LES ORDRES RELIGIEUX
Destinée des anciens ordres.
Les couvents des anciens ordres et leurs controverses.
IH. Le nombre des couvents s'était sensiblement accru. Innocent X défendit, en 16-49, de recevoir aucun candidat dans un ordre quelconque avant qu'on eût calculé les revenus des différents couvents et fixé le nombre des personnes qu'ils pouvaient entretenir. Une bulle du 15 octobre J6o2 se plaignit du nombre excessif des petits couvents qui ne pouvaient pas s'acquitter de leurs offices ni observer la clôture, et elle les supprima. Cette mesure ne fut point partout exécutée. Il y avait encore à celte époque de nombreuses controverses entre les réguliers, le clergé paroissial et les évêques. Plusieurs curés prétendaient que les fidèles ne pouvaient entendre la messe que dans l'église paroissiale et faire la confession pascale qu'auprès de leur propre curé. Les papes Clément VIII (1592), Innocent X (1645) et Clément X (1670) réprouvèrent cette opinion. Ils déclarèrent que la communion pascale était seule obligatoire dans la paroisse, que la confession faite à des réguliers approuvés par l'évêque était valide et suffisante même en temps de Pâques; que les réguliers ne devaient pas, sans motif, être soumis à des restrictions de temps et de lieu.
La Sorbonne (1670) engagea le Parlement à résister à la bulle de Clément X, parce qu'il était contraire à la discipline française de permettre la confession pascale devant des religieux sans la permission des curés. Des écrits, des propositions qui semblaient contraires aux droits des curés furent condamnés à diverses reprises. Le Saint-Siège s'en tenait aux règles établies, tout en condamnant la doctrine soutenue par quelques réguliers, que l'approbation de l'évêque n'était pas nécessaire pour les confessions et il abolit les abus que les ordres religieux faisaient de leurs privilèges. L'approbation donnée pour un
diocèse n'était pas censée valoir pour un autre. Les jansénistes exagéraient dans tous les sens les droits des curés. L'un d'eux, Travers, disait, en 1734, qu'on ne pouvait se confesser ni à l'évêque ni au pape sans la permission du curé, et on lisait dans un écrit anonyme publié en 1735, que la juridiction n'était pas nécessaire pour la validité de la confession ; qu'il suffisait d'avoir été validement ordonné , que tout prêtre pouvait absoudre n'importe quel fidèle sans la permission de l'évêque ; que des prêtres non approuvés pouvaient être autorisés par les curés à donner l'absolution. Ces doctrines furent également condamnées en France. Dans le reste de l'Église, les controverses étaient rares. Dans les possessions américaines de l'Espagne, les réguliers jouissaient de grands privilèges depuis Pie V; mais, en 1648, il fut déclaré qu'ils ne pourraient en user que dans les lieux où il n'y aurait point de paroisses.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° Hl.
Innocent X contre les petits couvents : Ranke, Psepste, I, p. 120 et suiv.; Gonst. histaurandœ, 13 oct. 1652; Pignalelli, Consult. can., t. IV; Cons., 152, p. 251 et seq., ed. Lugd., 1718, in-f». Clément VIII, Const. 1592; Congreg. Conc, 1623, 1644; Innoc. X, 7 févr. 1645, dans Pignatelli , loc, cit., Cons. 163, p. 266 et seq. Clément X , Const. Ib oct. 1670, ib.; Cons. 174, n. 42, p. 488; Bull. Rom., VI, 332. Résistance de la Sorbonne : du Plessis d'Arg., III, i, p. 138 ; P. II, p. 338. Négociations contre les religieux, 1601, 1607, 1621-1624, 1631, 1650, ib., II, I, p. 538 et seq., 545 et seq.; II, ii, p. 130 et seq., 142 et seq., 159 et seq., 329 et seq., 336 et seq.; t. I, App., p. XLIV. Le l"^"" mars, la Sorbonne s'occupa de la controverse et des écrits publiés à cette occasion, surtout de l'ouvrage du jésuite Bagot, présenté par les curés: « La défense du droit épiscopal, « et de celui-ci, dénoncé par les réguliers : « L'obligation des fidèles de se confesser à leurs curés. » Après avoir entendu les rapports des docteurs députés, la faculté résolut d'étouffer la controverse par le silence, ainsi qu'elle avait déjà fait le 2 janvier 1622, par conséquent de s'abstenir de censurer ces deux écrits, tout en énonçant ses propres principes, savoir : 1° Les fidèles peuvent se confesser, même à Pâques, à tout prêtre approuvé, séculier ou régulier; 2'' celui-ci peut les absoudre valideraent et licitement; 3'* toutes choses égales d'ailleurs, il vaut mieux se confesser à Pâques au propre curé et entendre sa messe; 4° il faut maintenir l'ancienne coutume de se confesser à Pâques au propre curé, ou à un autre prêtre avec sa permission; 5° les fidèles doivent, les jours de
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dimanches et de fêtes, ou du moins tons les trois dimanches, assister à la messe paroissiale (ibid., III, i, p. 74). L'oratorien François Bonichon composa, pour défendre les mesures prises par Henri Arnauld, évèque d'Angers (mort en 1692) contre les ordres religieux, surtout contre les Carmes (Rapin, Mém., I, 341) un écrit intitulé : L'autorité épiscopale défendue contre les nouvelles entreprises de quelques réguliers mendiants du diocèse d'Angers sur la hiérarchie ecclésiastique, Angers, 1658. Il y affirme que les confessions pascales faites aux réguliers sont invalides. 11 fut réfuté par le carme Hérédia (ci-dessus, § H). Censure de six thèses des mendiants de Gand, par l'inquisition romaine, 30 janv. 1659 : Pignatelli, loc. cit., Cons. 174, n. 30 et seq., p. 287 et seq. Prosper Fagnanus, Com. in lib. I Décret., c. Ne innitaris, n. 340, p. 103 et seq. L'assemblée du clergé de France avait déjà proscrit les six propositions, le 25 avril 1656 : du Plessis d'Arg., t. l, App., P. XLVI. En 1633 déjà, les religieux de Paris furent obligés de recon naître la nécessité de l'approbation de l'évêque, ibid., III, i, p. 43 et suiv. Anonyme de 1735 : « Consultation sur la juridiction et approbation nécessaire pour confesser, renfermée en sept questions par ***, prêtre du diocèse de ***, ib., III, n, p. 215; Décret. Rom. in causa Joh. Palafox, 1648; Pignatelli, t. X, Cons. 95, p. 171 et seq., n. 30 et seq.
Les saints dans le clergé régulier.
112. Beaucoup d'anciens ordres étaient tombés en décadence; mais ils renfermaient encore de saints personnages. Chez les franciscains réformés on remarquait Léonard de Port-Maurice, prédicateur et ascète, qui fut pendant quarante- quatre ans le missionnaire du peuple (né en 1676, mort en 1751) à Rome, béatifié en 1796, canonisé en 1867) ; le père Pierre de Bagnaia (mort en 1742); chez les jésuites, François de Hieronymo(mort en 1716, canonisé en 1839); chez les mineurs, saint Joseph de Cupertino (mort en 1664-, canonisé par Clément XIII). Marie Françoise Galla des Cinq Plaies, tertiaire de l'ordre de Saint- Pierre d'Alcantara (morte en 1794 à Naples, béatifiée en 1843); Florida CeroU de Pise (née en 1656, morte en 1767), capucine vénérée comme comme un modèle de toute les vertus; Marguerite Marie Alacoque, visitandine du diocèse d'Autun (béatifiée en 1864), occupent une place distinguée parmi les religieuses. Cependant l'esprit du monde se montrait chaque jour plus hostile à la vie monastique, surtout à la vie contemplative; de là
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les restrictions sévères auxquelles furent soumis les ordres religieux, par exemple sous Joseph II. La suppression des jésuites, en France surtout^ fut le prélude d'un orage qui allait bientôt s'abattre sur toutes les congrégations religieuses.
Collezione compléta délie opère de! B. Leonardo da Porto Mauriziô, Roma, 1853 et seq., 13 vol. in-8%- Anton. Maria da Vicenza, 0. S. F., Vita del ven. servo di Dio P. Pietro da Bagnaia, Venez, 1873. (La cause de la béatification fut reprise le 3 juin 1869). Long, degli Oddi, Vita di S. Francesco di Girolamo, Roma, 1839. Joseph de Cupertino, Acta SS., 18 sept. Maria Francisca Galla, Moroni, Diz., t. XI. III, p, 5-7; G. Sainali, Vita della ven. serva di Dio Florida Ceroli da l^isa, Monza, 1873. M. Alacoque, ci-dessous, § 140.
niouvcaax ordres et nouvelles cong'rég'afions. Les barthélemites.
113. En Allemagne, Barthélémy Holzhäuser, né en 1613 à Langenau, près de Ulm, prêtre depuis 1639, puis chanoine dans le territoire de Salzbourg, vicaire général de Chiemsée depuis 1642, curé de Saint-Jean dans le Tyrol pendant treize ans, mort en 1658 curé-doyen de Bingen, s'occupa de rétablir la vie en commun parmi le clergé séculier. Le 1^" août 1640, il ouvrit à Salzbourg son institut de clercs réguliers, qui fut adopté ensuite dans lesdiocèses d'Augsbourg, Mayence, Coire, Osnabrück, plus tard (1676) en Hongrie, et depuis 1682 en Espagne et en Pologne, Les clercs qui résidaient et qui étaient formés dans ces établissements se nommaient barthélemites : ils suivaient la règle que leur avait donnée le fondateur et que le nonce de Cologne, San Felice, appelait « la moelle des canons. » Innocent XI l'approuva le 7 juin 1680 et la fit imprimer à Rome en 1684, après qu'elle eût été augmentée. Dans la Souabe et la Bavière, les barthélemites dirigeaient encore des séminaires au dix-huitième siècle, bien que l'ère de leur prospérité, qui coïncide surtout avec la période de la guerre de Trente ans, fût déjà passée en Allemagne.
Vita ven. Barthol. Holzhäuser vitee communis clericorum restaura-
l'église catholique. 39^
toris, Ingolst., 1728; Gaduel, Barth. Holzh., en français et en allem., Mayence, 1862; Helyot, Vlll, p. 138etsuiv.
Les frères des écoles chrétiennes.
114 En France, J. B. delà Salle, chanoine de Reims (mort le 7 avriU719, canonisé le 1" novembre 1873), établit en 1680 les frères des écoles chrétiennes, dontl'institut fut approuvé par Benoît XIII. Ils prirenten peu de temps une grande extension. Les membres, destinés à l'enseignement des jeunes garçons, surtout de la classe ouvrière, étaient laïques et ne faisaient que des vœux simples. Paris fut le centre de la congrégation et le siège du supérieur général,
Les frères de la doctrine chrétienne, institués par J.-B. de la Salle ; leur organisation, leur rite et leur constitution, en français et en allemand. Henrion-Fehr, H, p. 292 et suiv. Itiid., sur les sœurs des écoles selon l'ancienne discipline, p. 291.
Les trappistes.
1L5. Ce fut également la France qui vit naître les trappistes, congrégation réformée de cisterciens, dont les membres s'obligeaient à la plus rigoureuse abstinence, renonçaient même aux charmes de la conversation et aux études savantes. Leur fondateur, Armand Jean le Bouthilier de Rancé, avait été dès son enfance destiné à devenir abbé du coiivent de la Trappe. Après une brillante jeunesse, traversée d'expériences douloureuses, dégoûté des biens de la terre ainsi que de la science, il se retira à la Trappe en 1662, rétablit la règle primitive et mourut en 1700 après une vie pleine de mérites. Des Italiens, des Anglais et des Allemamls entrèrent dans cette congrégation, composée en inajeure partie do Français et admirablement conduite. Côme III de Toscane donna à dix-huit trappistes l'abbaye de Buon Solasso, près de Florence (1705). Cet ordre tout rigide qu'il était, fut supprimé par la révolution française; il chercha un asile en Suisse, en Piémont et en Espagne, et se propagea à Rome, en Italie et en Amérique.
Holsten-Brockie, VI, 569; Snpplem. ad Natal. Alex. H. E., t. II, p. 689 et seq.; Marsollier et Mauptou, Vie de l'abbé de la Trappe, Par., 1703; Hist. civ. rel. et lit. de l'abbaye de la Trapfie, Par., 1824 ; Exauvillez, Vie de l'abbé de Rancé, Par., 1842; Chateaubriand, Vie de Rancé, Par., 1844 (en allem., Ulm, eod. an.); Gaillardin, Les Trappistes, Par., 1844, t. I (jusqu'en 1790); Dubois, Hist. de l'abbé de Rancé, Par., 1866 ; Gœcking, Leben des Abtes von Rancé, Berlin, 1820; Helyot, VI, p. 1 et suiv.
Les rédemptoristes.
146. La congrégation des rédemptoristes (ou du très Saint Rédempteur) fut fondée par saint Alphonse Marie de Liguori. Né à Naples en 1696 d'une famille noble, Alphonse avait fait de bonnes études de droit et s'était signalé comme avocat. Cette carrière devint bientôt un tourment pour sa conscience délicate ; il s'adonna à l'étude de la théologie et reçut le sacerdoce en 1724. Constamment occupé soit dans la chaire, soit au confessionnal, il remarqua avec un douloureux étonnement, dans une mission qu'il donnait près d'Amalfi, les besoins multiples dont souffrait encore le peuple des campagnes ; il résolut de fonder une congrégation nouvelle qui s'appliquerait surtout à l'éducation religieuse et au relèvement des classes inférieures du peuple. Il institua donc en 1732, avec l'agrément de Clément XII, la congrégation du Saint-Rédempteur. Imitation fidèle de Jésus-Christ, éducation de la jeunesse et du peuple des campagnes, conversion des pécheurs, tels furent ses principaux objets. La règle fut définitivement établie le 21 juillet 1742.
Saint Liguori dirigea sa nouvelle congrégation parmi une infinité d'obstacles, souvent tout à fait inattendus, et il continua même après que Clément XIII (1762) l'eut nommé évêque de Sainte-Agathe-des-Goths. 11 renonça dans la suite (1775) à son évêché, et vécut sans partage auprès de ses fils spirituels. Visité par de graves maladies, il fit preuve d'une patience admirable et composa, outre sa théologie morale, répandue au loin, une foule d'autres écrits, les uns dogmatiques, les autres, en plus grand nombre, ascétiques; on lui doit aussi de magnifiques cantiques populaires à la louange de Marie. Ses fils (qu'on appelait aussi Liguoriens) produisirent un bien consi-
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dérable ; mais comme on les prenait pour une espèce de jésuites, ils furent bientôt, ainsi que ces derniers, honnis et persécutés, et quand cet ordre célèbre eut été aboli, au grand regret de saint Alphonse, qui fut toujours sou protecteur, on les envisagea souvent comme remplaçant les jésuites. Le saint gémissait sur la triste position de Clément XIV, qu'il assista au lit de la mort. Cet illustre fondateur, dont la mansuétude et la charité gagnaient tous les cœurs, mourut le l"' août 1787, âgé de quatre-vingt-onze ans.
Canonisé par Grégoire XVI en 1839, mis au rang des docteurs de l'Eglise le 7 juillet 1873, saint Alphonse a été, pour sou temps et pour les temps suivants, un guide presque aussi éclairé que le fut autrefois saint Bernard. Ses disciples, dont la principale tâche était de donner des missions au peuple, se répaudirent bientôt dans une infinité de pays. Ils exposaient d'abord l'objet de la missiou dans un discours d'ouverture et invitaient les fidèles à se rendre assidûment aux instructions. Venaient ensuite les sermons sur des sujets particuhers, plus courts le matin, plus longs le soir, ils se conformaient aux exercices de saint Ignace, parcourant avec soin les devoirs de chaque État et les conditions requises pour une vraie pénitence. Plusieurs personnages illustres se consacraient, sous leur conduite, à l'instruction du peuple et de la jeunesse, dont la pureté et l'innocence étaient l'objet de leur constante sollicitude.
A. Giatini, Vita del B, Alfonso Lig., Roma, 1815, in-4'», en allem., Vienne, 1838; Jeancard, Vie du b, Alph. Lig., Louvain, 1829; Rispoli, Vita del B. Alfonso, JNapoli, 1834; Moroni, Diz. I, p. 120; Henrion- Fehr, II, p. 217 et suiv., Sion, 1842; Janv. et suiv., N. 7 et suiv. Collezione compléta délie opère di S. Alfonso M. de Lig., Monza, 1839 et seq., LXVill, 12 voll.; Opère compl. (sans la Théol. moral.); Venez 1833 et seq., 60 voll. Traduction allemande par Hugues, Ratisbonne 1842 et suiv. (trois sections : œuvres ascétiques, dogmatiques et morales.) Theologia moralis, éd. Bassani, 1832 et seq., 3 vol. in-4°. P. M. Heilig, Mechlin. et Mog., 1845 et seq., 10 vol. in-12; Homo apostolicus, Mog., 1842. Les relations avec les jésuites : Rispoli, p. 245. Mémoire sur la vie et ia congrégation de S. Liguori, t. II, livr. III,
398 aiSTOiRE DE l'église.
p. 193. s. Liguori au lit de la mort : Clément XIV. Theiner, Hist. Il, p. 520.
Les passionistes.
117. Paul delaCroix,néen 1694 à Ovada, diocèse d'Aqni,dans lePiémont, prêtre en 1727, mort à Rome en 1775, fut avec saint Alphonse et Léonard de Port-Maurice, un des plus grands mis- .sionnaires de son temps. Il a éternisé sa mémoire par la fondation de l'ordre des Passionistes, approuvé par Benoît XIV en 1741 et par Clément XIV en 1769. Ce dernier pape rendit hommage aux vertus du fondateur dans un bref particulier et Pie IX l'a inscrit au catalogue des saints (1" mai 1867). La congrégation de la Sainte-Croix et de la Passion du Seigneur avait pour mission de prêcher la pénitence par la parole et par l'exemple, de convertir les pécheurs et les païens. Son costume était de couleur noire, surmonté d'une croix blanche. D'Orbitello, elle se propagea d'abord en Italie (1737), reçut à Rome, comme centre de ralliement, l'éghse des martyrs Jean et Paul, sur le mont Coehus ; elle fut transplantée en Belgique, dans la Grande-Bretagne et en Turquie , et entreprit une foule de missions hors de l'Europe.
Vita del ven. P. Paolo délia Croce von P. Vinceozo Marco de S. Paulo, Approbation par Clément XIV, 15 nov., 16 déc. 1769 : Tlieiner, loc. cit., I, p. .Mi; Bull. Rom. Const., t. IV, p. 66-72 ; Const. 22 ; les règles en 40 chapitres, ib., p. 98-118. Bref à Paul : Theiner, Epist. ac Brevia Clem. XIV, p. 80 et suiv.; Ami de la religion, 17 mai 1853, Là-dessus le passioniste Luca di San Giuseppe : Vita délia serva di Dio M. Maria crocifissa di Gesu, prima superiora délie religiöse Passioniste istitute da S. Paolo dalla Groee, Cività-Vecchia, 1878.
Les baptistines.
118. Les ermites de saint Jean-Baptiste, ou baptistines, furent fondées par Marie- Antonia, nommée plus tard Jeanne- Marie Battista Solimani, née en 1688, à Alharo, près de Gênes En 1730, à Moneglio, Battista commença avec quelques vierges un genre de vie très austère, établit à Gênes en 1736 une société analogue, et en 1742 se rendit à Rome, où Benoît XIV
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approuva les règles qu'elle avait rédigées (janvier 1744). Revenue à Gênes et occupée de la fondation d'un nouveau couvent, Marie reçut, avec douze compagnes, la vêture des mains de l'archevêque (20 avril 1746) et fut élue abbesse le 27 juillet. Elle mourut en odeur de sainteté le 8 avril 1758. Sa nièce, Marie-Claire Battista Vernazzo, fonda (1775) une maison à Rome (morte en 1783).
Ces religieuses faisaient un noviciat de dix-huit mois, observaient un jeune rigoureux, n'usaient jamais de viande et récitaient l'office en chœur pendant la nuit. Le confesseur de la fondatrice, Dominique François Olivier!, né à Gênes en 1691, fut par elle envoyé à Rome (1749) pour jeter les bases de la lignée masculine des baptistins, qui devaient surtout travailler dans les missions. Benoît XIV approuva (23 septembre 1755) la congrégation de saint Jean-Baptiste, placée sous la direction de la Propagande. Olivieri mourut le 13 juin 1766. La congrégation des hommes fut supprimée pendant la révolution; celle des femmes continua de subsister.
Moroni, Dizionario V. Battistine, vol. IV, p. 228 et seq. Les dames anglaises.
119. Benoît XIV approuva aussi l'institution des dames anglaises précédemment établie. Marie Ward, née en Angleterre, avait fondé (1609) eu Belgique un couvent de femmes, qui eut bientôt des maisons à Trêves, à Cologne, etc. En 1621, elle avait sollicité l'approbation de son institut. Sur des plaintes émanées du clergé anglais (1624) et du cardinal Clesel, princeévêque de Vienne (1628), concernant les procédés arbitraires de ces dames, les nonces reçurent l'ordre de fermer ces maisons. La mesure fut exécutée en Belgique et à Cologne en 1629. A Trêves, une certaine Cambiani, qui se disait chargée par Marie Ward de faire la visite, s'opposa à la dissolution du couvent projetée par le nonce. Le nonce, pour éviter le scandale, ajourna la suppression des autres maisons.
Le principal défaut de ces dames était d'établir leurs maisons clandestinement et sans autorisation de l'Éghse, même à Rome, à Bologne et Forli, et d'usurper le titre de jésuitesses.
Urbain VIII (1631) leur défendit de porter ce nom, d'élire des supérieures et d'ériger de nouveaux établissements. Il ordonna de supprimer l'ordre, de faire le procès de Marie Ward et de Cambiani. Elles se rendirent à Kome et y furent traitées avec ménagement. Un acquit la preuve que leur désobéissance ne provenait point de méchanceté ni de préméditation et que leur conduite était irréprochable. En 1637, Marie Ward put retourner à Liège. Elle se rendit plus tard en Angleterre et mourut en 1645.
Les dames anglaises, quoique interdites, conservèrent des maisons en Belgique, en Angleterre et en Allemagne; des princes ecclésiastiques et civils s'intéressèrent vivement en leur faveur auprès d'Innocent XII. La congrégation du concile chargea le cardinal Léonard Colloredo de reviser les statuts présentés à Kome, et Clément XI les approuva en 1703, sans déroger aux ordonnances d'Urbain YIII. Sous Benoit XIV, les dames anglaises d'Augsbourg et de Mindelheim refusèrent d'obéir aux évéques. Le Saint-Siège, en vidant cette controverse, maintint les précédents décrets : il fut défendu aux dames anglaises de considérer Marie Ward comme leur fondatrice et leur mère, de l'honorer comme une sainte, de se soustrake à l'obéissance des évéques. Elles ne pouvaient faire que des vœux simples, avec l'approbation de l'ordinaire, et devaient se conformer aux statuts approuvés par Clément XI (1748). Les dames anglaises possédaient plusieurs maisons en Bavière et en Autriche ; la supérieure générale de Bavière était souvent placée par ces dames au-dessus des évéques. Ses droits furent réglés et il fut décidé que Tobéissauce qu'on lui rendrait ne préjudicierait jamais à celle qui revenait aux évéques.
Source principale : Bened. XIV, Const. 7, Quamvis justo, 30 avril 1749; Bull. Bened., t. III, p. 25-31, éd. Venet.; Urban. Vill, Const. Pastoralis, 13 janv. 1631 ; Clément XI, Const. Inscrutubili, 13 juil. 1703; Kham, Helatio de ortu virginum anglicarum, 1717, in-4''. Maria Wards Leben und Wu'ken, Augsb., 1840; Leitner, Gescb. der engl., Frœulein, Ratisbon., 1869; Schels, Die neueren rel. Frauengenossenscbaften, Schaü'bouse, 1858, p. 80 et suiv.; Scbuppe, Das Wesen und die Recbtsverhseltnisse der neueren relig. Frauengenossenscliaften, Mainz, 1868, p. 18 et suiv.
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Les religieuses de l'adoration.
120. Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, voulant procurer l'adoration perpétuelle du Saint- Sacrement, essaya de fonder, avec l'aide de Catherine de Bar, surnommée du Saint-Sacrement et abbesse des bénédictines de Rambervillers, en Lorraine, une congrégation distincte (1654). Elle fut érigée avec le concours du roi et des prélats, approuvée d'abord par les nonces du pape et ensuite par Innocent XI (1676). Clément XI dressa les constitutions en 1705, et appela de France quelques religieuses à Rome, où elles obtinrent un couvent. Les religieuses de l'adoration (adoratrici) portaient l'emblème du Saint-Sacrement sur la poitrine.
Une congrégation de religieuses de saint Norbert, fondée dans le même but au diocèse de Coire par le prêtre suisse Joseph Ilely, fut approuvée de Pie VI; elle se répandit en Allemagne et établit une maison à Rome. A Marseille, le dominicain Antoine Le Quien institua unç congrégation semblable. A Macerata, il y avait une société de religieuses du Corpus Dominik créée par la Vénitienne Hyacinthe de Bossi (1683). Elle fut approuvée par l'évoque en 1692.
Moroni, Dizion., t. I, p. 94- elsuiv. V. Adoratrici. Voy. ci-dessous, IX, §466.
Les religieuses du Bon-Pasteur, etc.
121. Une femme convertie de Leyde, Marie de Cyps, veuve de Combé, abandonnée de ses parents et soutenue à Paris par des personnes charitables, fonda, pour la conversion et l'amendement des jeunes filles tombées, comme pour la direction de celles qui couraient risque de se perdre, dans une maison que lui assigna Louis XIV (1688), la congrégation des dames du Bon-Pasteur. Elle se répandit en France, en Italie et en Allemagne, et elle a donné, jusqu'à nos jours, d'excellents résultats. En 1666, le pieux Nicolas Barré, de l'ordre des minimes, jeta à Rouen les fondements d'une autre congrégation de femmes, celle des Ecoles de l'enfant Jésus, en érigeant un établissement destiné à former des institutrices pour les écoles de la campagne. 11 reçut son dernier développement en 1681 et
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obtint à Paris une maison avec nn noviciat. La congrégation se partageait en deux sections, celle de Saint-Maur, dans le midi de la France, celle de la Providence, en Normandie et en Picardie. Les membres de cette société furent aussi appelées dames de Saint-Louis, à cause de la maison de Saint-Cyr, fondée par M"® de Mainlenon. Après la révolution, la congrégation fut rétablie à Metz en 1806-1807.
Hearion-Fehr, II, p. 362 et suiv., 368 et suiv. Hélyot, t. IV, p. 498 et suiv.
Les bethléémites.
122. Dans le centre de l'Amérique, où les franciscains avaient fondé, en 1564, la province du Saint Nom de Jésus, on vit paraître l'ordre des Bethléémites, qui se propagea bientôt dans l'Amérique méridionale. Il s'appliquait surtout au soin des malades, qui faisait l'objet d'un quatrième vœu, et il avait pour base la règle de saint Augustin. Son fondateur fut le bienheureux François de Bethencourt, dont Clément XIY qualifia les vertus d'héroïques. Cet ordre, le seul qui eût une origine américaine, fut approuvé par Clément XI .
Hélyot, III, p. 415 et suiv.; Henrion-Fehr, II, p. 81 et suiv. Freib., K. -Lexikon, I, p. 888 et suiv.
La science, l'art et la vie religieuse.
La science ecclésiastique en France.
123. Sous Louis XIV la France eut sa période de splendeur dans la littérature comme dans l'iufluence qu'elle exerça au dehors. Elle fut illustrée par les poètes Corneille, Racine, Boileau et Molière ; par les grands orateurs de la chaire Bossuet, Fénelon, le jésuite Bourdaloue (mort en ITO^), le premier pour la richesse et la vigueur des idées (1) ; Fléchier, évèque de Nîmes, énergique et solide (mort en 1710) ; Massil-
(1) Nous croyons, nous, que, à tous égards, Bossuet l'emporte de beaucoup sur Bourdaloue. — N. T.
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Ion, de l'oratoire (1717-1742), évêque de Clermont, admirable écrivain et doué d'une profonde connaissance de l'homme ; les jésuites Giroust (mort en 1689) et Houdry (mort en 1729), et Bridaine, missionnaire du peuple (vers 1750).
De grands travaux furent également accomplis dans la théologie savante, grâce à l'émulation qui existait entre les ordres religieux, dont la plupart avaient rétabli la discipline monastique : dans le clergé séculier, stimulé par saint François de Sales, Olier, Vincent de Paul, etc. ; grâce aux établissements d'instruction parfaitement dirigés , aux efforts des universités et à la passion des recherches partout entretenue. Dans l'apologétique, nous remarquons Pierre-Daniel Huet, évêque d'Avranches (mort en 1721) qui n'appuyait la défense du christianisme que sur des preuves historiques et positives ; sur les miracles et les prophéties ; dans un ouvrage qui ne fut imprimé qu'après sa mort, il réfuta habilement cette objection judaïque que iadémonstratiouchrétieune par les prophéties était suraunée, tout en favorisant sur plusieurs points le scepticisme; Houteville (mort en 17-42), Jean-Claude Sommier (mort en 1737), Bergier (mort en 1790), qui cultiva surtout la philosophie de la religion ; le janséniste Pascal (mort en 1662), d'une grande richesse de pensées, mais n'ayant pas toujours la solidité qu'on devait attendre d'un excellent mathématicien.
Bossuet a fourni des travaux importants pour la démonstration catholique. En dogmatique, les auteurs les plus éminents sont : les sorbonnistes Isaac Habert, évêque de Vabres, Isambert, Honoré Tournely, Jean de Hamel, CharlesWitasse;les dominicains Alexandre Noël (iVä!/a//5), Antoine Massoullié, Billuart, Collet, l'oratorien Thomassin, l'Herminier, le béuédictin Prudence Maran, l'archevêque Fénelon (mort en 1715), Antoine, etc. Parmi les thomistes, Gonet et Contenson sont fort estimés. De même qu'Arnauld et Nicole avaient vengé le dogme de l'Eucharistie, Jacques Sainte-Beuve , un autre janséniste (mort en 1677), fut l'apologiste de la confirmation et de l'extrêmeonction contre DaîUé. Sainte-Marthe, rehgieux de Saiut-Maur (décédé en 1725) défendit la confession contre les calvinistes en général. Chez plusieurs théologiens,, la morale demeura confondue avec le dogme; elle fut ensuite enseignée tantôt sous le côté casuistique, tantôt sous le point de vue ascétique : les
jansénistes la traitèrent souvent d'une manière exclusive et conformément à leurs principes. L'oratorien Bernard Lamy essaya de faire ressortir, dans une langue agréable, la sublimité de la morale chrétienne.
Thesaurus libroi'uin reicathol., Wirceb., 1848. Hurtex", Nomenciator liter., t. I fin., t. II, fasc. 1 (1660-1680). — Picot, Essai hist. sur l'influence de la religion en France ; Lacrelelle, Hist. de France au siècle XVIII, en allem., par Sander ; Berlin, 1810, 2 vol. ; Maury, Essai sur l'éloquence de la chaire ; Par. 1810, 1. 1. Loth, Fénelon orateur, Rouen, 1876; Floquet, Études sur la vie de Bossuet, Paris, 1855, 3 vol. Oeu vres de Bossuet, éd. Versailles, 1814 et seq., éd. Gauthier, Par., 1828 etseq,, ed Lâchât, 1862, Oeuvres inéd., Paris, 1863. Œuvres de Bourdaloue, Paris, 1833 et seq. Fléchier , Panégyriques des Saints, Oraisons funèbr., Sermons, en allem., Augsb,, 1760, 7 art. Massillon, Oeuvres comp., Pai'is, 1838, t, 3; Houdry, Bibliothèque des prédicateurs, Lyon, 1712-1733, in-4°, 22 vol. ; Sermons du P.Bridaine, Avignon, 1827, t. 7. Citons encore comme docteurs: La Colombière, mort en 1682, Cheminais, mort en 1689, de la Rue, mort en 1725, Bretonneau, mort en 1748 ; Huetti, Ep. Abric, Demonstratio evangel., 1679, Amst. 1680 (on lui doit aussi) : Origeniana, Censura philos. Cai"tes., Comment, de reb. ad eum pertinent., Amst., 1718. Tholuck, Cf. Verm. Schriften, I, Hamb., 1839, p. 247 et suiv. ; Baracb, Huet als Philosoph, Vienne, 1862. Contre le traité philos, de la faiblesse de l'esprit hnmain, Amst., 1721 (publié après sa mort, sous le voile de l'anonyme, par son ami Olivet) Muratori, composa : Delle forze dell' intendimento umano, Ed. II, Venezia, 1748. Voy. Denzinger, Relig. Erkenntu., I, p. 145-18 ; Houteville, Lareligion chrétienne prouvée par les faits, éd. augm.,Par., 1740, 3. voll, en allem. : Erwiesene Wahrheit der christ. Religion, Franck., 1745; Sommier, Hist. dogmatique de la reUgion ou lareligion prouvée par l'autorité divine et hum. et par les lumières de la raison, Nancy et|Paris, 1708 etseq. t. VI. Essai d'une histoire philosophiq.de la religion, manifestation de la conscience chrétienne, avec rapport à l'histoire du paganisme ,• Bergier, Traité de la vraie religion, avec la réfutation des erreurs, Paris, 1786, voll. 12 ; Pascal, Pensées sur la religion. Par., 1669, t. II et suivant, dans sa forme primitive, par M. Faugère, Paris, 1844, t. 2, en allem, par Blech, mit Vorrede non Neander, Berlin, 1839. Oeuvres, La Haye, 1779, 1819, t. V. Tholuck, op cit. I p. 224 et suiv. Weingarten, Pascal als Apologet des Christentums, Leipzig, 1863. Bossuet, Exposition de la foi cathol., 1668, en allem, par Feder, Sulzb., 1820; Bausset, Hist. de Bossuet, Paris, 1814, t. IV, Is ; Habert, Theol. grsic. Patrum vindicat» circa univ. materiam gratiœ, libri III, Par.,
l'église catholique. iO$
1647, reçus. Wirceb., i863. Nie. Isambert. Comment, in S. Thom. Suramam, et Tract, theol. ; Tonrnelj, Cursus theolog. scholasticodogmaticus et moralis, Venet, 1739, et souvent Jean Duhamel, Theol. spéculât, et practica juxta SS. PP. dogmata pertractata, Par., 1691, t. VlI,Ven,i734 et seq. ExtraitdeTouvrage Summa summarum, Par., 1694, Witasse, Tract, de paenil. ord. Euchar., de attributis Dei, de Trin., de incarnat., 1722, nov. éd. Lovan., 1776, cum notis. — Natal. Alex., Theol. dogm. et moralis, Par., 1693, in-f",1703, in-f». Massoulié, mort en 1706, D. Thomas suiinterpres de divina motione et libertate creata; Billuart, Summa S. Thom. hodiern. academ. moribus accomodata. Leod. 1746., Par. 1758, 841 et souvent. Collet, instit. theol. schol. s. theol. specuL, 1752, in-f", t. II. L. Thomassin, Dogmata theol., Par., 1684 etseq. in-f° t. II; L'Herminier, morten 1735, Theol. scholast. etTract.de sacramentis ; Pr. Maran, Divinitas D. N. J. Chr., Ed. nov. Wirceb, 1859; Fénelon, Oeuvres spirit. Amst., 1725, traduit par Claudius, édit., 2 vol.,Ham., 1828, 3^ édit. ; Œuvres nouv., éd. Par., 1838, éd. Didot, Par., 1787, et seq., ed Lebel., éd. Vers., 1820-1824 ; Par., 1827 et seq., voll. 37 ; Bausset, Bist, de Fénelon, Paris, 1809, 1824, t. 3. En allem., par Feder, Würzb., 1811 et suiv., 3 vol. ; Antoine (Theol. univ. specul. et dogm., etc.), mort en 1743 ; Gouet, Clypeus theol. thomist. contra nov. impugnat., Burdigal., 1659 ; Contenson, Theol. mentis et cordis, Colon., 1722 ; Lamy, démonstration de la vérité et de la sainteté de la morale chrétienne, Paris, 1688, Rouen, 1706, en allem. Leipzig 1737; D. M. Petitdidicr, Remarques sur la biblioth. des auteurs ecclés. de M. de Du Pin, Par., 1691, 2 voll. Diss. bist. crit. in S. Script. y. L, TulU Leucor., 1699, in- 4°; Traité théoI. sur l'autorité et infaillibilité des Papes, Luxemb., 1724 ; Justification de la morale et de la discipline de l'Église de Rome et de toute l'Italie contre un livre anonyme (La morale des jésuites et la Const. Unigenitus comparée avec la morale des payens), Estival, 1727.
Principaux objets d'étude.
42i. Les branches qui furent cultivées en France avec une prédilection particulière sont :1a théologie historique, lapatristique, l'archéologieetrhistoirede l'Église. Nous avonsnommé lesbéuédictins de Saint-Maur, lesoratoriens, les jésuites et le clergé séculier. Les hommes les plus marquants parmi les bénédictins à qui nous devons les meilleures éditions des Pérès, sont Mabillon (mort en 1708) et Bernard de Montfaucon (mort en 1741), le premier célèbre dans la paléographie latine, le second dans la paléologie grecque et la publication des sources ; Nicolas le
406 HISTOIR& DE l'AgLISE.
Nourry, Antoine Auguste Touttée, Massuet, Théodoric Ruinart, Jean Martianay, Charles de la Rue, Maran, Julien Garnier, Edmond Marterne, Constant (mort en 4721), Clemancet, Beaugendre, Denis de Sainte-Marthe, etc. Le dominicain Lequien, éditeur de Jean Damascène, a recueilli de nombreux matériaux dans son Orient chrétien, et on a de l'oratorien Thomassin un savant ouvrage sur l'ancienne et la nouvelle discipline. Parmi les prêtres séculiers, Cotelier a publié les Pères apostoliques; Valois (mort en 1676), les historiens grecs de l'Église, Eus. Renaudot (mort en 1720), les liturgies orientales ; Launoy et Etienne Baluze, une foule d'anciens documents. Dupin et Cellier s'occupèrent des auteurs ecclésiastiques. Lt^s conciles ont été édités par Labbé, Cossart et Hardouin (mort en 1729); l'histoire ecclésiastique a été traitée dans son ensemble, avec talent, par Tillemont (mort en 1698), Fleury (mort en 1723) et Noël Alexandre (mort en 1721). Bossuet adonné un intéressant ouvrage sur les nombreuses variations du protestantisme; Duplessis d'Argentré, un recueil de jugements portés d'abord par la faculté théologique de Paris, ensuite pard autres universités, et par les papes, sur les doctrines erronées et sur les ouvrages dangereux L carme Honorât de Sainte-Marie (mort en 1729) s'est signalé par sa criti<]ue pénétrante et par sa polémique contre le parti de Quesnel.
Mabillon, 0pp. S. Bernard., 1667, 1690.— Acta SS. 0. S. B. — Vetera analecla. Par., 1675 el seq , 1723 ; — ■ De re diplouiaiica, 1681, Suppl. 1704. — Deliturgia gullicaiia libri III ; Disquis. de cursii gallic, Pai'., 168o,in-4°. — Annales 0. S. B., Par., 1668-1702. — Museum italicum, etc.; B. de Moutfaucou,Anecdota grccca, 1688. Veritas bist. Judith adstructa, 1690 ; S. Äthan., 0pp., 1690. Diarhim ital., 1702. Collect. nov. PP. et script, grsec Eus. Cœs. Äthan. Cosm., Aeg.,1707 : lib. Philon., De vila conlempl. 0pp. S. Joh. Chrjs. Autres A. 1762,. 5. I.I . Le Nourry, Apparat, ad biblioth. max. vet. PP. Lugd., 1694, 1697 ; Touttée, 0pp. S. Cyr. Hier., Par., 1720; Massuet, 0pp. S. Iren., Par., 1710, Ruinart A, 15, g. ; Martinanay, mort en 1717, 0pp. S. Hier., Par., 1699 ; Carol. Ruaeus, 0pp. Orig., Par., 1733-59, in-f» t. IV. Maranus, Opp. Justin!, Par., 1742 ; Cypriatii, Par., 1726. Voy. I, § 161; Jul. tiarnier, mort en 1725,0pp. S. Basil. M. Par., 1721-1730,3 voll. ; E. Marlene, mort en 1739, Com. in Regul. S. Bened., 1690. De anli- (Juis monachorum ritibus, Lugd., 1690; Vita Cluudii Martii, 1697.
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Amplissima Collect-, 1724-1733. Coustant (A. 15, a) ; Clemencet (0pp. S. Greg. Naz.) ; Beaugeudre (Ilildcb. Cenoni., 0pp.) ; Denis de St. Marthe (0pp. S. Greg. M. et Gallia christiana). Voyez aussi D'Achery, Spicil. vet. Script., Par., 1638, iu-4°. Par., 1723 et seq.; Le Qiiien, voy. 1, § 91, III, § 127, 199 ; Thomassin, mort en 1695, I, §226. Cotelier, l, § 181, 3. Valois, A. § 19. Renaudot, A., § 13, e. ; Launoy et Du Pin, ci-dessus §24; Baluze, Miscellan., libri VII, Par., 1677 et seq., t. VII 0pp. Salviani et Vinc. Lirin., Par., 1663, et autres, VI, § 1; Ceillier, Hist. gén. des auteurs sacrés et ecclés., Par., D. 1729 et suiv., 25 voll, in^" ;Recueils de Conciles, A. § 15, c. Historiens, A., § 23 et § 7.
Travaux sur la Bible.
125. Sur la critique biblique, l'oratorieu Richard Simon, né eu 1638à Dieppe (mort en 1712), a rendu d'importants services, grâce à sa connaissance des langues et de l'archéologie, â son ardeur infatigable et à sa perspicacité. Ses assertioiLs souvent téméraires ont été combattues par Bossuet et Dnpin. Houbigant essuya d'éviter ses défauts dans des recherches pleines de mérite sur le texte de l'Ancien Testament, Le savant Jacqnes-Le- Long (mort en 1720) composa un catalogue des éditions et des traductions qu'il connaissait de l'Écriture Sainte ; Lamy, dans un apparat sur la Bible (1087) fournit des secours pour les études préliminaires de l'Écriture sainte ; Martianay, religieux de Saint-Maur, en fil antaiit pour l'herméneutique. Le janséniste Louis le Maitre de Sary joignit de savantes remarques à sa traduction de la Bible, et Augustin Calmet(mort en 4757) donna surl'Écriture des commentairescomplets, avec de longues recherches archéologiques.
Ouvrages a consulter sur le n° 123.
Rieh. Simon, llist.crit. du texte du V. TestetsurtoutduN. T.; des versions du N. T. et des principaux commentateurs du N. T. Cf. Graf, Rieh. Simon (Beitrœge zurlheol. Wissensch., II. 1). Strasbourg, 1847; Bossuet, Défense de la tradition et des SS. Pères (CEuvres, éd. Par., 1836, II, p. 126-139) ; Du Pin, Diss. prélim, sur la Bible, etc.; Le Long, Bibliotheca sacra in binos syllabes distincta, Par,, 1723 ; Lamy, Apparatus ad Bibiia sacra, Gratianop., 1687, en français. Par., 1697 et suiv. Calmet, Comment., voll. 23 ; Paa., 1707-1716. Venet., 1730 etseq. voll. 9 in-f° ; Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes de TEcritare Sainte, Paris, 1720.
La science ecclésiastique en Espagne.
126. Parmi les théologiens espagnols dominent Roccaberti, archevêque de Valence, et le cardinal Aguirre, éditeur des conciles d'Espagne ; tous deux combattirent les principes gallicans deBossuet. Nous avons signalé aussi les jésuites Antoine Ferez (mort en 1694), Martin Esparza (mort en 1670), Ulloa, Jean Marin, Thyrse Gonzalez, général de l'ordre; Emmanuel- Bernard de Ribera et Jean- Baptiste Gener, le premier qui fit servir les catacombes à la démonstration dogmatiquedes vérités catholiques; l'augustin Florez, auteur de V Espagne sacrée. Depuis la guerre de succession et la domination des ({ourbons, la théologie subit le môme sort que le pays, elle dégénéra
Roccaberti, de Rom. Pontificis auctoritate, Rom., 1697; voy. ci-dessus § 21 ; Aguirre, Theologia S. Anselmi, Rom., 1088-90, t. III, Collect, max., Conc, Hisp., Rom., 1693 et seq., t. IV, ci-dessus § 21 ; Ferez et autres ; Scheeben, dogmatique, t. I. J. B. Gêner, Theologia dogmatico-scholastica, Rom., 1767 et seq., 6 voll, (où sont cités 48 théologiens espagnols du XVIII siècle, et Scholastica vindicata, Gênes, 1766, Florez, ci-dessus, A, § 33, p. 13.)
La science ecclésiastique en Italie.
127. L'Italie, dans lasecondemoitié du dix-septième siècle, possédait des théologiens et des savants remarquables. Au 18* siècle, quand les études ecclésiastiques commencèrent à décliner en France, l'Ralie eut incontestablement la prééminence. Parmi les cardinaux, nous voyons briller après Bona, Brancati, de l'ordre des mineurs (mort en 1693), auteur de bons ouvrages dogmatiques ; Noris, de l'ordre des augustins (mort en 1704.), à qui nous devons plusieurs travaux sur l'histoire des dogmes; Sfondrati, Pallavicini, Tolomei, Joseph-Marie Toinmasi (mort en 1713), François-Marie Casini (mort en 1719), Laurent Cozza (mort en 1729), le canoniste Vincent Petra (mort en 1737), Vincent Louis Gotti, de l'ordre des Prêcheurs (mort en 1742), Quirini (mort en 1736), J. Aug. Orsi, historien de l'Éghse (dominicain, mort en 1761), le barnabite Gerdil (mort en 1802) philosophe et théologien célèbre. Les prélats, le clergé régulier et séculier rivalisaient avec les cardinaux.
l'église catholique. ^■O^
Les études historiques firent d'étonnants progrès, grâce aux travaux de l'infatigable abbé Louis- Antoine Muratori (né en d672,morten 1750); il ouvrit une multitude de sources nouvelles et se distingua par la finesse de ses critiqnes, mais il ne fut pas tout à fait exempt de singularités; François Bianchinide Vérone (mort en 1729), Scipion Maffei (mort en 1755), Laurent Alex. Zaccagni, bibliothécaire du Vatican , publièrent d'importants ouvrages. Oa doit d'excellentes éditions des Pères (Léon le Grand) aux frères Pierre et Jérôme Ballerini, au cardinal Michel- Ange Lucchi, de l'ordre des bénédictins, auteur de plusieurs écrits non encore édités (Venance Fortunat), à dom Vallarsi (saint Jérôme), à A. Gallandi (Bibliothèque des Pères), à Jean- Dominiqne Mansi, archevêque de Lucqnes (mort en 1769), collection des conciles, notes sur les Annales ecclésiastiques.
Ont également ffturni de savants ouvrages : le mineur Blanchi (mort en 1758), l'augnstin Berti, l'oratorien SaccarelU, Etienne Borgia, Mitarelli, Trombelli, Larai de Florence, Pierre Battaglini , évêque de Césena (mort en 1717)^, le bénédictin Bachini, Tempesti, Bromato, Gusta, François Borlendis ; les servîtes Constantin Boncaglia et Gerardo Capassio (tous deux morts en 1737), Sarti et Fantuzzi à Bologne. Les Assemani recueillirent les trésors de l'Église orientale.
L'antiquité chrétienne fut étudiée avec succès par le jésuite Lupi (mort en 1737), par Alex. Sim. Mazocchi, Ciampini, BottiU'i, Buonarotti, Marangoni, Boldetti, Pellicia, Salvaggio, Mamachi ; la chronologie par San Clémente. Le fameux canoniste Lambertini (Benoît XIV) possédait de grandes connaissances historiques.
En droit canon, après le célèbre commentateur des Décrétales Prosper Fagnan (mort en 1678), nous distinguons encore : Fargna, Pittonio, Ferraris, Gravina, Danielli, les Ballerini, Berardi, Lupoli, Giraldi , Devoti, et J. B. Riganti, le meilleur commentateur des règles de la chancellerie; en liturgie, Merati.
Mon article dans le Chilianeum, i8C4, t. IV, p. 154-163. Vita F. L. Brancati, Gard. Roma 1698, in-4°, H. Nodsii, 0. S. A., 0pp., ed Veron., 1729-1732, in-f°, t. V, Vitadi L. A. Muratori, descritta da G. Fr.,Soli Muratori siio nipole, Venezia, 1736, in-4" ; Scritti inediti di L. A. Muratori pnblicati a celebrareilsecondo centenario della nascita di lui,E,
ilO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Bologna 1872. Catalogne des onvrages de Roncagliaet de Mansi. Snppl. ad Natal. Alex., éd. Bing., 1790, t. I, p. 15, et seq. — Sarli et Fautuzzi De Claris archigym. Bonon. professoribus, Bonon,, 1769 et seq, 1781, et seq. (Archéologues, A. § Ki, Nr, 6.) Canoaistes Schulte, Enst. des K.-R., 1856, p. 184, et suiv., Lehrb., 2« édlL., p. 1"8, 112, 114, et suiv. Benoit XIV, ci-dessus, § 34. Cajetan Maria Merati, Theatin, mort en 1744}; Thesaur. sacror. ritnum P. Gavanticum addit. — Nov. observât. et addit. ad Gavanti Com. in Rubricas Miss, et Breviari Là-dessus. La verità délia religione cattolica dimostrata, Venez, 1721.
Travaux sur l'Écriture sainte, le dog'me, l'histoire, etc., en
Italie.
428. Un professeur de Turin, Denina, composa une introduction pratique à l'étude de la théologie, et son collègue Jean- François Marchiniune défense de la canonicité des saints Livres imprimée seulement de nos jours). Bernard de Rossi s'est acquis de grands mérites par la critique exacte et circonspecte qui préside à ses travaux sur le texte de l'Ancien Testament. Martini, archevêque de Florence, donna une traduction du Nouveau Testament, qui fut approuvée par l'Église. Siméon de Magistris publia (à Rome 1772), le texte des Septante du prophète Daniel. Le bénédictin Yalsecchi (mort en 1739) rédigea des traités dogmatiques et historiques; Berti défendit le système des augustins sur la grâce.
La dogmatique et la morale furent cultivées par les dominicains Daniel Concina (mort en 1756) et Vincent Patuzzi (mort en 1769), tandis que leur confrère Vincent Monelia (mort en 1767) éditait différents traités philosophiques et historiques. Un autre dominicain, Bernard de Rubeis (mort en 1776), auteur d'une bonne édition de Theophylacte, écrivit une excellente monographie sur le péché originel. Le capucin Jérémie de Bennettis, Soardi, F. B. de Siméonibus^ SangaUi, Pierre Ballerini vengèrent la primauté du pape.x\lphonse de Liguori traita plusieurs questions dogmatiques, mais principalement la morale et composa de magnifiques ouvrages ascétiques.
Caroli J. Deninac, de Studio Iheol. et norm, tidei libri II, Taurin., ■17Ö8 ; Marchini, de divinitate et canonicitate saci'orum bibiioruni^ Ed. Giovanini, à Florence, éd. Villaresi àPrato, éd. nov., Taur., 1874 '
l'église catholique. 411
B. deRossi, Var. lect. Bibl., Parm., 1784-1788. Suppl., 1793 ; Bern, de Rubels, 0pp. Theophyl., Venet., 1 754, De peccato orig., ib. 1737 ; 0pp. S. Thom, etc., Jerem. a Benettis, Privil. (1 §7) ; Soardi De suprema Rom. Pont., aactoritate hodierna Ecclesise gallic. doctdna, Aven., 1747, rec. Heidelb., 1793. Voyez encore: Luchesini, S. S., De nolonetate antiqu. et praestant. Pontif, Max., supra Conc,. gêner et infallib., in declar. fide Tract. II, Romœ, 1694. Liguori, ci-dessus § 116.
Travaux des jésuites en Italie.
-129. Les jésuites d'Italie fournissaient encore de très importants travaux. Plusieurs, a l'exemple deSegneri, écrivaient dans leur langue maternelle, tels que Bolgeni, Tiraboschi (mort en 1794), excellent historien de la littérature, etJean Andres (mort en 1793). Alphonse Muzzarelli, né en 1749, jésuite depuis 1768, pins tard chanoine (mort en 1815), publia, outre de nombreux ouvrages ascétiques, un traité de pédagogie contre Rousseau en trente-neuf courtes dissertations, et justifia avec des arguments populaires l'Église contrôles atta(jues dujour. François-Antoine Zaccaria, chargé sous Pie VI de très importants travaux, écrivit partie en latin, partie en italien, des ouvrages de polémique dogmatique et d'histoire. Lazari composa des dissertations sur l'histoire de l'Église. J. B. Faure (mort en 1799), un riche commentaire sur Y Enchiridion de saint Augustin ; Cordara, des ouvrages historiques; Marianus Parthenius (Mazzolari),des lettres latines dans le style de Cicéron : nous y voyous combien d'excellents ouvrages scientifiques ont péri ou se sont égarés par la suppression violente de la Compagnie. B< idoni (mort en 1719) fut un prédicateur renommé.
OUVRAGES A CONSULTER ET REiMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 129.
Bolgeni, ci-dessus §§ 39, 69 ; Tiraboschi, VI § 223. Jean Andres, Dell' origine progressi e stato attuale diogni letteratura ; revu et continué par Alessio Narbone, S. J. Palermo, 1843. Cf. Annali délie scienze religiöse, t. XVII, p. 372; Muzzarelli: Emiliodesingannato voll. 3 Diss. selectee de auctorit. Rom. Pontif.. in Conc, gêner. Op. posthum., Gandavi, 1817. Il baon uso délia logica in materia di religioue, Ediz., I, en 17 opuscules, 8« Ediz. VI Milano, 1840, 8 vol. ; Zaccaria : Bibliolh. Pistoriensis descripta, Taurin., 17b2, et seq. ; Escursus lit. per Italiam a 1742-1752, Venet., 1734 ; Storica polemica del celibato Roma, 1774. De S. Pétri primatu, ib., 1776, Bibliotheca ritualis, 3 voll.
il2 HISTOIRE DE l'ÉGLISÈ.
in-4°, Rom., 1773-i778, 1783. Inslitiitiones scientise ritualis, seu ratio instituendi studii rit., Favent., 1787, in-4'' Thesaur. Theol. ; — Not. in Petav. Dogm. theol. Dissertation archéologique. Voyez encore ci-dessus, § 94. Lazari, I, § 78. Faure, Enchirid. S. Aug. 1755, in-4° ; avec Biographie et compléments, Neapoli, 1847, in-4° ; Mazzolari, cidessus, § 51 .
La science ecclésiastique eu Allemagne.
130. L'Allemagne s'appliquait surtout à l'étude du droit canon. Neus nommerons les jésuites et professeurs Wiestner (mort en 1 705), Schmalzgrue])er (mort en 1 735) , Pichler (mort en d733j, Zech (mort en 1768), Ad. Huth, Biner, Antoine Schmidt, Mulzer (mort en 1772). le franciscain Reinffenstuel, les bénédictins de Salzbourg, les deux Koenig, Schmetterer, Zallwein (mort en 1766) François et Benoît Schmier (morts en 1728^', Bocckhn (mort en 1752), M. Schenkl, le dominicain Udalrich Reis (1778), le chanoine régulier de Fölling, Eusèbe Amort (mort en 1775J, l'un des plus grands savants de son temps, qui s'occupa aussi du dogme, de la morale et de l'histoire ecclésiastique, le prémontré Willebald Held, Neiler, professeur à Trêves, Dans la casuistique, on consultait beaucoup, outre Busenbaum et Sporer (mort en 1681), le jésuite Edmond Voit, professeur à Wurzbourg (mort en 1780), ainsi queReiffenstuel. — lUsung, Elbel, A. Michl, Struggl et plusieurs autres composèrent les uns des manuels de casuistique, les autres des collections de cas de conscience résolus et des conférences. Ces sortes d'ouvrages étaient extrêmement nombreux et répandus.
Thesaur., comme au § 123 ; Werner, Gesch. der kathol. Theologie in Deutschland, p. 96, et suiv.. Hl, etsuiv. ; Vering, Traité de la religion catholique ; Euseh. Amort, Jus canon, vet. etmod., Ulm., 1757, in-4° ; Theologia eclectica moralis et scholast., Aug. Vindel., 1752 et seq., t. XXIIl, Cf. etc., Hist-poi. BL, 1875, t. LXXVl, H. 2; Edmond Voit, Theol. moral., et Wirceb., 1769; Bassan., Romœ, 1838, Cf. Ruland ; Séries profess. S. Theol., Wirceb., 1835, p. 138 et seq. Traités de morale : Werner, p. 113, et suiv.
l'église catholique. ils
Ouvrages sur le dogme, la philosophie, l'archéologie et l'histoire, etc.
131 . En dogmatique, les catholiques s'occupaient par-dessus tout de continuer la controverse avec les protestants; ils avaient pour principaux représentants les frères Adrien et Pierre de Walenbourg, les jésuites Vitu Ebermann, Pichler, etc. La théologie scolastique était enseignée dans une multitude de compendiums, parmi lesquels la Théologie de Wurzöourg, due aux jésuites Kilber, Munier, Neubauer, Holtzklau eut une grande vogue. Les jésuites, puis les bénédictins, publièrent aussi de nombreux manuels de philosophie. L'école scotiste soutenait sa prééminence sur l'école thomiste, plus faiblement représentée ; le bourguignon Jean Lalemandet, provincial des minimes en Allemagne, en Bohème et en Moravie, s'y attacha en la modifiant (1636). Esprit doué d'un vaste savoir, mais enclin à des idées aventureuses, le cistercien Jean Caramuel de Lobkowitz, coadjuteur et vicaire général de Prague, puis évêque de Vigevano (mort en 1682) essaya de renfermer toute la science humaine dans la théologie et de donnera celle-ci une forme plus systématique. Le jésuite Athanase Kircher, orientaliste, archéologue, géographe, théologien et naturaliste, fournil d'excellents travaux dans la plupart des domaines de la science.
C'était aussi un savant d'une culture variée que le bénédictin Martin Gerbert, abbé de Saint-Biaise dans la Forêt-Noire (mort en 1793), à la fois théologien, canouiste, historien et antiquaire. Les études historiques fleurissaient dans ce couvent parles travaux de Ussermann, Eichhorn, Trudpert, Neugart, Herr, Hergott. On doit aussi des ouvrages d'histoire aux jésuites Ign. Schwartz, A. Daude, Grebner, Man. Wietrowski (mort en 1737), Pohl; aux bénédictins Gabriel Bucelinus, Auguste Reding, Otton Aicher. Michel-Ignace Schmidt, professeur à Wurzbourg, puis appelé à Vienne (mort en 1794) écrivit une excellente histoire d'Allemagne (1778 et suiv.). S. A. Wùrdwein, à Mayence,publia (1772-1778) ses importants subsides diplomatiques. L'histoire des évêchés autrichiens fut écrite par les jésuites Marc Hanziz (1737 et suiv.) et Sigismoud Galles (1756 et suiv.). Schaunat, du Luxembourg, et Joseph Hartzheim
H^ HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
jés\iitede Cologne, éditèrent les conciles d'Allemagne; le premier, ainsi que J. G. Eckliurt, les bénédictins Meichelbeck, Mezger, Khanitn, Schramb, Pez, etc., recueillirent avec soin les sources de l'histoire.
On fit beaucoup aussi pour l'histoire des ordres religieux et l'histoire particulière. Les bénédictins Godefroi Lumper, Dom. Schramm, Plac. Sprenger s'adonnèrent à l'étude des Pères. Sur les études bibliques, les bénédictins et les jésuites composèrentdes ouvrages d'herméneutique et d'introduction. Lejésuite François Widenhofer, auteur d'une grammaire hébraïque (1747), forma à Wurzbourg une école d'exégèse tandis que ses collègues Goldhagen et J. Weitenauer travaillaient à Mayence et à Wurzbourg. Les livres des Macchabées trouvèrent un apologiste dans l'excellent numismate Erasme Froehlich. La littérature ascétique fut enrichie par les jésuites Goldhagen et Vogel, par le prémontré Léonard Gofuné(mort en 1719), parle capucin Martin de Cochem (mort en 1772). Abraham de Sainte-Claire (mort en 1709), esprit caustique et burlesque, obtint à Vienne de grands succès connue prédicateur. Le jésuite Hunolt travailla avec plus détruit à Trêves.
Dans la multitude des ouvrages théologiques qu'on réimprimait alors en Allemagne, plusieurs étaient insignifiants et se bornaient à reproduire d'anciens traités. Les théologiens, si l'on excepte les livres destinés au peuple, écrivaient encore le plus souvent en latin, soit à cause de l'importance de la langue de l'Église et de la concentration des intérêts religieux, soit parce qne la langue allemande était encore peu développée et difficile à manier. Chez les protestants eux-mêmes la plupart des savants écrivirent en latin jusqu'en 1760. En France et en Italie, la langue nationale fut plus tôt employée, même dans des ouvrages de théologie.
Les frères Walenburch, Tract, de controvers. fidei, Colon. dôVO et seq., 2 vol. iii-f°. Cf. Werner, p. H, 28 et suiv. Theologia Wirceburgensis, Wirceb., 1767-1771,1. IX. Compendiums Philosophiques des Jésuites dans Werner, p. 63-67, des Bénédictins, ibid., p. 90 et suiv. Scotistes et Thomistes, ibid., p. 63, 94 el suiv. Laleiuandet, Cursus theol.,Lugd., 1656. Decisiones philosophicae, Monach., 1644. Cararauel Lobkowitz, De Visch, Bibl., Script. Ord. Cistel-c., p. 178 et seq. ; Wer-
l'église catholique. 4i5
uer, p. 06-6I. Athanase Kiicher, ibid., p, 68-77. Brischar, P. Athanasius Kircher, Wiirzb., -1877. Martin Geibeit, Apparatus ad eruditionem theolog., iustitutioni tironuui <;ongr. S. Blasii, 1757. Frib., 1754; Priucipia Iheol. exegeticse, S. Blasii, 1737. De recto et perverso usa theol. scholast., ib., 1758; Principia tbeol. dogmaticse juxta seriem temp. et tradit. eccl. digesta, 1738; Principia theol. symbolicee, eod. au. ; De mnsica sacra, 1774 ; De legit. Ecclesise auctoritate circa sacra et profana, S. Blas., 1761 ; Historia silvae nigree, ib., 1783, in-4°, t. III. Cf.. Werner, p. 179-1 iJ2. Wurdtwein, ibid., p. 206, — Pez, Thesaur. anecdot. noviss., Aug. Viudel., 1721, in-l'°, t. VI. Script, rer. Austr., Lips., 1721 et seq., in-f°, t. III ; G. Lumper, Hist. theol. critica devita, scxiptis atque doctrina SS. Patrura, Aug.Vindel., 1783 et seq., 13 vol. in-8° ; Werner, p. 194 et suiv. Ouvrages d'introduction à l'Écriture sainte et d'exégèse, ibid., p. 133 et suiv. Widenhofer, Rudimenta hebraica, Herbip,, 1747; Exercitium hebraicum, ib., eod. an.; Sacrificium incruentum Jesu Chr., ib., 17 51. S. Scripturse dogmatice explicatse, P. I, tom. I, II, ib., 1749. Cf. Ruland, loc.cit., p. 131 et seq. Sur Goldhagen, voy. § 291 ci-dessous. Sur Martin de Cochem, Werner, p. 83 et suiv. Abraham a St. Clara (Ulric. Megerle), ibid., p. 84 et suiv. Carajan, Abraham a St. Clara, Vienne, 1867. — Hunolt, sermons, éd. Cologne. 1740. Sur la langue latine eu théologie, voy. K.-A. Menzel, Neuere Gesch. der Deutschen, XII, I, p. 73 et suiv.
Les controverses théolog'iqaes).
Controverse sur rimmactilée Conception et sur le sort des enfants non baptisés.
132. Depuis Alexandre Vil, riinmaculée Conception de la Sainte Vierge n'avait plus été attaquée au sein de l'Église. Plusieurs théologiens, tels que le bénédictin Benoît Schmier, dépassant l'opinion commune, soutenaient que Marie avait été de plus affranchie du debitum proximum d'être infectée du péché originel. Cette opinion eut peu de succès. Le cardinal Célestin Sfondrati essayade démontrer quesaint Thomas avait également enseigné l'Immaculée Conception; mais il ne put faire adopter son sentiment par les théologiens. Le même cardinal soutint dans un écrit sur la prédestination, que les enfants morts sans baptême étaient exclus, il est vrai, du royaume de la gloire céleste, mais jouissaient cependant d'une féhcité naturelle ; cette doctrine produisit en France un grand scandale. Les archevêques de Reims et de Paris, Bossuetet deux évêques conju-
rèrent le pape Innocent XII (23 février 1697) de condamner cette erreur sans égard pour la personne de l'auteur. Le pape loua le zèle des évêques (6 mai) et promit de faire examiner l'ouvrage par une commission. Mais Sfondrati ne fut point condamné et beaucoup de théologiens, notamment Amort en Allemagne, se prononcèrent énergiquement pour son opinion. Un nommé Basselin avait affirmé que les petits enfants qui n'arrivaient pas à la vie éternelle en sont exclus pour une faute qu'ils auraient commise s'ils avaient vécu plus longtemps et il ajoutait que cette opinion n'était rejetée par saint Augustin que dans le senspélagien et sémi-pélagien, La Sorbonne condamna ce sentiment comme faux, téméraire, contraire à la doctrine de saint Augustin et renouvelant le sémi-pélagianisme ; Basselin dut rétracter sa proposition.
Werner, op. cit., p. 103. Sfondrati, Innocentia vindicata, in qua gravissimis argiimentis ostenditur angelicum doctorem D. Thomam pro immaculato conceptu Deiparœ sensisse et scripsisse, S. Galli, 1695 et seq. Le même : Nodus praedeslinationis ex S. Litteris docti'inaque S. Aug. et Thomse, quantum homini licet, dissolutus, Romae, 1697. Lettre des évêques de France et réponse d'Innocent XII : Du Plessis d'Arg., III, II, p. 394-400. Supplem. ad Natal, Alex., t. II, p. 653 et seq. — Dispunctio notarum 40, quas scriptor anonymus libro Sfondrati, cui titulus : Nodus praedestinationis, inussit. Colon., 1705, éd. III; avec un appendice et la devise Ps. III, 8. Cf. Werner, loc. cit. Thèse de Basselin : <.<■ Nullus ipsorum infautium cui denegatur eeterna félicitas, non propter praevisam conditionate, hoc est si vita suppeditavisset, quam commissurus fuisset, culpani intelligitur in massa perditionis relinqui (plus clairement ensuite : Omnes infantes, quibus deuegatur seterna félicitas, intelligunlur in massa perditionis relinqui proptei- culpam, quamDeus praevidit illos commissuros,siadmaturam pervenissentaîtatem). In sola Pelagianorum et Semipelagianorum opinione doctrinam illam repudiabat S. Augustinus.» Négociations des 7,17, 19 août 1733. Du Plessis d'Arg., III, I, p. 196-197.
Controverse sur Marie d'Agréda.
133. Le livre de la Cité mystique de Dieu publié sous le nom de Marie d'Agréda (morte le 24 mai 1666), d'abord en espagnol (1670), puis en latin et dans différentes langues, produisit une grande rumeur. La congrégation des Rites, sur
l'église catholique. 417
la demande de la cour d'Espagne , avait permis d'introduire (21 juin 1672) le procès de béatification de Marie, et (16 janvier 1677) chargé le cardinal Portocarrero en qualité de Ponent, d'examiner les livres publiés sous le nom d'Agréda. L'exemplaire envoyé à Rome (non l'autographe) fut interdit par décret du Saint-Offlce, daté du 4 août 1681. On crut que cette censure provenait ou de ce qu'on n'avait pas tenu compte en publiant ce livre, du décret d'Urbain Yill en date du 14 mars 1625, ou de ce que ce livre contenait des récits apocryphes et que les opinions de l'école scotiste y étaient considérées comme des révélations divines, Plusieurs blâmaient aussi Agréda d'avoir dit qu'elle avait vu la terre sous la forme d'un œuf, que le globe de la terre était légèrement comprimé aux deux pôles et en forme de sphère, toutes choses qui semblaient dignes de censure. D'autres trouvaient que ce livre exaagérail le culte de Marie et reléguait dans l'ombre le mystère de l'incarnation.
En Espagne, où Agréda était aussi vénérée comme saintequ'elle était décriée en France comme hallucinée, ou fut d'autant plus étonné de cette censure que l'inquisition de co pays n'avait approuvé le livre qu'après un examen de quatorze ans et que de grands théologiens s'étaient prononcés en sa faveur. La cour de Madrid obtint, par ses pressantes représentations, que Innocent XI (9 mars 1681) suspendit le décret, mais seulement pour l'Espagne, et en ce sens que le livre n'y serait pas considéré comme interdit. Le roi Charles II alla plus loin; il pria le pape d'autoriser le livre pourtoutela chrétienté, mais Alexandre VI 11 se borna à confirmer le bref suspensif de son prédécesseur. Le roi s'adressa à Innocent XII, qui établit une commission pour examiner les raisonsdela cour d'Espagne. En 169211 renouvela sa demande avec insistance, mais le pape mourut sans avoir rien décidé.
Délia mistica citta di Dio, scritta dalla ven. suor Maria di Gesu d'Agréda, Francescana scalza concezionista. AUegazione storico-apologetica del P. Ant. M. da Vicenza, Lett. teol. dei Minori riformati dalla provincia di S. Ant.. di Veaezia; Bologna, 1873; Edition allemande de la Cité de Dieu, par Glarus, Ratisb., 1833 i Guéranger dans l'Univers, ' V. — fflST. DE l'Église. 27
23 mai; 6 et 20 juin; ISjuilleL; 1" ot 1 ,"; août; 1^2 et 26 sept.; 21 nov.; 5 et 9 déc. 18Ö8; 16 et 31 jaiiv. ; 13 févi'. ; 13 et 28 mars; H avril; 1Ö et 29 mai; 15 juin ; 18 juillet; 22 août 1859. Analecta juris pontilicii, 1862, p. 1550 et seq. ; 1863 et seq. ; p. 2U73 et seq. ; Montucla, Hist.des Matiiématiques,Par., 1758,in-4o, 1. 1, p. 441; Murr, Briefe über die Jesuiten, lidef 24 ; Baumgarten, Nachrichten von merkwürdigen Büchern, II, p. 506 et suiv. ; IV, p. 208 et suiv. Gœrres, Mystik, 1, p. 482-495; II, p. 349 355. P. Ant. Maria da Vicenza, Vie de la sœur Marie de Jésus; en allem, par Lierlieimer, Regensb., 1875. Vita della ven. madre Maria di Gesu comp, dal K. P. Sammaniego, 0. S. F., Anversa, 1712, in-4^
Traduction française de la « Cité mystique ».
134. Sur ces entrefaites, le syndic Claude LeFeuvre présenta l'ouvrage à la Sorbonne (2 mai 1690) dans une traduction française rédigée sur l'Espagnol par le récollet Thomas Crosset. Le Sorbonne s'en occupa les 2 et 14 juillet. Il y eut en outre trente-deux assemblées, dans lesquelles 13:2 maîtres prirent la parole. Le livre fut condamné le 17. Dans une explication mise en tête de la censure il était dit : que la faculté maintenait fermement la sublime dignité de la Mère de Dieu, ses privilèges et surtout son Immaculée Conception, qu'elle n'entendait s'élever que contre un culte superstitieux. La faculté trouva mauvais qu'on parût attribuer plus de poids aux révélations consignées dans ce livre qu'au mystère de l'Incarnation, qu'on parlât de révélations nouvelles, inconnues et que les Apôtres eux-mêmes auraient été incapables de porter^ qu'on appliquât à Marie le ternie d'adoration, qu'on rapportât toutes ses grâces à l'Immaculée Conception, qu'on lui attribuât le gouvernement de i Lgiise, qu'on la nommât sous tous les rapports la mère de la miséricorde et la médiatrice de la grâce, qu'on prétendît que sa mère Anne avait également enfanté sans souillure; sans parler d'une foule d'autres assertions imaginaires et scandaleuses.
Cette censure fut confirmée le 1" octobre. Le cardinal espagnol d'Aguirre, lié d'amitié avec Bossuet, encore qu'il eût combattu sa déclaration de lü82, essaya de l'annuler. Il écrivit à i'abbé de Pompoune (24 mail698), puis à Louis XlVlui-même /•Rome, 17 juillet). Chargé par la cour d'Espagne de presser l'aiTairc de la bcatilication, îi donna de grands éloges à la
l'église catholique. 4,19
franciscaine et crut que la Sorbonne pourrait aisément rétracter sa sentence, appuyée sur une traduction française inexacte. Cependant le jugement des théologiens français sur ce livre, qualifié par, Bossuet « d'impertinence impie » ne fut pas modifié.
La mystique cité de Dieu, miracle de sa toute-puissance, abîme de la grâce, histoire divine et vie de la très sainte Vierge Marie, manifestée dans ces derniers siècles par la S. Vierge à la sœur Marie de Jésus abbesse du couvent de Firamac. Conception de la ville d'Agréda de l'ordre de S. François, et écrite par cette même sœur par ordre de ses supérieurs et de ses confesseurs, trad. de l'espagnol par le Père Th. Crosset, Récoll., t. I. A Marseille, au nom de Jésus, avec privilège du roi, 1693. Délibérations delà Sorbonne : Du Plessisd'Arg., III, i, p. 150- 156. Lettres au card. d'Aguirre, Univers, 22 août 1859.
Déclaration de Benoît XIV sur la « Cité mystique ».
135. L'affaire demeura quelque temps assoupie. Sous Benoît XIII, une nouvelle requête fut présentée par le postulateur d'Espagne. Le cardinal Cuscia fut le seul qui émit un avis favorable (21 mars 1729); il voulait que la congrégation des Rites allât en avant sans procéder à un nouvel examen du livre et qu'il fût permis de le lire. Benoit XIII nomma pour commissaires les cardinaux Belluga, Gotti et Cibo (28 septembre 1729), auxquels il adjoignit ensuite (12 février 1730) les cardinaux Pico et Cienfuegos. Les franciscains disaient qu'en soutenant ce livre et en le propageant, ils n'attribuaient qu'une valeur humaine aux révélations qu'il renfermait. A partir de 1733, de longues délibérations eurent lieu dans la congrégation ; quatre espèces de vœux y furent émis.
Sous Benoît XIV la discussion littéraire se poursuivit et l'Allemagne y prit une part très sérieuse. Pendant ce temps, l'enquête se poursuivait à Rome, Le 16 janvier 1748, le pape se contenta de déclarer qu'il n'était pas encore avéré que le livre de la Cité mystique de Dieu provint de Marie d'Agréda, mais qu'on pouvait continuer l'enquête sur les autres objets. Quelques- uus attribuaient l'ouvrage au frauciscaiti Joseph- Ximénès Sanianiégo; mais plusieurs auteurs soutenaient qu'il était de la pieuse religieuse et se prononçaient en faveur de
l'ouvrage, au moins dans ses principales parties. A Rome, malgré les vives instances de l'Espagne, la question ne fut plus examinée sous Clément XIV etPieVI.
Aualecta juris pontif., 1872, p. 2073 et seq., avec les Vota. Eus. Amort, De revelationibus visionibus, et apparitionibus privatis, Aug., Vindel., 1744. Il a été attaqué par Dalmatius Kick et par plusieurs anonymes, surtout par l'espagnol Gonzalez Matteo et le franciscain bavarois Landelin Mair. (Valde probabilis et efficax prsesuraptio pro certitudine revelalionum ven. Marias a Jesu de Agreda, Monach., 1747, in-4°). Amort leur répondit : Controversia de revelationibus Agredanis cum epicrisi ad ineptas earum revelationum vindicias éditas a P. Didaco Gonzalez Mattbeeo et Landelino Mayr,, Aug. Vind., 1749. Werner, p. 119 et suiv. Bened. XIV, Bull., t. Il, p. 174-178, Const. 46. Cf. op. de beatif. et can. ab Em. Azevedo in compend. redact., Append. V ad L. VI, ed. Ven., 1777, t. II, p. 832-835. D'après une lettre du marquis d'Osson àCboiseul, du 2 octobre 1 709, l'auteur serait J.-X. Sammaniégo, franciscain. Tbeiner, Hist. du pontilicat de Clém. XIV, t. I, p. 339.
Le quiétisme de Moliuos.
135. Le côté vague et obscur du sentiment religieux, qui avait rendu tant de services au jansénisme, reparut sous une autre forme ; il nuisit à la conception intelligente des vérités de la foi et se révéla par un faux ascétisme. Le quiétisme de l'espagnol Michel Molinos n'était qu'une véritable caricature de la mystique, caricature qu'on l'avaitlvue au moyen-âge et parmi certains protestants. Molinos, né près de Saragosse en 4741, fit ses études à Coimbre et à Pampelune. Il essaya de répandre à Rome, ou il séjournait depuis 1669. le faux mysticisme qu'il avait sans doute apporté de l'Espagne. Déjà précédemment, il s'était formé dans ce pays, à côté de la mystique orthodoxe de sainte Thérèse, un faux mysticisme mêlé d'erreurs antinomistes et visionnaires.
Molinos gagna les faveurs de plusieurs personnes pieuses et haut placées, et pubUa en 1675 un Uvre de piété mystique, le Guide spirituel, qui fut successivement traduit de l'espagnol en italien (1631) en latin (1686), en français (1683), en allemand (1699), et en plusieurs autres langues. Il eut beaucoup de succès.
l'église catholique. 421
La doctrine de ses livres apparaissait encore plus clairement dans ses lettres et dans ses conversations. Il fut enfin accusé comme séducteur des consciences et jeté en prison par l'inquisition romaine (1685), En 1689, Innocent XI, dans une bulle, condamna soixante-huit propositions de ses ouvrages et on assure que le procès révéla quantité d'autres erreurs. Molinos les abjura et demeura enfermé chez les dominicains dans une douce captivité ; il y mourut en 1696; ses partisans se nommaient quiétistes, et sa doctrine quiétisme, parcequ'il considérait le repos absolu de l'àme comme le comble de. la perfection, à l'exemple des hésychastes de la Grèce.
Alombrados (ombragés) en Espagne. Suppl. ad Natal. Alex., t. II, p. 543 et suiv. ; Diss. V, § 22; Molinos, Guida spirituale, Rom., i681; en latin par Franke, 1687, en allem, par Arnold, 1699. Recueil des pièces concernant le quiétisme, Amst., 1688. Weissmanu, H.-E., P. II, p. 341; Walsh, Relig. Streitigkeiten auszerhalb der luther. Kirche, I, p. 293-297 ; II, p. 982. Bibl. theol., II, p. 1006 et seq.; Scharting, Mich. Molinos, Aus dem Dsen., Gotha, 18Ö3. Contre Molinos, Paul Segneri, S.-.]., Concordantia laboris cum quiète. Innoc. XI, Const. Ccelestis Pater, 28. 28 août (20 nov.) 1687. Du Plessis d'Arg., III, II, p. 362-364. Denzinger, Enchirid., p. 333-342. Suppl. ad Natal. Alex., t. II, p. 559-
Théorie de Molinos.
137. Pour que l'homme arrive à la perfection , selon Molinos, il faut que son esprit demeure calme, insensible, sans mouvement ni opération, qu'il se donne tout entier à Dieu, sans aucune réflexion sur lui-même; qu'il se détache de tout objet extérieur et temporel; qu'il aime Dieu pour lui-même et sans égard à la récompense; qu'il impose silence à sa volonté et à son intelligence, qu'il annihile même ses facultés naturelles, pour se perdre tout entier en Dieu et lui tout abandonner. Dieu veut agir seul. L'homme, tel qu'un cadavre, doit rester purement passif, car son activité arrête l'opération divine. Dans cet état passif, l'âme ne désire rien ; elle ne souhaite, ne hait, ne craint, ne demande rien ; les tentations, les péchés mêmes ne doivent plus la troubler, elle ne doit s'inquiéter de rien. Arrivée là, elle est entièiement traiibformée, divinisée.
422 HISTOIREE DE l'ÉGLISE
Cette déification est du pur panthéisme, car Dieu n'y est conçu que connue nu être général et indéterminé. Molinos rejette les trois voies des anciensmystiques (purification, illumination, union) et n'admet que la « voie intérieure » c'est à dire l'état dont nous venons de parler, la mort mystique de l'àme, qui est dépouillée de la volonté propre, parce que Dieu la lui a enlevée, de sorte qu'elle ne peut plus pécher. On ne doit point s'engager par vœu à faire quoi que ce soit, ni admettre des indulgences comme un écoulement de la croix. Ne doutez point que vous ne soyez dans la bonne voie, ne demandez rien à Dieu, ne le remerciez de rien, ne rendez aux supérieurs qu'une obéissance extérieure, ne révélez pas le fond de votre âme. Il est nécessaire de perdre les vertus et inutile à la sainteté d'opérer des bonnes œuvres extérieures. Le démon violente les corps des âmes pieuses jusqu'à leur faire commettre des actions criminelles, eu leur remuant les mains et autres parties du corps, sans que les actions mauvaises en elles mêmes qu'elles commettent, soient alors coupables. Ces funestes doctrines étaient également enseignées par d'autres, notamment à Brescia, eu 1708, par Joseph ßeccarelli, de Milan, qui propagea pendant vingt-cinq ans son quiétisme immoral et se rétracta en 1719 devant l'inquisition de Venise (beccarellistes).
Voyez encore sur les Beccarellistes iLsemmer, Zur Iv.-G. des 16 u. 17 Jahrb., p. ö8.
Le quiétisme en France.
138. Le quiétisme revêtit en France une forme légèrement adoucie. Un aveugle de Marseille François Malavale (mort en 1719), l'abbé d'Estival et le barnabite Lacombe soutenaient à. peu près les mêmes doctrines. Mais elles se révélèrent avec beaucoup plus de précision dans Jeanne de la Motte Guyon, veuve riche et intelligente, âgée de vingt-huit ans. Née d'une famille noble, pieuse dans sa conduite, élevée dans plusieurs couvents de religieuses, attirée de boune heure vers la vie contemplative, nourrie des écrits de saint François de Salos, replongée quelque temps dans ia vie moudaine et souvent admirée. Madame de Guyon fit de l'union avec Dieu, Tunique objet de sa vie.
l'rgi.ise catholique. 4"23
D'Arenthon, évô.jao do Geiiève, l'appela dans son diocèse à cause de sa piété^ afin de l'associor à l'instruction des protestants convertis. Elle y fit la connaissance dn barnabite La Combe, directeur d'un établissement, devint son collaborateur, et lui confia la direction de sa conscience. Leur faux spiritualisme ne tarda pas à exciter l'attention.
Madame de Guyon se rendit chez les tirsulines de Thonon, puis à Grenoble et à Verceil, presque toujours accompagnée du père La Combe. Prossée bientôt d'un besoin irrésistible d'écrire, elle composa une multitude d'opuscules mystiques :les torrents un moyen court et facile de faire l'oraison, une explication mystique du Cantique des cantiques , un manuel de la vie spirituelle et une longue explication de l'Écriture Sainte. Après de nombreuses pérégrinations, elle retourne à iParis en 1686. Le père La Combe y fut emprisonné comme séducteur des âmes (octobre 1687), son ouvrage censuré, et lui-même condamné à la prison pour avoir refusé de se rétracter (mort en 1699). Madame de Guyon, de son coté, fut remise par l'archevêque de Paris (29 janvier 1688) à un couvent, où elle subit pendant huit mois de nombreux interrogatoires. Les religieuses rendirt'nt témoignage de sa C(mduite édifiante. Ce témoignage et et l'intervention de Madame de Maintenon lui firent rendre la liberté.
Madame de Guyon était liée avec plusieurs hommes éminents, entre autres Fénelon, précepteur des petits fils du dauphin. Sur son conseil, elle résolut de soumettre ses écrits à une commission de théologiens, afin de faire cesser les bruits fâcheux qui couraient sur son compte. L'opinion de ces théologiens fut que les écrits de Madame de Guyon renfermaient beaucoup do choses qui rappelaient Molinos, et étaient empreints de fanatisme. L'idée fondamentale de Madame de Guyon est qu'il existe un état d'amour de Dieu pur et désintéressé, où l'on n'a aucun égard à là récompense et aux châtiments, que dans cet état, l'homme est inditîérent au salut de son âme, qu'il aime Dieu uniquement pour lui-même, comme étant le plus parfait et le plus aimable, qu'il trouve là sa félicité et qu'il serait prêt à supporter la damnation si Dieu le voulait.
Madame de Guyon montra tant de soumission et de désir de s'iiistrnire qu'en condamnant ses écrits on rendit hommage à
sa piété et à son humilité. Pour prévenir les conséquences fâcheuses qu'on pourrait tirer de la doctrine contre la véritable vie contemplative, la commission qui délibérait à Issy en 1694 et 1695 sous la direction de Bossuet dressa trente-quatre articles sur les principes de la vraie piété. Madame de Guyon souscrivit de son plein gré les censures portées contre ses écrits et déclara solennellement qu'elle n'avait jamais eu l'intention dédire ou d'écrire rien de contraire à l'enseignement del'Eghse. Elle passa le reste de sa vie dans une piété exemplaire (morte en 1747).
Tiih. theol. Quartalschr., 1856, p. 241 et suiv., 593 et suiv. Malavale. Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation, 1676; consacrée à Rome en 1688. L'auteur se rétracta; de même le cardinal Pierre Matth. Petrucci, mort en 1701, très pieux d'ailleurs, auteur de plusieurs ouvrages mystiques. Suppl. ad Natal. Alex., t. II, p. 566; Diss. V, §§ 25-21. La vie de Madame de la Mothe-Guyon; écrite par ellemême, Col., 1120, t. III. Bol., 1826, t. III; en allem, par Montenglaul, Berlin, 1826, 3 part. La Bible de M""^ Guyon, Col. (Amst.),1715 et seq. t. XX. Œuvres spirituelles de M'"" Guyon, CoL, 1713 et seq. ; 42 vol. ; en allem., Ratisbonne, 1830 et suiv. Censure des ouvrages: Orationis, mentalis analysis (par le P. Franc La Combe), et moyen court et très facile de faire oraison ; le Cantique des Cantiques de Salomon, interprété selon le sens mystique (par M'"'^ de Guyon), 16 oct. 1694; Du Plessis d'Arg., III, ii, p, 393 ; les 34 articles d'Issy, ib., p. 394; Œuvres de Fénelon, X, 335.
Les Maximes des Saints de Fénelon.
139, Fénelon, nommé archevêque de Cambrai le 4 février 1695, se constitua le défenseur non seulement de la personne de M""^ de Guyon, mais encore de la doctrine de l'amour désintéressé, par lequel on aime Dieu uniquement pour lui-même, sans mélange d'aucun motif d'intérêt, de crainte ni d'espérance. Ses Maximes des saints sur la vie intérieure (1696-1697), écrites dans un style agréable et attrayant, firent beaucoup de bruit, mais trouvèrent dans Bossuet un adversaire décidé. Bossuet se plaignit au roi et écrivit contre le faux mysticisme. Dans la querelle qui éclata, Bossuet se distingua plutôt par la lucidité de son intelligence|que par les qualités du cœur; ce fut
l'église catholique. -4*25
le contraire pour le pieux et aimable Fénelon, et il en donna des preuves touchantes au milieu de ses égarements de doctrine. Fénelon encourut la disgrâce du roi, fut empêché d'aller à Rome et renvoyé dans son diocèse.
Les écrits de controverse se multiplièrent. Soixante docteurs de Sorbonne censurèrent douze propositions extraites de l'ouvrage de Fénelon, qui fut envoyé à Rome par les tleux parties. Innocent XII nomma une commission de dix théologiens, puis une autre encore. On finit par condamner vingt-trois propositions comme téméraires, scandaleuses, etc., et le pape notifia cette décision par un bref daté du 12 mars 1699. On condamna surtout les passages où il était dit qu'il existe un état habituel d'amour de Dieu, qui n'est mêlé d'aucun motif d'intérêt propre, où ni la crainte des châtiments, ni le désir de l.i récompense n'ont aucune part ; que dans cet état Dieu est aimé uniquement pour lui-même ; que cet amour désintéressé constitue la véritable vie intérieure ; que dans cet état de complet abandon à l'attrait de la grâce, on reste indifférent à tout ce qui n'est pas Dieu et même à son propre salut; que l'âme peut douter de son salut éternel et avoir cependant le véi'itahle amour.
Fénelon, qui avait failli par excès de charité, se montra véritablement grand. 11 reçut le bref de condamnation au moment où il montait en chaire. Il le publia aussitôt du haut de la chaire, pria ses diocévSains de ne plus lire son ouvrage et ses amis de cesser de le défendre. Il déclara aussi, dans une lettre pastorale du 9 avril 1699, qu'il se soumettait sans réserve, et il exhorta tout le monde à suivre son exemple. Tandis que le roi, par une ordonnance du 4 août, d(jnnait au bref la plus grande publicité, le monde admirait l'humilité et la grandeur d'âme de Fénelon ; le vendredi saint, le vicaire apostolique »le Louvain recommandait aux (liièles l'imitation de ses vertus, que le pape lui-même se plut à reconnaître.
Fénelon, Explications des maximes des saints sur la viu intérieure, Paris, 1697, in-12; Lettres à Mgr de Meaux pu réponse aux divers écrits ou mémoires sur le livre des Maximes... sur le Quiétisme (Œuvres nouv., Paris, 1838, t. II). Œuvres spirituelles, Anv., 1718; Roterod., 1138: en allem, par Silbert, Ratisbonne, 1837 et suiv.
4!2b HISTOIBE DE I. EGLISE.
4 vol. ; Bossuet, Sur les états d'oraison ; Lettres sur l'affaire du Quiétisme, Œuvr., éd. Paris, 1836, 111-4", t. WI. ßausset, llist. de Bossuet, X, 5 et seq., t. III, p. 249 et seq. ; Uist. de Fénelon, L. t. I!, eh. i et seq., t. I, p. '206 et seq. ; Racine, Abrégé de Thist. eccl., t. XIII, art. 34, Berault-Bercastel, Hist. ceci., t. XII, p. 206 et seq., 235 et seq. ; D'Avrigny. Mémoires, II, 265 et seq. Bref Quum alias, Suppl. ad Natal. Alex.,
II, 567-570. Deiizinger, Enchir., p. 348-351, n. 6 ; Du Plessis d'Arg.,
III, II, p. 402-406. Lettre pastorale de Féaelon, en latin et en français, p. 406, 407. Ses lettres à l'évêque d'Arras et au pape, p. 408-412. Amort contre Fénelon; Werner, p. 119; Deharhe, S.-J., Die vollkommene Liebe Gottes, Rehensb., ISoo.
Controverse sur le culte du Gœur de Jésus.
140. La dévotion du Très Saint Cœur de Jésus, recommandée par la pieuse visitandine Marguerite-Marie Alacoque et par le jésuite La Colombière, souleva de nombreuses oppositions, surtout du côté d3S jansénistes. On qualifiait les dévots du Cœur de Jésus de cordiolatres, cordicoles, alai^oquistes, uestoriens, et l'on combattait la théorie (jui permet d'honorer les diverses parties de l'humanité de Jésus-Christ. Cependant le cp.lte du Cœur de Jésus était justifié par les ihéolo.^iens et se répandait chaque jour davantap:e; Benoit XIV l'appuya par des indulgences; Clément XIII permit (6 février 1765) à plusieurs éghses de célébrer cette fête, qui se propageait de plus en plus. Cette dévotion était ardemment soutenue par Marie, reine de Portugal, et par le cardinal Rezzonico. En Italie, elle fut encore combattue plus tard par Camille Biasco, avocat d'Osimo. En Allemagne, Truuck, curé do Bretten, dans le Palatiuat électoral, qualifia ce culte de superstition et fut déposé par l'évêque de Spire. Elle fut également rejetée par le synode de Pistoie, dont les propositions furent condamnées par Pie VI (1796, prop. 61-63). Le cardinal Gerdil et Albergotti, évêque d'Arezzo, défendirent, comme avait fait autrefois le père Gallifet, la dévotion du Cœur de Jésus, si bien accueillie des fidèles, et les attaques cessèrent complètement.
OUVRAGES A C0N3ULTEU ET «EMAltQUES CRn'lQUES SCR LE N° 140.
Avant Marguerite-Maiie Alacoque (ses oeuvres coin[il., en allem, pat' SU'oni, 2*= éd., Reusz, 1875, et sa vie par le même, ibid., 1875), le jésuite polonais Druzbriki (né en 1590, mort en 1627) avait chaude-
l'égltse cathomque. 427
ment recommandé le culte du Sacré-Cœur, comme le prouve ^on ouvrage, publié de nouveau à Leniherg en 1875 par Stanislas Stojalowski : Meta cordium cor Jesu. Cf. De feslo cordis Jesu dissert, commonitoria, Norimb. (c'est-à-dire Romœ), 1774 (par E. Blasco) ; Suppl. ad Nat. Alex., H.-E., II, p. 723-733, éd. Bing.; P. Gallifet, De cultu SS. Cordis D. N. J. Cbr. in variis cbristiani orbis partibus jam propagato, avec dédicace à Benoît XIII, 1737 (en français : L'excellence de la dévotion au cœur adorable, Avign., 1734); Gard. Gei'dil, 0pp., éd. Rom., XIV, 344-380; Albergati, La via ella santità, Lncca, 1793. Remarques, par Gerdil, 0pp., t. XV; Perrone, Theol preelect., tract, de incarn., P. Il, c. iv, prop. II. Dalgairn, Le Sacré-Cœur de Jésus, trad. de l'angl., en franc, et eu allem., Paris, Mayence, 1862; Analecta juris pontifie, 1866, juillet et août, p. i et seq., sept, et oct., p. 148 et seq., nov. et déc, p. 273 et seq ; .Nilles, S. J-, De rationibus festorum SS. Cordis Jesu et purissimi cordis Marice e fontibus jur. can. erutis., Oenip., 1869 et seq., 4« ed., 1875; Eng. Séguin, Storia del P. Claudio de la Colombière d. C. d. G., Bologna, 1877.
Controverse sur l'attrition.
141. Une graïKle controverse théologiqiie éclata sur l'attritioii et la contrition, notamment sur la question de savoir si la contrition imparfaite, née de la seule crainte de l'enfer, excliiiuit la volonté de pécher et renfermant l'espoir du pardon, suffit pour recevoir la grâce du sacrement de pénitence, ou s'il y faut encore un acte d'amour de Dieu. La plupart niaient alors que cet acte fût requis. En 1667, Alexandre VU défendit de flétrir aucune des deux opinions avant que le Saint-Siège se fût prononcé. Les théologiens de Paris censurèrent en 1716 dix-sept propositions d'un traité de Le Roux, ancien professiiur cà Keims, soutenant, entre autres choses, que la vraie pénitence émane uniquement de la crainte, que la douleur de l'attrition est une pénitence vraie et suffisante.
Contre les tbèses des jésuites de Clermont, 1643 et 1644 : du Piessis d'Arg., III, n, p. 247 et suiv.; Décret. Alex. Vil, 3 mai 1067, de Atliitione ex raetu gebennse, ib., p. 324, 323; Denzinger, Euchir., p. 322 et seq., n. 93, 1017. Cf. prop. LVII damn. ab Iiuioc. XI, 1679. Tbèses de L. Roux : du Plessis d'Arg., îll, i, p. 168 172.
Controverse sur le jeûne et sur la communion.
14.2. Des controverses surgirent aussi sur le jeûne, d'abord en France, lorsque l'archevêque de Paris (1649) eut permis, durant le siège de cette ville, l'usage de la viande à certains jours du carême. On se demanda, à cetteoccasion, si on pouvait aussi dispenser du jeûne proprement dit. La même dispute éclata en Italie, lorsque l'évêque de Borgo, en 1736, recommanda de ne prendre qu'un repas à ceux qui étaient dispensés du précepte de l'abstinence. Il fut contredit par plusieurs confesseurs relâchés. Alexandre Mantegati, prêtre de Plaisance, justifia l'ordonnance de l'évêque dans une dissertation qui fut attaquée par le prêtre Pierre Copeliotti et par l'archiprôtre Barth. Casali. II s'en suivit bientôt une polémique à laquelle prirent part un grand nombre de prêtres séculiers et réguliers. Un nouvel écrit de Copeliotti et de Casali devait être publié à Venise en 1739. Le dominicain Daniel Corcina, après avoir d'abord essayé d'en empêcher l'impression, le combattit dans un ouvrage italien, qui suscita à son tour une multitude d'adversaires. Concina tâcha de réfuter leurs arguments dans une nouvelle édition. Le jésuite Ercole Mouli, de Parme, écrivit en 1740 en faveur de Copeliotti et de Casali. Après qu'on eut échangé de part et d'autre une inlinité d'écrits, l'affaire fut déférée à Benoît XIV, qui se prononça pour le sentiment le plus rigide.
Le même pape résolut en 1742 cette controverse agitée en Italie, si le prêtre qui célèbre est obligé pendant sa messe de donner la communion aux fidèles qui se montrent disposés à la recevoir. Le pape fit remarquer que la communion des fidèles présents n'était pas requise pour l'essence et l'intégrité du sacrifice, mais qu'elle était éminemment recommandable et salutaire; que les curés, obligés d'administrer les sacrements, pouvaient dispenser la communion pendant la messe et hors de la messe; qu'il fallait éviter les scandales et donner une juste satisfaction à la piété; que cependant les fidèles n'avaient pas le droit d'exiger qu'on leur doimàt la communion à chaque messe, dans tous les temps où ils la désiraient et dans tontes les circonstances voulues par eux.
Al. Mautegatius, Diss. de jejunio cum esii carnium conjungendo, Placent., 1736; Goncina, La quaresimaappellante dal foro contenzioso di alcuni recenti Casisti al tribunale del buon senso, Venez., 1739^* Supplem. ad Nat. Alex., Hist. eccl., II, p. 721-725; Diss. VIII, § 34; Beued. XIV, 30 mai 1741, et 13 uov. 1742, in ej. Bull., t. I.
Controverse sur les études monastiques.
143. Le fondateur des trappistes, Bouthilier de Rancé, soutenait que les moines devaient borner leurs études à l'Écriture Sainte et aux ouvrages ascétiques. Sa dissertation, publiée en 1683, souleva une grande rumeur dans les couvents et hors des couvents de France. Les bénédictins de Saint-xMaur, invités à écrire contre cette thèse, s'y refusèrent ; cependant Mabillon l'entreprit en 1691 ; il démontra la nécessité des études savantes pour le clergé des ordres religieux, dans un ouvrage qui fut accueilli avec beaucoup de faveur et traduit en différentes langues. L'abbé de la Trappe fit une réponse habile et élégante, mais entremêlée de nombreuses attaques. Plusieurs personnages haut placés essayèrent d'intervenir et d'empêcher Mabillon de publier l'apologie de son ouvrage. Le savant François Laniy fit lui-même le voyage de la Trappe, à l'instigation de la duchesse de Guise, et eut avec l'abbé de longs entretiens. Ils convinrent qu'on devait traiter cette question d'une façon toute spéculative et sans entrer dans les coutumes des différents ordres.
Quatre lettres anonymes, publiées à Cologne en 1692, portèrent un rude coup à l'abbé et à ses trappistes. Leur sentiment y était examiné sous tous les points de vue et soumis à une pénétrante critique. Les trappistes essayèrent de découvrir l'auteur de ces lettres élégantes, que plusieurs attribuaient à Denis Sammarthe, religieux de Saint-Maur. La réfutation de Mabillon, qui renversait de fond en comble la thèse de l'abbé, fut, malgré tous les efforts contraires, approuvée par le chancelier de l'archevêché, et Nicole lui-même, dans sa consultation, établit la futilité de cette assertion que la règle des bénédictins excluait les études savantes, que les ordres religieux ne les avaient cultivées que plus tard. Si Rancé fit à Mabillon un
accueil amical, il ne fut pas moins jusqu'à la fm de sa vie l'adversaire des études monastiques et ses religieux continuèrent leurs précédentes occupations.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N" i43.
B. de Rancé, Traité de la sainteté et des devoirs de la vie monastique, 1683; Mabillon, Traités des études monastiques, Par., 1691 ; en allem, par P. Ulricti Staudigl, 0. S. B., à Kempten 1702; eu ital. par P. Coppi, 0. S. A. (la traduction fut trouvée défectueuse par le maître du Sacré -Palais et dut subir une foule de moditications). Suppl. ad JNat. Alex., loc. cit., § 2, p. 689-721.
Querelles sur des questions de morale.
144. 11 y eut aussi plusieurs controverses tant sur les principes généraux que sur quelques points particuliers de la morale théologique. On reprochait à plusieurs casuistes, aux jésuites surtout et à leurs disciples, des vues trop relâchées, à d'autres des opinions trop rigides, Le Saint-Siège traça une ligne de démarcation plus précise, eu condamnant certaines propositions erronées et scandaleuses. Des évêques et des facultés, principalement celle de Paris, censurèrent également plusieurs assertions. Du reste, les jésuites eux-mêmes comptaient aussi dans leurs rangs plusieurs probabilioristes, tels que Antoine, et on avait tort d'imputer à tous les jésuites les fautes de quelques-uns. Le probabilisme n'a jamais été condamné par l'Église, et, ramené à sa véritable notion, il a gardé la prééminence sur le tutiorisme et le probabiiiorisme.
Saint Alphonse de Liguori fit de la morale du jésuite ßusenbaumle canevas de sa Théologie morale, et adopta généralement l'opinion des casuistes de la compagnie de Jésus. Lui aussi fut souvent attaqué ; notamment par le père Jean-Vincent Patuzzi, à Vérone, par Fulgence Guniliati, etc. On discutait principalement : i° sur le péché philosophique, qui n'était, disait-on, ni une offense à Dieu, ni un péché mortel ; celte doctrine, soutenue en 1686 au collège des jésuites de Dijon, fut attaquée en France et condamnée par Alexandre VIll en 1690, 2° sur le duel, qu'on permettait aux miUtaires au moins dans certains cas déterminés : Benoît XIY prutégea l'opinion contraire par des censures (1752) ; 3° sur l'usure et le prêt à intérêts ; 4° sur
les difTéreiites espèces de contrats, à propos desquels le pape traça eil 1745 des règles précises sans cepeiidaut résoudre toutes les queslious. C'est ainsi qu'oa veillait à la pureté de la morale chrèlieiiue, que l'on mettait une barrière à l'arbitraire des confesseurs et purgeait graduellement les manuels des nombreuses erreurs qui s'y étaient glissées.
Siippl. cit., t. II, p. 62Ö et seq., 638 et seq. Hortig-DœlUnger, Haudb., II, II, Landsliut, 1828, § 201, p. 834 et suiv.; Liguori, Theol. moral., 'éd. Bassani, 1832, t. I,p. 49 et seq. Controverseeii Allemagne, Werner, p. 118. Discussions sur le péché philosophique : du Plessis d'Arg., III, n, p. 356. Cf. III, i, p. 340. Suppl. cit., p. 634, 642 et seq.; Denzinger, loc. cit., p. 343, n. 1137. Thèses sur le duel, ib., p. 377, n. 1343 et seq.; Suppl. cit., p. 637 et seq.; Bened. XIV, Const. Vix perverut, i^'^ nov. 1743; Denzinger, p. 362 et seq., n. 103, 1318 et seq. Cf. Guiy, Comp. Theol. mot'., t. 1, n. 876, t. I, p. 332 et seq.
Les cures merveilleuses de Gassner.
145. Jean Joseph Gassner de Jiranz, né en 1727 dans le Blandenz, prêtre depuis 1750, curé à Klœsterle dans le diocèse do Cuire depuis 1758, lit en Allemagne une grande sensation par ses cures merveilleuses. Presque cuntinuellement tourmenté d'un mai de tète, il se mit dans l'esprit que la plupart des maladies avaient une origine diaboliqueet prétendit qu'on pouvait s'en guérir par l'invocation du nom de Jésus; il avait, disait-il, constaté sur lui-même l'efficacité de ce remède. Il essaya bientôt de guérir les autres par ce moyen et obtint de nombreux succès. En 1774, il quitta sa paroisse et se rendit à Mœrsbourg, dans le diocèse de Constance, où il conjura le démon, au mdieu d'un concours de peuple chaque jour plus nombreux. Le prince- évéque, cardinal de Bodt, Ini ordonna de quitter son diocèse dans l'espace de deux jours, et comme Gassner ne se pressa pas d'obéir, il le fit rappeler dans sa paroisse par l'évêque de Coire.
Gassner retourna donc à Klœsterle, mais il reçut bientôt de l'évêque de Ratisboune et du prévôt d'Ëlvangen, du comte x\ntoine Ignace de Fugger, un invitation ensuite de laquelle il se rendit à Elvangen en octobre 1774. L'évêque lui assigna
43â HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
un logement dans sa propre demeure avec le titre de conseiller ecclésiastique. Riches et pauvres, savants et ignorants, catholiques et non catholiques, accouraient à lui de la Bavière et de la Souabe par bandes nombreuses, pour lui demander leur guérison. On en compte 20,000 à Elvaugeu , et plus tard 3,000 à Ratisbonne (1775). Le gouverneur bavarois ne voulut pas le tolérer à Amberg, ni eu d'autres localités ; cependant les médecins bavarois von Wolter et Leuthner, Sarton, conseiller du gouvernement à Elwangen, et le fameux Lavater le prirent sous leur protection.
Gassner avait pour adversaires, outre le prince évêque de Constance, les archevêques de Salzbourg et de Prague. Il pubha à Kempten eu 1774 un ouvrage souvent réimprimé dans la suite, où il donnait des renseignements sur son procédé. Il distinguait trois classes d'hommes tourmentés du démon : circumsessi, ceux que Satan attaquait à la fois dans leur corps et dans leur âme ; obsessi ou maleficiati, les ensorcelés ; enfin possessi, les possédés proprement dits, les énergumènes. Il n'y a point de maladie, disait-il, qui « ne puisse » venir du démon; toutes les fois que l'art du médecin est insuffisant, on peut admettre qu'il y a circumsession ou obsession. Le moyen le plus facile de remédier aux maladies suscitées par le diable, c'est l'exorcisme pratiqué au nom de Jésus; mais il n'opère rien dans les maladies purement naturelles, chez les enfants, lesfurieux, les mélancoliques, ceux qui n'ont pas lafoi. L'exorcisme probatif, c'est-à-dire l'ordre donné à Satan au nom de Jésus de produire dans le patient les paroxysmes propres à chaque maladie, révèle si l'infirmité est naturelle ou si elle vient du démon.
Gassner soutenait que le malade n'était secouru que lorsqu'il croyait fermement et à la puissance du nom de Jésus et à l'origine diabolique de la maladie ; si, après avoir été soulagé, il perdait la foi qu'il avait eue auparavant, il retombait dans sa maladie; si la maladie diabolique se changeait en maladie naturelle, l'exorcisme n'avait plus d'effet. Gassner ne voulait point qu'on prit les guérisons qu'il opérait pour des véritables miracles.
Opposition des théologiens contre Gassner.
146. Beaucoup de théologiens se scandalisaient de la théorie et de la pratique de Gassner, parce que l'Écriture et les Pères ne parlent point de deux premières classes d'hommes tourmentés par le démon, mais seulement de la dernière; parce que Gassner se ménageait une échappatoire en cas d'insuccès, parce que ^on procédé était suspect, attendu qu'il n'employait pas seulement les exorcismes religieux. Gassner, quand il opérait ses cures, était ordinairement assis sur un siège, revêtu de Tétole et tenant à la main un crucifix ; à son cou pendait un crucifix soutenu par une chaîne d'argent qui contenait, disait-il, une parcelle de la vraie croix. Lui et le malade se regardaient fixement dans les yeux ; sa voix prenait un ton brusque et dominateur ; d'une main il pressait avec beaucoup de force le front, et de la nuque du malade. Souvent aussi il touchait l'endroit douloureux ou secouait violemment tout le corps, puis il commençait sou exorcisme probatif.
Le malade éprouvait des crampes et autres symptômes de maladie, jusqu'à ce que Gassner commandât à Satan de laisser au patient quelque repos. Quelquefois aussi il donnait au malade une médecine, de l'huile, des liquides quelconques, des amulettes portant le nom de Jésus. Quand l'infirmité ne disparaissait pas à l'instant, il ordonnait aux malades de revenir.
Les contemporains de l'une et de l'autre confession variaient beaucoup dans leurs appréciations. Près de cent brochures furent publiées pour et contre Gassner.Beaucoup de ses antagonistes admettaient que les phénomènes étaient extraordinaires. A Ratisbonne, où sa réputation s'était considérablement accrue, le conjureur du diable fut l'objet d'un ordre impérial qui lui interdit toute espèce de cures et le somma de quitter la ville. L'évêque de Ratisbonne lui confia le décanat du Pondorf, où il mourut en 1779. Plusieurs incrédules de ce temps dans un enthousiasme aveugle pour la cause de Gassner, se livraient aux plus grandes superstitions, d'autres furent ramenés à la prière. On essaya dans la suite d'expliquer ces cures par le magnétisme, qui allait bientôt exciter puissamment l'attention des Français.
Ouvrages a consulter sur les n°^ d45-U6.
(Gaszner) Des wolilehrwürd. Hrn. Joli. Jos. Ga&zners Weise, fromm und gesund zu leben, auch ruhig und gottselig zu sterben, Kempten, 1774; Würzbourg, 1776; L. W. F. Walch, Neueste Rel.-Gesch., VI, p. 364 et suiv., 541 ; Allgm. deutsche Bibliothek, t. XXIV, St. 2, p. 610 et suiv.; t. XXVII, St. 2, p. 596 et suiv,; t. XXVIII, p. 278 (83 ouvrages y sont signalés). Acta bist. eccl. uostri temp., III, 315, 337 j VII, 828; Schrœckh, K.-G. seit der Reform., VII, p. 330 et suiv.;Huth ; II, p. 388-397. Leitfaden in die K.-G., Vienne, 1790, IV, p. 253 ; Ritter» K.-G., II, p. 428-430.
Le mesmérisiae.
14t . Le médecin Mesmer, de Mersebourg, adonné aux doctrines de l'alchimie et de l'astrologie, avait assisté en 1773 aux expériences que faisait à Vienne le jésuite Hell pour constater l'influence de l'aimant sur le système nerveux des animaux. 11 prétendit bienlôtqu'ii pourrait produire les mêmes effets sans le secoursde l'aimant. S'il eut peu de succès eu Allemagne, il en eut d'autant plus à Paris, à partir de 1778. Favorisé par le baron deBreteuilet autres personnes, malgré l'opposition de l'académie de médecine, qui traita ses miracles d'illusions, il fonda une grande école et créa la société de l'harmonie universelle, qui se répandit dans toute la France. Les malades et les spectateurs se réunissaient dans une vaste salle faiblement éclairée et parfumée. Au milieu s'élevait une cuve de bois de médiocre grandeur, dont le couvercle laissait passer une multitude de petits cyUndres en fer, que les infirmes, presque nus saisissaient de la main et appUquaient fortement sur la partie malade. Tous ensemble formaient la chaîne et se donnaient souvent la main. Mesmer prenait alors une baguette de fer longue, de dix à douze pouces et servant de conducteur au fluide magnétique, faisait exécuter delà musique et des chants; plusieurs éprouvaient alors des ébranlements nerveux, desconvulsions; ils subissaient l'influence du magnétiseur et se sentaient attirés à lui. L'expérience achevée, nul se souvenait plus de ce qui avait eu lieu.
Le mesmérisme se transforma bientôt en somnambulisme, on abandonna l'appareil extérieur sans que les effets en fussent afl'alblis. L'élève de Mesmer, Puységur, se bornait à de simples frottements avec la main, à un pur contact, en plaçant
une de ses mains sur la partie malade, et l'autre sur la partie opposée. Tout dépendait du concours des deux volontés, celle du médecin et celle du malade ; d'autres (Faria) supprimaient tout contact et amenaient le sommeil magnétique par le simple commandement de la voix. Plusieurs prétendaient y parvenir par un pur acte de la volonté. Un médecin de Lyon, Petet, mit en vogue le somnambulisme clairvoyant ; vinrent ensuite l'extase magnétique et le commerce avec les esprits. La théologie eut bientôt à s'occuper de ces phénomènes. Quelques-uns ne pouvaient assez les glorifier et pensaient y trouver un moyen de mieux défendre les miracles et les prophéties contre l'incrédulité, d'autres croyaient y puiser de nouvelles révélations; d'autres, au contraire, étaient convaincus que les magnétiseurs exposaient l'àme et le corps à de nombreux dangers ; ils signalaient les déceptions qui n'étaient que trop fréquentes, le manque de proportion entre les causes physiques et leurs effets. On discutait la question de savoir si les effets du magnétisme devaient être attribués à des influences naturelles ou à des influences diaboliques ; si les unes ouïes autres intervenaient uniquement. Plusieurs étaient d'avis que quelques-uns des effets, mais non tous, devaient s'expliquer naturellement. Le magnétisme fut généralement interdit par l'Église, en tant qu'on y employait des moyens illicites pour arriver à des lins coupables et produire des effets surnaturels, qu'on violait la pudeur chrétienne, amenait la privation de la raison, et transformait le magnétisme en somnambulisme magnétique.
Deleuze, Hist. crit. du magnétisme anim., Paris, 1813; Civiltà cattolica, 1837, qu. 182, 183; 1864, qu. 343 et seq. Der animalische Magnetismus, trad. de l'ital., Regensb., 18ö3. Décisions romaines du 19 mai et du 1«' juillet 1842, du 4 août 1856, du 21 mai 1858, dans Gury, Theol. mor., ed. Ratisb., 1862, t. I, p. 106-109; Tract, de praecept. Decal., App., IF, n. 276-281 ; Analecta jur. pont., 1856, ser. II, p. 2681, Archiv für kathol. K.-R., II, p. 80.
L'art chrétien.
L'architecture, la sculpture, la peinture.
148. L'art chrétien, durant cette période, porte généralement l'empreinte d'une profonde décadence. L'idéal du passé, les vieilles traditions étaient méconnues ; les idées sensuelles, le naturalisme, la manière, le baroque, l'extravagant, les ornements superflus, la subjectivité, l'emportaient. Le style de la Renaissance dominait en Architecture. Dans le style baroque, représenté en Italie par Jean-Laurent Bernini, on s'appliquait à éblouir les yeux par l'éclat des décorations. Les jésuites, dans leurs églises, l'employèrent encore avec mesure et convenance. En France, il dégénéra complètement et donna lieu au style rococo, qui prodiguait l'ornementation sans se préoccuper du style de l'architecture au dix-huitième siècle ; plusieurs magnifiques églises, sous l'influence prédominante de la mode française, furent restaurées sans goût, d'autres furent construites dans ce style.
L'Allemagne offrit surtout le spectacle de ces sortes de dégradations. La sculpture, en France, ne servait qu'à des œuvres profanes. Les meilleurs travaux furent exécutés, en Italie, par Bernini, Algardi et leurs disciples, et par Maderno ; en Allemagne par J. Lenz (1685) et Andr. Schlüter (mort en 1714).
La peinture aussi était tombée de son ancienne hauteur, et la vie avait disparu des tableaux. Rome était toujours la reine des beaux-arts ; les artistes y abondaient plus que jamais ; ce furent des étrangers qui, les premiers, y ramenèrent la pureté du goût : Jean Joachim Winkelmann, né en 1717 à Stendal, catholique depuis 1755, à Rome depuis 1754, mort en 1768; Raphaël Mengs, peintre de la cour de la Saxe électorale (mort en 1779) , Batoni lui-même adversaire de ce dernier, (mort en 1787), ne put s'empêcher de suivre une direction plus sévère. Angehca Kauffmann de Coire, (1742-1807) et Henri Fuesly de Zurich (1742-1825) marchèrent également dans cette voie. Des temps meilleurs se préparèrent pour l'architecture et la peinture quand on eut constaté les lacunes des travaux précédents.
l'église CATHOLIQUE. 437
La poésie et la musique.
149. La poésie profane fut généralement plus cultivée que la poésie religieuse, surtout dans la France, qui présidait au mouvement intellectuel de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Italie, bien que ces pays pussent encore montrer des travaux dignes des meilleures époques précédentes. Ce ne fut qu'à la fin de cette période, quand la poésie langoureuse des cours, la musique d'église fade et pédantesque eut disparu, que les Allemands et les protestants d'abord, produisirent une poésie vigoureuse, imitée des maîtres de l'antiquité.
Dans la mystique, l'école napolitaiae de Alex. Scarlatti (mort en 1728), eut une influence souveraine. A cette école appartenaient : Léonard Léon (mort en 1742), François Féo (mort en 1742);, et surtout J-B. Jési, surnommé Pergolèse, et dont le Stabat Mater fut le chant du cygne. A Rome, Orazio Benevoli et Sonciole tenaient un rang considérable. L'école de Bologne eut pour fondateur le franciscain J-B. Martini (1706-1784), qui fut quelque temps le maître de Gluck (mort en 1787). Valotti, à Padoue, l'un des derniers représentants de la grande musique religieuse, donna des leçons à l'abbé G-J. Vogler (né à Wurzbourg en 1749, mort en 1814). L'Allemagne des derniers temps compte, parmi ses plus éminents poètes musiciens, Fréd. Haïndel (1684-1789), S. Bach (1685-1750), Joseph Haydn (1731-1809), iMichel Haydn (1736-1806) et W. Mozart (1756-1791).
Jakob, Die Kunst im Dienste der Kirche, 2<= ed., Ratisbonne, 1870, p, 400 et suiv. Autres ouvrages ci-dessus, VII, § 402-404.
Le culte et la discipline ecclésiastique.
Prescriptions sur le rite. Les fêtes. Traductions de la Bible et des livres liturgiques.
150. Le rite ecclésiastique fut soumis à des prescriptions exactes d'abord par la congrégation des rites : on condamna les procédés arbitraires de certains ecclésiastiques qui introduisaient de leur propre chef des formules de prières et des dévo-
438 msTOiRE DE l'église.
tions nouvelles. Clément VIII interdit en 1601 les litanies non approuvées ; celles du Saint-Nom de Jésus, reconnues par l'Église, se joignirent, en 1646, aux litanies des Saints et de la Sainte Vierge. Les livres de prières et de dévotion étaient l'objet d'une surveillance active de la part des évêques ; ils furent souvent censurés par les facultés de théologie, notamment à Paris. Les formulaires de Rome étaient partout employés dans le missel et le bréviaire, excepté en France, à Milan et chez les Orientaux. Le génie révolutionnaire essaya d'introduire de nouveaux rituels rédigés dans la langue du pays, de simplifier le culte et surtout de restreindre les processions et les pèlerinages. Un tel procédé n'était pas seulement une menace contre l'unité liturgique ; il ouvrait encore la voie aux innovations profanes, préludait à la transformation du dogme et du rituel, troublait la dévotion du peuple et soulevait la méfiance. L'exercice du chemin de la croix devint une des dévotions les plus affectionnées du peuple fidèle, surtout depuis 1750, et fut bientôt enrichi d'indulgences.
Les fêtes du Seigneur, fêtes du Saint-Nom de Jésus, du Cœur de Jésus, des Cinq Plaies, les fêtes de la Sainte Vierge, (Saint-Nom de Marie, Sept-Douleurs, Mariage, Rosaire, Miséricorde pour la rédemption des captifs, Patronage) et les fêtes des saints (fête de Sainte-Anne) étaient devenues très nombreuses. Les princes temporels cherchèrent à en diminuer le nombre et y réussirent plus d'une fois à partir de Benoît XIV. Les jansénistes et autres théologiens attaquèrent quelques fêtes avec beaucoup de violence, mais sans parvenir à les discréditer.
Hors de France, le bréviaire, sauf de rares exceptions, se récitait d'après la révision de Rome. Il n'était pas permis de le mettre à la portée des laïques et la Sorbonne refusa d'approuver unetraductiou française du bréviaire par M. de la Morelière (1655). La lecture de la Bible fut défendue aux laïques (1650) par l'archevêque de Paris, la Sorbonne désapprouvait en général la version de l'Ecriture, des livres liturgiques (1661) à l'usage du peuple, en invoquant l'autorité de Gerson et ses précédents décrets. Au dix- huitième siècle, on s'écarta un peu de cette rigueur, quand la censure des livres fut moins respectée, que le nombre des brochures dont on fut inondé ne permit plus
L'ÉtiLISE CATHOLIQUE. 439
de les examiner en détail et que les gazettes acquirent une plus grande influence.
SS. Rituum congregationis décréta authentica, quae ab an. 1538 ad an. 1848 prodierunt, Leod. Brux., 1850; Manuale decretorum authenticorum S. Congr. Rit,, éd. Eberle, Ratisb., 1851. Livres de prières et de liturgie censurés par la Sorbonne. En 1633, elle condamna comme très dangereux : Le Chapelet secret du Très-Saint Sacrement; Rome de son côté condamna (du Plessis d'Arg,, lll, i, p. 1-11, t. I, Append. p. XXX) ; en 1635, cinq autres ouvrages (ib., III, i, p. 15, 16) ; en 1644 : La famille chrétienne sous la conduite de saint Joseph (ib., p. 53-57); en 1661, les prières pour faire en commun le matin et le soir dans les familles, Paris, 1659 (ib., p. 81). Contre une traduction française du bréviaire, 1653 (ib., lII, i, p. 67). Défense aux laïques de lire la Bible, 1630 (ib., t. I, App., p. XLV). Détermination de la Sorbonne, 1661 (ib., III, I, p. 81-84). Comp. Schwab, Gerson, p. 317 et suiv.
La vie religieuse.
161. A cette époque de l'histoire, nous constatons partout l'afTaiblissement de l'esprit de religion et de la discipline, la poursuite hardie des richesses de la terre, la recherche des nouveautés sur le terrain religieux comme sur le terrain politique. L'abnégation, l'austérité des mœurs deviennent plus rares quoiqu'il y ait encore de grands exemples de dévouement. Benoît- Joseph Labre, né en 1748, à Amettes, en France, privé de toutes ressources depuis l'âge de quinze ans, errant de çà et de là comme mendiant et pèlerin (mort à Rome, béatifié en 1860), canonisé par LéonXlII, d'autres ascètes, tel que l'Espagnol Antoine Alonso Bermejo (né en 1678, mort en 1758). modèle de vertu au milieu de la vie mondaine, tout entier à la pénitence et à la charité, reproduisaient encore les vertus des premiers âges. Des prêtres zélés, tels queJ. B. de Rossi, né en 1698 dans le territoire de Gênes, prêtre à Rome depuis 1621, chanoine de Sainte-Marie in Cosmedin, infatigable au confessionnal, en chaire, dans l'enseignement de la jeunesse, fondateur d'étabhssements de bienfaisance (mort en 1740, béatifié en 1860) servirent de modèles à une foule d'autres. On voyait encore, même en dehors des couvents, des exemples héroïques de charité chrétienne, de renoncement à soi-même, d'immolation, et l'Église
malgré toutes les attaques dont elle fut assaillie , ne perdit point ses pieux et vaillants champions.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N*15i.
Civiltà cattol., 1860, Serie IV, vol. 6, p. 505 et seq.; 602 et seq.; vol 9, p. 100 et seq.; Fr. S. Blanchi, Vita del servo di Dio Msgr Giusto Guériii (évèque de Genève, Barnabite), Bologna, 1877.
Les conciles.
152. Les conciles devinrent beaucoup plus rares, la plupart furent célébrés en Espagne, où la province de Tarragone en réunit neuf depuis 1685 jusqu'en 1753, puis en Italie, à Bénêvent (1693-1698), à Naples (1699), à Rome (1725) et à Fernio (1726). Benoit XIV fit aussi célébrer un concile provincial à Avignon 1722). En France, où celui d'Embrun (1727) offre seul quelque importance, les conciles étaient remplacés par « l'assemblée du clergé. » Pendant le règne de Clément XI, des conciles provinciaux furent tenus sous l'archôvêque d'Antivari pour l'Albanie (1703) et à Bahia dans le Brésil (1707). 11 y en eut aussi plusieurs parmi les orientaux unis. Des synodes diocésains eurent encore lieu à Ratisbonne en 1650 et 1660, pour Ermland en 1729 et 1745, puisa Munster, Eichsfsett et dans quelques diocèses allemands. Ils diminuèrent beaucoup à partir de 1660.
En Belgique, nous assistons depuis 1697 à de fréquentes réunions d'évêques; plus tard, la plupart sont remplacées par des correspondances écrites. La suprématie de l'Etal, la mollesse de plusieurs évêques et du clergé, les relations souvent tendues entre les évêques, les chapitres exempts et les couvents, l'envahissement de l'esprit bureaucratique dans l'administration ecclésiastique, différentes circonstances enfin amenèrent la décadence de l'institution synodale , si florissante immédiatement après le concile de Trente. Le Saint-Siège, dont les moindres démarches rencontrèrent dans les cours une infinité d'obstacles, remédiait de son mieux à ces inconvénients, mais il n'avait pas assez d'influence pour écarter de si nombreux abus.
l'église catholique. 44,1
Schmid, Die Bisthumssynode, II, ii, p. 48 etsuiv. Collecl.Lacens. 1. 1.