Henri venait de tirer dos Saxons, au mois de juin, une
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vengeance eöioyabio. i^uivre de ses succès, il ne se soucia plus ni du pape, ni des droits de l'Éj^iisc, ni de ses propres engageuicnls. 11 reprit les conseillers siuioniaques excommuniés par Gregou'ü, rccuuuneuça ses nominations arbitraires et à prix d'argent aux charges ecclésiastiques, enleva leurs biens aux seigneurs de ia Saxe, entre autres à l'archevêque de Magdebourg et il 1 evèque d'Ualberstadt, et les relégua dans de lointaines contrées. 11 nomma à l'évèché de liamberg, pour remplacer Hermann dépose par le pape, un homme détesté, le prévôt Robert de (joslar, complice de ses forfaits. A l'archevêché de Cologne, il promut, en remplacement d'Annon défunt, l'indigne chanoine Hidulf. Ses nominations aux évèchés de Spolète et de Fermo ne furent pas meilleures. Tandis qu'il occupait les dédiés des Alpes pour ne laisser pénétrer à Rome aucun renseignement fâcheux sur sou compte, il exigeait que le pape déposât les évêques prisonniers de Saxe, sans aucune forme de procès. Grégoire VU, ne pouvant y consentir, demanda qu'ils fussent juges devant un concde. Informé en même temps d'autres attentats commis par le roi, il lui rappela (décembre lU75)les promesses qu'il avait faites et qu'il reniait par ses actes, l'avertit de ses devoirs de roi et de chrétien qu'il ne cessait de fouler aux pieds, déclarant du reste qu'il était prêt à tout accommodement équitable, il remit à ses légats, qui allèrent en Allemagne avec les envoyés de Henri, des lettres et des instructions particuuères.
OUVRAGES A CONSDLTEK SLR LES N°* o ET ti.
Greg. Vil, lib. 111, ep. v, vu, x, xv et seq., p. 433 et seq.; Pertz, Scr., V, 23Ü et seq., 241 , 28U, 351, 431 ; Xi, 4e2 et seq.; XII, 2TZ (Anon., Vit. heiui IV j; iNons, yp. cit.j dard. Viuc. Petra, Comment, in Gonstilut. apost.j bullar., Venel, 1741 et seq., l. I.; Gonst. Galiisti II, sect. I, p. 235 et seq.; Hélelé, V, p. 43 et suiv.; Kemnont. 11, p. 370 et suiv.
7. A Goslar, où ils se trouvèrent pour la fête de iNoël 1075, les légats furent accueiUis avec dédain. Henri demeura ouvertement eu relation avec les excommuniés, produisit contre le pape ues griefs insignitiants, et repoussa tout accommodement. En divulguant les instructions secrètes des légats, il les força de faire connaître la seconde partie de leurs instructions, qu'ils ne devaient présenter qu'à la dernière extrémité : c'était de l'inviter , avec menace d'excommunication , à aller rendre compte
à Rome de ses crimes et délits devant le prochain synode da Carême. Les légats s'étaient convaincus que Henri n'ofTrait presque plus d'espoir d'amendement. Us l'avaient vu de leurs propres yeux insulter à toutes les lois de l'Église et fouler aux pieds les règles mêmes de la bienséance. Ses honteux débordements étaient partout connus; ses maîtresses se pavanaient sous les pierreries enlevées aux églises, tandis que sa femme était l'objet de son aversion. Sa conduite envers les Saxons subjugués fut cruelle ; ses procédés dans les affaires ecclésiastiques étaient tyranuiques etdémorahsateurs. 11 était depuis longtemps un objet d'horreur pour tous les gens de bien. Conseillé par le rebut du clergé et comptant sur sa bonne étoile, il avait déjà essayé, à Rome même, de frapper un grand coup contre le pape.
Héfelé, V, p. 53 et suiv. Sur les crimes de Henri IV, ceux des contemporains qui n'étaient pas absolument adonnés à la llatterie, sont unanimes (voy. mon ouvrage : l'Église catholique, p. Ho, n. i). Calvin lui-même (Institut., IV, xi, xiu) na pu les nier; (Jerhoch s'exprime avec une grande sévérité (de Investig. Antichristi, I, xvi, p. 41 et seq., ed. Scheibelberger). Voy. Gfrœrer, 11, p. 86 et suiv., 102 ; Leo, Univ.- Gesch., Il, p. 331 et suiv. Avant l'invitation de décembre 1073, la Défense de la Déclaration du clergé de France, 1, 11, cap. xxx, p. 241, ne trouve pas que le pape ait en rien outrepassé ses pouvoirs. Que l'opinion publique réclamât de Home des mesures énergiques, plusieurs contemporains l'affirment, ainsi que les vers d'un scolastique, dans Gerhoch, loc. cit., c. xvii, p. 44 : « Mundi Roma caput, si non ulciscitur illud (Üagitiuni vendendi adulteris episcopatus), quee capul orbis erat, cauda sit et pereat. »
Attentat contre le pape.
8. Ou n'ignorait pas à la cour d'Allemagne que le pape avait dans Rome même un grand nombre d'ennemis, surtout à cause de sa rigueur à maintenir la discipline de l'Église. 11 y avait là des la'iques mariés qui, sous le nom de Mansionuaires, se servaient de leur costume ecclésiastique et de la position qu'ils occupaient pour tromper le peuple, pressurer les pèlerins, louer les autels de l'église de Saint-Pierre, commettre des crimes jusque dans le lieu saint. Grégoire, qui ne ménageait pas les intérêts temporels, les expulsa et mit fin à
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leurs menées. Joignez-y les anciens partisans de Cadalous, les clercs suspendus par le pape, vine foule de nobles qui ne pouvaient supporter l'indépendance du Saint-Siège, divers mécontents qui s'appuyaient sur la protection de l'Allemagne, et, par-dessus tout, Cenci, dont le pape avait humilié l'orgueil en faisant abattre la haute tour construite près du pont du Tibre, et qui lui servait de prétexte pour exiger un péage des passants ; l'infidèle Guibert, archevêque de Ravenne, qui devait son élévation au pape; puis le cardinal Hugues le Blanc, toujours équivoque : tous ces hommes s'étaient conjurés contre le pape.
Kn 1075, tandis qu'on célébrait la messe de Noël à Sainte- Marie-Majeure, Cenci pénétra dans l'église avec des gens armés, s'empara du pape, qui fut blessé au front pendant cette bagarre, et l'enferma dans une tour. Cependant le peuple se groupa autour de Grégoire et le délivra; Cenci n'eut la vie sauve qu'à la condition de demander pardon à genoux. Au lieu d'aller en pèlerinage à Jérusalem, ainsi que l'avait d'abord exigé le pape, dont la grande âme inclinait toujours à la miséricorde, Cenci se rendit auprès du roi Henri, où il intrigua contre Grégoire avec le cardinal Hugues, déposé. Déjà les conseillers de Henri avaient dressé leurs plans. L'année suivante, le dimanche de la Septuagésime, les évêques et les abbés furent mandés à Worms pour y délibérer au sujet du pape, c'est-à-dire pour aviser aux moyens de le déposer.
Conciliabule de Worms.
9. La plupart des évêques allemands arrivèrent à Worms le 24 janvier 1076. Sans parler de ceux de la Saxe, qui étaient prisonniers, et dont Tun, Bennon de Meissen, s'était rendu à Rome pour le concile, il y manquait Gebhard de Salzbourg et Altmann de Passau. Le cardinal Hugues le Blanc (Blaucus), déposé par Grégoire, remit à l'assemblée une plainte qui contenait les plus basses calomnies contre le pape ; elle devait servir de prétexte aux évêques réunis pour refuser l'obéissance à Grégoire VII et prononcer sa déposition . Les évêques Adalbéron de Wurzbourg et Hermann de Metz furent les seuls qui s'y opposèrent, en protestant contre cette violation de toutes les formes du droit. Mais le favori de Henri, l'évêque Guillaume d'Utrecht,
les somma brusquement, par la fidélité qu'ils avaient jurée au roi comme vassaux, de signer cette pièce, et il parvint à les y forcer, ainsi que l'évêque Hezel d'Hildesheim. Ce décret illégal, les évêques assemblés le notifièrent à Grégoire VII dans une lettre où ils le traitaient de pape illégitime, de perturbateur de la paix de l'Église, d'oppresseur et de tyran des évêques, de parjure, etc.
Henri, qui pendant près de trois ans avait reconnu Grégoire VII comme chef légitime de l'Église et avait admiré ses vertus, chargea les évêques de Spire et de Bâle de transmettre ce décret aux évêques italiens, avec ordre de le signer. Les évêques de Lombardie, la plupart simoniaques, obéirent sans hésiter, jurant qu'ils ne rendraient plus désormais aucune obéissance au pape. Toutes les idées de droit et de justice étaient confondues. Il fut défendu anx évêques, en leur qualité de vassaux du roi, de reconnaître d'autre pape que celui qui leur serait désigné par leur suzerain. Henri écrivit lui-même aux Romains et essaya, par des distributions d'argent, de les soulever contre le pape. Dans une lettre adressée à « Hildebrand, le faux moine », il invita Grégoire VII à descendre du Siège de Pierre et à laisser la place à un pins digne. Les meilleurs d'entre les contemporains attribuèrent à cet attentat de Henri tous les maux qui fondirent plus tard sur l'Église et sur l'Empire : aussi saint Anselme de Cantorbéry n'hésitait plus à le traiter de successeur de Néron et de Julien.
Bonizo, ap. Œfele, II, p. 812-814; Paul. Bernr. (Migne, t. CXLVIII, p. 56 et seq., 69 et seq., 992 et seq.); Pandulpli. Pisan., Bruno, etc.; Pertz, Scr., V, 241 et seq,, 281, 301,431,433; VII, 854; VIII, .30 ; Watterich, I, 294, 313 et .seq., 319 et. seq.; Mansi, XX, 463 et seq., 471 et seq.; Papencordt, p. 211 et suiv.; nœllinc;cr, H, p. 126 et suiv,; Gfrœrer,VIl, p. 480 et suiv,; Héfclé, V, p. 54-62; Reumont, II, p. 372 et suiv. Au lieu de Plaisance, Paul Bernried cite Pavie comme lieu de réunion des évêques lombards. Les princes Gebhard de Salzbourg et Hugues de Flavigny, assemblés à Tribur en octobre 1076, imputèrent les maux de l'Empire au conciliabule de Worms. Sur Henri IV, voy. encore Ansel. Gant., ep, cxxxv, ad Walr, Naumb.
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Concile de Rome (1076). — Censures prononcées contre Henri IV.
10. Les envoyés de Henri, parmi lesquels se signala le prêtre Roland de Parme, portèrent ces décrets et ces lettres au concile (février 1076) que le pape célébrait avec cent dix évêques, et ils invitèrent les cardinaux à se rendre en Allemagne pour recevoir des mains du roi un meilleur et nouveau pape. Grégoire VII écouta cette lecture avec beaucoup de calme ; mais il dut intervenir pour soustraire à la colère du clergé et du peuple l'insolent Roland qui portait la parole, et proroger la session au lendemain. Dans cette session, le pape exposa la conduite qu'il avait tenue jusque-là envers Henri, et les évêques demandèrent qu'un tel attentat fût sévèrement réprimé. Du consentement unanime du concile, Grégoire frappa d'excommunication l'archevêque de Mayence, les évêques d'Utrecht et de Bamberg, suspendit ceux qui avaient librement adhéré à ces manœuvres, fixa le '29 juin, fête de saint Pierre, pour se justifier, à ceux qui avaient cédé à la contrainte, prononça l'excommunication et l'interdit contre les évêques coupables de la haute Italie. Puis, avec l'approbation du concile et en présence de l'impératrice Agnès, profondément affligée, mais qui préférait la cause de l'Église à celle de son fils, il rendit le jugement suivant :
« Bienheureux Pierre, prince des apôtres, écoutez votre serviteur, que vous avez nourri dès l'enfance et délivré jusqu'à ce jour de la main des méchants, qui me haïssent parce que je vous suis fidèle. Vous m'êtes témoin, vous et la sainte Mère de Dieu, saint Paul votre frère et tous les saints, que l'ÉgUse romaine m'a obligé, malgré moi, à la gouverner, et que j'eusse mieux aimé finir ma vie dans l'exil que d'usurper votre place par des moyens humains; mais, m'y trouvant par votre grâce et sans l'avoir mérité, je crois que votre intention est que le peuple chrétien m'obéisse, suivant le pouvoir que Dieu m'a donné, à votre place, de lier et de délier au ciel et sur la terre. C'est dans cette confiance que, pour l'honneur et la défense de l'Église, de la part de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, et par votre autorité, je défends à Henri, fils de l'empereur Henri, qui, par un orgueil inouï, s'est élevé contre votre Église, de gouverner le royaume
d'Allemagne et d'Italie; j'absous tous les chrétiens du serment qu'ils lui ont fait ou feront, et je défends à qui que ce soit de le servir comme roi : car celui qui attente à l'autorité de votre Église, mérite de perdre la dignité dont il est revêtu. Et parce qu'il a refusé d'obéir comme chrétien et n'est point revenu au Seigneur, qu'il a quitté en communiquant avec des excommuniés, méprisant les avis que je lui avais donnés pour son salut, vous le savez, et se séparant de votre Église, qu'il a voulu diviser, je le charge d'anathème en votre nom^ afin que les peuples sachent, même par expérience, que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre le Fils du Dieu vivant a édifié son Église, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ' . »
Cette excommunication, il n'est pas douteux que Henri l'avait pleinement méritée. Elle entraînait alors cette conséquence universellement admise, que l'excommunié, tant qu'il restait dans cet état, ne pouvait exercer aucun office public. Cette sentence toutefois n'était pas irrévocable ; elle tombait en cas d'amendement et de satisfaction; elle n'impliquait pas une soustraction absolue, mais seulement une suspension des droits de la royauté. Laisser au roi les moyens de revenir, c'est là que tendaient les efforts du pape, même après qu'il eut publié sa sentence dans une lettre circulaire.
Effets de l'excommumcation.
H. Henri était allé de Worms à Goslar, où il avait accru l'aigreur des Saxons par de nouvelles mesures de sévérité. De là il se rendit à Utrecht pour la fête de Pâques, et y apprit le jugement prononcé par le pape. \\ le dédaigna. Au mois d'avril, plusieurs évêques et abbés de Lombard ie, assemblés à Pavie, avaient eu l'audace, sous la présidence de l'intrigant Guibert de Ravenne, de lancer l'excommunication contre le pape. Guillaume, évêquo d'Utrecht, qui s'était concerté avec Henri, en fit autant et prononça dans l'église un discours injurieux contre Grégoire VIL A la Pentecôte, Henri réunit un concile à Worms, afin d'y procéder à l'élection d'un nouveau pape. Dans sa lettre
* Nous citons ici le teile de l'excommunication, que notro auteur se borne à rapporter en termes indirects. (N. du tradj
I,A HAJ'AUTK FT i/kMPIRR. So3
(]f) convocation, il s'exprima violemment contre Grégoire; il l'accusa de s'attribuer à la fois le pouvoir royal et le pouvoir sacerdotal, bien que les deux f?laives dussent être séparés [Luc, XX u, 38), de vouloir lui ravir la royauté et la vie, et de se comporter en véritable brigand.
L'Allemagne cependant comprenait de plus en plus la justice de la sentence du pape, et le peuple considérait comme une punition d'en haut la mort soudaine dont avaient été frappés plusieurs partisans de Henri : les évêques Guillaume d'Utrecht, Henri de Spire, Eppon de Zeitz, le préfet Burcard de Meissen, le duc Godefroy de la basse Lorraine. Plusieurs princes et évêques étaient mécontents de la mauvaise administration de Henri, de ses vengeances contre les Saxons, de ses débauches, notamment les ducs de Souabc, de Bavière et de Carinthie, les évêrfues de Metz et de Wurzbourg.
Udon, archevêque de Trêves, et d'autres membres du conciliabule de Worms, demandèrent pardon au pape et furent graciés, après avoir promis de se soumettre à la pénitence. Lorsque udon, qui avait été autorisé par Grégoire VII à communiquer avec Henri pour lui remettre des propositions de paix, revint de Rome et refusa toute relation avec Siegfried de Mayence et d'autres partisans de Henri, il produisit une profonde impression. Plusieurs seigneurs de Saxe n'avaient pas tardé à s'échapper de prison, et déjà les Saxons faisaient craindre une nouvelle révolte. Henri se vit délaissé de plusieurs de ses adhérents, que l'intérêt seul avait attachés à sa personne. Le concile indiqué à Worms ne fut pas même réuni, et une autre assemblée convoquée à Mayence fut si peu fréquentée, qu'il fallut renoncer au dessein d'y nommer un antipape. Henri essaya de diviser les Saxons et de les surprendre avec le secours des Bohémiens ; mais ses manœuvres échouèrent et lui enlevèrent tout crédit. L'archevêque de Mayence finit lui-même par abandonner Henri IV, réduit à ne recevoir de toutes parts que des humiliations.
Démarches de Grégoire VII en faveur de Henri IV.
<2. Grégoire VII ne se lassait point de faire des efforts pour décider Henri et les autres excommuniés à se réconcilier avec l'Église; ri était prêt, disait- il, à faire la paix avec lui, si lui-
même consentait à vivre en paix avec Dieu. Mais il se réserva de l'absoudre, de peur que tpielque évêque de cour ne se hàtàt de le faire avant d'avoir obtenu les satisfactions requises. 11 remercia de leur zèle les Allemands demeurés fidèles à l'Église, les exhorta à encourager à la pénitence leur souverain égaré et à fuir la société des excommuniés. Quand il apprit que les princes allemands se proposaient d'élire un nouveau roi, il les engagea (3 septembre 1076), nonobstant le jugement qu'il avait porté contre Henri, non par des considérations humaines, mais par strict devoir, à l'accueillir avw bunté s'il revenait à Dieu, et à faire prévaloir, non la justice, mais la miséricorde, en souvenir de sa mère et de sou cxccileut père. Il demandait seulement que le roi éloignât de sa personne les mauvais conseillers et en choisît de plus dignes, qu'il réparât le dommage causé, changeât sérieusement de conduite et cessât de traiter l'Église comme une servante. Dans lexas seul où le roi se montrerait absolument incorrigible, on procéderait avec prudence à une nouvelle élection, après avoir d'aliord consulté sur le candidat le Saint- Siège et l'impératrice Agnès.
Mansi, XX, 466 et seq., 19i, 206 et seq., 210 et seq.; Pertz^ Leg., Il, 48; Scr., V, 353 et seq., 243, 283, 361 ot seq.; VI, 709; VIII, 43.5, 442 ; Bonizo, loc. cit., p. 814, 81. t; Greg. VII, lib. II, post ep. v, ]. IV, ep i, m, p. 4.')1 et seq., ed. Migne; Watterich, I, 295, 321 et seq.; Baron., an. 1076, n. 34 et seq.; Dœllinger, p. 128 etsuiv.; Héfelé, V, 68-77. Sur la sentence prononcée contre Henri, voy. surtout Natal. Alex., sœc. XI, diss, II, a^rt. 4; Bianchi, loc. cit.,§ 2, n. 0 et seq., p. 200 et seq.; Phillips, K.-R., III, § 125, p. 12S etsuiv.; Gosselin, le Pouvoir du pape au moyen âge, vol. II, ch. n, art. 1.
Diète des princes à Tribur.
13. En octobre 1076, après différents pourparlers, une grande diète des princes se réunit à Tribur, en présence des légats du pape, le patriarche Sighard d'Aquilée et l'évêque Altmann de Passau. Plusieurs des évêques présents demandèrent à rentrer en grâce et s'offrirent à faire pénitence. Les princes délibérèrent pendant sept jours. Ils énumérèrent tous les crimes du roi Henri et les malheurs que ces crimes avaient attirés sur l'Empire. La plupart ne voyaient de salut que dans l'élection d'an
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nouveau roi. Henri, qui se trouvait à Oppenheim avec ses fidèles, essaya vainement, par des ambassades et par toutes les promesses iniapfinables, do calmer la mauvaise humeur des princes, dont plusieurs proposaient déjà de le surprendre et de l'enfermer : on n'avait plus de confiance en ce roi parjure. ITenri, aussi abattu dans le malheur qu'arrogant dans la bonne fortune, était effrayé de son sort : il offrit de g-ouverner l'État d'après le conseil des princes, d'abdiquer même, pourvu qu'il conservât le titre et la dignifé de roi. La lettre du pape et l'intervention des légats empêchèrent seules l'élection d'un nouveau roi.
Les légats, ainsi que les princes persuadés par eux, prirent la résolution d'abandonner toute cette affaire à la décision du Saint-Siège. Le pape, après avoir entendu les deux parties, se prononcerait dans une diète qui se réunirait prochainement à Augsbourg {h la Chandeleur 1077) : dans un an, si Henri était encore par sa faute sous le poids de l'excommunication, il serait, selon l'ancien droit, déchu de toutes ses prétentions à la royauté ; s'il se soumettait, il devait promettre d'obéir en toutes choses au pape, éloigner tous jes excommuniés de son entourage, vivre à Spire comme homme privé et sans suite militaire, n'entrer dans aucune église, renoncer à tous les actes du gouvernement, rendre la ville de Worms à son évêque et fournir des otages : s'il manquait à un seul de ces points, les princes seraient désormais affranchis de toute obligation envers lui.
Lambert. (Pertz, V, 232 et seq.) : « Quod srautc diem anniversarium excommunicationis suœ, suc prœsertim vitio, excommnnicatione non solvatur, absqiie retractatione in perpctiium causa ceciderit, nec legibus deinde regnum repetere possit, quod legibus ultra administrare, annuam passus excommunicalionem , non possit. » Paul Bernr., Vita Greg., cap. lxxxv : « Quia jiixta legem Teutonicorum se prœdiis et beneücüs privandos esse non dubitabant, si sub excommunicatione integrum annum permanerent. » Card. Aragon., an. i076 : « Cum in eorum (Germanorum) Ipge contineatur, nt si quis infra annum et diem, excommunicationis vinculo non fuerit absolu lus, omni careat dignitatis honore. » Cf. Bonizo, Watterich, I, 328.
Henri IV à Canossa.
14. Henri fut contraint de tout accepter. H congédia ses amis excommuniés, retira ses troupes de Worms, prit congé d'elles.
et vécut longtemps à Spire en simple particulier. Il promit par écrit de retirer son décret de Worms, de se soumettre au Siège apostolique et de fournir les satisfactions qu'on lui demanderait. Mais il connaissait les intentions de ses nombreux et puissants adversaires; il savait qu'ils traîneraient sa réconciliation en longueur, et il redoutait la diète d'Augsbourg, où l'énumération de ses crimes pourrait obliger le pape à confirmer son excommunication. Il s'offrit donc d'aller à Rome pour s'y réconcilier avec l'Église ; mais le pape lui rappela la convention de Tribur et la diète qui devait se tenir à Augsbourg, à laquelle il était lui-même sur le point de se rendre. Henri trouvait plus facile de s'humilier devant le pape que de comparaître devant les princes, d'autant plus que Grégoire VII ne s'était pas montré défavorable à ses droits. îl se mit en route avec sa femme Berthe et son fils Conrad. Il traversa le mont Cenis, non sans danger, pendant les rigueurs de l'hiver. La première année de son excommunication touchait à sa fin.
Pendant ce temps, le pape était déjà sur le chemin de l'Allemagne; mais, comme il ne trouva pas en Lombardie l'escorte qu'on lui avait promise, il interrompit quelque temps son voyage. Informé de l'arrivée de Henri, il se retira, par les conseils de la puissante comtesse Mathilde, si dévouée à l'Église, dans la forteresse de Canossa, que Mathilde possédait sur les frontières de Modène et de Parme. Henri supplia la comtesse et l'abbé Hugues de Cluny d'intercéder en sa faveur auprès du pape; puis il alla lui-même le trouver avec sa suite, et le conjura de lui pardonner dans sa miséricorde. Grégoire était fort embarrassé : il ne pouvait ni examiner un accusé en l'absence de ses accusateurs, ni préjuger ce qui devait se faire à Augsbourg. Henri, au surplus, avait si souvent manqué à sa parole, que l'on pouvait douter de sa sincérité. Il revint ainsi pendant trois jours, nu-pieds et vêtu de laine sur la chair, ne cessant d'implorer son absolution. La princesse Mathilde et d'autres personnes présentes à cette scène déploraient la dureté du pape, car la conduite du roi leur semblait une preuve irrécusable de sa conversion. Le 28 janvier d077, (Grégoire VII céda enfin sous les conditions suivantes : Henri se présenterait à la diète des princes et y répondrait aux accusations produites contre lui ; jusqu'au jugement de sa
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cause, il ne prendrait aucune part au gouvernement du royaume et fournirait toutes les satislactious qu'on exigerait de lui. Plusieurs seigneurs ecclésiastiques et laïques l'ayant juré au nom du roi, Henri fut absous de l'excommunication avec plusieurs prélats venus également pour se soumettre à la pénitence ; il fut admis à la messe du pape et à la communion. Le pape, prévoyant que les princes allemands seraient mécontents de ce qui venait de se passer, les avertit lui-même et leur exposa les raisons de sa conduite. 11 ajouta que, du reste, il avait laissé toute l'aliaire en suspens jusqu'à ce qu'il eût pu la terminer avec leur conseil; qu'en usant d'une douceur devenue nécessaire, il avait néanmoins sauvegardé les droits de la justice.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRlTIgUES SUR LE N° 14.
Wattericb, i, 290 et seq., 330 et seq.; Pertz, Leg., II, 49 et seq. (<■<■ Heurici edict. et promissio », puis « jusjurandum » ); Scr., V, 2oü et seq., 28(3 et seq. ^Lambert et Berthold. Coûst.). Greg. Vil, epp. Marisi, XX, 21«, 379,383; Deusdedit, Coll. caQ.,IV, 3Ö2 ; Dœllinger, 11, 129 et suiv.; Gt'rœrer, Vil, 309 et suiv.; Hélelé, V, 77 et suiv. 11 est absolument taux : 1" que Grégoire Vil imposa lui-même la pénitence au roi; 2° que celui-ci fut condamné à passer trois jours et trois nuits sans nourriture, en plein air, et vêtu seulement d'une cbemise, devant les portes de Canossa (voy. le contraire dans Floto, Henri IV, t. Il, p. 129); 3° que le pape se soit servi de l'Eucbaristie comme d'un jugement de Dieu (voy. Dœllinger, 11, p. 131 et suiv., u. 2; Boni/o, ap. Migne, t. CL, p. 846). Sur le récit de Giesobrecbt (Kaiserzl., 111, p.4U3j, \oy. Hisl.-pol. Bl., t. LVIII, p. lôl et suiv., 241 et suiv.
Nouvelle attitude de Henri IV.
45. Dès que Henri eut quitté Canossa, il se vit entouré, à Kegio et ailleurs, de gens qui ne voulaient point entendre parler de réconciliation avec le pape. Les évéques simoniaques de Lombardie voyaient leurs intérêts compromis; les seigneurs laïques, trouvant dans Henri un roi selon leurs convenances, soutl'raient avec peine qu'il fût écarté du gouvernement; ils faisaient souvent éclater leur dépit, l'accablaient de reproches, menaçaient d'élire à sa place Conrad, son tils mineur, et d'aller avec celui-ci à Rome instituer un nouveau pape. Henri, de son côte, craignant de perdre la Lombardie, tâchait d apaiser le murmure de ses partisans sans rompre ouvertement avec Grégoirt; Vil.
Ceux-là, principalemeut rambiticiix (Jiiibert de Ravenne, essayaient de le püusser eu avant. Les Lombards se nioutraieni fort liostiies envers le pape. A. Plaisance, le légat de (.îrégoire, (jéraid, evèque d'Ustie, fut retenu prisonnier, et l'on essaya, dans une conférence projetée à Mautoue, de surprendre par ruse le pape et la princesse Alatbilde; mais ce projet échoua. Chaque jour il devenait plus manifeste que la conversion de Henri, si elle n'était pas un vain siiïiulacre, n'avait pas cependant été fructueuse: ce prince encourait le mépris de tous les gens de bien. Dans les idées de ce temps, la pénitence publique, surtout quand elle était librement acceptée, n'avait rien de déshonorant pour un souverain; il y avait eu avant Henri lY et il y eut encore depuis des empereurs et des rois qui se soumirent à des peines plus rigoureuses. Mais Henri IV, dont on ne connaissait que trop les dispositions, et qui avait donné tant de preuves de son inconstance et de sou manque de caractère, n'était pas dans ces seutiinenls. Celle fois encore, il n'eut pas le courage de se déclarer publiqueuient. Ainsi, lorsque le pape eut interdit, par mesure provisoire, qu'il fût couronne solennellement à Mouza roi de Lombardie, Henri trouva quelque moyen furtif dB se faire placer la couronne de fer sur la télé.
Le pape se voyait toujours dans la nécessité de prolonger son séjour à Canossa, car la roule d'Allemagne et le chemin de Rome lui étaient également fermes. La diète d'Augsbourg étant devenue inutile par suite des démarches de Henri, les princes d'Allemagne en indiquèrent une nouvelle à Forchheim, à laquelle le pape, personnellement empêche, envoya deux légats.
Election d'un roi à Forcbheim. — Impartialité de Grégoire VII.
-lu. Malgré les ellbrts des légats pour empêcher l'élection d'un nouveau roi, les seigneurs et le peuple nommèrent à Forchheim, d'une voix unanime, Rodolphe, duc de Souabe, doublement allié à Henri (mars 1077). Il fut couronne à Mayence par l'arclievèque Siegfried, apres avoir reconnu l'Allemagne connue un royaume électif et garanti la liberté des élections episcopales (!2G mars). Déjà précédemment il avait écrit au pape pour lui promettre obéissance et l'inviter à se rendre
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en Allemagne. Il soutint les légats on pape dans leurs luttes contre la simonie et le concubinage <les clercs, et par là se rendit odieux à tous ceux qui s'intéressaient au maintien de l'ancien ordre de choses, tirégoire VII fut mécontent de celte élection, parce qu'elle s'était faite contrairement à ses vœux, sans une nécessité extrême, et que les princes s'étaient arrogé le droit de rendre eux-mêmes le jugement deiinitif qu'il s'était naguère réservé. 11 aurait voulu conserver le royaume à Henri; mais il dut renoncer à cette espérance, à mesure que ce prince s'embarrassait de plus en plus dans les pièges des Lombards. D'une part, il refusa de frapper Rodolphe d'excommuuication, malgré les instances de Henri, parce qu'il voulait l'entendre, ainsi que ses électeurs; et, d'autre part, il ne voulut pas reconnaître Rodolphe, parce que les droite de Henri n'étaient pas détinilivement éteints ni l'élection de Forchùeim sufüsamment justiliee. 11 espérait toujours apaiser le diliérend eu s'abouchant avec les princes d' Allemagne, et prévenir ainsi de plus grands malheurs. Plutôt que de s'écarter en rien du sentier de la stricte justice, il 'aima mieux encourir les plus amers reproches de la part des adhérents de Rodolphe.
Troubles en Allemagne.
17. Dans l'Allemagne même, c'était le glaive qui allait désormais trancher la difhcullé. En 1077, après l'àques, Henri, pourvu d'argent et de troupes lombardes, passa les Alpes de Carintliie et pénétra en Bavière. Ses anciens partisans se groupèrent autour de lui et eu gagnèrent de nouveaux parmi ceux qui se plaignaient de la sévérité de Rodolphe et des réformes religieuses. Henri ravagea la bouabe et força l'antiroi à se retirer eu Saxe. Plusieurs d'entre les princes qui avaient élu Rodolphe l'abandonnèrent dans sa détresse. Le patriarche d'Aquilée, qui avait iinagiue une lettre du pape en faveur de Henri, les évêques d'Augsbourg et de Strasbourg, très actifs pour sa cause, furent surpris par une mort subite. Dans l'Allemagne du Sud, où les évêques de Worms, de Wurzbourg, de Passau et de Salzbourg étaient seuls contre lui, Henri régnait en maître absolu. 11 pourvut les églises de ses créatures, do sorte que, dans plusieurs villes, chacun des deux partis avait son évêque. Il y eut des guerres civiles, des massacres, des ravages de provinces. Un traité avait
été conclu par les princes et signé par les deux rois : Henri le rompit indignement, occupa les passages des Alpes et Ht saisii' les légats du pape. Le 12 novembre 1077, le cardinal-diacre Bernard l'excommunia à Goslar pour sa résistance opiniâtre à cette convention pacifique, et se prononça en faveur de Rodolphe. Mais le pape, au lieu de ratifier cet acte, demanda aux deux rois d'envoyer des plénipotentiaires à son prochain concile du Carême. Dans l'automne, le «ardinal légat était déjà rentré à Rome, où venait de se former un parti hostile, alhé aux Lombards, et qui avait assassiné le préfet de la ville. Le peuple s'empara du meurtrier et le fit mettre à mort.
OLVRAGES A CO.NSLXTEB SUR LES N«» 15-17.
Donizo, ap. Pertz, XII, 282; Bonizo, p. 816 (Watterich, 1, 33i et seq.); Paul Bern., (Aligne, t. CXLVIII, p. 80 et seq.); Berthold (Pertz, V, 290 et seq.); Bruno (iit., p, 372 et seq.; Migne, loc. cit., p. 745 et seq.); Greg., hb. IV, ep. xxiii, xxiv; Hb. V, ep. vu, xv et seq.; Üb, VI, tp- 1, IV ; cf. lib. IX, ep. xxvni (Migne, loc. cit., p. 478 et seq., 629; Mansi, XX, 361 et seq., 229 et seq.); Papencordt, p. 215; Dœilinger, 132 et suiv.; Héfelé, V, p. 91-100.
Concile de Rome (1078).
18. En février 1078, les évêques d'Osnabruck et de Verdun, envoyés de Henri, arrivèrent au concile de Rome pourvus d'abondantes ressources, tandis que les délégués de Rodolphe ne purent traverser les Alpes qu'à force d'adresse et en se déguisant. Les premiers s'appliquèrent à dissimuler les actes hostiles de Henri et à relever ses bonnes intentions; ils sollicitèrent l'excommunication de Rodolphe, et cherchèrent à se créer des amis parmi les cent évêques qui composaient le concile. 11 fut décidé que le pape irait en personne ou enverrait des légats eu Allemagne, pour travailler, avec les princes de l'Empire et en l'absence des deux souverains, au rétablissement de la concorde; celui qui .s'opposerait à la pacification serait frappé sans délai de l'excommunication. Aux envoyés de Henri l'on adjoignit un nonce, qui devait s'entendre avec eux sur le lieu et le temps de la conférence. Ce même concile excommunia et suspendit Guibert de Ravenne et Tébald de Milan, porta des censures contre d'autres prélats et confirma de précédents décrets. Les
légats du pape avaient pour mission de chercher à pacifier l'Allemagne et à procurer un armistice. Henri leur fit à Cologne un accueil honorable, ne fût-ce que pour complaire à l'opinion publique ; mais, loin de s'occuper des négociations en vue, il ne chercha qu'à les entraver. Rodolphe en fit autant de son côté : il noua des alliances secrètes avec la France et la Hongrie, tandis que Henri se préparait à la guerre. Après la bataille sanglante mais indécise de Meilrichstadt (7 août 1078), on vit reparaître les horreurs de la guerre civile, surtout dans la Souabe, qui fut livrée au pillage. Henri, continuant de pratiquer l'investiture, conféra les sièges de Trêves et de Strasbourg, sans égard aux canons de l'Église.
Mansi, XX, 503 et seq., 248 et seq., 256; Watterich, I, 298 et seq., 333 et seq.; Pertz, V, 306 et seq., 367, 371 et seq.; Gesta Trev. (ib., VIll, 183 et seq.); Gfrœrer, VII. p. 638 et siiiv., 664 et suiv.; Héfelé, p. 106-113.
Autres conciles.
19. Dans un second concile tenu dans l'église de Latran (nov. 1078), les délégués de Henri et de Rodolphe jurèrent de nouveau que leurs maîtres ne s'opposeraient nullement à ce que les légats tinssent une conférence sur leurs territoires. Cette conférence renouvela les canons contre la simonie et l'investiture laïque, et déposa Guibert, archevêque de Ravenne. Dans un nouveau concile (février 1079), les envoyés de Rodolphe produisirent contre Henri les plus graves accusations : il insultait à la religion, maltraitait indignement les prêtres et manquait à toutes ses promesses. Plusieurs évoques demandèrent qu'il fût anathématisé. Grégoire VII différait toujours; il voulait faire une dernière tentative pour amener un accommodement pacifique. 11 se contenta de la promesse faite avec serment par les plénipotentiaires des deux partis, que leurs maîtres enverraient à Rome des délégués avant la prochaine fête de l'Ascension, pour fournir un sauf-conduit aux légats qui iraient en Allemagne, et qu'ils se soumettraient docilement à la sentence que porteraient les légats après avoir entendu les deux parties.
Le pape choisit pour légats le cardinal-évêque d'Albano et i'évêque de Padoue, et leur remit ses lettres. Mais le patriarche
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!Sfi2 HISTOTRF DE l'ÉGLISE.
d'Aquilée, allié secrètement à Henri, trouva moyeu de retarder leur arrivée en Allemagne. Henri fit échouer la réunion du congrès, et montra de plus en plus qu'il n'y avait rien à espérer de lui. Il réussit à semer la discorde parmi les Saxons, obtint de nouveaux avantages et s'en servit pour infliger à l'Église de nouvelles épreuves. La notoriété de ses crimes, les rapports du cardinal d'Albano, les plaintes pressantes et réitérées des Saxons, les menaces faites par Henri de nommer un antipape, le danger que l'honneur du Saint-Siège ne souffrît d'une attente trop prolongée, déterminèrent Grégoire VH à fulminer de nouveau, dans un concile de Rome, l'excommunication contre Henri (7 mars 1080), et à reconnaître enfin comme roi d'Allemagne Rodolphe, qui venait de remporter une victoire. L'interdiction de l'investiture laïque et autres ordonnances furent renouvelées.
Mansi, XX, 382, 507 et seq., 523 et seq., 531 et seq., 264, 272 et »eq., 285; Bernold. Bruno Berti). Hugo Flav. (Pertz, V, 435, 370 et seq., 314 et seq.; VIH, 423 et seq.); Paul. Bern. (Migne, p. 88 et seq.); Bouizo, lib. IX (Migne, t. CL. p. 848); Petrus Pisan., Vita Greg. (Watt.. I, 301 et seq., 332, 436 et seq.); Dœllinger, p. 133 et suiv.; Héfelé, p. 113-134. Il n'est guère croyable que Grégoire ait envoyé à Rodolphe une couronne portant cette inscription : « Petra dédit Petro, Petrus diadema Rudolpho » (Sigeb. Genibl., an. 1077; Watt., 1,438) ; Üttonde Frisingue, I, 7, et Guill. Apul. lib. IV, en parlent comme d'un simple bruit. (Voy. Voigt, p. 530 et suiv.; Gfrœrer VU, p. 730 et suiv. Plusieurs protestants, tel que Neander, II, p. 395, croient à la réalité du fait.
L'antipape Guibert.
20. De son coté, Henri convoqua d'abord à Mayence, pour la fête de la Pentecôte, une réunion de dix-neuf évoques allemands qui hii étaient dévoués, puis une autre à Brixen, composée d'évèques et de seigneurs allemands et lombards. Dans cette dernière, Hugues le Blanc se constitua de nouveau le calomniateur du pape. La plupart de ses membres étaient des simoniaques déposés et excommuniés. Les accusations furent les mêmes qu'en 1076, sauf quelques autres qu'on y ajouta, par exemple que Grégoire VH en voulait à la vie do Henri IV, qu'il était partisan de l'hérésie de Réreiiger, simoniaque et ma-
LA PAPAUTÉ ET I.'eMPIRE. .S63
gicien, qu'il avait fait un pacte avec le démon. Après que l'assemblée eut signé contre Grégoire un décret de déposition, auquel Henri ajouta lui-même sa signature, elle choisit pour antipape, contre toute justice, en présence du seul cardinal Hugues, qui était déposé, Guibert, archevêque excommunié de Ravenne, qui prit le nom de Clément HI. Henri le reconnut aussitôt en fléchissant devant lui les genoux; il lui promit par serment de le conduire à Rome avec une armée et de recevoir de ses mains la couronne impériale. L'antipape excommunia Rodolphe et le duc Guelfe, puis se rendit à Ravenne en grande pompe, revêtu des ornements pontificaux, tandis que Henri préparait la guerre contre Rodolphe et les Saxons. Le 45 octobre 1080, une grande bataille fut livrée sur la rivière de l'Elster; les Saxons finirent par l'emporter, mais Rodolphe fut mortellement blessé. On fut d'autant plus disposé à considérer sa mort comme un châtiment du ciel, qu'il se serait écrié, peu de temps auparavant, qu'il regrettait d'avoir çléserté la cause de Henri, et qu'on répandit une prétendue prophétie du pape selon laquelle le faux roi mourrait avant un*an.
Décret. Brixin., Pertz, Leg., II, 31 ; Ecceh. Chron., Pertz, Scr., VI, 203; Watt., I, 441 et seq. Les contemporains comparent Guibert à Catilina. Watterich, I, 31.^. Voy. Dœllinger, p. 135 et suiv.; Héfelé, p, 13H38. — Gerhoch., de Antichr. I, xx, p. 51, l'appelle « simulacrum, idolum )), et Henri IV « non rex, sed tyrannus ». Exclamation de Rodolphe mourant, dans Chronic, üsperg, p. 172. Prétendue prophétie de Grégoire, dans .Sigeb. Gembl.; Pertz, VI, 364. L'autre forme dans Bonizo, p. 819 (Watterich, 1, 34ö) s'explique par une fausse interprétation des paroles de Grégoire à Henri de Trente, en 1076. Gfrœrer, VII, p. 728 et suiv.
Combats de Henri l'V en Italie. — Détresse du pape.
âl. Devant l'attitude menaçante des Saxons, Henri résolut d'aller combattre le pape en Italie. S'il parvenait à le renverser, il ne tarderait pas à être victorieux en Allemagne. 11 avait encore en Lombardie de puissants amis, qui se pressèrent autour de l'antipape et forcèrent peu à peu la comtesse Mathilde, protectrice du Saint-Siège, à se retirer dans ses places fortes. Grégoire VII demeura inébranlable, malgré les terribles
564 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.
épreuves qu'il entrevoyait. Il ne pouvait s'appuyer que sur les Normands, dont il avait autrefois excommunié le puissant chef, Robert Guiscard. Robert conclut avec lui un traité et prononça le serment de vassal, comme il avait fait autrefois entre les mains de Nicolas II, tandis que Grégoire lui donna en fiefs les mêmes domaines que Robert avait eus de ses prédécesseurs. Relativement aux territoires qu'il possédait injustement, le pape se contenta d'une tolérance, en émettant l'espoir qu'il se comporterait mieux à l'avenir.
Quant aux autres princes d'Occident, le pape essaya vainement de leur demander secours contre la puissance de Henri et de son antipape. Toujours inflexible cependant, il renouvela l'excommunication contre Henri et les siens dans un concile tenu en février 1081. Il écrivit à Altmann, évêque de Passau, et à Guillaume, abbé d'Hirscliau, qu'il ne craignait point de voir Henri passer les Alpes, mais qu'il souhaitait que les Allemands vinssent au secours de la princesse Mathilde, öt il les exhortait à ne pas trop se presser d'élire un nouveau roi, afin de ne pas nommer un sujet indigne. L'élu devait faire serment de procurer à l'Église la sécurité nécessaire. Le pape envoya à Altmann la formule de celui qu'il fallait exiger, tout en laissant à sa sagesse le soin d'y ajouter ou retrancher ce qu'il croirait opportun. Il lui recommanda de traiter avec bonté les partisans de Henri (}ui viendraient à résipiscence. Sur ces entrefaites, Henri avait pénétré dans la haute Italie. Comme il se trouvait à Vérone pour la fête de Pâques, le pape exhorta les Vénitiens à n'avoir aucune relation avec les excommuniés, et quand Henri se fut avancé contre Ravenne, il déclara qu'il sacrifierait plutôt sa vie que d'abanJuuner le sentier de la justice. S'il l'avait voulu faire, il aurait obtenu du roi Henri les plus grandes concessions.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 2i .
Serment de Robert, Greg. VII, post lib. VIII, ep. r, p. 574 et seq.; Deusdedit, III, d 56-158, p. 340 et seq. Négociations avec les Normands, l^apencordt, p. 216-218: Héfelé, p. 139 et suiv. Synode de i'évrier 1081 ; Mansi, XX, 577; Greg., lib. IX, ep. m, x, xi, p. 667 et seq.; Jaffé, p. 437 et seq. Formule du serment, voy. mon ouvrage : Kath. Kirche und Christi. Staat, p. 199 et suiv.; Héfelé. p. 145-150.