‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 15 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Après que l'ancienne Église eut réagi avec force contre le protestantisme triomphant et lui eut imposé un armistice, les pays catholiques tombèrent eux-mêmes dans un engourdissement d'autant plus dangereux, que les idées protestantes, d'abord refoulées, recouvraient leur influence, soutenues par l'absolutisme des princes. Le protestantisme lui-même se développa sur son côté négatif; il engendra une infinité de sectes et s'éleva à un haut degré de puissance politique. On avait rejeté l'autorité en matière religieuse; on allait la répudier aussi sur le terrain des mœurs, de la politique, de la science, en un mot dans toutes les sphères de la vie. Au lieu des vérités de foi, c'étaient les maximes incertaines de la raison individuelle qui allaient devenir la règle suprême ; l'autorité, qui appartenait autrefois aux papes, aux conciles et aux docteurs de l'Eglise allait passer aux hommes d'État, aux philosophes, aux philanthropes, aux beaux esprits de la littérature et finalement à la presse périodique.

Chez les protestants, des associations clandestines travaillèrent au renversement du trône et de l'autel et trouvèrent un puissant auxiliaire dans la politique aveugle des cours. Déjà il se préparait une conjuration anti-chrétienne qui, après avoir triomphé dans la littérature et dans la vie pratique, allait abattre successivement tous les boulevards de l'Église, anéantir l'ordre influent des jésuites, déverser le sarcasme et le

VIII* PÉRIODE. — IN PRODUCTION. ^'ll

Diépris sur le Saint-Siège, faire des princes ses instruments, pour les déshonorer eux-mêmes et les renverser ensuite. La période précédente se terminait par la rébellion et par le meurtre du roi dans la protestante Angleterre; la période actuelle s'achèvera par des menaces de révolte et d'attentats contre la vie du roi dans la France catholique.

Trois grandes sociétés religieuses existaient à cette époque : à côté de l'Église une et véritable, ï Église grecque schismatique en Russie et en Turquie, et V Église protestante éparpillée à l'infini, agglomération de sectes et de petites églises. L'Angleterre protestante se fortifiait chaque jour et continuait de tenir l'Irlande sous sa main de fer ; elle enlevait au Portugal et à l'Espagne une foule de leurs possessions au-delà des mers et attaquait le catholicisme dans ses colonies. La Russie schismatique, de son côté, s'étendait dans les directions de l'Ouest et supprimait le royaume catholique de Pologne. En Allemagne, où l'on voyait des territoires les uns entièrement catholiques, les autres entièrement protestants, les autres mixtes, l'empire penchait à sa ruine ; tandis qu'une nouvelle et grande puissance protestante commençait à s'élever, la Prusse. Depuis le traité de Westhphalie, ily avait séparation rigoureuse entre la vie religieuse et la vie politique. Dans les alliances et les traités, dans les décisions sur la guerre et sur Ja paix, dans la législation et l'administration, on ne tenait plus aucun compte de l'Église et de sa croyance ; les intérêts temporels dirigeaient seuls la politique des cabinets, les associations et les corporations nouvelles ; l'indifférence religieuse envahissait presque toutes les couches de la société.

Les derniers vestiges du régime féodal disparurent; ce n'étaient plus les domaines de l'État et de la couronne, fiefs ou alleux, qui étaient la base de l'économie politique; ce qui dominait, c'était le mercantilisme ; la richesse de l'État consistait maintenant en argent monnayé, fruit de l'industrie et du commerce. A l'exemple de la Hollande, bientôt suivi de l'Angleterre, du Portugal et d'autres États, on chercha à multiplier les exportations et à restreindre les importations, à maintenir entre les unes et les autres un heureux équilibre par des prohibitions, par des taxes exorbitantes mises sur les articles d'importation, et par des encouragements à la production indigène«

ââ8 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Devant ces avantages momentanés, les gouvernements, qui visaient ainsi à se rendre plus indépendants des États (là où ceux-ci existaient encore), ne voyaient pas les suites funestes qui naîtraient de l'oubli des grands intérêts spirituels et de la répudiation des solides principes de l'économie. Au dix-huitième siècle, on aperçut en partie les lacunes de ce système, qui devait nécessairement transformer l'ordre social ; mais loin de s'arrêter, on recourut à des pratiques plus funestes encore, et le mécontentement du peuple, déjà si opprimé, ne fit que s'accroître. Les princes temporels avaient su affranchir leur pouvoir de toute influence ecclésiastique, et l'Eglise ne pouvait plus ni les corriger ni les contenir. Les princes ne voyaient en elle qu'un instrument qu'ils essayaient de s'assujettir (gallicanisme, fébronianisme, joséphisme), après qu'ils avaient échappé eux-mêmes au contrôle salutaire des États. Us ne songeaient pas que plus ils se rendaient indépendants de l'autorité ecclésiastique, plus ils s'asservissaient au caprice de la multitude, à la volonté du peuple artificiellement surexcitée par les meneurs; que la foule, de plus en plus engouée des idées de liberté répandues par une littérature révolutionnaire, bientôt ne se contenterait plus d'avoir recouvré ses anciens droits. Ils avaient voulu tout séculariser, les lois et l'administration, l'éducation et l'enseignement, les établissements de bienfaisance, les biens de l'Église et jusqu'à ses affaires les plus intimes. Mais ils avaient en même temps sécularisé leur propre majesté, en lui enlevant sa consécration religieuse et son plus ferme soutien. L'Église asservie, spoliée par les rois, ces antipapes d'une nouvelle espèce qui lui avaient presque tout ravi ; l'Église, -rendue étrangère à la vie publique et vouée à tous les genres d'humiliation, ne pouvait presque plus rien faire pour eux. Son autorité était attaquée de toutes parts ; l'humanité pure avait remplacé l'esprit chrétien ; la philanthropie païenne, la charité évangélique.

L'État avait lui-même énervé, affaibli, dégradé les ministres de l'Église; il récoltait ce qu'il avait semé; la révolution contre l'État était le fruit de la révolution contre l'Église; l'abus de la « liberté évangélique » conduisait à l'abus de la liberté politique. Les peuples devinrent le fléau des princes, et la révolution se chargea de venger l'Église qu'on avait foulée aux pieds,

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