‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 10 sur 32 · VI. — msT. DE l'église. IQ · texte numérisé non relu

VI. — msT. DE l'église. IQ

lution; que pour les péchés mortels il n'était pas nécessaire d'indiquer ni le nombre ni les circonstances qui changent l'espèce, que l'absolution est inutile sans la contrition parfaite et ne doit être donnée que lorsque le pécheur a entièrement satisfait; que le pouvoir du prêtre se borne à déclarer que les péchés sont remis ; que la communion sert beaucoup plus à la rémission des péchés que la confession. Pour la communion, il exigeait le plus haut degré de pureté et disait que le désir de communier valait mieux que la communion même. 11 n'était pas moins sévère à l'égard de ceux qui assistaient à la messe et de ceux qui la célébraient. Son effroyable rigorisme écartait les fidèles des sacrements, et dans un riche couvent de religieuses placé sous sa direction à Port-Royal, de Paris, les choses furent poussées au point que les nonnes mouraient sans sacrement. Ses disciples accusaient les jésuites de relâchement, et ils propageaient eux-mêmes un calvinisme raffiné.

Saint-Cyran publia encore d'autres écrits, notamment une courte explication des mystères de la foi, qui fut condamnée par l'évêque de Paris et par l'inquisition de Rome, puis le traité de saint Augustin sur la virginité, qu'il édita sous un nom étranger, avec des remarques contre les vœux. Emprisonné pour ce fait, sur l'ordre de Richelieu, il recouvra la liberté après la mort de celui-ci et fut honoré par les siens comme un martyr. Il mourut le 11 octobre t643. Saint Vincent de Paul s'était énergiquemeiit prononcé contre lui. Saint-Cyran laissa de nombreux disciples : Antoine Arnauld d'Andilly et toute sa famille, où l'on distinguait surtout Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal; Singlin, qui succéda à Saint-Cyran comme confesseur des rehgieuses, etc.

Une controverse entre deux dames sur la Fréquente communion avait décidé Antoine Arnauld à publier, en 1643, l'ouvrage composé par lui sous ce titre. Ce livre, sous les dehors d'une piété profonde et d'une morale très austère, était propre à détruire toute piété et toute religion véritable. Parmi des plaintes exagérées sur la décadence de la discipline ecclésiastique, il exaltait l'antiquité et prétendait que des peines publiques rigoureuses étaient autrefois imposées pour toutes les fautes graves, même pour les péchés mortels secrets, qu'on exigeait surtout l'abstention de la communion. Il est encore

LE CATHOLICISME. Hl

nécessaire aujourd'hui, disait-il, de se préparer et de se faire préparer à la communion par une longue et douloureuse pénitence, comme par le délai de l'absolution ; la plus haute perfection consiste à éviter la table sainte en se répandant en gémissements et en sanglots. Il lui semblait que l'Église actuelle s'était écartée de la pureté des mœurs chrétiennes en méconnaissant le précepte divin qui ordonne de faire sa pénitence avant de recevoir l'absolution. Le tout était précédé d'une préface très perfide, qu'il ne composa que lorsqu'il eut surpris des approbations à seize évêques et à vingt docteurs de Sorbonne. Ce livre, activement colporté, eut pour effet de restreindre d'une manière sensible, à Paris et en d'autres villes de France, l'usage des sacremenls, même de la communion pascale, et, sous les apparences de la plus haute piété, d'engendrer l'indifférence religieuse et l'immoralité. Quelques ecclésiastiques, comme Henri du Hamei, à Saint-Maurice (diocèse de Sens) essayèrent même de rétablir l'ancienne discipline pénitentiaire.

Saint-Cyran, Lettres chrét. et spirituelles, Par., 1645, in-i"; Œuvres, Lyon, 1679. Pétri Aurelii 0pp., Par., 1646 (l'auteur de l'abrégé de l'histoire eccl. t. XII, art, 17, p. 452, cite, comme auteur, de Barcos neveu de Saint-Cyran, Voy. Piauke, III, p. 139 et suiv.; Bauer, loc. cit., p. 270 et suiv. L'ouvrage : Le pacifique véritable sur le débat de l'usage légitime du Sacr. de Pénitence, expliqué par la doctrine du Concile de Trente, par Théophile Brächet, sieur de laMillelière, Paris 1644, qui contenait toute la doctrine de Saint-Cyran sur la pénitence fut censuré je 23 juin 1644 par la faculté théolog. de Paris (du Plessis d'Arg., III, I, p. 19-24. La théologie familière ou briève explication des principaux mystères de la foi, par Arnauld, fut condamnée le 27 janv. 1653 par l'évêq. de Paris, et le 23 avril 1654 par l'inquisition romaine, ibid. m, u, p. 246; Son traité de la fréquente communion, Paris, 1643 (Œuvres compl. éd. Lausanne, 1772, in-4'') et les écrits de Saint. Cyran le furent eu 1648 pari'archevêq. de Besançon. Les contradictions de cet ouvrage, auquel, selon quelques-uns, collaborèrent Saint-Cyran, le Maistre de Sacy, ont été surtout signalées par Pétau, de la pénitence publique, Paris, 1645, éd. 3. Sur le reste, voy. Rapin, 1, 21-36; Leo, Univ. Gesch. ,^IV, p. 244. Ebeii, die Jansenisten und Jesuiten im Streit über die oftmalige Communion, Hegensb., 1847; Bauer, loc. cit., 111, p. 270 et suiv. ; IV, p. 331 et suiv. Revue des sciences ecclés., févr,

1872, p. 97, elles livraisons suivantes en franc, et en allem., avril, juin, nov, p. 303, 426, 486; puis juin, août, octobre, 1873; Dalgairns, die heilige Communion., Mainz, 1862.

Controverse moliniste.

391. Sur la question ardue de la grâce, les jésuites et les aominicains furent de bonne heure partagés de sentiments, bien qu'ils demeurassent attachés aux décisions de l'Église. Les dominicains accusaient les jésuites d'incliner au pélagiauisme, et les jésuites reprochaient aux dominicains de pencher vers le calvinisme, à cause de leur doctrine sur la prédétermination physique. A l'université de Salamanque, en 1581, le dominicain Dominique Bannez dénonça à l'inquisition le jésuite Prudence de Monte Major, au sujet de quelques propositions, que celui-ci ne reconnut pas comme siennes.

Une autre controverse, qui menaçait de devenir beaucoup plus vive que celle qui avait éclaté en Espagne entre ces deux ordres, surgit en Belgique (1587 et 1588), lorsque Lessius et Jean du Hamel, adversaires fougueux de Baïus, furent, à l'instigation de celui-ci, censurés par les universités de Louvain et de Douai, pour trente- quatre propositions traitées de semi-pélagiennes. Sixte-Quint, pour éviter de nouveaux troubles, se réserva le jugement de la question (15 avril 1588), et défendit aux deux parties de s'accuser mutuellement. 11 n'est pas établi qu'il ait approuvé le jugement des deux universités.

Sur ces entrefaites parut le célèbre ouvrage du jésuite Louis Molina, professeur de théologie à Evora, en Portugal, sur l'accord de la grâce et du libre arbitre; il ne ut qu'échauffer encore la dispute. Molina, né en 1540 à Cuenca, dans la nouvelle Castille, jésuite depuis 1553, formé par d'excellents maîtres , essaya, ainsi que d'autres savants de son ordre (Fonseca à Coïmbre, Henri Henriquez à Cordoue, Deza à Alcala, Didace Paez, Mich. Marco, Prudence de Monte Major à Salamanque), de résoudre d'une façon plus acceptable la difficile question de la grâce. 11 travailla pendant trente ans à un ouvrage qui formait un commentaire de plusieurs articles de saint Thomas, et qui donna naissance au système moliniste. Quelque attachés que fussent les jésuites à la doctrine de saint Thomas, ils se voyaient souvent obligés, surtout dans leurs lettres contre les

réformateurs, de s'écarter des opinions professées par les dominicains d'alors, lesquelles n'étaient pas toujours appuyées sur saint Thomas, et ils cherchaient à profiter de la liberté que Aquaviva leur avait laissée dans son ordre des études (1584-). Cette manière d'agir déplut aux dominicains, qui étaient alors très puissants en Espagne et croyaient avoir le privilège de donner le ton en matière théologique. Dans un sujet si souvent rebattu par les catholiques et les protestants, les dominicains s'offusquaient qu'on s'écartât du système de leur ordre, même en s'en tenant aux décisions de l'Église, et notamment du concile de Trente. Aussi, pendant que le livre de Molina trouvait de nombreux approbateurs, même parmi les théologiens des ordres religieux, surtout chez les franciscains, les dominicains, ayant à leur tête Bannez, disciple de Melchior Canus, peu favorable aux jésuites, l'attaquaient avec la dernière violence.

KiJber, Theol. Wirceb., t. IV, Tr. de gratia, Disp. III, v, p. 648 et seq.; Lud. Molina, Liberi arbitra cum gratiae donis, divina prsescientia, Providentia, prœdestinatione et reprobatione concordia, Ulyssip., 1588, imprimé avec l'approbation du dominicain Barthélémy Ferreira, et la permission de l'inquisition, malgré les attaques du P. Bannez. Les éditions de Lisbonne, 1588; Anvers, 1599; Venise, etc., diiférent entr'elles, et on les sépara toujours dans les pourparlers de Rome (dernière édition. Paris, chez Lethielleux, 1877); Werner, der hl. Thomas von Aquin, III, p. .389 et suiv. Propositions de Lessius et de Hamel ci-dessous § 378. Position des Jésuites en général : Ranke, p. 293 et suiv.,

Système des dominicains. Système des augustins.

392. Voici quel était le système de Baunez et des dominicains de son temps. La grâce produit le libre assentiment de la volonté ; ce consentement est à la grâce ce qu'est l'effet à la cause physique. On appelait cela prémotion physique ou prédétermination. Dieu détermine d'avance notre volonté physique à faire dans le temps ce qu'il a résolu de toute éternité. Cette prémotion divine ne produit pas seulement la substance de l'acte, elle fait encore qu'il soit librement posé. L'homme ressemble à un instrument qui a besoin pour agir d'une impulsion extérieure. Toutes les causes créées (causes secondes) dépen-

i50 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

dent tellement de Dieu dans toutes leurs opérations, qu'elles û& peuvent rien faire de bon dans l'ordre naturel comme dans l'ordre surnaturel, si Dieu ne les y détermine et ne les y excite. Les clioses futures qui arrivent, Dieu les connaît par les décrets efficaces de sa volonté.

Bannez admet l'ancienne distinction entre la grâce purement suffisante et la grâce efficace. La grâce efficace est celle qui non seulement donne à l'âme la force d'opérer le bien, mais qui la pousse du dedans au dehors et la décide de telle façon qu'elle veut et opère actuellement le bien, et l'opère avec Mberté. L'efficacité de la grâce a sa dernière raison d'être dans ^a volonté de Dieu, et non dans celle de l'homme.

Le système des augustins, analogue à celui des jansénistes, admet, avec les dominicains, une grâce qui agit du dedans au dehors et qui est efficace de sa nature^ mais il rejette la prémotion physique comme superflue et s'appuie sur la délectation prépondérante ou victorieuse, qui lui semble garantir la liberté des créatures. Dans l'ordre actuel des choses, disent-ils, aucun objet n'est bon à tous égards et à tous les points de vue; c'est pourquoi aucun ne produit une délectation telle que la volonté ne puisse le repousser quand elle provoque d'autres pensées et d'autres affections.

Thomas de Lémos (mort en 1620),Panoplia gratiae. Billuart, DeDeo, d. fi art. 4,§ 1. Gazzauiga, Prœlect. theol. Vindob. 1780, t. III, Diss. VI, p. 431 et seq., la prémotion est = motio Dei actualis et transiens, 'qua Peus voluntatem ad agendum déterminât et actioni applicat. Les « décréta Dei praedeterrainantia et ex se efficacia » ne suppriment que la liberté du repos et de la sospensioii, par quoi l'esprit est indifférent à agir, comme une balance en équilibre, » et non l'indifférence de « domaine, par quoi la volonté se décide ; » et en se décidant pourrait vouloir autre chose. Que la volonté ne puisse faire autrement, cela est vrai « in sensu composito » non « in sensu diviso. » La grâce efficace par ellemême produit certainement le bien d'une manière infaillible indépendamment du libre consentement et avant ce consentement, « prioritate non temporis, sed naturee et causalitatis. » Cette grâce donne à l'homme le v( vouloir et l'agir » véritable, tandis que la grâcepurement suffisante ne donne que le pouvoir, la faculté d'agir, en sorte qu'avec elle la bonne œuvre ne peut jamais être accomplie. — Berti, 0. S. A. de Iheolog. disciplinis, lib. XIY, c. vin, n. 5, iS'uris, hisl, Pelag. adouci

iE CATHOLICISME. 151

dans les Vindiciis) autres dans Kilber, loc. cit., IV, n, 372, p. 592,

Système de Molina.

393. Molina, au contraire, essayait de concilier autant que possible, dans toute espèce de bonnes œuvres, la grâce de Dieu avec le libre arbitre, en faisant ressortir le concours des deux agents. Dieu, dit-il, veut sauver tous les hommes, mais à la condition qu'ils le veuillent eux-mêmes, ou qu'ils correspondent aux grâces qu'ils reçoivent d'en haut. L'assistance divine suffit à tous pour opérer leur salut, bien que le bon plaisir de Dieu l'accorde aux uns avec plus d'abondance qu'aux autres. Ainsi, la grâce est efficace dans l'un et inefficace dans l'autre, et avec le même secours d'en haut, l'un se convertit et l'autres non. L'assentiment de la volonté à la grâce est nécessaire, mais la grâce doit toujours le précéder (contre le semi-pélagianisme).

La différence entre la grâce efficace et la grâce simplement suffisante vient donc du libre arbitre de l'homme. Dieu, par sa science des futurs contingents (la science moyenne, parce qu'elle tient le milieu entre la connaissance de ce qui est simplement possible et la connaissance du futur absolu), Dieu sait d'une parfaite certitude par qui et comment sera employée la grâce qu'il accorde ou qu'il accorderait (cependant il ne la lui donne pas parce qu'il prévoit cela), et il a prédestiné à la béatitude ceux qu'il prévoit qui en useront bien. Cette prédétermination (de même que la réprobation), est intimement liée avec la prescience et lui est subordonnée. Le libre arbitre peut, sans la grâce, opérer des œuvres moralement bonnes, résister même à quelques tentations, poser quelques actes de vertu — supposé toujours le secours général de Dieu — mais des œuvres purement naturelles ne sauraient mériter la grâce. Le libre arbitre doit toujours coopérer soit au commencement de la grâce, soit pendant son accroissement. C'est de l'union des deux que résulte la justification. Dieu sait d'avance ce que sera la volonté dans chaque cas donné, même sous certaines conditions précises (Il Rom., xxui, 11 et suiv.; Matth., xi, 21); mais ce qui arrive n'arrive point parce que Dieu l'a prévu; Dieu l'a prévu parce que cela arrivera.

OÜVflAGES A CONSULTER SUR LE N° 393.

Molina, Conc, q. xiv, au 13, disp.SS : « Quinto auxiliapraevenientis atque adjuvantis gratise, quee lege ordinaria viatoribus conferuntur, quod efticacia sint, pendere a liliero consensu arbitra nostri cum illis, atque adeo in libéra potestale uostra esse, vel illa efncacia reddere cooperando cum illis ad actus bonos, vel inefficacia illa reddere, continendo consensum et cooperationemnostram, aul etiam eliciendo contrariumdissensum.nCf. qusest, xxiii,a,4,5, disp.im. iO: Quodeduobus, qui œquali motu gratiœ preeveniuntur ac moventur, unus consentiat, concurrat cum gratia, eliciat actum et convertatur, alter vero non : certe solumprovenit ab innata et propria et intrinseca libertate utriusque, bonis et raalis, reprobis et prœdestinatis commun!. Gratia namque praeveniens ea; parie si<a aequaliter utrumque movet naturseque necessitate ex parte sua agit ; ex eo autem quod unus eorum libère adhibere vult intluxum illum sui arbilrii proprium, alter non, unus eorum convertitur, alter non item. » Cf. Less., De gratia, c. x, n. 9 ; liard., in ep. ad Rom. Digr. de praedest. hom. 468. Coel. Sfondrato, Nodus prœdestin. dissolut., p. d36. Suarez, P. II, de gratia, c. Lm : « Dicimus vocationem congruam per se spectatam et secuadum suam absolutam entitatem non habere intrinsece ac determinate actualem efticaciam, sed potins de se esse indifferentem, ut congrua vel incongrua sit. » Que saint Thomas n'est pas contraire à cette doctrine, on le conclut de : Summ., I, 2» quest. ix, art. 6 ad 3 ; quœst. x, art. 4; in L. II, dist. XXIX, quaest. un art. 1 ad. 3.

Controverse en Espagne. La congrégation « do Auxiliis » à Rome.

394. Plusieurs trouvaient la doctrine de Molina profonde, intelligible, rationnelle; les dominicains au contraire l'accusaient d'être hétérodoxe et pélagienne. Ils s'en plaignirent à l'inquisition, et l'attaquèrent dans leurs leçons et dans leurs écrits. Les évêques se partagèrent entre les deux partis. Les dominicains Bannez et Thomas de Lémos furent les plus ardents. Une conférence eut lieu à Valladolid le 4 mars 1594. Le jésuite Antoine Padilla soutint les thèses de Molina ; les dominicains les combattirent avec force. A la fin, les jésuites soumirent les thèses de Bannez à l'inquisition espagnole, et les dominicains celles de Molina. Quoique tous les jésuites ne fussent pas pour Molina, la plupart défendaient son système, notamment La Bastida, Tolct, Arrubal, Grégoire de Valence.

Le grand inquisiteur d'Espagne, Jérôme Manrique, refusa do recevoir les plaintes des jésuites. Le monde entier attendait le dénouement avec impatience.

Le 22 juin 1595, l'université de Salamanque opposa ses propositions aux neuf propositions de Molina, sans les combattre directement. Celle d'Alcala (octobre 1594) déclara que la doctrine des dominicains était la plus commune, sans refuser toute probabilité au sentiment de Molina. La gravité du litige décida Clément VIII (1596) à l'évoquer à son tribunal. Le grand inquisiteur envoya les actes à Rome avec ving-et-un écrits. En attendant la solution, le pape et le roi imposèrent silence aux deux parties ; cependant le pape permit encore dans la suite de discuter la question, en défendant les censures réciproques. Les dominicains avaient à Rome un terrain solide; Clément VIII lui-même et plusieurs cardinaux inclinaient vers la doctrine thomiste.

L'affaire fut délibérée dans une congrégation secrète {de auxiliis divinœ gratiœ) composée de huit à onze consulteurs. L'examen dura neuf ans et huit mois (2 janvier 1598 — 28 août 4607). Après les onze premières scéances (jusqu'au 22 février 4599), la majorité des censeurs, présidés par les cardinaux Louis Madrucci et Pompée Arrigoni, se prononça pour l'interdiction du livre de xMolina. Sur ces entrefaites, les jésuites d'Espagne arrivèrent pour défendre leur cause et plusieurs voix s'élevèrent en leur faveur. Clément VIII fit tenir de nou velles congrégations, où il n'y eut guère que des colloques entre les deux partis. On vit encore arriver les cardinaux Bernerius, dominicain, et Bellarmin, jésuite.

Les jésuites Michel Vasquez et Pierre Arrubal discutèrent avec les dominicains Didace Alvarez et Michel de Ripa. Ces derniers ne voulaient point qu'on restreignît le débat, ce qui eût été fort sage, en s'occupant surtout de la grâce efficace et de la grâce suffisante ; ils demandaient que la discussion roulât sur tout le livre de Molina, dont l'ordre des jésuites n'entendait pas se rendre solidaire. La mort du cardinal Madrucci (20 avril 1600) interrompit les délibérations. Dans la troisième phase (27 avril 1600 — 20 mars 1602), soixante-dix-sept assemblées furent tenues. La majorité des censeurs se prononça contre vingt propositions de Molina (quatre-vingt-dix avaient été autrefois

attaquées) qu'elle soumit au pape (5 décembre 1601). Le pape ne confirma point leur jugement, bien qu'on insistât de toutes parts pour une décision.

Le savant Grégoire do Valence essaya de dissiper les malentendus; il représenta 1° que la majorité des censeurs se faisait une fausse idée du pélagianisme, en supposant que les pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure et ne se trompaient qu'en rejetant la grâce efficace par elle-même; 2° qu'elle faisait presque un dogme de la prémotion physique, tandis qu'elle était loin d'être telle et pouvait difficilement se concilier avec la doctrine catholique ; 3° qu'elle supposait à tort que ce qui était donné en vertu d'une loi étahUe de Dieu n'était plus gratuit. Comme le pape Clément VIII portait luimême un vif intérêt à cette affaire, il voulut présider les autres délibérations.

Continuation de l'affaire de Molina.

395. Soixante-huit congrégations eurent lieu au Vatican, du 20 mars 1G02 au 22 janvier 1605. Le pape assista à soixantesept d'entre elles et à trente-sept disputes, outre les cardinaux Camille Borghèse et Arrigoni. Depuis la sixième des nouvelles séances, on y vit aussi les autres cardinaux du Saint-Office, à l'exception de Bellarmin (qui était retourné à son évêché de Capoue). Plusieurs furent fréquentées par des cardinaux étrangers. Les censeurs étaient : Lombard, archevêque d'Armagh, et quatre évoques présents, les consulteurs, neuf théologiens, dont deux augustins, deux franciscains, un bénédictin et un carme, le procurateur général des capucins et deux docteurs de Sorbonne. Parmi les dominicains, on remarquait le général Jérôme Xavières, Didace Alvarez, et Thomas de Lémos; parmi les jésuites, le généralAquaviva, Grégoire de Valence, Arrubal, Jean de Salas et La ßastida. La discussion roula sur plusieurs chapitres de Molina, que l'on justifia de divers reproches, et l'on s'occupa aussi de la scientia biedia.

Les cours se mêlèrent au débat; l'Espagne était pour les dominicains, la France pour les jésuites. Le cardinal du Perron soutenait hardiment les doctrines de ces derniers, et il pensait que les thèses des dominicains pourruient être souscrites par

les calvinistes. Les princes de Bavière et plusieurs universités allemandes se prononcèrent pour Molina : le pape lui-même parcourut son ouvrage et y fit des notes marginales, dont la plupart le justifiaient du reproche de pélagianisme. Clément VIII mourut sur ces entrefaites, le 4 mars 4605. Paul V, qui s'était déjà occupé de l'alTaire pendant qu'il était cardinal, la poursuivit et fit tenir, du 14 septembre 1603 au 1" mars 1606, dix- sept assemblées ; on y traita surtout de l'efficacité delà grâce et de la prédétermination physique. A la fin, le pape se fit remettre sous cachet les avis de tous les consultants, apporta des modifications à quelques-uns et les présenta aux cardinaux de la congrégation sur la fin de juillet 1607. Le 28 août il manda auprès de lui les cardinaux, annonça aux consultants qu'ils pouvaient rentrer chez eux, que la décision serait publiée en temps opportun, qu'en attendant aucune des parties ne devait censurer ou injurier l'autre pour cette affaire. Eu 1611, il défendit d'écrire sur cette matière sans l'autorisation du Saint-Siège. Chacun était libre de soutenir son sentiment avec modération. Ainsi fut dissoute la congrégation de l'assistance de la Grâce .

Il fut permis de répondre à toutes les opinions différentes de celles des dominicains, de les justifier publiquement en tout lieu, à Rome même, pourvu qu'on s'abstînt de condamner et d'injurier ses adversaires. Innocent X déclara, le 23 avril 1654, que les actes publiés relativement aux négociations, sauf les Votes de quelques théologiens, ne méritaient aucune créance et il renouvela à cet égard, ainsi qu'Urbain VIII, les prescriptions de Paul V. Cependant le système de Molina fut, avec le temps, plus d'une fois développé, plus clairement encore par d'autres, notamment par Suarez et Vasquez ; de là le congruisme, auquel Aquaviva se montrait déjà favorable en 1612. Pour que la grâce devienne efficace, selon le congruisme, il faut qu'elle soit en rapport, en proportion exacte avec les dispositions, la conduite, l'état intérieur de celui qui la reçoit. Cette efficacité dépend aussi delà force et de la nature de la grâce.

Position des partis, Ranke, !I, p. 297. — Kilber, loc. cit. t. iv, c. IV. §1,2, p. 390 et seq. p. 621 et seq. Jugement de Salamanque, où il est dit notamment : «auxiiium el'licax antecedenter se habere ad opus or-

dine naturae et causalitatis >> dans du Plessis d'Arg., Ilf, p. 165-167 • jugement d'Alcala ib., p. 167 et seq. — HyacinthSerry. 0, Pr., publia a Louvain et à Mayence en 1699, sous le nom d'Augustin Le Blanc, une Hist. congreg. de auxil. div. gratiae, qui parut ensuite à Anvers en 1700. sous son vrai nom. Le jésuite Livin de Moyer lui répondit sous le pseudonyme de Théodore Eleuthère, Hist. controversiarum de auxil. div. grat., Antw., 1705; il répondit également à la seconde édition de Serry, Hist. controv. de auxil. ab objectionibus Hyac. Serry vindicatœ, Lib. 111, Bruxell., 1715 et seq.; Tournély a donné l'essentiel, avec beaucoup d'impartialité ; il a été imité par Kilber, S. J. loc. cit. L'ex-jésnite Mangold écrivit contre le continuateur de l'histoire ecclésiastiq. de Fleury, Alexandre de Saint-Jean (ord.Carm.) : ReflexionesinR. P. Alex, continuât, hist. eccl. cl. Fleurii abb. Aug. Vindel. 1783. Cf. Mannhart De genuina indole gratife efficacis, dans Zaccaria, Thés. theoL, t. V. L'ouvrage de Paulus Benius Eugubinus. De efficaci Dei auxilio et lib. arbitrio,Patav.,1603 fut interdit en 1604 parle Maître du sacré palais (du Plessis d'Arg., t. 1 , app. p. XXXXI, t. III, P. II p. 171. Supplique de l'université de Wurzbourg à Clément VIII, 7 juillet 1601, dans Ruland, Séries professorum SS. Theol. qui Wirceburgi a fundala academia docuerunt, "Wirceb., 1835, p. 258-260. Lettres du chancelier Jean Neroni d'Alcala au cardinal Arrigoni en faveur de Moiina, 22 juin 1603 et de l'université au pape, 5 avril 1602 ; lettres de l'université de Séville, 15 janvier 1602 et de l'université de Valladolid, du Plessis d'Arg., III, îi, p, 169-171. Intervention des cours. Ranke, II, p. 305. La bibliothèq. du collège romain reçut un exemplaire de Moiina, donné aux jésuites par le cardinal Aldobrandini et qui avait appartenu à Clément VIII ; on y trouve écrites delà main de ce pape plus de 80 gloses marginales, dont la plupart tendent à justifier l'auteur des reproches de pélagianisme. Les dispositions qui lui étaient peu favorables dans le principe paraissent avoir cessé devant un exameu plus attentif. Ibid., p. 304. P. Natal. Alex., Supplem. t. IL Diss. VIll, §l,p. 678 et seq.; Denzinger Enchir. n. 89. p. 312-315. Clem. XII. Const. Apostoîicœ providentise beneficio. 2. Oct. 1733; du Plessis d'Arg., Ill, ii, p. 200 et seq.; le congruisme, ainsi nommé de la« grâce congrue dans S. Augustin (voyez la période, H, § 118, Aug., de spir. et lit. c. xxxiv; lib. LXXXIll, qu. lxvui) est ainsi conçu par plusieurs, à la différence du molinisme : le molinisme attache l'efficacité de la grâce au seul consentement du libre arbitre tandis que le congruisme la fait dépendre de : a contemperatio cum hominis ingenio, natura, alfectibus, variis locorum ac temporum circumstantiis » (Suarez), ou «ex multitudine, varietate, consonantia et conspiratione plurium auxiliorum quorum quidem singula efïectu suo seorsum possunt defraudari, at universa simul sic aggrediuntur hominem, obsident, fatigant, ut ab eo consensumcertissime obtiaeaut

(Thomassin) La grâce congrue est toujours efficace, tandis que celle qui n'est pas adaptée à toutes les circonstances n'est que suffisante. Les congruistes rejettent comme inclinant au semi-pélagianisme cette doctrine que Dieu a égard aux bonnes œuvres purement naturelles en considération des mérites de Jésus-Christ. Principales propositions : « L Ad efficaciam gratise necessaria est congruitas stans in habitudine auxilii ad eventum, non tarnen sufficit. II. Necessaria est congruitas stans in altemperatione auxilii cum horaine ejusque affectionibus, prout ea simul connotat eventum , nec tarnen sic accepta sufficit. IIL Sed requiritur congruitas stans in multitudine et consonantia plurium auxiliorum (Kilber, loc. cit., c. iv, art. 3, p. 594 et seq. ) Suarez, De auxil., V. 25, n. 4 : « Vocatio efficax illa est quse... includit quamdara congruitatom respectu personœ cui datur, ut sit iUi ita proportionata et accommodata sicut oportet, ut in tali persona, in tali tempore et occasione iufallibiliter effectum liabeat, et per hoc habet illa vocatio, quod congrua et efficax sit, » Cf. III, 3, 14. Gam. Mazzella, S.J., prouve que Molina enseignait en substance la même chose que Suarez, De gratia Christi. Prœlect, habitée in CoU. SS. Cordis Jesu in Woodstock in Fœderat. Amer. sept. Statibus unitis 1877-1878, Disput. III. Voy. encore Dœllinger, dans Hortig, K.-G. II p. 810 et suiv,; Werner der hl. Thomas III, p. 378 et suiv.j Franc. Suarez, 1, p. 244 et suiv.

La doctrine d'Edmond Richer.

396. Les droits du pape, notamment sa supériorité sur les conciles et l'infaillibilité de ses décisions, furent vivement discutés, surtout en France, bien qu'on maintînt rig-oureusement, pendant tout le seizième siècle, le caractère monarchique de la constitution de l'Église. En 1607, lorsque Georges Criton émit dans la faculté de droit à Paris cette proposition que le pontife romain est au-dessus des conciles, le parlement ordonna que la faculté de droit se conformât à la faculté de théologie sur la doctrine concernant la hiérarchie. Cette proposition fut trouvée contraire aux maximes françaises. Enfin, le caractère monarchique de la constitution de l'Eglise fut ouvertement attaqué par Edmond Richer (né en 1559) . syndic de la faculté théologique de Paris depuis 1608 et éditeur des œuvres de Gerson; Richer, esprit très excentrique, avait déjà soutenu en 1591 que le roi est soumis aux Etats et que Henri III, en sa quaUté de tyran, avait été justement assassiné. En 1610, lorsqu'on soutint chez les dominicains des thèses

OÙ il ''était dit que le pape n'est dans aucun cas nférieur au concile, qu'il est infaillible dans les questions dogmatiques, Richer en fît de vifs reproches au savant prieur Coiffeteau ; de telles propositions, lui dit-il, lasseront la patience de la France, et il les fit attaquer par un jeune Sorbonniste, Cl. Berlin, qui invoqua l'autorité du concile de Constance.

Une grande agitation s'ensuivit et le cardinal du Perron eut beaucoup de peine à rétablir la paix en déclarant que ces thèses n'étaient pas des articles de foi. Un an plus tard, Richer publia son fameux livre sur la puissance spirituelle et temporelle : il y exposait, à travers une multitude de contradictions, la théorie révolutionnaire. L'Église, selon lui, est une monarchie tempérée d'aristocratie, sa puissance executive est monarchique, sa puissance législative aristocratique; le représentant de l'infaillibilité, c'est l'Église tout entière et non le pape. Le pouvoir souverain du pape s'étend sur chaque église particulière, mais non sur l'Église universelle représentée par le concile ; le pape a simplement le droit de faire exécuter les décrets et non de les porter; la célébration fréquente des conciles est d'une nécessité absolue. Le pouvoir des clés que Jésus- Christ a donné à toute l'Église d'une manière plus essentielle et plus immédiate qu'à Pierre, le pape ne doit l'exercer que comme agent et ministre de l'Église; la juridiction ecclésiastique réside dans le corps entier de la hiérarchie, y compris les curés, comme successeurs des soixante-douze disciples, et elle doit s'exercer par la persuasion seulement et non par la contrainte. Aucune puissance temporelle ou spirituelle ne peut obhgerses sujets sans leur consentement.

La constitution monarchique de l'Église a été soutenue par Alniaiii de suprem. potest. ecclc. iv, Fac. Theol. l^ans.,153ö, 1542, 1554,1562; du Plessis d'Arg., I, ii, p. 414; II, i, p. 323, 327; II, ir, p. 294. Voy. aussi Bauer, Laaclier Stimmen, 1873, I, p. 20 et suiv . Arrêt du parlement, 17 déc.l6U7; duPlesiisd'Arg., II,i, p. 547. et 3uiv. Baillet, Vie d'Edmond Richer, Liège, 1713; E. Puyol, Edm. Richer, étude sur la rénovation du gallicanisme au 17° siècle, 2 vol!.. Par., 1877. Sur les thèses de Richer, en 1591, lettre de du Perron, d. d. 15 avril 1612. Ambassade du Card, du Perron, p, 696. Charlas, de libert. gallic. lib. m, c. X, n. 10. Pey, De l'autorité des deux puissances, II, p. 476; du

LE CATHOLICISME. dSÔ

Plessis d'Arg., t. I, Append., p. XXIV et seq.; disputation en mars 1610. Rapport en latin et en franc, lib., p. XXVI; II, ii, p. 43-48. Edm. Richer, de eccles. et politica potestate, 1611, nouv. éd. Colon., 1683. Sur la controverse, Bossuet, defensio declar. Cleri gallic. P. II, lib. VI, c, XXIV, XXV, t. I, p. 535 et seq. ; du Pin, Hist, eccl. du 17« sièele, I, p. 377-425; Baillet, op. cit. Gaillard, Notices, VII. 366; d'Avriguy, Mém, I, 87 et seq. ;Bichler, Gesch. der kirchlichen Trennung, II, p. 695 etsuiv. Contre Richer : Andr. Duval, de suprema Rom. Pontif. in Ecclesiam potestate, Paris., 1614. Mich. Maucler, De monarchia divina eccl. et saec. ehr,. Par. 1662; Petav., de eccl. hierarch. lib. 111, c. 14 16. Gonzalez, De infallib. Rom. Pont. Disp. I, sect.,8, p. 73. Chartas, op. cit., L. XII, in Richerii libell. t. II, p. 343-393. L. Veith, Richerii systema confutatum, Aug., Vind., 1783. Mechin, 1825; iNatal Alex., hist. eccl. Suppl., t. II, Diss. V, § 20, p. 537-541. Bennettis, Privileg. S. Petri vindic. I,p. 22 et seq.; Richer suivait Marsile de Padoue, soit en ce qui concerne le pouvoir de la communauté et la nécessité que les lois soient acceptées par elle, soit en ce qui regarde le pouvoir coercitif de l'Église. A Bàle déjà Thomas de Courcelles, docteur de Paris, avait appelé le pape la « Tête ministérielle de l'Église. (Aen. Sylv., lib. III, de Conc. Basil. Francof., 1791, p. 49. En 1558, la Sorbonne censura les propositions suivantes de Bigot de Caen, 1° L'égUse n'est pas édifiée sur Pierre, mais sur Jésus-Christ (censure : Etsi Christus sit primarium Ecclesiœ fundamentum, tamen propositio conspirât hsereticis nostris temporis toUentibus primatum beati Pelri. » 2° les clefs n'ont pas été promises à Pierre seulement, mais aux autres apôtres de la même manière (censure : proposition hérétique; » 3» le pouvoir des clefs ne se rapporte qu'à la prédication de l'Evangile et a la rémission des péchés. Censure : «Jproposition hérétique, »du Plessis d'Arg., III, 1, p. 189,

Simon Vigor. Rétractation de Richer. Sa mort.

397. Cet ouvrage eut uq immense retentissement. 11 fut combattu par André Duval, savant docteur de Sorbonne. En mars 1612, un concile de Sens, présidé par le cardinal du Perron, le condamna, et l'évêque de Paris, Henri de Gondy, ordonna de publier son jugement dans toutes les églises de la ville. Ce livre fut également rejeté par le concile d'Aix (mai) et plus tard condamné à Rome. Richer s'adressa au parlement, invoqua l'appel comme d'abus et obtint un rescrit royal qui obligeait les évèques àjustitier leur censure. Le parlement et ses amis s'efforcèrent longtemps de soutenir Richer ; cependant un ordre

du roi l'obligea, en septembre 1612, de renoncer au syndicat. Il se posa en victime de la haine et de l'injustice, et essaya de se justifier dans plusieurs écrits.

Simon Vigor, conseiller du roi, prit sa défense et dans un ouvrage en quatre livres sur le gouvernement de l'Église, attaqua le caractère monarchique de la constitution de l'Église, Il n'attribue l'infaillibilité qu'aux conciles convoqués par les princes, accuse les papes d'une multitude d'erreurs, nie la primauté de saint Pierre sur les autres apôtres, donne enfla aux idées de Richer une couleur encore plus démocratique.

En 1620 et 1622, Richer se décida à faire une rétractation insuffisante, car il prétendait n'avoir reproduit que la doctrine de l'ancienne école de Paris. Ce fut seulement en décembre 1629 qu'il signa une formule de rétractation rédigée par le cardinal de Richelieu, dans laquelle il se soumettait pleinement au Saint-Siège. Au lit de la mort (9 décembre 1631), il déclara avec serment que sa soumission avait été libre et volontaire. Ses partisans essayèrent vainement ou de la révoquer en doute ou de l'interpréter dans leur sens.

Négociations de 1612 : du Plessis d'Arg., III, n, p. 184-189; II, ii, p. 58-63. 299, 300 ; de 1620 et 1623, ib., II, ii, p. 301. Riclier, Defensio. H, éd. Colon., 1701. Append., p. 44, 50,54, rétractation finale in Richeri libell., p. 98 ; du Plessis d'Arg., II, ii, p. 302 et suiv. ; t. I, p. XLIII. Contre Pichler, II, p. 700, et suiv.; Schneemann (Laaclier Stimmen über die EncykI. Plus IX, Freib. 1868, X, p. 122 et suiv. ;) Veith. loc. cit. p. 6, 20, 34. Eupistinus,p. 10, 14, 15 ; Bauer, p. 23 et suiv. Protestation faite par M. Richer, avec son testament, 31 Aug. 1625 :du Plessis d'Arg., II, II, p. 302, Baillet, p. 295, la rétractation de Richer est admise par Duval, Pétau, Bossuet, Graveson, d'Argentré, Nisseron, Mamachi (Ant. lib. IV, t. V, c. I, § 4) et la Fontaine (Const. Vnigenilus propugnata, t. III, prop. 90) contre Morisot, et J. Georges Schellhorn (ep. ad. Card. Quirin.) — Simon Vigor, mort en 1629. Quatre livres de l'état et du gouvernement de l'Église, 1612, nouv. éd. 1683. Cf. La réaUté du projet de Bourg-Fontaine, Puris, 1784, P. VI. qu.I, t. II, p. 87-119. Bauer, p, 23 et suiv.

Le catholicisme. i6l

Adversaires et champions de la doctrine de Richer. Saint^Cyran.

398. Le cardinal du Perron défendit résolument la doctrine des théologiens romains. Le clergé de France le fît également dans sa déclaration de 1625, rédigée par l'évêqne de Chartres et supprimée plus tard ; de même les nombreux opposants de Richer. En 1661, Pierre de Marca déclarait encore, dans un traité qu'il dictait au lit de la mort, que la doctrine de l'infaillibilité du pape était la seule qui fût reçue en Italie, en Espagne et dans les autres contrées chrétiennes ; que le sentiment contraire, celui de l'université de Paris, était simplement toléré; que cette doctrine générale était suivie par la plupart des théologiens et des juristes français, qu'il n'était pas permis de la rejeter ouvertement, et il se moquait de l'opinion de la Sorbonne. 11 régnait en effet sur cette question une grande unanimité parmi les théologiens catholiques, et l'abbé des bénédictins, Petit-Didier, avait raison de dire que si la question de l'infaillibilité du pape était soumise à un concile œcuménique où chacun pourrait librement énoncer son opinion, elle serait résolue en faveur des papes.

Déjà cependant(lü22) il s'était formé en France contrôle pape une conjuration qui mêlant avec une habileté hypocrite les idées de Richer avec celles de Raïus, s'apphqnait à étouffer peu à peu le catholicisme et à introduire le pur déisme ; elle travaillait à renverser successivement les appuis de l'Église, sous prétexte de protéger l'intégrité de la foi catholique. L'abbé janséniste de Saiut-Cyran, dont nous avons déjà parlé, prit à tâche, dans son Petrus Aurelius sur la hiérarchie, outre de violentes sorties contre les mendiants et surtout les jésuites fidèlement soumis au pape, d'attaquer la constitution monarchique de l'Église, il s'efforça d'établir que les évoques étaient égaux aux papes et les conciles provinciaux aux conciles généraux ; que les curés étant de « petits évêques » jouissaient dans leurs paroisses de la même autorité que les évêques dans leurs diocèses ; que les prêtres qui commettaient de grands péchés, publics ou secrets, perdaient leur caractère sacerdotal; que la primauté appartenait à titre égal aux apôtres saint Pierre et saint Paul (1631).

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