‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 11 sur 32 · VI. — UIST. DE l'église. li · texte numérisé non relu

VI. — UIST. DE l'église. li

Gütte théorie des deux chefs de l'ÉgUse, également répandue par d'autres jansénistes, fut coudamnée par Innocent X (29 janvier 16-47). Saint- Cyran était partout célébré comme le champion de l'épiscopat. Le syndic de la Sorbonne Jean Filesac, se fit le protecteur du Petrus AureUus (1633), qu'il prétendait orthodoxe; en 1641 la Sorbonne le soutenait encore ; Antoine Godeau, évéque de Grasse, alla même jusqu'à demander que l'assemblée du clergé contribuât aux frais d'une nouvelle édition, et il l'obtint par la ruse. Mais le roi ordonna de conüsquer le livre, et le clergé retira son approbation quand il connut le nom de l'auteur.

Du PeiTOu, Héplique à la réponse du roi de la Grande-Bretagne, Par., 1633, p. 91. Feret, Le Cardinal du Perron, Paris, 1877. — PicJiler, II, p. 69(3. — Avis de l'assemblée générale du clergé de 1625; Procès-verbaux des Assembl., Par., 1768, t. 11; Pièces justilicalives, p. 70; Zaccaria, Anliiebron, vmdicat., Diss. V, c. ii, n. 4; Bouix, de Papa, t. I, p. 554. Décliamps, L'assemblée gén. du clergé de France de 1625-1626 et l'art. 137 de ses avis sur l'iniaillible magistère du chef de l'Eglise, Malines, 1873; Laaclier Monatsschr., 1873, IV, p. 606 et suiv., l'explication de Marca, Gonzalez, De inl'allib., p. 368. Eupistinus (Zaccariaj, p. 30; Soardi, De Rom. Pont. aucLor., 1, 207; Picliler, 11, p. 709, ^ 23 et n. 1-3; Petitdidier, De auctoritate et infallib. llom. Pontif. dans l'introduction. D'après les dépositions d'un membre ecclésiastique, la relation de ce qui s'est passé à Poitiers (Poitiers, 1654, in-8") publiée par l'avocat du roi Jean Filleau, par ordre de la reine Anne d'Autriche, donne sur la conjuration janséniste, depuis 1621, des renseignemenis qui se trouvent coniirmés par des lettres de Jansénius et par d'autres récits. Le programme de l'assemblée de Bourglontame demandait : 1« que la constitution de l'Eglise fût transformée en aristocratie ; 2° qu'on s'opposât à rinlaillibilité du pape et qu'on maintint l'appel au concile générai; 3" il accusait de cupidité, û'avaiice, etc., les confesseurs et autres prêtres qui ne faisaient point partie de l'alliance ; 4° il entravait et attaquait la fréquence des confessions et des communions; 5° il prupageait les doctrines de Jansénius suj' la grâce. Les membres de l'assemblée étaient l'abbé de Saint-Cyran, Lornél. Jansénius, Pierre Gamus, Arnauld d'Andilly, Simon Vigor. Voy. l'ouvrage cité (§ 397 lin.) La réalité, etc., 1, p. 311 et seq.; Laliteau, Ist. délia Gost. Uuigenitus trad. dal francese da Innoc. Nussi, corredata di annotazioui, Roma, 1794, in-4°, i, 01; Rapin, Hist. du Jansénisme, j). 166. De Maraudé (conseiller d'Etat,) inconvénieus d'estat procédans

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du Jansénisme, Par., 16D3,in-4°. Ce dernier livre fut acheté et à peu près supprimé par les jansénistes, qui, avec leur Arnauld, traitaient le tout de roman diabolique. Le bénédictin Clémeucet, ami des jansénistes, écrivit contre la réalité du projet, composée par les jésuites : « La vérité et l'innocence victorieuses de l'erreur et de la calomnie. » Cologne, 1758, 2 vol.; le 21 avrillTöS, le parlement de Paris ordonna de brûler cet ouvrage. Mais il ne l'ut jamais réfuté. Voy. aussi Neueste Sammiuugjeuer Sciirifteu, die. — zur Steuer der Wahrheit erschieuea sind, Augsb. 17»ö, XIV, p. 177 et suiv., t. XV, p. llü et suiv, ; Bauer. 187; loc. cit. 1873; 111, p. 26ü et suiv., Petrus Aurelius, Üe hierarchia ecclesiastica (cf . § '6Wj. Martin de Barcos, mort eu 1678, i*eproduisit la théorie des deux chefs, dans la préface de l'ouvrage d'Arnauld sur la fréquente communion. Délibérations delà Sorbonne, lü33, lüil j du Piessis d'Arg., 1. 1, Append., p. XXX, Inuoc. X, 2y juiul647 ; Uenziuger, Enchir., éd. IV, p. 315 et seq. ; n. 901, 9ö5.

Bellarmin. Bécau. Spoude. Suarez.

399. Le pouvoir dei'Egiise sur le temporel n'était pas moins soutenu eu France que dans les autres nations catholiques, Bellarmin, évitant les exagérations d'Augustin Triumpiius et d'autres tlieulugiens, relativement aux personnes, aux lois et aux jugements, i'expusa avec plus de modération et ne l'admit qu'autant que quelque grande fin religieuse exigeait une intervention. 11 l'appelait un pouvoir purement indirect. Cette expression déplut a plusieurs anciens théologiens et Sixte-(Juint lui-même ut mettre à l'index les livres de JBellarmin sur le Pontife de Rome. Cependant ils eu furent rayés en 1590 sous Urhain Vil, et les expressions de Bellarmin fureut mieux appréciées avec le temps. Les dominicains, tels que François Victoria (mort en 1540) et Dominique Solo (mort en 1509) soutenaient au fond le même sentiment.

Bellarmin fut assaïUi de deux côtes; les uns l'accusaient d'accorder trop peu au pouvoir ecclésiastique, les autres, de lui trop accorder. Les derniers, les anglicans et les gallicans, fureut vigoureusement combattus par la plupart des théologiens. Un ne revendiquait point pour le pape un pouvoir temporel sur les cnoses du temps ; on disait seulement qu'il pouvait, dans certains cas üetermines, quand le salut des âmes était compromis ou que de graves inconvénients étaient à craindre même dans le domaine temporel, agir sur les choses du temps par son pouvoir spiri-

tuel. On n'attaquait point rindépeiidance du pouvoir des princes.

Les ordres religieux et un grand nombre de juristes, tels que l'Espagnol Alphonse Alvarez Guerreras, acceptaient pleinement cette doctrine. Autrefois, les Français n'avaient nié que le pouvoir direct, qui leur semblait faire d'eux des vassaux du pape. Plus tard, ils combattirent aussi le pouvoir indirect.

En 4561 et 4595, les thèses qui attribuaient au pape le pouvoir de déposer les rois et lui assignaient les deux glaives furent rejetées par l'Université de Paris ; en 1610, le Parlement de cette ville condamna en outre l'ouvrage de ßellarmin sur le pouvoir du Saint-Siège en matière temporelle, dirigé contre W. Barclay. Le nonce du pape s'en plaignit à la cour et demanda le retrait de cette mesure. En 1612, le jésuite Martin Bécan ayant soutenu dans un écrit les principes de Bellarmin, la Sorbonne voulut le censurer ; mais elle en fut empêchée par la reine, qui s'adressa au Saint-Siège, Un décret de Rome daté du 3janvier 1613, signé par le cardinal d'Albano et Bellarmin, interdit le livre de Bécan jusqu'à correction ; Bécan le corrigea et le fit paraître à Mayence. Mais ces corrections étaient loin encore de satisfaire la Sorbonne ; elle entama, elle aussi, des négociations à ce sujet, et interdit l'une et l'autre édition du livre. Elle agit de même contre l'apologie de Bellarmin, par Adolphe Schulken (10 juin 1613), et la condamna au feu. On trouva également à reprendre dans les Annales du français Sponde, qui soumettait les rois aux grands pontifes et maintenait la juridiction ecclésiastique sur les choses temporelles.

Enfin, le Parlement (20 juin 1614) prit des mesures contre l'ouvrage de François Suarez et contre d'autres théologiens. On ne voulait pas tolérer sur ce point la libre discussion, et ce qui pouvait s'imprimer en Portugal et en Espagne avec l'approbation des supérieurs d'ordres et des évêques, il était défendu de le propager en France. Tous les gradués, tous ceux qui étaient promus aux charges de l'Université devaient jurer que le chef de l'Etat n'avait point dans son royaume de supérieur en matière temporelle, que nulle puissance ne pouvait délier ses sujets du serment de fidélité, le suspendre ou le déposer. C'est un grave inconvénient, disait-on, que ces maximes soient révoquées en doute par quelques hommes. De ces hommes-là,

tE CATHOLICISME. 16o

on en trouvait encore un grand nombre dans le clergé et dans la noblesse.

Bella'm., de Roin.Pontif.,lib. V, c. I, et seq. ; Sur la censure de cet ouvrage : Saehini, Hist. S. J., P. V, t. I, p. 499; VitaRobertiBellarm, auctore Fuligato, L. Il, c. vu. d'Avrigny, Mémoires pour servir à l'hist. eccl. du 17« siècle, nov. 1610; Blanchi, t. 1, lib. III, § 1, n. 7, p, 446. Franc. Victoria, Relect. de potest. Eccl., sect. V, n. 12, p. 36, 37, éd. 1565. Cf. sect. VII, n. 8. p. 48. Dominique Soto, Com. in lib IV, Sent, d. 22, q. II, art. 2. Sur ces théologiens et autres, voy. Kath. Kirche, p. p. 421-434. Sur la controverse : L. E. Du Pin, De ant. Eccl. discipl., Diss. VII, p. 433, éd. 168&; Natal. Alex., Sfec. XVI, Diss. V, Bossuet, Defensio decl. cleri gall., P. I, L. I, p. 89 et seq.; Maimbourg, Traité hist. de l'établ. et des prér. de l'Église de Rome, c. xxvii,p. 303 et seq., ed. 1685. Alphons M. Guerrerus, De jure ac potest. Rom. Pontif., imperat. regum atque episcop.. Colon., Agr., 1586, c. xvi, p. 108. Parmi les théologiens français antérieurs voy. Joh, Major, in 1. IV. Sent., d. 24 ad arg. 4, 44, q, m; Blanchi, t. I, 1. I, § 11, n. 3, 4, p. 108 et seq. La thèse de Jean Tanquerel du 6 nov. 1561 : « Ecclesia, cujus solus Papa Christi vicarius spiritualem et sœcularem habens potestatem omnes fidèles subjectos continens, pi'incipes suis prœceptis rebelles regno et dignitatibus privare potest, » quoiqu'elle ne fût ni imprimée ni signée par le syndic, et que l'auteur ne l'eût établie que par manière de « problème », décida le parlement à exiger satisfaction pour la majesté royale offensée; ce bachelier fut exclu de la licence et condamné à demander pardon; le procureur général Gilles Bourdain le flétrit dans un discours, et il fut défendu sous des peines graves de soutenir de pareilles thèses. Le parlement de Rouen rendit un long décret contres les tables Chronologiques fournies à Tanquerel par le recteur Berlrix (S. J.); on trouvait qu'elles exaltaient trop le pouvoir du pape au détriment du pouvoir impérial et royal (du Plessis d'Arg., II, I, p. 301-316), Florentin Jacques (0. S. A.) fut obligé en 1595, après un long interrogatoire, de rétracter plusieurs thèses où il était dit, n. 5, « Huic porro Sedi successor, in qua sedet etiam nunc Clemens h. nom.' VIII, omnium Pontificum maximus et supremus... Qui cum in terris vices Dei agat, sub eodem esse spiritualia et temporalia non est ambigendum. Spiritualem enim et temporalem in omnes habet potestatem ». N. 9 : « Domus ecclesiastica, cum duplicis gladii habeat potestatem, temporalis usum ad bonorum defensionem et malorum exterminium regibus et magistratibus concedit » (ib., p. 529-532). Décret du 26 nov. 1610, contre Beharm., Tr. de pot. summi pont.adv. Barclaiumrenduà la demande deRicher (ib.,II, ii,p. 19-35);

Fnligatiis, Vita Rob. Bell., p. 76; Gaillard, Notices et extraits, VIII, p. 340 et seq.; M. Becan. Controversia anglicana de potest. régis et âummi Pont, contra Lancelot. Andr., sacellan. régis Anglige, qui se episcopum Eliensem vocat, pro defensione ill. Card. Bellarmini, Mogunt., 1612; décrets de Rome du 3 janv. 1613, ap. Richer, De pot. Eccl. in reb. temporal., Colon., 1691, p. S5; Baillet, p. 211; du Plessis d'A'g., III, u, p. 189. Discussions à la Sorbonne : ib. II, ir, p. 64-73, 80. Scbnlken, Apologia pro ill. D. R. Bellarm., S. R. E, Gard. adv. librum inscriplum : Apol. R.Widdrington ; du Plessis d'Arg., t. I, App., p. XLI, m, H, p. 190. — Arrest du Parlement et Réquisitoire de M. Servin. avocat général, contre le livre de Sponde Annal, eccles. et celui de M. Becan, 16 avril 1613, etc., ib., II, n, 73-82, 237 et seq.; Suarez, Defensio fidei catli. et apost. adv. Anglicans^ sectae errores. Coimbre 1613; Cologne, 1614. Là-dessus : du Plessis d'Arg., II, ii, p. 86 et seq.; "Werner, Fr. Suarez, I, p. 96 et suiv.; on blâmait surtout ce passage, lib. IV, cap. XXIII : « Pontificem summum potestate coercitiva in re^es uti posse usque ad depositionem, si causa subsistât. Quia vis directiva sine coactiva inefficax est. Si Deus dédit potestatem directivam dédit et coactivam, quoniam instituto aliter facta esset imperfecta et inefficax. « On rappela les injures infligées à Philippe IV, et diverses sorties déplaisantes à des oreilles françaises. On signala en outre comme des livres dangereux : Léonard Covnau, 0. S. A. Examen prfefationis Monitorige Jacobi M. Brit. et Hibern. régis, Friburgi Brisg., 1610; Louis Richeome, S. J., provincial. Examen catégorique contre le plaidoyer de M. Pierre de la Martelière, Bordeaux, 1613 ; Gretser, S. J., Défens. controv. Bellarm.., t. II, p. 151 et seq.; ed. 1609. Sur la prestation du serment du Plessis d'Arg., II, ii, p. 95.

Duperron, Santarelli, Malagola.

400. Le tiers-état, qui renfermait aussi des calvinistes, avait demandé, en 1615, que l'on condamnât comme impie et abominable la doctrine selon laquelle les sujets pouvaient, en certains cas, être déliés du serment de fidélité et le roi déposé. Le cardinal du Perron répondit au nom des deux autres Etats que si les princes abjuraient la foi et persécutaient la religion au mépris de leur serment, on pouvait déclarer que le serment n'était plus obligatoire; qu'on ne pouvait condamner cette doctrine, admise par ies plus grands docteurs, sans provoquer un schisme, qu'un tel droit n'appartenait pas surtout à l'assemblée laïque des États. Richelieu, alors évêque de Luçon, soutint également, dans une réponse à quatre prédi-

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cateurs protestants, que le clergé d'une église particuliëre telle qu'était l'Église de France, n'avait pas le droit de résoudre une pareille question. Cependant, le Parlement continua de traiter comme un dogme la doctrine qu'il soutenait, de tourmenter les jésuites de France, même à l'occasion des écrits de leurs confrères appartenant à d'autres pays, comme Antoine Santarelli, dont le livre fut livré aux flammes (1626), puis condamné par la Sorbonne. Le même sort fut réservé au livre du dominicain Malagola. On trouva même que c'était une chose périlleuse, inadmissible, que d'obliger à recevoir les décrets des papes, parce qu'il s'en trouvait de contraires aux droits du roi .

En 1649, François Hallier, étant sur le point d'être nommé syndic de la Faculté théologique, on fit valoir contre lui qu'il avait approuvé les commentaires de Cornélius à Lapide, lequel accordait au pape, disait-on, le droit de déposer les rois. La nomination ne fut confirmée que lorsque Hallier eut expressément rejeté cette doctrine. En 1642, un dominicain fut expulsé de la Faculté théologique, pour avoir osé soutenir de nouveau et fait imprimer cette thèse, qui avait été rayée par le syndic Antoino de Bréda : un prince, juridiquement excommunié pour cause d'apostasie, peut perdre sa souveraineté et ses droits sur les sujets de l'État.

Harangue de M. du Perron, ap. Charente, De potest. eccL, c, xxx, p. 386 et seq.; 0pp. Perron., éd. 1622, p. 598 et seq.; contre les idées de Maimbourg (loc. cit., c. xix) et de Bossuet (loc. cit., L. IV, c. xir, p. 365) voy. Bianchi, 1. 1, L. I, § 9, p. 82-90. Sur les événements G. Picot, Hist. des états- généraux, Par., 1872, III, 355-371, 510-517; Richelieu, Les principaux points de la foi de l'Égl. cath. défendus contre l'écrit adressé au Roy par les quatre ministres de Charenton. — Là-dessus la Sorbonne, 1®' août 1617; du Plessis d'Arg., II, ii, p. 103; Bianchi, d'Arg., II, II, p. 203-207, 219-220; Bossuet loc. cit., L. I, sect. 1. c. iv, v, loc. cit., p. 127, n. 3; A. Santarelli, de Hseresi et schismate Rom., 1625; du Plessis t. I, p. 93-95. Franc. Malagola avait dans la dédicace de ses thèses : « Petro, Dei vicario, omnia ligandi et solvendi super terram et in cœlis » renouvelé la doctrine de Santarelli et repoussé l'explication qu'on lui avait suggérée : il fut expulsé en novembre 1682 (du Plessis d'Arg., III, I, p. 141-147). Le 1" décembre 1626, on se plaignit à la Sor bonne d'une thèse du dominicain Jean Testefort, admise par le prési

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dent où il était dit : a Sacram Scripturam esse, quse partim Bibliis sacr i?, partim epistolis decretalibus summorum Ponliücum, quateaus explicant S. Scripturam, partim sacris Conciliis continetur ; il l'expliquait ainsi ; « Scripturam par Ecclesiam explicatam esse regulam iidei seque per Sedem Romanam intelligere Ecclesiam. » Lafacullé ne voulut point tolérer la thèse ; le recteur et les autres laïques de l'université lancèrent contre elle un décret spécial qui fut blâmé parle roi à cause de l'incompétence des laïques en matière de foi. Les laïques avaient tout simplement qualifié la thèse « d'aliénée de la vérité» On fit valoir & plusieurs reprises que les Bulles de Boniface VIII, Paul IV, Pie V, étaient un péril pour l'état, ibid. II, ii, p. 230-237. Sur le Syndic Rallier ib, III, I, p. 58-00. Procédure contre Jean Biarotte, 0. Pr., 1642, ib. p. 48, 49.

Controverse sur la tyrannie et le tyrannicide. Mariana. Décret d'Aquaviva. Suarez.

401. L'ancienne controverse sur la résistance à la tyrannie et sur le tyrannicide fut également agitée à diverses reprises, par les protestants comme par les catholiques. Le protestant Junius Brutus (Hubert Languet) trouva des imitateurs au milieu des troubles de la France sous Henri III, principalement dans Boucher. Depuis Henri IV, les jésuites furent souvent accusés d'être favorables au meurtre des tyrans, bien que leurs auteurs se bornassent à reproduire ce qu'enseignaient d'autres écrivains. Précédemment , les théologiens étaient d'avis que le pouvoir royal n'est que d'origine divine indirecte, et ils le faisaient souvent dériver du peuple. En 1540, Jean Major enseignait encore cette doctrine à Paris, soutenait que le peuple avait le droit de ravir au prince sa couronne. Quant aux États, investis de la puissance judiciaire et executive, et autorisés à déposer le prince dans des cas urgents, on leur attribuait le droit de résistance active. Mais si l'ancien ordre de choses subsistait encore en théorie, il avait disparu en fait, et on tournait de plus eu plus à l'absolutisme royal : de là, de nombreuses tergiversations dans le développement de la doctrine.

Un livre publié en 4598 par Mariana (mort en 1624), jésuite espagnol, remua puissamment les esprits. Dans ce livre, rédigé en un latin classique, l'auteur essayait, avec une grande franchise de langage, d'instruire l'héritier du trône sur l'origine,

la nature et les bornes de l'autorité royale. Parmi d'excellentes choses, il enseignait non seulement qu'un souverain illégitime qui occupe un pays par la violence peut être privé de l'autorité et de la vie par le premier venu, mais encore qu'un souverain légitime qui foule aux pieds tous les droits divins et humains peut être déposé et mis à mort par la nation, et, même, dans un cas extrême, quand la tyrannie passe toutes les bornes et que le sentiment général s'élève contre lui, tué par un particulier.

Tandis que l'Espagne entendait ces thèses hardies sans s'émouvoir, une vive agitation se manifesta en France. Le parlement de Paris fit brûler cet ouvrage par la main du bourreau (1610); Paul V en fut indigné, parce qu'on empiétait sur l'autorité ecclésiastique; mais il renouvela le décret de Constance contre Jean Petit, quoique Mariana n'en eût pas violé le texte. Le général Aquaviva (6 juillet 1610) défendit sévèrement à tous les membres de la compagnie de Jésus d'enseigner qu'il est permis à chacun, sous n'importe quel prétexte de tyrannie, de tuer des rois ou des princes, ou de faire sur eux une tentative d'assassinat. A dater de là, le meurtre des princes ne fut plus enseigné nulle part.

Quant au tyran, qui est en même temps usurpateur illégitime, François Suarez enseignait que lorsque les causes d'une guerre légitime existent, on peut écarter un usurpateur par la violence, pourvu qu'on n'ait pas d'autre moyen et que les conséquences de cette mesure ne soient pas pires que la tyrannie même. Les jésuites étaient également d'accord sur les points suivants : 1°11 est illicite de tuer un prince légitime qui opprime son peuple et gouverne en tyran ; 2" on ne peut pas davantage tuer un usurpateur dès qu'il est en possession du pouvoir; avant, on ne le peut qu'avec l'autorité du prince légitime employée dans une juste défense et dans une guerre de l'État contre lui,

Voyez monouvragecité,p. 464 et suiv.,485et suiv.; Blanchi, t. I,lib.I, § 1 ,'p. Ö et seq.; Maraachi,Ant., IV,lib. IV, c. ii, p. 37 et seq.; Bellarni., Délaie, III, 6. Sur Junius Brutus voy. Léo., Univ. Gesch. IV, p. loi et suiv., Sur Jean Boucher, Ranke, Ii, p. 186 et suiv., Grolius, Append.

de Antichr. Amst, 164i, p. 59. Plaintes contre les jésuites, du Plessis d'Arg., II, I, p. 502 et seq.; Joh. Major, de auctorit. Conc. supra Papam, 0pp. Gers. II, H 59. Mariana, De rege et régis institutione libr. III, en allem, pur Riedel, Darmst., 1843. Cf. Riffel, Aufhebung des Jesuitenordens, III» éd. Mayence, 1855, p. 289 et suiv,, Civiltà catloL, quad. 133, Oct. 1855, p. 39 et seq. Négociations à Paris ; du Plessis d'Arg., II, II, p. i<7 et seq.; Censura S. Fac. contra doctrinam eorum qui sacris regura et principum personis vim inferunt, quse habetur in libro Réponse apologétique à l' Anti-Coton, composito a P. S. J. in defens. Marianae adv. quœdam scripta quibus refellebatur ep. dedicatoria P, Cotonis. Ce dernier s'efforça de prouver que Mariana ne contrevenait pas au décret de Constance et enseignait qu'un prince légitime ne peut être tué par un particulier de son autorité. Paul V, au sujet du brûlement de ce livre : Gaillard, notices et extraits, Paris, 1804, p. 331, 340 et seq.; Bulle pour renouveler le décret de Constance du 24 janv. 1615, Bullar., éd. Taur., XII, 296, Const. 260. — Crétineau-Joly» Hist. de la Comp, de Jésus, II, p. 420 et seq.; Riffel, p. 298 et suiv.; Suarez, Disput. XIII de bello sect. 8, prop. 2, 3; Werner, Fr. Suarez I, p. 144 et suiv.; voy. surtout p. 147; doctrine ultérieure des jésuites, Riffel, p. 290, n. 1; Merkle, dans la feuille pastorale d'Augsb., 21, 28 mai 1870. Doctrine des protestants sur le tyrannicide, œuvres de Luther, éd. Walch, 1251; Uckert, Luther, XX, Leben, II, p. 46; Strobel, Miscell., p. 170. Sur Boucher, Hugo Grotius, loc. cit.

Les arts aa service de l'Ég'lIse.

Les poètes en Italie, en Espagne, en Allemagne. Autres

poètes.

402. L'art purifié dans ses formes par les études de l'antiquité classique, enrichi, par le renouvellement de la vie religieuse, de sujets plus nobles et plus élevés, inaugura dans son alliance avec l'Église une nouvelle ère de prospérité. En Italie, la poésie retourna aux héros du moyen âge chétien , par la Jérusalem délivrée de Torquato Tasso (mort en 1595), épopée pleine d'imagination, de sentiment^ de passion nationale et de vérité psychologique. Ses stances harmonieuses lui conquirent la faveur des grands et l'admiration du peuple. Bernardin Baldi (mort en 1617) écrivit heureusement en prose et en vers; il était en outre un de ces philologues et mathématiciens qui foisonnaient alors en Italie.

L'Espagne vit fleurir une poésie nationale énergique en

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même femps que religieuse. Caldéron de la Barca, d'abord soldat, puis prêtre et chanoine de Tolède, célébra l'héroïsme chrétien, le triomphe du guerrier chrétien, et développa dans ses jeux festivaux les mystères de la foi sous une forme à la fois dramatique, profonde et populaire. Lope de Véga (mort en 1635) le surpassa encore par l'intimité du sentiment comme par la richesse des idées. Sainte Thérèse et saint Jean de la Croix cultivaient la poésie lyrique et didactique. Lorsque Garcilasso de la Véga, le Pétrarqnede l'Espagne (1.^03-1535), Diego Urtado de Mendoza (1503-1575), Ferd. Herrera (1516-1595), George de Monte Major (1550-1562), Louis de Léon (1527-1591) eurent illustré la littérature de leur pays et porté le roman de la chevalerie à un haut degré de perfection, celui-ci dégénéra et fut tourné en dérision par le spirituel Michel Cervantes (1547-1616). Cependant les spectacles religieux continuaient toujours d'élever l'âme du peuple espagnol.

En Allemagne, la poésie religieuse n'apparaît qu'au dixseptième siècle ; elle fut représentée avec éclat, en latin, par les jésuites Nicolas Causinus, Avancinus et Jacques Bälde ; en allemand, par Frédéric de Spée (mort en 1637, autre jésuite), par le capucin Procopius (mort en 1680) et le sentimental Jean Scheffler, surnommé Angélus Silesius (mort en 1677). Ce dernier, né à Breslau en 1624, au sein du protestantantisme, échangea à l'âge de vingt-neuf ans la religion de ses parents contre la foi catholique, la carrière de médecin contre le sacerdoce, travailla à propager la foi par de nombreux écrits, gagna comme poète une multitude de cœurs, notamment par ses Délices spirituelles de l'âme, qui parurent avec les mélodies de George Josephi (1657), et par son Pèlerin chérubin. Parmi les auteurs d'hymnes latines on remarquait : le jésuite polonais Sarvievius (mort en 1640), qui, avant Bälde, avait heureusement imité Horace ; le pape Urbain VIII, le cardinal Bellarmin, le français J.-B. Santeuil, chanoine de Saint- Victor (1630-1697).

Torquato Tasso, Gerusalerame liberata, en allem, par Streckfusz, 2= éd., Leipzig, 1835, 2 vol. Le letere di Torquato Tasso disposte per ordine di tempo, ed illustrate da Ces, Guasti, Fir. 1832 et seq. ; voll. o. Serassi,

La vitadi Torquato Tasso,3eed., Fir,. 1858, voll. 2. Bernard. Baldi,Versî e prose, éd. Ugolini e Polidori, Fir., 18Ö9. Philologues italiens de cette époque : Civiltà catholica , 2 juin 1860. Caldéron de la Barca, Geistl. Festspiele in erleeuteznder Uebertragung, par Lorinser, Ratisbonne. 1856-1872. 18 voll.; Lopez de Vega, Obras, Madrid, 1609-1647, 25 vol., entr'autres 400 autos sacramentales; Storck, ci-dessus, opuscules; § 313. Bibliotheca de auctores espagnoles, Madrid, 1860; Baumstark, Die spanische Nationalliteratur im Zeitalter der habsburgischen Kœnige, (III Vereinschr. der Goerres-Geselischast, 1877). — Werner, Gesch. der kath. Theol. in Deutschland p. 83 et suiv. ; Bälde, Carmina lyrica, Monast., 18S6. Herders Werke. Th. xn ; Riffenberg, S. J., Patrum. ad rhen. infer. Poemata. Fr. v. Spee, Trutznachtigall (imprimé pour la première fois en 1643, éd. Berlin, 1817, Cœsfeld, 1841). Güldines Tugendbuch (Cologne, 1649. N. éd. Coblenz, 1829), Smets, Fromme Lieder von Spee, Bonn, 1849. W. Lindemann, Gesch., der deutschen Liter. , Frib., 1866, p. 389 et suiv. sur Procope, Kers Literaturztg., 1826, t. IV, p. 106 et suiv.. 310 et suiv. Angelus Silesius, Geistl. Seelenlust, Breslau, 1657, 1664, etc. Stuttgart, 1847. Cherubin. Wandersmann, Vienne 1657, Glatz, 1657, etc. Sulzbach, 1829. Job. Schefflers saemmtlicbe Werke, ed. Rosenthal,' Regensburg, 1862, 2 vol. Wittmann, Angelus Silesius, Augsburg, 1842 — Sarbievii poemata, Par., 1759; Diel S. J. M. K. Sarbiewski (Laacher St. 1873,11, p. 169 et suiv., IV, p. 343 et suiv. VIII, p. 61 et suiv. ; X, p. 363 et suiv.,Maphei, Card.Barberini poemata, Romae. 1637; Schlosser Die Kirche, in ihren Liedern, I, p. 368 et suiv., 471 et suiv.; Bellarmin ibid., 1, p. 364 et suiv., Santeuil, ibid., I, p. 377, 473. Santolius Victorinus : Hymni sacri etnovi, Par., 1698.

La musique.

403. Il était plus difficile de faire rentrer la musique au service de l'Église. Dans le quatorzième siècle, la musique religieuse était surtout cultivée par les Flamands, mais avec trop de raideur et d'érudition ; elle ne tarda pas à devenir mondaine. En Italie aussi, la musique s'égarait dans les artifices de l'art, perdait de vue le sens des paroles et traitait la voix humaine comme un pur instrument. Au concile de Trente, on se plaignit du caractère profane qu'avait pris la musique religieuse, et Pie IV nomma une commission pour examiner s'il convenait de tolérer encore la musique dans les églises. Comme saint Charles Borroméc en faisait partie, on craignait que son humeur rigide no lui dictât une décision trop sévère.

L'Église demandaifque les paroles fussent rendues intelligibles et mises d'accord avec l'expression musicale. La plupart des compositeurs déclarèrent que ces exigences étaient incompatibles avec les règles de leur art.

Alors parut un homme qui se montra à la hauteur des circonstances. C'était Jean Pierluigi, surnommé Palestrina, de sa patrie. Né en 1524. d'une famille pauvre, ses talents le firent employer comme enfant de chœur, et à l'âge de vingt-sept ans, il fonctionna dans la capella giulia, érigée à Saint- Pierre par Jules 111. Le pape Marcel II lui ayant fait part de ses idées sur la musique religieuse, il composa en 1555 la messe du pape Marcel,, devenue si célèbre depuis.

Renvoyé de la chapelle par le pape Paul ÎV, qui no voulait point y admettre des hommes mariés, Palestrina vécut dans la solitude et la retraite, et se voua tout entier à son art. En 1560, il composa les sublimes Jmpropères du Vendredi-Saint. On trouverait difficilement un musicien qui eût mieux suivi le sens profond des paroles que le prophète met dans la bouche du Sauveur, leur signification symboUque, leur application au cœur humain et à la rehgion; et si jamais quelqu'un fut capable d'employer cette méthode dans une composition plus étendue, une messe par exemple, c'était Palestrina.

Chargé par la commission de faire cet essai, il surpassa toutes les espérances. Sa messe, malgré la simplicité de la mélodie, ne le cédait point aux précédentes par la variété. Les chœurs se séparent et se réunissent tour à tour, et le sens des paroles est admirablement rendu. Le Kyrie respire la confiance en Dieu; V Agnus Dei l'humilité, le Credo la majesté. Exécutée devant Pie IV, elle le transporta d'admiration ; il la comparait aux mélodies célestes que l'apôtre saint Jean avait dû entendre dans sou ravissement. Ce seul grand exemple donné on 1564avait définitivement ré.-^olu la question. C'était la musique qui s'était le plus écartée de l'esprit de l'Église et c'était elle qui s"en rapprochait davantage. La musique de Palestrina était essentiellement un chant choral, grave et solennel, plein do richesse et d'harmonie.

Eu 1503, le Napuiilaiu Louis Dentici avait composé un Mii^crere estimé; il fut surpassé par Allegri (mort en 165:2), que Urbain VlU fit venir de Fermo. Des travaux empreints du

174 älStÖIRE DE l'église.

même caractère fareiit exécutés par Félix Anerio et Nauini (mort en 1607), par l'Espagnol Morales et le Flamand Orlando di Lasso (mort en 1594). Depuis 1600, la musique religieuse fut aux prises avec l'opéra, qui tlorissait alors à Florence; mais elle conserva son indépendance. Les écoles de musique fondées à l'oratoire par saint i'iiilippe de Néri rendirent de grands services. Elles reproduisaient, surtout pendant le carême, des faits et des discours tirés de la Bible. Ainsi naquirent les oratorios^ qui retraçaient sous une forme dramatique, dans un mode tour à tour sévère et gracieux, des caractères et des situations particulières.

Baini, Memorie délia vita di G. P. da Palestrina, 1828, ia-4°, t. IL Die Kircheumusik und das Trieuler Coucil (Hist, pol. Bl. XXXU). iN. Wisman, VortriBge über die iu der pœpstlicueu Kapeiie ubdciie Liturgie der stdlen Wociie, trad. de l'anglais par Aixiiiger, Augsi)., 1840, p. 58 et suiv.; Ranke, Rœm. Paîpsle,!, p. 495-499; W. Uœumker, Palesu-ina, Fribourg, 1877. — Glareanus, Dodecachordou, Basil, lä47; GeiLert, Ue caulu et musica sacra a prima Eccl. ailute usque ad praiseus Uinpus S. Blasi, 1774, in-4°, t. Il, liociiliu, Gruudiimeu zu einer Gesell, der Gesangsmusik, Leipzig, 1832; Kiesewetler, Geocli. der eur. abendl. Musik, Leipzig, 1840 ; Kink, Gesch. der luusikal, Oratorien (ZLsclir. lürhisL. Tlieol., 1847; IIlj.

La peinture, la sculpture et l'architecture.

404. La peinture aussi fut rajeunie par l'esprit religieux. Bologne vit s'élever l'école des Laraclie, remarquable par ses études d'anatomieetses imitations éclectiques, mais surtout par sou ardeur à poursuivre l'idéal chrétien. Louis Laracbe travaillait principalement à retracer le portrait de Jesus-Glirist, qu il savait rendre d'une manière libre et originale. Augustin Carache s'illustra par son « Saint-Jerôme recevant la cominuuioa au lit de la mort » ; Annibai, par sou Lcce hoinol Le Dominicain (mort en 1641) se plaisait a mettre les joies du ciel en contraste avec les soutl'rancesde la terre; il en fut de même de (juido Kem (mort en 164i2), qui lit preuve de beaucoup de hardiesse et d'une conception originale. Guido ue reculait pas devant les sujets odieux (comme le meurtre des enfants de

LE CATHOLICISME* ' l75

Bethléem), mais il représenta surtout la sainte Vierge et Judith d'une façon inimitable. A. côte d'eux brillaient Titien à Venise (mort en 1570), Le Tiutoret (1574), Paul Yeronese (mort en 1588), Uulci, Caravaggio (mort eu 1(309); Salvator Kosa et Guercino, un peu manière.

L'Espagne possédait des peintres éminents dans AJonso Berrugoate (mort en 1501), Ferez de Morales (mort en 158(5), Yélasquez (mort en l(i(3U}, Alouso Cauo (murt eu 1077), mais surtout dans jiurillo (mort en 1(382); la France eut plus lard ÎS. Puusöin (mort eu lOlioj, Le Brun, Le Sueur.

Baus les Pays-Bas et sur le Khin, les écoles de peinture rivalisaient avec les écoles italiennes; Rubens, Rembrandt (mort en 1(374), A. van Byk, étaient au premier rang. Le reste de l'Allemagne était illustré par Albert Burer (mort eu 1528), Haus Holheiu i^morten 1554), Christophe Schwarz, Joachim Sundrart. Eu Italie, la sculpture l'ut portée à sou apugee par Michel-Ange Buonarutti i^mort eu 15i34j. On y remarquait eu outre Üüiivenutu (Jellini (mort eu 157:2), Jacques Tatti Sansuvino (mort en 1570) et une foule d'autres sculpteurs et medaïUeurs. Eu Ailemagne, la sculpture était eu décadence et elle faisait peu de progrès eu Espagne et en France. En architecture, la Renaissance prédominait; elle dégénéra dans ce qu'on a appelé le style rococo.

Les églises des jésuites, conçues dans ce style, surent mieux conserver le caractère de gravite et de noblesse qui convient à la maison de Bien et attestèrent un meilleur goût que les autres édifices. Les grands architectes, si nombreux au moyenâge, faisaient défiut. Les Vénitiens avaient encore des maîtres ihustres dans Sausovino (mort eu 1570j et Andre Palladio (mort en 1580j. A Piome, Vignoia commença la construciion de l'église du Gesu, près de la maison professe des Jésuites. Jusqu eu 15yo, on continua d'élever des temples dignes de leur sublime destination ; mais a partir de la, l'idée arcniLeclouique fut elouuée par ia masse des uors d'œuvre et des décoraiiojit).

uUVKAGfiS A CONbULTEH SUK LE N° 404.

Rauke, l, p. 4y2-4yö. Growe et Cavalcaselie, Gesch. d. ital. Malerei en allem, par Jordan, i-ö, Leipzig, lötiü-1874; i'œister, Geäcü. d. liai. liunst, Leipzig, itiod et suiv.; Lubke, Gescii. der Ueuaissance iu iràu-

47Ö HistoiRE üE l'Église.

kftiich (Sluttg., 1868); in Deutschand (ibid. 1872) ; Burkhardt, Gesch. der Renaissance in Italien, Stuttg., I8685 Rio, L'art chrét. , 4 voll. Par., 1861-1867.

La vie relig'leuse.

Transformation de la vie religieuse. Les saints de cette

période.

405. L'ancienne Église s'était animée d'une vigueur nouvelle; elle avait défendu et formulé le dogme dans un concile œcuménique et publié des lois excellentes. Ses membres se rattachaient de nouveau étroitement au centre de l'unité, qui a toujours suscité ou encouragé les réformes véritablement salutaires. L'activité des grands pontifes, les travaux des ordres religieux, la prospérité des missions étrangères, le progrès des sciences et des arts, les séminaires et les éxoles qui s'élevaient de toutes parts, la splendeur croissante du culte, la multiplication des exercices de piété, des fondations et des pieuses confréries, le zèle qu'on apportait dans la prédication et les catéchismes^ mais surtout les exemples fortifiants donnés par une multitude de saints, devaient exercer sur la vie morale et religieuse de la chrétienté catholique la plus salutaire influence; aussi, dans la seconde moitié du seizième siècle, tout semblait renouvelé comme par miracle.

Sans parler d'une foule de pieux fondateurs d'ordres, tels que Cajétan, Jean de Dieu, Ignace, Philippe de Néri, Camille de Leilis, Joseph Calasanza, Vincent de i*aul, François de Sales, nous rencontrerons une multitude de personnages qui ont poussé la vertu chrétienne jusqu'à l'héroïsme : l'apôtre des indes, François-Xavier, un grand nombre de saints du même ordre (§ 323), Paul Miki et autres martyrs du Japon et d'ailleurs, les archevêques Thomas de Villeneuve (mort en 1555) et Barthélémy des Martyrs (mort en 1590), les capucins Félix de Cantalicio, ami de Charles Borromée et de Philippe de Néri, Benoît d'Urbino (mort en 1625, béatihé en 1867); Fidèle de Sigmaringen (mort en 1622) et Innocent Marcinno de Caltagirone (mort en 1655); Pascal Baylon, franciscain de l'étroite observance (mort en 1592), Jean de la Croix, Laurent de Brindisi, le pape Pie V, Michel de Sanctis (mort en 1625, canonisé en 1862),

, LE CATHOLICISME. i°11

Jean Sarkander, curé de Holleschau, martyr de la foi, le 17 mars 1(520.

L'autre sexe fut illustré par Angèle de Merici et Thérèse, Cathe rine de Ricciis (morte eu 1590), xMadeleine de Pazzis (morte eu 1607), Hyacinthe de Mariscottis (morte eu 1640), Jeanne Françoise de Chantai (morte en 1641) la dominicaine Agnès du Puy (morte en 1634); dans le nouveau monde. Rose de Lima (morte en 1617) et Marie-Anne de Paredes, de Quito (aiorte en 1626), héatihée en 1856. Ces modèles éclatants de vertu, que l'Église catholique pouvait seule produire, n'excitaient pas seulement l'admiration et le respect, mais encore l'émulation dans les états les plus divers, dans les couvents comme dans le monde, parmi les jeunes gens et les vieillards, les grands et les petits.

Héfele, lieber die Schicksale der Kirche seit dem Trid. (Tüb. theo. QujrLalschrift, iSiö, 1, p. 24 et suiv.). Autres ouvrages sur le § 243. rSous avons ci-dessus parié des saints à diverses reprises Voy. encore Janni, Biogratia del P. liiuoceuzo, Caltagirone, 187i, P, Schulenburg-, Lebeii des sel. Laureiitius von Brindisi, Mainz. 1863, Matej Prochaska, Zivot be Jana Sarcandra muceucka, Brunn, 1861, Sainte Rose de Lima ActaSS.d. 26. Sept.

La cour de Rome.

406. Le collège des cardinaux avait repris son ancien prestige, grâce aux hommes pieux et savants qui en faisaient l'ornement : Polus, Hosius, ijorromée, Bellarmin, Baronius, GoUio de Côme, Rusticucci, Salviati, Sanlario de Sansevérino, Sirlet, Augustin Valiero. Le pape avait des nonces distingués dans Aléaadre, Delûno, xMorone, Commeudone. Les prélats se formèrent sur le modèle des cardinaux : tels Alantica Torres, xMalespina, Bolognetti, Arigoni. La cour et la ville étaient complètement transformées et c'est par la piété et la science qu'on arrivait désormais aux plus hautes dignités. 11 était devenu plus facile à la vraie grandeur de se frayer un passage à travers les obstacles suscités par l'égoïsme et les considérations terrestres. Ou voyait de nouveau, dans les ditlérents pays, des évêques recommandables qui tenaient avec soin les conciles, visitaient leurs diocèses, s^adonnaient à la VI. — msT. DE l'église. i%

prédication, élevaient leurs prêtres dans des séminaires bien dirigés.

Eq Belgique , François Richardot , évêque d'Arras et le dominicain Antoine Havet, évêque de Namur, s'empressaient de faire exécuter les décrets du concile de Trente, auquel ils avaient assisté, et ils étaient en outre des prédicateurs renommés. Gérard de Hamericourt, évêque de Sai'nt-Omer et abbé de Saint-Bertin, fonda de bons établissements d'instruction et fit faire leurs études à un grand nombre de jeunes gens. Plusieurs conciles provinciaux et des synodes diocésains furent célébrés à Saint- Orner et à Douai.

L'Allemagne aussi possédait alors d'excellents évêques. Jacques d'Elz (1567-1581), archevêque de Trêves, institua une discipline sévère parmi son clergé, déposa les clercs corrompus, fit visiter exactement son diocèse, obligea les maîtres d'école à faire la profession de fui catholique, releva les établissements d'instruction, corrigea les rituels, exclut de sa cour les protestants (157:2) et en ramena beaucoup dans le giron de l'Eglise. Daniel Brendel (1555-1581), archevêque de Mayeuce, rétablit la procession de la Fête-Dieu et assistait lui-même à l'office du chœur; il donna, par l'organe des jésuites, une excellente éducation à son clergé, ramena le pays d'Eichsfeld à la foi catholique (1574), tout en se montrant beaucoup plus indulgent aux protestants que son collègue de Trêves. Les successeurs de Bendel, Jean-Adam de Bicken (1601-1604) et Jean Schv^eikardt (1604-1626), le prince électeur de Cologne, duc Ernest de Bavière (mort en 1612), Urbain, évêque de Laibach, très zélé prédicateur, étaient des pasteurs exemplaires.

Les suivants furent de véritables colonnes de l'ÉgUse : le cardinal Otton de Truchsess, évêque d'Augsbourg (1543-1573), infatigable pour la réforme de son clergé et la célébration des conciles; le prince évêque de Wurzbourg, Jules Echter de Melspelbrunn (1373-1618), homme plein d'énergie et d'intelligence, fondateur de l'université (1652), du séminaire, du grand hôpital et autres établissements, restaurateur de la foi catholique dans beaucoup de communes; l'évêque de Paderborn, Théodore de Fursteuberg ; Ernest de Mengersdorf, évêque de Bamberg; le cardinal M. Kiesel, évêque de Vienne, Wolf Dietrich de Haittenau, restaurateur du catholicisme comme archevêque

de Salzbourg (1387-1647), renversé enfin par une politique malheureuse; ßalthazar de Dernbach, prince abbé de Fulda (1570-1576), etc.

En Bohème et en Moravie, sous Rodolphe II, Stanislas Pawlowsky, évêque d'Olmiitz, diplomate et ambassadeur, fut aussi le promoteur d'une restauration religieuse décidée. Eu France, le cardinal de Guise; en Savoie, saint François de Sales; en Portugal, l'archevêque de Braga, Barthélémy des martyrs; en Italie, Charles Borromée, les évèques Giberto (§ 277) et A. Lipomano de Vérone, Thomas Campeggio de Feltre; Jean Juvenal Ancina, oratorien et évéque de Saluzzo (mort en 1604-), Ûominico BuUani, évéque de Brescia, ami de saint Charles, s'occupaient activement du ministère des âmes. Beaucoup de conciles furent célébrés ; Bellarmin, archevêque, réunit à Capoue un concile provincial (1603), qui ne publia que onze canons succints, mais substantiels. Il s'établit de plus, en Italie, parmi le clergé séculier, une multitude de pieuses associations, entre autres celle que le jésuite Pavone fonda à Naples eu 1611. Les prédications et les catéchismes devenus plus nombreux, mieux préparés et développés, portaient des fruits plus abondants.

OUVRAGES À CONSULTER SUR LE h° 406.

Ranke, Rœm. Psepste, I, p. 499 et suiv., 505 et suiv. Eveques belges : Gazet, Ilist. eccl. des Pays-Bas, p. 143.,Haveasius, De erect. novor. Episcop.iûBelgio p. 56.fIopper, RecueiletMém.des troubles des Pays-Bas, p. 93-98. Evèq. allemands, Hanke, II, p. 47-58, 75 et suiv., 114- 116,119-123, 132-134. 443 et suiv., Bruwer, Auu.Trev. II, lib.XXll, 25, Marx, Gescb. des Erzstifls Trier, I, p. 388 et suiv.. Trêves, 1858, Serrar, Rer. Mogunt.1684, p. 913 et seq.; Jobannis, Rer. Mogunt, I, 86'2 et seq. Werner, Der Dom von Mainz, 11, p. 413 et suiv., Valvassor, Ehre desHerzogtbumsKrain, Tb, II, livre II, p. 433 (sur Urbain de Laibach) Bucbiager, Jul. Echter von Mespelbr. Wiirzb., 1843; Kerscbbaumer, Gard. KJesel, Vienne 1865. Sur Stanislas d'Olmiitz, Strucny zivotopis Stanislava II Paypvskébo Sepsal M. Prochàzka v Brae, 1861; de Mayer des OlmiitzerB. Stanil, Gesandtschat'tsreise nach Pole«, 1587-1588, Vienne, 1861. — Gompendio délia vila del ven. Giov. G. Ancina, Torino, 1872; L. Fr. Fè.ll vescovo Dom. BoUani, Brescia, 1875, Gonc. provinc. Gapuan. Bellarm., Mansi, Suppl. ad Gonc, éd. Labbé- VI, 209. — Notizie storicbe délie congregazioui ecclesiastichc instituite dal V. P, Franc. Pavone d. G. d. G., IS'apoli, 1853.

Le peuple.

407. Le peuple catholique, instruit avec plus de soins, soutenu et encouragé avec plus de suite, se livrait avec une ardeur nouvelle aux exercices de la piété et aux œuvres de l'amour du prochain. De nouveaux établissements de bienfaisance, des maisons de refuge furent élevés pour les personnes indigentes ou exposées à se perdre; les vices furent combattus, les désordres réprimés, une multitude de pécheurs entièrement transformés et convertis. Le clergé combattait de toutes ses forces les pratiques superstitieuses, mais surtout la procédure barbare employée contre les sorciers ; ainsi : le docteur André Schweigler, à Reinbach, près de Bonn; le dominicain Jean Freylink, à Cologne; Hermann Lœher, Stapirius, curé en Westphalie; Cornélius Loos à Mayence (mort en 1593), mais principalement les jésuites Tanner et Frédéric de Spée, se signalèrent avantageusement parmi des dangers et des difficultés extrêmes.

Les guerres effroyables et dévastatrices de cette époque menaçaient de précipiter les masses dans une complète barbarie; mais on fit beaucoup pour adoucir leurs souffrances, et ici encore les actes magnanimes ne firent pas défaut. Dès que la paix était rétablie, et l'action de l'Église assurée, on remarquait dans le peuple une foi profonde alliée à des mœurs plus pures. Le monde catholique avait, à bien des égards, subi d'heureuses transformations. S'il avait semblé, au début de cette période, que tout allait s'imprégner des idées païennes, aujourd'hui les sentiments chrétiens reprenaient leur empire; si la société avait paru se dissoudre tout entière, aujourd'hui le spectacle de l'unité frappait tous les regards; si la démoralisation avait menacé de détruire l'ordre existant, la sévérité des mœurs était de nouveau en honneur et excitait une vive émulation. Les ordonnances des papes étaient accueillies avec respect; on mettait à profit, on imitait le bien qu'on rencontrait chez ses adversaires; on ravivait la charité envers des frères séparés, tout en détestant leurs erreurs, on travaillait à l'afTermissement de la foi ; et l'Église, tant de fois outragée, était de nouveau honorée et glorifiée comme une mère bien- aimée.

LB CATHOLICISME. iM

0ÜYBAGE3 A CONSDLTER SOR LE N' 407.

Ranke, II, p. 177 etsuiv.; Ratzinger, p. 335 et suiv. Sur la superstition, voy. Jungmann, Kath. Stimmen gegen die Hexenprocesse (Kath. Magazin, Münster, 1847 et suiv. t. III, IV, L. Kapp, die Hexenprocesse und iiire Gegner aus Tirol, Innsbruck, 1874. Tanner, S. J., Univ. theol. moral., ed. 1626,1627; Spee S. J. Cautio criminalis seu de processibus contra sagas über ad magistrat. German. hoc tempore necessarius. Rint., 1631, et souvent la théorie de la magie a été exposée parlescanonistes et les moralistes, surtout par Delrio, S. J., Disquisitio magica, Lovan., 1599, Binsfeld von Trier, De confessionibus maleficorum. Trier 1596. Der Trierer Stadtschultheifz Flade, ward wegen Opposition gegen den Hexenglauben 1589 verbrannt.

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