I.A l'Al'AUrÉ Kl L t.MFIRE
romain ou faveur ci'Anaclet, à l'archevt^que de Composlelle (p. 187 et suiv., d'après l'Histor. Compostell., III, xxui); C» d'autres lettres d'Innocent et d'Anaclel (p. i92 et seq.); 7° le Chronic. Maurin. (Bouquet, Recueil, XII, 70, W, p. 183 et seq.); 8° Annal. Margnn., éd. Gale, Rer. angl. Scr., Il, 6; O" Falco Benevent.; 10° P:rnald, Vita S. Bern.; 11° S. Bern., ep. cxxvi (W, p. 190 et seq., 19ß et seq.); 12° ArnuUî archidiac, in Girard. Engolism., Invectiva de schisuiate Pétri Leon., Pertz, Scr., \l[, 707, W, p. 258 et seq. — Ord. Vit., XIII, m, p. 932 et seq.; voy.
Iiililbacher, die Streitige Papslwahl d. J. 1130, Inusbr., 1876. Con- LJles d'Innocent et en sa faveur : Mansi, XXI, 435, 437 et seq., 441 et M'q., 4d3 et seq., 473, 479; Innoc. II, epp., Migne, t. CLXXIX, p. 52 et -oq.; Héfelé, p. 362 et suiv.; Reumont, II, p. 408 (ibid. p. 4C0, sur 1 origine juive de Pierre de Léon). Léon et son fils Pierre de Léon, père de l'aniipape, étaient issus de Benoit Chrétien, juif baptisé. Urbain H, d.ins sa détresse, avait été souvent secouru par le père d'Anaclet.
Pandulf., Vita Gelas. Il; Watterich, II, 03). Bern., ep. cxxxix : <( Judaicam sobolem sedem Pétri in Christi occupasse injuriam » tconstat).
L'empereur Lothaire.
56. Cependant l'antipape Anaclet s'était affermi dans Rome ; il avait pillé les objets précieux des églises et forcé les Frangipaui ù le reconnaître. Les Normands aussi étaient de son parti, et il avait su gagner le duc Roger en lui donnant la main de sa sœur et en lui conférant la dignité royale, moyennant un tribut et l'hommage au Saint-Siège. Il avait encore pour lui le duc d'Aquitaine, excité par Gérard, évêque d'Angoulème, qu'Innocent II n'avait pas voulu confirmer dans sa dignité de légat. L'antipape, frivole et vicieux, n'avait de partisans que parmi les gens du monde. Cet homme de péché, ainsi que rappelait saint Bernard , celte béte de l'Apocalypse, ne comptait dans sa communion que la plus faible partie de l'univers catholique.
Dans un grand concile tenu à Reims (octobre 1131), Innocent Il reçut l'obédience de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre, de la Castille et de l'Aragon, et Lothaire l'assura expressément qu'il ferait, l'année suivante, son expédition de Rome. Le pape, accompagné de saint Bernard, devança l'empereur, célébra à Pâques (li32) un concile prés de Plaisance, et se rencontra eji novembre avec Lothaire, auquel se joignirent peu à peu plusieurs seigneurs d'Italie. Vers la fin d'avril ni. — HIST. DE l'égi.i.?e. 30
610 HISTOIRE DE LÏir.LlSE.
1133, Lothaire occupait le palais de Latran et l'Aventin, tandis qu'Aiiaclet retenait encore le château Sainl-Ange. A Saint-Jean de Latran, l'empereur et l'impératrice reçurent la couronne impériale [A juin). Le pape et Tempereur s'entendirent au sujet des biens allodiaux que la comtesse Mathilde avait donnés au Saint-Siège à diverses reprises, et dont Henri V s'était emparé. Innocent II conféra d'abord à l'empereur, puis, sur son désir, au gendre de l'empereur, le duc Henri de Bavière, l'investiture de ces biens, avec une partie du duché de Mantoue, Parme, Modènc, Ueggio, (iarfagnana; mais il se réserva les droits de suzerain, un revenu annuel et le retour de ces biens au Saint-Siège après la mort du duc. Lothaire ne prêta le serment de vassal que pour ces domaines, et non pour son empire. Plus tard, le comte Engelbert reçut du pape l'investiture de la Toscane. Les tentative.^ de conciliation que l'empereur chargea saint Norbert et saint Bernard de faire auprès de l'antipape, se brisèrent contre son entêtement.
Diplôme d'Aiiaclet pour Roger, 27 sept. H30 : lîaron., li. n., n. (j2 et seq.; JafFé, n. 3962; Watterich, p. 103-193. Autres actes du même : Recueil des liistor. des Gaules, XV, 360. — Boso card., loc. cit.; Siiger, in Vita Lud.; Order. Vit;il., XIII, p. 893; Krnald, Vila S. Rern., Chron. Maurin.; Walterich, II, p. 173-177, 199-208. Lothaire couronné empereur : Baron., an. 1133, n. 1-4; Jafl'é, p. 571 ; Watterich, II. p. 209 et seq. Héritage de Malhildc : Jalfé, p. 371, 376, n. 3461, 3343; Papencordt, p. 249 et suiv.; Héfelé, V, 366-373.
Concile de Pise.
57. Lotliairc n avait que des forces miJilaircs insuffisantes, et la lutte menaçait d'éclater dans l'Italie méridionale. Il se retira donc en Allemagne, où son crédit allait croissant de jour en jour. Les Ilohenstaufen furent contraints de se soumettre. Pour éviter une guerre avec l'antipape. Innocent II .so. rôtira à Pise, aornmpngné de saint Hernai'd. el y célébra un grand concile (1 135) avec plusieurs prélats de ditlorcnts pays. Saint Hornard avait r.imené au pape légitime un grand nouihro d'évoqués o1 do seigneurs récalcitrants de l'Italie, mtme les (lois Milanais, dont l'arclievèque Anselme fut dé-
l.A l'AHALTÉ ET LKMPliSK. <;||
posé. Il réclama pour le pape une obéissance complète et universelle, et obtint par ses travaux personnels, à Milan, les plus grands succès. L'evéque d'Albe fut nommé archevêque de cette ville. L'empereur Lothaire, prié une seconde fois par saint Bernard d'aller assister le Saint-Siège contre les Normands, se rendit en Italie avec une armée plus forte que la précédente (1130). Milan et Vérone s'allièrent à lui; d'autres villes lui résistèrent. L'empereur fit de grands progrès en Toscane, puis dans la basse Italie, pendant que Roger se rendait en Sicile.
Le pape et l'empereur se rencontrèrent près de Bari (mai 1137); mais les mécontentements, les mutineries de l'armée empêchèrent de nouveaux triomphes. Lothaire se formalisa de ce que le pape ne voulut point entrer dans ses plans, assurer à son gendre Henri la succession au trône, et il revendiqua même en Apulie les droits de suzerain. Cependant le comte Rainulf fut investi, en qualité de duc, à la fois par le pape et par l'empereur. Lothaire avait longtemps protégé l'abbé Rainald du Mont-Cassin, dévoué a l'airtipape ; mais il permit enfin que l'excellent Wibald de Stavelo, alibé allemand, fût mis à la tète de l'abbaye. Wibald ne tarda pas à abdiquer. Innocent fixa de nouveau sa résidence à Rome, où l'antipape perdait de plus en plus du terrain. Une grande partie des États de l'Église, le cardinal archevêque Pierre de Porto lui-même se soumit au pape légitime, à qui saint Bernard gagnait chaque jour de nouveaux partisans par ses discours et ses lettres. L'antipape mourut le 2.% janvier 1138. Ses adhérents lui donnèrent, il est vrai, un successeur dans le cardinal Grégoke, sous le nom de Victor IV; mais celui-ci ne tarda pas à reconnaître son tort et à se soumettre à Innocent. Les frères de Pierre de Léon lui prêtèrent aussi l'hommage fige (mai 1138). Quant à l'empereur Lothaire, il était déjà mort (3 décembre 1137) avant l'antipape.
Bosocard., Hist. Compost., 111, xxxvni ; Petr. Casin., IV, xcvu ; Falco Benev. et autres, dans Walterich, 11, p. t77 et seq., 213, 2ö0 ; Bern., ep. cccxvii, cccxx. Saint Bernard, ep. cxxxi, ad Mediol. (Migne. t. CLXXXll, p. 268), écrivait : « Si quis itaque dixerit tibi : Partira
61 â HISTOIRE DE l/ÉGLISE.
oporlel obedire, partim non oportet, cum la in te exporta sis plenitudinem aposlolicœ poteslatis, auctoritatis integritatem, nonne hujusmodi aut seductns est aut sedurere viilt ? » Neander, der hl. Bernhard 11. sein Zeitalter. Berlin, 1813 (2«^d., 1848^; Ratisbonne, Hist.de saipl Bernard, '2'' ^d., Paris, 1843. on allem., par Reioliing, Tüb., 1843: Jaffé, l.nthaire, p. 181 et sniv.; .lanssen, Wibald. p. 46 et suiv.; Papencordl, p. 2.S1 ; Héfelé. in.H-lS't.
Dixième concile œcuménique. Réconciliation d'Innocent II avec Roger de Sicile. — Troubles dans Rome.
08. Pour elfacer les derniers vestiges du schisme, condamner differenles erreurs, abolir les abus au sein du clergé et du peuple. Innocent 1! convoqua à Rome pour le mois d'avril 1 139 le dixième concile œcuménique (deuxième concile universel de Latran). Près de mille prélats, venus de la plupart des nations chrétiennes, y assistèrent. Après une allocution du pape, on déposa de leurs fonctions ceux qui avaient été ordonnés et institués par l'antipape et ses principaux partisans, Gilon de Tusculum et (iérard d'Angoulème; Roger, roi de Sicile, en sa ([ualité de fauteur du schisme et d'usurpateur, fut frappé d'excommunication. On dressa trente canons co.ntre la simonie, l'incontinence, le luxe des clercs, la rupture de la trêve de Dieu, les duels. 11 fut décidé, d'après ce qui avait été fait auparavant dans quelques conciles particuliers, que ceux qui maltraiteraient ou injurieraient grossièrement les clercs et les religieux seraient excommuniés (privilège du canon). On canonisa Sturm, abbé de Fulde ; on apaisa des contestations entre monastères, et l'on imposa silence au lecteur Arnaud de Brescia, qui soulevait le peuple par l'appât des biens du clergé. Le schisme dissipé, deux autres soucis tourmentaient encore le pape : l'attitude de Roger de Sicile et l'esprit insurrectionnel des Romains.
Uontre Roger, qui, après la défaite de Lothaire, venait de reconquérir les domaines qui lui avaient été arrachés, le pape marcha lui-même en personne ; mais il fut vaincu et fait captif, comme l'avait été autrefois Léon IX. Cependant une paix fut conclue avec Roger; le pape le releva de l'excommunication, reconnut son titre de roi de Sicile, et lui donna en lief l'Apulie et Capoue. Roger, de son côté, prêta le serment do vassal et promit une redevance annuelle. Les Romains
LA PAl'AITÉ ET l' EMPIRE. G13
reçurent le pape avec des tressaillements de joie: mais ils demandèrent bientôt l'abolition du traité de paix. Le pape refusa, bien que Roger lui eût donné de justes .sujets de plainte. En 1140, la petite ville de Tivoli, qui avait augmenté ses forteresses et s'était emparée de plusieurs châteaux voisins, se souleva contre le pape et les Romains, et leur infligea des pertes considérables. Quand l'autorité du pape eut été rétablie à Tivoli (1 142). le peuple de Rome, toujours en rivalité avec les petites villes, voulut se venger de cette cité, faire raser ses murs et transporter ailleurs ses habitants. Le pape s'y opposa, et une insurrection éclata dans Rome. Innocent H, qui s'était donné beaucoup de peine pour restaurer les églises de Rome, ne survécut que peu de temps à cette révolte (mort le 22 septembre 1143).
Mansi, XXI, 525, 533 et seq., 538; Falco Benev., Cliron. Maurin.; Watterich, II, p. 250-252; Otto Fris., de Gest. Frid. II, xx; Ord. Vital., XIII, XX, p. 973 et seq. Lutte av^c Roger et les Romains : Otto Fris., VU, xxvii. Autres dans Watterich, H, p. 252-257; Papencordt, p. 252- 254; Rcuniont, U, p. 430, 432. Restaurations d'églises : Boso, ap. Watterich, H, p. 179; Petr. Mallius, ib., p. 257, not. 3, ex Act. SS., jun. t. VII, p. 54; Héfelé, p. 388 et suiv.
Les républiques italiennes. — Célestin II. — Lucius II.
.39. Déjà les \illes florissantes de la haute et de la moyenne Italie avaient acquis une puissance considérable; cette puissance s'était fortifiée par les restes de l'ancienne constitution municipale, par la lutte des rois contre l'Eglise, et principalement par le schisme, en suite duquel on voyait souvent dans plusieurs localités deux évoques appartenant à chacun des deux partis, par la renonciation des prélats aux droits de comtes que les rois leur avaient autrefois accordés, et enfin par le nouvel élan que les croisades imprimèrent au commerce. La bourgeoisie formait, à côté de la noblesse et du clergé, une classe importante par ses richesses et son amour de la liberté. Elle ne tarda pas, quand elle eut pris conscience de sa force, à montrer son arrogance dans des combats sanglants. Elle réveilla l'esprit national italien, mêlé de bons el de mauvais éléments. On se mit à exhumer les lois et les tra-
(litions anciennes; les villes aussi bien que les empereurs invoquèrent le droit romain, et chacun des deux partis (il ressortir ce qui favorisait ses vues.
Les souvenirs de l'antique grandeur, riiiccrtiliido des droits impériaux et royaux, raccroissement des sources extérieures du droit, le goût de l'indépendance, amenèrent l'établissement de consuls et d'autorités municipales, qui usurpèrent bientôt la juridiction, envahirent l'administration tout entière, fondèrent de petites républiques où prédominaient tantôt l'élément aristocratique et tantôt l'élément démocratique.
Cet engouement delà liberté, entretenu par d'audacieux démagogues, s'empara aussi des Romains ; et quand le pape refusa de détruire Tivoli, ils lui dénièrent l'obéissance civile, et élurent au Capitole une autorité distincte, qui reçut le nom do l'ancien sénat. Le mouvement partait de la bourgeoisie et de la petite noblesse sortie de son sein; il était à la fois dirigé contre la haute noblesse et contre l'autorité pontificale. La haute noblesse et les fidèles du pape demeurèrent impuissants, et le généreux Innocent II s'épuisa vainement en supplications et en menaces.
Son successeur, le digne cardinal-prètre Gui de Castcllis, Célestin II, ne régna pas même six mois ; il entra en négociation avec le roi de Sicile, mais ne parvint pas à rétablir la tranquillité dans Home. Au mois de mars 1144, (îerhard do Bologne, cardinal-prètre, chancelier et bibliothécaire, monta sur le trône pontifical sous le nom de Lucius II. 11 prit langue avec Roger dans Ceprano, mais ne put obtenir qu'une paix partielle, et fut condamné à voir les Normands ravager la campagne do Rome jusqu'à Ferentino. Les Romains achevèrent d'oruaniser leur réiMiblique, et nommrrent patrice Jordan, frère de l'antipape Pierrode Léon. Ils exigèrent du pape qu'il lui cédât toutes les régales et se contentât des dîmes et des oblations; ils se livré • rentà des actes de violence contre les maisons des cardinaux et des barons, contre l'église de Saint-Pierre et contre les images. Le pape implora vainement l'assistance de l'empereur d'Allemagne, Conrad III, trop occupé dans son propre pays. A Rome, en \ 144, on commença une nouvelle ère chronologique, qui fut datée du « rétablissement du sénat ». Un assaut tenté contre le Capitole par les fidèles du pape fut repoussé. Lucius II mourut
r.A PAPAITÉ ET l/liMFIRE. 615
1(3 15 février 1145, consumé de chagrin, et, seluii Godefroy de Vitcrbe, bleasé d'un ».oup de pierre dans l'attaque du Capitule.
Leo, Gesch. Ital., I,}). 325 elsuiv.; Suvigny, Gesch. des rœiii. Rechts im Mittelalter, I, p. 409; llf, p. 103 et suiv.; Bethmaim-Hollweg, Ursprung der lombardischen Staedtefreiheit, Bonn, 1846; Hegel, Gesch. der Staedteverfassung in Italien, Leipzig. 1847, 2 vol.; Houinont, II, p. 427 et suiv.; Hist. pol. Bl., t. .\LV, p. 988 et suiv. Révolution à Rome : Otto Fris., Chron., VII, xsvii; Bosu curd., Vit. Cœlest. et Lucü Romuald. Salern., in Chron. Goü'rid. Viterb., Sigeb. Contin.; P. Otto Fris, epp., et autres dans "Watterich, II, p. 276-278, 278-281.
Eugène III. — Arnaud de Brescia. — Conrad III.
60. Pierre Bernard de Pise, disciple de saint Bernard, pieux religieux de l'ordre des Cisterciens et abbé de Saint- A.nastase de Rome, fut élu le 17 février et pdt le nom d'Eugène III. Les contemporains furent étonnés de voir, dans de telles conjonctures, un moine étranger aux choses de la terre monter sur le premier trône de l'univers, et considérèrent sa nomination comme l'ouvrage de la Providence. C'est ainsi que l'envisageait lui-même saint Bernard : il reprocha aux cardinaux d'avoir nommé un pauvre religieux qui ne faisait point partie de leur collège; il y trouva un nouveau motif pour les exhorter à prendre une part sérieuse à ses rudes labeurs, et il continua lui-même d'assister son aticien disciple par la parole et par l'action. Comme les Romains ne voulaient permettre l'ordination du pape que sous des conditions onéreuses, elle se fit au couvent de Farfa, et le nouveau pontife alla résider provisoirement à Viterbe et dans les alentours. L'audacieux Arnaud de Brescia, qui avait été contraint de sortir de l'Italie après le dixième concile universel, .s'était attaché en France au fameux Ab.ailard. condamné pour ses doctrines hérétiques, puis il s'était rendu à Zurich. Il rentra en Italie, et prêcha aux Romains sur l'antique splendeur de Rome, sur les empereurs et le Sénat, en même temps qu'il déclamait contre le pouvoir temporel et les domaine? du pape.
Le sénat et le peuple romain écrivirent au roi d'Allemagne Conrad,, pour l'inviter à se rendre à Rome, à gouverner du
6ir» msTOiRi: de l'église.
seiu de la ville éternelle l'Italie et l'Allemagne, à envahir les possessions du Saint-Siège, à ressusciter les temps de Constautidct de Jusliiiien, à se faire livrer tous le-; droits et tous les domaines qui revenaient à l'Empire. Conrad ne vint ni au secours de la démocratie romaine, contre laquelle s'étaient déclarés les principaux do la nobles.>^e, les Fraugipani, les Pierre de Léon, ainsi que les principautés environnantes; ni au secours du pape, malgré les supplications réitérées de saint Bernard. Il n'alla pas en Italie, et ne reçut point la couronne impériale. Quelquefois, sans en avoir le droit strict, il s'appelait ou se faisait appeler empereur; mais, dans les actes officiels, il se nommait simplement « roi des Romains », selon l'usage traditionnel.
Boso card., Vita Eugen. (Watterich, II, p. 281 et seq.); Bern., ep. ccxxxvii, ccxxxviii (ib., p. 287 et seq.); Anon. Casin. (Mur.,'V, 65); Sicard. Crem., Cliron., p. 598; Otto Fris., VII, xxxi ; Pandulph. Pisan.. Roiuuald. Salern.,p. 193; Eugen. III, epp. Mi^jne, t. CLX.K.V ; Arnaud de Brescia; Olto Fiis., de Gest. Frid., F, xxvii;*II, xx et seq.; Bern., ep. CLXxxix, cxcv, r.xcvi ; Gunthar. Mguvin., III, 307; Eug., ap. Baron., an. H48, n. 38; Wibald., ep. ccclxxxiii; Raunier, Gesch. d. Hohoust., VI, p. 34 et suiv.; Franke, Arnold v. Brescia u. s. Zt., Zurich, 182.^. Contre Odorici, Storie Bresciane, t.' IV, 245-293. Voy. Civillà callolica, ser. I, vol. IV, p. 35, 129 et seq.; ser. III, vol. V, p. 655- et seq.; vol. VI, p. 43 et seq. Lettre des Romains à Conrad III : Otto Fris., de Gest. Frid., I, xx; Marlene, Coll., M, 306cLseq,; Wallerich, II, p. 285- 287. Conrad III est appelé « Uex Ronianornm » par Eugène III (JalTé, n. 6273, 630Ö, 6333, 6313, p. 624 et seq.), une seule fois, sans doute parla négligence du copiste; n. 6402, il est aj>i)elé c Imperator», comme dans la lettre citée des Romains, puis dans les diplômes pour Slavelo (.Migne, t. CLXXXIX, p. 1407, 1471); Pagi, au. 1138, u. 3; an. 1149, n. 1. Mon ouvrage : Kalli. Kirche, p. 159, n. 8 et suiv.
Accord du pape avec les Romains. — Eugène III en France.
01. Les exhortations de saint Bernard, l'excommunication fulminée contre le patricc .Jordan, les secours prêtés au pnpe par la noblesse du pays, par Tivoli et autres villes, la ré.sislance des barons qui habitaient dans Rome, amenèrent enfin le nouveau sénat à conclure un accord avec Eugène III. Le sénat partagerait la souveraineté avec le pape; le nouveau patriciat serait
LA PAPAl TÉ KT l'eMPIRE. OIT
remplacé par l'ancienne préfecture; les sénateurs (56) seraient élus annuellement par le pape, par sa cour et par le peuple; la population tout entière jurerait au pape fidélité et obéissance, et lui ferait un don. Le pape fut reçu à Rome avec des transports de joie et y célébra la fête do Noël. Mais comme les Romains ne tardèrent pas à demander la destruction de Tivoli, Eugène quitta le Latranet alla au Transtévère. Quelque temps après, il sortait aussi de la ville, et se rendait à Sutri etcà Vitcrbe (Il i6).
Saint Bernard écrivit alors aux Romains une lettre sévère en même temps que paternelle : « A quoi pensez-vous», leur disaitil, « d'irriter les princes du monde, eux qui sont spécialement vos patrons? Pourquoi, Piomains insensés, provoquer contre vous, par votre rébellion, le roi de l'univers, le Seigneur du ciel, en vous efforçant, par une sacrilège audace, de détruire les privilèges du Siège apostolique, d'affaiblir l'autorité suprême que le ciel et la terre lui ont accordée, vous qui devriez, au besoin, lui sacrifier vos propres vies? Vos ancêtres ont fait de votre ville la maîtresse du monde; vous, au contraire, vous avez hâte de la rendre la fable de l'univers. Vous chassez de son siège et de sa ville l'héritier do Pierre; vous dépouillez de leurs bie;is et de leurs maisons les cardinaux et les évêques, ministres du Seigneur. Qu'es-tu, Rome, aujourd'hui? Un corps sans tête, sans yeux, sans lumière. »
Tandis que l'anarchie régnait au sein de Rome et que le sénat ne rencontrait aucune faveur au dehors, Eugène III se rendait en France, auprès de son maître saint Bernard, avec lequel il accomplit d'excellentes réformes. Arnaud de Brescia continua de répandre ses principes démocrati(]ues; il se créa dans quelques petites églises quantité d'adhérents parmi les clercs inférieurs, qui refusaient l'obéissance à leurs chefs. Cependant, comme ils n'avaient point de principe fixe, ils demeurèrent isolés et n'eurent pas d'autres succès. Les principaux d'entre la noblesse s'emparaient des villes et des châteaux, et semblaient devenus complètement indépendants. La confusion était au comble.
Otto Fris., Chr., VH, xxxi, xxxiv ; Watterich, 11, p. 282 et seq. (Boso card.), p. 291-295 (S. Bern., ep. ccxLiii, Migiic, t. CLXXXII, p. 439, c, 2); Papencordt, p. 2ö6 et suiv.; Reumont, II, p. 434.
ïletour d'Eugène III en Italie.
62. Eugène Ifl fut reçu en France avec solennité (mars 1147; : il célébra un concile à Paris, puis se rendit à Trêves (novembre), où il tint un nouveau concile, examina les révélations de l'abbcsse Hildegarde, qui habitait sur le mont Rupert, près do Bingen, confirma sa fondation, et réjonit la célèbre voyante par une lettre qu'il lui écrivit. Eugène reçut de Henri, fils de Conrad III, qui se trouvait en Orieni, une lettre pleine de déférence. L'abbé Wibaldde Stavelo, qui assistait ce jeune roi, puis l'archevêque de Mayence, l'empêchèrent de prendre des mesures irréfléchies contre les décrets du pape, et maintinrent avec beaucoup de tact la paix entre l'Eglise et l'Empire. En mars 1148, Eugène III ouvrit à Heims mi grand concile pour juger dilï'érenles hérésies, vider des controverses et réformer la discipline.
Eugène III retourna en Italie en 1 149, et se fixa à Tusculum. sous la protection du roi Roger et du comte de ce lieu. Pendant son séjour en cette ville, il amena les Romains à une nouvelle soumis.sion, et put célébrer la fête de Noël dans l'église de Latran. Malheureusement, la persistance des Romains, dans leur républicanisme arrogant (commencement de 1150) l'obligèrent bientôt de quitter Rome une troisième fois; il séjourna tour à tour en divers lieux de la campagne de Rome, dans le voisinage de Roger, qui le protégeait et à (|ui il accorda de grands privilèges. Les Romains s'adressèrent derechef à Conrad ill d'Allemagne, lui annoncèrent qu'ils s'étaient emparés'pour lui de plusieurs places fortes de la noblesse, s'efforcèrent de l'animer contre Roger et contre le pape, et lui firent toutes les ofl'res imaginables. Conrad essaya de se concilier les deux partis. Il fit aux Romains (1 loi) des promesses générales, en même temps qu'il négociait avec le pape pour obtenir la couronne impériale. Le papo se montra très favorable à ses vues, et invita les seigneurs ecclésiastiijues (it laïques à lui prêter secours dans l'expédition qu'il méditait. Conrad mourut peu de temps après (15 février 1152).
Les Guelfes et les Gibelins. Frédéric Barberousse. — Contrat de Constance.
63. Déjà sous le règne de Conrad, premier des empereurs allemands sortis do la famille des Hohenslaufen, l'opposition.
entrn les Gibelins et les Guelfes avait pris .un caractère très arcentué, surtout depuis la bataille de Weinsberg- (1140). Les Guelfes avaient pour chef Henri le Superbe, duo de Bavière et de Saxe. Conrad avait été obligé de fuir devant Henri, et le royaume avait beaucoup perdu de son éclat. Ce prince, ayant vu mourir le premier de ses fils (Henri, M. 50), recommanda aux seigneurs, au lieu de son second fils encore mineur, son neveu Frédéric do Souabo, lequel fut unanimement élu à Francfort et couronné à Aix-la Cbapelle (9 mars 1152). On avait lieu d'espérer que ce prince, admirablement doué et plein d'énergie, rétablirait l'ancienne puissance germanique. Malheureusement, il était trop préoccupé de ses droits et ne songeait qu'à les agrandir, même aux dépens de l'Église. Il n'observa pas le concordat de W'orms, et essa^^a de subordonner aux juges séculiers l'excommunication portée contre les envahisseurs des biens de l'Église. De son côté, le pape Eugène HI suppliait l'abbé Wibald, cet excellent conseiller de trois rois allemands, de venir au plus tôt à son aide.
Tant que Wibald vécut (jusqu'en H58), Frédéric usa toujours de quelques ménagements h l'égard de l'Église; il écrivait au pape dans les termes les plus respectueux et recevait de lui des lettres amicales. \ Rome, en novembre H52, une nouvelle constitution avait été élaborée, selon laquelle il y aurait un empereur, deux consuls et cent sénateurs; elle ne vit jamais le jour. Les républicains de Rome trouvèrent un adversaire dans la noblesse des campagnes, attachée au pape, et une réaction se produisit nui permit à Eugène de rentrer dans la ville (décembre 11.52). 11 y fut salué comme le médiateur de la paix, comme un bienfaiteur, et se vit bientôt investi d'une autorité imposante. En 1153 (mars), ses fondés de pouvoirs conclurent à Constance, avec ceux du roi Frédéric, une convention dans laquelle celui-ci promettait de rétablir l'autorité du pape dans les États de l'Église, de protéger les droits du Saint-Siège, de n'acccorder aux Grecs aucune possession en Italie, de ne conclure aucune paix avec le roi Roger et les Romains sans le consentement du pape. Eugène III, de son côté, promettait (l'honorer le roi comme le fils le plus dévoué de saint Pierre, de lui donner la couroinie impériale quand il se rendrait h Rome, de le défendre avec les armes spirituelles contre tont
620 HISTOIRK DK l'ÉGLISE.
ennemi de l'Empire, et de repousser les prétentions de la cour grecque sur l'Italie.
OUVBAGIiS A CONSULTER SUR F.ES N»' 62-63.
La meilleure reproducliou des sources est de Watterich, II, p. 297- 320; la convention de Constance est aussi dans Pertz, Leg., Il, p. 92 et seq. — Mansi,XXI, 737, 741 et seq.; Jaffé, Reg., p. 629 et seq.; Wibald, epp. (Aligne, t. CLXXXIX); Papencordt. p. 258-262; Reumont, II, p. 4i2; Janssen, p. 185- ot suiv.
Mort d'Eugène III. — Anastase IV.
64. Eugène III se concilia de plus en plus l'affection du peuple romain. Son illustre maître saint Bernard lui avait donné dans les cinq livres de la Considération, sur la manière de remplir les devoirs attachés à sa charge de premier pasteur, des conseils où respiraient tout ensemble l'affection, l'expérience et une noble franchise. Il lui retraçait l'idéal du pape, lui dépeignait la sublimité de sa mission comme vicaire de .lésus-Christ, jucro et arbitre de la paix, l'étendue et la gravité de ses devoirs ; il l'adjurait de ne pas gaspiller son temps en vidant une multitude de procès qui lui étaient soumis par des hommes ambitieux, flétrissait l'avarice et la superbe des Romains, la vénalité, le luxe, la passion des honneurs chez un grand nombre de fonctionnaires et d'ecclésiastiques; il émettait des avis sur le choix des cardinaux et des ministres de l'Eglise, et s'occupait enfin de toute la conduite du pape.
S'il pouvait sembler que saint Bernard jugeait à un point de vue trop exclusivement monacal certaines choses que les circonstances du temps avaient rendues nécessaires, ses pensées, à tout prendre, étaient empreintes d'une haute sagesse, et trouvaient dans un ancien disciple, si absorbé maintenant dans les affaires mondaines, un terrain propice.
Eugène m, que l'Église honore parmi les bienheureux, mourut à TivoH le 8 juillet Ho3; le 20 août, saint Bernard le suivit dans la tombe, et fut canonisé par son troisième successeur en \ 17-4. Après Eugène III, le Saint-Siège fut occupé par le cardinal archevêque Conrad de Sabine, Romain de naissance et ami de l'abbé Wibald. Il prit le nom d'Anastase IV, et fut le père des pauvres. Son règne dura un peu moins de seize mois.
LA PAPAUTÉ ET i/eMIMRE. 621
OlVRAr.ES A CONSULÏtR ET REMARQUES CUITIQDES SUR LE N" 64.
S. Rern. Opp., éd. Venet., Il, p. 413 et seq.; Migne, t. CLXXXIl ■ il pari, de Coiisid., cd. Krabinger, Landish., 1843; éd. Schneider, Berol., 18?)0). Sur Eugène III, voy. Hugo Ost., ad Capit. Cisterc., et Litul. sépulcral.; Walterich, II, 320 et seq.; Otto Fris., de Gest. Frid., II, X : « Vir justus et religione insignis. » A Pise et ailleurs, Eugène III était honoré comme bienheureux; son culte a été confirmé le 28 sept. 1872 par la congrégation des Uites. Civillà catt., VIII, 3, n. 038, p. 399 et seq.; M. Jocham, Gesch. des Lebens und der Verehrung des sel. Papstes Eugen III, Augsh., 1873. — Anast. IV, Boso card., Chron. Foss« novse , Romuald. Salern., Otto Fris.; Watterich, II, p. 321, 322 ; Migne, t. CLXXXVIII, p. 989 et seq.
Adrien IV. — Exécution d'Arnaud de Brescia.
65. On élut alors l'Anglais Nicolas Bieakspeare, qui fut le pape Adrien IV. Né d'une famille indigente, il avait été reçu au couvent de Saint-Rnf, près d'Avignon, et s'était fait moine. Prieur de son couvent depuis 1137, puis abbé, des affaires ecclésiastiques le conduisirent auprès du pape Eugène III, qui le retint à cause de ses talents et de son savoir, et le nomma cardinal évêque d'Albane. Il avait été légat en Suède et en Norwège, et s'était toujours bien acquitté de sa mission. Il fut élu à l'unanimité. Dès le début de son pontificat, Adrien IV fut forcé d'entrer en lutte avec les Romains : car Arnaud da Brescia continuait d'y fomenter des troubles, et ils refusaient de l'expulser. Défenseur incorruptible des droits du Saint-Siège, il se renferma dans la forteresse de Saint-Pierre, résolu à braver les assauts des insurgés.
Le cardinal Gui de Sainte Pudentienne ayant été blessé a mort tandis qu'il se rendait au palais pontifical, le pape mit la ville en interdit. Les sénateurs ne parurent pas s'en soucie d'abord; mais, dans la semaine sainte, le clergé et le peuple le^ forcèrent de se soumettre au pape et de chasser Arnaud d.. Brescia. Alors le pape leva l'interdit, célébra la fête de Pâques (mars H 55) dans l'église deLatran, et se rendit ensuite à Viterbe. Arnaud fut fait prisonnier par le cardinal Gerhard de Sainl- Niculas, mais délivré ensuite par quelques comtes de Ja Campanie, qui avaient pour lui un culte fanatique. Il fut ramené à Rome, et, sur l'ordre du préfet, condamné à mort comme
Ü:2-2 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
rßhoUe et liéréliquo; son corps fut livré aux flammes et ses cendres jetées dans le Tibre, pour empêcher qu'on ne les honorât. Cet ennemi écarté, Adrien IV en trouva bientôt un second et excessivement plus dangereux dans le roi d'Allemagne, ambitieux et despote.
OUVRAGES A CONSliLTER SUR LE N° 65.
Boso card., Guiil. Neubrig., etc.; Watlerich, II, 323 et seq., 337 et seq.; Migne, loc. cit., p. 1361 et seq.; Uicli. Raby, Pope Hadr. IV, An liistorical sketcb, Loiid., 1849; Raumer, Hobenstaufen, 2« édit., iS'Sl, II, p. 1 et suiv., 31 et suiv,; C. de Cherrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe, Paris, 1841; 2«' édit., 1858; Papencordt, p. 263 et suiv.
I*rcniièrcs luttes tics Hobenstaufen coutr>E* le S»aiu(-Siè|pe.
Couronnement de l'empereur Frédéric 1er.
6G. Frédéric Barberousse avait commencé, en octobre 1154, une expédition en Italie, tenu une diète à i laisance, et s'était lait donner à Pavie la couronne de fer des L(*mbards. Les Italiens étaient divisés : plusieurs villes reçurent l'empereur à bras ouverts; d'autres, Milan surtout, lui fermèrent leurs portes. Frédéric saccagea plusieurs de ces dernières villes, et ajourna sa vengeance contre Milan. De Pavie il se dirigea vers le sud, afin de recevoir bientôt la couronne impériale. A la nouvelle de son arrivée, Adrien IV lui envoya de Viterbe trois cardinaux avec lies lettres, puur s'assurer de ses bonnes dispositions et conférer avec lui des choses indispensables. Frédéric leur fit bon accueil. Après le retour des députés qu'il avait envoyés au pape, il jura de protéger sa liberté et celle des cardinaux, de les maintenir en possession de leurs droits et de leurs biens.
Dans une rencontre qui eut lieu à Sutri entre le pape et le roi (*.) juin 1155), l'omission du cérémonial accoutumé, suivant lequel le roi devait conduire quehjuc temps le cheval du pape par la bride et lui tenir l'étrier, donna lieu à plusieurs conférences. Le roi ne se décida à faire les fonctions d'écuyer que lorsque d'autres princes plus âgés lui eurent déclaré que c'était l'usage traditionnel, que Lothaire en avait agi de la sorte envers Innocent H. Après d'autres pourparlers, Adrien et Frédéric prirent ensemble le chemin de Rome, et le couronnement
LA papai:té et l'empire. 623
impérial eut lieu le 18 juin, avec tuule la pompe accoutuméo. Les républicains de Rome, révoltés do ce que l'empereur avait repoussé leurs propositions de fonder un empire démocratique par la grâce du peuple romain (il lui aurait fallu acheter cette grâce au prix de 5,000 livres d'argent), attaquèrent immédiatement les troupes allemandes; mais ils furent repoussés avec des pertes sensibles. Le pape et l'empereur célébrèrent à Tivoli la fête du prince des apôtres et se séparèrent. L'empereur se dirigea vers le nord, s'empara de Spolèfe, s'arrêta à Ancône et rentra en Allemagne. Le pape résida en divers endroits, en dernier lieu à Béuévent.
Otto Fris., de Gest. Frid., II, xxi et seq.; Guill. Tyr., XVIII, ii; Boso, invita Iladr., loc. cit.; JafFé, p. 663; Baron., an. Hol, n. 1 et seq.; Gene. Gamer. et Frid. ep., Watterich, !1, 342 et seq., 349. Sur la coutume de tenir l'étrier (officium stràtoris) : Baron., an. Ho5, H 62, 1163, 1177, n. 69; Thomassin, II, II, c. lxv, n. 4 et seq.; Helmod., Chron. Slav, I, lxxx ; Murât., Ant lt., I, 117; .Moroni, Dizion., i, 103; Raumer, II, p. 39 et suiv. Rite du' couronnement: Pertz, Leg., Il, 97 et seq.; Watterich, 11, 328-330.— Heuler, Gesch. Alex. III, Leipzig, 1860 et suiv., 1. 1; Dœllinger, II, p. 173; Papencordt, p. 263-267; Reumont, II, p. 4io et suiv.; Héfelé, V, p. 471 et suiv.
Paix d'Adrien avec le roi de Sicile
67. Roger étant mort sur ces entrefaites, le rui Guillaume de Sicile venait de prendre les rênes du gouvernement (26 février Hoi) et de se faire couronner sans avoir consulté le pape, son suzerain. Adrien îV lui en fit des reproches, et se contenta, pour maintenir ses droits, de l'appeler « seigneur » au lieu de « roi » de Sicile. Guillaume commença alors contre les États de l'Église des hostilités qui lui attirèrent l'excommunication. Plusieurs barons, niécoiitenls de lui, se révoltèrent et rendirent hommage au pape. Les Grecs eux-mêmes pressurèrent le royaume normand. Guillaume entama alors des négociations avec le pape, mais elles échouèrent devant la résistance de plusieurs cardinaux.
Maître de l'insurrection, Guillaume assiégea le pape dans Béuévent, et conclut dans cette ville une paix favorable (juin 1156;. Le pape leva l'excommunication, reconnut Guillaume
comme roi de Sicile et duc d'Apiilie, et lui donna l'investiture, (iuiliaume, de son côté, prêta le serment de vassal lige du Saint- Siège, et s'obligea à payer un tribut annuel de COO florins d'or. 11 fut convenu que le pape aurait le droit de visiter les églises, d'envoyer des légats, de recevoir des appels, sauf de la Sicile, où l'appel et la légation n'auraient lieu qu'à la demande du roi (d'après le privilège d'Urbain). La liberté des élections canoniques fut également reconnue, excepté qu'en Sicile elles devaient être soumises à l'approbation du roi. Ces conditions désavantageuses, imposées au pape par les circonstances, donnèrent lieu dans la suite à une vive opposition de la part des cardinaux.
Boso card., Guili. Tyr., Romuald. Sal., Anon. Casin., Chron. Fosste nov.; WatLenoli, H, J2ö, 332 et Slmj., 341 et seq., 3öO et seq.; Concordiu Hadr. et ^Yillelllli regis ßerieventana, Baron., 1150, n. 4-9; Watterich, II, p. 332-356; Doellinger, p. 173; Papencordt, p. 267 et suiv.; Héfelé, p. 480,
Mésintelligence avec l'empereur Frédéric.
08. Cette opposition fut encore plus vive du côté de l'empereur. Il voyait déjoué le plan qu'il avait conçu de combattre le roi Guillaume sous prétexte d'bostilité envers l'Eglise, et de réunir la courounc de Sicile à la couronne impériale. Accuser Eugène 111 d'avoir rompu le traité conclu avec lui, il ne le pouvait : car, si Frédéric était obligé de ne point conclure la paix avec le roi Guillaume sans l'assentiment du pape, cela n'empêchait pas le pape de s'entendre avec lui; la stipulation n'était pas réciproque. Ce traité, du reste, Adrien IV ne l'avait conclu que sous l'empire de la nécessité. De ce que le pape avait assumé l'obligation de conserver et d'accroître l'honneur do son royaume, l'empereur ne pouvait pas conclure, sinon indirectement, que son adhésion tut nécessaire pour que le pape put contracter avec la Sicile.
Le mécontentement de l'empereur contrôle pape fut entretenu par son chancelier Rainald de Dassel et par quelques cardinaux ambitieux, qui avaient déjà formé un petit parti impérial et reurésentaient leurs collègues comme des créatures vendues au
roi Guillaume. Frédéric, coutraireinent au concordat de Worms, disposait arbitrairement des évêchés, et défendait à son clergé de recevoir des bénéfices du pape. Ses négociations avec Byzance semblaient d'autant plus suspectes, que les Grecs se disaient autorisés par lui à s'emparer de toute la côte de l'Apiilie. L'archevêque de Lund, Eskil, revenant de Rome en Danemark, avait été fait prisonnier, pillé et retenu près de Thionville, et l'empereur, malgré les représentations du pape, avait laissé cet attentat complètement impuni; il n'avait même fait aucune démarche pour délivrer ce prélat, emprisonné contre tous les principes du droit des gens.
Adrien dépêcha donc à l'empereur, qui tenait alors une diète à Besançon (octobre 1157), les cardinaux Roland et Bernard, avec des lettres où il invoquait instamment son intervention et lui rappelait toutes les marques de bienveillance qu'il avait reçues du pape. Il lui avait, disait-il, conféré la couronne impériale, et il était prêt encore à le combler d'autres bénéfices [bénéficia, bienfaits).
Cette lettre fut lue dans l'assemblée des princes par le chancelier Rainald de Dassel, qui la traduisit en allemand pour ceux qui n'entendaient point le latin. Un violent murmure succéda à la lecture de cette lettre. « Quoi! » s'écrièrent les princes, « le pape appelle l'empire d'Allemagne un bénéfice, un fief qu'il aurait donné à l'empereur, et il lui donnerait encore, s'il était possible, de plus grands « bénéfices! » (C'est ainsi qu'on avait traduit bénéficia, au lieu de « bienfaits».)
Bien qu'il fût inconcevable que le pape eût parlé de bénéfices plus grands encore que l'empire, bien qu'il fût reconnu que le droit de conférer la couronne impériale appartenait au pape, et qu'il fût juridiquement admis que l'empire était distinct de la royauté, on ne trouva pas moins intolérable que le pape considérât Frédéric comme un vassal du Saint-Siège, suivant ce que semblait indiquer l'inscription d'un tableau de l'église de Latran, représentant le couronnement de Lothaire. Le cardinal Roland ayant eu la hardiesse de demander : « De qui donc l'empereur tient-il l'empire, si ce n'est du pape? » ces paroles lui auraient coûté la vie, si Frédéric n'eût arrêté le bras du bouillant Otton de Wittelsbach. Les légats, après avoir essuyé toutes les injures, furent congédiés de la façon la plus outrageuse.