. Cette école comptait un grand nombre d'Allemands, comme le scolastique Willeram, de Ramberg, qui, en voyant ses compatriotes fréquenter en si grand nombre les écoles, exprimait l'espoir que la science se répandrait aussi dans sa patrie. Plusieurs hommes marquants sortirent de cette école, notamment le pape Alexandre II; (iuitmond (auteur dogmatique, mort archevêque d'Aversa, 1080;, et l'évêquc Yves de Chartres, si versé dans le droit. Les pays étrangers commençaient ;i envoyer des écoliers à l'école do Paris : c'est là qu'étudièrent Adalbéron, évêque de Wurzbourg depuis 1045; Stanislas, évêque de Cracovie; Gebhard de Salzbourg et Altmann de Passau.

Flodoard. Rheni.. Chron., ap. Bouquet, t. V, Op., Migne, t. G.XXXV; Gerberti Op.,il)id., t. CXXXIX (cf. ci-dessus, i; H); Hist. lit. de la France, VI, 077. — Richer, Migne, t. CXXXVIIl; Perlz, M. G., t. \U; Fulberli Carnet. Op., Migne, t. CXLI.

L'Italie au onzième siècle.

100. En Italie aussi les sciences commençaient ù refleurir. On continuait d'être en relation avec les Grecs, et l'on connaissait en parlifi la science des Arabes. Le médecin Constantin l'Africain, entré plus tard au couvent du Mont-Cassin, traduisit m.— msT. DE l'église. 23

3oi HISTOIRE DE l/ÈGLISE.

en 1050 des ouvrages arabes sur la médecine. En Lonilmrdie, les écoles de droit subsistaient toujours, eX les plus célèbres monastères cultivaient en outre les études théologiques. Un des hommes les plus remarquables de ce temps fut Pierre Damien, né à Ravenne, formé au couvent de Fonte-AvcUana, puis abbé, rigide censeur des mœurs dans ses sermons, très versé dans la connaissance des Pères et des canons, auteur très fécond et tout à fait à la hauteur des besoins de son temps. Là se signalèrent le bourguignon llumbert (cardinal-évêque, mort en lOGi), connu pour ses savantes polémiques; les cardinaux Albéric et Deusdedit , Anselme de Lucques (Alexandre II), etc. L'Italie recevait à la fois et fournissait des savants : Guitmond d'Aversa fut instruit en France, et c'est de l'Italie que Lanfranc et saint Anselme arrivèrent en France et en Angleterre.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° lO'J.

i'elr. Dam., Migiic, t. CXLIV, CXLV; A. Vogel, l'elrus Damiani, léna, 1850; Hunibert Card., Mignc, t. CXLIII; Lanfranc, ibid., l. CL.

L'Allemagne après les Otton.

MO. Après les Otton, le mouvement scientifique se ralentit en Allemagne. Henri II visait surtout à des buts pratiques, même lorsqu'il fonda à Hamberg le couvent de Saint- Michel et la bibliothèque de cette \ille. Cependant plusieurs monastères (en dehors de Saint-Gall, Fulde, Heichenau et Ilersfeld) étaient encore en pleine prospérité. L'évêque Meinwerk (1009- 103G) établit une célèbre école à Paderborn. Si les Allemands allaient en fuule visiter les écoles étrangères, plusieurs savants étrangers se rendaient aussi eu Allemagne dans le même dessein. Tel fut Marianus Scotus (mort en 1080), auteur d'une Chronique pleine de notices sur les Irlandais et leurs établissements dans le continent. Il entra au couvent des Irlandais de Cologne en 10r)(;, puis «laus ci^lni de Fulde. Ordonné prêtre à Wurzbourg, il fonda le couvent de Sainl-Fmnieran, à Katislumne. C'est là que vivait le moine Othlon, précurseur de la mystique des ilerniers temps du moyen âge (1062). Le couvent d'IIersfeld fournit un excellent historien dans la personne de Lambert d'Aschairenbourg.

LA VIE riE l'Église en occident. 355

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° ilO.

Otto, de Henrici II Imp. in artes litterasquc meritis, Bonn, 1848 ; Giesel>recht, H, p. 598; Vita Meinw., c. xi; Acta sanct., t. I jun., p. 037; l'ertz, XIII, 104 et seq.; Evelt, Z. Gesch, d. Stud. u. üntcrriclitswesens in der deutschen u. franzœs. Kirche des H. Jahrh. Zwei Programme, Paderborn, 18ö6 et suiv. — Marianus Scotus, Waitz, ap. Pertz, t. VII; Othlo, Lib, vision., de Cursu spirituaii, de Tribus Quœstionibus, Pez, Thés, anecd., t. III; Migne, t. CXLVl; ibid., Lambert.

L'épiscopat d'Allemagne.

m. Parmi les savants d'Allemagne, nous devons ranger encore : dans l'épiscopat, l'historien Thietmar, évoque de Mersebourg (mort en 1019); Burcard de Worms, qui composa son fameux ouvrage de droit canon (1012-1023), probablement à l'instigation de Henri 11, avec l'aide de Gauthier, évoque de Spire, et de l'abbé Brunichon, d'après le livre de Réginon do Prüm (908) et un ancien recueil dédié à Anselme, archevêque de Milan; Bruno de Wurzbourg (1034-1045), auteur de Commeritaires sur plusieurs livrçs de l'Ancien Testament et sur le Pater, sans parler de ses autres ouvrages. On doit des travaux historiques au chanoine Adam de Brème (jusqu'en 1072), et au moine Raoul Glaber (jusqu'en 1045). Wippon écrivit la Vie de Conrad le Salique et une foule de biographies, la plupart d'une grande valeur. Un le voit, une nouvelle activité se réveillait dans toutes les branches de la science ecclésiastique, et allait rendre d'importants services dans la grande lutte qui se préparait pour la correction des mœurs du clergé.

ihielmar Merseb., Chron., éd. Lappenberg; Perlz, t. III; Burcard. Wurm., ed. Col., lui«, löGO; Par., Iöi9; Migne, t. CXL; Giesebrecht, II, p. 80 et suiv.; Bruno Wirceb., Migne, t. CXLIl; Adam. Brem., c. 1008, Gesla Pontif. Hamb., éd. Lappenberg; Pertz, t. VII; Migne, t. CXLVI ; Glab. Uad., Bouquet, Script., t. X; Hist. litt, de la France, t. VII. — Wippon, Pistor., Rer. (i. Script., III, 409 et seq.; Pertz, t. XL 11 faut citer aussi parmi les biographies l'ancienne « Vita Mathildas regina; » (Pertz, X, 575 et seq.), découverte par Kœpke, composée vers 974 sous Otton 11 (Giesebrecht, I, p. 782; une Vie plus récente est de 1010); la « Vita S. Udalrici » (ibid., IV, p. 381 et seq.), par le prêtre Baudouin, peu après 982; la « Vita Joan. abb. Gorz., » par Jean, abbé de Saint-Arnoulphe, à Metz, 978-980 (Pertz, VI, 337 et seq.).

36C) HisToiRi'; DK l'église.

La poésie et la musique.

112. L'art était cultivé par quelques souverains et surtout par les couvents. La poésie faisait l'occupation favorite des moines, qui composèrent des hymnes et des séquences, des chants religieux à l'usage du peuple; mais elle revOtit aussi la forme didactique et historique. C'est à partir du neuvième siècle que le chant et la musique ecclésiastiques commencent à fleurir. L'emploi do l'orgue se généralise de plus en plus. Un moine de llcims, Ilucbald (1)1)0), ainsi que Uéginus, religieux d'Allemagne (920), essayèrent de réduire l'harmonie à des règles précises. A Saint-Gall, l'école de chant continuait de fleurir, et fut illustrée par Notker le Bègue (mort en 012). Gui d'Arezzo, moine du couvent de Pomposa, au territoire de Ferraro, dans la première moitié du onzième siècle, acquit une telle célébrité comme maître et correcteur du chant ecclésiastique, que, sous le règne de Jean XIX, il fut appelé à Rome, à Brème et à Osnabrück. On lui doit l'établissement d'une gamme qui facilita beaucoup l'étude du chant. Pour désigner les six prcuiièrcs notes de la gamme naturelle, il emprunta les six premières syllabes des vers de l'hymne des vêpres de saint Jean-Baptiste, composée par Paul Warnefride {(Jt queant Iaxis, etc.).

OüVUAGJCS A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N* H2.

un altribuc des liymncs ;i Charlemagne (Veui, Creator Spii'iliis, — qui est ceitainemcnt plus ancien); à Théodulphe d'Orléans (Gloria, laus et iiunor tibi sit, UexCliriste Kedemptor); à Raban Maur (Christe, sanoloruni docus angclorum); àOdon do Cluny (Summi Parcnlis Unicc); i\ Heiniaiiii ConlracUis {§ 10(»), à Pierre Oamicn (Ad porennis vila; fonlcm Mens suivit arida); vo} . Sclilosser, die Kirche in ihren Liedern., 2'" éd., Krib., 1803, I, p. 126 et suiv.; des séquences h Nolker le Bègue, puis à Robert, roi de France (Veni, sanctc Spiritus, Et emilte cœliUis, etc.).

Sur l'orgue, voy. Gfrœrcr,. Gregor. VII, t. VII, p. 148; Ermold Nig., c. 830, I. IV, p. 03!» : « Organa ((uin eliam quo; nunijnani Franria crevit, unde Pebisga lument rogna superba nimis, nnnc Aquis aula teilet. » Sur Saint-Gall, Schubiger, 0. S. B., die SaMigcrschulc zu St. Gallen, Einsiedeln, 1858; Dünimler, Oslfraink. Gesch., II, p. 660; Gui d'Arezzo, Baron., au. 1022; Guericke, II, p. GO; Sigcb. Gcmbl., an. 1028 (l'ertz, Scri|»t., VI, Jjit)) ; « (^laruil in Italia iioc tempore Guido Aretiims inulti inler uuisicos nominis, lu hoc etiam pliilosopliis proiferendus, qiiod ignoto« caiilus etiam pueri facilius discunl ]ier cjuy regulani, quam

LA Vie DE I, ÉGLISE EN OCCIDENT. 357

per vücciii iiiaf^'istii aul {tcv iisum alicujus inslrurncnti, dum sex liltcris vel syllajiis modulai im apjiositis ad sex voccs, quas solas regiilariler musica recipit, hisquc vocibus per llcxuras di^'itorum laîvai manus disliiiclis, per integrum diapason se oculis et aurihus ingérant intentœ, et reraissœ clevationes vel depositiones carumdem sex vocum. » Lettres de Gui au frère Michel, Pez, Thés., VI, i, 223; Watterich, I, 710.

L'architecture.

113. L'architecture prit un essor extraordinaire. Les Carloviugiciis travaillèrent à la développer en édifiant des églises et des palais grandioses. Cependant les moines conservèrent la prééminence. Plusieurs églises nouvelles furent construites à partir du neuvième siècle; depuis le dixième, la plupart le lurent en pierre, souvent avec un double chœur, des cryptes et des tours. Elles étaient pourvues d'énormes piliers, auxquels étaient souvent adossés des autels collatéraux, qui sans cela étaient établis dans de petites tribunes accessoires (absidiolœ, conchulœ). Les autels étaient richement décorés. On plaçait volontiers le maître-autel au milieu de la niche du chœur, et l'on préférait le plein cintre. Le- plafond en bois fut remplacé par une voûte. Les fenêtres en spath et en verre furent employées à partir du onzième siècle. Ces églises, appelées romanes, étaient enrichies de peintures d'un symbolisme ingénieux. Elles devinrent très nombreuses dans les contrées du Rhin à partir de 1050.

On comptait parmi les plus belles églises celle de Cluny et celle de Saint-Michel à Ilildesheim; la cathédrale de Bamberg, construite par Henri H; l'église de Goslar, bâtie par Henri III. 11 y faut joindre les cathédrales de Mayence, de Spire, de Worms; l'église de l'abbaye de Laach et plusieurs cathédrales de France. Les villes d'Italie, puissantes alors, tâchaient la plupart de se construire de splendides édifices religieux. A Venise, après l'incendie de 970, on commença la magnifique église de Saint- Marc, bâtie dans le style byzauthi.

OUVRAGES A CONSULTER SLU LE X" li3.

Kraus, Lehrb., II, p. 308 et suiv.; Krcuscr, der chrisll. Kirchenbau, I . p. 205 et suiv.; Laib et Schwarz, Formenlehre des roman, u. goth. Haustyls, 2^ éd., Stuttg., 18Ö8; LiiLkc, Gesch. der Architektur, 2' éd., 1, p.'^307 et suiv.; Schnaase, Gesch. der bildenden Künste, Düsseldorf,

18fi9, 2° éd.; Ungcr, art. « Griecb. Kunst«, dans l'Encyclopédie d'Ersch et Gruber, l"" section, t. LXXXIV, p. 294, 392, 417 et suiv. ÉgUscs d'Italie : Cantù, Wcltgesch., 1. X, c. xxii; édition allemande, par Will, 1804, t. VI (H), p. 508 et suiv.

La sculpture et la peinture.

H4. La sculpture céda le pas à l'architecture, dont elle ne pouvait être que la servante en contribuant à la parer. Lorsque la chaire, séparée du chrour, fut substituée à l'arabon, et que les fonts baptismaux remplacèrent les réservoirs d'eau, à cause de la rareté de l'immersion, on les décora avec toutes les richesses de la sculpture. On l'employait aussi pour les monuments funèbres, les pierres commémoratives, qui se multiplièrent quand on commença d'inhumer les évêques, les nobles, les bienfaiteurs, dans l'église ou à proximité de l'église. Plusieurs ustensiles, chandeliers, bénitiers, dons votifs, croix, encensoirs, furent travaillés avec un art exquis. Les autels portatifs, les réservoirs d'hosties et de reliques étaient revêtus de sculptures sur ivoire, d'ouvrages en émail et en orfèvrerie. Les travaux des Byzantins, qui envoyaient des cadeaux de prix aux souverains d'Occident, servaient souvent de modèles. Dans les pays du Rhin et de la Moselle, les moines surtout les reproduisaient avec succès. Tutilon de Saint-Gall (mort en 915) était à la fois chantre, peintre et orfèvre.

La peinture, qui avait tant souffert à Byzance des iconoclastes, s'était promptement relovée; elle ne périt jamais totalement en Italie. On y exécutait surtout les travaux en mosaïque, qui, après avoir, dans le dixième siècle, traversé une période de barbarie, refleurirent dans le cours du onzième. On y cultivait également la peinture historique. Au neuvième siècle, on représenta dans Téglise de Saint-Clément, à Rome, la translation des relifjues de ce saint par les apôtres des Moravos. Les formes, pendant cette période, étaient encore grossières et na'ivemont enfantines; maïs à partir do 1050 l'art se retrempe et se régénère, il aspire à des formes plus nobles. Les couvents peignaient en miniature et sur les manuscrits. Il nous reste encore do splendides manuscrits grecs du temps de l'empereur l'asile 1" (8()7-S80) et de Nicéphore Botoniate (1078). Leu l)il)liothcquos d'Occident conservent quelques-unes de ces œuvres d'art.

LA VIE DE l'Église en occident. 359

Lübku, Gesch. der Plastik., 2° éd., Leipzig, 1870; Aus'm Werth, das Sieç;e>krcuz dos Constantin Porphyrocçen., T?onn, 1800; cl der Mosaikboden in St. Gereon restaurirt. Festschrift, IJonii, IS73; Kunstdenkineelcr des Hlioiiikindes. Lcipziü: et IJonn, 1868, t. I-IIL Descriptions de manuscrits f;^recs, dans Montl'aucon, Palaiogr. gra-c, p. 2ä0 et seq.; Bibl. Coislin., Par., 1715, in-fol., 13.3 <'t scmj.; ünger, p. 443.

Situation de l'Église dans les États chrétiens. — Décadence de l'Angleterre.

115. Si l'on coiitiimait eiicure de tenir dos conciles en Angleterre dans le cours du neuvième siècle, il n'y régnait pas moins une affreuse confusion. Wulfred, archevêque de Cantorbéry, fut longtemps en contestation avec le roi Cenulf (mort en 821). Les évoques et les monastères étaient souvent dé.sunis, et les incursions du dehors se continuaient. Alfred le Grand (871-901) fut le premier qui releva son peuple et qui l'affranchit ; il détermina plusieurs Danois émigrés à recevoir le baptême, édicta d'excellentes lois, s'occupa des é.coles, et travailla, de concert avec Plegmond, archevêque de Cantorbéry, et Werfrith, évêque do Worcester, à la réformation des mœurs du clergé. Plusieurs Anglais allaient étudier eu France, car la plupart des étabhssements d'Angleterre étaient détruits. On voyait alors un grand nombre d'ecclésiastiques violer sans pudeur la loi du céUbat, qui jusqu'en 8C0 avait été rigoureusement observée. Même après les réformes d'Alfred, la barbarie était encore très puissante. Sous le roi Edmond I" (943 et 91-4), l'archevêque Odon la combattit de nouveau avec énergie; mais il ne réussit pas à rétablir d'une manière durable la discipline si profondément déchue.

AsseriiMenev. Annal, rer. gest. .^Ifredi, Oxon., 1722; Guill.Malmesb., de Gest. reg. et pont. Angl. (Savile, Rer. Angl., Lond., 1596, in-fol.); Alfordi Annal, occl. Brit., Lond., 1663. Les conciles, dans Héfelc, IV, p. 7, 3i-, 04, 171, 101 et suiv. Cf. § 105.

Saint Dunstan.

1 16. Au dixième siècle, saint Dunstan apparaît comme le réformateur de rAugleterre religieuse. Neveu d'Athelm, archevêque de Cantorbéry, il fut élevé à Cdastonbury et devint abbé

360 HISTOIRE 1»E l'église.

de ce monastère. Le sage chancelier Turkctiil, réformateur et abbé de Croyland, le recommanda au roi Edmond, qui lui fit présent de Glastonbury et de ses terres. Il fut aussi en grande faveur auprès du roi Edred, qui voulut plusieurs fois le nommer évêque, et qui le consultait fréquemment. Par contre, il se vit fort détesté par Edwy, prince débauché (depuis 955), qui ne pouvait supporter ce trop rigide censeur, d'autant plus qu'il subissait rinflucricc de deux femmes perdues de mœurs. Dunstaii et ses moines furent expulsés. En 0r>7, Edwy fut obligé de reconnaître son frère Edgar pour roi de Mercie et de Northumbcrland ; et, comme il mourut bientôt après, Edgar régna sur toute l'Angleterre (958-975). Edgar rappela Dunstan, le nomma évêque do Worcester et de Londres, et plus tard archevêque de Cantorbéry. Londres fut donné à Elfstan, et Worcester à Oswald. Dunstan reçut de Rome le pallium. Il fut un pasteur plein de zèle, et décida Edgar, qui avait enlevé d'un couvent la fille d'un gentilhomme, à se soumettre à une pénitence de sept ans.

Dunstan, de concert avec les évoques Oswald (mort en 992) et Éthelwold (mort en 984), combattit la licence du clergé, fonda à Westminster un monastère de moines réformés, releva les autres couvents, et obtint du pape l'autorisation de remplacer par des moines les chanoines qui ne voudraient pas se soumettre à la vie commune. Un grand concile, tenu en 9G9, ne laissa aux clercs engagés dans les ordres d'autre alternative «pie la continence et le célibat, ou la perte de leurs emplois. Une foule do chapitres et de couvents furent réformés, et recouvrèrent leurs biens et leurs privilèges.

Après la mort du roi Edgar (975), qui appuyait l'arche vêij tu; de son autorité, les clercs mariés reparurent, et chassèrent les moines mis à leurs places. Cependant Dnnstan maintint dans ses conciles la rigueur des lois ecclésiasti(]ues. Comme les couvents avaient remplacé les chapitres en plusieurs endroits, et (jne l'évêque était en même temps leur abbé, le droit de nommer l'évêque échut souvent aux moines. Le concours de l'autorité ecclésiastique et du pouvoir civil avait eu d'heureux elFets, et rétabli dans tout le pays un meilleur ordre de choses.

LA VIE DK l'Église en occident. 36!

Combats des Danois et des Anglo-Saxons.

117. La mort de Duustan (088) marque le début de la longue querelle entre les deux races danoise et anglo-saxonne, qui vivaient côte à côte en Angleterre. La première, qui occupait surtout les pays du nord, était appuyée par les tribus Scandinaves, sorties de la même souche. Elle essaya de soumettre l'ile à un roi de sa nation. Le meurtre des Danois établis dans les provinces anglo-saxonnes (1002) amena une affreuse guerre de représailles. Le primat Elphège mourut héroïquement en 1011, captif des Danois. L'archevêque Elfric (1006) avait introduit des bénédictins à la cathédrale de C.antorbéry; mais la dissension continua entre les moines et les chanoines, et de puissants laïques prirent souvent parti pour les derniers. Un grand nombre de couvents disparurent au milieu des ravages exercés par les Danois. En 1012, le roi Éthelrcd publia, dans une assemblée de seigneurs ecclésiastiques et laïques, une série de lois qui ordonnaient de fournir aux églises des subventions déterminées, d'observer la loi du jeune, et d'abolir une multitude d'abus.

Edouard le Confesseur. — Guillaume le Conquérant.

118. Après le règne de trois souverains danois, un descendant de l'ancienne maison royale recouvra le trône : c'était Edouard le Confesseur (10 42-1066), cœur noble et plein de douceur. Comme il avait longtemps vécu en Normandie, l'influence des Normands s'accrut en Angleterre pendant son règne, surtout par l'arrivée do savants ecclésiastiques de ce pays, entre autres, du moine Robert de Jumièges, d'abord évêque de Londres, puis archevêque de Cantorbéry. Mais le parti national ne tarda pas à se soulever contre lui et les autres Normands, et à l'expulser. L'ambitieux Stigand, évêque d'Elmham, ensuite de Winchester, envahit le siège primatial, et reçut le pallium de l'antipape Benoît X (1058). Il se maintint dans sa place, quoique suspendu par le Saint-Siège. L'archevêché d'York était occupé par Aldrcd, qui conserva son précédent évêché de Worcester, et n'y renonça qu'après avoir été déposé par Nicolas II pour cause de simonie.

La simonie, en effet, le concubinage, l'ignorance, avaient

fléjà envahi le clergé ; chez les moines eux-mêmes, la discipline était singulièrement déchue. Comme Edouard était sans enfants, le duc Guillaume de Normandie revendiqua le trône et triompha de l'usurpateur Ilarold, grâce surtout au concours d'Alexandre If, qui lui avait envoyé un drapeau bénit. Stigand, ainsi ((ue plusieurs évéques et abbés, fut déposé dans les conciles de Winchester et de Windsor (1070), présidés par trois légats du pape, ayant à leur tète llermanfrid, évoque de Sitten, et en présence du roi Guillaume. Ce prince se plaisait à mettre au jour les défauts des prélats anglais, afin do pouvoir, quand ils seraient déposés, les remplacer par des ecclésiastiques normands.

L'abbé Lanfranc, cédant à de vives instances, accepta le siège de Cantorbéry. Dans un concile de Londres, il transféra plusieurs sièges épiscopaux dans des villes plus considérables que celles où ils se trouvaient, et consacra archevêque d'York le chanoine Thomas de Bayeux, qui reçut comme lui le pallium d'Alexandre II, puis se brouilla avec lui, parce qu'il ne voulait point lo reconnaître comme son primat. Deux conciles, célébrés sous la présidence du légat Ilumbert (1072), délerminèrent les rapports entre les deux archevêques, presque toujours en faveur du primat. La plupart des nouveaux prélats, hommes savants et capables, détruisirent une foule d'abus. Malheureusement, le roi Guillaume entendait que la hiérarchie anglaise lui fût entièrement soumise; il respectait peu ses droits et ses propriétés, et laissait les barons exercer un pouvoir tyrannique. Lo savant archevêque Lanfranc (1070-1080), profondément affligé de cet état de choses, fit d'inutiles démarches auprès du pape pour qu'il lui fût permis d'abdiquer et de reprendre la vie religieuse. Il fut contraint de garder un poste que le despotisme du conquérant, les vices et l'ignorance de son clergé semblaient lui rendre intolérable.

ouvhages a consulter et remarques critiques sua les n°^ 116-118.

Vita S. .Dunslarii. p,Tr Errfortîi rt Oshorn (Aeta sanct., t. IV maii, p. 3!)4); [lar Osbcrt (Sur. Vitie sancl., III, 30!)); Warthon, Anglia sacra, 11, 211-233; Hard., VI, i, 675; Vita S. Oswaldi, ap. Warthon, loc. cit., p. 101 et seq.; Wolstan., Vita S. Elhelwoldi (Mabiil., Acta sanct. 0. S. !{., s;ec. V); Ingulf, Vita Turc, (ibid., ]>. :i02 ut scq.) ; Wilkins, Conc. M. Brit., Loiid., 1737, t. I; Munsi, XVIII, 475; XIX, l.'i, 23 et seq., 62 et

LA VIE DE l'Église en occident. 363

^eq.; Order. Vitalis, H. E., III, xvn. x\ et seq.; 1. IV, c. i et scq. (p. 28"l !03 et seq., cd. Mi^ne); Lingard, Gcsch. v. Engl., trad. par Salis, I. p. 270 et suiv.; Katerkamp, K.-G., IV, p. 310 et suiv.; Dœllinger, II, p. 90-98; Héfclc, IV, p. COO et suiv., 630 et suiv., 819 et suiv., 823 et suiv. Dans sa lettre à Guillaume le Conquérant, Alexandre II (ep. vm, Mansi, XIX, 049; Jaffé, n. 3ü24, p. 400) avait dit : « Novit prudentia tua Anglorum regnum, ex quo nomen Christi ibi clarificatum est, sub Apost. principis manu et tutela exstitissc » ; et Guillaume reconnaissait lui-même, au moment de la conquête, que le pays était placé sous l'autorité de saint Pierre. Ranke, Engl. Gesch., I, p. 41, 53.

L'Irlande. — Bouleversement de l'Irlande.

HO. L'Église d'Irlande, si florissante encore au septième et au huitième siècle, avait, comme celle d'Angleterre, beaucoup souftert depuis 705 des incursions des Danois et des Normands; un grand nombre de ses meilleurs ctabiissements avaient disparu. Des ecclésiastiques et des moines irlandais cherchèrent un refuge en Angleterre, en France, en Allemagne et en Italie. La passion des voyages, jointe aux mallieurs de leur pays, accrut le nombre des émigrants. D'autres, quoique exemptés par les rois du service militaire, s'afl;ectionnèrent à la vie des camps et aux tournois : dans ce nombre se trouvaient jusqu'à des évêques et à des abbés. Souvent la même personne était investie de la dignité royale et de la dignité épiscopale, par exemple, en 840, l'évèque d'Émely, et en 001 l'évêque de Cashel. La métropole d'Armagh, qui s'étendait sur toute l'Irlande, tomba en 027 entre les mains d'une famille puissante, qui l'occupa pendant deux ceûts ans. Quelques-uns de ses membres, quoique mariés, ne laissaient pas de s'attribuer le titre et les droits d^archevêque, sans avoir reçu les ordres; ils faisaient exercer leurs fonctions spirituelles par d'autres évèques.

Les Danois établis en Irlande embrassèrent peu à peu le christianisme, et, vers 1040, ils reçurent pour premier évèque Donat, dont le siège fut à Dublin. Son successeur, l'Irlandais Patrice, sacré en Angleterre par l'archevêque Lanfranc (1074), lui promit, ainsi qu'à ses successeurs, l'obéissance canonique. C'est ainsi que l'évêché de Dublin devint suffragant de Canturbéry. Les causes qui contribuèrent à faire reconnaître cette métropole, sont : 1° la prédilectiou des Danois pour les xNor-

361 iiiSTOïKii; i>E l'église.

mands, qui dominaient alors en Angleterre et étaient issus do la même souche; 2^* cette opinion erronée que Grégoire le Grand, en donnant l'autorité primatiale à saint Augustin sur les « Bretons », avait compris les Irlandais sous cette dernière expression.

120. Beaucoup de moines irlandais vivaient dispersés dans les monastères du continent ; mais ils avaient aussi en divers endroits, principalement en Allemagne, des maisons distinctes, qu'on y avait fondées soit pour reconnaître les bons offices des missionnaires d'Irlande, soit pour offrir un asile aux Irlandais qui faisaient le voyage de Rome, soit enfin pour y établir des écoles. Adalbéron, évoque de Metz (mort en 1005), après avoir restauré en cette ville l'abbaye de Saint- Syniphorien, lui donna pour abbé l'Irlandais Fingen. Otton III confirma toutes les possessions de cet établissement, à la condition qu'il ne recevrait que des moines irlandais, tant (ju'il pourrait s'en procurer. Le même abbé Fingen pourvut également de moines irlandais la fameuse abbaye de Saint-Vannes, près de Verdun. Dans le diocèse de Toul, du temps de saint Gerhard, des moines irlandais et des moines grecs vivaient ensemble dans un même couvent, et récitaient en commun les heures canoniales dans la langue grecque. A Cologne, depuis «J7o, le couvent de Saint- Martin fut habité par des Irlandais. Une maison analogue fut érigée à Erfurt en 1036. Saint-Jacques de llatisbonne (1007) fut fondé par Marianus Scotus. Fulde possédait aussi plusieurs moines d'Irlande, qu'on appelait « moines écossais ».

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LES N"" i!9 ET 120.

Lunigan, Eccl. History of Ireland, DuMin, 1829, vol. II, III; O'Connor, Script, rcr. Hibern., Huckingham, 181i-1820, 4 vol. in-4»; Dœllinger, II, p. 98 et suiv. Des hôpitaux fondés par les Écossais sont mentionnés : Conc. Par., 846, c. xl. Cf. Acta sanct., fcbr. II, p. 361; Wattenbach, die Congrégation der Schottenklœster in Deutschland (Otto et Quast, Ztschr. f. christ, Archîcol., Leipzig, 1856, 1).

L'Ecosse. — L'Église écossaise.

121. Une portion notable de l'Ecosse appartenait au Northumberland, par conséquent au royaume anglo-saxon et à la métropole d'York. Les Écossais proprement dits, dans i'Argyie et les alentours, ne formaient qu'une très faible partie de la

LA VIK DK l'iÏGMSH EN OCCIDENT. 30?)

population et avaient pou d'honames capables. Leur histoire, ihi reste, est pleine d'obscurités. Le couvent de Saint-Thomas, ilans l'île de Ily, occupé par des moines irlandais, fnt longtemps la pépinière du clergé. Vers 843, les Pietés et les Écossais se réunirent en un seul royaume. Ils n'avaient point alors de siège épiscopal définitif; les évéchés d'Abercorn (fondé en G81) et de Whithern (Candida- Casa, renouvelé en 723) avaient disparu, et il ne subsistait que de petits couvents. Celui de Hy fut plusieurs fois dévasté par les pirates normands au neuvième et au dixième siècle. En 849, le roi Kenneth, vainqueur des Pietés, construisit à Dunkeld une église dédiée à saint Colomban, avec une maison religieuse où résidait un évéque. Cet évéquedo Dunkeld exerçait les droits de primat sur toutes les Églises d'Ecosse. Ces droits, vers la fin du neuvième siècle, passèrent à Tévéque de Saint- Andrews. En Ecosse aussi, les évèques ne résidaient pas dans les villes, mais dans des ronvents, dont ils étaient le plus souvent abbés. La plupart des ecclésiastiques étaient ou des moines ou des chanoines vivant selon la règle des moines. Il y avait de ces maisons à Aberdecn, Brechin, Dumblane, Abernethy, Murtlach et ailleurs.

OCVRAGEä A (.ONSILTER SUR LE N° 121.

Chroniques, dans Innés, Critical Essay, Lond., 1729, 2 vol., et dand Pinkerton, Enquiry into the ancient history of Scotland, Lond., 1780, 2 vol.;Chalmers, Caledonia, Lond., 1807; uœllinger, IL p. IOt-103.

L'Espagne. — Royaumes chrétiens en Espagne.

422. La plus grande partie de l'Espagne gémissait encore sous le joug des Sarrasins. Cependant, dans le nord du pays, les chrétiens, d'abord si dédaignés de leurs orgueilleux vainqueurs, parvinrent, au milieu de luttes incessantes, à former une nation vigoureuse et pleine de foi. Ils fondèrent aussi quelques petits États, qu'ils agrandirent successivement de territoires reconquis sur les Arabes. Les royaumes desAsturies et de la Galice, réunis sous Alphonse I"', puis celui de Léon, formèrent ensemble le royaume de Léon. Vinrent ensuite les royaumes de Catalogne, de Navarre et d'Aragon. A mesure que l'Espagne recouvrait ses anciennes possessions, elle y rétablissait les évêchés et eu créait de nouveaux. Mais, au milieu des combats continuels avec les Arabes et des guerres civiles^

la condition de ces petits royaumes fut sujette à bien des vicissitudes. Quand plusieurs avaient été réunis, de nouveaux partages venaient les aflaiblir, par exemple, sous le règne de Sanche le Grand, roi de Navarre (mort en 1035), et sous le règne do son fils Ferdinand 1", roi (h Castillc et de Léon. Les faits héroïques du Cid Campeador (né vers 1 040, mort en 1 099) , si souvent chantés par les poètes, et la décadence intérieure de l'empire des califes, relevèrent le prestige du nom chrétien. Les conciles se rouvrirent comme autrefois sous les princes visigoths. Sous Ramire d'Aragon, on célébra le concile do Jaca (10GO-J063), pour établir un nouvel évêché et dresser des canons. Il fut décidé à plusieurs reprises que les sièges épiscopaux ne pourraient être occupés que par des moines. Un concile réformateur fut tenu à Compostelle en 1056, probablement à l'instigation du Saint-Siège. Alexandre 11 s'occupa de remplacer la liturgie mozarabe par la Uturgie romaine, mais ce projet ne fut exécuté que sous son successeur.

Les chrétiens dans l'Espagne sarrasine.

123. Dans l'Espagne sarrasine, les chrétiens avaient alors moins àsoulfrir de la persécution, bien qu'ils fussent écrasés de lourds impôts personnels et d'autres charges onéreuses. Les califes entamaient souvent des négociations avec les royaumes chrétiens. En 953, le moine Jean, du couvent de Oorzo, en Lorraine, accompagné d'un frère et du marchand Ermenhard, de Verdun, arriva en Espagne en qualité d'envoyé d'Otton I", qui répondait ainsi à ranil)assade qu'Abdérame III lui avait adressée. Jean fut longtemps avant d'obtenir audience, parce qu'il ne voulait pas rétracter la lettre que lui avait remise Otton, et dans la(juolle ce prince s'exprimait d'une manière très vive au sujet do l'islamisme. Jean ne put se présenter en habit de moine que lorsqu'Otton lui-même eut retiré sa lettre. Le calife conçut pour lui une grande vénération. Les fidèles le conjurèrent instamment de ne pas exciter la colère des souverains : les chrétiens, lui dit un évêque, condamnés à vivre parmi les inlidèlcs en punition de leurs péchés, peuvent y praticiuer leur croyance, mais ils rendent aussi aux puissances civiles l'obéissance civile.

Au dixième siècle, les écoles arabes du pays étaient encore

LA VIE Itli LKGLISE EN OCCIDENT. 367

souvent fréquentées par des chrétiens étrangers. La foi des Espagnols se maintint dans toute sa pureté; et les anciennes hérésies, arianisme, adoptianisrae, priscillianisme, n'avaient pas laissé de traces parmi eux. Les Espagnols, au temps de leurs luttes héroïques, devinrent une nation foncièrement cathoUque.

Lcmbke (Schœfer), Gesch. Span., Il, p. 247 et suiv., 363 et suiv.; uœllingcr, I, p. 342; Héfelé, IV, p. 49 et suiv., 54 et suiv., 748, 783 et suiv.; Vita S. Joan. Gorz., Acta sanct., 27 febr. (ci-dessus, § i\\); Giesebrecht, 1, p. öOo.

La Gaule franque. — Louis le Pieux.

12i. La chute du royaume des Carlovingiens était déjà fort avancée sous le règne de Louis le Pieux. Instruit, mais faible de caractère, ce prince n'avait pas l'énergie suffisante pour retenir ensemble, comme avait fait son père, les éléments hétérogènes dont se composait son royaume. Il publia un grand nombre de lois excellentes, notamment en faveur de l'Eglise; mais elles ne furent f[uc partiellement exécutées, et la paix de l'Église, comme celle du royaume, ne tarda pas à être troublée par une succession d'événements malheureux, principalement par les incursions des Maures et des Normands, par les révoltes de ses proches et même de ses fils. Pillages, dépositions d'évéques, usurpations des seigneurs temporels : voilà le triste tableau que nous offre cette époque.

Suivant un projet élaboré en 828, un jeûne universel de trois jours fut prescrit aux fidèles, avec la confession et la communion ; puis des conciles s'ouvrirent simultanément, eu 829, à Paris, Lyon, Toulouse et Mayence, afin d'aviser aux mesures nécessaires pour réformer la cour, le clergé et le peuple. Louis en fit connaître les plus importantes résolutions dans un concile tenu à Aix-la-Chapelle en 830 ; peu furent exécutées. Les évêques demandèrent qu'il fût permis de tenir des conciles provinciaux et d'établir des écoles publiques; ils se plaignirent de l'intervention des fonctionnaires laïques daus les affaires ecclésiastiques, des occupations mondaines d'une foule d'évéques, de Pimpudicité, de l'usure, des superstitions païennes, de la cupidité des laïques qui convoitaient les biens des églises, «lesquels

3G8 iiiSTomi!; dr l'église.

n'étaient pas trop al)ondants, si l'on en faisait un bon usage. » (Concile de Paris, 829, I, 18.)

Charles le Chauve et ses successeurs, — Anarchie dans l'Église de France.

125. Sous Charles le Chauve, un grand nombre de conciles furent tenus à partir de 840, mais leurs décrets ne furent pas mieux observés. Les seigneurs temporels attirèrent pendant quelque temps le roi dans leur parti ; et, au mois de juin 84G, à l^pernay, ils déclarèrent qu'ils n'acceptaient que quelques-uns des canons établis par les évèques. Ils n'étaient pas d'humeur surtout à restituer les biens qu'ils avaient enlevés à l'Église. A ces maux se joignirent les ravages que les Normands exerçaient dans leurs incursions : ils détruisirent Rouen en 841, parurent devant Paris en 845, assassinèrent, en 853, les moines du célèbre couvent de Marmoutier, livrèrent aux flammes quantité d'églises et do couvents. Charles ne leur opposait qu'une faible résistance, et les seigneurs temporels se bornaient à exploiter la misère générale. Les évèques étaient souvent dans la nécessité de se mettre à la tète de la population armée, pour défendre les villes, les débloquer et repousser les assauts de l'ennemi. Kt malgré tout, ils parvenaient rarement à empêcher la ruine des monastères et do leurs écoles, et moins encore à maintenir l'ordre et la discipline parmi leur clergé.

A Charles le Chauve succéda son fds Louis le Hègne (877-870), et à ce dernier ses deux fils Louis et Carloman, dont l'égalité des droits et la légitimité furent contestées : le premier n'avait pas dix-sept ans, le second en avait treize. Les Allemands liront plusieurs invasions, et le royaume se soutint avec peine. Louis mort (882), Carloman régna seul, et fut suivi de Charles le Gros (884), Le fils du second mariage do Louis (avec Adélaïde), Charles 111, dit le Simple (né en 87'.)), fut couronné à Reims en 893. Eudes (Odon),' comte de l'aris, qui lui faisait opposition, fut traité d'usurpateur. Descendant des Carlovingiens, Charles fit valoir ses prétentions sur l'Allemagne et s'empara de la Lorraine. Son règne, à tout prendre, fut malheureux. Les Carlovingiens français étaient eux-mêmes dégénérés cl sans énergie, comme autrefois les Mérovingiens, [»endant tont lo cours du dixième siècle, la confusion qui régnait dans le

i.A VIF DE i/hglise f,n occiof.nt. 369

pays, livré sans defense aux iNormaiids et à des tyrans subalternes, faiblement défendu par le roi, ne pouvait qu'être funeste à la religion. On ne rencontrait partout que mépris de la discipline, ig-norance dans le clergé et dans le peuple. Le concile de Trosly, en 009, s'en plaignait amèrement. En 919, les évêques Frotier de Poitiers et Fulrad de Paris chargèrent le iiioine Abbon, de Saint-Germain, de rédiger un nouvel homiliaire, atin de fournir aux prêtres ignorants les matériaux nécessaires pour annoncer au peuple les principales vérités du christianisme.

L'£a*chevêché de Reims.

1-2G. Le royaume des derniers Carloviagiens succomba à la prépondérance des grands vassaux, qui usurpèrent peu à peu toutes les prérogatives de la royauté, et il fut réduit à deux doigts de sa perte. L'influence politique des évêques s'était considérablement afl'aiblie; les conciles devenaient chaque jour plus rares, et les évêques assemblés ne pouvaient plus contenir te flot de la barbarie. Seuls, quelques prélats, puissants par la situation i]e leur famille, par leurs relations politiques ou par leur énergie personnelle, pesaient encore de quelque poids dans la balance. Tels furent pendant longtemps les archevêques de Keims (llincmar, mort en S82; Foulques, en 900; Hervé, en 92:2 ; Séulfe, en 925). Herbert, comte de Vermandois, s'empara, en 928, de l'archevêché pour le compte de son fus, âgé de cinq ans, dont les fonctions furent provisoirement remplies par Abbon, evêque de Soissons, puis par l'évêque Udalric, expulsé par les Magyares. Le pape Jean X, trompé sans doute par de faux renseignements, y aurait donné son adhésion. Mais lorsque le roi Raoul (Rodolphe), brouillé avec le comte Herbert, se fut emparé de Reims, il fit consacrer archevêque le moine Artaud (Artold, 932), qui reçut le pallium de Jean XI, sacra et couronna plus tard le roi Louis d'Uutre-Mer. En 940, Herbert et le comte Hugues de Paris s'emparèrent de Reims, et Artaud fut forcé de résigner; un concile de Soissons, en 94.1, nomma de nouveau le fils d'Herbert, alors âgé de vingt ans. il se maintint jusqu'en

Reims retomba au pouvoir de Louis d'Outre-Mor, qui s'était allié avec Otton l" d'Allemagne. Deux conciles de Verdun et

UI. — HIST. DF. i/kGUSE. 24

(le Mouson soutinrent les droits d'Artaud. La même chose eut lieu dans un autre concile tenu à Ingelheim (juin 948), sous la [jü'sidence de Marin, légat du pape et évoque de Bomarzo, et on présence des rois Otton et Louis. Le comte Hugues empêcha la plupart des prélats français de s'y rendre. Ce concile prononça l'excommunication contre Hugues, qui avait encore essayé de se soutenir par la force des armes. Artaud resta désormais possesseur paisible de son siège. Hugues de Vermandois essaya encore une fois de l'envahir ; mais il fut repoussé par le pape (9G2), et le prêtre Adalric fut nommé.

Les Capétiens. — Action des évêques.

127. Après la mort de Louis V (22 juin 987), le dernier des Caiiovingiens, Hugues Capet monta sur le trône de France. 11 s'appuya principalement sur les évêques, afin de combattre l'iulluence des seigneurs. L'onction reUgieuse, le couronnement hii donnaient aux yeux du peuple un droit incontestable à la dignité royale, tandis que le duc Charles de Lorraine, qui ne les avait pas reçus, ne pouvait le revendiquer. Le roi et les évêques avaient besoin de s'entr'aider mutuellement. Les évoques furent au roi d'un grand secours contre les vassaux, en se dépouillant en sa faveur de leurs droits régaliens et en paraissant à ses assemblées, alors même que leurs diocésains ne se trouvaient pas dans les domaines héréditaires des Capétiens, et en faisant prévaloir ce principe que toute fondation publique avait besoin de l'approbation royale. Les évêques s'intéressaient aux nécessiteux et aux opprimés, et, par leurs censures, souvent réclamées des rois eux-mêmes, s'opposaient aux violences des ducs et des comtes. Ils essayèrent , par la trêve de Dieu, d'affaiblir la passion des combats singuliers. Toute infraction de cette paix était comme un attentat contre la religion. 11 leur fallait de plus lutter incessamment contre la noblesse féodale, arrogante et avide de pillages.

Leur dernière ressource, au dixième siècle, fut l'interdit, qui etenilait l'excommunication du malfaiteur à son entourage et à ses propriétés, puis la suppression de Toflice divin et de l'administration des sacrements. Ces mesures produisaient souvent de salutaires elfets. Malheureusement, des évêques mondains, comme l'archevêque de Houen, abusèrent souvent de cette res-

LA VIE DE l'Église en occident. 37i

source ; et la décadence de la discipline ecclésiastique se prolongea en France jusque dans la première moitié du onzième siècle, lorsque Léon IX vint la relever.

128. Un autre inconvénient résultait des nombreuses querelles entre le clergé séculier et le clergé régulier, entre les évéques et les abbés. Quelques évèques exigeaient des abbés le serment formel des vassaux, enlevaient leurs dîmes aux couvents et les privaient des moyens de soutenir leurs écoles. La loi du célibat, si souvent inculquée sous les Caiiovingiens, avait été plus fréquemment violée depuis la fin du neuvième siècle. Un concile tenu à Bourges en 1031 (can. vi) défendit « à quiconque serait ordonne sous-diacre d'avoir une femme ou une concubine ». Il défendit également de « marier sa fille à un prêtre, à un diacre, à un sous-diacre, ou à leur fils » i^cau. XIX).

Eu Normaudie et en Bretagne, parmi les Normands grossiers et incultes admis dans le clergé, la licence avait atteint les dernières limites. Les archevêques de Rouen, Hobert et son successeur Manger, fils du duc Richard II, étaient publiquement mariés. Si ce dernier tint, en 1048, un concile pour travailler à la réforme, c était là un vain simulacre. Son exemple fut imité par des évéques, des chanoines et des prêtres. Déjà l'on essayait de rendre les bénéfices ecclésiastiques héréditaires, et d'en disposer même en faveur de ses filles. Les ducs et les comtes vendaient publiquement des églises et des abbayes au plus ollrant, quelquefois même du vivant de l'évèque légitime. L'anarchie, le brigandage, l'immoralité, la simonie, rendaient la situation vraiment désespérée. Les couvents seuls s'animèrent bientôt d'un meilleur esprit; le clergé séculier ne se releva que lentement : il fut aide eu cela par quatre-vingts conciles tenus dans le courant du onzième siècle.

Hodoard., .Migne, t. CXXXV, p. 304 et seq., 448 et seq.; Mansi, XVIH, 391, 414 et seq., 438 et seq.; Ord. Vilalis, Vil, c. i et seq., p. 308 et seq.; Glaber Rad., ap. Bouquet, t. X; Le Cointe, Annal. Eccl. Franc., Par., 1668, in-fol., t. IV et seq.; Longueval, Hist. de l'Église gailic, Paris, 1732, t. IV et seq.; nouv. éd., par Jager; Diimmler, Oslfrœnk. Gesch., II, p. 114 et suiv., 121 et suiv., 131 et suiv., 206 et suiv., 231 et suiv.;

Mi HrSTOlHF. IiK LKGLISE.

Iléf'elé, IV, p. 547 et suiv., 504, ot>7 et suiv., 570, 658 et suiv., B77 ; l)œllinger, II, p. 50 et suiv., 53 et suiv.

L'Allemagne. — Les derniers Carlovingiens allemands. — Conrad 1er.

129. Pendant le règne de Louis le Pieux, l'Allemagne se trouvait dans la même situation que la France. Sous son fils Louis le Germanique (mort en 876), des conciles furent tenus pour la réforme du clergé et du peuple, comme celui de Mayence en 84.7, sous Raban Maur, où l'on condamna une fausse prophétesse, du nom de Thiota, qui prédisait la fin du monde. Les trois fils de Louis se partagèrent son royaume. Après la mort de Carloman (880), Louis, roi de Saxe et des Francs orientaux, obtint aussi la Havière; mais il mourut en 882. Alors Charles le (Iros, qui avait régné jusque-là sur l'Allémanie, réunit de nouveau le royaume allemand et le royaume carlovingien. Après lui (888), les cinq nations, c'est-à-dire, les Francs orientaux, les Thuringiens, les Saxons, les Bavarois et les Souabes, formèrent le royaume allemand. Ou y joignit, au sud-est, la Marche de Carinthie, gouvernée par Arnoulf, fils naturel de Carloqiau, tantôt réunie à la Bavière, tantôt séparée d'elle; puis, à l'ouest, la Lorraine. Après Charles III, la couronne allemande échut à Arnoulf de Carinthie, qui essaya, de concert avec les évèques, surtout au concile de Tribur, célébré en sa présence en mai 895, sous la direction de l'archevêque Hatten I" de Mayence, de rétablir l'ordre et la discipline. Il y fut statué que ceux qui seraient excommuniés par les évoques devraient, en cas d'obstination, être conduits par les comtes devant le roi; que les contestations juridiques entre clercs et laïques seraient soumises à la juridiction de l'évêque. Quand Arnoulf mourut (899), son fils Louis n'était âgé que de six ans. Alors connnencèrent les incursions et les ravages des Hongrois. Nous entrons ici dans une époque d'abaissement profond et de confnsion universelle. Les affaires du royaume furent dirigées par Hatten, archevêque de Mayence, et parle duc de Saxe. Ce fut à l'instigation d'Ilatton qu'après la mort de Louis (911), Conrad I", duc de Francouie et parent des Carlovingiens du côté de sa mère, fut élu roi de Germanie. Il eut de trrandes luttes à soutenir contre les ennemis du dedans et du deliuis. L'rvejue Olberl do Strasbourg lui assassiné en

LA VIE DE l'Église en occident. 373

91 3 ; Rinhard de Spire, aveuglé ; Salomon de (Constance, emmené captif par Erchaiiger, comt(3 de Soiiabe. La force brutale dominait partout. En Bavière, le duc Arnoulf distribuait les évêchés a sa fantaisie. Comme le roi ne pouvait se passer de l'Église pour s'opposer au dépérissement et au morcellement du royaume en principautés, il s'allia avec Jean X, et en septembre 01(5 il réunit, sous la présidence des légats du pape, le concile de Ilohenaltlieim, qui rendit trente-buit canons en vue de remédier autant que possible aux vices et aux actes de violence. De nouvelles incursions de Hongrois empêchèrent les bons résultats de cette assemblée.

01 VRAGES A CONSLLTEK ï^LR LK N° 129.

Héfelé, IV, p. lin et suiv., 531 et suiv., ö54 et suiv.; Düiumler, 11, p. 501) et suiv., 5.ö«i et suiv.; Dœllinger, M, p. 37 et suiv.; Brurmer, 0. S. B., die Einfapjle der Ungarn in Deutschland, Programme, .\ugsb.,

130. Heureusement pour l'Allemagne, le trône fut occupé, après la mort de Conrad (23 décembre 918), par la race vaillante et énergique des ducs de Saxe. Henri I" l'Oiseleur (910-936) protégea l'empire contre les Hongrois et les Danois, et améliora la situation de l'Église, sauf en Bavière, où il dut laisser le duc .Vrnoulf trafiquer à son aise des évêchés. Plus prospère encore fut le sage et vigoureux règne de son fils Utton le Grand (936- 973). Otton mit un terme aux dévastations des Hongrois par une victoire remportée à Lechfeld, près d'Augsbourg, en 95,5, réprima la turbulence des seigneurs, agrandit le royaume vers l'est et le nord, et recouvra la Lorraine. Sa pieuse mère, sainte Mathilde, et son épouse non moins pieuse qu'elle, sainte Édithe (morte eu 946), eurent sur lui la meilleure influence; leur mort lui causa les plus vifs regrets, et tourna décidément vers les choses de Ja religion son esprit jusque-là un peu indifférent. L'épiscopat, f'troitement attaché à la c(»uronne, comptait plusieurs membres distingués. La perte de la liberté électorale, conséquence de la nomination royale, qui était passée eu coutume, fut compensée par la manière consciencieuse ave<' laiiuelle le roi choisissait les chefs de l'Eglise, il fut imité en cela par son fils et .son petit-fils.

Ou compte parmi les évèques les plus eu vue à cette époque : saint Wolfgang, évêque de Hatisbonne (mort en 994 .

élevé à Reichenan ; saint Ulric, évêque d'Augsbourg (mort en 073), élevé à Saint-Gall, ascète, prédicatenr et confesseur célèbre; saint Piligrim de Passau (mort en 991); Brunon. archevê(}ue de Cologne (mort en 965) ; son successeur Heribert (999-'I02l); Reginald d'Eichstaett (965-989); Adalbert, premier archevêque de Magdebourg (depuis 968, ancien abbé de Wissembourg) ; Âdaldage de Brème (936-988) ; Bernvvardt d'IIildesheim (993-1022), et son successeur Godehard (1022-1038); Gerhard de Toul (mort en 93i), et Gebhard de Constance (mort en 979). Un très grand nombre d'évêques étaient fils de ducs et de comtes ; d'autres d'une condition inférieure, comme le grand Willigis, archevêque de Mayence (975-1011). Ces évêques contribuèrent à relever la partie opprimée de la nation, à ranimer la vie sociale, à promouvoir l'agriculture, à corriger les mœurs et à cultiver l'esprit du clergé. Les reines, par leur piété, eurent aussi une part considérable à la prospérité de l'empire et au progrès des bonnes mœurs : nommons seulement Mathilde, femme do Henri I" (morte en 976) ; sainte Adelaide, deuxième femme d'Olton I" (morte en 999), et Théophano, femme d'Otton II.

OnVRAGKS A CONSOLTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 130.

Giesebreclit, I, p. .317 o,t suiv., 331 "et suiv.; Dœllinger, II, p. 62 et suiv.; Gfrœrer, die Verdienste des deutschen Clcrus zu Anfang des 10. Jahrh. um das Reich (Freiburger Ztschr., t. XIX, livrais. 1). Monographies de saint Wolfgang par Sulzbeck (Ratisb., 1844); de saint Ulrich, par Ralfcr (Augsbourg, ISfifi); de Briinon de Cologne, par Pieler (Arnsb., 18ol), Meyer (Berlin) et Schulze (Halle, — les deux derniers eu 1867); de saint Bernward, par Kratz (Hildesh., 1840, der Dom zu Hiidesh., t. III); de saint Godhard, par Sulzbeck (Ratisb., 18(57); de sainte Mathilda', par Clams (Quedlinb., 1807); de sainte Adelaide, par Huiler (Berlin, 1856). La nomination de l'évoque Piligrim à l'archevêché de Lorcli, longtemps admise, ne reposait que sur des documents fabriqués. Voy. Dümmler, Piligrim von Passau ui das Erzbistli. Lorch, Leipzig, 1804; contre les conséquences qu'on en tirait, voy. MittcrmüUer, 0. S. B., dans le (c Katholik », 1807, t. XLVII, p. 333 et suiv.— Wattcnbach, Deutsche Gesch. -Quellen, j). 30.

Henri II.

131. Henri II, autant par religion qini par politique, se rattacha aux évêques, qui étaient les plus fermes soutiens de

l'aulorité royale. Doué d'une grande pénétration, même pour les affaires religieuses, il fit célébrer plusieurs conciles et rétablit les anciens synodes. Seulement, il usait de procédés trop impérieux, et faisait un grand usage de son influence personnelle. Il rétablit l'évéché de Mersebourg, supprimé en 981 par l'ambition de son évêque (iieseler, qui s'était fait transférer à Magdebourg, et le donna au chapelain Wigbert; il fonda l'évéché de Bamberg, auquel furent annexées quelques parties de ceux de Wurzbourg et d'Eichsta^tt. Cette création lui tenait tellement à cœur, qu'en 1007, à Francfort, il supplia à genoux les évêques d'y donner leur consentement. L'évêque de Wurzbourg, Henri I" (995-1018), protesta avec énergie, et ne voulut consentir qu'à la condition que son siège serait érigé en métropole, chose impossible à cause des droits de Mayence. L'évêque ne céda que le 7 mai 1008, sur les conseils de l'archevêque de Cologne. Quant au nouvel évêque d'Eichstaett, (Jonzo, on ne le força d'y adhérer qu'après la mort de Mégingaud. Le pape Jean XVIII confirma en 1007 le nouvel évêché, qui devait dépendre immé" diatement du Saint-Siège. Si^ Henri annula une foule de nominations d'évêques, il n'autorisa pas cependant la nomination de sujets indignes. Il y eut sous son règne d'excellents évêques, tels que Wolbodon de Liège, Adalbéron de Metz, Meinwerk de Paderborn, Burcard de Worms, Eidon de Meissen, Thietmar de Mersebourg, Libentius de Brème. Pour introduire une plus grande uniformité dans le culte et dans la discipline, l'archevêque Aribon de Mayence publia vingt canons dans un concile tenu à Seligenstadt en 1022. D'autres conciles de son temps s'occupèrent de la transgresssion des lois du mariage et de controverses relatives aux évêchés et aux abbayes.

Adelboldi Vita Henr. II; Leibnitz, Script, rer. Bioinsvic, t. I; Giesebrecht, II, p. ö3 et suiv., 80 et suiv.; Dœllinger, II, p. 64; Héfelé, IV, p. 640-64-2, 670.

Les princes de Franconie.

132. Lorsque la branche dus rois de Saxe s'éteignit avec Henri II, les évêques, par leur sagesse et leur union, préservèrent l'Allemagne de la guerre civile en faisant éhre en 102i Conrad, duc de Franconie. Le règne de ce prince fut également

376 HISTOIRE DE LÉGLISE.

signalé par plusieurs évèques de marque, bien que rexigiiïté de ses domaines l'eût entraîné pendant quelque temps à des actes de simonie, comme pour la nomination des évèques de Bâle et de Liège. Il le regretta, du reste, et veilla presque toujours à ne choisir que des hommes irréprochables. 11 obligea saint Poppon, abbé de Stavelot, à accepter l'évèché de Strasbourg ; saint Bruno, fils du duc Conrad de Carinthie, reçut le siège de Wurzbourg; Reginbald, celui de Spire; saint Bardon, abbé d'Hefsfeld, celui de Mayence, après la mort d'Aribon (1031-1051). L'archevêque Unwan de Brème s'occupa de propager la foi dans le nord. Cependant l'épiscopat fut souvent dans une tr>p grande dépendance delà couronne, employé à des fonctions politiques et militaires. Conrad, qui avait déjà assuré à son fils Henri sa succession en Allemagne, avec la couronne impériale en perspective, se servit de l'investiture, qui avait passé en coutume, pour agrandir sa puissance et accroître ses ressources.

133. Henri fil ( 1039-1056), suivant ce que semblaient exiger les besoins du temps, n'intervint généralement qu'avec prudence et avec de bonnes intentions dans les affaires ecclésiastiques. Son dessein était de maintenir l'ordre et la dit^cipline, et de favoriser la vie religieuse. 11 détourna les évèques de la simonie, dont son père n'était pas demeuré exempt, ainsi qu'il l'avouait lui-même, et il la combattit avec per-^everance, de conc'Tt avec Pierre Damien. Sous son règne, le pre.stige impérial et royal atteignit son pins hant degré, surtout depuis qu'il fut en mesure de nommer lui-même le pape. Les relations des évèques avec le Saint-Siège étaient beaucoup plus intimes qu'auparavant. Henri établit une paix durable dans le pays, travailla à la destruction des abus, et ^'intéressa, de concert avec les papes, avec les archevêques Banloii et Luitpold de Mayence (depuis 1031) et l'évèque Wazon de Liège, en laveur de l'ordre ecclésiastique, tout eu agrandis.sant au dehors la puissance do .son royaume. Plusieurs Églises d'Allemagne étaient alors dans l'état le plus tlorissaut. Le clergé d'Eichsla!tt avait fourni un chef à l'Église universelle (Victor H); il avait occupé le patriarcat • l'Aquilée (Gotebald), l'archevêché de Ravenne (Eb. CïebhaiJs t'\ plus tard divers sièges épiscopaux en Allemagne et en Italie.

LA VIE Di: l'lulise kn occidknt. 37'

Règne funeste de Henri IV.

134. Cette splendeur de l'Église d'Allemagne allait s'évanouir sous le règne suivant. Henri IV, qui était encore mineur à la mort de son père, fut bientôt adonné à tous les vices. La simonie prit à sa cour d'effroyables proportions. Les anciens et (lignes évêques disparurent successivement, et les prêtres les plus tarés obtinrent les sièges épiscopaux par des intrigues de cour et par la corruption. L'archevêque de Brème, Adalbert, exerça la plus déplorable influence : actif et intelligent, mais ambitieux et cupide, il exploitait la faveur du jeune prince dans son intérêt et dans l'intérêt de ses créatures, et faisait, avec le comte Vernher, un abominable trafic des évêchès et des abbayes. Annou de Cologne (mort en 1075), qui valait beaucoup mieux que lui, abusait aussi de sa puissance : il imposa à l'archevêché de Trêves son neveu Cunon, qui fut pour ce motif assassiné peu de temps après. Les monastères tombaient peu à peu dans la barbarie, et regimbaient contre toute tentative de réforme. Le clergé séculier vendait les fonctions ecclésiastiques et se livrait au concubinage; quelquefois même les prêtres poussaient l'effronterie jusqu'à se marier publiquement, et essayaient de rendre les charges ecclésiastiques héréditaires. Les lois de l'Église, au milieu de ce clergé grossier et ignorant, finirent par tomber dans l'oubli. Le peuple suivait l'exemple de ses prêtres. L'ivrognerie et des désordres de toute nature dominaient partout.

135. L'Allemagne comptait alors neuf métropoles : 1° Mayence, avec les suffragants d'Eichstœtt, Wurzbourg, Augsbourg, Coire, Constance, Worms, Spire, Strasbourg, Paderborn, Halberstadt, Hildesheim, Verden; 2° Cologne, avec les suffragants de Liège, Utrecht, Munster, Minden, Osnabrück ; 3° Trêves, avec les évêchès de Metz, Tout et Verdun; 4" Salzbourg, avec les évêchès de Frisiugue;, Passau, Ratisboune, ßrixen (autrefois Saeben) ; 5'' Brème-Hambourg, dont les droits furent longtemps contestés par Cologne, mais parfaitement reconnus par Sergius III en 9H et par Léon IX en 1052 : il avait sous sa dépendance les évêchès d'Oldenbourg (plus tard Lübeck), Mecklenbuurg (Schwerin), Ratzebuurg; ö° Magdebourg (depuis 968),

378 HISTOIKE DE L ÉGLISE.

avec les évêchés de Zeiz (Naumbourg, depuis 1029), Mersebourg, Meissen, Havelberg, Brandebourg; et enfin, depuis l'acquisition de la Bourgogne (1032), 7" Besançon, avec le diocèse de Bàle ((}ui appartenait déjà à l'Allemagne depuis 888) et celui de Lausanne; 8° Lyon; 9° Arles.

Wippo, Vita Conr. (§ 111) et autres, dans Giesebrecht, II, p. 363 et suiv.; Dœllinger, II, p. 58, 64-71 ; Kluckhohn, Gesch. des Gottesfriedens, p. 60 et suiv.

L'Italie. — État de l'Italie sous les Carlovingiens.

130. Sous la domination des princes de Franconie, l'Église de la haute et de la moyenne Italie jouissait des mêmes droits que les Églises de France et d'Allemagne. Les évêques, devenus plus riches et plus puissants, occupaient le premier rang dans les assemblées politiques, jouissaient des droits de comte, d'une foule d'autres avantages, notamment de celui qui interdisait à tout fonctionnaire royal de rendre la justice dans leur ville sans leur consentement. Sous Louis I", Bernhard et Lothaire I", l'abbé Adalhard de Corbie et son frère le moine Wala étaient les souverains de fait. Les commissaires (missi) du roi étaient ordinairement choisis parmi les évêques et les abbés, qui formaient la majorité dans les diètes et dans les tribunaux. Les biens des éghses et des monastères (on imposait rarement à ceux-ci des abbés laïques) étaient généralement administrés avec soin, et les conciles réformateurs de Pavie (en 850 et 855) prirent d'excellentes mesures pour améliorer la vie ecclésiastique. Les évêques d'alors entretenaient des rapports étroits avec Rome, centre de Funité religieuse. Seuls, les archevêques de Ravenne, très accessibles aux influences politiques, montraient çà et là l'esprit d'opposition contre Rome qu'ils avaient hérité de leurs prédécesseurs ; mais ils finirent par être réduits à la soumission. Ils le furent par le pape Jean (872-882), comme ils l'avaient été autrefois par les papes Félix, Sergius et Léon.

Les patriarcats de Grade et d'Âquilée.

137. Dans l'istric, la lutte entre les patriarcats de Grade et d'Aquilée, neo de la querelle des Trois Chapitres, n'était pas

LA VIE niî i/kgmse en occident. 370

éteinte. Grade était sous la domination politique et la protection de Venise, qui était parvenue à recouvrer les évèchés distraits sous les rois lombards. Les évoques se trouvaient dans une position difficile, obligés qu'ils étaient de rendre hommage au roi de Lombardie et au gouvernement de Venise. D'autres embarras naissaient du changement des patriarches et des évèchés sous les différents gouvernements. Un concile de Mantoue, en 827, avait été induit en erreur par un faux exposé des faits. La querelle continua longtemps encore, et fut définitivement vidée par Léon IX, d'après les principes établis déjà sous Grégoire II et Grégoire III (1053). Ce pape décida que le patriarche de Grade aurait le territoire de Venise et d'Istrie, et le métropolitain d'Aquilée (l'ancienne), les évèchés de l'ancienne Lombardie. Ce dernier résidait alors à Udine, dans le Frioul. Pendant toute cette dispute, la république de Venise, dont dépendait la Nouvelle-Aquilée (Grade), révéla plus d'une fois son importance. Les patriarches, qui résidaient à Grade, eurent aussi de fréquents démêlés avec la république, principalement sous le pape Jean VIII.

Dévastations en Italie. -- Querelles de succession.

138. L'extinction des Carlovingiens inaugure en Italie une période de dissolution. Tandis que le sud était en proie aux exactions des Grecs et des Sarrasins, le nord se voyait désolé par les irruptions et les brigandages des Hongrois, qui étaient souvent appelés par les chefs de partis ; divisé et morcelé par les combats sanglants des divers prétendants à la couronne, comme par la fréquence des duels. Le peuple, appauvri et sans défense, fut encore protégé quelque temps par les évèques, bien que tous ne fussent pas exempts de la corruption régnante ; puis il perdit cette ressource, quand les partis rivaux commencèrent à placer dans les évèchés des hommes dociles à leurs desseins, tels que Hugues de la basse Bourgogne (925-947) et après lui Bérenger de Frioul. Manassès d'Arles se fit donner les évèchés de Vérone, de Mantoue et de Trente, en dernier heu l'archevêché de Milan. Les bâtards et les favoris des rois recevaient les plus illustres Kghses; leui's vassaux, leurs espions et jusqu'à des femmes

{SO HISTOIRE DK L ÉGMSF.

entraient en possession des plus riches abbayes. Les évèqiie!« qui désapprouvaient ces abus, étaient voués à la prison ou à l'exil; les biens de TKglise dilapidés, les lois ecclésiastiques foulées aux pieds par les clercs comme par les laïques.

Les évèques les plus remarquables de ce temps étaient, outre r Allemand llilduin de Milan (mort en 93G), Pierre H (jusqu'en 931), Pierre III (jusqu'en 938) et Gauslin (mort en 967), tous évèques de Padoue. Le règne des Ottou fournit un meilleur épiscopat : ils conféreront les sièges épiscopaux à des ecclésiastiques allemands, et favorisèrent leurs compatriotes, quand ceux-ci joignaient à un caractère docile des mœurs irréprochables.

Les évèques lombards.

139. Les évèques de Lombardie eurent de nombreux combats à soutenir contre les seigneurs temporels, contre les factions, contre leurs propres vassaux et contre les communes, dont l'importance grandissait chaque jour; mais ils recouvrèrent aussi peu à peu quantité de biens enlevés à l'Église, et obtinrent des rois, entre autres prérogalives, la faculté d'imposer des tributs et de battre monnaie. Ouelques-uns même reçurent des comtés. Les évèques, qui appuyaient les rois dans leurs luttes contre les grands vassaux, trouvaient dans ceux-ci de puissants adversaires dès qu'ils voulaient repousser leurs empiétements et refusaient d'entrer dans toutes les combinaisons de leur politique. En 1010, parmi tant do puissantes familles princières que comptait autrefois lltalie, les margraves de Toscane, de Vérone et d'ivree conservaient seuls quelque autorité; après eux, il ne restait que les évèques, de sorte que le royaume de Lombardie semblait former une aristocratie ecclésiastique. Henri H fut invité par les margraves de Toscane, [)ar deux archevêques et huit évèques, à recevoir la couronne royale comme prince de toute l'Italie. On était las des compétiteurs indigènes, dont l'un, Harduin d'Ivrée, avait maltraité de ses propres mains l'evèque de Brescia et fait assassiner celui de Verceil. Ici encore, les I vè(pies furent les plus fermes soutiens du troue.

Sous Henri II, un concile de i'avie essaya, en I0;20, de reinédier à l'incontinence des clercs. In homme particulière-

ment r('marqual»le fui larchevèquo Heribert de Milan 1019- 1045), haljile homme dÉtat, mais ambitieux et avare. Comme c'était principalement à lui que Conrad II était redevable de la couronne de Lombardie, il détermina ce prince à lui accorder la suzeraineté sur l'évéché de Lodi, et fit une guerre terrible aux Lodiens récalcitrants. Ses oppressions soulevèrent des plaintes universelles, et les petits vassaux des villes, à qui il enlevait arbitrairement leurs fiefs, lui opposèrent une alliance redoutable (motta). En 103C, pendant une diète tenue à Pavie, Conrad II ordonna de le saisir avec quelques évèques imbus de ses sentiments, et le fit déposer. Cependant, comme cet abus de pouvoir fut généralement desapprouvé, même en Allemai,nie, Heribert, qui s'tHait échappe de prison, se réconcilia avec Henri III après la mort de Conrad, et se maintint dans sa charge. Devant l'activité politique des évèques de Lombardie, toutes les affaires ecclésiastiques demeurèrent au second plan, jusqu'à ce que la force des choses les obligeât de s'en occuper.

Mansi, XI.X, 637; Joan. Diac, Chron. Grad.; Pertz, VII, xlvi; JaIFé, p. \Hi; Thomassin, i, I, c. xxii, n. 2; c. xxiu, n, 4, 6; de Rubels, .Monum. Eccl. Aquii., Venet., 1740, p. 307 et seq.; Hœfler, D. P., II, p. 166; Héfelé, IV, p. 47, 652, 72i-. Mou ouvrage, Photius, II, p. 635 et sniv.; Dœllinger, II, p. 71 et suiv.

La pataria.

140. Le successeur d'Héribert, l'archevêque Gui, nommé par Henri III en 1045, donna le plus affreux scandale par ses pratiques simoniaques et par son indulgence envers les clercs incontinents. 11 fut combattu par un pieux ecclésiastique de son cierge, nomme Anselme de Baggio, dont il se débarrassa en le faisant nommer évêque de Lucques (1057). Deux autres ecclésiastiques, Landolf Cotta et Ariald, entrèrent alors dans l'arène et furent soutenus par Nazaire, citoyen opulent. Tous les jours ils prêchaient contre « l'hérésie de Simon et des nicolaïtes V. l'n parti se forma bientôt dans Milan contre la noblesse corrompue, contre les clercs mariés et impudiques et contre leurs partisans. Ses membres, épris d'un idéal supérieur, comptaient dans le peuple de nombreux adhérents.

Leurs adversaires, par dérision, les appelaient « patarins » (peuple de mendiants), et ils gai'dèrent ce nom comme un titre d'honneur. Cette société réussit encore, en 1057, à faire signer aux clercs un décret émané du peuple sur le rétablissement du célibat. Déjà la foule avait pris la résolution de ne plus recevoir aucun sacrement de la main des prêtres mariés. Dans un concile tenu à Fontaneto, près de Novare, sur la demande du pape, Landolf et Ariald, ayant refusé de reconnaître ce tribunal et d'y comparaître, furent excommuniés. Cependant Ariald se rendit à Rome, y fut bien accueilli, et obtint que deux légats seraient envoyés à Milan, où la guerre civile menaçait d'éclater.

Les légats étaient l'évêque Anselme et Ilildebrand. Gui avait quitté la ville avant leur arrivée, ils encouragèrent les esprits bien pensants, et condamnèrent l'archevêque comme simoniaque. Plus tard (1059), Anselme et Pierre Üamien arrrivèrent dans la ville en qualité de légats. Le parti du clergé concubinaire, qui rangeait le mariage des prêtres parmi les privilèges de l'ÉgUse de saint Ambroise et en venait jusqu'à attaquer la primauté des papes, essaya de provoquer une insurrection; mais Pierre Damien calma la foule par sa prudence et par l'énergie de son langage. L'archevêque Gui dut se soumettre à la pénitence et promettre d'abolir la simonie. Les clercs coupables furent également punis, et durent s'abstenir de leurs fonctions ecclésiastiques.

Progrès de la pataria.

141. Ld. pataria devint bientôt une confédération, qui de Milan se répandit dans toute la Lombardie. Les évêques lombards durent s'engager d'aller à Home et de promettre l'obéissance au pape. Mais une fois rentrés chez eux, soit qu'ils craignissent les clercs concubinaires, soil qu'ils fussent corrompus pai' des présents, ils n'osèrept appliquer les décrets que Nicolas 11 avait établis contre les simoniaques et les nicolaïtes. L'évêque de Brescia, qui fit seul exception, fut maltraité par ses clercs et faillit perdre la yie. L'indignation générale, soulevée par ces désordres, ne faisait que fortiiier la yja/öna, A Brescia, à Crémone, à Plaisance, une grande partie du peuple se dé-

LA VIE i>E l'Église en occident. 383

lâcha de ce clergé corrompu ; Asti et Pavie refusèrent de recevoir les évèques simouiaques qui leur turent envoyés pur la cuur d'Allemagne. L'episcopat de Lombardie, redoutant les mœurs austères de l'évèque Anselme de Lucques, élevé au souverain pontificat, provoqua le schisme de Cadalous. L'archevêque Gui et ses clercs, iniidèles à la promesse qu'ils avaient laite au cardinal Pierre, avaient continue leur genre dévie accoutumé. La pataria acquit de nouvelles forces.

llerlembald, frère de Landolf, qui s'était retire du théâtre de l'action pour cause de maladie et qui revenait de Jérusalem, devint son chef temporel et fut nommé par le pape hanneret de l'Église. La vie canonique des clercs, introduite par Ariald et par des prêtres animés de ses dispositions, refleurit dans la voluptueuse Milan. Les victoires de la pataria relevèrent aussi le prestige d'Alexandre II, qui excommunia l'archevêque, retombé dans la simunie. Ce dernier toutefois réussit, en excitant l'orgueil des Milanais, en semant de fausses rumeurs et en distribuant de l'argent, à gagner une portion du peuple et à mettre en danger la vie d'Ariald et dllerlembald. Ariald dut prendre la fuite, fut plusieurs fois maltraité, puis cruellement assassine par deux clercs (10(56). Dix mois après, son corps fut retrouve intact et sans aucune trace de corruption. Le clergé et le peuple rivalisèrent entre eux pour honorer ce martyr, dont le tombeau fut illustré par des miracles. Alexandre H procéda dans Milan même à sa canonisation solennelle.

142. L'archevêque (iui sortit de Milan, tandis que Herlembald se faisait construire une grande maison qui avait l'air d'une forteresse. Deux légats du pape, l'évoque Maginard de Sylva-Candida et le prêtre Jean Minutus (1" août 1007), publièrent un statut sage et modéré, dans lequel ils approuvaient les exigences de la pataria touchant les prêtres simouiaques et immoraux ; mais ils défendaient aux laïques, sous prétexte de tel ou tel crime, de piller ou de maltraiter les clercs. L'archevêque manifesta des sentiments de repentir, et parla d'abdiquer.

La pataria, étroitement unie au Saint-Siège, obtint de grands succès. A Crémone, douze hommes avaient fait le serment de ne plus tolérer les ecclésiastiques concubinaires, et

:?84 HISTOIRE DE I.ÏXrUSE.

l'avaient imposé à levèque; celui-ci faillit à sa promesse, et subit toutes sortes de vexations. A Plaisance, l'évêque Denis, excommunié par le pape, fut expulsé. Les mêmes faits se passèrent en d'autres villes. La patarin s'occupa aussi de procurer à Milan une élection canonique. Tous ces précédents n'empêchèrent pas (lUi de vendre son siège à un ami, le sous- -■ diacre Godefroi, qui acheta l'investiture de la cour d'Ailemagne, promit d'abolir la pataria et de livrer Herlembald. Celui-ci, comprenant la gravité du danger, garnit de troupes les places fortes. Godefroi se vit bientôt délaissé de tous, même de Gui, et repoussé par le pape. La belle-mère de Henri IV, Adélaïde de Turin, persécuta la pataria, et força les Milanais de reprendre l'archevêque Gui. Après la mort de celui-ci (23 août 1071), la cour d'Allemagne voulut à toute force faire reconnaître Godefroi. Alton de Milan fut élu ^ar la pataria, en présence d'un légat du pape (G janvier 1072); mais ses adversaires s'emparèrent de lui, et le forcèrent de déclarer par serment qu'il renonçait à la dignité épiscopale. Ils maltraitèrent aussi les légats du pape. Sur ces entrefaites, les commissaires de Henri IV faisaient consacrer Godefroi à Novare par les évèques de Lombardie. Tous les efforts d'Alexandre II pour étouffer le schisme milanais échouèrent devant les intrigues des nobles et des clercs simoniaques et devant l'obstination des conseillers de Henri IV. iJe nouveaux ennemis s'élevèrent contre la pataria, et elle finit par succomber; mais l'idée qui l'avait fait naître lui survécut.

Troubles à Florence.

143. A Florence aussi, les pratiques simoniaques de l'évêque Pierre suscitèrent un schisme. Encouragé par les moines de Vallombreuse, le peuple se souleva contre lui et contre les prêtres qu'il avait ordonnés. Cette conduite fut désapprouvée par Pierre Damien : car l'Eglise n'avait encore prononce aucune condamnation, et ji fallait d'abord consulter le Saint-Siège. A Rome, en 4063, les moines s'offrirent à supporter l'épreuve du feu pour soutenir leur accusation ; mais le pape s'y opposa. Le duc Godefroi et la plupart des prélats tenaient pour l'évêque incriminé, dont la culpabilité ne put être établie. Cependant la fermentation continua, et Jean

HÊRKSIF.S, SCHISMES FT C.ONTROVEBSF.S TI#.OLOGI0t'ES. 38o

(îualbert, appelé comme arbitre, essaya vainement d'amener l'évèque à un aven. Défense fut faite aux moines de prêcher contre lui. Comme le peuple de Florence pressait les moines de prouver leur accusation, ils se déclarèrent de nouveau prêts à affronter l'épreuve du feu. L'abbé Jean choisit l'un d'entre eux, Pierre, qui la subit victorieusement et sortit sain et sauf du milieu des flammes. L'évèque fit plus tard des aveux et entra dans un couvent. Pierre, hautement vénéré du peuple, devint abbé, puis cardinal-évêque d'Albano (mort en 1087). A dater de ce moment, le peuple, ranimé dans sa foi, exigea avec plus d'insistance que jamais l'observation des décrets pontificaux.

OÜVR.\GES A CONSULTER SLiR LES N"* 140-143.

Petr. Dam., Relatio de rebus Mediolan.; Watterich, I, 219 et seq.; Landulf., Ge?t. ;irchiep. Mediol.; Pertz, Script., VIII, vi-xxxi; Landulf., Sen. hist. MedioL, ibid., p. .32 et seq.; Migne, t. CXLIII; Vita S. Arialdi, Mansi, XIX, 866 et seq.; Bonizo, ap. OEfele, p. 805 et seq.; Puricelli, de SS. Mart. Arialdo et Herlemb., MedioL, 1657; Acta sanct., 27 jun.; (•iulini, Memorie spetlanti alla storiaf di Milano, IV, 106 et seq.; A. Capecelatro, Storia di S. Pier Damiano e del suo tempo. Kir., 1862; Civiltà calloL, 1863, V, V, p. 321 et seq.; Dœilinger, II, p. 78-83; Will, Restaurât., II, 111-128, 157-165, 192; Héfelé, IV, p. 749 et suiv., 764 et suiv., 770,774, 80.Ö et suiv., 811 et suiv., 823. La Pataria à Milan (Neue Sion, 1845, n"* 60 et suiv.).

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