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LES PROTESTANTS ET LES CATHOLIQUES DANS LES DIFFÉRENTS PAYS

En Allemagne.

Situation des pays protestants. — Le gouvernement ecclésiaslique. — Le système collégial.

189. Le protestantisme savait partout mettre à profit la puis sance qu'il avait acquise, quand même il ne régnait pas on maître absolu, comme en Angleterre, en Hollande et dans les royaumes Scandinaves. En Allemagne, les délégués des princes protestants établirent à la diète permanente de Ratisbonne (depuis 1G63) le « corps » des Évangiles, pour veiller au maintien des droits garantis. Dans les diverses Églises de province, les princes continuaient de gouverner à leur fantaisie; leurs consistoires, leurs ministres exerçaient les attributions essentielles de la puissance spirituelle, quelquefois avec la participation des synodes et des États, qui déclinaient de plus en plus. Quand le système épiscopal fut à peu près tombé et ne compta presque plus d'adhérents, le système territorial, surtout celui de Reinking, Puffendorf, Thomasius , devint prédominant. Cependant il restait toujours un parti théologi(]ue qui, partant de prémisses catholiques , revendiquait l'indépendance religieuse.

En 17i9, Pfaff, chancelier de Tubingue, établit ce qu'on appela le système collégial : l'Église, d'après ce système, était considérée comme une corporation, une société indépendante,

dont l'autorité suprême n'avait passé aux souverains du pays que par un accord préalable conclu avec la commune et que celle-ci pouvait révoquer. Cette fiction, contraire à l'histoire du protestantisme, ne pouvait prévaloir dans la pratique, et les princes maintinrent leur suprématie épiscopale. Du reste, le mouvement général des esprits favorisait alors la toute-puissance des souverains, et les magistrats des villes travaillaient, comme les princes, à l'agrandissement de leur autorité.

Gieseler, K.-G., t. IV, éd. Redepenninp:, Ronn, 1857 (1648-1814). Hagenbach, Gesch. des 18 und 17 Fahrh., 2^ éd., Leipzig 1848 etsuiv.; Baur, K.-G. des 18 Jahrh., t. IV, p. 572 et suiv.; Dorner, Gesc. der prot, Theol., p. 519 et suiv. D'après le système épiscopal et territorial (voy. Bœhmer, Principia jur. can., éd. VIII, Gœtting., 1802, § 43 ; Stephani, de Jurisdictione, Francof., 1611; Chr. Thomasius, vom Rechte Evangel. Fürsten in Mitteldingen, Halle, 169ö; Vindiciee juris majest. circa sacra, ibid., 1699; Mejer, Propag., II, p. 163 et suiv. On adopta le système collégial de Pfaff (le même, de Originibus juris eccles. veraque ejusdem indole, Tiibing., 1719, in-4<', nov. ed., 1720, cum diss. de successione episcopali, nov. 1736). De tribus system. doct. de jure Sacr. dirigend. (Observ. jur.,ed. Hal., 1783); Abhandlung der mahren Gründe des prot. K.-R., Halle, 1783; Stahl, die K.-Verf. nach Lehre und Recht der Protestanten, Erlangen, 1840; Puchta, Einleitung in das Recht der Kirche, Leipzig, 1840; Richter, Gesch. der Evang. K.-Verf. in Deutschland, Leipzig, 1851. On continua de suivre Reinking, de Regim. saacul.et ecc, 1619. Pufendorf, dellabitu relig. christ, ad vitam civil., 1687; Bœhmer, Prœloqu. injuseccl. prot., V, p. 17, e^. 1744, Voy, encore Beidtel, das Canon. Recht, p. 150 et suiv.; Ilist.-pol. RL, t.VI, p, 596 et suiv.

Influence du droit romain,

190. Une bonne part de ces résultats doit être attribuée au droit romain, qui était alors cultivé par de ; hommes d'État et entrait de plus en plus dans la vie pratique. Le droit romain supplanta progressivement les anciens droits des peuples, et ouvrit une large carrière à l'oppression des sujets^ aux convoitises de la cupidité, à l'usure et à l'appauvrissemjnt du pays par le fisc. L'ancienne Église avait restreint l'étude du droit romain, et les décrétistes qui avaient demandé en 1562 do l'enseigner à l'université de Paris ne furent exaucés qu'en

1568. A Vienne et à Prague le droit romain ne servait guère que pour l'explication du droit canon. Au dix-huitième siècle, au contraire, nous le voyons essayer de reléguer le droit canonique dans l'ombre et prendre une telle extension, que le protestant Christian Thomasius (1655-1728) déplorait amèrement le désordre que la souveraineté absolue introduisait dans la jurisprudence allemande.

Le peuple perdit la notion du droit ; les procès traînèrent en longueur à force de subtihtés, la torture se généralisa, et l'esprit du pagnisme remplaça insensiblement l'esprit chrétien. Les juristes, observant à la lettre les prescriptions touchant les maléfices, les appliquaient aux sorciers avec une cruauté barbare, même après que Rome eut apporté des adoucissements à la procédure et que l'opinion de Spée eut été largement répandue parmi les catholiques. A Leipsig, Benoît Carpzon^ appelé le législateur de la Saxe (mort en 1666), soutenait qu'on devait infliger la peine des criminels aux magiciens, et même à ceux qui niaient la réalité des pactes démoniaques etl'existence des sorciers. Un professeur d'Iéna, Jean Bendi Polt, publia en 1689 un ouvrage sur l'alliance des sorciers avec le démon. Ce ne fut que plus tard que Thomasius s'éleva contre ces absurdités. Les procès de sorciers n'étaient pas moins fréqeunts dans l'Allemagne protestante que dans l'Allemagne caiholique, et en 1783 on brûlait encore une sorcière dans le canton protestant de Glaris.

Wachsmuth, Europ. Sittengeschichte, IV, p. i3l, 166; Wigand, Denkwürdigkeit für die st. u. Rechtsmissenschaft, i85i, p. 188; D. Stobbe, Gesch. der deutschen Rechtsquellen, Braunschmeig, 1860, 1, p. 617 et suiv. ;II, p. 137, 209, 222, 609, 654. Dr. Melchior von Osse's Testament, ed. Thomasius, Halle, 1717, p. 45. HonoriusIII défendit (c. xxviii de Privil., V, 33; cf. Savigny, Ztschr., t. VIII, H. 2) d'enseigner le droit romain à Paris, et Innocent IV essaya en 1254 de faire rendre la même défense en d'autres pays. Matth. Paris , Add., p. 124; Bulœus, Hisl. Univ. Par., III, 96, 265 et seq. Cf. Walter, K.-R., § 347, p. 613; Phillips, Lehrb., I, p. 688. Résistancede la Sorbonne : Bulseus, loc. cit.; du Plessis d'Arg., II, I, p. 334. Voy. Tomet, Gesch. der Prager Univ., p. 45 ; Kink, Gesch. der Wiener Univ., I, p. 101 ; Aschbach, Gesch. der Wiener Univ., p. 303. Jusqu'au milieu du xv» siècle, le droit romain

LE SCfflSME RUSSE ET LE PROTESTANTISME. 491

n'avait pris racine que dans des sphères très restreintes, et presque nulle part an détriment du droit indigène, Voy. Sybels histor. Ztschr., 186Ö, XIII, p. 490, 492. — Pott, De nefando Lamiarum cum diabolo coitu, 4689; Thomasius, Diss. de crimine mag., 1701; de Origine et Progr. process. Inqu. contra Sagas, 1712; Zur Gesch. des Aberglaubens (lUgens Ztschr. für bist. Theol., 1841, p. 181 et suiv.); Menzel, Neuere Gesch. der Deutschen, VIII, p. 59 et suiv.; B. Carpzov., Practica nova rerum eriminal, 1635. Cf., sur les Glück, Prœcognita jur. eccl., 1786, p. 206. — Luden, Thomasius nach seinen Schicksalen und seinen Schristen, Berlin, 1803 ; Wilhem, Herenprocesse aus dem 1 Jahrb., Hannovre, 1877; Rapp (VII, § 407) rite, p. 74, 70, HO. Jérôme Tartarotli, mort en 1761 à Roveredo, et le théatin Ferdinand Sterzinger, à Munich, mort en 1786, comme adversaires catholiq. des procès de sorciers ; Jean Kuen se rattache à eux (Westermeyer, Feuill. histor. et polit., t. LXXIV, livrais. 1). En Autriche, Marie-Thérèse mit fin à ces procès par ordonnance du 5 novembre 1766 (Rapp, p. 41).

La tyrannie des princes.

191. Rien ne contribua autant à raffermissement de l'absolutisme des princes que le droit romain ; il détruisit la liberté de la noblesse indigène et l'autonomie des Etats, consomma l'asservissement des paysans, qui se virent plus d'une fois réduits à la condition des serfs, comme dans le Mecklembourg et en Poméranie. L'émigration leur était défendue, même avec menace de mort. On ne rougissait pas de leur appliquer les maximes du droit romain sur l'esclavage. Dans le Brunswick et le Hanovre, le droit romain fut substitué à l'Etat et aux pouvoirs municipaux, que l'on remplaça par des autorités gouvernementales , des gentilshommes habitués au service de la cour, et des prédicateurs complètement dépendants du gouvernement. Dans le Brandebourg, la noblesse était avec le prince la seule puissance du pays. Les diètes cessèrent depuis Frédéric-Guillaume 1" (1640-1688), les impôts furent perçus militairement et les paysans réduits à l'état de serfs,

Frédéric I", amoureux du faste, continua le régime de l'absolutisme; Frédéric-Guillaume I" (1713-1740) le surpassa encore et régna en despote capricieux, forçant les juges à coups de rondin de modifier leurs sentences, et, quoique calviniste lui-même, tyrannisant l'Église luthérienne en sa qualité de premier évêque. Frédéric II, despote hbre-penseur, écrasa le

peuple au profit de ses rêves d'ambition, permit à la fois la liberté religieuse et le mépris absolu de toute religion. Son règne fut le triomphe du despotisme militaire. Partout, même dans la Saxe électorale, dans la Hesse, dans le Wurtemberg, on spoliait le peuple pour satisfaire aux caprices des princes, des favoris et des maîtresses.

Tandis que l'Angleterre, conservant son ancien droit germanique en face du droit romain, sauvegardait, dans les vicissitudes les plus diverses, l'essentiel de la liberté civile, l'Allemagne l'anéantissait tout entière. Toutes les propositions en faveur de la dignité et de la liberté de l'Église furent repoussées comme des usurpations ecclésiastiques; l'Église n'était plus qu'un établissement de police; sa fortune recevait un emploi arbitraire, et la presse, bâillonnée, était soumise à la plus sévère censure. Il était défendu aux savants de penser autrement que les princes et leurs ministres, d'avoir aucune compassion des soufTrances qu'entraînait pour les classes inférieures la suppression du droit germanique et du droit canon. Le travail n'était plus apprécié par le côté où il affranchit l'homme et le moralise ; les corporations étaient amoindries, la souveraineté du capital en honneur; l'indigence et la misère remplacèrent le bien-être qui régnait au moyen âge parmi les ouvriers et les labouieurs, l'égoïsme envahit le trône.

L'État, obhgé de se charger du soin des pauvres, ainsi qu'il le fit d'abord en Angleterre, à cause de la multiplicité des besoins et des périls que les mendiants vagabonds faisaient courir à la sécurité publique, ne rendit que peu de services comparativement à ce qui s'était vu au moyen âge, à ce que faisaient l'Itahe et l'Espagne, où il existait une multitude d'hôpitaux et de fondations pour les pauvres, de confréries vouées aux œuvres de charité ; où l'on rencontrait des avocats des pauvres, des confraternités pour le soutien des prisonniers indigents et honteux, pour la sépulture des malheureux, pour la dotation des jeunes filles sans ressources ; où les couvents exerçaient l'hospitalité et la bienfaisance sur la plus vaste échelle. Sur ce point encore, les pays catholiques l'emportaient de beaucoup. Dans les pays protestants de l'Allemagne, on voyait bien encore quelques individus s''enrichir; mais la masse était livrée à la plus cruelle détresse, et peu de personnes consentaient à s'imposer dos sacriüces pour la soulager.

OUVRAGES A CONSULTER SUn LE N° 191.

Leo, Univ. -Gesch., III, p. 208 (3° éd.); Menzel, V, p. 5 et suif.; Boll., Gesch. Mecklenb. Neubrandenburg, 1855, I, p. 332 et suiv.; II, p. 142 et suiv., 147 et suiv., 569. Franke, Altes und neues Mecklenburg, 1, p. 102; Barthold, Gesch. von Pommern, IV, 2, p. 259,297 et suiv., 365; Arndt, Gesch. der Leibeigenschast in Pemmern. und Kügen, 1803, p. 143, 159, 211 ; Spittler, Gesch. von Hannover, l, p. 347, 380 et suiv.; Havemann, Gesch. der Lande Braunschw. und Lüneb., 1855,11, p. 479, 515; III, p. 112, 172. Steuzel, Gesch. des preusz. Staates, I, p. 347,359; II, p. 456; III, p. 196 et suiv., 474;GaIlas, Gesch. der Mark ßrandenb., II, p. 94; Morgenstern, ueber Friedrich Wilhelm den Ersten, Braunschw., 1793, p. 140; Friedrich Wilhelm I, l. II, p. 202 ; Dœllinger, Kirche und Kirchen, p. 108-122 (ibid., p. 139. Sur le droit germanique en Angleterre, sur le bien-èlre à la tin du moyen âge, voy. Rogers, Hist. of agriculL, I, 690; Cobett, Hist. of the Prot. Reform. § 458 et seq.; Sismondi, Hist. des républ. ital., chap. ici; Thornton, die Arbeit, p. 162; Schsenberg, Deutsches Zunstwesen im Mittelalter, p. 3, 14, 17; Ochs, Gesch. von Basel, I, p. 520 ; Holle, ^Gesch. der Stadt Baireuth, p. 70 et suiv.; Marx, Capital., 2" éd., p. 745 et suiv.; Ratzinger, Gesch. der kirchlichen Armenpflege, p. 331 etsuiv, 387 et suiv. — Eudemann, Dienationaloekonomischen Grundseetze der canonischen, Lehre, 1863 p. 196 et suiv. Die Grundbegnsse der chrisil. Socialordnung, Arbeit, Gigenthum, Freiheit, Recht und Gesetz, Aix-la-Chapelle, 1874. — Germania, Hptbl du 16 oct. 1874.

Le luthéranisme et le calvinisme.

192. Dans rAllemagiie protestante, après la chute des inélanchthoniens et l'adoption des formules de concorde, le luthéranisme conserva la prédominance, et les tentatives de réunion avec les calvinistes, faites par le colloque religieux de Ca sel (1661) et le projet de Pfaif à Tubingue (1720), d'après Vlrenicum de Pareus d'Heideiberg et les conférences ménagées à Leipsig par Gustave-Adolphe (1631), ces tentatives échouèrent complètement. Dans le Brandebourg, où le luthéranisme dominait sans rival, où les calvinistes étaient exclus de tous les emplois, et les libraires obligés sous serment d'écarter tout ouvrage calviniste, le changement de religion qui s'était opéré sous Jean Sigismond (1613) avait amené des modifications importantes.

L'édit du 24 février 16U, qui interdisait la polémique en

chaire en faveur des réformés, fut renouvelé par Frédéric- Guillaume(2 juin 1662).Bientôtaussil'on défendit de fréquenter l'université d'Heidelberg (21 août); on refréna le zèle que les luthériens déployaient contre les calvinistes dans leurs sermons et leurs écrits, et l'on travailla de plus en plus à fondre les partis rehgieux dans une seule religion officielle. Un accord étant intervenu à Hesse-Cassel en d661, dans lequel on considérait comme non essentielles les divergences qui séparaient les luthériens et les calvinistes, on se proposa de tenir à Berlin (septembre 1662— mai 1663) un colloque religieux qui viserait au même résultat. André Fronim, prévôt de Saint-Pierre (plus tard catholique), trouva que le meilleur moyen d'opérer une réunion était que les deux partis revinssent à la croyance, à la disciphne et au gouvernement ecclésiastique des cinq premiers siècles (Mémoire du 17 avril 1663). L'entreprise ayant avorté, le prince-électeur, blessé de cet échec, déclara dans un édit du 16 septembre 1664 que les deux parties auraient la même position extérieure, tout en favorisant de fait les réformes ; il exigea l'obéissance rigoureuse aux ordonnances du pouvoir civil, et essaya de supprimer les formules de concorde. Plusieurs ecclésiastiques luthériens refusèrent de se soumettre et furent déposés, tels que le prévôt Lélius, l'archidiacre Reinhardt, Paul Gerhardt.

L'université d'Helmstaedt, qui n'avait pas été forcée d'accepter la formule de concorde, suivait une tendance humaniste et hbérale. Un professeur de cette université, Daniel HofTmann, ayant parlé contre la raison et la philosophie dans le sens de Luther, fut destitué en 1601. Les partisans du syncrétiste Georges CaUxte devinrent d'autant plus odieux aux autres protestants, que plusieurs d'entre eux retournèrent à l'Église catholique.

La Suisse aussi fut agitée par les luttes des calvinistes, car on continuait d'y exiger la souscription de la formule de consentement rédigée par le Zurichois Heidegger et le Génois Turretin contre les doctrines d'Amyrault, La Place et Le Capellus. Sur les instances de la Prusse et de l'Angleterre, il fut enfin décidé à Zurich que nul ne serait plus forcé de signer, et qu'on obligerait simplement les aspirants à l'État ecclésiastique à ne pas prêcher contre la formule.

Parei Irenicara, seu de unioue et synodo evangelicorum concilianda, Heidelb., 1615. Kurtzei' Diseurs von der zu Leiptzig 1631 menseMartio angestellten Religionsvergleichung zwischen den churssechsischen und churbrandenhurgischen, auch fürstl. hessischen Theologen. Joh. Bergius Relation der Privatconserenz, welche dei wœhrendemConvent der Protestirenden evangel. Shursürsten undSteende zu Le pztig 1631 gehalten worden, zc, Berlin, 1635. Cf. M. PfalF, Gesammelte Schriften, so zur Pereinigung der prot. K. abzielen, 2 pars, Halle, 1723 ; Hering, Gesch. derkirchl. ünionsversuche seit der Ref., Leipzig, 1836, I,. p. 327 et suiv.; Walch, Rel. Streitigkeiten, 1. 1, Dorner (VII, § 21 1 ), p. 590 et suiv.; Schrrœckh, Vlll, p. 239 et suiv. Dans une confession du 8 avril 1707, les théologiens d'Helmstaedi avaient déclaré que l'Église romaine n'est point dans l'erreur sur les points essentiels. Un prédicant de Genève prétendit que dans son ouvrage : La Religion des protestants justiliée d'hérésie, que la confession était interpolée ; mais il fut convaincu de mensonge. Du Plessis d'Arg., t. 1, append., p. lv. Formula consensus Ecclesiarum helvel. reform, circa doctrinam de gratia universali et connexa aliaque nonnulla capita, 1 675; Niemeyer, Collect, coûfess. in eccl. réf. publ., p. 279 et seq.; J. Hottinger, Succincta et solida ac genuina Form. cons. histor. lat. allem., 1723 ; Pfatf, de Form, cons. helv. diss.hist. Theol.,Tub., 1723; Schweizer, die Prot. Centraldogmen, Zurich, 1856, II'' moitié, p. 439 et suiv., 663 et suiv.

L<es eatholiqaes sons les priuces protestants.

Vicariats apostoliques du nord de l'Allemagne.

193. En Allemagne, les dissensions religieuse» ne furent point apaisées dans les territoires mixtes après la paii de Westphalie, et les princes protestants continuèrent de persécuter les catholiques. En 1867, un vicariat apostolique, fondé pour les catholiques dispersés dans le nord de l'Allemagne, fut confié à Maccioui, évèque du Maroc, jusqu'en 1676. Sur le désir de son successeur Nicolas Sténo, il fut partagé (1680) entre lui et Ferdinand de Furstenberg, prince-évèque de Muns. ter et de Paderborn, et, après la mort de celui-ci, réuni de nouveau sous le vicaire apostolique. A Nicolas Sténo succéda Ortensio Mauro, évêque de Joppé (mort en 1696; et ami de Leibnitz ; à Ortensio, Joseph- Clément, prince- évêque d'Hildesheim (1697-1702). Le vicariat fut de nouveau divisé en deux, et ce partage dura jusqu'en 1780. L'un des vicariats

iâe Histoire de l'église.

était pour le Hanovre (Saxe orientale et inférieure), l'autre pour le Nord : il fut presque toujours confié à l'évêque coadjuteur d'Osnabruck, puis à celui de Paderborn. La plupart des vicaires furent chassés du Hanovre. En 1780, les deux vicariats furent remis au prince- évêque d'Hildesheim,

Si, à dater de ce moment, les conversions devinrent plus fréquentes parmi les princes protestants, les catholiques en retirèrent rarement des avantages doubles, et presque toujours les protestants se maintinrent dans la position qu'ils avaient conquise. En 1651, le duc de Hanovre, Jean-Frédéric, embrassa le catholicisme à l'occasion d'un voyage en Italie, grâce surtout au concours de Lucas Holstein, bibliothécaire du p .pe, converti lui-même. De longues négociations s'ensuivirent avec les États, relativement au recez de religion. Le duc faisait célébrer le culte catholique dans l'église de sun château de Hanovre, près duquel se trouvait un hospice tenu par des capucins. En 1710, Stéphani, évêque de Piga, consacra l'église catholique de Hanovre et dirigea la construction d'une autre dans le ßrunsvi^ick. Christian, duc de Mecklembourg- Schwerin (depuis 1658), ayant embrassé le catholicisme à Paris, où il avait longtemps séjourné (29 octobre 1663), ses frères, ainsi que les États, s'opposèrent expressément à l'érection d'une chapelle catholique au château de Scheverin; il lui fallut d'abord solliciter la permission des États, qu'il obtint en 1065. Christian voulut relever l'évêché de Ratezbourg ; mais comme il ne fit aucune démarche pour le doter, il se contenta d'établir un chapelain de cour.

Depuis 1685, le vicaire apostolique Sténo (un Danois converti) vécut comme simple prêtre dans le Schwerin. Le successeur de Christian, Frédéric-Guillaume, supprima immédiatement (1692) le culte catholique dans le château; il permit seulement aux catholiques de Schwerin de faire leurs dévotions en famille et de garder un prêtre. Eu Saxe, le troisième successeur de Jean- George H, le prince-électeur Auguste le Fort, favorable aux catholiques (1656-1680), passa au catholicisme le 26 mai 1697; mais il fut obhgé de donner aux luthériens une garantie religieuse (27 juillet), qui fut renouvelée à chaque cbangement de règne. L'église catholique do Dresde fut construite eu 1708. En 1709, Clément XI s'occupa de faire élever dans le catholicisme le

prince électeur, qui se convertit en 1717 avec toute sa famille.

Cependant les protestants veillaient d'un œil jaloux à entraver les progrès du catholicisme. Le traité d'Altranstadt (22 août 1707) défendit au prince électeur de donner à ses coreligionnaires des églises, des écoles, des collèges et des couvents. Les communes catholiques, afTermies sur des bases plus solides depuis 1735, furent dirigées par les jésuites de la province de Bohême. La Lusace avait pu conserver encore le chapitre de Bautzen, ainsi que le couvent des cisterciens de Neuzelle; l'archevêque de Prague y exerçait encore la surveillance ecclésiastique, et le doyen du monastère de Bautzen était presque toujours nommé évêque in partibus.

Bened. XIV., de Syn. diœc, üb. If, cap.x, n. 3 ; Mejer, Propag-., II, p. 251 et suiv., 257-281. — Schlegel, Neuere K. -G. der Hannover'schen Staaten, Hannovere, 1832, p. 288 et suiv.; II, p. 91. Fraak, Ailes und neues, Mecklenbura XIV, p. 168, 191 ; Pœsz, Convertileu, VI, p. 449 et suiv.; Mejer, I, p. 153 ; II, p. 252 et suiv., 266 et suiv., 276 et suiv. Sur la Saxe électorale, le nonce, I, p. 153; II, p. 327-332; Dœllinger, Kirche und Kirchen, p. 120 et suiv.

Les catholiques en Prusse.

194. Le roi de Pologne était suzerain de la Prusse. Sous Sigismond III (1387-1632), le premier feudataire fut l'infortuné Albert- Frédéric (1368-1608), en place duquel régnèrent ses cousins de Brandebourg, le margrave George-Frédéric (1377- 1603), les princes électeurs Joachim-Frédéric (1603-1608) et Jean-Sigismond (1608-1620). Son successeur George-Guillaume régna lui-même en Prusse en qualité de duc, et son fils rompit en 1657 les liens de vasselage. Le contrat de 1611 assura aux catholiques le plein exercice de leur culte, et obligea le prince électeur à construire et à doter une église catholique à Kœnigsberg. Les états de Pologne maintinrent le traité, que Brandebourg ne rempUssait qu'imparfaitement, et en 1641 la Pologne demanda qu'une égUse catholique lut construite dans chaque district ; mais elle ne put l'obtenir, excepté dans quelques domaines soumis à des patrons catholiques. Cette situation nouvelle fut garantie en 1657 par les traités de Wechlau, et

498 HISTOIRE DE l'ÉGLISK.

en 1663 par les négociations qui eurent lieu lors de la remise définitive des droits de souveraineté. Les catholiques devaient jouir du libre exercice de leur religion comme avant la guerre de Suède, conserver leurs églises et leurs biens ecclésiastiques, avoir accès aux fonctions honorifiques et au patronage. L'ordre de choses établi en 1663 fut considéré comme normal en Prusse.

Dans la Prusse orientale, la partie nord avait toujours appartenu au diocèse de Samland (résidence Kœnigsberg), et la partie sud au diocèse de Poméranie (résidence Marienwerder). En 1609, les commissaires polonais exigèrent la dotation des deux évêchés catholiques. Depuis 1613, l'évêque d'Ermlaud prit aussi le titre d'évêque de Samland, et celui de Gulm le titre d'évêque de Poméranie. La réunion paraît avoir été reconnue de Rome et du roi de Pologne. En 1715, le gouvernement de Kœnigsberg invita l'évêque d'Ermland à ne plus porter le titre d'évêque de Samland. De nombreux écrits furent échangés à ce propos, et si l'évêque finit par abandonner le titre, il ne renonça pas à la juridiction. On refusa également depuis 1720 de reconnaître les droits de l'évêque de Culm. Dans la suite, les diocèses polonais de Gnesen, Posen, Ermland, Wraclaweck, Plock, avec des parties de Luck, Wilna, Samogitie et Cracovîe, échurent à la Russie. Les traités de 1773, etc., sanctionnèrent cet arrangement; mais la Prusse revendiqua les droits des anciens rois de Pologne, et s'efforça d'introduire dans la nouvelle province la constitution de la Silésie.

Preusz. Belehnungsvertrag von 1611, Cod. diplom. Polon., IV, 439 et seq. ; veBaczko, Preusz. Gesch., V, p. 496 ; Arnold, Gesch. des Kgr. Pi-euszen, p. 408, 483, 565, 592, 861 etsuiv.; Laspeyres, Kathol. Kirche in Preuszen, p. 154 et suiv. ; Mejer, II, p. 149 et suiv., 350 et suiv.; Jakobjon, Gesch. der Duellen des kath. K.-R. der Prov. Preuszen und Posen, 1837, I, p. 193, 304.

Situation religieuse de la Silésie.

195. En Silésie, les ducs Piasts s'étaient éteints avec le duc George-Guillaume (1675), et leurs domaines étaient échus à la chambre impériale. La Confession d'Augsbourg fut confirmée, mais soumise à des restrictions successives. Eq

1707, Charles XII de Suède se déclara le champion des protestants suédois, et par le traité d'Altranstadt ramena toutes choses à la lettre du traité de Westphalie. Le protestantisme obtint de nouveaux triomphes, lorsque Frédéric II de Prusse se fut emparé de la plus grandepartiedelaSilésie(l740). Prague, Ohuutzet Cracovie n'avaient là que peu de territoires diocésains ; la majeure partie appartenait au diocèse de Breslau. En 1741, Frédéric garantit le statu quo à l'Église catholique, et accorda aux noncatholiques, aux calvinistes eux-mêmes, l'entière liberté de leur religion. 11 ne leût, liest vrai, que par indifférence religieuse, et ne tint pas sa promesse aux catholiques : non seulement il entendait exercer tous les droits des souverains cathohques, il voulait encore être le premier évèque des catholiques. Il supprima plusieurs monastères, exclut les catholiques des emplois, établit, en vertu de « son droit d'évèque », un vicaire général royal, des décisions duquel on ne pouvait appeler qu'au roi. Il donna une instruction à ce sujet au cardinal Sinzindorf, qu'il nomma vicaire (9 février 1743].

Tandis que le faible cardinal pliait de son mieux sous ces exigences, Benoît XIV travaillait à en empêcher l'exécution. Lors de l'élection du prince évèque (coadjuteur), Frédéric prétendit que c'était à lui de le nommer, bien qu'il fût impossible de lui reconnaître ce droit. Les relations avec le nonce de Vienne, interdites par le roi, subsistèrent en fait ; mais, dans la suite, on s'adressa le plus souvent au nonce de Pologne.

Le prince évèque Schaffgotsch, qui s'était déclaré pour les Autrichiens quand ils envahirent lepays(17o7), s'enfuit après le retour des Prussiens et ne résida plus à Breslau ; mais il n'abdiqua point (mort en 1795). Frédéric ne reconnut pas le vicaire général de Frankenberg, nommé par lui; mais il élut de son propre chef le chanoine Bastiani, qui ne fut pas confirmé par le pape. En 1738, le roi transmit !e vicariat général au chapitre de la cathé drale. Clément XIII écrivit au prince évèque, le25 juillet 1763 : « Un évèque doit plutôt souffrir les dernières extrémités que de sanctionner par son autorité des choses contraires aux canons, » et nomma le seigneur de Strüchwitz vicaire apostolique de Breslau (13 mai 1766, mort en 1781). Celui-ci eut pour successeur M. de Roshkirch et ensuite Joseph-Christian de Hohenlohe-Waldenbourg-ßantestein, qui fut à la fois le

500 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.

coadjuteiir et le successeur de Schaffgotsch. Eu 1770, la cour prussieune expriuia le désir qu'un évêque in partibus fût nommé commissaire apostolique, et il eut plus d'une fois la pensée de réunir tous les catholiques de Prusse au diocèse de Breslau. Potsdam avait depuis longtemps des aumôniers catholiques. \ Berlin, l'obligation pour les cathoUques de se conformer au culte dos paroisses protestantes ne fut abolie qu'en

Theiner, Zusteende der kalh. Kirche in Schlesien, 1740-1758, Regensb., 1852, surtout I, p. 197, 285, et Clément XIV, vol. I,p. 434-436. Voy. là-dessus Ztschr. des Vereins für die Gesch. Schlesiens, Breslau, 1862, p. IV, h. 2 (articles de Grünhagen et Cauer) ; K. A. Menzel, XI, p, 151 et suiv.,29o etsuiv, (2* éd., t. VI); Ranke, Neuni. Bücher Preusz Gesch., in, p. 432; Henke, Archiv für neueste K. G, V, p. 340 et suiv.; Mejer, 11, p. 333-350; Ritter, dans Bonner Ztschr. für Tiieol. und Phil.,78, 1,etK.-G., II, p. 635 et suiv.; Hist.-pol. BL, 1843, I, p. 144. Clément XIII, 25 juillet 1765 : Bull. Rom. Cont., III, p. 2; Roscovany, Mon., I, p. 303 et seq. , n. 247. L'aiimônerie à Potsdam : voy. Tagebuch des C. Bruns, 0. Pr., 1731-1741. (Germania, 24 déc. 1874, I, Beil. et suiv.)

Juliers-Clèves et autres territoires.

196. Les territoires de Juliers-Glèves, demeurés protestants jusqu'à l'extinction de l'ancienne maison princière (1609), étaient depuis longtemps un sujet de controverse entre le Brandebourg et le palatinat de Neubourg. Bans le contrat d'héritage du 9 septembre 1666, le Brandebourg obtint Glèves, la Marche et Ravensberg; Neubourg acquit Juliers, Berget Ravenstein. Les questions religieuses qui étaient encore en litige, furent résolues par le recez de religion du 26 avril 1672. Pour • esparties situées dans le Palatinat, surtout à Juliers et à Berg, les droits du diocèse de Cologne furent reconnus dès 1621 et le culte catholique continua d'y dominer. Le Brandebourg ne voulut pas reconnaître la juridiction de Cologne sur Clèves et la Marche, ni celle de Munster sur Ravensberg. Cette dernière toutefois fut acceptée en 1672, et la première, quoique BerUn la vît de mauvais œil, fut maintenue.

]Ën 1782, la Prusse s'adressa à Romepour faire supprimer les

relations avec Cologne : elle aiaiait mieux que les catholiques s'adressassent aunoMcequ'à l'arcHevçqao. Dans le Moers, p£^ys réformé, la religion catholique n'était pratiquée (]u'à Crefeld, dépendant de Cologne. L'évêque de Ruremont était l'ordinaire de Geldre, et le traité de l'empereur Charles YI ave^ la Prusse (d,i 12 mars 17l3)assuraitldsdroits de l'Églisecatholique. Dans le comté protestant de Bentheim (autrefois dépendant d'Utrefht, aujourd'hui de Deventer), le prince évêque de Munster, Christophe Bernard de Galen, profita de la conversion du comte Ernest-Guillaume, alors régent, pour rétabHr d'abord un simultoneum catholique, puis (1671) pour rattacher, avec le concours des nonces de Cologne et de Bruxelles et l'approbation du pape, le comté à son diocèse, lequel reçut également plusieurs missions dans la Frise orientale (Zeor, Emcleu, Nordem). Dans le comté voisin leLingen, qui était protestant, cinq paroisses seuleinent,malgrérétatde possession où elles se trouvaient, obtinrent en 1717, après la paix de Westphalie, des oratoires catholiques. Sous Frédéric II, on leur accorda l'exercice public de leur cultOr Le comté, qui appartenait autrefois à Osnabrück, échut à la mission de Hollande, puis de nouveau à Osnabrück, et finalement à Munster.

Dans l'Oldenbourg, le duc ne permit qu'en 1787 aux catholiques d'avoir un prêtre dans la capitale. La juridiction sur ce prêtre, revendiquée par les vicaires aposloliquesdu Nord, de Cologne et de Munster, fut accordée à Tévêque de Munster. A. Lübeck, quiconservalongtempsquelqueschanoines catholiques, les jésuites avaient des missions dans le dix-septième siècle. En 1785, les catholiques de Hambourg obtinrent lelibreexercice de leur culte, mais les luthériens leur furent partout préférés. A Osnabruck,où, d'après le traité de Westphalie, lesévêques catholiques et les évoques protestants alternaient, Cologne exerçait, suus les évêques protestants, l'autorité spirituelle. A Minden, le chapitre catholi(]uede la cathédrale fut, en vertu de la majorité catholique qu'il possédait en 1624, reconnu du gouvernement par le reeez d'hommage de 1650, comme administrateur dos droits épiscupaux sur le petit nombre des catholiques, îl en fut de même à Halberstadt, en vertu de la possession de 1624, mais sans préjudice des droits d'évêque que le prince électeur prolestant possédait même sur les catholiques ; ces droits ne

S02 HISTOIRE DE l'Église

devaient être exercés que par des conseillers catholiques. L'archevêque de Mayence nommait do son côté un vicaire général, qui administrait le diocèse en son nom.

Nassau, Wetzlar et autres localités en possession du culte

catholique.

197. Nassau appartenait autrefois au diocèse de Trêves. Nassau-Siegen était dans l'année normale à peu près entièrement protestante. Mais, le comte ayant embrassé le catholicisme en 1729, il y eut une contre-réforme, appuyée par les jésuites. Cependant, même après 17.48, le simultaneum continua dans plusieurs églises, tandis que d'autres étaient exclusivement catholiques. Trêves exerça de nouveau ses droits diocésains. A Nassau-Hadamar, l'archevêque maintint l'exercice partiel du culte catholique, restauré en 1620. Plus tard, il établit d'abord leculteprivé dans Wertheim, qu'il possédaitencommunavecNassau-Dillenbourg, puis dans une chapelle paroissiale. La ville de Wetzlar, pour devenir le siège du tribunal de l'empire, avait accordé aux catholiques le libre exercice de leur religion > admis des jésuites et des franciscains, ce qui fut d'une grande importance pour le rétablissement des droits diocésains de Trêves à Saint- Goar et dans d'autres localités du comté inférieur de Katzenelenbogen. Trêves obtint aussi, lors de la conversion du landgrave de Hesse- Rheinfels (Rothenbourg), l'établissement de Tancien culte en divers endroits, qui étaient en partie des fiefs de l'archevêché. Dans la Ilesse-Cassel, en 1785, l'exercice delà religion catholique n'existait que pour le village d'Altengronau, près de Schluchtern, où deux villages appartenaient au diocèse de Wurzbourg, lequel possédait aussi à Meiningen le village de Wurlfmannshausen. Mayence et Vurzbourg essayèrent en 1694 d'établir le simultaneum dans plusieurs localités de leurs anciens diocèses, mais ils rencontrèrent une vive résistance. Dans le comté, le libre exercice du culte fut accordé aux confessions en 1662; en 1698, les catholiques obtinrent les droits paroissiaux, et la juridiction de Trêves fut reconnue. Dans le comté de Sayn, Cologne et Trêves agissaient ensemble; ils prirent quelques emplois à titre de fiefs,'et ne les rendirent que lorsque le libre exercice du culte et l'égalité des droits leur eurent été accordées.

ODVR.^GES A CONSULTER SUR LES N°ä 196-197.

Berliner Monatsschrift, 1786, p. 119, 518 ; Mejer, 11, p. 242 et suiv. Autres: 273, 294et suiv., 571 et suiv.Laspeyres, [, p. 233-236 (n. 14), 316 et suiv.; l,p.704 et suiv.; Mejer, II, p. 240-242; Abicht, der Kreis-Wetzlar, III, p. 130, 322 et suiv.; Ledderhose, Hessen-Cassel'sches K.-R., 1785, § 280, 338, n. 6.

Le Palatinat rhénan.

198. Dans leBas-Palatinat, les cinq évêques diocésains autorisés (Mayence, Trêves, Worms, Spire et Wurzbonrg) eurent beaucoup de peine, depuis Otton-Henri, à s'acquitter de leurs devoirs sous le régime protestant. Mayence, en 1653, fit accepter un accommodement d'après lequel on autoriserait l'oxercice du culte catholique dans quatre localités du Palatinat et l'on reconnaîtrait les droits diocésains de Mayence et le patronage de l'électeur palatin. Le Palatinat continuait do se plaindre que les protestants de quelques villages empêchassent les catholiques de se servir du chemin de la montagne pour se rendre dans les églises dont ils formaient les succursales depuis 1618. En 1659, Trêves fit valoir ses droits diocésains dans une localité du Palatinat-Simmeru. A tout prendre cependant, et d'après l'ordre légal établi en 1618, la juridiction épiscopale semblait évanouie pour jamais.

La maison électorale protestante s'éteignit en mai 1685, et fut remplacée parla ligne catholique de Neubourg, dont le prince, Philippe-Guillaume , accorda aux catholiques le libre exercice du culte et les droits paroissiaux dans toute l'étendue du pays. Les protestants s'en plaignirent comme d'une infraction au recez de Schwachsch-Hall, conclu avec son prédécesseur. Jean-Godefroi, évêque de Wurzbourg, envoya des prêtres catholiques dans la partie du diocèse qui lui appartenait; les autres ordinaires firent aussi valoir expressément leurs droits, et furent en diverses localités appuyés du prince électeur, qui s'empara de plusieurs églises occupées par les protestants et régla l'usage simultané du culte pour les catholiques. Le traité de Ryswick portait dans son article 4 que la situation actuelle serait maintenue dans les localités restituées à l'empire allemand, c'est-à-dire que l'on conserverait le culte catholique,

rétabli par les Français. Les protestants s'en plaignirent en pure perte. En 1719, Mayence exerçait de nouveau ses droits dans une partie du Palatinat ; il en fut ainsi, bientôt après, de- Spire et de Worms, qui rentrèrent en possession de plusieurs communes. Les protestants s'adressèrent à l'étranger, surtout au roi de Prusse, et recouvrèrent, par ordre de l'empereur^ les églises qu'on leur avait enlevées. Les droits des ordinaires furent d'ailleurs respectés.

B. Gotth. Struvens, Ausführlicher Bericht von der pfœlzischeii Kir- Phenhistorie, Francf., n21,in-4o,surloutp. 52, 623, 628, 6o7,1420et s.,- Pütter, Darstellung der pfselzischen Religionsbeschwerden, 1793, surtout p. 134, 245 ; Ussermann , Episcopatus Wirceburg., 1794, p. 161 ; Moser, Von der deutschen Rel.-Vers., p. 196, 542; Staatsrecht, X, p. 439 ; Planck, Neueste Rel. -Gesch., II, p. 125 et suiv.; Laspeyres, p. 707; Büsching, Erdbeschreibung, 7" éd., VI, p. 664; Mejer, Propag., I, p. 255 et suiv., 236 et suiv.

Le Wurtemberg.

199. Le Wurtemberg était devenu entièrement protestant. Dans l'année normale, le culte catholique n'y avait été nulle part autorisé. Le Wurtemberg était détaché du diocèse de Constance, et le nonce de Lucerne s'intéressait seul aux cathohques épars dans le pays. En 1753, le duc Charles- Alexandre, lieutenant feld- maréchal autrichien, se convertit au catholicisme. Cependant les états maintinrent le luthéranibuie dans toute sa vigueur, et le duc fut obligé de promettre, dans une (( confirmation de la religion » (17 décembre 1733), (ju'il ne tolérerait nulle part le culte catholique, excepté dans l'office privé qu'il faisait célébrer à Stuttgard et à Ludwigsbourg. Quand la veuve du duc, également catholique, fit confirmer sa ülledans le château de Stuttgard par le coadjuteur de Constance et tonsurer son fils, les états protestèrent. La duchesse déclara qu'elle s'était adressée à l'évèque de Constance parce qu'il était le plus rapproché, et non en tant qu'évèque diocésain (1740). Plus tard, les chapelles de la cour ducale furent placées sous la juridiction immédiate de la Propagande. Les états, qui ne cessaient d'invoquer la protection de l'Angleterre et de la

Prusse, forcèrent les trois fils de Charles-Alexandre, qui régnèrent successivement, surtout Charles-Eugène (1767- 1793), à donner des garanties à l'Église luthérienne. Au mois d'octobre 1770, on enleva aux catholitjues l'église qu'ils avaient bâtie à Ludwigsbourg de leurs propres deniers et avec la permission du duc, et on ne leur laissa que la petite chapelle de la cour. La France et l'Autriche ne s'intéressaient pas aussi vivement aux catholiques, que l'Angleterre et la Prusse aux luthériens; ceux-ci persistaient à vouloir qu'un prêtre catholique ne put administrer les sacrements à un malade catholique sans la permissii.ui du curé luthérien. En 1771, Clément XIV engagea vivement les cours de Vienne et de Versailles à s'employer avec plus de zèle en faveur des catholiques du Wurtemberg. Louis-Eugène, frère du duc, élevé à Berlin dans l'immoralité, vivait séparé de sa femme et donnait de grands scandales; il changea de conduite à partir de 1771 et fut plus tard un excellent souverain (1793-1795). Frédéric-Eugène (179o-1797), colo nel prussien marié à une princesse prussienne, fit élever ses enfants dans le luthéranisme à la demande de la Prusse et des états, et contre une donation aniuielle de 20,000 florins. Les caholiques n'obtinrent un peu de hberté que lorsque des territoires catholiques furent annexés à l'ancien Wurtemberg. Les diocèses de Constance, d'Augsbourg, de W jrms, s'étendaient jusque dans le Wurtemberg.

OrVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 19!J.

J. J. Moser, Diss. de relig. exercitio domeslico, Francof. ad Viadr., 1736, p. 13. Acla hist. eccl., 11,896; IV, 86o eL seq. ; VI, 672 et seq. ; Büsching,VII, p. 419; Mejer, Propag., II, p. 238 et suiv.;Theiner, Hist. du pontiticat de ClémenL X[V, vol. II, p. 24, 32, Iö0-io2. ;Epist. ac Breyia. II. 162, 176, p. 181 et seq., 200.

Bade.

200. A Bade, plusieurs margraves étaient entrés dans l'Église catholique ; cependant le protestantisme dominait encore dans plusieurs contrées. Le margrave Auguste-George conclut avec la famille Badeu-Durlach un traité en vertu duquel la religion catholique serait maintenue dans son territoire, même après sa mort. Clément XIII, à qui ce traité fut communiqué^ en fit

b06 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

l'éloge. Les églises catholiques étaient placées sous la juridiction de Strasbourg, de Spire et de Worms, d'après l'ancienne délimitation de ces diocèses.

Biisching, VII, p. 493, 495 ; die Kath. Zustsende in Baden, Regensb., 1844, p. 13; Clera. XIII, const. 527, 528, Bull. Rom. Cont., III, p. 173 et seq. ; Mejer, II, p. 240.

Tentatives de réunion et situation réciproque.

L'évêque Spinola. — Leibaitz et Bossuet. — Conversion de princes allemands.

201. Le projet de travailler à la réunion des protestants et des catholiques par des délibérations entre les princes avait échoué en 164-4; il fut repris en 1660, mais sans résultat, par le prince électeur de Mayence, Jean-Philippe de Schœnborn, et son ministre, le comte Boinebourg, converti. Un Espagnol do talent, Christophe Royas (Roxas) de Spinola, évêque do Tina en Croatie, puis de Wienerisch-Neustadt, fit, dans les vingt dernières années de sa vie, de grands préparatifs à ce sujet. Plénipotentiaire de l'empereur Leopold I", il se rendit dans les difTérentes cours protestantes, et essaya de leur faire accepter un plan, auquel adhérèrent les frères de Wallenbourg, Hermann Couring, et plus tard Matthieu Pretorius , prédicant converti. Royas ne fut bien accueilli que dans le Hanovre, où il alla en 1679.

Dans hue conférence ménagée parle duc Ernest- Auguste, età laquelle participèrent Gérard Molanus , abbé protestant de Loccum; Barkhausen, prédicateur de la cour, et les professeurs d'Helmstadt, U. Calixte le Jeune et Théodore Mayer émirent l'avis que les protestants devaient se soumettre au pape avant de s'être entendus sur les divergences dogmatiques; ces divergences seraient décidées dans un nouveau concile général, où les surintendants auraient droit de siéger et de voter; pendant ce temps, le concile de Trente serait suspendu. Dans son ardeur pour la réunion, Spinola avait fait toutes ces concessions et d'autres encore sans y être autorisé. Il y en avait aussi relativement au mariage des prêtres et aux droits des souverains en matière ecclésiastique. Ce ne fut que plus tard qu'il se rendit à Rome.

Innocent XI loua son zèle, l'engagea à continuer ses travaux, mais sans donner encore aucune déclaration précise. Les négociations se continuèrent sur les principes de Spinola, provisoirement acceptés, et seulement en ce qui regardait les protestants. Ces principes étaient en eux-mêmes inadmissibles. On remarquait parmi les négociateurs le savant Leibnitz, qui composa son Système théologique pour servir de base à une exposition dogmatique qui pourrait, selon lui, être acceptée des protestants et des catholiques ; Bossuet, à qui la duchesse Sophie fit transmettre par sa sœur, l'abbesse catholique de Maubuisson, Louise-HoUandine , l'avis deMolanus, et enfin l'historien Pellisson.

Quant à Bossuet, il déclara dès le début qu'on ne pourrait jamais sacrifier le concile de Trente. L'abbé Molanus écrivit alors ses vues particulières sur les moyens de vider les points controversés, et Bossuet y répondit poliment par des /îe^ea:/o;z5. Dans un plus grand ouvrage, Molanus ut encore sur quelques points des concessions plus étendues, mais il s'obstina à demander la suppression du concile de Trente. Sur la justification, l'on s'était rapproché d'assez près. Les théologiens protestants abandonnèrent quantité de leurs préjugés.

Sur ces entrefaites, le zèle de la cour de Hanovre se refroidit. Ernest-x\uguste, élu neuvième électeur par l'empereur (169-2), ne voulut pas interrompre tout à fait les négociations; mais il demanda qu'elles tendissent uniquement à établir un accord extérieur : car sa femme, étant la nièce de Jacques 1", avait des vues sur le trône d'Angleterre. Au heu de Molanus, ce fut Leibnitz qui dirigea désormais les négociations avec le comte Buchheim, successeur de Spinola, et avec Bossuet. Contre ce dernier, la polémique prit une certaine aigreur. Le prélat fr^inçais répondit avec calme aux reproches qui lui étaient faits; puis, au mois de mars 4694-, quand il s'aperçut que le philosophe allemand persistait dans une polémique personnelle au lieu de n'envisager que le fond môme de la doctrine, il interrompit sa correspondance. Leibnitz, à l'instigation d'Antoine Ulric, duc de Brunswick, revint encore une fois (1699) à ses objections contre le concile de Trente et son canon de la Bible. Bossuet le réfuta avec habileté, mais n'aboutit à aucun résultai, carie philosophe allemand se plaçait à une très

grande distance du dogme catholique et refusait de se soumettre à l'enseignement infaillible de l'Église.

Quelques princes protestants continuaient d'entrer dans le sein de l'Église; nous citerons, après ceux qne nous avons nommés : Ernest, landgrave de Hesse (1652) ; Christian-Auguste, duc de Holstein (1705); Antoine-Ulric de Brunswick (1710); dans la maison de Baden-Durlach, les margraves Gustave-iVdolphe(1660, plus tard prêtre, abbé de Fulde et cardinal); Charles- Frédéric (1671), qui devint chevalier de Saint- Jean, et Charles-Guillaume (1771) ; Guillaume, margrave du Palatinat rhénan (1769), le comte Xavier de Solms, etc.

OUVRAGES A COVSÜLTliR ET REMARQUES CRtllQUES SUR LE i\° 201.

Sur Boiiiebourg, voy. Raesz, Converliten, VI, p. 536 et suiv.; Adr. et P. de Walenburch, Tract, geuer. et specialis de controversiis fidei, Colon., 1670, '2 t. ia-f; M. l'raîtori.n (CallioUque, 1087, Cl. Rœsz, VIII, p. 342 et suiv.) ; Tuba pacis ad universas dissidentes in Occideute Ecclesias, seu de unione Ecclesiarum Rom. et Protest., Colon., 1085, en allem, par Binterim, 1820. Documents sur les négociations de Bossuet : Super reunione Protestantium cum Eccl. calhol. tractatus iuler J. B. iossuetum, Ep. Meldensem, et Molanum. abb. Vienn. Austr., 1783, in-4° ; Toucher de Careil, Œuvres de Leibnitz, publiées pour la première foisd'après les manusc. originaux, Par., 1859,2. vol.jBossuet CEuvres compl., t. VII, 309 et seq. ; t. VIII; Molanus, Methodus redu cendee unionis eccles. inter Romanenses et Protestantes. Accord de Molanns et de Spinola: Regula circa christianorum omnium ecclesiasticam unionem (Bossuet, Œuvres, t. VIII, 509 et seq. ; cd. Paris ISiO). Molaui Cogitationes privatœ de methodo reunionis Eccl. protest, cum Eccl. catb. (ib., p. 523 et seq.);Réllexion5 de M. l'évèque de Meaux sur l'écrit de M. l'abbé Molanus in scripto cui titulus : Cogitationes privatœ (ib., p. 550 et seq.; Molani Explicatio ulterior methodi reunionis ecclesiasticae (ib., p. 638 et seq.). Sur l'abbesse de Maubuisson : Raesz, VII, p. 137 et suiv. Leibnitii Systema tbeolog. lat. etgall.,Par. 1819, lat. en allem, par Hœsz et Weiss, Mayence, 1820 ; Has Tïib., 1800. Cf. Héfelé, II, p. 82; Tùb. Quartalschr., 1848, p. 90 et suiv.; Leibn, 0pp., éd. Dutens, Genev., 1748, t. I (ibid., p. 678 et seq.; Lettres de M. Leibn. et M. Pellissun de la tolérance et des différences de la religion); Onno Klopp, Leibn. Werke, t. VII et VIII ; le niême, das Verhailtnisz von Leibiî. zu den kircblischen Reunionsversuchen. Vortrag, llannovre, 1801, Pichler (die Theol. des Leibn., Münch, 1809 et suiv.), fait un exposé très partial et inadmissible. Voyez encore (Prechtl) Friedensbeuehmen zwischen Bossuet, Leibn. und Molan., Sulzbacb, 1815;

Guhrauer, Gottfr. Wilh. Frhr. v. Leibu., I, p. 193 et suiv., Il, p. 1 et suiv.; Clarus, Simeons Wanderangen und Heimkehr, III, p. i8 et suiv.; Haffner, dansle Catholique, 1864, 1, p. 513 et suiv.; Ammon (VII, § 361); Lœbell, Briefe über die seit Ende des 16 Jahrh. fortgehenden Verluste und Gefahren des Protest., Francf., 1861; Hortig-Dœliinger, K.-G., II, n, p. 90i et suiv.; Theiner, Gesch. der Rückkehr der regierenden Hseuser von Braunschweig und Sachsen in den Schoosz der kath. Kirche, Einsiedeln, 1843; Hist. du pont, de Clément XIV, t. I, p. 294 et seq.; Vierordt, Gesch. der evangel. Kirchein Baden, II, p. 263, 330; Rcesz, Convertiten, IX, p. 137 et suiv.

Dispositions hostiles des deux partis. — Mariages mixtes. — Indifférence religieuse.

202. Les protestants d'Allemagne s'en montrèrent fort mécontents, siirtont pendant la seconde fête séculaire de leur réformatiou (1717). Ils propagèrent une foule d'écrits malveillants, qui suscitèrent de vigoureuses ripostes de la part dos catholiques. Un curé badois, Nicolas Weislinger (mort en 1755), présenta aux luthériens un Miroir tiré des œuvres de Luther, et fut accusé auprès de l'empereur. L'archevêque de Saizbourg, Léopold-Antoine, comte de Firmien, souleva aussi une grande animosité en forçant ses sujets protestants d'émigrer (1729- 1731}, encore qu'ils eussent mérité cette peine par leur insubordination. Ils avaient été excités à la révolte par les états protestants de l'empire et surtout par Frédéric-Guillaume I" de Prusse, qui voulait repeupler la Lithuanie prussienne ravagée par la peste.

Plusieurs paysans du territoire de Saizbourg allèrent résider en Angleterre, dans l'Amérique du Nurd et en Lithuanie. Les protestants eux-mêmes furent révoltés quand le prince de Hohenlohe voulut contraindre ses prédicants luthériens à célébrer, en 1714, la fête de Pâques d'après le calendrier grégorien et dans le ênie temps que les catholiques. Après s'être plaint hautement de ces mesures oppressives, le « Corps des Évangéliques » courut aux armes. Les mariages mixtes, devenus plus fréquents dans le dix-huitième siècle, provoquèrent aussi une multitude de conflits. Le Saint-Siège accorda dispense " quand les enfants devaient être élevés dans le catholicisme et qu'on avait lieu d'espérer que la partie non catholique se convertirait; autrefois on exigeait la conversion effective. Mais au,

milieu des progrès de rindifférence religieuse, les conditions de l'Église étaient souvent méconnues, et l'on bénissait les mariages sans qu'elles eussent été remplies, ce qui devait donner lieu à de sévères reproches.

En Silésie, l'édit du 8 août 1750, art. A, rédigé avec le concours du prince évoque Schaff gotsch, du prévôt de la cathédrale de Lange et du vicaire général d'Oerlé, supprima les conventions matrimoniales de tout temps permises en Allemagne, et ordonna que les enfants nés de mariages mixtes seraient élevés d'après le sexe de leurs parents jusqu'à l'âge de discrétion. Dans un siècle aussi indifférent, on se contentait volontiers du consentement de l'autorité religieuse la plus rapprochée, et les ecclésiastiques subalternes n'osaient point y contredire. En 1756, le prince évèque lui-même fit exiler par Frédéric II son vicaire général de Brusselli, parce qu'il n'avait pas signé la défense de recourir à Rome, et en 1757 il fit emprisonner le coadjuteur d'Almeshohe, qui fut emmené à Magdebourg, bien qu'on ne put le convaincre d'aucun crime d'État.

Parmi les écrits protestants, nous citerons notamment : Nachricht von dem erstem evangelisch-lutherischen Jubiiaeiim, 1617, Francf., 1717; Bertündigung des andern evang.-luther. Jubelfestes, 1717. — Nitk Weisiinger, Frik Vogel oder stirb Strassb., 1723, 1726, souvent ; Hutlenusdeclaratus, 1730. Auserlesene Merkwürdigkeiten von alten und neuen theol. Marktschreiern, 1738 ; der Entlarvte lutherische Heilige, 17ä6; Armamentarium cathol., 1746 ; Gründliche Antwort, 2^ édit., 1736. Cf. Alzog, dans Freiburger Diœcesanarchivvon 1865, 1, p. 404 et suiv. ; Werner Gesch. der kath. Theol., p. 139 ; Kraus, Histor. Beitrag für das zweite luther Jubeljahr, 1716 ; LuLhrisch, nicht lutherisch, 1717. — J. B. de Calparis, Actenmaeszige Gesch der Salzburger Emigranten, trad. du latin par Huber, Salzbourg, 1790 ; Zauner u. Gsertner, Chronik von Salzburg, 1821, t. X, p. 20 et suiv. ; L. Clarus, die Auswanderung der protest gesuinten Salzburger, 1731 und 1732, Innsbruck, 1864, avec indication des ouvrages ; Kunstmann, die Gemischten Ehen, Regensburg, 1839 ; Kutschker, die Gemischten Ehen, 3'^ édit., Vienne, 1841 ; Roscovany, de Matrim mixtis, t. II ; Binterim, Denkwurdigk, VII, p. 137 et suiv.; th. III, p. 1 et suiv. ; Reglement über die gravamina in geisll. Sachen und die Stolae-Taxordnung für Schlesien, ed. R. A ; Mengel, Breslau, 1833.

LE SCHISME ilüSSE ET LE PROTESTANTISME. 511

Nouvelles tentatives de réunion.

203. On fit encore plusieurs tentatives de réunion. Le cardinal délie Lonze, archevêque de Turin, croyait nécessaire et réalisable la réunion des protestants orthodoxes avec les catholiques; mais son projet fut rejeté par l'abbé protestant Jérusalem. La religion chrétienne, disait celui-ci, a pour caractère essentiel la simplicité de ses dogmes et de ses usages, et cette simplicité biblique est l'unique mais nécessaire sauvegarde de la foi chrétienne contre les déistes. Louis xMerz, jésuite d'Augsbourg (1772-1773), démontra au contraire, dans plusieurs sermons, que ce point de vue était inadmissible. La voie tracée par Fébronius (§ 94.) ne pouvait pas davantage conduire au but. Quant aux propositions de Stattler et de Bède Mayr, elles ne protégeaient pas suffisamment le dogme catholique et devaient paraître tout à fait insuffisantes aux protestants.

Merz, contre Jérusalem; Werner, Gesch, der kath. Theo!., p. 147- 149. SurStattler et Mayr, ibid., p. 237-242.

La Hollande.

Oppression des catholiques en Hollande.

204. A. côté de l'Église officielle, le calvinisme, la Hollande renfermait des arméniens, des luthériens, des mennonites et une foule d'autres sectaires venus de l'étranger. Tous jouissaient d'une liberté absolue; les catholiques seuls gémissaient sous la plus lourde oppression. Tandis que l'exercice public de la religion catholique demeurait proscrit de 1587 à 1798 dans les anciennes provinces confédérées de la Hollande, on ne put l'interdire absolument dans les pays de généralité, c'est-à-dire dans les portions du Brabant, de Limbourg et de Flandre acquises par le traité de Munster (du 30 janvier 1648), où la population catholique avait la supériorité numérique. Cependant le protestantisme y fut déclaré la religion dominante ; les processions et toutes les solennités publiques furent défendues aux catholiques. Un vicaire apostoHque, placé sous la surveillance du nonce de Bruxelles, prenait soin de la mission des sept archipresbytérats et du district d' Utrecht,

8l2 HISTOIRE DE /.''ÉGLISE.

Il y eut également, depuis 4662, un vicaire apostolique à Herzogenbascli, pour le nord du Brabant. Mais le gouvernement hollandais refusa d'accepter les vicaires apostoliques, expulsa les jésuites (1708) et ferma leurs églises. Les missionnaires du pays n'avaient pour appui et pour supérieurs que les nonces de Cologne et de Bruxelles. Plusieurs parties du Limbourg étaient placées sous la juridiction de l'évêque de Liège, et quelques portions du Seeland sous celle de l'évêque de Gand. On favorisait au contraire les jansénistes, bien qu'ils n'eussent aucun succès auprès de la majeure partie des catholiques.

Situation de la Hollande.

205. En Hollande, depuis 1650, quelques voix protestantes s'élevèrent en faveur de la tolérance et de la liberté religieuse. Sous le rapport politique, on hésitait entre le régime républicain, représenté par les patriciens des états, et le gouvernement monarchique, représenté par la maison d'Orange, que la formation de nouvelles sectes et la présence d'une multitude de catholiques empêchaient d'atteindreaux dernières limites du despotisme.

La mort de Guillaume II (1650) avait réduit à néant les projets audacieux decette maison; le parti des états acquit de nouveau la prépondérance, et la lutte des factions occasionna de fréquentes effusions de sang. Guillaume III fut reporté au pouvoir par le peuple, sous l'influence des prédicauts calvinistes, et affermi dans son autorité par l'assassinat des frères de Witt. Mais lorsque, devenu roi d'Angleterre (1689), il continua de gouverner les Pays-Bas, une vive résistance éclata en différents endroits. La fortune de la guerre, la puissance maritime, les colonies étrangères, attiraient souvent l'attention des Hollandais au dehors , et rendaient les désordres in térieurs moins dangereux. Mais, au dix-huitième siècle, une profonde décadence se fit sentir; un esprit de mercantilisme étroit, l'avarice, les intérêts de province et de clocher, la haine aveugle qui régnait entre les partis et qui finit par amener l'étranger, l'inconstance et l'irrésolution des caractères, frappaient partout les regards.

Le schisme russe et le protestantisme. 513

William Temple (1670), Observations upon United Provinces Works, 1,58, Lond., 1720 ; Brun, la Véritable Religion des Hollandais, Amst., 1675, p. 171 ; Bankampen, Gesch. der Niederlande, II. p. 322 et suiv. ; V. Sypestein, Wilelhm Frederik prins van Nassau en Joh. de Witt, S. Gravenhage, 1864 ; H. Peter, in Sybels liist. Ztschr., 1865, XIII, p. 112 et suiv ; Dœllinger, Kirche und Kirchen, p. 73 et suiv. 122-125j Mejer, II, p. 89 et suiv., 94 et suiv., 105.

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