L.a Orande-Oreta^ne
L'Angleterre en tant que république.
206. Daus la république anglaise, la maison basse, après la suppression de la maison haute, concentra toute l'autorité dans ses mains. La gestion des affaires gouvernementales fut confiée à un conseil d'État. En Ecosse, Charles II (né ne 1630), fils de Charles I", mort sur l'échafaud, fut proclamé roi. Sa cause fit également des progrès en Irlande. Cependant le général du parlement, Jones, fit essuyer une importante défaite aux royalistes conduits par Ormond, et Olivier Croniwell se rendit en qualité de gouverneur en Irlande , où il subjugua la plus grande partie de llle. Charles II, qui avait agréé toutes les demandes du parlement écossais et avait été couronné en 1651, se vit obligé, après la victoire des répubUcains, à la tête desquels Cromwell fut de nouveau placé, de se réfugier en France, et l'Ecosse elle-même fut transformée en république.
Cromwell, bientôt fatigué des menées républicaines, refusa de partager sa puissance avec d'autres; il dispersa le parlement, supprima le conseil d'État et se déclara protecteur de l'Angleterre (16o3). Les presbytériens conservèrent leur crédit, et d'autres sectes furent également tolérées ; il n'y eut d'exception que pour les catholiques. Le dictateur Cromwell gouvernait avec une main de fer ; hypocrite eu religion, il justifiait tout par la crainte de Dieu. Après sa mort (1659), son fils Richard- Robert, un juriste, fut proclamé protecteur, malgré l'aversion qu'il inspirait aux officiers. Il fut obligé de convoquer un parlement, composé mi-partie de protectionnistes et mi-partie de républicains énergiques, de neutres et de royalistes déguisés ; ce parlement finit par le reconnaître avec des restrictions. Cédant aux menaces de l'armée, Richard dispersa de nouveau
le parlement (22 avril 1659), et abandonna le souverain pouvoir au conseil des officiers. Ce conseil rétablit enfin le long Parlement ou le Rumpf, comme autorité suprême des trois royaumes. Il fut reconnu en Ecosse, grâce au concours de Monk, qui y commandait. La même chose arriva en Irlande, après que la force militaire eut étouffé une tentative faite par Henri, second fils de Cromwell, pour rétablir les Stuarts.
Villemain, Gesch. Cromwells, trad. du français; Histoire de Cromwell, Leipzig, 1830; Lingard, Engl. Gesch., t. XI: Ranke, Engl. Gesch., t. III; Stern, lieber die politische Poesie Englands, 1640-1660 (Sybels hist. Ztschr., 1871, t.XXVI, p.40i et suiv.); Delbrück, Ueber den politischen Charakter der englischen Kii'chenspaltung im 17 Jahrh. (ibid., 1876, II) ; J. Lawson, History of the Scottish Episcopal-Church from the Revolution tho the présent times, Ediub., 1843-1844.
Charles II.
207. Sur ces entrefaites, le parti royaliste s'était fortifié, favorisé par l'anarchie, par la discorde du parlement, de l'armée et des officiers entre eux. Lord Fairfax, ancien presbytérien, se mit à la tète des royalistes. Le général Monk s'empara de Londres et entama des négociations avec Charles II, qui, rappelé par un uouveau parlement, fit son entrée dans Londres le 29 mai 1660. Agé de trente-six ans, Charles II prit les rênes du gouvernement avec de bonnes intentions; mais il succomba bientôt à sa faiblesse naturelle, à son amour des plaisirs et aux éléments hétérogènes qui formaient son entourage. Convaincu, ainsi que les autres Stuarts, que l'épiscopat était le meilleur appui de la royauté, il rétablit la constitution épiscopale en Angleterre et en Ecosse.
Cette mesure déplut à plusieurs, surtout en Ecosse, et le roi fut soupçonné de papisme. Plusieurs dissidents, des catholiques surtout, gémissaient encore dans les prisons. Ceux-ci, pour avoir refusé le serment de suprématie, passaient puur des sujets douteux, ou plutôt pour des sujets rebelles, qui refnsaient de reconnaître la meilleure et la plus noble portion de l'autorité royale. Ils ne purent obtenir la tolérance légale, tout en se montrant prêts à déclarer avec serment qu'ils n'accor-
daient au pape aucune préémineace temporelle et qu'ils seraient soumis au roi contre toute puissance intérieure et extérieure.
Charles il ne pouvait pas supprimer le serment de fidélité, que les catholiques travaillaient encore à faire modifier. En 1661, les Irlandais présentèrent, en huit articles conçus dans le sens gallican, des remontrances qu'ils espéraient faire approuver d'Alexandre VII. Les théologiens de Louvain et le Saint-Siège, en 1682, les désapprouvèrent, mais en recommandant aux Irlandais d'obéir au souverain dans les choses civiles. Tout ce que Charles fit pour l'Irlande, ce fut de lui restituer le quart des territoires que lui avait enlevés Cromwell. Il déclara de plus au parlement que son dessein était de ne pas frustrer complètement les catholiques des bienfaits de la tolérance qu'il avait accordée aux consciences délicates, de suspendre les lois par trop cruelles qui pesaient sur eux, pourvu qu'ils évitassent tout scandale dans l'exercice public de leur culte et qu'ils ne parussent pas indignes de ménagements.
Celte seule déclaration suffit pour réveiller le fanatisme des protestants. Il ne leur suffisait point que les non-conformistes fussent exclus de tous les emplois, de toutes les corporations publiques (acte de corporation de 1661), que les « papistes » continuassent de gémir sous l'oppression. La modération du roi fut combattue (1663) par la maison haute et par la maison basse, mais surtout par les évèques anglicans, dont l'intolérance avait déjà été si funeste à la royauté. Le roi n'eut pas même le pouvoir do protéger contre la rigueur barbare des lois pénales les catholiques qui s'étaient montrés les plus zélés royahstes ; ces lois, on l'obligea de les exécuter dans toute leur sévérité. Le conventicule de 1664 traita de haute trahison toutes les assemblées de plus de dix personnes (sauf celles des membres d'une fumilie) qui se feraient, en dehors de l'Éghse offlcielle, dans un but d'édification religieuse, et il les défendit sous peine d'amende et de prison. Le grand incendie de Londres (26 septembre 1666) fut, sans plus d'information, imputé aux « papistes», et la mémoire de leur prétendu attentat, en l'absencedetoutepreuve, éternisée parun monument.
Leo, Univ. -Gesch., IV, p. 102 et suiv.; Briefe Carls II, anK. Ferdinand III und Leopold I, 1049-1660 (Sybelshist. Ztschr., 1869, t. XXI, p. 342-351); Dœllinger, Kirche und Kirchen, p. 61, 73. La « Remonstrantia Hibernorum ad Alex. VII querimonia », défendue par Caron (ad cale, t. II des Traités des droits et libertés de l'Église gallicane, éd. Paris, 1731), donne en cinq parties un examen des censures de Louvain, essaye de justifier la remontrance par l'Écriture et la tradition, et de réfuter les objections élevées contre elle. Voyez mon ouvrage : Kathol. Kirche, p. 695 et suiv.
Le serinent du test.
208. Le roi fut bientôt obligé de publier une proclamation qui exilait de l'Angleterre tous les jésuites et tous les prêtres catholiques. Les fonctionnaires reçurent l'ordre de désarmer les papistes et d'exiger le serment de suprématie de toutes les personnes suspectes. Quiconque refuserait de le prêter ou de r.:cevoir les sacrements selon le rite anglican, devait être destitué de sa charge ou renvoyé de son service. Un bill de 1670 soumit aux peines les plus sévères toutes les personnes âgées de plus de seize ans qui assisteraient à un autre office que celui de l'État ou qui livreraient leurs maisons dans ce but, ainsi que les prêtres qui en feraient les fonctions et les agents de l'Etat qui négligeraient de les réprimer. Ces lois oppressives ne diminuèrent pas le nombre des dissidents, et elles augmentèrent celui des mécontents : aussi le roi se vit-il dans la nécessité de promettre la tolérance religieuse (15 mars 1672), mais le parlement l'obligea de rétracter sa promesse (1673).
L'Eglise officielle, quoique déjà ruinée au dedans et brouillée avec le dogme de la purification, discrédité par,Bull, Hammond, Thorndycke, etc., se montrait entièrement intolérante: le catholicisme de Catherine, reine de Portugal ; la conversion du duc d'York, frère duroi, éclairé par l'Histoire de la réformatiou du docteur Heyden, et dont la femme était déjà morte catho- Uque, irritaient les fanatiques. On établit donc le serment du test, qui rejetait à la fois la primauté du pape et la transsubstantiation. Quiconque refusait de prêter le serment de fidéhté et de suprématie, de recevoir la communion selon le rite anglican, devait être exclu de tous les emplois civils et militaires.
LE SCHISME RUSSE ET LE PROTESTANTISME. h 17
On promit secrètement aux dissidents qu'on userait plus tard de mén agemnts, mais cette promesse ne fut pas tenue. Le duc d'York et plusieurs lords se démirent de leurs fonctions ; les fanatiques essayèrent d'exclure le duc de la succession du trône (d^autant plus qu'il avait épousé en secondes noces Marie d'Esté, de Modène), et de le remplacer par l'un des fils naturels du roi ou par le prince d'Orange, car Charles H n'avait point d'héritiers légitimes. Le prince d'Orange épousa, contre le gré de son frère, la princesse Marie d'York, et chercha à s'assurer le trône d'Angleterre , tandis qu'on nouait partout des intrigues contre le roi et les catholiques.
Leo, op. cit., p. 12i etsuiv.; Dœllinger, p. 142 etsuiv., 144. Nouvelle persécution des catholiques.
209. La prétendue conjuration papiste, qui n'était qu'un tissu de mensonges ourdi par Tites Pate, produisit une immense fermentation : les prisons se remplirent de catholiques, le duc d'York dut quitter le pays pour quelque temps, et les princes catholiques furent expulsés du parlement. Six jésuites et plusieurs autres personnes moururent sur l'échafaud (1677-1079). La situation du gouvernement devenait chaque jour plus difficile. Deux fois un bill fut présenté pour l'expulsion du duc d'York, la maison haute s'y opposait, et le roi n'avait plus d'autre ressource que d'ajourner le parlement : il en fit souvent usage. La multitude, aveuglée par sa fureur, ne voyait dans les catholiques que des assassins et des conspirateurs. On envoya des émissaires en Irlande, et Ton promit de grandes récompenses à quifonque signalerait des séditions : car il semblait impossible aux protestants d'Angleterre que les catholiques L'iandais, privés du libre exercice de leur culte, pussent être des sujets fidèles. Ou se trompait. Une poignée de misérables qui, souvent rétribués, imaginaient des conspirations apocryphes, qui ne semblaient pas môme plausibles, voilà tout ce qu'on put trouver. Sur des accusations non démontrées, le primat catholique d'Irlande, Olivier Plunkett, esprit très pacifique, fut emmené en Angleterre et mis à mort.
En Ecosse, les covenantaires et les épiscopaux continuaient
leurs insignifiantes escarmouches. Le 3 mai 1678, l'archevêque de Saint-Andrews, Sharp, fut assassiné par une bande de fanatiques ; une insurrection s'ensuivit, mais le duc de Monmouth défit complètement les rebelles. Une seconde révolution se préparait en Angleterre ; le parti de la campagne affaiblissait l'autorité du pouvoir, qui ne pouvait se passer du parlement qu'avec les subsides de la France. Le duc Jacques d'York ne voulut jamais, en sa qualité de catholique, prêter le serment du test; il se fixa en Ecosse, et retourna à Londres après que l'autorité du gouvernement eut été rétablie (mai 168i). Ni son influence ni la conversion secrète du roi ne procurèrent beaud'avantages aux catholiques.
ODMIAGES A CONSULTER SUK LE N° 209.
Leo, p. 123 et suiv. ; Hume, Gesch. von Groszbrit, t. XIX, c. ii, an. 1678; Lingard, t. XIll, p. 60 et suiv. ; Mazure, Hist. de la révol. de 1688 en Angleterre, Paris, 1825, 1, 166 et seq. ; Ranke, Engl. Gesch., t. V, p. 76 et suiv.
- Conversion de Charles II.— Jacques 1er.
210. En 1662, Charles II avait dépêché au pape un agent secret chargé de demander la pourpre pour son parent Louis Stuart, seigneur d'Aubigny. La réponse négative, enveloppée dans des formes polies, n'offensa point le roi. Ce prince, qui s'écartait de plus en plus du protestantisme, envoya à Rome une profession de foi avec plusieurs propositions concernant la restauration du catholicisme. Charles songeait à établir une organisation religieuse rai-protestante et mi-catholique, dans laquelle il conserverait la suprématie en qualité de vicaire du pape. Rome la trouva inadmissible. Charles, qui avait mené une vie désordonnée en Hollande et dans l'île de Jersey, fit élever plusieurs de ses fils naturels sur le continetit.L''un d'eux, Jacques Stuart, surnommé de la Cloche (1667), passa au catholicisme et fut plus tard appelé à Londres. Son père, qu'il décida à embrasser la foi, n'osa pas la professer en public. Charles II changea de conduite à partir de 1680. Tombé malade, il refusa le secours des prélats anglicans, se confessa au bénédictin Huddleston, chapelain de la reine, reçut l'extrême-onction et la communion et mourut le 5 février 1683, âgé de cinquante-quatre ans.
Son frère Jacques II lui succéda sans éprouver aucune résistance. Il déclara immédiatement qu'il voulait maintenir la constitution de rÉ,2:lise et de l'État ; mais, comme il était ennemi de toute dissimulation, il se montra franchement catholique, et assista à la messe dans la chapelle de sa femme. 11 s'appliqua à faire passer la tolérance religieuse dans les actes, rendit la liberté à plusieurs milliers de catholiques et à 1.200 quakers, obtint de la France des secours en argent, et trouvabeaucoup de complaisance dans son premier parlement écossais, ainsi que dans le premier parlement d'Angleterre. Le duc de Monmouth, qui s'éleva contre lui, fut jeté en prison et décapité.
Istoria délia conversione alla Chiesa cattolica di Carlo II. (Civiltà cattolica, 1863, v. VI, p. 388,697 et seq. ; vol. VII, p. 268, 413 et seq., 671 et seq.) Rapportd'Huddleston, theEnglish. Catholic Library, Lond., 1844, p. 44 et seq.
* Conspiration contre Jacques II. — Sa chute.
211. Cependant une opposition de plus en plus forte ne tarda pas se à former contre .Jacques II. On vit de très mauvais œil qu'il cherchât à se créer une armée puissante, composée autant (|ue possible d'officiers catholiques ; qu'il violât souvent les lois établies; que, non content de recevoir un ambassadeur du pape, il en eût envoyé un à Rome, bien que toute relation avec le Saint-Siège eût été déclarée crime de haute trahison. Ou lui reprochait en outre d'avoir rétabh la haute cour de commission, de persécuter les évêques anglicans qui lui résistaient, d'en supprimer plusieurs ; d'avoir suspendu Gompton, évêque de Londres, chef de l'opposition dans la maison haute, qui n'avait pas observé la défense de faire des sermons de controverse (6 septembre 1686). Déplus, la vie dissolue du roi soulevait la reine contre lui et donnait un grand scandale.
Il y avait deux partis dans le conseil de Jacques II. Les efforts qu'on faisait pour lui gagner des dissidents, le passage de plusieurs anglicans dans les différentes sectes, la déposition d'une foule de fonctionnaires, les dispenses du serment du test, l'abandon des anciennes lois pénales, la préférence donnée aux catholiques dans toutes les branches de l'administration, provo quèrent la haine du clergé de la haute Église, qui avait ton-
520 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.
jours de l'influence sur les masses populaires. La liberté absolue de religion, proclamée en avril 1687, fut applaudie sur le continent, mais excita une vive répulsion chez les anglicans rigides et surtout parmi les presbytériens écossais. LeS ecclésiastiques qui refusèrent de donner lecture de l'édit de tolérance, furent poursuivis en justice. Le clergé anglican, entamé dans ses privilèges, fut soutenu par les universités d'Oxford et de Cambridge, etl'aigreur contre le roi croissait de jour en jour. En vain les aml)assadeurs de TEspagne et de l'empereur, le pape Innocent XI lui-même, l'avertirent de ne rien précipiter, de ne pas tenter l'impossible. Jacques II, déjà avancé en âge, poursuivait presque sans ménagements son projet de restaurer le catholicisme, et froissait de plus en plus les protestants, déjà fort inquiétés parles mesures sévères prises contre les partisans de Monmouth et par le sort de leurs coreligionnaires expulsés de France.
Le mécontentement du dedans trouva un auxiliaire dans la politique du dehors. Jacques II était impliqué dans les réseaux de la politique française. Ses deux filles avaient été élevées dans le protestantisme et mariées à des protestants. Marie, femme du prince d'Orange, était l'héritière du trône. Le prince de Galles étant né sur ces entrefaites (10 juin 1688), la perspective d'une descendance catholique accrut la mauvaise humeur des protestants, dont plusieurs déclarèrent l'enfant substitué, et elle irri taie prince d'Orange, qui, aspirant au trône d'Angleterre, se laissait encourager par les Anglais exilés en Hollande à faire la guerre àson beau-père. Jacques II, malgré les avertissements de la France, refusa de croire aux intrigues de Guillaume et semblait fermer les yeux aux périls (jui le menaçaient. O'iand es prélats qu'il avait jetés en prison furent délivrés par les conjurés, le peuple applaudit en haine du roi.
Le 30 juin 1688, cinq des seigneurs les plus influents invitèrent le prince d'Orange à prendre le gouvernement de l'Angleterre. Guillaume débarqua avec une armée. En vain Jacques II essaya-t-il d'apaiser les épiscopaux par une multitude de concessions; en vain flt-il appel à la fidélité de son peuple: les évoques et le clergé anglican, qui avaient si longtemps prêché l'obéissance passive, adulé le roi en lui parlant de son pouvoir illimité, se tournèrent presque tous du côté de l'usurpateur;
il n'y eut que quatre cents non-jureurs qui lui refusèrent le serment. La politique do temporisation de Jacques II, qui laissa le temps à un complot de se développer dans son armée ; la défection du second de ses gendres, le prince George de Danemark, et celle du duc d'Ormond; la trahison, qui faisait chaque jour de nouveaux progrès : telles furent les causes qui assurèrent la victoire à Guillaume d'Orange. La reine s'enfuit à Calais avec le prince de Galles. Jacques 11, saisi pendant sa fuite, fut délivré par les pairs et Unit par gagner les côtes de France (25 décembre 1688). Trois heures après sou départ, Guillaïune entrait à Saint-James.
iMazure, 1. II, c. xliv et seq. ; III, ii et seq. (ibid., Avis de ßossuet sur l'édit de tolérance de Jacques); Lingard, t. XIII, XIV ; Leo, IV, p. 140 et suiv. ; Théoph. Ménard, Hist. de la révol. de 1688 eu Angleterre, 2= éd.. Tours, 18Ö8 ; Ono KIopp, der Fall des Hauses Stuart und de Succession des Hauses Hannover, Vienne, 1873-1876, 4 vol. Sur le clergé anglican pendant la Révolution : Dœllinger, Hist., p. 145-147.
Guillaume III. — Persécution des catholiques d'Irlande.
212. La révolution avait eu pour principaux auxiliaires la crainte du despotisme royal et la haine de la religion catholique; elle eut pour conséquences un profond affaiblissement de la royauté, le renfort de la puissance du parlement et une aggravation de servitude pour les catholiques. Guillaume, en abordant en Angleterre, avait déclaré qu'il ne voulait que garantir la constitution et la religion, qu'il n'écarterait pas le roi et ne troublerait pas la succession au trône. Mais un parlement illégalement convoqué transforma la fuite de Jacijucs II en abdication, rédigea un acte degarantie, et conféra la dignité royale à Guillaume III et à sa femme (21 février 1689).
Plusieurs refusèrent de prêter serment au nouveau roi, tout en se soumettant de fait à son gouvernement. Les Ecossais déclarèrent que Jacques II était déchu desesdroits, et offrirent la couronne à Guillaume III ; mais ils rétablirent la constitution presbytérienne et le calvinisme rigide. Les catholiques d'Irlande, demeurés sans droit et sans patrie dans leur propre pays, même sous le règne de Jacques II, défendirent seuls les tlroits du souverain légitime contre son gendre parjure, « le Libéra-
tenr ». En mars 1689, Jacques arriva lui-même avec 5,000 Français en Ecosse, fui presque universellement reconnu, et convoqua un parlement. Mais, le 1 ■" juillet 1690, il fut vaincu par Guillaume et dut encore une fois se réfug-ier en France.
Par le traité de Limerick (octobre 1690), l'Irlande se soumit au vainqueur, à condition qu'elle jouirait de la liberté religieuse qui lui avait été accordée sous Charles II. Guillaume manqua à sa parole et traita les Irlandais comme des ilotes. On leur enleva de nouveau, au profit des Hollandais et en punition de leur vidélité au prince légitime, cent mille journaux de terre. Leur sort fut encore aggravé dans la suite : on récompensa l'apostasie, on expulsa les évoques et on leur défendit de rentrer sous peine de mort; on exigea des prêtres le serment de garantie (contre losStuarls), onexorçi leplussévère coiitrôleet l'on mit desobstacles à l'exercice du culte. Il ne fut pas même permis aux Irlandais d'établir des écoles. La tyrannie faisait chaque jour de nouveaux progrès.
Vicariats apostoliques en Angleterre.— Intolérance contre les
catholiques.
213. Le pape Innocent XI avait nommé en 1685 l'évêque d'Âdrumète, JeanLeyburn, vicaire apostolique dos catholiques anglais; il partagea ensuite l'Angleterre en quatre districts, et lui adjoignit, le 30 janvier 1688, trois autres vicaires. Cependant les sociniens et les « papistes » demeurèrent exclus de l'acte de tolérance de 1689, qui supprimait toutes les lois pénales édictées depuis Elisabeth contre les protestants dissidents. Les papistes devaient résider à dix lieues de Londres et ne point ouvrir d'écoles. Il fut décidé que les enfants des catholiques qui se feraient protestants obtiendraient les biens d(yeurs parents. Les exécutions à mort furent rares ; mais on continua d'imposer des amendes et la prison, d'exclure les catholiques de tous les emplois, de récompenser les apostats. En 1698, tous les çatholiipies furent exclus du trône, La reine Marie mourut le 7 janvier 1695; Guillaume III lui survécut encore q'ielques années (mort le 19 mars 1702).
La reine Anne. — George 1er. Oppression des catholiques
irlandais.
214. Le trône fut occupé par la seconde fille de Jacques 11, Anne, mariée à George de Danemark (1702-1714). Le parlement anglais et le parlement écossais se réunirent (1707), et les dissidents furent soumis à de nouvelles restrictions. En Ecosse, l'Église presbytérienne dut tolérer à côté d'elle l'Église épiscopale. Depuis 1712, le pouvoir civil refusa son concours pour forcer les coupables à comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques, et quand les divisions se furent multipliées, il accorda une plus grande liberté en matière religieuse. Cependant le joug le plus accablant pesait sur les catholiques d'Irlande : on les astreignait à payer la dîme et autres redevances au clergé protestant ; on les déclarait incapables d'acheter des biens et de les affermer pour plus de vingt ans, d'hériter de parents protestants tant qu'il restait des protestants dans la famille ; ils étaient livrés sans défense aux avanies des fonctionnaires protestants et ne jouissaient d'aucune protection légale. Être catholique était à la fois un déshonneur et un crime. Aussi, lorsque Anne mourut sans laisser d'enfant (12 août 1714), son frère .Jacques-Edouard Stuart fut exclu du trône et l'on y éleva George I" de Brunswick-Lunebourg, fils de l'électeur de Hanovre Ernest - Auguste , et do Sophie, nièce de Jacques I".
La haine contre les catholiques enleva au prétendant Jacques- Edouard Stuart (mort en 1766) et à ses deux fils, Charles- Edouard-Louis (mort en 1788), et Henri-Benoît (mort en 1807 cardinal-évèque), toute perspective sur la couronne. Sous les trois rois qui portèrent le nom de George, la puissance du parlement et des ministres se consolida ; l'Église officielle fut de plus en plus exploitée par le laïcisme, et tandis que l'indifférence religieuse donnait aux Anglais et aux Écossais le droit de ne pas appartenir malgré eux à l'Église d'État, elle ne procurait pas le moindre adoucissement aux cathohques, pas même en Irlande. On refusa de reconnaître leur existence légale, on les exclut de toute culture, on les retint dans la pauvreté et le mépris ; les lois semblaient plutôt les exciter à la révolte que les en détourner, les opprimer que les protéger.
Les fidèles, mal gré leur dénuement, étaient obligés etd'entretciiir leurs prêtres, et de payer la dîme à un clergé anglican sans ouailles et possesseur de plus de deux raillions de journaux déterre, et de subir les plus cruelles exactions. Ils n'éprouvèrent quelques soulagements insignifiants dansle principe, que depuis les guerres d'affranchissement d'Amérique : à partir de 1772, on leur permit d'affermer des marais improductifs et de prêter le serment exigé des sujets ; en 1778, leur condition se rapprocha davantage decelle des autres dissidents ; en 1 793, ils obtinrent un droit restreint, et en partie actif, d'élection au parlement, mais non le droit passif. On supprima aussi le système immoral de conversion appliqué aux enfants ; maison continua d'exclure les catholiques des fonctions publiques, et on les empêcha de fonder des écoles et dos collèges. Le fanatisme protestant opposait encore à tous les adoucissements une résistance fanatique.
Le désespoir, l'influence des idées de liberté mises eu vogue parla France, la violenceenfin des persécutions, suscitèrent une révolte (1781) qui fut désapprouvée du clergé catholique. Soutenue et organisée en partie par les protestants, elle amena la réunion définitive de l'Irlande avec l'Angleterre et l'abolition du parlement irlandais (1801).
Situation de l'Ecosse.
2J5. L'Éghseépiscopalienue d'Ecosse, qui semblait avoirdéfmiti vement triomphé sous Charles II , fut obligée, sous Guillaume II , décéder la plupart des églises et des presbytères à l'Église nationale presbytérienne, et se vit de jour en jour plus asservie et persécutée. Après les dernières révoltes des habitants des hautes terres en faveur des Stuarts (17-45), le parlement britannique, bien(|ue la maison basse comptât cinq cent treize membres sur cinq cent viugt-huit,quiappartenaieutà'rÉgliseépiscopalienae, le parlement publia toute une série de lois pénales contre cette Église, établie en deçà du Tweed. Ces lois placèrent le clergé épis copalien sous la dépendance absolue de ses ennemis implacables, les presbytériens, et lui attirèrent une cruelle persécution, quoique moins dure que celle qui s'appesantit sur le clergé catholique. Les Écossais détestaient le systèmeépiscopal comme une imitation du papisme, dont la haine formait en quelque
sorte l'essence de leur religion : c'était pour eux une espèce d'idolâtrie atténuée.
L'invasion de l'indifréreutisnie, jointe à des mesures ultérieures du parlemeat et au zèle des épiscopaux , rendit à la haute Église une plus graade liberté de mouvement. Cependant le peuple écossais, bien qu'il se donnât pour le peuple le plus religieux du monde, avait de plus en plus dégénéré. Malgré le grand nombre d'églises que la fureur destructive de Fox avait renversées, au point qu'on était obligé de célébrer le culte dans les plus misérables cabanes, les Écossais n'en bâtirent pas une seule pendant tout le dix-huitième siècle. Le peuple était appauvri ; un cinquième se composait de mendiants qui erraient deçi de-là, et de vagabonds adonnés à tous les vices. Pour entraver les progrès de la barbarie, le patriote André Fietcher, de Saltoun, avait déjà proposé en 1700 d'établir l'esclavage.
Parmi les prédicants, on vit surgir vers 1750 la théorie du moderantisme, qui se révélait par des doctrines pélagiennes et sociniennes, évitait d'approfondir les dogmes, et se bornait à prêcher sur des sujets de morale. Les gens du peuple considéraient ces prédicants comme des incrédules, et la plupart n'assistaient pas à leur culte.
Leo, IV, p. 146 et suiv.; Beaumont, I, 98 et se({.; Statuta Parlamenti Hibern., Dublin, 1779,18 vol. ; Mejer, Propag., 11, p. 58; Pie IX, const. 29 sept. 1850 (Acta Pii L\, vol. I, p. 235 et seq.) ; Dœllinger, op. cit., p. 79 et suiv., 149 et suiv., 260 et suiv., 269 et suiv.
Les royaumes scandinaies.
Situation du Danemark.
216. En Danemark, la royauté exerçait un pouvoir absolu, la puissance de la noblesse était brisée depuis 1690, et la loi royale de 1665 attribuait au monarque une puissance illimitée. La misère des paysans fut aggravée par la loi despotique de 1687. Le servage, aboh en 1702, fut remplacé parla glèbe, qui n'en différait pas beaucoup. Au dix-huitièuie siècle, la population était en décroissance et l'enseignement du peuple au plus bas degré. L'Église luthérienne pliait sous le joug du roi, elles évêques nefa isaient aucun effort pour recouvrer l'indé-
pendance religieuse. Lescontroverses doctrinales étaient vidées par des rescrits royaux; l'université de Prague, la seule qui existât, ne s'occupait que des théologiens agréables à la cour.
Les lois sévères du Code de Christian V (1683) contre les catholiques furent sans doute mitigées avec le cours du temps, mais non abolies. Elles émanaient des décrets rendus par Christian IV en 1613, 1624 et 1643 (1588-1648).
Des rigueurs furent provoquées par le prosélytisme de quelques convertis danois, prêtres à Braunsberg, qui étaient venus clandestinemcntdansle pays. Lessouverains étaient obligés parla loi royale de maintenir le luthéranisme, et leclergé surveillait d'un œil soupçonneux tous les agents de Rome.
Le vicaire apostolique Nie. Sténo, évoque de Titiopolis (1677- 4686), avait également reçu des pouvoirs pour le Danemark. Les lois de 1683 défendaient sous peine de mort à tout prêtre catholique, et principalement aux jésuites, de séjourner dans le royaume, et il fut interdit de les recevoir sous peine du châtiment réservé à ceux qui recèlent des gens placés hors la loi ; ceux qui retournaient au papisme étaient exilés, perdaient leurs biens et devenaient incapables d'hériter. Fréquenter les écoles des jésuites rendait inhabile aux fonctions ecclésiastiques et scolaires. Le corps diplomatique avait seul la permission d'exercer un culte étranger dans sa résidence, à l'exclusion de toute personne du dehors.
L'ambassadeur de France, Hugues de Terlon, qui avait rendu à Christian V de nombreux services, obtint en 1671 la permission de construire à Copenhague une demeure avec une chapelle et un cimetière; mais il dut s'engagera n'en pas faire usage, à ne permettre aucune procession et à n'invoquer aucun secours du dehors. Les étrangers qui travaillaient aux manufactures de laine, obtinrent en 1698 le libre exercice de leur culte et quelques privilèges dans certaines localités, nota mment pour l'île de Nordstrand, dans le Schlesv^ig, pour Friedrichsstadt (1625), Altena (1658), Glückstadt (1662), Friedericia, dans le Jiitland (1682), où deux jésuites fonctionnaient. Mais on interdit les cérémonies publiqjies (1702) et le prosélytisme (1742).
Concession d'une église aux catholiques.
217. Dans la capitale du pays, les catholiques obtinrent une cglisö en 1751, en vertu d'un traité conclu avec Marie- Thérèse, qui, de son côté, permit d'érig-er à Vienne une chapelle pour les luthériens danois. Depuis 1777,ilfnt loisibleaux sujets qui résidaient dans les colonies des Indes orientales d'avoir une chapelle anglo-catholique avec un ecclésiastique, et aux catholiques deCopenhagued'ouvrir une école, afin qu'ils n'envoyassent plus leurs enfants à l'étranger. Mais à part quelques faveurs partielles, l'ancienne sévérité fut maintenue. En 1777 et 1779, il fut encore interdit aux prêtres réguliers de mettre le pied dans le pays sous peine de mort.
De 1699 à 1766, des mesures de prudence furent prises contre la diminution du nombre des luthériens par suite des mariages mixtes. Les prêtres qui recevaient un Danois dans leur église, ne pouvaient plus demeurer dans le pays, et les Danois catholiques qui en décidaient d'autres à se convertir, subissaient un c:nprisonnement de plusieurs années. Les militaires catholiques
li contractaient un mariage mixte, devaient s'engager à éle-
;r leurs enfants dans le luthéranisme ; les enfants des catholiques devaient être baptisés par lescuréset élevés dans leluthérmisme. Les catholiques demeurèrent complètement exclus h!s hautes fonctions ; leurs prêtres ne pouvaient administrer les icrements que dans certaines localités privilégiées, et il leur i illait encore une permission expresse. Depuis 1709, il fut permis à un prêtre catholique de Glückstadt de se rendre de temps en temps à Rendsbourg, et depuis 1757, d'y résider, mais avec des pouvons singulièrement restreints.
Dœllinger, p. 84, 99, 362 et suiv. ; Mejer, il, p. 265, 29o ; Aperçu sur l'élut des catholiques dans les États du roi de Danemark selon les lois du pays, par Schlegel, membre delà conférence, dans Theiner, Sammlungeiniger wichtigen Actenstücke zur Gesch. der Emancipation der \';itholiken in England, Mainzenez, 1833, p. 63-76 ; Mattliiœ, Kirchenrlassung der Herzogthumer Schleswig und Holstein, 1 part., Flensu'g, 1788, [). 316; Schröder, Hdb. der vaterlaendischen Rechte in aen Herzogthumer Schleswig und Hostein, Altona, 1784, I, p. 191- 198 ; Reuters, Theol. Repertorium, t. LXX, p. 188.
Situation de la Suède.
218. En Suède, à la mort de Gustave-Adolphe (1632), on songea surtout à établir la république ; cependant la proposition fut rejetée, et l'on rendit hommage à sa fille Christine, âgée de six ans. Lorsque Christine prit elle-même les rênes du gouvernement en 1644, elle s'appliqua aux affaires de l'État avec un zèle admirable, et sut par ses talents leur imprimer une direction vigoureuse. Elle s'efforça de diminuer la puissance de la noblesse, lit admettre la succession de son cousin, le comte palatin Charles-Gustave, se livra à une étude sérieuse des classiques et des Pères de l'Eglise, manda des savants à sa cour, tels que Saumaise et Descartes, et montra un caractère vraiment viril. Elle refusa de se marier, parce qu'elle ne voulait point être soumise à un homme. Mécontente de la situation du pays, elle tourna son esprit vers les questions rehgieuses. Elle partageait ledésir de son ancien précepteur, ledocteur Jean Matthiae, de voir réunir les différentes confessions religieuses, et songeait à fonder dans ce but une académie théologique ; mais elle rencontra de grands obstacles dans le fanatisme luthérien et dans les états. Affermie par des savants étrangers dans sa répugnance pour la religion du pays, tourmentée de doutes pendant quelque temps, de plus en plus initiée à la doctrine catholique par les soins du jésuite Antoine Macido, qui résidait auprès de l'ambassadeur de Portugal, elle résolut enfin d'embrasser le catholicisme et de renoncer à la couronne.
En octobre 1651, les états la décidèrent à ne pas abdiquer encore, et elle ne fit cette démarche que le 24 juin 1654. Elle se rendit ensuite à Hambourg, puis à Bruxelles, où elle embrassa secrètement le catholicisme en 1655. Elle en fit la déclaration pubhque à Innsbruck. Charles-Gustave régna dès lors sur la Suède sous le nom de Charles X, fit la guerre à la Pologne et au Danemark, et mourut de la fièvre en 1660. Sa veuve, Eleonore de Holstein, futchargée de la régence pendant la minorité de son fils Charles XI, âgé de quatorze ans, et obtint, grâce à la France, des conditions de paix favorables. La régente (jusqu'en 1672) se montra oppressive et tint le pays dans une pn»fondß servitude : le jeune roi en profita plus tard pour accroître sa puissance.
Charles XI. — Charles XII. — Gustave III.
219. La nouvelle doctrine n'avait pas protégé la royauté contre la révolution. La noblesse, qui dominait complètement sur le clergé luthérien, opéra une séparation entre le haut et le bas clergé, et exclut des emplois publics les fils des prédicants. La condition des paysans avait décliné ; le peuple était malheureux et opprimé. Bientôt l'autorité du roi ne connut plus de bornes. En 1680, les états déclarèrent que le roi n'était astreint à aucune forme de gouvernement, et en 1682 ils le déchargèrent de l'obligation de consulter les états avant de rendre des lois et des ordonnances. La loi, c'était la volonté du souverain. En 1693, il fut expressément déclaré que le roi était investi d'un pouvoir illimité.
Charles XI (mort en 1697) eut un règne brillant au dehors ; son fils Charles XH, par la multitude de ses guerres, conduisit le pays au bord de l'abîme ; il fut tué on 1718. Alors fut rétabli le pouvoir de la noblesse, plus oppressif encore que la monarchie absolue. Gustave 111 (1772) acquit encore un pouvoir illimité, mais il ne put le maintenir, et en 1792 il succombait victime d'une conjuration de la noblesse. L'Église luthérienne n'avait que peu d'influence sur le peuple ; l'immoralité faisait continuellement de nouveaux progrès, et le culte catholique n'était pas toléré. La jeunesse catholique de Suède était élevée au collège germanique de Rome, au collège de Fulde, au collège Hosianum de Braunsberg et dans d'autres établissements analogues d'Olmutz et de Linz. L'exercice du culte catholique ne fut permis aux étrangers que depuis 1778. L'édit de Gustave III, du 24 janvier 1781, était encore d'une sévérité draconienne contre les catholiques, et la tolérance accordée en 1784 ne faisait que de médiocres concessions.
Cependant, le 30 septembre 1783, Pie VI érigea un vicariat apostolique pour la Suède. Plusieurs princes suédois, habitués à faire de grands voyages, étaient devenus plus favorables au catholicisme; en 1771, le prince royal et son frère s'étaient exprimés à Paris en des termes très favorables sur Clément XIV, et Gustave III lui-même, quand Pie Vi lui recommanda les quelques catholiques de la Suède (1780), lui signala les adoucissements déjà introduits. Un prêtre français, Oster,
fut particulièrement recommandé au roi par le souverain pontife.
Grauert, Christine von Schweden und ihr Hof, Bonn, 1837, 2 vol.; Ranke, Psepste, III, p. 77-103 ; Boero, S. J., Convorsioni alla fede call, di Cristina regina di Suezia, di Carlo II re d'Inghilt e di Federico Auguslo duca e elettore di Sassonia, cavate da documenti autentici ed originali, Modeua, 1874 ; Gejer, Ueber die inneren gesellschsftlichen Zuslsende unserer Zeit mit besonderer Rücksicht auf Schweden, Stockholm, 184ö ; Dœliinger, p. 105-108 ; Theiner (ci-dessus, § 216), p. 77 et suiv. (édit. de Gustave III en 1781) ; le même, Schweden und seine Stellung zum hl. Stuhl., I, p. 494, 523 et suiv., II, p. 153, 322 ; Hist. du pontif. de Clément XIV, vol. II, p. S1.52j Epist. ac Brevia Clem., n. 315, p. 382 et seq. ; Mejer, Propag., II, p. 143, 148 ; ibid., p. 582, sur le séminaire de Linz, fondé eu 1698 pour les jeunes Suédois ; il était en relation avec le pensionnat construit à Schwerin en 1739.
La Pologpiic.
Mesures restrictives contre les dissidents.
220. En Pologne, les dissidents avaient successivement obtenu (de 1569 à 1587) une multitude de droits et de faveurs, mais ils en abusèrent tellement que les catholiques furent obligés de les restreindre, et c'est ce qui eut lieu notamment dans les diètes de 1717 et 1733. Après la mort du noble Jean Sobieski (17 juin 1696), Frédéric-Auguste de Saxe, devenu catholique, fut, grâce à l'appui de l'empereur Leopold et à d'importantes distributions d'argent, élevé sur le trône de Pologne, devenu de plus en plus le jouet des puissances étrangères : on le vit surtout après la mort d'Auguste P'' (1733), lorsque Stanislas 11 Leczynski et Auguste II furent simultanément élus à la royauté. Les dissidents, à qui l'on contestait déjà l'égalité de droits avec les catholiques et la faculté de construire de nouvelles églises, furent exclus de toutes les fonctions de l'Etat et de la représentation nationale, et l'on déclara coupables de haute trahison ceux qui invoqueraient la médiation des puissances étrangères sur dus questions religieuses.
Dans la ville protestante de Thorn, le magistrat avait refusé aux catholiques toute espèce de droits ; en 1724, la populace luthérienne se rua sur une procession et saccagea le collège
des jésuites. On ordonna une enquête : le bourgmestre, le viceprésident Zernike et neuf bourgeois furent condamnés à mort et exécutés, hormis Zernike, malgré l'intervention du nonce du pape. L'irritation ne fit qu'augmenter. En 1736, la diète impériale de pacification accorda aux dissidents la paix, la garantie de ce qu'ils possédaient et l'égalité des droits personnels ; mais elle maintint la défense de tenir des assemblées secrètes et de recourir aux cours étrangères. D'autres ordonnances furent rendues, et en 1743 on interdit aux prédicauts luthériens de baptiser et d'instruireles enfants issus de mariages mixtes.
Ouvrages a consulter sur le n° 220.
Jusdissidentium in regno Polouise s. Scrutinium juris in reet ad rem theol. jurid., Varsav., 1736, in-f°, p. 192 etseq.; Rulhière, HisL. de l'anarchie de Pologne, Paris, 1807, 11,280 et seq. ; Friese, K-G. Polens, II, th. 2 ; Walch, Neueste Rel-Gesch.; IV, p. 1 et suiv., VIII, p. 3 et suiv.;Huth, II, p. 233 et suiv.; Vodzko, Gesch. Polens, en allem, par Grüner, BerUn, 1892, p. 276 et suiv.; (Jahlonski) das Betrübte Thorn, Berhn, 1723 ; Bollstsendige Nachricht von dem am 18 sept. 1724 vorgegangenen Tumult zu Thorn, Danzig, 1725.
Iraxrtixtion de la Russie et de la Prusse.
221. Cependant les protestants continuaient de s'adresser à la Prusse, à la Russie et autres puissances non catholiques. Après la mort d'Auguste II (1733-1763), deux frères lithuaniens et deux frères polonais, issus des familles deGrabowski et de Golz, offrirent la couronne de Pologne à Christian-Frédéric, prince électeur de Saxe. Mais après sa mort (13 décembre 1763), ils so rattachèrent au parti prusso-russe. Au printemps de 1764, Frédéric II et Catherine II s'engagèrent par un traité secret à maintenir, au besoin par les armes, la hberté des élections en Pologne — source de tant de maux — et à ne rien négliger pour que le trône de ce pays ne devînt pas héréditaire. Ainsi fut entretenue la discorde intestine et préparé le partage de la Pologne. La Prusse et la Russie se chargèrent du protectorat sur les dissidents, et in vitèrentj' Angleterre, laSuède et le Danemark à leur prêter main forte. Puis on nomma à la royauté (7 septembre 1764) le taible comte Stanislas-Auguste Poniatowski, une créature de latsarine de Russie. Aussitôiles ambas-
sadeurs de Russie et de Pologne, que d'autres imitèrent bientôt, présentèrent au roi et à la république des mémoires en faveur des Grecs non unis et des dissidents ; et tandis qu'aucun de ces États n'accordait la tolérance à ses sujets catbioliques, ils demandèrent qu'en Pologne les dissidents eussent les mêmes droits que les catholiques, ou plutôt que ceux-ci fussent laissés sans défense devant les menées des dissidents.
La diète de 17G6 ayant renouvelé les anciennes lois contre les dissidents, et le roi hésitant à enfreindre le serment prêté lors de son élévation, des luttes violentes éclatèrent. Cependant l'influence des puissances étrangères , surtout de la Russie , grandissait toujours; dans le clergé même, il y avait des hommes hostiles au Saint-Siège. Le provincial des piaristes, Stanislas Kornarski, était partisan de la philosophie française, alors à la mode, et entrait dans les plans de la Russie ; en 1767 déjà, il demandait la suppression de la nonciature. Cet homme était le théologien du roi et le directeur de la majeure partie des gymnases polonais (mort en 1772).
Raumer, Polens Untergang, Leipzig, 1832; K.-A. Menzel, XII, i, p. 1 etsuiv.j Janssen, zur Genesis der ersten Theilung Polens, Fribourg, 1863. Sur Stanislas Konarski (ouvrage de lui : die Religion der ehrlichen Leute), voy. Theiner, Clément XIV, t. I, p. 314 et seq.; 11, p. 179.
Luttes contre la nonciature. — Faiblesse des catholiques.
222. Plus d'une fois déjà, mais surtout en 1727, la nonciature de Pologne, centre de ralhement des orthodoxes, avait été en butte à des attaques. Aujourd'hui, le nonce allait subir un violent assaut et se voir délaissé par la plupart des évêqucs courtisans. En vain Clément XIII exhorta le roi et les prélats à ne pas sacrifier la cause de l'Église à leurs ennemis: en 17G7, la Russie dominait déjà la diète de Varsovie, et l'ambassadeur Repnin, qui disposait de 20,000 Russes, persécutait quiconque faisait résistance ; il fit déporter dans l'intérieur de la Russie les plus courageux d'entre les évêques (comme Soltik), remplaça le primat Labienski défunt par l'indigne comte Podoski, et régna dans le pays en maître absolu. Plusieurs dissidents s'aperçurent trop tard que c'en était fait de leur patrie.
Déjà le traité du 15 novembre 1767 donnait aux dissidents les mêmes droits politiques et religieux qu'aux catholiques, ne laissait au catholicisme que le titre de religion dominante, et fixait l'année normale à 1717. Repnin, après la conclusion du traité, demeura dans le pays avec ses Russes. La diète de 1768 décida, contrairement à la bulle de Benoît XIV, que les mariages mixtes seraient tolérés, qu'ils seraient toujours bénits par le curé de l'épousée, et les enfants élevés d'après le sexe de leurs parents. Devant les plaintes du nonce Marie-Angelo Durini et du pape Clément XIV, le roi allégua la nécessité et le grand nombre des dissidents. Le clergé protesta contre ces décrets, bien que plusieurs évèques les eussent signés comme membres de la diète. Quant aux ordonnances du pape, on n'en tint point compte, et l'on interdit an nonce la visite des piaristes ordonnée par le pape. Le roi et les premiers prélats favorisèrent la franc -maçonnerie, et le nouveau primat, ainsi que l'évêque de Posen, appuya toutes les mesures funestes aux intérêts catholiques.
Partag-es et ruine de la Pologne.
223. Déjà la Pologne était sur le bord de l'abîme. Le peuple, plein de mépris pour les hommes qui le trahissaient, n'était pas en mesure de secouer le joug de l'étranger. Depuis la confédération de Bar, qui avait prononcé la vacance du trône en 1770, une réaction énergique, mais inutile, commença contre la prépondérance russe. Des attentats vrais ou imaginaires contre la vie du roi (1771) servirent de prétexte pour sévir contre les patriotes polonais, et l'on en vint bientôt à un premier partage de la Pologne (1772) : la Russie, la Prusse et l'Autriche, cette dernière après une longue résistance, s'emparèrent de la quatrième partie de ses provinces. Le nonce protesta solennellement; son successeur Garampi fut obligé de se fixer à Vienne. Les trois puissances garantirent la possession de droit où se trouvait l'Église catholique ; mais cette promesse ne fut guère observée, surtout par la Russie, et le nonce, arrivé sur ces entrefaites, se vit déjà obUgé d'élever des plaintes. L'astuce et la violence allaient chaque jour plusloin.
En 1773, la diète de Varsjvie s'ouvrit sous do tristes auspices : Catherine II ût avancer 4,000 Russes pour surveiller les débats.
b34 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Les premières séances furent très orageuses; l'évêque de Cracovie donna sa démission, et fat traité d'insensé. L'ambassadeur russe, Stackelberg, forma avec quelques nobles corrompus une nouvelle confédération russe; les députés revêches furent menacés de l'exil, de la perte de leurs emplois et de leurs biens. Le roi Stanislas se soumit à tout et finit par entrer dans la confédération russe, qui domina désormais le ministère, la diète, le pays tout entier. Les schismatiques grecs, commençant la lutte contre les Grecs unis, leur enlevèrent 1,200 églises et les forcèrent d'adopter leur culte.
Dans le reste de la Pologne, les catholiques étaient extrêmement aigris. La constitution de 4775 interdit de nouveau aux dissidents l'accès des emplois et des dignités ; les protestants se coalisèrent contre cette mesure dans un synode général tenu à Lissa. La situation devenait de plus en plus désespérée. Eu mai 1791, les magnats do Pologne se querellaient encore au sujet d'une nouvelle constitution, qui tenait un peu plus de compte des paysans si cruellement opprimés. Le désordre augmenta. Vinrent ensuite, en 1793, le second partage de laPologne, la lutte de Kosciusko pour sa patrie, suivie d'une prompte défaite et du troisième partage (1795). Le dernier roi^ Stanislas Poniatowski, mourut à Saint-Pétersbourg, comme pensionnaire couronné; la Pologne, cet ancien boulevard contre les Turcs et les Puisses, fut livrée aux dissensions intestines et au despotisme du dehors.
Bened. XIII, 25 sept. 1728, const, 188: Bull. Rom., XIII, 366-368. Coucordat de 1737 : Riganti, Com. in Reg. Cauc, t. I, in Reg., II; Nussi, Convent., p. 64-69. Décrets de Clément Xllt, 1766 et suiv. : Bull. Rom. Cont., HT, p. 213 et seq., 251 et seq., 388 et seq., 449 et seq., 479 et seq.; const. 557,586 et seq., 591, 593 et seq., 608, 610 et seq., 629, 631 et seq., 642, 651-653. Rapports de la nonciature sur les évêques de Pologne, 21 avril et 7 juillet 1770 : Theiner, loc. cit., I, p. 441 et seq., 445 et seq. La situation en 1767-1773, ib., I, p. 314 et seq., 441 et seq. Marie-Thérèse contre le partage de la Pologne : Horraayr, Hist. Taschenbuch, 1831, p. 66; Onno Klopp, K. Friedrich II, Schaffhouse, 1860, p. 304. Son entretien avec l'ambassadeur de France (Breteuil au vicomte de Vergennes, 23 févr. 1773: Flassan, Hist. de la diplomatie frasçaise, VII, 124). Protestation du nonce et lettre du
pape: Theiner, II, p. 34 et seq., 173-177, Autres évéoements, ib., p. 181 et seq., 282-288,
La Hongrie.
Situation de la Hongrie.
224. L'épiscopat de Hongrie avait toujours beaucoup de peine à défendre les droits de l'Église et tout l'ensemble de sa position contre les empiétements des laïques et surtout des protestants. Une foule d'anciens décrets royaux rendus au seizième siècle en faveur de TÉglise n''étaient plus observés. Les questions de dîmes étaient déférées aux juges civils. Un synode de Tornau, en 1630, formula les droits de l'Église et demanda que lorsque les deux parties seraient des ecclésiastiques, elles fussent obligées de s'adresser au tribunal de TÉgliso. En 1619, les prélats avaient déjà fait une réponse énergique aux plaintes présentées au grand palatin, et signalé les abus de plusieurs magnats, surtout en ce qui concernait l'établissement des tribunaux laïques pour les affaires de mariage, tribunaux qui prononçaient facilement la séparation des époux. Ils continuèrent de défendre leurs droits, et ils le firent souvent avec un succès qui leur permit de s'en prévaloir devant Joseph II, bien qu'il ne leur fût pas donné d'empêcher une foule d'atteintes aux droits de l'Église. Les faveurs dont jouissaient les noncatholiques au préjudice des catholiques du pays, soulevèrent de fréquentes protestations (1621, 1658, 1681, 1708, 1715, 1723); mais elles ne pouvaient pas être retirées.
La lutte continuait entre luthériens et calvinistes, ainsi que les attentats des uns et des autres contre les catholiques. La noblesse protestante considérait comme une prérogative de sou droit de patronage d'expulser les curés catholiques et d'imposer sa religion aux communes. Plusieurs gentilshommes rentrés dans l'ancienne Église firent valoir ce même droit, et soulevèrent de nombreuses plaintes parmi les protestants. Les fréquents relations de la noblesse non catholique avec les Turcs et les princes de Transylvanie, ses révoltes réitérées, et surtout sa participation à la conjuration de Zriny, Nadasti et Frangipaui (1670), décidèrent Leopold 1" à prendre des mesures puur affaiblir et diminuer le protestantisme : de là de nouveaux troubles et de nouveaux excès de la part des prt>tes-
B36 BiSToiRE DE l'Église.
tants. En 1673, trente-deux prédicants, et, en 1674, trois cents furent condamnés à mort pour crime de révolte et de lèsemajesté ; ils furent ensuite graciés, et obligés soit à émigrer, soit à abdiquer leurs fonctions.
La diète d'Oldenbourg (1681) confirma la liberté religieuse accordée par le traité de Vienne, mais en réservant le droit des seigneurs fonciers. Les insurrections de Tœkœly et de Francias Rakoczy bouleversèrent de nouveau le pays jusqu'en 1711 ; puis Joseph I" accorda aux protestants, par le traité de Szathmar, l'exercice illimité de leur culte. Cependant le mécontentement persista chez les protestants tout comme chez les catholiques : les premiers se plaignirent d'être exclus des emplois publics, de n'avoir pas le droit d'imprimer leurs hvres évangéliques, d'être frustrés de leurs églises, de ne pouvoir pas envoyer les jeunes théologiens aux universités étrangères de leur choix. Les calvinistes étaient au nombre d'un million et demi; les luthériens dépassaient un demi-million.
Décrets de 1550, 1552, 56 et 57, 1560, 1569, 1622, 1627: Fejer, Jur. ac libert. eccl. Hung. codicill., p. 57, 72, 81, 157 et seq.; lioscovany. Mon., III, 120-127, n. 453-461. Synode de Tymau, 1630, ib., t. I, p. 181, n. 191; Peterffy, Conc. eccl. Hung., P. Il, p. 310. Déclaratiou de 1619 : Fejer, p. 146 et seq.; Roscovany, III, p. 112, 113, n. 44!). Faveurs accordées aux nonces catholiques : voy. la protestation du 11 mai 1621 contre les concessions introduites après coup dans le diplôme royal : Fejer, p. 15i; Roscov., III, p. 113 et seq., n. 450. Propositions du primat George Lippay, 1658, ib., p. 114-118, n. 451 ; Peterffy, II, p. 389. Protestations des évoques hongi'ois, dans Leopold I, 1687; Fejer, p. 247; Roscov., p. 118-120, n. 452. Requête de 1708, ib., p. 131-133, n. 464; Ribini, Memor. ecel. Aug. Conf., Poson., 1789, p. 518. Protestations de 1713 et 1723 : Peterffy, II, 144; Fejer, p. 332; Roscov., p. 140-142, n. 467 et seq. Le cardinal M. Fr. d'Althan, évêque de Mayence, 1731 : Fejer, p. 146, 343; Roscov., p. 146-154, n. 471 et seq.; l'ray, Hist. regum Hung., Budœ, 1801, III, 139 et seq.; Engel, Gesch. des ungar. Reichs, Vienne, 1814, t. IV, V; Feszler, Gesch. d. Ung., t. VI-IX.
La France.
Opposition contre les huguenots.
225. La France atteignit sous Louis XIV au plus haut degré de sa puissance et de son éclat extérieur. Le roi, qui voulait être maître absolu, trouvait un puisssant appui dans l'unité religieuse. Les huguenots avaient déjà été humiliés avant son règne. En 1669, lorsqu'ils osèrent, avec l'approbation du synode de xMoiitpazin, conclure un traité avec l'Angleterre, ils fiu'ent sévèrement châtiés et soumis à dos conditions encore plus onéreuses : il leur fut interdit de prêcher dans les lieux pour lesquels ils n'avaient pas une permission expresse, de contracter mariage avec des catholiques, de présider dans les assemblées des états et des magistrats. Toutes les insultes à la religion catholique furent sévèrement réprimées, elles convertis, quidevenaient chaque jour plus nombreux, obtinrent diiférents privilèges. Un agent plus efficace encore contre le calvinisme que le bras de chair, ce fut la puissance intérieure de l'Église, qui se développait de plus en plus, le rétablissement do la discipline ecclésiastique, les travaux scientifiques du clergé, qui contribuèrent beaucoup à la splendeur de la littérature française, les hommes distingués qui furent nommés aux sièges épiscopaux, le zèle que les laïques et le clergé apportèrent dans l'œuvre des conversions.
L'impatience du roi, qui trouvait trop lentes les pacifiques conquêtes do l'Église, eut de funestes effets. En 1680, il défendit atout catholique, sous peine d'exil, de passera la « religion prétendue réformée », et aux prédirants de recevoir des prosélytes, s'ils voulaient conserver le droit d'exercer publiquement leur culte. Les protestants dis[)arurent complètement dans plusieurs provinces. Dans la Normandie, où ils étaient le plus nombreux en 1600, le parlement n'en comptait qu'un seul sur quinze cathohques,
Yoy. ci-dessus §§ 7, 22. Éloges donnés par Louis XIV aux savants de l'intérieur et de l'extérieur gagnés par des pensions et des gratilications: voy. Sybel, Hisl. Ztschr., 1870, t. XXllI, p. 1-16. Conversions de calvinistes : Picot, Essai liist. sur l'influence de la religion en
France, Par., 1824, I, p. 179 et seq.; en allem., Francf., 1829; Raesz, Convertiten zeit der Ref., HI, p. 285 etsuiv. et ailleurs. Grotius disait, à propos du droit qu'on avait de retirer les concessions faites aux calvinistes (Apol. Riv. discussa, p. 22) : « Norint illi qui Reformatorum sibi imponunt vocabuluni non esse illa fœdera, sed regum edicta ob piiblicam facta utilitatein et revocabilia, si aliud regibus publica utilitas suaserit. »
Abolition de l'édit de Nantes. — Émigration des calvinistes. — JÉtablissenient de l'égalité.
226. Désireux d'arriver plus promptemeui; à purger le paj-'S de ces sectaires, Louis XIV redoubla de sévérité. Des révoltes éclatèrent en 4683 dans le Dauphiné et en 1683 à Nîmes : elles furent étouffées par la force. Les aieneurs furent mis à mort, et les autres enrent à subir des garnisaires. Les prédicauts réformés se vengèrent par des libelles. Alors parut, le 18 octobre 1683, un édit en douze articles, rédigé par le chanceier Le Tellier, sans le concours du clergé : il supprimait tous les anciens privilèges des calvinistes, ordonnait de démolir les nouvelles églises, obligeait d'émigrer tous les ecclésiastiques qui n'abjureraient pas, interdisait les réunions publiques et privées des calvinistes. Le ministre Louvois envoya ses soldats dans les maisons des récalcitrants (dragonnades).
Près de 67,000 calvinistes éniigrèrent eu Angleterre, en Hollande, eu Danemark, dans le Brandebourg et autres États du Nord. Desévêques français, tels que Fénelon, et le pape Innocent XI désapprouvèrent cette rigueur impitoyable. Le pape chargea le nonce d'Adda à Londres d'engager le roi Jacques II à faire des représentations contre celte mesure. De 1666 à 1685, vingt-deux déclaiations royales et vingt-huit arrêtés du conseil d'État parurent contre les protestants : ony célébrait l'orthodoxie rigoureusement catholique du roi très chrétien dans le temps même où il se montrait si hostile au pape, et alors qu'on lu reprochait dans divers écrits des sentiments peu chrétiens* Bossuet et d'autres ecclésiastiques s'appliquèrent à instruire les huguenots demeurés dans le pays. 11 y eut des insurrections dans plusieuis provinces, surtout dans les Cévennes. Dans le Dauphiné, les camisards montraient un fanatisme sauvage ; en 1703, les huguenots exerçaient encore des cruautés
contre les prêtres catholiques, qu'ils détestaient comme des idolâtres et des ministres de l'Antéchrist. Louis XIV mort, les lois sévères contre les huguenots ne furent plus exécutées. Un édit de Louis XYI, daté de novembre 1787, leur accorda les mêmes droits qu'aux ca'holiques.
La Roque, Mémoires de l'Église, Par., 1693, IV, 296-424; Bausset, Ilist. de Bossuet, liv. XII, c. xv el seq. (Œuvres o.ompl. de Bossuet, Par., 1846, t. XII, p. 27« et seq.); d'Avrigny, II, 128 et seq.; Caveirac, p. 19Ö ; Beiioist (prédicant calviniste), Hist. de l'édit de Nantes, Delft, 1693 et seq., 5 t. ia-4<» ; (Ancillon), l'Irrévocabilité de l'édit de Nantes prouvée par les principes de la politique, Amst., tööS; Leo, IV, p. 231- 242 ; Rulhière, Eclaircissements hist. sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes, 1783, 2 vol. in-S». Lettre de Fénelon à Seignelaj, 1686. (Œuvres compl. de Féu., Par., 1850, t. VII, p. 195 et seq.) Sur Innocent XI : l'ambassadeur vénitien Veniero, 1689; Ranke, Pœpste, III, p. 166; Mazure (ci-dessus, § 209), II, 126; Macaulay, 11, 250, éd. Tauchnitz; Dœllinger, Kirche u. Kirchen, préface, p. 33, p. 657. — Tabaraud, Supplém. aux Hist. de Bossuet et de Fénelon, Par., 1822, p. 31. Chiistianissimus christianandus, ou le Moyen de mettre la couronne de France dans un état beaucoup plus chrétien (contre Louis XIV), trad, en allem., 1678. — Frosterus, les Insurgés protestants sous Louis XIV, Par., 1868. Les camisards (de camise — chemise) avaient des prophètes et des prophétesses qui attaquaient l'idolâtrie papiste au milieu de convulsions et annonçaient la chute prochaine de la papauté. Sur eux, Brueys, Hist. du fanatisme de notre temps, Utrecht, 1737, I, 140 et seq., 291 et seq.; Il, 1 et seq.; Bordes, p. 766 et seq.; Méuard, VI, 375-415 ; Gobelin (prot.), Hist. des troubles des Cévenues, Villefrauche, 1760; Hist. des camisards, Lond., 1744, 2 vol.; Waddington, le Protestantisme en Normandie depuis la révocation de l'édit de Nantes jusqu'à la fin du xvni« siècle (1085-1797), Paris, 1862; Hugues (pasteur), Hist. de l'église réformée d'Anduze (Anduze était le dernier appui des camisards dans le midi de la France), depuis son origine jusqu'à la révol. fr., Montpellier, 1864; Picot, II, p. 397 et seq. —Édit de novembre 1789 : Mainzer Monat.^chr., 1789, p. 654 et siiiv.
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