En Allemagne, l'Église catholique ne fut que faiblement
garantie par la paix religieuse d'Augsbourg. Les protestants, toujours soucieux d'étendre leurs droits, faisaient valoir les dispositions qui leur étaient favorables et méconnaissaient les autres. Usant de leur « droit de réformation », ils s'emparèrent successivement, malgré la « réserve ecclésiastique », des évêchés, des abbayes et des fondations établies sur leurs domaines, soit par la nomination des chapitres, qui échut aux princes protestants, soit par l'abdication de prélats sans énergie, qui se réservaient une pension, soit enfin par la force ouverte, comme firent à Halberstadt les ducs de Brunswick (1591). C'est ainsi que les archevêchés de Brème et de Magdebourg, les évêchés de Brandebourg, Havelberg, Lebus, Mersebourg, Meissen, Camin, Schwerin, Lübeck, Minden, Ratzebourg , Verden, Osnabrück, Naumbourg tombèrent aux maius des protestants. Le pape ayant refusé d'approuver les évêques intrus, ceux-ci gouvernaient ordinairement avec le titre d'administrateurs, tolérés par l'empereur, qui n'osait pas résister aux princes des maisons voisines.
Le mariage conclu en 1570 par Jean-Frédéric, archevêque de Magdebourg et prince de la maison de Brandebourg, avec l'assentiment de son chapitre, excita une grande rumeur. Il parvint à garder sa place, bien que Pie V réclamât la déposition. Peu s'en fallut aussi que Cologne, Strasbourg et Aix-la- Chapelle ne fussent arrachés aux catholiques. Gebhard Truchsess de Waldbourg, prince-évêque de Cologne depuis 1577, épousa, en 1579, la comtesse Agnès de Mansfeld, chanoinesse de Gerresheim, avec laquelle il avait entretenu précédemment un commerce illicite. Résolu d'abord à abdiquer sacharge, il s'y maintint par les conseils du comte réformé de Solms et d'autres parents d'Agnès, et menaça même d'introduire le calvinisme dans son église cathédrale. Le chapitre et la ville de Cologne s'y opposèrent énergiquement. Grégoire XHI (1" avril 1583) ayant prononcé l'excommunication et la déposition de Gebhard, le chapitre nomma son ancien compétiteur, Ernest, duc de Bavière, qui s'empara de la cathédrale avec l'aide du prince de Parme, et obtint dans la suite Liège, Munster et Hildesheim, qui devaient affermir sa puissance. Comme Gebhard, en sa qualité de calviniste, n'était pas soutenu par les princes luthériens, il fut obligé de céder, Martin Schenk de Nydeggen, chef de parti
redouté, se fit (lo88) son feld- maréchal, mais il se noya en 1589 dans un assaut livré à Nimègue.
Gebhard se rendit à Strasbourg, suivi de trois chanoines apostats, qui y possédaient des canonicats, et mit également le désordre dans ce chapitre. Les protestants nommèrent pour évêque le prince Georges, fils de l'administrateur de Magdebourg ; les catholiques, Charles de Lorraine, évêque de Metz. De longues querelles s'ensuivirent jusqu'à ce que le prétendant protestant eut abandonné (1604) la cathédrale au cardinal contre 30,000 florins ; mais il resta huit chanoines protestants dans le chapitre.
A Aix-la-Chapelle, qui était encore entièrement catholique en loo5, les protestants, en 1581, s'emparèrent par la violence du gouvernement de la ville et s'y maintinrent pendant quinze ans. Dans lesduchés de Clèves, de Berg et de Juliers etdans le comté de Neuwied, .les princes favorisaient les protestants. Lorsque Henri le jeune, duc de Brunswick-Wolfenbtittel, vint à mourir (M juillet 1568), le duc Jules opprima complètement les catholiques et ne leur laissa d'autre parti que l'émigration ; il introduisit le luthéranisme par l'entremise de Martin Chemnitz et de Jacques Andréae. Les catholiques avaient beaucoup de peine à conserver les évêchés de Paderborn et de Munster. Chaque fois qu'un des États laïques de Tempire passait à la nouvelle doctrine, l'Église catholique était vouée à l'oppression.
Eichhorn, Deutsche Staats- und Rechts-Gesch., IV, p. 146 et suiv. 157 et suiv.; Hœberlin, Neueste d. Reichshistorie, XI, p. 333; XII, p. 319 et suiv.; Ranke, Peepste, II, p. 76 et suiv.; ibid., p. 73 et suiv., m et suiv. Sur Gebhard de Waldbourg : J. D. Kœler, De actis et fatis Gebh. Truchs., Altdorf., 1723, in-4°.; Ennen, Die Ref. im Erzbisth. Kœln, p. 247; Melch. ab Isselt, Hist. belli Colon, libri IV, Colon., 1584. — Gesch. der Familie Schenk von Nydeggens, Cologne et Neusz 1860; L. G. H. Lentz, Die Einführung der Concordienformel im Herzogthum Braunschweig (Niedners Ztschr. für hist. Theol., 1848, II, p. 265 et suiv.).
Autres progrès du protestantisme.
4.18. Les princes disposaient arbitrairement de la religion de leurs sujets. Dans le Palatinat du Pihin, luthérien jusqu'alors,
âOâ HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
l'électeur Frédéric ITI introduisit le calvinisme en i563 ; son fils rétablit le luthéranisme (1576) et chassa les partisans de Calvin, Maislorsque celui-ci mourut en t583, son frère Casimir fit restaurer le calvinisme et élever dans ses principes son jeuneneveu. Anhalt (1596) et Hesse-Cassel (1604) durent également échanger la doctrine de Luther contre celle de Calvin. Cependant, en 164-4, le luthéranisme fut rétabli par Jean de Anhalt-Zerbst, et dans la Hesse-Cassel, il continua de subsister plus tard à côté du calvinisme.
En 1602, Simon VI, comte de Lippe, introduisit le calvinisme dans son territoire, mais il fut contraint d'abandonner la ville de Lemgo aux luthériens. En 1613, Jean Sigismond, électeur de Brandebourg, adopta le dogme calviniste, et essaya, par la «Confession de la Marche », de le faire prédominer, à l'exception de la doctrine rigide de la prédestination (1614). Le pays fit une vive résistance, excité surtout par les professeurs del'université de Francfort ; il y eut même un soulèvement à Berhn (1615). Cependant l'électeur parvint à faire rayer la formule de concorde de la série des livres symboliques, et essaya de supprimer de plus en plus les différences doctrinales entre luthériens et calvinistes. Cet effort fut continué par Frédéric-Guillaume (depuis 1640), non sans de nombreuses résistances.
Beaucoup de villes impériales furent également obligées de changer de religion à diverses reprises. Les comtes protestants du Rhin, de Wetterau et d'ailleurs demandèrent à l'empereur (1566) de pouvoir être nommés aux collégiales catholiques tout en conservant leur croyance, parce qu'autrement leurs familles éprouveraient trop de préjudice. Dans le midi de l'Allemagne, même dans les évêchés princiers, il y eut aussi pendant longtemps un grand nombre de nobles, de fonctionnaires et de simples citoyens qui inclinèrent au protestantisme et s'en servirent pour agrandir leur puissance.
En Autriche, Maximilien II (1564-1576), imbu lui-même d'idées protestantes, favorisait ce mouvement par une foule de mesures. Il reconnut formellement les frères moraves , qui célébrèrent des synodes sous son règne et nommèrent de nouveaux ecclésiastiques ; il changea, pour complaire aux protestants, le serment de promotion, établi pour les catholiques, permit aux chevaliers et à la noblesse (1568) de célébrer le
culte luthérien dans leurs maisons et sur leurs territoires, manda à Vienne le théologien protestant Chytrée, et lui confia la rédaction d'un rituel pour ses sujets luthériens, laissa les prédicateurs de ceux-ci prononcer des sermons dans la maison des États de Vienne, et toléra même qu'ils s'emparassent en Silésie de plusieurs églises appartenant aux catholiques.
Tandis qu'aucun catholique ne parvenait aux charges publiques dans les pays protestants, on voyait des protestants occuper à la cour impériale des postes considérables. Et cependant les protestants n'étaient pas encore contents des concessions qui leur étaient faites. Ce ne fut que plus tard que Maximilien se montra plus favorable à l'Éghse catholique, sans toutefois l'appuyer vigoureusement. Sous cet empereur dénué d'énergie, beaucoup de prélats, non moins faibles que lui, subirent, de la part des princes protestants, l'oppression la plus écrasante; on voyait des protestants jusque dans leurs conseils intimes. Souvent les fêtes et les jeûnes ecclésiastiques n'étaient pas observés ; on changeait le rite de son propre chef, et les différentes classes de la société ne recherchaient que leurs avantages particuliers. En 1557, l'évêché d'Augsbourg perdit tous les couvents du Wurtemberg, et en 1558, tous ceux qui se trouvaient dans le comté d'Oettingen. A Dinkelsbuhl et à Donauwoerth, les protestants étaient sur le même pied que les catholiques ; à Noerdlingue et à Memningue, ils avaient la prépondérance. Beaucoup de familles catholiques envoyaient leurs enfants aux écoles des protestants. Dans le midi de l'Allemagne, le catholicisme semblait également penchera sa ruine, sauf parmi le peuple tyrolien et bavarois, que Canisius comparait aux deux tribus d'Israël, les seules demeurées fidèles.
Kluckhohn, dans Münch. hist. Taschenbuch, 1860, p. 423 et suiv.; und Briefe Friedrich des Frommen , Churfürsten von der Pfalz., Braunschw., 1868, t. I ; Remling, Das Reformationswerk in der Pfalz, Mannheim, 1846; Blaul (môme litre). Spire, 1846; Seisen, Gesch. der Ref. in Heidelberg, 1846; K. A . Menzel, IV, p. 486 et suiv.; V, p. 166 et suiv.; VIII, p. 214; Vilmar, Gesch. des Confessionsstreites der ev. K. in Hessen, Marbcmrg, 1860; Ranke, Peepste, II, p. 9; Buchholtz, Gesch. der Regier. Ferdin. I, u. A. — Rayn., an. 1360, n. 15 et seq.; 1564, n. 37; Ranke, 11, p. 9 et suiv., 76 et suiv.; Theiner, Mouum. vet.
Polon., II; W. Maurenbrecher, K. Maxim. II und die deutsche Ref. (Sybels hist. Ztscbr. 1862, VII, p. 351 et suiv.); Ed. Reimann, Die rehg. Entwicklung Maxim. II, 1584-1564 (ibid., 1866, XV, p. 1-64); Reitzes, Zur Gesch. der relig. Wandlung K. Maxim II, Leipzig, 1870- Voy. Augsb. Allg. Ztg. Beil., du 3 nov. 1870. Faiblesse des princes ecclésiastiques. Commendone, 1561 : Gratiani, Vita di Comraendone, p. 116. Com., Relatione dello stato délia religione in Germania MS. ValHcell., Ranke, II, p. 11; Rayn.,an. 1561, n. 54. Evêché d'Augsbourg, Placid. Braun, Gesch. der Bischœfe von Augsburg, III, p. 533, 535 et suiv.; Ranke, II, p. 13 et suiv.
Affermissement du catholicisme, surtout en Bavière et en
Autriche.
419. Le catholicisme se releva progressivement, favorisé à la fois par les dissensions des luthériens et des calvinistes, par les querelles entre les luthériens eux-mêmes, par le zèle que déployèrent des princes catholiques et des évêques distingués, par la conversion de protestants notables, par les nouvelles écoles des jésuites, par l'adoption et l'exécution des décrets de Trente. Albert V, duc de Bavière, fut le premier qui osa, après le concile de Trente, faire usage de son droit de réformation en faveur de l'ancienne Église ; le chancelier Viguleus Hund et le secrétaire Henri Schwigger, travaillaient activement dans ce sens. Pie IV accorda au duc des privilèges étendus, des dîmes ecclésiastiques, des droits de nomination. Albert se rendit indé" pendantdes États et n'eut pas même besoin de faire usage de la communion sous les deux espèces accordée en 1564. Il obligea ses fonctionnaires à professer la foi catholique, favorisa les études, l'architecture et la musique, et fut, pour beaucoup de princes cathohques, un chef et un modèle. Depuis 1566, on commença à faire de sérieuses visites dans les églises des territoires demeurés catholiques. L'obligation pour les fonctionnaires d'adopter la profession de foi du concile de Trente, l'établissement des séminaires dans les résidences épiscopales, la tendance ecclésiastique des universités catholiques, Ingolstadt, Dillingen, Cologne, toutes ces causes agirent avec lenteur, mais avec efficacité.
L'empereur Rodolphe II (1576-1612), fervent catholique, releva le catholicisme en Autriche, et à Prague, dont il faisait
sa résidence; il encouragea les œuvres ecclésiastiques. A Vienne, où l'archiduc Ernest faisait les fonctions de gouverneur en remplacement de son frère, Josué Opitz, partisan de Flacus, prêchait avec tant de violence contre les catholiques, que ses auditeurs menaçaient de les mettre en pièces de leurs propres mains ; en 1578, la procession de la Fête-Dieu ayant été troublée par des insultes, l'empereur exila Opitz et interdit le culte luthérien. D'autres mesures « anti-réformistes » ne tardèrent pas à être adoptées, et en 1580 le serment des docteurs catholiques fut introduit à l'université de Vienne. Les protestants autrichiens consultèrent les universités étrangères ; mais celles-ci pouvaient d'autant moins s'intéresser à leur sort que les États protestants s'en permettaient autant et bien davantage contre les catholiques et les calvinistes. La noblesse arrogante, du haut de ses donjons, continuait de soutenir le luthéranisme et menaçait de ne pas se contenter d'une simple tolérance. Dans la Styrie, la Ca^-niole et la Carinthie, le duc Charles avait, dans une détresse financière, fait aux protestants d'importantes concessions (1578); maison 1580, secouru par l'argent de Grégoire XI H et par l'habile nonce Malaspiua, il forma un puissant parti catholique, qui l'encouragea à résister avec fermeté à l'invasion du luthéranisme.
A Insbruck, l'archiduc Charles-Ferdinand et son fils, le cardinal Andréas, faisaient distribuer des catéchismes, ériger des écoles et soutenaient résolùmentle catholicisme. Ferdinand, élevé à Munich par les jésuites, était prêt à sacrifier sa vie pour la foi catholique; mais il entendait aussi être maître dans son pays, de même que les princes électeurs de Saxe etdu.Palatinat voulaient être maîtres dans les leurs. En 1596, lorsqu'il se fut chargé du gouvernement de Gratz, il punit les outrages infligés à l'Éghse catholique et fut bientôt en mesure, appuyé des jésuites et des capucins, d'augmenter le nombre des catholiques décidés. 11 appuya énergiquement la contre-réforme catholique. Rodolphe II, qui se conduisait avec beaucoup de douceur en Bohême, en Moravie et en Silésie, et reçut à sa cour l'astronome protestant Kepler persécuté, conseilla dans le principe à son cousin d'abandonner son entreprise, mais il l'imita bientôt lui-même, quand il fut témoin de ses succès.
La même chose eut lieu dans d'autres territoires, à Salzbourg
notamment. Déjà les villes, les comtes, les chevaliers faisaient valoir des prétentions au droit do réforme. « Le protestantisme se voyait maintenant repoussé par les mêmes moyens qu'il avait pris pour s'introduire. » Ce fut là pour le catholicisme une grande victoire qui se propagea de pays en pays. Les États protestants pouvaient-ils contester aux catholiques ce qu'ils ne cessaient de pratiquer eux-mêmes comme un droit? La principale influence était maintenant exercée par le clergé, mieux formé et plus instruit, par les écoles et les séminaires des jésuites, par la concorde rétablie entre les catholiques, par les conversions de protestants remarquables, par l'action personnelle des souverains catholiques et par les nonces du pape, qui étaient des hommes très recommandables.
Âdlzreiter, Annal, boicse geatis, II, xi, n. 22; A. v. Driiffel, Briefe und Acten zur Gesch. des 16 Jahrh. mit bes. Rücksicht auf Bayerns Fürsteuhaus, Munich, 1873; Wiminer, dans Steichele's Archiv, zur Gesch. des Bisthums Augsb., t. II, p. 1 et suiv.; Ranke, II, p. 27, 37 et suiv., 40-47; l\. Khevenhüller (mort en 1650), Annales Ferdinande! (1578-1637), Vienn., 1646, t. IX, in-f°, Ups., 1721-1726, in-f, t. XI, surtout t. I-IV; Hansitz, Germania sacra, 1, 632 ; Tempesti, Vita di Sisto V, t. i, p. 203, 375 ; Maffei, Annaü di Greg. XIII, lib. IX, 20; XIII, ±; Raupach, Evang. Œsterreich, II, p, 286 (ilamb., 1733 et suiv., VI Part.). Waldau, Gesch. der Protest, in Œsterreich, Anspach, 1784, 2 vol.; Ranke, 11, p. 76-78, 124-129, 402-405; Hurter, Gesch. Ferdinands II, u. s. Eltern, Schatfhouse, 1850 et suiv., t. MV. Sur le droit de léformation catholique et la théorie de l'exclusion, voyez l'ouvrage : Autonomia, d. i. von Freystellung mehrerley Religion und Glauben, Munich, 15b6 (par Andreas Erstenberger , secrétaire privé de l'empereur, sous le nom de François Burkard, mort en 1584), voy. A. W. Schreiber, Gesch. des bayer. Herzogs Wilhelm V, des Frommen, Munich, 1860. On connaît encore spécialement des nonces : Discorso del R.. Msgr. Minuccio Minucci sopra il modo di restituire la cattolica religioiie in Aiemagna, 1588 (MS. Barber.), le Dialogo di Mgr. Malaspina sopra lo stalo spirituale e pohtico dell' imperio ecc. (Value, n. 17); Relazione délie cose di Sassonia, 1603 (Bibl. Ambr. H. 179); Relazionedu nonce Ferrero de Verceil à Paul V (Bibl. Barb.); Ranke, 11, p. 136-143; 111, p. 341 et suiv. 360 et suiv., 363 et suiv. Autres dans Lsemmer, Analecta Rom., p. 31 et suiv., 86 et suiv.; Zur R.-G., p, 37 et suiv., 117 et suiv. Garaffa, Corn, de Germania, Colon., 1639.
Dissensions dans la maison de Habsbourg. Lettres de majesté pour la Bohème, la Silésie et la Lusace.
420. Les princes protestants ne tardèrent pas à s'inquiéter des progrès du catholicisme et àprendre une attitude de plus en plus menaçante. Ils trouvèrent un appui dans les dissensions qui éclatèrent au sein de la maison d'Autrictie. Rodolphe 11, qui ne vivait guère que pour les sciences, avait, après la mort de l'archiduc Ernest, nommé son autre frère Matthias gouverneur d'Autriche. Matthias se hrouLUa bientôt avec l'empereur et rechercha le concours des États protestants. Suus prétexte que l'empereur était incapable de régner, Matthias se ht déclarer (106(5) chef de la maison par plusieurs archiducs, et conclut de son propre chef la paix avec la Hongrie, puis avec les Turcs. Rodolphe refusa de reconnaître ces actes, fut attaque en mai lbÜ8 et force de céder à Matthias la Hongrie, l'Autriche et la Moravie. Matthias fut obligé de faire aux Etats protestants de ces pays des concessions considérables, qui furent vivement biàniees par les prélats hongrois, mais le faible empereur se vit bientôt contraint d'accorder les mêmes avantages en Bohême et eu Silesie.
En Rohéme, sous xVlaximilien 11, les utraquistes avaient présente une cuiifessiuu de foi analogue à la confession d'Augsbourg, mais sou insertion au tableau du pays fut.empèchee par les Etats catholiques, lis demeurèrent donc, mais avec de nombreux privilèges, sous l'archevêque de Prague, qui exigea des ordinands un serment catholique et punit les clercs mariés. Eu lüU:2, l'empereur défendit l'assemblée des frères bohèmes et moraves, considéra les anciens utraquistes comme n'existant plus et les luthériens comme non autorisés à jouir des hbertes accordées aux utraquistes. L'abbé de Rrauuau interdit à ses sujets l'usage du calice, qui u'avait jamais existé chez eux précédemment. Homme le droit strict était du côté des catholiques, les griefs des Etats utraquistes ne furent pas acceptés. Cependaut, après l'humiliation de l'empereur, les dissidents de Rohênie et de Siiesie organisèrent une insurrection et obtinrent ai^si les libertés qu'ils reclamaient.
Dans sa lettre de Majesté du, 12 judlet 16U9, destinée a la ßoheme, Rodolphe permit le libre exercice du culte à tous ceux
i208 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
qui communieraient sous une seule ou sous les deux espèces, accorda aux utraquistes de Prague un consistoire inférieur, les exempta de la juridiction de l'archevêque, leur livra l'université de Prague, les autorisa à se construire des églises et des écoles et à se donner, pour défendre leurs droits, une commission spéciale, composée d'un nombre égal de défenseurs pris dans les trois États. Les villes avaient le même droit que la noblesse.
Les États catholiques approuvèrent cette lettre de Majesté par un accord qui maintenait l'ordre des choses existant, permettait aux utraquistes d'établir des églises et des cimetières dans les villes et les seigneuries royales où ils n'en avaient pas, autorisait l'empereur et tous les patrons ecclésiastiques à nommer des prêtres utraquistes, ordonués par l'archevêque de Prague. La lettre de Majesté pour la Silésie(:28 août 1609) était encore plus favorable; elle permettait d'ériger partout des églises et des écoles. La Lusace reçut une lettre analogue (H juillet). L'orage était doue conjuré pour le moment ; mais on n'avait fait que poser les bases d'autres complications plus graves encore.
KhevenhüUer, VII, 185; Londorp, Der Rœm. Kaiserl. Majestœt u. des hl. R. R. geistl. u. weltl. Standes acta publica v. J. 1608 vorgegangen Frankf., 1621 et suiv. Gindely, Rud. II. u. s. z, 1600-1612, Prag., 1862 et suive, 2 vol., et Gesch. der Érlheilung des Majestsetsbriefs von 1609, bid., 1858. Schmidt, Neuere Gesch. der Deutschen, HI, p. 260. Hensels Protest. K. G. Schlesiens, p. 229 et suiv. Ranke, II, p. 406 et suiv., 416 et suiv.;HgeberIin, Neueste t. Reichsgesch., t. II, p. 353; t. XII, p. 319. R. U. Menzel. V, p. 441 et suiv. Sur la demande de Paul V, Fejer, jur. ac. libert. Eccl. Hung., Codic, p. 124; Roscovany, Monum., III, pag. 90 et seq., n. 440. A la demande de Paul V, les prélats hongrois protestèrent contre la paix, de Vienne de 1608 ; ils combattaient moins la tolérance que la protection accordée à Fhérésie : « Et quamvis tolerare principibus liceat, quum corrigere non licet, fidei defectiones, lege tarnen ac statuto publico auctoritatem illis dare non magis licet, quami cseteris divina lege interdictis, quum non minus malum sit a fide unitate separari, quam aliis prœceptis contravenire. » Ils blâmaient en outre les dispositions qui enlevaient aux aï-chevêques la dignité de chancelier, interdisaient aux évêques l'usage de voitures de gala, ravissaient les biens des Jésuites, contestaient aux diacres le droit de visite, aux évêques titulaires celui de siéger dans le conseil, assignaient
aux luthériens une égliseàPesth et une à Tyrnau. Petertfy,Conc. Hung.^ 11, 190, Bathyan., Leg. eccl. Hung.; t. I. Albse CaroL, 1785, p. 660. Roscovany, I, p. 216-220, n. 210, 211.
L'incident de Donau'wœrth. Fondation de l'union.
421. Un second orage se préparait du côté du Rhin. L'élec-» teur du Palatinat, priace réformé, aspirait à l'hégémonie dans l'Allemagne protestante et forgeait des plans avec la France contre la maison de Habsbourg et les catholiques. 11 fut puissamment favorisé par les querelles intestines de la maison impériale et par divers événements. La ville de Donauwœrth encore catholique en 1555, mais depuis insensiblement protestantisée, n'avait laissé aux cathoUques que la seule église du monastère. Au moment où i'abbe faisait une procession hors de l'enceinte de l'église (1606), une émeute éclata et les luthériens maltraitèrent les personnes présentes. La ville fut mise au ban de l'empire, et Maximilien, duc de Bavière, fut chargé d'exécuter cette mesure. 11 s'empara de la ville et la conserva, parce qu'elle ne put supporter les frais de cette exécution, puis il y introduisit la contre-réforme catholique. L'électeur palatin avertit les protestants du péril qui les menaçait. La France attisait le feu. Lorsque l'empereur, à la diète de Ratisbonne de 1608, demanda du secours contre les Turcs, les États protestants déclarèrent qu'ils n'entreraient pas en délibération sur ce sujet avant que la paix religieuse fût de nouveau conurmée, qu'on eût satisfait à toutes leurs plaintes et aboh les procès de la Chambre impériale.
Les catholiques, encouragés par l'évêque de Ratisbonne, formaient également une unité compacte. 11 leur paraissait superflu de confirmer la paix reügieuse, qui avait été souvent renouvelée sur le conseil des théologiens ; cependant ils y consentirent sous la condition qu'on adopterait cette clause : « Ce qui sera fait de contraire devra être aboli et réparé. » Les protestants la repoussèrent. La diète, au bout de quatre mois, se sépara saus avoir rien décrété, et l'empereur dut se passer de secours contre les Turcs. Cependant, les princes protestants conclurent à Ahauseu, dans le territoire d'Anspach (4 mai 1608) une alliance, ou « union, » qui eut pour chef Frédéric IV du Palatinat. La Saxe électorale et le Brandebourg électoral VI. — msr. DE l'église. i4
âlo HIStOIRE DB l'église.
qui détestaient les calvinistes, demeurèrent attachés à la maison impériale. Les membres de l'union étaient : Philippe-Louis, comte palatin de Neubourg; Joachim et Christian Ernest, margraves d'Anspach ; Christian, prince d'Auhalt ; Jean-Frédéric, duc de Wurtemberg ; Georges-Frédéric, margrave de ßaden-Dourlach. Ils s'engagèrent à se secourir mutuellement, tûême par les armes, et se mirent incontinent sur le pied de guerre.
Leo, Univ., III, P. 479 et suiv. Janssen, Frankreichs Rheingelüste, Frankf., 1861 u. Tüb. Quartalschr., 1861, P. 532 et suiv. Katholik, 1862 t. 2, P. 733 et suiv. Cornelius, Der grosze Plan Heinrichs IV von Frankreich (Münchener hist. lahrb., 1866, p. 3 et suiv.). M. Lossen, Die Reichstadt Donau wœrlh und Herzog Maxim , Munich , 1866. Àretin, Gesch. de» bayer. Herzogs und Churf. Max I. nach urkundl. Quellen, Passau, 1842,1; Relations delà Bavière avec l'étranger, ibid., 1839; Schreiber, Max der Kath. Churf. und der dreiszigj sehrige Krieg, Munich, 1868. Hist. pol. BL, 1841, t. 8, P. 272, 422, 513 et suiv. Moritz Ritter, Gesch. der deutschen Union von den Vorbereitungen des Bundes bis zum Tode K. Rud. (1598-1612), Schaffhouse, 1867, 1 vol. Lettres et actes concernant la guerre de Trente-Ans, L Sur la fondation de l'union (1597-1608), Munich, 1870; l'union et Henri IV, Munich, 1874.
La ligue catholique.
422. De leur côté, Maximilien I" de Bavière et sept princes ecclésiastiques (les évèques de Wurzsbourg, Augsbourg, Constance, Passau et Ratisbonne, le prévôt d'EUwangen et l'abbé de Kempten) formèrent à Ratisbonne (il juillet 1609), sous le nom de Ligue, une alliance pour la défense des intérêts catholiques ; les trois électeurs ecclésiastiques y entrèrent aussi, tout en gardant une certaine indépendance. Jean Guillaume, duc de Clèves, étant mort (25 mai) sans héritier mâle, le Palatinat de Neubourg, Brandebourg, la Saxe, etc., réclamèrent sa succession; les deux premiers s'en emparèrent même avant toute décision de l'empereur. Rodolphe protesta et chargea son frère Leopold, évêque de Passau et de Strasbourg, d'occuper provisoirement ces provinces jusqu'à une décision définitive. L'évêque occupa aussi Juliers. L' « union » tout entière fut
LE CATHOLICISME. all
mise en mouvement, et le 10 février 1610, elle conclut avec la France une alliance formelle contre la maison de Habsbourg. Les Français pénétrèrent dans Juliers. L'union imposa de lourdes contributions à plusieurs évêchés ; la cause catholique, l'Allemagne même couraient le plus grand danger. Le faible Rodolphe 11 avait contre lui l'énergique Henri IV. L'assassinat de ce dernier écarta le péril (14 mai 1610). Frédéric IV du Palatinat étant mort peu de temps après (19 septembre], l'union et la ligue conclurent à Munich un armistice (!24 octobre). Déjà l'on remarquait que les princes s'inspiraient de la politique plutôt que des intérêts religieux.
Cornelius, zur Gesch. der deutschen Liga (Müacheaer hist. Jahrb, 1865, P. 133 et suiv.); Ranke, II, P. 417, Ritter, Gesch. der d. Union, L
La g-uerre de Trente -Aas et le traité de lîW^estphalie.
Détrôuemeut et raort de Rodolphe II. L'empereur Matthias.
423. L'empereur Rodolphe il essaya d'exclure de la succession au trône de Bohême, son frère Matthias, qui l'avait si gravement ollense ; il fut appuyé en cela par l'archiduc Leopold. Les luttes violentes éclatèrent dans ce pays au commencement de 1611. Appelé par les Etats, Matthias reparut à Prague avec une armée, et força son frère à déposer la couronne de Rohéme (21 mai loll) : humiliation à laquelle celui-ci ne survécut pas longtemps (mort le 12 janvier 1612). Les princes électeurs, réunis pour procéder à une élection, n'aboutirent à aucun résultat. L'élection fut longtemps suspendue, même après la mort de Rodolphe, car les princes laïques demandaient que l'élu prit l'engagement de nommer à la cour impériale un couseü compose d'un nombre egal de protestants et de catholiques. Les électeurs ecclésiastiques s'y opposèrent. Enhn, la baxe se prononça pour les catholiques, et Matthias fut élu et couronne. La diète de Ratisboune en 1613 fut aussi malheureuse que cehe de 1608. L'union et la ügue se tenaient face à face dans une attitude hostile. Les catholiques savaient trop bien qu'en cédant aux protestants les biens de l'Église confisqués après la pacification religieuse, ils ne feraient qu'exciter
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leur soif. A Clèves et à Juliers, la veuve du duc avait favorisé les catholiques, mais ses plus proches héritiers étaient protestants.
En ce moment, le prince Wolfgaug Guillaume de Neubourg, qui gouvernait à Düsseldorf, embrassa la foi catholique, s'allia avec l'Espagne et la Ligue, et rétablit à Neubourg le culte catholique. La maison réformée de Brandebourg fut secourue par la Hollande. |En 1614 déjà, chaque parti usurpait autour de lui tout ce qu'il pouvait envahir et réformait à sa fantaisie. Les Hollandais et les Espagnols se conduisaient sur le Rhin et en Westphalie comme en pays ennemi. Le faible empereur, accablé des chaînes que lui-même s'était forgées, n'amena aucune conciliation, et ne put dissoudre ni l'union ni la ligue. La guerre menaçait de s'étendre dans tout l'empire, et une insurrection ouverte ne tarda pas à éclater en Bohême.
G. H. Bougeant, Hist. des guerres et des négociations qui pi"écédèrent le traité de Westphalie composée sur les mémoires du comte d'Avaux. Paris, 1751,3 vol. in-i'.Mailath, Gesch. des œsterr. Kaiserstaates, 3 vol. K.-A. Menzel, Neuere Gesch. der Deutschen, t. VI et suiv.
Insurrection en Bohême.
424. Les sujets protestants de l'archevêque de Prague se construisirent une église à Klostergrab, et ceux de l'abbé de Braunau suivirent cet exemple. L'archevêque et l'abbé protestèrent, parce que la lettre de Majesté n'accordait ce droit qu'aux seigneurs, aux chevaliers et aux villes, et non pas à leurs sujets. Les défenseurs soutinrent les sujets rebelles contre leurs seigneurs et adjugèrent les biens ecclésiastiques à la Chambre royale. Sur les plaintes de l'archevêque et de l'abbé, l'empereur Matthias ût détruire l'église de Klostergrab et fermer celle de Braunau, Grande colère parmi les protestants. Le comte Thurn et autres gentilshommes excitèrent les esprits à la révolte. L'empereur ayant repoussé les plaintes des États protestants (21 mars 1618), les gouverneurs Martinitz et Slavata furent précipités des fenêtres du château de Prague et le gouvernement confié à un directoire composé de trente membres ; on recruta des troupes et on chassa les jésuites.
L'insurrection gagna bientôt toute la Bohême ; seules Budweis et Pilsen demeurèrent fidèles à l'empereur. L'union protestante envoya des troupes auxiliaires sous le commandement du comte de Mansfeld, qui s'empara de Pilsen.
Heureusement pour l'Autriche, l'irrésolu Matthias, qui essayait de conclure avec les rebelles un accord à l'amiable, mourut le 10 mars 1619. Les archiducs s'étaient réconciliés et entendus. Le plus capable d'entre eux, Ferdinand, déjà couronné roi de Bohême (1617) et de Hongrie (1618), fut mis à la tête de la maison ; on lui abandonna aussi les États héréditaires de l'Autriche. Ferdinand II, petit-fils de Ferdinand I", fut élu empereur le 28 août 1619, et couronné le 9 septembre à Francfort. Jamais monarque ne prit les rênes de l'empire dans des conjonctures plus difficiles ; sa profonde piété lui donnait seule force et courage au milieu de ses ennemis du dedans et du dehors. Outre les Turcs et le prince de Transylvanie, Bethlen Gabor, il lui fallait combattre les rebelles en Bohême, en Moravie et en Silésie ; les États de la haute et de la basse Autriche lui refusaient l'hommage, et, alliés avec les Bohémiens qui avançaient, paraissaient devant Vienne pour assiéger leur souverain. L'empereur n'était pas même en sûreté dans son châ teau. Il fut obligé de partir pour Francfort, en passant au milieu de ses ennemis, sans argent, sans troupes et sans armes.
Déjà les protestants délibéraient sur le partage de ses domaines, sur son sort et sur le sort des siens. Les Bohémiens rebelles offrirent la couronne royale à Frédéric V, prince électeur du Palatinat, chef de l'union. Il l'accepta, épousa une des filles de Jacques I" d'Angleterre, neveu de Maurice d'Orange, allié aux huguenots français et plein de projets aventureux (août 1619). Il se fit couronner à Prague (15 octobre). L'empereur était soutenu par Jean-George II, prince électeur de Saxe hostile aux protestants, ainsi que par la ligue. L'Espagne, de son côté, se préparait à lui porter secours et le pape Paul V lui fournit des subsides considérables. L'Allemagne tout entière courait aux armes : — c'était le début de la guerre de Trente- Ans.
Richter, Des bœhmischen Aufruhrs oder des dreiszigjœhrigen Kriege s Ursachen und Beginn, Erfurt, 1844; A. Gindely, Gesch. des dreiszig-
jeehrigen Krieges T. AbLh. Gesch. des bœhm., Aufstandes, 1618, t. î, Brag., 1869. Keym,Gesch, des dreiszigjaehrigen Krieges, Friboui'g 1833 t. I. Sur l'année 1618 on trouve d'importants matériaux dans le theatrum europseum. Beschreibung aller denkwürdigen Geschichten u. s. f» Frankf., 1643 et suiv. 21. — Hurter, Ferdin. IL, surtout t. VIT. Hist. pol.Bl. 1839, t. m, P. 673 et suiv., 742 et suiv., t. IV, P. 13 et suiv., 168, 218, 593 et suiv. Mumelter voft Sebernthal, Ueber die Verdienste œsterr. Regenten um das deutsch Reich, Viisnne, 1790. P. 472 et suiv., Ranke, n, P. 444-448.
Victoire deâ armées catholiques en Bohême.
425. Au printemps de 1620, les armées de l'Union et celles de la Ligue se rencontrèrent près de Ulm, mais le combat fut empêché par l'intervention de la France. La ligue promit seulement de ne pas toucher aux domaines héréditaires de Frédéric V. Màximilien de Bavière, son général en chef, s'avança dans la haute Autriche et la soumit à l'empereur. Là, après avoir fait sa jonction avec l'armée autrichienne, il marcha sur la Bohême et battit les rebelles à la montagne Blanche, à côté de Prague (8 novembre 1620); Frédéric V, surnommé « roi de l'hiver, » dut prendre la fuite. La Bohême et les provinces d'alentour firent leur soumission à l'empereur; vingt-sept d'entre les rebelles les plus gravement compromis furent mis à mort, leurs biens confisqués, les prédicants protestants exilés, et la lettre de majesté anéantie ; le culte catholique aboli jusque-là fut restauré, et les religieux furent rappelés.
Le nonce Charles CarafTa montra un zèle remarquable ; beaucoup d'égarés rentrèrent dans le sein de l'Église; un concordat fut conclu dans la suite (1630) avec le Saint-Siège, relativement aux biens d'Église aliénés et autres biens ecclésiastiques. Maximilien, duc de Bavière, obtint, en retour de ses services, les provinces du Palatinat en deçà du Rhin ; il y rétablit le culte catholique, et plus tard (25 février 1623) il reçut la dignité électorale, d'abord pour sa personne seulement. La Saxe fut dédommagée et apaisée par la concession de la Lusace.
On le voit, les catholiques n'eurent qu'à se féliciter de cette première période de la guerre, et ils firent désormais de grands progrès dans le reste de l'Allemagne. La nouvelle des atrocités commises par les sectaires de Bohême contre les
églises, les reliques et les prêtres, et notamment le martyre de Jean Sarkander (10 mars 1620), soulevèrent l'indignation de l'Allemagne catholique.
Peschek, Gesch. der Gegenreformation in Bœhmen, Dresde et Leipzig, 1844, 2 vol. D'Elvert, Die Bestrafung der bœhmisch«n Rebellion, Brunn, 1868. Ranke, II, P. 458 et suiv.; III, P. 403-408 (Raguaglio dello stato di religione nel regno di Boemia 1624 par Charles Caraffa). Cf. Car. Caraf. Com. de German. sacra restaur. Colon., 1539, avec documents. Legatio apost. Petri Aloys. Caraffae (1624-1634), ed. Ginzel, Wirceb., 1839. Cf. Bist. pol. Bl., t. VII, P. 505-508. Conventio pro Bohemia 1630, ap. Nussi, Conventiones, p. 39- 47. Progrès de la Bavière et du Catholicisme, Kropff, Bist. S. J. in Germ, super., IV, 271; Ranke, II, P. 467-473. Violences des protestants en Bohême, Hurter, Ferdinand II, t. VIII, P. 56 et suiv., 121 et suiv. Westenrieder, Bist. Taschenbuch, 1803, P. 116 et suiv. Livrani, Leben und Leiden des s. M. J. Sarkander. De l'italien de Belrupt-Tissak, Olmütsz, 1860. Sur sa béatification, 6 Mai 1860, Civiltà cattolica. IV, 6, p. 481.
Autres comlDats en Allemagne. L'édit de restitution.
426. La guerre eût été terminée, et il n'aurait plus été question que du sort de Frédéric V et du Palatinat rhénaO;, si le romte de Mansfeld, sans possessions, n'avait pas continué de défendre par les armes la cause du « roi de l'hiver » avec des ressources étrangères, principalement avec celles des fondations ecclésiastiques. Il fut soutenu par George-Frédéric, margrave de Baden-Dourlach, par Christian, duc de Brunswick, administrateur d'Halberstadt, et en dernier lieu par Christian IV, roi de Danemark, tandis que Bethlen Gabor de Transylvanie l'aidait par des incursions et Jacques P"^ d'Angleterre par des secours en argent. Et c'est ainsi que la guerre succédait à la guerre. Mais partout la victoire se déclarait en faveur de la Ligue, sous la conduite de son chef vaillant et résolu, Jean Tzerclas, comte de Tilly, et en faveur des troupes impériales dirigées par Wallenstein. Les armées catholiques s'avancèrent jusqu'aux côtes de la mer Baltique et de la mer du Nord.
A Lutter, près du Baremberg, le roi de Danemark fut com-
516 BiSTOiRE DE l'Église.
plètement défait par Tilly en 1626, et obligé, par la paix de Lübeck (1629), de s'abstenir de toute immixtion dans les affaires d'Allemagne. Wallenstein reçut, à titre de fief impérial, les possessions des ducs de Mecklenbourg, mis au ban de l'empire, et Mansfeld dut prendre la fuite. En Autriche, où il fallut réprimer des insurrections dangereuses de paysans protestants (1625 et 1626), la puissance de la noblesse fut brisée à partir de 1627. Cette fois, les catholiques songèrent sérieusement à reconquérir ce qui leur avait été enlevé par la force. L'empereur, qui avait d'abord hésité, crut devoir exécuter désormais le plan que les États catholiques avaient déjà dressé à Ratisbonne, en 1608 : ramener les affaires d'Allemagne au point où elles étaient en 1552 et répéter aux protestants toutes les fondations qu'ils avaient autrefois confisquées.
Ces vues étaient partagées par les princes- électeurs catholiques, par le nonce du pape et plusieurs conseillers de l'empereur. Un édit de restitution déjà projeté au mois d'août de l'année précédente parut le 6 mars 1629; il ordonnait la restitution des évêchés injustement ravis aux catholiques depuis 1555 (deux archevêchés, douze évêchés), des abbayes et des couvents. Cette restitution devait être consommée en 1631; il rappelait que les protestants qui n'étaient pas de la confession d'Augsbourg étaient exclus de la paix religieuse, accordait une libre retraite aux sujets protestants des princes catholiques , permettait aux États catholiques comme aux États luthériens d'introduire et de conserver leurs rites dans leurs territoires. L'édit, inattaquable au point de vue du droit, étaitil prudent sous le rapport politique? On pouvait le contester. La Saxe électorale, ennemie des calvinistes, fut gagnée par une foule de concessions. Une commission impériale fut chargée de veiller à l'exécution ponctuelle de f édit.
OUVRAGKS A CONSCLTBB SUR LE N" 426.
Leo, Univ. Gesch., III, P. 513 et suiv. Sœltl, Die Religions-kriege in Deutschland, Hambourg, I84I., 2 Part. Villermont, Tilly oder der dreiszigjaehrige Krieg, trad. du franc, SchafThouse, 1860. Onno Klopp, Tilly im dreiszigjœhrigen Kriege, Stuttgart, J861, 2 vol., Mailath, III, P. 241 et suiv. Aretin, Wallenstein, Reitr. zur naîheren Kenntnisz seines Gharacters, Passau, 1846.Hurter, zur Gesch. Wallen- »teins, Schaffhouse, 1854, Chlusmazky, Regesten der Archive von
LR CATH0UCI5ME 217
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Gustave- Adolphe .
427. Malheureusement, l'œuvre de la restitution et avec elle les victoires des catholiques furent bientôt entravées, La jalousie des Français devant la puissance croissante de l'Autriche et de l'Espagne; l'ambition du belliqueux roi de Suède, Gustave- Adolphe; l'aig-reur des princes protestants lésés dans leurs intérêts, tous menacés de perdre un bon tiers de leurs possessions, suscitèrent contre l'empereur une alliance d'autant plus redoutable que l'ancienne concorde avait dispacu parmi les États catholiques. Gustave-Adolphe, qui s'était distingué dans plusieurs combats contre la Pologne et cherchait depuis longtemps à exploiter les troubles de l'Allemagne au profit de sa cause, conclut avec la France un accord qui lui promettait d'importants secours (1630); il déclara qu'il allait prendre sous sa défense les droits des Allemands et les siens propres, veiller à leur prospérité et venger les injures reçues. Il entama des négociations avec les princes protestants et conçut le dessein d'accaparer l'empire.
Déjà quelques princes se montraient mécontents de l'empereur, dont les forces militaires leur imposaient des charges intolérables. Maximilien de Bavière, jaloux de Wallenstein, détermina l'empereur Ferdinand II à congédier ce général détesté, et l'armée impériale, qui s'était ralliée sous l'étendard de Wallenstein, se vit ainsi notablement amoindrie. Gustave- Adolphe marcha contre elle en 1630, la défit en bataille rangée et s'étabUt sur l'Oder inférieure. Tilly, qui opérait sur l'Elbe, s'empara de Magdebourg (20 mai 1631), mais fut battu en pleine campagne par Gustave-Adolphe, près de Leipzig, et grièvement blessé. Ce héros chevaleresque mourut le 10 avril 1632 à Ingolstadt. Le roi de Suède continua sa marche en
2lS HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
avant, s'empara de Wurzbourg, Bamberg et Mayence. Des prédicants luthériens furent partout établis, une foule d'églises enlevées aux catholiques et d'effroyables cruautés commises. Le Suédois pénétra en Bavière, et les habitants furent réduits à le reconnaître. Il promit à Frédéric V du Palatinat de le rétablir s'il voulait accepter de lui ses domaines en fiefs. Gustave- Adolphe remporta de grands succès jusqu'au moment où il trouva la mort près de Liltzen, où succomba également Pappen, heim, général de la cavalerie impériale (6 novembre 1632).
Ranke, II, p. SOI et suiv., 526 et suiv., b53 et suiv. Gfrœrer, Gujtav Adolph., 4° ed., D. Klopp, Stuttgart, 1863, par Decken, Herzog Georg von Braun?chweig und Lüneburg, zur Gesch. des dreiszigiœhrigen Krieges, Hannovre, i 833 et suiv. Droysen, Gustav Adolph von Schweden, Leipzig'! 869 2 vol. Ilurter, X P. 302 et suiv. Leo, Universel. Gesch. III, P. 538. Ritter, Briefe und Acten I. vol. Manifest : Tenor mandatorum quae S. R. Majestas Sueciae clamenter vult ut consiliarius ejns.. D. Camerarius observare debeat Upsalise, 18 Dec. 1620. Moser patriot. Archiv, VIP. 133. Plan de Gustave Adolphe, hist-pol. Bl., 1839, t, III, P. 431, 499 et suiv. Hurter, Ferdin. II. Friedensbestrebungen, Vienne, 1860. Wallensteins vier leiste Lebensjahre, Vienne. 1862. Dudik Wallenstein von seiner Enthebung bis zur abermaligen Uebernahme des Armee Obercommandos, ibid., 1858. Le même, Wallensteins Correspondenz, ibid., 1863. Voyez encore Ranke. II, P. 597-359. Sur la prise de Magdebourg, Hist. pol.-BI., t. III, p. 43 et suiv.; t. XLVI et XL VII. Benen, Das Verhaengnisz Magdeburgs, Schaffhouse, 1842, 1848; Heising, MagdeburgnichtdurchTillyzerstœrtund Gustav Adolph in Deutschland, Berlin, 1846, 2« éd., 1834. Die Katastrophe non Magdeburg. Auszug aus dem Tagebuch von Zachar. Landhaeuser, avec préface par Onno Klopp, Freb., 1874. Parmi les auteurs protestants, voyez surtout Droyzen, Studien über die Belagerung und Zerstœrung Magdeburgs, 1641 (Forschungen zur deutschen Gesch., III, p. 433-606); Rud. Usinger, Die Zerstœrung Magdeburgs (Sybels hist. Ztschr., 1865, XllI, p. 378-405). U est certain que pendant le combat Pappenheim ordonna de mettre le feu à quelques maisons. Bientôt divers incendies s'allumèrent en d'autres endroits, et la violence du vent amena la perte de la ville ; la cathédrale seule et quelques édifices furent sauvés par les vainqueurs.
Détresse de l'empereur. Attitude d'Urbain VIII.