‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 26 sur 32 · La constitution de la communauté des Frères subit des · texte numérisé non relu

La constitution de la communauté des Frères subit des

modifications successives. Les évêques dépendaient en tout des communes et des anciens. Quant à Zinzendorf, qui adhérait personnellement aux principes généraux de la Confession d'Augsbourg, il n'avait point de doctrine nettement déterminée. Son principal dogme était celui de la Eédemption, — la vraie théologie de la croix et du sang, — qui excitait la risée des protestants. Le dogme de la Trinité lui était indifTéreut: aussi tous les partis religieux étaient-ils admis dans son institution. Pour laisser à chacun la liberté de ses convictions, il divisa sa communauté en trois classes : les chrétiens de Moravie, les chrétiens luthériens et les chrétiens réformés. Chacune avait son chef particulier. Cette division n'eut pas d'influence sérieuse sur la constitution. A la division par « troupes » et par chœurs, se joignait la division par bandes, composées de deux à trois personnes, qui faisaient des visites édifiantes et s'enquéraient de la disposition intérieure des cœurs. Souvent aussi il y avait des heures de prières, qui duraient de minuit à minuit. Les controverses étaient vidées par le tribunal de la commune. Après la mort du fondateur, l'antorité suprême sur toutes les communes échut à la conférence des anciens, composée de treize membres et partagée en trois départements (les auxihaires, les inspecteurs et les serviteurs) ; mais chaque membre avait le droit de voter dans toutes les questions, et la présidence appartenait aux trois présidents des départements. Ce collège changeait souvent de résidence ; il prescrivait de temps en temps (tous les quatre ou cinq ans) un synode général, où l'on nommait les nouveaux directeurs ; ses décrets étaient publiés dans toutes les communes et avaient force de loi. Malgré cela, aucune commune ne dépendait de l'autre ; chacune avait une organisation distincte et une conférence particulière de fonctionnaires. « L'unité des Frères » passa aux yeux de tous les membres pour la seule véritable commune chrétienne, parce qu'elle est immédiatement dirigée par Jésus-Christ et représente seule la doctrine de la rédemption dans toutesaforce. Les instructions sur la mort de Jésus-Christ étaient pleines de locutions étranges et d'expressions figurées, tout à fait exclusives et bizarres. La sévérité de la discipline, qui exigeait le renvoi des membres incorrigibles, avait souvent des effets avantageux. Plus tard, l'esprit commercial l'emporta. Les protestants ortho-

LE SCHISME RUSSE ET LE PROTESTANTISME.' 55l

doxes y cherchèrent souvent un refuge contre l'incrédulité et son intolérance. Les herrnhuters donnèrent plus d'une impulsion pieuse, et comptèrent parmi les leurs des hommes d'une certaine célébrité, comme Schleierraacher. Malheureusement, leur théologie offrait de grandes lacunes, qui furent de bonne heure signalées par Baumgarten, Carpzov et ßenzel.

Ziuzendorf, Gegenwaertige Gestalt des Kreuzes Christi in seiner Unschuld, Leipzig, 1745, in-4o; DepHauToü, oder naturelle Reflexionen, 1740; Discurse über die Augsburger Confession, 1747 et suiv.; Le Brüdergesangbuch ; opuscules, Francf., 1740; Jeremias, Eine Predigt der Gerechtigkeit, nouv, éd., Berlin, 1830; Spangenberg, Leben des Grafen Zinzendorf (Barby), 1772 et suiv., 8 vol. De lui : Vera Idea Fratrum (1778); Ratio disciplinée Fratrum. Varnhagen von Ense, Leben des Grafen Zinzendorf (Biogr. Denkw., t. V), Berlin, 1830; Schrautenbach, Leben des Grafen Zinzendorf, Gnadau, 1851; Tholuck, Verni. Sehr., t. I, Hamb., 1839; Herzogs Real-Encyklop., t. XVIII, p. 505 et suiv.; Knapp, Geistl. Gedichte des Grafen Zinzendorf gcs.nmmelt und gesichtet, Stuttgart, 1845; Plitt, Zinzend. Theologie, Gotha, 1809, t. I; Mœhler, Symbolique, livre II; Hist.-pol. Bl., 1854, t. XXXill, p. 914, 985 et suiv.; t. XXXIV, p. 122, 180 et suiv.

Les quakers.

J.-G. Fox et ses partisans.

237. Le sentiment religieux, que l'Église anglicane ne suffisait pas à satisfaire, chercha à se déployer dans des sectes nouvelles, surtout dans celles des quakers et des méthodistes. Le fondateur de la première fut Jean-Jacques Fox, d'abord cordonnier, puis berger. Né à Draiton, dans le Leicestershire, mort en 1691. Nature mélancolique, Fox crut, à l'âge de dixneuf ans, avoir entendu la voix de Dieu sur une haute montagne; les anges lui étaient apparus et l'avaient appelé à prêcher la pénitence dans le monde entier. Adonné à un spiritualisme fanati(]ue, sévère dans son maintien, il se mit à prêcher publiquement do localité en locahté (1647), parlant de la lumière intérieure qui luit dans toutes les âmes humaines et à laquelle chacun doit être attentif. Dans l'anarchie qui régna à partir de 1649, il gagna de nombreux partisans. Il fut souvent poursuivi en justice pour ses déclamations violentes

8o2 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

contre le clergé et pour le trouble qu'il apportait dans le culte public; mais comme on ne pouvait lui imputer aucun délit contre la loi et qu'il était ménagé par Olivier Crom well, il recouvrait toujours la liberté. Charles II lui-même le laissa en repos. Quelques savants se joignirent bientôt à lui, tels que Robert Barclay, George Keith, Samuel Ftisher, William Penn (mort en 1718). Ce dernier introduisit la doctrine de Fox dans la province de Delaware (Pensylvaine), qui lui fut donnée par Charles II en

Le parlement d'Angleterre (1689) accorda à la secte le libre exercice da culte. Quelques communautés se formèrent égalemeiit en Hollande et dans le nord de l'Allemagne. Mais elle se répandit surtout dans le nord de l'Amérique. Les membres se nommaient de préférence les « fils » ou confesseurs de la lumière, « les amis » ; mais on les appelait communément « quakers )>,etce nom, bien entendu, ne leur déplaisait point. L'abord turbulents et fanatiques, ils devinrent plus réfléchis et plus sobres quand les trois savants dont nous venons de parler leur eurent tracé des règles précises.

Doctrine des quakers.

238. Los quakers enseignaient que l'âme de tout homme renferme une portion de la raison divine, une étincelle de la sagesse, mais obscurcie et étouffée par le corps matériel. Cette étincelle, il est nécessaire de l'allumer, si l'on veut devenir heureux. Par le péché d'Adam, une semence de mort a passé dans tous les hommes et l'image de Dieu a été détruite. Cependant cette semence de mort, tant qu'elle ne fructifie pas par notre travail personnel, ne produit point de faute : ainsi les enfants nouveau-nés ne sont pas assujettis à la mort éternelle. La rédemption est intervenue immédiatement après la chute d'Adam. Du Logos, et par les mérites du Logos, qui est apparu en personne au milieu de l'histuire, émane un principe de vie qui traverse tous les siècles et (|ui les régénère; il souffle derrière lui et devant lui, et nul ne lui échappe. La lumière intérieure qui éclaire chaque homme (principal passage de la secte, Jean, i, 9), est une force, une grâce, une révéiatioü divine (le « Christ intérieur»), un organe divin qui déve-

loppe la vie divine dans l'homme, où elle n'est encore que comme un grain de sénevé ; c'est une influence immédiate du Saint-Esprit, qui se révèle à l'homme intérieur. Chaque homme a son jour de visite, où Dieu s'approche de lui pour l'éclairer sans lui faire violence. Dieu nous fait sentir au dedans sa lumière d'une manière directe, sans signe ni parole extérieure.

Cette illamlnatiou intérieure n'a pas été remplacée par la révélation extérieure, laBible; c'est elle au contraire qui découvre le sens de la Bible, dont elle est la source, la garantie. Cette illumination est d'une nécessité absolue, car nul no sait ce qui est de Dieu, excepté l'Esprit de Dieu. Pour l'obtenir, il faut se détacher des choses extérieures et se retirer en soi-même, aüaiblir la force des sens et méditer. L'a-t-on obtenue, elle produit la connaissance religieuse et morale, d'où naît la vie pieuse et sainte. La justification est l'empreinte de Jésus-Christ en nous ; ses fruits naturels sont les bonnes œuvres, nécessaires au salut. Celui qui a été régénéré peut accomplir la loi et vivre sans péché. Les sacrements extérieurs ont été introduits par l'effet d'un malentendu : il n'y a de véritable baptême de Jésus- Christ que le baptême intérieur du feu et de l'esprit ; le corps et le sang du Seigneur sont la même chose que la lumière intérieure.

Aucun acte du culte n'est agréable à Dieu quand il est accompli par le travail et les efforts de l'homme : c'est la lumière intérieure qui doit seule et directement déterminer l'homme à agir; les prières, les instructions édifiantes doivent émaner de l'inspiration. Il n'y a point de corps enseignant qui soit spécialement chargé d'instruire les autres. L'institution des prédicateurs a donné dans l'Église la prédominance à l'élément humain sur l'élément divin ; elle a fait de la prédication un métier, un instrument des plus basses manœuvres. Tons devraient donc, même les femmes, quand l'Esprit les agite, prêcher, louer Dieu publiquement dans la communauté, prier selon les besoins de leurs cœurs et nun d'après des formules arrêtées d'avance.

Les amis de la lumière se rassemblent dans une salle privée de tout ornement et n'ayant que des bancs; ils gardent un profond silence et altei.'dent l'iaspiralion divine avec des soupirs et des gémissements. Si aucun des membres ne se sent inspiré

^M HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

d'en haut à prononcer un discours ou une prière, on se sépare en silence; ceux qui sont poussés par l'Esprit prennent la parole et font des prières, souvent en tremblant de tout leur corps. Plusieurs considèrent le récit évangéliqne comme une histoire du Christ extérieur, embellie d'ornements poétiques; d'autres enseignent que la sagesse de Dieu est descendue en Jésus- Christ, le fils de Marie, et a instruit les hommes par son organe. Ils font peu de cas des fruits do la passion du Sauveur, et insistent principalement sur la sévérité de la morale.

Partis analogues aux quakers.

239. Les quakers rejeîtent le serment, le service militaire et les dîmes; ils défendent sévèrement les jeux de hasard, les théâtres, la danse, la musique, le chant, les romans ; ils méprisent les distinctions sociales et les marques ordinaires de politesse, comme de lever son chapeau ; ils ne s'adressent à aucun juge et décident entre eux leurs litiges. Privés d'abord de toute organisation ecclésiastique, les quakers établirent ensuite des assemblées d'anciens, qui s'enquirent des affaires douteuses, surveillèrent les instructions et tinrent les registres. Plus tard, une assemblée générale annuelle fut tenue à Londres dans la semaine de la Pentecôte par les délégués des communes; on mit des bornes à la liberté de la parole. Le nombre des quakers ne s'élevait pas au delà de 200,000. Ils se divisèrent dans la suite en rigoristes (secs) et en relâchés (humides). Dans le présent siècle, leur nombre s'est considérablement affaibli en Angleterre.

Les quakers ont donné naissance aux shakers (secoueurs). Une autre secte analogue est celle d'Anne Lee , fille d'un orfèvre de Manchester, qui s'attribuait des visions et des extases, et prophétisait la cessation de toute controverse parmi les chrétiens, l'établissement d'une magnifique cité du Christ et le retour prochain du Rédempteur. Eu 1774, Lee partit pour l'Amérique avec ses partisans, et fonda la colonie du Nouveau- Liban, où devait fleurir la société de Philadelphie, la vraie famille du Christ, avec la communauté des biens, le célibat et la continence. Le penchant pour la vie claustrale, comprimé par le protestantisme, se révélait sous les formes les plus bizarres.

Une autre fanatique, Jeanne Southcote, née en 1750, se donnait elle-même pour l'épouse de l'Agneau {Apoc, xn, \), pour la mère future du Messie, et lui avait érigé un magnifique berceau dans sa chapelle de Londres. Des enthousiastes de la môme espèce se trouvaient également dans les Pays-Bas, comme Antonia Bourignon de la t^orte, morte en 1680, à Francker, dans la Frise, auteur do plusieurs traités pleins d'idées extravagantes; elle se prétendait remplie du Saint-Esprit, et trouva un défenseur dans le cartésien Poirct.

On fait dériver le nom « Quakeri » de « quek » (trembler) ; il signifie dlremuli, trementes;', trembleurs.Ce nom leur avait été]donnédès 1650 par Gervais [Rennet, juge à Derby, et voici pourquoi : t° dans les premiers temps leur cntbousiasme aurait éclaté pendant leurs exercices de piété en convulsions et en tremblements par tout le corps; 2° on aurait dit un jour devant le tribunal : « Tremblez devant la parole du Seigneur ». — R. Barclay, Théologies verœ cbristianœ apologia, Lond., 1729, 2« éd.; Hist. of the life, travels and sufTerings of G. Fox, Lond., 1691 ; Penn, Summary of the hist. doctrine and discipline of Fricnds, 6" éd., I.ond., 1707 ; avec des notes par Sc»!bohm, Pyrmont, 1792 ; Mœhler, op cit. Disparition des quakers : DœUinger, Kirclie und Kirchen, p. 2ö7.

Les méthodistes, les baptistes, les presbytériens.

Les méthodistes.

240. Les méthodistes se proposaient au contraire de maintenir la constitution anglicane et la théorie protestante de la justification, alors négligée, tout en cultivant avec soin la piété et l'amour du prochain. Leur fondateur fut Juhii Wesley, homme de talent et d'une éducation classique. En 1729, John institua avec son frère Charles et deux amis, Morgan et Kirkham, qui étudiaient avec eux à Oxford, une société dont les membres Uraient en commun les anciens classiques et tous les dimanches le Nouveau Testament; ils fourniraient dos secours corporels et spirituels aux malades pauvres et aux prisonniers, et se livreraient à des exercices de dévotion. Ils reçurent de leurs compagnons, sans parler d'autres sobriquets {saint Club, mangeurs de Bibles, dévots de la Bible), le nom de méthodistes, qui leur est resté dans la suite, à cause de leur genre de vie

ponctuellement réglé et soumis à un formalisme pédantesque. Ils continuèrent leurs exercices ascétiques sans se laisser troubler, propagèrent l'usage de la lecture de la Bible et de la réception de la cène le dimanche, le jeûne (le mercredi et le vendredi jusqu'à deux heures du s ir) , la pratique des œuvres de charité, d'abord dans des cercles restreints, puis hors d'Oxford.

En 1732, la petite société fit une recrue importante dans la personne de George Whitefeld, doué d'une grande éloquence. George fonda des écoles pour les enfants pauvres et attira bientôt une multitude d'auditeurs ; contrairement à l'habitude des prédicants anglais, il ioiprovisait des discours, traitait lus dogmes négligés par ceux-ci do la régénération et de la foi, avec un rare enthousiasme, et produisait une profonde sensation. En 1735, pendant un voyage dans le nord do l'Améque, Charles Wesley s'aboucha avoe quelques herrahulers et s'affectionna à eux ; il se fit missionnaire et entra en liaison avec Spangenberg, et en 1738 visita on Allem igno et en H >!lande plusieurs communautés de hcrrnhutors.

Cette idée que l'homme, après avoir été torturé par des angoisses intérieures, acquiert tout à coup la forme conviction qu'il est en état de grâce avec Dieu et rossent une paix toute céleste, cette idée l'obranla puissamment. Pour lai, si nous l'en croyons, il n'entra dans cet état bienheureux que le 29 mai 1739, et c'est alors qu'il se mit à prêcher cette doctrine avec la plus grande force. Ou voyait des conversions soudaines, souvent accompagnées d'accidents maladifs, do convulsions et de fortes secousses. Le clergé angUcan no tarda pas à persécuter les méthodistes comme des fanatiques et dos enthousiastes. Ils formèrent alors une secte particulière. J. Wosley s'érigea en évêqueet ordonna des prêtres. Un prétendu évoque grec, Érasme, qui séjournait en Angleterre, fut aussi prié do conférer les ordres. Malgré la rupture actuelle des méthodistes avec la haute Église, il y en eut plus tard qui lui demeurèrent attachés.

Rapports des méthodistes avec les herrnhuters. — Divisions

intestines.

Page 1