MISSIONS PARMI LES PAÏENS
En Asie.
Controverse sur les usages chinois.
154. En Chiiie,les nouveaux convertis conservèrent longtemps les usages profondément enracinés de leur pays, par respect pour leurs ancêtres et pour Confucius leur père spirituel. A des temps déterminés, les familles réunies dans une salle se prosternaient devant des tableaux où étaient inscrits les noms de leurs ancêtres défunts, les encensaient, immolaient des animaux dont ils mangeaient ensuite la chair dans un repas commun. Le père Ricci avait autorisé ces usages, à cause de leur caractère civil et politique, et ses confrères adoptèrent sa manière de voir. Plusieurs dominicains, au contraire, les considérèrent plus tard comme dangereux et empreints d'idolâtrie.
Une nouvelle dispute ne tarda pas à éclater; pouvait-on, à défaut d'expression chinoise plus précise, désigner Dieu par le terme deTien-Tschu (maitre du ciel), Tien et Schangsi (souverain empereurj et la Trinité par celui de Ting (saint). En 1645 les dominicains envoyèrent à Rome leur confrère J. B. Moralez, qui travaillait en Chine depuis 1633, pour présenter à la Propagande dix-sept propositions relatives aux Chinois. Sur l'avis de la plupart des théologiens et de l'inquisition, ces usages furent interdits par Innocent XI jusqu'à ce que le Saint-Siège en ait autrement disposé. Do leur côté les jésuites déléguèrent a Rome le père Martini pour fournir la preuve que les rites qu'ils permettaient n'avaient rien de commun avec l'idolâtrie, que si on les interdisait d'une manière absolue, on compromettait gravement le christianisme en Chine. Martini obtint de l'inquisition (23 mars 1656) un décret confirmé par
Alexandre VIII, qui autorisait ces usages sous certaines conditions : il devait être constant que ces usages ne pouvaient être omis sans péril et sans inconvénient pour les chrétiens ; les chrétiens, à leur tour s'engageaient à ne les considérer que comme des rites civils et éviteraient en les observant toute pratique superstitieuse. Il fut permis dans l'administration de l'extrème-onction aux femmes, ainsi que dans le baptême, d'omettre quelques sacramentaux, dans les contrats de prêt de convenir d'une certaine somme à cause des risques du capital, mais il fut défendu de prendre le trois pour cent et de concourir aux frais du culte des idoles.
La paix sembla provisoirement établie parmi les missionnaires. En 1659, Alexandre VII nomma trois lazaristes français évêques inpartibiis, et en 1660, il les envo^-a comme vicaires apostohques en Chine, au Tonijuin et en Cochinchine. Ils entrèrent en dispute avec les jésuites et portèrent leurs plaintes à Rome. Clément fit répondre (1669) qu'on devait observer les deux décrets rendus, abolir les pratiques superstitieuses, ne tolérer que les usages civils, obliger les réguliers d'obéir aux vicaires apostoliques.
Les questions controversées continuaient d'occuper les savants et les opinions étaient divisées. Les jésuites, dont l'un, le père Videlou, partageait l'avis des dominicains, étaient 'soutenus par un grand nombre d'évêques et de missionnaires appartenant à d'autres ordres. Le lazariste Charles Maigrot, vicaire apostolique de la province de Fokien, défendit en 1693 de désigner Dieu par les termes Tien et Schaugd, et d'observer les usages nationaux en l'honneur de Confucius et des ancêtres ; en 1696, il chargea le père Charnot d'aller justifier à Rome sa défense qu'on attaquait. Innocent XII confia cette affaire à l'examen d'une congrégation particulière, et le 8 décembre 1703, Clément XI envoya Charles-Thomas Tournon, patriarche d''Antioche, étudier la question sur les lieux en qualité de légat. Tournon, grâce aux efforts des jésuites, fut reçu avec honneur à la cour de Pékin (1703) ; mais lorsque, conformément à un décret de la congrégation romaine du 20 novembre 1704., il publia à Nankin (23 janvier 1707) la défense de pratiquer les rites et de donner à Dieu les noms dont il a été parlé ; l'empereur en fut tellement irrité, qu'il le fit saisir et placer sous la surveillance
Ml HISTOIRE DE l'ÉGLISË:
des Portugais de Macao, où il fut nommé cardinal et mourut en 1710. Clément XI, qui avait de nouveau confirmé le précédent décret (25 décembre 1710), fut affligé de son sort, mais il prescrivit une obéissance rigoureuse, sous peine des censures de l'Église, et il exigea de chaque missionnaire un serment à ce sujet (9 mars 1715).
^ Fabric, Salut, lux. Evang,, p. 663-677. Piguatelli, Consult. canon, t. V, Cens. 45, p. 106-HO; Mamachi, Antlqu. II, 381 et seq. ; 407, 443 et seq.; Bonuer Ztschr. für Philos, und kalhol. Theol. N. F. 6*= année 1845, livrais. 4 p. 33 et suiv., Mejer Propag.,II, p. 534-340; ildephons a St Thoma. 0. Pr., Teatro Jesuitico., Coimbra, 1633 ; Navarrette, 0. Pr., Tradatos historicos y relig. de la Monarchia de China; Madrid, 1676. En sens contraire; Daniel, S.J., Recueil des div. ouvi'ages, III, i. Décret. Inquis., 23 mars 1636; Du Plessis d'Arg., III, ii, p. 592-594. En Chine, Paul V, avait permis le 26 mars 1611 de célébrer la tète découverte. Autres documents App. ad Nat. Alex. H. E., Suppl., t. II, éd. Bing., 1791, p. 438 et seq. Vicaires Apost. en 1659 ; Mejer, Propag., I, p. 307 et suiv., 211 Sur la controverse Leibnit., ep. ad divers.; Kortholdt, IV, p. 163; Novissima Sinica, 1697; Abel Remusat, Bibliographie univers., t. XXXVII, p. 517, Paris, 1824. Contre Tournou, Caduceus Sinicus : Modernorum decretorum explanatio theol. Ap. Sedis judicio subjecta. Colon., Agr., 1713, in-8°.
Oppression du christianisme en Chine.
155. Les intérêts de la chrétienté en Chine tombèrent dans la plus déplorable confusion. L'empereur défendit de publier la bulle et menaça ceux qui l'exécuteraient des plus terribles châtiments. Un nouveau légat , Jean-Ambroise Mezzabarba , patriarche d'Alexandrie, fut envoyé dans le pays. La cour le reçut froidement et d'une manière blessante. Revenu à Macao, Mezzabarba fit à la bulle de Clément XI, sur les représentations des jésuites , quelques adoucissements (déclarations) qui ne concordaient pas avec elle (7 novembre 1721), mais quel'évêque de Pékin ne laissa pas de publier en même temps que la bulle. Clément XII condamna les deux lettres pastorales de l'évêque (1733) et renvoya de nouveau l'affaire à l'inquisition, de même qu'innocent XI 11 avait renouvelé les décrets de son prédécesseur. En 1742, Benoît XIV vida définitivement cette querelle,
supprima toutes les concessions de Mezzabarba et obligea les missionnaires à s'engager désormais par serment d'abolir les usages des Cbinois.
Une violente persécution éclata en Cbine. L'empereur Yong- Tscbiug, successeur de son père Rbanghi (1 722), avait ordonné d'emmener les prêtres chrétiens à Pékin et jà Canton et de démolir leurs églises ; l'empereur Kienlong (1735-1739) persécuta tous les chrétiens sans distinction ; cinq domhiicains, dont l'un était évèque, furent mis à mort dans la province de Fokien (1747) ; trois jésuites le furent en 1748. Partout les chrétiens étaient sacrifiés à la tyrannie des mandarins et mis hors la loi.
Les jésuites, parmi lesquels on remarquait l'Allemand (iodefroid de Leimbeckhoven, missionnaire depuis 173(5, évèque de rsankin depuis ïloU, les jésuites scrupuleusement fidèles aux ordres du, Saint-Siège, endurèrent d'afTreux tourments. Quand ils furent réduits à l'impuissance et que la révolution française eut supprimé le séminaire des lazaristes à Paris, les chrétiens de Chine se virent presque dépourvus de prêtres. 11 y eut de nombreux martyrs et confesseurs, même parmi les princes de la maison imperiale ; des dames de haute condition, des enfants rappelèrent l'héroïsme des premiers chrétiens.
Istoria délie cosse operate nella Ciaa da Msgr. Giov. Ambr. Mezzabarba, scritla dal P. Viani, suocoufessore, Parigi 1739,10-80. Supplem. ad JN'at. Alex., loc. cit.. Il, p. 481 et seq.; Bened. XIV. Const. Ex quo singulari. 1 1, Juillet 1742; Bull., prop.jlll, 40 et seq.; Bull. Bened. t. I, p. 84 et seq. ; ed. Venet. Formule de serment pour Ie|nouvel évêq. de ÎNanking, P. Franc, de S. Rosa Viterb., dans le Bref du 4 déc. 1742; Bull. Bened., loc. cit., p. 97 etsuiv.; Daniel, S. J., Hist apologétique de la conduite des Jésuites de la Chine (Recueil de div. ouvrag., Paris, 1724, t. lli); Pray. Hist. controv. jde ritLbus Sinicis, Pest. 1789, augmentée dans ledition allemande, Augsb., 1791,3 vol. Fermeté des chrétiens de Chhie, Marshall, Les missions, I, p. 126 et suiv. Sur G. de Leimbekhoven, les Kathol. Missionem, 1873, Nr. 6, p. 123.
Le Thibet.
156. Plusieurs jésuites avaient pénétré dans le Thibetdès l'an 1624 ; mais ils n'y eurent pas de succès. Plus tard (depuis 1707), un grand nombre de capucins s'y rendirent des Indes en pas-
saut parle Népal. Expulsés, ils revinrent en 1732, sous la conduite de l'illustre père Orazio délia Penna, convertirent plusieurs bûudhistes et reçurent de Dalai-Lama la permission de fonder un hospice à Lassa. Le gouvernement chinois, qui s'empara du Thibet, était ombrageux; il suscita plusieurs persécutions (1737 et 1742), mais sans pouvoir anéantir complètement les établissements chrétiens. A la suite d'un rapport présenté par le père Vitus de Recanati, Benoit XIV écrivit aux deux princes de Bargao et de Bittia, qui inclinaient au christianisme.
Crétineau-Joly, Hist. delà Comp, de Jésus, t. III, p. 283 et suiv. ; ReIazioi e del pi'incipio e dello stato présente délia missione del Tibet, Roma, 1722; Giorgi, Alphabet. Tibetan., Roma, 1762 (important ouvrage, malgré de nombreuses erreurs). Gazette univ. d'Augsb. Supplém. du 3janv. 1886. Bened. XIV, 1, 2 mai 1742; Bull. Bened., t. I, p. 73; Gonst. 52,54.
Commencement du schisme de Goa.
157. Les missions de l'Asie Orientale étaient placées sous le patronage du Portugal et sous l'archevêque de Goa. Mais l'administration portugaise des diocèses présentait de nombreuses lacunes et provoqua de sévères décrets de la part de la Propae:ande (1658). En 1659 Alexandre YII envoyait en Chine, au Tonquin et en Cochinchine trois lazaristes français à titre de vicaires apostoliques. Le Portugal, jaloux de son droit de patronage, leur suscita plus d'une difficulté. Eu 1670, le vicaire apostolique du Tonquin y célébrait un synode diocésain. Sous Clément X, le commissaire de l'inquisition de Goa, résidant à Siam, excommunia le vicaire apostolique de ce lieu, parce qu'il relevait immédiatement du Saint-Siège et qu'il ne lui avait pas soumis ses pleins pouvoirs. Le pape désapprouva formellement cette mesure (1673) et déclara que la Juridiction de l'archevêque de Goa et celle de l'inquisition se bornait aux possessions portugaises, que les territoires gouvernés par des princes infidèles ou par d'autres nations étaient soumis aux vicaires apostohques. Ceux-ci furent informés en 1674- que les évêquos «'avaient aucime juridiction à exercer dans leurs vica-
riats. La même chose fut annoncée aux évêques, mais ils refusèrent de s'y conformer.
Innocent XII détacha plusieurs provinces de la Chine des deux évèchés de Pékin et de Nankin, soumis au patronage portugais, les remit aux vicaires apostoliques et renouvela la constitution de Clément X, de 1674. Le Tonquin fut également séparé de Macao. L'archevêque de Goa, les éveques de Macao et de Malacca, de Méliapur, de Cochinchine et de Cranganor ne parurent pas se soucier des ordonnances et furent menacés des censures ecclésiastiques (1696, 1697). En 1707 et 1711, Clément XI annula les actes de l'archevêque de Goa et del'évêque de Macao contre le visiteur apostolique.
Mejer. Prop., I, p. 260 et suiv., 307 et suiv., 361 et suiv. Bull., prop. IV, 2oö; Gams, Séries episcop., I, 116 et seq.; 127, 132. Autres ouvrages ci-dessous IX, sj 403 et suiv.
Décadence des missions dans les Indes orientales. Usages malabares.
158. De grands changements se produisirent aussi dans les missions des Indes orientales, qui faisaient concevoir de belles espérances. La compagnie commerciale des Indes orientales, fondée en Angleterre en 1599 et 1600, obtenait chaque jour de nouveaux avantages; depuis 1650, elle fut impliquée dans des luttes ardentes avec les puissances européennes comme avec les princes indigènes. Les Portugais perdirent peu à peu la plupart de leurs possessions, tandis que les Anglais, par leur médiation entre les royaumes contondants et par la hardiesse de leurs conquêtes, se ménagèrent un empire étendu (jusqu'en 1750). Déjà en 1663, quand ils avaient arraché aux Portugais Cochin et Cranganor, les Hollandais s'étaient emparés de l'évêché de Cochin. Les Anglais, quoique moins fanatiques, ne laissèrent pas de vexer et d'expulser une foule d'excellents missionnaires.
Sous la domination protestante, on alla jusqu'à favoriser Tidolàtrie ; plus d'une fois les païens s'insurgèrent contre les chrétiens et les massacrèrent. Joignez-y les disputes que les usages malabares excitaient parmi les missionnaires eux-
mêmes. Ces usages, Tournoii les examina à Pondichéry et prit eiiüii des mesures pour les supprimer (23 juin 1704). Il ordonna qu'on observerait désormais toutes les cérémonies du baptême et notamment qu'on ferait usage de la salive, de l'insuflation, du sel, toutes choses qui répugnaient aux Indiens; il défendit d'ajourner le baptême des enfants, de donner des noms païens, et de faire des mariages dans un âge trop tendre ; il ordonna d'abolir les pratiques superstitieuses usitées dans les noces, de ne plus refuser la pénitence aux femmes à cause de leur infirmité mensuelle, de donner aux parias les mêmes soins qu^aux autres ; de ne plus souiller le front des ctirétiens avec de la cendre d'excrément de vache ; quant aux prêtres, ils n'emploieraient les purifications quo pour des motifs de propreté et non pour se faire passer pour bramines ; ils ne béniraient et n'emploieraient plus des emblèmes de cendre et de couleur empruntés aux païens ; enfin les musiciens chrétiens ne devaient pas concourir aux fêtes païennes.
Les jésuites, qui ne convenaient pas de tous ces points, envoyèrent deux délégués à Rome ; mais déjà le décret de Tournon avait été approuvé de l'inquisition, et il le fut de nouveau en 4712 et 1722. Cependant, les jésuites ne laissèrent pas entièrement tomber leurs réclamations et maintinrent encore quelques usages. Clément XII tempéra le décret de Tournon sur un petit nombre de points (25 août 1734). Un nouveau différend entre les jésuites et les capucins, que l'apostat Norbert allait plus tard exploiter de la façon la plus odieuse, provoqua une bulle sévère de Benoit XIV (1744), qui interdit tous ces usages et imposa la plus stricte obéissance aux missionnaires. Ainsi fut préservée la pureté de la foi, ainsi fut écarté le péril de confondre les superstitions païennes avec les usages du christianisme, bien que le progrès des missions dût en être sensiblement affaibli.
Hist. de rétablissement du christianisme dans les Indes orientales, Paris, 1803,;Stœcklein, Neuer Wellbote, Augsb. 1726 Part 19. prétace.; P. Gallo, S. J., Suppetise Evangelii prseconibus, qui Madurensem missionem excolunt, peramantor oblatœ, Romae, 1872, voll. ^2, Supplem. ad Nat. Alex. H. E., il, p, 435 et seq. ; Diss. IV, § ,22, p. 489 et seq. j
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Bened. XIV, const. 107, Omnium sollicitiidinum, 12 sept. 1744; Bull. Bened., éd. Venet., I, p. 177 et seq.; Marschall, die Missionen, I, p. 386 et suiv., sur le fameux Platel ou P. Norbert (son vrai nom était P. Périsol, originaire de Bar-le-Duc). Entré chez les capucins, il fut chassé de la mission de Madras pour sa mauvaise conduite, feignit à Rome de SÖ repentir, et devint en 1736 procureur général des missions de son ordre dans les Indes. Il donna beaucoup de scandale à Pondichéry, voyagea en Amérique, fut accusé d'immoralité, s'enfuit en Europe, et lit imprimer ses Mémoires historiques, 1745,:; en Hollande, Il sortit de son ordre, se fit apostat, prit le nom de Piter Schenkwith. vagabonda en Allemagne et en Angleterre, et se rattacha aux encyclopédistes. Il fit semblant de s'être corrigé, et obtint de Clément Xlllla permission de vivre comme prêtre séculier sous le nom de Platel. Plus tard, il entra auservicede Pombal et duPortugal, écrivitdes invectives contre les jésuites et donna une nouvelle édition augmentée de ses mémoires (Mémoires historiques sur les affaires des jésuite» avec le St-Siège), Lisbonne, 1766, 7 vol. Autres ouvrages ei-dessus.
Principaux Missionnaires.
-159. Les jésuites, en suivant le procédé dont nous venons de parler, agissaient de bonne foi et par de sérieux motifs. Ils cessèrent de s'y conformer dès que le Saint-Siège eut rendu une sentence définitive. Il y avait dans leur sein des hommes vraiment apostoliques et qui opérèrent des merveilles dans les conditions les plus difficiles. L'un d'eux, François Lainez, travailla dans les Indes pendant plus de trente ans, baptisa des milliers de païens, endura des souffrances et des persécutions de toute nature ; envoyé à Rome (1704) pour répondre aux calomniateurs de son ordre, il y écrivit un mémoire célèbre qui fut imprimé (1707) par ordre de Clément XI [Defensio ind i carum missionum); sacré évêque de Lisbonne sur la désigna tion de ce pape (1708), il relrouna dans les Indes, reçut à Cal cutta (1712) un accueil honorable du gouverneur anglais, e mourut eu 1717 après de brillants succès. Le père Martin, le «martyr delà charité», versé dans la plupart des dialectes indiens, baptisa à lui seul deux mille catéchumènes en 1698; son compagnon, le père Bouchet, inspirait aux néophytes un courage chrétien qui allait jusqu'à l'héroïsme. Xavier Borghèse les frères Simon et Joseph Carvalho ; Lafontaine, surnommé l'apôtre des bramines; Beschi, admiré pour ses talents en lin-
guistique; de Proenza, do Mello, de Saa, Capelli et une infinité d'autres déployaient un zèle tout apostolique.
Ciiassés d'une contrée, les missionnaires passaient dans une antre. En 1690, des jésuites expulsés do Siam allèrent à Pondichéry, qui fut souvent repris par les Hollandais et les Anglais, et demeura définitivement à la France. Ils instruisaient les indigènes, tandis que les capucins faisaient les fonctions de pasteurs auprès des Européens. En 1713, ils avaient un excellent établissement d'éducation. Ils fondaient habituellement des écoles partout où les conditions requises se rencontraient.
OUVFUGES i. CONSULTER SUR LE N° i59.
Marshal, I, p. 403 et suiv.; autres ouvrages ci-dessus, VII, § 327 et suiv. ; Baker, V, 157 et seq.
Le Touquin ; la Cochinchine ; la Corée.
160. Dans l'Inde ultérieure , les chrétiens abondaient, surtout au Touquin et en Cochinchine : il y en avait près de 300,000 sous Urbain VIII. En 1666, le vicaire apostolique Pallu envoya d'abord au Touquin son provicaire Deydier ; plusieurs jésuites le suivirent en 1669, et en 1676 trois dominicains y pénétrèrent (Jean de la Croix, Jean d'Arjona et Denis Morales). En 1677 déjà, le Touquin était divisé en deux vicariats : le vicariat de TOuest, administré par des prêtres français du séminaire des Missions étrangères à Paris ; le vicariat de l'Est, régi par des dominicains. Tous furent soumis à des tortures et à des privations sans nonjbre ; obligés presque toujours d'agir en secret, ils voyaient leurs églises réduites en cendres, leurs fidèles dispersés et assassinés. Plusieurs de ces derniers persévérèrent même après le meurtre de leurs prêtres. En 1692, quand les jésuites Le Boyer et Peregaud arrivèrent clandestinement au Tonquin, ils trouvèrent quantité de chrétiens depuis longtemps privés des sacrements. Ils furent reçus avec des transports de joie. Des édits de persécution furent publiés en 1696 et 1712; en 1715, les chrétiens respirèrent un peu, et les conversions recommencèrent.
Nouvelles persécutions en 171 7 et 1720 : beaucoup de chrétiens furent jetés en prison et martyrisés, et il en fut encore ainsi dans la suite. Un jésuite allemand, Jean-Gaspard Kratz, fut
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décapité le 12 janvier 1737, avec trois confrères portugais, au moment où ils venaient de mettre le pied dans le pays. Le domiuicain François Gil de Fédéric, qui s'y trouvait depuis 1735, fut jeté dans une affreuse prison (3 août 1737); il y continua son office de missionnaire jusqu'à ce qu'il fût mis à mort avec le père Leziniana (1745). La persécution n'avait que de courts relâches.
Les prêtres indigènes, dignes disciples de leurs maîtres, rendaient d'éminents services. Lazaristes, dominicains, jésuites, prêtres séculiers, tous déployèrent dans ces temps difficiles une ardeur infatigable. En Cochinchiue, l'Église eut les mêmes destinées. Eu 1725, il s'y trouvait encore dix jésuites. Parmi les missionnaires, on distinguait surtout le père Borri. Beaucoup d'églises furent abattues, des milliers de chi'étiens torturés et mis à mort, sans qu'on parvînt à extirper la foi catholique. Le christianisme fut impurlé dans la péniusule de Corée par l'armée de Taikosama, empereur du Japon, qui s'en empara vers la un du seizième siècle. Le christianisme y fut encore cruellement persécuté sous ses successeurs et presque entièrement détruit. Un jeune Coréen, Li^ qui s'était converti à Pékin, evaugélisait depuis 1784 ses compatriotes avec beaucoup de succès en se servant des livres des chrétiens ; il ne tarda pas à être appuyé par des missionnaires. Mais, à partir de 1791, on commença d'emprisonner les nouveaux convertis, qui refusèrent, dans un enterrement, d'exposer les tableaux des ancêtres; plusieurs jeunes gens distingués furent mis à mort. Cependant il restait encore de nombreux chrétiens.
Marshall, I, p. 149 et suiv. ; de Montezoa d'Estève, Mission de la Cocliiuclime et du Tonkin, Paris, 1858 ; Pachtler, S. J., das Christenthura ia Tonkia und Cochiiichina, dem heutigen Aunamreiche (1630lb61), Paderb., 1862 ; U. Cerri, Etat présent de l'Église Rom. dans toutes les parties du monde, Amst., 1716 ; J. Koftler, llistorica Cochiuchinai descriptio m epit. redacta ab A. Eckard. éd. ; Chr. Murr, Norimb., 1863 ; iNeuer Weltbote, par Stœklein, Augsb., 1726, préface, 19 part.; Fr. UrtmanD,Lib. de vita et pretiosa morte V. P. J. Cap. Cratz (né à Golzheim, prèsde Düren, 1698) ac sociorum ejus Lusitan. e S. J. sac; Aug. Vind., 1770, die Kath. Missionen, 1874, n. 6, 7, p. 113 et suiv. ; Daillet, Hist. de l'ÉgUse de Corée, Paris, 1874, 2 vol.
Ceylan.
J61. Les succès furent également considérables dans l'île de Ceylan, où le sang des martyrs avait déjà coulé depuis 1546. Cette mission était représentée par des jésuites, des oratoriens et des franciscains. Pendant longtemps, les Hollandais suscitèrent les plus grands obstacles aux missionnaires, sans pouvoir gagner à leur croyance les Chingalais efféminés. Tant qu'ils gardèrent la prédominance, ils ne furent occupés que d'intérêts mercantiles. Les catholiques de l'île, les indigènes comme les descendants des Portugais, résistèrent à tous les moyens de séduction; en i717, ils avaient plus de quatre cents églises. En 1743 , les missions des Indes orientales étaient encore au nombre des plus florissantes; mais le manque de secours du côté de l'Europe, la persécution contre les jésuites les fit de plus en plus décliner à partir de 1755. Eu 1760, cent vingt-sept jésuites furent saisis par des ordres venus de Portugal, jetés en prison à Goa, embarqués sur des vaisseaux et déportés à Lisbonne. Plusieurs moururent pendant la route, d'autres languirent des années entières dans les prisons de Portugal.
Les païens des Indes furent de nouveau abandonnés à leur idolâtrie ; cependant il y resta encore des catholiques qui persévérèrent dans leur croyance et attestèrent éloquemment les services rendus par les missionnaires, qu'une politique infâme arrachait à leur sphère d'action. La plupart des jésuites non portugais furent libres de demeurer à leur poste, comme le père Andréa, homme de mérite, qui survécut encore à la restauration de son ordre (mort en 1819). Un décret du 30 septembre 1776 remit la plupart des missions des Indes orientales à la congrégation des Missions étrangères établie à Paris. L'évêque Brigot (mort en 1787) fonda à Pondichéry un collège destiné à former un clergé indigène.
0ÜVRÄ.GE3 A CONSULTER SDK LE N° 161.
Marshall, II, p. 1 et suiv. ; de Hafïel, Vollsteendiges Handbuch der neueatea Erdbeschreibung, Weimar, 1822, t. XIX, p. 769.
L'Afrique.
162. Mozambique, situé sur la côte sud-orientale de l'Afrique,
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avait un siège épiscopal, deux couvents et trois paroisses. Des co Ions portugais et plusieurs autres catlioliques résidaient à Sofaia, Quiloa et au Monomotapa. Il y avait des missions au Congo, en Angola etenßenguela, la plupart dirigées par les capucins, dont l'un, Zuchelli- Congo, convertit le roi de Segno, En 1766, des prêtres français fondèrent de nouvelles missions au Cacongo et auLoango; mais la plupart succombèrent à ce climat meurtrier. Le sol de l'Afrique, sur lequel semblait peser une sorte de malédiction , enleva également plusieurs missionnaires héroïques. Le jésuite Claude Sicard, ce grand apôtre de la foi, mourut au Caire, en Egypte, au service des pestiférés (1726). La plupart des évêchés d'Afrique étaient dans un état déplorable; nous citerons entre autres Saint- Paul de Loanda, pour Angola; Saint-Aicolas, dans les îles du Cap-Vert; Saint-Thomas, dans les mêmes îles ; Madeira et Terceira, dans les îles Canaries, qui appartenaient aux Espagnols.
Cavazzi da Montecuccolo, 0. Cap., Istorica descrizione de' regni di Congo, Matamba e Angola, e délie niissioni apost, esercitatevi da religiosi Capucini, Bologna, 1687, in-4° ; autres ouvrages ci-dessus, VII, § 336.
Li'A m é r i «1 a e .
Le Brésil.
163. Dans le Brésil, le noble et intelligent jésuite Antoido Vieyra, appelé le Cicéron de la Lusitanie, s'appliquait à la fois, comme un second Las Casas, à répandre les métiers et les arts et à prêcher l'Évangile. Il s'occupait, avec une prudente charité, à faire rendre la liberté aux indigènes et obtint de prodie:ieux succès comme supérieur de la mission de Maranhao (1652). Le Portugal avait décidé, en 16-47, l'affranchissement des Brésiliens ; Vieyra insista pour que cette déclaration devînt une vérité, fit personnellement des remontrances à Lisbonne contre UD décret de 1654 contraire à cette déclaration, et fit approuver son système en 1655 : les établissements indiens de Maranhao devaient être placés sous la direction des jésuites, et l'esclavage privé réduit à de certaines bornes. En 1661, les colons portugais, qui ne songeaient qu'à s'enrichir, se conjurèrent contre
lui, le firent maltraiter et déporter à Lisbonne sons de graves accusations. En 1662, le gouvernement portugais rétablit les collèges de l'ordre, mais sans leur rendre leur ancienne influence.
Lorsque l'évêque de Maranhao, Grégoire dos Anjos, dans une visite qu'il fit en 4679, eut constaté l'état déplorable des établissements libres des Indiens non dirigés par les jésuites et qu'il en eut fait un rapport, de concert avec le gouverneur général, don Pedro II défendit à ses gouverneurs de se dédommager de leurs services par des esclaves, abolit la servitude des Indiens et rendit aux jésuites la direction des affaires temporelles et spirituelles (1680). Vieyra assista donc au triomphe de ses idées (mort le 18 juillet 1697). Lui et ses compagnons avaient vaillamment combattu pour les faire prédominer, bien que des évêques se plaignissent que, par leurs scrupules exagérés, ils enlevassent à l'État des ressources considérables en argent et au peuple ses moyens de subsistance. Jean V prescrivit une enquête en 1734; les jésuites furent éloquemment justifiés, demandèrent et obtinrent la grâce de leurs accusateurs. Ce fut en 17oo seulement que le roi Joseph I" prononça l'abolition sans réserve de l'esclavage des Indiens. Les évêques, les jésuites, les capucins et autres religieux concoururent à l'exécution de cette ordonnance.
Mais ce fut précisément alors que Pombal porta son coup meurtrier aux progrès du christianisme et à la liberté des Indiens. Quatre cent vingt-huit jésuites ayant été brutalement enlevés, les Indiens, privés de leurs protecteurs, furent voués à une servitude plus dégradante que jamais, et le pays, naguère si florissant, tomba dans une décadence profonde, que rien ne put empêcher. D'autres congrégations s'intéressèrent encore aux Indiens, surtout celle de Saint-François, mais non plus avec la même énergie. Depuis 1676, le Brésil possédriit trois diocèses : Bahia (métropole), Fernambuco (Olinde), et Rio de Janeiro. Ce dernier, en 1746, fut divi.^é en cinq parties. Un quatrième, Saint-Louis, vint s'y joindre en 1G77.
Margraf (VI, § 247), p. 133 etsuiv., 160 ot suiv.; Marshall, III, p. 33 et iuiv., 60; Leo, Univ. -Gesch., IV, p. 36-38; Innoc. XI, const. 3, Pastoru-
Us, 16 nov., etc. Ad sacram, 22 nov. 1676 ; BulJ. R.,XI, p. 191-196. Sur la métropole et les deux suffragants, const. 20, du 29 sept. 1676 ; sur le diocèse de Saint-Louis, négociations à Rome, 1674 ; Reganti, in Reg. 22 Cane, n. 89,97, t. II, p. 319, 320. Collect. Lac, I, 847 ; Bened. XIV, 20 déc. 1741 et 6 déc. 1746 ; Bull. Bened., t. I, p. 44-46 ; t. II, p. 71-74, éd. Ven.
Les autres contrées de l'Amérique du Sud.
164. Les autres régions de TAmérique du Sud offraient absolument le même spectacle. Là aussi, les jésuites s'étaient employés en faveur de la liberté des Indiens et avaient obtenu des vice-rois, en 1690 et 1710, des décrets qui défendaient le commerce des Indiens. Les capucins travaillaient dans le même sens, et ce fut à leur instigation que le pape adressa un avertissement sévère aux évèques au sujet de la liberté et des droits des Indiens (1741). Là aussi, il y avait des conflits entre les réguliers, souvent poussés par un excès de zèle, et les évèques, trop jaloux de leurs droits : par exemple, entre les jésuites et les évèques Cardenas (1640) et Jean Palafox d'Angelopolis (1647). Le Saint-Siège eut souvent à intervenir et à se prononcer. Il décida, entre autres choses, que dans les Indes toutes les églises paroissiales des réguliers seraient soumises à la juridiction des évèques, ainsi que Benoît XIV le déclara expressément en 1746.
En 1750, à la suite d'un contrat d'échange, l'Espagne céda au Portugal sept districts du Paraguay contre la colonie du Saint-Sacrement; les habitants de ces districts furent forcés d'abandonner leurs foyers et d'aller se fixer au loin dans des régions incultes. Dans l'espoir décevant de trouver des mines de métal précieuses, on renversa cette république modèle, on traita les Indiens convertis avec une dureté impitoyable, et les jésuites avec la plus barbare ingratitude. Rien ne fut plus funeste à l'œuvre des conversions que la suppression de la Compagnie, qui s'était imposé là les plus grands sacrifices. Parmi les tribus sauvages qui habitaient au delà des monts péruviens, mais surtout parmi les Moxos, le père Cyprien Baraza avait travaillé pendant vingt-sept ans, jusqu'à l'époque de son martyre (1675-1702), et il en avait civilisé un grand nombre. Le père Decré convertit les Yaméos et autres tribus,
traduisit les manuels de la religion endix-huitidiomes indiens» et fit des catéchistes de ses meilleurs néophytes. Les jésuites de Quito (Equateur) s'employaient dans les missions .des Maynas. Le père Samuel Fritz (1686-1728) et Henri Richter (1688-1699) endurèrent le martyre.
Dans la nouvelle Grenade, où se trouvaient encore en 1723 une foules de tribus non converties, des jésuites allemands fondèrent les missions des Lhanos. En Bolivie, de 1690 à 1730, es missions de Chiquitos, dirigées par les jésuites, composées de sept réductions et de 600 familles, étaient florissantes. Dans l'archipel de Chiloé, les jésuites et les franciscains obtenaient depuis 1750 les meilleurs succès. Vers 1701, on y comptait 15,511 chrétiens. A Venezuela, en 1656, les franciscains fondèrent, sous la direction du père Jean de Mendoza, les missions des Piritu. Des capucins de l'Aragon, surtout Joseph de Cabrantes et François de Pampelune, convertirent aussi une foule de païens. Le sol de l'Amérique fut plus d'une fois arrosé du sang des martyrs. En 1690, Mascardi et Guillelmo, qui s'étaient presque avancés jusqu''à la frontière méridionale du continent américain, furent martyrisés par les Patagons.
Margraf, p. 158 et suiv. ; voirci-dessus, VII, p. 346. Kath. Missionen, 1876, p. 89 et suiv. Controverse des Jésuites avec Cardenas oX Palafox : Crétineau-Joly, Hist, de la Comp, de Jésus, III, 375 et seq. ; Prosp. Fagnanus, Com. in décrétai, c.Sane, 1. 1, tit. de off. et pot. jud.deleg., n. 18-69, p. 391-396 ; Pignatelli, Gonsult. can., t. X, cons. 95, p. 168- 173 ; Bened. XIV, 24 févr. 1766, sur la subordination des paroisses et couvents aux évêques, Bull. Bened., t. II, p. 1-3. éd. Ven.
Affermissement de l'ordre ecclésiastique dans l'Amérique
du Sud.
165. Cependant l'organisation religieuse avait fait aussi des progrès dans l'Amérique du Sud, soit par l'érection de quelques nouveaux évêchés et de la métropole de Guatemala (1742), soit par la création de nouveaux établissements d'instruction, parmi lesquels on remarquait celui qui fut fondé par le franciscain François de José en 1724 ; le collège d'Ocopa, dans le Pérou, signalé par Clément XIII, et celui des jésuites de Corde va. Des conciles provinciaux y avaient été célébrés,
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notamment à San ta-Fé- de-Bogota, Lima et Mexico (1770- 1774). L'archevêque de Mexico, François-Antoine de Lorenzana, produisit un bien considérable. Il parcourut son vaste diocèse, abolit une foule d'abus, favorisa les études, et créa une multitude d'œuvres pieuses et d'utilité publique. Dans le Brésil, le cinquième archevêque, Sébastien Monteiro da Vide, très versé dans le' droit, et soucieux d'établir l'ordre dans son diocèse (mort en 1722), en avait revisé les statuts, et les avait publiés en cinq hvres avec de longues instructions. Hors ces villes, on ne put ériger qu'un petit nombre de paroisses. La population indienne était le plus souvent divisée en districts de catéchèses, dans lesquels des prêtres séculiers et réguliers exerçaient la charge d'àmes. La politique espagnole et portugaise, en introduisant la contrebande, arrêta le progrès industriel des colonies, causa une foule de dommages matériels, et fut également funeste à l'Église sous tous les rapports.
Tejada y Ramiro, VI, 177,314; Gams, Neueste. K-G, II, p. 49 et suiv. ; Coll. Lac, I, 847 et seq. ; Freib. K. -Lexikon, Xll, p. 35 et suiv.
Cayenne, la Californie; l'Amérique du Nordj le Canada.
166. Deux dominicains avaient trouvé le martyre dans la Guyane en 1560, et plusieurs capucins de France en 1643. Deux jésuites eurent le même sort en 1644. A partir de 1664, au contraire, les jésuites obtinrent de grands avantages. En 1674, Grillet et Béchamel purent sortir de Cayenne et pénétrer dans l'intérieur du pays. En 1710, Aimé Lombard fonda à l'embouchure du fleuve Kouru la première église, et en 1733 il élevait de zélés néophytes. Arnaud d'Ayma et d'Ausillac convertirent plusieurs tribus sauvages. Depuis 1762, le gouvernement français essaya de colonieer le pays sans missionnaires, mais la plupart des colons eurent une fin misérable; les Indiens fuyaient devant eux, et toute la colonie se dispersa. On résolut plus tard d'y appeler trois jésuites qui avaient été chassés du Brésil ; les pauvres sauvages les accueillirent comme des envoyés de Dieu.
La péninsule de Californie fut évangélisée par les dominicains
(1683-1704), par les jésuites Salvariera et François Kühn (autrefois professeur de mathémaliques à Ingolstadt). Il fallut des efforts inouïs pour abolir peu à peu la pluralité des femmes parmi les nouveaux convertis et frayer les voies à la civilisation. Après la suppression des jésuites, les franciscains établirent avec beaucoup de peine, depuis 1769, des réductions d'Indiens dans la haute. Californie. Le père Junipère Serra de Majoria (né en 1713, mort en 1783) se couvrit de gloire.
Dans l'Amérique du Nord, où dominaient les protestants d'Angleterre, les jésuites, placés sous un préfet apostolique, soignaient avec les capucins la colonie française de la Louisiane (depuis 1723) ; ils durent agir avec beaucoup de prudence, car le fanatisme anghcan, surtout dans la Virginie, allait jusqu'à les menacer de la peine de mort. Une loi rendue à New- York en 1700 ordonnait de pendre tout prédicateur papiste qui entrerait volontairement dans la province ; elle fut fidèlement exécutée par le gouverneur lord Bellamont. Les catholiques n'obtinrent quelques libertés dans cette province que lorsqu'elle eut été détachée de l'Angleterre (1778).
En 1789, le nord de l'Amérique eut pour premier évêquo, à Baltimore, le jésuite John CaroU, qui fut sacré à Londres en 1790 et revint avec plusieurs prêtres français ; en 1791, il célébra son premier synode diocésain avec vingt-deux ecclésiastiques. Les États-Unis de l'Amérique du Nord avaient alors 18.000 catholiques, mais ce nombre alla constamment en augmentant. Les Indiens du Nord furent moins heureux que ceux du Sud: leurs tribus disparurent devant les protestants d'Angleterre, plus avides de conquérir leur pays que de les conquérir à Jésus-Christ; ils les habituaient à l'ivrognerie et à d'autres vices, les excitaient à des actes sanguinaires, et les poussaient à s'entre-tuer comme des bêtes féroces. Les missionnaires protestants, la plupart immoraux, ne songaient qu'à amasser promptement des richesses. Au Canada, l'évêché de Québec, fondé par Louis XIV en 1675, fut illustré par plusieurs évêques remarquables, et Ton voyait, parmi les Iroquois, naguère encore si sauvages, des personnes pieuses et saintes, telles que Catherine Taguklonita (née en 1056, morte en 1680), convertie par les missionnaires de Montréal ; elle fut un modèle de vie pénitente. Mais lorsque la France dut céder le Canada à
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TAnglcterro (1763), on alla jusqu'à appliquer aux catholiques les lois pénales de la mère patrie (1764). Cependant la crainte de provoquer à la révolte un peuple dévoué à sa foi amena bientôt des adoucissements commandés par la prudence, et l'Église catholique conserva un terrain solide chez les Canadiens.
De Montezon, Mission de Cayenne et de laGuyane française, 1857; Historyof British Guiana, by H, G. Daltou; Marshall, III, p. 76 et suiv.; Kath Missionen, 1873, nr. 4-6, p. 73 et suiv. ; Dancroft, Histoflhe United States, I, 427, 430 ; II, 787-835 ; IV, 79, 151 ; Tocqueville, de la Déirocratio en Amérique, III, 115 ; Mejer.Prop., I, p. 373 et suiv.; Marshall, III, p. III. p. 2, 11, 236 et suiv., 262 et suiv., 378, 306, 325 et »uiv. Sur Catherine Taguklonita : Lettres édifiantes, VI, 67, 97; Marshall, III, p. 297 et suiv.
LES MISSIONS PARMI LES CHRÉTIENS ORIENTAUX. Situation des chrétiens en Turquie.
167. En Turquie, dans le commencement du dix-huitième siècle, on voyait très souvent des Grecs et des Latins passer du christianisme à l'islamisme, et dans plusieurs provinces la population chrétienne diminuait sensiblement. Depuis 1711, la Russie s'intéressa vivement à ses coreligioimaires, surtout à ceux qui étaient d'origine slave, et elle obtint pour eux des avantages considérables ; la France et l'Autriche, au contraire, n'avaient que des droits de protection relativement à leurs sujets et à la visite des Lieux saints. Plus d'une fois les Latins avaient été menacés de voir les Lieux saints passer entièrement aux mains des schismatiques. A Jérusalem et ailleurs, es franciscains furent en butte à une infinité d'avanies et de vexations. Il y avait à Conslantinople et en d'autres villes de l'empire des Osmans dos jésuites missionnaires, qui étaient souvent eu querelle avec les protestants et les schismatiques, et faisaient cependant de nombreuses conversions, surtout parmi les Arméniens. Les Grecs schismatiques, qui avaientune influence politique considérable, obtinrent d'importants emplois dans l'État. Leur patriarche Samuel (1764-1780) fît établir un collège de conseillers (Gerusia), qui rendit la nomination
du patriarche moins dépendante de l'autorité de la Porte, mais qui ouvrait ainsi une libre carrière aux intrigues des premières familles grecques. Le haut clergé grec, en possession du pouvoir spirituel et temporel, devint, par suite des privilèges que lui accordait le sultan, l'adversaire décidé de la délivrance du peuple et l'instrument de son oppression.
Pichler, I, p. 437 etsuiv., 441, 515 et suiv.; Heineccii, Abbildung der alten und neuen griech. Kirche, Leipsig, 1711, I, p. 46, 137 et suiv.; Ubicini, la Turquie actuelle, Paris, 1855.
Les Gréco-Melchites.
168. Plus d'une fois déjà des patriarches grecs de Constantinople, d'Alexandrie et d'Antioche avaient paru disposés à se réunir à l'Église romaine et y avaient été encouragés par les papes, mais il n'y avait pas eu d'union eöective. Des résultats sérieux ne furent obtenus que dans le patriarcat d'Antioche, à la fin du dix-septième siècle. Euthyme, archevêque de Tyr et de Sidon, puis les patriarches Athanase et Cyrille, essayèrent de se faire reconnaître par le pape; mais ils n'y purent réussir, parce que la profession de foi qu'ils présentèrent était insuffisante. Lorsque le père Séraphin Tanas, ancien élève de la Propagande, eut été nommé par les melchites patriarche d'Antioche sous le nom de Cyrille III (1724), qu'il eut demandé sa confirmation à Rome et obtenu une approbation provisoire; lorsque, persécuté par le nouveau patriarche schismatique Sylvestre, il se vit obligé, avec dix évoques qui lui demeuraient fidèles, de s'enfuir dans le Liban, et donna ainsi des preuves de sa fermeté, Benoît XIV lui envoya le paUium (1744). On érigea pour les gréco-melchites le patriarcat d'Antioche, qui s'est depuis conservé.
Survint ensuite l'abdication du patriarche, qui ne fut pas approuvée, mais déclarée invalide par le Saint-Siège; un prêtre du nom d'Ignace Joar fut nommé son successeur. Clément XIII cassa cette élection (1760), se réserva de nommer le patriarche, choisitMaxime, archevêque d'Hiérapolis, et, après sa mort(1764), reconnut pour son successeur Théodose, archevêque de Béryte. Il invoqua le secours du pouvoir séculier contre l'usurpateur
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Ignace, qui s'obstinait à rester (1765). Après la mort de Théodose, Pie VI confirma (1789) Athanase Giohar, archevêque de Sidon, élu patriarche des gréco-melchites. Ces derniers possédaient deux congrégations de basiliens : 1° celle du Saint-Sauveur, que l'archevêque Euthyme avait fondée (1715) principalement pour l'éducation des jeunes clercs; 2° celle de Saint-Jean- Baptiste, à Sohair, établie dans le Liban vers 1700; elle reçut à Rome l'église de Sainte-Marie iyi Domnica, et fut souvent approuvée par les papes.
Actes consistoriaux sur Cyrille III, 1744 : Bull. Bened., 1. 1, app., p. 283, 286; const. 92, Dum nobiscum, Bull. Bened., t. I, p. 139; Bull., prop. III, 114-H6. En 1722, un synode de Stamboul avait essayé de prévenir les Antiochiens contre les plans de l'union en énumérant les « hérésies latines «, Asseman., Bibl. or., III, 639. Clément XIII, 1760, const. Quam cara, 157 ; Delatis, 158. Bull. Rom., Cont., II, p. 5 et seq. Bull., prop. IV, p. 31-43. Const. Non latet,ilQ2, ib., p. 61 et seq.; constit. nov., 1764-1765, ib., p. 86-97, 101-103. Pie VI, 30 mars 1789, ib., p. 209, 210. Sur les congrégations de moines, Clément XII, 14 sept. 1739, Bull, prop., t. II, append , p. 287-292. Benoît XIV, const. Demandatam, § 20, ib., t. III, p. 96-105; Clément XIII, 15 nov. 1762, ib., IV, p. 67-69.
Les Chaldéens.
169. Dans la province d'Amida, les missionnaires latins ayant ramené à l'Église une multitude de nestoriens, Innocent XI établit (1681) à Diarbékir un nouveau patriarcat chaldéen, dont les titulaires portaient le nom de Joseph. Joseph I" abdiqua en 1695, et se rendit à Rome, où il mourut; Joseph II Tel-Kepha (1696-1713) fut hautement loué par Clément XI (1712). Sous Clément XIV, le patriarche nestorien Mar Simon,' qui résidait dans le Kurdistan, s'adressa au Saint-Siège et se soumit à lui avec six évêques et 10,000 familles. Le pape le reconnut en 1771. La mission des dominicains de Mossoul {depuis 1750) fit de grands progrès sous le père Turriani (mort en 1767); lorsque le dernier des Élies y mourut en 1778, son neveu liormuzd Marhanna,qui désirait être reconnu patriarche chaldéen, se convertit également. Cependant, afin d'empêcher que cette dignité ne devînt héréditaire, et en considération de
Joseph VI, qui vivait encore et résidait à Diarbékir, le Saint- Siège ne lui accorda que le titre de métropolitain de Mossoul (1781). Sous Pie VI, plusieurs autres nestoriens rentrèrent dans le giron de l'Église catholique.
Bulifon, Letterememorabili, Pozzaoli, 1698, I, p. 62; Mejer, Prop.,I, p. 443 ; Moroni, Diz., IV, p. 5 ; Pichler, U, p. 429; Bickell, « Der kath. Orient », 2 août 1874, nr. 2, p. 13 et suiv. ; Theiner, Hist. du Ponlif. de Clém. XIV, t. Il, p. 80-82, 104. Epist. ac brevia Clem., p. 155, 157 ; Bull, prop., t. II, append., p. 242 et seq.
Les Syriens.
170. Les capucins opérèrent quelques conversions parmi les jacobites de Syrie, notamment celle d'André Achigian, évêque d'Alep (1650). Après sa mort, le patriarche Ignace de Diarbékir nomma à cet évèché un jacobite fanatique, qui persécuta les catholiques. Il fut renversé à l'instigation de l'ambassadeur de France. On parvint à élever sur le siège patriarcal Grégoire de Jérusalem, archevêque, et à lui donner un successeur également catholique. Mais les jacobites les persécutèrent et leur opposèrent des patriarches hérétiques, dont l'un, Georges de Mossoul, ou Ignace XVI, fit emmener à Adana Etienne et trois évêques chargés de chaînes. Les autres patriarches cathoüques eurent aussi beaucoup de peine à se soutenir en face des patriarches jacobites.
En 1781, après la mort du patriarche Grégoire III, violent persécuteur des catholiques, Denis-Michel Giarve, évêque cathoUque d'Alep, se rendit au siège patriarcal de Maidin, sur le conseil des catholiques de ce lieu, convertit quatre évêques jacobites, le clergé et plusieurs laïques de la ville. Il fut nommé plus tard patriarche des Syriens à l'unanimité. Lui et ses électeurs s'adressèrent au Saint-Siège, qui le confirma en 1783. De leur côté, les jacobites nommèrent un antipatriarche, et firent tant que Michel Giarve dut prendre la fuite. U fit l'acquisition d'un monastère (Sainte-Marie-la-Libératrice) dans le Liban, et Pie VI confirma cotte fondation en 1787. Le siège patriarcal du Liban demeura le refuge de la plupart des Orientaux unis à Rome.
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Bulifon, loc. cit., l, 64-67; Assem., Bibl. or., I, 6i4; II, 482; Le Quien, Or. chr., II, 1407 et seq. ; Paul Lucas, in Itinerario in Asia minori, II, p. 348 ; BenneUis, Vindic, t. IV, p. 44; BulL Prop., t. V, p. 23b-241, 301 et seq. ; t. II, append., p. 273 et seq.; Moi'oni, loc. cit., p. 7; Mejer, I, p. 441; Pichler, II, p. 495; Werner, Gesch. der apolog. lit.,111, p. 437.
Lies maronites.
471. Les Maronites possédaient dans Etienne II Edenensis (mort en 1704), auteur d'une chronique de ses prédécesseurs (1095-1699) un patriarche distingué, qui ût fleurir la foi catholique et prospérer les études. Mais la mésintelligence éclata sous Jacques il ; ses évoques le déposèrent en alléguant sa vie scandaleuse, le reléguèrent dans un couvent et lui donnèrent un successeur sous le nom de Joseph. Clément XI refusa de reconnaître celui-ci, dépêcha un légat qui réunit un nouveau synode et emmena avec lui le patriarche Jacques à Sidon. Déclaré innocent par la Propagande, Jacques fut rétabU dans sa charge en 1713. L'abbé du Liban, Gabriel Eva, qu'Etienne 11 avait autrefois envoyé à Rome et le pape eu Egypte, fut eu 1721 dépêché de Rome chez les Maronites eu qualité de légat, pour rétablir la concorde; il réussit, et Innocent XIII eu félicita le patriarche Jacques-Pierre ainsi que le peuple. Le patriarche Joseph IV et son synode demandèrent qu'on leur envoyât Joseph-Simon Assemani en qualité de légat aposto- Uque, pour tenir un concile national. Clément XII y consentit. Ce concile (1736) fut fréquenté par quatorze évêques maronites, deux évêques syriens, deux évêques arméniens et par une foule de prêtres ; il rendit plusieurs excellents décrets. Âlalheureusement des contestations surgirent sur plusieurs points entre le légat et le patriarche, et donnèrent lieu à de nombreuses plaintes adressées à Rome. Benoit XIV vida la controverse (1741) et conürma les décrets du concile.
Après la mort du patriarche Joseph IV, il y eut une double élection, et les deux partis demandèrent à Rome la confirmation de leur élu (postulant). Benoit XIV rejeta les deux nominations et donna le patriarcat (1743) à Simou Ëvodius, archevêque de Damas. Les Maronites se soumirent à sa décision. Le pape
donna le pallium à Évodius (1744), et félicita les Maronites de leur obéissance. Il envoya plus tard (1746) dans le Liban Désiré, gardien des franciscains, pour apaiser une querelle entre le patriarche et quatre de ses évêques. En 1756, Tobie de Gaza, archevêque de Chypre, fut régulièrement élu et préconisé en 1757.
Des disputes s'élevaient également parmi les moines maronites : les antoniens de Saint-Élisée, approuvés en 1732, et les antoniens de Saint-lsaïe, confirmés en 1740, formaient deux congrégations. Les premiers se partagèrent en baladites et en alepiens. Clément XI Y (1770) approuva ce partage et assigna des maisons distinctes aux deux fractions. Déjà en 1759, Clément XIII était obligé d'intervenir dans les disputes du patriarche Tobie et des moines : en 1762, il blàoia les premiers de l'accueil honorable qu'ils avaient fait à Ignace Joar, patriarche gréco-melchite intrus ; il donna au contraire de grands éloges à Joseph-Pierre, confirmé en 1767, pour son zèle à exécuter les décrets du concile national de 1736. Pie VI envoya en 1783 l'évêque Pierre de Moretta en qualité de visiteur apostolique pour apaiser de nouvelles dissensions, et se plaignit que ses ordonnances ne fussent pas observées. Il délégua plus tard (1787) en la même qualité Germain Adam, évêque melchite, pour tenir un synode.
Au patriarche Michel Fadel, élu en 1793, mais décédé avant d'avoir été reconnu, les huit évêques de la nation donnèrent pour successeur Philippe de Chypre, que Pie YI approuva en 1796. Il mourut en 1797 et fut remplacé par Pierre Thian, qui fut également confirmé. L'autorité du Saint-Siège opposait souvent une digue salutaire aux abus de la vie religieuse. Une certaine Anne Agemi , fondatrice d'une congrégation de religieuses du Saint-Cœur de Jésus, avait eu l'adresse de se faire rendre, même par quelques évêques, une sorte de culte fanatique, et propageait différentes erreurs. Benoît XIV ordonna (1748) de dissoudre sa congrégation, de la transférer, elle et les religieuses qui lui étaient attachées, dans d'autres couvents, do supprimer les livres qui traitaient de ses miracles et de sa sainteté.
Cependant le fanatisme ne disparut point, et Pie YI, qui qualifia Agémi d'hallucinée et de visionnaire, dont la sainteté
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n'était qu'apparente, fut encore obligé de procéder contre le patriarche Joseph-Pierre de Stéphanis, qui s'était déclaré en sa faveur. Il le suspendit, l'invita à rendre compte de sa conduite à Rome, et établit Michel, évèque de Césarée, vicaire patriarcal. La fête du Cœur de Jésus, introduite par le patriarche, et le jeûne qui l'accompagnait, furent déclarés non obligatoires, tandis qu'on recommanda la fête de la Conception et le rétablissement de l'abstinence le vendredi de la fête du Cœur de Jésus. Le patriarche donna des marques de repentir, reçut les décrets du pape et rétracta ses précédentes ordonnances. Pie VI le fit rétablir dans sa charge en 1784.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° il\.
Le patriarche Etienne II: Le Quien,Or. chr., III, p. 72, 73. ClémentXI: Bull. Glem. XI, 1723, p. 552 et seq. ; const. Etsi quotquot, 29 janvier; bref du {«""févr. 1721, à Gabriel Eve : Bull. Prep., append., 1. 1, p. 476- 499. Innocent XIII, const, Exultavimus, 12 ^fév. 1723, ib., t. II, p. 9 et seq. Concile national : Coll. Lac, t. Il, p. 75 el seq.; Bull. Beued. XIV, Rom., 1746, t. II, p. 76. >iouv. Mémoires des missions de la Comp, de J. dans le Levant, Paris, 1745, VIII, 868. Schnurrer, die Maron. Kii'che (Archiv für alte und neue K.-G. de Steendlin et de Tzschirner, Leipsig, 1813,1, p. 32 et suiv.). — Controverses sous Benoît XIV : Bull. Ben.,t.I, p. 113 et seq., 162 et seq., 254 et seq. ; t. IV, p. 260 et seq. ; Bull. Prop., III, 76-96, 129 et seq. ; t. II, append.. p. 115 et seq. ; append., t. II, p. 47, 53, 309 et seq. Clément XllI, 1759 : Bull. Prop., IV, p. 10. Clément XIV, 19 juillet 1770, ib., p. 126-130. Clément XUl, 5 mai 1762, ib., p. 61 et seq.; rescrits à Pierre-Joseph, 1768, ib., p. 111-114. Pie VI, 20oct. 1783 et 13 déc. 1787, ib., p. 194 et seq., 208 et seq. : Actes consistoriaux, 1796 et suiv., ib., p. 226-233, 247-234; Gull. Lac, II, 496 et seq.; Pichler,II, p. 549-552. Sur Angele Agemi, Bened. XIV, 4jan. 1738: Bull. Prop., append., t. II, p. 160-162. Décrets de la Propagande 25 juin 1779 el 29 sept. 1781. Pie VI, const. Apostolica Sollicitudo, H juillet 1779; Maximum nobis, 28 sept. 1784, ib., p. 253-262 279-287. '
Les Arméniens.
172. L'Église catholique comptait toujours dans son sein un grand nombre d'Arméniens. Le patriarche Jacques entreprit en 1662 le voyage de Rome avec vingt-cinq évêques. Tandis qu'il était en route et se trouvait à Constantinople, il sentit la mort approcher, et fit, en présence de l'archevêque latin, sa profession de foi catholique. Le pape Clément IX obtint en 1668 la promesse
YI. — HIST. DE l'église. 3Q
qu'à l'avenir on mêlerait de l'eau au vin du sacrifice, conformément aux prescriptions de l'Église romaine. Innocent XII s'intéressa beaucoup aux Arméniens. Le patriarche Nahabied lui avait témoigné son obéissance (1695), et s'était attiré de graves persécutions ; le pape l'exhorta à travailler de toutes ses forces au maintien de l'union religieuse, consola les prélats arméniens des souffrances de leur peuple , nomma archevêque d'Ancyre le carme Pierre-Paul, et l'envoya en Perse (1698). Paul y rendit plusieurs décrets en faveur des catholiques, et procura un rapprochement entre les hérétiques d'Arménie et le Saint-Siège.
Clément XI, peu de temps après son exaltation, envoya cinq missionnaires en Arménie et les recommanda au patriarche Nahabied (1701) ; et il amena son successeur Alexandre, dont les dispositions furent d'abord très hostiles, à l'assurer de son entière obéissance. En 1709, il recommanda au roi de Perse 'archevêque de Naxivan, Pierre Martyr de Parme, etjd'autres dominicains; en 1710, il envoya au patriarche Alexandre une profession de foi imprimée. Le même pape eut à se plaindre (1719) auprès du schah des mauvais traitements infligés en Perse aux missionnaires latins et aux Arméniens catholiques. Plus tard, Carabiet Ili, patriarche d'Etschmiazin, écrivit à Innocent XIII pour l'assurer de son obéisssance (1724); Jean, qui résidait à Constantinople, suivit son exemple (1741).
L'Arménie dut beaucoup à son compatriote, le prêtre Abraham, qui fut sacré évêque d'Alep, par Pierre, patriarche catholique de Sis (1701-1712), et forma une pieuse association de prêtres dans les montagnes du Liban. Après la mort de Lucas, patriarche de Sis, les catholiques arméniens le choisirent pour 8on successeur (novembre 1 740] . Il se rendit à Rome, et Benoît Xi V le confirma dans un coisistoire « patriarche de Cilicie et de la Petite- Asie ». Il prit le nom de Pierre, qui fut celui de tous ses successeurs. Un patriarche hérétique ayant été élu à Sis, Pierre l"' Abraham fixa son siège dans un monastère du Liban, où il mourut en 1749. Son successeur Jacques-Pierre II fut confirmé par Benoît XIV (1750), de même que Michel-Pierre III en 1754 (mort en 1780). Le quatrième et le cinquième le furent par Pie VI en 1781 et 1788. Un grand et magnifique couvent fut construit à Djommarpour servir de résidence au patriarche.
l'église CATHOLIQUE'. 46T
Le Quien, I^ 1415 ; Tschamtschean, H, 435 et seq. Lettres à Innocent Xr, 1682 et 1683 : Bulifon (§169), I, 51-55. Relation d'une mission faite nouvellement par Mgr l'archevêque d'Ancyre à Ispahan, Paris, 1702. Comp. Pichler, II, p. 465-475. Innocent XII, 6 juin 1698, au pèfe Simon de Siruaaet à l'évêq. Biaise : Bull. Prop., append., t. I, p. 349- 351. Clém. XI : Serpos, 1,392, 398; Tschamtschean, I, 398, 479, 488. Lit. d. d. iDJun. 1709, 15 mar. 1710, 18feb. 1119 :,Bull. Prop., append., t. I, 374, 394, 474. Patriarcat cathol. ëeCilicie : Bened. XIV, allocution du 13 juillet 1744, Bull. Bened., t. I, p. 290. Cf. de Syn. diœc, XIII, 15, 18. Allocution de Pie VI : Bull. Prop., IV, 188 et seq.;Mejer, Propag. I, p. 446, Rattinger, dans Laacher Stimmen, 1872, h. II, p. 35-37.
Congrégations de moines arméniens.
173. Il y avait encore parmi les Arméniens un grand nombre de moines fervents, qui appartenaient à l'ancien ordre des basiliens ou à l'ordre de Saint-Dominique. Deux nouvelles congrégations se formèrent. Pierre MéchiLar, deSebaste, dans la Petite- Arménie, né en 1676, converti parles jésuites, institua en 1700, à Galata, une école de missionnaires pour ses compatriotes. Chassé de là par le patriarche hérétique Avedick, il se rendit avec ses disciples à Modon, situé dans la Morée, qui appartenait alors à Venise, et y établit un couvent (1702). Clément XI confirma la congrégation (1711) et nomma Méchitar abbé. Eu 1715, quand la guerre éclata entre Venise et la Porte, Méchitar partit pour Venise avec onze disciples ; il en laissa soixante-dix à Modon. Après la destruction de Modon, il reçut pour ses frères la petite île de Saint-Lazare, près de Venise, travailla sans relâche à civiliser et à convertir ses compatriotes, et mourut en 1749, hautement vénéré par les siens.
Sous le second abbé général, Méliconien (1750-1800), il se forma à Trieste une seconde congrégation de méchitaristes, qui dans la suite se transféra à Vienne (1810). EUeétablit des imprimeries et des écoles, fonda plusieurs hospices, et envoya un grand nombre de prêtres dans les missions. Une autre congrégation, celle des antoniens, fut également une pépinière des méchitaristes. Pendant la violente persécution qui sévit en Orient au dix-septième siècle contre les Arméniens catholiques, Abram Atar Poresigh se retira au Liban avec deux prêtres et Jacques
i68 HISTOIRE DE l'ÉGLISÉ.
Hosepian (plus tard Pierre II), et érigea, sous la protection de l'ermite saint Antoine, le couvent de Saint-Sauveur, dont les membres s'obligeaient à servir dans les missions. Quelques-uns de ces religieux se rendirent à Rome pour perfectionner leur instruction. Leur abbé général, Grégoire Nipot, y fit l'acquisition du palais Cési, près du Vatican, qu'il transforma en couvent sous le vocable de Saint-Grégoire-l'llluminateur. Clément XIII approuva cette fondation, et des papes lui accordèrent plus tard des privilèges. Deux couvents d'antoniens continuèrent à subsister dans le Liban.
Moroni, Dizion., H, 224, 225 ; Mejer, I, p. 486 et suiv., 325 ; Illgen, Ztschr. für bist. Theol., 1841, p. 143-168; Augsb. Allg. Ztg„ 1874, Beil., nr. 144; H. Lœmmer, dans le récit de sa conversion, Misericordias Domini, Frib., 1861, p. 124 et suiv.; Ir. Gurter, Aus dem Leben des Aristaces Azaria, Vienne, 1855.
Les missionnaires chez les Arméniens.
174. Le Saint-Siège eut souvent à réprimer le zèle intempestif des missionnaires latins, qui dédaignaient le rite arménien, prétendaient gouverner le clergé oriental et soulevaient une infinité de querelles. Pie Yl interyint en 1783. Il y avait à Rome, pour l'ordination des Arméniens, un évêque catholique de ce rite, qui résidait dans l'hospice de Saint-Biaise ; le premier fut Grégoire, archevêque fugitif d'Edesse (mort en 1721). A Constantinople et dans les villes de l'empire turc, les jésuites, principalement le Suisse Cachod (1712), les frères Picard et Monier, convertirent plusieurs familles arméniennes. Dans la capitale de la Turquie, ils obtinrent un vicaire apostolique de leur rite, qui était placé sous le vicaire du patriarche latin. Plus tard, les dominicains eurent moins de succès, et Benoît XIV engagea leur chapitre général de Bologne (1748) à s'occuper de la province arménienne de Naxivan. Les catholiques d'Arménie formèrent un grand nombre de confesseurs et de martyrs, comme le prêtre Dorgumidas, martyrisé le 5 novembre 1707.
instruction pour les missionnaires latins : Serpos, II, 298 et seq.,
l'église catholique. 469
386 et seq. Évoques arméniens à Rome, t. Il, p. 293. Moroni, Benoît XIV au chapitre général 0. P. de Bologne, 10 avril 1748: Bull, Prop., append., t. II, p. 136-137. Missionnaires et saints : Lettres édifiantes, Mémoires du Levant, Lyon, 1819, I, 8 et seq., 14 et seq. ; II, 358 et seq.
Les Géorgiens.
175. La Géorgie (Ibérie) ne fut pas oubliée par les papes. Grégoire IX y avait envoyé le mineur Jacques de Rossano et d'autres frères de son ordre, en leur accordant divers privilèges, et les avait chaleureusement recommandés au prince (1233). Plus tard (1240), il y dépêcha plusienrsdominicains, qu'il recommanda également à la reine Rusuda et à son fils David. Innocent IV renouvela la mission (1254), et pria les évèques du pays de lui faire bon accueil. Au quatorzième siècle, la branche arménienne de l'ordre des prêcheurs opéra plusieurs conversions, et les papes, Jean XXII surtout, continuèrent leurs travaux, mais sans grand succès. En 1496, Alexandre VI s'adressa au roi Constantin, hii soumit les décrets d'union dressés par Eu- Eugène IV, et demanda la reconnaissance de la primauté. Cette démarche fut également infructueuse. Dans les embarras de la guerre avec les Turcs, le roi Vartanch implora l'assistance d'Innocent XIII (1722), et parla de se réunir à l'Église romaine.
La mission de Géorgie était alors dirigée par les capucins. En 1754, ils décidèrent le patriarche Jessé, fils d'un prince, d'accepter la doctrine de l'Eglise romaine et de reconnaître sa primauté. Jessé envoya sa profession de foi à Benoît XIV. Mais le prince Taimoras et son fils Héraclius réunirent (27 décembre 1755) un concile composé de deux archevêques, de vingt évêques et abbés, qui le destitua. Il fut exilé, ainsi que les capucins, auteurs de sa conversion. Le schisme prédominait dans le pays, à cause de l'influence de la Russie, à laquelle la Géorgie se rattacha définitivement en 1783. Son patriarche reçut la huitième place parmi les membres du saint-synode de Pétersbourg, et l'entrée du pays fut interdite aux missionnaires latins.
Grégoire IX, 11 avril 1233 et 13 janv. 1240 : Potthast, Reg., p. 783,
470 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
918. Innocent IV, 22 mars 124i- et 26 févr. 1254, ib., p. 961-12S4. Jean XXII, Enc. Rayn., n. 1318, n. 7. Alexandre VI, ib., an. 1496, n. 21 et seq. Lettre du roi Vai'tanch, 29 nov. 1722, dans Theiner, Monuments hist. relatifs aux règnes d'Alexis Michaelowitsch, FéodorlII et Pierre le Grand, Rome, 1839, p. 548; Pichler, I, 519 et suiv. Notices sur les capucins do Géorgie, dans les Annales Ord. Gapuc.,an. 1734 et seq. Jerem. a Bennettis, Privileg. S. Pétri vindic-iœ, p. II, t. IV, éd. Rom., 1758, p. 19-20. Relations avec la Russie :Martens, II, 442, 450.
lies Coptes et les Ahyssiniens.
176. Chez les Coptes aussi les papes avaient fait des tentatives de conversion, principalement Pie IV, Grégoire Xllf, Sixte- Quint, Clément VIII et Urbain VIII. Ils obtinrent des patriarches Gabriel II (1593) et Matthieu (1637) quelques déclarations d'assentiment purement transitoires. Les franciscains et les capucins poursuivirent leurs travaux en Egypte. En 1697, Innocent XII engagea Jean, patriarche copte d'Alexandrie, qu'on lui avait dit favorable à la réunion, à se rattacher à l'Église romaine : ce fut eu vain. Sous Benoît XIV, au contraire, plusieurs Coptes se convertirent dans la haute et basse Egypte. En 1741, le pape les plaça sous l'évèque copte de Jérusalem, et établit des congrégations spéciales 'pour résoudre différents doutes concernant leurs rites. Dans la suite ils furent de nouveau placés sous la direction des franciscains. Pie VI érigea en 1781 le vicariat apostolique du Caire.
Quelques missionnaires continuaient de pénétrer enAbyssinie, la plupart à titre de médecins et sous la protection delà France. En 1702, Clément XI y envoya le maronite Gabriel, et en 170i le franciscain Joseph de Jérusalem ; puis, en 1711, trois autres franciscains. L'empereur Oustas (1709-1711) leur permit d'enseigner et d'administrer les sacrements en secret ; mais, à la suite d'une insurrection des moines (1707), ils furent mis à mort par l'empereur David IV.
Plusieurs autres mesures furent prises contre les missionnaires latins. Jean, patriarche copte, qui occupa quarante-trois ans le siège d'Alexandrie, était partisan delà réunion, protégeait les catholiques et favorisait leurs intérêts. ClémentXII, qui lui envoya un franciscain (1736), lui adressa des éloges. Ce fut en i751 seulement que trois franciscains pénétrèrent de nouveau
l'église catholique. 47i
en Ethiopie; mais il leur fallut céder devant la colère des moines, malgré la protection de l'empereur (1754). Clément XI s'intéressa aux quelques Abyssiniens convertis, et assigna (1721) à leur nation l'hôpital de Saint-Étienne, près du Vatican. En 1761, Clément XIII approuva les règles des antoniens du rite copte.
Thomassin, 1. I, c. xxv, n. 1,2 ; Baron., Ann., t. VI, append., p. 697- 707 ; Rayn., an. 1560, u. 77; Sachini, Hist. Soc. Jesu., Colon., 1621, p. II, lib. V, p. 259 et seq., 334, 34b ; Thomas a Jesu, Thesaur., lib. VI, c. VI, p. 361; L. Allât., de Eccl. Occid. et Or. perp. consensu,p. 1002; Bened. XIV, const. Eo quamvis. 4 mai 1745, Bull. Bened., I, p. 228, § 1 ; J. S. Assemani, deila Nazione de' Copti e délia Validita del sacr. deir Ordine presso loro, 1733, dans Mai, N. C, V, ii, p. 171-237; Fichier, II, p. 514-516 ; Innocent XII, 16 mars 1697, Cum ex brevibus, Bull. Prop., append., t. I, p. S48; Benoît XIV, const. d:i 4 août 1741,
4 mai 1743, 19 juin 1750; Bull. Propag., III, p. 2 et seq., 188-209, 267- 273 ; .Mejer, Propaganda, I, p. 445. — Lobo, Voyage d'Abyssinie, p. 359 et seq. (cf. p. 307, 465, 470, 474 et seq.j ; Bruce, Voyage, II, 564, 567,
5 71, 620, 629 et seq. ; Le Quien, II, 668. Clément XI, 8 mars 1704, Régi iEthiop. : Bullar. Propag., appendix, t. I, p. 364 et seq. Clément XII, 5 oct. 1732; Joh. Patr. Copt. et P. Angelico a Carolo, 0. S. F.,eod.d., ib., append., t. II, p. 61-63. Mission de 1751-1754 : Sait, A voyage to Abessinie, Lond., 1814, append., n. 3, p. xxix et seq. ; Marshall, II, p. 361; Pichler, II, p. 525-527. Const. Alias postquam, 15 janv. 1721, Bull. Prop., II, 71-74; const. Ecclesise catholicœ, 19 déc. 1701, ib., append., t. II, p. 229-231, de Constitut. monachorum S. Antonii abbatis ritus coptici.
Les Ruthènes et les Hongrois.
177. Les Ruthènes du nord de la Hongrie, considérablement renforcés du côté de la Pologne, avaient pour centre le couvent basilien de Saint-Nicolas, près de Manthaco, fondé en 1360 ; ils furent longtemps attachés au schisnie grec. En 1591 seulement, la conversion de leurs compatriotes de Pologne les rapprocha de l'unité catholique. Mais en 1627, Gabriel Bethlen, prince de Transylvanie, ennemi do Rome, maître depuis 1529 de sept comtats dans le nord de la Hongrie, nomma évêque de Munkacs le schismatique Jean Grégorovius; son successeur, Basile Tarassovics, élu en 1623, se fit consacrer en Moldavie
par l'archevêque schismatiqne ; il entra dans l'union en l64i, et fut pour ce motif enfermé dans une étroite prison par le prince George Racoczy.
L'empereur Ferdinand III s'employa activement en sa faveur, et lorsque Basile eut été une seconde fois privé de sa place, il lui donna une résidence assurée et une rente annuelle. Le successeur de George désigné par celui-ci avant de mourir, Pierre Parthénius, exprimadansle concile national de Tyrnau, en présence du primat Lippai, le désir do voir rétablir l'union. Ce fut le 24 avril 1551, au château de Uunghvar. Cependant Parthénius se fit sacrer (4651) dans la Transylvanie par trois prélats schismatiques; mais il reconnut bientôt sa faute, et pria le primat Lippai de lui venir en aide. Lippai demanda à Innocent XI de suppléer les défauts de son ordination, de lever les censures et de confirmer l'évêque ruthène.
AlexandreVIII agréa cette demande (1655), et l'empereur Léo' pold P' lui accorda un diplôme (1659). Près de quatre cents ecclésiastiques ruthéniens lui prêtèrent obéissance. Cependant il y avait encore à Munkacs un évêque schismatiqne. En 1689, le cardinal de Colonies emmena avec lui de Rome, en qualité de missionnaire, l'évêque de Sébaste, Jean-Joseph de Camillis, Grec d'origine, le fit installer évêque des Ruthènes (1690), le chargea de faire exécuter les décrets d'union dans plusieurs synodes, obtint de l'empereur en 1692 un mandat en faveur de l'immunité et de l'égalité du rite ruthénien avec le rite latin. L'évêque Camillis (1705), Joseph Hodermarsky, zélé pour la réunion, fut consacré, puis confirmé par l'empereur Joseph 1°'' (107), mais rejeté par le pape, parce qu'il avait autrefois versé le sang dans des combats. 11 se démit donc en 1717et ne gardaque l'abbaye de Saint-Nicolas. Les évêquesd'Erlau considéraient comme dépendant de leurs sièges les évêqnes établis à Munkacs, sans diocèse proprement dit et sans juridiction : cela amena une foule de querelles. L'impératrice Marie-Thérèse obtint de Clément XIV (1771) l'érection à Munkacs d'un évêché uni, qni comptait 839 églises et 676 paroisses, nouveau renfort pour l'œuvre de l'union. Des ordonnances impériales sévères furent rendues en 1720 contre l'oppression des familles sacerdotales ruthéniennes, que les possesseurs de domaines traitaient comme des serfs.
l'église catholique. 473
Jos. Fiedler, Beitrsege zur Gesch. der Union der Ruthenen in Nord- Ungarn und der Immunitœt des Clerus derselben (Separatabdruck aus den Sitzungsberichten der phil.-hist. Classe der k. k. Akad. der Wiss., t. XXXIX, p. 481 et suiv.), Vienne, 1862, avec 13 documents; Pichler, II, p. 127 et suiv. Érection de l'évèché de Munkacs, Clem. XIV/ 19 sept. 1771 : Bull. Rom. Cont., t. IV, p. ISO.
Les Grecs de Slavonie.
178. Parmi les Grecs de Slavonie, qui habitaient entre le Danube et la Drave, Jean Reich, supérieur du couvent d'Orahovico, promit en 1689, pour lui-même et pour seize paroisses qui lui étaient soumises, d'adhérer à l'union ; il se mit en rapport avec le conseiller de la cour, TuUius Nuglis de Prumberg, et avec les jésuites de cinq églises, et accomplit solennellement sa promesse en 1690. Le prieur du couvent do Saint- Michel, à Graboza, fut établi visiteur; le prieur Neich reçut de l'empereur le titre d'évêque; renseignement des aspirants à l'état ecclésiastique, avec la faculté de prêcher librement dans les églises grecques, fut assuré aux jésuites. Mais comme l'empereur garantissait à tous les chrétiens d'Orient le libre exercice de leur culte, et que les Grecs, ennemis de la Hongrie et des pays voisins, n'attendaient pas d'autre avantage de l'union, ceux-ci persévérèrent pour la plupart dans l'ancien schisme.
J. Fiedler, die Union der in Ungarn zwischen der Donau und der Drau wohnenden Bekenner des Gr. orient. Glaubens (livraison de novembre il861 des Sitzungsberichte der phil.-hist. Classe der k. k Akad. der Wiss., t. XXXVIII, p. 284 et suiv., imprimé à part). Vienne, 1862, avec six documents; Pichler, II, p. 129 et suiv.
Les Ruthènes en Transylvanie.
179. En Transylvanie, les princes indigènes, attachés au protestantisme, avaient presque entièrement étouffé la religion catholique, et n'avaient accordé quelques adoucissements qu'aux popes des Valaques schismatiques, qui étaient les serfs de leurs possesseurs de domaines. En 1688, quand le pays tomba sous
la domination de l'Autriche, on lui accorda l'entière liberté des cultes et l'on reconnut tous ses privilèges, on essaya d'y restaurer le catholicisme et de procurer l'union des Grecs. Le cardinal Leopold deBoloniès se servit pour celades missionnaires jésuites de la province de Dacie, parmi lesquels les pères Hevenes et Barangi,ce dernier curé de la ville de We\ssGnl)urg{AlbaJuUa), déployèrent une activité infatigable. Ils réussirent auprès de Théophile, évêque valaque, qui signa l'acte de réunion avec douze archidiacres (mars 1697). Les Grecs unis, ayant accepté les dogmes de la procession du Saint-Esprit, du purgatoire, de la primauté, et de la validité de la consécration avec du pain non fermenté, furent replacés sur le même pied que le clergé catholique romain. Athanase, successeur de Théophile, souscrivit également à la réunion (1678), que Leopold I" confirma en 1699. Seulement, le peuple valaque était trop peu instruit : le manque d'écoles se faisait vivement sentir, et les Grecs unis étaient encore souvent persécutés. Un statut impérial du 19 mars 1701, rendu sur les instances du primat Colonies, essaya de remédier à ces inconvénients. A la demande de Charles VI, Innocent XIII fonda en 1721 l'évôché de Fogaras pour le rite grec.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° i79.
Fiedler, die Union der Walachen in Siebenbiirgen unter K. Leopold I (livraison de mai 1858 des Stizungsberichte der phil.-hist. Classe der k. k. Akad. der Wiss., t. XXVII, p. 3S6 et suiv.), Vienne, 1858, avec treize supplém.; Pichler, II, p. 130. Évéché de Fogaras : const. Rationi congruit, 1721, Bull. Prop., append.. Il, p. 3-6.
Luttes en Pologne.
180. Les Grecs unis de Pologne avaient adopté depuis 1617 différents livres conformes ou à peu près à ceux des Latins. L'orgueil national eu fdt souvent froissé, et les papes se donnèrent toutes les peines du monde pour maintenir à la fois la pureté et la distinction des anciens rites grecs et pour convaincre les esprits de la conformité des Grecs unis avec les catholiques latins.Le concile de Zamoïsk.teim en 1720, sous la présidence du nonce Jérôme Grimaldi, archevêque d'Édesse, et du métropoUtain Léon Kiszka, rendit plusieurs décrets importants, confirma le
l'église catholique. 478
rite greo, décida l'introduction de la Fête-Dieu et la réunion de tous les couvents basiliens au moyen d'un chapitre général. Ce chapitre, tenu en 4739, décida qu'il n'y aurait que deux congrégations, la congrégation lithuanienne de la Sainte-Trinité et la congrégation polonaise-russe de la Sainte-Vierge. Plusieurs questions soulevées à ce sujet furent éclaircies par Benoit XIV en 1742. Ce pape soumit (1755) les archimandrites à la juridiction immédiate des protoarchimandrites, délia les basihens du quatrième vœu qu'ils faisaient de ne pas accepter des évêchés et des abbayes sans l'agrément de leurs supérieurs, et leur permit de se charger des paroisses à défaut de prêtres séculiers (1756). Mais il fallut en même temps leur inculquer l'obéissance aux évêques, et dans la suite encore blâmer plus d'un abus.
Plusieurs basiliens ayant dégénéré, on leur refusa plus tard des paroisses. Un grand nombre, dans l'espoir d'obtenir de meilleurs bénéfices, passèrent au rite latin ; mais les papes, notamment Benoît XIV, mirent à ce passage des conditions difficiles. Les catholiques grecs et les catholiques latins étaient souvent en dispute, malgré les recommandations qui leur étaient faites dans les constitutions des papes de s'aider mutuellement. Depuis la réunion de la Lithuanie et d'une portion de la Pologne à la Bussie,la plupartdes Unis furent, contrairement aux traités, amenés au schisme par la séduction, la violence ou la ruse. On voulait en faire des Russes, et l'on bouleversa ainsi complètement l'œuvre de l'union. Russes ou Latins, il n'y avait pas d'autre alternative pour les Unis. Ils furent placés sous l'archevêque de Polozk, qui travailla dans le sens de Catherine II et opprima les autres sièges épiscopaux.
Syn. provinc. Ruthenoriim hab. in civ. Zaïnosc, Rom., 1724 : Coll. Lac, l, II, p. { et seq. Bencd. XIV, const. Elsi duhilùre, 66; Jnter plures, § 3; Demandatam, 1743 : Bull. Bened., t. I, p. 97, 155, 294; Bull. Prop., III, p. 72 et seq.; con?t.. Super familium et Inclytum .' Bull. Bened., t. IV, p. 179 et seq., 40 et seq.; Bull. Prop., III, 438 et seq. 298 et seq. Clément XIV, 1773, Bull. Prop., IV, 149; Archiv für kath. K.-R., Vil, p. 339; VIII, p. 77 et suiv., 91, 94; Pichler, II, p. 213 et suiv., 213 et suiv.