‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 4 sur 44 · L ISLAMISME ET L EVANGILE · texte numérisé non relu

L ISLAMISME ET L EVANGILE

sommes obligés d'appeler des lémoignagcs impérissables de son infamie.

Ici donc, l'élément général et vraiment spirituel n'arrive pas ù se séparer des restrictions nationales; il semble plutôt avoir été enchaîné par elles et étouffé. Lies rétlexions générales justifient l'explication que nous avons donnée de la contradiction qui existait dans Mahomet, et une foule d'autres particularités conduisent au même résultat. Si nous étudions l'histoire de Mahomet dans tous les détails où elle nous est présentée par Abulféda et autres auteurs arabes, depuis l'apparition du Prophète, nous n'y trouvons rien qui permette de croire qu'il ait voulu introduire un culte universel; nous y voyons tout le contraire. Plus d'une sure avait déjà été publiée, en partie du moins, avant qu'il fût assuré de sa mission prophétique. Khadige fut tentée plus ou moins longtemps de considérer pour un esprit mauvais Gabriel, dont son époux se disait visité; lui-même ne se fiait pas à ses illusions ou à ses rêves : quand ils approchaient, il tremblait de tout son corps, parce qu'il avait des doutes sur le caractère du démon qui l'inspirait; Khadige était obligée de le consoler, tandis qu'elle-même se sentait pleine de trouble. Après les premières révélations, le calme se fit dans sou intérieur et l'esprit qui lui apparaissait se retira. Pendant ce temps, Mahomet se contenta d'instruire son entourage, sans se donner pour un maître envoyé de Dieu. Après un long intervalle, Gabriel se présente de nouveau et lui annonce formellement que Mahomet est envoyé de Dieu. A dater de là, il parla et agit publiquement en qualité de prophète.

Quelques années après qu'il eut commencé sa carrière prophétique, quarante de ses disciples furent contraints de se réfugier en Abyssinie l)Our échapper aux poursuites des Koreischites : les musulmans appellent cette émigration la première fuite. Or des hommes qui quittent leurs foyers, leur sol natal,» pour une doctrine religieuse, sont certainement enthousiasmés pour elle, et nous devons nous attendre à les voir s'efforcer de répandre l'islamisme en Abyssinie, comme les premiers chrétiens, fugitifs de Jérusalem, travaillèrent à propager le christianisme en Asie et ailleurs.

Il n'en fut rien cependant : les fugitifs se donnèrent au contraire pour des chrétiens, alin de s'assurer la protection du prince d'Abyssinie. Pour que ce fait soit moralement possible, il faut que Mahomet et les siens n'aient voulu fonder une reUgion que pour l'Arabie. La force probante de ce fait, naïvement raconté par Abulféda, éclatera mieux encore si nous le comparons avec un autre fait survenu dans un temps où l'islamisme se donnait déjà pour une religion universelle.

Peu de temps après la mort de Mahomet, un chef d'armée en lutte avec d'autres partis se vit contraint de quitter l'Arabie et de se réfu-

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gier à Masenderan. Le prince de ce pays l'avait à peine assuré de sa protection, quo le fugitif le sommait de choisir entre confesser l'islamisme ou s'engager à payer un tribut. Notre assertion est donc justiliée, même dans l'hypothèse où Mahomet n'aurait plus songé à propager ailleurs sa doctrine. C'est seulement dans la septième année de la fuite, par conséquent dans la vingtième année de sa vie prophétique, que nous trouvons les premiers vestiges d'un plan étendu, que Mahomet commence à réaliser à la manière d'un chef de tribu redoutable. Il envoie à l'empereur de Couslanliuople, aux préfets d'Egypte, à Chosroès de Perse et à son lieutenant de l'Yémen des ambassadeurs chargés de faire reconnaître sa mission. Mahomet agit ici en qualité de prince, et il fait de sa reconnaissance comme prophète dans les divers empires du monde l'objet d'une mission diplomatique : il suppose qu'il lui suflira de gagner le souverain pour gagner les sujets. Jésus-Christ, lui, commence par en bas, parce qu'il ne s'adresse qu'à la conviction.

De ce qui précède on peut au moins conclure ceci : Mahomet hésita fort longtemps sur le caractère de sa mission; il ne se rendait pas compte de son rôle à côté des autres envoyés de Dieu, Moïse et Jésus- Christ. Cette incertitude semble contredire la résolution qu'il lit paraître dans la suite.

Une autre preuve que Mahomet voulait, dans l'origine, prendre en face du christianisme une attitude tout autre que celle qu'il adopta I)lus tard, c'est qu'il employait pour recevoir ceux qui entraient dans sa société une espèce de rite baptismal, qui fut plus tard supprimé. Dans le principe, la kébla était dirigée vers Jérusalem ; ce ne fut que deux ans après la fuite qu'elle fut tournée vers la Mecque. En général, l'introduction du culte et des usages extérieurs qui distinguent les musulmans des chrétiens, et qui n'ont pas une ancienne origine arabe, a eu lieu dans les derniers temps de la carrière du Prophète : c'est seulement la seconde année de la fuite que le jeûne est institué dans le mois saci'é du ramadan; c'est dans la quatrième de rémigration à Médina qu'est révélée l'interdiction du vin; c'est dans la dixième que le pèlerinage de la Mecque est solennellement institué, etc. Ce fut donc progressivement que Mahomet donna à, la socièlé religieuse qui l'entourait une série d'usages spéciaux, qui la séparèrent de toute autre communauté : nouvelle preuve que ce ne fut que peu à peu qu'il prit une position décidée en face du christianisme, qu'il sortit de ses incertitudes et tomba dans les contradictions dont nous avons parlé.

Si Mahomet ne fut que plus tard définitivement fixé sur l'opinion qu'il avait de lui-même en tant que prophète, s'il n'institua que progressivement un culte particulier, il en est de même de sa doctrine. Ce point est de la plus haute importance. Les nombreux récits de conversions (juc nous possédons de sa première période prophétique, nous per-

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mettent de suivre avec assez d'exactiludt"! les changements opérés dans le corps de sa doctrine. Un général arabe, Asaad, demandait un jour à Mahomet, non encore revenu de la Mecque, en quoi consistait sa nouvelle doctrine : J'instruis les hommes, répondit Mahomet, à honorer un seul Dieu, à rendre aux parents les bienfaits qu'on en a reçus, à ne pas tuer les enfants ni aucun autre homme, à éviter tout crime, même le plus secret, à ne pas envahir les biens des orphelins, à détester le parjure et le mensonge, et à tenir sa promesse. Mahomet n'ajouta rien de plus, et Asaad n'hésita pas à le reconnaître pour prophète. On ne voit point, d'après cela, ce qui avait pu décider alors le nouveau prophète à élever l'islamisme au-dessus du christianisme, surtout (juand on songe aux idées qu'il se faisait du christianisme.

Plus tard, il revendiqua pour l'islamisme la doctrine chrétienne concernant les mérites de Jésus-Christ, assurant que celui qui était représenté auprès de Dieu par Mahomet pouvait seul obtenir la rémission de ses péchés, et que nul de ceux qui croj'aient en lui ne pouvait être irrévocablement damné. A ce point de vue, le christianisme devait être subordonné à l'islamisme, et puisque Mahomet était considéré comme l'unique médiateur de Dieu et des hommes, il devait soutenir l'universalité de l'islamisme et nier que le christianisme fût désormais valable.

Ainsi, la contradiction qui nous a si longtemps retenus, s'éclaircit par le développement interne de l'islamisme, qui seul l'explique suflisamment. Quand Mahomet*- conçoit l'islamisme comme une forme religieuse subsistant à côté du christianisme, nous sommes dans la période ovi il n'a pas encore une vue nette de ses aspirations et où il suit nue voie indécise; dans la seconde, oii il le présente comme une religion universelle, l'islamisme est déjà achevé et complet, ou du moins sur le point de l'être.

Ainsi, l'opinion émise par les théologiens mahométans de la seconde classe, dont nous avoijs parlé, était exacte : c'est l'expression immédiate de la pensée de Mahomet, dont l'esprit continuait de vivre parmi les siens; elle est parfaitement justißee parla recherche scientifique.

Nous connaissons aussi par cela même le rapport interne qui existe, d'après le Coran, entre le christianisme et l'islamisme. Mahomet était convaincu que sa dignité extérieure d'envoyé de Dieu était infiniment plus haute que celle du fondateur de l'Église chrétienne, et il en concluait naturellement que la valeur interne de son message dépassait de beaucoup celui de Jésus-Christ, que le christianisme devait être supplanté par l'islamisme. 11 y avait donc maintenant un certain équilibre entre les assurances diverses de Mahomet sur lui-même et sur sou œuvre, et une espèce de logique avait remplacé les précédentes incohérences.

Kn quoi consistait la prééminence que Mahomet accordait à sa doc-

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Irine sur le christianisme? Nous ne le voyons indi!|u6 nulle part. L'Évangile s'énonce avec une étonnante clarté et une profondeur inépuisable sur ses rapports avec le temps qui l'a précédé et avec les diverses portions do ce temps, et l'on y voit de la façon la plus convaincante que Jésus-Christ est le centre de l'histoire du monde. Mahomet ne nous fournit aucun renseignement de ce genre.

Parlait-on des prophéties qui le concernaient, il disait qu'elles s'étaient perdues. Quand les Juifs et les Arabes, pour résister à ses instances, le priaient d'opérer des miracles, il répondait qu'il était prédicateur et non thaumaturge. Si, à notre tour, nous lui demandons pour quelles raisons internes il se place au-dessus de Jésus-Christ, nous n'aurons point de réponse. Si quelqu'un, partageant les vues de Mahomet sur la Trinité cl autres particularités du christianisme, répondait que la valeur interne de sa doctrine consiste dans son ancienneté, nous répliquerions que Mahomet entendait bien s'écarter en cela de la doctrine de l'Église, mais non de l'Évangile ; que, s'il se croyait appelé à ramener à sa force primitive la doctrine de l'Kglise, selon lui dégénérée, il ne prétendait point s'élever au-dessus de Jésus-Christ même.

Vues de l'Église comparées à celles de Mahomet.

Nous pouvons déterminer maintenant les espérances que l'islamisme permet de concevoir dans l'intérêt du christianisme. Le Coran attribue à l'Évangile une si grande autorité, et celle qu'il s'attribue h lui-même .sur l'Évangile a si peu de fondement, qu'il détruira la sienne par celle de l'Kvangilc : il contient donc on lui-même le principe do sa ruine. Dés que la liberté de conscience se sera réveillée dans de vastes sphères, qu'elle sera dirigée par des missionnaires intelligents et dévoués, les éléments chrétiens que le Coran a adoptés rcssortiront d'eux-mêmes, et il deviendra évident pour chacun que l'islamisme n'a élé, dans les vastes plaines de l'Asie et de l'Afrique, qu'une première étape vers le christianisme, et que Mahomet a frayé la voie à Jésus- Christ.

■Voyons d'abord comment l'islamisme a préparé les voies au christianisme dans les pays où il s'est propagé. On n'étonnera personne en disant que le christianisme ne s'adapte pas à tout degré de culture : ce qui suffirait à le prouver, c'est que Dieu, dans sa sagesse, a fait précéder l'Évangile du mosa'isme ot d'autres institutions. Chaque fois que des peuples placés à im degré itifériour de civilisation sont entrés dans l'Église, l'Évangile s'est présenté à eux par le côté où il se rapprochait du judaïsme : c'est par là qu'il leur était le plus accessible. S'il est peu d'hommes, même parmi ceux qui sont nés chrétiens; qui ne traversent pas, dans leur vie, des périodes marquées d'une empreinte

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païenne et juive, avant qu'ils deviennent des chrétiens véritablement nés selon l'esprit, on peut dii'e aussi que les peuples dont nous parlons Iravei'saient le judaïsme avant d'arriver au christianisme. Il en est de même de la plupart de ceux qui furent subjugués par l'islamisme : pour ua grand nombre de ceux qui appartenaient déjà extérieurement à l'Église, mais qui n'élaient pas encore mûrs pour elle, les maximes de Mahomet remplaçaient celles de Moïse, et servaient de préparation à l'Évangile. Il est consolant de constater que partout les fétiches les plus grossiers, auxquels tant d'Africains sont restés adonnés jusqu'à nos jours, cèdent devant le culte d'un Dieu vivant, tout-puissant, infiniment bon et sage. Dans les villages mêmes de l'Afrique où dominaient autrefois les idées les plus absurdes, les enfants s'assemblent autour d'un marabout (prêtre mahométan), et sont amenés par lui à croire à Dieu et aux choses de l'éternité, en même temps qu'ils apprennent à lire et à écrire. On remarque aussi l'intluence décisive que cette croyance et cette culture exercent sur l'adoucissement des mœurs. Les voyageurs donnent toujours la préférence à ces villages, et ils se croient en sûreté dans les lieux où se trouve un prêtre mahométan, un marabout.

Là aussi, il est vrai, les mabométans continuent d'employer leur première méthode de conversion : l'épée; la Sainte-Alliance des royaumes de Futa-Toro, Dondu et Futa-d'Iallon pour l'extirpation de l'idolâtrie, fait plus de besogne que les missionnaires chrétiens. Réjouissons-nous cependant de ce qu'ils font, à leur insu et contre leur gré : ils travaillent pour Jésus-Christ.

Nous avons dit que le Coran, par l'autorité qu'il attribue à l'Évangile, détruit son autorité propre.

Divers exemples confirment cette assertion. Des mahométans instruits, qui avaient été en contact fréquent avec des chrétiens et avaient acquis une connaissance solide du christianisme, trouvaient, surtout quand on leur avait remis nos saintes Écritures, que le Coran était, sur des points nombreux et essentiels, en contradiction avec l'Évangile, bien qu'il prétendit l'appuyer. Quoi de plus facile, en effet, que de se convainci'e que Jésus-Chi-ist appelle sa religion la religion universelle, religion impérissable, seule capable d'assurer le salut et de rétablir les relations qui existaient primitivement entre Dieu et l'homme? La Bible nous montre, à chacune de ses pages, que, depuis la chute d'Adam jusqu'à l'avènement du Rédempteur, toutes les révélations , tous les grands événements historiques se rapportent à Jésus-Christ; que, depuis sa venue, tout se développe en conformité de ses enseignements: par conséquent, que les prophètes qui l'ont précédé ne sont que ses ministres, que tous ceux qui viennent après lui ne peuvent être que ses amis et ses auxiliaires. Or n'est-ce pasune contradiclion frappante

de vouloir découvrir dans l'Évangile la preuve et la confirmation d'une religion supérieure à celle qu'il renferme?

11 n'ccliappait pas davantage à ces penseurs que le christianisme l'omporle sur ce qui le précède et le suit ; qu'il ne so donne pas seulement comme supérieur, mais que ce qu'il dit de lui-même, comparé à l'islamisme, n'a pas été convaincu do mensonge. U est du reste évident, par ce qui précède, que les rapports multiples établis par le Corail entre Jésus-Chrisl et Maliomel, l'Évangile et l'islamisme, offrent au messager de la foi un point do départ excellent pour s'avancer dirccleuiont au centre môme du christianisme.

^"Sans doute, les rapports que Mahomet croit trouver entre lui et Jésus-Christ, offrent de grandes difficultés pour la conversion des mahométans. Persuadés qu'ils l'emportent sur le christianisme, par conséquent qu'ils sont capables d'entendre d'eux-mêmes les saintes Écritures, ils ont la prétention de les e.xpliquor aux chrétiens, de leur en donner rintelligence, de leur montrer où et comment ils se sont écartés du vrai sens. On éprouve une singulière impression quand on voit Alhasaii, Ahmcd-Ibn-Abdolhalim, dans son Apologie de l'islamisme, et plusieurs autres, expliquer aux chi'étiens la formule du baptême contenue en saint Matthieu, et leur apprendre ce qui résulte contre la divinité du Christ de ce passage : « Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avozvous abandonné? » comment il faut interpréter ce mot du Sauveur : « Moi et mon Père nous sommes un »; quand on entend le dernier de ces théologiens déclarer que le dogme de la Trinité (qu'il saisit mieux assurément que Mahomet) n'est qu'une personnification des attributs divins. Ils ont l'air de dire que la vraie notion du chrislianisme a disparu de l'Église chrétienne et s'est réfugiée chez eux, et ils allèguent avec beaucoup d'adresse les sectes innombrables du christianisme, ainsi que Mahomet le faisait déjà dans l'intérêt de sa cause.

On le voit, les mahométans, par la forme comme par le fond do leurs assertions, se placent au mémo point de vue qu'une foule de chrétiens de nos jours : on ne peut donc les combattre que par les moyens que l'on oppose au procédé antiscientifique de ces derniers. Ce qu'est Jésus-Christ, ce qu'il a enseigné et voulu, ne peut être déterminé en dehors de l'Église chrétienne et contre cette Église même. li faut chercher le sens de sa parole, l'intelligence de son Testament, là où Jésus-Christ, sa doctrine et sa vertu divine ont produit une société durable, une vie ininterrompue, une forme solide et permanente.

L'essentiel ici n'est pas de savoir si la doctrine de Jésus-Christ est vraie, mais quelle est la vraie doctrine de Jésus-Christ; et ceux-là seuls peuvent bien nous renseigner sur ce point, à qui Jésus-Christ a inspiré son esprit, qui ont entendu sa parole de sa propre bouche, qui l'ont coiitiimée dans tous Ic^ sens, affermie et transplantée dans une multi-

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tude d'inslilutions. Quand on a ainsi découvert la doctrine historique de Jésus-Christ , il s'agit de savoir si cotte doctrine est vraie en elle-même. Celui qui ne peut se convaincre de ce dernier point fera comme les juifs: il rejettera la doctrine de Jésus-Christ comme fausse, et il ne donnera nullement pour une vérité historique, pour la vraie doctrine du Christ, ce quil tiendra pour vrai d'après ses vues subjectives.

Or les musulmans confondent, eux aussi, la vérité historique avec leurs vues personnelles, tout en s'abritant derrière quelques textes bibliques, qu'ils détachent de leur contexte et qu'ils interprètent en les séparant de la vie chrétienne et de ses développements. Ces principes, aussi simples que lumineux, et absolument irréfutables au point de vue scientiiique, les musulmans eux-mêmes les trouveront d'autant plus admissibles qu'ils seront plus cultivés. Ils se résigneront facilement à ne pas s'identifier de prime abord avec Jésus-Christ, et à croire qu'il a pu enseigner autre chose que ce qui leur parait vrai; d'autant plus que nous-mêmes nous leur reconnaissons le droit de caractériser la vraie doctrine de Mahomet d'après ce qu'ils ont sous les yeux, puisqu'ils sont en possession de son esprit, qu'ils vivent et agissent dans cet esprit. C'est ainsi que nous faisons nous-mème dans ce travail : nous y avons constamment égard à la vie religieuse des musulmans, aux développements internes et à l'histoire de l'islamisme. Nous ne dissimulons point que si nous n'avions fait usage que de la lettre du Coran, au lieu de promener partout nos regards et de le faire jaillir de l'esprit et de la vie du mahométisme ; en un mot, si nous l'avions conçu en dehors de la tradition des musulmans, notre tâche eût été impossible à accomplir.

Le second élément qui est un gage d'espérance pour le christianisme, réside dans le caractère de l'islamisme, mélange de choses civiles et religieuses, et destiné «dans le principe à n'être qu'un culte national. De même qu'en ces sortes de cas, l'État est soutenu par la religion, la religion l'est par l'État et tombe avec lui. Ils sont l'un à l'autre ce que le corps est à l'âme, lesquels commencent et terminent ensemble leur carrière terrestre. L'histoire nous montre, en effet, que la chute de ces sortes d'empix'es entraine toujours la ruine progressive de ces sortes de cultes. On peut cependant douter que cette destinée des cultes nationaux prophétise le sort réservé à l'islamisme. Examinons ce qu'il en est. On ne peut contester, en premier lieu, que les cultes nationaux qui ont disparu de la sorte ne consistaient que dans des sentiments vagues et obscurs, exprimés par de purs symboles, des allégories, des mythes, des coutumes sociales, des institutions; ils s'incorporaient rarement dans des idées et des dogmes précis. Ajoutons que le judaïsme, en possession d'un culte symbolique très varié, d'une doctrine ferme et

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précise, d'une morale non purement traditionnelle, mais fondée sur des lois certaines, le judaïsme a subsisté des siècles, et même jusqu'à nos jours, après la ruine de l'ordre civil auquel il était mêlé. On pouri\iit donc supposer avec quelque fondement que l'islamisme, appartenant à la même catégorie que le culte Israélite, aura la môme durée, quand même l'État avec lequel il est né et s'est confondu succomberait à des révolutions politiques.

On peut encore renforcer cette objection en ajoutant que l'islamisme (non en vertu de son origine, mais parce quil a adopté des éléments chrétiens) est, à certains égards, plus élevé que le mosaïsme, qu'il tient le milieu entre lui et le christianisme, qu'il est plus spirituel que le mosaïsme, et que, fùt-il détaché de l'État auquel il est mêlé, il aurait plus de chances de vivre que le culte national des Juifs. Arrêtons-nous un instant à cet élément spirituel de l'islamisme, afin de ne point paraître exclusif et pour qu'on ne croie pas que nous nous livrons à des espérances chimériques. Tant que la religion ne se révèle que comme sentiment, qu'elle est encore plongée tout entière dans les sens, par conséquent à son plus bas degré, elle demeure renfermée dans les bornes étroites d'une famille, d'une race, d'une nation; elle ne sent pas le besoin de franchir ses limites, elle n'a pas les moyens de se communiquer au dehors et de se rendre intelligible aux autres.

Mais dès que le sentiment se traduit en représentation , l'homme religieux sort de lui-même, il s'épanche au dehors, et les moyens de communication répondent ä ce besoin intérieur. Quand le sentiment et la simple représentation passent dans les idées et se transforment en pensées claires, c'est-à-dire quand ils entrent dans le domaine de l'universel, la religion devient universelle aussi. La foi en Dieu se transforme en même temps que l'homme intérieur; le Dieu restreint devient un Dieu illimité, et les dieux nationaux font place au Dieu unique. L'amour suit dans l'homme le même progrès : de là, chez les chrétiens, ce besoin irrésistible, toujours vivant et jamais satisfait, de convertir l'univers entier, et, pendant tous les siècles de leur histoire, d'abandonner en foule leur patrie pour propager leur religion, même au péril de la vie. Il en fut ainsi des Arabes. Dès que, sous la conduite de Mahomet, ils s'élancèrent des régions obscures et étroites du sentiment dans le domaine général et serein de l'esprit, ils se sentirent puissamment entraînés à sortir de leur pays natal pour communiquer à d'autres leur croyance. S'ils ne peuvent pas, à beaucoup près, se vanter du zèle pur, toujours vivant et toujours actif, qui distingue les chrétiens, ils surpassent autant les juifs qu'ils sont eux-mêmes surpassés par les premiers. Même après que les juifs eurent cessé de balancer entre le monothéisme comme loi et le polythéisme comme penchant populaire, leurs tendances monothéistes vers l'universalité ne s'énou-

l'islamisme f.t i/évangile. 3^>

cèrent qne comme iino. aspiration contenue dans l'idée messianique; ce désir d'universalité ne s'imprégna dans la vie que par des conversions partielles opérées parmi les païens. Aux yeux des mahométans, au contraire, l'oeuvre de la Providence divine dans la conversion des peuples est plus générale; elle n'est pas renfermée dans de si étroites limites, elle est plus nettement conçue et moins attachée à des temps à venir.

Dans le culte aussi, nous voyons l'esprit musulman travailler à sortir des bornes de la nationalité. Quand Mahomet institua le pèlerinage de la Mecque et ordonna de tourner, en priant, le visage vers la Kaaba, il ajouta : « Du reste, de quelque côté que l'homme regarde, Dieu s'y trouve. » 11 est vrai que ce pèlerinage de la Mecque est tout à fait conforme à l'esprit d'une religion nationale : il signifie que les musulmans, en quelque lieu qu'ils se trouvent et qu'ils prient, se réunissent dans le sanctuaire arabe, et que, par cette direction, ils symbolisent leur qualité d'Arabes; cependant cette idée même de Mahomet porte le cachet d'une religion universelle, et aucun juif ne se fût énoncé de la sorte. Mahomet se bornait à reproduire, sous une autre forme, le discours de Jésus à la Samaritaine, et il résolvait les doutes de ses adhérents comme le Sauveur résolut la question de celte femme, s'il fallait adorer Dieu à Jérusalem, comme le voulaient les Juifs, ou sur le mont Garizim, préféré des Samaritains. L'islamisme s'efforce aussi, dans le domaine des sens, de franchir les bornes d'une religion nationale. Il admet sans doute la loi du talion, mais il ne va pas jusqu'à dire : « Œil pour œil, dent pour dent. » Tout en l'adoptant, Mahomet remarque qu'il est agréable à Dieu de pardonner les injures, et il promet des récompenses dans le ciel à ceux qui le feront. Sa loi cérémonielle n'est pas d'une si prodigieuse étendue, ni par conséquent si oppressive; ses prescriptions ne demandent pas à être observées avec une inquiétude si exagérée, et» la circoncision n'est pas même prescrite par le Coran : en un mot, nous voyons partout dans le mahométisme dos allures plus libres, quelque chose de plus spirituel que dans le mnsaïsme. Kt cependant nous avons le ferme, le joyeux espoir que l'islamisme ne pourra vivre séparé de l'État avec lequel il est confondu.

Si la religion juive, ainsi que nous l'avons objecté plus haut, a survécu à la ruine de l'indépendance civile et à la cessation du i"oyaume de Judée, il faut remai'quer que, depuis cette période de l'histoire juive, la portion qui survécut, la religion, regrettait amèrement l'État qui avait disparu; que cette douleur, malgré tous les efforts, n'a jamais pu être entièrement calmée; elle éclatait souvent de la façon la plus terrible, jusqu'à ce qu'enfin ce peuple infortuné se vit en grande partie anéanti et ses restes dispersés dans tous les coins du globe. Or, s'il est incontestable que l'islamisme perdra irrémédiablement, dans une

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grande commotion politique, son côté extérieur, il l'est également qu'il manquera de cette force que le judaïsme tirait de son institution divine.

L'origine surhumaine du judaïsme est encore aujourd'hui la source non tarie de tout le courage que déploient ses partisans; tandis que l'islamisme, reposant sur une erreur, fùt-elle même involontaire, ne montrera plus aucun courage quand ses partisans rencontreront les mêmes destinées que les descendants du peuple de Dieu. Le dénouement vengera les origines. iNous nions donc, sous ce rapport, toute ressemblance entre l'islamisme et le judaïsme. Si quelqu'un considérait la situation religieuse des Juifs, situation désolée, impuissante, privée de tout mouvement et de tout résultat, ainsi que leurs autres malheurs, comme un châtiment spécial infligé à l'opiniâtreté avec laquelle ils ont rejeté le Fils de Dieu, mais châtiment devant préparer des destinées plus hautes, que Dieu se propose de réaliser dans le cours de l'histoire, la conviction qu'il serait appuyé en cela par l'Écriture le dédommagerait suftisamment des railleries que cette croyance rencontrerait chez certains esprits. Mais ce serait aussi nier le droit de comparer l'islamisme avec le judaïsme relativement au sort qui l'attend quand il ne sera plus soutenu par l'État avec lequel il est né et a grandi.

Une religion qui a le malheur d'être identifiée avec un État, est entravée par lui, de même que l'État trouve en elle une barrière. Comme toute la forme d'un tel État est marquée d'une empreinte divine, que sa constitution, ses droits ont un caractère absolu, consacré par la religion, il arrive que des institutions purement humaines et qui ne conviennent qu'à un certain niveau de la civilisation, revêtent un caractère divin, qui les rend immuables. L'État devient immobile et ressemble à une masse pétrifiée; il s'ensevelit lentement dans sa propre corruption, quand une main étrangère et bienfaisante ne vient pas hâter l'heure de sa ruine. La situation d'un pareil État n'est jamais plus périlleuse que lorsqu'il est entouré de peuples qui, élevés dans une rehgion plus excellente, ont tme forme plus mobile et plus libre, et sont aptes à se développer incessamment. Si l'Etat, reconnaissant la nécessité d'opérer des changements essentiels, consent à des innovations, il perd sa base religieuse et il attaque les racines sur lesquelles il a grandi; il doit s'attendre aux plus violentes contradictions, et une décadence intestine est inévitable. La politique et la religion ne se séparent pas seulement : elles se dressent l'une contre l'autre, et Ton ne trouve point de moyen terme pour les concilier. L'État se dissout même en voulant s'améliorer : car il est de sa nature d'être immuable, et le sentiment de la nécessité d'une réforme devient le pi'essentiment de sa fm.

Si cela est vrai, qu'on sera-t-il du cùté interne de la religion dans

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un pareil État, quand cet État sera en voie de dissolution? qu'en serat-il de l'islamisme? La chute de l'État l'ébranlera directement dans ses bases les plus profondes et l'entraînera dans sa chute, et la mine de l'empire fera conclure à l'inconsistance de la religion qui l'avait fondé. La force de Mahomet, après s'être révélée comme une force humaine dans les destinées de son empire, sera difficilement respectée, dans sa partie religieuse, comme une force divine. La logique de l'histoire est supérieure à tous les artifices de la dialectique : c'est la logique des faits. L'écroulement du système changera la sécurité des musulmans en doute, et la contradiction entre le monde des phénomènes et le monde de la croyance se tournera contre celle-ci. Plus l'islamisme renferme d'éléments spirituels, plus il habitue ses partisans à la réflexion, et plus ces derniers seront aptes à constater son défaut de logique interne et à passer au christianisme. Ainsi, plus l'islamisme l'emporte sur toute autre religion nationale par la quantité de ses éléments universels, plus on remarquera, avec le temps, son opposition au particularisme national, qui est le fond de son caractère. L'universel, en lui, absorbera le particulier.

Il est vrai que ces perturbations dans l'État mahométan et les réflexions qu'elles soulèvent au sujet de la mission de Mahomet peuvent faire douter de toute religion positive, ainsi qu'il est arrivé dans les Indes, quand l'inconsistance de l'ancien système religieux eut frappé un grand nombre de ses habitants, quand les faits eurent démenti la croyance, et qu'il se forma un parti rationahste, qui ne voulait ni du christianisme ni de la religion des Indiens. Plus nombreux encore paraissent être ceux qui tiennent la religion des indigènes pour une superstition, et qui, sans contester la vérité du christianisme^ ne prennent aucune résolution et ne peuvent s'arracher à la tyrannie de l'habitude : ce qui faisait dire à un missionnaire expérimenté que la conversion des Indiens était impd'ssible.

De pareils phénomènes se révéleront aussi parmi les mahométans, et l'on en a vu de semblables dans toute l'étendue de l'empire romain au temps de la naissance de Jésus-Christ. Et cependant c'est ainsi que s'est accomplie la ruine de l'ancien monde et que le monde nouveau a surgi de ses débris. L'humanité n'est puissamment attirée vers les choses d'en haut que lorsque les choses d'en bas lui font défaut.

Nous avons supposé jusqu'ici que tout chrétien soupire ardemment vers l'époque où lislamisme cédera à l'Évangile. A dire vrai cependant, il en est beaucoup qui préfèrent les idées que l'islamisme se fait de l'Être suprême aux idées chrétiennes; plusieurs coutumes des musulmans, révoltantes pour nous, leur paraissent sinon commandées, du moins justifiées par les conditions du climat : aussi ne croient-ils pas à la tin de l'islamisme. Peu d'hommes sont capables d'étudier et d'appro-

38 msTomii: i>r. l'église.

l'ûudir la valeur spéculative d'un système de doctrine, et il est par conséquent superilu, pour uu grand nombre, de faire remarquer que le monothéisme de l'islamisme ne satisfait pas la raison du philosophe, et qu'il faut précisément le rejeter quand il s'agit de fixer la vraie notion de Dieu.

N'est-il pas étrange que l'on puisse donner son assentiment à une doctrine et se refuser aux conséquences pratiques qui en découlent directement? Or chacun sait que l'islamisme n'est pas favorable aux sciences et aux arts, sauf à la poésie, et qu'après les avoir passagèrement adoptés, à l'instigation des Grecs, il les a presque entièrement rejetés.

Tout le monde, au contraire, vante la fécondité du christianisme dans les arts et dans les sciences : il produit incessamment de nouvelles créations et se montre vraiment inépuisable. D'où vient cette dilférencc? N'est-on pas porté à croire que l'indigence intellectuelle des mahomélans est une suite des limites qu'une intelligence finie et bornée a imposées a un peuple généralement vigoureux et bien doué; que si le christianisme déploie une richesse infinie dans les arts et dans les sciences, c'est que son fondateur est lui-même infini, que nous possédons dans la croyance à sa divinité et à son inÛuence parmi nous le gage d'une perfection incalculable, et que nous atteindrons réellement comme chrétiens tout but accessible à l'humanité? Un esprit divin a été inspiré à l'Église : de là le besoin incessant de tout pénétrer par la pensée et de s'appliquer hardiment cette parole du divin Maître : <( Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Mahomet ayant laissé aux siens un esprit borné, ils ont atteint depuis longtemps les Ironlières de leur empire intellectuel.

Chacun se félicite que la dignité humaine soit généralement respectée dans la vie publique comme dans la vie privée des chrétiens; ou célèbre la douce sévérité de leurs gouvernements, la liberté de leurs allures, l'égalité de tous devant la loi, l'abolition de l'esclavage. C'est le contraire qu'on voit dans les pays mahométans. Quelle est la raison de ces phénomènes parmi les chrétiens? Nul ne peut nier que la croyance en Dieu venu en Jésus-Christ pour racheter le monde n'ait produit tous ces grands résultats. C'est elle qui a fait comprendre ä l'homme ce qu'il vaut et ce que c'est que la dignité humaine. Ces vues sur la noblesse de l'homme n'existaient pas autrefois; on n'en avait pas même le pressentiment. Les États même libres avaient des esclaves, Sparte des ilotes. La nature humaine serait étrangement constituée, ai l'erreur avait eu sur elle une influence que n'eut jamais la véi'ité! Des erreurs qui produisent des effets si magnifiques, si durables, si profonds, sont évidemment des vérités.

Ceux qui jusliOenl la polygamie dans certains climats doivent four-

l'islamisme KT l'kvangilf. 39

iiir la preuve que, dans ces pays, Dieu a mis les aptitudes morales de la femme en rapport avec de tels mariages. Si c'était un besoin inné à la pure nature humaine de posséder plusieurs femmes, il faudrait qu'à ce besoin de l'homme correspondissent des dispositions analogues dans le cœur de la femme, et que plusieurs femmes trouvassent du plaisir à se partager l'amour d'un seul homme.

Or c'est le contraire »jue nous remarquons, même après que les mœurs et la coutume ont depuis si longtemps émoussé le sens moral. Le cœur de la femme continue d'être effroyablement tourmenté par la jalousie, et les femmes mêmes du Prophète ne se consolaient point par le bonheur d'être si étroitement unies à un envoyé de Dieu. Tandis que la nature nous offre partout la plus belle harmonie, d'où vient qu'elle est, sur ce point unique, en désaccord avec elle-même? Elle aurait donc imposé à l'homme la nécessité d'avoir plusieurs femmes, et à la femme la nécessité morale de n'appartenir qu'à un seul homme?

Il n'en est rien : la polygamie est une chose contre nature, d'autant plus qu'elle bannit du mariage l'amour spirituel ou en laisse à peine une ombre légère. L'élément charnel domine absolument dans la polygamie, et ici reparaît le trait fondamental de la religion de Mahomet : nous avons prouvé que l'islamisme tient le milieu entre la religion intérieure et la religion extérieure, la religion de l'esprit et la religion des sens, la religion universelle et la religion particulière. Le christianisme, religion de l'esprit, a ramené le mariage dans la région de l'esprit. Aux yeux de l'Église, les choses spirituelles et internes sont le principal; tout ce qui est extérieur n'est que la manifestation, l'organe des choses du dedans. C'est là le point où elle se place pour fixer le caractère du mariage. Le mariage, sans doute, n'est pas seulement spirituel, autrement il serait aussi défectueux qu'une Église invisible sans Église visible; mais l'élément spirituel y prédomine. L'élément charnel crée un tout autre rapport, et ce n'est pas lui qui constitue le mariage.

Comment les musulmans conçoivent-ils l'amour des époux, cet amour qui se donne tout entier et qui demande nécessairement un pareil retour? La femme est considérée par les mahométans comme une chose, un moyen, une esclave : ce qui le prouve d'une manière frappante, c'est que le mahométan pauvre n'a qu'une femme, comme il n'a que jieu de biens ; le nombre des femmes augmente avec la richesse, et son étendue est aussi indéterminée que le nombre des chameaux. C'est là encore uue preuve irréfragable que la nature n'exige point la polygamie, car elle n'a pas formé le riche autrement que le pauvre. Nous y voyons de plus l'absence de cette doctrine qui forme la base du christianisme, qui seule révèle aux hommes la valeur de l'homme et leur défend de n'être les uns aux autre? que de simples moyens.

10 HisToinr': de i/éojjse.

Si nous interrogeons les mythes des différents peuples concernant la création, nous remarquerons partout que Dieu a donné à l'homme une seule épouse : ce qui atteste clairement l'opinion des peuples primitifs touchant la monogamie. Dans les climats les plus chauds, aux Indes, par exemple, les anciennes traditions religieuses ne parlent que d'une seule femme donnée par Brahma à leur ancêtre, et la polygamie est encore en horreur aux brahmines.

Nous avouons que la polygamie opposera les plus grands obstacles à la propagation du christianisme parmi les mahométans : elle est profondément mêlée à toutes les conditions de leur existence, et les formes gouvernementales les plus despotiques sont basées sur elle, ou du moins impossibles sans elle. Les éléments antinaturels ont gagné partout et se sont profondément alfcrmis. Le feu divin peut seul nous en purifier.

Les Chrétiens sous les souverains mahométans. — Conquêtes

des Arabes.

MO. Enthousiasmés par leur nouvelle religion, les Arabes pénétrèrent plus avant dans l'empire grec. La force naturelle qui manquait à cet État vermoulu, les Arabes la possédaient au suprême degré ; à la civilisation chrétienne, qui était ici presque éteinte, ils substituèrent une civilisation nouvelle, qui souriait aux Orientaux et flattait leurs passions. Cette civilisation, ils la propagèrent par les armes. Les Grecs avaient très peu fait pour répandre la foi chrétienne vers leurs frontières du sud-est; ils avaient négligé do donner une solide instruction aux peuples leurs voisins et de maintenir en bon état leurs districts faiblement occupes ou nullement défendus. Absorbés dans une infinité de disputes religieuses, éparpillés en une multitude de sectes, ils étaient énervés, désunis entre eux et aveuglés par l'orgueil. A la cour de l'empereur Héraclius, ou avait d'abord considéré les révolutions de l'Arabie comme un événement heureux, parce qu'elles affaiblissaient la puissance des Perses : on ne pressentait pas que de ces commotions surgirait un ennemi beaucoup plus redoutable que cet empire voisin, qui tombait en dissolution.

Le 13 juillet 033, les Arabes battirent les troupes d'IIéraclius et s'emparèrent de Dumas. Les armées d'Omar (634-644) hiauguraienl leur marche victorieuse. Kn 037 déjà, Jérusalem capitulait, et la mosquée d'Omar s'élevait sur la place du temple

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