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Honorius II.
54. Durant les démêlés entre l'empereur et le pape, plusieurs seigneurs de Rome avaient acquis une autorité considérable, il y avait surtout antagonisme entre les Frangipani et Pierre de Léon. Les cardinaux avaient d'abord élu le cardinalprêtre Théobald, qui prit le nom de Célestin 11 ; mais Robert Frangipani proclama pape le cardinal Lambert. Pour prévenir un schisme, le cardinal Théobald abdiqua volontairement, et Lambert fut alors élu à l'unanimité (28 décembre 1124). Il se nomma Honorius 11. La famille des Léoni garda d'abord le
(i()6 HISTOIRE DK L'ÉGLISE.
silence; mais elle prit des mesures pour obtenir, dans une prochaine élection, un pape conforme à ses vues. . En Allemagne, le duc Frédéric de Souabe, neveu de Henri V, espérait monter sur le trône; mais l'archevêque de Mayence, Adalbert, et le légat du pape s'employèrent en faveur de Lothaire, duc de Saxe. Les évéques de Cambrai et de Verdun se joignirent au légat (Jebhard pour aller demander an pape de le reconnaître. Ilonorius y consentit, car cette reconnaissance impliquait l'expectative de la couronne impériale.
Lothaire, immédiatement après son élection, avait fait de grandes promesses au sujet de la liberté de l'Église : il avait promis notamment d'observer le concordat de Worms, et surtout de ne pas assister en personne aux élections, de n'exiger que le serment de vasselage, et de ne donner l'investiture par le sceptre qu'après le sacre. Lothaire agissait en union étroite avec l'Église. Lorsque Conrad llohenstaufen se fut posé en anliroi, les évêques allemands l'excommunièrent (Noël 4427), et Honorius II ratifia cette mesure (-22 avril 4 128). Conrad trouva un appui dans larchevèque Anselme III, de Älilau, qui le couronna à Monza roi des Lombards. L'arclievèque fut déposé et excommunié dans un concile tenu à Pavie par le cardinal de Crema, légat du pape, (juillaume, duc d'Apulie, étant mort sans enfants (20 juillet 4 427), son cousin, le comte Roger de Sicile, envahit ses domaines, sans égard aux prétentions de Boémond II. qui se trouvait en Palestine, et aux droits du pape comme suzerain.
Honorius, qui était alors à Troja, lança contre lui l'excommunication et chercha à lui résister (novembre 4427); mais Roger trouva moyen de prolonger le combat, et, après la mort de Boémond. le pape, délaissé de plusieurs seigneurs, conclut avec lui, par l'entremise du cardinal chancelier Aimeric et de Cencio Frangipani, un traité de paix par lequel Roger s'engageait à prêter le serment de vassal et assurait au pape la possession de Bénévent, tant de fois compromise. Il reçut aussi l'investiture des mains d'Ilonorius. Ce pape lit rentrer Segni dans l'état ecclésiastique, et envoya de nombreuses légations en dillérents pays.
OUVRAGES A CÜNSULTEH i:T RI-MAltylUS CRITIQUES SUR LE N° Ü4.
Watterich, il, p. 157 et seq., 421. Anon., Narratio de elect.J^Lotharii (Kkkai'd, Qualernio vett. monum., p. 46., Pistorius-Struve, I, 071). IJodecliini Append. ad Mariani Sculi Chron.,an. ll2o. Innocent II, dans sa lettre aux évècjues d'Allemagne, du 20 juin 1130, mentionne expressément la contii ination de l'élection do Lotliaire par son prédécesseur. (Jalfé, Reg., p. 571, n. .»321. .Mon ouvrage : Kath. -Kirche, p. 158.) Annal. Disibodenb., ap. Bœhmer, Fontes rer. germ., III., 206; Annal. Saxo, Pertz, Scr., VI, 762; Gervais (§ 39), t. II, Leipzig, 1842; JalTé, Gesch. des deutschen Reiches unter Lothar, Berlin, 1843; Janssen, Wibald von Slablo und (^orvei, Münster, 1854. — Sur la situation de la basse Italie, Falco, benevent. Chron.; Murât., V, 105; Papencordt, p. 248 ; Mansi, XXI, 358; Watterich, II, 159, I(l3 et seq.
Schisme de Pierre de Léon. — Saint Bernard et plusieurs conciles se prononcent pour Innocent II.
.')5. La mort d'Houoiius II (février 1130) l'ut suivie d'uu schisme extrêmement funeste. Les meilleurs et les plus capables d'entre les cardinaux, soutenus parla maison des Frangipani, nommèrent le cardinal-diacre de Saint-Ange, Grégoire Papareschi, qui prit le nom d Innocent 11, tandis que les cardinaux imbus d'idées mondaines lui opposèrent un rejeton de la puissante famille des Léoni (mort en i\^2S), Pierre de Léon, qui se nomma Anaclet II. Ce dernier, dont le grand-père était un juif enrichi, avait fait ses études à Paris et séjourné au couvent de Cluny, d'où il avait été appelé à Piome sous Pascal IL Les mérites de son père lui avaient valu de Calixte II la dignité de cardinal-prètre. Légat en France et en Angleterre, Pierre de Léon s'y était signalé par son ambition, par son luxe et sa passion du brigandage ; tandis qu'Innocent II se faisait remarquer par son esprit ecclésiastique, par la noblesse et la gravité de ses mœurs. 11 n'avait accepté le souverain pontitîcat que malgré lui, sur les instances du chancelier Aimeric et des plus quahfiés d entre les cardinaux-évéques. Un était donc en présence d'un schisme qui allait durer huit ans.
Pierre de Léon séduisit avec de l'argent un très grand iiunibre de Humains, sempara de l'eghse de Saint-Pierre, et title siège en forme du palais où logeait Innocent IL Ce pape, dans los rangs duquel trois cardinaux hostiles jusque-là vinrent
se ranger, se vit réduit à chercher un asile en France, en passant par Pise et Gènes.'
Saint Bernard fut chargé par Louis VI, roi de France, et par les évêques, de décider la question du pape légitime : car il était alors l'oracle de l'Église de France. Saint Bernard se prononça pour Innocent II : il était incomparablement plus digne par sa conduite , il avait été élu le premier et consacré par le cardinal-évèque d'Ostie, seul autorisé. Anaclet, au contraire, n'avait recherché la papauté que par ambition; il avait été nommé par simonie et contre les règlements en vigueur. Un concile tenu à Étampes proclama Innocent II chef légitime de l'Église. Cette déclaration fut renouvelée par saint Hugues, évèque de Grenoble, et par d'autres évèques en divers conciles. Innocent II, qui avait fait un long séjour à Cluny, reçut dans un concile de Clermont (novembre 1130) les hommages de plusieurs prélats et une ambassade du roi d'Allemagne. Bientôt l'Espagne et l'Angleterre se prononcèrent aussi en sa faveur, de même que les principales Églises de l'Italie, Milan excepte. En Allemagne, saint iNorbert se montrait aussi zélé pour la cause d'Innocent II que saint Bernard et l'abbé Pierre de Cluny l'étaient en France. Adalbert, archevêque de Brème, était légat de l'antipape. Innocent II eut une entrevue avec le roi de France près d'Orléans (janvier 1131), puis une autre près de Chartres avec le roi d'Angleterre.
Le '2^2 mars, le roi Lothaire lui fit à Liège une réception distinguée, reçut de ses mains, ainsi que sa femme lUchilde, la couronne impériale, et lui promit, à l'instigation de saint Bernard, d'aller à Home avec une armée pour le mettre en possession de la ville.
(>l VUAGES A CONSULTER ET HEAIARQUES CRITIQUES SUR LE N" 55.
Sui' l'élection d'Innocent 11, nous avons les renseignements suivants : 1° Boso card., in Vita Innoc. 11 (Wattericli, 11, 174 et seq.); 2" la lettre de Hubert, évèque de Lucques, à INorbert, archevêque de Magdebourg : c'est elle qui jette le plus de lumières sur les événements (ib., p. 179 et seq., d'après Eccard, Corp. bist. med. ijevi, 11, :jö5-357); 3° la lettre des cardinaux d'Innocent II au roi Lotbaire (ibid., p. 182 et seq.), d'après Udalr., Cod., n. 352; 4° la lettre des électeurs d'Auaclet au même Lothaire (ibid., p. 185 et seq.}, d'après IJaronius. h. a., u. 10 et seq.); 5° la lettre du clergé