I TES IlT COMUOVERSES RELIÜllil SES. i
de Salomoii. En août 638, les niahoraétaus entraient dans Antioche, et, peu de temps après, envahissaient tuut le territoire de l'empire d'Orient jusqu'au Taurus. En 640, l'Egypte était soumise par Amru, Alexandrie prise en 641, les provinces orientales de la Perse conquises en 642 ; enfin, l'empire des Sassanides disparaissait complètement en 6ol.
Les troupes d'Othman (044-656) remportèrent de nouveaux succès en Afrique et en Isaurie, envahirent les îles de Chypre et de Rhodes, et cernèrent do plus en plus l'empire des Grecs. Sous l'empereur Constant (6il-668), Constanlinople même se voyait menacée, et l'empereur se sauvait avec peine. Sous Muavia (661- 680), l'ancienne et opulente Damas était la résidence du califat. Constantinople fut obligée de négocier avec cette nouvelle puissance, et les renégats se multiplièrent de plus en plus dans l'empire d'Orient. Sous Constantin Pogonat, la capitale, menacée de nouveau par la flotte sarrasine, ne fut sauvée que par le '( feu grégeois », inventé par Calli nique. Cependant, en 678, une paix fut conclue pour trente ans, et plus tard les divisions intestines de l'empire des Ommiades laissèrent pendant quelque temps aux Grecs une plus grande liberté de mouvement. L'Italie. elle- même était menacée par ce dangereux ennemi : en 652 et en 069; des incuisions avaient lieu dans l'île de Sicile; Tripoli et Barca étaient pris dans le nord de l'Afrique en 675, et Carthage en 696. Avant 707, tout le nord de l'Afrique était assujetti. La conquête de l'Espagne eut lieu en 71 1. Les pertes et les souffrances do toute la chrétienté furent incalculables.
OUVRAGES A CONSULTER SUR Le N° 110.
Theophan., Chronogr., p. 518, 314, 523, 352, éd. Bonn.; Georg. Hamart., Cliron., éd. Petrop., p. 391; Constant. Porphyrog., loc. cit., cap. xi.vui, p. 2i6; Paul Diac, V, 13; Lib. pontif., in Adeodato; Baronius, an. 620, n. 1 ; an. fi31, n. 1; an. 654, n. 8; an. 676; Hammer, Cpl., I, p. 85; Weil, Gesch. der Chalifen, I, 293; M. Amari, Storia dei Musulm. di Sicilia, Fir., 1854, I, p. 83, 98; S. Ockley, Conquest of Syria, Persia and Egypt by the Saracens, Lond., 1708 (en allemand par Th. Arnold, Leipsig, 1745, 2 vol.); Mœhler-Gams, II, p. 126. Mon ouvrage, Photius, J, p. 213.
Le Patriarcat d'Alexandrie.
111. Les trois patriarcats d'Alexandrie, d' Antioche et de Je-
■V2 IM.SJOir.E DE L EGLISE.
rusalem n'offraient plus qu'une ombre de leur ancienne grandeur. Les Coptes d'Egypte (5-6 millions), par haine contre les Melchites, bien inférieurs en nombre (300,000), avaient prêté appui aux Arabes, qui leur accordèrent de grands avantages en retour de ce service. Les Coptes furent désormais le parti dominant, et purent s'emparer de la plupart des églises. Le patriarcat des Melchites demeura pendant quatre-vingts ans inoccupé, et le métropolitain de Tyr fut obligé de consacrer leurs évèques. Le patriarche catholique Cosmas, nommé sous le calife Uischam (724-743), obtint le premier la restitution de plusieurs églises, même à Alexandrie, où les catholiques n'avaient possédé jusque-là que l'église de Saint-Sabas. Cosmas disputa, en présence des autorités sarrasiiies, avec le patriarche jacobite Chail (mort en 766), sur la possession de l'église de Saint-Mennas, dans la Maréotide; mais cette fois, comme presque toujours, la victoire définitive demeura aux jacobites.
Sous la dynastie des Abbassides (depuis 750), la situation des chrétiens fut encore plus lamentable qu'auparavant. Au neuvième siècle, des lois sévère^ furent édictées contre eux; on leur prescrivit un costume particulier, afin qu'on pût les reconnaître. Le nombre des évêchés catholiques diminuait sensiblement ; l'ignorance des clercs allait croissant, et la connaissance de la langue ecclésiastique grecque devenait chaque jour [jlus rare. Said-lbn-Batrik, ou Eutychius, patriarche des Melchites (mort en 040), se servait lui-même dans ses Annales, où abondent les erreurs, do la langue arabe. Si quelques chrétiens reçurent des distinctions et des emplois, comme le nommé Boccam, qui devint préfet de Dura (depuis 813), la situation demeura toujours critique. Le patriarcat d'Alexandrie était le plus à plaindre de tous. — Des vaisseaux vénitiens allaient souvent à Alexandrie, et ce furent des Vénitiens qui emportèrent les reliques do saint Marc, que leur ville se glorifie d'avoir pour protecteur.
Le Patriarcat de Jérusalem.
1 12. La situation était un peu meilleure à Jéiusalem. La ville sainte s'étant rendue à la suite d'une capitulation, on avait épargné les cbrétiens, respecté leurs propriétés et leurs églises; mais l'entrée de celles-ci devait être ouverte aux musulmans comme
JA IIES ET CONTROVERSES RELIGIELSES. 43
aux pèlerins étrangers. 11 fut défendu d'élever des croix, de sonner les cloches, de bâtir de nouvelles églises. De nombreuses restrictions furent en outre imposées aux habitants et aux pèlerins, dont plusieurs venaient aussi d'Occident sur des vaisseaux vénitiens. Charlemagne, à qui Arun-Arraschid avait envoyé les clefs du Saint-Sépulcre, institua à Jérusalem un hospice pour les pèlerins francs, avec une église dédiée à la Mère de Dieu et une bibliothèque; il organisa des envois d'argent pour la restauration des églises.
En 800, la coupole de l'église de la Résurrection, qui menaçait ruine, fut réparée par les soins du patriarche Thomas et de l'Égyptien Doccam. Les fanatiques mahomélans attendirent jusqu'en 936 et 909 avant d'exercer de nouveaux ravages. Plusieurs couvents subsistaient encore dans la Terre sainte, comme les grandes laures de Saint-Sabas et de Saint-Chariton, les cloîtres de Saint-Euthyme et de Saint-Théodose. Saint Théodore Studite de Constantinople (mort en 826) était avec eux en commerce épistolaire, de même qu'avec le patriarche Thomas. L'esprit soupçonneux des autorités arabes, leurs vexations infinies pesaient lourdement sur la Palestine.
Le Patriarcat d'Antioche.
113. Antioche était dans un état plus déplorable encore. Cette ville, qui du temps de saint Chrysostome comptait 100,000 chrétiens, et qui fut réédifiée sous Justinien (o20), après un grand tremblement de terre, avait été surnommée la cité de Dieu (Theopolis). Elle offrait, après la conquête des Sarrasins, le plus douloureux spectacle, et elle avait en outre des patiiarches monothélites qui résidaient à Constantinople. Après Grégoire II, qui passait pour avoir signé les décrets du concile in Trullo, le siège patriarcal des Melchites demeura vacant pendant quarante ans, et il y eut encore plus tard de longues vacances, bien qu'en 744 le calife Yezid III eût rendu, à ce qu'on croit, la liberté des élections aux Antiochiens. En 7.50, la dynastie des Ommiades fut renversée dans la personne de Mervan II, et le pouvoir échut aux x\bbassides, qui établirent le vizirat et transférèrent de Damas à Bagdad la résidence du califat.
Bagdad devint bientôt aussi le siège de l'érudition arabe, qui commençait à se développer, La distance qui séparait mainte-
4i irisTüiRE UE l'église.
riaiit do Byzance et d'Antioche la capitale du califat, semblait iHi heureux pronostic pour le patriarcat comme pour l'empire grec ; celui-ci toutefois, sans les divisions intestines des Arabes, n'en aurait retiré qu'un médiocre avantage; et, quant à la population d'Antioche, elle ne fut que plus assujettie à l'arbitraire des gouverneurs, et n'en profita pas plus que le patriarcat des Melchites. En 757, le patriarche Théodore, suspecté d'entretenir une correspondance dangereuse avec la cour grecque, fut exilé par le calife Sélim; mais il remonta plus tard sur son siège, et condamna Cosmas, évêque d'Epiphanie, près d'Apamée en Syrie, qui avait dérobé des vases sacrés et avait passé dans le camp des iconoclastes (764). La plupart des patriarches, tel qu'Etienne IV, sous Copronyme, étaient ignorants.
Pins heureuse était la position du patriarche jacobite, qui était en relations intimes avec son collègue d'Alexandrie ; cependant il eut aussi plus d'une lutte à soutenir avec le primat ou maphrian, ce qui décida un concile de 869 à régler leurs rapports réciproques. Les patriarches melchites étaient souvent déposés et exilés d'une façon arbitraire par les autorités. Antioche ne fut reconquise par les Grecs qu'en 969, sous l'empereur Nicéphore Phocas. Jean, patriarche jacobite, fut emmené avec plusieurs évùquos à Constaulinople, où le patriarche Polyeucte disputa inutilement avec lui. Comme les Sarrasins avaient assassiné Christophe , patriarche des Melchites , Polyeucte établit Théodore de Coloneia chef des Melchites d'Antioche. Quant à Jérusalem, malgré la victoire des Grecs, rien n'y était alors possible ; la fureur des Arabes ne fit au contraire que s'accroître, et en 969, Jean, patriarche de cette ville, fut livré aux flammes, sous prétexte d'avoir excité les empereurs grecs à la guerre et de leur avoir fourni des secours, et l'église du Saint-Sépulcre fut réduite eu cendres.
Les victoires de l'empereur Jean Tzimiscès, en 974, étendirent de nouveau en Syrie la domination des Grecs, mais ne firent qu'attirer de nouvelles calamités et un redoublement d'oppression sur Jérusalem et les territoires occupés par les Arabes. Quicoutiue embrassait l'islamisme entrait en participatiori des privilèges des Arabes; celui qui refusait était un objet de railleries et de vexations sans fin ; les chrétiens étaient réputés les ennemis du pays, bien que la plupart évitassent avec
LUTTES FT r.ONTROVERSKS BKI.TOlITgEä. -i,')
soin tout ce qui ressemblait à une conspiration. Ils furent condamnés à payer le tribut par tête, imposé aux infidèles, et à céder plusieurs églises, que l'on convertit en mosquées; les chrétiens ne pouvaient plus se procurer les prêtres dont ils avaient i)esoin. De leur côté, les évêques, ceux mêmes de Constanlinople, avaient soin d'avertir les chrétiens qui vivaient sous la domination des infidèles, de leur rendre une obéissance inviolable dans tout ce qui n'ofîensait pas la foi et l'amour de Dieu.
Eus. Renaudot, Hist. patriarcli. Alex. Jacob., Paris, 1713; Eutychii Annal., II, p. 287, 357, 38*, 411, 431 ; Taki-eddini Maknzzi (juriste du Caire, c. 1441), Hist. Coptor. christ, in ^Egypto, arab. et lat., éd. Wetzer, SoliÄb.,1828; Bai-oaius, an. 820, 1094 (rcliquesde saint Marc); Bernard., Itinerar. (Migne, Patr. lat., t. CXXI, p. Ö69); Pbot. Amphil., q. cvii, éd. Athen., p. 181 (sur les Lieux saints, d'après les récits de pèlerins); Hist. pol. El., 1853, t. XXXII, p. 20j-; Le Quien, Or. ehr., II, p. 744, 1374, 1541 ; Dœllinger, I, II, p. 327. Mon ouvrage, Photius, II, p. 49, 54, 600; III, 717. 719. Sur les changements survenus depuis 7o0, Theophan., p. 6ö4-6o6, 663; Amari, loc. cit., p. 140; Weil. Chalifen, I, p. 696-702; II, 1 et suiv.
Le Nord de l'Afrique et l'Espagne.
1 14. Partout où dominait l'islamisme, le nombre des évêques et des églises diminuait dans des proportions effroyables. Il en était ainsi surtout dans le nord de l'Afrique, sur lequel nous avons peu de renseignements dignes de foi. En 1053, le pape Léon IX, en défendant les droits primatiaux de Carthage contre révèque de Gummita, se plaignait que les conciles actuels ne réunissent que cinq évêques, tandis qu'autrefois on en voyait jusqu'à deux cent cinq. La détresse des chrétiens était grande aussi en Espagne; mais il n'était pas possible, comme en Afrique, d'y extirper complètement l'Église, L'empire des Wisigoths, depuis le règne do Witize, fils d'Égise (701), y était profondément déchu. Ce prince régna d'abord avec humanité et justice, mais il devint bientôt un despote dissolu et cruel, s'adonna à la polygamie et la permit à ses seigneurs ; il entraîna même dans ses débordements une partie du clergé. Sindered, archevêque de Tolède, indigne successeur du noble et courageux Gonderic, alla jusqu'à persécuter les prêtres fidèles à leur devoir. Witize leur défendit les appels à Rome, abolit les
lois pontificales et permit aux prêtres le conrnbinago. îl finit par déposer Sindercd et donna le siège de Tolède à Oppon, son propre frère, déjà archevêque de Séviile.
Les mœurs et la vertu déclinaient à vue d'œil. Wilize, qui avait fuit crever les yeux au filsdurui Ueceswind, eutlui-mèuie les yeux crevés et fut détrôné par Roderic, qui voulut venger son père (710). Il s'ensuivit une guerre civile, dans laquelle on invoqua le secours des Sarrasins d'Afrique, ils arrivèrent sous Musa, gouverneur do Matiritanie, et renversèrent le royaume des Wisigoths par la victoije qu'ils remportèrent près de Xérès de la Frontera (juin 711).
Tolède, la capitale, fut prise le dimaiiche des Rameaux en 712. En peu de temps, la plus grande partie du pays tomba au pouvoir des musulmans; seules les contrées montagneuses des Asturies, de la (ialicc et de la Riscaye, défendues par les vaillants généraux Pedro et Pelage, demeurèrent au pouvoir des chrétiens. L'Espagne fut alors paruigée en deux portions inégales : au sud, l'empire mahométan ; au nord, le petit Etat des ctirétiens, qui, sous leurs rois Alphonse I", Rermudes, Alphonse Il (791-841), opposèrent une résistance laborieuse mais persévérante à leurs puissants ennemis. Les mahométans essayèrent bientôt de s'avancer par-delà les Pyrénées. Eudes, duc d'Aquitaine, repoussa d'abord leurs assauts et finit par s'allier avec eux. Plus tard, ils pénétrèrent dans l'empire des Francs a\'ec une armée redoutable. Une brillante victoire, remportée par Charles Martel sur les Arabes, près de Poitiers (octobre 732), sauva l'Occident chrétien. Battus une seconde fois près de Narbonne, en 738, les Arabes n'osèrent plus désormais franchir les Pyrénées.
Empire des Arabes en Espagne.
H5. Les Arabes, qui n'avaient eu d'abord en Espagne que des gouverneurs, formèrent bientôt un empire indépendant. Abderrhaman I", un Ommiade, s'enfuit en Espagne pendant la persécution de sa famille, vainquit le gouverneur Yussuf et s'empara de Cordoue. Depuis 75C, il se nomma calife d'Espagne. U vaiu(iuit les fils d'Yussuf et l'armée des Abbassides, et fut à son tour battu par Chailemagne en 778. Cependant cette conquête du pays entre les l'yrénées et l'Élire ne fut (]uc passagère. Abderrhaman recouvra plus tard ces territoires, et son fils
LlîTTF.S ET COiNTnôVFRSF.S RI-LKHEUSES. 17
Ilescliam (depuis 787), aussi bien que son petit-fils Ilakem I" (depuis 790), surent affermir leur puissance. Des édifices considérables furent élevés ; les arts et les sciences ne tardèrent pas à être cultivés à Cordoue, principalement sous Abderrhaman II (822-852) el Mahomet I" (852-886).
Sous le nouvel empire des califes, les chrétieus, qui furent bientôt appelés Mozarabes, furent souvent accablés do lourds impôts, mais ils jouirent de plus de liberté qu'auparavant. Ils avaient des tribunaux dis'incts, exerçaient des charg-es publiques, et pouvaient même sonner leurs cloches dans la capitale de Cordoue. Ils conservèrent leurs vingt-neuf évêchés, avec quatre métropoles, dans l'Espagne arabe. Certains crimes, comme la séduction d'une maliométane, étaient punis par robligation d'embrasser l'islamisme ; ceux qui induisaient les autres à l'apostasie payaient de la vie leur audace. Les prêtres étaient souvent vexés. Le zèle de quelques chrétiens, qui manifestaient hautement leur haine contre la religion des oppresseurs, ou traitaient Mahomet de faux prophète, provoqua une grande persécution, qui, avec des intermittences, dura de 850 à 960. Les premières exécutions eurent pour effet de faire passer, aux yeux de plusieurs, le silence.pour une lâcheté, et l'on vit des chrétiens, sans être questionnés, se prononcer dans les termes les plus hardis contre la religion des conquérants ; plusieurs, poussés par une sorte de fanatisme, couraient au-devant du martyre. Les enfants issus de mariages mixtes donnaient souvent la préférence à la religion chrétienne : de là les condamnations à mort, non seulement de prêtres et de laïques adultes, mais encore de vierges et de jeunes enfants.
En 852, on alla jusqu'cà permettre de tuer quiconque aurait mal parlé du Prophète et do sa doctrine. Les évêques réunis à Cordoue défendirent aux fidèles de s'exposer à la mort en faisant, sans invitation juridique, une profession de foi. Pour empêcher les chrétiens de recueillir les reliques des martyrs, Abderrhaman II ordonna de brûler les cadavres des suppliciés. Mahomet 1" ut renverser toutes les églises construites pendant la domination des Arabes, et augmenta encore les rigueurs exercées jusque-là contre les chrétiens. Saint Euloge de Cordoue, nommé archevêque de Tolède, écrivit comme témoin oculaire l'histoire de la persécution, défendit les martyrs et en exhorta
48 HiSTonu: de l'église.
plusieurs, de vive voix comme par ses écrits, à rester inébranlables dans leur croyance. Il fut mis à mort en 859. La persécution se relâcha un peu dans la suite, mais ne cessa jamais complètement. On avait plutôt à se plaindre de l'empressement excessif que les chrétiens d'Espagne manifestaient pour le martyre que de leur hésitation et de leur lâcheté.
Léo IX, Ep. ad Thora., Mansi, XIX, 657; Jaffé, n. 3267, p. 377 ; Isidore (évêque de Béja, 750), Chronic, ed. Du Cliesne, Hist. Franc. Script., I, Par., 1836; Ibn Abd el Hakem's History of Ihc Conquest. of Spain. New edited by J. H. Jones, Gœtt., 1858; R. Doucy, Histoire des musulmans d'Espagne jusqu'à la conquête de rAndalousic par les Almoravides (7H-1II0), I.eyde, 1861 el suiv., vol. 1-4; Eulog. Cord. Memoriale Sanctoriim libri III, ap. Schott, Ilisp ilhisfr., t. IV, Apologet, pro SS. Martyr, exhorta tio ad martyr., cp. (Migne, Pair, lat., t. CXV); Samson Cordub. mon., Apolog. lib. II, p. 385; Espana sagrada, t. XI ; Paul. Alvar. (ami d'Euloge), ludicul. luminos; Dœllinger, I, 341 ; Stolberg- Kerz, t. XXVIII, p. 380; Aschbach, Gesch. der Ommajadeu in Spanion, Francfort, 1829, 2 vol.; Lemke, Gesch. v. Span., continué par Schoefer, Hamb., 1831 et suiv., I, II; Graf Baudissin, Eulogius und Alvarus, Leipsig, 1872; JExn. Hübner, Inscript. hispan. christ., lîerol., 1871.
116. Les îles de la mer Méditerranée et les côtes de l'Italie eurent aussi beaucoup à souffrir des pirates arabes. Les mahomélans établirent leur domination dans la Sicile et s'emparèrent de Palerme (831), où ils continuèrent leur lutte avec les Grecs. Plus tard (878), ils s'empai'èrenl de Syracuse et emmenèrent prisonnier l'archevêque Sophrone. Taormina fut prise en 902, et l'évèque Ih'ocope subit le martyre avec plusieurs ecclésiastiques. An neuvième siècle, lesmahométans possédaient plusieurs villes du centre de l'Italie et s'avançaient déjà jusqu'aux murs de Rome. On ne leur opposa souvent qu'une faible résistance. A partir de 823, la Crète et les îles des Cyclades furent perdues pour l'empire grec, de plus en plus resserré dans le demi-cercle qui s'étend de l'est à l'ouest. Cette lutte prolongée, souvent interrompue par des traités de paix et des alliances, eut des vicissitudes bien diverses. Les chrétiens de l'empire romain, même en Orient, furent rarement en sûreté et ne jouirent que de quelques instants de repos. Un effroyable jugement de Dieu pesait sur cet empire caduc, dont les souverains étaient assez aveugles pour provoquer encore au dedans des luttes religieuses.
Elmacin, etc., dans Murât., Ann. d'Italia, an. 647, 648; Chron. Sicul.; Murât., Scr., II, I, 243, Ep. Theodos. mon., ibid., p. 257; Martyr. S. Procopii, ibid., p. 269 ; Acta sanct., 1 jan., p. 1098; Amari, loc. cit., p. 269 et seq. Mon ouvrage, Photius, I, p. 286; II, 319; lU, 664.
Les Hérésies de l'Orient. — Les Pauliciens. — Origine et Destinée des pauliciens.
147. Les manichéens, qui continuaient de se propager en secret, prirent en Orient, sous le titre de pauliciens, une forme nouvelle et rajeunie. Ces hérétiques, si nous en croyons les renseignements fournis par les Grecs, reçurent leur nom des deux frères Paul et Jean, fils d^une manichéenne nommée Callinice. Selon les auteurs modernes, au contraire, ils auraient été appelés ainsi à cause de leur prédilection pour saint Paul, qu'ils mettaient au-dessus des autres apôtres, ainsi que faisaient les anciens marcionites. Ce fut également aux épitres de saint Paul qu'ils empruntèrent les noms de leurs chefs et de leurs communautés. Après 656, le Syrien Constantin, sorti d'une communauté dualiste et gnostique, marcionite peut-être, établie à Mananalis, près de Samosate,. propagea sa doctrine dans une communauté du même genre, établie à Cibossa en Arménie (territoire de Colonia, dans la première Arménie). 11 prit le nom de Silvain, se fit passer pour un pur disciple de saint Paul et recruta de nombreux adhérents. Il prêcha pendant vingt-sept ans, jusqu'à ce que l'empereur Constantin Pogonat envoyât contre lui le fonctionnaire Siméon. Trahi par Juste, son beau-fils, il tomba aux mains de Siméon, qui le fit mettre à mort et dispersa ses sectateurs (684). Trois ans plus tard, ce même Siméon s'enfuit de Constantinople à Cibossa, se déclara paulicien, recueillit les tronçons épars de la secte, et se constitua son maître et son chef sous le nom de Tite. Des querelles intestines ayant révélé à l'empereur Justinien II que la secte existait encore, ses partisans opiniâtres furent condamnés à la peine du feu. Siméon et plusieurs autres subirent ce sort.
Cependant la secte continua de se donner des chefs, d'abord
l'Arménien Paul (mort vers 715), qui avait fixé sa résidence à
Lpisparis, dans la province arménienne de Phanarée. La secte
fut bientôt déchirée par des divisions. Les deux fils de Paul,
ni. — HisT. DE l'église. 4
Gégnésius, surnommé Timothée, et Théodore, se disputèrent la préséance : le premier, à cause des dons de l'esprit que lui aurait transmis son père; le second, en vertu d'une communication qu'il aurait reçue directement de Dieu. Gégnésius se rendit à Constautinople sous l'empereur Léon III (717), trompa le patriarche par son langage équivoque et dissimulé, et obtint de l'empereur une lettre de protection. Muni de cette pièce, il se rendit à Mananalis, qui appartenait encore à l'empire, et l'emporta sur les adhérents de son frère Théodore. Après sa mort, son fils Zacharic et son fils adoptif Joseph formèrent de nouveau.x partis. Les adhérents du premier tombèrent la plupart sous le glaive des Sarrasins, et lui-même se sauva par la fuite. Joseph, qui se nommait Épaphrodite (mort en 775), propagea sa secte d'Antioche (en Pisidic) dans l'Asie Mineure, et établit plusieurs communautés, dont chacune reçut le nom d'une Église fondée par saint Paul.
Constantin V, qui s'empara de Mélitène et de ThéodosiopoUs, envoya plusieurs pauliciens, avec d'autres habitants, dans la Thrace, de sorte qu'ils eurent bientôt des représentants jusque dans la ville impériale. Joseph (jusqu'en 801) eut pour successeur Baanès, surnommé « l'Ordurier », à cause de ses honteuses débauches. La corruption morale prit sous lui do telles proportions, que la secte cessa bientôt d'être dangereuse et courut à sa perte. Alors Sergius, homme de talent et d'action, se présenta comme réformateur, et devint ainsi le second fondateur do la secte. Elle se divisa en deux branches : les baanites et les sergiotes. Sergius, qui se faisait appeler Tychique, se prétendait, par l'effet de la transmigration des âmes, le disciple de ,ce nom de l'apôtre saint Paul ; les siens l'honoraient comme le Paraclet, et lui-même se nommait un (lambeau luisant, le bon Pasteur, le chef du corps de Jésus-Cbrist, lequel demeure parmi les siens jusqu'à la fin du monde. 11 se glorifiait d'avoir rouru de l'orient à l'occident et du nord au midi pour annoncer l'i^^vangile. Son parti était le plus fort, et peut-être eùt-il extirpé les baanites, si un certain Théodote ne fût venu arrêter leur extermination.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° Ul.
Sources : 1° Georg. Hamart. (mort avant 830), Chron., éd. E. de Murallo, Pelrop., 18Ö9, lib. IV, cap. ccxxxviii, p. 60d-610. Son grand ouvrage contre la secte, mentionné ibid., p. 610, § 12, semble perdu.
2» Pétri Siculi Hist. manichseor., éd. M. Rader., Ingolst., 1604, recogn. Gieseler, Gœtt., 1846; Migne, Patr. gr., t. CIV, p. 1246 et seq. Ibid., t, ex, on trouve aussi une réimpression de Georg. Hamart.
3° Photius, lib. IV c. Man. (Migne, t. Cil, p. 15-264). Ces trois sources .s'accordent d'une manière étonnante : les deux dernières auront probablement utilisé la première. J'ai donné d'autres détails dans mon Photius, 111, p. 143-151.
4" Joan. Ozniens. Armen. Catb. Or. c. Paulician. (après 718), Op., éd. Aucher., Venet., 1834.
3° Formula recept., ap. Tollium, Insignia itineris italici, p. 144 et seq.; Gallandi, t. XIV, p. 87 et seq.
e» Euthym. Zigab. Panopl. dogm., tit. XXIV, XXV. (Migne, t. CXXX, p. 1189 et seq.)
7» Cedren. Comp. Hist., I, 736 et seq., ed. Bonn., et les autres chroniqueurs grecs. Remaniements par H. Schmid, Hist. PauHcian., Hafn., 1826; Engelhardt, Die PauUcianer (Winer u. Engelh. Journal, 1827, t. VII, n. 1, 2); Gieseler (Stud. u. Krit., 1829, t. II, livrais. 1); Windischmann (Tüb. th. Q.-Schr., 1835, p. 49-62); mon ouvrage, Photius, I, p. 215, 271, 305, 341,477, 593; III, 193, 721. Les chefs de la secte jusqu'à Baanès (6 puTrapôç) et Sergius, Phot., I, c. i-v, xvi-xxii; Petr. Sic, n. 23 et seq.; Georg. Hamart., c. ccxxxvni, p. 605 et seq.
Sort des pauliciens.
118. Les pauliciens eurent -des destinées bien diverses. Ils furent soutenus et favorisés par l'empereur Nicéphore (801-81 1), tandis que Michel I" (8 H -813), trouvant les membres de son conseil d'État partagés sur la conduite à tenir à leur égard, prononça contre eux la peine de mort; mais il ne la fit exécuter que sur quelques-uns des plus revêches. Léon V (813-820) envoya chez eux, eu qualité de juges d'instruction, Thomas, évêque de Néocésarée, et le moine Paracondacès ; les pauliciens les lirent mourir. Beaucoup de pauHciens s'enfuirent alors dans le territoire de la petite Arménie, qu'occupaient les Sarrasins, L'émir de Mélitène leur assigna pour résidence la petite ville d'Argaura ; et, comme ils étaient déjà mihtairement organisés, ils firent de là de fréquentes incursions sur le territoire de l'empire, traînant après eux des bandes entières de prisonniers. Sergius fut assassiné par un catholique de Nicopolis (835). Après sa mort, le parti perdit de plus en plus de son unité religieuse, mais n'en devint que plus dangereux sous le rapport politique.
Plusieurs pauliciens ayant été mis à mort sous l'impératrice Théodora (vers 844), ils reçurent un nouveau chef dans la
52 HISTOIRE DK l'ÉGLISE.
personne de Carbéas, qni réunit sous sa conduite des baanitcs et des sergiotes. 11 construisit sur le territoire arabe la forteresse de Téphrica, qui devait servir de frontière. De là, ainsi que d'Amara et d'Argaum, il fit avec les Arabes de fréquentes invasions dans l'empire, et se fortifia encore de nombreux criminels qui s'étaient réfugiés près de lui. Après Carbéas, son gendre Chrysocbères fut le chef des pauliciens. En 867, il s'avança jusqu'à Éphèse, et fut tué par les Byzantins en 871 seulement.
A dater de ce jour, la secte perdit aussi son importance politique, tout en se maintenant dans l'empire grec jusqu'à la fin du onzième siècle.
Phot., 1,23-27; Petr. Sic, n.31, 41 et seq.; Theoph.,p. 770 et seq. (qui justifie les rigueurs exercées contre les hérétiques). Persécution sous Theodora, Theoph. Contin., IV, IG; Cedr., II, 154 et seq. Luttes sous Basile, Genes., üb. IV, p. 121, 122; Theoph. Cont., V, 37 et seq., 46 et seq.; Gedr., H, p. 206, 213 et seq. Mon ouvrage, Photius, II, p. 241, 316. Destinées ultérieures, Leo Diac, IX, c. xi, xii; Zonar., XVI, p. 209; Gedr., II, p. 412 et seq.
Doctrine des pauliciens.
4 19. Voici les principaux traits de la doctrine des pauliciens : 1° Le dualisme. Le Dieu bon, maître du ciel et créateur du monde des esprits, tel est le Père céleste qu'adorent les pauliciens (eux seuls sont chrétiens et forment l'Église catholi(iue); le dieu mauvais est adoré des Romains (c'est-à-dire des catholiques). Ce dieu, né du feu et des ténèbres, a formé le monde sensible, le corps terrestre : c'est le démiurge ou archon. 2° Le mépris de la matière. Le corps, siège de la concupiscence mauvaise, est impur; l'àme se rapproche du Dieu suprême : elle est enfermée dans un corps, qui lui est étranger, comme dans une prison infecte. 3° Glorification de la chute. La chute du premier homme fut un bienfait, en ce que l'homme, excité par la révélation du Dieu suprême, s'éleva contre la loi du dieu mauvais. 4** Le docétisme dans la christologic. Le Rédempteur n'a fait que commencer le travail de la purification de l'àme enchaînée par la matière; du ciel, où réside le Dieu bon, il est descendu ici-bas revêtu d'un corps céleste, et a passé dans le
LUTTES ET CON TROVEMSES UEMGIEISES. 53
corps de Marie comme an travers d'un canal ; il n'a pas réellement souffert, mais seulement en apparence, et ces souffrances fictives n'avaient point de valeur. 5° Mépris de la sainte Vierge. Marie ne fut point mère de Dieu, ni toujours vierge, ni sainte; elle ne faisait pas même partie des gens de bien. G" Rejet do l'Ancien Testament et des Épîtres catholiques, surtout des Kpîtres de saint Pierre, qui passait pour avoir falsifié la doctrine divine, et d'une partie des Actes des apôtres. 7° Rejet de toute la partie extérieure de la religion : sacrements, office divin, culte des saints et des reliques. Jésus-Christ, selon eux, ne voulait point du baptême d'eau, puisqu'il se nommait lui-même l'eau vive. Par le pain et le vin, qu'il n'offrit pas même réellement à ses convives dans la dernière cène, il entendait simplement sa parole. Le sacerdoce extérieur, déshonoré par les prêtres juifs conjurés contre le Sauveur, est inadmissible; ceux qui président doivent être simplement appelés compagnons et scribes. Les fondateurs et les premiers chefs de la secte (y compris Sergius, dont plusieurs tenaient les lettres pour inspirées) ont la dignité d'apôtres et de prophètes; après eux viennent les synecdémoi (alliés des étrangers, missionnaires), qui délibèrent ensemble et sont à la tête des communautés : ces communautés peuvent avoir des pasteurs et des docteurs particuliers. Les notaires sont chargés de répandre les exemplaires de la Bible. Le culte de la croix, signe de malédiction, était en horreur. Le seul rapport qui existe entre Jésus-Cbrist et la croix consiste en ce que Jésus-Christ, quand il priait ou bénissait, déployait ses mains en forme de croix. (On prétend cependant que, dans les maladies, les pauliciens la faisaient servir à des pratiques superstitieuses.) Les lieux de réunion ne devaient pas s'appeler églises , mais lieux de prière {kootîvxu'.). 8° Leur morale était absolument condamnable. Rs se croyaient autorisés, selon les circonstances, à dénaturer la foi, à la nier, à la dissimuler sous des termes équivoques, et même à participer extérieurement au culte des catholiques. Rs rejetaient le jeûne, permettaient le mariage et souvent l'inceste. De honteux désordres se commettaient certainement, même pendant leur culte religieux, du moins chez les baanites. On prétend que Sergius fit disparaître ou chercha à dissimuler les plus grandes abominations usitées parmi eux.
Georg. Hamart., loc. cit., p. 607 et seq.; Petr. Sic, n. 10 et seq., 29 ; Photius, loc. cit., I, c. vi-x; II, 1 et seq. Cf. Neander, K.-G., II, p. 140- 147, 3» édit.
Les TbonoLracites et les Âthingans.
i20. Il y avait en Arménie une hérésie formée du mélange de la doctrine du zend avec le christianisme. Ses partisans, nommés les fils du soleil, ou arévurdis, rendaient au soleil les honneurs divins. Elle fut transformée entre les années 833 et 854, par Sembat, paulicien d'origine, qui s'allia avec un médecin et astrologue de Perse, Medschusic, et institua une communauté composée d'éléments persans et chrétiens. Il débuta dans la province d'Ararat et se fixa dans la petite ville de Thondrac : de là le nom de thondracites, ou thondraciens, donné à ses partisans. Antinomisme grossier, rejet des sacrements, négation de la Providence et de l'immortalité de l'àme : telles sont les erreurs qu'on leur imputait. Malgré les rigueurs déployées contre cette hérésie, elle se maintint, sous de nouveaux chefs, jusqu'au onzième siècle, où elle fut encore adoptée par l'évêque Jacob, dans la province de Harkh.
Une autre secte, qui avait son siège principal à Amorium, dans la haute Phrygie, où se trouvaient beaucoup de juifs, joignait à des éléments judéo-ébionites un ascétisme manichéen ; elle admettait toute la loi ancienne, la circoncision exceptée. Ses sectateurs se nommaient âthingans, probablement parce qu'ils considéraient comme impur le contact de divers objets, ainsi que toute relation avec ceux qui n'étaient pas de leur secte, et qu'ils tâchaient d'effacer ces souillures par de fréquentes ablutions. L'empereur Michel II (821-820) était intimement lié avec eux. Ils admettaient le baptême, sans pourtant déserter le terrain judaïque. L'astrologie, de fréquentes conjurations des démons, un culte particulier rendu à Melchisédech, qu'ils croyaient au-dessus de Jésus-Christ, si mémo ils ne prétendaient pas qu'il fût son Dieu et son père (de là vient que quelquesuns les prenaient pour les descendants des molchisédéchiens ou théodotiens) , mais surtout la sanctification du sabbat et leur dépendance à l'égard des juifs, qui les appelaient souvent à
LUTTES ET CONTROVERSES REUGIEL'SES. 5o
diriger leurs affaires domestiques et à élever leurs enfants : tels sont les points qu'on leur reprochait.
Les arevurdis d'Arménie n'acquirent une certaine importance que du neuvième au onzième siècle. Vers 1202, Jacques, archevêque de Hark, se joignit à eux. Tschamtscliean, Armen. Gesch., II, p. 7G5 ; II, 884; Neander, II, p. 323, Les Athingans (à et 6ÎYyo[jLai, cf.CoL,n,21, [ati öty^ri;), Tlieoph. Cont., II, 3 et seq. (Migne, t. CIX, p. 56 et seq.); Cedren., II, p. 869; Neander, H, p. 147, n. 6; 323 . Sur la secte établie à Byzance par le secrétaire privé Zeli ou Zelix, qui, sous Théodora (842), rentra repentant dans le giron de l'Église, on ne sait rien de précis (Theoph. Cont., IV, XII, p. 161 et seq.; Sym.Mag. in Theod., n. 6; Genes., lib. IV, p. 85; Cedren., ap. Migne, t. CXXI, p. 1036). Cette hérésie parait être identique à celle du secrétaire Lizix, mentionnée par Nicet. Aconiin., Thés. orth. iid., ap. Mai, Spic, IV, 498; Migne, t. CXL, p. 281 et seq., et placée à la môme époque. Il aurait enseigné des doctrines manichéennes, traité la croix de folie, le Christ de simple créature, nié la maternité divine de Maine et insulté à l'Eucharistie. Le patriarche Méthodius, d'après son biographe, et l'archevêque Grégoire de Sicile (Asbestas) l'auraient ramené dans le sein de l'Eglise. La secte a des affinités avec les pauliciens.
Les Iconoclastes. — Premières Controverses sur les images. — Le Culte des images et ses adversaires.
121. Si le peuple d'Orient prenait déjà une part très active aux grandes controverses théologiques, on peut juger de l'efTet que dut produire sur lui une discussion relative à une chose sensible, qu'il avait journellement sous les yeux. Aussi la controverse sur l'usag», sur le culte des images du Christ et des saints, excita au sein de l'empire d'Orient, pendant une période de cent seize ans (726-842), une grande perturbation dans les affaires religieuses et sociales. L'Église ne croyait pas sans doute que le culte des images fût nécessaire, mais elle le tenait pour acceptable et utile. Ce culte se propagea de plus en plus à mesure que les représentations païennes furent moins à craindre, que l'art fut mis davantage au service de l'Église, et qu'on sentit le besoin de donner une expression sensible aux sentiments de l'àme. Les images dont on décorait les églises, servaient à l'instruction et à Tédification des fidèles. On leur rendait, en Orient surtout, un culte extérieur, qui se rapportait aux personnes et aux objets représentés.
On pouvait assurément abuser de cette pratique, comme on abuse de tout; on pouvait la dénaturer par la superstition, notamment chez le peuple grec, doué d'une imagination si ardente. Mais on ne devait point, pour quelques abus, abolir l'usage même. L'Église resta dans le juste milieu, en écartant comme idolâtriqne la manière dont les païens honoraient les images, en défondant de les adorer ou de leur rendre un culte absolu. On ne permit donc point que l'usage antique et innocent en soi des images saintes fût assimilé au culte des idoles et entièrement supprimé. Quelques-uns professaient pour toute espèce de représentation des saints une horreur exagérée, soit pour des raisons intrinsèques, soit à cause do l'indignité des objets et de l'impossibilité de figurer dignement par des formes terrestres les choses surnaturelles. Des abus, des exagérations partielles, imaginaires souvent plutôt que réelles, provoquèrent aussi une réaction.
On connaissait depuis longtemps en Orient des images miraculeuses. Léonce, évoque de Néapolis, en Chypre, fit ressortir, dans sa Défense du christianisme, rédigée à la fin du sixième siècle, contre les reproches des juifs, les merveilleux effets attachés au culte do certaines images vénérées, et il combattit en même temps ceux qui alléguaient contre ce culte des textes mal entendus de l'Ancien Testament et perdaient de vue la situation particulière du peuple Israélite, de toutes parts entouré de païens. Quelques-uns s'offusquaient de voir les Orientaux se prosterner devant les saintes images, comme on faisait du reste devant quelques hommes (Trpoo-xOvsirtç, différente du culte de latrie). Les juifs et les mahométans se scandalisaient de ce culte, et plusieurs y voyaient un obstacle à leur conversion. Dans l'Orient mahométan, le caUfc Yezid II (7-20-724), et déjà peutêtre Yezid 1" (680-G83), commença contre les images un assaut qui ne resta pas sans influence sur les chrétiens voisins de l'empire grec. Toutes ces causes suscitèrent enfin le parti des briseurs d'images (iconoclastes, iconomaques), qui se rattacha à d'anciens précurseurs, entre autres à Xénajas, évêque nestorien d'IIiérapolis. Au début du huitième siècle, ce parti comptait également plusieurs évêques, tels que Constantin de Nacolie, en Phrygie, Théodose d'Éphèse, Thomas de Claudiopolis, lesquels, ainsi que Bcser, renégat de Syrie, jouis-
saieut d'un grand crédit auprès de l'empereur Léon III l'isaurien
Petav., Dogm. theol., t. IV, part. II, lib. XV, cap. x et seq., Par., 1630; Natal. Alex., ssec. VIII, diss. vi, t. XI, p. 213 et seq., ed. Bing.; Maimboiirg, Histoire de l'hérésie des iconoclastes, Paris, 1679-1683, t. II; Katerkamp, t. IV, p. 40 et suiv.; Palma, Prœl., t. II, part. II, p. 3 et seq.; Marx, der Bilderstreit der byzant. Kaiser, Trêves, 1839, et Frib., K.-Lex., II, p. 7 et suiv.; Héfelé, Conc, III, p. 366 et suiv., 2« éd. Mon ouvrage, Photius, I, p. 226 et s. — Auteurs protestants : Goldast, Imperialia Décréta de cultu imag., Francof., 1608, iu-8°; Joan. Dalleus, de Cultu imaginum, 1612; Fr. Spanheim, Restituta Hist. imaginum, 1686 j Chr. C. Walch, Ketzergesch., 1782, t. X, XI; Bower, Gesch. d. P.,t. IV; Fr. Chr. Schlosser, Gesch. der bilderstürmenden Kaiser, Francfort, 1812 (ouvrage de tendance, très partial); Neander, K.-G., II, p. 108 et suiv., 571 et suiv., 3^ éd.
Leonl. Neapol., Fragm. in conc. VII, act. iv; Hard., IV, 194 ; Neander, I, p. 573. Les partisans des images persécutés sous les califes, Theophan. (mort en 818), Chronogr., p. 617 et seq., 623, ed. Bonn.; Gedr., I, 788 et seq.; Joan. mon., Fragm. in conc. VII, act. v; Georg. Ham., lib. IV, cap. ccxLV, p. 626; Xenajas, dans Joan. Monopb., Fragm. in conc. VII ; Hard., IV, 306 ; Constantin de Nacolie, German., in Conc. VII, act. IV, de Hœr. etSyn., cap. xl; Théodose d'Éphèse, fils de Tibère II, conseiller secret, Greg. II, ap. Mânsi, XIII, 968 ; Thomas de Claudiopolis, Germ., ibid., p. 107 et seq.; Beser, Theoph., p. 622 ; Libell. synod., n. 138, p. 1209, éd. JusteUi.
L'Empereur Léon III et son plan.
122. On fit croire à cet empereur, soldat grossier et inculte, que le culte des images alors en vogue était un retour à l'idolâtrie, un obstacle à la conversion des juifs et des mahumétans, une cause de décadence pour son empire. Naturellement despote, il crut pouvoir, avec les ménagements convenables, arriver à l'exécution de son plan, l'eutièro abolition de cette coutume, et briser les résistances de la foule. Léon s'en promettait de nombreux avantages : il élèverait le niveau de la civilisation parmi son peuple, resserrerait l'unité de son empire, en même temps qu'il acquerrait quelque chose de la puissance universelle des mahométans. On prétend que le calife Soliman (714-717) favorisa sa nomination, et que son successeur Omar II (717-720) essaya de lui inculquer la doctrine du Prophète.
Léon III voulut d'abord préluder à l'abolition des images par les voies de la persuasion; mais plus tard, quand la résistance dépassa son attente, il recourut à la force et commit les plus graves attentats contre la liberté de conscience. 11 révéla sa cruauté dès l'an 722, eu contraignant les juifs à recevoir le baptême, en réduisant par des mesures barbares les njontanistes (ou manichéens) au désespoir et plusieurs au suicide. Énergique, mais sans expérience dans les choses religieuses, dépourvu de toutes les qualités requises dans un réformateur de l'Église, conseillé par des prêtres nourris de préjugés étroits, Léon ne s'eflrayait pas d'une lutte qui allait accroître la confusion dans son empire et ébranler puissamment la paix, d'autant plus qu'il n'était pas facile d'amener la majorité du clergé et surtout des moines, ni la masse du peuple, à renoncer au culte des images, si profondément enraciné.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N» d22.
Theophan., p. 593, 096, 600 et seq., 6t4, 617; Ham., loc. cit., p. 6.30 et seq.; Gedr., I, 791 et seq.
Le Patriarche Germain.
123. Lorsque Constantin de Nacolie se rendit personnellemont à Constantinople, son métropolitain Jean de Synnada écrivit au patriarche Germain (depuis 715) pour l'avertir du grand scandale que Constantin avait donné aux évêques de la province par son zèle contre les images. Germain eut avec lui une conférence sur ce sujet. Constantin essaya d'abord de justifier son opinion par l'Ancien Testament; puis, feignant d'être convaincu, il promit de mettre un terme à cette injuste querelle. Germain lui avait duniié une lettre pour son métropolitain ; mais, Constantin ne l'ayant pas remise, (Jermain essaya de l'y forcer en le menaçant des censures ecclésiastiques. Le savant patriarche se constitua le défenseur des vrais principes en face de cette nouveauté naissante, et il en écrivit longuement à Thomas de Claudiopolis, qui soulevait aussi les esprits par son fanatisme contre les images.
L'empereur, d'autre part, aidé de ses théologiens de cour et de ses partisans , provoquait dans les provinces do fréquentes hostilités contre les images et cherchait à y propager ^es vues. Une éruption volcanique qui eut lieu entre les îles
LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES. o9
Théra et Thérasia et donna naissance à une île nouvelle, qui se réunit à l'île Hiéra, lui parut une punition infligée d'en haut à l'idolâtrie régnante, et justifia à ses yeux l'édil où il déclarait que les images avaient remplacé les idoles, que leurs partisans étaient des idolâtres, et qu'on ne devait rien honorer de ce qui avait été fait de main d'homme (726), d'après V Exode, xx, 4. Déjà on avait mis la main à l'œuvre de destruction en renversant du portail d'airain du palais impérial la célèbre image du Christ appelée Antiphonètes. Le peuple, à cette occasion, manifesta hautement sa répulsion et sa résistance.
Dans les provinces aussi, des insurrections éclatèrent et furent étouffées par Léon avec une barbare sévérité. Ce prince essaya surtout de renverser le patriarche Germain, qui lui faisait d'énergiques représentations, et de le faire déposer comme coupable de lèse-majesté. Germain s'adressa (729) au pape Grégoire II, qui lui répondit par une longue lettre, où il louait son zèle et sa persévérance. Mais Léon n'en poursuivit pas moins l'exécution de son plan. En janvier 730, Germain dut renoncera ses fonctions et, se retirer dans sa famille (il mourut en 7-40, dans un âge avancé), tandis que le fourbe Anastase, son syncelle, qui l'avait- trahi et partageait entièrement les vues de l'empereur, envahissait son siège. Les iconoclastes, nouveaux Vandales, détruisirent alors les plus magnifiques chefs-d'œuvre de l'art, persécutèrent les évèques et les prêtres fidèles à leur devoir, principalement les moines, qui s'occupaient beaucoup de peinture.
Le Pape Grégoire II à l'Empereur Léon.
124. Le pape Grégoire II, prié par l'empereur de confirmer son édit, repoussa cette demande dans une lettre pleine de dignité (vers 727) : il le blàma d'avoir qualifié le culte des images d'idolâtrie, et dédaigné les conseils de Germain pour prêter l'oreille à des hommes impies, de s'être immiscé dans les choses de la foi et d'avoir criminellement franchi les bornes du pouvoir civil; il déplora que Léon, contrairement à ses précédentes lettres, eût supprimé les ordonnances des Pères, scandahsé gravement les fidèles et les infidèles, et troublé la paix do l'Église à la manière des barbares. « Les dogmes ecclésiastiques», continue le pape, « ne sont pas affaire des empereurs, mais des
60 HisTOiRi; üE l'église.
évêques : ce sont eux qui doivent les établir avec sûreté. De même que les évêques préposés aux Églises s'abstiennent des affaires publiques, les empereurs doivent s'abstenir des affaires ecclésiastiques et se contenter de celles qui leur sont confiées. » Le pape trouvait superflu, dangereux même dans l'état des affaires de l'Orient, de convoquer un concile universel, ainsi que le voulait l'empereur. « Que Léon accorde la paix, » disait le pape, « et la paix sera rétablie. » L'empereur avait menacé le pape de faire briser à Rome l'image de saint Pierre, et de le faire traîner lui-mônie dans sa capitale chargé de chaînes, a Vous devez savoir, » répondit le saint-père, « que les pontifes de Rome, médiateurs entre l'Orient et l'Occident, sont les arbitres et les modérateurs de la paix. Quant à vos menaces, nous n'avons pas besoin de combat pour nous y soustraire : le pontife romain n'a qu'à faire une lieue ou deux, et il est hors de vos atteintes. Notre prédécesseur Martin travaillait à la paix; Constant, au contraire, asservi à des prélats hérétiques, le fit enlever par ses satellites, traîner tyranniquenient à Byzance, et, après l'avoir abreuvé d'outrages, l'envoya en exil. Mais ce même Constant fut tué et mourut dans son péché, tandis que Martin est proclamé bienheureux... Daigfie le ciel nous faire marcher sur les traces de Martin, bien que nous souhaitions de vivre pour l'utilité commune ! car tout l'Occident a les yeux tournés sur notre humilité, et, quoique nous ne le méritions point, nous témoigne une grande confiance. »
Le pape ne dissimula point à l'empereur les sentiments que sa tyrannie éveillait chez les peuples d'Occident, les impressions douloureuses qu'il faisait dans les cœurs. « Ce qui nous afflige, » lui disait-il, « c'est que les barbares s'adoucissent et que vous devenez barbare. » Le pape s'élevait hardiment contre ce prince arrogant : car il savait (pi'unc grave question était là en jeu, qu'il s'agissait de l'indépendance môme de l'Église, de l'autorité tout entière de la tradition chrétienne, accusée par les iconoclastes de s'être écartée de la vérité ; il savait que les maximes impériales, logiquement déduites, entraîneraient la ruine définitive du christianisme.
Gcrman. I Pair. Epist., Migne, Pair, gr., t. XCVIII, p. ir)6 et seq.; Tiiooph., p. 621-620; Niceph., de Heb. post Mauric. gest., p. 64, edit.
LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES. Gl
Bonn; Georg. Ilam., p. 632, 633, n. 10-12; Cedren., I, 797 et seq.; Vita S. Slephani jun.. Op. Damasc, p. 532, éd. Par., 1577; Greg. II, Ep. i ad Leon.; Baron., an. 726 ; Mansi, XII, 959 ; Jaffé, n. 1672; Henschen., Acta sanct., 12 mai.
Obstination de Léon III.
125. Léon III demeura sourd aux conseils du pape. Dans la réponse hautaine qu'il lui fit, il invoqua le silence des six conciles œcuméniques sur les images, puis surtout sa suprématie impériale, en alléguant ce principe césaro-papiste : « Je suis à la fois empereur et évêque. » Grégoire, dans une nouvelle lettre, exprime le regret que l'empereur s'obstine dans ses sentiments et dédaigne de se conformer aux saints docteurs de l'Orient ; il lui rappelle que les conciles ne peuvent pas s'occuper de tout, notamment de ce qui est depuis longtemps en usage dans l'Église ; puis il s'étend avec détail sur le principe de la politique byzantine, en marquant la distinction des deux puissances et en montrant que le domaine religieux est indépendant de la puissance impériale. Si des papes ont donné autrefois aux empereurs le nom d' « évêques et empereurs », il ne l'ont fait que pour les louer de leur zèle religieux, pour reconnaître les services qu'ils ont rendus à l'Église et leur fidélité à se tenir dans les bornes qui' leur étaient tracées ; ils n'admettaient point que le pouvoir sacerdotal fût lié au pouvoir impérial; ils n'entendaient point justitier le despotisme de l'État dans les affaires ecclésiastiques, despotisme représenté par Léon III, qui faisait juste le contraire de ce qu'avaient fait pour mériter ce titre Tliéodose le Grand, Marcien, Constantin IV.
Le pape déclara de nouveau qu'il est obligé de résister à l'empereur et d'affronter toutes les persécutions plutôt que de trahir son devoir. « Nous sommes dépouillé et sans armes, » ditil, « nous n'avons point d'armée terrestre; mais nous invoquons le chef suprême des armées, Jésus- Christ, afin qu'il vous livre à Satan, comme dit l'Apôtre, pour la perte de votre chair et pour le salut de votre âme '.» L'empereur ne devint que plus acharné dans sa fureur iconoclaste. Des images des saints on en vint bientôt aux reliques, et quelques iconoclastes allèrent jusqu'à combattre l'invocation et le culte des saints. Déjà l'on s'en prenait aux ordres religieux : plusieurs monastères furent détruits,
^ I Cor., V, 5.
et avec eux une foule d'écoles savantes; ce qui causa à la civilisation un notable préjudice.
Greg. II, Ep. ii ad Leon.; Baronius, loc. cit.; Mansi, XII, 975; Jaflfé, n. 1674. Guerre aux reliques, Gerni., de Heer, et Syn., c. xlii, p. 62, éd. Mai; contre l'hagiodulie, Tlieophan., p. 625; Gedr., 1, 797; contre les moines et leurs écoles, Theoph., p. 623; Gedr., I, 795; Germ., loc. cit., p. 61,62.
Grégoire III et son Concile. — Vengeance de Léon III.
120. Ainsi que Grégoire H, son successeur Grégoire III essaya vainement de ramener l'empereur par ses lettres et ses légats. Le premier de ceux-ci, le prêtre Georges, n'eut pas le courage de remettre à l'empereur les pièces dont il était porteur, et s'en retourna sans avoir rempli sa mission. Le pape se disposait à le dégrader; mais, les évêques ayant intercédé en sa faveur, il se contenta de lui imposer une pénitence et de l'obliger à s'acquitter de sa commission. Georges se remit en roule, fut arrêté en Sicile et jeté en prison par le gouverneur. Grégoire III réunit alors dans l'église de Saint-Pierre un concile, auquel assistèrent quatre-vingt-treize évoques (nov. 731). Il y fut décidé que quiconque enlèverait, détruirait ou déshonorerait les images de Jésus-Christ, de sa Mère immaculée, des apôtres et des saints, serait privé du corps et du sang de Jésus- Christ et séparé de la communion de l'Église. Un second légat du pape, le défenseur Constantin, fut également emprisonné en Sicile et dépouillé de ses lettres.
La colère de l'empereur devint de plus en plus violente : non seulement il confisqua tous les biens que l'Église de Rome possédait en Calabrc et en Sicile ; il détacba encore ces provinces, ainsi que toute Tlllyrie, de la juridiction immédiate du pape, et les soumit à sou patriarche de Constantinople. L'hérétique Anastaso prit possession de ces provinces ecclésiastiques depuis longtemps convoitées. Et c'est ainsi que l'ancienne Rome se voyait menacée du côté de l'Orient par une invasion du byzantinismo religieux, qui, sans les établissements des Arabes en Sicile et la faiblesse de l'empire grec, aurait pu facilement devenir dangereuse. Les usages religieux des Grecs y prenaient de la consistance et menaçaient le rite latin jusque
dans l'Italie du sud. La nouvelle Rome était au terme de ses désirs, d'autant plus qu'elle s'agrandissait aussi en Orient. L'Isaurie, pays natal de Léon III, fut séparée du patriarcat d'Antioche, avec Séleucie pour métropole et quelque vingt évèchés, et mise aussi sous la subordination du patriarcat de Byzance, jqui embrassait maintenant tout l'empire et devenait en ce sens « œcuménique». De même que cette séparation était justifiée par la domination des Sarrasins à Antioche, on essaya plus tard d'excuser les démembrements du patriarcat romain par la présence des Lombards et des Francs, encore que les premiers ne fussent jamais parvenus à subjuguer entièrement ces pays ou Rome elle-même, et que le Saint-Siège n'eût avec les seconds que des rapports de protection. Quoi qu'il en soit, ces événements ne pouvaient qu'accroître l'animosité entre les Grecs et les Latins.
Conc. Greg. III, Mansi, XII, 299 et seq.; Vita Greg., Vignol., II, p. 41 et seq.; Mansi, loc. cit., p. 271 et seq.; Héfelé, III, p. 405 et suiv. Sur la nouvelle situation du patriarcat de Byzance, voyez Le Qnien, Or. christ., I, p. 96, 07; II, p. 1000 et seq.; Allât., de Eccl. occid. et or. perpet. consens., Colon., 1648, lib. II, cap. iv, n. 1, p. 538. Mon ouvrage, Photius, I, p. 237.
Saint Jean Damascène.
127. Les nouveautés de Léon ne trouvèrent aucun accès dans la partie de l'Orient soumise aux Sarrasins. La défense des images et la lutte contre le despotisme religieux des Byzantins eurent là pour printipal représentant le docte Jean Chrysorrhoas, fils de Mansur, de Damas, qui fut d'abord au service des califes, puis moine de la laure de Saint-Sabas, en Palestine. Il combattit à la fois par la parole et par la plume. « Ce n'est point aux empereurs », disait-il, « à donner des lois à l'Église. Écoutez ce que dit l'Apôtre : Dieu a établi dans l'Église des apôtres, des prophètes, des pasteurs et des docteurs ; il ne parle point d'empereurs. Aux empereurs l'administration politique; aux pasteurs et aux docteurs le gouvernement de l'Église. L'envahir comme on fait est un brigandage. Nous ne déplaçons pas les bornes antiques posées par nos pères, mais nous gardons les traditions telles que nous les avons reçnes : car, si nous com-
G4. HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
mençons à démolir tant soit peu l'édifice de l'Église dans les moindres choses, il s'écroulera bientôt tout entier. »
Ce grand théologien (mort en loA) sut préserver dans les patriarcats d'Orient les évèques et les fidèles de l'invasion des nouveautés byzantines, et dans la suite les patriarches se prononcèrent résolument contre elles. La malheureuse politique de Léon ne fit que nuire à son empire, désolé eu outre par des tremblements de terre, par la peste et la famine, inondé de musulmans, qui emmenèrent quantité de trésors et de prisonniers, et, en 72G, s'emparèrent de Césarée en Cappadoce. Les Orientaux ne remportèrent leur première victoire qu'en 739, et n'eurent point de succès durable.
Jean. Damasc, Aôyoi àTio^oyioTixoi, Op., I, 30b et seq.; Migne, t. XCIV, p. 1227 et seq., surtout Or. II de Imag., c. xii, p. 336 ; Theoph., p. 629 ; Vita S. Joan. Dam., t. I, c. xiv. Combats avec les Sarrasins : Theoph., p. 624 et seq., 630 et seq.; Georg. Harn., p. 640, n. 17; Gedr., I, p. 800- 802; Weil, Califes, I, p. 637.
Constantin Copronyme.
128. Léon III mourut le 18 juin 741, sans avoir rien modifié à sa politique religieuse. Son fils et successeur Constantin V, surnommé Copronyme ou Caballin (741-775), héritier des principes de son père, blessa encore davantage les sentiments religieux du peuple. Artabasde, maître du palais (curopalate), qui avait épousé Anne, la sœur de l'empereur, profila de ces dispositions pour escalader le trône. Il s'empara de la capitale, où il fut proclamé et couronné empereur; il fit aussitôt rétablir les images. Anastase, patriarche do la cour, n'hésita pas à se ranger de son parti, et à s'élever hautement contre l'hérétique Constantin, qui allait, selon lui, jusqu'à nier la divinité de Jésus-Christ. Mais Constantin avait encore de puissants appuis en Asie et n'était pas d'humeur à abdiquer le pouvoir. Les deux souverains demandèrent le concours des mahométans et se préparèrent à la guerre.
Une attaque d'Artabasde contre l'armée de Constantin échoua par un retard de son fils Nicétas. Constantin passa de l'Asie dans le Bosphore et s'empara de la capitale, affaiblie par la famine (2 nov. 743). 11 fit crever les yeux à son beau-frère vaincu et à ses
fils, et se vengea impitoyablement de tous ceux qui avaient participé à l'insurrection, surtout des partisans des images. On peut juger de ce qu'allait devenir sous un tel règne le patriarcat de Byzance, par la conduite de Constantin envers l'infidèle Anastase. Jl ordonna qu'il fût fouetté en public, qu'on lui crevât les yeux et qu'on le conduisît à travers la ville assis sur un àne et la tète tournée vers la queue. Cependant, comme Anastase était inconoclaste et entièrement asservi à sa personne, il le laissa sur le siège déshonoré de Constantinople, comme un instrument propre à tous ses desseins. Anastase dut encore plus tard couronner le prince Léon (751), et mourut méprisé de tous, en 753, après un épiscopat d'environ vingt-quatre ans.
Constantin V fut surnommé Copronyme parce qu'il avait, lors de son baptême, souillé les fonts baptismaux, et Caballin, à cause de sa passion poui' les chevaux. Theoph., p. 635 et seq.; G. Ham., p. 643 et seq.; Gedr., Il, p. 3 et seq.
Concile des iconoclastes en 754.
129. Dans les premiers temps de sa restauration, Constantin V se contenta d'écarter les Images, qui avaient reparu sous Artabasde, et ne fit rien de sérieux contre leurs partisans, jusqu'à ce qu'il se crût suffisamment affermi au pouvoir. L'Italie fut épargnée, et l'on usa généralement de procédés moins sévères, d'autant plus qu'une peste effroyable s'était répandue de Sicile et de Calabre dans la Grèce et dans les îles (746-748). Mais bientôt la persécution contre les images éclata avec une nouvelle furie. L'empereur, après avoir recommandé à plusieurs gouverneurs qui lui étaient particulièrement dévoués d'exécuter les décrets de son père, et essayé partout de préparer les esprits par de grandes assemblées, convoqua à Constantinople un concile (754) qui devait assurer la victoire des iconoclastes et passer pour le septième concile œcuménique.
Les trois cent trente-huit évêques assemblés sous la direc» tion de Théodose d'Éphèse et de Pastillas de Perge, qui présidaient pendant la vacance du siège patriarcal, plièrent effectivement devant la volonté de l'empereur, soit par lâcheté, soit par un sentiment inné de servitude. Ils disaient dans leur décret : « De même qu'autrefois Jésus-Christ suscita les apôtres III. — msT. DE l'église. d
pour enseigner les hommes et détruire l'idolâtrie introduite dans le monde par le démon, il a suscité aujourd'hui les empereurs pour nous instruire et renverser l'idolâtrie, que le démon a ramenée dans l'Église par les images de Jésus- Christ et des saints. L'art damnable des peintres anéantit l'œuvre de la rédemption et renverse les décisions des six conciles œcuméniques. » C'est pourquoi ils défendirent sous les peines les plus rigoureuses et anathématisèrent la confection, l'exposition et le culte des images; mais ils confirmèrent l'honneur que l'on rendait aux saints, et déclarèrent que personne ne devait piller les églises sous prétexte de détruire les images. L'anathème fut lancé contre le patriarche Germain, défunt, contre saint Jean Damascène et contre Georges, moine fervent de Scythie.
Les raisons alléguées par le conciliabule étaient faibles et insoutenables : d° Le culte des images renouvelait l'hérésie d'Eutychès et de Nestorius, parce que l'union hypostatique en Jésus-Christ est incompréhensible et ne peut être figurée par des images; quant à représenter la nature humaine séparément, c'était du nestorianisine pur. 2" L'institution de l'Eucharistie prouve que Jésus-Christ n'a pas voulu être représenté sous une autre forme ; l'Eucharistie est la seule vraie et légitime image du Sauveur, parce qu'elle est le corps même du Christ uni à la divinité ; elle mérite seule d'être adorée, et est exempte de toutes les illusions inhérentes aux autres images. 3° Les images des saints sont également inadmissibles, car c'est un blasphème que de représenter au moyen d'un art inanimé, incapable de donner la vie et inventé par les païens, ceux qui vivent auprès de Dieu. 4° Les images sont condamnées tant par les Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament' que par les Pères^ Les catholiques étaient sans plus de façons traités d'adorateurs du bois et d'idolâtres, tandis qu'on célébrait Constantin et son fils Léon comme des lumières de l'orthodoxie, des rédempteurs. Dans ce pseudo-concile, Constantinoplo reçut aussi un nouveau patriarche en la personne de Constantin, moine
1 Ueut., V, 8; Joan, iv, U; Rom., i, 23, 2ä.
* Les textes qu'on allègue de saint Épiphane, Théodote d'Ancyre, saint Grégoire de Naziauze, saint Basile, etc., sont ou apocryphes ou nullement probants.
iconoclaste et évêque de Sylée. L'empereur, le tenant par la main, le proclama lui-même en criant à haute voix: «Longues années à Constantin, patriarche œcuménique ! » Le 27 août, la clôture du concile fut annoncée au peuple sur le forum.
Témoignages des protestants sur le culte des images. Wix : « C'est faussement qu'on a présenté la prière devant un cnicifîx comme l'adoration idolâtre du crucifix lui-même. » — Schubart : « J'ai toujours présent à mes yeux le franciscain qui, agenouillé dans le jardin de son couvent devant l'image du Christ, toute sanglante encore du fouet de ses bourreaux, se leva subitement au moment ou j'entrai. Ses yeux étaient rayonnants d'une douce piété. « un magnifique « tableau, mon père, «luidis-je. — «L'original», répondit-il, « est encore « plus magnitique. — Mais pourquoi ne vous adressez-vous pas à l'origi- « nal? — Il pai'ait que vous êtes protestant ; mais sachez que l'art ne fait (c que seconder mon imagination. Mon esprit séjourne auprès du véri- « table Christ. Pouvez-vous prier sans avoir une image devant votre a âme ? Or ne vaut-il pas mieux que ce soit la main d'un maître qui « nous trace le portrait des saints, que notre imagination souvent mala- « dive. — Je n'avais point de réponse à lui faire ^ » — Vo.\ Meyek : « L'usage des bons tableaux dans, les églises a un avantage incontestable 2. » — Wohlfahrt : « Les images des églises sont la Bible illustrée du peuple^. » — Von Meyer : « Une bonne image de saint est un sermon muet. » — Von Herder : « Regardez les tableaux des grands maîtres, ceux d'un Raphaël et d'un Dominiquin, d'un Guide et d'un Guerchin ; regardez tous ces tableaux de saints, et dites si cette grâce spirituelle, si cette composition subhme ne vous touche pas jusqu'à l'âme. Certes, ce ne soat pas les sens seuls qui sont émus à cet aspect^. » — « L'homme de bon sens a toujours désapprouvé la destruction des images opérée par la Réforme ''. » — Horst : « De l'adoration des images tout catholique sensé pense aujourd'hui absolument comme nous penserions aussi si nous avions dans nos églises un plus grand nombre d'images, et comme en ont déjà pensé les écrivains ecclésiastiques, il y a plus de douze cents ans. « 0 homme perverti, » dit saint Jérôme dans son écrit contre Vigilance, novateur d'alors, « qui a jamais « chez nous adoré les martyrs? qui a jamais pris un homme pour un « Dieu? )> — Luther : « Qui ùte la peinture de la vie ravit à l'existence ses charmes les plus doux ; la peinture est souvent un interprète
' Leben und Gesinnungen (Selbstbiographie). — ' Krit. Krœnze, 1830. — ^ Unfung ati H. Stœtte. — * Vorrede zu den legenden. — ^ Prediger Kayser, Bibl. Iheolog., 814.
meilleur que la parole. Il est faux que l'image soit inutile. Jadis il y avait, dans les temples des juifs, des chérubins, des figures fantastiques d'hommes et d'animaux. Les symboles qui décorent nos temples chrétiens, ne sont pas offerts à l'adoration des fidèles; ce sont d'élégantes parures ou des souvenirs pieux. Croyez-vous donc que si les scènes de la vie de Jésus-Christ étaient peintes sur nos édifices sacrés, ces représentations matérielles ne porteraient pas l'âme à la contemplation sublime de la vie du Sauveur? iNon, encore une fois, les catholiques n'offrent pas les images au culte des hommes, et les hommages qu'on leur rend, on les reporte naturellement aux saints qu'elles représentent. Bannissez donc, puisque vous ne voulez pas d'images, bannissez les Atlas, les joueurs de flûte, à l'aide desquels l'artiste soutient tantôt une chaire, tantôt une colonne, détruisez le coq même qui surmonte la flèche d'un clocher'. »
Conc. iconocl. 754, Mansi, XIII, 205 et seq.; Theoph., p. 659 et seq.; Niceph., p. 70, 73 et seq.;Lib. synod. Pappi, n. lid ;Cedr., 11, p. 10, 11; G. Ham.,p. 649, n. 25.
Persécutions contre les partisans des images.
130. Sur l'autorité de ce prétendu concile œcuménique, Constantin se crut en droit de consommer l'œuvre de son père et d'achever la destruction des images encore subsistantes. Plusieurs furent livrées aux flammes; on couvrit de plâtre lespeintures murales et les mosaïques, et l'on remplaça les images sacrées par des paysages, des peintures de fruits et d'animaux, des scènes de chasse, etc. La souscription des décrets fut exigée de tous les évêques et de tous les prêtres ; on les obligea même à promettre par serment qu'ils considéreraient et traiteraient toutes les images du Christ et des .saints comme des idoles, et leurs partisans comme des idolâtres. L'empereur laissait toute liberté aux monophysites et aux pauliciens, qui se répandaient dans la Thrace ; il ne tyrannisait que les catholiques. Tandis que la plupart des évoques subissaient le joug, les moines résistaient vaillamment, et devinrent par cela même le point de mire des persécuteurs. Plusieurs s'enfuirent dans le nord, vers la Scythie, ou vers l'ouest, dans la direction de l'Italie, où ils furent bien accueillis. Après les malheureuses guerres des Bulgares (756 et 760), la persécution devint encore plus
' Lettre de Luther, citée par Audin ,
terrible : plusieurs moines furent maltraités et mis à mort, les monastères détruits et livrés aux flammes. Pierre le Calybite, qui qualifiait l'empereur de nouveau Julien, de second Valens, fut battu de verges jusqu'à la mort (16 mai 761), et l'abbé du couvent de Monagria, Jean, qui avait refusé de fouler aux pieds une image de la Mère de Dieu, fut enfermé dans un sac et jeté à la mer (7 juin 761). Etienne, abbé de la Montagne- Saint- Auxence, fut mis à mort, après un long martyre, pour avoir rejeté le concile des iconoclastes (28 nov. 767). Plusieurs autres moines furent torturés, mutilés et livrés aux flammes; des églises profanées, des couvents convertis en casernes ou abattus. Constantin, voulant abolir les moines, leur ordonna de se marier, leur défendit de porter leur costume, livra à la risée du peuple et aux supplices ceux qui s'obstinèrent, tandis qu'il récompensait et honorait les apostats.
Bientôt sa tyrannie s'étendit aux laïques : il obligea ses sujets à promettre par serment qu'ils n'honoreraient aucune image et persécuteraient tous les moines indistinctement. Le patriarche Constantin II fut contraint de le jurer du haut de l'ambon, la croix à la main, et, à dater de ce jour, quoi qu'il eût été moine, il mena une vie toute profane. Les rehques aussi devinrent bientôt un objet de persécution. Celles de sainte Euphémie furent enlevées de la magnifique église de Chalcédoine et jetées dans la mer; mais de pieux fidèles les recueillirent près de Lemnos et les conservèrent secrètement. L'invocation des saints ne fut pas épargnée. Copronyme, adonné à la pédérastie, révélait de plus en plus son incrédulité et son penchant pour le nestorianisme, dont son patriarche, si souple du reste, essayait vainement de l'éloigner. Celui-ci devait également être victime de sa fureur : déposé et exilé en 766, il fut battu de verges, traîné publiquement dans le cirque et honteusement décapité. Sa tète fut brûlée sur le forum, et son cadavre transporté au lieu où l'on inhumait les criminels. On dit que son corps déshonoré fut livré aux médecins pour des études scientifiques.
Nicétas.
131. Constantin fut remplacé par l'eunuque Nicétas, esclave de naissance et prêtre de l'église des Apôtres. Cet iconoclaste ignare et sans caractère, qui avait vu dégrader, anathématiser
70 msToiRE DE l'Église.
et condamner sou prédécesseur, n'eut rien de plus pressé que d'anéantir toutes les images des saints qu'il trouva dans la demeure du patriarche et ailleurs, et de manifester à l'empereur sa parfaite obséquiosité. Tandis que la cour se plongeait dans les festins et les plaisirs, la persécution contre les catholiques allait son train. Dans le peuple scandalisé s'accroissait la haine contre le tyran Copronyme, qui opposait brutalement son opinion personnelle aux enseignements et aux traditions de l'Église, attribuait au pouvoir civil le règlement des questions même dogmatiques, niait les dogmes de l'indéfectibilité et de l'infaillibilité de l'Église, rejetait les vœux et les conseils évangéliques, profanait et saccageait les temples, déshonorait son nom par une cruauté sanguinaire et par de bestiales voluptés.
L'horreur qu'il inspirait redoubla encore lorsqu'on le vit, contrairement aux mœurs de l'Orient, si sévères en ce point, épouser une troisième femme, Eudoxie, et mériter ainsi le sobriquet de trigame. Le docile Nicétas bénit son union, de même qu'il prononça les prières publiques lors de l'élévation des princes Christophe et Nicéphore à la dignité de césars. Plus tard encore (769), il bénit le mariage de Léon, l'héritier du trône, avec Irène l'Athénienne. Plus heureux que son devancier, il sut se maintenir dans les bonnes grâces de l'empereur. Les Uens du patriarcat de Byzance avec les Églises situées hors de l'empire étaient dissous. Cosme, patriarche d'Alexandrie, et les deux Théodore d'Antioche et de Jérusalem, se prononcèrent avec le Saint-Siège eu faveur des images. Copronyme, dont ils détestaient la tyrannie, expira sur mer, près de Sélymbrie, le 14 septembre 775, non sans regretter, dit-on, les violences qu'il avait exercées.
L'Empereur Léon IV.
132. Son fds Léon IV Chazare, dont la mère était une princesse chazare, procéda avec plus d'égards et de ménagements ; s'il ne supprima pas les décrets de son père contre les images, il ne les fit pas observer avec rigueur. Favorable au culte de la Mère de Dieu, il était de plus dévoué aux moines et leur permit de rentrer; plusieurs d'entre eux obtinrent des sièges épiscopaux. Lorsque, sur la demande du peuple, réjoui d'un
allégement des impôts, il se décida, non sans résistance, à proclamer Auguste le fils qui lui était né le H janvier 771, il se fit promettre, par serment solennel, dans la semaine sainte de 776, que nul autre ne serait reconnu empereur, alors même qu'il viendrait à mourir pendant la minorité de son fils. Le patriarche Nicétas récita les prières et donna à la promesse la sanction religieuse. Le jeune Constantin VI fut couronné empereur le jour de Pâques. Une conjuration tramée en mai 776 par les chefs mécontents de l'armée en faveur de Nicéphore, frère de Léon IV, fut apaisée sans les cruautés d'usage.
Après la mort de Nicétas, patriarche iconoclaste (6 fév. 780), l'empereur lui donna pour successeur le pieux lecteur Paul de Chypre, qui, après avoir refusé de prêter le serment exigé par l'empereur, de ne point travailler à rétablir le culte des images , y consentit ensuite et en fut récompensé par le patriarcat. On découvrit, pendant le Carême, que plusieurs officiers de la cour étaient partisans des images, et l'on trouva des emblèmes religieux cachés dans les appartements de l'impératrice Irène. Léon IV s'en courrouça, punit sévèrement les officiers et exila l'impératrice Irène pour avoir ainsi violé le serment prêté à son père. Sa mort, survenue le 8 septembre 780, prévint d'autres éclats de sa colère et amena une complète évolution.
Theoph., p. 630-702; G. Ham., p. 634-659; Gedr., II, p. 14-19; Niceph., loc. cit., p. 80-84; Antirrhet., I, c. ix et seq., xvm, rxxiv; II, c. iv; III, c. Lin, Lxiv, lxx, lxxi (Migne, t. C); Vita S. Stephan, jun., in Analect. gr., t. I, p. 443 et seq., ed. Maur.; Acta sanct., t. VIII oct., Bruxell., 1833, p. 124 et seq.; Vita Steph., part. IV; Migne, Patr. lat., t. LXXXIX, p. 1244. Mon ouvrage, Photius, I, p. 241 et suiv.
Rétablissement de l'orthodoxie. — Septième Concile œcuménique. — Gouvernement d'Irène.
133. L'impératrice veuve Irène administra avec beaucoup d'habileté les affaires de l'empire en qualité de tutrice de son fils Constantin VI, etréprima d'une main vigoureuse une conjuration qui tendait à porter sur le trône Nicéphore, déjà nommé césar par Constantin V. Elle lui fit couper les cheveux, ainsi qu'aux autres frères de son mari, et les obhgea d'entrer dans les ordres. Elle restitua à Téglise principale de Constantinople une
72 msTOiRE DE l'église.
couronne précieuse que lui avait donnée l'empereur Maurice, et que son mari avait enlevée pour satisfaire sa passion des pierreries; fit ramener solennellement à Chalcédoine les reliques de sainte Euphémie, conservées à Lemnos; rendit aux monastères leur pleine liberté, et laissa à chacun la faculté de faire des images et de les honorer. Elle s'efforça de mettre l'empire en sûreté contre les ennemis du dehors, conclut une paix avec les Arabes en s'obligeant à payer un tribut annuel, soumit les Slaves de l'IIellade et du Péloponèse, rétablit en Sicile, par le patricien Théodore, le prestige impérial, et entra en négociations avec Charlemagne, dans l'espoir de marier son fils Constantin avec Rotrude, fille de ce prince. Elle eût volontiers aboli les lois des empereurs iconoclastes et rétabli la communion ecclésiastique avec Rome, selon les nombreuses invitations du pape Adrien I"; mais elle voulait par-dessus tout ménager l'armée, qui avait été fanatisée contre les images pendant les trois derniers règnes. Elle était obligée d'avancer avec prudence et de se borner à réparer de son mieux les plus révoltantes cruautés des précédents empereurs.
Élévation de Taraise.
13-4. Le patriarche Paul IV, qui avait été, sous Léon IV, attaché au parti des iconoclastes, tomba sérieusement malade à la fin d'août 78i; bourrelé de remords, il résolut d'abdiquer sa charge et de prendre l'habit religieux au monastère de Saint- Florus. L'impératrice l'alla visiter avec son fils, et lui demanda la cause d'une si étonnante résolution. Paul fit la réponse suivante, qu'il répéta plus tard devant les grands de l'État : « Plût à Dieu que je ne fusse jamais monté sur le siège épiscopal pendant que cette Église était tyrannisée, séparée des autres et anathématisée ! Si l'on ne tient un concile œcuménique et si l'on ne rétablit l'orthodoxie, il n'y a point do salut. »
Ces paroles du patriarche, aimé pour sa bienfaisance et qui mourut bientôt après les avoir proférées, firent une impression profonde, et déjà l'on commençait à parler publiquement de la restauration des images. L'impératrice lui avait choisi pour successeur le secrétaire Taraise, fils de Georges, préfet de la ville et patricien, et d'Eucratie. Tandis qu'elle déUbérait dans
une grande assemblée du peuple sur la manière de pourvoir le siège de Constantinople, la foule nomma Taraise comme lo plus digne. Irène se prononça dans le même sens, tout en faisant remarquer que Taraise refusait cette charge.
Invité à s'expliquer, Taraise dit qu'il connaissait la sollicitude des empereurs (Irène et son fils) pour la religion, mais qu'il s'estimait indigne d'une charge si eminente, d'autant plus qu'il était encore laïque; il hésitait en outre à cause de l'isolement de l'Église de Byzance, de sa séparation de Rome et des patriarcats d'Occident, de l'état de confusion et d'abaissement où l'avaient précipitée les mesures arbitraires d'empereurs hérétiques. La plupart des assistants convinrent avec lui de la nécessité de convoquer un concile œcuménique pour rétablir l'unité religieuse, et la cour impériale promit de s'y employer. Taraise fut ordonné patriarche le jour de Noël 784.
Theoph., p. 703 et seq.; G. Ham., p. 661 et seq.; Gedr., II, 19 et seq.; Vita S. Tarasii, c. ii et seq. (Migne, t. XGVIII, p. 1388 et seq.); Taras. Orat., ap. Theoph., p. 710-713; Mansi, XU, 985 et seq.; Niceph., Apol. min,, c. iv; Fallmerayer, Morea, I, p. 215 et suiv.; Weil, les Galifes, II, p. 100; Héfelé, III, p. 441. Mon ouvrage, Photius, I, p. 24S et suiv.
Négociations avec le pape Adrien I^r.
135. Dès qu'il fut patriarche, Taraise envoya une députation à Rome ; et l'impératrice elle-même, dans une lettre écrite au pape Adrien I", en son nom et au nom de son fils, lui demanda d'assister personnellement à ce concile, ou du moins d'y envoyer des personnes qualifiées et capables. Dans cette lettre, elle reconnaissait expressément la prifnauté romaine. Taraise écrivit aussi aux patriarches d'Orient (785), et se déclara formellement contre le concile iconoclaste de 754. Le pape Adrien dépêcha à Byzance, en qualité de légat, l'archiprêtre Pierre et un religieux du même nom, abbé du couvent de Saint-Sabas, munis de ses lettres. Il écrivit longuement à l'impératrice et à son fils (27 oct. 78.5) sur l'ancienneté et l'importance du culte des images, loua la résolution qu'on avait prise à leur sujet, résolution que lui-même, ainsi que ses prédécesseurs, avait depuis longtemps conseillée. Il faisait ressortir les droits du successeur du prince des apôtres, approuvait la convocation d'un
concile, exprimant le désir qu'on y condamnât le concile des iconoclastes et qu'on assurât par serment que les Pères jouiraient d'une parfaite liberté. Il demandait en même temps qu'on restituât les droits patriarcaux enlevés à son siège par les empereurs iconoclastes, qu'on lui rendît ses prérogatives et ses patrimoines, afin de consommer ainsi l'œuvre de la justice et de la réconciliation. Il désapprouvait l'élévation de Taraise, qui n'était que simple laïque, ainsi que le titre de patriarche œcuménique qui lui avait été décerné contrairement à la volonté constante du Saint-Siège.
Rappelant ce qui était arrivé au roi des Francs Charlemagne, qui avait toujours été heureux à cause de sa piété et de sa soumission envers le Siège de Pierre, il promettait à l'empire un nouvel éclat et de nouveaux triomphes sur les barbares, dès qu'il aurait assuré le règne de l'orthodoxie, rétabli l'entière communion ecclésiastique et réparé les injustices du passé. Dans la réponse envoyée à Taraise par la même occasion, Adrien blâme sa nomination anticanonique, mais lui accorde dispense, en considération de son orthodoxie, de son zèle et des circonstances. Il développe les conditions selon lesquelles devra se célébrer le concile et lui recommande ses légats, ainsi qu'il l'avait fait à l'impératrice.
Sacra Constant, et Iren., Baronius, an. 785, n. 1 ; Mansi, XII, p. 984 et seq. (Walch, X, 532, trouvait déjà dénuées de fondement les objections de Spanheim le Jeune, de Basnage, E. Richer, etc., contre l'authenticité; Héfelé, p. 457); Ep. Taras, ad Orient.; Baronius, loc. cit.; Mansi, |loc. cit., p. 1M9; Hadrian. I, Ep. « Deus qui dixit,» et « Pastoralibus curis, » Mansi, XII, 1055, 1077; Jaffé, n. 1882 et seq.; Migne, t. XCVI, p. 1215 et seq.; Héfelé, ïll, p. 448 et suiv. Mon ouvrage, Phot.,
.Participation des patriarches d'Orient au concile.
436. La participation des trois patriarches d'Orient au nouveau concile fut empêchée par la jalousie politique des califes Mahdi (jusqu'au li août 77.")), puis Hadi, assassiné en septembre 786. Ni Politien d'Alexandrie, ni Théodoret d'Antioche, ni Klie de .ïérusalera n'y assistèrent; ils ne répondirent même pas à la lettre de Taraise, ou plutôt elle ne leur fut pas remise. Ces patriarcats ne furent représentés que par deux moines :
Thomas, prêtre et abbé d'un couvent d'Egypte; Jean, prêtre et syncclle d'Antioche. Tous deux signèrent dans la suite pour les trois patriarcats, bien qu'ils n'y fussent pas spécialement autorisés. Dans la lettre qui leur fut remise par les moines orientaux , il était dit que les deux délégués connaissaient parfaitement la tradition des trois sièges patriarcaux et pouvaient en rendre témoignage ; que les actes synodaux de Théodore, ancien patriarche de Jérusalem (de 764 à 767), joints à cette lettre, énonçaient clairement leur croyance, et que l'absence des trois patriarches ne pouvait pas préjudicier au concile, car la même chose était arrivée pour le sixième, qui avait pour lui l'autorité du pontife romain, représenté par ses apocrisiaires.
Sur l'empire des califes, "Weil, II, p. 113 et suiv., 121 et suiv. Deux délégués de l'Orient connaissaient les actes du septième concile, ainsi que Theoph., p. 714; Georg. Hamartolus, p. 663, n. 18, cite au contraire un autre Georges entre Jean et Thomas, Ep. Orient., ap. Mansi, XII, 1128 et seq.; Héfelé, p. 433 et suiv. Mon ouvrage, Photius, I, p. 248.
Septième Concile œcuménique.
137. Après l'arrivée de ces représentants de l'Orient et des légats du pape, la cour impériale convoqua les évêques de l'empire. L'ouverture du concile rencontra de nombreux obstacles, notamment de la part de quelques évêques hostiles aux images et à Taraise. Il fut ouvert par Taraise, en août 786, dans l'église des Apôtres; mais une révolte de soldats, la plupart iconoclastes, et excités par des prêtres de leur parti, obligea de le dissoudre. Cependant ni l'impératrice ni Taraise ne renoncèrent à leur dessein. La première se débarrassa adroitement de sa garde du corps, dont elle se défiait, en forma une nouvelle, et prit toutes les mesures pour assurer la sécurité de l'assemblée : elle devait se tenir à Nicée en Bithynie, là même où avait été célébré le premier concile œcuménique. Les légats de Rome, déjà partis pour la Sicile, revinrent avec l'assentiment du pape, et se mirent en route pour Nicée. Dans l'été de 787, plusieurs évêques et représentants d'évêques s'y trouvaient déjà. Leur nombre à la fin s'éleva à plus de trois cents. La cour
impériale y envoya deux commissaires, auxquels on adjoignit comme secrétaire Nicéphore, qui devint ensuite patriarche.
Malgré la prééminence accordée aux légats de l'ancienne Rome, qui occupèrent le premier rang, soit au commencement des actes, soit parmi les signataires, ce fut cependant ïaraise qui dirigea les délibérations. Ancien fonctionnaire de l'État, il avait une plus grande expérience des affaires que l'archiprêtro de Rome, lequel sans doute ignorait le grec, et que son compagnon, l'abbé du couvent grec de Saint-Sabas, à Rome. Ce concile, le septième œcuménique (deuxième de Nicée), dura du 24 septembre au 23 octobre 787.
138. Les trois premières sessions (24, 26, 28 ou 29 septembre) furent remplies par un discours de Taraise sur les événements passés, par la lecture des lettres du pape et de l'impératrice, des documents apportés par les députés orientaux, et par la réintégration de quelques évêques repentants. Parmi les pièces dont on donna lecture, se trouvait la déclaration faite par l'impératrice, à la demande du pape, que chaque membre aurait une pleine et entière Uberté d'exprimer son opinion. Dans la lecture de la lettre du pape à l'impératrice, traduite en grec, on passa sous silence le blâme infligé à l'irrégularité de l'ordination de Taraise, les remarques sur son titre de « patriarche œcuménique », la mention du roi des Francs et les demandes de restitutions à l'Église romaine. Les expressions relatives à la primauté du pape furent, il est vrai, atténuées, mais nullement omises. La cour impériale n'était pas disposée à satisfaire aux justes exigences du pape.
Les représentants do la Sicile, qui appartenait depuis plus de cinquante ans au patriarcat byzantin, parurent entièrement dévoués au patriarche, et quelques évêques, tels que Basile d'Ancyre, ceux de Nicomédie et de Dyrrachium, donnèrent aussi à Taraise le titre de « patriarche œcuménique », traditionnel en Orient, mais rejeté par Rome. Parmi les évêques autrefois hostiles aux images, Rasile d'Ancyre, Théodore de Myre et Tliéodose d'Amorium, furent reçus dans le concile, après avoir présenté une formule de rétractation. Plus difficile était la réception de ceux qui, l'année précédente, avaient empêché le concile et tenu des assemblées particulières, ainsi que la reconnaissance do ceux qui avaient été ordonnés par des
hérétiques. Cependant, après de longs débats, les uns et les autres furent traités avec la plus grande douceur. Les principes énoncés par le pape Adrien furent solennellement applaudis par les évèques et les moines assemblés, comme étant la véritable expression de la foi catholique, après que Taraise eut donné l'exemple.
Acta conc. VII, Hard., VI, p. 27 et seq.; Mansi, XII, 209 et seq.; Theoph., p. 714 et seq.; G. Ham., p. 664 et seq.; Gedr., Il, 23; Vita S. Platon., in Act. sanct., 1. 1 apr., p. 366 et seq.; Vita Taras., cap. v, n. 17 et seq., p. 1396 et seq.; Lib. synod., ap. Mansi, loc. cit., p. 1000; Natal. Alex., sœc. VIII, diss. m; Héfelé, III, p. 4ö6 et suiv Sur le couvent grec de Saint-Sabas, voy. Morcelli, Greg. Agrig., Explan, in investig. de Leontio, Venet., 1791 (Migne, Patr. gr., t. XCVIII, p. 534 et seq.). Sur la mutilation des lettres pontiticales, Anastas. Bibl., preefat. in conc, VllI; Mansi, XVI, 13. Sur l'ordination d'évèques hérétiques, Taras., ap. Mansi, XII, 1022. Voyez mon ouvrage, Photius, il, p. 339.
139. Dans la quatrième session (1" octobre), il fut démontré par l'Écriture et par les Pères que la confection et le culte des images religieuses sont licites et salutaires : on invoqua surtout les expressions figuratives du Nouveau Testament, l'arche d'alliance et les chérubins ', ainsi que différents textes de saint Chrysostome, de saint Grégoire de Nysse, de saint Grégoire de Nazianze, de Cyrille d'Alexandrie, d'Antipater de Bostra, de saint Maxime, de Léon de Chypre, de Germain et du pape Grégoire II, voire même le concile in Trullo (canon Lxxxn). La plupart de ces passages sont indubitablement authentiques. A cette lecture succéda la publication d'une confession de foi, faite par Euthymius de Sardes au nom du concile. Dans la cinquième session (4 oct.), Taraise démontra, par la lecture de différentes pièces, que les iconoclastes n'avaient fait qu'imiter les juifs, les Sarrasins et les hérétiques, principalement les manichéens et les fantasiastes. Cette déclaration fut confirmée plus tard par la lecture de plusieurs autres textes, qu'on discuta en détail. 11 fut prouvé aussi que les iconoclastes avaient altéré divers écrits en faveur de leurs opinions , tels que ceux do Constantin, trésorier de la grande église de Constantinople. La
' Exode, XXV, 17 et suiv.; Nombr., yn, 89 ; Ézéch., xli, 18-20; Hébr., ix, 1 et suiv.
conclusion fut que les images sacrées seraient rétablies à leur place, qu'on en placerait une dans le local des sessions, et qu'on livrerait au feu les écrits des iconoclastes.
Dans la sixième session (5 ou 6 oct.), on lut et l'on condamna les actes du conciliabule de 754, dont on fit une longue réfutation. On lui refusa le titre usurpé de concile œcuménique, car ni les patriarches de l'Orient ni le Saint-Siège n'y avaient participé ; on prouva que celte assemblée avait eu tort de prétendre que l'usage des images ne s'était établi qu'après le sixième concile, et l'on pulvérisa toute son argumentation.
i° Comme le Christ n'est représenté que selon la nature dans laquelle il est visible, l'image n'a que son nom et non pas son essence, et il n'y a point ici d'alternative entre le nestorianisme et le monophysitisme ; les deux natures ne sont pas séparées, car l'image de l'humanité réveille l'idée du Christ tout entier, du Verbe fait chair. Un artiste qui fait le portrait d'un homme, ne prétend pas peindre son âme, ni la séparer de son corps, ni confondre l'un avec l'autre. Ainsi l'incarnation de Dieu a rendu possible et permise la représentation de la forme humaine de Jésus-Christ. 2° Jamais les Pères n'ont appelé l'Eucharistie une simple image, et elle n'est pas du reste l'image du corps et du sang de Jésus-Christ : elle est plutôt, après la consécration, son propre corps et son propre sang. Auparavant, on ne peut l'appeler image que dans un sens large. Or, s'il est permis de peindre le Christ, à plus forte raison les saints. 3° Le mépris qu'on affecte pour l'art n'est nullement justifié : sans doute, les images ne peuvent d'elles-mêmes donner la vie ; mais la contemplation des images, en reportant la pensée vers les originaux, vers les choses qu'elles représentent, excite la piété et élève le cœur. 4° Les passages cités par les adversaires ou ne prouvent rien, ou ils sont apocryphes, ou ils émanent d'auteurs qui n'ont aucun crédit dans l'Église. 5° Les adversaires confondent l'adoration (latrie) avec le culte (duhe); ils méconnaissent la différence qui existe entre les chrétiens et les païens à propos du culte des images; ils accusent toute l'antiquité chrétienne (christianocategori) , et se mettent en contradiction avec eux-mêmes : car en même temps qu'ils défendent d'employer des images religieuses à des usages profanes, ils les laissent sur des vases et autres ornements, et veulent qu'on
honore le signe de la croix, qui est pourtant sur la même ligne que les images.
140. Dans la septième session (13 oct.), après avoir cité le Symbole et les six précédents conciles œcuméniques, on donna lecture du décret où il était dit : « Nous décidons que les saintes images, soit de couleur, soit de pièces de rapport, ou de quelque autre matière convenable, seront reproduites, ainsi que la figure de la croix, tant dans les églises, sur les vases et les habits sacrés, sur les murailles et les planches, que dans les maisons et les chemins, à savoir : l'image de Notre-Seigueur Jésus-Christ, de sa sainte Mère, des anges et de tous les saints; car plus on les voit souvent dans les images, plus ceux qui les regardent sont excités au souvenir et à l'affection des originaux. On doit rendre à ces images le salut et la vénération d'honneur : non la véritable latrie ou le culte suprême que demande notre foi, et qui ne convient qu'à la Divinité ; mais on approchera de ces images l'encens et le luminaire, comme on en use à Tégard de la croix, des Évangiles et autres choses sacrées, le tout suivant la pieuse coutume des ancêtres : car l'honneur de l'image passe à l'original, et celui qui la révère révère le sujet qu'elle représente. »
On prononça l'auathème contre les patriarches byzantins Anastase, Constantin et Nicétas, contre Théodose d'Éphèse, Constantin de Nacolie, etc. ; tandis qu'on acclama la mémoire de saint Germain de Constantinople, de saint Jean Damascène et de Georges de Chypre. Une relation de ce qui s'était passé fut envoyée à la cour impériale^ en même temps qu'un extrait des principaux passages des Pères, et l'on remit au clergé de la ville impériale une lettre synodale pour lui faire connaître les décrets qui avaient été rendus.
La huitième et dernière session (23 oct.) fut tenue à Constantinople, en présence d'Irène et de son fils. Après une allocution de Taraise, on donna lecture de la décision du concile. Quand l'assentiment de tous les membres eut été constaté, Irène et son fils Constantin la souscrivirent aussi. Les passages les plus explicites des Pères en faveur des images furent lus aux grands de l'empire et au peuple, et l'on termina les débats par de solennelles acclamations.
Mansi, XIU, 1 et seq.; Hard., IV, p. 158 et seq.; Héfelé, lU, p. 464 et suiv. Le décret (opoç) du concile, avec diverses variantes, se trouve aussi dans Pitra, Jur. eccl. greec, hist, et monum., II, p. 101 et seq.
141. Le concile établit vingt-deux canons, dans lesquels il adopta ceux des conciles précédents, y compris ceux du concile in Trullo (can. i). Ces canons ordonnaient de porter les écrits composés contre les images à la résidence épiscopale de Constantinople, où ils devaient être gardés à part. Les laïques et les moines qui les retiendraient, seraient frappés d'anathème, et les prêtres déposés (can . ix). Relativement aux promotions arbitraires faites par les empereurs aux charges ecclésiastiques (can. m), il fut déclaré qu'un évêquo ne pouvait être élu que par d'autres évêques (^Nic. I, can. iv); que toute nomination d'évêque, de prêtre ou de diacre faite par ordre du magistrat serait nulle (can. apost. xxxi). Comme plusieurs églises, pendant la querelle des images, avaient été consacrées sans reliques, il fut défendu aux évêques, sous peine de déposition, de consacrer des églises sans reliques (can. vu). Les monastères et les résidences épiscopales convertis en demeures profanes devaient être restitués, sous les peines canoniques (can. xni). D'autres décrets étaient relatifs à la discipline du clergé et des personnes religieuses, ainsi qu'aux juifs soi-disant convertis.
Taraise renseigna le pape sur les actes du concile. Partout les images furent rétablies dans l'empire grec, à la grande satisfaction du peuple et surtout des moines, et l'hérésie des iconoclastes parut anéantie pour jamais. Elle conserva toutefois des adhérents, surtout parmi les fonctionnaires, et les querelles intestines de la famille impériale entravèrent l'œuvre de la restauration ecclésiastique. Le patriarche, de son côté, eut des luttes à soutenir avec quelques moines d'un zèle outré, qui refusèrent pendant quelque temps de reconnaître le deuxième concile de Nicée.
Canon., ap. Mansi, XIII, p. 442-458; Pitra, loc. cit., p. 103-124 (avec des remarques); Héfelé, p. 475 et suiv.; Taras., Ep. ad Hadr.; Mansi, loc. cit., 458 et seq.; Héfelé, p. 483.
LUTTES Et CONTROVERSES RELIGIEUSES. 8i
Opposition des moines contre Taraise.
142. Plusieurs racines, raais surtout Sabas et Théoctiste, reprochèrent au patriarche d'avoir rétabh dans leurs fonctions des évêqiies convertis de l'hérésie, d'avoir autorisé la simonie dans la collation des ordres, et réintégré dans leurs charges, après une année seulement de pénitence, ceux qui avaient été ordonnés par des simoniaques. Taraise essaya de réfuter ces accusations dans une lettre à l'abbé Jean, et publia contre la simonie ' une lettre synodale sévère, qu'il envoya au pape Adrien, avec prière de la confirmer, attendu que tous étaient prêts à obéir au souverain pontife. L'impératrice s'efforçait d'amener le patriarche, déjà enclin de lui-même à la douceur, à user des plus grands égards envers ceux qui étaient tombés dans l'hérésie ou la simonie. Les moines ardents considérèrent ce prompt rétablissement comme une grave atteinte aux canons; ils attaquèrent même le concile de Nicée, qui, dans sa première session, s'était montré tout à fait favorable à ces sortes de ménagements. Comme la confirmation du pape se faisait attendre et qu'on avait des doutes sur la représentation des sièges patriarcaux à Nicée, on refusait' de reconnaître son œcuménicité.
Rome, écrivait Théodore Studite, n'a rien approuvé de semblable ; elle n'a reçu le concile que comme un concile particulier, où l'on ne s'est occupé du reste qu'à détruire une erreur particulière à l'Orient; les légats du pape ne sont pas venus à cause du concile, mais pour une autre affaire ; les Byzantins ont gagné les Orientaux, afin d'en imposer au peuple et de faire croire à un concile œcuménique; les légats de Rome, rentrés chez eux, auraient même été déposés par le pape pour avoir outrepassé leurs pouvoirs. Interrogé pourquoi, après le concile, il s'était laissé ordonner prêtre par Taraise (787-788), Théodore répondit qu'il était alors sans expérience, qu'il ignorait l'état des choses, qu'étant religieux il était tenu à l'obéissance, et que dans le doute il pouvait suivre l'opinion la plus douce relativement aux assurances du patriarche et à sa reconnaissance par les autres évêques ; que Sabas avait eu de bonnes raisons pour
' Elle était également censurée par le canon v du concile qui venait d'être célébré.
lU. — UlST. DE l'église. 0
82 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
résister à Taraise, tandis que lui, Théodore, n'avait pas rompu la communion avec le patriarche, parce que le patriarche était orthodoxe, qu'il avait été ordonné sans simonie, qu'il avait été jugé digne de la communion par les envoyés de Rome et s'était ostensiblement déclaré pour les bons principes. Théodore modifia plus tard ses sentiments en faveur de Taraise, et, mieux renseigné, reconnut le deuxième concile de Nicée pour œcuménique.
143. Il y eut encore plusieurs dissentiments entre l'Orient et l'Occident après le rétablissement de la communion religieuse. Irène n'entendait point que le pape recouvrât ses droits dans la basse Italie et en lUyrie, et elle était blessée de voir Bénévent assujetti aux Francs. Elle refusa de marier son fils avec Rotrude, fille de Charlemagne, et lui fit épouser, contre sou gré, une Arménienne, Marie Amuia (nov. 788). Plusieurs courtisans s'appliquèrent à envenimer la discorde naissante entre la mère et le fils. Irène, femme énergique et habituée au commandement, persistait à ne laisser aucune influence à son fils Constantin VI, et le traitait toujours avec rigueur. Constantin, de son côté, murmurait de n'avoir que le simple titre d'empereur, pendant que sa mère gouvernait seule avec le patrice Staurace. Il résolut, de concert avec quelques officiers, d'exiler sa mère en Sicile ; mais Staurace éventa la conjuration, et Irène en punit sévèrement les auteurs. Elle fit battre de verges son fils et le priva de la liberté. L'armée dut promettre par serment de ne point reconnaître d'autre souverain du vivant de l'impératrice, et dans tous les documents pubUcs le nom d'Irène fut placé avant celui de son fils (789).
Bientôt cependant (oct. 790) une partie de l'armée proclama Constantin VI seul empereur, et Irène fut reléguée dans le palais d'Éleuthère, qu'elle avait fait construire ; Staurace et d'autres eurent les cheveux coupés et furent exilés.
Le jeune empereur montra peu d'aptitude au gouvernement. Sur le désir de plusieurs seigneurs et à la demande de sa propre mère (15 janv. 792), il rendit à celle-ci le titre d'impératrice; seulement son nom devait être placé après celui de Constantin. Staurace rentra aux affaires, et régna de nouveau à côté de l'impératrice. Une partie de l'armée essaya d'élever sur le trône Nicéphoro, oncle de l'empereur ; mais Nicéphore et ses amis en
furent cruellement punis. Une insurrection fut également étouffée en Arménie (793).
Taras., Ep. ad Joan. Hegum.; Mansi, loc. cit., p. 472 et seq.; Migne, t. XCVUI, p. 1452 et seq.; Ep. c. Simon.; Mansi, p. 46t et seq.; Phot. Nomocan., I, 24; Pitra, loc. cit., p. 304 et seq.; Ep. ad episc, Siciliae; Pitra, loc. cit., p. 309 et seq. (des fragments dans Mai, Nov. Patr. Bibl , V, II[, 167); Vita S. Taras., c. vi, n. 22 et seq., p. 1401-1403; Theod. Stud., lib. I, ep. xxxviii, part. II (cf. Baronius, an. 787, n. 38); ep. un, lib. II; ep. lxxii, cxxvh, clxh, clxvi, cxcix (Migne, t. XCIX, p. 1044 et seq.; 1104 et seq., 1303, 1412, 1316, 1528, 1601); Tlieoph., p. 718 et seq., 723 et seq.; G. Ham., p. 662 et seq.; Gedr., Il, p. 23 et seq.; Héfelé, III, p. 484 et suiv. Mon ouvrage, Photius, I, p. 230-233.
Querelle des mœchianiens ou adultérins. — Divorce de Constantin VI et Opposition des moines.
144. De nouveaux troubles éclatèrent dans l'Église de Byzance lorsque Constantin YI (janvier 795) répudia sa femme Marie, qu'il haïssait depuis longtemps, en alléguant les soupçons qu'il avait conçus contre elle ; il la força d'entrer dans un monastère et il épousa une dame de la cour de sa mère, Théodote, parente du fameux abbé Théodore le Studite; il éleva même Théodote au rang d'Augusta. Le bruit se répandit que son ambitieuse mère l'avait elle-même engagé à cette démarche, afin de le rendre plus odieux encore et de régner seule.
En vain le patriarche s'opposa à ce divorce manifestement illégitime, en vain déclara-t-il que si l'empereur se remariait, il serait obligé de l'exclure des sacrements : Constantin repoussa ces remontrances par des menaces de nouvelles persécutions contre les partisans des images ; il résista même aux représentations du synceile Jean (le délégué des Orientaux en 787), malgré l'atfection qu'il lui portait. Il alla plus loin : il exigea que le patriarche bénît son mariage avec Théodote. Sur le refus du patriarche, la bénédiction nuptiale fut donnée par le prêtre et économe Joseph. Taraise crut avoir fait son devoir en désapprouvant la conduite de l'empereur et en lui refusant son concours ; il ne pensa pas devoir aller plus loin, afin de ne pas exciter sa colère et amener de plus grands maux. Il suivit la coutume des Byzantins et se renferma dans une prudente dissimulation.
(Juant aux religieux moins indulgents, le vieillard Platon,
B4 HISTOIRE DE l'église.
abbé de Saccudium, et son neveu Théodore, abbé de Stude, ils flétrirent hardiment la conduite de l'empereur, ce « nouvel Hérode », et déplorèrent amèrement de ne pas trouver en Taraise la fermeté d'un saint Jean-Baptiste. Ils évitèrent toute relation avec les parents qu'ils avaient à la cour, et ne se laissèrent ni gagner par les promesses et les honneurs, ni intimider par les menaces et les persécutions. Ils se séparèrent de la communion d'an patriarche qui, traitant l'empereur adultère comme un membre de l'Église^, avait permis que l'impératrice fût, malgré elle, revêtue de l'habit religieux, avait toléré la nouvelle union de Constantin, et même, dit-on, autorisé le prêtre Joseph à la bénir. Sa réserve et sa prudence, ils l'imputaient à lâcheté et à faiblesse; ils y voyaient une approbation indirecte de tous les désordres qui se commettaient contre les mœurs, un assentiment partiel donné aux plus criminels attentats. Ils refusèrent également la communion à tous ceux qui reconnaissaient le nouveau mariage de l'empereur, invitèrent les prêtres et les moines à la résistance, et prouvèrent par des textes des Pères que les inférieurs ont le droit de reprendre les supérieurs, même les évoques, quand ils sont en défaut, et de n'avoir avec eux, ni de près ni de loin, aucune société.
145. En vain la cour essaya-t-elle de gagner l'abbé Théodore, si hautement vénéré; en vain Théodote alla-t-elle le trouver avec de riches présents. L'empereur lui-même ne fut pas plus heureux : il se vengea en le faisant battre de verges, jeter en prison, puis déporter à Thessalonique avec d'autres moines. Son oncle Platon fut également emprisonné. L'exemple de ces moines intrépides releva le courage des autres. On prétend qu'Irène en prit plusieurs sous sa protection. Le pape, dont Théodore invoqua le secours, loua sa fermeté dans une lettre paternelle, mais no put rien contre le tyrannique empereur. Le patriarche lui-même supportait péniblement de voir tant do moines illustres séparés de sa communion, et souffrait d'un tel scandale donné au peuple; d'autre part, il craignait, en excommuniant l'empereur, d'encourager les ennemis des images, de renverser enfin l'œuvre qu'il avait si péniblement édifiée de 784 à 787. 11 excita tellement les soupçons de l'empereur, que la plupart (le ses démarches furent surveillées par des espions déguisés on syncelles, et qu'il se vit presque privé de toute liberté.
LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES. 8o
Sur ces entrefaites, Constantin VI, dont le fils Léon mourut prématurément, fut détrôné par sa mère en 797, après divers projets avortés. Irène ordonna de lui crever les yeux, et cet ordre fut exécuté de telle façon qu'il en mourut. Irène, désormais seule maîtresse do l'empire, s'y maintint pendant cinq années, contre les parents de son mari. Elle songeait à se marier avec Charlemagne ; mais le patrice Aélius, tout-puissant après la mort de Staurace (mort en 799), empêcha, dit-on, la réalisation de ce projet, dans le dessein de procurer le trône à son frère Léon. Les revirements qui se produisirent alors, rendirent la liberté aux abbés Platon et Théodore, ainsi qu'aux moines groupés autour d'eux. Platon, éclairé par Taraise sur les motifs de sa conduite antérieure, se réconcilia avec lui, d'autant plus que le patriarche déposa le prêtre Joseph, qui avait béni la coupable union de l'empereur. Irène loua les deux partis, l'un pour son zèle, l'autre pour sa prudence. L'abbé Théodore, que l'impératrice accueiUit avec distinction, s'occupa de relever les monastères de Saccudium et de Stude, et la paix rehgieuse parut rétablie.
Opposition des moines sous Fempereur Nicéphore et sous le patriarche de ce nom.
1 46. Irène fut renversée par une révolution de palais (31 oct. 802), et le logothète (grand trésorier) Nicéphore, homme perdu de mœurs, monta sur le trône. La paix ne fut point d'abord troublée, et, à la mort du patriarche Taraise, l'empereur consulta même les abbés Pljiton et Théodore sur le successeur qu'il conviendrait de lui donner (806). Ils répondirent en termes généraux qu'il falfait nommer un homme capable et qui eût passé par tous les degrés de l'ordre ecclésiastique. Ils voulaient détourner l'empereur de l'idée de nommer évêqiie un laïque. L'empereur reçut mal cette réponse et choisit un homme d'État, Nicéphore, qui, après quelques hésitations, accepta sa nouvelle dignité et reçut les ordres. Encore qu'il fût orthodoxe, savant et de mœurs irréprochables, le parti plus rigide des moines et des pnHres lui fit opposition : ils lui reprochaient d'avoir passé d'un seul bond de l'état laïque à l'épiscopat, abus qui avait été récemment blâmé par le pape Adrien I" et qui semblait maintenant passer eu coutume.
Déjà l'empereur s'apprêtait à expulser de la ville les moines récalcitrants, qui se groupaient autour des abbés Platon et Théodore et refusaient comme eux de reconnaître le nouveau patriarche. Il en fut empêché par de sérieuses représentations : qu'allait devenir le nouveau patriarche, déjà si détesté, si l'on expulsait des couvents près de sept cents moines et si l'on dépeuplait ainsi de si célèbres maisons? Platon fut renvoyé dans son monastère après vingt-quatre jours d'emprisonnement. Bientôt les griefs des moines contre la promotion anticanonique de Nicéphore furent relégués au second plan par des griefs plus sérieux encore. Le nouveau patriarche, sur le désir de l'empereur, consentit à réintégrer dans ses fonctions le prêtre Joseph, déposé pour avoir béni le mariage de Constantin VI avecThéodote. Platon, Théodore et son frère Joseph, archevêque de Thessalonique, voyaient là un affreux scandale et une offense multiple aux canons. Le patriarche invoquait la nécessité de prévenir de plus grands maux et le jugement du synode réuni autour de lui ; mais les studites condamnaient la pratique de Constantinople, qui trop souvent tournait en abus, et ils ne considéraient ce synode que comme une assemblée anticanonique ; quant au patriarche Nicéphore, qu'ils avaient autrefois averti, il n'était à leurs yeux qu'un instrument docile entre les mains de l'empereur. Cependant ils se bornèrent à se tenir secrètement éloignés de la communion du prêtre Joseph et du patriarche.
Theoph., p. 727-7S2; G. Ham., p. 668 et seq.; Cedr.,11, p. 25 et seq.; Vita S. Taras., c. vu et seq.; Theod., Vita S. Platon. (Migne, t. XCIX, p. 828 et seq.); Relatio de Taras, et Niceph. (Mai, Spic, VII, prœf., p. XXX et seq.; Nov. Patr. Bibl., V, II, p. iv; Goar., in Theoph., Il, p. 5Ö7-562, éd. Bonu.); Vita S. Theod. Stud., c. xviii et seq., p. 130 et seq.; Michael mon., in Vita S. Theod., c. xiv et seq.; Theod. Stud., lib. I, ep. XXX, p. 1008 (cf. Baronius, an. 795, n. 46); lib. I, ep. iv (Baronius, h. a., n. 63 et seq.); op. v,etc.,xvi,xxvi,xxxi;lib. II, ep. ccxviii. Mon ouvrage, Photius, I, p. 255-263.
147. L'attitude des moines, qui ne fut connue du public que deux ans plus tard (808), produisit une grande sensation. Théodore, prévoyant un orage menaçant, exposa dans plusieurs lettres les motifs de sa conduite. Il déclara que si le prêtre Joseph résignait ses fonctions ecclésiastiques, il se rattacherait
à la communion du patriarche, mais qu'il ne pouvait pas dépasser ces limites, d'autant plus que des évêques avaient déjà souvent agi d'une manière déraisonnable, qu'ils avaient réuni de nombreux conciles où ils s'étaient appelés l'Église de Dieu ; zélés en apparence pour les canons, ils les avaient foulés aux pieds dans la pratique. Il ne fallait donc pas s'étonner si près de quinze évêques avaient déclaré innocent et rétabli dans ses fonctions un prêtre canoniquement condamné pour un double motif : 1° parce qu'il est défendu aux prêtres de participer aux noces des bigames ', à plus forte raison à des mariages adultères; 2° parce que celui qui a été exclu pour un crime ne doit pas, selon les canons, être entendu, s'il ne s'est réconcilié avec l'Église dans l'espace d'un an. Il ajoutait que Joseph, exclu depuis huit ans (797-806), a été réintégré dans l'Église au mépris de toutes les lois ecclésiastiques, en vertu d'une simple décision de l'autorité temporelle ; que, sous un prince orthodoxe, les moines n'ont rien à redouter, eux qui n'ont point été inquiétés sous le règne de l'adultère; que le criminel qui a commis un blasphème en prononçant les paroles du mariage sur les conjoints adultères, ne peut plus jamais être reconnu comme prêtre.
Théodore combattit cette opinion, qu'on ne doit se séparer de son évêque que pour cause de foi ; l'observance des canons était, selon lui, aussi nécessaire que l'orthodoxie. Traité de schismatique par le patriarche, l'abbé protesta qu'il ne méritait point ce nom ; qu'il inclinerait volontiers vers la paix, si Nicéphore écartait Joseph de l'autel; qu'il ne s'arrogeait pas le droit de censurer l'évêque, mais que le soin de son âme l'empêchait de communiquer avec un criminel, et qu'il n'avait garde de donner aucune approbation à ce qui s'était fait contre le droit.
Les Moines condamnés par le patriarche.
148. L'empereur Nicéphore résolut de prendre des mesures contre les moines récalcitrants ; il ordonna au patriarche d'assembler un concile, où comparurent Platon et les autres moines (janv. 809). D'après les lettres de Théodore, ce concile aurait déclaré (peut-être d'une manière indirecte seulement) : 1° que le mariage de Constantin VI avec Théodote devait être consi-
' Concile de Néocésarée, can. vu.
H8 HISTOIRE DE l'église.
déié comme légitime, parce qu'il y avait eu dispense ; 2" que les empereurs ne sont pas soumis aux lois de l'Église; 3° que l'exemple de saint Jean-Baptiste et de saint Chrysostome ne peut pas être cité en faveur des moines turbulents; 4° que les évêques ont autorité sur les canons et le droit d'en dispenser ; 5° que quiconque dira le contraire est anathème.
On condamna ensuite Platon et les autres moines, on déposa l'archevêque de Thessalonique, on exila tous les moines dans les îles voisines, où ils furent enfermés dans des prisons séparées. Leurs partisans furent cruellement persécutés. Le monastère do Stude, qui commençait à refleurir, déclina rapidement. Cependant Théodore et Platon ne fléchirent point devant la souffrance et la tyrannie : ils se prononcèrent avec plus d'énergie encore contre le patriarche, qui venait dans son concile de décerner un privilège à l'adultère et d'affermir ainsi « l'hérésie mœchianienne ». Déjà il ne s'agissait plus pour eux d'une question de pure discipline : le terrain de la foi et des mœurs, l'Évangile même étaient attaqués. C'est pourquoi l'indomptable Théodore invoqua le Saint-Siège comme le gardien de la pureté de l'Église, le vengeur des crimes perpétrés, le juge suprême du jugement porté par le concile byzantin.
Appel des moines au Saint-Siège.
149. Bien que le patriarche, empêché par l'empereur, n'eût pas encore envoyé de délégués à Rome, ni par conséquent obtenu la reconnaissance formelle du pape, la séparation des studites d'avec leur patriarche et le bruit de leur attitude schismatique ne laissèrent pas d'y produire une impression défavorable aux moines. Dt\jà en 808, Théodore, écrivant à Basile, abbé d'un couvent grec à Rome, contre le reproche de division, avait parlé avec quelijue vivacité du peu de cas qu'on y avait fait do la rentrée en grâce du prêtre condamné. En 809, Théodore et Platon adressèrent au pape Léon III, par l'entremise de l'archimandrite Epiphane, une lettre respectueuse, bientôt suivie d'une autre, transmise par Eustathius : ils lui rendaient compte des nouveautés qui se faisaient jour dans l'Église de Byzance; ils le priaient de tendre une main secourable aux orthodoxes de l'Orient, de peur qu'ils ne succombassent dans
cette nouvelle hérésie des mœchianiens; ils l'adjuraient d'opposer à cette erreur, comme l'avait fait Léon I" dans sa lutte contre les eutychiens, la force de son autorité, et de la réprouver solennellement. Théodore et ses amis le conjuraient aussi de les soutenir par ses lettres et ses prières. Ce dernier vœu fut exaucé : le pape leur envoya des consolations et des encouragements. Les moines le remercièrent avec effusion; puis ils développèrent de nouveau leurs vues sur le concile de Nicéphore, exprimant l'espoir que Léon III accomplirait, sous l'inspiration du Saint-Esprit, ce qui serait agréable à Dieu. Ils écrivirent à Basile, abbé de Rome, pour le prier de s'intéresser à leur cause auprès du Saint-Siège.
150. Le pape, privé de renseignements du côté du patriarche, ne pouvait pas prononcer un jugement en forme avant de l'avoir entendu et d'avoir pris connaissance des actes de son concile. Il se pouvait aussi que les moines persécutés eussent franchi les bornes d'une résistance permise, qu'ils eussent chargé la peinture qu'ils faisaient du « concile des adultères » . De plus, Léon 111 désirait éviter tout ce qui pouvait offusquer trop vivement les Grecs et les éloigner encore davantage du Saint-Siège, tant que l'évidence du devoir ne lui commanderait pas une conduite difTérente. Gracier un prêtre canoniquement déposé ne révoltait pas autant les Occidentaux que les moines byzantins. Léon III pouvait donc se borner à consoler les persécutés, en attendant l'occasion de faire d'autres démarches. Il est vraisemblable qu'il demanda la médiation de Charlemagne : car ce prince, vers 810, entama des négociations de paix avec l'e'mpereur grec.
Sur ces entrefaites, la persécution continuait en Orient. Quiconque ne se soumettait pas à « l'économie » byzantine ou en contestait la légalité, qu'il fût moine uu laïque, évêque même, courait le risque de la prison et de l'exil. L'abbé Théodore, toujours infatigable, ne cessait de ranimer les siens et de les assister de ses conseils. Il établit un alphabet secret pour la correspondance épistolaire de ses disciples, écrivit, d'après Euloge d'Alexandrie, un livre sur « l'économie » dont on parlait tant, et fut, même pendant son exil, redoutable à ses ennemis.
Le gouvernement de l'avare et tyrannique Nicéphore devenait chaque jour plus odieux, d'autant plus que ce prince avait
donné pour femme à son fils Staurace Théophano d'Athènes, déjà mariée, et qu'il opprimait durement le clergé. Il perdit l'estime de l'armée et du peuple en violant plusieurs fois son serment dans une expédition contrôles Bulgares, et en laissant de nouveau toute liberté aux iconoclastes, dont l'un, le moine Nicolas, se moquait impunément et des images, et de la religion, et du patriarche. Enfin, au mois de juillet 811, Nicéphore mourut ignominieusement dans un combat contre les Bulgares ; son fils Staurace succombait peu de temps après à ses blessures, et Michel Rhangabé, proclamé empereur même avant la mort de Staurace, montait sur le trône.
Fin de la querelle.
151. Michel I", cœur noble et bien intentionné, mais faible et inconstant, rappela ceux qu'avait exilés Nicéphore et rendit la liberté à plusieurs captifs. Il parvint aussi à réconcilier les studites avec leur patriarche, lequel consentit à déposer de nouveau le prêtre Joseph, retira ses précédents décrets, donna pleine satisfaction aux moines, et déclara que c'était uniquement par crainte de plus grands maux qu'il avait pris les mesures désapprouvées par eux. La communion était rétabUe entre les deux partis, et les moines rentrèrent dans l'obédience de Nicéphore. Ceux qui résistaient encore, comme l'abbé do Saint- Pierre, Antoine, Théodore essaya lui-même de les ramener et d'obtenir ainsi leur élargissement, que l'empereur avait subordonné à leur communion avec le patriarche. Tout ce qui avait ou lieu depuis la division devait être voué à l'oubli et abandoimé au seul jugement de Dieu. L'empereur écrivit au pape sur les discordes passées, et le patriarche envoya à Rome sa lettre synodale, en justifiant ce long retard par la tyrannie du précédent empereur. Le pape Léon confirma par ses lettres et ses légats la paix qui venait d'être conclue.
Thftod. Stud., lib. I, ep. xxiv, p. 1)81 et seq.; ep. xxi, xxii, xxiii, xxv, XXVI, xxviii, XXXI, xxxiii-xxxv, XL, XLi, XLViiT, LI, Lvi; Tlieoph., p. 752 et. seq.; G. Ham., p. ß'ß et seq.; Gedr., II, 40 et seq.; Vita Theod. Stud., cap. xLvi el seq.; Laud. S. Platon., n. 3Ö-.37; Mansi, XIV, 15. Mon ouvrage, Photius, I, 263-271 ; Baronins, an. 808-811.
Seconde Controverse des images. — Léon l'Arménien.
152. Le règne de Michel fut généralement malheureux. Les Sarrasins et les Bulgares menaçaient l'empire sans trouver de sérieuse résistance. Les iconoclastes, toujours remuants, rappelaient les victoires de leur Constantin Copronyme, qu'ils vénéraient comme un saint; ils allaient en pèlerinage à son tombeau et s'écriaient : (( Lève- toi pour sauver l'empire chancelant ! ') Le patriarche Nicéphore, qui en 812 visita sur son Ut de mort le célèbre abbé Platon et lui prépara de brillantes funérailles, fit en 813 des processions à l'église des Apôtres. Pendant la cérémonie, les iconoclastes ouvrirent le tombeau de Constantin, qui se trouvait dans cette église, et s'exposèrent ainsi aux plus terribles châtiments.
Lorsque Michel I", entièrement défait par les Bulgares le 22 juin 813, se réfugia dans sa capitale, les officiers et les soldats l'accablèrent d'injures, lui arrachèrent la promesse de son abdication, et invitèrent le fameux général Léon l'Arménien à saisir le pouvoir. Léon accepta après quelques hésitations, et fut proclamé empereur. Michel et ses enfants se virent contraints d'entrer dans un monastère. Ses fils furent faits eunuques. Léon V (813-820) assura le repos de l'empire par une victoire sur les Bulgares, et, plein de respect pour la mémoire des empereurs iconoclastes, se déclara l'ennemi des images. Il y fut encouragé, dit-on, par le moine Sabbatius, l'abbé Jean le Grammairien (nommé aussi Lécanomante, parce qu'il exerçait la divination avec des bassins d'airain), et par im officier du nom de Théodote Cassitéras.* Textes bibliques et prophéties, ruses et charlatanerie, ils employèrent tous les artifices pour séduire l'empereur, comparant le règne prospère des empereurs iconoclastes aux règnes désastreux des partisans des images. Grâce aux ménagements de Taraise, plusieurs évêques iconoclastes, qui avaient fait semblant de se rétracter et avaient conservé leurs sièges, étaient prêts à tout instant, au moindre signal de la cour, à soutenir leurs anciens principes. Déjà des préparatifs avaient lieu dans ce sens; les prêtres favorables aux vœux de l'empereur se réunissaient au palais, et cherchaient des arguments et des textes contre le culte des images. En 814, ils rédigèrent une longue dissertation dans le sens du faux concile de 754.
Le Patriarche Nicéphore.
153. Le patriarche Nicéphore, habitué encore, lors de son exaltation, à l'obéissance aveugle d'un fonctionnaire de l'État, montra, dans les premières années de son administration, peu de cet esprit d'indépendance qui sied à un représentant de l'Église, surtout à l'égard de l'empereur son homonyme. Mais sous Léon V, dont il devait bientôt suspecter l'orthodoxie, il prit une attitude qui lui valut un grand renom au sein de l'Église grecque et le mit au niveau du célèbre Théodore Studite. Informé des intrigues qui se nouaient pour abolir le concile de 787, il appela plusieurs ecclésiastiques à rendre compte de leur conduite dans un concile, décida l'abbé Jean à solliciter son pardon et à se retirer dans un monastère, amena Antoine, évêque de Sylée, imbu des mêmes sentiments, à renouveler sa profession de foi (laquelle se trouva dans la suite n'être qu'une hypocrisie).
En décembre 814, Léon essaya de faire entrer le patriarche dans ses projets, en alléguant les maux que le culte des images avait procurés à l'empire, l'opinion du peuple, le silence de la Bible sur les images. L'empereur n'étant que laïque, Nicéphore se borna à lui opposer la tradition de l'Église, qui devait lui suffire, s'il était encore catholique; il releva en même temps l'inconséquence des adversaires,, qui ne laissaient pas d'honorer le livre des Evangiles et le signe de la croix. Léon, mécontent de cette réponse, s'appuya sur les nombreux théologiens de son parti. En vain le patriarche lui envoya-t-il dans la suite plusieurs savants évêques et abbés pour lui suggérer de meilleurs sentiments. Nicéphore rejeta la proposition d'une conférence avec les adversaires des images, parce que la question avait été définitivement vidée par le septième concile œcuménique, et il assembla lui-même à Saiute-Sophie les évêques et les archimandrites, pour prononcer l'excommunication contre l'évêque Antoine, reconnu parjure, et renouveler la promesse de rester inviolablemeut attachés à la doctrine de l'Église. Plusieurs laïques se groupèrent autour de Nicéphore et de son clergé, et persévérèrent tout la nuit en prière avec eux.
Théodore Studite.