‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 34 sur 44 · I.A l'Al'ALlL El I.'kMIIKK · texte numérisé non relu

I.A l'Al'ALlL El I.'kMIIKK

bases si caduques s'écroulait de lui-mônie; si le pape avait mande à Home les prélats et autres ecclésiastiques,, c'était afiu de délibérer avec eux sur ce qu'il fallait faire pour remédier aux désordres ; il les considérait non comme des gens suspects, mais comme atfectionnés au roi; si le pape convoquait des conciles, ce n'était pas là une nouveauté; il n'a pas voulu, dans le cas présent, réunir un concile universel, parce qu'il aurait pu se rencontrer facilement, parmi les évèques des autres États, des bommes moins attachés à la personne de Philippe; si les barons avaient vu eux-mêmes et bien examine les écrits du pape, ils auraient été forcés de le remercier de la paternelle sollicitude avec laquelle il s'occupait de la prospérité de la France, du soin qu'il prenait pour écarter les lourdes charges qui pesaient sur toutes les conditions; si Boniface avait foulé le cierge, ce n'était qu'à la prière du roi et pour lui complaire en lui permettant de lever des dîmes; aujourd'hui il n'en récoltait qu'ingratitude, puisqu'on lui imputait à faute ce qu'il avait fait par dévouement pour le roi. Quant aux évèchés français, deux seulement avaient été conféFés à des Italiens de grand mérite (Gilles de Rome, de l'ordre des Augustins, et Gérard Pigalotti, l'un et l'autre autrefois professeurs à Paris); aucun pape, du reste, n'avait autant fait que Boniface pour les Français, surtout pour les savants pauvres et néghgés par les évèques. Enfin, les cardinaux se plaignaient de la manière inconvenante dont la noblesse parlait du pape : on dirait, a l'entendre, qu'elle ne le reconnaît plus pour chef de l'Église.

OLMUGES A CONSULTER SUK Lt .N» 135.

Ep. Cardin., diil'uy, p. ü3; Bulœus, p. 26 ; Hét'elc, p. 306-308.

Consistoire et concile de Rome.

136. Boniface VIU, dans sa réponse au clergé, exprima son mécontentement des afïronts qu'on lui infligeait et de la pusillanimité de tant de prélats qui avaient eux-mêmes invoqué autrefois son secours contre les vexations du roi. Il traitait l'Église de France de fdle insensée, qui s'était levée pour insulter à sa mère sans tache, mais qui n'avait pas réussi à changer son amour en aversion. Il ridiculisait avec une amère ironie le principal auteur de cette intrigue, Pierre Flotte, déplorait l'éga-

rement du roi et de tant de laïques, flétrissait la lâcheté des prélats, qui sacrifiaient la cause de l'Église au respect humain et à des intérêts passagers, qui entendaient tant de discours impies et schismatiqiies sans les réfuter, qui les répétaient même ; ce qui ne pouvait s'excuser que par la crainte de leurs ennemis ou par une précipitation irréfléchie. Ceux-là travaillent en vain, ajoutait-il, qui veulent élever un second siège contre le vicaire de Jésus-Christ, qui nient toute subordination du temporel au spirituel : car ce serait introduire deux principes, à la manière des manichéens. Boniface VIII insiste de nouveau sur l'obligation pour les prélats de se rendre au concile de Rome.

Dans un consistoire tenu an mois d'août 4302, le cardinal évêque de Porto et le pape exposèrent, en présence des envoyés de la France, le point de vue du Saint-Siège, d'après la doctrine régnante des écoles, et ils démontrèrent l'inanité des griefs de Philippe et de ses adhérents. Il y fut expressément déclaré que la puissance spirituelle et la puissance temporelle sont ordonnées de Dieu, bien que la première ait la prééminence à cause de la supériorité de son but; que le roi de France était libre dans son gouvernement temporel et en ce qui concernait^ son autorité, mais qu'il était soumis à l'Église « à raison du péché », selon l'enseignement unanime des anciens papes et théologiens; que les paroles du pape avaient été falsifiées et dénaturées en France; que les accusations élevées contre Boniface étaient sans fondement ou pouvaient être rétorquées contre Philippe. Boniface VIII protesta au surplus que, s'il était allé trop loin, il était prêt à corriger les fautes qui lui seraient démontrées. Il proposa do soumettre le différend à l'arbitrage des cardinaux et de négocier avec les seigneurs de France, par exemple, avec le duc de Bourgogne. Il exigea de nouveau que les prélats français se rendissent à Rome, car il s'agissait de constater s'ils reconnaissaient encore le devoir où ils étaient d'obéir au Saint- Siège apostolique.

Rayaald., an. t302, n. 12; du Puy, p. 65, 73 et seq.; Bulaeus, p. 24, 28 et seq.; Héfelé, p. 308 et suiv. ; Christophe, I, p. 99; Tosti, II, 302 et seq.; mon ouvrage, p. 292-298.

LA PAPAUTÉ ET LEMPIRE. 72o

Vaines tentatives de médiation.

137. Les teutatives de médiation faites par le duc de Bourgogne n'eurent point de succès, parce que les cardinaux voulaient que Philippe se montrât repentant de tant d'offenses infligées au pape, notamment de ce qu'on avait brûlé ses écrits, et qu'il donnât satisfaction. Philippe, loin d'entrer dans ces vues, fit confisquer les biens des prélats qui s'étaient rendus au concile de Rome. 11 y avait quatre archevêques, trente-cinq évêques, six abbés et plusieurs docteurs. Le concile ouvert dans cette ville le 30 octobre 1302 eut pour résultat deux bulles, dont l'une, s'appuyant sur d'anciennes ordonnances, prononçait l'excommunication contre quiconque retenait, emprisonnait ou vexait d'une manière quelconque ceux qui se rendaient auprès du Saint-Siège ou qui en revenaient; l'autre, conçue également en termes généraux et sans rapport particulier à la France, exposait, d'après les principes généralement admis dans l'école, les relations des deux. puissances, et établissait le devoir pour tout chrétien, sans distinction, d'obéir au pontife romain.

La dernière, la fameuse bulle Unam sanctam, rédigée probablement par le savant archevêque de Bourges, Gilles de Rome, qui se trouvait au concile, était un tissu de passages empruntés aux plus célèbres docteurs, à des hommes que la France ellemême tenait en grande estime : saint Bernard, Hugues de Saint- Victor, saint Thomas d'Aquin, etc. Voici les idées qu'elle renferme : 1° il n'existe qu'une seule ÉgUse véritable, hors de laquelle on ne peut se sauver. H n'y a qu'un seul corps et un seul chef, et non pas deux. Ce chef, c'est Jésus-Christ, et son représentant le pontife romain. Ceux qui n'obéissent pas à ce représentant, ne sont pas des ouailles de Jésus-Christ. 2" 11 y a deux glaives, l'un spirituel, l'autre temporel : le premier est de l'Église, le second pour l'Église; l'un est dans la main du prêtre, l'autre dans la main du roi, mais sous la direction du prêtre. 3° Or, ce qui est inférieur doit être coordonné par des intermédiaires à ce qui est supérieur; il doit y avoir une gradation dans l'ordre : donc le pouvoir spirituel est au-dessus du pouvoir temporel; c'est au premier de marquer au second le but suprême où il doit tendre et de le reprendre s'il s'en écarte. Qui résiste au pouvoir spirituel établi de Dieu, résiste à l'ordre

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