‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 18 sur 32 · Sous le faible et voluptueux roi Joseph Emmanuel I · texte numérisé non relu

Sous le faible et voluptueux roi Joseph Emmanuel I

X*ÉGLISE CAIHOLIQUEJ 288

(1750-1777), l'autorité échut tout eatière à son despotique ministre, Joseph-Sébastien Carvalho, plus tard comte d'Oyeras et marquis de Pombal, aventurier parvenu, qui pendant son séjour en Angleterre et en Allemagne, s'était familiarisé avec les idées antichrétiennes et le système du mercantilisme. Imbu de l'esprit de réformes, Pombal essaya d'humilier les seigneurs ecclésiastiques et laïques et d'introduire l'absolutisme le plus outré. Il trouva un obstacle dans les jésuites, très estimés comme éducateurs des hautes classes de la société et confesseurs à la cour. Habiles défenseurs de la religion du pays, qui semblait à Pombal un obstacle au progrès matériel ; directeurs de l'instruction, que Pombal entendait réformer de fond en comble, les jésuites étaient cordialement détestés du ministre. Bientôt il répandit contre eux des libelles diffamatoires et les rendit suspects, eux et les princes qui leur étaient dévoués, à sou faible souverain.

Après la mort de la reine- mère (13 août 1754), il essaya de les faire chasser de la cour, fit exiler (1755) deux pères, accusés d'avoir blâmé ses spéculations commerciales, et alla jusqu'à exploiter contre eux le dévouement dont ils avaient fait preuve dans le tremblemeat de terre de Lisbonne (l" novembre 1755). Il trouva surtout une occasion de donner cours à sa haine dans le traité par lequel l'Espagne cédait en 1750 au Portugal sept districts du Paraguay contre la colonie de San Sagramento. Il fut décidé que tous les Indiens (environ 30,000} de cette colonie, admirablement dirigée par les jésuites, émigreraient, parce qu'on espérait trouver sur ce terrain des mines de métal précieux, et qu'ils iraient se fixer dans de lointaines régions non cultivées.

Cette mesure cruelle fut exécutée par les commissaires portugais avec une impitoyable dureté. Beaucoup d'Indiens, malgré tous les efibrts des jésuites pour les en détourner, s'insurgèrent contre cet ordre avec une sorte de désespoir. Les jésuites furent accusés d'être les auteurs de cette résistance, puis d'avoir fondé à Maranhao un grand royaume jusque-là inconnu et de viser à se créer une domination plus étendue encore dans le sud de l'Amérique. Les missionnaires se laissèrent prendre sans résistance et transporter en ILurope, où ils furent, tels que des criminels, jetés dans d'affreuses prisons. Pombal chargea Almada

son ambassadeur à Rome, de présenter contre eux une plainte qui fourmillait des accusations les plus étranges. Il ferma aux jésuites tout accès auprès du roi et les empêcha de se défendre par la presse. Les accusateurs étaient salariés, et les prisons regorgeaient de captifs.

Vita di Seb. G. di Carvalho e Mello, Marchese di Pombal., II^ Ed., Siena, 1782, voll. iii-8°, enallem, par Jagemann, Dessau, 1782. Mémoires de S. J. de Carvalho, Brux., 1784; L'administration de Carvalho, Amst., 1789. John SmiLh, Mémoires of the Marquis of Pombal, Lond., 1843. Leo, Univ. -Gesch., IV, p. 464 et suiv. Murr, Gesch. der Jesuiten in Portugal. Nürnb., 1787, 2 vol. ; Walch, Neuetste, Rel.-Gesch., 11; p. 57 et suiv., Lemgo, 1772. Compendio slorico dell' espulsione del Gesuiti dei regni di Porlogallo, Nizza, 1791 ; Bilfel (§ 37), p. 84 et suiv. Katholik, 1853, I, H. IX, 11, H. 1-5. Pamphlets de Ibagnez, Regno Gesuiticodel Paraguay, Lisboa 1770 (Le Bret, Magazin, II, p. 373-540). Denkw. der Jesuiten dans Klausings Sammlung, II, p. 398 et suiv. , Hist. de Nicolas 1". roi de Paraguay. A St. Paul, 1756. La république des Jésuites en Paraguay renversée, traduit de l'original portugais, Amst., 1759.

Les jésuites sont chassés du PortugaL

4-2. Le visiteur Saldanlia, nommé par Benoît XIV et tout entier sous la dépendance de Pombal, méconnut les instructions du pape ; il publia un édit contre les accusés sans les avoir entendus (15 mai 1758), décida le patriarche à leur interdire le confessionnal et la chaire, et devenu lui-même patriarche (peu de temps après) il renouvela cette défense. Bientôt aussi l'ordre fut accusé d'un prétendu attentat sur la personne du roi (3 septembre 1758); on en prit occasion pour faire exécuter plusieurs nobles et emprisonner quantité de jésuites. Le 19 janvier 1759, Pombal ordonna de confisquer tous les biens de la compagnie, et, au mois de juin, il lit fermer les écoles. Saldanha essaya vainement de faire prévariquer les plus jeunes d'entre les jésuites ; ils demeurèrent, parmi les plus cruelles épreuves, fidèles à leur vocation. Le 3 septembre 1759 paraissait un décret de bannissement contre tous ,les profès de l'ordre ; les exilés, après avoir subi d'indignes traitements, furent débarqués, sans plus de formalités, sur les côtes des

l'église catholique. âg"?

États de l'Église ; on eu retint quelques-uns, et on poussa l'infamie jusqu'à exécuter comme hérétiques, après une procédure anormale, le saint religieux Gabriel Malagrida, âgé de soixante-douze ans, et deux autres pères, (20 septembre 1761). D'autres gémirent pendant des années dans une douloureuse captivité, jusqu'à ce qu'ils furent délivrés par la mort ou par la chute tardive du ministre despote. Déjà Pombal en était venu à s'attaquer au Saint-Siège. Le schisme avait pour défenseur un canoniste de cour Antoine Perigra (oratorien), et Joseph de Seabra da Silva, fiscal de la couronne.

Crétineau-Joiy, hist. de la Comp. deJ., t. V. p. 176 et seq.; Klausing, Sammlung der neuesten Aclenstücke, II, p. 366 et suiv., 5 et suiv. Murr,loc. cit.,I,p. 06 et suiv.; Schlosser, Gesch. des 18 Jahrb., Heidelb., 4823, I, p. 230 et suiv. ; Compendio storicocit., p. 16 et seq.; Mémoires de Pombal, 1784, I, 135 seq. ; Georgel, Mémoires, Paris, 1817, 1, 16-33. Olfers, sur la tentative d'assassinat contre le roi de Portugal, le 3 sept. 1738, Berlin, 1839 (en allem.) Voltaire lui-même (siècle ,de Louis XIV, Couvres, t. XXII, p. 331), trouvait dans la procédure contre Malagrida (( un excès de ridicule et d'absurdité joint à l'horreur. » Pereira rédigea, contre les règles de la chancellerie romaine, une protestation qui fut d'abord imprimée en portugais, puis en français, et en 1768 en italien (en allemand dans Le Bret, Magazin, III, p. 353 et suiv. ; IV, p. 490 et suiv. ; V, p. 559 et suiv. ; puis Diss, Hist. theol.-de gest. et script. Greg. VIL P. adv. Henr. IV. Imp., Ulyssip., 1769. Vienn., 1773. Plu, sieurs thèses du même furent condamnées à Rome le 16 juin 1766. Scabras écrivit notamment une Deducçao chronologica e analytica 5 vol., 1768, lat. 1771 ; franc; 1768. Voy. là-dessus, Pacca, Notizie sul Portogallo, p. 163, et seq. 167. Annali délie scienze religiöse 1836 t XI, p. 180. ' * '

Le pape Clément XIII.

43. A Rome, le 6 juillet 1758, le cardinal Rezzonico de Venise était élevé sur le siège pontifical sous le nom de Clément XIII. C'était un homme de prière, animé d'intentions droites et d'un grand esprit de justice. Déjà vénéré comme un saint quand il était évêque de Padoue, il était partisan des jésuites, comme les plus éminents prélats de son temps. Le général de l'ordre, dans un long mémoire, lui demanda protection contre la procédure

28S aiSTOlRE DE L*ÉGLISE.

illégale du commissaire pontifical en Portugal. Une commission établie par le pape se prononça en faveur de l'ordre. L'ambassadeur portugais fit répandre contre le mémoire des libelles injurieux qui suscitèrent une foule de réponses, et au mois de juin 1759, il déposa un long écrit officiel sur les prétendus crimes des jésuites. Le pape, convaincu de leur innocence, mais disposé en même temps à toutes les concessions compatibles avec la justice, permit (2 août 1759) au « tribunal royal de la conscience et des ordres religieux» de procéder, dans l'enquêtesur la prétendue tentative de meurtre, contre toute personne même ecclésiastique et exempte; il avertit de ne pas confondre les coupables avec les innocents, prit sous sa protection l'institut des jésuites, déclara que ceux qui seraient trouvés coupables seraient expulsés, mais que la visite commencée devait être poursuivie.

A Lisbonne, on fut mécontent du bref du pape; on se plaignit du nonce et des ordonnances de Rome; l'ambassadeur Almada ne voulut plus négocier avec le cardinal secrétaire d'État Torregiani ; il exigea de nouveaux brefs, et se comporta -de la façon la plus blessante à l'égard des ministres -du pape, et, après une foule d'intrigues, sortit de Rome le 6 juillet 1760. Déjà le nonce de Lisbonne avait été le 15 juin reconduit à la frontière espagnole sous escorte militaire. Le pape, si gravement offensé comme chef de l'Église et comme souverain, ne parvint pas à éclairer la cour de Portugal ; Pombal était trop uflueut. Les relations de Rome avec ce pays demeurèrent interrompues pendant dix ans.

Bower-Rambach, X, a, p. 381 et suiv.; Ranke, III, p. 192 et suiv. Lalande, Voyage en Italie, VI,, p. 432, parle de lui avec respect. — Bull. Rom. Gont., éd. Barb., Rom,, 1833 et seq.; t. I, p. 98 et seq. ; 217 et seq.; 447 et seq. ; Klausings Samml. II, p. 270 et suiv., 494 et uiv. ; III, p. 50 et suiv., 73 et suiv., 100 et suiv, ; IV, p. 80 et suiv.

Persécution des jésuites en France.

44. En France aussi une guerre ouverte se déchaîna avec violence contre la fameuse compagnie : elle était depuis longtemps préparée,et par les jansénistes, qui fondèrent la prétendue

L*ÉGL1SE CÀTHOLIOUÈ. 289

caisse du Sauveur pour éditer leurs libelles caloinuiateurs — par les écrivains révolutionnaires qui, de l'aveu de Voltaire (lettre à Helvétius, 1761), voulaient préluder à la ruine du christianisme parla destruction de l'ordre des jésuites — et par les parlements, qui portaient une haine mortelle à ces champions du Saint-Siège.

A la corn-, la conjuration avait pour fauteurs. M""' de Pompadour, blessée dans sou orgueil de ce qu'on lui avait refusé un jésuite pour confesseur tant qu'elle demeurerait la maîtresse du roi, puis, après la mort du noble maréchal de J3elle-lsie (26janvierl761), Thypocrile duc de Choiseul. Le faible Louis XV, ainsi que l'héritier de la couronne, les princesses et la majorité des évoques étaient favorables aux jésuites. De nouveaux pamphlets étaient incessamment répandus dans le public contre la compagnie ; on louait la conduite de Pombal, et on tendait partout des pièges aux jésuites. 11 ne fallait plus qu'un prétexte, si léger qu'il fût, et l'ordre succomberait en France devant toutes ces forces réunies; on le trouva dans le procès de Lavalette.

La Valette, ancien supérieur dans l'île de la Martinique, mais sorti de la Compagnie de Jésus, avait fait prospérer les colonies françaises ; mais il était devenu insolvable parce que les Anglais avaient capturé des vaisseaux charges d'une valeur de plusieurs millions. Une maison de commerce de Marseille se plaignit que l'ordre lui devait une somme de quatre millions ; l'ordre refusa de la payer, car bien loin d'avoir charge Lavalette d'entreprendre ce commerce, il lui en avait fait des reproches et Tavait expulsé de son sein, après avoir été obligé de lui venir en aide dans un cas semblable. Une clameur générale s'éleva contre les jésuites ; la maison de commerce gagna le procès devant le consulat de Marseille et devant la grand' chambre du parlement de Paris. Celui-ci lit d'un procès civil un procès criminel contre l'ordre entier et revendiqua le droit d'examiner ses constitutions et ses privilèges (17 avril 1701).

Riffel, p. 100 et suiv., 143. Boero, Osservazioai sopra l'istoria del pontiflcalo di Clem.XIV, ediz. 11, Moaza, 1854, vol.], p. 30, 59 et seq.- Flassan, Hist. de la diplomatie française, Paris, 18H, VI, 485 et seq.'

â9Ô HlßTOIRE DE L*ÉGLtSÊ.

493 et seq. ; Crétineau-Joly, Clément XIV, p. 72 et seq., 210 et seq. ; Le Problème historique qui des Jésuites ou de Luther et Calvin ont plus nui à l'Église chrétienne, fut condamné le 17 mai 1759 par l'Inquisition romaine; sur le procès Lavalette, voy. Vie privée de Louis XV, t. IV, p. 88. Flassan, loc. cit., p. 486-488. Crétineau-Joly, Clément XIV, p. 84-96 3 Hist. de laComp.de Jésus, t. V, p. 233-249 j Kissel, p. 148-154.

Examen des règles des jésuiteSr

45. Une commission composée en partie de jansénistes entreprit cet examen. Les règles mêmes — contrairement à ce qu'avait fait Pombal, — furent annulées, qualifiées de funestes, de contraires aux lois de l'Etat et aux libertés gallicanes; on déclara que Tinstitut était illégal et n'avait existé jusque-là que par la tolérance des souverains. Le roi défendit, il est vrai, de rendre avant Texpiratiou d'une année aucun décret sur la constitution de l'ordre (2 août) ; mais le parlement passa outre et rendit plusieurs arrêts (6 août) par lesquels il condamnait au feu plusieurs ouvrages d'anciens jésuites (tels que ceux de Bellarmin et de Busenbaum), déclarait abusifs différents décrets rendus par le pape en leur faveur, défendait à tous les Français de fréquenter leurs écoles et d'entrer dans leur ordre.

Une commission du parlement recueillit, en les dénaturant grossièrement et dans des vues coupables, certaines assertions dangereuses émises par des jésuites : ce recueil infâme fut condamné à Rome et censuré par plusieurs évêques de France dans leurs lettres pastorales ; mais il ne laissa pas de se répandre en France, d'être loué par quelques ecclésiastiques et par Févêque de Gand. Quant aux apologies de l'ordre, elles furent brûlées en public et on enleva aux jésuites tout moyen de se défendre. Chaque jour leur apportait de nouvelles tribulations.

Dans sa détresse, le provincial Etienne de la Croix consentit (19 déc. 1761) à déclarer que lui et ses subordonnés acceptaient la déclaration de 1682, qu'ils n'enseigneraient rien contre elle, qu'ils obéiraient en toutaux évêques et résisteraient même àleur général s'il voulait leur commander le contraire. A Rome, cette démarche, vivement blâmée par les défenseurs de l'ordre, fut considérée comme l'effet de la violence. Le roi, qui essayait de

sauver les jésuites, mais sans faire de trop grands sacrifices, n'y était pas étranger. Il fît demander au pape de modifier la constitution de l'ordre, et surtout de nommer un vicaire général pour la France ; il convoqua les évêques à Paris, pour entendre leur opinion sur la compagnie. Parmi les cinquante évêques qui s'y réunirent en novembre 1761, plus de quarante se prononcèrent en sa faveur ; ils rendirent de sa capacité et de ses mœurs lé témoignage le plus honorable, et réfutèrent les accusations du parlement. Quelques-uns désiraient, tout en reconnaissant les mérites de l'ordre, que sa constitution fût transformée. Le noble Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, se fit alors et depuis le champion résolu de la Compagnie contre les attaques du parlement. De son côté, le clergé inférieur se prononça le l" mai 1762 pour le maintien d'une corporation si recommandable.

Extrait des assertions dangereuses et pernicieuses! qae les soi-disants Jésuites ont dans tous les temps et persévéramment enseignées et publiées dans leurs livres avec l'approbation de leurs supérieurs et généraux, vériiié et collât, par les commissaires du Parlement, à Paris, 1762. A cet extrait auraient collaboré Roussel de la Tour, conseiller au parlement, l'abbé Gouzet, Minard, Clémencet et autres religieux de Saint-Maur, puis Ghauvelain ; Theiner (Hist. du pontif. de Clément XIV, 1. 1, p. 47) appelle ce livre un vrai cloaque de mensonges; le protestant Grimm lui même le désapprouve. Clément Xlll s'éleva contre lui le \o août et le 19 sept. 1764, Bull. rora. Cont., t. III, p. 9, 17 et seq. ; Const. 429, 435. La riposte imprimée à Paris sous ce titre : Réponse au livre : Extrait des assertions, etc., releva 457 altérations et falsifications dans les citations latines, et 361 dans les citations françaises. Souscription des articles gallicans par les jésuites : Boero, loc. cit., p. 59 et seq. Témoignages des évêques et du clergé en leur faveur, ibid., p. 80 et seq., L'archevêque Christophe de Paris, 27 oct. 1763 (Documente zur Gesch. und Vertheidigung der Gesellch. Jesu, Regensb., 18i5, Lief. 6 Doc. 18. Roscovany, Mon., I, 314-336 n. 2ö2; Chr. v. Beaumont, Die Kirche, ihre Autoriteet, ihre Institutionen und d. Jesuitenorden, trad. du franc, par Castioli, Schaffhouse, 1844).

Suppression des jésuites en France.

46. En France les amis de la compagnie croyaient que les attaques dirigées contre l'ordre venaient des pouvoirs excessifs

du général, que l'orage se calmerait, si on nommait en France un vicaire général. C'était là une illusion, également partagée par Louis XV. Le général Ricci et le pape développèrent les raisons qui militaient contre ce projet. Clément XIII écrivit au roi (!"■ juin) que la tempête soulevée contre les jésuites menaçait en même temps le trône et l'autel, destinés à devenir les victimes de l'incrédulité. Il adressa le même langage au clergé français (9 juin). La cour fut mécontente de voir réfuter ses propositions; les écrits du pape ne furent pas acceptés, sous prétexte qu'on n'admettait en France que les ordonnances pontificales demandées par le roi ou d(jnt on était convenu d'avance. Le bref fut renvoyé. Clément XIII se montra très profondément indigné qu'on voulût lui ravir jusqu'à la liberté d'écrire à ses frères les évèques. Une nouvelle requête de l'épiscopat, à qui la nonce avait remis le bref, reçut du roi une réponse négative. Le 6 août 1762 — quand le terme d'un an fut écoulé — le Parlement décréta la suppression des jésuites, annula jleurs vœux, déclara abusives les bulles du pape en faveur de la compagnie, traita l'institut d'impie, de dangereux à l'État et de condamnable.

Clément XIII, dans un consistoire tenu le 3 septembre, annonça aux cardinaux, avec des plaintes touchantes, la suppression inique d'un ordre qui avait si bien mérité de l'Église, suppression opérée par le pouvoir civil, malgré toutes les protestations de l'épiscopat et du Saint-Siège, l'attentat criminel commis contre les droits du pape ; il déclara que ces décrets étaient nuls et de nul effet. Le chargé d'affaires de la France et quelques cardinaux, comme Ganganelli, ayant fortement insisté pour que l'allocution ne fût pasjimprimée, le pape se contenta de la résumer dans un des brefs adressés aux cardinaux de France (8 septembre).

Ce pieux pontife dut souffrir cruellement de se voir accusé de prédilection aveugle pour les jésuites ; ce qu'il défendait en eux, c'était la cause du Saint-Siège et de la religion ; cette protection ne l'empêchait pas de condamner comme les autres papes, les écrits répréhensibles de quelques jésuites, tels que l'histoire du peuple de Dieu par Berruyer. Ce qui l'offensa encore davantage, ce fut une lettre pastorale, calomnieuse et offensante pour le Saint-Siège, de Fitz-James, évoque jansé-

niste de Soissons, descendant illégitime de Jacques II d'Angleterre, qui imputait anx jésuites la chute des Stuarts. Clément XIII la fit condamner par l'inquisition (13 avril 1763).

Le roi protesta contre ce décret; le Parlement l'annula, et, quand l'archevêque de Paris se déclara l'apologiste de l'ordre et du Saint-Siège, le parlement fit brûler sa lettre pastorale par la maiti dubourreau(6 janvier 1704). Le roi de'son côté l'exila à quarante lieues de Paris. Le pape consola ce courageux confesseur et exhorta les autres évoques à la persévérance. Louis XV sanctionna tout ce qu'avait fait le Parlement, interdit pour jamais l'ordre des jésuites, mais en permettant à ses membres de vivre sous la protection des lois ordinaires comme prêtres séculiers. Il rappela aussi l'archevêque de Paris.

Flassan, VI, 489 et seq.; 501 et seq.; Theiner, Hist. du pontificat de Clément XIV, yoI. I, p. 36 et seq. ; 47 et seq. ; Bull. Clem. XIII, t. II, p. 247 et seq. ; 296 et seq. ; 385, 395 et seq. ; 454. Censure de l'Histoire du peuple de Dieu par Berrnyer, décret du 2 déc. 1758, Bull., loc. cit., I p. 61 . Cet ouvrage fut corrigé plus tard et publié avec des notes par les directeurs du séminaire de Besançon., Paris, 1835, in-8°, vol. X. Fitz-Jamers, Theiner, I, p. 50. Boero, Osserv., I, 74 et suiv., Wurzb., Kath. Wochenschrift, 1853, N. 20, p. 373 et suiv.

Bulle en faveur des jésuites. Ils sont chassés d'Espagne.

47. Dans une bulle solennelle datée du 7 janvier 1765, Clément XIII confirma de nouveau l'ordre des jésuites si injustement calomnié, déclara que ses règles étaient bonnes et saintes, et les accusations élevées contre lui dénuées de fondement. Tandis que la bulle encourageait les évêques à présenter un mémoire en faveur de l'ordre (mai 1755) la fureur des ministres hostiles à l'Église ne faisait que s'accroître. La bulle fut interdite en France et dans d'autres États, même dans plusieurs provinces italiennes, telles que Naples, la Toscane et Venise. Choiseul et Pombal mirent tout en œuvre pour décider d'autres gouvernants à prendre des mesures analogues. En Espagne, les évêques avaient plus d'une fois invité le pape à réprimer les calomnies répandues contre un ordre si hautement estimé de l'Église; le grand inquisiteur avait fait brûler

par la main du bourreau les libelles diffamatoires de leurs ennemis et jusqu'aux manifestes de Pombal. Le roi Charles III (1759-1788) avait pris l'ordre sous sa protection et réjoui le pape en supprimant (1763) la pragmatique sanction du 18 janvier

Malheureusement les ministres Ä.randa et Manuel de Roda étaient des ennemis implacables des jésuites; par leurs efforts persévérants, ils réussirent à faire passer les jésuites pour coupables de haute trahison, et à aigrir contre eux ce monarque si défiant, lau moyen de correspondances fabriquées, où l'on mettait en doute la naissance légitime du roi.

Dans la nuit du 2 au 3 avril 1767, les jésuites furent tout à coup surpris dans leurs maisons, enfermés dans des voitures, emmenés sur les côtes de la mer et débarqués dans les États de l'Église sans égard pour les malades et les infirmes. D'interrogatoire, d'enquête, il n'en fut point question. Une pragmatique sanction fut pubUée ensuite, qui supprima complètement l'ordre des jésuites dans tons les territoires espagnols, pour des raisons qui devaient demeurer renfermées dans le cœur du roi. Aux représentations du pape (16 avril) Charleslll répondit (2 mai 1767) qu'il nereviendrait jamaisde sa résolution, mûrement réfléchie. Déjà le pape était menacé d'un schisme : l'archevêque de Tarragone, son vicaire général, Tévêque de Cuenza et tous ceux qui osèrent se prononcer publiquement contre celte mesure illégale furent gravement persécutés ; on déclara coupable dehaute trahison (18 octobre) quiconque se permettrait des démarches pour faire rentrer les jésuites, et on défendit à ceux-ci de revenir sous peine de inort. Toutes les protestations du pape furent dédaignées.

Const. Apostolicum -pascendi munus, Bull. Rom., Cont., t, III, p. 38 et seq. , n. 448. Lettres de remerciement de plusieurs évêques, ibid., p. 60 et suiv., n. 439 et suiv., 469 et suiv., 480 et suiv. Contre la prétendue extorsion et autres griefs, voy. Boero, I, p. 84 et suiv. (Reinerding), Clem. XIV und die Aufhebung der Gesellsch. Jesu, Augsb., 1854, p. 49 et suiv. (ibid., lettres de S. Alphonse de Liguori à Clément XIII, du 19 juin 1765). Wurzb. Kath. Wochenschr. loc. cit., p. 533 et suiv. Assemblée du clergé en mai 1765 ; Procès-verbaux des Assembl. du clergé de Fr., VIII, 1406, Riffel, p. 160; Clarorum viro-

l'éguse catholique 29o

rum jndicia ac teslitnonia de Soc. Jesu, ab an. 1536 ad totum 4765, ordine chronologico disposita,voll. \2. Interdiction delà bulle, Theiner, I, p. 57-60. Voy. encore Picot, Mémoires, XI, 380etseq. ; Georgel,Mém. I, 33-89. Conduite des évêques et de l'inquisition en Espagne, Clem. XIII, ad A. Ep. Pharsal. 7 juillet 1739, Bull., cit. I, p. 209 ; Crétineau- Joly, Clément XIV, p. 23. Négociations de Rome avec Charles III, Archiv, zur kath. K.-R. 1864, t. XI, p. 367 et suiv.. Bref, sur les facultés du nonce en 1766, Tejada, VII, 281-286. — Crétineau-Joly, Hist. V, p. 289-292. Walch, Neueste Rel.-Gesch., III, p. 109. Riffel, p. 172 etsniv. Theiner, 1, 67-69, 77-78. 90. Archiv, loc. cit., p. 371 et suiv. Wurab kathol. Wochenschr. loc. cit. p. 389 et suiv., 536 et suiv., Bull. Cont. III, p. 253 et seq.

Les jésuites expulsés de Naples et de Parme. Monitoire contre Parme. Mesures des cours bourbonniennes et autres gou veruements. Détresse et mort de Clément XIII.

48. Ce qui avait eu lieu en Espagne se reproduisit à Naples le 20 novembre 1767, où l'impérieux ministre Tanucci avait plus départ au gouvernement que Ferdinand, fils de Charles III, et on s'appliqua de plus à bouleverser de fond en comble l'ordre et la juridiction ecclésiastique. Les mêmes procédés furent employés par l'infant Ferdinand, duc de Parme et de Plaisance, à la place duquel gouvernait le ministre du Tillot. Les 150 jésuites furent expulsés; les lois hostiles à l'Église édictées en 1764 furent renforcées par des lois nouvelles contre les appellations à Rome, contre les nominations du pape aux bénéfices et sur le placet. Clément XIII, lésé à la fois dans ses droits de pontife et de suzerain, publia le 30 janvier 1768 un monitoire contre le duc. Les cours bourbonniennes interdirent ce monitoire et conclurent une alliance formelle contrôle pape. La France occupa Avignon et le comtat Venaissin, Naples, les enclaves de Bénévent et de Pontecorvo,eton menaça de recourir encore à d'autres mesures. Le pape déclara qu'il mettait toutes ce.s menaces et toutes ces injures au pied du crucifix. Le 20 juin il dénonça aux cardinaux les injustes attaques dirigées contrôle Saint-Siège et ordonna des prières publiques pour l'Église.

Charles III demanda impérieusement que le monitoire contre Parme fût retiré, l'indépendance du duché reconnue, l'enlèvement des territoires pontificaux sanctionné; il demanda en outre l'expulsion de Rome du cardinal Torregiani et du général

296 BISTOIRE DE l'AGLïSE.

des jésuites, la suppression de l'ordre et la sécularisation de ses membres. La cour d'Espagne essaya de faire entrer dans sos vues l'impératrice Marie- Thérèse. L'impératrice, sans donner aucun appui au pape, qui lui avait confirmé, ainsi qu'à se s successeurs, le titre de majesté apostolique, ne voulut point s'immiscer dans ses affaires d'État; elle répondit qu'elle n'avait point de motif d'exiger la suppression des jésuites et de se joindre anx Bourbons pour opprimer le pape. Le roi de Sardaigne demeura également étranger aux menées des cours bourbonniennes, tout en commettant chez lui une foule d'actes arbitraires.

En 1763, la république de Gênes expulsa les Servîtes, rendit des lois contre les donations faites à l'Église et promit 6,000 scudi à celui qui lui livrerait le visiteur apostolique en Corse, César Crescentius, évêque deSegni. Les cours bourbonniennes avançaient de plus en plus dans la voie où elles s'étaient engagées. En Espagne, la Pragmatique sanction de 1762 fut remise en vigueur et renforcée; on défendit de publier désormais la bulle in CœJia Dominî. K Naples, Tanucci s'appliquait à dépasser encore les mesures prises par l'Espagne. En janvier 4769, les ambassadeurs des trois cours bourbonniennes remirent à Rome des mémoires à peu près identiques; ils demandaient d'un ton menaçant la suppression des jésuites. Le pape, dans cette extrême détresse, demeura le défenseur inébranlable des droits du Saint-Siège et de ceux qui souffraient injustement pour la religion. La douleur que lui causèrent tant d'injures et de dangers, auxquels se joignirent en Allemagne la passion des nouveautés, et les menaces que faisaient les protestants de s'emparer des principautés ecclésiastiques, précipitèrent inopinément dans la tombe ce vieillard de soixante-seize ans. Martyr sur le trône, Clément XIII mourut sans donner un signe extérieur de maladie (2 février 1769).

Theiner, I, 126, 129, iliet siiiv.; Sentis, p. 191 et suiv.; Reinerding, p. 67 et suiv. La Constitution Alia% ad Apostolatus, dans Bull. Rom., Cont., III, p. 483-489, n. 6S4. Le document reproduit en italien par Münch (Conc. I, 512-514), d'après le Recueil de Martens tiré de la Vita di Clémente XIII, n'est qu'un extraitmutilé et altéré en partie. Theiner, I, p. 134 et suiv., 141 et suiv., 194.Kath. Wochenschr., loc. cit., p. 571

l'église catholique. 29Y

et suiv.; Sur la conduite de la République de Gènes, Bull. Rom., Cont., II, p. 417; III, p. 33;Roscovany, Mon. I, p. 285 et seq.; 301 et seq.; n. 237 et seq.; t. III, p. 186 et seq. ; Sur les projets de sécularisation en Allemagne: Clément XIII, à l'empereur, 18 nov. 1738; à Marie Thérèse, 17 mai 1761 ; àLouis XV, 15 nov. 1758, Bull. Rom., Cont. I, p. 53; II, p. 119; Roscovany, I, 279 et seq.; n. 234 et seq. ; Le pape disait au roi de France : « Omnipotens ipse Deus... ut praesentibus malis opportunum pararet remedium, Majestatem Tuam cnm Austriaca Domo arcta armorum œque ac rationum consensione iconjunxit. Hoc ipsum fœdus tantopere a preedecessoribus nostris exoptatum, sed ad haecturbulentiora nostra tempera provide reservatum,prosperis, armorum successibus Deus ipse cumulavit ». — Theiner, I, p. 145. Crétineau-Joly, Hist. de la Comp. deJésus, t. V, p. 312 ; Clément XIV, ch. ii, p. 133; Boero, II, p. 229, 233 et seq.

Clément XIV et son caractère pacifique.

49. Au conclave qui dura plus de trois mois, les cours bourbonniennes elles cardinaux quilenr étaient dévoués déployèrent une activité extraordinaire et usèrent largement du droit d'exclusion. Le 19 mai enfin, le cardinal Laurent Ganganelli fut élu et prit le nom de Clément XIV (1769-1774). Filsd'un médecin de village, il était né en 1705 à Vado dans le diocèse de Rimini. Il entra chez les mineurs en 1723, et fut appelé à Rome en 1741. Il conquit les bonnes grâces de Benoît XIV en 1746 et fut en 1759 nommé cardinal par Clément XIII. Il passait pour être doux et modéré, indulgent et libéral ; il prit pour modèle Benoît XIV qu'il surpassa encore par sa condescendance envers les gouvernements temporels. Il aplanit la querelle avec Parme, en donnant une dispense qui permettait au duc Ferdinand d'épouser Marie-Amélie d'Autriche, ce qui devait annuler tacitement les actes de son prédécesseur. Il exprima le désir de bénir lui-même le mariage des époux à Rome, mais la prudente Marie-Thérèse l'en dissuada dans son propre intérêt, en lui représentant que cet excès de faveur risquerait d'être considéi'é comme une condition posée par les cours.

Cependant, le pape ne recouvra pas les territoires qui lui avaient été enlevés, et cette mesure, jointe à celle-ci, que la bulle in Cœna Domini, à partir de 1770, ne serait plus publiée le Jeudi-Saint, fut hautement blâmée par les cathohques rigides, mais applaudie sans réserve par les cours. Des négociations

furent entamées avec le Portugal ; le frère de Pombal et le" frère d'un autre ministre furent nommés cardinaux; le nonce put retourner à Lisbonne et la réconciliation fut célébrée par un Te Deum le 24 septembre 1770, sans que Pombal eût fourni aucune satisfaction sérieuse. Le canoniste Pereira se vit même confirmé comme évêque de Coïmbre. Les cardinaux étaient rarement consultés. Les diplomates eurent l'art de capter le confiance de ce pape timoré et de l'enlacer dans leurs filets.

Theiner, I, p. 155 et seq. ; 252 et seq.; Crétineau-Joly, Hist. V, p. 334 et seq.; Clem. XIV, p. 269. Reinerding. p. 75 et suiv. ; Kath. Woclienschr. 1853, p. 648 et suiv., 666 et suiv., 689 et suiv., 705 et suiv. — La vie du Pape Clément XIV, par le riiàrquis dè'Caraccioli, Paris, 1775, ital., Fir. 1776, en allem., Franct., 1776 el suiv. Lettres intéressantes du P. Clément XIV, trad. du latin et de l'italien, Paris, 1776 et suiv. (beaucoup de passages interpolés) Leben Clemens XIV, aus zuverlœssigen Nachrichten, repartie, Francf. et Leipzig, 1775; II Tbl., Berlin et Leipzig, eod. an.; Walch, Neueste. Rel. -Gesch., I, p. 3 et suiv., 201 et suiv., F. Schubart, Leben Clem. XIV, Nürnb., 1774 (Panégyrique, comme L'esprit de Clém. XIV, Amst., 1775; Costart, Le génie de Ganganelli, Par., 1775). Cari Munster, Loyola und Gauganelli., Neusz sur l'Orla, 1828 (tiré de la biographie de Leipzig). Clemens XIV, Ein Lebens-und Charakterbild, Leipzig, 1847 (compilation insignifiante de Caraccioli). St. Priest, Hist. de la chute des Jésuites, 2« éd., Paris, 1846; Reumont, Ganganelli, Berlin, 1847. Crétineau-Joly, Clém. XIV, et les Jésuites, Paris 1847. Leo, Univ. -Gesch. IV, p. 476 et suiv. Ranke, Pœpste, III, p. 197 et suiv.; Aug. Theiner, Hist. du pontificat de Clem. XIV, d'après des documents inéd. des archives secr. du Vatican, Paris, 1852 voll. 2 (vol. 3 Clem. XIV. Pont. M. Epistolse et brevia selectiora ibid.) riche en documents, mais pauvre de renseignements et souvent passionée) Cf. Hist.-pol. Bl., 1854, t. XXXIH, p. 733-759. (Reinerding), Clem. XIV, und die Aufhebung der Geselloh. Jesa, Augsburg, 1854, Kiffel, p. 116 et suiv.; Busz. Die Gesellch. Jesu, p. 1262 et suiv.; Wurzb., kath. Wochenschr., 1853, Nr. 14 et suiv., p. 257 et suiv. ; Crétineau- Joly, Le pape Clém. XIV, Lettre au P. Theiner, Par., 1852. Seconde et dernière lettre ib. 1853. Lénormant, dans le Correspondant, 25 déc, 1852. Revue lit. p. 373; Ami de la rel., 20 janv. 1853 ; 12, 24, 26 févr. Bibliographie cathol. mars et avril, 1853. Ravignan, S. J., Clément XIII et Clément XIV, Paris, 1854. Boero, S. J., Osservazioni Ediz. II, Monza 1854 Voll. 2 (Ed. I, Modena 1853) il rectifie Theirier en pluiieurs

l'église catholique. 299

endroits, voy. les Bulles dans Rom. Bull., Cont.,t- IV (Frediani Lettere, bolle e discorsi di Fra Lor. Ganganelli, Fir., 1845) dans l'intérêt de Gioberti. Apaisement de la querelle avec Parme, Theiner, I, 286 et sniv. On cesse de publier la bulle in Cœnaih., II, 52 et seq. ; 525 ; I, 480-482, 552. Relations avec le Portugal, ib., l, 342, 500,|510, 516-525; II, 82-85, 190 et suiv. ; Pacca, Notizie snl Portogallo, Velletri, 1835, p. 06 et seq.

Mesures relatives aux jésuites. Bref de suppression.

50. A peine élevé sur le siège de saint Pierre, Clément XIV fut sollicité par les cours de supprimer les jésuites. Il demanda du temps et de la patience, afin de pouvoir tout examiner; il essaya de contenter les princes par des marques de faveur, fit de vive voix des promesses conditionnelles, si on lui accordait le temps nécessaire. Un bref du 12 juillet 1769, dans lequel Clément XIV renouvelait en des termes honorables, à q\ielques jésuites missionnaires, les facultés d'usage, mit la diplomatie en émoi. La France, dans un mémoire présenté par son ambassadeur, le cardinal Bernis (22 juillet), renouvela les demandes adressées au prédécesseur du pape. Clément XIV refusa d'abord de recevoir cet écrit offensant, puis il se décida à l'accepter. Le 18 septembre, il fut assailli d'un nouveau mémoire et se laissa enfin déterminer à écrire à Louis XV (30 sept tembre) et à Charles III d'Espagne (30 novembre) deux lettres confidentielles par lesquelles il s'engageait à supprimer la compagnie de Jésus. Il traite désormais les jésuites avec beaucoup de froideur, ne leur permet plus de paraître devant lui, leur défend de prêcher pendant le jubilé et laisse les diplomates répandre des libelles diffamatoires contre leurs victimes, à qui on enleva tout moyen de se justifier.

Clément XIV espéra quelque temps qu'il pourrait, sous le nom de réforme, modifier la constitution de l'ordre, mais les cours rejetèrent ce projet comme une demi-mesure, et Clément XIV ne put les apaiser. Elles insistèrent sur la promesse qui leur avait été faite et ne furent pas même contentes après que le pape eut retiré aux jésuites les établissements qu'ils dirigeaient. Quand le ministre Tanucci eut enlevé au collège grec de Rome les revenus qu'il percevait de la Sicile, parce qu'il était dirigé par les jésuites, le pape leur en retira la direction.. Les autres séminaires conduits par les jésuites furent

visités par des commissaires qui leur étaient hostiles, et succès, sivement enlevés à partir de 1771. Clément XIV espérait en vain par ces mesures violentes et autres semblables satisfaire aux exigences des souverains. La cour d'Espagne, qui trouvait le prélat Azpuru trop mou et trop indulgent, le remplaça en 1772 par Monino, avocat acerbe qui parla hautement d'in. troduire un schisme.

Nulle part encore la culpabilité des jésuites n'avait été démontrée; on voulait simplement que le pape adoptât comme siennes les mesures des cours bourbonniennes; on menaçait d'abolir tous les ordres religieux et de rompre toute relation avec Rome. La majorité des cardinaux étant pour les jésuites, il fallait attendre une nouvelle promotion et se créer des instruments pour exécuter le décret de suppression. Le 23 novembre 1772, Clément XIV donna à l'ambassadeur d'Espagne des assurances plus précises, et adopta sans réserve le plan de suppression présenté par celui-ci. Au printemps de 1773, il nomma cardinaux les prélats Zelada, CarafTa et Casah, qui devaient, avec Corsini et Marefoschi, exécuter la suppression ; puis il chargea Malvezzi de procéder à Bologne avec dureté contre les jésuites et de confisquer plusieurs de leurs biens. Enfin, le 21 juillet 1773, il signa le hreî Dominus ac Redemptor , qui supprimait l'ordre dans toute la chrétienté, parce qu'il ne pouvait plus répondre à sa destination, qu'il avait été supprimé par plusieurs princes catholiques et que cette mesure était nécessaire au rétablissement de la paix. 11 le supprimait par provision apostolique, suivant ce qui avait eu lieu pour les Templiers, et promettait de s'intéresser à ceux de s s membres qui pourraient fonctionner comme prêtres séculiers. Défense sévère était faite d'écrire sur ce bref et sur les motifs qui l'avaient dicté.

Theiner, I, 333 et seq. ; 360 et seq. ; 381 et seq. ; 387 et seq. Bref du 12 juillet 1769, ib., I, p. 339 et seq. ; Brevia, p. 24, Crétineau-Joly, Hist. V, 341.Boero, Osservaz éd. I, p. 36 etseq. ; Lettre deClém. XIV, à Louis XV, 30 sept., et à Charles 111, 30 nov. 1769; Theiner, Brevia, p. 31, 37 Hist., \, 383 et seq.; 402 et seq. Plan de Monino (Theiner, II, p. 231-254); il comprend 18 articles : à l'article l^^^du plan correspond l'introduction dubrefDominusac Redemptor (Reumont, p. 380-403. Thei-

l'église catholique. 301

ner,II,358 et seq.; Ep. ac Brevia, p. 393; Bull, cit., p. 607-618, à l'article 2, de même le §3ö du bref ; aux articles 4 et 18, le contenu du § 36, à l'article 4, le § 37. Ce qui est demandé par les articles 3-8 et accordé par le § 25-29 du bref; les dispositions des articles 11-13 se trouvent § 30 31, 28; les articles 16 et 17, sont contenus § 32, 33, On tint compte des articles 14 et 13 en instituant la congrégation pro rebus extinctae societatis.

Nouvelles atteintes à l'autorité du pape.

51. Rien n'avait été négligé pour assurer ce triomphe des cours bourbonniennes. Ou présentait la dissolution de la compagnie comme un service à rendre aux jésuites, si cruellement persécutés : c'était un moindre mal; on menaçait de compromettre le pape comme parjure; on le sommait en quelque sorte, comme fit Louis XV (29 octobre 1769), de se tranquilliser par la pensée que tant de princes vraiment catholiques avaient trouvé cette mesure opportune; on allait jusqu'à annoncer que des troupes espagnoles entreraient dans les États de l'Église. Déjà la question était tellement avancée vers la fin de 1769 qu'on croyait à peine que la solution définitive pût être ajournée plus de trois ans et demi. Clément XIV usa de tous les moyens dont il disposait encore pour détourner une catastrophe qui lui serait si vivement reprochée par le monde cathoique. Le décret de suppr ession ne fut communiqué aux jésuites de Rome que le 16 août; on se donna la peine inutile de faire occuper leurs maisons par des troupes.

Le général Ricci et tous les supérieurs protestèrent humblement de leur soumission aux ordres du pape. Cet exemple fut suivi par la majeure partie des membres de l'ordre; quelquesuns seulement exhalèrent leur mauvaise humeur dans des écrits amers ou satiriques. Les commissaires de la suppression, surtout les prélats Alfani et Macédonio, procédèrent de la façon la plus grossière ; ils pillèrent les églises, cherchèrent des trésors cachés et n'eurent aucun égard, même pour les malades. Le général Ricci et ses assistants furent étroitement surveillés, puis transférés au château Saint-Ange, où des enquêtes n'eurent lieu que très longtemps après. Les cours bourbonniennes réclamèrent contre l'élargissement des prisonniers et contre la permission d'enseigner accordée à quelques pères particulièrement distingués.

30â HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

Clément XIV recouvra, il est vrai, A.vignou et le comtat Venaissin, ainsi que les enclaves du territoire de Naples, mais seulement après de longues négociations diplomatiques et contre la promesse qu'il respecterait les innovations introduites dans Avignon par les Français. Il fut en butte à de nouvelles tracasseries, surtout du côté de Naples, où ïanucci commençait déjà à persécuter d'autres ordres, leur défendait de correspondre avec leurs généraux et profitait de toute occasion pour faire des chicanes au Saint-Siège. En Toscane, en Lombardie et en Vénétie, le pape n'avait presque rien obtenu. En France, il vit les parlements soumettre les règles des ordres religieux à l'examen et à la réforme, imposer au clergé les quatre articles de la Déclaration, fouler aux pieds les droits de suzeraineté du Saint-Siège sur l'île de Corse achetée des Génois. L'Espagne l'accablait de ses sollicitations et de ses exigences; en 1771, il fut obligé de réformer le tribunal de la nonciature, qui fut dès lors occupé par des ecclésiastiques nommés par le roi et transformé en tribunal royal ; en 177'2, il lui fallut modifier le droit d'asile. On voulait qu'il canonisât l'évêque Jean de Palafox, devenu célèbre par sa haine contre les jésuites ; qu'il canonisât aussi Marie d'Agréda ; qu'il approuvât l'ouvrage de celle-ci, qu'il définit l'immaculée Conception, qu'il procédât contre les jésuites avec un redoublement de rigueur et cessât de les admettre dans renseignement, etc. L'ambassadeur Monino fut honoré par Charles III à l'égal d'un triomphateur et nommé comte de Florida Bianca.

OUVRAGES A CONSULTEa SUR LE N° 51.

Lettre de Louis XV, 29 octobre 1769 ; Theiner, I, 394 et suiv. On projette d'envoyer des troupes espagnoles dans les États de l'Église, ibid, I, 402 ; II, 254. Attitude des jésuites: Boéro, Osserv., 2« ed, 2 vol., 2 p. 66. Bernis, dans Theiner, II, 340, 386. Lettres classiques du père Mazzolari, Joséphi Mariani Parthienii e S. J. epistolae, Romae, 1863; P. Cordara, Memoria sulla soppressioùe d. C. d. G., à son frère. Oraison funèbre de Clément XIV prononcée à Fribourg en Suisse, par le père Simon Matzelle, le 13 novembre 1774; Kath-V^^ochenserift, loo„ oit.,, p>. 796. et suiv. Procédés des commissaires chargés de la suppression : Riffel, p. 191 et suiv. ; Cr^tineau-Joly, Hist., V., p. 387,el seq. ; Boero, Osserv., ed. 1, p. 90-95 ; ed. 2, vol. II, p. 60 et seq. Hid. p. 100, et seq, et suiv. (ed. 2 vol. II. p. 77 ). Sur l'incarcération du

général Ricci, restitution d'Avigaon etdu Venaissin.Vie de Clément XIV, (1775), 11, 77-80; Theiner, II, 416 et seq. 461 et seq.-Ibid, 1, 34öet seq., 347-349, 531, seq. 325, seq. 450 seq, 464 seq. 330-332, 531 ; II, 195- 198,272, 764 et seq., 66. Cf. I, 339 et seq., 500. Pour l'Espagne, voy. encore Archiv, de droit canon, loccit, p. 374, et suiv. Bref sur la note de la nonciature, 56 mars 1771. Hid.,p. 395-401 ; sur le droit d'asile, 12 sept. 1772 ; Bull. rom. cont., IV, p. 488 et seq. ; tous deux dans Téjada, p. 287-293.

Autres travaux de Clément XIV. Sa mort.

52. Clément XIV avait des qualités aimables, du goût et de la culture; il posa les fondements du muséum Pio-Clementinum, protégea les savants, traita les protestants avec beaucoup de ménagements, secourut les catholiques pauvres de la Suisse, fit donner des missions par les capucins et témoigna d'une grande sollicitude pour l'infortunée Pologne. Il confirma l'académie catholique de Munster (27 mai 1773), encouragea la construction de l'église catholique de Berhn, qui fut consacrée sous son pontificat (1" novembre 1773), et s'employa activement en faveur des cathoUques opprimés dans le Wurtemberg, le Hanovre et le Brunzwick. H empêcha la nomination à l'ambassade de Rome de VanSwieten, fils d'un homme d'État autrichien, qui lui était suspect comme libre -penseur; il combattit les innovations commencées en Autriche contre les ordres religieux et les vœux monastiques, et s'éleva aussi contre le cumul abusif des bénéfices.

Clément XIV faisait presque tout de lui-même et consultait rarement les cardinaux. Son secrétaire d'État, Pallavicino, ne jouissait pas de toute sa confiance. Le mineur Bontempi, ainsi que Bischi, mari d'une parente du pape, avaient beaucoup de crédit auprès de sa personne, bien que Clément XIV fût exempt de népotisme. Son àme tendre et inclinée à la crainte souffrait cruellement de la pression exercée sur lui par les cours bourbonniennes, de la violence avec laquelle on lui arracha l'abolition d'un ordre comblé de mérites, des cris de joie dont les ennemis de l'ÉgUse saluèrent partout cette mesure.

Les fibres-penseurs célébrèrent la chute des jésuites comme un triomphe de la philosophie, quoique Frédéric II écrivît à d'Alembert que tout cela était le fruit de la vanité, de la veu-

geance, de la cabale et surtout de l'égoïsme, ainsi qu'il se faisait fort de le démontrer. La santé de Clément XIV chancelait déjà depuis 1771 ; il tomba bientôt dans une mélancolie et une tristesse profonde. Le 25 mars 1774, il gagna un refroidissement considérable, fut atteint de maladie le 10 septembre et mourut le 22, âgé de soixante-neuf ans, après un pontificat de cinq ans, quatre mois et trois jours. Qu'il ait été empoisonné, c'est là une pure invention, au témoignage de Mazoni, général des mineurs, des médecins, de Frédéric II de Prusse et de beaucoup d'autres.

Politesses à l'égard des protestants : Theiner, II, 155,161. Travaux en faveur de la Suisse, ibid., II, 32 et seq., Epist. ac Brev., p. 30 et seq, pour la Pologne, ibid., p. 239, 250, 256, et seq. ; Hist., I, 307-318, 439448 ; II, 34-38, 286-314. Académie catboliq. à Munster, ibid, II, 275 et suiv. Église catholiq. à Berlin, 1, 434 et suiv. ; 111, 278, 281 ; Hannovre, Brunzwick, Wurtemberg, I, 433 et suiv.; II, 24-27, 32, 281 et suiv. Démarches auprès de Marie-Thérèse, ibid., I, 290, 327 et suiv, ,452, 463 ; II, 9 et suiv., 90 et suiv,, 139 et suiv. Epist. p. 71- 73, 112-114, Contre le cumul des bénéfices, II, p, 6 et suiv. Familiers du pape, 1, I, 128 et suiv., 131, 232 ; I, 558. Exemples de timidité et crédulité, I, 262 et suiv., 403,535; 11,229. Frédéric II, sur la suppression des jésuites, oeuvres posthumes, XI, 75. Le H juin 1772, Bernis parlait déjà du déclin de la santé du pape. Th. Il, p. 112-114. Sa mélancolie et sa tristesse sont attestées : 1° par les lettres de S. Alph. de Liguori, du 12 et du 27 juin 1774; Rispoli, Vila di S. Alfons. di Lig., Napoli, 1834, p, 245, 246 ; 2° par les explications du cardinal Calini sur son entrevue avec Pie VI, du 1^' avril 1780, Boero, Osserv., p. 185-189 (éd. II, vol. Il, p. 254 et seq) ; 3° par les déclarations de Pie Yll à Fontainebleau, 1813 (onde sarebbe morto pazzo corne Clémente XI Y,) dans Pacca, Mémorie storiche del suo ministero e dei due viaggi in Francia, Roma, 1830,P. Il, c. V, p. 328. Autr. témoignages, ami de la rehgion, 3 août 1854 ; Moroni, diz, t. 30, art. (iesuiti. Sur sa mort, Theiner, II, 508 etseq. 520, contre l'empoisonnement, témoignages de Mazoni, des médecins, etc. ; Crélineau-Joly, Hist., V, p. 369, 397, 398. Frédéric II à d'Alembert, 15 nov. 1774; Oeuvresphilos de M, d'Alembert, Correspond, t, XVIII Theiner, II, 518.

l'église catholique. 305

Ixaportance d,e la suppression des jésuites.

53. La chute des jésuites, qui devait rendre la paix à l'Eglise, ne fit que renforcer la révolution et affaiblir l'Église dans un combat qui devenait chaque jour plus menaçant. Le principe d'autorité venait de perdre un de ses boulevards, et le Saint- Siège lui-même avait reçu une dangereuse blessure. Ce même ordre, que Clément XIII avait constamment protégé jusqu'à sa mort, et qui ne pouvait pas avoir changé dans l'espace de trois ans au point de mériter d'être dissous, Clément XIV, cédant à mie pression du dehors, le supprima violemment, sans procédure juridique et sans que de nouveaux griefs se fussent produits, et il le supprima dans un temps où les jésuites comptaient encore une multitude de savants dans tous les domaines de la science ; des hommes remarquables par leur piété, qui soutenaient et édifiaient le monde par leurs vertus, baisaient la main qui les frappait et se montraient pleins de soumission et de fermeté.

Les biens des jésuites furent pillés et souvent appliqués à des œuvres profanes; leurs chaires furent plus d'une fois remplies par des hommes sans principes religieux. En Espagne et en Portugal, la science théulogique disparut presque complètement. Les embarras du Saint-Siège ne firent que s'accroître et les cours ne mirent plus de bornes à leurs prétentions. Dans plusieurs pays, en Allemagne surtout, on entendit des protestants, tels que de Murr à iNurenberg, se prononcer résolument pour l'ordre supprimé, et partout ou constata avec surprise le vide qu'il avait laissé après lui. L'Église se trouvait refoulée dans la place qu'elle avait occupée avant la grande rénovation de la seconde moitié du seizième siècle, et l'ennemi s'était emparé d'un de ses ouvrages extérieurs. Les assauts contre la forteresse du dedans allaient commencer avec un nouvel acharnement.

Ranke, Piepste, 111, p. 200 et suiv., v. Murr, Eiiici Protestanteu 28 Briefe über die Aufhebung des Jes. Ordens, iNurnb., 1774, et Disquisitio Brevis pontiüc. de Soc. J. abrogatioue, ib., Distiques de Denis à Vienne, dans Pletz, Theol. ZLscbr., IX, I, p. 183 et suiv. Busz, Die Geselsch. Jesu, p. 1297 et suiv.

Le pape Pie VI«

■' 54. Après un conclave que les intrigues des cours avaient fait traîner en longueur, le cardinal Jean-Angelo Braschi, né à Césena en 1717, trésorier depuis 1766, fut élu le 15 février 1775. 11 n'accepta la dignité pontificale que par devoir de conscience et comme une grande épreuve que Dieu lui infligeait. 11 prit le nom de Pie VI. Doux et pieux, ferme dans ses principes, il eut également à souffrir de l'influence devenue prépondérante de l'ambassadeur d'Espagne, qui s'opposait à l'élargissement des jésuites et voulait qu'on leur refusât toute marque de bienveillance.

Pie VI désapprouvait la procédure suivie contre la Compagnie supprimée , a mystère d'iniquité » , qu'il attribuait à des hommes d'État irréligieux et impies. Les instruments de la persécution furent disgraciés et il prit pour conseillers plusieurs anciens jésuites distingués, tels que le père Zaccaria. Il termina le procès deux fois entamé contre le général Ricci, dont la mise en liberté fut résolue.

Ricci n'en devait pas profiter, car il expira le 19 novembre 1775, au château Saint- Ange. Avant de recevoir les sacrements des mourants, il déclara par serment et en présence de témoins que la compagnie qu'il dirigeait n'avait fourni aucun prétexte à sa suppression et qu'il ne croyait pas avoir mérité la rude captivité qu'il endurait. Cette parole qu'on lui attribue : « 11 faut que les jésuites soient ce qu'ils sont, ou qu'ils ne soient pas du tout, » n'est pas de lui. Bien que l'ambassadeur d'Espagne eût protesté avec arrogance contre son élargissement. Pie VI prépara au défunt de magnifiques funérailles et le fit inhumer avec honneur dans l'église professe de l'ordre, à côté de ses prédécesseurs. Le pape essaya également d'adoucir le sort des anciens jésuites, à qui on avait tout enlevé, jusqu'à leurs manuscrits, de sorte que plusieurs furent obligés de racheter du fripier, avec l'argent de leur pension, les fruits de leur propre travail. La défense d'écrire contre le bref de suppression, qui soulevait une foule de difficultés, fut maintenue : de là vient que plusieurs ouvrages furent encore censurés sous Pie VI.

l'église catholique. 307

Gesch. Plus VI, Vienne, 1799; Huth,K.-G. des 18 lahrh, II, p. 60 et suiv. Walch, Neueste Rel. -Gesch., V, p. 257 et suiv., Tavanti, Fasti di Pio VI, Italia, 1804, 2 voll. Beccatini, Storia di Pio VI ; Bourgoing, Mémoires hist. et philos, sur Pie VI et son pontificat, vol. I. Pie VI et le cardinal Calini, Boero, II, p. 260. Mort du général Ricci, Riffel, p. 197 et suiv. : Crétineau-Joly, Hist., V, 401-404; Boero, II, p. 80-103. Il n'est pas prouvé que le dicton : Sint ut sunt aut non sint, soit de Ricci ; il se trouve, pour le fond, dans une lettre de Clément XIII à Louis XV du 28 juin 1762, Crétineau-Joly, loc. cit., p. 390, not., Boero, Osserv, éd. I, p. 15. Mazzolari, Mar. Parthenii Epistolae, lib. VI, ép. 15, p. 269, se plaint qu'on ait gaspillé même les manuscrits, et il rappelle, à propos d'un sien livre, qu'il fut obligé de racheter, ces paroles de Jérémie ; Aquam nostram pecunia bibimus, ligna nostra pretio comparavimus. Cf. L. ib. I, ep. I, p. 3. Censure d'ouvrages contre le bref de suppression, notamment contre le Memoria caltolica (Le Bret, Magazin, VIII, p. 139-375) par Pie VI, 13 juin 1781, et 18 novembre 1788 ; Bull. éd. Barb.,Vl, p. 332, n. 319; t. VIII, p. 247, n. 723.

Maintien des jésuites en Prusse et en Russie.

55. Le bref de Clément XIV fut publié et exécuté en Allemagne, où il excita un douloureux étonnement, ainsi que dans tous les pays où se trouvaient des jésuites. Il n'y eut d'exception qu'en Prusse et eu Russie. Frédéric II et Catherine considéraient les écoles des jésuites comme indispensables ; le premier trouvait que leurs collèges établis pour les catholiques en Silésie et dans les provinces de la Prusse polonaise étaient parfaitement organisés et rendaient d'utiles services; la tsarine avait également, lors du partage de la Pologne, envisagé sous leur côté avantageux les florissants collèges de Mohiiew et de Polocz. Les jésuites se trouvèrent embarrassés. Les évêques étaient chargés d'exécuter le décret de suppression, et les deux monarques leur défendaient de le faire. A Breslau, l'autorité ecclésiastique était partagée entre le pape et le roi. En 4 776, on convint enfin, avec l'agrément de Pie VI, que les jésuites de Prusse se dissoudraient eux-mêmes, déposeraient l'habit de leur ordre et garderaient leur établissement sous le nom de a prêtres de l'institut des écoles royales. » Us se conservèrent ainsi sous Frédéric II et Frédéric-Guillaume I! jusqu'en 4800,

3Ô8 tilSÎOlRË DE L*ÉGLISE.

OÙ Frédéric-Guillaume II sécularisa ces établissements et fit servir leurs biens à la création d'un fond scolaire.

Catherine II, au contraire, demeura sourde à toutes les représentations et n'accepta pas le bref. Comme Frédéric II, elle négocia avec Rome, bien que le nonce de Varsovie insistât pour l'exécution du décret. Elle ordonna même en 1778 l'établissement d'un noviciat. Pic VI, tout eu approuvant secrètement ces dispositions, ne donna point de déclaration par écrit, afin de ne pas exciter la mauvaise humeur des cours bourbonuiennes. Le coadjuteur de Mohilew, Jean Benislawski, obtint de lui, dans une audience (6 mars 1783) l'approbation de l'ordre des jésuites en Russie, et quelques Italiens y entrèrent avec l'assentiment du pape, tels que Joseph-Marie Pignatelli. Les jésuites avaient déjà en Piussie un vicaire général dans la personne du père Stanislas Czerniewicz, ancien vicaire provincial, qui eut pour successeur (1785) le père Lenkiewicz.

Favorisés par Paul 1", les jésuites construisirent une église à Saint-Pétersbourg. Plus tard (1801), Pie Vil autorisa formellement les maisons des jésuites en Russie : ils avaient pour supérieur général François Karen. La Russie servit de refuge à la, compagnie jusqu'à ce qu'une restauration fût devenue possible dans l'Église, et que les princes italiens et allemands, désabusés (depuis 1793), comprirent le mal qu'avaient fait des ministres incrédules. La Providence ne permit l'expulsion des jésuites de Russie que lorsqu'ils furent réclamés par les pays catholiques et qu'ils eurent été éprouvés au feu des tribulations.

Lettre du cardinal Migazzi à Clément XIV, Boero, Osserv. II 240- 264. La même, p. 122 et suiv., 134, 246 etseq, se trouvent de nombreux documents en faveur de l'existence légale de l'ordre en Prusse et en Russie. Parlhen. Epist., Lib. V, ep. 7, p. 244 et suiv. Vobis in statione, manentibus et singulari Dei beneticio a commun! calamitate exemtis etc., Vog. Würzb Religiousfreund, avril 1847; Busz, Die Gesellsch. Jesu, p. 1321, et suiv. K. A.Menzel, Neuer Gesch, der Deutschen, XU, p. 58 et suiv.

Activité de Pie VI. Ses relations avec le Portugal, l'Espagne, la Ssirdaigne, Naples et Venise.

56. Pie VI, dans la première et la plus tranquille période de son règne, fit beaucoup pour les États de l'Église. Il termina le musée Pio-Clémentin, entreprit l'œuvre dispendieuse du dessèchement des marais pontains, favorisa l'agriculture et l'industrie, et fit exécuter plusieurs constructions grandioses ; il s'intéressa aussi à sa famille, sans toutefois dépasser les bornes. Il avait nommé le cardinal Rezzonico, neveu de Clément XIII, secrétaire des requêtes; la plupart des cardinaux de sa création étaient des hommes savants et recommandables; tels que (1777) le barnabite Hyacinthe Gerdil, précepteur des princes de la maison de Sardaigne. Il entretint de bonnes relations avec le Portugal, qui, après la mort du roi Joseph (23 février 1777), fut gouverné par Marie I". Pombal fut congédié, et ses victimes justifiées par la révision des procès. En 1778, un accord fut conclu relativement à la nomination aux charges ecclésiastiques ; cependant le pape eut encore à se plaindre (1779) de l'emploi anticanonique des biens d'Église.

L'Espagne, qui avait toujours une grande influence à Rome, renouvela ses anciennes exigences, fit des canonisations qu'elle demandait une affaire d'État, et quand la congrégation des Rites se montra peu favoi'able (28 janvier 1777) à la béatification de Jean Palafox, le chargé d'affaires Azara trahit sa mauvaise humeur dans un mémoire acerbe et inconvenant. Les recours à Rome devinrent beaucoup plus difficiles, et le gouvernement établit une agence générale pour contrôler tous les induits destinés à l'Espagne. Le comte Florida Bianca, hostile à toute juridiction ecclésiastique, régna en ministre tout-puissant (1777-1788). Des hommes de talent, tels que Campomanes et Jûvellanos, favorisaient hardiment les nouveautés. Quelques visites furent faites en vue de réformer les carmes et autres réguliers.

Le pape eut de meilleures relations avec le roi de Sardaigne, Victor-Âmédée III, bien que ce prince essayât de lui arracher une multitude de concessions ; il obtint entre autres un agrandissement de son droit de nomination (1779) et l'établissement de l'archevêché de Chambéry.

3l0 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

A Naples, le système de la suprématie de l'État en matière religieuse était en pleine floraison. Il fut défendu sous peine d'exil de recotirir à Rome sans la permission de l'État, et les prétentions du roi concernant la nomination aux évêchés et aux grands bénéfices allèrent si loin que Pie VI aima mieux les laisser vacants : plus de trente sièges épiscopaux étaient inoccupés en 1784. On supprima même en 1788 les marques qui attestaient les liens de vasselage entre Naples et le Saint- Siège.

La république de Venise se laissa également entraîner dans une voie antireligieuse ; les mesures pour la réforme des congrégations et des études tendaient à extirper les premières et à décatholiciser les secondes et tandis que la république marchait à une complète dissolution, ses chefs ne songeaient qu'à entraver l'action de l'Église. Partout les juristes travaillaient à transformer l'ancien ordre légal et à faire adopter les nouvelles idées de la France. César Beccaria de Milan (né en 1735, mort en 1793) s'occupait de justice criminelle et d'économie politique ; Cajétan Filangiéri (1752-1788) attaqua tout l'ordre social existant ; les écrits de Pierre Giannone, quoique interdits, étaient avidement recherchés, de même qu'une foule de pamphlets nés de la passion des nouveautés. L'hérésie janséniste et la franc-maçonnerie, surtout depuis la suppression des jésuites, firent également des progrès parmi le clergé de l'Italie, qui renfermait dans son sein des ennemis jurés de l'Église, notamment l'abbé Galiani, agent de Tanucci à Paris dans le temps de la guerre contre les jésuites. Le Saint-Siège allait donc voir bientôt des ennemis sournois sortir des rangs du clergé d'Italie.

Ouvrages a consulter sur le n" 56.

Les ouvrages comme au § 54 sur le Portugal, Murr, Journal, IX, p. 329 et suiv. ; X, p. i93 et suiv., Leo, Univ. -Gesch.; IV, p. 468. Concordat de 1768 dans Nussi, «lonvent., p. 136-138. Bref 6 mars 1779, F-uU. Rom., ed.Barb., t. VI. p. 84. Espagne, Archiv, für K-R., 1. c, p. 379- 382. Avis du cardinal Calini dans l'affaire de Palafox Boero, Osserv. p. 161 seq. Mémoire contre la Congrégation des Rites, Lehret, Magazin, VII, p. 353-361. Mesures concernant les recours à Rome, ibid., p. 386, 390. Sur Gaspard Melchior de Jovellanos (né en 1744, mort en 1811) v, Baumgarten, dans Sybels Ztschr,, 1863, t. X, p. 332, la Sardaigne

l'église catholique. 311

Carutti, Carlo Emm. III, vol. II, p. 281 et seq., 295 seq., Bull. Rom., Cont., t. VI, p. 86, 125 et seq. Naple, Sentis, p. 194, et suiv. Walch, p. 5, elsuiv. Venise, Bull. Rom., Cent., III 556; Roscovany, Mon., I., 312-314, n. 251. L'ouvrage de Beccaria : Dei delitti et délie pêne, condamné à Rome, 1. févr. 1766; Filangieri : Scienza délia legislazione. Sur Giannone, ci-dessus § 33. Lettres de Galiani, ci dessus, dansArchivio storico ital., A. Bazzoni, Carteggio dell' ab. F. Galiani col Marchese Tanuci, Genova, 1878, voir encore Leo, Univ.-Gesch. IV, p. 474, et suiv.

Progrrès da jansénisme. |

Faux-fuyants des jansénistes.

57. Après la condamnation des cinq propositions de Jansénins, ses partisans en France n'eurent qu'un instant de découragement. Quelques-uns voulaient appeler du pape au concile général; cependant, sur le conseil de leur chef, Antoine Arnauld, la plupart convinrent qu'il fallait avec le pape condamner les cinq propositions, tout en niant qu'elles fussent réellement dans l'ouvrage de Jansénius, ou dans le cas qu'elles s'y trouveraient, qu'elles eussent été condamnées dans le sens de l'auteur, car ce sens était précisément celui de saint Augustin, que le pape n'avait pas condamné et ne pouvait pas condamner. De tels subterfuges manquaient évidemment de sincérité. Beaucoup de théologiens démontrèrent que les cinq propositions étaient véritablement dans V Augustinus de Jansénius. Le 28 mars trente-huit évêques déclarèrent que les cinq propositions étaient enseignées par Jansénius et avaient été condamnées dans son sens ; ils envoyèrent leur déclaration au Saint-Siège. Le pape (29 septembre) loua le zèle des évêques et affirma positivement que les propositions avaient été condamnées dans le sens où les entendait le livre de Jansénius.

En février 1655, le duc de Liancourt s'était vu refuser l'absolution dans l'église de Saint-Sulpice à cause de ses liaisons avec les jansénistes. Antoine Arnauld publia deux lettres pour sa défense. Il disait dans la seconde : Il s'agit de la constatation d'un fait, de savoir si Jansénius a enseigné les cinq propositions; or, sur de tels faits l'Église ne peut pas prononcer d'une manière infaillible; car ils ne font point partie des vérités révélées; l'Église est infaillible dans les questions de dogme ou de droit [quœstio

jim's) dans l'exposé de sa doctrine, mais non quand elle juge de la doctrine d'un livre émané d'un auteur humain, ou du véritable sens que l'auteur a attaché à ses paroles (queestio facti). Dans le premier cas, on doit une adhésion intérieure à la sentence de l'Église; dans le second l'Église peut tout au plus exiger un silence respeclneux (silentium obsequiosum).

On soutenait encore, absolument dans le sens de l'hérésie jansénienne, que Pierre dans son renoncement n'avait pas eu la grâce nécessaire. Cette façon d'agir était encore plus déloyale que la précédente. On reconnaissait maintenant que les proposions étaient de Jansénius, mais on soutenait qu'elles étaient catholiques ; plus lard, on prétendit qu'elles étaient hérétiques, mais qu'elles n'étaient pas de Jansénius ; plus tard encore, on assura qu'elles étaient de Jansénius, mais qu'elles avaient été entendues dans un tout autre sens. Maintenant, on refusait à l'Église le droit de décider si elles émanaient de Jansénius et comment il fallait les expliquer.

Leydecker, Luchesini, ci-dessus VII, § 385. (Du Mas). Histoire des cinq propositions de Jansen. Liège, 1699; Robbe, Diss. de Jansen. (Tr. de gratia, t. II). Par., 1780. Scbill, Die Contitution Unigenitus, Frib., 1876 p. 10, et suiv. Sur les faux-fuyantsjanscnistes de Tbomassin, dans Boigeni, FaLti domniatici, Roma, 179?i, 8 vol , I, p. 33-36. Lafiteau, ed, Nussi, L. I, a 26, I, p. 102, 104. La réalité du projet, I, 235. Abrégé hist. des détours et des variations des Jansen, (s. 1.) 1739, 4°. — Indiculus locorum., Augustini, Corn. Jansenii, in quibus propp. ab Innoc. X. damnatee conlinenlur, a quibusdam magistris S. Theol. Paris, composilus, Du Plessis d'Arg., III, I, p. 70-74. (Pey), L'autorité des deux puissances, III. 448. Lettres des évéques à leurs collègues et au pape, et réponse de celui-ci, Du Plessis d'Arg., III, II, p. 277-279. Sur les faits dogmatiques, Rossuet. Lettres aux religieuses (Œuvres compl.,X, 632 seq.). Fénelon àLami, 0. S. B., 17 déc. 1704 (Œuvres comp. VII 593 seq.). Boigeni, L'economia délia fede cristiana in confutazione di G. B.Guadagnini, Roma, 1832, p. 288 et suiv. Seconde lettre de M. Arnauld, docteur de Sorbonne, à un duc et pair de France, pour servie de réponse à plusietu's écrits qui ont été publiés contre la première lettre sur ce qui est arrivé à un seigneur de la cour dans une paroisse de Paris. A Paris, 1655 ; Rapin, Mém. II, 304 seq Boigeni 1. c. I, p. 14. Les deux lettres fuirent mises à l'index à Rome, le 3 août 1656. Du Plessis d'Arg., III, II, p. 282., Bauer, L. St. 1873, III, p. 276 et suiv, ; Oeuvres compl. d'Arnauld, Lausanne, 1775-83. 5.

l'église catholique. 313

Les religieuses de Port-Royal. Littérature janséniste.

58. La tactique d'Aruauld n'était pas du goût de tous les jansénistes; quelques-uns donnèrent des interprétations toutes différentes sur la manière de concilier le libre arbitre avec la nécessité. Pascal ne voulait point admettre que les cinq propositions fussent hérétiques, les religieuses même de Port-Royal, qui tranchaient du théologien, refusèrent d'abord de s'accommoder de cette supercherie, et leur abbesse Angélique Arnauld eut beaucoup de peine à les y amener. On vit s'accompUr cette prédiction de saint François de Sales, que Port Royal perdrait la foi s'il ne persévérait pas dans l'obéissance au Saint-Siège. Angélique, cette « mère de l'Église »ainsi qu'on l'appelait, avait pour elle une foule de personnages de l'un et de l'autre sexe mais surtout des membres du parlement, qui passaient pour pieux et instruits. Les chefs des jansénistes résidaient dans son voisinage.

Arnauld, Nicole et Pascal exploitèrent habilement les ressources que leur offrait la littérature, et leurs ouvrages, notamment les Heures de Port-Royal, trouvèrent une infinité de lecteurs. Les jésuites étaient leurs plus redoutables adversaires; ce fut contre les jésuites surtout qu'ils dressèrent leurs batteries; ils les accusèrent de professer des hérésies semi-pélagiennes, d'enseigner une morale relâchée et corruptrice des âmes; ils recueillirent les diverses erreurs enseignées par quelques membres de la Compagnie et les imputèrent à l'ordre tout entier; ils publièrent des textes mutilés de leurs écrits et eu exagérèrent le sens par leurs commentaires ; nous en avons surtout un exemple dans les Lettres provinciales que Pascal (mort en 1662) publia sous le nom de Louis Montalte. Avec la tactique d'Arnauld, on pouvait se dire membre de l'Église catholique tout en professant l'hérésie; le jansénisme, à les entendre, n'était qu'un fantôme imaginé par les jésuites. Une multitude d'ouvrages de piété conçus selon l'esprit de la secte se propagèrent et le masque de la dévotion séduisit jusqu'à des évêques et des docteurs.

Sur la libertas a necessitate, voyez les deux thèses censurées le

13 août 1853 par la faculté de Reims ; celte censure fut approuvée par plusieurs docteurs de Paris. Du Plessis d'Arg. 1. c, p. 272-275, Pascal, Rapin, II, 248. Schill, p. 16. Angélique Arnauld, Rapia, II, 414-420. Prédiction de Saint-François de Sales, Vie de Saint-François deSales,par le curé de Saint-Sulpice, II, 217, éd. Par., 1858. — Dom.de Colonia (S. J.), Dictionnaire des livres qui favorisent le Jansénisme, Anvers, 1756, t. IV. Le livre intitulé : La Morale des Jésuites, extraite fidèlement de leurs livres par un docteur de S., fut condamné au feu même parle parlement de Paris. (13 mai 1670). Du Plessis d'Arg., III,

II, p. 337, et suiv.Lettres provinciales. Par., 1656, 12, et souvent; Lemgo, 1774. 3 vol. — Pensées, fragments et lettres publiées par P. Faugère Par. 1844, 2. vol. Neander , Ueber die geschichtliche Bedeutung der Pensées, Berl. 1847. La traduction latine des lettres provinciales, publiées sous le nom de Louis Montalte, avec les notes de Wendrock et les Disquisitiones Pauli Irenaei, fut condamnée comme janséniste et calomnieuse, par les prélats et les théologiens de Paris, que le roi avait chargés de l'examiner, 7 sept. 1660. Du Plessis d'Arg., III, I, p. 80 et suiv. Les lettres familières et autres écrits d'Arnauld et de ses affidés furent interdits par l'inquisition romaine en 1657, ib.,

III, II, p. 292-294. Voyez encore la vie de Pascal par sa sœur, M™* Perler et Bossuet. Discours sur la vie et les ouvrages de P. (CELvres de Pascal, 1670, 1679, 1819). Bossut, Histoire des mathématiques, trad. par Reiner, Hamb., 1804 t. II. H. Reuchlin, Pascals, Leben und Geist, seine Schriften., Stuttg., 1840; Dreydorf, Pascal, sein Leben und seine Ksempfe, Leipzig, 1870, De Maisire, De l'ÉgHse gallicane, chap. IX.

Déclarations de la Sorbonne, des évêques et du pape.

59. La seconde lettre d'Arnauld fut déférée à la Sorbonne (4 novembre 1655); mais Saint- Amour prétendit que la Sorbonne n'avait pas le droit de s'en occuper, parce qu* Arnauld avait déjà soumis la question au pape. C'était donc le pape qui devait, cette fois, prononcer avant que la France eût rendu sa sentence, contrairement à ce que portaient les libertés gallicanes. Cependant la Sorbonne accepta la plainte, et soixante docteurs appelèrent au Parlement pour cause d'abus (16 novembre). Le Parlement ordonna que le procès fût commencé en Sorbonne. La Sorbonne déclara (t4, 31 janvier 1656) que la thèse sur le fait était téméraire, scandaleuse, injurieuse au pape et aux évêques de France , et propre à renouveler la doctrine condamnée de Jansénius ; que la thèse sur le droit était témé-

l'église catholique. 3! s

raire et impie; la thèse sur saint Pierre, hérétique. Le !•' et le 24 mars, elle expulsa de son sein Arnauld et soixante docteurs, qui refusèrent de se soumettre.

Une assemblée de quarante évéques et de vingt-sept procurateurs prit des mesures analogues (1" septembre 1656) ; elle ordonna, avec menace de châtiment, la publication des bulles d'Innocent X, et reconnut expressément que l'Église juge des faits qui sont inséparables du dogme (faits dogmatiques) avec la même infaillibilité qu'elle juge de la foi elle-même. Elle envoya ses décrets au pape. Alexandre YII, dans une constitution du 16 octobre 1656, confirma les bulles de son prédécesseur et affirma avec plus de netteté encore que les cinq propositions étaient tirées du livre de Jansénius et condamnées dans le sens de leur auteur ; seuls les perturbateurs de la paix publique et les enfants de mahce pouvaient le contester en dénaturant les choses. L'assemblée du clergé français reçut la bulle avec respect (17 mars 1657) et y joignit un formulaire qui devait être signé par le clergé. Les jansénistes refusèrent de le souscrire et répandirent contre la bulle et le formulaire les brochures les plus perfides. Les évêques le renouvelèrent en 1661 ; un décret royal en prescrivit l'acceptation et la faculté de théologie l'inséra dans le serment de promotion. Les jansénistes de la Lane et Girard essayèrent vainement plus tard d'établir l'orthodoxie de leurs sentiments dans une série d'articles; Rome refusa de les accepter (1663).

Dupin, Hist. eccl. du XVII« siècle, II, 349-359; Biner, Appar., VIII, 788-792; La réalité, etc., I, 113; Rapin, Mémoires, II, 333 et seq., 528 et seq.; du Plessis d'Arg., III, i, p. 67-69. Lettre des évêques à Alexandre VII. « Non obscura sunt », ib., III, ii, p. 280 et seq. Alexandre VII, « Ad sacram B. Pétri sedem^ » ib., p. 281 et seq., Bull., éd. Taur., XVI, p. 245 et seq. Bref au gouverneur de Belgique, Accepimus. 23 déc. 1656, Bull. Rom., VI, 46; Bolgeni, loc. cit., 1, 19; Rapin, Mém., II, 442. Assemblée du clergé en 1657 : Dupin, H, 519; Biner, VIII, 807; Rapin, II, 463; du Plessis d'Arg., III, ii, p. 288 (l'édit royal, ibid., p. 288-292). Ecrits jansénistes contre le formulaire ; Launoy, Remarques sur le formulaire du serment de foi, 0pp. omnia, Colon., 1732, in-f», IV, P. II, p. 88. — Décret de la Sorbonne, 2 et 16 mai 1661 : Du Plessis d'Arg., III, i, p. 86 et suiv.; Articuli ill. Conveharum

316 HISTOIRE DE L'ÉGfiSE.

Episcopo oLlati et per eumdem ad Sum. Pontif. transmissi, quibus S. Aug. discipiilorum circa 5 propp. materiam doctrina continetur, d. d. Paris, 23 janv. 1663; ib., III, ii, p. 306-308. Instrumentum a S. Aug. discipulis apud ill. Conven. Ep. depositum, ut idem prœsul de eorum lide et observantia sua Pontificem certiorem faciat, 7 juin. Déclaration mise entre les mains de Mgr l'évêque de Comenches par les disciples de S. Aug. et présentée au roi par le même prélat le 24 sept. 1663, ib., p. 309 et suiv. Lettre au pape et circulaire à ce sujet des évêques réunis à Paris, ibid., p. 311-314.

Opposition parmi l'épiscopat, les docteurs et les religieuses.

60. Il y eut aussi des évêques qui refusèrent de souscrire le formulaire : Pavillon, évêque d'Alet, alla jusqu'à menacer de l'excommunication les membres de son clergé qui donneraient leur signature. Les religieuses de Port-Royal firent la plus vive résistance et méprisèrent les avertissements des évêques. Un projet d'accommodement émané de la cour échoua (1662) contre l'opiniâtreté du parti. On recourut enfin, contre les religieuses récalcitrantes aux censures ecclésiastiques ; plusieurs d'entre elles furent transférées dans d'autres couvents, et leur propre maison fut surveillée par la force armée (1664). Le bruit s'étant répandu que le pape, loin d'exiger la souscription, la désapprouvait, Alexandre VII, sur la demande des évêques de France, publia une nouvelle bulle (15 février 1665), avec un formulaire de soumission qui devait être signé par toutes les personnes ecclésiastiques; on y promettait d'obéir ponctuellement aux bulles du pape et de rejeter les propositions condamnées dans le sens voulu par l'auteur.

Les jansénistes eurent beau objecter que la signature de ce formulaire impliquerait une adhésion à l'infaillibilité du pape ; le roi approuva la bulle et se rendit lui-même au Parlement pour la faire enregistrer. La plupart des évêques la publièrent; ceux d'Alet, d'Angers, de Beauvais et de Pamiers ne l'acceptèrent qu'en distinguant le droit et le fait. Rome condamna leurs lettres pastorales et neuf évêques furent nommés par le pape pour prononcer contre eux (18 janvier, 27 avril 1667). La révolte de ces quatre évêques combla de joie les jansénistes ; la secte gagna en crédit et en extension. Peu de temps après (1" décembre), dix-neuf évêques écrivirent au nouveau pape

L*ÈGLISÉ CATHOLIQUE. 3l7

Clément IX en faveur de leurs quatre collègues accusés ; ils les représentaient comme des hommes innocemment persécutés, qui n'avaient pas dit autre chose qu'une foule de théologiens et même de cardinaux; que l'Église ne pouvait pas juger les faits humains avec une certitude absolue. Devenus plus audacieux, les quatre évèques rénitents publièrent une lettre arrogante rédigée par Arnauld (25 avril 1668), dans laquelle ils allaient jusqu'à contester au pape le droit déjuger des évêques français.

Rapin, III, 214 et seq., 265, 277, 291 et seq., 307; Biner, VIII, 821 ; Alex. VII, Bref 29 juillet 1663, Ut nulli vestri (le pape se félicite du nombre croissant des adhésions) : du Plessis d'Arg., III, ii, p. 310, 311; Const. Regiminis apostolici, 15 févr. 1665, ib., p. 314, 315. Cf. Bull. Taur., XVII, 335; Biner, VIII, 832. Laüleau, I, 128. Déclaration royale, eu avril 1665 : du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 316-320. Autres décrets de Home, ibid., p. 323; Rapin, III, 428. Lettre des dix-neuf évêques, le 1«"^ décembre 1667 : Rapin, III, 432 (avec une auti'e plus longue et plus violente au roi, dans J. Gerbais, De causis majoribus,p. 361-375). 11 y est dit : u Novuin et inauditum apud nos nonnuUi dogma procuderunt, Ecclesiœ nempe decretis, quibus quotidiana nec revelala diviniLus fucta deciduntur, certani et infallibilem constare veritatem.» Ce n'est pas là ce que l'on entend par question de droit et de fait (Ranke, Les papes, III, p. 150, n. 11); ce n'est pas à des faits quotidiens, mais à des faits nécessairement connexes au dogme, que s'applique rinfailiibilité du jugement de l'Église. Lettre violente de quatre évèques, 25 avril : Fleury, t. LXIII (39), p. 296 et seq. Cf. Bauer, loc. cit., 1873; III, p. 279-281; IV, p. 339 et suiv.; Schil, p. 18-21.

La paix Clémentine. Nouveautés religieuses des jansénistes,

61. Louis XIV, las de toutes ces intrigues, poussa avec ardeur le procès des évêques ; cependant ses ministres, favorables aux accusés, le tirent consentir à une tentative d'accommodement entre le pape et les quatre prélats. A force de manœuvres et grâce à l'entremise des évêques de Chàlons et de Lyon, qui agirent avec déloyauté, on parvint à faire croire à Rome que les quatre évêques avaient signé le formulaire du pape sans aucune restriction et en toute sincérité, et Clément IX leur pardonna (19 janvier 1669), tandis que les évêques jansénistes

318 öisToiRE DE l'église.

avaient secrètement maintenu leurs restrictions. Les jansénistes qualifièrent cela de « paix Clémentine» ; ils firent frapper une médaille en souvenir de cet événement et répandirent le bruit que Clément IX avait supprimé les décrets de ses prédécesseurs et approuvé ainsi le silence respectueux, tel qu'il était énoncé dans leurs protocoles (non communiqués au pape). Ils se considérèrent comme des vainqueurs.

D'autres jansénistes suivirent cet exemple, y compris les religieuses de Port-Royal, que l'archevêque de Paris admit de nouveau à la réception des sacrements. La secte tirait vanité de sa fourbe et de ses nombreux parjures. Ceux qui ne voulurent pas souscrire avec cette restriction allèrent eu Hollande ; les autres retournèrent à leurs postes et s'en tinrent au silence respectueux, qui laissait une grande latitude. La secte avait les coudées franches dans une foule de diocèses. Pavillon, évêque d'Alet (mort en 1677), avait publié en français (1667) pour son diocèse, un rituel rédigé par Arnauld ; le Missel fut également édité en français. On y insinuait les principes d' Arnauld, notamment sur la nécessité de faire la pénitence avant de recevoir l'absolution. Quoique Clément IXeùt interdit l'usage de ce rituel sous peine d'excommunication (1668), vingt-neuf évêques n'hésitèrent pas à l'approuver (1669, 1676) comme un livre inspiré de Dieu. On conserva de même le Missel français, réprouvé par Alexandre VII en 1661, d'après les principes même de la Sorbonne. Déjà de nombreux désordres avaient été commis ; à Rome et à Paris les curés s'envoyaient réciproquement des lettres synodales sur la discipline pénitentiaire, et les évêques se virent dans la nécessité de blâmer des actes entrepris à l'insu de l'épiscopat. Plusieurs curés rétablirent les stations de la pénitence dans toute leur rigueur, troublèrent les relations des époux par des pénitences publiques et causèrent même à leurs pénitents des maladies graves et mortelles.

Rapin, III, 421 et seq., 453, 474, 482 et seq., 497; Lafileau, 1, d60-180; Bolgeni, I, 334 et seq., 338; Kilber, Theol. Wirceb., t. IV, c. II, art. 4, quœsl. iv, p. 317 et seq.; Bauer, p. 281-283; Schill, p. 21 et suiv. Clément IX admettait certainement que les évêques devaient souscrire purement et simplement « absque ulla exceptione «t restrictioae » et il disait «^pressémeot : « Nulkm cii^a illné (le

formulaire d'Alexandre VIII) exceptionem aut reetrictionem admissuri unquam fuissemus. » Brefs du 19 janvier 1669 à l'archevêque de Sens et aux quatre accusés, dans du Plessis d'Arg., 111, ii, p. 336, 337. — Rituel d'Alet : Clément IX, Const. Creditx Nobis, 9 avril 1668, ib,,. p. 333 ; Lafiteau, I, 157; Guéranger, Inst. liturg., II, 59-66. Collect. Lac, I, 816 et suiv. Missels français : Alex. VII, 12 janv. 1661 ; du Plessis d'Arg., III, II, p. 297. La Sorbonne contre, 1548, 1567, 1620, 1641, 1661, ib., II, I, p. 60-62; III, i, p. 81-86. Lettre synodale des curés, ibid., III, II, p. 282. Exemples de scandales ecclésiastiques : Bauer, p. 334 et suiv.

Suite du jansénisme.

62. Les jansénistes continuaient de s'appuyer sur la prétendue paix Clémentine et fondaient de grandes espérances sur le pape Innocent XI , qui condamna plusieurs propositions extraites de théologiens probabilistes (1679). Plusieurs d'entre eux, dans l'affaire de la Régale, se déclarèrent en faveur du pape. Henri Arnaud, évêque d'Angers, exigea de l'université de cette ville, qui avait encore rejeté plusieurs propositions de Baïus, qu'elle ne signât la formule contre Jansénius que sous la réserve de la distinction du fait et du droit; il prononça même la suspense contre quiconque condamnerait les cinq propositions sans faire cette réserve. Cet édit fut cassé par le conseil d'Etat (30 mai 1676). Divers écrits furent publiés pour réformer la liturgie dans le sens du parti, affaiblir le culte de Marie et des saints, et donner à la discipline un caractère rigoriste. Beaucoup furent condamnés à Rome. Un décret de la congrégation du concile de Trente parut encore sous Innocent XI (22 février 1679) contre l'ouvrage d'Arnauld sur la fréquente communion.

Les dispositions favorables au pape, dont on faisait montre, diminuèrent insensiblement lorsque Alexandre VIII (1690) eut condamné plusieurs assertions favorites du parti, celle-ci notamment (trentième) qu'on pouvait accepter une doctrine enseignée par saint Augustin sans égard pour les bulles du pape. Cette censure fut traitée par les jansénistes de scandale, d'opprobre de Rome, de tache dans le pontificat d'Alexandre. Les principaux ouvriers de la secte étaient Gerberon, bénédictin de Saint-Maur, Nicolas Letoumeur, auteur du bréviaire

320 öistoiRE DE l'Église.

rationaliste de Paris; mais surtout l'oratorien PaschaseQuesneî, qui devint plus tard le véritable chef des jansénistes fanatiques.

Innoc. XI, damn, prop., 2 mars 1679; du Plessis d'Arg., III, ^ii, p. 347-352; Denzinger, Enchir., p. 323 et seq., n. 94. Evénements d'Angers : du Plessis d'Arg., III, ii, p. 594-596, 340-344. G. Bordillon, Henri Arnauld, évèque d'Angers (1650-1692), 4^ édit.; J. Besoigne, Vie de H. Arnauld, évèque d'Angers, nouv. éd.; F. Plelteau, H. Arnauld, sa participation à l'hérésie jansén. (tous les trois d'Angers, 1863); Decr. Congr. Concil.; Denzinger, p. 330-332; du Plessis d'Arg., 111, ii, p. 346 etsuiv.; Propp. 31 damn., 7 déc. 1690, ib., p. 371-373; Denzinger, p. 343 et seq. Le janséniste Gerberon composa : Le miroir de la piété par Flore de St. Foy, Brux., 1676, Liège, 1677 (condamné par Grimaldi, archevêque d'Aix, et par le parlement de cette ville en 1678, par l'archevêque de Reims : du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 345); puis : Le miroir sans tache, par l'abbé Valentin, Paris, 1680; La morale relâchée, fortement soutenue par Mgr l'archev. de Malines, justement condamnée par le pape Innocent XI, 1691 ; le second entretien d'un abbé et d'un jésuite de Flandre, 1693. Le livre de Nie. Letourneur : L'année chrétienne contenant les messes des dimanches, etc., Paris, 1685, fut condamné le 17 septembre 1695 par la congrégation du Saint-Ofüce (du Plessis d'Arg., III, ii, p. 393). La défense de la discipline qui s'observe dans le diocèse de Sens touchant l'imposition de la pénitence publique pour les péchés publics, à Sens, 1673, fut proscrite par la congrégation de l'Index le 19 septembre 1679 (ibid., p. 352 .

Paschase QuesneL Les Réflexions morales.

63.Quesnel, né à Paris en i634, y acheva ses études en 4653 et y reçut la prêtrise en 1659. 11 était entré de bonne heure à l'Oratoire du cardinal de BéruUe, et s'était adonné tout entier aux études savantes. Le successeur de BéruUe, Charles de Condren (mort en 1641), essaya de rompre les relations que Quesnel avait imprudemment entamées avec Saint-Cyran ;mais plusieurs oratoriens étaient engagés si avant dans le mouvement janséniste que le troisième général, Bourgoing (mort en 1662), ne put obtenir que le formulaire fût signé du plus grand nombre. Les jansénistes dominèrent longtemps dans la congrégation, et Quesnel se rattacha à eux. Eu 1671, il publia ses Réflexions morales sur les Évangiles, et en 1675 une édition

L*ÉGLISË CATHOLIOÜE. 3^1

des œuvres de Léon le Grand, avec des remarques et des dissertations qui la firent interdire par Clément X (1676). Quesnel fulmina un violent réquisitoire contre les congrégations romaines ; il les accusait d'avoir déjà supprimé une foule de leurs ouvrages, tels que les avertissements de la sainte Vierge à ses imprudents dévots, dans lesquels un avocat de Cologne attaquait vivement le culte de la Mère de Dieu, sous prétexte de gagner plus facilement les protestants. • Lorsque la congrégation générale de l'Oratoire, sous le général Sainte-Marthe, ordonna (26 septembre 1678) à tous ses membres de signer le formulaire d'Alexandre Yll, de 1665, Quesnel fut au nombre des récalcitrants les plus obstinés ; en 1681, Tarchevèque de Paris l'exila à Orléans et il fut expulsé de l'Oratoire eu 1684. Quesnel se rendit à Bruxelles, où Antoine Arnauld Tavait déjà précédé en 1679. Tous deux travaillèrent de concert dans le sens du jansénisme. Quesnel y prépara une nouvelle édition de ses Réflexions morales, qui s!étendaient à tout le Nouveau Testament. Elle parut en 1687 en trois petits volumes in-12, et fut suivie, en 169'2, sous un titre nouveau, d'une troisième en quatre volumes in-8°. L'approbation décernée (9 novembre 1671) à la première (beaucoup plus courte) par Vialard, évèque de Châlons (mort en 1680), fut réimprimée dans la seconde et la troisième. La première édition, relativement inoffensive, contenait déjà cinq des cent une propositions qui furent condamnées depuis ; la seconde en comprenait cinquante-trois ; dans la troisième, le nombre des erreurs s'était considérablement accru. Le poison était versé à doses de plus en plus fortes, quoique dissimulé; il s'agissaii d'en infecter le peuple, tandis que, par des relations étendues, on agirait sur les classes plus élevées. Arnauld mourut le 8 août 169-4 dans les bras de Quesnel, léguant son cœur aux religieuses de Port-Royal, protestant contre les décrets du pape et confiant la direction du parti à Quesnel, qui prit le nom de père prieur. En 1690, Gerberon, bénédictin de Saint - Maur, avait quitté la France, était devenu citoyen de Rottet dam et s'était réfugié auprès de Quesnel.

3â2 HISTOIRE DE l'ÉGLISË.

Lafiteau, Hist.de laConstit. Unigenitus, Aw'ign., 1737, vol. III. Kilber, loc. cit., art. 5, p. 328 et seq. Picot, Mém. pour servir ù l'hist. eccl. pendant le xviii« siècle, Par., 1854 et seq., III« éd. Huth, Versuch einer K.-G. des 18. Jahrh., I, p. 245 et suiv. ; Rohrbacher, t. XXVI, p. 148 et seq.; Schill, p. 27 et suiv. Causa Quesnelliana, seu motivum juris pro procuratore Cuiùse eccl. Meclilin., actore contra Paschas. Quesnell., Brux., 1705. Décret de la Congrégation générale de l'Oratoire, 1678; Fleury, t. LXIV, p. 225 et seq. ; Decr., Du Plessis d'Arg., 111, II, p. 344. Causa Quesnell., p. 5 et seq. Les Monita salutaria B. V. [M. ad cultores suos indiscretos, Gand., 1673 (dans Fleury, Hist. eccl., t. LXIII, introduction) furent condamnés en mai 1674 par l'université de Mayence, le 29 juin par la Congrégation du Sainl-Oftice, le 27 novembre par l'inquisition espagnole: Du Plessis d'Argent., III, II, p. 338; Lafiteau, éd. Nazzi, t. 187. Le jésuite Bourdaloue s'éleva contre cet écrit dans un de ses sermons (mystères, t. II), et Alexandre VIII en condamna le 7 décembre 1690 cette proposition, n. 26 : « Laus quae deferlur Marisa ut Mariée, vana est. — Abrégé de la morale de l'Évangile ou pensées chrétiennes sur le texte des quatre Évangélistes, Par., 1671, in-12. La traduction des textes de la Bible était empruntée au Nouveau Testament de Mons, » œuvre janséniste, élaborée à Port-Royal, que l'aixhev. de Paris avait condamnée en 1667, et Clément IX le 20 avril 1668. Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 336, 352 ; Lafontaine, Const. Unigenitus, III, 1009 et seq., 611 et seq. Suppression de la protestation de Quesnel contrôle décret de l'inquisition du 17 juillet 1676 : Causa Quesnel., p. 334 et seq, ; Lafontaine, loc. cit., 1. 1, Prolog., in-f'',62,ed.Dil., 1720. 3« éd. des réflexions : Le Nouveau Testament en français avec des réflexions morales sur chaque verset, Paris, Pralard, 1692-1694, 4 vol., in-S"*. Autres : Causa Quesn., p. 8 et seq., 15 et seq.

Les événements de la Belgique. Décrets d'Innocent XII. Nouvelles publications des jansénistes.

64. Déjà le jansénisme avait infecté l'université de Louvaia et trouvé un soutien dans le prince électeur Max- Emmanuel de Bavière, gouverneur de Belgique (1692-1706), tandis que l'archevêque Humbert de Principiano prenait contre lui une attitude plus décidée. A partir de 1694, les Réflexions eurent un grand retentissement, et l'université de Douai se prononça contre plusieurs écrits de Quesnel. Le sorbonniste Fromagean tira de ces Réflexions 199 propositions qui avaient besoin d'être corrigées, et Quesnel apprit de Rome que son ouvrage y était

VU de mauvais œil. Pour prévenir le coup qui menaçait ce livre et en neutraliser les effets, on résolut de gagner à la doctrine du silence respectueux le plus grand nombre possible de personnes notables et de lui procurer les meilleures approbations. D'autre part, les évèques de Belgique avaient déjà (1692) fait au formulaire des additions que les théologiens de Louvain refusaient d'accepter. Les deux parties s'adressèrent à Rome.

Le 28 janvier 1694., Inuocent XII publia un décret où il ordonnait de recevoir le formulaire sans condition et de rejeter les cinq propositions dans le sens naturel du texte. II intima les mêmes ordres (6 janvier^ aux évèques belges, en ajoutant qu'ils devaient s'abstenir de toute addition. L'agent de Louvain, Hennebel, en fut déconcerté, mais Quesnel interpréta la chose en ce sens que le pape condamnait seulement le sens naturel des propositions sans égard à Jansénius, chez qui on ne trouvait pas ce sens naturel; qu'il modifiait par conséquent la bulle d'Alexandre Vil et supprimait les décrets de son prédécesseur expressément contirmes par Innocent XII. On donna donc des éloges au pape et on le remercia dans une lettre particulière. Le pape en exprima son étonnement (24 novembre 1095) et déclara de rechef qu'il renouvelait tous les décrets de ses prédécesseurs.

Sur ces entrefaites (1695) des éditions nouvelles des Réflexions de Quesnel avaient été publiées, et, qui plus est, avec l'approbation de Louis de Noailles, évêque de Chàlons, nommé peu de temps après archevêque de Paris.

Vint ensuite, en 1696, 1' « explication de la foi catholique sur la grâce et la prédestination », ouvrage de feu M. de Barcos (mort en 1678), neveu de Saint-Cyran. Comme elle reproduisait ouvertement les cinq propositions de Jansénius, elle fut condamnée par le nouvel archevêque de Paris dans une lettre pastorale (29 août 1696) et par le pape dans un décret du 8 mai 1697. L'éditeur de ce dernier ouvrage, Gerberon, pubUa en 1697, sous le voile de l'anonyme, une his oire abrégée du jansénisme, où il tournait eu dérision la lettre pastorale rédigée en partie par Bossuet. En 1698, un autr& janséniste publiait également sans nom d'auteur le Problème ecclésiastique, où il discutait cette question : « Qui doit on croire? » De xNoailles, évêque de Chàlons, appix>uvaul le Nouveau Testament de Quesnel ea

^^i HISTOIRE Î)Ë L*iGLlSte.

1695, ou de Noailles, archevêque de Paris, condamnant en 1696 l'explication de la foi, qui contenait absolument la même doctrine. L'archevêque, vivement blessé de cet écrit, prescrivit une enquête contre les jésuites, qu'il soupçonnait d'en être les auteurs. On ne sut que plus tard (1703) qu'il provenait de Thierry deViaixnes, janséniste de la congrégation de Saint-Vannes.

Le 2 janv. 1690, l'université de Douai censura « l'Apologie historique, par Quesnel » de deux censures de Louvain et de Douai sur les matières de la grâce (Du Plessis d'Arg., III, II, p. 365), et le 14 janv. 1696 elle condamna ses Mémoires importants pour servir à l'hist. de la faculté de théol. de Douai, ib., p. 394; Le premier écrit fut également interdit à Rome le 18 mars 1697, ibid., p. 400. Sur Fromageau, Lafiteau, I, p. 68. La vie de Clément XI, t. I, p. 247. Additions des évêques belges dans Tourneiy, De gratia Christi, q. III, Epocha, 3, Additio facta formulario. — Decr. 28 Jan. 1694. Fleury, t. LXVl, p. 180 ; du Plessis d'Arg., III, II, p. 390. Bref du 6 févr., ib., p. 390-392; Fleury, P. 183. Bref du 24 nov. 1696, Fleury, p. 198. Du Plessis d'Arg., p. 392. Ibid., p. 394. Sur l'Exposition de la foi touchant la grâce et la prédestination, Mons,Migeot, 1696,in-r2. Sur la participation de Bossuet à la lettre pastorale de i'archev. de Paris, Bausset, Vie de Bossuet, XI, 13 ; Œuvr.de Bossuet, éd. Gauthier, Paris, 1828, t. XXIII, p. 275; (Gerberon) Hist. abrégée du Jansénisme et remarques sur. l'ordonnance de Mgr l'archevêque de Paris, Cologne, 1 697, in-12. — Problème ecclésiastique proposé : A qui l'on doit croire de Messire L. A. de Noailles, évêque de Chalons en 1695, ou de M. L. A. de N. Archev. de Paris en 1696? Censure du Parlement et décret de l'Inquisition : du Plessis d'Arg., III, II, p. 412. Quelques-uns croyaient que l'auteur était le jésuite Doucin, S.-J. (Valéry, correspond, de Mabillon), d'autres, le jésuite Daniel, d'autres Soatre, jésuite belge ; d'autres Gerberon et Thierry de Viaixmes), Bausset, Hist. de Bossuet, II, 448. Cf. Lafiteau, I, n. 76.Nuzzi, ib.,I, 222. Bauer, dans Laacher Stimmen, 1874, I, p. 25 et suiv. Schill, p. 53.

Noailles, archevêque de Paris.

65. Le hautain prélat ne répondit point au problème mais le parlement (2 juin 1700) et le pape (29 janvier 1699) le condamnèrent. Bossuet essaya de défendre l'archevêque en établissant une distinction entre le Nouveau Testament et le nouveau pamphlet, bien que le premier eût assurément besoin de nombreuses

l'église catholique. 32Ö

corrections. Mais Bossuet fut indigné lorsque les conseillers jansénistesde l'archevêque firent imprimer ses explications avec de nombreux changements et en écartant le blâme formulé contre l'écrit approuvé par Noailles. Or, il s'agissait maintenant pour l'archevêque d'approuver la nouvelle édition de 1699, alors qu'en d697, déjà l'assemblée du clergé avait censuré diverses propositions de Quesnel. Il demanda conseil au savant Bossuet. Celui-ci, dans une longue dissertation, répondit absolument comme il avait fait auparavant et marqua 120 passages qui devaient être modifiés. Mais ni Quesnel ni Noailles, qui croyait rétracter ainsi sa précédente approbation, n'étaient disposés •à faire des changements; Noailles refusa une nouvelle approbation. Le travail de Bossuet demeura donc inédit et tomba plus tard entre les mains de Quesnel qui le publia comme une justification de l'ouvrage, en laissant de côté le blâme. En Belgique, en Hollande et en France, le clergé était de plus en plus aigri contre le pape. Le bon ton ne pouvait se passer d'un pende jansénisme. De savants ecclésiastiques subissaient le joug de la secte, si active dans la littérature ; elle était appuyée dans l'électoral de Cologne par le baron de Kark, à Vienne par le prince de Salm ; eu Espagne même et à Rome par quelques hommes influents. 11 se passait peu de jours sans que le monde théologique fût menacé de quelque surprise nouvelle.

Bausset, loc. cit., XI, 14. Theol. ours, complet,, éd. Migne, X, 479. Avertissement sur le livre des réflexions morales, Lill., 1710, publié par Qnesnel; sous ce titre : Justification des réflexions raor. sur le N. T., Œuvres de Bossuet, éd. Gauthier, t. XXIll, p. 18S. Diverses opinions à ce sujet dans Schill, p. 55-57. Quelques-uns croyaient que Bossuet avait été induit en erreur ; Lafiteau est pour l'opinion émise dans ce texte. Assemblée du clergé en 1097 contre Quesnel : Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 401. Influences jansénistes. Bauei", a. a. D., p. 18 et suiv.

Le cas de conscience.

66. En l'an 1701, le Cas de conscience produisit une grande rumeur. Un janséniste confesseur d'un ecclésiastique mourant, proposa à la Sorbonne sept questions habilement conçues, cellü-ci entre autres si l'on pouvait absoudre un prêtre qui

3â6 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

condamnait les cinq propositions absolument dans le sens de l'Église et d'Innocent XII, mais qui doutait qu'elles fussent contenues dans le livre de Jansénius et voulait garder à cet égard le silence respetnenx. Le 20 juillet 1701, quarante docteurs, parmi lesquels Elle Dupin, Petitpied, Bourret, Sarrasin, Noël Alexandre, répondirent que le cas n'était ni nouveau, ni extraordinaire, qu'on ne pouvait pas refuser l'absolution Cette réponse avait été donnée en secret, les jansénistes se hâtèrent de la publier avec les quarante signatures; elle mit presque toute la France en émoi et suscita une multitude d'écrits de controverse.

Le pape Clément XI condamna la réponse (.4 février 1703); il écrivit au roi et à l'archevêque, et demanda qu'on prit des mesures énergiques contre la révolution religieuse. L'archevêque, qui avait, disait-on, connu le cas de conscience et même promis sa signature, sans protester contre le bruit qui s'en répandait, l'archevêiiue se laissa enfin décider (22 février 1703) à condamner la réponse de ces quarante docteurs. Quesnel lui écrivit une lettre furibonde. Bossuet amena plusieurs docteurs à se rétracter, d'abord Noël Alexandre, puis vingt-sept antres (mars 1703) et enfin tous, à l'exception d'^. quatre. Le roi envoya aux évêques le jugement du pape avec ordre de s'y conformer (24 mars) et il exila l'opiniâtre docteur Elie Dupin. Le pape lui en fit des éloges (11 avril). Plusieurs universités publièrent de longues déclarations contre le cas de conscience, Louvain d'abord (10 mars 1702) puis Douai (10 février 1704) et Paris (4 septembre). Les jansénistes en furent consternés. En Belgique, Quesnel et Gerberon furent saisis (30 mai 1703) par ordre de l'archevêque de Malines; le premier s'évada et s'enfuit à Amsterdam (12 septembre) ; le second demeura en prison, fut condamné par l'archevêque (24 novembre 1704) comme fauteur du jansénisme et reconduit en France. On procéda également contre beaucoup d'écrits jansénistes, par exemple Clément XI contre les idées du docteur Launoy sur la grâce et la prédestination.

Cas de conscience proposé par un confesseur de Province... résolu par plusieurs docteurs de la Facullé de Théol. de Paris ; Lettre de M***

l'église catholique. 327

Chanoine aeB. à M. T. D.A.— Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 413-414; Bausset, Hist. de Fénelon, Par., 1809, II, 448 et autres; Schill, p. 36 et suiv. Clém. XI, Cum nuper in lucem, 12. Févr. 1703 ; Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 417 et suiv.; au roi, Audivimus, 13 Febr., ib., p. 418 et suiv.; à l'archevêq., Non sine magno, ib., p. 419 et suiv.; Clem. XI, epist. et brevia, Rom., 1729 et seq., p. loO et seq. Fleury, t. LXVI, p. 616. Attitude de l'archev. de Paris, Lafiteau, livr. I, n. 80; Guéranger, Inst. liturg,, II, 172. Son jugement du 22 févr., Fleury, loc. cit., p. 627 ; Du Plessis d'Argent., p. 420-423 (ibid., p. 423 et suiv.); Actes de soumission en mars, p. 420 et seq. Lettre du secrétaire d'État de Pont Chartrain aux évêques, du 24 mars; Bref du 10 a\ril « Ex iis quae » sur E. Dupin. Cf. Clem., epist. p. 163.) Travaux de Bossuet, Bausset, XIII, 2. Judicium Facult. L.ovan.: Du Plessis d'Arg., III, II, p. 597-600; Déclaration de la Fac. de Théol. de l'Univ. de Douay, ib., p. 424-439. Judic. Paris., ib., III, I, p. 159-162. Fleury, t. LXVII, p. 662, 636, 648. Fénelon contre la distinction de fait et de droit, lettre au P. Lamy du 17 décembre 1704 ; Correspondance de Fénelon, Paris, 1827, MI, 48. Citation de Quesnel par l'archev. de Malines le 13 février, et jugement du 10 nov. 1704. Causa Quesnell., p. 1 et seq. Schill, p. 33 et suiv. Jugement contre Gerberon, Du Plessis d'Arg., III, II, p. 601. Véritable tradition de l'Église sur la prédestination et la grâce, Par.; M. de Launoy, docteur en Ihéol. A. Liège 1703. Contre : Clem. XI, Cum sicut nobis, 28 Jan. 1704. Du Plessis d'Arg., III, II, p. 442, 443.

La bulle « Vineam Domini ». Destruction de Port-Royal.

67. Sur la demande de la cour de France, le pape publia e 16 juillet 1705 la bulle Viiieam Domini, où il confirmait les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIII, expliquait les brefs de Clément IX et d'Innocent XII : le silence respectueux était insuffisant, il fallait répudier toute espèce de doute sur le fait lui-même, réprouver non pas seulement de bouche, mais de cœur, les doctrines condamnées dans Jansénius. La bulle fut communiquée à l'assemblée du clergé de France, acceptée par lui le 21 août, et le 31 déclarée loi de l'État par Louis XIV. Cependant Colbert, archevêque de Rouen, fit insérer dans le décret de l'assemblée un passage où il était dit que les constitutions des papes obligent toute l'Église quand elles ont été acceptées par les évêques, ce qui paraissait faire dépendre de l'assentiment de l'Église la valeur obligatoire de ces constitutions. Le pape, dans différents brefs (1706), rejeta expressément cette doctrine. L'archevêque de Paris, par son manque de sincérité, fit

328^ HisTüiRE DE l'Église.

traîner les négociations en longueur jusqu'en 17H : ce fut seulement alors qu'il donna satisfaction au pape. La Sorbonne avait accepté la bulle le 1" septembre 1705, obligé tous ses membres d'y adhérer et envoyé au roi une députation pour le remercier. Quant aux religieuses de Port-Royal, qui refusèrent d'admettre la bulle sans restriction, elles allaient expier rudement leur obstination. Le roi obtint, le 27 mars 1708, la permission de supprimer le couvent; en 1709, les religieuses furent disséminées dans d'autres maisons et l'édifice futrasé jusqu'aux fondements (1710). Gabriel Gerberon, après cinquante ans de résistance et parvenu à l'âge de quatre-vingt-deux ans, donna enfin (18 avril il\0) une rétractation qu'il ratifia plus tard avec une pleine liberté (le 30). Cependant o,n révoqua en doute sa sincérité, car il se proposait encore, peu de temps avant sa mort (29 mars 1711), de dicter un écrit qui semblait l'annuler.

Clern.XI, 0pp., Fiancof., 1729, p. 82; Hard., XI, i63 et seq. ; Du Plessis d'Arg., loc. cit., p. 442 et seq.; Bull., éd. Taur., XXI, 233 et seq.;E. Dumas, Hist. des cinq proi). de Jansen., Trévoux, 1702, 1, 3 et seq. ; Confc^rences d'Angers sur la grâce, I, 325 et seq. ; Schill, p. 40 etsuiv., Patente royale à ce sujet et communication au clergé : Du Plessis d'Arg., p. 4i9 et seq.; Délibérations et actes de l'assemblée, ibid., p. 450-4o3. Circulaire aux évèques de France, 14 sept. 1705, et projet d'un mandement à ce sujet, p. 453-455. Bref du pape, p. 456-460. Soumission 'de la Sorbonne, ib., HT, I, p. 162-164. Cf. Laflteau, livré I, n. 98-102, 1 1 1 -114. Fleury, t. LXVII, p. 369-384. D'Avrigny, Mémoires, I, 231 et seq.; Bausset, Hist. de Fénelon, II, 441 et seq. ; Thom. du Fossé, Mémoires pour servir à l'hist de Port-Royai, Col., 1739; Nico!. Fontaine, même titre, Col., (Utrecht), 1738 ; Grégoire, Les ruines de Port R. des Champs, Par., 1809, in-S», Mémoires sur la destruction de Port-Royal des Ch., 1711 ; Notices sur Port-Royal en tête des Mémoires d'Arnauld d'Andilly, Paris, 1824; Petitot, Collect., vol. XXXIII, Sainte- Beuve, Port-Royal, Par., 1840 et seq.; t. II (très passionné). Reuchlin, Gesch. von Port-Royal, Hamb., 1839 et suiv., 2 vol.; Wilkens, Port- Royal (Hilgenfelds Ztschr. für wiss. Theol., 1839, p. 160 et suiv.). — Freib.Ztsch. für Theol., t. Il, p. 148-190; Wlirzb. Rel. -Freund, 1845. N. 26-28;B.iuer, 29-31. Destinéesde Gerberon, Tassin, Hist. de la congrég. de Saint-Maur, p. 311 et seq.; Lafiteau, éd. Nuzzi, I, 228 et seq.

l'église catholique. 32^

Le bref contre les « Réflexions morales. » Conduite indigne de l'archevêque de Paris.

68. On commençait de plus en plus à ouvrir les yeux sur les dangers de la secte jansénienne. Fénelon, archevêque de Cambrai, le plus noble des évêques de France, avait longuement exposé (1705) au Saint-Siège, dans un mémoire confidentiel, la situation de la France et des États voisins. Depuis 1703 jusqu'en 1707, plusieurs évêqnes avaient condamné les erreurs contenues dans les Réflexions morales de Quesnel et interdit cet ^ouvrage. Clément XI publia, le 13 juillet 1708, un bref qui défendait de le lire et de le propager sous peine d'excommunication, et ordonnait d'en brûler les exemplaires. Cette dernière disposition déplut aux Parlements, qui revendiquaient pour eux seuls le droit de faire brûler les livres. Ils n'acceptèrent pas le bref. Les jansénistes, de leur côté, le tournèrent en dérision, et prétendirent qu'on n'osait pas les condamner dans une bulle. L'archevêque de Paris, entièrement gagné au parti par le général des oratoriens, de la Tour, par Renaudot, Le Noir, Boileau et Duguet, se laissa entraîner à une vengeance vulgaire. Les libraires de Paris offraient publiquement en vente les lettres pastorales des évêques de Luçon et de la Rochelle (du 15 juillet 1710) contre le Nouveau Testament de Quesnel, et ils en avaient affiché l'annonce à tous les coins de rues ainsi qu'au palais archiépiscopal. L'archevêque se prétendit offensé ; il expulsa de Paris tous les étudiants en théologie de ces deux diocèses, enleva, dans son propre diocèse, la juridiction aux jésuites, qu'il considérait comme les auteurs de ces lettres pastorales, et interdit celles-ci le 28 avril 1711, sous prétexte qu'elles reproduisaient les erreurs de Baïus et de Jansénius. Les deux évêques, profondément blessés, s'eflbrcèrent en vain, de même que plusieurs autres, de calmer l'orgueil humilié de l'archevêque. Le roi lui conseilla de condamner de son propre chef l'écrit de Quesnel ; il parut y consentir, puis redevint hésitant, et déclara qu'il se conformerait à une bulle du pape, tout en étant convaincu qu'il n'en serait point pubUé.

Fénelon, Meniorlale SS. D. N. clam legendum, 0pp., ed. Par., 1822, t. XII, p. 596-619. Lafiteau, livre V, ii. 38. Censures épiscopales contre Quesnel de Gap (15 oct. 1703), Lyon, Narbonne, Besançon, etc. Gansa Quesnell., p. 178 et seq.; Lafiteau, l, p. 85. Fleury, t. LXVII, p. 97 et seq.; 627 etseq.; Kilber.loc.cit., p. 332, 368; Schill, p. 53 etsuiv.Clem. XI, Universi Dominici gregis, Clem. Bull., p. 177;Fleury, t. LXVII, p. 673; Lafiteau, I, p. 96 et seq.; Contre : Quesnel, Entretiens sur le décret de Rome, Fontaine, I, in-f» 5, 7, 74 et seq.; Joh. Frickius (pseudonyme), Inclementia Clemenlis, hoc est Bulla adv. Quesnelli observationes, Ulmai, 1714, in-4o. — Robbe, Diss. theol. de Jansen, Par., 1780. Tr. degratia, t. II, p. 130 et seq.; Daniel, Recueil des divers ouvrages, Par., 1724, 11,422; 111,363 etseq. — Guéranger, Instit. liturg., II, 256. Lettre pastorale desévèqnes de Luçon et de la Rochelle, Lafiteau, livre I, n. 1, n. 115;Fleury, t. LXVIII, p. 223. Mandement archiépiscopal ib. p. 242; Lafiteau, livre!, n. 121. Du Plessis d'Arg., III, II, p. 460»

La bulle « Unigenitus ».

69. Louis XIV chargea son ambassadeur à Rome (décembre 4711) de demander une bulle détaillée et relative à la situation de la France. Plusieurs évêques l'imitèrent ; tandis que Noailles continuait de tourner à tous les vents, tantôt promettant d'agir contre Quesnel, tantôt montrant des dispositions contraires. Clément XI institua une commission spéciale, dans laquelle le savant cardinal Charles-Augustin Fabroni, dévoué à l'auguslin Noris, eut la principale influence. Quesnel lui-même écrivit au pape (22 juillet 1712) qu'il rétracterait les propositions qui lui seraient signalées comme fausses, puis il demanda (22 septembre) d'être appelé à Rome pour y rendre compte de ses actes : démarche absolument inutile, car il ne s'agissait point de sa personne, mais de son livre.

Après un examen qui avait duré deux ans, la célèbre bullq Unigenitus fut publiée le 8 (13) septembre 1713, malgré tout ce qu'on avait fait pour l'empêcher; elle condamnait 101 propositions tirées des dernières éditions du livre de Quesnel, soit parce qu'elles reproduisaient formellement la doctrine de Jansénius, soit parce que, dans leur ensemble, elles contenaient des assertions indubitablement fausses et scandaleuses. Les quarante-trois premières traitent de l'élection et de la grâce et

l'église catholique. 331

renouvellent les cinq propositions de Jansénius; vingt-huit autres concernent les vertus théologales, la crainte et les yices qui lui sont contraires ; les trente dernières roulent sur l'Église, la discipline et les sacrements.

Le fond de la doctrine de Quesnel se réduit à ceci : 1° La grâce opère avec une puissance souveraine, elle est toujours efficace et irrésistible; sans elle, il n'y a que du mal dans l'homme ; les Juifs de l'Ancien Testament n'avaient point de grâce véritable, et les chrétiens privés de la grâce efficace appartiennent encore à l'ancienne alliance. Jésus-Christ n'est le Rédempteur que des élus. 2° Hors de l'amour surnaturel de Dieu, tout autre amour est mauvais; sans lui, point d'espérance en Dieu, point de véritable accomplissement de la loi, point de véritable prière, de mérite ni de religion. La crainte du châtiment est toujours mauvaise ; chaque prière que fait le pécheur est un péché nouveau. 3° L'Église ne se compose que de justes et d'élus; son premier pasteur ne peut excommunier qu'avec son consentement. L'Église moderne domine en tyran sur la foi des chrétiens et ne connaît point la vérité. Tous, même les ignorants, doivent lire la Bible ; les priver de cette lecture, c'est éloigner les fils de lumière de la source de la lumière. A la messe, le peuple doit réciter les prières avec le prêtre ; il faut exclure les pécheurs de son assistance, différer l'absolution jusqu'à ce que la pénitence ait été accomplie; en un mot, le sacrement de pénitence doit être adm'nistré avec sévérité. Une excommunication injuste ne rompt pas les rapports avec Jésus-Christ ; elle exclut le fidèle de l'Église visible, mais non de l'Église invisible; celui qui tient une excommunication pour injuste peut la dédaigner. Quesnel reproduit généralement les propositions de Jansénius et de Saint-Cyran, puis aussi les idées de Richer sur l'Église.

Lettres de Quesnel : Fleury, p. 428. Huth, K.-G., I, p. 273. Neueste Sammlung, t. XIV, II, p. 106; Bauer, p. 33 et suiv., Schill, p. 57 et suiv. Const. 8 sept. 1713, Bull., éd. Taur., XXI, 568 et seq.; Du Plessis d'Arg., 111, II, p. 461-476; Schill, p. 301 et suiv.; Renati Dubois, Collect, nov. act. publ. Const. Clem. Unigenitus, Lugd. Batav., 1725 ; C. M. Pfaff, Acta publ. Const. Unigenitus Tub., 1728; Errores et synopsis vitse Pasch. Quesnel, cujus 101 prop... accédant instrumenta publ,, Ant-

53è HISTOIRE DE L*ÉGLISE.

werp., 1727, in-12; Diss., qmhush[i\la.Unigenitits, contra librum.« Inclementia démentis » auctore Frickio defenditnr, Aug. Vind,, 1718, in-4"i; p. 136 et seq.; Biner, Appar., VIII, p. 879, 897; Bolgeni, Fatti dommatici, n. 320-323. La réalité du Conc. de Bourgfontaine, P. IV, an. 4. §5, p. 2(S7. Bauer, dans Laaclier Stimmen, 1874, II. p. 147 et suiv., Schill, p. 63 et suiv., 67 et siiiv.

Objections contre la bulle. Machinations de l'archevêque Noailles et de ses copartisans.

70. Les jansénistes reprochaient à la bulle de ne renfermer qu'une condamnation in globo, de ne point qualifier les propositions en particulier, et de ne point désigner toutes les propositions comme hérétiques : ce n'était donc point une règle de foi, mais une mesure de discipline réformable, qui ne réclamait que l'obéissance extérieure. On propagea cette erreur, qu'il n'y avait qu'une doctrine expressément condamnée par l'Église comme hérétique qui fût condamnable et anticatholique ; que ce qui n'était pas formellement imposé à la croyance sous peine d'excommunication, n'était pas obligatoire, comme la doctrine de l'infaillibilité du pape. Nulle part cependant, excepté en France, la publication de la bulle ne fut entravée.

L'archevêque de Paris révoqua (28 septembre) l'approbation qu'il avait donnée au Nouveau Testament de Quesnel, sans toutefois blâmer le livre. Le nonce Bentivoglio remit la bulle au roi, qui l'envoya à l'assemblée du clergé, réunie au mois d'octobre. Cette assemblée comprenait quarante-trois évoques. L'archevêque Noailles désirait qu'une introduction fût mise en tête de la bulle, qu'il trouvait un peu obscure; elle expliquerait les cent une propositions et montrerait en quoi elles étaient répréhensibles ; ce qui aurait permis d'établir la distinction du droit et du fait et à Quesnel de se justifier. Cette demande ayant déplu aux évêques, l'archevêque se rangea à l'opinion de ceux qui déclarèrent qu'après un certain temps on donnerait une lettre pastorale pour l'éclaircir.

Cette lettre, quand elle parut, ne fut pas de son goût, parcç qu'elle ne distinguait pas un bon sens et un mauvais sens. Il fit mine (janvier 1714), ainsi que d'autres évêques, de vouloir se séparer de l'assemblée, mais le roi l'en empêcha. Alors, il proposa, avec ses partisans, qui formaient la minorité de l'assem-

blée, de rédiger et d'approuver riustruction pastorale qu'on avait en vue, avant d'accepter la bulle elle-même. Cette proposition fut repoussée, et quarante évêques se prononcèrent (23 janvier) pour l'acceptation pure et simple de la constitution.

Bolgeni, loc. cit., n. 350-363. Theol. Curs. complet., éd. Migne, t. X, p. 532-619, 632; Christophe de Beaumont, Archiep. Par., de turbis Galliae modernis Instr. pastoral., \9 sept. 1756, n. 128-140. Cf. Gazzaniga, 0. Pr., Prselect. Iheol. de gratia, Diss. IV, c. vi, n. 8i. — Lau. teau, I, p. 130; Schill, p. 77 etsuiv.

Résistance de neuf évêques.

71. Neuf évêques refusèrent leur signature, parce qu'ils n''adniettaient pas que les propositions censurées étaient fausses dans le sens de Quesnel. Ils n'approuvèrent pas davantage l'instruction pastorale dont il fut donné lecture le 1" févriersous prétexte que, la bulle étant obscure, il fallait d'abord de-: mander des explications au pape. C'est en ce sens qu'ils écrivirent à Clément XI (5 février), tandis que la majorité envoyait à Rome une lettre de remerciements. Cette minorité voulait qu'on n'acceptât la bulle que dans le sens de l'instruction pastorale qu'on y avait ajoutée, et que la Bulle elle-même fût considérée comme incertaine et obscure. Sur un ordre du roi, le Parlement enregistra la bulle (15 février 1714), mais d'une manière offensante pour le pape et en réservant les principes gallicans. La Sorbonne, également obligée par le roi de l'enregistrer, reçut de l'archevêque, le 1" mars, la défense de recevoir la bulle ou d'en faire usage sans son approbation, parce qu'il s'était adressé au pape pour avoir d'autres renseignements. Ce décret imprimé (26 mars) fut rangé à Rome parmi les écrits défendus.

Cependant la majorité de la Faculté ne se laissa pas intimider ; cent vingt-huit docteurs se prononcèrent pour l'acceptation de la Constitution; peu firent des propositions contraires. L'enregistrement fut résolu à une grande majorité, de même que l'exclusion de la Faculté pour ceux qui y feraient opposition. Le 20 mars, le décret fut présenté au roi. Plus tard, vingt-huit docteurs ayant prétendu que ce décret était invalide, le roi

ordonna (10 avril) de les exclure de la Faculté et exila de la ville quelques-uns des opposants. Bientôt soixante-douze autres évèques se joignirent aux quarante qui avaient approuvé la bulle, et, parmi les anciens opposants, l'évèque de Laon. Les tiuit qui résistaient encore furent renforcés par sept autres. Ces quinze voulaient simplement attendre les éclaircissements du pape; tous, à l'exception de i'evèque de Mirepoix, condamnaient le livre de Quesnel.

Instruction pastorale, PfalT, loc. cit., p. 53 et seq.; Schill, p. 83 et suiv. Sur l'aeceptalion de la bulle dans les divei'ses provinces, Languet, (évèq. de Soissons), Instr. pastor. Monitum ad Appellantes, II, Duaci, 1720, m-4'', p. 7-22; Migne, loc. cit., p. oöö; iNeueste Sammlung, t. XIV, II, p. 117. — Relation de Tournely, du Plessis d'Arg., 111, ii, p. 177; Latileau, livre I, n. 210; Hard., Conc. XI, 1642 et seq.; Fleury, t. LXVIII, p. 590, 618 (ibid., p. 600, un exti'ait de l'instruction). Réfutation par le cardinal de Rohan de ce sentiment qu'une acceptation restreinte éfait sutlisaute, dans Languet, loc. cit., p. 111, d. d. 15 juin 1718. Lettres patentes du roi, Ilard., p. 1649. Négociations du parlement, Languet, loc. cit., I, n. 15, 33. Latiteau, livre Il,n. 10, 32; Chr. de Reaumuut. loc. cit., p, 113, éd. Aug. Vind., 1737. Ordonnance archiépiscopale, Frick, Inclementia démentis, p. 98. Négociations de la Sorbonne et avec la Sorbonne: du Plessis d'Arg., Ill, i, p. 164-168 (Relation de Tournely, p. 177-179). Languet, II, n. 61. Laliteau, livre 11, n. 61 j Bauer, p. 150-1 57«

Négociations avec l'archevêque et à son sujet. Mort de Louis XIV.

'72. Clément Xi se proposait de mander à Rome le cardinalarchevêque Noailles pour lui faire rendre compte de sa conduite. Le roi y eût volontiers consenti si les « principes gallicans )) ne l'en avaient empêché. Des négociations eurent lieu avec iNoailies depuis le 20 juiu jusqu'à la fin d'uctohre, et ne donnèrent aucun résultat. Alors Louis XIV envoya au pape (janvier 1715) un ambassadeur spécial pour le prier d'annuler les lettres pastorales des opposants, et de donner son consentement à un (oncile national où l'un procéderait à leur condamnation. Comme Tafiaire aurait traîné en longueur, Clément XI eavoya au roi deux brefs concernant le cardinal indocile : l'un

L^ÉGLISE CATHOLÎQUË. SSS

modéré et dont il ne devait faire usage que s'il y avait des chances certaines de soumission; l'autre plus sévère, en cas d'opiniâtreté. Ce dernier, trop dur pour des oreilles gallicanes, déplut au roi ; Louis XIV revint à son concile national, lequel devrait au besoin se réunir sans l'approbation du pape. Après de longues négociations, il fut convenu qu'on exigerait par un bref la soumission des récalcitrants, que si elle était refusée, on réunirait un concile national pour les juger. Le roi accepta cette proposition, mais le Parlement souleva des difficultés; il était injusto, disait-il, de vouloir forcer la soumission des évoques, alors que le consentement de tout l'épiscopat n'avait pas encore constaté le caractère dogmatique de la bulle, et qu'elle ne pouvait pas auparavant devenir loi de l'État.

Déjà le vieux roi s'apprêtait à briser lui-même la résistance du Parlement lorsqu'il fut surpris par la mort (1" septembre 1715). Le rôle de médiateur que le duc d'Orléans, devenu régent, essaya de jouer, fut très favorable à l'opposition schismatique. Le régent reçut de Noailles une demi-promesse que la bulle serait acceptée dans l'espace d'un mois, et crut qu'il obtiendrait tout par la bonté. 11 le nomma président du conseil secret de conscience et lui donna ainsi une influence considérable sur les nominations d'évêques. Toutes choses que le pape ne pouvait que désapprouver (1" octobre).

Lafiteau, livre II, n. 112 et seq.; livre III, n. 3. Fleury, t. LXIX, p. 43; Ciem. XI, Brevia, p. 2033 et seq.; 2091. Bauer, p. 133 et suiv. Schill, p. 95 et suiv., 120 et suiv.

Écrits contre la boUe « Untgrenltas ». Révolte des nniversités«

Hostilité contre les évêques dévoués au pape.

73. La constitution Unigenitus était incessamment attaquée dans des écrits acerbes et mordants. Un licencié de Sorbonne, Jacques Fouillou (mort en 1736), entassa dans son Hexaple des passages de l'Écriture et des Pères, qu'il dénatura à sa fantaisie, pour établir l'orthodoxie de Quesnel et l'hétérodoxie de la bulle du pape. L'oratorien Vivien de la Borde (mort en 1784), marchant sur les traces de E. Richer, soutint la théorie sui-

vante, dans son traité du Témoignage de la vérité dans l'Église. La totalité de l'Église, y compris les laïques, doit rendre son témoignage sur les décrets de la foi, même quand ils émanent de l'Kglise universelle, et un décret ne peut devenir règle de foi que lorsqu'il n'est pas contredit par une portion notable de l'Église ; de là cette conséquence que la constitution Unigenitus ne pouvait être une règle dogmatique.

Ces deux livres furent condamnés par l'assemblée du clergé (29 octobre 1715), mais l'impression de la censure fut empêchée par la soustraction de l'original. A la Sorbonne, l'exclusion de six docteurs (10 avril 1714), fut considérée comme une preuve du défaut de liberté, le décret du 5 mars 1714 fut déclaré faux et interpolé (5 décembre 1715); cela venait de ce que le réfractaire Hyacinthe Ravachet étant devenu syndic, le parti janséniste avait acquis la prédominance et en usait sans ménagements. Le 2 janvier 1716, il fut résolu que le décret de mars 1714 serait anéanti et les frais d'impression mis à la charge des docteurs qui l'avaient provoqué; vingt-deux docteurs protestèrent et furent expulsés (6 janvier). Cet exemple fut bientôt suivi par les universités de Nantes (2 janvier 1716) et de Reims (26 juin). Quand les évêques voulurent réclamer, les Parlements soutinrent les universités. Le chapitre et quelques curés s'élevèrent contre l'arcbevêque de Reims. L'évêque de Toulon (14 mars 1716) et d'autres évêques ayant défendu à leurs théologiens de fréquenter l'université de Paris, la colère des Parlements et des docteurs ne connut plus de bornes.

(j. P'ouillou) Les Hexaples ou les six colonnes sur la Constitution Unigenitus, Paris, 1715 (t. VI, prop. 90, le système de Richer y est défendu comme dans Courrayer, témoignage de la vérité interdit même parle parlement de Paris, 21 février. Là-dessus. Corigr. Cleri Gallic, Collect, des procès-verbaux, t. VI, Pièces jiistilicatives, p.îJOoesteq.; Beauniont, De turbis Call. p. 168 et seq.; Languet, 111, p. 46; Lafileau, livre III, n. 9-38). — Relation de Tournély en 1729 ; Du Plessis d'Arg., III, I, p. 179-181 ; Lafiteau, loc. cit., n. 33-36; Fleury, t. LXIX, p. 88. Bauer, p. 154-156; Schill, p. 113 et suiv,, 124et suiv.

l'église catholique. 33?

Requête adressée au pape par quelques évêques orthodoxes. Clément XI contre Zes réfractaires.

74. On parvint par la ruse à persuader à quelques évêques orthodoxes que les rebelles se soumettraient à la bulle si le pape consentait à l'expliquer, et on les décida ainsi à signer une supplique qui serait adressée au pape. Cette supplique, on l'envoya en Hollande, et non à Rome, afin de prouver aux jansénistes qu'il y avait déjà trente évêques qui trouvaient la buUe obscure. Les évêques orthodoxes, surtout ceux de Noyon et d'Agde, dévoilèrent l'imposture, mais l'opposition n'en devint que plus acharnée. Le Saint-Siège se trouvait dans une position singulièrement critique. S'il usait de sévérité contre les réfractaires, il était à craindre que des évêques, bien intentionnés d'ailleurs, ne prissent parti pour leurs collègues par suite de leurs faux principes; s'il convoquait un concile général, il avouait aux adversaires que les décisions du pape avaient besoin de la confirmation d'un concile ; s'il supportait eu patience tant d'injures dont il était l'objet, il courait risque de renverser entièrement l'ordre ecclésiastique dans un pays déjà si bouleversé et de favoriser la prédominance des sectaires.

Le 1" mai 1716, Clément XI écrivit au régent de décider Noailles et ses partisans à se soumettre dans l'espace de deux mois, sinon il déposerait le premier du cardinalat et sévirait contre les autres. Il blâma l'ordonnance selon laquelle toutes les controverses devaient être déférées au conseil de conscience, présidé par Noailles, et exhorta sérieusement les quinze prélats schismatiques à rentrer en eux-mêmes. Le régent, conseillé par Noailles, dépêcha à Rome le janséniste Chevalier, vicaire général de Meaux, pour représenter au pape les difficultés qui s'élevaient contre sa constitution et les tentatives qu'on faisait en France afin de les résoudre, en sollicitant son approbation. Il rappellerait enfin les maximes gallicanes. Dans un consistoire tenu le 27 juin, le pape prononça pendant trois heures un discours émouvant, où il exposa son dessein d'enlever à Noailles la dignité de cardinal. Tout le sacré collège se rangea de son avis. 11 ne donna pas audience au député janséniste, mais permit seulement à. deux cardinaux de s'abouchßr avec lui, et Yi. — msT, DE l'église. 22

â38 HISTOIRE DE l'église*

dès qu'il connut sa déloyauté et ses intrigues, il ordonna de rompre les conférences. Ctievalier et son auxiliaire La Borde ne purent obtenir l'aveu que la bulle était équivoque et avait besoin d'éclaircissements. Un autre délégué, le cardinal de la Trémouille, qui désavoua lui-même la conduite de Chevalier, n'obtint rien du pape Clément XI.

Lafiteau, livre III, n. 61-70, 79 et seq.; Fleury, t. LXIX, p. 233, 241 et seq., Ciem. XI, Brevia, p. 2091 ; Languet,III, p. 48, Bauer, p. 154-156. Schill, p. 127-135.

L'écrit en trois colonnes. Décrets du pape (novembre 1716). Démarches odieuses des opposants. Vaines tentatives de conciliation.

75. Noailles, suivant ce qui avait été fait déjà pour le livre de Jansénius, fit rédiger sur trois colonnes un écrit qui devait être remis au pape par l'entremise du régent : cet écrit distinguait dans Quesnel un sens hérétique et un sens orthodoxe. Le régent le communiqua d'abord aux évèques acceptants. Ceux-ci trouvèrent le troisième sens forcé et antinaturel, et le pape refusa d'avance de recevoir ce document. Tandis que les présidents des trois classes de cardinaux adressaient à JNoailles un avertissement amical (lu novembre 1716), le pape écrivit au régent (23 novembre), pour lui démontrer l'inopportunité des mesures qu'il avait adoptées jusque-là et lui exprimer l'espoir que le régent lui prêterait secours dans le cas où il serait contraint de procéder contre le cardinal-archevêque ; il exhorta à la persévérance les évêques lldèies à l'ÉgUse, les mit en garde contre de nouvehes intrigues, surtout en ce qui concernait l'espoir ou seulement la permission d'une exphcation de la Bulle, (juant à la Sorbonne, il lui enleva tous ses privilèges ponliücaux (18 novembre), et suspendit la collation des grades académiques. Les Parlements, les procui'ateurs du clergé et plusieurs évêques réclamèrent.

Les actes de Rome, non revêtus du placet, furent envoyés au régent, conformément à ses ordres. Le pape lui prouva qu'avant 16ö5 aucune bulle dogmatique n'avait été enregistrée (Eiu jParlemeut; qu'avaat 1653 aucune u'avait été publiée par

l'église catholique. 3â9!

ordre du roi ; qu'avant Philippe IV on ne savait pas ce qu'était le placet, bien qu'on l'appelât aujourd'hui une loi antique, immémoriale. Les catholiques fidèles étaient plongés dans une morne tristesse, tandis que l'hérésie célébrait ses bacchanales. Beaucoup de curés du diocèsede Paris exhortèrent l'archevêque, dans une adresse, à faire à la bulle une résistance magnanime (13 décembre 1716) et cent docteurs de Sorbonne, craignant de demeurer en arrière, allèrent, à l'instigation de leur syndic Ravachet, en procession devant le palais archiépiscopal (12 janvier 1717), pour l'assurer de leur concours tant qu'il persévérerait dans sa résistance au pape, dans sa fidélité à la France, à la vérité et à l'Église.

La révolution religieuse, prélude de la révolution politique qui allait éclater, était complètement déchaînée, et cependant il y avait encore quantité d'esprits faibles, mais bien intentionnés, qui espéraient rétablir la paix entre les partis contendants, par des conférences, des assemblées, des conciles. Tel était le cardinal de Rohan, qui avait pour maxime qu'il fallait s'entendre avec l'opposition. Dix-huit , puis trente évoques, se réunirent à cette fin avec l'assentiment du régent, dans le palais de Rohan, et formèrent une commission pour préparer des conférences. Les acceptants, comme on les appelait, eurent la faiblesse, dans l'espérance illusoire de gagner les récusants, de condescendre à mille supplications, d'entrer dans différents projets et de se relâcher sans cesse de leurs prétentions. On proposa de s'entendre sur les points de doctrine, et on demanda aux récusants de signer d'avance une formule d'acceptation. Ils refusèrent leur signature, et pendant les discussions sur la doctrine, leur perfidie devint de plus eu plus manifeste ; ils ne présentèrent qu'une formule d'acceptation absolument dérisoire, et accusèrent même le pape (par exemple Noailles dans un de ses écrits) d'avoir condamné vingt- six « vérités catholiques. »

L'ouvrage en trois colonnes, dans Bissy, Instruc. past., Recueil, p. 1 et seq.; Lafitean, liv. III, n. i24-J28; t. I, p. 313 et suiv. Lettre des cardinaux du 16 nov. 1716 : Fleury, t. LXIX, p. 269. — Clem. XI, Brevia, p. 2187, 2179; Bull., p. 499, 238 et seq. ; Fleury, loc. cit., p. 276 fit seq.; 282 et seq.; 297 et seq. — Ibid., p. 336, 499. Les lettres

des Curés de Paris et du diocèse à S. Em. Mgrle Cardinal de Noailles, 15 déc. 1716, avec sept autres productions semblables des diocèses de Senlis, Evreux, Nevers, etc. furent condamnées le 17 février 1717 par l'inquisition ; Du Plessis d'Arg., 111, ii,p. 606-608. — I.afiteau, liv. III, n. 158-177, 179-181 ; Bauer, p. 139-162; Schill, p. 136-142.

Les appelants.

76. Le 1" mars 1717, les quatre évêques de Mirepoix, Montpellier, Boulogne et Senez appelèrent de la constitution Unigeïiitus à un concile général , et firent part de leur démarche à la Sorbonne, qui se joignit gaiement à eux, trois ans aprèsavoir solennellement accepté la constitution. Le notaire Durand déclara qu'il était;prêt, moyennant une forte somme, à faire afficher cet acte sur les places publiques de Rome. Cette fois, le régent ordonna aux évêques appelants de quitter la capitale, exila en Bretagne le syndic Ravachet et fit dissoudre les conférences. Les évêques acceptants, amèrement désabusés, se réunirent encore chez le cardinal de Rohan, et adressèrent, au nombre de 28 (le 6 mars), une plainte au régent contre les arrogances et les excès des universités, des chapitres, des curés et contre les écrivains qui soutenaient les jansénistes. Tous les éléments de l'hérésie étaient en fermentation.

On vit surgir le parti des appelants, qu'encouragèrent d'abord les universités de Reims et de Nantes (8, 10 mars), les évêques de Verdun et de Pamiers (22 mars et 12 avril), et que l'archevêque de Paris appuya de toute son influence. Le pape avait essayé, en termes touchants (25 mars), de faire comprendre à l'archevêque les maux qu'entraînerait le schisme. Ce dernier, après une longue attente, répondit au langage du pape, d'une façon extrêmement hautaine.

Les appelants faisaient valoir les raisons suivantes : ï^ les évêques n'avaient pas consulté l'écriture et la tradition ; ceux de France n'avaient pas mûrement examiné l'alfaire, et ceux de l'étranger, dans leur persuasion que le pape était infaillible, avaient consenti à l'aveugle; 2° la Bulle était équivoque et n'avait pas été partout entendue dans le même sens ; 3" il n'y avait pas l'unanimité morale parmi les évêques, car un grand nombre n'avaient pas donné leur adhésion; 4° il était nécessaire de réunir un concile général, qui seul garantirait aux évêques

l'église catholique. 341

une véritable liberté, où du moins il fallait qu'il y eût acceptation expresse de la part de tout l'épiscopat ; 5' les libertés gallicanes avaient été violées dans la procédure.

Embarrassés de leur isolement, dont il se plaignirent plus d'une fois, ne formant qu'un nombre imperceptible de confesseurs de la vérité, les appelants imaginèrent d'après les doctrines de Richer, Dupin, etc., quantité de théories nouvelles pour résoudre la question de savoir où se trouve l'enseignement infaillible de l'Eglise. Les quatre évêques des appelants le plaçaient uniquement dans le concile général ; beaucoup de laïques croyaient qu'il se trouve hors du concile, quand il y a unanimité absolue, mathématique ; Laborde le cherchait dans la minorité opprimée des évêques. D'autres mettaient des conditions à l'infaillibilité de l'épiscopat : 1° Etudes persévérantes et érudition; 2° absence de préjugés, rejet de l'infaillibilité du pape, car l'opinion erronée que professent les évêques italiens et espagnols leur enlève cet esprit de discernement qui fait la gloire de l'Église de France et ne permet pas d'y établir l'inquisition; 3° débats préalables dans les conciles provinciaux; 4° déhbération avec les prêtres du second ordre dont quelques-uns devaient avoir voix décisive; 5° assentiment de l'opinion publique. D'autres faisaient de la conscience privée le juge infaillible en matière de foi; d'autres enfin n'admettaient aucune espèce de juge. C'était une confusion complète dans les idées.

Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n" 76.

Acte d'appel interjeté le 1" mars 1717 par les Illustr. et Rév. Evêques de Mirepoix (Pierre de la Broux, mort en 1720), de Senez Pierre Soanen, mort en 1740), de Montpelliei (Charles Joachim Colbert, mort en 1738), et de Boulogne (Pierre de Langle, mort en 1724), au futur Concile général de la Constitution de N. S. P. Clément XI, lat. dans Fleury, t. LXIX, p. 4o6; Pfaff, p. 251 et seq.; mis à l'index le 16 febr. 1718. Adhésion de la Sorbonne : Rapport de Tournely, du Plessis d'Arg., III, i, p. 181. Pfaff, p. 431 et seq. ; 263 et seq.; Fleury, loc. cit., p. 471 et seq. Démarches des 28 évêques ; Laflteau, livre IV, u. 13-19. Contre l'appellation : Parallelum appellationis quatuor episcoporum Gallise cum appellatione tum Lutheri tum Pelagianorum, publié le 3 mai 1717. Appellations des Universités de Reim s et de Nantes, des évêques de Verdun et de Pamiers, Fleury, p. 475,

3i2 .HISTOIRE DE l'ÉGLISE

483, 488. Appellation du Card, de Noailles, Lafiteau, livre IV, n. 21; Fleury, p. 523;Pfaff, p.276 etseq. Il y est dit : « A Pontitice manifeste decepto et Constitutione Unigenitus juxta Constantiensis et Basil. Concilii décréta ad Pontiflcem melius edocendum et Concilinm generale libère et in loco tuto celebrandum... appellamus. Bref à Noailles Clem. XI, Breviap. 2226. Réponse de l'archev. dans Pfafî, p. 600 et seq. (ital.), p. 327 et seq. ; (en franc); Bauer, p. 162-164; Schill, p. 143 et suiv. — Arguments des Appellants : Le Gros, Du renversement des libertés de l'Église gallic. dans l'affaire delaConst. Unigenitus, 1716, 2 vol., Bauer, p. 170. Plaintes sur le nombre prodigieux des acceptants, l'évêque Soanen, ep. 6. en mars 1734. Réflexions succinctes sur la Constitution Unigenitus, p. 69. Dans son Monitum pastorale, III, Duaci, 1721 in-4°, p. 30-135 (28 nov. 1718), l'évêque Languet comptait onze théories sur l'enseignement infaillible. Contre les évêques d'Italie et d'Espagne voyez Lafiteau, liv. V, u. 36. Ouvrages en faveur du presbytérianisme et du parochianisme : Le gouvernement des diocèses en commun par les évêques et les curés. De antiquo presbyterorum jure in regimine ecclesiastico. — Defensor parochorum Parisiensium ; — Institution divine des curés et leur droit au gouvernement des diocèses. — Les prêtres juges dans les Conciles avec les évoques. — Les prêtres juges de la foi, etc. Cf. Lafiteau, II, p. 21, éd. Nuzzi ; Nardi, De Parochis, I, 363; plus modéré : le Gard, de la Luzerne : Diss. sur les droits et devoirs respectifs des évêques et des prêtres, diss. V, éd. Migne, p. 473 et seq. ; Théories démocratiques : Biner, App. VIII, 863 et seq. Prostratse liber tates Eccl. Gallic. I, 440. En témoignage de la vérité, p. 36; Neueste Sammlung von Schriften, Augsb., 178.5, t. XV, p. 32. Bauer, p. 171-

La loi du silence. Les appelants excommuniés par le pape.

77. Les appelants disposaient de ressources en argent considérables, grâce à un fond laissé par Pierre Nicole (mort en 1695) en faveur des jansénistes, et aux cotisations annuelles des membres de la secte. Ils payaient souvent à un très haut prix les signatures des catholiques qui protestaient et élevaient presque aux nues l'autorité et le savoir de leurs adhérents, bien que leur nombre demeurât en somme fort restreint et que huit évêques seulement se fussent joints aux autres évêques appelants. Leur principal soutien était le cardinal-archevêque de Paris, que ses partisans encourageaient sans cesse à repousser toute tentative d'accommodement. Le 7 octobre 1717, le régent imposa la loi du silence ; il fut défendu de discuter sur la bulle

dans aucune école et de se renvoyer les qualificatifs de janséniste et de schismatique; aucun appelant ne devait être excommunié par un évêque avant que le pape ait rétabli la paix. En faisant cela, le régent empiétait sur le domaine ecclésiastique, il supprimait le décret du 14 février 171-4, qui faisait de la bulle une loi de l'Etat; il sanctionnait la neutralité entre la vérité et l'erreur, ainsi que s'en plaignait Clément XI.

Le 8 mars 1718, parut un décret de l'inquisition qui condamnait l'appellation des quatre évèques comme schismatique et hérétique, et celle de Noailles comme schismatique et favorisant l'hérésie. Le parlement traita ce décret à sa manière accoutumée; il ut de même contre le cardinal François de Mailly, archevêque de Reims, un des plus dignes prélats qui avaient attaqué la loi du silence. Une bulle du 28 août 1718 (1) publiée le 8 septembre excommunia les appelants et exhorta les fidèles à se garder de leurs artifices. La nouvelle bulle vengeait résolument la constitution Unigenitus des attaques dont elle était l'objet, ainsi que la conduite du Saint-Siège et la foi catholique. Les universités, les chapitres, les parlements, les curés de France renouvelèrent leur appel au concile général, leurs protestations contre les bulles du pape et son infaillibilité (que l'université de Caen ne craignit pas de traiter d'hérésie), le tout avec des démonstrations souvent ridicules.

Cette fois (24 septembre), Noailles communiqua à son clergé son appellation transformée et les anciennes scènes se renouvelèrent à la Sorbonne, bien que plus de cinq cents docteurs se fussent prononcés auprès du régent contre les appelants et pour la bulle 6'w^ewY?/s(29 octobre 17 18). Le parti qui dominait dans la faculté en expulsa 28 docteurs (depuis le 19 janvier 1719), qui osaient soutenir que la doctrine de l'infaillibilité du pape n'était pas une hérésie; elle rouvrit son sein (l" juin) à Petit- Pied qu'elle avait chassé en 1703, et qui revenu de Hollande, avait établi, aux portes de Paris, une nouvelle manière de célébrer la messe, et permettait aux femmes de hre publiquement l'Évangile dans les églises. Le régent le fit de nouveau expulser du pays (6 juillet), ordonna à la faculté de rayer le décret contre l'infaillibilité, et prorogea pour un an sa loi du silence (5 juin 1719). Toutefois, la Sorbonne persévéra dans ses

(1) Bulle Pastoralis ofßcii de Clément XI.

vues, et les parlements vexèrent de mille manières les évêques fidèles au pape, ils firent brûler leurs lettres pastorales comme dangereuses pour l'État.

Ressources pécuniaires des Jansénistes, Fénelon, Mémoriale, 1703. Œuvres, XII, 598; Pelitot, Collect, des Mémoires, t. XXXIII, p. 243 ; picot, Mémoires pour servira l'iiist. eccl., II, 662; Lafiteau, t. II, p, 5 et seq.; Fleury, t. LXIX, p. 302 et seq.; Huth, I, p. 294. Sur le petit nombre des appelants : Picot, I, 138; Clef du Cabinet des princes de l'Europe, 1717, t. XXVII, p. 6. Scbill,p. 147. Sur la conduite de Noailles, Bauer, p. 175-178. — Clef du Cabinet, loc. cit., p. 397; PfafT, p. 345 et seq ; Schill, p. 138 et suiv. En sens contraire : Parallèle entre le Type de l'empereur Constant et les déclarations du Roi, 1717, condamné au feu par le parlement, Picot, II, p. 25; Clément XI au régent, 7 déc. 1717; Clem. Epist., p. 226 et seq.; Fleury, p. 532 et seq. ; Décret, inquis.; Clef du cabinet, 1718, t. XXVIII, p. 459. Mesures du Parlement à rencontre, ibid., p. 427, 493; Fleury, p. 717, afifaire de Tarchevêq. de Reims, Clef du Cab. loc. cit., p. 419, 435, 491. — Const. Pustoralis ofßcii, Bull. Clem. XI, p. 271 et seq. ; Pfaff, p. 416 et seq.; Fleury, p. 726 et seq. Tempête qu'elle soulève : Clef du Cabinet, t. XXVIII, p. 94 et seq.; t. XXIX, p. 360, 433, 393; t. XXX, p. 40 et seq.; Fleury, t. LXX, p. 58 et seq.; 83 et seq.; Pfatf, p. 426 et seq.; 386 et seq.; Bauer, p. 180-183; Schill, p. 164 et suiv., Déclaration de plus de 500 docteurs contre les appelants. Du Plessis d'Arg., III, i, p. 168. Petitpied, Fleury, t. LXX, p. 232 et seq.; Lafiteau, II, 93 et seq. ; Picot, II, p. 65 et seq.; Hist.-pol. BL, 1874, t. LXXIV, p. 730 et suiv., Loi du 5 juin 1719 : Clef du Cab., t. XXXI, p. 95; Pfaff, p. 611 et seq.; Procédure des Parlements, Fleury, t. LXX, p. 69, 80, 228 et seq. ; Schill, p. 184-186.

Nouveaux essais de conciliation.

78. Quoique Noailles, dans la lettre pastorale (14 janvier 1719) où il justifiait son appellation, eût émis les plus grossières erreurs et que cette lettre eût été condamnée à Rome (3 août), plusieurs évêques zélés continuèrent avec lui leurs essais d'accommodement. Le 12 mars 1720, il signa une longue explication de la Bulle Unigenitus, en faveur de laquelle on avait recueilli à la bâte 95 signatures. Mais bientôt il se laissa de recbef intimider par le parti qui l'avait dominé jusque là, consola ses curés par une acceptation singulièrement res-

l'église catholique. 348

treinte, fit propager deux écrits jansénistes très hostiles au pape, et laissa bientôt reparaître les appellations jansénistes, surtout après que ses collègues, les appelants , eurent déploré son « apostasie » . La cour, cette fois encore, ne prit que des demimesures; elle rétracta une partie de celles qu'elle avait adoptées, se laissa entraver par les tergiversations de Noailles, qui changeait constamment de couleur, entretint avec Rome des négociations peu actives et perdit de plus en plus de son crédit. Plusieurs espéraient qu'un pape nouveau et moins exigeant ferait de plus grandes concessions et retirerait peut-être la bulle Unigenitus. Ils comptaient même réhabiliter la mémoire de Quesnel, mort à Amsterdam le 2 décembre 1719, âgé de quatrevingt-cinq ans, sans avoir rétracté ses erreurs, attendu que ce saint homme n'avait pas été du tout compris à Rome.

Decr. Inquis.,3 aug. 1719; Bull. Clera., p. 522. Fleury, p. 213 et seq. — La déclaration de Noailles portait : « Juxta corpus doctrinae recipimus constitutionem Unigenitus, juxta praefatas explicationes, in quibus verus continetur sensus. » Schill, p. 186 et suiv., 193 et suiv Ouvrages répandus à cette époque : 1° Mémoires sur la paix de l'Église (il y était dit que Le mal venait de la Bulle même. On ne peut admettre ni comme évêque ni comme bon Français une condamnation des 101 propositions dans leur sens propre et naturel). 2° Notes sur les explications. Cf. Lafiteau, II, 112 et seq.; L. V, n. 71. Mémoires dumarécha de Villars (Petitot, Collect., t. LXX, p. 49-55). Mém. de Duclos (ib., t. LXXVI, p. 431). Bauer, p. 183 et suiv., Schill, p. 186 et suiv.

Les appelants sous Innocent XIII et Benoît XIII.

79. C'est dans cesensquelesseptévêquesde Senez, Boulogne, Montpellier, Pamiers, Màcon, Auxerre et Tournai, adressèrent à Innocent XIII (le 9 juin 1721), une lettre qui fit un détour et arriva très tard à Rome. Le nouveau pape la condamna immédiatement (3 juin 1722) comme une pièce schismatique et entachée d'hérésie. Puis il se plaignit au roi et au régent des intrigues de ces prélats qui avaient injurié son prédécesseur, rejeté une constitution apostolique et osé faire du pape le complice de leur crime. Il dépeignait les dangers que la propagation de ces doctrines faisait courir à la France, et demandait assistance contre les funestes desseins des ennemis

346 HISTOIRE DE l'églisï:.

de l'Église. Le conseil d'État, quand les brefs du pape lui parvinrent, qualifia (19 août) la lettre insolente des sept évêques d'attentat contre l'autorité ecclésiastique et l'autorité civile, et il fut décidé qu'on procéderait contre les auteurs et les propagateurs delalettre. L'évêquede Meaux, cardinal Bissy, champion décidé des principes ecclésiastiques, publia une lettre pastorale énergique contre les appelants et leur lettre criminelle. La lettre de l'évêque fut dénoncée au Parlement comme dangereuse à l'État, après qu'on eut pris l'avis des jansénistes. [Le roi défendit toute intervention dans cette affaire et le conseil d'État supprima cet avis comme calomniateur (23 mai 1723). L'élection de BenoîtXIII, dominicain etancien ami de Noailles, réveilla les espérances desquesnellistes. Ala lettre de félicitation du cardinal archevêque, Benoît XIII répondit qu'il se réjouissait dans l'espoir qu'il entrerait dans une voie pacifique, que pour lui il ne s'écarterait pas de la ligne de ses prédécesseurs. Noailles essaya alors de justifier son ancienne opposition par la crainte qu'il avait eue que la bulle ne fût entendue dans un sens contraire à la doctrine de saint Angustin et de saint Thomas, ainsi qu'au libre arbitre conçu d'après l'école thomiste (1" octobre). Le pape déclara dans plusieurs documents que cette crainte n'était pas fondée, que c'était là une pure calomnie; Noailles envoya douze articles où il prétendait expliquer la bulle; ces articles étaient absolument inacceptables. Une congrégation de cinq cardinaux décida que l'archevêque de Paris devait admettre la constitution Unigenitus purement et sans réserve et rétracter son instruction du 14 janvier 1719; elle élabora dans ce but po'ir l'archevêque de Paris (fin mars 1 725), le projet d'un nouveau mandement qui satisferait aux exigences de l'Église. Les amis jansénistes de Noailles empêchèrent sa soumission ; on alla même jusqu'à imprimer les douze articles envoyés à Rome et tenus secrets jusqu'alors, en les faisant passer pour des explications de la bulle que le pape aurait expédiées en France dans le mois de mars 1725. Sur la demande du nonce, le roi fit supprimer cet écrit (11 juin 1725). le parti soutint alors que le pape avait du moins promis d'approuver les articles ; Noailles en sollicita l'approbation (23 juillet) et déclara qu'il publierait une autre lettre pastorale. Il le fit dans la suite (1" septembre).

l'église câtholtoue. 34?

Brefs Dens totius consolationis et Sollicitudo omnium, dans Du Plessis d'Arg., IIF, II, p. 476-482. Gard. Bissy, Instruction pastorale, d. d. 7 juin 1722, II^ éd., Par., 1728; Laüteau, II, p. 128 et seq. ; Fleury, t. LXXI, p. 278 et seq. — Témoignage de l'Église univ. en faveur de la Bulle u'm'9'emiî<s Bruxell, 1718. Nouveaux témoignages surl'acceptation. Appendice à la lettre pastox'ale du 7 juin 1722 (témoignages brièvement rapportés dans Schill, p. 317-334). — Fleury, t. iXXI, p. 273 et seq.; 731 et seq. ; Bauer, loc. cit., 1874, H. XI, p. 492-498 ; Schill, p. 200-217.

80. Tous les esprits bien pensants étaient révoltés de tant de subterfuges, de tant d'acharnement dans la mauvaise foi, les cardinaux Bissy, Fleury et Rohan écrivirent au pape (20 octobre 1725) qu'il était inconcevable que Noailles osât encore poser des conditions, présenter des demandes et attenter à la dignité du siège apostolique. Beaumont , évêque de Saintes, réfuta les douze articles dans une lettre pastorale, dont Rome fit un grand éloge (26 novembre). La congrégation romaine renforcée de dominicains, de franciscains et de bénédictins, y décida (février 1726) que les douze articles et la nouvelle lettre pastorale de Noailles étaient inacceptables, que ce prélat devait publier le projet qu'on lui avait envoyé de Rome et qu'il ne recevrait pasdebref avant de l'avoir fait. Louis XV y consentit et fit transmettre la décision au cardinal consterné. Noailles était irrésolu. Les curés jansénistes l'adjurèrent de persister et lui remirent une plainte contre la lettre pastorale de l'évêque de Saintes, offensante pour leur premier pasteur. Cette lettre fut également attaquée parColbert, évêque de Montpellier.

Noailles écrivit alors au pape une lettre larmoyante, où il dénaturait les faits et se présentait aux yeux du monde comme une victime innocente ; il publia, en vue de la France, un récit entièrement altéré des précédentes négociations. Rome lui répondit par un « récit Tidèle » de tout ce qui s'était passé. Au moment même où les douze articles avaient été imprimés en France comme une prétendue concession du pape, un concile provincial célébré à Rome par Benoît XIII avait expressément déclaré que la bulle Unîgenitus était une règle de foi obligatoire pour tous les fidèles, ce qui était opiniâtrement contesté par les jansénistes moins conséquents,

auteurs des douze articles. Le concile provincial d'Avignon porta le même jugement (28 octobre 4725). L'assemblée du clergé de France de 1723 avait prié le roi de déclarer que les deux bulles Vineam Domini et Unigenitus étaient des lois ecclésiastiques et civiles, et demandé aux parlements d'interdire qu'on acceptât des recours contre les évêques qui refusaient des emplois ecclésiastiques aux appelants. Le roi répondit que le caractère des bulles résultait de précédentes ordonnances (4 août 1720 et 19 avril 1722), et qu'une déclaration particulière était inutile.

Cependant comme les parlements ne laissaient pas de recevoir des appels, l'assemblée de 1725 sollicita de nouveau la protection du gouvernement contre les appelants et la permission de tenir des conciles provinciaux. Elle fut mal accueillie de la cour, mais cela ne l'empêcha pas de parler avec franchise des troubles qui régnaient dans le pays et de l'obligation générale de se conformer aux bulles pontificales. La lettre courageuse de l'assemblée au roi fut supprimée par le parlement comme dangereuse à l'État (février 1726). L'année suivante, le clergé renouvela sa demande, car les excitations à la révolte religieuse devenaient de plus en plus fortes. Le roi déclara qu'il autoriserait les conciles si on en indiquait le but,

Ouvrages a consulter sur le n° 80.

Lettre des trois cardinaux d. d. 29 oct. 1725 : Lafiteau, II, 141 et seq ; Picot, II, p. 172 et seq. Autres documents : Fleury, t. LXXII, p. 239 et seq., 527; Lafiteau, II, 143 et seq.; Schill, p. 217-219. Bauer, p. 498 et suiv. Conc. Provinc. Roman., 1725, tit. I, c. ii. Coll. Lacens,, I, 346. Clef du Cab., t. XLIII, p. 111 (sur l'authenticité de ces mots : Fidei régula, Bauer, p. 550, n. 1); Conc, Aveni, 1725 (Collac, I, 47o, Assemblées du clergé de France, 1723 et suiv. Mémoires du clergé, t. XIV, p. 1548; 1592 et seq.; Du Plessis d'Arg., t. III, Append., p. 5-7. Bauer, p. 506-508; Schill, p. 217.

Concile d'Embrun. Changement parmi les réguliers de France.

81. L'excellent archevêque d'Embrun , Pierre Guérin de Tencin, demanda l'autorisation (5 avril 1727) de réunir un concile provincial, et après avoir obtenu l'agrément du roi, il cou voqua pour le 16 août ses suffragantsà Embrun. Il y parut

l'église catholique. 'SW

aussi l'opiniâtre Soanen, évêque de Senez, qui, dans une lettre pastorale du 28 août 1726, avait accusé la bulle Umge?ittus d'anéantir le dogme, la morale, la discipline et la hiérarchie. Il s'y rendit avec une suite nombreuse, après avoir déclaré devant un notaire et des témoins qu'en vertu de son appellation au concile universel, il ne pouvait pas être jugé par un tribunal inférieur, et de plus, qu'il faisait cause commune avec les appelants. On ne laissa pas toutefois de lui demander compte de ses actes, de qualifier toutes ses appellations d'illégales et les plaintes contre les évêques d'illégitimes.

Soanen quitta l'assemblée plein de fureur, et on commença son procès. Pour l'instruire, on fit venir deux évêques des provinces voisines et 0 n lui laissa pleine liberté de se justifier. On condamna sa lettre pastorale du 28 août 1726 et on le frappa lui-même de suspense. Il fut exilé en Auvergne, où les jansénistes allèrent en pèlerinage auprès du captif de Jésus-Christ. Il mourut en 1740, sans s^ètre converti. Le pape confirma les décrets du concile (17 décembre) et le roi promit sa protection pour les faire exécuter (28 décembre 1727). La secte s'escrima contre le concile d'Embrun à coups de pamphlets et de satires, principalement en s'appuyant d'une consultation de cinquante avocats que les jansénistes traitèrent de chef-d'œuvre et qui eut un grand retentissement ; cette consultation, sur l'avis des prélats (4 mai 1728), fut interdite par le conseil d'État (3 juillet), censurée à Rome et par plusieurs évêques dans d'excellentes lettres pastorales.

Déjà plusieurs esprits égarés commençaient à envisager l'appellation sous son véritable aspect; le calme était rentré dans la plupart des corporations rehgieuses, d'abord chez les cisterciens (1721), puis dans la congrégation de l'instruction chrétienne, chez les carmes et les dominicains (1723). Les camaldules obligèrent leurs sujets (1727) à accepter la bulle et expulsèrent treize profès, que la secte honora comme des martyrs. Chez les lazaristes, le supérieur général, J, Bonnet (1711-1735), s'employa avec zèle au rétabhssement de l'ordre. La congrégation de Saint-Vanne résolut d'écarter le chef de l'opposition.

Le plus difficile était de ramener les religieux de Saint-Maur et les oratoriens, très avancés dans le jansénisme. Beaucoup

350 flIStOIRE DE L*ÉGLlSÈi

demeurèrent dans l'opposition. Vincent Thuillier, religieux de Saint-Maur, produisit beaucoup de bien par les lettres qu'il écrivit en 1727 et 1728. Parmi les chartreux, dont le chapitre général avait ordonné en 1728 de prêter serment à la bulle, vingt-huit religieux s'enfuirent déguisés en Hollande (septembre 1728), d'où ils lancèrent des manifestes pleins de fanatisme. Dans le même temps, quinze cisterciens s'évadèrent de l'abbaye d'Orval, passèrent dans le Luxembourg et trouvèrent un asile à Utrecht, la nouvelle Sion de la secte.

Conc. Ebredun., 1727; Coll. Lac, I, 635-730. Suppl. ad Natal. Alex. H. E., t. H, p. 614-616. — Consultation de MM. les avocats du Parlement de Paris au sujet du jugement rendu à Embrun contre M. l'évêque de Senez, 1727 (p. 51). — La lettre écrite en 1728 par 31 prélats de France au roi, Par., 1728. Voyez l'ouvrage Quid est Petrus ?Ratisbon., 1790; Bauer, p. 508-513; Schill, p. 224 et suiv. Sur la soumission des réguliers, ibid., p. 208 et suiv., 237-239 ; Bauer, p. 499-503.

Dernières intrigues et soumission de l'archevêque de Paris.

82. Sur ces entrefaites, le cardinal Noailles, qui relevait d'une grave maladie, avait fait élaborer un projet d'acceptation (janvier 1727), mais sans rétracter ses précédentes démarches. A cette nouvelle, vingt curés jansénistes essayèrent, par des démonstrations terrifiantes, de le faire reculer. Dans une seconde maladie, il rédigea une confession de foi et y imprima son sceau afin qu'elle servît de preuve, en cas de décès, qu'il n'était pas mort comme appelant. Quand le bruit s'en répandit, les curés gagnés par la secte lui firent de nouveau une vive opposition et le combattirent en partie par des écrits imbus de l'esprit de Richer.

Noailles cependant ne fit aucune démarche sérieuse, et après le concile d'Embrun, il parut tel qu'il avait été jusque-là. Le 15 mars 1728, une lettre datée du 28 octobre 1727 fut remise au ministre-cardinal Fleury pour être présentée au toi : douze prélats, l'archevêque de Paris en tête, y intercédaient en faveur de l'évêque « persécuté » de Senez, réclamaient contre le concile provincial d'Embrun et se plaignaient vivement de la condamnation des douze articles, si parfaitement catholiques.

L^ÉOLISE CATHOLIOUÉ. 35l

Quatre jours après, le roi renvoya cette pièce à l'archevêque, lui exprima son étounemeut qu'on osât attaquer les actes non encore imprimés de ce concile, sans en avoir conféré avec ses membres et faire prévaloir la paiole d'un seul évéque sur celle de quinze. Il permit alors à l'archevêque d'Embrun de publier les actes avec le bref approbateur du pape. Neuf des évêques ainsi repoussés remirent au procureur général (7 mai 1728) une protestation pour le Parlement contre l'enregistrement de tous les actes qui avaient été faits en conformité du concile d'Embrun et du bref approbateur du pape, attendu qu'ils n'avaient pas été approuvés par le Parlement et que l'autorisation du roi était insuffisante. Le 14 mai, les dix évêques remirent au roi un nouvel écrit rédigé par le fanatique Petitpied; ils se plaignaient de la rareté des vrais fidèles, du commerce des formules mis à la mode par les jésuites et si funeste à la véritable piété, du concile d'Embrun, absolument contraire aux maximes gallicanes.

Noailles accepte la bulle « Unigeuitus ».

83. Noailles avait permis de souscrire en son nom la lettre au roi, mais non la protestation au Parlement. 11 fut profondément blessé qu'on eût mis son nom à celle-ci sans le consulter, et qu'on voulût faire de lui, selon la remarque de Clément XI, le jouet d'un parti artificieux. Malade depuis longtemps, pressé par ses amis et ses proches de se réconciher avec le pape, révolté en outre d'avoir été trompé par ses anciens amis, il retira les pleins pouvoirs qu'il avait accordés (24 mai), manda plus tard (19 juillet) au pape la résolution où il était de se rétracter, et rédigea enfin (H octobre 1728) un mandement où il acceptait sans réserve la bulle Unigenitus, condamnait les cent une propositions telles que le pape les avait condamnées et révoquait ^ oa mandement de 1719. Ce mandement fut publié le 23 octobre et affiché aux portes des églises. Les jansénistes l'arrachèrent, en firent un objet de risée et le combattirent dans des manifestes. Noailles pria le pape de ne pas ajouter foi à leurs propos et confirma sa soumission dans une lettrecirculaire adressée à l'épiscopat de France (30 octobre).

Grande fut la joie des catholiques ; le roi et les évêques félicitèreût 1© cardinal de la victoire qu'il venait de remporter sur

38i HISTOIRE DE l'ÊGLÎSË.

lui-même ; ses propres chanoines, si brouillons d'ailleurs, et les supérieurs d'ordres manifestèrent aussi leur contentement. Il rendit aux jésuites (6 mars 1729) la juridiction qu'il leur avait enlevée depuis le 12 novembre 1716. Le pape publia cette heureuse nouvelle en consistoire (8 novembre 1728) et ordonna des solennités religieuses. Noailles, réconcilié avec l'Église , mourut peu de temps après (4 mai 1729). Les appelants essayèrent encore après sa mort de le faire passer pour un des leurs. Ils propagèrent des documents controuvés, dont la fausseté fut mise au jour, puis de nouvelles brochures où ils relevaient les contradictions (incontestables assurément) de ce prince de l'ÉgUse qu'on avait traité avec une rare patience.

Fleury, t. LXXII, p. 309 et seq. ; 419 et seq; 707 et seq. Vie et travaux de Benoît XIII, t. II, p. 280 et suiv. Coll. Lac, I, p. 731-743. Bauer, p. 503-504. 513-518. Schill, p. 239-246.

Soumission de la Sorbonne.

84. 11 fallait bien maintenant qu'un changement se produisît aussi à la Faculté théologique de Paris. Une lettre du roi (octobre 1729) ordonna l'expulsion des réfractaires. Le syndic ût remarquer que la Faculté avait perdu son ancienne réputation, qu'elle devait désormais agir résolument contre les appelants. La lettre du roi fut enregistrée et une commission établie pour aviser aux mesures ultérieures. Son rapporteur, Tournély^ fit l'histoire de la dispute depuis 1714; il proposa de déclarer la validité dee décrets du 5 et du 10 mars 1714, d'annuler le décret contraire, ainsi que l'appellation (du 5 mars (1717) au futur concile; de reconnaître la bulle Unigenitus comme un jugement dogmatique de l'Eglise, d'adresser un dernier avertissement aux récalcitrants, d'intercéder auprès du roi en faveur de ceux qui s'amenderaient et de prononcer l'exclusion contre les opiniâtres. Ces propositions furent acceptées par 95 voix sur 101, et on fixa aux récalcitrants un terme pour se dédire (15 décembre 1729).

Une protestation du docteur Catharinet, ainsi qu'une requête au Parlement, demeurèrent sans résultât. Plusieurs déclarations de soumission arrivèrent encore à partir de janvier 1730 i.

L*ÉGL1SE CATHOLIQUE. 3o3

les noms des récalcitrants furent rayés et peu à peu le calme se rétablit. Avant le 1" mars, plus de cent soixante docteurs s'étaient soumis à la bulle Unigenitus. Quelques religieux fanatiques et un petit nombre d'évêques demeurèrent seuls inflexibles. Ils aimèrent mieux émigrer que de se soumettre. Le jansénisme fut surtout représenté par les évêques d'Auxerre et de Montpellier, et par un grand nombre de curés du diocèse de Paris. Le 24 mars 1730, le roi se prononça sévèrement contre les jansénistes.

Du Plessis d'Arg., III, I, p. 172-194; Fleury, t. LXXIII, p. 48 et seq. ; 36 et seq. ; 88 et seq. ; Lafiteaa, II, p. 231 et seq. ; Picot, t. II, p. 276 et seq. Mémoires du clergé, t. XIV, p. 1637. Bauer, dans Laacher Stimmen, 1877, H. 6, p. 19 et suiv. Schill, p. 246 et suiv.

Les miracles des jansénistes.

85. Tandis que l'on continuait encore dans qucl(}ues chaires, même à Douai en 1722, à enseigner des propositions janséniennes, les jansénistes de France allaient se fourvoyant de plus en plus. Ce que les appelants n'avaient pu obtenir par l'intrigue et la violence, ils le demandaient maintenant à de prétendus miracles. Ils avaient eu parmi les leurs un diacre nommé François de Paris (1690-1727), qui s'était fait un nom par sa bienfaisance et sa vie austère. On parla de plusieurs guérisons miraculeuses qui auraient été opérées sur sa tombe dans le cimetière de Saint- Médard , et le peuple crédule se laissa entraîner à des pèlerinages vers ce tombeau. On imprima la vie des saints jansénistes et le récit de leurs miracles.

Sur le tombeau de Paris, plusieurs étaient en proie à des extases bizarres, à des crispations de membres effroyables. Ces scènes parurent ridicules à plusieurs, et les appslants furent traités de convulsionnaires. Il y avait du reste deux partis : les convulsionnaires, qui prétendaient exploiter leurs prétendus miracles contre la bulle Unigenitus, et les anticonvulsionnaires. En 1731 et 1734, le nouvel archevêque de Paris, Gaspard Vintimille de Luc, qualifia ces miracles d'imaginaires, et en 1732 Louis XV fit fermer le cimetière de Saintyi. — HiST. DE l'église. 23

Médard. Les fanatiques continuèrent leurs extravagances dans les maisons particulières et remplacèrent le tombeau de Paris par de la terre enlevée à sa tombe. Plusieurs convulsionnaires, pour s'exciter à la fureur, se faisaient imposer des poids énormes, battre à coup de marteaux et de verges. Les appelants plus modérés continuaient de déclarer que la bulle n'était pas dogmatique et de publier contre elle de nouveaux écrits.

Censures de l'université de Douai contre les doctrines de Lengrand et Maréchal, professeurs en cette université 1722 : Du Plessis d'Arg., III, I, p. 463-589. Vie de M. François de Paris,' Utrecht, 1729 et souvent. Relation des miracles de saint Fr. de P. avec un abrégé de sa vie, Brux, 1731; Montgeron, La vérité des miracles, Par., 1739, Col. 1744 et seq. ; Mosheini, Diss. ad H. E. pert,, II, 307 et seq., Alton., 1743 ; Huth, I, p. 562 et suiv. Tholuck, Verm. Schriften, 1, p. 133-148. P. F. Matthieu, Hist. des miracles et des convulsionnaires de saint Médard, Par., 1864. Sur l'archevêque Vintimille, Bauer, p. 16 et suiv. Autres écrits jansénistes : Avis aux fidèles de l'église de Paris sur ce qu'ils ont à craindre de la part des confesseurs, qui acceptent labulle Unigenitus, 1730 (condamné par le Parlement, Fleury, t. LXXIII, p. 467). — Lettres (12) à un ecclésiastique sur la justice chrétienne et les moyens de la conserver ou de la réparer (1733), contre la bulle Unigenitus et la confession des péchés véniels. Censure de la Sorbonne : du Plessis d'Arg., III, I, p. 201-208. — Travers, Consultation sur la Jurisdiction et approbation nécessaire pour confesser, 1735. Cf. Schill, p. 276. Le catalogue des ouvrages jansénistes publié en 1722 et 1735 sous le titre de Bibliothèque janséniste, fut mis à l'index en 1744; de même en 1754 la nouvelle édition du dictionnaire des livres jansénistes, Anvers, 1752, 4 vol. L'auteur (on citait comme tel le jésuite Colonna) comptait Noris, Berti et au^.res augustins parmi les jansénistes.

Usurpations du Parlement.

86. Les Parlements continuaient de s'immiscer à la contre* verse religieuse, et presque toujours au profit des jansénistes. On le vit notamment lorsque l'évèque d'Orléans eut destitué deux prêtres appelants qui s''obstinaient dans leur révolte. Le Parlement de Paris, auquel ils en appelèrent, leur défendit de se soumettre à l'évèque, et ils continuèrent l'exercice de leurs fonctions. L'assemblée du clergé (septembre 1730) se plaignit

L*ÈGLISE CATHOLIQUE. 3^8

amèrement au roi de l'insubordination des ecclésiastiques et des usurpations du Parlement. Le roi défendit à celui-ci d'intervenir dans l'afTaire d'Orléans, et aux prêtres déposés d'exercer leurs fonctions (2 octobre). Le Parlement, ayant fait des remontrances, s'attira une sévère monilion (janvier 1731).

Quarante avocats de Paris s'étaient prononcés en faveur des deux ecclésiastiques du diocèse d'Orléans, et avaient représenté les Parlements comme le Sénat de la nation remplissant les fonctions d'un souverain à côté du trône. Quand le conseil d'État intervint, ils consentirent à modifier les passages offensants pour la monarchie; mais ils maintinrent les attaques contre l'autorité ecclésiastique; de là vient que les évêques, dans leurs lettres pastorales, se firent les défenseurs de la juridiction spirituelle, principalement ceux d'Embrun et de Paris, Le Parlement informa contre eux pour cause d'abus. Louis XV, pour avoir la paix, défendit de parler de celte affaire (10 mars 1731) jusqu'à ce qu'il eut trouvé les moyens de vider la querelle. Les évêques reçurent une satisfaction partielle ; mais l'archevêque de Paris ne put obtenir justice, et le 27 juillet on suggéra aux évêques de ne plus désigner la bulle Unigenitus comme une règle de foi. Un arrêt du Parlement portait que les lois de l'Église ne sont obligatoires en France que lorsqu'elles ont été sanctionnées par le roi, que les fonctionnaires ecclésiastiques sont responsables au Parlement, même en matière purement spirituelle, lorsqu'ils troublent le repos public et violen les lois fondamentales du royaume.

Le conseil d'État cassa cet arrêt, mais le Parlement le maintint et essaya de le mettre en pratique, Colbert, évêque de Montpellier, avait désapprouvé son chapitre pour avoir accepté la bulle Unigenitus, et il avait défendu de la recevoir. Clément XII déclara le décret de l'évêque (17 août 1731) schismatique et invalide ; de son côté, le Parlement de Paris annula la décision du pape, défendit de recevoir les bulles et les brefs de Rome sans l'autorisation du roi, enregistrée au Parlement. Cette compagnie allait de plus en plus loin dans ses prétentions; elle contesta à l'archevêque de Paris (27 avril 1732) le droit d'interdire une feuille janséniste qu'elle-même avait condamnée. Do là des négociations avec le gouvernement, la suspension des séances du Parlement, de nouvelles tentatives

3o6 HIStOtRE DE l'église.

pour délimiter le cercle fraction de cette autorité envahissante, relégation, puis rappel des membres récalcitrants du Parlement, avec abolition des décrets royaux qui leur déplaisaient (16 novembre 1732). Le prestige de la monarchie et la juridiction de l'Église souffraient de plus en plus de toutes ces menées. Le 23 février 1733, le Parlement réglementa les études théologiques; il continua de condamner des lettres pastorales et des thèses de théologie, d'interdire les bulles du pape, y compris la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul (du 16 juin 1737), car elle avait le tort de déplaire aux jansénistes en faisant mention du zèle que le saint avait déployé contre leur parti. La cour et le ministère essayaient tour à tour de complaire à l'un et à l'autre parti. On voulait faire de l'Église une institution de l'État et la soumettre à l'arbitraire du Parlement.

Fleury, t. LXXIII, p. 289 et seq., 306 et seq., 472 et seq., 500 et seq. t. LXXIV, p. 2 et seq., 195 el seq. ; t. LXXV, p. 22 et seq.; t. LXXVI et seq., p. i et seq. ; l^atiteau, II, 185 et seq., 197 et seq.; Picot, I, p. 222 251 et seq. ; Schill, p. 261 et suiv.

Les refus des sacrements.

87. Des confesseurs consciencieux devaient évidemment refuser l'absolution aux appelants obstinés, et susciter ainsi une foule de pamphlets jansénistes. Ce qui fit surtout sensation, ce fut le refus public des sacrements des mourants à des appelants notoires, ou le déni de la communion à ceux qui ne pouvaient pas prouver qu'ils s'étaient confessés à un prêtre approuvé. Les Parlements ne Paris et de Bordeaux poussèrent l'audace (1731) jusqu'cà prescrire au clergé d'administrer les sacrements à ces sortes de personnes : cette injonction fut annulée par le conseil d'État. Plus tard (1734-, 1737, 1739) les Parlements et les agents inférieurs de la justice revinrent à leurs anciennes prétentions; plusieurs évêques les combattirent dans de vigoureux mandements. Il y eut des arrêts et des contre-arrêts, et les Parlements continuèrent d'admettre les appellations des laïques contre leurs curés. Le nouvel archevêque de Paris, Christophe (ie Beaumont (depuis 1746), excellent prélat, maintint l'usage

l/ÉGLISE CATHOLIQUE. 357

depuis longtemps établi, que les curés n'administreraient les sacrements aux mourants que lorsque ceux-ci fourniraient un billet de confession émané d'un prêtre fidèle approuvé par l'Église.

A partir de 1749, une guerre ouverte éclata à ce sujet entre lui et le Parlement; celui-ci punissait les prêtres dévoués à leur devoir, et il commença, le 18 avril 1752, à défendre à tous les ecclésiastiques de refuser publiquement les sacrements pour cause de confession défectueuse, de non indication du confesseur ou de rejet de la bulle Uiiigemtus. Les vingt-et-un évèques présents à Paris soumirent au roi (11 juin) une requête en faveur de la liberté de l'Église et de l'archevêque de Paris, déjà sérieusement persécuté. Plnsieurs antres prélats se joignirent bientôt à eux. Le roi l'accueillit avec bienveillance, mais ne fit aucune démarche importante. Un nouveau refus de sacrement s'étant présenté, le Parlement décréta qne le vaillant archevêque serait privé de son temporel et demanda que les pairs se réunissent pour le juger (15 décembre 1752). Le roi cassa les décrets, défendit (2'2 février 1753) au Parlement de s'immiscer désormais dans les controverses relatives aux sacrements, et exila à Pontoiseles membres indociles de cette compagnie (11 mai). Ils n'en continuèrent pas moins de s'occuper des (querelles sur les sacrements et bravèrent le roi, qui eut la faiblesse de les rappeler à Paris (27 août 1754). Leur audace ne fit que redoubler.

Une patente royale du 2 septembre 1754 ayant imposé le silence sur la controverse des sacrements et chargé le Parlement d'empêcher de part et d'autre tout ce qui serait contraire au silence ou à la paix, le parlement procéda alors contre les évêques et les prêtres qui violaient la loi du silence. Sur sa proposition, la cour exila de Paris l'archevêque Beaumont. Les amendes pécuniaires, les confiscations du temporel, l'exil atteignirent bientôt d'autres prélats. Il fut loisible aux jansénistes de glorifier cette tyrannie dans leurs pamphlets, tandis qu'on punissait sévèrement quiconque défendait les droits de l'Église, et l'on faisait brûler parla main du bourreau les monitions des évêques. Des appelants déguisés demandaient les sacrements des mourants en pleine santé, uniquement afin de pouvoir dénoncer les prêtres qui leur déplaisaient. La Sor-

bonne fut soumise à un règlement particulier (1755 et 1756) Les scandales succédaient aux scandales.

Fleury, t. LXXIII, p. 485 et seq. ; t. LXXIV, p. 486; t. LXXV, p. 515 et seq. ; t. LXXVI, p. 274 et seq. ; t. LXXVII, p. i 23 et seq. ; 686 et seq.; t. LXXVIII, p. 842 et seq. ; t. LXXIX, p. 715 et seq. ; Picot, I, p. 359, 384 et seq. ; Regnault, L'archevêque Chr. de Beaumont (Études relig., févr. 1876). Schill, p. 275 et suiv.

Décision de Benoît XIV.

88. En 1755 l'assemblée du clergé de France adressa au roi d'inutiles supplications en faveur de la liberté de l'Eglise et de l'archevêque exilé de Paris. Une commissio n spéciale délibéra sur les refus de sacrements. La majorité .formée de dix-sept évêqueset de vingt-deux délégués, favorable au gallicanisme, dressa dix articles ; la minorité, sévèrement orthodoxe, composée de seize évêques et de dix députés, en dressa huit. Comme on ne parvint pas à s'entendre, l'assemblée résolut de s'adresser an pape. Le 16 octobre 1756, Benoît XIV pubha une lettre apostolique par laquelle il recommandait de rendre à la bulle Unigenitus l'obéissance absolue qui lui était due, et de refuser nettement la communion à ses contradicteurs publics et notoires, comme à des pécheurs publics ; il traçait des règles précises sur les différentes catégories de personnes que cela concernait et sur la manière d'exécuter les principes ecclésiastiques en cas de doute ; il ne parlait point de billets de confession, et par conséquent n'interdisait pas la pratique usitée à Paris.

Le Parlement de cette ville, puis celui de Rouen, interdirent la lettre apostoHque (7 et 9 décembre 1756). Une déclaration roj^ale du 10 décembre exigea l'obéissance à la bulle Unigenitus, sans lui attribuer les effets d'une règle dogmatique; elle déclara que le ministère épiscopal pouvait s'exercer nonobstant la loi du silence, pourvu que le repos n'en fût pas troublé ; que les questions relatives à la dispensation et au refus des sacrements regardaient le for ecclésiastique, mais sans préjudice de l'appel comme d'abus. Cette déclaration, quoique insuffisante pour l'Église, ne fut pas enregistrée par

l'église CATHOLIOUE. 359

les parlements ; elle ne le fut à Par'î» que le 5 septembre 1757, et c'est alors seulement que l'archevêque Beaumont et les autres ecclésiastiques exilés purent retourner à leurs sièges. Le décret de Benoît XIV fut plus tard renouvelé par Clément XIV. L'esprit du jansénisme, après avoir perdu son importance comme hérésie, avait passé dans les hommes politiques. Les survivants du jansénisme s'allièrent avec les philosophes incrédules et n'en devinrent que plus hardis, jusqu'à ce que, après avoir servi d'instruments à ces derniers, ils furent mis à l'écart et perdirent complètement leur influence.

ODVBAGES A CONSULTER SDR LE N° 88.

Bened. XIV, Const. Ex omnibus, Walch, N. K.-G., I, p. 489. Fleury, t. LXXVII, p. 726 et seq. ,• Schill, p. 288 et suiv. ; Clem. XIV, ap. Theiner, Epist, ac brevia, p. 50 et seq. ; li, li2 et seq. Hist. dupont., I, 450,

Les jansénistes en Hollande. Décadence de la hiérarchie.

89, Dans les Pays-Bas, les jansénistes étaient nombreux et protégés. La séparation de ce pays d'avec l'Espagne amena le bouleversement de Tordre hiérarchique; les biens d'Église furent confisqués, le culte catholique interdit ; les chapitres, hormis ceux d'Utrecht et de Harlem, avaient à peu près disparu. Les papes nommèrent donc des vicaires apostoliques investis d'un pouvoir purement délégué et constamment révocable. Sasbold Wosmer (p. tOOO) eut pour successeur, en la même qualité, Pierre Phil. Roven d'Ardensal, archevêque de Philippes depuis i629 (mort en 1651). Afin de conserver au moins à titre de corporation le chapitre qui s'en allait dépérissant, il avait formé un vicariat avec les chanoines qui restaient encore, quelques curés et autres ecclésiastiques. Depuis 1647 il avait eu un coadjuteur, Jacques de la Torre de la Haye, archevêque d'Ephèse, qui lui succéda comme vicaire apostolique et reçut d'Alexandre VII, pour coadjuteur (1656) Zacharie Metz, évêque de Tralles. Tous deux moururent en 1661. Vinrent ensuite Baudouin Cotz (mort en 4666. Jean Neercassel (mort en 1686) et l'oratorien Pierre Kodde (1688) , qui fut sacré en 1689, à Bruxelles, archevêque de Sébaste. Ce ds rnier se rangea bientôt du côté des jansénistes, fut accusé à Rome,

invité à se justifier eu 1699, puis suspendu par Clément XI le 7 mai 1702. il fut remplacé par Pierre Théodore de Kock, en qualité de provicaire. Les jansénistes commencèrent aussitôt à intriguer contre lui et réussirent à le faire chasser de Hollande,

L'Église schismatique d'Utrecht.

90. Pierre Kodde organisa un schisme. Deux apologies rédigées par lui furent condamnées à Rome (1704, et lui-même déposé. Mais il prétendit qu'il avait été élu archevêque par les quelques chanoines ou agents d'Utrecht , et il attira dans son parti plusieurs communes qui résistèrent constamment aux décrets du pape contre les jansénistes ; en quoi ils avaient été précédés par les membres du vicariat d'Utrecht. Kodde mourut dans l'impéniteuce (18 décembre 1710). Il n'avait pas accepté le formulaire d'Alexandre Vil et avait encouragé les appelants. Cinquante-deux stations comprenant quatrevingts prêtres, se détachèreut de l'Eglise. Qnesnel, Gerberon, Petit-Pied, Faulu, etc., propagèrent le jansénisme avec l'appui du gouvernement protestant.

Le vicariat d'Utrecht, qui s'attribuait les droits d'un chapitre, persévéra dans sa résistance au vicaire apostolique Adam Daemen, chanoine de Cologne et archevêque d'Andrinople. Le gouvernement interdit à celui-ci l'entrée du pays (il mourut à Cologne en 1717, ainsi qu'à son successeur Jean Bolevelt mort eu 1727 à Bruxelles). L« vicariat protesta contre la bulle Unlgenitm et se rattacha étroitement aux appelants de France Ces liaisons permirent aux schismatiques d'Utrecht de se pourvoir de nouveaux ecclésiastiques: ils envoyèrent leurs partisans aux évèques appelants de France avec des dimissoires pour se faire ordonner. Le diacre français BouUenois se rendit en Hollande en 1716, ainsi que Dominique Varlet, évêque de Babylone suspens, ^^ pour cause de jansénisme; ce dernier se fixa à Amsterdam, d'où il ne fit que souffler la discorde.

Correspond, de Fénelon, III, 59 et seq. ; Hoynk van Papendi-echt, Hiat. de rebus ceci. Ultraject., Colon., 1725 ; Mozzi, Sloria délie revoluzioni délia Chiesa d'Utrecht, Venez., 1787, vol. III, surtout I, 58. Walch,

Neueste Relig.-Gesch,, VI, p. 82 f^t suiv., 165, 489. Groote, Chronol. Verzeichnisz der Erzbischcefe von Utrecht, Augsb., 1792, p. 88 et suiv. Sur les prétextes de Codde: du Plessis d'Arg., III, ii, p. 413. G. Mejer, Propaganda, II, p. 82 et suiv,

Suite du schisme d' Utrecht.

91. Le 27 avril 17-23, le soi-disant chapitre d'Utrecht nomma archevêque l'ancien vicaire général Corneille Steenhoven, et Varlet, l'évêque suspendu, le consacra malgré les protestations du Saint-Siège. Le pape excommunia l'élu (25 février 1725) et tous ses comphces. Van Espen justifia la consécration et fut ohligé de quitter Louvain. Steenhoven mort (3 avril 1725). Varlet lui consacra de nouveau deux successeurs (1725 et 1733) qui annoncèrent à Rome leur élection et leur sacre, mais furent repoussés. Après eux Théodore van der Croom (17 février 1735), a l'exemple de Steenhoven, appela à un concile général et mourut en juin 1739). Le quatrième pseudoarchevêque Pierre-Jean Meindarts, également ordonné par Varlet, fut excommunié par Kenoit XIV (2 i janvier 1741).

Comme il était à craindre qu'après la mort de Varlet (I i mai 1742) il ne se trouvât plus d'évèque pour consacrer le futur archevêque d'Utrecht, Meindarts institua avec l'approbation du gouvernement, pour continuer le schisme, l'évêché de Harlem (1742) et releva (1752-1758) celui de Deventer, toutes mesures qui ftu'ent condamnées parle Saint-Siège commodes empiétemeiits illégitimes. Le 13 septembre 1763, Meindarts célébra même à Utrecht un Synode duntil envoya les actes à Rome. Clément XIII condamna ce conciliabule (3 avril 1765). La conditionesscntielle exigée pir le Saint-Siège était toujours l'acceptation de la bulle Unigeiiitas, telle qu'elle avait déjà été demandée sous Benoît XIV, quand les schismatiques avaient paru vouloir se réconcilier à l'église. Après la mort de Mendarts, Michel Walter de Nieuwenschnilenfut consacré archevêque (7 février 1768) par le pseudo-évêque de Harlem, et les jansénistes continuèrent ainsi leur hiérarchie jusqu'à ce que son existence fut de plusen plus compromise et que l'évêque de De venter demeuré sans troupeau se vit réduit aux simples fonctions de curé. Les catholiques de Hollande ne reconnurent jamais les évêijues jansénistes ; il furent dirigés par des nonces, des vicaires apostoliques

et des supérieurs de mission (jusqu'en 1853). Les relations de l'Église d'Utrecht, avec les néoprotestants d'Allemagne (à partir de 1871) lui ont rendu depuis une importance nomentanée.

Consécration de Sleenhoven, Fleury, t. LXXI, p. 166 et seq., 7ö4 et seq. ; Picot, II, p. i 05 et seq., i 59 et seq. ; Bened. XIII, 1725, in Bull, magn., XIII, 142 ; Bened. XIV, in Bull. Bened., t. I, p. 13, 92 et seq., 103 et seq. (Décrets du 24 janvier 1641, i«' sept, et 20 déc. 1742). Clem.XIII, 30 avril 1765, Bull. Rom. Contin., III, p. 67-69; Mejer, p. 92 et suiv.; deRyck, Respice flnem, 1872; Nippolb, die Altkatholiken in den Niederlanden., Moll, Augsb. Alig. Ztg., 1872, Beil., N. 159; Fuzet, les Jansénistes du xvii® siècle et leur dernier historien, M. S'^ Beuve, Par., 1877.

Les partis et les tentatives de réunion parmi les jansénistes.

92. Les jansénistes de Hollande divisés entre eux, discutaient vivement sur la fondation de nouveaux évêchés, sur la permission de l'usure, sur les droits de leurs figuristes, qui donnaient les rêveries de leur imagination pour des révélations divines. Les figuristes ne parlaient que par figures et se livraient aux plnsgrands débordements. Ils étaient désapprouvés par les autres jansénistes moins fanatiques. Les jansénistes de France sentaient aussi le besoin, dans leur isolement, de tenter une fusion avec d'autres partis religieux, notamment avec les Russes (cidessous § 187) et les anglicans. Dans ce but, le fameux Elle Du Pin entra en correspondance avec Waker, archevêque de Cantorbéry (1718). Du Pin croyait que les jansénistes pouvaient s'unir à la haute Église sans préjudice du dogme, parce qu'on avait aboli la primauté du pape, les vœux de religion, les préceptes du jeune, la confession auriculaire, et qu'on pouvait éviter le terme de a transubstantiation. » Il est evident que les cathoUques devenus jansénistes n'étaient plus aussi éloignés des anglicans qu'autrefois. Plus le parti se montrait violent et opiniâtre à l'égard du Saint-Siège, plus il était facile et accommodant vis-à-vis des protestants et des schismatiqnes.

Walch, Neue Relig.-Gesch. VI, p. 82 et suiv., 165 et suiv., 489 et

l'église catholique. 3Ô3

suiv. ; Tüb. Qiiartalschr., 1862, III p. 178 et suiv. Baner, Die jansenisischen Schwarmgeister (Laacher Stimmen, 1877 h. 8, p. 329 et suiv.). — Fleury, t. LXX p. 215 et seq. Lafiteau, II, 86 et seq.

Le fébronlanfsnie et le Joséphlsnie.

Tendances gallicanes en Allemagne, Van Espen. Hontheim.

93. Pendant les48 années du règnede Leopold!" (1657-1705) qui ne fut contrarié que par les attaques de la France et l'invasion des Turcs, dangereuse, mais énergiquement refoulée en 1683, on remarquait déjà çà et là de légers dissentiments entre les deux pouvoirs civil et ecclésiastique. Ils s'accentuèrent surtout pendant le règne de son frère Joseph 1" (1705-1711) et et sous Charles VI (1711-1740). Déjà plusieurs hommes d'État, influencés par les doctrines des jansénistes et des gallicans songeaient à des revendications contraires aux droits de l'Église. Sous la fille de Charles, Marie-Thérèse, femme religieuse d'ailleurs (1740-1780), le ministre Kaunitz, le médecin van Swieten et plusieurs fonctionnaires élevés travaillaient activement dans cette direction. L'impératrice fut entraînée à une foule de démarches non moins funestes aux intérêts catholiques qu'aux droits du Saint-Siège.

Les principes gaUicans et jansénistes se propageaient également parmi le clergé, grâce surtout au janséniste Zeger Bernard van Espen, professeur de droit canon à Lou vain (i 675-1 7''28), Espen, armé d'une grande érudition historique, mais presque entièrement puisée dans Thomassin, essaya de prouver la légitimité et l'antiquité des principes gallicans. 11 recruta beaucoup de disciples en Allemagne, Parmi eux se trouvait Jean Nicolas de Hontheim, né à Trêves en 1701, employé dans le consistoire et dans l'enseignement après son retour de Lou vain, évoque de Myriophit et évêque-coadjuteur dans sa ville natale (1748), dont il étudia l'histoire avec beaucoup d'ardeur, en même temps qu'il propageait les principes qu'il avait sucés à Louvain. En 1763, sous le pseudonyme de Justin Febronius, Hontheim, fit imprimer sur l'Église et le pouvoir du pape un ouvrage qui lui assura une triste célébrité.

Innocent X, 1681 : Plainte au sujet du placet revendiqué par Léo-

364 HISTOIRE DE l'ÉGLTSÊ.

pold I Gewarts, Opuscula ad versus Espen ii doctrinam de Placeto regio, Lovan,, 1830, p. 2bl. Clemens XIII. Plaintes au sujet de la censure des ouvrages théologiques attribuée à des censeurs laïques. Bull. Rom., Cont.) III, p. 180, 234 ; Roscovàny, Mon., I, p. 307, 309, n. 249 et seq. Arneth, Joh. Christ. Bartenstein u. s. Zeit, Vienne, 187! ; A. Jaeger. Invasion de l'esprit moderne et anti-ecclésiastique sous Charles VI et Marie Thérèse. Innsbr. Ztschr. für kath. Theol, 1878, II, p. 259 et suiv. ,• III, p. 417 et suiv.). — Van Espenii 0pp., ed, Lovan, 1753-.Ö9 t. V f. Plusieurs de ses ouvrages furent mis à l'index, en 1702 et 1734 cf. Zaccaria, antifebron.vindicat. vol. II, 448 et seq. Ses principes furent combattus en 1718 par le vicaire apostolique d'Herzog busch, Pierre Gewarts (Motivum juris de placeto regio in Ires dialogos digestum) et en 1722 par le cardinal Bissy, dans une lettre pastorale. (Fleury, t. LXXI, p. 283, Roscovàny, Mon. III, p. 136-140, n. 466). — K. A. Menzel, XI, p. 436 et suiv. ; XIII, I, p. 192, Marx, Gesch, des Erzstifts Trier, V, p. 91 et suiv. 107, et suiv. ; Phillips, K.-R. III, P. 315, et suiv. 372 et suiv. Brück, Die ratlonalist. Bestrebungen im. cath. Deutschland, Mainz, 1865, p. 33 et suiv., 91 et suiv. 129 huth, II, p. 438 et suiv. ; Friedberg Zur Gesch. der rœmisch-deutschen Frage, Rostocle, 1871 ; Justini Febronii J. C. de statu Ecclesiae et legit. potestateRora. Pontiticis liber sitigularis ad reuuieiidos dissidentes in religione christianos compositus, Bullioni (Frankf.), 1763. iu-4° L'édiLiun de 1774, augmentée, avait quatre volumes. Edition allemande, Wardingen. 1764.

Réfutations de l'ouvrage de Hontheim. Sa propagation.

94. Sons prétexte de faciliter la réunion des protestants avec les catholiques, Hontheim essaya de ramener le pou voir du pape dans ses bornes soi-disant primitives, et il n'hésita pas dans sa préface à exhorter le pape à renoncer volontairement à différents droits de la primauté, qu'il traitait d'accessoires. 11 fit de nombreux emprunts à Richer, à Dupin, à Van Espen, et au juriste protestant Samuel Pufendorf. A l'entendre le pouvoir des clés avait été donne par Jésus-Christ, radicalement et principalement, à la totalité des fidèles; les prélats n'en avaient que l'usufruit et l'usage ; chaque évêque possédait dans son diocèse un droit illimité ; la primauté, qui du reste pouvait être détachée de Rome, n'était investie que des droits absolument nécessaires pour maintenir l'unité ecclésiastique ; ses prérogatives avaient été exagérées par les décrétâtes du faux Isidore; la masse des évoques l'emportait sur le pape, lequel n'était que

le premier entre des égaux et l'exécuteur des canons; ses lois étaient soumises au consentement de l'episcopat; s'il ne renonçait pas volontairement aux droits acquis et usurpés dans le cours des siècles, les évèques devaient l'y forcer et pouvaient dans ce but invoquer l'appui du bras séculier.

Comme moyen de réaliser ce dessein, Hontheim indiquait la convocation de conciles généraux, le placet, l'appel comme d'abus, le refus d'obéissance. Ce livre, plein de contradictions, représentait l'Église comme ayant été vouée à la corruption et aux ténèbres pendant plusieurs siècles; il faisait de chaque évêque un monarque tandis qu'il niait la constitution monarchique de l'Église universelle, détachait d'elle les différents diocèses et laissait subsister la juridiction radicale de la totalité des fidèles à côté de la juridiction actuelle des évêques. llnetardapasà être réfuté en Italie par les excellents ouvrages de Pierre Ballerini, du dominicain Mamacchi, du jésuite Zaccaria, ducapuciu Viator a Cocaleo, etc. ; en Allemagne, parles jésuites Fr. X. Zech, Kleiner, Schmidt et Carrich, par le gardien des franciscains, L. Sapel, par Grégoire Trautwein, prélat de Ulm, par KaufFmann, professeur de Cologne, par l'université de cette ville, etc. Beaucoup do protestants (les deux Bahrdt à Leipzig, Walch à Gœttiugue, Hoffmann à Wittenberg) s'élevaient également contre cet ouvrage, que Lessing qualifiait d'impudente flatterie à l'adresse des princes.

Werner, Gesch. der kath. Theologie in Deutschland, p. 209 et suiv. Mcelher-Gams, III, p. 296, et suiv. — Petrus Bailerini. De potestate eccl. summoriim Pontif. et Conciliorum gener., una cum vindiciis auctoritatis pontifie, contra J. Febronium, Vfcronse, 1768 ; Fr. Th. M. Mamachi, 0. Pr., Epistolarum ad J. Febron. J. G. de ratione regendae christ, reipublicœ deque legit. Rom. Pont potestate, über 1, 1778" Zaccaria, S. J., Antifebronio, Pisauri, 1767, 4 voll, in-8" ; Antifebronius vindicatus, Cesen, 1768, 1771, 4 voll. 8 in-8''. Victor a Cocaleo, Ilalus adFebron., Luc. 1768, Trid. 1774, R. M. Gorsi, De legit. potestate et spirituali monarchia Rom. Pontif Xll thèses, Florent, 1765, Ennod. FavenLinus (le Servile Charles Traversari de Faenza), Diss crilica de Rom. Pont, primalu adv. Febron, 1772. G. Ant, Sangalli (Mineur de Venise) Dello stato della Chiesa, 1766; Rom. Pontiücis summa auctoritas, jus et praestentiaConcil. aec, Faveut, 1779. Constantiuo, Disinganno 5opra foggetto scritto in fronte del libro intitolato de statu Ecclesise

Ferrara, 1767. Zech, Prof, à Ingolstadt, dejudiciis eccles., lit, 13, de schisruate, Ingolst, 1766 ; Kleiner Prof, à Heidelberg, Observatione, ad Jnslinii Febronii librura quœdam summariae, 1764; Scbmidt in Thés, jiir. eccl dissert., 1. 11, p. 46 et seq. Carrich De Eccles. Rom. Pont, et Episc. legit potest.. Colon. 1773 (indique les sources d'où Febronius a tiré ces propositions) ; L. Sappel, Lib. singularis ad formandum genuinum conceplum de statu Eccles. Aug. u. Vindel. 1767, etEpistola Jusliniani Frobenii, ad J. Febron. de leg. pot. summi Pont., Bulloni, 1764 ; Grég. Trautwein, Vindiciae adv. Febron Aug Vindel. 1765, Kauffmans, Pro statu Eçcl. cathol. et leg. pot. Rom. Pontif., Colon. Agr., 1767. — Epistola Ladislai Simoschovini Tusci — Romas et a Sorbona Lulet. Par. Probata, Siena 1765, (selon quelques-uns par Cappel). Universitatis Colon. Judicium de proscriptis a SS. D. N. Clem. XIII actis Ps. - Synodi Ultraject et libr. J. Febronii, Colon, 1765, — Jugement d'un écrivain protestant touchant le livre de Febr., 1771 ; C. F. Bahrdt, Diss. adv. J. Febron. Tract. Lips., 1763 ; Walch, N. Rel-Gesch, I, p. 145 etsuiv. ; VI, p. 1 94 et suiv. Déclaration de Lessing Etwas, das Lessing gesagt hat. Ein commentar zu den Reisen der Peepste nebst Betrachtungen von einem Dritten, Berhn, 1782 ; Job. v. Müller, Sœmmtl., W. VIII, p. 58. Fr. Heinr. Jacobi's Sœmmtl. W, II p. 334.

Condamnation de Febronius.

95. Clément XIII, qui avait déjà blâmé eri 1762 un chanoine de Spire pour avoir fait appel au conseil de la cour dans une question ecclésiastique, condamna l'ouvrage de Febronius le 27 février 1764, et en écrivit à plusieurs prélats d'Allemagne. L'ouvrage fut dès lors interdit dans les diocèses de Mayence, Cologne, Trêves, Prague, Augsbourg, Bamberg, Wurzbourg, Constance, et ^Frisingue. Hontheim défendit son livre sous dififérents pseudonymes, et en 1769 il en fit paraître â Francfort sur-le-Mein une nouvelle édition augmentée. Clément XIY s'adresse alors à l'archevêque de Trêves et à la cour impériale. Malheureusement, la plupart des princes étaient les uns indifférents, les autres gagnés aux principes de Hontheim, et celui-ci eut encore une part essentielle à une requête présentée à l'empereur par les princes-électeurs contre les droits du pape.

Le livre de Hontheim eut une vogue prodigieuse et fut traduit en plusieurs langues ; la république de Venise favorisa la pubUcation d'une édition italienne (1767) ; l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, s'intéressèrent en faveur de l'ouvrage, dont

l'église catholique. 367

Utt extrait parut en 1777. Les dernières éditions contenaient de violentes sorties contre les écrits de ses adversaires. 11 ne rencontra nulle part, autant de vogue qu'en Autriche, il fut trois fois examiné à Vienne par ordre du gouvernement, et trois fois toléré. On cessa de le soutenir, il est vrai, après les réclamations réitérées de Rome, mais les principes s'en propagèrent par d'autres voies et les canonistes de cour les adoptèrent dans leurs manuels de droit canon, notamment Laciez, Eybel, Pehem, J. P. Rieggeret Rautenstrauch.

Clém. XIII, décrets de 1762-1764. Roscovany, Mon., I, p. 297 299, n. 243, 244. Bull. Rom. Cont. 111, t. p. 1. Const. 170, t. II, p. 450 et seq. ; Clem. XIV, 1769,- Theiner, Epist. ac brevia, p. 32 et seq. ; Hist du pont.

I, 292 et seq, 419 et seq. — Gravamiua trium Arehiep. Electorum eontra Curiam Rom. an 1769, Gaesari delata ; Gaertner, Corp. jur. eccl. cath. Salisb., 1799, II. 330-346 ; Mejer, Zur Gesch, der rœmisch- Deutschen Frage, I, p. 31, 35 et suiv.; Werner, Gesch. der kath. Theol. iû Deutschland, p. 213 et suiv. Le-Bret, Magazin, V, p. 342. Sur les canonistes de cour, Werner, p. 214 et suiv. ; Georg. Lakicz, Praelect. canoaicae, Viennae, 1 783 (en sens contraire Gerdil, Animadversiones in G. Lakicz Prsel. can. de l>eg. Episcop. instituendorum et destituendorum ratione, 0pp., t. XI) Eybel, Introduct. iu jus eccl. cath., Vienne, 1777 et suiv. 4 vol.; Corp. jur. past. noviss., Vienne, 1776, etsuiv., 3 vol. Pehem. (de son successeur), Praelect. in jus eccl. univ.) Vienne 1786. 2 vol. ; Riegger, Instil. jur. eccl. voll. in-4° Vienne, 1668 etsuiv.

II. R. éd. 1771 etsuiv. ; Rautenstrauch. Synopsis jur. eccles, publ. et privati, Vienne, 1776.

Rétractation de Hontheim.

96. Pie VI exhorta le prince électeur de Trêves à faire en sorte que son coadjuteur réparât le scandale qu'il avait donné, Hontheim, après de grandes difficultés, donna une explication très vague, que Rome trouva insuffisante. On lui envoya des suppléments et des corrections. En 1778 enfin, il fit une rétractation précise que le pape eut la joie de publier en consistoire. Les cours de Vienne et de Madrid furent mécontentes des actes du consistoire aussi bien que de la rétractation. On parla de contrainte exercée sur Hontheim et lui-même chercha bientôt des faux-fuyants. Il écrivit sur sa rétractation un corn-

meiitaire qui affligea profondément le pape. Le cardinal Gerdil fut chargé de le réfuter.

Les idées de Hontheiin plaisaient à la plupart des princes et de leurs conseillera ; on les propageait dans des ouvrages de toute dimension, destinés à affermir les principes d'une église gouvernementale. En vain l'assemblée du clergé de France (1775) les avait répudiés, en vain plusieurs prélats, tels que les cardinaux Migazzi de Vienne et Firmin de Passau, leur étaient contraires, en vain le canoniste libéral Barthel avait déclaré qu'il ne pouvait pas s'entendre avec Fébrouius. Ces idées ne paraissaient pas moins convenir au goût de l'époque et on essaya, en Autriche surtout, de les faire passer de la théorie dans la pratique. Dans ce dernier pays cependant, on continua de marcher avec lenteur tant que Marie-Thérèse demeura au gouvernail (morte le 29 novembre 1 780).

Müller et Wylleiibach, Gesta Trevir., t. HI, Trevn-, 1834-1836, p. 296 et seq. Kiichlich-puiitisciie Blaitter aus deroberrheiu. Ku'clienprovinz, Stuttgart, 18o3, IS. 30 et suiv., p. 253 et suiv., 258 et suiv. (texte allemand delà rélractaliuu du 1'^'^ novembre 17)8. Correspondance épisloldire entre Son Excellence Clement Wenceslas, prince-électeur de Trêves, et l'évèque coadjuteur Nicolas de Uontheim, Francfurt s-l-M. 1813, ieCathoiiq., janv. 1842, p. 89-93. J. t'ebrüuü J. G. Comment, in suam i-etractationem Pio VI. Pont. M. Kal. Nov. 1778 submissam, Francof. 1881, in-4°. — Cardm. Gerdil, In commentai-, a J. Febronio suam retractatiunem editum Auimadversiones, 0pp. éd. Rom., XIll, 177-391, l'Assemblée du clergé de France et lettres de l'abbé Berger à l'archevêque de Trêves, 1775, Wurzb. Relig.- und K.-Freuud, 1842, Nr. 18, p. 144 sur J. K. Barthel. von Werner, Gesch. derkath. Theol. in Deutschland, p. 125-127 ; voir encore Schrœclh, K.-G. seit der Ref. VI p. 548-522. Sur Marie Thérèse, lettre de Frédéric II à d'Alembert, janv. 1781. Œuvres de Fréd. Il, t. XI, p. 292, Dohms, Deuiui. S, p. 389 ; Schwiker, Die letzten Regierungsjahre der Kaiserin Maria Theresia, (1763-1780) ; Prague 1871.2 vol.

Pierre d'Osterwald.

97. Peu de temps après Fébronius (1766), parut à Munich sous le nom de Veremund de Lochstein, un ouvrage de Pierre d'Osterwald, académicien bavarois, qui soutenait l'indépen-

l'église catholique. 369

dance absolue du pouvoir civil à l'égard de l'Église, et affirmait que l'immunité ecclésiastique ne pouvait dériver que du droit civil. Il s'attira une multitude de ripostes, et son livre fut interdit par le prince évêque de Frisingue. Le gouvernement bavarois déclara que cette interdiction était, un « empiétement manifeste » sur les droits de l'autorité civile ; qu'elle était nulle et invalide, d'autant plus que Veremund ne s'occupait pas de questions dogmatiques, mais seulement des droits du souverain. On supprima les ouvrages qui le réfutaient, ainsi que le traité de Bellarmin sur le pouvoir indirect.

Osterwald fut nommé directeur du conseil ecclésiastique transformé, où la prépondérance fut accordée aux membres laïques, parce que les membres ecclésiastiques étaient trop dépendants des évêques (1768). On fit valoir avec la dernière rigueur les « droits du souverain sur l'Église » ; de nouveaux décrets furent rendus, les fiauçailles fureut soustraites à la juridiction ecclésiastique, la censure des livres exclusivement confiée aux autorités civiles, les couvents et les confréries réglementés, le placet généralisé. Osterv^ald et ses amis soutinrent les nouveaux décrets contre les nombreux écrits qui les combattaient.

Les évêques firent entendre des plaintes sévères sur la violation de leurs droits et la ruine de la discipline ecclésiastique. Comme le peuple semblait craindre qu'on ne voulût détruire la foi catholique, le prince électeur fut obligé de déclarer le contraire dans une patente publique. Les changements introduits dans les écoles depuis 1770 excitèrent le mécontentement de la foule et provoquèrent de vives réclamations parmi l'épiscopat. Le catéchisme de l'académicien Heuri Braun, bénédictin de Tegernsée, le règlement scolaire de 1771 et autres innovations rencontrèrent une forte résistance.

Sous le prince électeur Charles Théodore, on en vint à des pratiques plus modérées et on ne tarda pas à réagir contre les nouveautés. Les principes sur la tolérance des diverses religions, sur l'injustice des peines infligées aux hérétiques soutenus dans des pièces de vers et des dissertations par André Zaupser, secrétaire du conseil de la guerre, ainsi que par d'autres, fureut hautement désapprouvés et on ne craignit pas de flétrir les attaques dirigées contre la cour de Rome dans le VI. — uisT. DE l'église. 24

37Ö HISTOIRE i)E l*ègLisé.

sens de Fébroiiius. Le dümiriicaiu Thomas Jost à Landshut démontra en 1779 que l'Inquisition, sagement employée, était un remède salutaire aux envahissements de la libre-pensée. En Autriche, le mouvement fébronien était beaucoup plus actif, et plus étendu.

Raisons de Vereiuund de Lochsteiri soit pour soll contre l'immunité ecclésiastique dans les choses tempoi'olles, publiées et enrichies de remarques par F, L. W., Strasbourg, 1766, condamné à Rome le 26 juin 1767; Lehret, Magazin, p. 344). Catalogue des ripostes, Moshamm, Ub er die amortisationsgesetze überhaupt und besonders in Bayern, Regensb., 17'J8, p. 14 et suiv. Anaaleu der bayer. Literatur, an. 1781, n, p. 134; Lor. Westenrieder, Rede zum Andenken des Peter von Osterwald, Mtinieh, 1778, p. lOö et suiv. ; Nova acta bist, eecl., Vil, 94 et seq. Plaintes des évêques eu 1772 dans Friedberg, Die Grenzen zwischen Staat uud Kirche, p. 845-852. Jost, 0. Pr., Bildnisse der Freyheit und Inquisition wider die Freygeister, Frisingue, 1779; Sicherer, Staat und Kirche in Bayern, Munich, 1874, p. 8-16.

L'empereur Joseph II.

98. L'empereur Joseph, devenu maître absolu, se mit à l'œuvre avec une impatience fébrile. 11 n'était pas absolument anti- catholique, mais il avait reçu une mauvaise éducation. Il était pénétré de cette idée qu'il se devait tout entier au bien de sou peuple, mais ce bien il le faisait consister dans le développement des ressources financières et militaires et dans la souveraineté absolue de l'Etat, auquel l'ÉgUse, conçue au point de vue gallican et joséphiste, devait se soumettre sans réserve. Aussi l'autorité du pape n'était pour lui qu'un fardeau et un obstacle. Iles qu'il eut pris les rênes .du gouvernement, il supprima toute relation directe entre les .évêques et le pape, soumit les ordonnances de l'Église à la censure du gouverne, ment, donna âuplacetia plus grande extension (26 mars 1781), défendit aux évêques de demander des pouvoirs à Rome et les chargea de donner des dispenses de leur propre autorité. Il ne souffrait point d'ordre religieux qui ne poursuivît un but immédiatement pratique, et il abolit dans un court délai sept cents couvents.

L*ÉGr/.SE CATflOLîQUÈ. 37l

Influencé par les jan- énistes et les incrédules, nombreux à Vienne à cette épo jue, Joseph II combattit sans relâche, toujours sous le no- a de réforme, toutes les institutions qui étaient affiliées entre elles et tendaient au maintien de l'unité extérieure de l'Église. 11 trouva de l'appui chez une foule d'ecclésiastiques peu orthodoxes. On ne songeait qu'à séculariser, à confisquer les biens des églises et des couvents, à séparer de Rome les églises du pays, à nommer aux évêchés sans l'intervention du pape, à se débarrasser enfin des lois ecclésiastiques. L'empereur voulait être « l'administrateur du temporel de l'Église » mais il se faisait de plus en plus son chef et son tuteur. Les évèques, avant leur consécration, devaient prêter le serment d'hommage, il était défendu à toute personne de demander des titres à Rome, de porter des censures sans sans le consentement de l'État, seul chargé de surveiller l'enseignement public, de prescrire les livres de classe depuis les universités jusqu'aux écoles primaires.

Pour mieux inoculer au clergé ces nouveaux principes, on nstitua de vastes séminaires impériaux à Vienne , Pesth, Louvain, Pavie et Fribourg, puis d'autres pluspetitsqui servaient de succursales. Les séminaires diocésains furent abolis. Des professeurs jansénistes, incrédules même enseignaient hardiment leurs doctrines. LesbuUes Unigenitus ei in Cœna Domiui furent rejetées ; on interdit aux couvents d'entretenir des relations avec des supérieurs qui ne résidaient pas dans le pays, de recevoir des étrangers, puis, pendant quelque temps des novices, et on finit par supprimer ceux qui ne se consacraient pas à l'enseignement, au ministère pastoral ou au soin des malades. Défense fut faite de consulter la nonce du pape et aux sujets autrichiens de fréquenter le collège germanique de Rome confié aux dominicains depuis la suppression des jésuites.

Les réserves furent abolies, les pèlerinages, les processions, les confréries, les cérémonies du culte furent restreints et réglementés par l'État, la splendeur du culte soumise à des ordonnances de police. La législation sur le mariage fut modifiée et l'état se réserva le^droit d'établir seul des empêchements dirimants. Plusieurs des^empèchements établis par l'Église furent abolis ; on facilita la dissolution des mariages ; on foula aux pieds les conventions relatives à l'éducation religieuse des enfants nés de

372 iltSTOIRE DE l'église.

mariages mixtes, et on ordonna que tous les enfants nés d'un père catholique;, seraient élevés dans la religion catholique :les enfants nés d'un père non catholique dans la religion du père ou de la mère, selon leur sexe. Plus tard il fut prescrit que les bans des mariages mixtes seraient publiés dans les églises des deux époux, et le mariage conclu en présence du seul curé catholique (1783).

L'empereur ne tarda pas à s'immiscer dans toutes les affaires ecclésiastiques. A ces mesures d'intolérance envers l'Église catholique vint se joindre un édit qui introduisait dans les diverses provinces allemandes de la monarehie la tolérance universelle de toutes les confessions chrétiennes (13 octobre 1781) La maison d'Autriche, qui jusque-là s'était montrée la plus fidèle à l'Église, semblait vouloir s'en détacher complètement.

Phillips, K.-R., III, § 136, p. 376. Menzel, XII, I, p. 184 et suiv. Ranke, Psepste, III, p. 202. Werner, p. 217. Grosz-Hofünger, Lebensund Kegierungs-geschichle Josephs II, Stultgard, 183ö. 3 vol.; C Paganel, Gesch. Josephs II, Leipzig, 1844, 2 vol.; Lorenz, Joseph U u. die belg. Revolution, Vienne, 1862 ; Seb. Brunuer, Die theol. Dienerschaft am Hofe Josephs II, Vienne, 1868; Geh. Correspondenzen und Enthüllungen, ibid., eod. an. Die Mysterien der Aul'kjaeruug in QEsterr., Mayence, 1869. Correspondance intime de l'emp. Joseph II, avec Cobenzl et Kaunitz, Mayeiice, 1871. Ritter, Kaiser Joseph II, und seine Kirchlichen Reformen, Regensb., 1867 et suiv. Wolf, Die Aufhebung derKlœster in Inner-Œsterr, Vienne, 1871. — Hist.-pol. Bl., t. III, p. 129 et suiv.; t. VIII, p. 641 et suiv. Sur les Jansénistes à Vienne : Feszlers Rückblicke auf seine siebzigjœhrige filgerschaft, p. 74, 78; Schlœzers Staatsanzeigeu, IX, 33, p. 113. — Codex juris eccles. Josephini, Preszbourg, 1788, 2 vol.K. K. Verordnungen über Gegenstaende in materiis publico-ecclesiasticis (depuis 1770), Augsbourg, 1783 et suiv.; Pachmann, Lehrb. des K.-R., I, p. 137-144. Beidtel, Untersuchungen über die kirchlichen Zustsende in den kaiserl. oester. Staaten, Vienne,

Pie VI à Vienne.

99. Pie VI avait vainement, adressé à Joseph II soit dans ses lettres, soit par l'entremise du nonce, les plus pressantes représentations. Il résolut, dans son zèle de bon pasteur,

l'église catholique. 373»

de se rendre lui-même à Vienne (1782), malgré toutes les fatigues d'un pareil voyage, afln de décider l'empereur par son autorité personnelle, à retirer les lois et les ordonnances funestes à l'Église, et de ramener à d'autres sentiments ce prince tourmenté de la manie des réformes. Durant tout son voyage, Pie VI fut salué par les acclamations du peuple; h Àugsbourg, à Munich et à Vienne, l'enthousiasme fut indescriptible. L'empereur et son ministre Kaunitz paraissaient fort embarrassés de cette visite, La réception du pape fut brillante; la douceur, la noblesse, la grâce de sa personne furenti sans doute d'une grande influence, mais au fond Pie VI n'obtint rien de l'empereur. Joseph II ne laissa parvenir auprès du Saint-Père que les personnes qui partageaient ses vues, et il n'assista pas à l'office solennel de Pâques célébré par lui. Il refusa de conférer avec Pie VI sur les questions d'affaires, sous ce prétexte hypocrite qu'il n'y entendait rien, et il demanda de négocier par écrit. On n'admit que les protocoles contenant les explications du pape et les réponses de la chancellerie impériale. Le prince Kaunitz ne craignit même pas d'afficher grossièrement son mépris envers le chef de l'Eglise.

Pendant la présence de Pie VI, les prélats hongrois, ayant à leur tête le primat Bathyany, délibérèrent entre eux à Vienne. Le pape, à qui ils soumirent leurs questions, maintint tous ses droits. Cependant il y avait encore dans les Etats de l'empereur des prélats franchement catholiques, tels que Migazzi de Vienne Esterhazy d'Agram , etc. Eux aussi reclamèrent auprès de Joseph II. Mais il n'eurent pas plus de succès que le prince électeur de Trêves, dont les représentations à l'empereur avaient été fort mal accueillies. Il ne manquait pas de prélats singulièrement lâches et serviles envers l'empereur. Il n'y eut point de protestation générale de l'épiscopat.

Beaucoup d'ecclésiastiques étaient imbus des nouveaux principes. Le peuple se voyait inondé de brochures et de pamphlets scandaleux, tels que la représentation à sa Sainteté papale », libelle infâme de Jean Rautenstrauch, et le factum de Eybel : « Qu'est-ce que le pape ? » Ce dernier fut plus tard condamné à Rome avec un autre ouvrage du même sur la confession auriculaire, et souvent réfuté en Italie et en Allemagne ; on refusait au pape toute juridiction dans l'empire et ou ne voulait lui

S74 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

rendre que les honneurs extérieurs dus aux premiers évêques; l'empereur était le législateur suprême de l'Église,

Notes du nonce B. Joseph de Montefiascone et Corneto au prince Kaunitz, 25 mars, 18 avril, 12 décembre 1781 ; Roscovany, Mon., III, p. 234 et seq. n. 497; Ecrits de Pie VI, 25 août, 15 déc. 1781, ib., I, p. 340 et seq., n. 255; Bull,, Rom. Cont., t. VI, p. 45; J. Cordara, De Pii VI profectione, dans Ritter, p. 251 et suiv.; Raiike, III, p. 206. Protocole sur les négociations Brühl, Acta eccles., Mayence, 1853, II, H. p. 190 et suiv, Roscovany, t. III, p. 236 et seq., n, 498 et seq. Réclamations du Primat Cardinal Jos. Batthyany, 2, 9, 20 avril, 4 mai 1781 ; Benkerts, Athanasia, Wûrzb., 1839, t. X, H, 3, p. 405. Roscovany, I, p. 513-540, n. 273. Clement Wencesl. de Trêves à l'empereur. 1" juin 1781, Illgens Zlschr. für hist. Theol., Leipzig, 1834, t. IV, St. 1, p. 241 et suiv., Roscovany, I, p. 540-558, n. 274; Job. Rautenstraucbs Vorstellung; Meusel, Gelehrtes Deutscband, III, p. 206. Werner, p. 218, N. 1. Contre l'ouvrage d'Eybel sur la confession auriculaire, Breî Mediator Bei et hominum, 11 nov. 1784. Contre celui-ci : Qu'est-ce que le pape? Vienne, 1782,1a constitution Super soUditate, 28 nov. 1786, Bull., éd. Barbieri, VI, 671. Cette constitution fut attaquée dans deux brochures que réfute le cardinal Gerdil, Confutazione di due libelli diretti contro il Brève Super soUditate, Roma, 1789,0pp., t. XII. Ont écrit contre Eybel, P. Maraachi, dominicain sous le nom de Pistus Alerines, Adrien Gretsch, prêtre écossais, qui fut obligé de faire imprimer son travail à Angsbourg; l'es-jésuite A. Merz (Responsum ad qnaîstionem : Quid est summus Pontifex ? Aug. Vind., 1782 En sens contraire : Text des Augsburgischen Intoleranten mit den Noten eines toleranten Oesterreichers, Vienne 1782), et un Anonyme : Was ist der Kaiser und wie weit erstreckt sich seine Macht ? Philosophisch untersucht von F. de K., Munich, 1863. Cf. Werner, p. 21 8 et suiv.

Suite des innovations impériales,

100. Avant comme apres son arrivée à Vienne, où il séjourna pendant quatre semaines, Pie VI maintint les principes de l'Église et parla aux évêques avec un accent résolu. De Tempereur il ne put obtenir autre chose sinon que ses réformes ^n'auraient rien de contraire aux dogmes de l'Eglise et à la dignité de son chef. Joseph accompagna son auguste visiteur jusqu'au couvent de Mariabrnnn, puis quelques heures après, il supprimait ce couvent, comme s'il eût voulu prouver au

l'église catholique. 375

monde le peu d'influence que le pape avait eu sur lui. Rentré à Rome (3 août 1783), Fie VI se vit de nouveau obligé de réclamer contre la sécularisation projetée des biens de l'Église.

En 1783, Joseph II publia des prescriptions détaillées sur le culte, sur le lieu, le temps et la manière dont on devait le célébrer, etil écrivit sur les cérémonies sacrées des pensées d'une rare platitude. Le 23 décembre 1783, il entrait inopinément dans Rome pour rendre sa visite au pape ; sa réception fut brillante. Il communiqua à Azara, diplomate espagnol, le plan qu'il avait conçu d'établir une séparation complète entre Rome et l'Église d'Allemagne ; Azara fit tous ces efforts pour l'en dissuader. Le pape, pour éviter de plus grands maux, se vit obligé d'adhérer à nn concordat qui donnait à Joseph II le droit de nommer aux évêchés des duchés de Milan et de Mantoue. L'empereur essaya encore plus tard d'étendre ses réformes et en 1786, il permit l'emploi de la langue vulgaire dans la liturgie. La liberté de la presse autorisée par lui, suscita une multitudedeprojets de réforme, en même temps que d'ouvrages immoraux. La suppression du célibat, réclamée dans des brochures, ne déplaisait pas à Joseph II, mais elle trouva des obstacles dans la résistance des évêques,

La plus vive opposition fut soulevée par la patente (16 janvier d783), qui abolissait complètement le droit canon en matière de mariage. Le cardinal Migazzi, archevêque de Vienne, ayan élevé des réclamations et publié une instruction spéciale l'empereur lui ordonna de la retirer; l'archevêque répondit qu'il ne le pouvait. Les évêques de Hongrie firent également des représentations et tinrent des assemblées, qui furent interdites en 1787. Le pape de son côlé, vengea les droits de l'Éghse sur le mariage dans des lettres énergiques adressées à différents évêques ; mais l'empereur ne s'en souciait point, et il fit publier sous le placet impérial, les bulles qu'il avait lui-même demandées pour de nouveaux évêchés. L'episcopat de Hongrie montrait beaucoup plus d'indépendance que celui des pays héréditaires.

Voy. Ritleret Fachmann, op. cit. Un décret particulièrement important de Pie VI, e§t celui qui fut adressé à l'arclievêque de Trêves le

37è HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

2févr. 1782, sur les dispenses des empêchements de mariage données parles évêqiies. Bintenm, Ueber Ehe und Ehescheidung, Düsseldorf, 1819, p. 349; Roscovnny, I, p. 347-351, n.258. Allocution sur son voyage, Bull. Rom., Cont., éd. Rom. 1843, t. VI, p. 453; Hoscovany, I, p. 343 et seq.; n, 256. Lettre à Joseph II, du 3 août 1782. Schreiben Pins VI an Kaiser Joseph II. Philadelphie, 1782. Roscovany, loc. cit., p. 344, 347. Concordat de 1784,Nussi, Convent, p. 138 et seq. ; Tavanti, Fasti di Pio VI, t. I, p. 129; Beccatini, Storia di Pio VI, t. II, p. 126; Moroni, Diz., t. XVI, p. 385. Écrits contre le Célibat : Casus cujusdam clerici in occulto conjugio absque omni scrupulo raorientis (s. 1.) 1783, in-4'' ; Danksagungsschreiben der gesammten katholischen Geistlichkeit an Se. KK. Maj. Joseph 11, für die Berweigerung der Priesterehe, Vienne, bei allen privilegirten Nachdruckern, 1787, etc. schmsehliche Pamphlete. — Représentations de Migazzi, cardinal de Vienne, 7 mars 1783, et explication en avril. Roscovany, III, p. 378-395, n. 518 et suiv. Instruction, dans le même, au traité De matrimoniis mixtis, Quinque eccles., 1842,11, p. 783. Représentation de l'évêq. de Cinq Eglises, id., Monum., III, p. 395-399, n. 520. Actes sur l'assemblée de Gran, ib., III, p. 399-413, n. 521-523. Gravamina Cleri Hang, contra consLit. Jos. II, ib., p. 453-469, n. 524, en 26 §§.

Résistance en Belgique. Retour partiel et mort de Joseph II

101. Les nouveautés impériales ne trouvèrent nulle part une résistance aussi décidée que parmi les évêques de Belgique, ayant à leur tête l'archevêque de Malines, cardinal Jean Henri Frankenberg (mort en 180-4), surtout à propos de la patente sur le mariage, des séminaires généraux, des couvents et des petits séminaires. Les Etats du Brabant protestent aussi, et le peuple manifeste son mécontentement. Joseph II essaya d'exécuter ses reformes par la violence. L'université de Louvain fut transformée. Le séminaire général de cette ville enseignait sur le pouvoir de l'Église et des évêques, sur le mariage, etc. des doctrines qui furent condamnées par l'Église et que le cardinal Frankenberg frappa desévères censures. Enl788, la cour traita les plaintes des évêques d'insurrectionnelles, mais le cardinal protesta énergiquement contre cette qualification.

Le nonce fut expulsé de Bruxelles pour avoir propagé le bref

contre l'ouvrage de Eybel sur U\ pape. Le peuple se serra plus

étroitement autour de ses pasteurs et persévéra dans sa résis-

ance passive. Le régime ecclésiastico-politique de Joseph lire-

l'église catholique. 377

voltait les belges amoureux de la liberté, et nuisit beaucoup à l'empereur, trompé par de mauvais conseillers. Les événements qui se passaient en France faisaient redouter une insurrection, et Joseph II se vit dans la nécessité d'invoquer l'a ssistance du pape. C'étaient surtout les innovations introduites dans la constitution de ces provinces, qui révoltaient les esprits même les iroins religieux.

Avant sa mort (20 février 1790), Joseph II présuma, s'il ne comprit pas tout à fait, qu'il était allé trop loin. Il fit assurer le pape que les évêques de Belgique pouvaient librement exercer leurs droits et qu'il donnerait satisfaction aux Belges. Les prélats, quand Pie VI leur manda cette nouvelle (23 janvier 1790), répondirent que le peuple n'avait plus aucune confiance dans les assurances de l'empereur, et qu'on ne pouvait pas même espérer de le ramener à l'obéissance sous un nouveau gouvernement. C'était trop tard; les guerres de la révolution allaient enlever définitivement ce pays à l'empereur.

En Hongrie, Joseph II avait retiré la plupart de ses lois (28 janvier 1790), Ce prince, quelles qu'aient é(é ses intentions, pécha gravement par son absolutisme et par le mépris qu'il fit des droits d'autrui; aussi tous ses efforts demeurèrent frappés de stérilité, funestes même; il avait ébranlé son propre pouvoir et précipité la monarchie des Ilabsb )urg dans les plus redoutables périls.

A. Theiner, Der Cardinul Graf voa Frankenberg, Freib., 1850. Joseph 11, et la Révolution belge de 1790(Hist.-pol. Bl., t. XXVll, p. 566 e suiv., 635 et suiv., 714 et sniv.). Représentations de Frankenberg au sujet de la patente sur le mariage, 173i, de Ram, Synod. belg., Mechlin., 1839,11, p. 523 et seq.; ftoscovany, III, p. 478-480, n. 537 ; contre l'érection du séminaire général 29 mars 1786; Roscovany, loc. cit., p. 480 et seq. ; n. 538. Autres Réclamations, ib., n. 539, 540, p. 451-458. Requête du clergé de Gaud, 6 oct.,9 nov. 1786, à l'évèque De Ram, IV, p. 458; Roscovany, I, p. 548-553 a. 275 et seq. ; Plaintes du conseil de Flandre, 17 nov. 1786, De Ram, IV, 466; Roscovany, III, p. 492- 502, n. 542. Protestations de Frankenberg contre le reproche de rébellion, 27 juillet 1788; Roscovany, loc. cit., p. 488-492, n. 541. Le même contre les doctrines enseignées au séminaire général, 26 juin 1729; De Ram, II, p. 75 et seq. ; Roscovany, loc. cit., p. -o53-566,

37Ö HISTOIRE DE l'ÉGLISË.

n. 277. Adhésion de la faculté rétablie de Louvain aux décrets du cardinal, 1790, De Ram, II, p. 180 et suiv.; Roscovany, I, p. 567-572, n. 76. Déclaration de la faculté des théologiens et de la faculté des juristes à Louvain sur l'invalidité de l'édit du 17 mars 1783 (relatif à la suppression des couvents inutilesl ob notorium defectum potestatis in auctore legis, d. d. 22 avril 1790; De Ram, IV, 537. Roscovany, I, p. 572 et seq., n. 281. Pie VI, aux évèques belges, le 23 janv. et leur réponse, mars 1790, De Ram, II, p. 539; Roscovany,!, p. 425-431, n. 263 et seq. ; Joseph II le révoque pour la Hongrie, 28 janv. 1790, Roscovany, III, p. 470 et suiv,, n. 525.

Querelle de la nonciature.

402. Joseph II venait de mourir. Le 2 septembre 1790, il fut suivi dans la tombe par le coadjuteur Hontheim, qui avait été témoin des tristes résultats de son entreprise. Ses principes, appuyés de l'exemple de l'empereur, avaient engagé une multitude de princes, même ecclésiastiques, à favoriser les tendances gallico-jansénistes et à s'en servir dans le gouvernement de leurs diocèses et de leurs provinces. Les chaires les plus importantes furent confiées aux représentants de ces idées, et les conseillers des princes poussèrent à des mesures énergiques contre la cour de Rome. Ainsi les trois électeurs ecclésiastiques prétendaient reconquérir les « droits primitifs de leurs métropoles, » abolir les nonciatures pontificales, en commençant par celle de Cologne, ou du moins leur ravir leur influence et accorder de leur propre chef les dispenses qu'il fallait demander à Rome.

Fébronius lui-même n'avait pu entamer le droit qui revient au pape d'envoyer des légats dans les différents pays; du reste les nonces n'exerçaient que des droits réservés au pape et qui leur étaient délégués. Le pape, à qui l'empereur avait envoyé en 1769 une plainte contre la juridiction des nonces, maintint la pratique existante. Déjà plusieurs épiscopalistes fébroniens méditaient l'établissement d'une Église nationale allemande, avec restitution des anciens droits; oubliant que les princes ecclésiastiques étaient redevables au moyen-âge de leur autorité politique et de la possession d'une multitude de bénéfices.

En 1785, sur la demande du prince-électeur de Bavière, Charlesr Théodore, alléguant la condition particulière où se

l'église catholique. 370

trouvaient ses États, Pie VI résolut d'établir une nonciature à Munich et fixa son choix sur le prélat Zoglio. Cette nonciature , que Charles-Théodore présentait comme un besoin urgent, parce que les diocèses de Bavière avaient à leur tête des princes-évêques qui relevaient immédiatement de l'empire et dont aucun- ne résidait dans le pays, cette nonciature fut instituée malgré toutes les résistances des princes-électeurs du Rhin; et Charles-Théodore avertit son clergé de s'adresser au nonce apostohque. Les archevêques rhénans, n'ayant rien pu auprès du pape, se tournèrent vers l'empereur.

Joseph II les assura de son entière protection et déclara qu'il ne souffrirait pas que la juridiction des évêques de l'empire subit aucun amoindrissement, qu'il ne reconnaîtrait les nonces du pape que comme des délégués politiques. Et en même temps qu'il communiquait aux évêques la déclaration qu'il avait envoyée à Rome, il les invitait à défendre leurs droits avec persévérance, en d'autres termes à résister au pape.

Pragmat. Gesch. de. r Nuntiatur in München, P'rkf., 1787. Aquilin Caesar, Gesch. der Nuntiaturen in Deutschland, 1790. Huth, II, p. 468 etsuiv., 491 et suiv. Mainzer Monatschrift von geistl. Sachen, 1785 (principal organe des épiscopalistes allemands) K. A. Nenzel, XII, i. p. 304 et suiv.; Card. Pacca, Hist. Deukwürdigkeiten üeber seinem Aufenthalt in Deutschland (1786-1794). Trad. de l'ital. Augsb., 1832; Brück, Die rationalist. Bestrebungen im kath. Deutschland, Mayence, 1863. Busz, Urkundl. Gesch des National und Territorial-Kirchenlhums in Teutschland. Schaffhouse, 18öl. Stigloher, Die Errichtung der psepstlichen Nuntiatur in München und der Emser Congresz, München (Ratisb.) 1867.

Congrès de Ems.

103. Les trois princes-électeurs ecclésiastiques : Frédéric- Charles-Joseph, baron d'Erthal et archevêque deMayence(i774- 1802); Clément Wenceslas, de Trêves (1768- J 812) et l'archiduc Maximillen-François, archevêque de Cologne (1784-1801), puis Jérôme CoUoredo, archevêque de Salzbourg, formèrent entre eux une étroite alliance. Ils chargèrent leurs fondés de pouvoirs (Heimes, coadjuteur de Mayence; Beck, officiai de Trêves

Thauphœus de Cologne et le conseiller Bœnike), de tenir à Ems un congrès, dont le résultat fut la célèbre Punctation de Ems, en vingt-trois articles (1786). Non seulement on y contestait au pape le droit d'envoyer des nonces pourvus de la juridiction, mais on y enseignait le fébronianisme le plus outré; le pape était rabaissé au rang de primat et de premier surveillant. Faisant allusion au faux Isidore, on attribuait aux évêques. comme successeurs des apôtres , le pouvoir illimité de lier et de délier, on abolissait les appels des diocésains à Rome, on dénonçait les exemptions de la juridiction épiscopale, on supprimait le devoir de recourir à Rome pour les facultés quinquennales et la juridiction de la nonciature. Les prêtres des congrégations religieuses ne devaient plus recevoir aucun ordre de supérieurs étrangers ; chaque évêque avait le droit, en vertu du pouvoir qu'il a reçu de Dien, de publier des lois et des dispenses, notamment en ce qui regarde le jeune et le second degré de consanguinité, de supprimer les obligations attachées aux ordres majeurs et aux vœux de religion; toutes les bulles, tous les brefs devaient être «oumis à l'acceptation des évêques. Les annates furent supprimées et les taxes du pallium remplacées par une taxe volontaire; ou moditia le serment des évêques parce qu'il rappelait trop le serment des vassaux; des juges furent établis sur les lieux, ou un tribunal synodal dans la province, pour recevoir les appellations; les évêques enfin devaient rentrer dans la pleine possession de leur liberté pour opérer la réforme de la discipline. Les archevêques signèrent la Punctation (25 août) et l'envoyèrent (8 septembre) à l'empereur. Joseph II leur donna des éloges et des encouragements, mais en faisant remarquer que le succès de l'entreprise dépendait de leur accord avec les évêques suffragants (16 novembre 1786).

Punctation d'Ems dans Gaei'tner, Corp. jur. eccl. cath., II, p. 347- 364. Munich, Concordate, I, p. 4n6-i19. Elle parut pour la première ^ois dans la Gazette ecclésiastique de Vienne, puis, dans la Revue mensuelle deMayence, 1786, liv. 12. Resultate des Einser Congresses. Frk.f. et Leipzig 1788. Critique des décrets (par Feiler, ex-jésuite), Coup d'oeil sur le congrès de Ems, Irad. du franc. Düsseldorf, 1788. On proposa et on rendit des décrets à rencontre, Brück, p. 135, n. 14. Voyez

l'église catholique. 38i

encoi-e Kopp, Die kath. Kirche, im 19 Jahrb., Mayence, 1830; Planck, Neueste Rel. -Gesch. II, p. 410 et suiv., Münch, Gesch. des Emser Congr., Carlsruhe ,1840 (très hostile à l'EgHse) Ferdinand, archev. dei Cologne, reçut les facultés quinquennales le 21 déc. 1645, celui de Mayence en 1653, celui de Trêves en 1662, mais il avait déjà reçuprincédemment des autorisations partielles : Mejer, Propag., II, p, 212. Cons., p. 204 et suiv., 216 et suiv. Ces dates sont données par Pacca. Selon Carafa, éd. Quinzel, Leg, p. 30 et seq. ; Ferdinand de Cologne avait scandalisé précédemment le nonce Carafa, etdonnaitdeson propre chef des dispenses papales, c'est pouquoi il en référa à Rome. A Rome on trouve des exemplaires d'un induit accordé depuis Paul, en 1605, mais non renouvelé dans les derniers temps. Pour apaiser le conflit entre archev. et le nonce, on donna au premier des facultées analogues.

Vaines tentatives contre le Saint-Siège.

104. Or, ce furent précisément les évêques qui firent de l'opposition, principalement celui de Frisingue et celui de Spire (Auguste, comte de Limbourg-Styrum, 1760-1797). Ce dernier trouva beaucoup à reprendre dans la Punctation ; il s'étonna surtout qu'on osât enlever au Saint-Siège une possession qui durait depuis plus de mille ans. Plusieurs évêques s'aperçurent bientôt qu'on ne visait à accroître les droits des métropolitains qu'à leur détriment. Les nonces de Cologne et de Munich, Pacca et Zoglio, exercèrent les devoirs de leur charge malgré les réclamations des archevêques du Rhin. Ceux-ci, de leur côté, défendirent de demander des dispenses aux ncnces et déclarèrent qu'ils les accorderaient eux-mêmes. Sur l'ordre du pape, Pacca envoya aux curés une lettre-circulaire où il annulait les dispenses accordées. par les archevêques en dehors de leurs facultés.

De leur côté, les vicaires généraux des archevêques ordonnèrent aux curés de renvoyer la lettre du nonce, et le conseil de la cour, auquel ils se plaignirent, « cassa et supprima» (27 février 1787) la lettre-circulaire de Pacca. ils en référèrent aussi à l'empereur, qui, par un décret daté du 9 août 1788, renvoya la querelle de la nonciature à la diète de Ratisbonne. Cette diète n'eut aucun résultat ; Charles-Théodore démontra que les lois de l'empire ne s'opposaient point à la juridiction des nonces.

Sur ces entrefaites, les quatre archevêques alliés exerçaient

38â ÖISTOIRE DE L^ÉGLlSË.

les nouveaux pouvoirs qu'ils venaient de sedonner; ils déliaient les clercs engagés dans les ordres majeurs, dispensaient des vœux de religion, érigeaient des tribunaux de troisième instance, limitaient les pèlerinages, les processions et les confréries, permettaient l'usage de la langue vulgaire dans la liturgie. A Mayence, on établit même une commission liturgique pour corriger le Missel et le Bréviaire et porter des décisions à l'encontre de la Congrégation des rites instituée à Rome. Les plus graves désordres étaient à craindre, et le schisme s'organisait de plus en plus. L'archevêque de Mayence, comme l'avait fait précédemment celui de Cologne, écrivit au pape (novembre 1788) pour l'engager à ne laisser aucune juridiction aux nonces.

Auguste, évêq. de Spire, voy. Remling, Geschichte der Bischœfe zu Speyer, Mayence, 1854, il, p. 705-803. Circulaire de Pacca, arcbev, de Daniiette, 30 novembre 1786. Planck, iNeue Religions-Geschichte, Lemgo, 1787, I, p. 41 et suiv, Pacca, loc. cit., p. 46 et suiv. Coup d'œil, I, p. 9 et suiv., Roscovany, I, p. 358-363 nota. En sens contraire ; Décrets du vicariat général. Coup d'œil, etc., I, p. 9 et suiv.; Revue mensuelle de Mayence en ail. 1787, p. 8 et suiv., et l'ouvrage Ueber das unjustiticirliche und ausrührrische Schreiben, welches der damiatische Herr Erzbischof Pacca, so betitelter Nunzius zu Kœln,an alle Seelsorger der hohen Erzdieecesen vor Kurzem unmittelbar zu 'erlassen sich unterfangen hat, Francfort et Leipzig, 1787. Gonclusum des Reichshofsraths Mainzer Monatsschrift, 1787, p. 194 et suiv. Coup d'œil, I, p. 179 et suiv.; Menzel, p. 313-315. Décretde la cour, 1788, Mainzer Monatschr» p. 702 et suiv., Brück, p. 99 et suiv.

Opposition contre les quatre archevêquesi

iÖ5. Cependant les quatre archevêques furent bientôt obligés, devant la résistance des évêques, des chapitres et du pape, de changer d'attitude. Wenceslas de Trêves en sa qualité d'archevêque s'en tenait au congrès de Ems; comme évêque d'Augsbourg, il demanda en 1787 les facultés quinquennales. Plus tard (1790) il déclara que la punctalion de Ems n'était qu'une simple base de négociations, imparfaite dans sa forme. Le prince-électeur de Mayence se rapprocha du pape quand il demanda Charles Dalberg pour coadjuteur. Celui de Cologne

L*ÉGLISË CATflOLiQUÉ. 383

exprima le désir de voir cesser les différends avec le Saint- Siège. Pie VI, dans sa réponse aux quatre archevêques (14 novembre 1780), exposa les droits du Saint-Siège avec fermeté, calme et modération. Sa lettre, pour le fond comme pour la forme, était un chef d'oeuvre.

Le synode diocésain qui devait se réunir à Mayence le 18 juillet 1789 pour sanctionner les innovations, n'eut pas lieu. Les principes de la punctation de Ems passèrent encore dans la capitulation électorale de l'empereur Leopold il (1790-1792), mais les troubles suscités parla révolution française étouffèrent complètement cette affaire ; les trois princes électeurs du Rhin ne tardèrent pas à être chassés, et ainsi s'évanouit la gloire qui s'attachait à leur puissance. Le roi de Prusse avait témoigné beaucoup plus d'égard au Saint-Siège que les princes catholiques, de là vient qu'à l'instigation de Pacca, il reçut le titre de roi dans le calendrier de l'Etat romain à partir de 1787. La juridiction du nonce fut reconnue à Clèves, et les envoyés de Frédéric-Guillaume à Mayence travaillèrent en sa faveur par opposition contre l'Autriche. En 1788, Pacca remit au roi de la part du pape une lettre de remerciements. Le roi y répondit avec une politesse très mesurée. Les cathoUques se montrèrent reconnaissants de la protection qu'ils recevaient en Prusse.

Ouvrages a consulter sur le n' 105.

Brück, p. 116 et suiv. Le prince électeur au pape, nov. 1788 ; Rosco-» vany, I, p. 382. 403, nota ibid., p. 337-359, n. 2601a lettre de l'archev. de Cologne au pape, et réponse de Pie VI, 29 janv. 1787.) Proraemoria de l'archev. de Cologne à la diète de Ratisbonne, 1788 ; Réflexions su les 73 articles du Proraemoria présenté à la diète de l'Empire touchant les nonciatures. A Ratisbonne, 1788. Clem. Wenceslas à son vicariat gênerai, d. d., Coblenz, 20 févr. 1790; Gesta Trevir., ed., 1836- 1839, m, p. 30 et seq. Menzel, XII, i, p. 192 et suiv. (PU VI.) Responsio ad Metropolitanos Moguntinum, Trevir., Colon, et Salisb. super iNuntiaturis aposlolicis, Romse, 1789 ; Roscovany, I, p. 382-425, n. 262. Projet d'un synode diocésain à Mayence : Menzel, p. 388 et suiv. Sur les relations de la Prusse avec le pape, voy. ibid., p. 325, 334, 377-382.

38i MlSTOlRE DE l'église.

Le joséphisuie en Toscane.

d06. Le principal fauteur des innovations en Italie fut le frère de Joseph II, le grand-duc Leopold II de Toscane (1765- 4790). A partir de 1780, Leopold opéra une multitude de réformes, supprima l'inquisition en 1782, agit bientôt sans aucun ménagement pour le pape, alla jusqu'à s'immiscer dans les questions dogmatiques au profit des jansénistes, recommand a la doctrine de saint Augustin et l'ouvrage de Quesnel sur la Bible .11 eut pour principal instrument Scipion Ricci, évoque de Pistoie et de Prato, gagné pour les jansénistes dès la première jeunesse. Devenu vicaire général, Ricci avait trompé l'archevêque Inconiri de Florence et obtenu par la faveur du grand-duc l'évêché où il essayait clandestinement et à petit bruit d'introduire le jansénisme. Il adopta le catéchisme de Gourlin.déjà usité à Venise et à Naples. Ce catéchisme eusei^-nait la doctrine de la secte moins ouvertement que ceux de Colbertou de Mesenguy.

Ricci fit venir de Pavie et de Padoue des prêtres libéraux et joséphistes, tels que Pietro Tamburini,Zola, Natali, avec lesquels il fonda à Prato une académie religieuse qui devait cultiver les hautes sciences. Il réorganisa son séminaire, écrivit des conférences théologiques et cathéchétiques, et fit paraître depuis 1785 une collection d'ouvrages sur la religion destinée à favoriser ses plans. L'archiduc, qui lui accordait une grande confiance, l'aida à surmonter une foule do difficultés, et il sut hii même vaincre les autres par la ruse. Eu 1786, Leopold soumit à ses évêques un plan de réforme en cinquante-sept articles, conçu dans l'esprit des jansénistes et des fébroniens. Ricci et deux autres évêques se prononcèrent en sa faveur. Mais la grande majorité de l'épiscopat n'hésita pas à le flétrir, Cependant le projet ne fut pas abandonné; on se crut seulement obUgé de marcher avec plus de lenteur. Pie VI, en recevant l'évêque Ricci à Rome, l'avait encouragé à célébrer des synodes diocésains; Ricci allait en profiter pour répandre le gallicanisme et le joséphisme. Un synode fut assemblé à Pistoie et le professeur Tamburini fut nommé promoteur.

Potter, Vie et mémoires de Scip. Ricci, Paris, 1826. Memorie di Scipione de' Ricci, vescovo di Prato e Pistoja, scritte da lui medesimo e publicate con documenti da Agenore Gelli, Firenze, 1865, 2 voll. D'après l'éditeur, cette édition devait servir à justifier Ricci, mais elle ne faisait que confirmer l'opinion précédemment admise. Civiltà cattolica, 2 Gen. 1866, n. 380, p. 201 et seq.; 21 Ag. 1869, n. 466, p. 446 et seq. Le prévôt Reginald Tanzini composa une Storia dell' Assemblea de' Vescovi délia Toscana, dont la préface se trouve dans Bibliotheca civile dell' Itafiano, Fir., 1858, disp. 1. Tanzini se rétracta en 1800 sous Pie VII, Civiltà cattolica, 111, x, n. 193, p. 87-91, 12 vol.; n. 207, p. 350, 351 (jauv. 1858). Robiano, t. II, p. 72 et seq.; Huth, II, p. 555 et suiv.

Synode de Pistoie.

107. Deux cent trente-quatre prêtres assistaient à la première séance (18 septembre 1786). Le discours d'ouverture indiqua nettement les décrets qui allaient être rendus. Dans la seconde séance (20) on donna lecture de deux décrets : l'un sur la foi et l'Église, l'autre sur la grâce, la prédestination et les fondements de la morale. On y renouvela ces doctrines des jansénistes, déjà condamnées, que la foi est la première grâce, que dans les derniers temps la conscience religieuse avait subi un obscurcissement général et que les plus hautes vérités dogmatiques avaient été éclipsées dans l'Église; on adupta en outre les articles gallicans de 1682.

Les délibérations se poursuivirent pendant dix jours dans cet ordre d'idées. On sanctionna l'hérésie de Quesnel et l'on reconnut au grand duc une foule de droits sur les choses ecclésiastiques. On se proposait même de décider qu'il n'y aurait plus désormais qu'un seul ordre religieux dans l'Église et d'introduire la règle de Port-Royal dans tous les couvents. On donna à entendre que les pasteurs recevaient leurs pouvoirs de la totalité des fidèles, que le pape n'était qu'un chef ministériel, que l'Église ne pouvait rien sur la discipline extérieure et n'avait pas de pouvoir coercitif, que la juridiction des évêques était illimitée, que les prêtres dans un synode étaient juges de la foi, que les droits des supérieurs ecclésiastiques étaient soumis à l'acceptation des individus. Dans le baptême, on yi. — HiST. DE l'église. 25

386 HISTCÖRE DE L'i;&wöE.

voulut abolir la formule conditionnelle ; dans la messe, on nia la validité de l'application particulière ; dans la pénitence, on recommanda le rigorisme janséniea.

On attaqua la valeur des indulgences, les cas réservés, les censures, la doctrine du mariage, l'adoration de l'humanité de Jésus- Christ et le culte du Sacré-Cœur; on conseilla la lecture générale de la Bible et du Nouveau Testament de Quesnel; on proposa de réunir un concile national où on prendrait une décision générale sur les questions dogmatiques et morales. Pendant ce synode, réuni dans le dessein de faire opposition à la monarchie du pape, les théologiens qui pensaient autrement furent écartés et soumis à une surveillance sévère. A la fin (28 septembre), Ricci remercia ses curés, les admit au baisement de sa main, et déclara, afin qu'on ne l'accusât point de vouloir régner en maître, qu'il convoquerait bientôt un conseil de huit curés et qu'avec ce collège de prêtres, il gouvernerait son diocèse à la manière des apôtres, Les théologiens novateurs se hâtèrent d'accepter comme des décisions de concile œcuménique les actes du synode, qui furent imprimés un peu plus tard, et non content de les propager, on essaya de mettre à exécution les réformes qu'on avait en vue. Les Ricciens, tels que des iconoclastes, détruisirent les églises, les autels, les tableaux des saints, et soulevèrent partout l'indignation du peuple.

Atti e decreti del Concilio diocesano di Pistoja dell' anno 1786. In Pistoja per Atto Bracali stampatore vescovile — en lat. avec d'autres docum.. Acta et décréta Syji. diœc. Pistor., Ticini, 1789, 2 voll., ed. Laibach, 1791; ed. Schwarzel, Bamb., 1790. Cf. Kaiser, Analisi del Conc. dioc. di Pistoja, 1790.

Suites du synode de Pistoie.

108. Suivant un plan dressé par Ricci, il s'agissait maintenant de réunir un concile national. Pour le préparer, Leopold convoqua à Florence (avril 1787) dix-sept prélats de la Toscane et proposa les décrets de Pistoie à leur acceptation. Tous, hormis trois, refusèrent absolument. Leopold, vivement courroucé, dispersa la réunion et se disposa à opérer la réforme de

l'église catholique. 387

son propre chef, fallùt-il rompre avec le Saint-Siège. Le peuple catholique, aigri contre Ricci, assiégea son palais de Prato en 4787. Cependant, il demeura conseiller de Leopold, persécuta les réguliers, imposa l'obligation d'assister à ses conférences, fit supprimer des couvents et abolit la congrégation du Sacré- Cœur.

Le digne archevêque de Florence, Antoine Martini,, sollicité par lui de secouer le joug du pape, repoussa sa deaiande dans une lettre énergique (1788). Les ministres même de Leopold, principalement Serait! , étaient scandalisés des œuvres de Ricci, qui trouvait encore le grand-duc trop faible et trop peu actif. Quand Leopold quitta la Toscane après la mort de Joseph II (1790), pour monter sur le trône impérial, l'insurrection se propagea dans tout le pays. A Pistoie, le peuple se révolta et Ricci dut se réfugier à Florence et finalement abdiquer. Le clergé de Toscane était divisé en partisans et en adversaires du synode de Ricci.

Plan du synode national : Ricci, Meraurie cit., I, 503 et seq. Lettre de l'archev. Martini à Ricci, 1788 (v. Moy, Archivfür kath. K.-R., 1859, t. IV, h. V, VI, p. 245-257). — Robiauo, II, p. 81 et seq.; Arneth, Joseph II und Leopold von Toscana, Ihr Briefwechsel, 1781-1790, Vienne, 1872, 2 vol.

La bulle « Auctorem fidei ». Rétractation apparente de Ricci.

109. Dans ces conjonctures, Pie VI chargea une commission de quatre évèques et de trois prêtres séculiers, puis une congrégation ds cardinaux et de prélats , de soumettre à un examen sévère les actes de Pistoie qu'on propageait dans le public. Ricci lui-même fut invité à Rome pour y exposer ses raisons. Il s'excusa sur la maladie. Après une mûre délibération le pape publia la bulle Auctorem fidei (28 août 1794), dans laquelle il condamnait les actes et quatre-vingt-cinq propositions extraites de ces actes. La bulle,, acceptée partout avec respect, ne fut publiquement combattue queparRenoit Solari, évêque de Noli, dans le territoire de Gênes. Ses deux brochures furent réfutées en détail par le cardiual Gerdil, qui lutta également ponlre lestendances jansénistes, et fit célébrer à Giovero en sa

qualité d'abbé de l'abbaye exempte de Saint-Michel de la Cliiusa, par son vicaire général, un remarquable synode diocésain (23-27 septembre 1787). En Toscane, les lois de Leopold contre les couvents et le Saint-Siège furent adoucies mais non supprimées.

Ricci ne fit aucune démarche pour se soumettre à l'archevêque qui l'y engageait, il déclara que la bulle ne lui avait pas été envoyée, que la pubUcation en avait été interdite par le gouvernement ; qu'il ne voulait point en entendre parler, et il traita ses antagonistes de bigots hypocrites et ignorants, d'adversaires de la doctrine de saint Augustin et d'ennemis de l'État. En 1799 enfermé dans une forteresse sous le poids d'accusationsipolitiques, délaissé de ses amis et de ses proches, pressé de toutes parts de se rétracter, il consentit enfin à faire une déclaration qui laissait beaucoup à désirer. On lui rappela l'exemple de Fénelon, mais il ne voulut point en entendre parler, et invoqua la conduite de l'archevêque Noailles. Puis il donna une explication, meilleure en apparence, mais que Rome trouva insuffisante.

Après une nouvelle déclaration faite le 9 mai 1805, Pie VII l'accueillit avec bienveillance ; cependant à en juger par ses lettres à des familliers, il conserva ses arrière-pensées jansénistes. Solari entra plus tard en relations avec les prêtres constitutionnels de France, et peu de temps avant de mourir, il luttait encore contre Gerdil, son principal adversaire. En Italie, les ecclésiastiques jansénistes se montrèrent plus fanatiques qu'ailleurs ; eux seuls auraient suffi pour jeter une grande perturbation dans le pontificat de Pie VI.

Ouvrages a consulter sur le n° 109.

Bull. Rom. Contin., IX, 395 et seq.; Richter, Corp. jur. can., éd. Lips., 1839, t. II, App., p. 145. Denzinger, Enchir., p. 388 et seq., n. 114. Déclarations de Gerdil à ce sujet, Analecta jur. pontif., oct. 1853, livrais. 2. — Solari, Riflessioni in difesa di Msgr Se, Ricci e del suo sinodo di Pistoja sopra la Costituz. Auctorem fidei — Motivi deli' opposizione fatta da Msgr Vescovo di Noli alla publicazione délia Bolla Auct. iid., 1796 — connu seulement depuis 1798. Gerdil, Esame del motivi deir opposizione di Msgr. Vescovo di Noli, 0pp., t. XIV; plus tard : Fil. Anfossi, 0. S. D., Risposta aile lettre del Sgr. Le Plat, Roma, 1805, 2 volL; Synodi Javensis Constitutiones ; Gerdil, 0pp.,

t. XIX. — Ricci, Memorie cit., lï, p. 27, 36-39. Ibid., p. 33, l'explication du 27 juillet 1799; p. 38-41. 75 autres dMarations, p. 297, 237- 240, 402, 404. Lettres de Ricci, voy. aussi Gerdil, Osservazioni sopra la Risposta data da Msgr. Vescovo di Noli a' Vescovi di Francia detti Costituzionali, Venezia, 1802; 0pp., t. XV; Solari, Apologia contra il fu Em. Card. Gerdil., Genova, 1804. — L'ancien clergé constitutionnel jugé par un évêque de l'Italie, Lausanne, 1804,

Situation religieuse de la Suisse.

110. La Suisse aussi était agitée par de nombreuses dissensions. Les concordats d'Allemagne y étaient en vigueur en ce qui regardait la nomination aux évêchés et autres objets; cependant le pouvoir civil ne laissait pas d'intervenir dans les élections, et souvent les élus étaient confirmés à Rome sans qu'on eût mentionné leur nomination anticanonique, ainsi qu'il arriva pour Sion en 1701 et pour Lausanne en 1707, où le duc de Savoie faisait valoir un droit de nomination. On avait désiré autrefois que les facultés des nonces fussent étendues ; dans la suite, elles soulevèrent des plaintes très amères. En 1707, il fut décidé à Rome que le nonce ne pourrait plus autoriser aucun ecclésiastique pour le confessionnal sans le consentement de l'ordinaire. Le Saint-Siège procéda énergiquement partout où les droits de l'Église étaient lésés. Ainsi Clément XI rejeta, en 1718, un accommodement par lequel l'abbé Joseph de Rodulphis, de Saint- Gall, essayait d'aplanir un différend qui avait éclaté entre son prédécesseur Léodegar et les cantons de Berne et de Zurich.

En 1722, Innocent XIII cassa un édit du gouvernement de Lucerne sur l'admission des nonnes à la vêture et à la profession. En 1727, Benoît XIII réclama avec force contre la destitution violente d'un curé par ce même gouvernement, lequel, tout dévoué qu'il fût au Saint-Siège, commettait aussi une foule d'usurpations. Clément XIII repoussa en 1765 sa demande de lever des taxes extraordinaires sur les biens ecclésiastiques. Déjà plusieurs établissements religieux étaient violemment attaqués; déjà même on voyait surgir la question des couvents qui devait plus tard soulever de si vives animosités, surtout depuis qu'un docteur de Coire, nommé Pilât, expulsé de Trieste, eut répandu des pamphlets anonymes contre les ordres reli-

gieux. Les catholiques, après avoir tenu plusieurs conférences avec le nonce (l'archevêque Louis de Césarée), s'assemblèrent à Frauenfeld, et repoussèrent les attaques de leurs adversaires. Les cantons catholiques invitèrent le gouvernement de Coire à procéder contre les pamphlets, que Clément XIV condamna en 1769.

Après une violente agitation contre la bulle ui Cœna et les couvents, une grande assemblée eut lieu à Lucerne en août 1769. Les cantons catholi(|ues, auxquels se joignirent les cantons protestants, excepté Zurich, obtinrent la victoire et firent rendre une loi sévère contre les excès de la presse. Un extrait de Fébronius en allemand était alors fort répandu, et plusieurs établissements religieux étaient l'objet de vexations et de moqueries. Ces désordres furent combattus par Joseph Bändel, professeur de droit (mort en 1771), dans une feuille hebdomadaire rédigée en allemand et en latin. Les évêques de Coire et de Constance (le dernier, cardinal de Rodt), ainsi que plusieurs abbés, déployèrent beaucoup de zèle. En 1771, Clément XIV envoya des capucins faire des missions en Suisse. Beaucoup de théologiens de la Suisse, qui avaient fait leurs études à Fribourg, en Brisgau, professaient des doctrines anticatholiques. L'évêque de Bâle, Simon Nicolas, était passablement indolent; il demanda pour coadjuteur son vicaire général, Jean-Joseph Gobel (1771), qui devait plus tard apostasier à Paris. L'amour des nouveautés prévalait de plus en plus dans la Suisse allemande comme dans la Suisse française, et la partie italienne n'y demeura pas étrangère.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° tlO.

Nomination aux évêchés suisses : Higant., in Regui. Il Cancell. a[î03l., § 1, n. 58, 59, 66; t. I, p. 216. FacuUés du nonce : Congreg. Conc, 29 fevr. 1707; Ferraris, Prompla Bihl., IV, p. 1407 et seq., ed. Par., 1858, V, Legalus, n. 35. riémeut XI, dO déc. 1718, Bull. Rom., t. XII, p. 584; Roscovany, t. III, p. 128 et seq., n. 462. Innocent XIII, 27 mars 1722, à l'évêque de Constance, Bull. Rom., t. XIII, p. 44. Roscovany, loc. cit., p. 134 et seq., n. 465. Benoit XIII, 3 janv. 1727, ib., 1, p. 2 î 9-251. Cf. Veisuch einer pragmat. Gesch. der staatsrechtlichen Kirchenverhœllnisse der schweizerischen Eidgenossen, t. 1. Germanie, 1S16, p. 193 ; Clément XIII, 23 oct. 1765, Bull. Rom., Cont., t. 111, p. 141, n. 494. La situation sous Clément XIV : Theiner, Hist. du

pontif. de Clém. XIV, t. I, p. 306 et seq., 436 et seq.; t. H, p. 32 et seq.; Epist. ac Brevia démentis XIV, n. :J4, 49, dl9, 121, p. 30 et seq.» 52, 133, 135; Bull. Rom., Coût., IV, p. 30 et seq., n. 9. Conformation de la « Concordia » passée par l'évêque de Bâle, le 10 juin 1769, au sujet de la juridiction de Schlingen, etc.

Page 1