‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 28 sur 44 · Henri se fit couronner à Milan roi de Lombardieet arriva · texte numérisé non relu

Henri se fit couronner à Milan roi de Lombardieet arriva

LA PAPAUTÉ ET LEMPIRE. 56n

devant Rome vers la Pentecôte, le 21 mai 1081 , espérant qu'elle ne tarderait pas à lui ouvrir ses portes. Mais les Romains étaient dévoués au pape. Henri en fut réduit à se faire couronner empereur par son antipape sous une tente dressée devant la ville, et, après avoir ravagé le pays d'alentour, à se retirer en Lombardie. Ses tentatives contre Florence échouèrent ; Lucques et Pise, voilà tout ce qu'il put arracher à la comtesse Mathilde. Il s'était flatté de séduire le duc Robert, eu lui offrant certains domaines du pape. Plus tard, il s'allia contre lui avec les Grecs; mais Robert les défit en 1081. Henri passa l'été dans la haute Italie, tandis que ses adversaires obtenaient la prépondérance eu Allemagne et élevaient à la royauté (9 août) le comte Hermann de Luxembourg, qui, après l'accession de la Saxe, fut couronné à Goslar, le 26 décembre 1081, par l'archevêque de Mayence. Hermann montra peu de capacité. Henri alla pour la seconde fois assiéger Rome pendant trois mois, mais sans réussir. Il ne parvint pas même, en mettant le feu à l'église de Saint-Pierre, à éloigner les défenseurs des fossés et des retranchements. Grégoire commanda aux troupes de rester à leurs postes, pendant que lui-même éteignit l'incendie, en faisant, dit-on, le signe de la croix.

Henri s'empara de deux légats du pape et de quelques autres de ses partisans; mais, en mars 1082, il s'éloignait de nouveau de Rome, laissant sou antipape à Tivoli pour surveiller et saccager la contrée, une troisième fois il se présenta devant la ville sainte avec une armée renforcée, et jéussit, après sept mois de siège, le 3 juiu 1083, à s'emparer de la cité Léonine et de l'église de Saint-Pierre, tandis que le pape restait maître du château Saint-Ange, du Trastevère et de toute la partie située sur la rive gauche du Tibre. Henri déclara que si Grégoire consentait à le couronner empereur, il était prêt à se réconciHer, à sacrifier son antipape, qui ne lui avait servi que d'instrument pour insulter l'p'^glisp et la persécuter, et qui, du reste, n'était nulle part reconnu hors des États du roi. Les Romains, déconcertés par les rigueurs d'un long siège, insistaient auprès du pape pour lui faire accepter des conditions si équitables. Grégoire, toujours fidèle à lui-même, répondit qu'il absoudrait le roi et le couronnerait empereur quand ce prince aurait satisfait à Dieu et à l'Éghse pour ses crimes pu-

blies. Il ne pouvait se départir de ses exigences sans bouleverser tout l'ordre ecclésiastique.

Délivrance de Grégoire VII.

23. Henri, enflé de ses succès, ne voulut point entendre parler de satisfaction; cependant il convint avec les Romains qu'ils détermineraient le pape à convoquer un grand concile pour le mois de novembre ; mais il leur arracha la promesse secrète qu'après un certain laps de temps il recevrait la couronne impériale soit de Grégoire, soit d'un autre pape. Henri construisit près de Saint- Pierre, pour la surveillance de Rome, un château fort qu'il garnit de quatre-cents chevaliers; puis il se rendit en Toscane, dans l'espoir de conclure aussi un traité avec la comtesse Mathilde. 11 échoua. Le pape indiqua effectivement le concile demandé. Henri, qui avait promis de donner sûreté à tous ceux qui voudraient y assister, fit arrêter ou emprisonner plusieurs des prélats qui se rendaient à Rome, de sorte qu'il n'y vint personne de l'Allemagne, et de la France quelques évêques seulement.

Grégoire VII ouvrit le concile en l'église de Latran, le 20 novembre 1083; dans un discours émouvant, il exhorta les prélats à persévérer avec courage dans ces terribles épreuves de l'Éghse. Les Romains, indignés des violences de Henri, émus de voir la garnison qu'il avait laissée dans son castel mourir de maladie, et de quatre cents hommes réduite à trente, revinrent à leur première fidélité et démolirent le château. Cependant Henri se créa de nouveaux partisans par des distributions d'argent, revint à Rome pour la quatrième fois, s'empara, le 21 mars 108-i, de la plus grande partie de la ville, tandis que Grégoire se tenait enfermé au château Saint-Ange. Dans un prétendu concile qu'il convoqua et auquel Grégoire fut invité, il fit introniser son pape Clément III et reçut de ses mains, le 31 mars, la couronne impériale dans l'église de Saint-Pierre, (îrégoire VH fut assiégé dans le château Saint-Ange.

Tout à coup la nouvelle se répand que Robert Guiscard vole à son secours avec une puissante armée. Henri et Guibert sortent de Rome et vont combattre en Toscane les troupes de la comtesse Mathilde. Quelque temps après, le duc Robert arrivait devant Rome. Comme il rencontrait de la résistance, notamment

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dans la région du sud, il pilla la ville et en brûla une grande partie. Les Normands s'y livrèrent à de honteuses débauches. Grégoire Yll se rendit au Mont-Cassin, près de l'abbé Didier, puis de là à Salerne, où il renouvela l'excommunication contre Henri et l'antipape (fin 1084.), et adressa une circulaire à tous les fidèles sur la situation de l'Église. En Italie, les catholiques étaient affreusement persécutés par les schismatiques, et l'Allemagne en proie à la guerre civile.

Assemblée des princes allemands en Thuringe. — Conciles d'Allemagne.

24. En janvier I0S.5, les deu.v partis entrèrent en conférence dans le but d'arriver à une entente pacifique. Le parti du pape était représenté par le cardinal légat Otton, évêque d'Ostie, par les archevêques (îebhard de Salzbourg et Hartwig de Magdebourg, et par d'autres évéques; celui de Henri, par les archevêques du Rhin et plusieurs de leurs sufFragants. On y discuta sur les relations avec les excommuniés et sur l'excommunication de Henri ; ses partisans voulaient qu'on lui appliquât les canons relatifs aux évêques, et prétendaient qu'un prince ne pouvait pas être jugé par l'ÉgUse tant qu'il n'était pas entièrement rétabli dans son domaine. Les partisans du pape répondirent que ce n'était pas aux individus à examiner si le Saint- Siège avait bien jugé, puisqu'il n'a pas de juge au-dessus de lui. On se sépara sans avoir rien conclu. A Quediinbourg, en présence du roi Hermann, le légat se réunit en concile avec les évêques demeurés fidèles à Grégoire VIL Ils renouvelèrent l'anathème contre l'antipape et ses adhérents et publièrent plusieurs canons. Pendant ce temps, le parti adverse prononçait à Mayence (mai 1085) la déposition de Grégoire, confirmait l'exaltation de l'antipape, annonçait une trêve de Dieu, et déclarait les évêques grégoriens déposés.

Mort de Grégoire VII,

25. Grégoire Vil, qui était encore condamné à être témoin de la défection de quelques-uns de ses amis, prévoyait sa mort et s'y préparait. « J'ai aimé la justice, » disait-il à son entourage, « et j'ai détesté l'iniquité : c'est pourquoi je meurs en exil, n Ce furent les dernières paroles qu'il prononça le jour de sa mort

(25 mai i08o). Déjà auparavant il avait signalé aux cardinaux ceux qu'il estimait les plus dignes de lui succéder : Didier, cardinal et abbé du Mont-Cassin ; Otton, cardinal d'Ostie; Hugues, archevêque de Lyon, et Anselme de Lucques. 11 fut inhumé à Salcrne, dans l'église de Saint-Matthieu, sous une simple pierre, au-dessus de laquelle Jean de Procida éleva plus tard une magnifique chapelle. Interrogé avant de mourir s'il voulait absoudre les excommuniés : « Excepté le roi Henri, » dit-il,. «l'antipape Guibert et leurs principaux conseillers, j'absous et bénis tous ceux qui croient que j'en ai le pouvoir. » Ce grand défenseur de la hberté des âmes, rangé par l'Êghse au nombre de ses saints, avait succombé en apparence, mais son esprit lui survécut dans ses successeurs et dans les meilleurs de ses contemporains. A ceux qui objectaient qu'il était mort en exil sans avoir triomphé de ses ennemis, Etienne d'Halberstadt répondait que bien mourir valait mieux que mal vivre; que le Seigneur a proclamé heureuk ceux qui souffrent persécution pour la justice {Matth., v, 10); que Pilate aussi avait survécu au Sauveur, Hérode à l'apôtre Jacques, Néron au prince des apôtres; qu'un jour, au tribunal de Dieu, les vrais disciples de Jésus-Christ confondront leurs persécuteurs {Sag', v, 1-9); que les justes peuvent être bannis et mis à mort, mais jamais courbés ni vaincus, et qu'enfin la défaite physique peut se changer en victoire morale pour les siècles à venir.

Pertz, Scr., V, 438 et seq., 444; VI, 203 et seq., 721 et seq.; VII, 747 ; Vlil, 460 et seq.; XI, 656 ; XII, 19, 165, 383 ; Watterich, I, 338 et seq., 445 et seq., 462 et seq.; Mansi, XX, 331, 603, 607, 613, 628; Bonizo, p. 818; Paul. Bern. (.Migne, t. CXLVHI, p. 93 et seq.); Stephan. Halb., ep. ad Walr. l'ib., p. 1448); Papencordt, p. 218-224; Reumont, II. 378-383; Dœllinger, p. 136-139; Héfelé, p. 130 et siiiv., 138 elsuiv.; Gfrœrer, VII, p. 802 et suiv., 838 et suiv. Ajoutez Kunstmann, dans Freib. Ztschr. f. Theol., 1840, t. VI, p. 116 et suiv.

Vues de Grégoire VII. — Sa justification.

26. Grégoire Vil était certainement animé d'une vive ardeur pour la liberté de l'Église et la pureté de ses membres; il était tout pénétré de l'idéal du sacerdoce et de la grandeur de sa mission. 11 n'entendait point fonder une monarchie pontificale

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universelle, dans laquelle les princes temporels ne seraient plus que les vassaux de Rome : il voulait établir la souveraineté de la loi chrétienne, faire prévaloir l'influence spirituelle de l'Église, qui avait toujours été reconnue et qui devait, comme un soleil, éclairer la puissance temporelle (la lune). 11 voulait, enfin, opposer une digue à la tyrannie sans bornes des rois de son temps et secouer le joug qu'ils faisaient peser sur l'Eglise. Le tribut. que lui offraient quelques princes, le lien féodal qu'ils désiraient eux-mêmes, n'étaient qu'un moyen d'aider à l'accomplissement de cette tâche. Dans cette lutte titanesque, devenue pour les papes une nécessité, le Saint-Siège pouvait entreprendre tout ce qui n'était pas contraire au droit divin ; il pouvait surtout faire fléchir sous la loi de Dieu tout droit fondé sur la seule volonté des hommes.

Grégoire YII ne prétendait nullement qu'il fût loisible à l'Église de distribuer et de reprendre à son gré le:< empires de la terre; que la puissance civile tirât son origine, non de Dieu, mais de Satan, Il ne prétendait ni abolir ni accaparer le pouvoir temporel ; mais il voulait se servir des droits de la primauté, tels qu'ils s'étaient développés dans le cours des âges, pour amener les princes temporels, qui foulaient aux pieds toute espèce de droit, à ployer sous une loi supérieure et divine, à respecter la liberté et l'autonomie de l'Église. Et il le faisait en s'appuyant à la fois sur le droit divin et sur le droit humain, sur les canons comme sur les lois en vigueur dans chaque pays. Aussi n'a-t-il pas omis de justifier sa conduite envers Henri IV, principalement dans ses lettres à Hermann, évêque de Metz.

Que Grégoire ait été pleinement convaincu de la justice de sa cause, des protestants éclairés l'avouent eux-mêmes (Gieseler, II, ii, § 47, p. 89; Neander, II, p. 375). Les paroles les plus significatives du pape se trouvent 1. IX, ep. xxi, ad univ. fid.. p. 622; Reg., p. II, ep. lxiv, p, 708; 1. VII, ep. Xïv ; ep. viii, 21, (ici la comparaison du soleil et de la lune); 1. III, ep. vni, p. 439 : Les princes doivent reconnaître « Christi super se imperium » ; lib. IV, ep. ru, p. 457, ne pas traiter l'Église comme une servant'., mais comme une mère. Sur les vues principales de Grégoire, voy. Héfelé, V, 16 et suiv., et mon ouvrage cité, p. 122 et suiv., ibid., p. 141 et suiv., sur cette accusation qu'il attribuait à l'Église le droit de conférer tous les royaumes et de les enlever, et p, 460, cur

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cette autre accusation que le pouvoir civil tirait son origine du mauvais Esprit. Grégoire enseigne positivement que le pouvoir vient de Dieu, et il recommande la concorde entre les deux puissances. Lib, I, ep. xix, Lxxv; lib. ll,ep.xxxi; III, ep.vn; VII, ep. xxi, xxiii, xxv, IX, xxvui.Le? paroles de Dœllinger (l'Église et les Églises, p. 39 et suiv.) sur le pouvoir extraordinaire du pape dans les cas de nécessité, empruntées do Bossuet, ont été reproduites par Pichler (1, p. '223) précisément à propos de Grégoire VII. Les vingt-deux propositions du Dictatu.- Greg., Vn (lib. II, ep. lvj Mansi, XX, 168 et seq.) sont considérées comme authentiques par Baronius, an. 1076, n. 31 ; Chr. Lupus, not. et diss. ad Concil., etc.; elles sont combattues par Launoy, ep., lib. VI, xiii; Pag., an. 1077, n. 8; Natal. Alex., Ssec. XI, diss. III, t. Xlll, 627 et seq. Plusieurs protestants, tels que Schrœckh, K.-G., 25, p. 51!i et suiv.; Neander, II, p. 396, les tiennent pour un lourd résumé fait par un tiers, mais où se trouveraient en grande partie les principes de Grégoire. Héfelé (V, p. 67) croit qu'un partisan du pape a reproduit à sa manière des assertions réelles ou supposées du pape, atin de donner un aperçu des droits du Saint-Siège. Giesebrecht (Miinch. bist. Taschenbuch, 1866, 149) les attribue à Grégoire; mais ses courtes remarques, non à l'abri de la critique, sont loin de vider la question (voy. Janssen, Bonner theol. Lit, -RI., 1867, 821). Les plus fortes et les plus frappantes de ces propositions ne se trouvent ni dans les lettres de Grégoire, ni dans celles de ses successeurs immédiats, qui l'avaient pourtant en grande vénération.

Les adversaires de Grégoire VII.

27. Les adversaires du pape trouvaient qu'il avait fait une chose inouïe en excommuniant le roi d'Allemagne. Il n'était pas permis, selon eux, d'excommunier un roi, de lui contester le droit de régner, de délier ses sujets du serment de fidélité : l'Écriture, disaient-ils, veut que tous les sujets rendent l'obéissance à leurs princes, fussent-ils même païens ; les rois ne sont responsables que devant Dieu, et l'État est d'institution divine. Sans rejeter ces deux dernières assertions, on répondait que l'obéissance à l'autorité civile n'est pas absolue; qu'à côté de l'autorité civile. Dieu a établi l'autorité spirituelle; qu'il a le droit d'exiger que les rois eux-mêmes lui soient soumis en tant que chrétiens, car ils font aussi partie du troupeau de Jésus- Christ confié à la garde de Pierre. Celui qui conteste à la puissance ecclésiastique le droit de le lier, doit lui contester aussi le droit de le délier; or, nier cela, c'est se séparer de Jésus-Christ. Les princes chrétiens ne sauraient être affranchis du pouvoir

suprême de l'Église, qui leur ouvre ou leur ferme les portes dn ciel. Saint Ambroise s'est servi du pouvoir spirituel contre l'empereur Théodose, Grégoire II contre Léon III; le pape Zacharie a délié du serment prêté à Chilpéric; Grégoire le Grand a menacé de la perte de leur puissance les contempteurs des lois de l'Église. Qui méprise les apôtres, méprise Jésus-Christ même {Luc, x, 16). Un serment par lequel on s'oblige à une chose contraire à la loi divine, perd son efficacité.

Or, si les princes criminels pouvaient, comme les simples fidèles, tomber sous l'excommunication de l'Église, — et le cas échéant, c'était au pape à en juger, — ils devaient encourir aussi toutes les conséquences spirituelles et temporelles attachées à l'excommunication. Un prince exclu par l'Église ne devait pas continuer de régner sur un peuple chrétien ; et ce peuple, on ne pouvait pas le contraindre d'être en relation avec lui. Et comme on ne peut confier au caprice de chaque individu le soin de juger jusqu'où s'étend l'obligation d'un serment, que l'Église, en vertu de son pouvoir de lier et de délier, peut et doit en décider dans certaines conjonctures, il est indubitable qu'une telle décision revient à son chef. Grégoire VII avait donc pleinement le droit de déclarer que les sujets étaient déliés du serment prêté à un roi qui persévérait dans l'excommunication. Le serment prêté à un homme tire sa vertu obUgatoire de la fidélité que l'on doit à Dieu. Ce serment n'a pas d'autre sens que celui-ci : en vertu de la fidélité que je dois à Dieu, et en tant que cela est compatible avec cette fidéUté, je promets de vous être fidèle. S'il y a collision entre les devoirs, le devoir suprême qui me lie à Dieu prime le droit inférieur qui me fie à l'homme.

Chose remarquable! les évêques henriciens mettaient toujours en première ligne le serment de vasselage qu'ils avaient juré au roi, tandis qu'ils tenaient pour rien le serment qu'ils avaient prononcé dans leur consécration religieuse et les devoirs de leur état, réserves par ce serment. Cette fausse attitude des évêques attestait elle-même la nécessité de la lutte entreprise par Grégoire VII.

Greg., lib. IV, ep. ii; lib. VHI,ep. xxi. p. 454, 549 et seq. Cf. lib. I,

ep. XXII, ad Carthag., p. 306 : « Cum ergo mundanis potestatibtis obedire prsedicavit Apo?tolus, quanto magis spiritualibus et vicem Christi inter christianos habentibus ! » Ep. ad princip. Gerra., ap. Paul. Bernr., cap. lxxviii : « Propter quae (scelera horrenda dictu) non solum usque ad dignam satisfactionem excommunicari, seb ab omni honore regni absque spe recuperationis debere destitui, divinarum ei humanarum legurn testatur auctoritas. » (Migne, t. CXLVIII, p. 672). Voir les détails dans Gebhard. Salisb., ep. ad. Herm. Met. (ib., p. 839 et seq.); Bernold., Apol. rat., c. xiv,de Soliit. juram; c. iv; Paul. Bernr. (ib., p. 1226, i2S3 et seq., 85 et seq.); mon ouvrage cité, p. 124 etsuiv.; Stephan. Halberst. (loc. cit., p. 1446) : « Pro quibus nefandis malis ab Apostolica Sede excommunicatus (Henricus), nec regnum nec potestatem aliquam super nos, qui catholici sumus, poterit obtinere. » Bernold., Apol. super excom. Greg. (p. 1067 et seq.), combattait ceux qui ne faisaient point de cas de l'excommunication, puis (de vitanda excommunicat. communione, p. 1181 et suiv.), ceux qui croyaient qu'il était permis de fréquenter les excommuniés.

Controverse des auteurs sur les idées de Grégoire VII.

28. Le langage du pape était aussi celui des auteurs qui, avant et après sa mort, défendirent les principes de l'Église contre les nombreux écrits publiés par les henriciens. Un autre témoignage en faveur de ce pape, c'est (]ue tous les esprits bien pensants, les hommes les plus capables qui vécurent de son temps, comme dans les temps suivants, étaient entièrement de son avis; nous nous bornerons à citer : Anselme de Cantorbéry, Gebhard de Salzbourg, Altmann de Passau, Brunon de Mersebourg, Paul de Bernried, chanoine de Ratisbonne, Lambert d'IIersfeld, lesévêques Bonizo de Sutri et Anselme de Lucques, l'abbé Benoît de Cluse, Bernold de Constance, le savant Manegold de Lautenbach, Mathilde de Toscane et môme l'impératrice Agnès (morte en 1077), les cardinaux Uumbert et Deusdedit, Godefroi de Vendôme, Hugues de Flavigny, Donizo, Gerhoch de Reichersperg, Otton de Frisingue, Marianus Scot, etc., etc.

La sainteté de sa vie, son héroïsme et sa constance dans les épreuves, son existence tout entière dévouée à ce sublime idéal de la réformation des mœurs et de la liberté de l'Église, assurent à ce grand pontife une gloire impérissable. Cependant il fallut que la lutte se prolongeât encore, afin que la victoire fût attribuée non aux hommes, mais à Dieu seul; afin que la lu-

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mière se fît peu à peu dans les esprits, et que l'on put trouver les moyens de concilier les prétentions des princes de la terre avec les droits imprescriptibles de l'Église.

Témoignages recueillis par Gretser en faveur de Grégoire : Migne, t.CXLVUI, p, 199 et seq. Ajoutez Deusdedit cont. Simon., et libri II adv. Guibert.; Canis.-Basnage, III, i, Bibl. Patr. Lugd., XVHI, 602; Goffrid. Vindoc, lib. l, ep. vu (Migne, t. CLVII, p. 437); Gerhoch. de invest. Antichr., I, xix, p. 46 et seq.; Otto Fris., VI, xxxu, xxxiv, xxxvi; Bened. Glus., Vita, Pertz, M. G., XII, 202-204 ; Watterich, I, 742 et seq.; Mangold de Lutenbach, de 1103 à 1112. Voyez Joffe, Bibl. rer. Germ., t. V, Berol, 1869, part. I. — Parmi les auteurs qui lui sont hostiles, il faut nommer : 1" Pierre Crassus, qui, dans un écrit composé pour le concile de Brixen (1080), opposa au pape des propositions tirées du droit romain. Sudendorf, Registr. I, p. 22, n. 14; — 2° l'auteur d'un mémoire qui, tout en accordant au peuple le droit d'élire le roi, lui conteste le droit de le déposer, ibid., II, p. -39; — 3° le scolastique Wenrich, qui, sous le nom de Dietrich, évêque de Verdun, écrivit une lettre au pape Grégoire. Martene, Thesaur, nov. anecd., I, 214 et seq.; — 4° Bennon, cardinal de l'antipape Guibert, plein de contradictions et d'injures, Vita et Gest. Hildebr.; Goldast, Apol. Henric. IV, Hannov., 161 1, p. 1-15; — 5° Benzon, évêq. d'AJbe, Panegyricus rhythmicus in Henr. IV, Pertz, XI, 307 et seq.; Menken, Script, rer. Germ., I, 937 et seq. Cf. Will, Panégyrique de Benzon. Marb., 1856, et la dissertation latine de Vogel, Jen., 1840 ; Hennés et Krueger, Bonn, 1863; — 6° Otbert, évèque de Liège, vers 1106, de Vita et Obitu Henr. IV; Goldast, op. cit.; — 7° Warlram, évèque de Naumbôurg (mort en H 10), qui écrivit plusieurs lettres et un traité de l'investiture (voy. du reste Bernheim, dans les Recherches sur l'histoire d'Allemagne, t. XVI, livr. n, sur le traité de Invest. Episcoporum), peut-être aussi une Apologia pro Henr. IV, contre Uernard, moine de Gorbie; — 8» Widon de Ferrare, puis évêq. d'Osnabruck, Pertz, XII, 148 et seq.; Watterich, I, 354 et seq., 443, 461 et seq. Cf. Bernh. Lehmann-Danzig, le Livre de Widon de Ferrare sur le schisme d'Hildebrand, Frib., 1878 (en allem.); — 9° Sig. Gembl., Chron. cit.

Cependant l'opinion publique du moyen âge demeare favorable au pape. Nul n'a poussé les injures contre lui aussi loin que les anciens protestants, qui l'appelaient tison d'enfer (Hœlienbrand, Magdb. Cent., XI, c. x;j Gog, prince de Magog (G. Bibliander, etc.). Voy. Bellarm., de Rom. Pont., IV, xiti. Les gallicans étaient d'avis que Grégoire était allé trop lom, qu'il avait agi contrairement à l'esprit de

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l'Église, et qu'on pouvait tout au plus l'excuser ù cause de ses bonnes inteutions. Natal. Alex., loc. cit., dissert. II, art. 9, 10, t. XIII, 551 et seq.; Bossuet, Defens. decl., 1, II, cap. xxx, p. 241 et seq.; lib. 1, sect. ], cap. VII et seq., p. 97 et seq. Voltaire (Essai sur les mœurs, ch. xlvi) le range paierai les insensés. Plus tard, des protestants, tels que Schrœckh, ont admiré ses talents et sa fei'meté, mais l'ont accusé d'ambition, d'orgueil, d'hypocrisie, de témérité et d'entêtement. Jean de Müller (Voyages des papes) le juge avec plus d'équité : « Il était, )> dit-il, '< ferme et coui'ageux comme un héros, prudent comme un sénateur, zélé comme un prophète, sévère dans ses mœurs et épris d'une pensée unique; » puis Luden, Steffens, Eichhorn, Novalis, Vogt, Floto luimême, l'Empereur Henri IV, 1853 et suiv. (2 vol. en allem.).

Les accusations contre Grégoire s'affaiblirent de plus en plus. Le principal point sur lequel on disputait, c'était de savoir s'il poursuivait quelque dessein gigantesque se rattachant au régime féodal (Gfrœrer, Esquisse du plan que Grégoire poursuivit pendant son pontilicat (en allem.), Feuil. bist, et politiq., 1855, t. XXXVI, p. 514 et suiv., 621 et suiv. Sur les relations avec les différents pays, Dœllinger, II, p. 139-142; mon livre, p. 133 et suiv.

29. La lutte, en effet, n'était pas seulement au dehors, mais aussi dans les écrits. Cela est vrai surtout de l'investiture. Henri IV et les autres princes n'y attachaient tant d'importance que parce qu'ils y trouvaient un moyen de conférer à leur gré les évêchés et les abbayes à des hommes dévoués corps et âme à leur personne, et d'exercer une influence directe sur les églises et les monastères. L'investiture, quand elle ne concernait que des fiefs de l'Empire, perdait à leurs yeux sa valeur. Pour l'Église, la question capitale était de rétablir les élections canoniques, d'abolir la simonie et les vices régnants, de réveiller dans les évêques la conscience de leur vocation religieuse. Plusieurs d'entre les partisans du roi se figuraient qu'il pouvait disposer librement de toutes les églises de son pays, qu'elles étaient sa propriété, ou du moins qu'ayant été fondées par ses prédécesseurs, elles étaient placées sous son patronage; que l'onction religieuse lui avait imprimé une sorte de caractère spirituel qui lui donnait le droit de disposer des prélatures. Ils invoquaient de prétendus privilèges ecclésiastiques accordés à Charlemagne et à Otton I", l'exemple de quelques saints personnages qui s'étaient soumis à cette investiture.

D'autres distinguaient le temporel de l'Église, dont le roi

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avait, disaient-ils, la faculté de disposer, et l'autorité spirituelle, que l'Église seule dispensait. D'autres rappelaient que cette distinction n'avait pas lieu dans la pratique ; que le temporel et le spirituel étaient toujours mêlés ensemble, comme le corps et l'âme ; que le bénéfice n'existait qu'en vue de l'office; que cependant l'investiture était l'acte décisif et qui déterminait la consécration, de sorte qu'une investiture conférée pour des motifs impurs et simoniaques déshonorait la consécration elle-même ; que l'investiture enlevait à l'Église son droit de propriété; que les biens de l'Église avaient été donnés, confiés, non pas au roi ou au peuple, mais à l'Église et à ses saints ; que les prélats n'en avaient que l'administration; que leur possession n'était pas révocable comme celle des fiefs de l'Empire, et qu'il ne fallait pas les confondre avec les biens primitifs et allodiaux de l'Église.

L'investiture, telle qu'elle était en usage, plusieurs esprits bien pensants la traitaient de schismatique ; d'autres, d'hérétique. On parlait de l'hérésie de Henri, de l'hérésie de Guibert. Quand le roi, investissant avec l'anneau et la crosse, emblèmes d'une puissance purement spirituelle et incommunicable aux laïques, n'avait en vue qu'un avantage temporel, comme l'entière soumission des évêques, un tel acte était la négation du pouvoir ecclésiastiqu3. Peu à peu l'on distingua une double investiture : l'investiture temporelle, qui mettait en possession des fiefs de l'Empire et suivait la consécration; l'investiture spirituelle, qui ne devait être faite que par l'Eglise,

OUVRAGES a' consulter ET REMARQUES CRITIQUKS SUR LE N" 29.

Dœilinger, II, p. 143-149; Phillips, K.-R., III §, 124, p. 134 et suiv.; card. Humbert., Adv. simoniac. (Marlene et Dur,, Thés., nov. anecd., t. V.); card. Deusdedit, Cont. simoniacos et invasores (iMai, Nov. Patr. Bibl,, VII, m, p. 77 et seq.), Golfrid. Vindocin., Opusc. IV, cap. iv, et ailleurs (0pp., éd. Migne, t. CLVII); Bernold., ApoL, Migne, t. CXLVIII, p. 755 et seq.; Placid. Nonantul., de Hon. Eccl. (Pez, Thés., II, ii); Ives de Chartres (ep. lx, p. 27, éd. Paris.), qui avait autrefois défendu les investitures, écrivait plus tard (ep. ccxxxiii, p. 99) : « Quocumque autem nomine talis pervasio proprie vocetur, eorum sententiam, qui investituras laicorum defendere volunt, schismaticam judico. Cf. ep. ccxxx\-ui. Jean, archevêque de Lyon (epist. ap. Mansi, XXI, 77), ainsi que Pierre Damien, lil». 1, ep. xiii, tenaient pour hérétique l'investiture

o76 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Inique. De même Briinon de Ségni (Baron., ann. HH, n. 30 et seq.), le concile de Vienne, 1dl2, can. 1 (Mansi, lue. cit., p. 73 et seq.); GolMd. Vindoc, lib. 111, ep. xi; Opusc. Il, p. 884 : « Licet alia haeresis de investitura dicatur, alia simoniaca, ista, quœ de investitura dicitur, contra sanctam Ecclesiam foi'tius jaculatur. Simoniaca enim pravilas fit latenter, haeresis vero de investitura semper publice agitur. Ibi etiam in primis omnis ecclesiasticus ordo confunditur, quando hoc quod unicuique a solo suo consecratore in ecclesia cum orationibus, qua^ ibi conveniunt, dari débet, a sa^culari potestate prius accipitur. » Au neuvième siècle, le diacre Florus (de Elect. episc. c. IV (Migne, t. CXIX, p. 13) écrivait : S. ordinatio nequaquam régis potentatu, sed solo Dei nutu et Ecclesiae fidelium conseusu cuique conferri potest. Quoniam episcopatus non est munus bumanum, sed Spiritus sancti donum. » Act., xx, 28; Hebr., v, 4-6. Cf. Hugo Flor., De regia potest. et sacerd. dignitate ad Henr., Baluz., Miscell., Par., 1683, t. IV, Migne, t. CLIV. Sur les abus de l'investiture, voyez encore Gerhoch Reich., De statu Eccl. et expos, in Psalm. (Gall., Bibl. Patr. XIV, 349 et seq.; Migne, t. CXCIÎT). Voyez Bach, le chanoine Gerhoch, 1, de R., Revue triraestr. d'Autriche, 1865, I. Sur la double investiture, Golïrid. Vind., Opusc. VI : « Alla est investitura, quee episcopum perficit; alia vero, quae episcopum pascit. lUa ex divino jure habetur, ista ex jure humano. » Cf. Opusc. III, De simon. et invest. laicor., ad Calixt. II, et Tract, de ordinat. episc.

Progrès de l'œuvre réforxaatrice.

30. Cependant l'œuvre de la réformation du clergé faisait chaque jour do nouveaux progrès. L'attitude insolente, les démonstrations tumultuaires des clercs mariés et de leurs partisans, montraient déjà ù elles seules la nécessité de bannir du sanctuaire cette race d'hommes corrompus et indisciplinés, qui souillaient le temple du Seigneur. Ce que les évêques ne pouvaient ou ne voulaient pas faire, le peuple l'exécuta en faisant la solitude autour des prêtres immoraux, en les remplaçant par de meilleurs, quelquefois en les chassant lui-même et en les accablant d'injures et de mauvais traitements. Ces excès, fort exagérés du reste par les adversaires du pape, Grégoire VII était loin de les approuver, de même qu'il ne reconnaissait pas comme invalides les sacrements administrés par des prêtres mariés. Mais ils ne doivent pas étonner aux époques de grandes fermentations : il est dausle caractère du peuple de se rendre ainsi justice. Les légats du pape parcouraient les pays, armés de

tous les pouvoirs nécessaires pour punir les coupables, et ils étaient appuyés par le peuple, souvent révolté des mœurs dissolues des pasteurs qu'on lui imposait.

C'était en eilet l'intérêt du peuple que l'Eglise ne devînt pas une institution chargée de pourvoir à l'établissement de quelques familles, que le clergé ne formât pas une caste qui ne se distinguerait des autres hommes que par un plus haut degré de culture, une caste inabordable et renfermée dans son égoïsme ; c'était sou intérêt enün que les sujets ne fussent pas une matière à exploiter. Là où tout était devenu vénal, où l'amour désintéressé, l'esprit de sacrifice et d'abnégation avaient disparu, là aussi on estimait de nulle valeur les consolations et les bienfaits du christianisme, ou bien on les repoussait comme offertes à un trop haut prix. Grégoire Vil essayait de faire comprendre aux clercs corrompus combien ils devaient être humiliés de voir que les soldats de la terre sont toujours prêts à livrer bataille pour un prince temporel et redoutent à peine la mort qui les menace, tandis que ceux qui s'appellent les prêtres du Seigneur ne se soucient point de combattre et de souffrir pour leur roi, qui a tout tire du néant et n'a pas craint d'affronter la mort pour les siens ' .

Sigel. Mog., ep. ad. suffrag.; Hartzheim, Conc. Germ., III, 175 et seq.; Anon., ap. Marlene, Thés, anecd., I, 230; Sigeb. Gembl. et autres chroniqueurs.

Victor III.

31 . A la mort du grand pape Grégoire VII, l'Église romaine se trouvait dans la plus fâcheuse situation. Dans cette Rome abattue et vouée à l'anarchie, Henri et Guibert comptaient de puissants soutiens. La haute Italie leur était soumise tout entière, et la comtesse iMathilde représentait seule les intérêts de l'Église. Robert Guiscard était insuffisant et ne songeait qu'à ses propres intérêts; il mourut du reste peu de temps après Grégoire VII (17 juillet 1085), et ses deux fils Boémond et Roger se disputèrent la possession du trône. Les suffrages

^ Grégoire VII, liv. III, chap. iv.

m.— HiST. DE l'église. 37

des cardinaux se réunirent sur la tête de Didier, abbé du Mont- Cassin, qui avait pour lui la recommandation du pape défunt, des services rendus pendant plusieurs années dans la basse Italie comme vicaire du pape, ses relations amicales avec les princes normands de Salerne et de Capoue ainsi qu'avec le duc Robert, et l'importante propriété du monastère du Mont-Cassin. Quant à l'antipape nommé par le roi d'Allemagne, il n'y avait pas lieu de s'en soucier. Didier déclina ce fardeau eu alléguant la faiblesse de sa santé et la situation difficile de l'Église. La plupart des cardinaux étaient alors dispersés. Ils revinrent à Pâques (1086), et le proclamèrent sous le nom de Victor 111. Didier, qui avait dû quitter Kome quatre jours après son élection, soutint qu'elle était invalide et se retira dans son couvent. Le 7 mars 1087, il convoqua, en sa qualité de vicaire pontifical, un concile qui devait s'ouvrir à Capoue, dans la basse Italie, et délibérer sur l'éleotion du pape. Là, touché par les supplications des prélats et des princes, il résolut enfin d'accepter. Mais il fallut d'abord que les armes des Normands fissent pour lui la conquête de l'église de Saint-Pierre, où il fut consacré le 9 mai 1087. Unit jours après, les partisans -de l'antipape l'obligeaient de fuir au Mont-Cassin. La comtesse Mathilde arriva avec une armée, s'empara pour lui de la plus grande partie de la ville, pendant que l'antipape Clément 111 se retranchait dans le Panthéon. Les partisans de Henri parvinrent encore une fois à changer la tournure des affaires. Au mois d'août, Victor 111 célébra dans Bénévent un concile qui interdit la simonie, l'investiture laïque, la réception des sacrements par l'entremise des prêtres henriciens; il renouvela aussi de Bénévent l'excommunication contre (iuibert. Puis il tomba malade, et mourut au Mont-Cassin le Iti septembre 1087, après avoir recommandé pour son successeur Otton, cardinal-évêque d'Ustie, qui avait été quelque temps son adversaire.

Chron. Casin., Pertz, Scr., VU. 748 et seq.; Bernold., ib., V, 444 et seq.; Mansi, XX, 631, 637 et seq.; Walterich, 1, î)49 et seq.; Migne, Patr. lat., t. CLXll; Papencordt, p. 225 et suiv.; Reumont, H, p. 385 et suiv.; Héfelé. V, 168-171.

LA PAPAUTÉ ET l'eMPIRE. 579

Urbain II.

32. Les cardinaux assemblés à Terracine le nommèrent en effet, et le consacrèrent le 12 mars 1088. Français d'origine, le nouveau pape, Urbain II, sortait du diocèse de Reims; il avait été archidiacre d'Auxerre, puis religieux et prieur de Cluny. Grégoire VII l'avait appelé à Rome, élevé au cardinalat et souvent employé dans des légations. Dès la première lettre qu'il envoya en Allemagne, il montra qu'il allait marcher en tout sur les traces de Grégoire. II déploya une rare activité dans une situation agitée de continuelles vicissitudes, aujourd'hui maître de Rome, demain chassé par les gens de Guibert, tantôt forcé de chercher un asile chez quelque seigneur ou dans quelque maison particulière, par exemple, dans l'île du Tibre, tantôt réfugié dans la basse Italie ou en France. Il nomma pour ses légats eu Allemagne l'évoque de Constance, qu'il avait autrefois consacré évêque (4084) ; Gebhard, frère de Berthold, duc de Zaehringue, et Altmann de Passau. 11 fixa trois espèces d'excommunications : 1" l'excommunication de Henri et de Guibert; 2° l'excommunication de leurs conseillers et de leurs complices, puis des clercs nommés par eux à des fonctions ecclésiastiques; 3° l'excommunication de ceux qui communiquaient avec eux et qui n'étaient pas nommément excommuniés. Les derniers pouvaient aisément se réconcilier avec l'Église. Dans un concile tenu à iVIelfi, dans la Fouille (septembre 1089), Urbain II publia seize canons contre la simonie, le concubinage des clercs, l'investiture et autres abus, et en faveur des biens de l'Église. Roger, duc des Normands, fit hommage lige au pape, avec promesse de fidélité à lui et à ses successeurs, et reçut l'investiture de la Sicile, en même temps qu'il abandonna Tarente et d'autres villes à son frère Boémond. Le pape alla ensuite consacrer l'archevêque de Bari, fit transférer dans cette ville les reliques de saint Nicolas de Myre, et célébra les fêtes de Noël à Rome, où Guibert avait tenu un concile contre lui au mois de juin. Bien que l'ÉgUse eût perdu en Italie plusieurs de ses plus vaillants défenseurs, —r Anselme de Lucques étant mort en mars 1080, l'évêque Bonizo avait expiré dans les tourments, assassiné par les schismatiques de Plaisance en juillet 1089, — cependant le magnanime pontife ne perdit point cou-

r>80 HISTOIRE DE L'ÉGLISK.

rage, et ne cessa, par ses lettres et ses légats, d'exhorter les princes et les peuples à secourir l'Église si cruellement éprouvée.

Situation de rAllemagne et de l'Italie.

33. Henri IV conservait toujours la prépondérance en Allemagne et en Italie; la guerre civile et religieuse se poursuivait avec des fortunes diverses. Le roi Hermann abdiqua, .sortit de la Saxe, où il n'avait que peu de crédit, se rendit en Lorraine, et mourut en 1088. Henri, quoique vaincu dans deux batailles (près de Würzbourg, le 11 août 1080, et près de Gleichen, en Thuringe, le 24 décembre 1088), trouvait toujours moyen de renouveler ses forces, principalement par la vente des évèchés et dès abbayes. L'excellent évèquu d'Halberstadt, Bucco, fut assassiné en avril 1089 par la population de Goslar. Les partisans de Henri occupaient la plupart des sièges, et se plaçaient volontiers à la tète de leurs gens pour aller le secourir ; ils le servaient en toute rencontre, tant que leur position n'était pas compromise, et s'opposaient violemment à toute réconciliation avec le pape légitime : car, chargés de crimas comme ils l'étaient, ils ne pouvaient attendre de lui que la déposition. Ce fut surtout en leur considération que Henri repoussa, ù Oppenheim et à Spire, la proposition que lui firent les princes de renoncer à l'antipape et de reconnaître les successeurs de Grégoire. L'Allemagne voyait mourir successivement les principaux soutiens de l'Église : Gebliard de Salzbourg, Altmann de Passau, Hermann de Metz, Adalbéron de Würzbourg, Guillaume, abbé de Hirschau (1091). Cependant plusieurs de leurs successeurs se montrèrent pénétrés des mêmes sentiments. Les bourgeois de Metz et de Constance expulsèrent les évêques iqui leur furent imposés par Henri, et les évoques sufîragants de Metz, de Toul et de Verdun se séparèrent du schismatique Égilbert de Trêves. Plusieurs personnages de distinction, fatigués d'une si longue guerre, se retirèrent dans des monastères.

Henri IV en Italie.

34. L'an 1090, Henri IV, après s'être mis au large en Aile magne par le meurtre de son principal adversaire, le margrave

Ecbert de Meissen, et par la nomination au siège d'Aquilée du belliqueux Ulrich, abbé de Saint-Gall, rentra en Italie, recruta de nouvelles troupes en Lombardie, ravagea les domaines de la comtesse Mathilde, et fit le siège de sa principale forteresse de Mantoue; onze mois après, il s'en emparait par trahison (avril 1091). Il eut encore d'autres succès militaires jusqu'en 1093, puis la fortune lui tourna le dos. Un mariage préparé par le pape entre la puissante Mathilde, veuve du duc Godefro}' depuis 1070. et Guelfe, fils du duc de Bavière, devait renforcer le parti de l'Kglise; mais il manqua son but : Guelfe se sépara par égoïsme de son épouse beaucoup plus âgée que lui, quand il apprit que les vastes domaines de la comtesse étaient déjà légués au Saint-Siège depuis 1077. Henri IV, bien que les Guelfes se fussent étroitement rattachés à lui, ne remporta plus de succès important; les évêques ses partisans refusaient euxmêmes de suivre son antipape et ne fréquentaient plus ses con- <'iles. La comtesse Mathilde recouvra, plusieurs de ses domaines, et recommença la lutte contre le roi avec des avantages croissants. Henri, au contraire, achevait de se perdre dans l'opiniDii -générale et recueillait ce qu'il avait semé.

Dans l'automne de 1093, à Ulm, phisieurs princes allemands promirent l'obéissance canonique au légat du pape, Gebhard, évêque de Constance, reconnurent son frère Berthold II de Zaehringue comme duc de Souabe, au lieu du Hohenstaufen Frédéric, institué par Henri, et conclurent un traité de paix qui devait durer jusqu'à Pâques de l'an 1095. Le propre fils de Henri, Conrad, couronné en 1087 à Aix-la-Chapelle sur le désir de son père, déserta sa cause et entra dans le parti du pape. Menacé par lui, Conrad se réfugia auprès de la comtesse Mathilde, qui lui fit bon accueil, et fut couronné à Monza roi de Lombardie par l'archevêque de Milan Anselme III. La seconde femme de Henri, la princesse russe Praxède (Eupraxia, Adélaïde), échappée de sa prison de Vérone, s'enfuit également auprès de Mathilde, et, protégée par elle, se rendit au concile de Constance ( 1094, dans la semaine sainte), présidé par le légat Gebhard; elle y dévoila les infâmes débauches de Henri et les sévices exercés contre elle. Plusieurs villes de Lombardie ^ne tardèrent pas à former une ligue contre l'insupportable tyrannie de ce prince.

Voy. Mansi, XX, 601, 642 et seq., 666 et seq., 703, 715 et seq.; Jaffé, Reg., p. 450 et seq.; Pertz, V, 447 et seq.; XII, 392; XVII, 16; Watterich, I, 571-620 ; Héfelé, p. 172 et suiv.; Hœfler, Zustsende in Deutschl. und Italien gegen Ende des 11. Jahrhunderts (Münch. Gelehrte Anz., XIX, 421 et suiv.); Zell, Gebhard v. Zsehringen, B. v. Constanz (Freib. Dioecesan-Archiv, I, p. 305 et suiv.). Sur le legs de Mathilde (Vita auctore Donizone, Baron., ann. 1102, n. 20), voy. Append. ad Ph. L. Dionysii op. de vaticanis cryptis, auctoribus Sarti et Settelenis, Rom., 1844. Les infamies de Henri à l'égard de sa femme sont racontées et par Deusdedit, lih. c. simon. (Mai, N. Patr. Bibl.,VI[, lu, p. 94), et par les Annales de Disemberg (Watt., I, 774, 5).

Conciles d'Urbain II.

35. Le pape Urbain II, sur ces entrefaites, n'avait point oublié les grands devoirs de sa charge. Il avait tenu plusieurs conciles, notamment à Bénévent (mars i091) et à Troja (mars 1093), et publié de salutaires ordonnances. Il rentra dans Rome à la fin de novembre 4093, pendant que Guibert se rendait à Vérone auprès de Henri. Le crédit d'Urbain croissait de jour en jour, et, dès le mois de mars 1095, il célébrait dans la ville de Plaisance, autrefois entièrement plongée dans le schisme, un brillant concile, où se rencontrèrent quatre mille ecclésiastiques et trente mille laïques. Praxède s'y plaignit de nouveau des turpitudes de Henri. On y renouvela les lois ecclésiastiques en vigueur, on promit à l'empereur grec Alexis de l'assister contre les ennemis der la chrétienté, on confirma l'anathème contre Guibert et ses partisans. Le pape se rendit ensuite à Crémone, où le jeune roi Conrad alla à sa rencontre pour lui jurer fidélité ; puis il s'embarqua pour la France, et convoqua un grand concile qui devait s'ouvrir à Clermont, dans l'octave de la Saint-Martin (18 novembre 1095). Ce concile réunit plus de deux cents évêques et abbés, outre une foule de laïques de toute condition. Le zèle pour la cause de l'Église se révéla surtout par l'enthousiasme avec lequel fut accueilli l'éloquent discours d'Urbain II en faveur de la croisade.

On renouvela leb précédents décrets des conciles d'Urbain ; on défendit aux rois et aux princes de donner l'investiture des dignités ecclésiastiques, aux prêtres et aux évêques défaire hommage

lige entre les mains du roi et des laïques. Cet hommage signifiait alors que les prélats devaient en tout une obéissance absolue à leur suzerain et devenaient les instruments de sa politique. Souvent les princes avaient invoqué ce prétexte pour interdire aux évoques d'assister aux conciles réformateurs; ils considéraient toute espèce de blâme infligé à leurs mauvaises mœurs comme un parjure, et faisaient dépendre de leur volonté la reconnaissance du pape legitime : c'était non seulement relâcher, mais dissoudre entièrement les liens de l'ordrt; et de la discipline ecclésiastiques. Dans les vues du concile de Clermout, les obligations trop étroites que le régime féodal établissait entre les évèques et les rois devaient être remplacées par les devoirs généraux qui rattachent le sujet à son souverain. Cependant l'extension, la puissance prodigieuse du système féodal rendaient bien difficile dans la plupart des États la réalisation de cet idéal. Le concile vida en outre une multitude de différends, fit de la trêve de Dieu une loi générale de l'Église, et en étendit les bienfaits aux possessions de ceux qui partaient pour la croisade, aux marchands et aux laboureurs qui, craignant d'être pillés au milieu de la disette qui régnait alors, venaient rarement dans les villes. Ils devaient désormais, pendant trois ans et tous les jours de la semaine, jouir des avantages de la trêve.

OLVIL\GES A CONSULTEB SUR LE N° 35.

.Mansi, XX, 737 et seq.. 790, 801 et seq.; Dœllinger, II, p. 152 etsuiv. Voy. Héfelé, V, p. 180 et suiv., 183 et suiv., 193 et suiv.

Revers de Henri IV. — Mort d'Urbain II. — Privilèges accordés aux souverains de Sicile.

36. L'enthousiasme des croisés servit aussi à la restauration du pouvoir temporel du Saint-Siège. Après qu'urbain 11 (i09i) eut recouvré le palais de Latran avec les sommes recueillies par Geoffroy, abbé de Vendôme, une armée de croisés, conduite par Hugues, comte de Yermandois et frère du roi de France, traversa le territoire pontifical depuis la Toscane jusqu'en Apulie, et restitua au pape (1096) la plus grande partie de la ville de Rome. Le château Saint-Ange, demeuré seul au pouvoir des Guibertins, fut livré en août 1098 à Pierre de Léon, chef du parti pontifical. Henri IV, paralysé par le mouvement des croi-

sades, quitta l'Italie pour n'y plus jamais retourner, après avoir, pendant sept ans, lutté en vain contre la puissance et la fermeté de Mathilde (1097). Guibert demeura restreint à la possession de Ravenne, et fut témoin, avant sa mort (tlOO), de la perte de la plus grande partie de l'exarchat. Urbain célébra un concile dans l'église de Latran (janvier 1 097) et un autre à Bari, dans la basse Italie (octobre 1098). Pendant son absence, les Guibertins relevèrent la tète et anathématisèrent les Grégoriens dans leurs conciliabules. Mais le retour d'Urbain et la prise de possession du château Saint-Ange mirent un terme à leur comédie.

En 1099, après Pâques, le pape célébra dans Latran, avec cent cinquante prélats, un concile qui condamna les conventicules des schismatiques et renouvela les anciens décrets, notamment ceux qui concernaient l'investiture laïque. Il y avait encore bien des abus à faire disparaître de Rome, et le bon ordre était sans cesse menacé par les Guibertins déguisés. Urbain résidait dans le palais fortifié ,de Pierleone, et c'est là qu'il mourut, le 9 juillet 1099, ignorant encore que Jérusalem avait été prise par les croisés quinze jours auparavant.

Urbain II accorda divers privilèges au comte Roger de Sicile, qui avait rendu de grands services à l'Église romaine et délivré cette île des Sarrasins. Il le chargea d'exécuter les mesures qui seraient prises par les légats du Saint-Siège, et mit une barrière à leurs procédés arbitraires ; mais il ne lui donna nullement les droits et les pouvoirs d'un légat ordinaire : ce n'est pas à la « monarchie du royaume de Sicile », laquelle devint dans la suite l'objet d'une lutte si acharnée, qu'il attacha ces pouvoirs. Le successeur d'Urbain, en les renouvelant pour Roger II, lui refusa expressément le droit de juger le clergé ; et quant aux fonctions de légat, elles n'étaient pas héréditaires .

OUVRAGES A CONSUMER ET REMARQUES CRITIQUES SUR X.E N" 3fi.

Goffrid. Viiidoc, ep. i, ad Pasch.; P. Bernold., loc. cit.; Otto Fris., VII, 6; Papencordl, p. 228; Reumont, II, p. 389 et suiv. Sur Guibert, Ord. Vital., p. 762, reproduit ces vers de Pierre de Léon : « Nec tibi Roma locum nec dat, Guiberle, Ravenna. In neutra positus nunc ab utraque vacas. Qui Sutriœ vivens maledictus Papa fuisti, In Castellann morluus urbe jaces. Sed quia nomen eras sine re, pro nomine vano Orberus inferni jam tibi claustra parât. » Eccehard (Pertz, Se, VI, "2191 : « Extorris utraque Sede, Romae et Ravennœ, malens, ut ab

LA PAPALTÉ ET l'EMPIRE. 58o

ipsius ore didicimus, Apostolici nomen mimquam suscepisse. » Sur la monarchie sicilienne, voy. Baron., an. 1097 ; Mansi, XX, 639 ; Paschal. II, ep., ap. Jaffé, n. 4846; Gaufrid. Malaterr., Hist. Sic, Panorm., 1723, lib. IV, cap. xxix; délia Legazione apost. di Sicilia, Torino, 1868; Sentis, la « Monarchia Sicula », Frib., 1869, surtout p. 55-65.

Continuation et un de la qaerclle des investiture».

Pascal II.

37. Hainier, élevé à Cluny et nommé cardinal-prêtre par Grégoire VII, fut, malgré sa résistance, élu, le 43 août 1099, consacré et couronné le jour suivant, sous le nom de Pascal 11. II n'avait point cette connaissance des hommes, cette fermeté de caractère qui distinguaient Grégoire VII ; mais il partageait ses convictions religieuses et ses principes. Il avait pour maxime que si l'on veut relever un homme qui est à terre, il faut se pencher vers lui, mais sans perdre l'équilibre. Henri IV, reconnu en Allemagne par ceux-là mêmes qui ne voulaient point de son antipape, avait, après la déposition de Conrad, l'aîné de ses fils, fait décerner au second (Henri) la couronne royale (6 janvier 1099); il songea quelque temps à se réconcilier avec le Saint-Siège. Il n'eut aucune part à la nomination de Théodoric, successeur de Guibert, lequel, d'ailleurs, dès le mois de septembre liOO, fut fait prisonnier par les partisans de Pascal et enfermé au couvent de la Cava. Les princes allemands, de leur côté, pensaient à convoquer un concile pour travailler à un accommodement. Il n'eut pas lieu, et Henri devint plus arrogant que jamais, après que son fils Conrad, déserteur de sa cause, fut mort à Florence en juillet llOi.

Au printemps de H02, un second antipape, nommé Albert, fut élu par les Guibertins; mais il ne tarda pas à être emprisonné dans une tour, puis au couvent de Saint- Laurent d'A versa. Pascal II, qui, au concile de Melfî, en octobre tlOO, avait frappé d'excommunication les Bénéventins pour s'être détachés des États de l'Église, renouvela dans un concile de Latran (mars 1102), avec l'interdiction de l'investiture laïque, l'excommunication de Henri, vida les contestations des églises et des couvents, ordonna que la trêve de Dieu fut prorogée pendant sept ans, établit une formule de confession par laquelle on

s'obligeait à lui obéir comme au pape légitime, et à rejeter comme hérétique cette assertion que l'on peut mépriser comme vaine et sans effet l'excommunication de l'Église et sa puissance de lier. Pascal recouvra peu à peu un grand nombre de châteaux et de locaUtés que les Guibertins occupaient dans le voisinage de Rome, Cività Castellana, Coloniia, Zagarolo.

Révolte de Henri V contre son père.

H8. Henri IV simula pendant quelque temps des dispositions meilleures, parla d'abdiquer en faveur de Henri (V) et d'entreprendre une croisade. H le fit annoncer au peuple de Mayence le jour de Noël, et le manda à l'abbé Hugues de Cluny, son parrain, avec prière d'intercéder pour lui auprès du pape. Ce langage lui concilia de nouveau beaucoup de partisans, et plusieurs se disposaient à l'accompagner en Terre sainte. Pendant ce temps, Henri faisait jurer une paix générale dans le pays. Ses actes, malheureusement, ne répondaient point à ses paroles : aussi le pape Pascal n'avait aucune confiance en lui, et continuait d'encourager et d'affermir les amis de l'Église. Dans le sud même de l'Allemagne, nul ne se fiait à un prince qu'on avait vu si souvent manquer à sa parole ; tous les malheurs lui étaient imputés, la misère du peuple, les assassinats sans nombre qui se commettaient.

En décembre 1104, son propre fils Henri, qu'il avait élevé à la royauté, lui manda de Mayence qu'il lui refusait l'obéissance, prenant pour prétexte l'état d'excommunication où il persévérait. Les Bavarois et bientôt aussi les Saxons s'attachèrent au jeune roi, qui se mit dès lors en communication avec le pape. Pascal II n'avait eu aucune part à la séparation opérée entre le flls et le père ; il chargea son légat, Gebhard de Constance, d'absoudre Henri des censures qu'il avait encourues par sa participation au schisme, et d'invalider le serment qu'il avait fait de ne point s'immiscer au gouvernement du vivant de son père.

Le pape le pouvait d'autant plus facilement, qu'à ses yeux Henri IV avait depuis longtemps cessé d'être roi légitime. Henri V fut pardonné sous la promesse qu'il régnerait avec justice et serait un fidèle protecteur de l'Église. Le roi reçut de

LA PAPAUTÉ ET l'EMPIRE. 587

puissants renforts en Thuringe et en Saxe; il célébra la fête de Pâques 1105 à Quedlinbourg, visita Hildesheim et trouva un nouvel appui dans Ruthard, archevêque de Mayence, expulsé par son père. Il assista à un concile célébré par celui-ci à Nordhausen, dans la Thuringe, où furent renouvelées les lois de TÉgUse; il s'y montra à la fois plein d'humilité et de pénétration, déclara solennellement qu'il ne demandait à son père que de rétablir la paix religieuse et de se réconcilier avec le Siège de saint Pierre ; que, s'il le faisait, lui-même se réconcilierait volontiers avec lui.

Cette conduite lui valut de nouveaux adhérents, même parmi les partisans du vieux roi. Le père et le fils levèrent des armées importantes; mais les princes les pins influents empêchèrent une bataille décisive. Quelques villes furent tour à tour possédées par le père et par le fils. Ce dernier réussit enfin, par la ruse et l'hypocrisie, par des pourparlers et de faux airs de réconcilialion, à s'emparer de son père (décembre 1105). Henri IV fut sommé par la diète de Mayence de déposer les insignes de la royauté. A Ingelheim, on le contraignit de s'avouer coupable des crimes qu'on lui reprochait, d'abdiquer en faveur de son fils et de promettre obéissance aux lois de l'Église. Henri V fut de nouveau proclamé roi (5 janvier HOfi], et couronné par l'archevêque de Mayence. Une députation honorable, composée des archevêques de Trêves et de Magdebourg, des évêques de Bamberg, d'Eichstaett, de Constance et de Coire, et de plusieurs seigneurs laïques, fut envoyée à Rome pour conjurer le pape de se rendre en Allemagne, afin d'y rétablir les affaires religieuses.

Voy. Mansi, XX, 977 et seq., 1131 et seq., 1147 et seq.; Watterich. Vitse Rom. Pont., t. Il, p. 1 et seq., 23 et seq.; Paschal., ep. Migne. t. CLXIII, p. 108 et seq., 121 et seq.; Udalrici Cod., ep.; Murât., III. 1 ; Pertz, Scr., III, 107 et seq.; V, 223 et seq.; VI, 219, 224 et seq.; XII, 721 et seq.; Leg., t. Il, p. 60 et seq. Sur le roi Conrad, Ecceh., an. 1101 (Pertz, VI, 219); Donizo, 1. II, c. xni, p. 397; Guillelm. Malmesb., Gest. reg. Angl., V, 420 (Watterich, II, p. 21, 22 c, nota 1). Cette accusation, que Rome avait fomenté la discorde entre Henri V et son père, n'est soutenue que par l'abbé Hermann, dans la « Narratiorestaurationis abb. S. Martini »; il était du reste éloigné du théâtre des événements. Otbert, de vita Henric. IV; Eccehard (Watterich, II, p. 24-26) etOtton

de Frisinguc, Vil, 8, disent que des seigneurs mécontents agirent dans ce sens. Voy. Giesebrecbt. D. Kaiserzeit, 111, p. 702 et sniv. Pour le reste, Dœllinger, II. p. 15,") et suiv.; Héfelé, p, 237 et suiv., 250 et suiv.

Nouvelle guerre civile. — Mort de Henri IV.

39. La plupart de ces délégués furent arrêtés à Trente par les partisans de Henri IV. (lebhard de Constance pénétra seul en Italie par une autre voie, et put, grâce à l'appui de la comtesse Mathilde, arriver jusqu'au pape. A Rome même, pendant l'absence du pape, le parti impérial, sous la conduite du margrave Werner d'Ancône, avait élevé sur le siège pontifical un certain Maginulf, qui prit le nom de Sylvestre ÏV (18 novembre 1105): de là de nouvelles complications. Cependant Pascal réussit quelques jours après à expulser l'usurpateur, qui se réfugia auprès de Werner. Les délégués de Henri V, retenus captifs, furent délivrés par Guelfe, duc de Carinthie, et retournèrent auprès de lui. Quant à Henri IV, il s'évada de la prison où le retenait son fils, se rendit à Liège auprès de l'évêquè Obert, qui lui était dévoué, rétracta son abdication comme ayant été involontaire, invoqua l'assistance des princes chrétiens et celle de l'Église^, qu'il persécutait depuis quarante ans. H trouva des partisans en Lorraine, en Alsace et sur le Rhin. Une nouvelle guerre civile était imminente; elle ne fut prévenue que par la mort soudaine de Henri IV (7 août il06).

Ainsi disparut, après cinquante ans d'un règne vide de gloire et plein de corruption, le fils indigne du grand Henri IH : il mourait excommunié par l'Église et opprimé par son fils. La mauvaise éducation qu'il avait reçue peut seule excuser dans une certaine mesure l'absence complète d'énergie morale qu'on remarquait en lui et le honteux abus qu'il avait fait de ses facultés. L'évêquè Obert le fit inhumer dans l'église de Saint- Lambert de Liège ; mais les autres évêques ordonnèrent l'exhumation de ce prince excommunié, et le firent déposer dans une chapelle non consacrée de la cathédrale de Spire, où il resta pendant cinq ans, jusqu'à ce que l'excommunication eût été levée. L'Éghse, malheureusement, n'avait rien gagné par la mort de Henri IV : le fils ressemblait à son père, et se montra dans la suite, aux yeux des contemporains, aussi infidèle à son père spirituel qu'il l'avait été à son père selon la nature. H était

LA PAPAUTÉ ET l'EMPIRE. 589

du nombre de ces princes infortunes sur lesquels les plus amères expériences, les plus terribles leçons de l'histoire nt font aucune impression.

Chron. Fossse Novae (Murât., VII, 867); Sigeb. (Pertz, VI, 368); Cod. Udalr., n. 239; Annal. Rom. et Epilog, de Theodorico, etc. (Walterich, II, p. 4, 29 et seq., 89 et seq.); Jaffé, p. 520. Papencordt, p. 229, n. 2, parle d'un tableau exposé à Latran, qui représentait la victoire sur les trois antipapes, avec cette devise : « Ecclesise decus Paschalis Papa secundus Albertum damnât, Maginulfum, Theodoricum. » (D'après Rasponi, de Basilica et Patriarchio Lateran., Rom., 1656, p. 291.) Sur Henri IV, Pertz, Scr., III, 108 et seq.; VI, 227 et seq.; Leg. II, 63; du Chesne, IV, 289; Bouquet, XII, 20; Mansi, XX, 1085, 1097 et seq. Sa lettre à Hugues de Cluny : dAchéry, Spic, III, 441 et seq., 2« ed.; Watterich, H, 32, not.; Dœllinger, II, p. 156; Reumont, II, p. 392 ; Héfelé, p. 254 et suiv. Hildebert (Cenom., II, ep. xxi) écrivait de Henri V ; !■ Quis enim potest preeler euni inveniri, qui patres suos, spiritualem scilicet et carnalem, subdola ceperit factione? Iste est qui prœceptis dominicis in utraque tabula contradicit. » Gerhoch., de Investig. Antichr., I, xxv, p. 50 : « At simulata pro affectato regno et imperio pietas velut auri superinducta species, ubi paululum usu dominandi delrita est, cœpit apparere, qualis apud se intus fuerit. » Voyez encore Gervais, Polit. Gesch. Deutschi, unter Henri V, Leipzig, 1841 ; Giesebrecht, III, Abtheil. 3.

Conciles et négociations de Pascal II.

40. En octobre 1406, Pascal célébra à Guastalla un grand concile en présence des délégués de Henri V. On y renouvela la prohibition de l'investiture laïque, et Ion prit des mesures pour le rétabhssement de la paix religieuse. Il fut décide que tous les évêques et les prêtres ordonnes pendant le schisme garderaient leurs fonctions, pourvu qu'ils ne fussent ni usurpateurs, ni simoniaques, ni coupables d'autres crimes. Les délégués allemands assurèrent le pape qu'il serait vénéré de leur roi comme un père, et ils l'invitèrent à se rendre en Allemagne. Pascal était résolu d'aller à Augsbourg; mais une insurrection qui éclata à Vérone et des renseignements sur les mauvaises dispositions du jeune roi lui firent changer d'avis : il prit le chemin de la France, et célébra la fête de Noël au monastère de Cluny (H06j; le même jour ses légats se trouvaient à Ratisbonne,

auprès de Henri V. luformé pendant ce temps que le roi d'Allemagne continuait de conférer l'investiture et méprisait ses avertisements, Pascal, en mars 1107, reçut du roi de France la promesse qu'il défendi'ait l'Église contre les oppresseurs, puis il donna audience aux envoyés de l'empereur Henri à Châlons-sur- Marue. Les Allemands demandèrent le libre exercice de l'investiture. Le pape leur fit répondre par l'évêque de Plaisance que l'Église, rachetée par le sang de Jésus-Christ, ne devait pas être réduite en servitude; que, si elle ne pouvait élire un de ses prélats sans l'agrément du prince, elle devenait son esclave; que, les autels appartenant à Dieu, ce serait attenter sur ses droits que de donner l'investiture par la crosse et l'anneau.

Les ambassadeurs allemands mui'murérent de cette réponse et répliquèrent avec hauteur : « Ce n'est pas ici qu'on terminera cette querelle ; nous la viderons à Rome, l'épée à la main. » Le pape envoya plusieurs personnes sages pour traiter de cette aiïaire avec le chancelier de Henri, Adalbert, qui n'avait pas assisté à la conférence ; puis il se rendit au concile de Troyes (mai 1107), où il publia divers canons, même contre l'investiture laïque, laquelle devait désormais entraîner la déposition du consécrateur et de celui qui la recevait. Les ambassadeurs allemands firent valoir le privilège apocryphe concédé par Adrien l" à Charlemagne (voy. u" 80 de la seconde époque, moyen âge, troisième période), et protestèrent contre la prétention de décider en pays étranger un droit relatif à la couronne d'Allemagne. Le pape leur accorda un délai d'un an, après lequel on entendrait l'exposé des demandes du roi dans un grand concile qui se réunirait à Rome. Suivant les espérances qu'avait fait entrevoir Grégoire Vil lui-même, Pascal était prêta modifier ses vues, si la légitimité des revendications du roi était vraiment étabue. Comme il avait aussi appelé les évèques allemands au concile de Troyes, il en suspendit plusieurs pour ne s'y être pas rendus, notamment l'archevêque de Mayence pour ses ménagements excessifs envers Henri.

41 . Le pape, à son retour de France, trouva dans les Etats de l'Église bien des embarras à surmonter. Dans un concile tenu à Bénévent (octobre 1108), il réitéra la prohibition de l'investiture laïque; et, comme le bruit s'était répandu qu'il aurait permis l'investiture au roi allemand, il déclara au primat d'An-

LA PAPAUTÉ ET l'EMPIRE. 591

gleterre qu'il ne l'avait jamais fait et ne le ferait jamais. Sans doute, ajouta-t-il, nous attendons que la férocité de cette nation soit calmée ; mais si le roi persévère dans la mauvaise voie suivie par son père, il sentira indubitablement le glaive de saint Pierre.

Henri avait laissé passer le terme d'un an, et ne s'était occupe que des affaires de Hongrie, de Pologne et de Bohême. En H09, il envoya à Pascal des seigneurs ecclésiastiques et laïques pour négocier l'affaire de son couronnement comme empereur. Pascal promit d'accéder à ses vœux, s'il se montrait ami de la justice et protecteur de l'Église. Mais il y avait toute raison de craindre que Henri ne voulût devenir empereur sans renoncer à l'investiture. De là les neuf décrets que le pape promulgua au concile de Latran le 7 mars 1110 : ceux qui donneraient comme ceux qui recevraient l'investiture laïque seraient excommuniés, et les laïques qui disposeraient des biens de l'Église seraient coupables de sacrilège. Le pape se rendit ensuite dans la basse Italie, pour s'assurer, devant les orages qui se préparaient, l'assistance des princes normands ses vassaux; et, après son retour, il fit promettre aux Romains qu'ils lui seraient fidèles.

Expédition de Henri V en Italie. — Convention de Sutri.

42. Au mois d'août lllU, Henri V prit la route de l'Italie à la tête d'une armée formidable et escorté de plusieurs savants parmi lesquels on distinguait l'Écossais David, son chapelain desthié à être l'historiographe de ce voyage. Il livra aux flammes la ville de Novare, rebelle à ses exigences, et reçut dans son camp, au milieu de la plaine de Roncagha, les hommages des villes et des princes de Lombardie. H se hâta ensuite vers Florence, puis, au cœur de l'hiver, vers la ville de Rome. Le pape était soucieux de son arrivée. S'il restait dans la ville, il avait tout à redouter de sa violence ; s'il s'éloignait, il devait craindre l'établissement d'un antipape, qui donnerait à Henri la couronne impériale : c'était un nouveau schisme. Henri envoya d'Arezzo des lettres et des délégués au Sénat, au peuple de Rome et au souverain pontife. Les commissaires nommés par le pape et présidés par le laïque Pierre de Léon exigèrent que l'empereur renonçât à l'investiture. Les délègues du roi répondirent que cela ne se pouvait, u — Eh bien I » répliquèrent les commissaires

592 HISTOIRE DE LÉGI.ISE,

«les clercs rendront aux rois les régales qu'ils en ont reçues, et les églises demeureront libres, avec les offrandes et les donations des fidèles. »

Ce pape magnanime était d'avis qu'il valait mieux pour l'Église être pauvre et libre, que riche et asservie ; qu'il fallait que les ministres de l'autel cessassent d'être des hommes de cour, pour n'être plus que des hommes d'Église. Les représentants du roi eutrèreut volontiers dans ce plan, eu apparence du moins, tout en faisant ressortir ce qu'il y avait là d'odieux pour les princes-évêques de l'Allemagne, gorgés de richesses, et ils abandonnèrent au pape l'exécution de cette mesure. « Le roi », disaient-ils, « ne forcera pas les prélats de rendre leurs régales, et il n'entend pas dépouiller l'Église. » — « Mais alors, » reprirent les commissaires du pape, « le pape en exigera la reddition sous peine d'excommunication. » Cette mesure devait être prise dès le samedi suivant (12 février Uli), et voici le contrat qui fut dressé : 1° L'empereur, le jour de son couronnement, renoncera à toutes les investitures des églises, et, après que le pape aura, de son côté, renoncé aux régales, il jurera de ne plus les exercer à l'avenir ; 2° l'Église demeurera en possession des biens qu'elle ne tient pas en tiefs et de ses oblations ; 3° le roi déchargera ses gens des serments qu'il les avait obligés de faire contre les evèques ; 4° le pape défendra aux évêques, sous peine d'excommunication, de posséder ou de s'approprier des fiefs de l'empire, des régales, des comtés; 5° le patrimoine de saint Pierre demeurera inviolable; 6" le pape et les légats du pape jouiront, quant à leurs personnes, d'une entière sécurité. Le roi donnera au pape des garanties et des otages, notamment son neveu Frédéric de Uohenstaufen, que le pape rendra le jour du couronnement.

43. Le roi reçut à Sutri ses députés qui revenaient de Rome, accompagnés de ceux du pape ; il approuva le traité, moyennant l'acceptaliou des prélats et des seigneurs du royaume. Mais il avait des pensées et des intérêts tout autres que Pascal, élevé dans un couvent : l'unique espoir de ce pape était d'affranchir l'Eglise, d'extirper la simonie, et de ramener les évêques à leurs devoirs de pasteurs. Quant au roi, ce n'était pas lui rendre service que de lui restituer les fiefs : ne pouvant les garder tous, il serait forcé de les donner ;i d'autres, à des seigneurs laïques,

LA PAPAITK FT LEMPIRE. o03

qui ne profiteraient de cet acin'ois.-ement de puissance que pour se rendre plus indépendants et s'en serviraient pour le combattre; tandis que ces fiefs, entre les mains des évêques et des abbés, beaucoup plus soumis au roi, seraient toujours à sa disposition, conserveraient leur caractère de fiefs et ne pourraient devenir héréditaires, il n'ignorait pas du reste que les prélats allemands établis par lui et par son père n'étaient pas satisfaits d'un contrat qui mettait un frein à leur ambition et à leur convoitise. Incapables de comprendre les grandes idées du pape, ils ne voyaient dans ce traité que la ruine de l'Eglise et du royaume, un vrai sacrilège. Ce traité ne plaisait pas davantage aux seigneurs laïques, qui n'entendaient ni livrer les fiefs qu'ils avaient reçus des églises, ni perdre l'investiture qu'à l'exemple du roi ils avaient usurpée sur de petits fiefs.

La nature tout entière de l'État féodal répugnait à l'exécution d'un contrat qui menaçait de dissoudre tous les liens politiques du royaume. Henri usa d'une grande dissimulation : il ne voulut pas signer encore ce document en entier, mais seulement la dernière partie, et fit semblant de croire qu'il ne serait pas encore lié par la publication de la déclaration promise par le pape, mais seulement par l'adhésion de ses propres évêques. 11 n'avait nulle envie de renoncera l'investiture, et il s'efforçait, en présence des prélats, de rejeter sur le pape tout l'odieux de cette affaire.

Kcceh., ap. Pertz, VI, 240 et seq.; Annal. Rom., ib., V, 472; Chron. Cas., IV, .35 et seq. (ib., VII, 777 et seq.]. Cf. ib., III, 183 et seq., 112; VI, 745, 748; XII, 295; Pertz, Leg., II, app., p. 180 et seq.; Acta coronat. Henrici, ib., Il, p. 63 et seq. Cf. liaron., an. 1111, n. 2 et seq.; an. 1110, n. 2; Mansi, XX, 1209, 1223 (quelques décrets se trouvent aussi dans Gratien, c. xvi, xvni; C. XVI, q. vuy; XXI, 7 et seq.; Watterieb, II, p. 6.^, 40-;i4; Pasebal, ep. Migne, t. CLXIII, p. 213 et seq.;Suger, Vita Ludov. VII (Migne, t. CLXXXVl); Gerhoch, Syntagma, c. XXI, de investig. Anticbr., I, xxvi, xxvii, p. 60 et seq.; Planck, Acta inter Henric. V et Pasclial. II, Gœtting., 1783; Héfelé, p. 2JÖ et suiv,, 209 et suiv.; Papencordt, p. 230 et suiv.; Reumont, II, p. .39i-; Dœllinger, II , p. 159 et suiv.

m. — HisT. DE l'Église. 38

Le couronnement ajourné. — Captivité du pape.

ii. Le samedi H février Hll, Henri se préseata devant Home avec son armée et alla camper sur le mont Mario. Le liimanche suivant, escorté du clergé et du peuple, il se rendit à Saint-Pierre. Le pape le reçut sur le degré supérieur de l'escalier, lui présenta ses hommages, l'embrassa, puis l'introduisit dans l'église, et commença la cérémonie du couronnement. Quand le pape l'exhorta à remplir lidèlement les conditions du traité, le roi répondit que son dessein n'était pas de ravir aux églises et au clergé ce qu'ils avaient reçu des précédents empereurs, et demanda la lecture de l'instrument du pape concernant la renonciation aux régales. Celte lecture faite, le roi se retira à l'écart vers la sacristie avec les évêques et les seigneurs de son entourage, pour conférer de cette altaire. Quand les prélats revinrent avec le roi, ils se récrièrent longtemps contre la demande de renoncer aux fiefs de l'empire. Henri avait maintenant un prétexte suffisant pour ne ^as renoncer à l'investiture et pour exiger la couronne impériale sans aucune condition. Il tâcha d'intimider le pape ; et comme il le trouva plus persévérant et plus ferme qu'il ne s'y était attendu, il le lit cerUer et retenir prisonnier par les soldats allemands, malgré le serment qu'il avait prêté. — L'Ecossais David essaya de justifier cette indigne conduite par l'exemple de Jacoh, qui ne voulut point laisser partir l'ange avant d'avoir reçu sa bénédiction {Gen., xxxu, 20). — Parmi les ecclésiastiques allemands, il ne s'en trouva que deux qui usèrent désapprouver le procédé de Henri : Conrad, archevêque de Salzhourg, qui faillit payer son blâme de la vie, et le chapelain du roi iNorbert (le même qui fut depuis fondateur d'ordre). Les gens de Henri commirent do grands attentats, et plusieurs évêques furent retenus prisonniers avec le pape, l'armi les cardinaux, les évêques d'Ostie et de Tusculum furent les seuls qui s'échappèrent; ils tirent tous Uiurs efforts pour procurer la délivrance du pape.

Vu). Aola covonat., Pertz, Leg., II, p. G8-73; Migne, t. CLXFll, p. 283; Baron., an. HH,n. 8 et seq.; Guill. Mahnesb. (Migne, t. CLXXIX, p. 1375 et seq.); Otto Fris., VII, xiv; Annal. Rom.; Pertz, Scr., V, 474 et sei|.: Chvou. Cas., ih., VII, 780 et seq.; Card. Pisan., iip. Wattericli, II,

LA PAPAITÉ KT LÜMHIRE. o9o

p. 8 et seq. Cf. ib., p. 54-68; Gerhocli, de Fuv. Ant., I, xxvii; Ord. Vital., lib. X, c. i; Papeiicordt, p. 233-238; Reumont, II, p. 396-398; Héfelé, p. 270-280.

Contrat imposé au pape. — Couronnement de Henri V,

•iî). Les Homains étaient révoltés de cet exemple inouï de perfidie donne par un roi allemand. U y eut de sanglants combats. Henri lui-même fut blessé à la figure, et plusieurs des siens succombèrent. Trois jours après, il sortit de Rome, emmenant avec lui le pape et sa suite. Il le fit enfermer dans un oastel, puis ramener dans son camp, où il essaya de le gagner par des promesses et des menaces. Le pape, destitué de tout espoir du côté des hommes, céda enfin, après une captivité de soixante jours, soit par crainte d'un nouveau schisme, soit par compassion pour les Romains exposés aux vengeances de Henri, soit pour éviter une nouvelle effusion de sang, mettre un terme aux souffrances de ses nombreux compagnons d'infortune, et aussi pour recouyrer sa propre liberté.

On convint alors d'un accommodement tout à fait défavorable à l'Église. Jamais le ^jape, s'il eût été libre, n'y aurait consenti, même pour sauver sa vie : mais il semblait nécessaire pour détourner un schisme et prévenir une foule de dangers. Pascal H permit au roi de donner l'investiture de l'anneau et de la crosse aux prélats élus librement et sans simonie, avec son consentement et avant leur sacre; il pi'omit de ne pas inquiéter le roi au sujet de ce qui venait de se passer et de ne prononcer jamais l'anathème contre lui. Ce contrat, longtemps délibéré (11-13 avril UM), fut juré au nom du pape par seize cardinaux de tout degré, et au nom du roi pur treize seigneurs ecclésiastiques et laïques. Henri garantit en outre la paix aux Romains. Après quoi Pascal H le couronna empereur (13 avril) et lui fit de riches présents.

46. Le nouvel empereur retourna en Allemagne en passant par la Toscane, el demeura trois jours auprès de la comtesse Mathilde, qu'il nomma vicaire de l'empire pour la Ligurie. Pendant ce temps, une discussion ardente éclata à Rome entre les adversaires et les partisans de la convention. Plusieurs, notamment les cardinaux-evèques d'Ostie el de Tusculum, la rejetaient formellement comme injurieuse et illicite; d'autres disaient qu'elle »'tait invalide, parce qu'elle avait été forcée;

r)«.K) HISTOIRE T)E l.'ÉGLISE.

«lautres enfin essayaient de la justifier. Des conciles tenus en France à ce sujet la qualifièrent de pravilegium, et non de Privilegium. Le pape, profondément affligé, songeait aux moyens de rétracter les dangereuses concessions qu'il avait faites, sans violer le serment prêté à l'empereur, et déjà il roulait dans son esprit la pensée d'abdiquer le pontificat. Dans un concile tenu à Saint-Jean de Latran en mars 1112, il fut déclaré, sur la proposition de Gérard, évoque d'Angoulême, que le privilège, arraché par la force, était nul; mais on ne toucha pas au serment que le pape avait fait de ne point excommunier l'empereur. Ce décret, signé de douze archevêques, cent quatorze évêques, quinze cardinaux-prêtres et huit cardinauxdiacres, fut présenté à l'empereur par un cardinal et par l'évêque Gérard. Henri n'y fit pas attention.

En France, plusieurs zélateurs furent mécontents de ce décret, parce qu'il n'excommuniait pas l'empereur pour ses crimes précédents et pour sa persistance à donner l'investiture, parce que l'investiture elle-même ny était pas flétrie comme une hérésie. Cette lacune du concile de Rome fut comblée par l'archevêque Gui de Vienne, parent de l'empereur, par le cardinal Cunon de Préneste, légat du pape en Orient, par des conciles tenus à Jérusalem et ailleurs. Elle le fut aussi en IllT) dans l'Allemagne même, où l'empereur, à partir de H 14, rencontra de nombreuses résistances et ne put réduire la ville de Cologne ni son archevêque. Adalbert luimême, son ancien chevalier et son aide, qu'il avait nomme archevêque de Mayence, se souleva contre lui et fut mis en prison. Ce prince despotique provoqua peu à peu la haine des villes et des seigneurs en visant à agrandir sa puissance par tous les moyens possibles, en disposant à son gré des affaires religieuses, en faisant servir l'autoritc de l'Eglise au profit de la cour et des courtisans.

Les meilleurs d'entre les prélats désertèrent sa cause, quand ils virent que les intérêts suprêmes de l'Église étaient en jeu; les autres en firent autant dès que leur sécurité et leur intérêt personnel le demandèrent. Plusieurs, en Allemagne, applaudissaient à l'excommunication prononcée en France contre l'empereur. Les princes de Saxe se liguèrent contre lui avec l(?s habitants de Cologne et lui infligèrent une défaite. Sur leur

LA F'APAlTIi Kl 1,'lMriKE. o97

demande, le cardinal Théodoric, qui avait été précédemment employé en Hongrie, publia à Goslar, sans autorisation spéciale du pape, l'excommunication contre Henri (8 septembre 1 1 lo), et reçut à la communion ecclésiastique l'archevêque de Magdebourg avec d'autres Saxons.

Mansi, XX, 1008; XXI, 49 et seq., n et seq., 130 et seq.; Perlz, Scr., VI, 246, 2ol ; VII, 782 et seq.; Leg., II, app., p. 181 : Baron., an. 1111, n. 28 et seq.; an. 1112, n. .3 ; Guill. Malmesb. (Migne, t. CLXXIX, p. 1 378 et seq.); Goffrid. Viterb.; Pistor., R. G. Scr., II, 346 et seq.; Mansi, XXI, 54; Anon. Engol.; Bouquet, XII, 394; Pagi, an. 1112, n. 2; Goffr. Vindoc, 1. 1, ep. vil. ad Pascii.; Gerhoch, Synt., e. xxii ; Ivo Carnot., ep. ccxxxvi, Migne, t. CLXII, p. 138; Watterich, H, p. 68-81. Yves essaye de justifier le pape : « Quod eniin pioptur vitandani populi stragem paterne in se adniisit sunimu? Pontifex, coegit nécessitas, non probavit voluntas ; quod iiide constat, quia, postquam evasit periculum. ...quod jusserat, jussii, quod prohibuerat, prohibuit, •) etc. (Wallerich. Il, 72). Schojne, der cardinallegat Kuno u. Prseneste, 1857, p. 13 et puiv., 31 et suiv.; Héfelé, p. 280-288, 295 et suiv.

Autres négociations jusqu'à la mort du pape.

i". Le trône de Henri ne tarda pas à être sérieusement compromis. Il n'avait plus que de rares partisans parmi les évêques, tels que ceux de Munster, Augsbourg, Constance, Brixen et Trente. Dans cette extrémité, il tendit la main à ses adversaires, et convoqua à Mayence une cour plénière pour le ["novembre 1115. H songeait à se rendre en Italie poius'emparer, au mépris des droits du Saint-Siège institué héritier de tous les biens de la comtesse Mathilde, qui venait de mourir fiî4 juillet), forcer le pape à déclarer qu'il n'était pas excommunié, et lui imposer un nouveau contrat. Peu de princes se rendirent à Mayence. Les citoyens de la ville vinrent en armes assiéger son palais, reclamant avec menaces la liberté de leur archevêque, qui réunit plus tard (à Noël) une assemblée des princes cà Cologne. Henri, délaissé presque de tout le monde, envoya de Spire l'évêque Erlung de Wiirzbourg à Cologne: mais cet évêque lui-même l'abandonna bientôt, et le roi lui retira le duché de Franconie poiu' le donner à son neveu <',onrad de Hohenstaufen.

.jV)8 HIsrOlKE DE l'église.

Au commencement de l'an H 16, Henri passa les Alpes avec plusiem's évêques schismatiqiies, trouva de nombreux appuis en Lombardie, s'empara de la plupart des domaines de la comtesse Mathilde, essaya de se réconcilier avec le pape et de gagner à sa cause le doux et pacifique pontife par l'entremise de son parent Ponce, abbé de Cluny.

Pertz, Scr., VI, 249; Marlene et Dur., Coll., I, 664; Gesta abbat. Trud. M. G., Scr., X, 298; Watterich, II, p. 81 et seq.j Drellinger, II, p. 162 et suiv.; Héfelé, p. 297 et sniv,; F. M. Fiorentini, Memorie délia rontessa Matilda, II, cd. Lucca, 17r)6; L. Tosti, la Contessa Mat. e i Romani Pontelici, Fir., 1839.

Concile de Latran.

48. Pasca 111, sur ces entrefaites, avait donné, dans un concile tenu à Ceprano (octobre 1 114), l'investiture de TApiilie et de la Calabre à (luillaume, nouveau- duc des Normands, cl réglé plusieurs différends. Dans un autre concile célébré à Troja (août 1115), il avait décidé les Normands à. reconnaître la trêve de Dieu. Enfin, au mois de mars 1116, il ouvrit à Saint-Jean de Latran un concile qu'on a qualifié d'universel, parce qu'il s'y trouva des évêques, des abbés, des seigneurs et des députés de différents royaumes. Le pape s'y plaignit de nouveau du privilège que Henri V lui avait arraché, se justifia du reproche d'avoir, en l'accordant, commis une hérésie, en invoquant l'assistance que Je.sus-Christ a promise à Pierre cl à ses successeurs. Mais il fit en même temps remarquer que son serment l'empêchait de confirmer, ainsi qu'on le voulait, l'excommunication portée contre l'empereur parjure par le cardinal Cunon et par les délégués de l'archevêque de Vienne, bien que l'empereur — sans parler de ses autres violences — eût souvent manqué à ses engagements. Il se contenta d'in- Icrdire l'investiture pour l'avenir.

Henri V envoya, poiu' négocier avec le pape, trois évêques delà haute Italie dévoués à ses intérêts. Il souhaitait par-dessus tout de voir lever l'excommunication qui lui avait été infligée par plusieurs légats et conciles. Pascal répondit qu'avant de rien décider il avait besoin d'entendre les légats et les évèque.'^

LA l'APAl TÉ KT i/kMPIKI':. 599

dans un concile. Or Henri V ne voulait point de concile, car il n'avait rien de bon à en espérer. Il noua des alliances dans la ville de Rome, assura qu'il voulait se poser en médiateur de la paix, puis il marcha lui-même contre la ville, tandis que Pascal se retirait à Bénevenl. Henri V refusa aux cardinaux de renoncer à l'investiture, et il célébra la fête de Pâques à Rome (1117). Comme aucun des cardinaux n'était disposé à le couronner suivant le rite traditionnel, il s'adressa à Maurice Bourdin, archevêque de Braga, autrefois suspendu, puis gracié par Pascal et devenu son légat, et il reçut de sa main la couronne impériale. Pascal punit cet empiétement sur ses droits en excommuniant Bourdin à Bénévent. L'empereur parti, le pape put rentrer dans la cité Léonine; mais, épuisé par tant de fatigues, il tomba malade et mourut le 21 janvier 1118.

Ouvrages a consulter sur le n° 48.

Mansi, XXI, 93 et >eq.. 146 et seq., 156; Perlz, Scr.. VI, 250 et seq.; V, 477; Vil, 7.91 ; cai\l. Pisan., Walterich, II, p. 10 et seq., 85 et seq.; Papencordt, p. 230 et suiv.; Reumont, t. II, p. 400 et suiv.; Héfelé, V, p. 291, 286, 298 et suiv.

Gélase II.

iO. Les cardinaux, pour prévenir toute immixtion étrangère, se hàtèient de nommer le cardinal Jean de (iaéte, chancelier de 1 KgUse romaine, qui prit le nom de Gélase II. Le puissant Cencio Frangipani, informé de l'élection, accourut l'épée à la main, pénétra dans légliso, saisit le pape à la gorge, et, le traînant par les cheveux, l'emmena chez lui et l'y tint enfermé. La plupart des Romains coururent aux armes, et délivrèrent le pape, qui prit possession du palais de Latran. Mais voici Henri V qui arrive inopinément à Rome, (iélase s'enfuit à Gaéte, au milieu des flèches des Allemands qui le pom'suivent ; là il se fait consacrer en présence des princes de l'Italie du Sud et de plusieurs évêques. Des députés de l'empereur le somment avec menaces de renouveler le privilège de 1 1 1 1 ; < iélase refuse, mais il propose de faire vider le différend entre l'Église et l'Empire dans un concile qu'il tiendra à Milan ou à Crémone, au mois d'octobre

600 HisToiiiE i»E l'Église.

suivant. L'empereur, irrité de ce refus, décida, sur le conseil do ses juristes et des chefs de sou parti, de créer un antipape ' dans la personne de Maurice Bourdin de Braga, excommunie par Pascal. Bourdin prit le nom de Grégoire VlII. (léiase II, qui se trouvait à Capoue, excommunia l'empereur et son antipape (7 avril iM8); la même chose fut faite dans des conciles allemands tenus sous le cardinal Cunon et Adalbert, archevêque de Mayence. Henri se hâta de rentrer eu iVllemagne. Gélase, dans le courant de l'été, revint à Rome, où résidait aussi l'antipape; mais il en dut sortir de nouveau, à la suite d'une lutte excitée par les Frangipani. Passant par Gênes etPise, il se rendit en France, célébra un concile à Vienne en janvier 1149, et alla ensuite à Cluny, où il mourut peu de temps après (29 janvier).

Pertz, Scr., V, i78; VI, 254 ; Vil, 792 ; Mansi, XXI, 175 et seq., 185 ; Migiie, t. CLXIII, p. 26, 475 et seq., 489; t. CLXXIII, p. 1507 et seq.: Watlerich, 11, p. 91 et seq., 105 et seq.; Gerhoch, de luvest. Anlichi., 1, xxviii, p. 64 ; Baron., Pag., an. 1118, n. 4 et seq.; Papencordt, p. 241- 244; Reumont. H, ]». 40-2 et suiv.; Héfelé, p. 305-308. •

Calixte II.

50. Gélase avait recommandé pour son successeur le cardinal Cunon, un Allemand fort détesté de l'empereur. Cunon déclina avec beaucoup de tact et d'abnégation l'offre qui lui était faite, et proposa à sa place un homme puissant et résolu. Gui; archevêque de Vienne, issu de la race royale de Bourgogne, parent de l'empereur et de plusieurs grandes familles : l'abondance' de ses ressources, ses nombreuses alliances lui permettaient de sauvegarder la dignité pontificale. Gui fut couronné à Vienne le 9 février 1119 sous le nom de Calixte II et universellement accueilli, tandis que Bourdin n'avait d'autres partisans que l'empereur et ses adhérents. Le nouveau pontife, dans un concile, tenu à Toulouse (8 juillet), publia plusieurs canons contre les abus régnants et prépara dans Reims un grand concile, où l'on devait travailler à la pacification des esprits. Guillaume, évêque deChtàlons, et Ponce, abbé de Cluny, se présentèrent à Strasbourg devant l'empereur, en qualité

d'envoyés du pape, pour préparer les voies à un accommodement. Levèque Guillaume représenta à l'empereur que, lorsque lui-même avait été élu en France, il n'avait rien reçu de la main du roi, ni avant ni après son sacre ; que cependant, en ce qui regardait les tributs, la milice et autres choses concernant l'État, il servait son roi aussi fidèlement que les évoques de l'empereur pouvaient le servir; que l'empereur pouvait donc renoncer aux investitures, sans donner atteinte aux droits de sa couronne. Comme Henri semblait incliner à la paix, on lui envoya deux cardinaux pour conclure un accord. Il avait fait aux princes allemands plusieurs concessions (septembre M 19), et les évèques, de leur côté, avaient promis au pape de lui rendre l'obéissance et d'assister au concile de Reims. Henri concerta avec les deux cardinaux deux documents écrits, et il fut décidé que le 24 octobre il aurait avec le pape une entrevue à Mouzon, près de Reims.

Le 20 octobre, Calixte II ouvrit le concile de Reims, en présence de Louis Yl, roi de France, et dun grand nombre d "évèques venus de la plupart des contrées de lEurope. Il le quitta ensuite pour aller sceller la paix avec l'empereur, sur les bases des précédentes négociations (22 octobre). Henri campait dans le voisinage avec une forte armée. Comme il était presque à craindre quil ne renouvelât les violences exercées sur Pascal 11, le pape se contenta de lui envoyer des cardinaux et des évèques, et resta lui-même dans un château fort. L'empereur souleva une infinité d'objections, imagina mille subterfuges. Désespérant de conclure la paix, le pape se hâta de retourner à Reims, fit publier divers canons, notamment contre l'investiture des évèchès et des abbayes par des laïques, frappa dexcommunicalion l empereur et son antipape, et délia ses sujets du serment de fidéhté jusqu'à ce qu'il se fût amendé. Plus de quatre cent trente prélats y donnèrent leur assentiment, en tenant dans leurs mains des cierges allumés, qu'ils jetèrent à terre et éteignirent (30 octobre 1119).

Retour de Calixte II à Rome.

:)l. Calixte H prolongea encore son séjour eu France, con-

<>02 HISTOIUE DE L'iGLISE.

fera à son auden archevêché de Vienne de grands privilèges, puis repassa les Alpes en mars 1120.

• Le 3 juin, Calixte II fit son entrée dans Rome, où le parti pontifical avait la prépondérance, au milieu des acclamations du peuple. Il régla ensuite, à Bénévent, les affaires relatives aux Normands, et célébra dans Rome un nouveau concile au mois de janvier. Comme l'antipape, réfugié à Sutri, ravageait la campagne do Rome et faisait maltraiter d'inoffensifs pèlerins, on envoya contre lui une armée normande, qui s'empara de sa personne, le maltraita et le conduisit à Rome lié sur un chameau ; le peuple l'aurait déchiré, si le pape ne, fût intervenu. Calixte le fit reléguer au couvent de la Cava, où il mourut sans avoir renoncé à sa prétendue dignité. Le pape soumit aussi la noblesse romaine, et rétablit la sécurité des routes pour les pèlerins. L'archevêque de Trêves, longtemps protecteur de l'antipape, passa dans le camp de Calixte, et l'empereur luimême fut contraint de céder par les succès du pape en Italie et par la situation de l'Allemagne. Il voyait quantité de ses partisans prêts à le délaisser à cause he son excommunication, et il redoutait le sort de son père. Il y avait en outre, dans les deux camps, plusieurs partisans de la 'paix.

En septembre 1121, à Wiirzbourg, après huit jours de délibérations, on s'entendit sur les points suivants : Chacun garderait ou recouvrerait ce qui était à lui ; l'excommunication de l'empereur serait réservée au pape, que l'on prierait de convoquer un concile universel pour vider la controverse entre l'Eglise et l'Empire ; jusque-là, la paix serait observée do tous, y compris les princes, quand même l'empereur la violerait. Ce décret fut également approuvé à Ratisboniie (novembre) par les seigneurs de Bavière et de Carinthie. L'évèque de Spire et l'abbé de Fulde allèrent porter à Rome des propositions analogues. Les négociations de paix furent contrariées par la conduite indigne de l'empereur, qui, après la mort de l'évèque Erlung (28 décembre 1 121), rétabli par lui dans le duché de Franconie, donna l'évêché de Würzbourg au jeune comte (Ichhard d'Ilenneberg, encore laïque, le maintint contre le diacre Roudger de Yaihungen, qui avait été canoniquemcnt élu, et qui fut consacré au monastère de Schwarzach par l'archevêque de Maycnee, assisté des légats du pape, une

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