I.a curie roDiaine
Emplois de la curie. — Les cardinaux.
loO. Lus cunsultations, les questions de droit et autres affaires qui arrivaient en foule au Saint-Siège, nécessitèrent l'augmentation des agents et des autorités pontificales : l'ensemble de ces fonctions se nommait la curie. Les expéditions les plus importantes étaient faites par le chancelier, plus tard par le vicechancelier, qui était ordinairement un cardinal. L'administration des revenus et la conservation des objets précieux incombaient au camerlingue, qui remplissait une foule d'autres charges et avait un grand nombre d'auxiliaires. L'instruction des affaires juridiques était confiée à des auditeurs, souvent cardinaux et quelquefois chapelains du pape. Ce sont eux qui ont formé les éléments du tribunal de la Rote, établi vers la fm du treizième siècle. Les cardinaux, dotés du chapeau rouge depuis Innocent IV (1245), demeurèrent les principaux conseillers du chef de l'Église; ils furent honorés des plus grandes ambassades, obtinrent la préséance sur les archevêques et les évêques (par exemple, à Lyon, en 1245 et 1274), avec des privilèges étendus. Les maltraiter passait pour un crime de lèse-majesté. A partir de 1100, le collège des cardinaux posséda sept évêchés, vingthuit titres de prêtre, dix-huit diaconies, dont plusieurs restèrent longtemps inoccupées. Un grand nombre des anciens évêchés cardinalices furent réunis à d'autres, d'abord provisoirement par l'union personnelle, puis d'une manière dcßnitive : par exemple, Sainto-Rufine et Silva-Candida, à Porto. Outre Porto, Ostie et Tusculum, il restait encore Albano, Préneste et Sabine,
Peu à peu certaines églises romaines, qui étaient des titres de cardinaux, furent aussi données à des évêques étrangers : Innocent III, en 1201, conféra à Anselme, archevêque de Naplesj
718 HISTOIRE DE L'ÉGl.tSE.
î'église des Saints-Nérée-et-Achillée; (iuillaiime, archevêque de Reims, était en même temps cardinal de Sainte-Sabine; Etienne de Cantorbéry était cardinal- prêtre. Etienne, primat de Gran, devint cardinal-évêque de Préneste sous Innocent IV; mais il retourna à son siège de Gran, et le pape lui laissa le titre de cardinal (1253). Dans les questions particulièrement importantes, les papes appelaient à la curie des savants de toutes les parties de la chrétienté; surtout des évêques et des religieux. En géuéiial. ils ne confiaient les poste;> les plus élevés qu'à des hommes d'un grand mérite et d'un savoir éminent. Les plus célèbres docteurs de Paris et de Bologne étaient souvent élus cardinaux et évêques.
OUVUAGES A CONSLLTIiU ET HKMAnQI'KS cniTIyUIiS SUR LE N° 150.
Gerhoch. Reicli., de corrupto Eccl. stulu, c. i (fiall., XIV, 549), emploie liii-int''mc le terme de « Curia » ; mais il ajoute ; « Neque vero vel hoc ipsum careie mai-ula videtur, quod nuncdiciUir Curia Ilomana, quec antehan dicebatur Eff-ksiallomana. Nam si revolvantur auliqua Romanorum Pontiticum scripta, nnsquam reperilur hoc nomen, quod cstcunV/, in designatione SS. Romanfp Ecclesire, quse rectius Ecclesia quam Curia nominatiir, quia nomen euria'... a cruore (.') derivatur, sife a ciirh, ut ail quidam : Curia curarum genilrix nutrixque malorum Injustes justis, iulionestos aequal honestis. » Cf. ep. ad card. Henric, ap. Raluz., Miscell., V, 6H, et de luveslig. Anlichr., I, c. lx.xx, l\x\i, p. l.HS. Canccllarius : S. Bern., cp. cccxi, c. ii; ep. cclxxx, p. iv, p. 487 ; Serm. i.vi in Cant., c. vu (Migne, t. CLXXXIT, p. S17, 487; t. CLXXXIII. p. ii.SO); Phillips, Vi, §301. p. 381 et suiv. Dans les bulles d'hiuocent III, nous voyons en 120ö, en quolité de chancelier, le cardinal -diat-re .Ican de Sainte-Marie •< in Via Lata », et en 1205-1212, cehii de Sainte- Marie in Cosmedin (Pottliast, p. 647). Dans les bulles d'Honorius ITl, en dehors des notaires Guillaume et Gui, nous voj'ons tantôt im chancelier, tantôt un vice-ciiancelier ; celles de Grégoire IX ne portent que ce derniei- (ib., p. 679. ii'tO). Camerarius : Innoc. III, c. xiii, de Pr.'pscr., II, 26; Philipps, § 303, p. 403 et suiv. Auditores, dans les décrétâtes de Grégoire, ibid., § 307, p. 431 et suiv. Emploi de savants étrangers : Cœlestin. III, ad ep. Angl.; Mansi,XXH, 602. ~ Cardinales = (oadjutorcs et collatérales Papre : Rern., de Cons., IV, iv; ep. rxxxxvn; Cialcni? Rubens, dans Nicol. de Curbio, Vila limoc. IV, ij 21 : l'aluz.. Mis,-., VII, 376; Thomassin, I, II. c. r.xni, u. 7; Phillips, § 291, p. 279. Privilèges des cardinaux : Honor. III, const. Summi Providentia, 1225; Rullar.,ed Taur.,!!!, 410; Rayn., h. a., n. 50 et seq.; Polthast,p. 696, n. 7496; Ronif. VIII, c. Felicis, V, 9, de Pœnis, in 6». Le sacré collège
h\ PAI'AITK ET LKMPIRE. /il»
il(!l)uis 1100: Phillips, § 284, p. 221 ; Innoc. III, ad Anseiiu.xNwii.., lib.IU, l'p. XLiv, p. 931, éd. Migne; liayn., an. 1200, u. i; Potlhast, p. 114, II. I2ö.i ; Klionne de Gran, .Potthast, p. 1233 et seq., n. 15002, 15007 cl seq. Réunion des évèchés de cardinaux : Phillips, § 282, p. 208 ; Pierre Damien (lib. Il, cp. t. Cf. Thornassin, loc. cit., n. 1 et seq.) compte sept évrquos cardinaux. Sous Innocent III, Porto et SaintelUifine furent réunis, de même que Oslie et Velletri ; Silva Candida disparut conanie titre spécial. Le 2 août 1230, Grégoire IX transféra à Romain Bonaventure, évèque de Porto, les églises réunies. B. Alart. Hippolyti et SS. Marl. Rutmae et Secundse in Silva Candida. (L'ghelli, Ital. sacra, I, 130 P. n. 10217, p. 868.) Sur l'avancement procuré aux hommes de mérite, voy. Hurler, Innoc. III, t. III, p. 150 et suiv.
Plaintes contre les fonctionnaires de la curie.
151. Des plaintes étaient souvent élevées contre la vénalité •les légats et des fonctionnaires de la curie et contre leurs exactions. Mais si de tels abus, souvent beaucoup plus nombreux dans les cours des princes séculiers, se rencontraient à la cour pontificale, ils étaient loin d'avoir la même gravité et souvent on les exagérait. Ajoutons qu'ils étaient quelquefois sévèrement réprimés. Ces plaintes, dans leur généralité, étaient injustes, si l'on fait abstraction des faux nonces qui exigeaient au nom du pape, mais sans son autorisation, des redevances en argent, ainsi qu'on le voit par les lettres d'Eugène ill et d'Innocent III. Parmi les séri tables légats, Hildebrand et Pierre Damien au onzième siècle, les cardinaux Gui Clément de Sainte-Pudentienne, Bernard des Saints-Cosme-et-Damien, Gerhard et Martin, Gaufroi de Chartres et Jean Papyrius au douzième, étaient renommés pour leur incorruptibilité. Nous savons qu'Eugène 111 ne voulait point qu'on acceptât des présents. Jean de Salisbury, tout en se plaignant à son ami Adrien IV de la cupidité de plusieurs clercs de Rome, reconnaissait qu'il y avait parmi eux des hommes très disthigués et que plusieurs de leurs réclamations étaient fondées; il demandait qu'on fît en sorte que la faute d' << un petit nombre » ne tournât pas à la confusion de toute l'Église.
Innocent III, malgré son excessive économie, exerçait la plus grande libéralité, et contribuait pour des sommes importantes à toutes les entreprises sérieuses; il prit des mesures sévères contre la vénalité des officiers de la cour, qui lui était particu-
7bO HTSTOIRK M- I.'F.r.USE.
lièreraent odieuse, éloigna les changeurs d'argent du voisinage de Latran, et défendit aux légats, dans le douzième concile œcuménique, d'être à charge aux églises, d'étendre les procurations hors de leurs justes hornes, et de paraître avec une suite plus nombreuse que celle qui leur avait été accordée par le précédent concile sous Alexandre III. Honorius III fit aussi de sévères ordonnances, et ses successeurs réprimèrent avec vigueur les empiétements de leurs employés.
Plaintes de Frédéric Barberousse, H.")9(Héfelé,V,p.497): de Gerhoch,
de Iiivestig. Antichr., prœf., lib. I, c. xx, ui-uv, i-xvi, i.xxxii, p. 12,53,
106 cl seq.; de Georg. Acropol., Anual., p. 32, éd. Bonn. Sur les griefs
de saint Bernard, Mœliler-Gams, II, p. 401-40.") ; sur celles de Gauthier
de la Vogelweide (Laclimann, die Gedichte Walth. v. d. V., p. 34, 155) ,
Bœhnier, Régestes de 1198 etsuiv., p. 322, n. 321. — Pierre de Blois,
ep. XIV, xcv (Migne, t.CCVII, p. 30, 293-293) se plaint des vexations ty-
ranniques des employés en Angleterre, des fonctionnaires de là cour,
dont on est obligé d'acheter pour de fortes sommes l'accès auprès du
roi. Sur la France sous Philippe IV, voyez le mémoire cité § 127. En
t227, Grégoire IX lit de sévères reproches à Romain^ cardinal-diacre
de Saint-Ange, pour avoir opprimé le clergé de France. Innocent IV,
en 1248, lit de même à Pierre de Saint-Georges, pour avoir e.xigé de
l'argent dans le diocèse de Constance. Potthast, p. 690, 1081, n. 7983,
12842. Pseudo-nonces : Eug. 111, 25 oct. 1149, à Henri, archevêque de
Mayence; Jafl'é,Reg., n. 0497, p. 638; Innoc. III, 1213, à l'archevêque
de liUnd, lil). XVI, cp. x, p. 794; Potthast, p. 405, n. 4683. Légats
incorruptibles : Gerhoch, loc. cit., 1, un, lv, p. 107, 109; Bern., de
Cons.,IV, v,13,ep. crxc ; Joli. Sarcsb., Polycr., Vi, xxiv, p. 624 ; Hurler,
Innoc. III, p. 1 71 . Saint Bernard (de Cons., H, xiv, 23) disait d'Eugène III :
« De avaritia non est quod tuum fatigera inluitum, cum pecuniam
tanquam paleam dicaris habere. Non prorsus, non est quod pro illa ti-
meatur a judiciis tuis. » Voy. Arnold, abb., Vita S. Bern., lib. II,
c. VHi ; Joh. Saresb., Metalog., V, xv. Ce dernier disait (Polycr., VI, xxiv,
p. 623 et seq.) : a Pauconün ergo laies sinceris maculam et universali
Ecclesiaî infamiam ingerit. » La comparaison de l'estomac, p. 625, que le
pape Adrien IV emploie nprès Ménénius Agrippa, est excellente ä bien
des égards. On y lit : « Longe tutius esse, utei (stomacho) quod distribuât
ministretur, quam ut illo evacuato omuia membra esuriant. » P. 626 :
Absolutus est ergo stomachus, qui, licet vorax sit et avidus alieni, non
sibi tarnen petit, sed aliis (membris), quse eo exinanito nequeunt sus-
tenlari. » — Sur Innocent HI, voy. Hurter, I, p. 109; Gesta Innoc, n.