III. — HIST. DE L'ÉGLlSJi
f)üVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 68.
11 est inexact, d'après le texte, que la précédente convention interdît aussi bien au pape qu'à l'empereur (Reamont, M, 448) de négocier à part sur la Sicile. (Héfelé, p. 481.) Sur Rainald, voy. Ficker, Rainald de Dassel, Cologne, 1800. Négociations avec les Grecs: Wibald, ep. fiDXxx; Aligne, t. CLXXXVIH, p. 1492; Hadr. ep. ad Frid.; Hadev., de Gest. Frid., 1, ix ; Mansi, XXI, 789; Watterich, H, 357-359. Principal passage : « Debes enim, gloriosissime tili, ante oculos mentis reducere, quam gratanter et quam jucunde alio anno mater tua SS. Romana Ecclesiu te susce[ierit, quanta cordis aflectione tractaverit, quantam tibi dignitalis plenitudineni contuleril ot honoris, et qualiter imperialis insigne coronœ lihenlissinu; fonfcn-ns benignissimo gremio suo tua^ sublimitatis apicem studuerit confovere. Neque tamen pœnitet nos desideria tuœ voluntatis in omnibtis implevissc; sed, si majora bénéficia Kxcellentia tua de manu nostra suscepisset, si fieri posset, considérantes, quanta Ecclesice Dei et Nobis per te incrementa possint et commoda provenire, non inimcrito gauderemus. » Cf. Dœilinger, il, p. 174; Héfelé, p. 482 et suiv. Radev., 1, x, ajoute : « Atque ad horum verborum striclam expositionem ac preefutie interpretationis fidem uuditores iuduxerat, quod a nonnuUis Romanorum aflirmari fernere novei'ant, Imperium urbis et regnum italicwn donatione Pontificum reyes nostros liactenus possedissc, idque non solum diolis, sed et scriptis atque picturis repraisentare atque ad posleros transmitterc. L'nde de imp. Lothario in palatio Luter. super hujusmodi picturam scriptum est : Rex venit ante fores, jnruns prias urbis honores. Post horno fit Pwp.r:, siunit quo dnnte coronam. » (Cf. Godcfr. Chron.; Wiirdtwein, Subsid. diplom. nova, Xlll, xxxui.) liest dit plus loin que Frédéric aurait demandé au pape et obtenu que cette peinture fût enlevée. Frédéric disait lui-même (Hadev., 1, xvi) : « A pictura ccepit, ad scripturam pictura processit, scriptum in auctoritatem transire conatur. Non patiemur, non sustinebinuis. » Voy. Heuter, Alex. 111, t. 1, p. 27 (2« éd.i.
Plaintes de Frédéric contre le pape.
GO. L'ompercnr se plaignit daîis une iottro oircnlairo que \v chef de l'I^lglisc semait la discorde et lui infligeait, à lui qui avait reçu de Dieu la royauté et l'empire, regnum et Imperium, lies ofTenscs qui blcs.saicnt grièvement, non seulement sa personne, mais encore celle de tous les princes, il relevait surtout l'expression insolente et inadmissible de c bénélices». Dieu seul,
LA PAPAUTK FT i/kMPIHE. «)27
disait-il, lui avait conféré sa dignité par les suffrages des princes ; le gouvernement du monde est confié à deux glaives, et saint Pierre veut qu'on honore les rois. (1 Petr., n, 17.) C'était donc une assertion mensongère de prétendre qu'il avait reçu du pape la couronne impériale comme un fief; c'était lui, au contraire, qui protégeait l'honneur et les franchises des églises d'Allemagne contre le joug humiliant que leur avait imposé le Saint-Siège.
Frédéric défendit à ses sujets de faire le voyage de Rome, et s'efforça d'attirer les évèques allemands dans son parti. Ces évêques, il est vrai, savaient par expérience ce que signifiait la liberté de l'Église telle que l'entendait Frédéric; mais ils redoutaient un monarque qui ne reconnaissait d'autre droit que le sien et qui était tout infatué de sa puissance, d'autant pins qu'il avait un parti même parmi les cardinaux et ne souffrait point de contradiction. Aussi, quand le pape se plaignit à eux des procédés blessants dont on avait usé envers lui-même pour une seiile parole qu'il avait dite, quand il leur demanda d'exiger une satisfaction du chancelier Rainald et du margrave Otton, ils répondirent dans le même sens que l'empereur, et probablement avec ses propres paroles. Ils regrettèrent ce qui s'était passé, manifestèrent leur étonnementde la lettre du pape, et le prièrent den écrire une autre pour calmer le courroux de l'empereur.
Adrien IV, mieux renseigné depuis sur les griefs de l'empereur, chargea deux cardinaux (H 58) dé lui porter une seconde lettre, où, sans rien céder des droits du Saint-Siège, il donnait une explication satisfaisante des paroles qui avaient été si vivement blâmées. Bien que le mot de beneßcium, disait-il, soit quelquefois détourné de son acception étymologique et employé dans le sens de « bénéfice », feiidum, il fallait l'entendre d'un « bienfait », comme nous l'entendions nous-mêmes et comme le demande tout le contexte. En disant que nous vous avons conféré la couronne (contulimus, synonyme d'impostiimiisj, nous entendions par là que nous l'avions mise sur votre tète. Cette fausse interprétation, ajoutait le pape, a été imaginée par ceux qui cherchent à troubler l'harmonie entre les deux puissances; pour lui, il avait toujours rendu à l'empereur l'honneur qui lui était dû, et il était animé envers lui des meilleurs sentiments.
L'empereur, que les cardinaux trouvèrent à Augsbourg pendant l'été, se montra satisfait de ces explications. Ils eurent de grandes difficultés à surmonter en s'en retournant par la haute Italie : car Rainald de Dassel et le margrave Otton, prévenant l'empereur, s'y étaient emparés de plusieurs villes et avaient occupé les routes.
Frid. ep., ap. Radev., I, x; Perlz, Leg., 11, lOö; Watterich, 11, p. 360 et seq. Sur la prétendue correspondance de Hillin de Trêves : Waltcnbach, Archiv f. Kunde œsterr. Gesch. -Quellen, XIV, p. 60 et suiv.; Héfelé, V, p. 490 et suiv.; Hadr. ep., Radev., 1, xv; Mansi, XXI, 791; Wallericb, p. 362 et suq.; Resp. episc. Germ., Radev., I, xvi; Mansi, p. 792; W., p. 363-3()ä; lladr. ad Frid., Radev., 1, xxii ; Mansi, p,793; W., p. 306 et seq.; Pertz. Leg., II, 106. Activité des légats impériaux on Italie : Ep. légat, ad Frid.; Sudendorf, Registr., II, 133; Ficker, p. 22, liO; Reuter, 1, p. i-84; Radev., I.xvii, xxi; W.. p; 365 et seq.; Jaffé. n. 7036, p. 072; Héfelé, V, p. 491-493.
Vues et projets de Frédéric !«>•.
70. Les dispositions et les projets de Frédéric rendaient impossible toute paix durable entre lui et le pape. En Orient, où il avait accompagné son oncle Conrad III, Frédéric s'était familiarisé avec les goûts despotiques des empereurs grecs et des sultans sarrasins, eu même temps que. ses juristes de cour l'avaient initié à la jurisprudence du siècle de Justinien. Déjà sous Eugène III, ses ambassadeurs avaient révélé les hautes aspirations de ce prince à l'empire universel. Frédéric entendait que le pape servit d'instrument à ses dessoins en cumbattant par le glaive spirituel tous ceux que lui-même jugerait convenable d'atta(juer par le 2:laive matériel. Il appuyait son autorité sur la force brutale et sur un prétendu droit de succession aux anciens empereurs romains. L'empire, selon lui, n'était pas celui (ju'avait fondé (Iharlemagne; c'était l'empire de Marc-Aurèle, de Constantin et de Justinien. Foulant aux pieds tout le passé historique des royaumes germains, il remontait à six siècles en arrière, jusqu'à l'omnipotence des empereurs de Rome; il voulait soumettre à sa domination absolue la hiérarchie ecclésiastique, les princes et les villes, ravaler le pape au rang de pa-
triarche de l'empire, gouverner les choses spirituelles comme les choses temporelles, sans souci des notions de droit gravées dans la conscience générale, et dépasser même les empereurs francs. L'empereur, à ses yeux, était la source, la plérdtiide, la règle de tout droit comme de tout pouvoir; sa volonté, c'était la loi, et il se prétendait le maître absolu de l'univers.
Frédéric était allé en Lorabardie dans le mois de juillet 1 ir>8. Au mois de septembre, il s'assujettit Milan au moyen d'un traité. Le 11 novembre, il tint une assemblée générale à Roncagha, dans le but d'y faire valoir ses droi's à l'empire universel. Ouatre légistes de Bologne s'étaient appliqués à étendre sa puissance aux dépens de tous les droits des églises, des princes et des villes, à accroître le nombre des régales, à transformer en un mot tout le système féodal et toute la jurisprudence jusque-là en vigueur. Des droits anciens et légitimement acquis furent abohs d'un trait de plume; l'Église surtout fut privée d'une foule de ses droits et de ses revenus; ses libertés et tout ce qu'elle avait acquis jusque-là fut remis en question par le despotisme impérial.
Radev., II, iv-vii; Pertz, Leg.. II, 111 et seq. Idée que Frédéric se faisait de l'empire : Hist. pol. Bl., 1833, t. XXXI, p. 665 et suiv.; t. XLV, p. 988 et suiv,, 1082 et suiv. Mon ouvrage : Kath. Kirche, p. 160 et suiv. Neander et d'autres méconnaissent le véritable état des choses, quand ils disent que le système Ihéocratique ne pouvait tolérer à côté de lui aucune autre puissance et entraînait par conséquent à une lutte illégitime. Ce langage conviendrait beaucoup mieux à l'absolutisme impérial. Les principes de Frédéric se révèlent dans les déclarations de. ses envoyés. Joh. Saresb., ep. lix (Migne, t. CXCIX, p. 39), dans ses maximes empruntées du droit romain : <^ Ego quidem mundi dominus. » (Antonin le Pieux, lib. XIV, t. II; Dig. lib. II); et : « Quod principi placuit, legis habet vigorem » (ib., lib. I, t. IV, lib. I; cf. Radev., 11, iv); et enfin dans les résolutions mêmes de RoncagUa, où se trouvaient les légistes Bulgarus, Martin Gosia, Jacques de Porta de Ravenne, Hugues de Porta de Ravenne ou de Aiberico, et Ilugolinus. Savigny, IV, p. 69 et suiv., loi et suiv.; Hegel, 11, p. 231 et suiv.; l.eo, Vorles., II, p. 648, 633; Hœfler, Kaiserth. u. Papstth, p. 6i; Reuter, I, p. 37; Zimmermann, Gesch. der Hohenst., Stuttg., 1838, 11^ partie; Jean de Müller, Voyages des papes, n. 6, 7.
''î:'.0 nisToiRK DE l'église.
Plaintes du pape contre Frédéric.
71. Le pape Adrien IV, si disposé qu'il fût à la paix, ne pouvait, ne. devait plus garder le silence, d'autant que l'empereur ne s'en tint pas là. Frédéric, qui avait autrefois solennellement promis de conserver, de restituer tous les droits et toutes les possessions du Saint-Siège, traitait le peuple lui-même avec un arbitraire qui ne connaissait plus de bornes. Il exigea que les États de l'Église fournissent à l'entretien de son armée (fodriim), revendiqua le gouvernement de la ville de Rome, afin, disait-il, que son titre d'empereur ne fût pas un vain nom ; il fit recueillir de l'argent sur la succession de Mathilde, qu'il donna en tief au duc Guelfe, bien que l'empereur Lothaire eût encore pleinement reconnu les droits du Saint-Siège sur ces domaines; il nomma son chancelier liainald, qui se trouvait près de lui en Italie, archevêque de Cologne, au mépris du concordat de Worms; et il désigna le fils du comte de Blandrata (Gui) pour archevêque de Ravenne, bien qu'il fût sous-diacre de l'Église romaine et ne pût passer dans une autre Église sans le consentement du pape, qui s'y opposait.
Comprenant toutes les injustices qu'il avait comniises envers le pape, Frédéric essaya, sous les plus futiles prétextes, de se poser en victime; il alla jusqu'à s'offusquer des mauvais habits que portait un envoyé du pape (un moine), ordonna à son chancelier de revenir au style des anciens Romains, de placer le nom de l'empereur avant celui du pape, et de n'interpeller le pape qu'au singulier toi, tandis que Frédéric, parlant de lui-même, se servirait du pluriel nous. Plusieurs travaillaient à entretenir ces dissentiments ; d'autres s'appliquaient à amener une conciliation.
Fatigué de ces menées incessantes, Adrien chargea plusieurs cardinaux, à Pâques 1 l,¥J, d'aller trouver l'empereur à Bologne et de faire les revendications suivantes : !•* l'empereur n'enverra pas de nonce à Home à l'insu du pape, puisque toute la magistrature y appartient à saint Pierre avec toutes les régales; 1° il ne lèvera point de contributions sur les domaines du pape, sinon au temps de son couronnement; 3° les évêques d'Italie lui prêteront le serment de fidélité, mais non le serment d'hommage; i" on ne les forcera point de loger chez eux les
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envoyés de l'oinporeur; 5" toutes les posse»>sioas de l'Éylise romaine, y compris les domaines de la comtesse Mathilde, seront restituées.
Premier dissentiment. — Mort d'Adrien IV.
72. Frédéric répondit que son titre d'empereur dérivait de ses droits de souveraineté sur Rome, et il revendiqua comme siens les palais des évêques, parce qu'ils étaient bâtis sur son domaine, ajoutant que si les évèques ne voulai'6nt point lui rendre hommage, ils ne devaient pas non plus posséder ses régales. Venant ensuite aux récriminations, il accusa le pape : 1" d'avoir violé la paix de Constance; "2° de laisser ses légats voyager dans les États de l'empereur sans avoir demandé sa permission, résider dans les palais épiscopaux et opprimer les églises; 3° de recevoir à Rome des appels injustes. Les négociations des légats n'aboutirent à aucun résultat.
Le 24 juin 11. ">9, le pape rappela à l'empereur ses devoirs de fils de l'Eglise, la fidélité qu'il avait jurée à saint IMerre, et le supplia de ne pas aller plus lu!n dans la voie de l'arrogance et de l'orgueil. Frédéric — probablement par la plume de son chancelier Rainald, mécontent de ce que le pape avait refusé de confirmer sa nomination au siège de Cologne — répondit avec humeur que les régales avaient été données au Saint- Siège par la libéralité des empereurs depuis Constantin, qu'il avait raison de mettre son nom avant celui du pape, et que c'était en toute justice qu'il exigeait des évèques le serment d'hommage, que le pape enfin scandalisait le monde par son orgueil. Les pins ardents d'entre les cardinaux pressaient le pape d'excommmiier Frédéric, lorsque Adrien mourut à Anagni, le 1" septembre 1159. Déjà l'influence de l'empereur semblait prédominer dans Home. L'ambitieux Octavien Maledetti, cardinal du titre de Sainte-Cécile, intriguait avec les envoyés de l'empereur pour se faire nommer pape.
OLVRAGES A CONSULTER ET REJURQUES CIUXIQCES SLR LES N^^ 71-72.
Radev.. Il, w. xviii. xxx et seq., xli; Watterich. H, .3(j8 et seq.; Sigeb. Contin. Aquicinct., ib., p. 372 et seq. On lit dans les réponses de Frédéric aux réclamations du pape (ad 3) : « Episcoporum ttaliae ego quidem non affecto dominium, si tamen et eos de noslris regalibus ni!
632 IIISIOIHC DE l/ÉGLISE.
dclectat habere. Quodsi gralanter audierint a Romano Prsesule : Qmà tibi et régi? consequenter quoque eos ab imperatore non pigeaf audire : Quid tibi et possessioni? » (D'après Aug., tr. VI in Joh., Gratian., c. i, d. viii). Ad 4 : « Concède, si forte aliquis episcoporum habet in suo proprio solo, et non in nostro, palatium ; si autem in nostro solo et allodio sunt palatia episcoporum , cum profecto omne quod aedificatur, solo cédai (lib. VII, § 10, Dig., xli, 1), nostra sunt et palatia. » Dœllingcr, II, p. 175-177; Reuter, I, p. 44 et suiv., 485 et suiv.; Héfelé, p. 495-498 ; F. Tortual, Bœhmens Antheil an den Kaempfen Friedrichs I in Italien, part. II, das Schisma, li 55-1 175. u. Forschungen z. Reischs u. K. G. des 12. Jahrb., Münster, 1866.
Alexandre III et l'antipape Octavien.
73. Le schisme était donc tout préparé : il éclata. Les cardinaux réunis à Saint-Pierre, après avoir délibéré pendant quatre jours (4-7 septembre), élurent à la pluralité des voix le cardinal chancelier Roland Bandinelli, de Sienne. 11 avait été professeur à Bologne et nommé cardinal par Eugène III ; il élait de mœurs austères, instruit des sciences divines et humaines. 11 refusa d'abord, puis accepta sa nomination, et prit le nom d'Alexandre III. Deux cardinaux-prêtres, Jean, du titre de Saint- Martin, et Gui de Crema, furent les seuls qui se prononcèrent pour Octavien, l'instrument de la politique impériale. Furieux de dépit, Octavien lui arracha la chape et la mit sur ses épaules. Aussitôt les portes s'ouvrent, ses partisans envahissent l'église et le font introniser sous le nom de Victor IV. Alexandre III et ses amis, menacés de perdre la vie, se retirèrent dans la forteresse de l'église de Saint-Pierre, où ils furent gardés à vue. Transférés de là dans une prison étroite au delà du Tibre, ils on furent tirés par le peuple de Rome et les Frangipani, et «'onduits à Nymplia. Ale.xandre III fut sacré le 20 septembre, par Hubald, cardinal évêqued'Ostie.
Huit jours après, à Terracine, Alexandre III exconnuunia l'intrus Victor, honni et détesté de la majorité du peuple romain, et soutenu seidement par les sénateurs corrompus, par les agents de l'empereur et par les évèques invités à sa consécration. Victor fut consacré le 4 octobre seulement, au couvent de Farfa, par deux évoques qui jouissaient d'une médiocre estime; puis il envoya (28 octobre) des lettres menson-