‹ Histoire de l'église (volume 3)Chapitre 8 sur 44 · HISTOIKE DK J.'kGMSK · texte numérisé non relu

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paiules out retenti à son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. « Le Christ avait besoin du baptême, non pour être purifié de ses péchés, mais potir être spirituUement engendré. Esclave par nature, il devint dans le baptême enfant de Dieu par la grâce d'adoption. Cette adoption se développe progressivement et ne sera complète qu'à la résurrection, etc. 4° Enfm, Alcuin relève l'incompréhensibilité du mystère de l'Incarnation, d'après Isaïe, LUI, 8. Le fait doit nous suffire, dit-il ; rechercher le comment est superflu, et conduit aisément à la perdition.

Alcuin., ap. Migne, t. CI, p. 86 et seq. — Felic. Fragm., ap. Alcuin., et in Ep. Elip., Migne, t. XCVI. p. 880 ; Alcuin. libri VII contr. Felic, Migne, t. CI, p. H9 et seq.; Paulin. Aquil., adv. Fel., Migne, t. XCIX, p. 350 et seq.; Conc. Rom. et Aquisgr., Mansi, XIII, 1030, 1034 et seq.; Migne, t. XCVI, p. 883; Héfelé, III, p. 721 et seq. (2^ édit.); Dœllinger, Lehrb., I, p. 361.

Fin de l'adoptianisine.

176. Félix avait trop de fois changé de sentiment pour qu'on le crût capable de persévérance, malgré les plus belles protestations. Aussi Charlemagne ne voulut point qu'il retournât en Espagne ; il le confia à la surveillance de Riculf, archevêque de Mayence, et plaça le prêtre qui l'avait accompagné sous la garde d'Arnon, archevêque de Salzbourg. Sur le conseil d'Alcuin, Leidrade, archevêque de Lyon, reçut sur ces entrefaites l'ordre de les garder tous deu.x près de lui, afin de se convaincre de la sincérité de leur conversion. Félix envoya .sa profession de foi catholique aux Espagnols qu'il avait autrefois égarés, et jusqu'en 81(5 il vécut passablement libre et sans éveiller de nouveaux soupçons. Alcuin, qu'il détestait si fort autrefois, reçut à Tours sa visite avec celle de l'archevêque Leidrade, et Félix lui témoigna beaucoup d'affection. Cependant on trouva après sa mort divers écrits qui semblaient attester qu'il avait emporté dans la tombe son ancienne erreur. Agobard de Lyon écrivit encore contre lui. Les deux principaux chefs morts, l'hérésie disparut insensiblement; une nouvelle mission, donnée par les archevêques de Lyon et de Narbonne et par l'abbé Benoît (800), avait amené l'abjuration de beaucoup de clercs et de laïques. Quelques savants, comme Folmar, vers 1160, furent encore plus lard accusés d'adoptianisme.

M rriîS ET CONTKOVIÎRSES RELlGlIil SES. î "2 l

Alcuin. Ep. xcii, cviii, cxvii; Migne, t. (J, p. 297, 329, 351 ; Neander, II, p. 92; Héfelé, III, p. 724(2'= éd.); Agobard. Lugdun., advers. dogina Felicis. — Duns Scot et Durand de Saint- Pourçain (xiv« siècle) admettaient le terme de « filius adoptivus » dans un sens restreint et impropre. G. Vasquez (in S. S. Thom., part. III, disp. lxxxix, c. vu) et plusieurs protestants (G. Calixt, Basnage, Dorsch, Werenfels, Mosheim) ont aussi partiellement défendu les adoplianistes, mais avec peu de succès, comme l'ont montré les protestants Cotta, Huddeus. Forbèse, Waloh, Baumgarlen, et les catholiques Pétau, Noël Alexandre, Madrisi. Enhuber. Voy. Héfelé, III, p. 645 et suiv, (2'= éd.). Pour les détails, Garas, K.-G. Spaniens, II. 2; Regensb., 1874, p. 261-298.

Controverses théologiques. — Les Évêques espagnols contre Benoît II.

177, Pour témoigner de leur assentiment complet à la décision du sixième concile œcuménique, les évêques d'Espagne, vers 686, avaient envoyé à Home une exposition de foi, ou apologie en quatre chapitres, rédigée par Julien, archevêque de Tolède. Le pape Benoît 11 y trouva des passages inexacts et choquants, ainsi qu'il le manda aux évêques, et il désigna de vive voix à leurs délégués les endroits qui lui paraissaient devoir être amendés. Les soixante évêques réunis en 688 pour le quinzième concile de Tolède, sous la présidence de Julien, soutinrent expressément, ainsi qu'ils l'avaient déjà fait auparavant, les passages incriminés. Ces passages étaient les suivants : 1° En ce qui concerne les rapports du Fils de Dieu au Père, il était dit : « La volonté engendre la volonté, comme la sagesse la sagesse. » C'était une erreur, car si la connaissance et la volonté sont de l'esprit, la réciproque n'est pas vraie : l'esprit n'est pas de la volonté ni de la connaissance ; le Fils est du Père, mais non le Père, du Fils. Les Espagnols répliquèrent qu'ils n'avaient pas parlé ainsi selon l'analogie de l'esprit humain ; que les termes de (< volonté » et de « sagesse » n'étaient pas employés d'une manière relative et pour désigner les personnes, mais d'une manière absolue et pour exprimer la nature ; qu'ils se rattachaient aux expressions employées par saint Athanase et saint Augustin, de Trin., XV, xx, et étaient analogues à ces mots du Symbole : « Lumière de lumière »; qu'on ne peut pas dire de l'homme que « la volonté engendre la volonté », car la volonté

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procède de l'esprit, tandis (ju'eii Dieu vouloir et penser sont une mémo chose; que la nature de Dieu est identique à sa sagesse et à sa volonté; que, dans cette proposition : « la volonté engendre la volonté », il ne faut pas entendre deux volontés ou substances dilférentes, mais une seule volonté, une seule substance ; que les noms absolus conviennent aux trois personnes divines, soit ensemble, soit isolément, tandis que les noms relatifs ou appropriés ne s'appliquent qu'à une seule personne. Il serait absurde, ajoutaient-ils, d'entendre dans un sens relatif l'expression incriminée ; la volonté s'appelle ordinairement le Saint-Esprit. Or le terme « volonté de volonté » serait synonyme de « Saint-Esprit du Saint-Esprit », à quoi personne ne songe. Le Fils, au contraire, on l'appelle volonté de volonté, sagesse de sagesse, substance de substance, pour désigner son origine du Père et sa consnbstautialité avec lui. 2" On trouvait encore étrange que les Espagnols eussent parlé de trois substances en Jésus-Christ. Ils se justifièrent en disant que le Christ, en tant qu'homme, se compose d'un corps et d'une âmo, mais qu'en sa qualité de Dieu il possède aussi la nature divine ; que cela est conforme à la doctrine de l'Écriture et des Pères. ;r Rome enfin avait marqué comme inexacts les deux derniers chapitres, que l'on justifiait en disant qu'ils étaient pres'quc textuellement extraits de saint Ambroise et de saint Fulgence. .lulien s'éleva avec une certaine vivacité contre les reproches qu'on lui faisait, et il écrivit une seconde apologie pour convaincre le Saint-Siège de son orthodoxie. Le pape Sergius 1" s'en montra pleinement satisfait (689). L'archevêque Julien mourut peu d«; temps après ((JOO).

OI^VRAGES A <:ONSLLTi:u SliH LK N° 177.

Folix Tolet., in Vita S. Jiiliani anliiep. Tolcl.; Aieval.. appeud. I ad libr. Isid. de Vir. illuslr., n. 37. Sur lloderic de Tolède (xiii" siècle), voy. Baron., au. 688, n. 3 et seq.; Hin., Nol. ad Vil. tJeiied. il, Acta saiicl. Comni. de S. Jul. Tolel., § 2, ii. 9 cl seq.; Mansi, XII, p. 7 et seq.; Héfelé. m, p. 295 (2<= édit., p. 325). — Sur la doctrine des Espagnols concernant la Trinité, voy. C. Passaglia, Comnientar. theolog., Roma*, 1850, part. I, tract. Ill, de Nominibus absolutis, etc.

Controverse du « Filioque ».

178. C'était une doctrine de tout temps roeue en Otx-ident (jue lo Saint-Esprit procède à la t'ois du Père et du Fils. On l'avait

i.rnp.s ET r.oNTRovEusr.s RKi.KiiF.rsi s. I2:i

d'abord affirmée contre les contradictions qu'elle avait rencontiéos en Espagne, en l'intercalant dans le Symbole de Nicée- Constantinople, probablement depuis 447, mais certainement depuis 589, alors que le troisième concile de Tolède proclama le Symbole avec l'addition du Filwque (a Pâtre et Filio), et ordonna de le chanter à haute voix pendant la messe. Depuis, les mêmes prescriptions furent régulièrement renouvelées par les conciles d'Espagne. Dans le cours du septième et du huitième siècle, cet usage se répandit dans l'empire des Francs et en Angleterre, puis dans l'Italie du Nord, et il paraît que les Grecs s'en étonnaient déjà vers 707. Charlemagne prenait un très vif intérêt au dogme de la procession du Saint-Esprit ; il le formula dans sa lettre à Élipand, et Alcuin lui-même le défendit à plusieurs reprises. Les livres Carolins, publiés sous le nom de Charlemagne, blâmaient énergiquement cette expression des Orientaux : « Le Saint-Esprit procède du Père )0«r le Fils. » L'ancienne formule des Grecs ne suffisait plus aux Francs; ils voulaient qu'on dît : « Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. » Le pape Adrien I", prenant une position intermédiaire, soutenait dans sa réponse l'expression attaquée, en disant qu'elle était empruntée des Pères. Pqu à peu le Filioque fut introduit dans tout l'empire des Francs. Le patriarche Paulin (796), dans un concile qu'il tint à Frioul, fit ressortir la nécessité de donner des éclaircissements tant sur la procession du Saint-Esprit que sur la doctrine des adoptianistes; mais ces éclaircissements devaient être envisagés comme de purs commentaires, et non comme des modifications aux anciens conciles et au Symbole, car il fallait respecter les défenses faites à Kphèse et à Chalcédoine d'établir un nouveau symbole. Il répondait ainsi à un reproche souvent réitéré dans la suite par les Grecs, en montrant que le concile de 381 avait, lui aussi, joint une explication au Symbole de 325. Il proposa le Symbole avec le Filioque, en donna une longue explication, et ordonna à ses prêtres de l'apprendre par cœur jusqu'au prochain concile. Il est probable qu'on procéda de la même manière dans d'autres diocèses, sous le règne de Charlemagne. Dans la chapelle de ce prince et dans la plupart des églises de son empire, le chant du Symbole avec le Filioque devint de plus en plus fréquent pendant la messe.

15\ TIISTOIRE DE l'ÉGLISH.

OrVRAGES A CONSULTER SCR I,E N* 178.

Conc. Tolet. III, Ö89; IV, 633; VIÏI, 653; XI, 675; XII, 681; XIII, 683; XV, 688; XVII, 694; Brac. III, 675; Emerit., 666; Carol. Magn. Ep. ad Elip., Mansi, XIII, 905; Alcuin., de Fide Trinitatis, de Process. Spirit. sanct.; Libri Carol., III, 3; Mansi, XII, M2J; Hadr. Ep., ibid., XIII, 759 et seq.; Conc. Forojul., ibid., p. 830 et seq.; Le Quien, Op. Dam., diss. I. § 12, p. VI et seq.; Neander, II, p. 305; Walch, Hist. controv. Graec. et Latin, de process. Spirit. sanct., len., 1757; De Bue, Essai de conciliation sur le dogme de la procession, Paris, 1857; Van der Moeren, Diss. theol. de process. Spir. sanct., Lovan., 1864. Mon ouvrage : Photius, I, p. 692 et suiv.; Hormisd., ep. ad Justin. (Mansi, VIII, 521), disait nettement : « Proprium esse Spiritus sancti, ut de Pâtre et de Filio procederet ».

179. Une dispute s'alluma en 808, d'abord à Jérusalem, entre les moines francs du couvent du mont des Olives et le moine Jean, du couvent de Saint-Sabas. Jean traitait les moines francs d'hérétiques, à cause de leur doctrine sur le Saint-Esprit, et il essayait d'animer le peuple contre eux ; il tenta même, à la fête de Noël, d'expulser les Latins de la chapelle de Bethléem : c'était le prélude des manœuvres que les Grecs allaient employer dans la suite pour acquérir la possession exclusive des Lieux saints. En faveur de leur doctrine et des divergences de leur rite, dont on leur faisait un grief, les moines francs invoquèrent la foi du Saint-Siège, qui ne pouvait être accusé d'aucune hérésie. Ils empêchèrent par leur attitude courageuse la réussite des plans de leurs ennemis ; et, en souscrivant un formulaire dirigé contre toutes les hérésies, ils donnèrent une attestation écrite de leur orthodoxie. Quant à la différence entre leur rite et celui des Grecs, ils n'hésitaient pas à l'avouer. Quoique l'orage fût apaisé sur le premier point, les moines ne se sentaient pas encore suffisamment en sûreté, et ils informèrent le pape Léon III de ce qui s'était passe. Ils invoquèrent les paroles de saint Grégoire le Grand, rapportées dans l'Homiliaire publié par Charlemagne, le Symbole de saint Athanase, la règle corrigée de saint Benoît, et ce qui se pratiquait dans la chapelle de l'empereur des Francs. Ils prièrent aussi le pape d'informer Charlemagne, leur zélé protecteur, des intrigues des Grecs et des causes qni les avaient produites. Le prêtre Jean, chargé de porter cet écrit au pape, reçut aussi une lettre du

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patriarche Thomas, qui ne paraît pas avoir partagé les passions aveugles des moines grecs.

Ep. monachor. peregr. in monte Oliveti, Baluze, Miscell., II, 84 et seq.; Migne, Patr. lat., t. CXXIX, p. 1237-1262; Le Quien, loc. cit., §§ 13 et seq., p. vu; Or. christ., III, 374 et seq.; Héfelé, III, p. 698 et suiv. (nouv. édit., p. 730). Mon ouvrage : Photius, I, p. 696-698.

180. Le pape envoya à Charlemagne la lettre des moines, avec l'exposition de foi où ils reconnaissaient que le Saint-Esprit procède semblablement du Père et du Fils, et il recommanda les moines à sa protection. L'empereur prit cette affaire vivement à cœur; il chargea Théodulphe, évêque d'Orléans, de préparer un écrit sur cette question dogmatique, et en novembre 809 il la fit discuter dans un concile d'Aix-la-Chapelle. La doctrine et la pratique de l'Église franque y furent expressément reconnues ; le concile approuva l'insertion du Filioque dans le Symbole et l'usage de le chanter à la messe, sauf l'assentiment du pape. Pour l'obtenir, les actes du synode furent portés à Rome par Bernarius, évêque de Worms, et Adelhard, abbé de Corbie. 11 est probable que l'écrit de l'évèque Théodulphe et un autre de l'abbé Smaragde, de Saint-Michel, au diocèse de Verdun, furent lus et approuvés dans le concile : l'un et l'autre furent remis à la députation en même temps que les actes. Smaragde avait surtout recueilli des textes de l'Écriture, dont plusieurs (tels que Apoc, xxii, 1) ne pouvaient se rapporter à la question que d'une manière figurative. Théodulphe, lui, avait principalement groupé des textes de saints Pères : il avait fait quelques emprunts aux Grecs (Athauase, Didyme, Cyrille, Proclus), et beaucoup aux papes (Léon I", Hormisdas, Grégoire 1") et aux docteurs latins (Ambroise, Hilaire, Augustin, Prosper, Fulgence, Isidore, etc.).

Réserve de Léon III.

181. Les actes d'Aix-la-Chapelle et les textes à l'appui furent lus dans une assemblée réunie par le pape, après l'arrivée des ambassadeurs (8t0). Léon 111 approuva complètement la doctrine selon laquelle le Saint-Esprit procède aussi du Fils, doctrine catholique et inviolable, qu'on devait, dit-il, répandre et pu-

lîO HISTOIRH DK 1- Éfil.lSK.

blier ; mais il réclama contre Tinsertioii du Filioque dans le Symbole et contre l'usage de chanter dans la liturgie le Symbole avec cette addition. De longs débats eurent lieu sur ce sujet. Si l'addition exprime une vérité catholique, disaient les anjbassadeurs francs, son insertion au Symbole de foi qui se récite à la messe est donc justifiée. Le pape n'admettait pas celte conclusion : car on n'est pas tenu de croire toutes les vérités d'une foi explicite, ni de les insérer dans le Symbole. Tout homme peut se sauver sans une connaissance exacte et profonde des vérités de foi ; mais celui-là ne le peut qui refuse d'y croire, bien qu'il les connaisse. La foi implicite suffit aux ignorants, tant que l'Église n'a pas expressément enseigné qu'une vérité doit être universellement acceptée.

Léon 111 croyait donc qu'il fallait s'en tenir aux définitions des Pères et des conciles, et ne pas prétendre corriger leur ouvrage sans nécessité. Tout dévoué qu'il fût à l'antiquité, le pape en faisait un sage emploi, ainsi que des explications de ses devanciers, qu'il maintenait inviolablement. Il tenait surtout à ménager les (irecs, qui avaient souvent manifesté leur aversion pour une semblable « nouveauté >'. Il ne voyait pas la nécessité de réciter le Symbole, surtout avec l'addition. Celle-ci n'était pas en usage dans l'Église de Rome, et l'on n'y récitait pas même le Symbole à la messe. Ce ne fut que plus tard que l'un et l'autre y furent admis. Le pape ne voulait pas fournir aux Orientaux un nouveau prétexte de séparation, mais garder la paix avec eux. Humble comme il l'était, il n'entendait point s'élever au-dessus des Pères, ni prétendre les surpasser en sagesse.

La conférence continua le lendemain. N'est-ce pas vous-même, demandèrent au pape les envoyés, qui avez permis de chanter le Symbole dans l'ÉgHse ? — Sans doute, dit le pape, j'ai permis de le chanter, mais non d'y rien changer, ajouter ou retrancher, me contentant d'enseigner en temps et lieu ce que je crois manquer à ce Symbole. — Mais, reprirent les envoyés, si l'on continue de chanter le Symbole après en avoir retranché cette addition, le peuple croira qu'on l'a ôtée comme contraire à leur foi.

Le pape, trouvant cette objection assez fondée, répondit simplement : Si, avant de chanter le Symbole, on m'avait consulté,

LLITtS i:r CÛNTKOVERSES RELIGIEUSES. liT

j'aurais répondu qu'il n'y fallait pas faire l'addition ; mais voici un expédient que je vous propose : puisqu'on ne chante pas le Symbole dans notre Église, qu'on cesse peu à peu de le chanter dans le palais. Il arrivera ainsi que ce qui a été établi sans autorité et par amour de la nouveauté sera abandonné de tout le monde. C'est peut-être le moyen le pins convenable d'abolir, sans préjudice de la vraie foi, la coutume illicite non approuvée du Saint-Siège qui s'est introduite.

182. Le pape montrait ici une profonde sagesse. 11 voulait, sans rien sacrifier du dogme, conserver la paix avec l'Orient et sauvegarder l'autorité du Saint-Siège. Ce qui s'était fait sans .son concours et son autorisation, pourrait,, quoique légitime en soi, susciter de nombreux inconvénients, qui retomberaient sur leSaint-Siège. 11 prévoyait très bien le danger; cependant il ne commandait rien; il ne faisait que donner un conseil, qu'il savait sans doute ne devoir pas être observé. La France conserva l'usage qu'elle avait suivi jusque-là, ne fût-ce que pour ne pas faire sensation et scandale parmi le peuplo. Les écrivains de ce pays, les conciles qui y furent tenus, citaient constamment le Symbole avec l'addition du Filioque, que le pape ne pouvait pas rejeter en soi. Quant à Léon H I, il fît faire deux grands écussons d'argent en forme de boucliers, de 94 livres et 6 onces ; il fit écrire le Symbole sans l'addition, sur l'un en grec, sur l'autre en latin, et les plaça de. chaque coté de la Confession de saint Pierre, comme pour attester que l'Église de Rome conservait le Symbole tel qu'elle l'avait reçu. Les (îrecs invoquèrent ce fait dans la suite, lorsqu'ils reprochèrent à l'Église d'Occident l'addition du Filioque, qu'ils ne reconnaissaient pas, qu'ils atta- . quaient même avec violence. L'Église de Rome n'avait pas donné lieu à ce reproche ; elle avait même tout fait pour l'étouffer dans son germe : elle se prononça résolument pour la vérité dogmatique, même avant qu'elle eût accepté la récitation du Symbole dans la liturgie et l'addition du Filioque, suivant en cela avec prudence l'exemple des autres Églises. Mais elle ne le fit que lorsqu'une nouvelle lutte avec les (îrecs et des expériences nouvelles la forcèrent de mettre les ménagements en seconde ligne.

OCVRAGES A (OXSCI.TER SUR LES N°^ 180-182.

Leu m. Ep., .Maiisi, Xlll. 978; JalTé, n. 1930; (Jonc. Aquisgr., 809:

I^S HlStulkK 1)E l'ÉGJ.ISK.

Mansi, XIV, 22 et seq.; Theod. Aurelian. lib. de Spirit. sancl., Migne, t. CV; Smaragdi lib. s. Ep. Caroli, Mansi, loc. cit., p. 23 et seq.; Lib. pontif., in Leone III, Baron., an. 809 et seq.; Mansi, p. 18 et seq.; Héfelé, il], p. 751 et suiv. (2« éd.). Mon ouvrage cité, 1, p. 698-707.

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