‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · I. ISl.AMISMK KT I, KVANüIl.i · texte numérisé non relu

I. ISl.AMISMK KT I, KVANüIl.i

voi passncror de Hnphsa et d'une séparation de Mahomet d'avec toutes ses autres femmes pendant quatre semaines. Pendant ce temps, il ne vécut qu'avec Marie.

Enfin Mahomet sortit d'embarras en disant que Gabriel lui avait rejiroche, dans des révélations, de craindre ses femmes, lesquelles, si elles iaquiéluienl davaniage le Prophète, encourraient la colère de Dieu, seraient toutes congédiées et remplacées par des femmes croyantes, soumises, pieuses, adonnées aux jeûnes et aux pèlerinages.

Haphsa repentante fut réintégrée, parce qu'elle avait toujours été pieuse et dévote.

Voyez Maraccio, ad sur. lxxi, où sont indiquées les sources arabes. Voyez aussi la Vie de Mahomet, par .Jean Gagnier, Amsterdam, 1718, lib. VII, cap. IX (part. II, p. 301). L'alfaire est ici mal présentée, et c'est à tort qu'on accuse Mahomet d'adultère, car la loi permet à l'homme d'accorder à ses esclaves les mêmes droits qu'à ses femmes et de les élever à la dignité de celles-ci. Haphsa était seulement aigrie de ce que, pendant son absence, le Prophète avait choisi sa propre tente pour s'unir à Marie (chacune des femmes de Mahomet avait sa maison particulière).

Ce qui étonne ici, c'est de voir Mahomet recourir h une révélation des qu'il se voit compromis.

Voici un autre cas de même nature. Seide, enfant adoptif de Mahomet, avait été marié par lui à Zeineba, pour laquelle le Prophète témoignait depuis longtemps une inclination prononcée. Seide crut opportun de la renvoyer, afin fpie son père adoptif pîit l'épouser; ce qui arriva en elfet. Or les mœurs arabes défendaient de pareilles unions, et l'envoyé de Dieu se vit de nouveau en butte aux critiques acerbes de son entourage. Cette fois encore il fut servi à point par une révélation d'en haut, dis^t qu'il était dispensé de ce degré de parenté, comme dans une foule d'autres degrés d'ailleurs interdits à tout autre.

N'y a-t-il pas là imposture manifeste? Voltaire le croit, et c'est à ce point de vue qu'il parait se jilacer pour juger Mahomet. Cette manière de voir ne semble pas historique; et j'avoue qu'étant admise la possibilité qu'un homme puisse donner sincèrement ses impressions, ses vues religieuses pour des inspirations divines, jene vois point pourquoi il ne pourrait pas considérer Dieu comme l'auteur de ses autres actions.

Qu'on se souviemie seulement des sacrifices que les filles des Babyloniens offraient au moins une fois dans leur vie dans le temple de Mylitta', du culte d'Astarolh à Carthagc, de ce qui se passait dans le temple d'Aphaca en Phénicie, et enfin des fêtes indiennes des Schir-

• Hérodote, liv. ^^ oh. xcix; Creuzer. Symbolique et Mythologie.

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vailes consacrées à Bhavani-Parvati, où la communauté des femmes existait dans un degic inconnu des brahmanes et des parias.

Mahomet parait animé du même esprit, esprit charnel assurément, ce qui est le propre caractère du paganisme ; mais il est clair aussi qu'il pouvait être convaincu de l'origine divine de cette inspiration et agir de bonne loi. Cette bonne foi éclate surtout en ce que CCS deux faits donnèrent lieu à deux sures. Nous reviendrons sur ce sujet. Nous nous demandons seulement comment il se peut que de tels actes n'aient pas diminué le crédit de Mahomet parmi les siens, et comment ce crédit a pu subsister jusqu'à nous.

En vérité, quand nous considérons les rcl.itions de Mahomet avec le moine Bahira, son attrait merveilleux pour la solitude dès sa jeunesse, son apparition tardive et étrange en qualité de prophète, la façon naïve avec laquelle sa première femme, l'intelligente Khadige, envisage sa dignité de prophète et résout ses doutes, l'attachement de ses proches éprouvés par les plus grands dangers, de ses proches qui connaissaient dès soïi bas âge ses opinions et son caractère moral, il nous est aussi impossible de trouver en lui un imposteur vulgaire, que de nous expliquer comment ce maître de l'Arabie a pu laisser pour toute succession quelques cliamoaux et mulets, une centaine de brebis et un coq domestique.

Abulféda rapporte, dans son Histoire de Mahomet, qu'assis sur la terre, il trayait lui-même ses brebis, raccommodait ses vêtements et ses souliers, et mourut enfin sans avoir pu se rassasier de pain d'orge, passant des mois entiers sans feu dans sa maison, et ne prenant, lui, ses femmes et ses enfants, que des dattes et de l'eau. Ce n'est là ni l'ambition ni les accompagnements de l'ambition. Impossible surtout d'expli<iuer par cette passion l'origine du Coran, où l'on trouve souvent une piété tout à fait originale, une dévotion touchante, une poésie religieuse d'un caractère particulier. 11 est inadmissible que ce soit là une œuvre artilicielle ; ce (^u'il faudrait admettre, si ]\lahümet n'était qu'un imposteur. D'où lui serait venue cette llamme religieuse, quoique dévastalrice, qui, en si peu de temps, embrasa l'Asie tout entière, si cette flamme n'eût pas été en lui? Supposer que Mahomet n'a obéi qu'à l'ambition et a d'autres passions vulgaires, c'est donner une explication qui n'explique rien, assigner une cause sans rapport avec ses elfets; la liaison logique des phénomènes demeure inexplicable. Ajoutons que l'ambition en général, quelque importance que lui attribuentles historiens, cxpli(pie peu de choses vraiment grandes; le plaisir de gouverner cit toujours contrarié par le déplaisir d'être gouverné. Quand il ne s'y joint pas de grandes «{ualités de l'esprit et du cœur, ou que des intérêts [)uissanls n'ébranlent pas les esprits, celte passion, comme tout ce qui est passion, n'a que des effets historiques fort misérables.

l'islamisme El l'évangile. '23

Mais alors d'où vient cette contradiction?. Elle vient de ce que, dans l'origine, les efforts do Mahomet n'nvaient(iu'nn but national. Ses vues ne s'étendaient pas ou ne s'étondaient que vaguement hors de l'Arabie, où il voulait fonder une religion nationale monothéiste. De là sa tolérance pour le christianisme, qu'il n'entendait nullement attaquer en dehors de son pays. Ce ne fut que peu à peu qu'il comprit la connexion du mouo- Ihéisnie avec une religion universelle, que de prophète national il s'érigea en prophète universel, et voulut faire de la religion de quelquesuns la religion de tous. Dans ce changement, le rapport de coordination du christianisme à l'islamisme devient un rapport de subordination.

Pour montrer que les choses ont pu se passer ainsi, il est nécessaire de rappeler que Mahomet fut païen jusqu'à l'âge de quarante ans, et ne professa qu'après des luttes prolongées la doctrine de l'unité de Dieu; encoi'e n'arriva-t-il pas à des convictions nouvelles par un enseignement régulier. 11 se peut donc que, dans la première période de sou prophétisme, le dogme de l'unité de Dieu soit demeuré chez lui imprégné d'idées polythéistes, et qu'il n'en ait jamais eu une notion bien nette.

Le paganisme ne connaît que des religions nationales, parce qu'il n'a que des dieux nationaux. Dans le christianisme, le dogme de l'unité de Dieu est intimement lié à la doctrine d'une seule humanité, d'une religion destinée à tous les ten)ps. Mahomet, ne saisissant pas tout de suite le fond complet des idées nionothéistes, sépara d'abord le dogme de l'unité de Dieu du dogme d'une religion unique, destinée à réunir tous les peuples, et se contenta de mettre l'islamisme au niveau du christianisme. Plus tard, quand il connut mieux le monothéisme, il se vit forcé d'agrandir sa religion, qu'il avait d'abord restreinte aux èlroiles limites d'une race sémitique, de lui attribuer une portée générale, et par conséquent de transformer le rapport de son culte et du culte chrétien en un rapport de subordination du second au premier.

Ces remarques permettent d'expliquer comment la tendance de Mahomet ne fut d'abord que nationale. Nous allons montrer que tel fut réellement son but. Mahomet fusionnait les éléments politiques et les éléments religieux, absolument comme faisaient les anciennes religions nationales, dont le caractère distinctif est d'être toujours confondues avec l'État. Religion et politique. Église et État, institutions civiles et institutions religieuses, sont presque toujours inséparables : d'où vient que la plus haute dignité civile et la plus haute dignité religieuse étaient souvent réunies sur une même tète. Les choses purement spirituelles, éternelles, communes à tous les hommes, u'étaieut pas séparées des choses finies, soumises au temps et à l'espace; la religion n'avait pas la liberté de ses mouvements.

Mahomet lui-même ne faisait pas cette différence : il était à lo fois

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prince et évèqiie, et il était l'un précisément parce qu'il était l'autre. Les premiers califes furent eu même temps grands prêtres ; et si les sultans ottomans n'exercent plus de fonctions sacerdotales, c'est parce que le mupliti n'est que leur remplaçant.

Mahomet, en sa double qualité de grand prêtre et de prince, invoque expressément le fondateur de la religion nationale des juifs, Moïse, qui réunissait aussi l'un et l'autre. Le califat était attaché à la race des Koreischites; et de même que Moïse transmettait le souverain pontiflcat aux Aaronites et le sacerdoce aux Lévites, ainsi la race la plus illustre des Arabes, celle à qui le sanctuaire arabe fut confié de temps immémorial, fut toujours appelée à la souveraineté'.

Tout cela atteste évidemment que le mahométismc n'eut d'abord qu'une tendance nationale, et imprime à sou œuvre un cachet arabe indélébile.

Aussi le mélange du civil et du religieux se révèle quelquefois sous la forme la plus étrange dans la société qu'il a fondée. Il n')' a qu'une religion nationale, un ordre de choses où les éléments religieux et les éléments civils se trouvent mêlés, qui explique suffisamment pourquoi l'islamisme s'est propagé par les armes: c'est précisément parce que la politique et la religion, l'iitat et l'I'^glise étaient confondus, que la coaction interne ne pouvait être séparée de la coaction externe; reconnaître le Prophète et se soumettre à sa puissance passaient pour une seule et même chose. De là vient que l'islamisme se vit plus tard forcé, par sa base monothéiste, de franchir les bornes de la nationalité et de devenir une religion universelle, de transformer la monarchie nationale en monarchie cosmopolite. En déclarant la guerre aux autres religions, il devait la déclarer aussi aux autres États : de là cet autre phénomène que les musulmans, en franchissant les frontières de l'Arabie, imposèrent à tous les peuples leurs us et coutumes, telle que la circoncision, et détruisirent toutes les particularités nationales pour y substituer celles des Arabes.

Pour se bien pénétrer de la vérité de ce qui précède, il suffit de le comparer avec le procédé contraire. Le christianisme, quand il se présenta comme religion universelle, se débarrassa complètement des liens du judaïsme. Dès qu'il franchit les bornes de la Palestine, il rejeta la circoncision et les diverses cérémonies judaïques, et se retira tout entier dans le domaine de l'esprit, d'où il sortit avec un caractère vraiment universel. Partout il ne s'adresse qu'à l'esprit et à sa force interne; il respecte les États et les coutumes nationales. Supérieur à toutes ces

'Voyez le plus ancien livre religieux des musulmans dans Mouradgea, t. !"■, in-fol., p. 95, art. 3d :« L'imam doit ôlre issu du sang des Koreischites, sans cependant que sa naissance soit restreinte à la branche de Haschem ou à celle d'Ali. Il suffit qu'il ne soit pas d'une autre race. »

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choses par sa nature purement spirituelle, il peut les pénétrer toutes, et il ne travaille qu'à les transfigurer.

Le christianisme pouvait agir de la sorte, parce que Jésus-Christ eut dès le principe une vue parfaitement nette des 0ns qu'il voulait atteindre, et qu'il les énonça clairement. Il ne poursuivait pas la vérité à travers des contradictions, ainsi qu'il arrive à l'homme : il voyait toute vérité dans une lumière éternelle. Mahomet, au contraire, subit la commune destinée des hommes : poussé d'un extrême à l'autre, il n'arrivait pas même à trouver la droite voie pour lui-même. Les Juifs aussi, chez qui la religion et la politique se confondaient, étaient incapables, à leur point de vue, de concevoir un Messie spirituel, un roj'aume spirituel de Dieu sur la terre; ils ne concevaient qu'un judaïsme universel, c'est-à-dire un particularisme général (pure contradiction) : de là vient qu'ils ne reconnurent pas le Messie spirituel. On peut dire à cet égard que Mahomet était le Messie attendu des Juifs, et qu'il ne s'est pas trompé en invoquant les prophéties de l'Ancien Testament.

Pour compléter notre démonstration, il nous reste à examiner la morale de l'islamisme et la moralité de Mahomet.

De même que chez les peuples qui n'ont qu'un culte national, la vie religieuse est trop peu développée pour conquérir une existence hbre et indépendante, et a besoin d'être soutenue par la vie civile; de même l'élément moral n'y parait jamais dans toute sa pureté. Si le dogme qui enseigne l'unité de Dieu, père de tous les hommes, et l'existence d'un royaume divin dont nous sommes tous les citoyens nés; si ce dogme a pu seul donner la notion de l'unité du genre humain, et par conséquent de l'amour universel des hommes, il s'ensuit qu'une religion nationale ne devait enfanter qu'un amour national.

De plus, chaque peuple avait ses vues particulières sur la valeur morale de riiomuie, sui^ la vertu, sur le devoir, sur le droit : tout cela n'avait qu'un caractère adapté aux mœurs de chaque nation, et dépendait en grande partie des relations où l'homme se trouvait avec la nature qui l'entourait, ou dans lesquelles il avait été jeté par le coiu's des événements. L'homme, par suite de sa déchéance morale, paraissait voué presque exclusivement aux forces du monde physique; ses bonnes qualités ne lui étaient restées en quelque sorte que par un jeu de la nature, par une faveur indépendante de lui. Les divinités nationales résumaient d'ordinaire ce que le peuple connaissait de meilleur.

Si maintenant nous comparons les doctrines morales de l'islamisme avec ces phénomènes des cultes nationaux, nous constaterons entre eux une ressemblance frappante. On ne rencontre nulle part dans le (]oran les traces d'un amour qui embrasse les hommes de toute tribu t't de toute nation ; c'est là une conséquence de la position des Arabes

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à l'égard des autres peuples. La compassion des musulmans est nécessairement restreinte à leur tribu : elle ne va pas au delà. La charité, du reste, est inconnue des musulmans : ce qui le prouve, c'est qu'ils continuent d'avoir des esclaves, et que l'islamisme n'a jamais combattu cette barbarie.

Ce qui nous intéresse davantage encore, ce sont certaines coutumes nationales que la morale de l'islamisme a accueillies et sanctifiées. Daus les pays du sud, l'empire des forces de la nature sur l'homme se révèle par la fougue, la persistance de la colère et des plaisirs charnels : de là l'espi'it de vengeance, la pluralité des femmes et le divorce. L'islamisme est si peu contraire à ces passions, qu'il les prend souvent sous son égide, tout en condanmant les excès de la vengeance par des raisons de prudence; il recommande d'user des esclaves quand il est à craindre que la possession simultanée de plusieurs femmes libres n'entraîne des dissensions domestiques.

La moralité même de Mahomet répond de tout pointa la notion d'un prophète national et d'une morale nationale. Un prophète universel, tel qu'était Jésus-Christ, doit se distinguer par le caractère moral le plus pur, précisément parce qu'il doit représenter l'humanité générale dans toute sa pureté : aussi le genre humain n'a connu que par lui la vi*aie morale et l'idéal de l'homme moral. C'est que Jésus-Christ appartenait à l'humanité, et non pas à une nation. Mahomet, au contraire, n'a rempli que les conditions (ju'on peut exiger d'un parfait Arabe : considéré au point de vue de la morale purement humaine, il doit être rejeté comme un faux prophète; il ne peut être avoué que par la morale arabe, qui fait de ses défauts dos vertus.

Ainsi s'explique la créance qu'il a rencontrée quand il s'f^st donné pour un envoyé de Dieu, bien qu'il eût juré, après la bataille d'Ohod, où son cousin Ilamza avait été mutilé et mis ;i mort, de tirer une vengeance exemplaire, et de sacrifier trente Koreischites à son parent; bien qu'il eût, dans un autre cas, obligé tous les siens par serment à venger, au péril de leurs biens et do leur vie, l'Ottoman qu'il croyait avoir été traîtreusement assassiné par ces mêmes Koreischites. On ne s'étonnera pas non plus d'apprendre, des auteurs arabes euxmêmes, que Mahomet, de son propre aveu, faisait ses délices des femmes, qu'il vantait en termes indécents sa puissance generative, et se glorifiait de l'emporter sur tous les Arabes. Il ne respectait rien de ce que les mo'urs et les coutumes arabes qualifient de dissolution et de crime. Il so croyait autorisé de Dieii à franchir toutes les bornes, ft il voyait l.à, ainsi que dans sa force physique, une preuve de sa mission supérieure. De là ce fait, inexplicable d'ailleurs, qu'il a inséré dans le recueil de ses révélations, dans le Coran, où ils sont conservés à côté de sa législation religieuse, politique et morale, des récits que nous

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