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LE SAINT-SIÈGE ET LES LUTTES QU'IL EUT A SOUTENIR

Lies derniers papes du dix-septième siècle.

Alexandre VII.

4. Après la mort d'Innocent X, les cardinaux entrèrent en conclave, sans trouver devant eux quelque neveu du pré.cédent pape, qui aurait pu, selon la coutume du seizième siècle, former un parti avec les cardinaux de sa nomination. L'empereur, ainsi que les rois de Franre et d'Espagne, revendiquèrent par les cardinaux de leurs nations le droit de veto contre l'élection d'une personne qui leur déplairait (exclusive); mais ces prétentions n'étaient appuyées sur aucun document, et elles furent combattues dans divers écrits. Beaucoup de suffrages s'étant déclarés pour le cardinal Sacchetti, l'Espagne lui opposa son veto. Plus tard, un grand nombre de voix se portèrent sur Fabio Chigi de Siene, mais il fut exclu {)ar la France. Cependant Sachetti obtint le désistement de la France par l'entremise

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de MazariQ et Fabio fut élu le 7 avril 1655; il prit le nom d'Alexandre VII. Il avait été désigné par le cardinal Azzolini comem un homme habile, bien pensant et vertueux. Rome se réjouit de son élection, car ses antécédents faisaient présager un heureux pontificat; on connaissait sa piété, sa sagesse et la simplicité de ses mœurs. Il justifia dans le principe toutes les espérances qu'on avait fondées sur lui, défendit k ses neveux d'aller à Rome et prit une foule de mesures salutaires.

Cependant on lui représenta de toutes parts qu'il était inconvenant que les parents du pape vécussent à Siene comme de simples citoyens, d'autant plus que dans cette ville on ne laissait pas de leur rendre des honneurs princiers ; que leur éloignement des affaires pouvait brouiller le pape avec la Tosi^ane et être interprété comme un manque d'égards; que les ambassadeurs étrangers n'auraient jamais autant de confiance dans un autre ministre que dans un parent du pape, que le pape enfin serait moins bien renseigné et que son gouvernement en souffrirait.

C'est pourquoi, dans le consistoire du 24 avril 1656, Alexandre VII posa la question de savoir s'il pouvait employer ses parents au service du Saint-Siège. La réponse fut affirmative. Mario, frère du pape, reçut alors des charges considérables, et son fils Flavio devint cardinal ; ce dernier ne montra point d'ambition et n'exerça qu'une influence ordinaire. Un autre de ses neveux fut marié à une Borghèse, et Siene, la ville natale du pape, reçut de lui différentes faveurs. Alexandre abandonna aux congrégations la plupart des affaires d'État, surtout au cardinal Rospigliosi ; Corrado eut beaucoup d'influence dans les questions de droit ecclésiastique et Pallavicini dans les affaires de théologie.

Le pape, dans l'après-midi, s'appliquait volontiers à la littérature. A tout prendre cependant, il n'était plus, dans cet âge avancé, aussi prudent et aussi actif qu'il l'avait été autiefois comme nonce et cardinal. Il entreprit seulement plusieurs grandes constructions, les(juelles, jointes aux exigences de ses proches, contribuèrent beaucoup à la ruine des finances.

OUTRAGES A CONSULTER ET KEUARQUES CRITIQUES SUR LE N° i.

Sur rEïclusive (voy. Phillips, K.R., V, § 255-257, p. 848-868), les

ouvrages d'Albitins et de J. de Luca sont cités dans Lupoli, Instit. jur. canon., II, 213. — Card. Pallavic, Vita di Aless. Vil., surtout Lib. II, c. xiv-xvm. Ranke (dans ses papes romains, III, p, 50 et suiv., 460 et suiv.) a utilisé cet ouvrage d'après ses manuscrits ; il parut à Prato en 1845, à Milan en 1849. Autres sources dans Ranke, III, p. 467-473 ; Reumont, Gescli, der Stadt Rom. xii tom. III, sect. Sur le népotisme. Civiltà catholica, 1868, VII, 2 p. 397 et seq. Poésies d'Alexandre VII ; Philomathi labores juveniles, 1656, et seq., Amst., 1660.

2. Alexandre VII condamna plusieurs propositions hérétiques, fit preuve de modération dans les disputes théologiques, se mit en bonne intelligence avec la république de Venise, en supprimant la congrégation dégénérée des chanoines réguliers du Saint-Esprit et l'ordre des Porte-Croix, en assignant à la république leurs biens situés sur son territoire pour soutenir la guerre contre les Turcs, et en faisant rentrer les jésuites expulsés. La France, au contraire, lui fit essuyer pins d'un affront.

Alexandre Vil eut la joie d'apprendre que Christine de Suède venait d'entrer dans le giron de l'Église catholique; cette reine avait été captivée par l'antiquité de l'Église, par ses martyrs, par le dogme de l'infaillibilité et par la loi du céhbat. Invitée par le pape, elle se rendit en Italie et offrit dans l'église de Lorette sa couronne et son sceptre à la sainte Vierge. Alexandre VII lui fit à Rome une brillante réception et la pourvut d'une pension annuelle. Dans le principe, Christine fit encore de nombreux voyages en Allemagne, en France et même en Suède ; elle se montra souvent emportée et tyrannique. Plus tard, son humeur s'adoucit; elle demeura à Rome, réunit autour d'elle une foule de savants, fonda une académie qui s'occupa de politique et de littérature, et donna naissance à YArcadia. Christine fut inhumée dans l'église de Saint-Pierre (morte le 49 avril 1689). Ernest, comte de Hesse- Reinfels, rentra également dans le giron de l'Église.

Propp. ab Alex. VII, damn. 1665 (28), 1666 (n. 45) : Denzinger, En cbir. id., p. 317 et seq. : Du Plessis d'Arg., III, II, p. 320-324, 1667, décret, de attrit; Denzinger. p. 322, n. 92. Convention avec Venise, Rauke, III, p. 457-460. Sur Christine de Suède, Relazione sopra !a

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regina di Suecia, par P. Casale, S. J.; Ranke,IlI, p. 463-467. Voy. ibid., p. 78 et suiv. Hist.-pol. Bl., t. XII, p. 20, 65, 141, 235 et suiv. Rsess, Convertiten, VII, p. 62 et suiv. Sur le Landgrave Ernest, ibid., p. 465 et suiv.

Clément IX.

3. Le 20 juin 1667, Jules Rospigliosi , ancien secrétaire d'État, élait élevé au trône pontifical sons le nom de Clément IX. Tous proclamaient d'une commune voix que c'était l'homme le meilleur et le plus affable qu'il fût possible de rencontrer : modeste, de mœurs intègres, modéré en tout, et, comme son devancier, poète et savant. Ses parents n'obtinrent de lui aucune distinction particulière ni aucune part au gouvernement ; il témoigna beaucoup de bienveillance aux proches de son prédécesseur et refusa, dans l'intérêt du bien public, de satisfaire aux désirs de ses concitoyens de Pistoie. Économe, mais extrêmement charitable. Clément IX fournit à Venise de grandes sommes d'argent pour la guerre contre les Turcs, tout en réorganisant le système financier de l'État ecclésiastique. En Portugal, il rétablit les affaires religieuses, fit beancoup pour les missions étrangères, défendit aux missionnaires toute entreprise commerciale, et s'imposa les plus grands sacrifices pour ramener l'île de Candie (Crète) sous la domination chrétienne. Il survécut à la prise de cette île par les Turcs, mais cet événement précipita sa mort (1669).

Supplem. ad H. E. Natal., Alex. t. II, p. 55 et seq. Bower, Hist. der rœm. Psepste, X, Abth. 2, bearbeitet v. Rambach. Eloge du pape dans Grimani, ambassadeur vénitien, 1670, Ranke, III, p. 473, Cf. p. 57-60.

Clément X.

A. Après une vacance de cinq mois, le Saint-Siège fut occupé par le cardinal Émilien Altieri, âgé de quatre-vingts ans ; il prit le nom de Clément X (1670-1676). Né en 1590, docteur depuis 1611, il était allé en Pologne avec Lancellotli, puis avait été nommé évêque de Camérino, nonce à Naples par Innocent X, secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers

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par Alexandre VIH, et en 1669 sonlement cardinal par son prédécesseur. Clément X, n'ayant point de parents, adopta pour neveu le cardinal Paoluzzio Paoluzzi. Il fit des représentations au roi de France au sujet de ses divers empiétements, soutint les Polonais contre les Turcs, tandis (]ue le tzar russe, Alexis Michaelowitsch, faisait préparer contre eux une alliance entre les puissances chrétiennes par un ambassadeur à Rome, qui, du reste, se comporta avec beaucoup d'arrogance. Le pape embellit la ville par l'ornementation du pont Saint-Ang-e, par la construction du palais Altieri et l'établissement d'une seconde fontaine qui se voit sur la place de Saint-Pierre. Il fut doux et juste à l'égard de ses sujets, et sa haute vieillesse l'empêcha seule de déployer une pins grande activité.

Amelot de la Houssaye, Hist. du Conclave de Clem. X, Paris 16 76. C. Arisio, Memorie sulla vita di Clem. X, Roma, 1863; Ranke, III, p. 477 etsuiv. (ibid.. Mémoires de Carlo Cartaci. Relations de Mocenigo de Venise, de Rozzani de Milan, etc.) Sur ce pontificat et les suiv. voy. Guai'nacci, Vitee et res gest. Rom. Pontif. et Cardin, a Clémente X, usque ad Clem. XI, Rom., 1751 et seq., t. II ; A. Sandini, Vitœ Rom. Pontif. ex ant. monum. coll., Patav., 1739, Bamb., 17!i3; Piatli, Storia critico-cronologica dei Rom. Pont, (jusqu'à Clément XIII); Napoli, 1763-1770. Bower, loc. cit.; Grœne, Gesch. der P., II, p. 410 et suiv.; Haas, Gesch. der P., p. 608 et suiv.

Innocent XI.

5. Le trône pontifical fi:t alors occupé par le noble cardinal B. Odescalchi de Côme, Innocent XL Zélé et consciencieux, ennemi du népotisme, le nouveau pape veilla à la pureté des mœurs du clergé, usa d'une grande prudence dans la nomination aux charges ecclésiastiques, améliora les finances pontificales, abolit quantité d'abus, notamment celui qui faisait de la demeure des ambassadeurs un asile pour les criminels, ce qui amena de nouvelles complications avec l'orgueilleux Louis XIV, roi de France.

Innocent XI demeura inébranlable et ne fit aucune concession , même quand les Français menacèrent d'exciter au schisme. 11 espéra en Lieu, et l'opinion publique lui donna

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raison. Le peuple de Rome le vénérait comme un saint, et les cours protestantes elles-mêmes lui témoignaient un grand respect. Il censura une foule d'opinions erronées, reçut de l'Orient plusieurs assurances de soumission, fut témoin de la prospérité des missions et du déclin de la puissance des Turcs. Après une brillante victoire remportée par MontecucuUi en 1644, l'ennemi héréditaire de la chrétienté demeura en repos. En 1682, le grand vizir Kara Mustapha médita de nouvelles expéditions, et en 1683 Vienne était menacée. Elle fut sauvée par l'héroïsme du roi de Pologne , Jean Sobiesky ; par Rüdiger, comte de Stahremberg, et par Jean -George III, prince-électeiir de Saxe, Innocent XI avait la conscience de sa responsabilité devant Dieu, et menait une vie austère. Sa mort fut sainte comme l'avait été sa vie, et il laissa, en quittant ce monde, de profonds regrets (iO août 1689).

Notizie biogratîche e lettere di P. Innoc. XI, {lublic. da Giuseppe Colombo, Torino, J878. Vila d'Iiinoc. XI, Yen., 1694, in-4°; Bonamici, De vita Innoc. XI, Rom., 1776, en allem., Francf. et Leipzig, 1791 ; Ranke, III, p. 162 et suiv., 167 et sniv., 486 et sniv. Gérin, Innoc. XI, et la révolution angl. de 1688, Par., 1877. Propp. ab Innoc. XI, damn., mart. 1679 (65) nov. 1679 (2) ; Denzinger, Enebir., p. 323 et seq., n. 94. Decr. S. Offic, 1682, ib., p. 332, n. 96. Sur les combals des Turcs : Hauraer, Hist. Tascbenbuch, 1848. Jabrg. 9, p. 221 et suiv. Le procès de béatification d'Innocent fut introduit sous Clément XII, décret du 4 août 1744 ; Suppl. ad Natal. Alex., t. II, p. 155.

Alexaadre VIII. Innocent XII.

6. vSon successeur fut le cardinal Pietro Ottoboni de Venise. Alexandre VIII, c'était son nom, diminua la dette de l'État ecclésiastique, fit pour le Vatican l'acfjuisition do la bibliothèque de feu Christine, reine de Suède, soutint sa patrie dans la guerre contre les Turcs par des sommes considérables, condamna plusieurs opinions erronées, et s'acquitta parfaitement de ses fonctions La France entama avec lui des négociations et rendit au Saint-Siège une satisfaction partielle. Ses neveux, qu'on lui reproche seulement d'avoir favorisés et enrichis, exercèrent pendant son court pontificat (1689-1691) et dans sa haute vieillesse une trop grande influence. Ces raisons

décidèrent les plus rigides d'entre les cardinaux (les zelanti, comme on les appelait) à insister pour qu'on élût un homme tout-à-fait opposé au népotisme, tandis que les Français désiraient un pape éminemment pacifique. Les suffrages balancèrent entre les cardinaux Grégoire Barbadico et Antoine Pignatelli; au bout de cinq mois, ce dernier fut nommé et prit le nom d'Innocent XII (1691-1700). Il était né en 1615 sur le territoire de Naples, dans la famille des ducs de Montélione; il fit ses études au collège romain, entra de bonne heure dans la prélature, devint vice-légat d'Urbino, gouverneur de Pérouse, nonce à Florence, en Pologne et en Allemagne, puis évèque de Lezze. Mis à la retraite, il avait fait preuve d'un courage viril et de résignation. Après son rappel à Rome par Clément X, il fut nommé cardinal sous Innocent XI, évèque de Faeiiza, légat de Bologne et archevêque de Naples.

Très estimé pour ses vertus et ses connaissances. Innocent XII avait déjà obtenu un grand nombre de voix dans le précédent conclave. Bon, affable, bienfaisant et économe, il prit pour modèle Innocent XI, nomma secrétaire d'état Spada, qu'il affectionnait particulièrement, empêcha ses parents de se rendre à Rome et réprima le népotisme dans une bulle spéciale qu'il avait concertée avec les cardinaux, il mit un terme à la vénaUté des emplois qui existait dans plusieurs États de l'Europe, et restitua leur argent aux acheteurs. Les pauvres et les orphelins furent l'objet de sa plus tendre sollicitude ; il rendit plusieurs lois excellentes concernant la justice et l'administration de l'état ecclésiastique ; il donnait chaque semaine audience à quiconque voulait lui parler. Il obtint de l'empereur Leopold I""" la révocation de l'arrogant ambassadeur George- Adam de Martinitz , et de Louis XIV, le retrait de ses mesures hostiles, de sorte qu'il fut de nouveau en position de confirmer les évêques élus. Quand la paix européenne parut assurée par les traités de Ryswick (1697) et de Carlo witz (1698), Innocent XII annonça le grand jubilé de 1700, qui vit affluer à Rome des légions des pèlerins. Ce magnanime pontife mourut le 27 septembre de l'année du jubilé, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, profondément regretté de toute la chrétienté.

Depuis longtemps, les papes s'étaient retranchés dans le domaine purement ecclésiastique, se bornant à protester contre

l'église catholique. 237

les nouveaux principes mis en circulation parle protestantisme; ils n'avaient suscité des difficultés à aucun gouvernement. Cependant les puissances enneiuies avançaient de plus en plus sur le terrain religieux, résolues de se l'assujettir complètement, sans souci des conséquences qui en résulteraient pour ellesmêmes.

Suppl. cit.. P. 156-1 6t ; Ranke, 111, p. 489-491 (la Confessione di Papa Aless. VIII est apocryphe ; Ranke lui-même la traite de pamphlet injurieux, Cas. Gaillardin, Hist. du règne de Louis XIV, Par,, 1875, t. V, p. 275 seq. j Gérin, le pape Alex. VIII eL Louis XIY, d'après des docum. inédits; Par., 1878. Propp. ab Alex. VIII, damn., 24 Aug. 1690 (2), 7 Dec. (31); Denzinger, p. 342 etseq., n. 98. — Éloge d'Innocent Xll par l'ambassadeur vénitien Domenico Contareui, 5 juillet 1696 ; Ranke, III, p. 491-493. Natal. Alex., Suppl., t. 11, p. 161 seq. Const. Romaniim decet Pontificem, contre le Népotisme, Dœllinger, Kirche und Kirchen p. 528. Suppression de la vente des emplois, ibid.. p. 534. Cf. Guarnacci, I, 392.

I^e g'allicanisnie.

Opposition au Saint-Siège. Louis XIV. Outrages au pape Alexandre VII.

7. Malgré la faveur que les principes gallicans, représentés par Pithou, Dupuy, Kicher, etc., rencontraient parmi les juristes de France, malgré le crédit que le jansénisme leur avait assuré chez les théologiens eux-mêmes, un mouvement de retour vers les opinions du treizième siècle et en faveur du Saint-Siège s'était produit dans les sphères théologiques avant la mort du cardinal Mazarin et jusqu'au commencement du gouvernement personnel de Louis XIV (1661). Ce mouvement fut entretenu soit par les études historiques et patristiques, qui avaient atteint à un haut degré de prospérité, soit par l'expérience, faite pendant les luttes contre les jansénistes, des dangers qu'offraient les théories. Lu Perron, Duval (mort en 1638), Maucler, Isambert (mort en 1642), Abelly et une foule de religieux, la plupart des évêques et des docteurs soutenaient les droits du pape ; la cour elle-même semblait, par une foule de ses démarches, lui être redevenue plus favorable.

Les jansénistes ne manquèrent pas de s'employer à la cour et

238 HISTOIRE IJE j/ÉGLISE.

dans le parlement pour prévenir la désertion des idées favorites qu'ils caressaient depuis longtemps, et cette fois leurs efforts furent soutenus par la politique du nouveau souverain âgé de vingt-trois ans, qui aspirait à l'absolutisme universel, et par ses ministres la plupart hostiles à l'Église. Sachant que la cour cherchait volontiers des prétextes pour humilier le Saint-Siège, l'ambassadeur de France à Rome, le duc de Créqui, ne négligea aucune occasion de susciter au gouvernement tous les embarras imaginables ; il ne mettait point de bornes aux exigences qu'il faisait valoir soit en faveur des ducs de Parme et de Modène, soitenfaveur deson roi, dont les prétentions allaient croissant. Créqui traitait les parents d'Alexandre VII avec un air méprisant, et les gens de sa suite militaire aigrirent tellement plusieurs Corses de la garde pontificale, que celle-ci fit le siège de l'hôtel de l'ambassade ("22 aoùtl662); deux français etcinq corses perdirent la vie dans celte affaire. L'ambassadeur ne voulut recevoir aucune excuse et il partit de Rome. Louis XIV fit reconduire le nonce hors des frontières de France, s'empara d'Avignon et du Comtat Venaissin, envoya des troupes en Italie pour venger la prétendue injure qui lui avait été infligée. Autant Alexandre VII inclinait à la mansuétude, autant les exigences entièrement humiliantes du roi rendaient difficile la conclusion de la paix.

Le pape, qui ne recevait de nulle part un appui efficace, fut obligé de céder et de consentir à la paix injurieuse de Pise (i2 février 1664), en sacrifiant pour toujours la garde Corse. Les délits de cette garde, qui n'avaient été que trop provoqués, furent affichés sur une colonne infamante (qui subsista jusqu'en 1668) ; la famille de Chigi fut obligée de demander pardon et de donner à l'ambassadeur de France la plus éclatante satisfaction. Le roi reçut en outre le droit de nommer aux sièges de Metz, de Toul et de Verdun.

(Picot), Essai iiist. sur l'influence delà religion en France pendant le ?vii6 siècle, Paris, 1824, t. II, en allem., par Rœss et Weiss, Francf., 1829, 2 vol. ; Lacretelle, Hist. de France au xviu'' siècle, en allem, par Sander, Berlin, ISIO, 2 vol.; Ranke, Franz. Gesch. im 16 und 17 lahr., t. Ili, IV (sœmmtl. W., t. X et suiv.j; P. Clément, Hist. de Colbert, 2® éd., Par., 1876, 2 vol.; Gazier, les Dernières années du card.

de Retz, 1653-1679, Pai'is, 1878; Relation de tout ce qui se passe entre le pape Alexandre VII et le roi de France. A Cologne, 1678, in-12 ; Voltaire, Siècle de Louis XIV, t. 1, p. 130 et seq., éd. Dresde; Le Bret, Gesch. Italiens, Vill, p. 669 et suiv.; Scbrœckh, K.-G. seit der Ref., VI, p. 325-329; Suppl. ad Natal. Alex. H. E., Il, p. 48, 49; Leo, Gesch. Italiens, V, p. 666 ; Rapin, Mém., III, 143; Gérin, Recherches histor., p. 4-12; Ranke, Pœpste, 111, p. 155 et suiv. Induit de nomiuation pour Metz, Toulet Verdun : Bull. Rom., éd. Rom. 1767, VI, vi, p. 45.

La thèse de Clermont. Intervention du Parlement dans la théologie. Résistance de la Sorbonne.

8. Pendant ces discordes, les organes des gallicans ne demeuraient pas inactifs. A Paris, le 12 décembre 1661, dans une thèse soutenue au collège de Clermont dirigé par les jésuites, on se prouonçait en faveur de l'infaillibilité du pape et on avançait notamment cette proposition, à l'adresse dés jansénistes qu'il y a dans l'Église un juge suprême qui décide infailliblement, même hors de concile, les questions de droit et de fait. De là, un grand émoi à la cour, comme si la couronne eût été en péril. Si le pape est infaillible, disait-on, il est donc aussi le maître suprême de l'État 1 Bien que le provincial des jésuites, Annat, eut donné des explications satisfaisantes, l'agitation fut entretenue par de nouveaux écrits d'Arnauld et de Bourzeis, qui parlaient d'une nouvelle hérésie des jésuites, d'une apothéose du pape. etc.

Le 19 janvier 1663 quand le bachelier Gabriel Drouet de Villeneuve voulut, avec l'agrément du syndic Grandin, soutenir à la Sorbonne les thèses suivantes : 1° Jésus-Christ a investi Pierre et ses successeurs d'une autorité souveraine {summa) sur l'Église ; 2° les papes, pour de bonnes raisons, ont donné des privilèges à certaines églises, comme à celle de France ; 3" les conciles universels sont utiles pour l'extirpation des hérésies, mais non absolument nécessaires — le sorbonniste Thomas Fortin, enuemi passionné de Rome, le dénonça à l'avocat général Talou, qui était champion ardent de l'absolutisme gouvernemental. Le parlement cita à la barre le syndic Grandin, ainsi que le président et le défenseur de la dissertation annoncée. Grandin fut accablé de reproches, et on n'admit pas cette excuse que l'infairibilité n'était pas nommée dans la thèse. On

âiO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

blâma aussi l'expression de « souveraine puissance sur l'Eglise » attendu que le pape n'avait de pouvoir que « dans » l'Église et qu'il était au-dessous du concile. Talon qui voyait dans ces thèses un complot contre la monarchie, une nouveauté dangereuse, une prétention, obtint du parlement un arrêt (22 janvier) qui défendait de soutenir désormais des propositions tendant d'une manière directe ou indirecte à établir l'infaillibilité du pape. Cette défense devait être lue à la faculté et insérée dans les registres, chose dithcile à obtenir. La faculté théologique objecta que le parlement n'avait pas le droit de prononcer sur des questions dogmatiques ; mais le parlement exigea de tous les sujets du roi une obéissance sans réplique.

JDe longues délibérations eurent lieu à la faculté ; beaucoup de docteurs se prononcèrent pour l'infaillibilité du pape ; d'autres, nombreux aussi, notamment ßussuet, placé alors sous l'égide de Cornet (mort en 16ü3j, demandèrent la censure du discours du jeune procureur général Achille de Harlay; d'autres voulaient même qu'on censurât le décret du parlement. Environ trente-quatre docteurs étaient indécis, cinquante-cinq se prononcèrent contre le pape, et, en sa faveur, quatre-vingt-neuf, auxquels se joignirent les nombreux réguliers. Quelques-uns déclarèrent qu'il valait mieux subir la prison que de se soumettre au décret. La résistance dura depuis le 22 janvier jusqu'au 4 avril, alors que le décret du parlement fut enfin enregistré purement et simplement, mais dans toute sa teneur. La cour qui avait rompu avec Rome, s'était fait donner la liste des noms et les votes des docteurs, elle employa tous les moyens : corruption, menaces, violence, pour accroître le nombre des théologiens courtisans, et diminuer celui des contradicteurs.

Ouvrages a consulter sur le n° 8.

Du Plessis d'Arg., 111, ii, p. 302; Sfoadrat,, Regal, sacerd.. lib. lil, c. V, n. 6. (Zaccaria), Theotimus Eupistin., p. 30; Biner, Appar., Vlll, 819; Rapiu, Mém., III, 139-144. Pamphlet : iNovella hœresis Jesuitarum publice propugnata, omnibus Franciœ Episcopis deuunciata; Bauer, dans Laacher Stimmen, 1873, IV, p. 340 et suiv. Sur une thèse débattue dans la faculté de droit canon, en mars 1G62, d'après laquelle ]e pape « idem cum Deo (il fallait lire : suum a Deo) tribunal habet, » Toy. du Plessis d'Arg., 111, ii, p. 304-306. Thèses de G. Drouet et

négociations à leur sujet, ib., p. 87-89. Durand de Maillane, Les libertés de l'Église gallic. prouvées et commentées, Lyon, 1771, vol. III, p. 853 et seq., 878 et seq., 890. Rapin, Mémoires, III, 195-201; Mémoires de l'abbé Legendre, Par., 1863; Gérin, Recherches hist., p. 17- 32; Bouix, Revue des sciences ecclés., août-déc. 1863. Katholik, 1865, N. F., 7^ année, avril, juin, t. XIII, p. 385 et suiv., 403 et suiv.; Bauer, op. cit., VU, p. 36 et suiv.

Déclaration d'une partie de la Sorbonne en 1663.

9. Le 11 avril 1663, au collège des Bernardins, le cistercien Laurent Desplantes soutint une thèse, déjà approuvée depuis le mois de décembre 1662, sur le pouvoir de juridiction, plein et entier, qui appartient au pape sur toute l'Église. L'avocat général Talon signala cet acte au Parlement (12 avril) comme une atteinte à son décret du 22 janvier; le syndic Grandin fut suspendu pendant six mois, le président de la dissertation pendant un an, et le défenseur exclu du présent concours à la licence. L'ancien décret fut remis en vigueur. La faculté était de plus en plus intimidée ; Le Tellier, grand chancelier, la menaça, en cas de récidive, de réformes considérables et qui lui seraient fort déplaisantes; il lui fit entendre aussi qu'il était nécessaire de faire une démarche pour calmer la colère du roi. L'indolent et timide Grandiii sollicita et obtint une conférence avec Le Tellier. On rédigea un projet de six propositions sur l'autorité du pape, qui seraient présentées au roi par une commission de dix docteurs (2 mai), la plupart gens de cour (aucun des professeurs n'y figurait). Ce projet fut remis au roi, le 8 mai, par un grand nombre de docteurs, et par le nouvel archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe.

Cette déclaration^ conçue en des termes presque toujours négatifs, se résumait ainsi : ce n'est pas la doctrine de la faculté que le pape ait aucun pouvoir sur le temporel du roi (1), qu'il soit supérieur au concile universel (5) et son enseignement infaillible hors du consentement de l'Église (6) ; la faculté enseigne au contraire que le roi, dans les choses temporelles, n'est soumis qu'à Dieu (2) et que ses sujets ne peuvent être dispensés sous aucun prétexte de l'obéissance qui lui est due (3); elle n'approuvera jamais des doctrines qui seraient préjudiciables à l'autorilé du roi, aux « vraies » libertés de

YI.— HIST. DE l'église. 16

âiâ HIStOIRE DE L*ÉGLISE.

l'Église gallicane, ou aux canons reçus dans le royaume (4-). Cette déclaration ne suffisait point encore aux trop zélés théologieus de cour; car ne pas s'obliger à professer la doctrine de l'infaillibilité du pape, ce n'était pas encore la condamner. Le roi renvoya cette déclaration à son conseil. Elle n'avait été signée que par soixante-dix docteurs ; plusieurs, notamment Grandin, envoyèrent au nonce du pape une protestation secrète, et vingt-deux d'entre eux furent dénoncés au Parlement.

Durand de Maillane, III, 891 et seq.; du Plessis d'Arg., III, i, p, 89- 92, t. I, App., p. XXXIV; Revue des sciences ecclés., loc. cit., p. 492 ; Rapin, III, 202-207 ; Gérin, p. 32 et seq.; Katholik, loc. cit., p. 412 et suiv., S13 et suiv. Déclaration de 1663 : du Plessis d'Arg., III, i, p. 90 ;

III, n, p. 326 et suiv.; Durand de M., Dict., III, 210; Dupin, Manuel, p. 103; André, Cours alphab. du droit canon, II, p. 438; Acta et décréta S. Concil. récent, s. Collect. Lacensis, Frib., 1870, I, p. 811 et

eq. Cf. Launoy, Le moyen de rectilierles six propositions, 0pp. omn.,

IV, II, 126. Pinson, dans Gérin, loc. cit., p. 34.

Asservissement progressif et transformation de la faculté théologique de Paris.

10. Le Parlement (30 mai) considéra cet ouvrage d'une portion de la faculté comme émané de la faculté tout entière ; il défendit, sous des peines graves, de soutenir des doctrines contraires aux six articles et ordonna que ce document serait envoyé à toutes les universités. Dans le discours qu'il prononça à l'appui du décret qui fut rendu, Talon rappela que depuis trente ans les émissaires du pape essayaient de répandre les doctrines ultramontaines, qu'ils avaient même osé dernièrement insinuer de fausses doctrines dans des thèses publiquement soutenues, que le Parlement avait protégé les libertés gallicanes, étouffé dans leur naissance les monstrueuses opinions touchant l'infaillibilité du pape et sa supériorité sur les conciles, maintenu les droits de la couronne et l'ancienne doctrine ; que la faculté de théologie, dominée par une puissante cabale de moines, à laquelle s'étaient alliés des prêtres sécuhers par esprit de parti, avait eu beaucoup de peine à secouer ces chaînes et à marcher sur les traces de Gerson et d'autres theo-

logiens éclairés; mais que, se souvenant enfin de ses devoirs envers le roi, envers la nation et envers elle-même, elle avait, par un efTort magnanime, repoussé victorieusement cette nouveauté. Le roi approuva le 4 août la déclaration de la Sorbonne et défendit, sous peine de châtiments exemplaires, d'enseigner les maximes ultramontaines. On avait donc fait un pas de plus dans la révolte contre l'autorité du pape au profit du pouvoir royal.

Cependant, on ne se croyait pas encore certain de la victoire tant qu'on n'aurait pas fait supprimer la faculté, éloigné une partie de ses membres, notamment les réguliers, beaucoup plus indépendants de la cour. On renouvela donc, le 25 septembre 1665, une ancienne ordonnance, depuis longtemps tombée en désuétude à raison de son injustice : les religieux des ordres mendiants qui avaient le grade de docteur devaient se retirer dans 'es couvents de leurs provinces pour y répandre a saine doctrine qu'ils avaient entendue à Paris, et chaque lordre ne pouvait être représenté dans les séances des facultés que par deux docteurs. Tous les ordres protestèrent, mais une ordonnance royale prescrivit l'exécution de cette mesure, et quand l'archevêque d'Auch engagea la faculté à sauvegarder ses droits, l'archevêque de Paris, dévoué à la cour, fit échouer ce plan en intervenant personnellement dans l'assemblée. Il fut aussi défendu à la faculté d'élire un nouveau syndic, et l'archevêque lui imposa le vieux janséniste Antoine de Breda.

Durand, IV, p. 4; Gerbais, De causis majoribus, p. 35i, 357; du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 93. Collect. Lac, I, p. 814 et seq.; Bauer, p. 41 et suiv. Il y avait quatre classes de docteurs : 1" celle de la Sorbonne ; 2° celle du collège de Navarre; 3° les religieux; 4° ceux qui n'appartenaient à aucune de ces classes, on les nommait nbiquistes ou « sauvages. » La faculté, ainsi que le Parlement, avaient essayé en 1552, 1563, 1608, 1621, 1624, de prendre des mesures contre le trop grand nombre de docteurs appartenant aux ordres religieux, notamment aux dominicains et aux mineurs : du Plessis d'Arg., t. I, App., p. XVIII, t. II, I, p. 335-340; II, ii, p. 132, 145, 221, 223-226, 233. Le Parlement ayant limité à deux pour chaque ordre le nombre des docteurs votants, le conseil d'État lui défendit, le 2 nov. 1626, d'intervenir dans cette question.

Nouvelles offenses envers le pape.

il. Au mois de juillet 1663, une thèse soutenue au collège de Clermont, sur le respect avec lequel on devait recevoir la décision de l'inquisition concernant l'affaire de Galilée, devint l'objet de graves accusations : les ultramontaiiis voulaient, disait-on, introduire en France le tribunal odieux de l'inquisition et soumettre le roi au pape dans les chuses temporelles. Au mois de mai 1664, la Faculté de Paris, désormais assujettie au Parlement, releva dans le livre de Jacques Vernant (c'està-dire du Carme Bonaventure Hérédie) plusieurs propositions antigallicanes, la plupart vivement accentuées, qu'elle flétrit et frappa de censures sévères, celles-ci notamment, que le pape a l'infaillibilité active et l'Église l'infaillibilité passive, qu'il a seul le droit de résoudre les doutes qui s'élèvent sur la foi, que Dieu seul peut restreindre son pouvoir; qu'il n'y a que les hérétiques qui demandent des conciles, afin d'agiter l'Église, attendu que les conciles ne tiennent pas leur pouvoir immédiatement de Dieu, mais du pape, qu'ils doivent être confirmés par lui, qu'il est défendu d'appeler du concile au pape, etc.

La plupart de ces propositions furent déclarées fausses et scandaleuses, y compris celle-ci, que les curés ne sont pas immédiatement établis par Jésus-Christ. Les défenseurs de ces thèses finirent, devant les clameurs du parti dominant, par se tenir complètement à l'écart des délibérations. On condamna aussi la théologie morale du jésuite Matthieu de Moya, publiée sous le nom d'Amédée Guiméné, ainsi que cette assertion de l'auteur : il est de foi que le pape ne peut se tromper, rejetée comme fausse, téméraire, contraire aux libertés gallicanes et injurieuse pour les théologiens.

Ces deux écrits contenaient, il est vrai, beaucoup d'assertions fausses et exagérées, et on avait raison de les répudier; mais comme la censure était conçue en termes blessants pour l'autorité du pape, quand la paix fut rétablie, Alexandre YII, profondément offensé, s'adressa au roi (6 avril 1665) par l'enremise du nonce, pour faire révoquer ces sentences portées ab irato. Le Parlement, à qui le bref fut présenté, déclara qu'on ne pouvait reconnaître l'infaillibilité du pape sans violer

■l'église catholique. âiS

les lois de l'État et asservir le royaume, que la satisfaction demandée ne pouvait être accordée, que la Faculté était plutôt digne de louange que de blâme, que l'histoire protestait contre l'infaillibilité des jugements du pape, etc. Tout cela se passait dans le temp s même où le roi et le Parlement ordonnaient aux jansénistes de souscrire un formulaire prescrit par le pape, et qui revendiquait l'obéissance dogmatique et enseignait l'infaillibilité des jugements du Saint-Siège.

Ouvrages a consulter sur le n* H.

Thesis Claromontana, 1663 : du Plessis d'Arg., III, ii, p. 94, 95. — La défense de l'autorité de N. S. le pape, de NN. SS. les cardinaux, les archevêques et évoques et de l'emploi des religieux mendiants contre les erreurs de ce temps, par Jacques de Vernant. A Metz, 1658. Sur ce point et sur les censures de la Sorbonne, voy. du Plessis d'Arg., III, i, p. 100-106 ; Fleury, liv. CCV, n. 28-33, t. LXIII, p. 79 et seq.; Bossuet, Def. declar. Cleri gall., VI, 27; Dupin, De potest. eccles., Magnet., 1788, p. 320 ; Van Espen, Jus eccl. univ., Colon., 1777, t. IV, p. II, p. 160; Durand, IV, 51; Gonzalez, De infallib., p. 519. — Amadei Guimenii Lomarensis, olim primarii S. Theol. prof., Opuscul. singularia universœ fera theologiae moralis complectens, adv. quorurtidam expostulationes morales ad tract, de peccatis, de opinione probabili, etc., Lugd., 1664. Là-dessus, du Plessis d'Arg., III, i, p. 106-115. Plus tard (25 sept. 1680) Innocent XI condamna ce livre (ibid., III, ii, p. 354), bien que l'auteur n'eût prétendu réfuter les objections de Pascal contre la morale des jésuites qu'à l'aide d'autres moralistes, surtout de la Sorbonne, et qu'il n'eiit porté aucun jugement sur la valeur des propositions. Bref d'Alexandre VII, 6 avril 1665, et négociations à ce sujet : du Plessis d'Arg., lil, i, p. 115-124.

La bulle du 25 juin 1665.

12. Le pape, dans une bulle datée du 25 juin 1665, frappa de nullité les censures des Parisiens, notamment sur les points relatifs au Saint-Siège, et se réserva de prononcer lui-même sur les livres de Vernant et Guiméné. Une grande clameur s'éleva en France à ce sujet. La Sorbonne prétendit que la bulle était apocryphe, que c'était un factum de l'inquisition, qu'un motu proprio était chose inouïe en France. Denis Talon pérora contre la bulle, œuvre d'iniquité qui x\9 condamnait pas les mauvais livres, frustrait l'université de ses droits, tendait à

introduire l'inquisition et rinfaillibilité papale, attentait aui libertés gallicanes. Le Parlement publia un arrêt qui interdisait la lecture et la propagation de ce document, ordonnait d'enregistrer les censures portées contre Vernant et Guiméné, et prenait les mesures les plus sévères contre les doctrines ultramontaines (29 juillet).

Le procureur de Harlay prononça un discours où il faisait l'éloge de la Sorbonne, célébrait la résistance au pape comme une sainte rébellion, engageait le pape à se défaire des gens qui, par leurs flatteries, l'entraînaient à de tels abus (1" août). Jusque-là la Faculté avait encore permis à ses professeurs d'enseigner l'infaillibilité du pape ; aujourd'hui le Parlement en faisait la défense expresse; il fallait au moins obliger ses partisans au silence. La liberté de la Faculté consistait dans une désobéissance licite, ou plutôt commandée, au Saint-Siège. L'impulsion était donnée, et cet état de choses dura même après que la cour se fut réconciliée avec le pape. Cependant les professeurs de Sorbonne (à l'exception du servile Pirot) prétendaient toujours avoir le droit d'enseigner les six propositions de 1663.

Alex. VII, Const. xxv, jun. 1663, Bull. Rom., VI, p. 212. Décret du Parlement du 29 juillet avec le discours de Denis Talon : du Plessis d'Arg., III, I, p. 125 et seq.; Van Espen, loc. cit., p. 225. Propositions à la Sorbonne du l^'août : du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 128-133? Van Espen, p. 227; Bauer, p. 42 et suiv. Sur la doctrine des professeurs de Paris : De Harlay, ^ans Bouix, Revue des sciences eccl., loc. cit., p. 499, 501.

Rapprochement entre la France et Clément IX. La régale.

13. Sous le généreux et pacifique Clément IX, toute dispute, au moins apparente, s'évanouit. Le pape se donna mille peines pour rétablir la paix entre la France et l'Espagne, et c'est principalement à ses efforts qu'on fut redevable du traité d'Aix-la- Chapelle (1668). Louis XIV lui en fit part dans une lettre obligeante et respectueuse, datée du 16 avril 1668. Le pape jui accorda une foule de privilèges, notamment celui de nommer aux évêchés d'Arras et de Tournay, tint son fils sur les

l'église catholique. 247

fonts baptismaux par l'entremise du cardinal Louis de Vendôme, Louis XIV autorisa l'enlèvement de la colonne infamante élevée à Rome contre les Corses, et fit encore d'autres concessions. En somme cependant, l'arbitraire royal continuait son train; le clergé, accablé d'impôts, était de plus en plus asservi à la cour, aveuglé par l'éclat de la gloire militaire, par la littérature élégante, par le prestige de la France. Les abbés commendataires, qui vivaient des revenus des monastères, les prêtres mondains étaient extrêmement nombreux ; les hautes dignités étaient presque héréditaires dans certaines familles; les évêques, nommés par la cour, pliaient souvent à toutes les volontés du roi et étaient rarement en position de résister aux usurpations du pouvoir séculier.

Le droit de régale, qui permettait au roi de percevoir les revenus des évêchés vacants et d'en faire administrer les biens par ses officiers, de nommer aux bénéfices soumis à la collation épiscopale (sauf les paroisses), ce droit était fort onéreux pour l'Église. La vacance du Siège était censée durer jusqu'à ce que le nouveau prélat eût prêté le serment de fidélité et acquitté une taxe à la chambre des comptes de Paris. Ce droit, reconnu dans la plupart des provinces, fut contesté dans les territoires rattachés plus tard à la couronne, parce que le deuxième concile universel de Lyon (1274, can. 12\ avait défendu sous peine d'excommunication d'étendre ce droit à des évêchés qui en étaient encore affranchis. Cette défense avait été scrupuleusement respectée par Louis XII (1499).

Appuyés par le Saint-Siège, plusieurs évêques avaient déjà réclamé avec succès contre l'extension du droit de régale à tous les diocèses, bien que le Parlement de Paris eût rendu un arrêt contraire (24 avril 1608). La question demeura controversée jusqu'à ce que Louis XIV fit rendre par le chancelier Le Tellier (10 février 1673) un décret qui assujettissait uniformément tous les évêchés de France au droit de régale et augmentait encore leurs charges dans certains cas déterminés. Ce décret soumettait ainsi, contre toute justice, soixante évêchés à la régale, notamment les métropoles d'Aix, Arles, Embrun Vienne, Narbonne, Toulouse, Bourges, Auch et Bordeaux.

Suppl. ad H. E. Natal. Alex., t. II, p. 72, 73, 87, 88; Ranke, Paepste, III, p. 473. Induit de nomination pour Arras et Tournay, 1668, Bull. Rom., VI, VI, p. 248-252. Mémoires de l'ablié Legendre (secrétaire de l'archevêque Harlay, puis chanoine de Paris), publ. par M. Roux, Par., 1864; Bauer, loc. cit., IX, p. 240 et suiv. — Pithou, Libertés, art. 66; de Marca, De Conc, lib. VIII, c. xvii, n. 4; Van Espen, loc. cit., p. II, sect. III, tit. VIII, c. viii, t. I, p. 785. Héricourt, les Lois eccl. de France. Lettre F, VI, n. 1 et suiv.; Durand de M., Dict., IV, 267, 482. Cf. Gérin, loc. cit., p. 43; Civiltà cattolica, 18 Sett. 1869 et seq.

Résistance de deux évêques et du pape.

14. Les archevêques et la plupart des évêques se soumirent, quoique malgré eux , à l'ümnipotence royale ; seuls deux évêques jansénistes, Nicolas Pavillon d'Alet et François Caulet de Pamiers firent une résistance opiniâtre et s'attirèrent de graves persécutions. L'évêque d'Alet mourut dans le combat (8 décembre 1677), après avoir appelé un pape; celui de Pamiers, réduit à vivre d'aumônes, expira le 4 mai 1678. Le pape Clément X avait fait des représentations au roi, mais n'avait rien obtenu. Innocent XI l'exhorta (12 mars 1678) à renoncer à ces actes de violence, mais il lui fut répondu (5 avril) que la régale était un droit héréditaire de la couronne. Le pape essaya de réfuter cette fausse opinion du roi (21 septembre), mais il ne reçut point de réponse. Il annula dès lors les actes de l'archevêque de Toulouse contre son suffragant Caulet, évêque de Pamiers, et écrivit au roi, le 29 décembre 1679, avec une vigueur de ton et une énergie dont Louis XIV n'avait pas vu d'exemple jusque-là. Les gallicans, qui ne reconnaissaient point au pape l'autorité d'un juge, mais tout au plus le rôle d'un médiateur, furent révoltés et proposèrent la réunion d'un concile national.

Le roi repoussa cet excès de zèle et manda au pape qu'il lui enverrait le cardinal d'Estrées pour négocier avec lui (4 juin ■1680). Le cardinal maintint le point de vue rigide et inacceptable du roi, et Innocent XI voyant toutes ses espérances s'évanouir, exprima à ce souverain tyrannique toute la douleur dont il était pénétré. Sans cesse de nouveaux affronts

l'église catholique. S49

vinrent s'ajouter à ceux que le Saint-Siège avait à essuyer ie la France.

Racine, Hist. eccl. de France, X, 328; Ranke, Fi^anzœs. Gesch., IV p. 484. Sfondrati, Gallia vindicata, éd. S. Galli, 1702, p. 175 et seq., 210 et seq.; Baudry, Mémoires de Nie. J. Foucault (Collect, des docum. inéd., 1" sér., Par., 1862). D'Alembert dans Artaud, Vie de Pie VII, t. II, chap. n, parle du projet d'appeler les évêqnes à la cour pour leur faire sentir toute la fureur de la colère royale; le roi y aurait renoncé sur l'avis de Bossuet, qui lui fit entendre qu'une multitude innombrable de peuple occuperait toute la route du Languedoc jusqu'à Versailles et exalterait tellement les deux évèques, qne le pouvoir matériel pourrait y perdre son crédit. Les quatre brefs d'Innocent XI, dans Sfondr., Gall. vindic, p. 198-210. Regale sacerdot., éd. IV, p. 17-39. Brefs Binis jam litteris, 29 déc. 1679, et dans Coll. Lac, I, 818 et seq. Cf. Ranke, III, p. 163, Sur le plan des gallicans : Bausset, Hist. de Bossuet, liv. VI,

Nouvelles violences de Louis XIV.

15. L'assemblée tenue par le clergé de France (dans l'été de 1680) n'avait exprimé dans son adresse au roi que des paroles de blâme contre la conduite de Rome. Harlay, archevêqu«j de Paris, pour se conformer au désir du roi, avait imposé pour supérieure au.v augustines de Charonne, sans égard pour leur droit électoral, une cistercienne, qu'il avait instituée par la force. Le pape annula cette nomination et autorisa les religieuses à procéder à une élection (7 août 1680). Le conseil d'Etat cassa le vote et déclara le décret du pape abusif. Après la mort de l'évêque de Pamiers, les chanoines légitimes et les chanoines intrus nommèrent de part et d'autre un vicaire capitulaire. Le parti de l'Église fut persécuté et son chef Cerles condamné à mort à Toulouse ; les lettres du pape qui lui étaient favorables furent confisquées, et les jésuites français chargés par Innocent XI de les publier, se virent cités devant les parlements de Paris et de Toulouse, et défense leur fut faite sous les peines les plus graves de les publier et de les faire exécuter.

Les parlements s'étaient permis d'autres usurpations sur la doctrine de. l'Eglise; celui de Paris, en 1677, avait poursuivi

^5Ô HISTOIRE DE l'ÉGLÏSE.

une thèse qui assignait à l'Eglise le droit exclusif d'établir des empêchements de mariage. Talon porta de nouveau la parole, et la condescendance des deux docteurs cités préserva seule d'un nouveau coup la faculté déjà asservie sous tant de rapports. Elle fut contrainte d'accepter pour syndic le docteur Pirot, lequel fit tout pour complaire aux puissants, et contrairement à l'ancienne règle, conserva vingt ans ses fonctions. On voulait réduire la faculté à n'être plus que le jouet de la cour, l'esclave du parlement et de l'archevêque Harlay. On désapprouva également en 1667 l'histoire de l'université de Paris, par l'ancien professeur Bulée, à cause de plusieurs propositions contraires au droit, à la dignité du roi et du royaume, celle-ci, par exemple, qu'il est défendu aux laïques, de droit divin, d'emprisonner les clercs. En 1674, on condamna deux thèses qui attribuaient au pape la juridiction sur toute l'Eglise, etc.

Lettre de l'Assemblée au roi, 10 juillet 1680 : Sfondr., Regale sacerd., p. 14; Gérin, p. 53-35; Coll. Lac, I, 819 et suiv. Mémoires du clergé, XIV, 787; Ranke, III, p. 164. Affaire des religieuses de Charoime : Sfondr., loc. cit., p. 81 et seq.; Roscovany, Mon., III, p. 96-111, n. 444- 447. Conflits dans le diocèse de Pamiers : Sfondr., Gallia vindic, p. 308, 318; Biner, Appar., VIII, 694; Crétineau-Joly, Hist. de la Comp, de Jésus, Brux., 1851, IV, 320. Documents concern. la Comp, de Jésus, Par., 1827, II, p. 24. Thèse sur le mariage : Durand, IV, 86 et suiv. Sur Pirot et la servitude de la Sorbonne : Mémoires de l'abbé Legendre, p. 51 et suiv., 228. Il s'agissait, ainsi que l'écrivait le procureur général de Harlay (16 juin 1682) au grand chancelier, de « conserver ce corps en état de servir. » Revue des sciences écoles., loc. cit., p. 492. Négociations concernant l'Histoire de l'université de Paris, par César Bulée, ancien professeur d'éloquence : du Plessis d'Arg., III, I, p. 136-138. Thèses dumineur Mich. Gelée, 1674, à propos desquelles l'archevêque fit exiler le président et empêcha la faculté de délibérer, ibid., p. 138.

Assemblée du clergé de France au service de la cour.

46. Sur ces entrefaites, les agents généraux du clergé réunis à Paris supphèrent le roi de permettre une assemblée extraordinaire des évêques pour délibérer sur les moyens les plus propres à combattre les prétentions de Rome. Cinquante-

L*ÉGLISE CATHOLIQUE. 25l

deux prélats se réunirent en mars et en mai 1681, sous la présidence des archevêques Harlay de Paris et Le Tellier de Reims. Cette réunion se nomma la petite assemblée. L'archevêque de Reiras proposa : i° d'accepter les prétentions du roi relativement à la régale ; 2° de désapprouver une .décision que le pape avait portée sans entendre l'ordinaire de Paris, dans l'affaire des religieuses de Charonne : 3° de déclarer que les mesures de Rome contre l'archevêque de Toulouse étaient attentatoires aux libertés galUcanes; 4* de convoquer un concile national ou une assemblée générale du clergé. Le roi se décida pour une assemblée générale ; revêtue d'un caractère politique, elle n'eut pas besoin, ainsi que le concile national, de l'approbation du pape. D'après des instructions précises, qui restreignaient singulièrement la liberté et qui mettaient les torts du pape hors de doute, trente-quatre évêques et trente-sept ecclésiastiques parfaitement choisis pour le but qu'on se proposait, se réunirent à Paris sur la fin d'octobre 1681.

L'assemblée se prolongea jusqu'au 1" juillet 1682 ; elle avait pour chefs, les archevêques François de Harlay (1671-1695), prélat absolument mondain et peu orthodoxe ; Charles-Maurice Le TeUier de Reims, qui ne valait pas mieux (1671-1710) ; le coadjuteur de Rouen, Nicolas Colbert, fils du ministre ; l'évêque de Tournai, Gilbert Choiseul, et J.-B. Bossuet, qui venait d'être nommé évêque de Meaux, savant, mais très faible à l'égard de la cour. Ce dernier prononça le 9 novembre, sur l'unité de l'Eglise, un brillant discours d'ouverture où, à côté de magnifiques développements, il maintenait le point de vue du gallicanisme. On vit alors que la controverse de la régale n'était qu'un accessoire, que le principal souci de l'assemblée était de rejeter l'infaillibilité doctrinale du pape et de faire reconnaître les six articles arrachés à la Sorbonne en 1663, comme le voulait Coquelin, janséniste très actif, influent auprès du chancelier et de l'archevêque Le Tellier, du ministre Colbert et de l'archevêque Harlay. Mais le roi entendait que son droit de régale fût considéré non comme une concession, mais comme un droit de la couronne ; c'est pourquoi il prit les devants sur l'assemblée par un édit qui fut aussitêt enregistré au parlement (juin 1682). Cet édit maintenait le droit de régale, tout en accordant certains adoucissements, qui

provoquèrent dans l'assemblée la plus profonde reconnaissance et la déterminèrent à écrire au pape (3 février) pour l'engager à conserver la paix avec le grand roi, si fidèle à TEglise et si ennemi des hérésies. Cette lettre d^une assemblée si servile devant le roi et si audacieuse devant le chef suprême de l'Eglise, était si offensante qu'Innocent XI refusa de l'ouvrir et fit attendre la réponse plus de deux mois.

Gérin, l'Assemblée de 1681, surtout p. 63. 126, 135 et seq. Grimaldi, archevêque d'Aix, sur l'élection des députés, Coll. Lac, I, 820 et seq.; Bauer, p. 247-253. — Bossuet (Sermon sur l'unité de l'Église) appela les évêques « pasteurs à l'égard des peuples et brebis à l'égard de Pierre. » Dans plusieurs de ses lettres, il parle de ses bonnes dispositions envers Rome, notamment au cardinal d'Estrée, 1«»" décembre ; à Dirois, 10 nov. 1681; à M"»' de Luynes, 23 sept. 1693. Œuvres, t. XLIV, p. 242, 245, 239; t. XLVII, p. il. Cf. Bausset, liv. VI, c. vn, xii, xiii ; Rapin, Mém., III, 140; Gérin, p. 263; Phillips, K.-R., III, p. 358. La dépendance de l'assemblée à l'égard de la cour est également attestée par Foscarini, ambassadeur de Venise : Ranke, Psepste, III, p. 164 et suiv. Édit sur la régale : Durand, Dict., IV, 277. Lettre au pape, 3 févr. 1682 : Bossuet, Œuvres, éd. Gauthier, t. XXVI. p. 181 ; Fleury, t. LXIV, p. 712; Sfondr., Gall. vindic, p. 335; Reg. sacerd., p. 72; Coll. Lac.,I, p. 821-827.

Lettre d'Innocent XI à l'assemblée du clergé.

17. Le pape, dans sa lettre apostolique (Il avril 1682), déplorait d'en être réduit à s'écrier avec le prophète : « Les fils de ma mère ont combattu contre moi, » ou plutôt, disait-il, je vois les évêques combattre contre eux-mêmes, puisqu'ils me résistent sur une question qui est absolument la leur. Les évêques de France parlaient d'une crainte qui n'était point sacerdotale ; ils craignaient là où il n'y avait rien à craindre, mais plutôt où il fallait faire preuve de cette charité qui bannit la crainte. Le pape rappelle aux évêques, d'un ton sévère, qu'ils auraient dû, eux qui citent les paroles d'Yves de Chartres, imiter ses actions, parler à la conscience du roi, même au risque d'encourir sa colère, d'autant plus que le roi, de leur propre aveu, était juste, craignant Dieu et dévoué aux évêques ; mais ils n'avaient pas même essayé de résister, et maintenant ils se déclaraient vain-

l'église catholique. 253

eus. Eh 1 comment celui qui n'a pas combattu peut-il être défait? comment peut-il tomber, celui qui n'était pas debout? Quel est celui d'entre eux qui a combattu ? Ce qu'ils disent des fonctionnaires civils allégués par eux doit être voué à l'oubli, afm que l'honneur du clergé français demeure sauf. Sacrifier la liberté de l'Église est le comble de la honte pour les évêques. Et comment les évêques pouvaient- ils céder des droits dont ils sont les simples administrateurs et non les propriétaires? Comment ont-ils pu contredire ainsi leurs précédentes déclarations? — Le pape termine eu annulant tout ce qui a été fait par les prélats dans l'affaire de la régale et, en exprimant l'espoir qu'après de meilleures réflexions, leur conscience leur fera rétracter au plus tôt les décrets qu'ils ont rendus et prendre la défense des droits de l'Église.

Bref Paternœ charitati, dans Sfondr., Gall. vindic, p. 345-349 ; Reg. sacerd., p. 4o et seq.; Bossuet, Œuvres, loc. cit., p. 201 ; Fleury, t, LXV, p. 2; Coll. Lac, 1, 827 et suiv.; Roscovany, III, p. 106-H 1, n, 497.

Autres démarches des prélats. Déclaration du clergé gallican

de 1682.

18. Cette lettre blessa vivement la superbe des prélats de cour. Le 6 mai, une protestation fut adressée au nonce contre les décrets antérieurs du pape, puis une lettre à Innocent XI lui-même, où l'on vantait, il est vrai, ce pontife, mais plus encore le « grand » monarque qui avait extirpé l'hérésie, rétabli la religion catholique dans plusieurs villes, et tout dernièrement à Strasbourg ; qui publiait la vraie foi, protégeait les peuples, défendait l'Église, et ne laissait pas, malgré tout, d'être persécuté par la cour de Rome et lésé dans ses droits. On priait le pape de respecter les droits de la France et de son roi, d'être plus difficile à recevoir des appellations, de diminuer les abus, contre lesquels on était obligé de recourir au roi. Une longue circulaire au clergé de France, où il était question du pape induit en erreur, de la véhémence de son langage et surtout du reproche de lâcheté, où l'on célébrait le profond dévouement du roi pour l'Église, ne fut pas publiée ; l'assemblée, qui «ivait atteint son but principal, fut dissoute sur ces entrefaites.

Ö8i HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

La cour ayant voulu qu'on traitât la question de l'infaillibilité du pape et les articles^de la Sorbonne de 1663, une commission de douze membres lut établie le 26 novembre 1681. Bossuet avait proposé qu'on y lit des recherches solides sur la tradition ; mais la cour, trouvant que cela demanderait trop de temps, demanda une prompte décision.

Une déclaration proposée par l'évêque de Tournay fut attaquée de toutes parts comme trop scolastique et mal conçue, et par Bossuet, parce qu'elle contestait l'indéfectibilité de l'Église romaine que lui-même acceptait. Une autre formule, émanée de Bossuet, fut acceptée par la commission, puis, le 19 mars, par l'assemblée.

Ce sont les quatre célèbres articles de la déclaration gallicane sur le pouvoir de l'Église. Le premier affirmait l'indépendance absolue du roi et des princes temporels à l'égard du pouvoir ecclésiastique dans toutes les choses temporelles (les « choses temporelles », telles qu'on les entendait alors en France, s'étendaient fort loin), et soutenait qu'ils ne peuvent être déposés ; le second admettait pleinement les décrets de la quatrième et de la cinquième session du concile de Constance touchant la supériorité du concile sur le pape ; il réfutait les objections élevées contre elle, insistait sur l'obhgation qu'avait le pape de n'exercer son pouvoir que dans la limite des canons et de respecter les coutumes françaises (art. 3); le quatrième reconnaissait que dans les questions dogmatiques le pape a la principale part ; que ses décrets regardent toutes les églises, tant en général qu'en particulier, mais qu'ils ne sont pas irréformables en dehors du consentement de l'Église. C'était nier l'infaillibilité du pape, dépasser de beaucoup le décret de la Sorbonne de 1663, n'accorder à l'Église romaine et à la succession des papes qu'une certaine indéfectibilité, entendue dans le sens de Bossuet.

Protestation au nonce : Fleury, t. LXV, p. 61, Lettre au pape : ib., p. 43; Sfondr., Gall. vindic, p. 349 et seq.; Reg. sacerd., p. 65 et seq. Le projet d'une circulaire par Bossuet ne fut inséré aux oeuvres de Bossuet qu'en 1778, t. XXVI, p. 209. Négociations qui précédèrent la déclaration du 19 mars 1682; Bausset, loc. cit., c. xn-xiv, Notes de Fénelon, dans Emery, Nolv. opuscules de M. l'abbé Fleury, Par., 1807, 'et dans Guillemin, Memorandum des libertés et des servitudes de

l'Égl. gall,, p. 256; Gérin, p. 283 et seq. Bossuet, Legendre, etc.. in Coll. Lac-, I, 837 et seq. Katholik, nouv. sér., t. XV, p. 164 et suiv., 175 et suiv.; Bauer, p. 254-257. ^ Bossuet, Œuvres, t. XXVI, p. 179. Dupin, de Potest. eccl., Magnet., 1788, p. 18; Dupin, Manuel, p. 104-107; Coll. Lac, I, 831-833; Walter, Fontes jur. eccl., p. 127 et seq.; d'Avrigny. Mémoires, II, 57 et seq.; Fleury, iNouveaus opuscules, 2« édit., Paris, 1818, p. 208 et seq. Sur le contenu de la déclaration : Bossuet, Defens. decl. cleri Gall., lib. X, c. v; Gard. Litta. Lettres sur les quatre articles du clergé de France (en français et en allem.); Jos. de Maistre, l'Église gallicane (en franc, et en allem.); Bouix, de Papa, Paris, 1869.

La déclaration est confirmée par le roi Louis XIV.

19. Une lettre circulaire notifia la déclaration à tous les évêques de France; elle relevait la nécessité des conciles et exigeait qu'aucune doctrine contraire ne fût enseignée dans l'Église et dans les écoles. Le roi fut en même temps prié de confirmer la déclaration. 11 le fit le 22 mars, en ordonnant de l'enregistrer partout et de l'enseigner dans toute sa rigueur. Les professeurs, avant d'entrer en fonctions, devaient jurer de s'y conformer et présenter leurs cahiers à l'examen du procureur général ; tous les bacheliers étaient tenus de la défendre. Le Parlement, de son côté, enregistra l'édit le 23 mars, mais eu faisant remarquer que le clergé n'avait pas le droit d'établir des propositions sur l'autorité du roi. Cette prohibition sévère de soutenir des opinions contraires s'accordait mal avec cette assertion de Bossuet et autres membres de l'assemblée, que celle-ci avait simplement voulu énoncer une opinion et non établir une doctrine et définir quoi que ce soit.

Le 9 mai, Iö roi ordonna de suspendre les séances et le 29 juin de dissoudre l'assemblée. L'impression des actes fut encore provisoirement réservée ; ils devinrent la propriété de l'archevêque de Paris, puis (d695) de l'archevêque de Reims, et furent après sa mort (1710) déposés dans les archives. Plusieurs membres de l'assemblée auraient volontiers rétracté leur adhésion s'ils en avaient eu le courage. La déclaration fut bientôt hautement désapprouvée, non seulement à l'étranger, mais encore en France. Nulle part la résistance ne fut aussi vive qu'à la Sorbonne, bien qu'on prétendît que la Sorbonne avait dQvancé de dix-neuf ans la nouvelle déclaration.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N" i9.

El. Dupin, de Pot. eccl., p. XIV, XXI. (André) Migne, Cours de droit canon, II, 424, 428; Durand de Mail., Dict., III, 212; Dupin, Manuel, p. 107-m ; Coll. Lac., 1,829-834; Sfondr., Reg.sacerd., p. 129; Katholik, t. XV, p. 176; Bossuet, App. ad. defens. decl., lib. I, c. i : « Clerus gallicanus ea ut sibi certa, non ut fide credenda proponit ; » cf. Gallia orthod., n. 6, 10; Ep. ad Episc, 1 jul. 1682. Sur les Actes : Fleury, t. LXV, p. 88-105; Gerin, p. 277 et seq.; Kœhler, Geschichtl. Darstellung der vom gallican. Clerus abgefatzten Erklœrung. Hadamar et Coblenz, 1813.

Résistance de la Sorbonne.

20. Le 2 mai 1682, le procureur général de Harlay, dans un long discours plein de flatteries à l'adresse de la Faculté et du roi, proposa d'enregistrer le document (dont on se contenta de lire le premier article), ainsi que les ordres du roi. On résolut d'en délibérer dans la prochaine session ordinaire du V^ juin. Dans cette session, on rejeta un rapport du syndic Pirot, et on nomma une commission pour faire un rapport à ce sujet. La cour et le parlement, peu satisfaits de ces délais, prirent toutes les mesures imaginables pour hâter l'enregistrement, et provoquèrent une session extraordinaire pour le 15 juin. Comme les esprits se montraient de plus en plus défavorables à la théologie royale, le parlement interdit par la force les séances de la Faculté jusqu'à ce qu'elle eût reçu un nouveau règlement; le greffier fut contraint d'enregistrer la déclaration ainsi que les décrets du roi et du parlement, et huit docteurs récalcitrants furent exilés (21 juin).

La police du gouvernement put seule vaincre le courage des théologiens. Le peuple se moqua de la déclaration et du parlement. La cour se sentit embarrassée quand la Faculté refusa d'acheter par une humble soumission le droit de se réunir. Cependant, à force de peines, de ruses et d'intrigues, on arracha la signature de cent soixante- deux docteurs, cinq cent quatrevingt-onze refusèrent la leur. Ces cent soixante-deux furent considérés comme formant la Faculté, et le 31 juillet le parlement autorisa de nouveau les assemblées. Tout fut mis en œuvre , refus de traitement , intimidation , expulsion des membres revêches, réformes, pour diminuer le nombre des

l'église catholique. 257

opposants et fortifier les éléments du gallicanisme. Ou y réussit avec le temps.

Durand de Maillane, les Libertés, IV, 476 et seq., 491 et seq. Correspondance administrative de Louis XIV, publiée par Depping, IV, 120, 126, 140, 142; Gérin, p. 336, 376, 522-571; Coll. Lac, I, 841 et seq.; Fleury, t. LXV, p. 26; Kebron. abhreviatus, cum nolis, éd. Mechlin.,!, 166; Bouix, La vérité sur la faculté de théologie de Paris, de 1663 à 1682, d'après des documents inédits, Arras, 1864; Bauer, Laacher Stimmen, 1873, X, p. 322-325.

La Déclaration est condamnée hors de France.

21. Dans le reste de TEurope, ces événements avaient excité la rumeur et l'indignation. On trouva partout que la déclaration était téméraire, dangereuse et favorable au schisme. Des évèques, des universités, des savants s'élevèrent pour la combattre. L'université de Douai, devenue française depuis peu, fit des représentations au roi. A Louvain, le mécontentement était au comble. En Espagne et en Italie, les réclamations se multiplièrent. Les Français furent surtout blessés du jugement émis à Tyrnau par Tarchevêque de Grau et autres prélats hongrois, lesquels défendirent d'enseigner ces « affreux et abominables articles jusqu'à ce que le jugement infaillible du Saint Siège se fut prononcé. » Le roi chargea (oct. 1682) le parlement de Paris de demander à la Sorbonne une contre-censure, ne voulant pas, disait-il, faire valoir dans son propre intérêt le jugement des évèques, qui, du reste, n'étaient plus rassemblés.

Mais il était encore difficile, même alors, d'obtenir une contre-censure, et l'affaire traîna en longueur. Quarante-cinq séances furent tenues du 1*"^ mars au 18 mai 1683, et on finit par ne censurer que cette unique proposition : « le Siège apostolique peut seul, de droit divin et immuable, prononcer sur les questions de foi. » La censure portait : en tant que cette autorité est refusée aux évêques et aux conciles, la proposition est fausse, téméraire, erronée, contraire à la pratique de l'Eglise et à la parole do Dieu, et renouvelle une proposition autrefois condamnée par les facultés. Il fut impossible d'obtenir davantage. Au mois de juillet, sur la proposition de l'avocat yi. — uisT. DE l'église. 17

général Talon, le parlement résolut d'interdire la censure de Tyriiau, en même temps qu'un ouvrage imprimé à Liège. On était fort irrité de trouver encore quelque courage parmi les théologiens.

E. Schelstraten, De lugendis aelis cleri Gall., 1682; Sfondr., Regale sacerd., 1681; Gallia viadicata, 1688, nov. rec, 1702; Roccaberti (archevêque de Valence), Bibl. max. pontificia, de Rom. Pontif. auctorit., Valenc, 1691 et seq.; Card. d'Aguirre, Defensio cathedrse S. Pétri, Salmant.; 1683; Fénelon, de SumniiPoutif. auctoritate (CEuvres, nouv. éd., Paris, 1838, t. I). Requête de l'Université de Douai, Gérin, p. 387; Coll. Lac, I, 845 et seq.; Bouix, loc. cit.; Il, 121 et seq. Théologiens de Louvain : Fleury, p. 365; Opstraet, De loc. theoL, Diss. V de sum. Pont., Viudob., 1779, p. 345.Peter{ry, archevêque de Gran,Conc. Hung., II, 438 et seq.; Roscovany, I, p. 224-226, n. 215; Veith, De infallib. Rom. Pont,, Mechlin., 1824, p. 326; Coll. Lac, I, 836 et seq. Censure de la Sorbonne, 18 mai 1863, Fleury, t. LXV, p. 218; Gérin, p. 378; Du Plessis d'Arg., 111, i, p. 147. Arrêt du Parlement, ibid., p. 147-129 ; Natal. Alex., Sœc XllI et XIV, diss. XII, Censor. suffrag., an. 1683, et contre la Disquis. Iheol. jurid., éd. Leodii; Durand, IV, 507 ; Mémoires de l'abbé Legendre, p. 54; Petitdidier, De auctor. et infallib. summi Pont., c XV, § 5 ; Bausset, VI, 17; Gériu, p. 409 et seq.; Valéry, Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon, Paris, 1847, I, p. 36.

Les dissentiments avec Rome se compliquent.

22. Contre toute attente, le Saint-Siège avait gardé un silence profond. Mais lorsque Louis XIV eut nommé évêques deux députés de l'Assemblée de 1682, Innocent XI refusa de les confirmer, tout en déclarant qu'il en reconnaissait d'autres qui venaient d'être nommés. Louis défendit alors aux évêques nommés par lui et qui n'avaient pas fait partie de l'assemblée de demander leur confirmation à Rome, espérant par sa fermeté ébranler le pape, qu'il accusait de nuire, sans scrupule à l'Église de France. On conçut le projet, mais on n'eut pas le courage de l'exécuter, d'instituer les évêques sans l'approbation de Rome ; trente-cinq sièges devinrent vacants jusqu'en 1688. Un nouveau démêlé éclata. La France seule revendiquait à Rome, par son ambassadeur, des « libertés » auxquelles les autres souve-

l'église catholique. 250

rains avaient renoncé ; ces libertés consistaient à pouvoir donner asile dans son quartier à tous les criminels : le pape avait défendu de les maintenir sous peine d'excommunication. Le roi envoya un nouvel ambassadeur (nov. 1687), le bouillant et prétentieux Lavardin, qui se fit excommunier.

Cette fois, l'avocat général Talon fit appel au concile universel (23 janv. 1688) et le parlement conjura le roi de rétablir l'ordre dans l'Église. Après de vaines tentatives pour entraîner, par de fallacieuses concessions, le pape dans d'autres combinaisons. Louis XIV fit traiter le nonce en prisonnier, occupa Avignon et le comtat Venaissin, et en appela à un concile universel, dans un document où il se répandait en reproches contre le pape (27 sept. 1688). Les vingt-six évèques assemblés à Paris, à qui on communiqua les manifestes, remercièrent le roi de sa sage conduite et de l'honneur qu'il leur faisait en leur permettant de prendre connaissance des affaires ecclésiastiques. L'université devait s'associer à cette démarche. Elle le fit le 8 octobre dans nue assemblée de docteurs pris dans toutes les facultés et triés avec soin, car on se méfiait toujours de la faculté théologique. Cependant les anciens docteurs mouraient successivement et avec eux disparaissait cette noble hardiesse qui sied à des théologiens ; le décret de mars 1682, tyrannique par son fond, fut maintenu par des moyens tyranniques.

Iiinoc. XI, const. Cum alias, Bull. VII, 60, d. d. 12 mai 1687; Gérin, p. 416 et seq.; Legatio Marchioiiis Lavardini Rom. ejusqiie cum Pontifice Rom. dissidium, 1697. Excellente réfutation de Lavardin, Ranke, Paepste, III, p. 167; Bauer, op. cit., p. 326-330.

Retour de Louis XIV. Rétractations.

23. Cependant Louis XIV s'aperçut bientôt qu'il était allé trop loin. Il ne voulait point de schisme et il répugnait aux principes protestants, qu'il avait d'ailleurs si vivement combattus. En avril 1689, il rappela de Rome l'impétueux Lavardin et envoya à Alexandre VIII un ambassadeur plus pacifique. Eu 1690, il renonça dans Rome à ce qu'un appelait les franchises du quartier, et fit restituer au pape Avignon et le comtat Venaissin. Comme «on prédécesseur, Alexandre VIII exigea la

260 HISTOIRE i)E L*ÉGLISE.

révocation de l'édit de mars 1682 et une rétractation de la part de ceux qui ,y avaient participé ; le 4 août 1690, il publia une bulle contre l'extension du droit de régale et contre les quatre articles gallicans, qu'il déclara nuls et de nulle valeur ; mais il en ajourna la publication jusqu'au lit de la mort, d'où il écrivit encore, le 30 janvier 1691, une lettre pressante à Louis XIV, en le priant de bien accueillir la bulle et de la faire observer. Déjà le pape s'était suffisamment expliqué sur la nullité de la doctrine concernant l'infaillibilité pontificale et sur la supériorité des conciles. 11 condamna les quatre articles sous le rapport formel comme sous le rapport matériel. Louis XI Y, qui voyait l'opinion publique se prononcer de plus en plus contre lui en Europe, entama des négociations et chargea deux cardinaux français de faire à Innocent XII des protestations rassurantes ; elles furent publiées en consistoire le 9 janvier 1692; il ne s'agissait plus que de trouver une formule de rétractation qui n'eût pas les apparences d'une défaite.

De leur côté, les députés de 1682 nommés à des évêchés témoignèrent au pape leur regret de ce qui s'était passé dans l'Assemblée, et le 14 septembre 1693 le roi écrivit lui-même au Souverain-Pontife qu'il avait donné les ordres nécessaires pour que les articles contenus dans son édit de mars 1682 sur la déclaration du clergé ne fussent pas observés. Si importante que fût cette explication, l'enregistrement dans les Parlements ne fut pas rétracté, et ceux-ci pouvaient toujours s'appuyer sur les principes gallicans; de leur côté, les théologiens qui les soutenaient, tout en répudiant la déclaration, ne renonçaient pas complètement à la substance des quatre articles ; plusieurs même ne voyaient dans la rétractation qu'une marque de politesse à l'égard du pape.

Alex. VIII, Const. Inter multiplices, i aug. 1690, Bull. Rom., éd. Coquel., IX, 38; Roscovany, I, p. 214 et suiv., n. 208; Coll. Lac, I, 89-92; Du Plessis d'Arg., t. III, Append., p. 2-4. Allocution, ibid., p. 1 ; lettre au roi, Roscovany, loc. cit., p. 215; Coll. Lac, I, 834; Prop. 29 ab Al. damn., 7 déc. 1690; Denzinger, Enchir., p. 345, n. 1186; Bauer, p. 331 et suiv. Allocution d'Innocent XII, 9 janv. 1692; Sfondr., Reg. sacerd., p. 732; Gérin, p. 436; Sfondr., loc. cit., p. 734; Guillemin, Memorandum, p. 210; Fleury, t. LXVI, p. 96; Roscovany, p. 223 et suiv.; CpU,

l'église catholioue. 261

Kac, I, 83b. Lettre du roi, Sfondr., p. 73ö; Roscov., p. 215, n. 209 (lat.); Guillemin, p. 273; Gérin, p. 160; Fleury, loc. cit., p. 99; Coll. Lac, I, 835 (en franc.). Que Pie VIT, en 180i, ait apporté avec lui l'original de cet écrit à Paris, Artaud le conteste (Vie de Pie VII, t. II, ch. ii) i d'après Fed (Riflessioni storico-politiche, Rome, 1825), comme auss cette assertion de Pradt que Napoléon I«"" aurait jeté le document au feu; il assure que Mgr Marini le lui avait encore montré le 25 avril 1825. Jugement sur la rétractation : Bausset, liv. VI, n. 20, 21, 23 (Bossuet, lettre cxxiv du 25 septembre 1693, Œuvres, éd. Paris, 1828, t. XLVII, p. 16); Defens. decl. cleri Gall., Diss. prselim., c. x; L. E. Du Pin, Hist. du dix-septième siècle, p. 712; Dupin, Manuel, p. 22, Introd., § 5; Mémoires de M. d'Aguesseau, Œuvres, t. XIII, p. 424; Bauer, p. 334-336.

Les théologiens grallicans.

24. Déjà plusieurs auteurs s'étaient appliqués, sous différents points de vue, à développer les principes du gallicanisme Nous nommerons : 1° Jean de Launoy, docteur de Sorbonne, né en 1603, mort en 1678; il les soutint dans ses lettres et ses traités, mais surtout dans son livre de l'autorité du roi sur le mariage; 2° Louis Elle Dupin, né en 1657, mort en 1719, professeur à Paris et auteur de plusieurs ouvrages : dans l'un, sur l'ancienne discipline de l'Église, il affirme d'un ton passablement belliqueux, que le pouvoir royal est d'origine divine immédiate, que les rois ne peuvent être déposés, qu'on leur doit une obéissance absolue, tandis qu'il ravale profondément l'autorité du pape, en prétendant qu'elle dérive de la totalité de l'Église, que l'Église peut déposer le pape et lui prescrire des lois. Dupin enseignait en outre une foule d'autres propositions téméraires, notamment dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques. L'archevêque de Harlay lui en fit rétracter un grand nombre (1693). 3° Mais une des principales autorités du gallicanisme, ce fut le célèbre orateur J.-B. Bossuet, auteur de la déclaration. Il était plus modéré que les autres, et dans plusieurs passages de ses écrits, il se montrait d'accord pour le fond avec les théologiens de la cour de Rome ; seulement il était faible à l'égard do la cour, et par conséquent équivoque dans son langage, sans avoir la conscience de soutenir des vues peu orthodoxes; de là vient que plusieurs (tels que l'oratorien Thomassin) essayaient de l'interpréter avec quelque largeur. .

Sa lettre pastorale du 16 août 1699 fut considérée par beaucoup comme une sorte de rétractation. Sa Défense de la déclaration du clergé gallican^ éditée à Luxembourjjc, vingt-six ans seulement après sa mort, fut considérée par beaucoup comme apocryphe, par d'autres comme interpolée. Bossuet, il est vrai, l'avait commencée à l'instigation de Louis XIV, mais il l'avait laissée inachevée et avait renoncé à la publier. Ses éditeurs paraissent avoir agi d'une façon déloyale et fait de nombreuses additions. La publication de cet écrit fit passer l'illustre Bossuet pour le principal appui du gallicanisme, et le crédit qui s'attachait à son nom affermit tellement cette doctrine dans l'esprit du clergé et des laïques, qu'elle survécut aux orages de la révolution, se propagea même et trouva de l'écho hors de France. Bossuet devint le « père de l'Église de ces théologiens catholiques libéraux » qui, tout en baisant les pieds du pape, entendent lui lier les mains, faire de l'Église l'instrument des pouvoirs politiques et de la science théologique le monopole des docteurs esclaves de l'État.

J. de Launoy (Oeuvres, Par. (1731), puissance royale sur le mariage, 1664; De regia in niatrimonium potestate, Par,, 1674, condamné à Rome le 10 sept. 1688. — Vénérable tradition de l'Eglise rom. contre la simonie. — Sa responsio ad Inquis. in privilégia Prsemonstrat., Par., 1661, fut désapprouvée par l'Assemblée du Clergé, Du Plessis d'Arg., III, II, p. 300. 2, E. L. Dupin, de Antiqua Eccl. disciplina, Par., 1686, surtout, p. 456, 461 et seq., 380 et seq. — Prolégomènes sur la Rible, 1701. Défense de la monarchie de Sicile, Amst., 1716. Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclés.. Par., 1686. Sur la Rétractation des propositions qu'elle contient, Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 373-385. 3) Mandement de Bossuet, 16 août 1699, Bausset, Livre X, c. xxi, Bossuet à d'Estrée, def. decl., XL 20 ; Fénelon dans Bausset, Hist. de Fénelon, III, :'96, Fleury, disco:îrs sur les hbertés de l'Église gallic, Opusc, p. 37 et seq. ; Le Bret, Magazin, VH, P. 1 et suiv.; sons le nom de Fénelon, sur le defensio declar. Cleri Gallic., éd. Luxemb., 1730, Amst., 1745, Mogunt, 1788, Walter, K-R., II, 13« éd., § 114, P. 270-273. ; Phillips, K.-R., III, § 135, p. 363 et suiv. Beaucoup, s'autorisant du mandement de cardinal Tencin, du 15 déc. 1735, tenaient cet ouvrage pour apocryphe, ou du moins pour interpolé. Soardi, De supr. Rom. Pontif. auctor., Aven., 1747, t. II, Lib. IV, c. V, § 1, p. 183, 195. Greg. Trautwein, Vindic. adv. J.

L'È(fUSE CATHOLIÔUE. 563

Febron. libr. sing., Aug. Vind. 1763. Zaccaiia, Antifebronio, t. I, Introd., p. 116 et seq., 122. D'après une lettre de Benoît XIV à l'archevêque de Compostelle (2 juillet 1748), si la défense ne fut pas condamnée à Rome, bien qu'il en eût déjà été question en 1730, sous Clément XII, c'est uniquement parce qu'on voulait épargner la mémoire d'un homme si méritant d'ailleurs et prévenir de nouveaux troubles.

Les papes dans la première moitié du dix-huitième siècle.

25. Au conclave de 1700, la plupart des cardinaux étaient pour le cardinal Marescotti, très estimé pour sa fermeté, favorisé par l'empereur et par l'Espagne, mais repoussé par les Français ; venaient ensuite CoUoredo et Jean-François Albani. Ce dernier fut élu le 23 novembre, et n'accepta son élection qu'après y avoir longtemps réfléchi. 11 se nomma Clément XI. Né à Urbino en 16-49, neveu de l'ancien sénateur romain Albani, il avait été à un haut degré honoré de la confiance d'Innocent XII. C'était un prédicateur plein de zèle, un savant théologien. Prudent dans le gouvernement, affable, bienfai sant, il se montrait consciencieux dans la collation des emplois et ennemi du népotisme. 11 nomma secrétaire d'État Paoluzzi, homme expérimenté ; dataire, Sacripante ; secrétaire des brefs, son parent le prélat Olivieri. Clément XI veilla à la bonne administration de la justice et à l'amélioration des prisons dans les États de l'Église ; il déploya pour les missions une ardeur extraordinaire, se montra jaloux de l'intégrité de la foi et du maintien des droits du Saint-Siège. Mais déjà les souverains temporels affectaient le plus grand mépris pour le chef de l'Église, et l'obligeaient sans cesse à faire d'inutiles protestations.

Clem. XI, 0pp. Rom., 1722, Franco, 1729 et seq., t. 12. Bull. M., t. XII. Buder, Leben Clem. XI, Frankf., 1721, 3 vol. (Polidoro), Libri de vita et reb. gest. dem. XI, Urbin.l 724. Reboulet, Rist, de Clém. XI, Avign.; 1752, 2 t. in-4°, Latiteau, Vie de Clém. XI, Padoue, 1752. Guarnacci, Vit. et res gest., Rom. Pont., Rom., 1751, t. II, c. j; Fleury, LXVI, p. 588 et seq. Rapport des ambassadeurs vénitiens. Crlzzo, 1702 ; Morosini, 1707 ; Lor. Fiepolo, 1712} Andr. Corner, 1724, dans

Ranke, III, P., 493-o01. réiiclun, LcLLie à Alemanni, 10 févr. 1710 (Ami delà religion. 1853, n. 5b60, l\ 243). Missions, Mejer, propag.^ I, P, 150 et suiv.

Le royaume de Prusse. Guerre de succession d'Espagne.

26. Beaucoup d'événements importants coïncident avec le pontificat de Clément XI (1700 1721). En 1700, Frédéric, princeélecteur de Brandebourg, prit le titre de roi de Prusse et posa les fondements d'une nouvelle puissance protestante de premier ordre. Le pape, qui n'avait pas reconnu les princesélecteurs protestants, pouvait d'autant moins y donner son adhésion que le duché de Prusse, appartenant à l'ordre teutonique, n'avait pas été légalement cédé. Il protesta, inutilement sans doute, contre le nouveau roi.

Plus dangereuse encore fut la guerre de succession en Espagne. Charles II, roi de ce pays, étant mort (P"" novembre 4700) sans laisser de descendant mâle, l'Autriche et la France se disputèrent sa succession. Le pape, malgré tous ses soins, ne put assurer la paix. Chacune des deux puissances le pressait de se prononcer pour son candidat et considérait comme une injure toute marque de bienveillance donnée à l'autre partie. La fortune de la guerre fut inconstante.

Philippe, prince français, était entré dans Madrid le 14 avril 1701 et semblait l'emporter sur l'archiduc Charles. Il parcourut ensuite l'Italie, arriva à Naples le 16 avril 1702, et envoya de là une dépu talion au pape. De son côté. Clément XI lui dépêcha le cardinal Barberini, porteur d'une lettre. L'empereur en fut tellement offensé qu'il rappela son ambassadeur. Philippe V dut bientôt retourner en Espagne, car l'archiduc Charles entrait dans la Catalogne. Quoique le pape eût déclaré qu'il ne voulait attenter au droit d'aucun des prétendants, tout en donnant le titre de roi au compétiteur, Philippe V n'en fut pas moins mécontent des négociations du pape avec l'archiduc Charles, et il rappela également son ambassadeur de Rome.

L'empereur Joseph I"* (1705-1711) voyant dans le pape un adversaire de son frère, laissa les troupes autrichiennes inquiéter les États de l'Église, contesta les droits du pape sur Parme, Plaisance, Comacchio et autres localités, imposa des contribu-

l'église catholique. 26d

tions aux duchés italiens et aux sujets du Saint-Siège; et quand sa querelle relative au droit de première demande fut vidée, il en profita encore dans la suite pour se permettre les plus iniques usurpations. Clément XI, incapable désormais de protéger son pays, fut contraint d'accepter un traité dicté par l'empereur eu 1709, et en vertu duquel il reconnaissait Charles III comme roi d'Espagne et de Naples, Alors Philippe V interdit tout rapport entre l'Espagne et Rome, chassa le nonce et suspendit son tribunal. Les relations demeurèrent longtemps interrompues.

Clem. epp.etbrevia selecta, ed Francof, p. 43 et seq. Fr. M. Ottieri, Istoria del guerre awenute in Europa e parlicolarmente in Italia pér lî successione alla monarchia di Spagna., Roma, 1728. Carl v. Noorden, Europ. Gesch. im 18 lahrh., I Abth. Der span. Erbfolgekrieg, I. vol.. Düsserdorf, tSTO, Archiv, fur katb. K-R. 10. P. 185 et suiv. Dispute sur le jus primarum precum (v. V, Per § 208) Bull. XII, p. 539-543. Const. 131 et seq., a. 1714, Lunig, Spicil. eccl., n. t. I, e. i, p. 170 et seq. Conr. Öliger, Diss. de primis precibus., . Frib., 1706.

Lutte avec Amédée II de Savoie.

27. En Italie même, le pape avait partout des luttes à soutenir. Victor-Amédée II, duc de Savoie (1675-1730), était en contestation avec plusieurs évêques du dehors, dont les diocèses s'étendaient dans son territoire ; il revendiquait le droit absolu de nommer aux évêchés et aux abbayes, suscitait des obstacles à la vocation ecclésiastique. Il rappela, en 1701, son résident de Rome, quand il vit que l'on contrariait ses desseins. Ni le bref p^ein de douceur que lui adressa Clément XI, ni les propositions modérées de son agent Sardini (1702), n'eurent le résultat qu'on en espérait; en 1707, le pape se vit obligé d'annuler quantité d'actes arbitraires commis par le gouvernement ducal. En 1710, le duc établit, pour l'administration des bénéfices vacants, un économat qui ne fut reconnu ni par les évêques ni par le pape, donna au placet une plus grande extension et défendit de publier les censures de Rome. Comme le duc, quand on lui présenta des projets d'accommodement, ne voulut pas retirer ses édits, tout inacceptables qu'ils fussent,

la mission du comte de Gubernatis à Rome (1711) n'eut point de suites. Cependant l'économe royal s'étant soumis au pape fut confirmé en qualité d'économe apostolique (1712).

Le traité d'Utrecht (1713) valut au duc le titre de roi, l'expectative de la couronne d'Espagne, dans le cas où la lignée de Philippe Y viendrait à s'éteindre, et la souveraineté sur l'île de Sicile. Les puissances contractantes, l'Angleterre à leur tête, ne se soucièrent point des droits du pape. Le nouveau roi revendiqua les privilèges de la « monarchie sicilienne », qui avaient déjà précédemment suscité des disputes. Cette fois, le dissentiment prit de plus larges proportions. Le 28 février 1715, le pape abolit le tribunal de la monarchie; on lui répondit de Palermo par des protestations et des mesures de violence. L'île se trouvait en interdit et détestait la domination de la Savoie (jusqu'en 1718).

Carutti, Storia del regno di Vittorio Amadeo II, Torino, 1856, surtout p. 82 et seq. 184 seq. Lafileau, 11,78. Mon écrit :Piemonts Unterhandlungen mit dem rœm. Stuhl, Wurzb., 1876; Sentis, Die Monarchia Sicula, p. 140-158; Const. Romanus Pontifex, ibid., p. 258-263, Bull. Rom., VIII, 148 et seq.; Du Plessis d'Arg., lll, ii, p. IO6-6O9.

Négociations avec l'IIspagne. Conflits avec les gouvernements

temporels.

28. Un concordat, ménagé par l'ambitieux Albéroni, promu alors au cardinalat, fut arrêté avec l'Espagne en 1717; mais il ne paraît pas qu'il ait été ratifié ni exécuté. L'intrigant Albéroni trompait indignement le pape quand il lui promettait de ne point attaquer les territoires de l'empereur en Italie pendant la guerre contre les Turcs, mais de se servir de la flotte pour combattre les Ottomans ; il l'employa au contraire pour arracher l'île de Sardaigne aux impériaux. C'est pourquoi les Espagnols assiégèrent l'île de Sicile en 1718. Victor- Amédée II futcontraint de l'abandonner. Philippe V négocia avec Rome au sujet de cette île ; l'interdit fut levé et les Sicihens exilés purent rentrer dans leur pays. Rome insista pour la suppression de la monarchie sicilienne et laissa entrevoir un nouvel accord.

Yictor-Amédée ayant exigé, en 1719, que toutes les provi-

l'église catholique, 267

sions qui viendraient de l'étranger fussent soumises au placet dans ses États héréditaires, le pape publia un nouveau bref, sans exclure, toutefois, des négociations ultérieures avec le cardinal Albani. Clément XI mourut sur ces entrefaites (19 mars 1721), après des luttes magnanimes et d'indicibles souffrances. Les nonces avaient été successivement repoussés par les cours catholiques de Vienne, Turin, Madrid, Barcelone et Naples ; on avait empêché les relations des évêques et des réguliers avec le Saint-Siège et interdit la publication des actes pontificaux. Les revenus de la cour de Rome avaient été sensiblement amoindris; l'Église avait reçu les plus cruels affronts, et presque toutes les démarches de ce noble pontife avaient été méconnues, mal interprétées, attaquées. La politique des puissances ne se souciait plus des droits anciens, mais seulement de ses intérêts. Joseph I" mort (17 avril 1711), Charles (VI) était devenu empereur. Lui abandonner aussi l'Espagne semblait chose trop dangereuse. La paix de Rastadt (6 mars 1714') n'avait procuré à l'A-utriche que Naples et Milan, outre l'île de Sardaigne (qu'elle ne tarda pas à perdre); Charles VI demandait davantage et il fit valoir des exigences qui préparaient au Saint-Siège les plus grandes complications.

Ouvrages a consulter et bemarques critiques sur le n° 28.

Projet de concordats en 1714, en 18 §§,dans Tejada (VI, §H3), p. 92- 94, etTratado de l'Escorial, MM, in 16 §§, ib., p. 94-95. Archiv für kath. K.-H., loc. cit., p. 187 et suiv. Selon Sentis, loc. cit., p. 154, Clément XI n'avait pas ratifié le concordat de 1717; cependant Rigant. (in Rirg. Cancell., IX, § 2, n. 32, 33, t. II, p. 24; in Reg., XLV, § 1, n. 218-219, t. III, p. 399-400) n'hésite pas à en citer deux arliclps, et le cardinal Consalvi le mentionne expressément dans une note de 1802. Artaud, Vie de Pie VU, 1, chap. xvii. Négociations avec Victor Amédée : Carutli, loc. cit., p. 404 et seq.

Innocent XIII.

29. Le conclave fixa son choix sur le cardinal Michel Angelo Conti, issu d'une illustre famille de Rome et agréable à la cour de Vienne. Innocent XIII, éminemment digne de cette haute distinction, ne régna que trente-quatre mois (1721-1724). I^ négocia avec l'empereur Charles VI par l'entremise du cardina^ Althan, et lui donna, en 1722, l'investiture du royaume do

Naples. Cela n'empêcha pas l'erapereur, conformément au désir de la reine d'Espag-ne, approuvé par la plupart des puissances, de remettre les duchés de Parme et de Plaisance à Charles, prince français-espagnol, au mépris des anciens droits de suzeraineté qui appartenaient au pape. Innocent XIII se vit obligé de protester. Pour remédier aux embarras de l'Espagne, il publia (mars 1723) une longue bulle concertée avec Philippe V, et dont un décret royal prescrivit l'exacte observation. Il rendit en outre une foule d'ordonnances salutaires et appuja les Vénitiens et les Maltais contre les Turcs. Ce généreux pontife regretta profondément, il versa des larmes, d'avoir été forcé, par la cour de France, de revêtir de la pourpre l'indigne abbé Dubois. Innocent XIII mourut le 7 mars 1724.

Ranke, III, p. 501. M. v. Mayer, Die Papslwahl Innocenz' XIII, Vienne, 1874; Sentis, p. 138 et suiv. Protestatio nomine Sedis Apost. amissa in convent\i Camera'îensi, dans Rousset, Supplément au corps diplom. de Dumont, III, ii, p. 173. Bulle Apostolici minislerii pour l'Espagne, du 13 (23) mars 1723, Bull,, éd. Luxemb., 1740, p. VII, t. XIII, p. 60-65; en espagnol, Coleccion de los Concordatos, p. 63-80. Cf. Tejada y Ramiro, loc. cit., p. 83-92; Archiv für K.-R., loc. cit., p. 191 et suiv. — Guarnacci, II, 381 et seq. Lebensgeschichte Innoc. XIII, Cologne, 1724.

(Benoît XIII.

30. Le 29 mai, le cardinal Vincent-Marie Orsini était nommé pape sous le nom de Benoît XIII. Il accepta son élection les larmes aux yeux et seulement par égard pour le général des dominicains, qui le comptaient parmi les leurs et auxquels il resta toujours dévoué. Il ne changea rien à son ancien genre de vie. Le concile provincial qu'il célébra à Latran en 1725 fut d'un excellent exemple; quatre-vingts prélats et trente-cinq procurateurs d'évêques absents y assistèrent. Le pape, qui avait déjà tenu plusieurs conciles provinciaux quand il était évêque de Bénévent, le présida lui-même. Benoît XIII travailla à développer la vie religieuse non seulement dans sa capitale, mais dans toute la chrétienté. A Rome, il interdit sous des peine, sévères l'usage des loteries qui avait été importé de Gênes sous

L ÉGLISE CATHOLIQUE. â6i)

Alexandre VII, et que plusieurs de ses prédécesseurs avaient déjà eu l'intention d'abolir. 11 témoigna beaucoup de bienveillance aux dominicains, sans préjudicier aux autres ordres. Très instruit lui-même et auteur d'ouvrages de théologie, il encouragea beaucoup d'ecclésiastiques à des travaux scientifiques. Malgré l'ardeur qu'il apportait dans les affaires de l'Église, il ne laissait pas de favoriser le commerce et l'industrie dans les États de l'Église. Il essaya d'établir de bonnes relations avec différents gouvernements, et l'empereur lui rendit Comachio, enlevé au pape depuis 1688.

Bened. XIIT, 0pp. theol., Rom., 1728, in-f» , t. III; Bull. Rom., Cont., éd. Luxemb., 1727 et seq.; Il, 427 et seq.; IV, 226 et seq. Icon mentis et cordis Bened. XIII, Fruncf., 1723; Alex. Borgia, Bened. XIII Vita, Rom., 1752, in-4°, en allem., Francf., i7ö4, Leben und Thaten Bened. Xlil, Francf., 1731. Reumont, III, n, p. 652 et suiv. Conc. provinc. Rom. Collect. Lac, t. I, p. 341 et seq. Après les prohibitions d'Innocent XI (3 déc. 1685) et d'Innocent XII (24 mars 1696), Benoit lança contre la loterie des ordres très sévères (19 sept. 1725, et 12 oct. 1726), puis le 12 août 1727 une bulle entièrement rigoureuse (Bul. Rom., XI, II, p. 400), et l'avocat Girolanio Ercoli publia son ouvrage : Del giuco del Lotto che sia degno d'essere dapertutto proibito, Roma, 1728. Sollicitude de Benoît XIII pour le commerce et l'industrie, Capello, ambassadeur vénitien, 6 mars 1728 : Ranke, III, p. 502-504.

Goscia, Conventions avec Naples et la Sardaigne.

31 . Ce fut un malheur que le pape, exclusivement appliqué aux affaires de l'Église, accorda trop d'influence, notamment dans les négociations avec les cours, à Nicolas Coscia, qu'il avait nommé cardinal et favorisé depuis sa jeunesse. Coscia, et le cardinal Lercari , nommé secrétaire d'Ét.^t après la mort de Paoluzzi (1"26)^> firent des concessions exv; gérées. Aussi f empereur obtint en 17i8, pDur la Sicile, une bulle qui, sans supprimer complètement la constitution de Clément XI, ne réservait au pape que les plus importantes affaires, accordait au roi de Sicile la faculté d'établir un juge suprême, qui déciderait en troisième instance, en vertu de l'autorité apostolique, toutes les autres affaires religieuses.

â7o HISTOIRE DE L^É&LISE.

Plusieurs des anciens cardinaux furent mécontents de cette bulle : c'était un compromis entre les prétentions réciproques, imaginé par lo cardinal Larabertini.

Victor- Amédée, roi de Savoie, prévenu par Benoît XIII, qui lui envoya un délégué, dépêcha de son côté à Rome l'habile marquis d'Ormea, qui se lia immédiatement avec Coscia, Fini et Lercari. Après de nombreuses difficultés, et sans que les congrégations eussent été consultées, le subtil diplomate fit reconnaître son souverain comme roi de Sardaigne et obtint pour lui un induit complet de présentation ; il fit également sur la juridiction, sur l'immunité de l'Église, sur les dépouilles, etc., un accord qui répondait pleinement aux désirs de son maître. Plusieurs évêques furent nommés ; l'archevêché de Turin, vacant depuis 4713, fut pourvu d'un titulaire (1727- 1728).

Un grand nombre de ces stipulations, parmi lesquelles figurait le droit de faire des propositions pour un chapeau de cardinal, furent interprétées par la cour de Turin tout autrement qu'on ne s'y attendait à Rome. Des esprits franchement hbres-penseurs, comme le comte Albert Radicati, avaient une influence considérable, et déjà on se faisait une haute idée de la souveraineté de l'État. Plusieurs personnes bien pensantes se montraient mécontentes des concessions du pape, et malgré ses dispositions pacifiques, les différentes cours ne lui faisaient essuyer que des déboires. L'extension de la fête de saint Grégoire VU à toute l'Église souleva de violentes contradictions â Venise, en France, en Hollande et en Allemagne Son office, qui n'était qu'un simple exposé historique, fut considéré comme un attentat contre les souverains. Quand le pape mourut (21 février 1730), une émeute éclata dans Rome contre ses favoris, et le cardinal Coscia dut prendre la fuite ; il fut plus tard dépouillé de toutes ses dignités, condamné à un dédommagement pour ses usurpations et à dix ans d'emprisonnement. Fini se vit également exclu des fonctions ecclésiastiques et plusieurs prélats indignes furent punis par le successeur de Benoît XIII.

Pacca, Notizie istoricbe intorno alla vi la ed agli scritti di Msgr. Franc. Pacca, arcivescovo di Benevento, Orvieto, 1839, ediz.'lll, p. 15

l'église catholique. 271

et suiv. ; ôuarnacci, loc. cit., p. 453 et suiv. — Sentis, op. cit., p. 159- 186 (ibid., p. 265-276) la Const.Ficidi).— Carutti,Ioc.cit.,p.404 et seq. 437 seq. Mon article : Piemonts Unterhandlungen, p. 26 et suiv.; Nussi, Conventiones, p. 48-55. Recueil de pièces curieuses sur les matières les plus intéressantes, par Albert Radicati, comte de Passeran, Rotterdam, 1736.— Fleury, t. LXXIII, p. 103-125, 289-298; Picot, t. Il, p.242etseq.; Robiano, I, p. 92 et seq. ; Guéranger, Instit. liturg., II, 450 et seq. ; (Migne, PP. lat., t. CXLVllI, p. 233 et seq.). Laacher Stimmen, 1877, H. 6, p. 26 et suiv. ; Brunner, Die Mysterien der Aufkleerung in Oesterreich, p. 164 et suiv. Le 19 décembre 1729, Benoît XIII annula tous les décrets des autorités civiles contre l'Office. Bull. Rom., XIII, 422-424.

Clément XII.

32. Ce successeur fut Clément XII (Laurent Corsini de Florence, 1730-1740). Déjà avancé en âge (il était né en 1652), et illustré par un grand nombre de travaux ; il s'acquitta parfaitement de ses fonctions et ne fit rien d'extraordinaire pour sa amille ; son neveu, le cardinal Corsini, protégea les savants, et lui-même s'appliqua à relever la science, l'art et l'administration de la justice. Il avait renouvelé (1730) l'interdiction de fia loterie. Cependant, comme le peuple avait une passion effrénée pour le jeu, que le nombre des délinquants et celui des loteries secrètes était trop considérable, le pape, convaincu par expérience que les loteries faisaient aller trop d'argent à Gênes, à Modène et à Naples, soumit l'affaire à une commission dirigée par le cardinal Tolomei. D'après l'avis de cette commission, il autorisa (1731) la loterie comme un impôt indirect et volontaire, comme une sorte de jeu de hasard au profit des œuvres de bienfaisance, il la soumit à de nombreuses restrictions et la plaça sous la surveillance des autorités.

Clément XII établit un musée pour les antiquités romaines, restaura plusieurs églises, fit un grand nombre de constructions utiles et veilla à l'administration exacte de la justice. II s'occupa beaucoup des missions, donna en 1739 un nouveau règlement au collège anglais, érigea à San-Benedelto di Ullano et à Naples deux séminaires pour les Grecs de la basse-Italie. Convaincu des dangers qu'offrait la franc-maçonnerie, il fit une défense générale de s'y agréger, sous peine d'excommunica-

tion, et publia en outre un édit sévère pour les États de l'Église en particulier (il janvier 1739).

Relation du Vénitien Mocenigo, 1737: Ranke, III, p. 507 et suiv. ; Bull. Rom. Contin., P. Vlil, éd. Luxemb., 1740, p. 1-352; P. IX, p. 1-348; Huth, K.-G. des 18 lahrh., Augsb., 1807, I; p. 71 et suiv. Mesures concernant la loterie, voyez mon ouvrage : L'État de l'Église, Mayence, 1862 (réimpression du Catholique), p. bi, n. 1. Travaux en faveur des missions: Mejer, Propag., I, p. 134. Const. In eminenti contre les francs-maçons, 28 Avril 1738; Bull. Rom., éd. Taurin, XXIV, 366 et seq.

Rapports du pape avec les cours européennes.

33. Cependant la plupart des cours accordaient à cette société secrète une influence de plus en plus considérable, et au mépris des droits du pape, la Sardaigne, Naples, l'Espagne, la France, TAutriche et le Portugal persévéraient dans la voie où elles étaient entrées. L'ambassadeur de Venise, Mocenigo, s'étonnait lui-même des graves contestations qui divisaient les gouvernements catholiques et la cour de Rome, des efl'orts que faisaient ces gouvernements pour enlever au pape ses prérogatives, parce qu'il était physiquement le plus faible. Le duc Antoine FarnJse étant mort sans descendant mâle (20 janvier 1731), les habitants de Parme arborèrent les armes du pape ; mais la diplomatie, non contente de s'opposer à ce que ce fief tombé en déshérence retournât au Saint-Siège, transmit ce pays à l'infant don Carlos, plus tard roi de Naples (1735), et en disposa dans la suite sans aucun égard pour les droits du pape, qui dut se borner à protester. Suivant ce qui avait été convenu en conclave, Clément XII voulut reviser les conventions arrêtées avec la Sardaigne par son prédécesseur ; car elles n'avaient pas été faites avec les formes requises et elles étaient funestes aux droits du pape et des évêques,

Le nouveau roi, Charles-Emmanuel III (1730-1773), dont le père, après avoir abdiqué, était retenu par lui dans une captivité étroite, n'y voulut point consentir et fit punir un grand nombre d'évèques. De 1731 à 1735, les relations entre Rome et Turin demeurèrent extrêmement tendues. De meilleurs rapports ne

l'église catholique. 273

s'établirent que lorsque le roi eut repoussé les services que lui offrait le fameux Pietro Giautioue, ennemi acharné du Saint- Siège, le même qui offrit ses services à d'autres cours, quand l'Autriche eut perdu Naples. 11 le fit saisir et tenir sous une garde sévère. De nouvelles négociations furent entamées, mais n'aboutirent plus sous le règne de Clément XII. Philippe V d'Espagne était également excessif dans ses exigences ; il demandait pour son fils, âgé de neuf ans, la dignité de cardinal avec les archevêchés de Tolède et de Séville. Le pape accorda l'administration de Tolède quant au temporel, eu attendant que le postulant eût atteint l'âge canonique pour devenir archevêque (10 septembre 1735). Mais pendant la nouvelle guerre, les troupes espagnoles et impériales frappèrent de contributions les États de l'Église, et entraînèrent même à leur suite des sujets du pape pour en faire des recrues ; de là une foule d'émeutes populaires, notamment au Transtevère (1736), où l'ambassadeur d'Espagne fut insulté.

Quoique le pape fût prêt à donner toutes les satisfactions désirables, Phihppe V et Charles III rappelèrent leurs ambassadeurs de Rome, chassèrent les nonces de Madrid et de Naples, empêchèrent toute relation avec Rome, et portèrent de nouvelles lois hostiles à rÉgli&e. Cependant la paix ne tarda pas à être rétablie par un concordat avec l'Espagne, en date du 26 septembre 1737. Le nonce put retourner à Naples; le roi reçut l'investiture le 12 mai 1738, mais ne fournit pas les garanties demandées par le pape. Il semblait que l'intention des cours fût de transformer complètement, dans l'intérêt de l'absolutisme gouvernemental, l'ancienne position de l'Église à l'égard de l'État. Partout surgissaient des défenseurs de l'absolutisme, les régalistes, comme on les appelait. Pietro Giannone à Naples, Melchior de Macanaz, en Espagne, travaillaient dans lesens des gallicans extrêmes. A. Rome même, la situation de ve- 'nait de plus en plus critique. Dans le sacré collège, les uns voulaient qu'on appliquât le droit dans toute sa rigueur, quoi qu'il en pût résulter; les autres qu'on fit toutes les concessions possibles, afin de conjurer l'orage. La maison de Bourbon dominait alors sur l'Espagne et sur une portion considérable de l'Italie. Ses prétentions ne connurent bientôt plus de bornes et le vieux pape se vit contrarié dans ses plus généreux efforts,

YI. — HIST. DK l'église. 18

^}1i liisToîRE DE l'Église.

Clément XII, âgé de quatre-vingt-huit ans, mourut au milieu (Jes plus graves soucis (février 1740).

OnVRAGK3 A CONSULTER SOR LE N" 33.

Mocenigo, Relation, 16 avril 1737; Ranke, III, p. 179. Cf. ibid., p. 508 et, suiv. ; Controverse au sujet de Parme, Analeiît. juris Pontif., 1867, p. 1104 et seq., 1 116 et seq. Relations avec la Sardaigne : CarutLi, 'OC. cit., p. 460et5eq,, 483etseq.,elStoriadeI regnodiCarlo Eman.III, Torino 1859 vol. I, p. 22, 132 etseq., 139 etseq ; Rigant., in Reg. Cancell.,11, § 1, n. 54, t. I, p. 215 et suiv. Mon article, Piemonls Unterhandlungen, p. 58 et suiv. (Bianctii) , Ragioni délia Santa Sede Aposi. nelle presenticontroversie colla Corte di Torino, Roma, 1732. Sur Pietro Giannone (morten 1748 à la citadelle de Turin, auteur de[Historia civile del regnodi Napoli, 1723, dédié à Charles VI, et d'autres ouvrages). Voy. supplément ad Natal. Alex., t. II, p. 58, et seq.; Carutti, Carlo Em., 111, vol. I, p. 135-148. Négociations espagnoles : Rigant, in Reg. XXVI Cancell., § 2. n. 35, t. Il, p. 373 not. Castillo y Ayensa (ci-dessous IX, §199), vol. 1, p. 209, Append., n. 14, p. 183, 184. Archiv lür kath. K.-R. loc. cit., p. 191-198, 198-214. Sentis, p. 189 et suiv. Le Concordat de 1737 dans Nnssi, Convent., p. 56-64, ital., dans Tejada, p. 100- 106, en espagnol. On trouve dans ce dernier, p. 96-99, un avis de la Junta de Patronato, du 20 octobre 1720, relatif aux écrits des cardinaux Bentivoglio et Bellaga, et au mémoire de Pimontel, de 1633, en 19 §, p, 106-112, une explication du Concordat de 1737 en 47 §. Le Pedimento de Macanaz, 1713, ib., VII, 267-280. Sur lui, voy. Sentis, p. 190, n. 3. Archiv, loc. cit., p. 186 et suiv. — Concordat avec la Pologne; Nussi, p. 64-69.

Benoit XXV et ses mérites.

34. Les suffrages se portèrent alors sur le savant cardinal Prosper Lambertini, qui fut l'ornement du Saint-Siège sous le nom de Benoît XIV (1740-1758). Né à Bologne en 1765, il s'était adonné aux sciences avec toute l'ardeur dont il était capable ; il acquit bientôt le renom de canoniste et de théologien distingué. Il devint avocat consistorial, promoteur de la foi, chanoine de Saint-Pierre, consulteur de plusieurs congrégations, secrétaire de la congrégation du concile. Au milieu de tons ses travaux, il était plein de bonne humeur, sociable, ami de la conversation, plaisant, et avec cela fort estimé. Benoît XIII le nomma archevêque hi partibus de Théodosia, et en 1728 cardinal do

l'église catholique. ^?S

Sainte-Croix de Jérusalem. Il obtint l'évêché d'Ancône, et en 1730 Clément XII le mit à la tète de l'archevêché de Bologne. Il y montra un zèle remarquable, visita son diocèse, s'occupa de l'éducation scientifique de son clergé, publia plusieurs savants ouvrages et déploya une heureuse activité. • Elevé au trône pontifical après six mois de conclave (17 août 47iO), Benoît XIV continua de s'intéresser aux études savantes, acheva plusieurs ouvrages, chargea le jésuite Azevedo de préparer une édition de ses œuvres complètes, fonda à Rome quatre sociétés savantes (académies) pour l'étude des antiquités païennes et chrétiennes, pour les conciles, le droit canon et l'histoire ecclésiastique, encouragea partout les hommes studieux, qui se plaisaient à lui dédier leurs ouvrages fit entreprendre à Rome d'excellents travaux par une multitude de savants (Orsi, Tempesti, Bromato) et donner une nouvelle édition du martyrologe romain,

Benoit XIV fut un grand législateur. Ses bulles étaient souvent des traités pleins d'érudition, marqués au coin de la prudence et de la sagesse. Ses ordonnances sur la pénitence et le mariage, sur les différents rites de l'Orient, acquirent une haute importance.Après avoir d'abord gardé l'archevêché de Bologne, il le céda ensuite à son concitoyen Vincent Malvezzi, qui était loin de l'égaler. Mais le pape avait de grandes obligations à sa famille. Les finances pontificales étaient épuisées; il chercha à les améliorer par une grande économie, en s'abstenant pendant quatre ans de toute promotion de cardinaux et en éloignant le népotisme ; il releva l'agriculture et l'industrie, restreignit le luxe, favorisa les études et réorganisa les diverses administrations. Il resta ce qu'il était auparavant, enjoué, causeur, vif et d'une grande simplicité. Les hommes les plus influents de son entourage étaient son auditeur, l'inflexible canoniste Argivilliers, le cardinal Valenti, habile homme d'État, le dataire Millo et le cardinal Passionei, secrétaire des brefs, ami des sciences, mais qui subit plus d'une fois l'influence pernicieuse des ennemis de l'Église. Du reste, la majeure partie des travaux étaient exécutés par Benoît XIV lui-même; accoutumé au travail, le pape, chez lui, ne renia jamais le savant, et il fut hautement respecté par les protestants eux-mêmes.

"216 mstoihE DE l'église.

Bened. XIV, 0pp., éd. Azevedo, Rom., 1747-1751, t. XII, éd. Prati, 1842 et seq., 4 l. in-18, Bull. M., éd. Luieaib., t.XVI-XIX. Bull. Bened. XIV, exp. Hier. Maynardi, Rom., 17oi-1758. Venet., 1754 et seq. t. IV in-i*, Acta bist, eccl., t. I, p. 144 et suiv. ; t. IV, p. 1058 et suiv.; t. XV, p. 907 et suiv. ; Gnarnacci,t, II, p. 487 et seq. ; Ranke, Peepste, II!, p. 125 et suiv. (6« éd.) Oesterreich und die Fapstwaiil, éd. von 1740, Munich. 1875. Vie du Pape Bened. XIV, Paris, 1783, 12; Hisl.-pol. Bl., t. XXXI, p. 153-177. Th, Heigel, Der œsterr. Erbfolgestreit, Nœrdl., 1877, p. 284.

Condescendance de Benoît XIV à l'égard des princes temporels.

35. Si brillant que fût ce pontilicat, il avait cependant ses côtés faibles. Benoît XIV poussa trop ioin la condescendance à l'égard des pouvoirs temporels ; il entra dans une multitude de traubactions qui, calculées en vue du présent, ne pouvaient pas aplanir définitivement les difficultés. Il croyait pouvoir, en fait de concessions, aller jusqu'aux extrêmes limites, afin d'obtenir au moins un instant de répit auprès des cours qui pesaient sur lui. Il y réussit presque toujours. Convaincu que les luttes du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir civil ne profitaient qu'aux ennemis de la religion, il était en correspondance avec les ministres des différents princes, par exemple avec d'Ormea, ministre de Sardaigne. Dès le 5 janvier 1741, deux traités étaient conclus, l'un sur le vicariat apostolique qui avait été conféré au roi de Sardaigne dans les territoires que celui-ci tenait en fief du pape avec obligation de lui payer une redevance; l'autre sur les bénéfices, sur leurs fruits intercalaires et sur l'économat.

Cependant le commissaire du pape, Merlini, chargé d'exécuter la première convention, se trouva dans une position difficile visà-vis du président du Sénat, Caissotti ; cet homme se montra si revèche, que le pape lui-même faillit perdre patience, d'autant plus que Turin rejeta son projet d'accommodement, élaboré avec tant de peine, sur les questions de juridiction et d'immunité. Le pape maintint toutes les concessions de Benoit Xill et agit partout avec franchise et loyauté : il ne trouva pas la même sincérité à la cour de Turin. On convint enfin que le pape adresserait aux évoques une instruction (6 janvier 1742}

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qui obligerait les évêques étrangers à nommer des vicaires généraux particuliers dans les parties de leurs diocèses situées sur les États sardes, restreindrait la juridiction ecclésiastique et ne soumettrait aux contributions ordinaires de l'État que les biens de l'Église acquis depuis 1620. Plus tard (1750) le pape renonça, contre un faible dédommagement, à divers revenus qu'il tirait du Piémont, et parvint ainsi à gagner les bonnes grâces de la cour de Turin, qui s'appliqua désormais à donner des marques de ses sentiments religieux. A Naples, où s'était formée, sous Gaetano Argentino et autres, une école de juristes hostile à l'Église, Benoît XIV ne put empêcher que les droits du nonce fussent restreints et le clergé imposé. Par le concordat du 2 juin 1741, il fut décidé qu'un tribunal de juges laïques et ecclésiastiques prononcerait sur les questions religieuses sous la présidence d'un dignitaire de l'Église, D'importantes concessions furent faites relativement à l'immunité. Tout cela cependant n'était que des palliatifs, et les dispositions onéreuses au gouvernement ne furent pas exécutées.

Avec l'Espagne, un concordat passé en 1753 reconnaissait dans toute sou étendue le patronat universel du roi, ne laissait au pape que la nomination de cinquante-deux charges et lui infligeait des pertes matérielles considérables; il ne reçut eu retour qu'un faible capital. De là, dans Rome même, un vif mécontentement. Benoît XIV vida (1751) la querelle de l'Autriche et de la république de Venise au sujet du patriarcat d'Aquilée en décidant que le patriarcat serait remplacé par deux archevêchés, Goerz pour le territoire autrichien, et Udine pour le territoire vénitien. Mécontente de cette mesure, la république entrava par tous les moyens possibles les relations de ses sujets avec le Saint-Siège et ordonna en 1754 que tous les décrets dn pape seraient avant leur publication soumis à sa censure. Cette controverse ne fnt pas vidée par Benoît XIV. Avec Marie- Thérèse, Benoît XIV conclut, en 1757, un traité au sujet des biens de l'Éghse situés dans le diocèse de Milan.

Négociations avec la Sardaigne : Carulti, Carlo E. III, vol. L, p. 151 et seq. ; Doc. B., p. 344, n. et seq., p. 352 et seq. Négociations du Piémont, p. 60 et seq. Convention de 1741, Nussi, p. 69-71. Traités

578 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

publ. de la Maison royale de Savoie avec les puissances étrangères, Turin, 1836, t. II, p. 325-52!). Inslniction du 6 jan. 1742, Nnssi, p. 98- 116. Convention du 24 juin 1750, ibid., p. 117-120. Carutti, vol. II, p. 59 et seq. Concordat avec Naples, 1741, Nussi, p. 72-98. Sentis, p. 191 et suiv. Concordat espagnol de 1733, Archiv f. kath., K.-R., t. XI, p. 232-263, Texte latin dans Nussi, p. 120-128, en espagnol dans Münch, Conc, I, p. 443-432, mieux dans Tejada, VII, 164-170, avec les autres documents, p. 258-267. Là aussi, p. 164-170, le discours du chanoine Manuel Ventura di Figueroa, de 1749, en 3 parties, p. 113-163, sur le Concordat de 1737 , § 372 , et les observations souvent très longues du premier bibliothécaire Grégoire Mayans y Siscar à Ferdinand VI, p. 171-238. Conlirmation de la convention, en 9 articles, entre Marie-Thérèse et le doge de Venise, 6 juillet 1731, Const. 50, Injuncta nobis, Bull. Bened., éd. Venet. III, 177-181 ; Suppl. ad Natal. Alex., t. II, p. 317 et seq. ; Bull. Bened. cit. App., p. 244 et seq. Concordat de Milan de 1757, Nussi, p. 128-132. \oj. Arnetli, Gesch. Maria Theresia's (Vienne, 1864-1870), II, p. 178 et suiv. ; IV, p. 54 et suiv.

Diminution du nombre des fêtes.

36. Plus d'une fois, les gouvernements exprimèrent au pape le désir que le nombre des fèfes fût diminué. Cette demande fut accordée pour l'Espagne en 1742, pour Naples, la Toscane et l'Autriche en 1748. La cour impériale interpréta l'indnlt en ce sens qu'elle pouvait forcer ses sujets à travailler les jours de fête supprimés, et elle le fit en effet dans plusieurs localités. Quand Benoît XIV renouvela l'interdiction de la franc-maçonnerie (1751), il y avait peu de gouvernements disposés à procéder contre elle ; cependant l'Espagne et Naples, puis en 1757 le gouvernement de Milan édictèrent des lois contre cette société. Déjà l'Allemagne faisait des tentatives pour séculariser les principautés ecclésiastiques; en 1744, Benoît XIV exhorta le cardinal Joseph de Lamberg et autres prélats à la vigilance et à l'opposition. En 1752, il nomma évèque le prince-abbé de Fulde, et dédommagea de quelque façon le prince-évêque de Wurzbourg en lui donnant le palliura.

La situation de la Silésie, qui était échue à la Prusse, préparait au Saint-Siège de grandes inquiétudes. Benoît XIV fut le premier pape qui reconnut le royaume de Prusse et qui dans ses actes subséquents donna au souverain de ce pays le titre

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de majesté royale. Sous lespriiices-évèqiies de Breslau, le cardinal Siiizeiidorf et Schaffgotsch, la condition de l'Église fut extrêmement malheureuse; les empiétements du pouvoir civil n'avaient point de bornes, et le pape était obligé à trop de ménagements. Benoit XIV fournit d'importants subsides à l'église catholique de Berlin.

En Hongrie, il soutint et favorisa la société des gentilshommes fondée dans le but de défendre l'Église catholique. Aux missionnaires, il défendit sévèrement de se livrer à toute espèce de négoce. Mais déjà dans les derniers jours de sa vie une effroyable tempête se préparait contre l'un des plus soUdes boulevards du Saint-Siège, — l'ordre des jésuites. Benoit XIV n'était nullement hostile à la compagnie, comme l'attestent une foule de ses actes et les marques |de faveur qu'il donna aux jésuites ; mais la conjuration formée contre eux était appuyée dans Rome par les cardinaux Passionei et Archinto, et quand la cour de Portugal présenta divers documents pour appuyer sa demande d'une transformation de l'ordre, le pape, très méfiant dans le principe, différa d'y satisfaire, puis il se décida enfin, alors qu'il était déjà atteint par la maladie, à publier un bref (l" avril 1758) par lequel il chargeait le cardinal Saldanha de visiter les collèges et autres maisons des jésuites en Portugal. Cette décision devait avoir des conséquences incalculables.

L'illustre pontife mourut peu de temps après, âgé de quatrevingt-trois ans, un mois et trois jours.

Réduction des jours de fête, Bull. Bened., éd. Venet., t. I, p. 94. Coiist. 62, t. II, p. 234 seq. Nouvelle interdiction de la franc-maçonnerie, 18 mars 1751, Bull. Mag., ed. Luxemb., XVIII, 214 et seq. Avertissement au sujet des sécularisatious en Allemagne, Const. 90, Ut primum, Bull. Bened., éd. Venet., L, p. 137 et seq. Évôché de Fulde, Const. in apostolicx dignitatis, 15 oct. 1752, Cf. Laberenz, dans Freib. Kirchenlexikon, XII, p. 426 et suiv. Komp. Die zweite Schule Fulda's. ibid., 1877, p. 121. Thaetigkeit für Schlesien, voy. Theiner, Zustœnde der kathol. Kirche in Schlesien von 1740-1758, 2 vol. Regensb., 1852 (avec 95 documents). Pour l'église de Sainte-Hedwige à Berlin, Rome fournit 87,580 thalers ; l'Espagne, 18,113. Mejer, Die Propaganda, II, p. 290. Bref Apostolicx sedis, 25 fév. 1741, Bull, bened., t. 1, p. 14 et

seq. ; conçu en termes tout à fait généraux contre le négoce des clercs séculiers et réguliers. Mesures de Benoît XIV en faveur des jésuites, dans Buss., La Société de Jésus (en allem.), p. 1205 et suiv. Tels sont : les constitutions devotam 17 déc. 1746; Pr»c/«n's, 24 avril 1748; le décret qui nomme le père Azevedo consulteur de la congrégation des rites, il donne de grands éloges à l'ordre, 24 avril 1748 ; la constitution Gloriosse du 27 sept. 1748,1a lettre ad presbyteros S. J. qui acta SS. edunt, Anvers, 1755 ; sur le cardinal Domenico Passionei (né en 1682, card. en 1738, mort en 1761) ; voy. Moroni, Dizion,, t. LI, p. 271 et seq. Bref àSaldanha 1«' avril 1758, Bull. Bened., éd. Venet., t. IV, p. 288, 289. Instruction au même, Murr, Gesch. der Jes. in Portugal, I, p. 146. Buss, loc. cit., p. 1215.

Suppression de l'ordre des jésuites sous Clément XIII et Clémejit XIV. Opposition contre les jésuites.

37. La compagnie de Jésus, grâce à ses éminents services, s'était propagée dans tous les pays catholiques et avait acquis une remar(]uable influence. Mais elle ne manquait pas non plus d'ennemis redoutables ; c'étaient les protestants de tout ) confession, les jansénistes, les membres du parlement et les sorbonnistes influencés par les jansénistes, les hommes d'État opposés aux droits du pape, dont les jésuites étaient les champions; les savants jaloux de leur renommée, les membres des autres ordres, les hommes de lettres et les beaux esprits conjurés à la fois contre l'Etat et contre l'Église. A mesure que le nombre de ces derniers augmentait et qae leurs idées trouvaient d'écho, la persécution contre les jésuites devenait plus ardente.

Tant que les monarques catholiques eurent les yeux ouverts sur leurs véritables intérêts, les services incontestables rendus par la compagnie prévalurent contre la haine et la calomnie; mais ces passions devinrent singulièrement dangereuses auprès des monarques à courte vue, séduits et conseillés par les membres de la conjuration antireligieuse. On accusa les jésuites depélagianisme et de morale relâchée ; ils abusaient du confessionnal; ils aspiraient à la domination temporelle, ils s'immisçaient aux choses politiques, ils enfreignaient les décrets du pape, ils méprisaient les évêques, ils étaient orgueilleux et cupides, sans parler d'autres défauts. Toutes ces accusations ne reposaient que sur des faits isolés, en partie

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exagérés, en partie imaginaires et dont un très petit nombre étaient avérés.

Riffel, Die Aufhebung des Jesuitenordens, 3« éd., Mayence, 1855, surtout p. 9 et suiv. ; Dallas, Ueber den Orden der Jesuiten, en allem, par Fr, v, Kerz., Düsseid., 1820.

Anciens différends dans la Compagnie de Jésus.

38. Si l'ordre avait été divisé en lui-même, rien n'eût été plus facile que de l'anéantir. Mais les différends qui s'étaient autrefois révélés dans son sein avaient été heureusement aplanis, entre autres ceux qui provenaient de l'Espagne. Les plus anciens jésuites et les trois premiers généraux étaient Espagnols. Après saint François Borgia (mort en 1572), le père Polanco avait eu dos chances pour devenir général, mais la cour d'Espagne lui était contraire parce qu'il sortait de judéochrétiens récemment convertis; de sou côté Grégoire XIII demandait un général non Espagnol ; on nomma donc le Belge Mercurian et après lui (1581) l'Italien Aquaviva. Ce dernier sut à la fois empêcher la transformation de l'ordre projetée par Sixte V et comprimer le mouvement dirigé par des jésuites espagnols. Ceux-ci, dominés par la cour , craignant qu'on ne voulût exclure pour toujours les Espagnols du généralat, désiraient qu'on instituât pour l'Espagne un vicaire général particulier, suivant ce qui existait dans d'autres ordres.

Aquaviva maintint la constitution, donna aux Espagnols des supérieurs étrangers, souvent passablement jeunes, accorda aux provinciaux une plus grande indépendance, obtint de Grégoire XIV la confirmation des anciennes règles de l'ordre, et se justifia d'une manière brillante contre ses accusateurs dans une congrégation générale tenue sous Clément VIII en

Après avoir rétabli l'ordre et le calme et développé l'organisation de la compagnie, son successeur, le doux et indulgent Vitteleschi (1615-1645), put laisser les profès prendre de plus en plus d'autorité. Le septième général, Vincent Caraffa (1645- 1649) , malgré toute son humilité et sa vertu, eut moins d'in'

flueuce. Dans la suite, le généralat cessa d'être confié à des Espagnols et son autorité ne fut plus exercée d'une manière aussi large que précédemment. François Piccolomini (1649 jusqu'en juin 1651), qui inclinait aux mesures énergiques, s'en abstint cependant et laissa plus de liberté à ses confrères, sans toutefois négliger l'élément ascétique. Alexandre Gottofredi et Goswin Nickel n'occupèrent l'emploi que peu de temps ; ce dernier faible de santé et accusé de violer les constitutions, reçut pour vicaire général (1661) Jean Paul Oliva, qui lui succéda dans le généralat en 1664. Ancien prédicateur du palais apostolique, Oliva était aussi versé dans les afîaires que dans la théologie, il était de plus un ascète d'une grande piété. Il dirigea la compagnie avec tact jusqu'en 1681. Son successeur Charles de Noyelle, de Bruxelles (1681-1686), fut un modèle de vertu. Vint ensuite un Espagnol, le savant Thyrsus Gonzalez (1686-1705), dont le traité sur le probabilisme souleva de nombreux conflits au sein même de la compagnie.

Michel-Ange Tamburini de Modène (1706-1730), François Retz de Prague (1730-1750); Ignace Visconti de Milan (1751- 1755) et Louis Centurioni (1755-1757) étaient des hommes dignes et éprouvés. Pendant la vacance du Saint-Siège par la mort de Benoît XIV (21 mai 1758), la congrégation générale choisit pour dix-septième général le pieux, modeste et savant Laurent Ricci, de Florence, au moment même où un orage terrible s'élevait contre la compagnie dans le pays même où ils avaient eu autrefois le plus grand crédit.

Sachini, P. IV, Rom., 1652, p. 2 et seq; Juvency, P. V, XI, 21;XXV, 33-41. Ranke, Rœm. Pœpste, II, p. 282 et suiv., 354 et suiv. ; III, p. 123 et suiv. (L'exposition est souvent inexacte). Imagines preepositorum generalium S. J. delineataî et sereis formis express», ab Arnoldo van Westerhout addita brevi... vitae descriptione a P. NicoL Galeotti, Ed. II; Rom., 1751, Buss, Die Gesellsch. Jesu, p. 858 et suiv.

Situation du Portugal.

39. En Portugal, après le règne brillant du grand Emmanuel (mort le 13 décembre 1521), son fils Jean III avait reculé les frontières du royaume; son neveu Sébastien (1557-1578), lein de projets chevaleresques, succomba dans la lutte contre

les Maures. Sou grand oucle, le vieux cardinal Henri (4578- 1580), mourut bientôt après, et le Portugal échut à Philippe II d'Espagne, qui, étant le fils de la sœur aînée de Jean II, eut plus de facilité que les autres pour faire valoir ses prétentions. Les Portugais, impatients du joug des Espagnols, ne parvinrent à le secouer qu'en 1640, sous Jean IV de ßragance ; encore furent-ils obligés de soutenir pendant vingt-cinq ans une guerre avec l'Espagne. Devant la résistance de l'Espagne, Urbain VIII avait refusé à Jean IV le droit de nommer aux sièges épiscopaux ; Innocent X déclara qu'il était prêt à nommer de sa propre autorité aux églises vacantes, et rp]spagne y consentit (1645); Jean de Portugal, qui tenait à ce que sa qualité de roi fût reconnue s'y opposa.

En 1649, le Portugal n'avait plus qu'un seul évêque; dans les colonies, vingt-six sièges étaient vacants. Le roi demanda à l'université de Coïmbre si, dans une pressante nécessité^ on ne pouvait pas tenir pour évêques légitimes les sujets nommés par le roi et non confirmés par le pape. Un parti gagné par le prince résolut la question affirmativement, et un calviniste converti, Ismael Bullialdo, justifia cette solution dans plusieurs écrits, qui furent condamnés même par l'inquisition portugaise. Le roi s'adressa' aussi à la France, et l'assemblée du clergé (12 avril 1651) assiégea le pape de demandes, l'adjurant d'avoir pitié de la pauvre Église de Portugal, comme si c'était le pape, et non la cour de Lisbonne qui fût la cause de la viduité de cette Église. De leur côté les États portugais envoyèrent à Rome un long mémoire (1653). Cependant, on n'osa pas instituer des évêques sans le concours du pape, et le droit de présentation du roi ne fut reconnu que lorsque l'Espagne et le Portugal eurent conclu la paix de Lisbonne (13 février 1668) et que Clément IX (1669) eut confirmé les évêques proposés.

Natal. Alex., H. E. Sœc. XVI, c. xu, a. 3-5, t. XVII, p. 575 et seq., 582 et seq. ; Schaefer, Gesch. von Portug. Controverse épiscopale ; Schrœckh, K.-R., seit der Ref., III, p. 397-;!99. Van Espen., 0pp. éd. Colon., 1777, t. V, Suppl., p. 401. Bolgeni, L'Episcopato, 1759, p. 439.

Pedro II et Jean V de Portugal.

40. Sous le règne de Pedro II, le Portugal fut de plus en plus impliqué dans les lacets de la politique anglaise ; il perdit ses possessions des Indes orientales jusqu'à Goa, et ne conserva que le Brésil ; il était, de plus, gouverné despotiquement au dedans, et ne se releva pas même sous Jean V (1706-1750), qui exécuta une foule de constructions de luxe et favorisa les travaux scientifiques. Clément XI divisa l'archidiocèse de Lisbonne en deux diocèses ; l'un au levant, qui fut érigé en patriarcat, l'autre à l'occident. Le premier avait pour sufFragants les archevêques de Braga, Evora et Lisbonne-ouest. Jean V demanda à Benoît XIII, en des termes fort inconvenants, la pourpre pour le nonce Bichi rappelé de Lisbonne. Le pape refusa pour de bonnes raisons et parce que le collège des cardinaux s'y opposait. Le roi interrompit (1725) toute relation avec le Saint-Siège, ordonna à ceux de ses sujets qui résidaient à Rome d'en sortir et défendit même aux couvents d'y envoyer leurs aumônes accoutumées. Ces mesures obligèrent Clément XII à nommer Bichi cardinal, cola n'étant qu'un moindre mal. De Benoît XIV le roi obtint l'entière reconnaissance d'un droit de patronat très étendu, au lieu du simple droit de supplication qu'il avait obtenu déjà et, outre d'autres droits honorifiques dans l'Église, le titre de « roi très fidèle » (1748). La puissance royale s'étendait au loin sur le terrain des choses rehgieuses. Le Portugal vit également se former une école de juristes ennemis de toute indépendance de l'Éghse.

Clem. XII, Const. 215, Irder prsecipuas, i7 déc. 1737, n. 218, 219. Religiosa, 8 Févr., 8 Mars 1838; Bull., t. XV, p. 139 et seq., 171 etseq. j Bened. XIV, ap, Riganli, in Reg. Cane, ap. Romas 1744, t. I, p. 227, in Reg., II, § 1, n. 124-127. Fargna, Com., de jure patronat., t. III, p. 312, P. IV, c. XIV, XV. Rex üdelissimus, Const. 23 Déc. 1748. Alloc. 21 April 1749, Bull. Bened., éd. Ven., t. III, p. 1 etseq.; Append., n.I, p. 235. Wurzb., Kath. Wochenschr., 1854, p. 642.

Le ministère de Pombal.

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