CHAPITRE IH
J.A VIE ECCLÉSIASTIOIK.
La Hiérarchie. — La Primauté.
183. La primauté du souverain pontife, à laquelle l'Orient lui-même rendait encore les plus magnifiques témoignages, était en Occident dans la pleine po.ssession de ses anciens droits et hautement vénérée de tous les peuples. C'était le pape qui avait envoyé les messagers de la foi dans les régions de l'Ouest et du Nord, qui leur avait donné des pasteurs et l'ordre ecclésiastique. Il concéda aussi ou rétablit les droits de métropolitain, lorsque, comme dans l'empire des Francs, ils eurent été abolis ou dénaturés. Ce fut d'après les décrets des papes que le concile de Francfort (79-4), dans la controverse entre Vienne et Arles, décida que la première métropole aurait quatre évêchés et la seconde neuf. Sur les métropoles d'Embrun, Aix et Tarentaise, aucune décision ne fut prise, parce qu'il n'y avait pas à ce sujet de décret pontifical et que l'affaire était réservée au Saint- Siège. Le pape Zacharie avait érigé TEglise de Mayence en métropole; Léon lll en fit autant pour Cologne et Salzbourg. Adrien I", en 788, rétablit la métropole de Vienne et restitua à celle de Reims les droits qu'elle avait perdus en grande partie sous l'usurpateur Milon (mort en 753), et qu'elle exerça de nouveau sous Turpin (mort en 794). Un concile général des Francs, en 7i6, obligea tous les métropolitains de demander le pallium à Rome. Le pallium était le symbole et la condition de la dignité archiépiscopale; pour quelques évêques, il était une distinction personnelle. Charlemagne, désirant que Bourges recouvrât ses droits do métropole, invita l'évêque Ermenbert à prier instamment le pape de lui donner le pallium. La promesse d'obéissance était déjà en usage.
LA VIK IX.CI.ÉSIASJIgUE. i'iO
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N" iSli.
Le pape est salué comme le successeur de Pierre et l'héritier de son siège par les patriarches Taraisc et iNicéphore (Gallandi, XIII, 372; Mai, Spicileg., X, M, p. 156); ce dernier rappelle (Apolog. pro imag., c. xxv; Mai, N. PP. Bibl., V, ii, p. 30) que nul décret conciliaire n'a force de loi
sans les Romains : w; Syi >ax6vTwv xaxà trjv UpwcrOvriV è?âpj(£tv xai Twv xopuçaîiov èv à7to(TTÔ),oiç èYxex£'pKr(A£vwv tô àÇîwjia. Jean VI de Constantinople, ep. ad Constant. P. (Conibefis, Auctar. Bibl. PP. graec, II, 2H et seq.), appelle le pape le chef du sacerdoce chrétien, à qui le Seigneur a commandé, dans la personne de Pierre, de confirmer ses frères. Théodore Studite, lib. 1, ep. xii, p. H53, disait à Pascal I«"" : « C'est à vous que le Christ a adressé les paroles : Luc, xxu, 32 et suiv. >> A Léon III, « le très saint et très sublime père des pères, le pape apostolique », il écrivait (lib. I, ep. XXXIII, p. 1017) : a Puisque c'est au grand Pierre que le Christ-Dieu a donné, avec les clefs du royaume des cieux, la dignité de chef des pasteurs, c'est une nécessité de déférer à Pierre, ou à son successeur, toutes les nouveautés que suscitent dans l'Église catholique ceux qui s'écai-tent de la vérité. Voilà ce que nous avons appris des Pères. » Et il appelle le pape : ôstoTâTr, twv ö).wv xcsaXwv xe^aXrj. Ailleurs (ibid., ep. xxxiv, p. 1021) : àTroffToXtxr, (laxapiôtr,:. Il écrivait à Pascal I" (lib. Il, ep. XII, p. 1152) : « Écoutez, chef apostolique, établi de Dieu pour paitre les brebis de Jésus-Christ, gardien du royaume des cieux, roc de la foi, sur lequel l'Église est bâtie : Vous êtes Pierre, vous qui occupez et ornez le siège de Pierre. *» Plus loin, ep. xiii, p. 1156 : « Vous êtes véritablement la source pure et intacte de la vraie foi depuis le commencement; vous êtes pour l'Église entière un port assuré et tranquille contre tous les assauts de l'hérésie ; vous êtes la cité, choisie de Dieu, du refuge et du salut. »
Parmi les Occidentaux, nous citerons Alcuin, ep. xx ad Leon. III et ep. Lxx. Hincmar de Reims quahfie aussi plus tard le pape de « Pater Patrum, primée ac summse Sedis apostolicse et universalis Papa « (Mansi, XV, 765, 767, 772, 783). Les évèques et les rois l'appellent o universalis Papa » (ibid., p. 791, 796, 831). La formule « Apostolatus Vester » est extrêmement fréquente (par exemple : ibid., p. 785, 843). — Concil. Franco!'., 794, c. m. Cologne métropole, Thomassin, I, I, c. xli, n. 10- 12; Héfelé, K. -Lexikon, II, p. 674 (entre 794 et 799); Salzbourg, depuis 785, Cries, K. -Lexik., IX, p. 592; Vienne, Thomassin, loc. cit., c. xliii, n. 7; Reims, ibid., loc. cit. etc. xxxui, n. 9; DœUinger, Lehr., II, p. 21 ; Bourges, Thomassin, I, xxxv, n° 1 ; DœUinger, II, p. 22, — Sur le <( pallium », voy. Benoît XIV, de Syn. diœc, II, 6, I et seq.; Ph. Vespasiani, de Sacri Pallii Origine disquis., Rom., 1856; Civiltà catt., III, 2, p. 328. — Sur le serment d'obédience des évèques (Phillips, Droit canon, II, § 81, surtout p. 184), on trouve un formulaire dans Greg. Magn., 1. X, ep. XXI ; dans l'Indiculus episc. de Longobardia, et dans le Liber diurnus. Cette dernière forme figure aussi dans les collections de droit, III. — HisT. DE l'Église. 9