‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 6 sur 44 · La colère de l'empereur, quand il apprit cette réunion · texte numérisé non relu

La colère de l'empereur, quand il apprit cette réunion

ne fit que s'accroître, et déjà les soldats portaient la main sur l'image de Jésus-Christ qu'Irène avait fait replacer sur la porte d'airain. L'empereur cependant ne voulait point encore recourir à la violence, et il manda le patriarche (815). Nicéphore se rendit au palais, escorté d'évêques, de moines et d'abbés. Tandis qu'il s'entretenait seul avec l'empereur, il lui dit qu'il n'était pas isolé dans son parti, mais que plusieurs adhéraient à ses vues. Léon V fit entrer toute la suite du patriarche et la reçut avec un grand appareil, entouré de plusieurs fonctionnaires et du clergé soumis à ses ordres. L'empereur prononça d'abord un discours contre ce qu'il appelait une idolâtrie, et proposa de nouveau un colloque entre les deux partis. Le patriarche et les évéques s'y opposèrent pour différents motifs, surtout Théodore de Stude. Théodore, qui avait déjà combattu autrefois cette maxime que l'empereur n'est pas soumis à la loi de Dieu, s'expliqua longuement sur la distinction des deux puissances et sur les devoirs d'un empereur chrétien envers l'Église.

Léon se plaignit que ce moine arrogant l'avait traité comme le dernier homme du peuple. Il mérite certainement la mort, dit fempereur, mais je ne veux point lui donner la gloire du martyre. L'assemblée fut congédiée brutalement et presque chassée du palais. Les moines se réunirent alors autour de l'abbé Théodore, qui les exhorta à soutenir courageusement la lutte. On leur défendit de s'assembler et d'agiter aucune question religieuse; ils devaient garder le plus strict silence et s'y obliger en donnant leur signature. Théodore refusa de le faire, déclarant que se taire en pareille rencontre serait trahir la vérité, que -nulle puissance humaine ne pouvait empêcher de la défendre, et qu'il fallait suivre l'exemple des apôtres'. Théodore essaya par ses lettres de raffermir et réconforter le patriarche abattu, qui s'était vainement adressé à l'impératrice et à différents officiers. L'empereur courroucé lui avait fait défense de prêcher et de célébrer en pnblic, et l'avait privé de la surveillance des objets précieux de l'éghse. Nicéphore étant tombé gravement malade, Léon espéra que sa mort le dispenserait de recourir aux mesures de rigueur; mais la guérison du patriarche ne hii laissa d'autre parti que de se défaire de lui par un concile d'évêques complaisants.

' Act., IV, 19; V, 29.

Theoph., p. 773 et seq.; Genes., lib. I Reg., p. 4 et seq.; G. Ham., p. 678 et seq.; Theoph. Cont., 1, 1 et seq., 17; Vita S. JSiceph., c, v et seq.; Vita ïheod., c. lxh et seq., lxxvi; Theod. Stud., lib. I, ep. xxxvi ad Euprep.; Theosterict., in Vita S. Nicet. (Acta sanct., 1 apr., app., p. XXII et seq.); Anon. de Leone Bardae post. Leon. Gram., p. 340 et seq., ed. Bonn.; Mansi, XIV, 112-118; Neander, II, p. 292; Héfelé, IV, p. 1 et suiv. Mon ouvrage, Photius, 1, p. 271-277,

Exil du patriarche. — Ses Successeurs iconoclastes. 155. Le concile se réunit. Le patriarche, sommé d'y comparaître, refusa de se présenter devant un tribunal partial, qui, même avant de le mander, lui avait refusé le titre de patriarche. Une foule ameutée devant sa résidence essaya de l'intimider par ses clameurs. On le contraignit enfin d'abdiquer, et on le conduisit en exil de l'autre côté du Bosphore (mars 815). Il continua de défendre de vive voix et par ses écrits la doctrine de l'Éghse. Une grande partie du troupeau demeura fidèle au pasteur exilé, et Théodore Studite le félicita de la victoire morale qu'il venait de remporter. Le siège de Constantinople échut à Théodote Cassitéras, officier ignorant, marié et beau-frère de Constantin V, dont la troisième femme était sœur de Théodote. 11 reçut immédiatement la tonsure et fut sacré le jour de Pâques, 1" avril 815. Le nouveau patriarche, Théodote I", célébra aussitôt un concile, qui rejeta le septième concile œcuménique et proclama à sa place le concile de 754. Les évêques, les prêtres et les laïques récalcitrants furent frappés d'excommunication et gravement maltraités. A dater de ce jour, les iconoclastes occupèrent de nouveau le siège patriarcal pendant vingtsept ans, et la persécution contre les catholiques recommença.

Vita s. Niceph., c. x et seq.; Theosterict., loc. cit.; Mansi, XIV, 133- 136; Theoph. Cont., I, 17; Genes., lib. I, p. 16; Theod., lib. Il, ep. XVIII, p. 1173 et seq.; Baronius, an. 814, n. 20; Héfelé, IV, p. 5. De Nicéphore nous avons, outre la Disputatio cum Leone Arm. (Combéfis, Manipul. rer. CpL, Paris, 1664, p. 159-162; on n'est pas certain si elle a la forme primitive et de quel entretien elle fait partie): Très Invect. in Constantin. Copron., un Apologeticus major et un minor (Mai, Nova Patr. Bibl., t. V, part. I), puis des œuvres historiques (Breviar. hist., de 602 à 770, éd. Petav., Paris, 1616, 1648; Chronogr., éd. Goar., Paris, 1652), et des canons (Mansi, XIV, 119 et seq.; Pitra, II, p. 317-350). Voy. Wigne, Pair, gr., t. C; Pitra, loc cit., p. 314-316.

LUTTES ET CONTROVERSES RELIGIEUSES. 9o

Travaux de Théodore Studite.

456. Théodore Studite et plusieurs autres moines avec lui montrèrent une admirable fermeté. Déjà avant la promotion de Théodote, dont lui et les siens évitaient la communion, il avait fait, le dimanche des Rameaux, une procession avec des images autour de sou couvent, en exécutant des chants en leur honneur. Invité au concile de Théodote, il avait répondu que les moines ne pouvaient, sans leur évêque Nicéphore, participer à aucune délibération religieuse, surtout à une délibération dirigée contre un concile œcuménique inattaquable. Il dédaigna les menaces de l'empereur, et considéra tout accommodement comme une trahison de la vérité. Exilé, jeté en prison, il continua d'encourager les siens par ses lettres et de les avertir de rester attachés à l'Église universelle, dont l'Église de Byzance n'était qu'une branche détachée par l'hérésie.

Comme les moines exilés devenaient de jour en jour plus courageux, on les rappela, à l'exception de Théodore, dont on redoutait Tinfluence sur les autres; on leur demanda seulement de communiquer une seule fois par un acte public avec le patriarche Théodote. Plusieurs, se laissèrent séduire, et Théodore dut les exhorter à la pénitence. L'empereur le fit déporter plus loin et battre de verges ; mais il n'en persévéra pas moins à défendre dans ses lettres la cause de l'ÉgUse, et il remporta ce triomphe que plusieurs persécuteurs lui témoignèrent leur vénération et plusieurs apostats leur repentir. Théodore était le centre intellectuel des catholiques de ce temps ; on lui demandait des éclaircissements sur les différents points de la vie religieuse. De nouvelles persécutions fondirent sur lui quand on sut qu'il avait converti un prêtre iconoclaste et que plusieurs de ses lettres furent tombées dans les mains de Léon. En 819, il fut déporté à Smyrne, dont l'évêque iconoclaste lui fit souffrir beaucoup de tourments. L'empereur mit à la tète des couvents de Stude et de Saccudium l'abbé Léonce, qui de mœchianien était devenu briseur d'images, et allait se faire le bourreau des moines encore subsistants.

Progrès de la persécution.

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