SECTES ET CONTROVERSES PROTESTANTES
Spener et les piétistes.
Spener.
227. En Allemagne, les organes de la réaction contre l'orthodoxie pétrifiée des luthériens furent principalement lespiétistes, dirigés par Philippe-Jacques Spener, néenl635àNappoltsweller, dans la haute Alsace, prédicant à Strasbourg, puis à Francfort-sur-le-Moin, où il devint en 1666 le se:iior dos prédicants, premier prédicateur (1686) de la cour de Dresde et conseiller ecclésiastique, chassé ensuite et devenu prévôt de Saint-Nicolas à Berlin (1691), où il mourut en 1705. Spener, grâce à §e3 nombreuses expériences de la vie otà son penchant pour la mystique, dans lequel il se rattachait surtout à Tanler, s'était fait au loin de nombreux partisans. Il avait remplacé dans la chaire les discussions habituelles de polémique par l'exposition édifiante des saintes Écritures, organisé dans les maisons des réunions de piété [coUegia pietatis, depuis 1679), qu'il avait ensuite transférées dans une éghse (1632). Il trouva de nombreux imitateurs. La religion pour lui était surtout affaire de cœur ; et c'est ainsi, croyait-il, que devait la présenter tout prédicateur qui voulait produire quelque fruit.
Dans son Désir ardent, Spener censurait hardiment la corruption qui avait envahi les divers états, et cherchait le moyen d'y remédier. Ce moyen, il crut l'avoir trouvé dans l'étude assidue de l'Ecriture sainte, dans de pieuses réunions tenues en dehors du service ordinaire, dans la participation du peuple à ces réunions, dans l'établissement et l'exercice assidu du sac rdoce spirituel pour tous les chrétiens, dans la réf(.>rme de l'enseignement académique destiné aux candidats de la chaire, dans l'habitude contractée par tous d'exercer pratiquement le christianisme. Parmi les prédicateurs, disait-il, il n'en estpresijue pas un seul qui puisse sauver sa conscience; ils ne sont pas même capables de connaître leurs fautes grossières et leurs débordements, parce qu'ils n'ont pas la foi, la piété intérieure. Les autorités ont rarement une idée exacte du christianisme, et elles ne s'occupent point de sa pratique. On consulte la lettre de la Bible, mais non son esprit. On cachait au peuple
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Ce qui constituele noyau de la religion, Spener s 'appliqua à formerde pieux prédicate;irs,àexciler dansle peuple luthérien une dévotion profonde et à supprimer les livres symboliques, qui ne servaient de rien pour la vie intérieure.
Luttes à Leipzig et à Berlin.
228. Les travaux de Spener eurent beaucoup de succès ; mais sa doctrine, à mesure qu'elle se développait, révéla bien des côtés défectueux, bizarres, antinaturels. Tous ceux (iui présidaient aux heures spirituelles n'avaient pas l'esprit de Spener; souvent les associés n'étaient pas assez mûrs pour de telles expériences : plusieurs conventicules donnèrent lieu à des désordres, et l'autorité dut intervenir. L'esprit d'orgueil, la prétention de faire bande à part, le pharisaïsme, éclatèrent au grand jour.
A Francfort, les spénériens se croyaient trop saints pour remplir leurs devoirs religieux avec les luthériens ordinaires : les prédicants se plaignirent du préjudice causé à leur ministère et du mépris fanatique qu'on faisait des dogmes de foi. Une violente dispute surgit à l'université de Leipsig, où les disciples de Spener, Franke, Breithaupt et Paul-Antoine, expliquaient l'Écriture dans son senset avaient fondé un collegiwn philohiblicum (1680). Les professeurs Carpzov et Loescher, le consistoire et les prédicants les combattirent comme des séparatistes, des piétistes, des fanatiques, des contempteurs du culte divin et de la science, des propagateurs d'idées sombre ^^ et mélancoliques. Ils furent soumis à une enquête : on défendit leurs conventicules et on les expulsa (1690).
Les trois spéiiériens fondèrent alors (1694) l'université de Halle, de concert avec le juriste Thomasius. Piétistes et halliens deviiu'ent alors des termes synonymes, car la faculté théologique de Halle était exclusivement occupée par des spénériens. Les universités de Wittenberg et de Leipsig défendirent avec beaucoup de force le dogmatisme luthérien contre la nouvelle institution. La première publia un long réquisitoire contre Spener, et luiimputa deux cent soixante-quatre erreurs grossières : elle l'accusa notament d'entretenir les espérances des millénaires et tous les genres de fanatisme, de nuire à la science, de mépriser l'ÉgUse évangélique, d'enseigner des erreurs sur rni=
54^ msTOiRE DE l'église.
tordiction de toute vengeance, etc. Vers le même temps, des troubles éclatèrent dans Berlin à l'occasion du langage de Spener sur la confession et des changements que son ami, le prédicant Gaspard Schade, avait opérés de son propre chef. Spener se proposait d'établir dans chaque commune un tribunal des mœurs, où entreraient des membres de tous les états, et de renouveler l'ancienne discipline pénitentiaire; mais il rencontra une vive résistance. A la suite de cette dispute, le prince électeur autorisa l'usage de la confession, qui s'était conservé jusqu'alors, et décida qu'avant de recevoir la communion, chacun devait au moins se présenter devant un prédicant.
OUVRAGES A CONSL-LTER SUR LES N°* 227- 228.
Spener, Pia Desideria, oder Herzliches Verlangen nach gottgefaelliger Besserung der wahren evangel. Kirche (imprimé d'abord en guise de préface aux Postilla evangelica, d'Arndt, 1675, puis imprimé séparément à Francfort, 1678),- en outre : Wahrhafte Erzeehlung dessens was wegen der sogen. Pietisten vorgegangen, Francf., 1697; Walch, I, p. 540 et suiv.; II, p. 1 etsuiv.; IV, p. 1030 et suiv.; V, p. 1 et suiv.; Hoszbach, Spener und seine Zeit, Berlin, 1824 et suiv., 2 vol.; Guericke, Franke, Halle, 1827; Knapp, Leben und Charakter einiger frommen und gelehrten Mœnner des vorigen lahrhunderts, Halle, 1829; Fi-anke, Gesch. der prot. theol., II, p. 130-189, 213-240; Schmid, Gesch. des Pietismus, Nœrdlingue, 1863; Tholuck, Geschichte des Rationalismus, Berlin, 1863, sect. I, Dorner, p. 624 et suiv.
Autres progrès du piétisme.
229. L'influence de Spener continua de se faire sentir après sa mort, soit par le célèbre asile d'orphelins que son disciple Franke établit à Halle, soit par les Heures édifiantes que l'on conservait religieusement dans plusieurs locaUtés et qui satisfaisaient aux besoins religieux d'une foule de protestants, soit enfin par les travaux de quelques théologiens qui dépendaient de lui. Parmi ces derniers ou remarquait le dogmatique Buddée (mort en 1729), le philologue et exégète ßengel(mort eni7o2), Ce dernier s'occupait surtout du second avènement de Jésus- Christ, et son école produisit les théosophes Œtinger, Fricker, Phil.-Matth. Hahn et Mich. Hahn, qui se rattachaient à Boehme. Cependant le piétisme, par son mépris des livres symboliques et de toute forme précise d'enseignement, nuisait au protestau-
tisme posé, et ouvrait la porte à l'autre extrême, le rationalisme, en même temps qu'il favorisait l'orgueil et l'esprit de secte. En Danemark, les Heures édifiantes de Spener ne furent autorisées par le gouvernement qu'avec de grandes restrictions, et en Suède elles furent complètement interdites.
Buddeus, Institut, theol. dogm., Ien£E, 1723; Bengel, Nov. Test., grœce, in quo codd., vers, et editiones describuntur, Tubing., 1734; Deutsche L'ebersetz. des N. T., 1703; Gnomon Nov. Test., in quo ex nativa verborum vi simplicitas, profunditas, concinnitas, salubritas sensuum cœlestium indicatur, Tubing., 1759, in-4° , éd. IV; Steudel, ib., 1830, 1852; Dorner, p. 648 et suiv. Sur les théosophes piétistes, voy. Denzinger, Rel. Erkenntnisz, I, p. 456 et suiv.
Autres controverses.
230. Le piétisme de Spener suscita encore d'autres controverses, principalement sur la valeur des bonnesœuvres pour le salut, sur l'espérance d'un aven r meilleur, sur la théologie des non régénérés et sur les choses indifférentes {adiaphora.) Sous ce dernier terme, on entendait les choses et les actions qui ne S: -lit ni recommandées ni défendues par la loi divine : les jeux, les daiises, les théâtres, les modes, les plaisanteries, etc. Les spénériens niaient qu'il y eût deschoses indifférentes, et prétendaient que tous les actes arbitraires ont une valeur morale. Les anciens théologiens avaient soutenu le contraire. Dans plusieurs pays, les danseurs furent frappés d'excommunication.
Au dix-huitième siècle, on disserta beaucoup sur la moralité des pièces de théâtre, notamment lorsque parurent à Brème (1768) quelques comédies composées par J.-L. Schlosser, pasteur de Bergedorf . Schlosser fut attaqué, entre autres par Gœtze, pasteur à Hambourg. Jean-Henri-VincentMœltlings, professeur à Hambourg, donna en 1769 une apologie de Schlosser, qui fut critiquée par un anonyme; deux autres écrits parurent encore pour la justification du théâtre. Gœtze publia ses recherches sur ce sujet, et trouva beaucoup de vogue en sa qualité de mora ■ liste. Mœltlings et Schlosser répondirent. La dispute s'échauffa tellement, que le magistrat de Hambourg défendit sous des peines sévères d''imprimer désormais aucun écrit sur cette ma-
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tière (13 novembre 1769). Ailleurs, cette controverse suscita également de nombreux débats parmi les eatboliques (par exemple, de la part de Foggini). La faculté de Gœttingue se prononça en faveur de Gœtze.
AValch, Neueste Rel. -Gesch., I, n. 9, p. 441 et suiv., 4.^0; Schrœckh, VIII, p. 289 et suiv., 102; Klotz, Bibliothek der schœncG Wissensch., VII, p. 391; Gegen Schlosser die Hamburgischen ^achrichten aus dem Reiche der Gelehrsamkeit, 1768, Stück, 102; Hamburger Wochenblatt, 1769, u. 9; Bescheidene Prüfung zur Vertheidigung (du pasteur Schlosser), Hambourg, 1769; Gœtze, Theol. Untersuchung der Sittlichkeit der heutigen deutschen Schaubühne überhaupt, 1769, 1770; Foggini, Consultazione theologico-morale, se chi interviene per nécessita ai teatri publici vi possa intervcnire lecitaniente, Roma, 1770.
Controverse des terministes.
231. Spener s'était fait le champion de cette doctrine avancée par Jean-George Boese, diacre de Sorau, en Lusace (mort en 1700), que le temps de grâce que Dieu a d nné à l'homme ne durait pas jusqu'à la fm du monde, ainsi que le voulaient la plupart des luthériens : son dessein était de combattre l'ajournement de la conversion. Cette doctrine fut réglée par les facultés de Wittenberg et de Rostock, et aussi, dans le principe, par celle de Leipsig. Dans celle-ci, Rechenberg défendit le terminisme, et Thomas Istig (mort en 1710) le combattit. Rochenberg soutenait que Dieu n'a nullement promis de donner sa grâce au pécheur qui reste endurci jusqu'à la fin de ses jours, mais qu'il a d'avance fixé un terme, après lequel le pécheur n'a plus le temps de se convertir. On disputait aussi dans cette controverse sur les motifs qui doivent mettre en garde contre les conversions trop tardives.
Walch, Einl., part. II, p. 860 et suiv.; Schrœckh, Vill, p. 299 et suiv.; P. H. liesse, der terrainistische Streit, Marbourg, 1877,
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Les partis fanatiques en Alleniag^ue et en Holiande.
Les fanatiques de l'Allemagne.
232. Plus d'une fois déjà le fanatisme avait engendré des désordres parmi les protestants d'Allemagne. Jean-Guillaume Petersen, d'Osnabrück, né en 16i9, surintendant àLunebourg depuis i688, mort en 1727, enseignait le millénarisme et la rénovation de toutes choses; lui et sa femme étaient persuadés qu'ils recevaient de Dieu des instructions immédiates, et ils donnaient pour divines les révélations de Rosamonde d'Assebourg (Julienne), qu'ils avaient accueillie dans leur maison. Rosamonde prétendait avoir eu des visions célestes dès l'âge de sept ans; elle soutenait les doctrines de Petersen et trouva bien des imitatrices. Une sérieuse dispute s'ensuivit.
Tous les théologiens ne jugeaient pas de cette affaire avec la même réserve que Spener; plusieurs y voyaient de l'imposture ou quelque illusion du démon. On trouvait également une mystique très aventureuse dans l'école du prédicateur de la cour de Wurtemberg, Hediger (mort en 1703), et surtout dans la Rible de Berlebourg (1726-1742). On subissait enfin l'influence des camisards exaltés qui étaient arrivés de France.
il se forma, notamment à Wetterau, des communes inspirées qui soutenaient que le règne du Saint-Esprit venait de commencer et que le don de prophétie allait devenir général ; elles croyaient au règne de mille ans. Jean-Frédéric Roch, sellier de la cour de Marienburg (mort en 1749), et Eberhard-Louis Gruber étaient à leur tète. Jean-Conrad Dippel, né en 1673, théologien et adversaire d'abord des piétistes, puis des orthodoxes, depuis 1711 docteur en médecine à Leyde, aventurier immoral (mort en 1734), composa, sous le titre de Christianos Democritos, plusieurs écrits où il mêlait le rationalisme au mysticisme, rejetait la plupart des dogmes, faisait dériver la nouvelle naissauce de la lumière intérieure, recommandait la charité et la perfection, croyait que le véritable royaume de Jésus-Christ peut se passer d'autorité, que les Turcs et les païens appartiennent aussi à la véritable Église. 11 y avait de la tromperie et de l'impudicitédans la secte des buttlaristes, fondée en 1702, à Aliendorf, dans la Hesse, et dissoute trois ans après; dans la gecte de Zion, au grand-duché de lierg (1737); dans la bando
yi. — HiST. DE l'église. 35
de Bordeliim, à Holnsteiii (1749). D'autres fanatiques parurent encore, tels que Jean ïennhard, fabricant de perruques ä Nuremberg, surnommé le « Chancelier de Dieu » (1704).
Petersen, sa vie écrite par lui-même, 1717 (2^ éd., 1719), et la vie de sa femme Eleonore de Merlau, par elle-même, 1718; Schrœckh, p. 302-305 ; MoUeri, Cimbria literata, II, 639 et seq.; Dœhring, die Gelehrten Theologen üeutschlauds, 111, p. 245 et suiv.; J. Mich. Heineccius, Schriftmeeszige Prüfung der sogen, neuen Propheten, Halle, 1715 ; Langen, Nœthiger Unterricht von unmittelbaren Offenbarungen, Halle, 1715; Dippels Biographie von Ackermann, 1781; Hoffmann, Leben und Meinungen Dippels, Darmstadt, 1783; Hagenbach, K. des 18 und 19 Jahrb., I, p. 164 et suiv. Pour le reste, voy. Schrœckh, VHI, p. 305-31 1, 402 et suiv.
Les fanatiques de Hollande.
233. En Hollande, le spinosisme se propageait parmi les prédicants, et il y avait encore d'ardents débats sur le dogme de la prédestination. De ce dogme, Frédéric de Leenhoff, prédicant à ZwoUe (1703), déduisit cette conséquence que, toutes choses arrivant d'après un ordre établi de toute éternité, on peut vivre ici-bas dans une félicité constante et avoir le ciel sur la terre. 11 fut destitué. Guillaume Deurhof, à Amsterdam, accusa de spinosisme toute l'Église réformée, bien qu'il enseignât lui-même qu'il n'y a pour la totalité des hommes qu'une seule "ubstance pensante, dont les modifications constituent les âmes liucuaiiies. Pontien de Hattem (1740) disait que depuis la satisfaction de Jésus-Christ il n'y a plus de péchés, qu'il n'est pas nécessaire de songer à s'amender ; ses partisans, les hattémistes, étaient autinomistes. Isaac Verschooren voulait que tout chrétien lût la Bible dans la langue originale; c'est de lui qu'émanaient les hébreux ou hébraïsants, prédestinatiens rigides. Verschooren enseignait l'hébreu et le grec à Marie (Miriam) Vos, qui dirigeait sa communauté (1733) et y faisait des conférences. Jean de Labadie, né en 1610, apostat de l'Église et de la Compagnie de Jésus, mort à Altona en 1674, fonda les labadistes, qui accusaient l'Église calviniste d'être aussi corrompue que l'Eglise romaine, conservaient les princi-
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paiix dogmes de Calvin, mais admettaient à côté de la Bible une révélation extérieure et le millénarisme; ils aspiraient aussi à la communauté des biens. La savante Anne-Marie Schurmann, surnommée la « Minerve de Hollande », faisait partie de cette secte.
Ibid., p. 729 et suiv.; Walch, Relig. Streitigkeiten auszerhalb der uth. Kirche, t. IV.
Les herrnhuters.
Zinzendorf. — Sa constitution.
234. Les herrnhuters, issus des Frères de Moravie, suivaient une direction analogue à celle de Spener et des piétistes. Leur fondateur fut Nicolas-Louis, comte de Zinzendorf, fils d'un ministre de la Saxe électorale, né à Dresde le 26 mai 1700, élevé dans une grande piété, formé depuis l'âge de onze ans au Pädagogium de Halle, où il institua pour les enfants une société religieuse (l'ordre du Sénevé) . Depuis 1 7 1 6, il étudia à Wittenberg les deux droits ainsi que la théologie, dans laquelle il fut encouragé par le professeur Wernsdorf. A partir de 1719, il voyagea en Hollande et en France pour se conformer à la volonté de ses parents, et fit la connaissance de plusieurs catholiques, contre lesquels il protégea de son mieux sa croyance protestante. En 1721, il devint conseiller de la cour et conseiller de justice à Dresde, suivant en cela la volonté de ses parents plutôt que sa propre inclination.
Zinzendorf aurait pu jouer un rôle important, si le cercle étroit de sa confession religieuse, la force des préjugés, l'esprit de son siècle, n'avaient pas arrêté le développement de sa vie spirituelle. Médiocrement zélé dans l'exercice de ses fonctions, il l'était d'autant plus dans la pratique des œuvres de miséricorde. En 1722, il acheta ledomaine du chevalier Bertholdsdorf, dans le dessein d'y fonder une société chrétienne conforme à ses vues. 11 y nomma pour pasteur André Rothe, disciple de Spener. Afin de pouvoir vivre dans la pauvreté, il légua ses biens à sa femme, qui entrait dans ses desseins. Il permit aux Frères de Moravie de se fixer dans ses domaines ; et comme il ne se souciait point des divergences dogmatiques, qu'il ne
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visait qu'à la religion pratique, 11 essaya d'en faire une seule communauté avec les protestants. La société de Herrnhut fut établie sur le Hutberg. Zinzendorf fut soutenu par plusieurs amis, par le baron Frédéric de Wattewille, par le magistrat Sclisefer, à Gourlitz, et par Spangenberg. Mais bientôt des dissensions éclatèrent à Herrnliut : les Frères de Moravie ne voulaient ni renoncer à leurs anciennes coutumes religieuses ni se soumettre au pasteur Rottie ; les luthériens et les réformés se disputaient sur la cène. Zinzendorf, alors à Dresde, abdiqua définitivement sa charge, se rendit à Herrnhut, s'entendit avec Rothe, remit l'administration du temporel à sa femme et à son ami Wattewille, et rétablit d'abord par ses remontrances l'ordre extérieur.
Cependant, comme les Frères de Moravie persistaient à réclamer leur ancienne constitution religieuse, il concerta avec eux (mai 1727) un règlement ecclésiastique et communal conforme à leurs idées. Douze anciens furent élus pour veiller à la garde de la constitution; Zinzendorf fut nommé supérieur, et Wattewille son auxiliaire. Ils étaient assistés par les conférences des anciens (le supérieur et quatre anciens). Des fonctionnaires furent établis, c'est-à-dire un aide général, chargé de veiller à Texécution du plan fondamental; un prédicant, qui était en même temps inspecteur scolaire; des chefs de chœurs (classes des époux, des veufs, des célibataires et des enfants), des supérieurs, des inspecteurs d'établissements d'éducation et d'écoles; des administrateurs pour les afTaires extérieures.
La communauté comptait déjà trois cents membres, et elle ne cessait d'augmenter. Chaque chœur avait des fêtes et des dévotions particulières. Plus tard, les frères et les sœurs, souvent aussi les veufs, habitèrent dans des « maisons de chœurs», dans des « sociétés de chambres ». Cette transformation fut vivement blâmée par uu grand nombre de protestants, qui voyaient là luie imitation de la vie monacale des papistes. Dans plusieurs circonstances, même pour les mariages, on jetait le sort afin de connaître la volonté de Dieu. On créa aussi des établissements spéciaux pour soigner les pauvres et les malades, des associations de prières.
Le but des herrnhuters.
235. Le but principal de la communauté et de ses membres était d'accomplir le testament de Jésus Christ, l'unité de tous sous leur chef Jésus-Christ ; de tendre à cette fin par la pratique du christianisme tel que renseigne la Bible, par la vie religieuse isolée et commune. Depuis 1730, la cène fut reçue à genoux, toutes les quatre semaines; elle était précédée d'une agape et d'une allocution spirituelle (« parler »), prononcée par les anciens en guisede confession. Les prédicantset les diacres paraissaient en robes blanches. On introduisit aussi le lavement des pieds et la bénédiction des mourants par l'imposition des mains, accompagnée de prières et de chants. On étabUt des évêques, des prêtres, des diacres et des acolytes. Convaincu de la nécessité d'une ordination, surtout pour les missions étrangères, Zinzendorf chargea l'évêque des Frères Moraves émigrés, Jablonski, prédicateur de la cour de Berlin, d'ordoiiner évêque David Nitschmann, ancien charpentier, revenu récemment des Indes orientales (1737) ; puis il se fit lui-même ordonner évêque, et donnades conférences dans sa maison.
Cependant Nitschmann abdiqua sa dignité en 1741, et, gardant la haute surveillance, ne se nomma plus que « l'ordinaire des Frères ». Déjà exilé auparavant pour un court espace de temps (1732), il fut frappé d'un second exil (1737) qui, dura dix ans. En 1738, il était dans les Indes occidentales ; en 174.1, dans le nord de l'Amérique, où il renonça formellement à sa qualité de noble (1742), puis bientôt après en Hollande, en Angleterre et en Allemagne. En 1732, il était déjà à Saint-Thomas ; en 1733, il fondait une mission dans le Groenland ; en 1737, une autre mission à Ysselstein en Hollande (Heerendyk) ; en 1743, une troisième à Philadelphie en Pensylvanie; en 1747, une quatrième à Zeiss, près d'Utrecht. Sur la demande do Frédéric II de Prusse, les herrnhuters allèrent se fixer dans trois localités de la Silésie (1743). Zinzendorf survécut à la propagati<jn de sa communauté dans plusieurs pays, et mourut en 1766.Spangenberg, également (n'donné évêque, ne mourut qu'en 1792.
Point de vue dogmatique des herrnhuters. — Leur organisation.