V* PÉRIODE. — INTRODUCTION
lerie et les communes, animées de l'esprit de foi, agissent de concert dans des entreprises grandioses; où de nouvelles congrégations religieuses satisfont dans une large mesure aux nécessités du monde chrétien, luttent avec avantage contre les sectes les plus dangereuses, et conquièrent à l'Église de nouveaux domaines.
Le sacerdoce, l'Empire et les communes agissent de concert. La politique, la science, l'art, en un mot, l'existence tout entière, sont imprégnés de l'esprit chrétien et vivent en parfaite harmonie. Tout ce qui regimbe contre les principes chrétiens, regimbe en même temps contre l'ordre social.
Deux idées l'emportent aux yeux de tous, et sont plus précieuses que la vie même : la liberté et la religion ' . Et ces deux choses se prêtent un mutuel appui. L'Éghse, dans laquelle la religion est incorporée, protège aussi la liberté. La religion apparaît comme le bien suprême, le bien unique; la liberté ellemême ne vient qu'au second rang : c'est dans la religion que la liberté trouve tout ensemble et son appui et ses limites. N'être soumis qu'à la loi de Dieu, qui enseigne à bien user de la Uberté humaine; résister à l'injustice, fût-elle soutenue par le plus puissant des potentats, c'était là la gloire et l'ornement de quiconque aspirait à la grandeur et à la liberté. Protéger la liberté de l'Église était le premier devoir et la plus haute distinction de ses pasteurs *.
Le moyen âge atteint l'apogée de son développement sous le pontificat d'Innocent IIÎ. A. dater de là, il commence à reculer et ses imperfections éclatent. L'enthousiasme perd de sa fraîcheur et fait place à un mol assoupissement; les grandes institutions dégénèrent ; des luttes nouvelles et ardentes avec le pouvoir civil agrandi et fortifié, de nouvelles tendances intellectuelles préparent peu à peu une complète transformation, qui semble menacer de mort le moyen âge, comme le moyen âge lui-même avait conduit le deuil de l'antiquité païenne. Cette crise, heureusement, ne réservait à l'Église, si cruellement visitée, que de nouveaux triomphes dans un ordre de choses renouvelé.
* Jean de Saliêbury, lettre cxcm.
* Pierre de BJois, lettre xx.