LES MISSIONS CHEZ LES INFIDÈLES
£n Asie.
Les Indes Orientales. François Xavier.
324. Les travaux giaantesques que l'Église avait entrepris dans les lointaines régions de l'est, du sud ]et du centre de l'Asie, qui semblaient à peu près perdues pour le christianisme, faisaient de magnifiques progrès, grâce surtout aux jésuites, dont le zèle, l'habileté et les succès laissèrent bientôt à une grande distance les travaux des autres ordres. Les dominicains, les franciscains, les capucins et les lazaristes se joignirent à eux. Dans l'apostolat des Indes, la plus grande gloire revient à François-Xavier de Navarre (§ 316), depuis 1528 professeur de philosophie au collège de Beauvais à Paris, l'un des premiers compagnons de saint Ignace, deux amis étroitement liés ensemble, et qui avait déjà produit des miracles de charité à l'hospice des Incurables de Venise. Le Portugais Govea appela l'attention du roi Jean III sur les compagnons d'Ignace et les lui signala comme les meilleurs missionnaires des Indes. Ce prince en fit demander quelques-uns à Rome. François-Xavier et Simon Rodriguez partirent avec l'ambassadeur pour le Portugal (mars 1540) et arrivèrent à Lisbonne dans le mois de juin. Comme il n'y avait point de vaisseau en partance, ils se mirent à prêcher, à catéchiser, à servir dans les hôpitaux, et ils le firent avec un tel dévouement, que Jean III, émerveillé, voulut les retenir dans sa capitale. Mais Xavier, qui avait été nommé nonce apostolique, partit, le 7 avril 1541, avec le Père François Mansilla, né en Portugal, et le Père Paul de Cameriuo, Italien d'origine. Muni de lettres de recommandation par le pape et le roi, il quitta Lisbonne sur la flotte, et en compagnie du vice-roi Alphonse de Susa.
Pendant la traversée, Xavier édifia tout le monde par sa mortification, sa douceur, sa patience inaltérable. Il instruisit et convertit une grande partie des matelots. Lorsque la flotte, après cinq mois, aborda à Mozambique, sur la côte orientale de l'Afrique, puis à Melinde et dans l'île de Socotora, à l'entrée du golfe d'Adeu, François-Xavier découvrit quelques vestiges,
44 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
à peine reconnaissables du christianisme. La population lui fit bon accueil, et, quand il partit, elle le pria de revenir.
Le 6 mai 1542, la flotte arriva à Goa, qui était depuis 1510 le centre des possessions portugaises dans les Indes orientales, et depuis 1532, la résidence d'un évêque. Jean Albuquerque, frère de Ferdinand, franciscain et ancien évêque missionnaire, fut le premier évêque de Goa. Xavier fixa sa résidence à l'hôpital, et présenta à l'évêque les brefs qu'il tenait du pape, en déclarant que sans sa permission il ne ferait aucun usage de ses pleins pouvoirs. L'évêque l'assura de sa protection, mais il ne put personnellement lui être d'un grand secours, car les soldats, les matelots et les marchands du Portugal étaient singulièrement relâchés : la polygamie, le divorce, le mépris des sacrements et une foule d'abus s'étaient enracinés parmi eux, et le mauvais exemple des chrétiens détournait les païens du christianisme. Xavier commença son œuvre difficile par la régénération des Européens et l'éducation de la jeunesse. Comme autrefois saint Patrice en Irlande, il parcourait les rues, une clochette à la main, pour appeler le peuple à ses instructions. Dieu bénit son zèle, et bientôt on remarqua dans toutes les villes un changement de dispositions.
Suite des voyages de saint François-Xavier.
325. De Goa, Fraiiçois-Xaxier s'embarqua (octobre 1542), avec deux ecclésiastiques qui parlaient le malabare, pour la Côte des pêcheurs, afin de convertir les Paraves, qui s'étaient laissé baptiser par les Portugais, en reconnaissance des services qu'ils en avaient reçus contre leurs ennemis, mais n'étaient pas encore affermis dans la foi. Il s'appliqua avec ardeur à l'étude de la langue malabare, traduisit dans cet idiome le symbole de la foi, les plus importantes prières, le décalogue et le catéchisme. Ses prédications, appuyées d'une foule de guérisons miraculeuses, agissaient avec la plus grande force ; souvent les bras lui tombaient de lassitude en baptisant les nouveaux convertis. Il y ressuscita quatre morts. Après une année de travaux, il retourna à Goa pour se procurer de nouveaux collaborateurs. Il agrandit le séminaire qui lui fut confié pour l'éducation des jeunes Indiens, et le fit diriger par les confrères qu'on lui
envoya de l'Europe. Il retourna chez les Paraves avec neuf collaborateurs, qu'il distribua dans les différentes provinces. Puis il se rendit sur la côte du royaume de Travancor, où ses succès ne furent pas moins brillants. Par l'ardeur de sa charité, par sa douceur, par ses incontestables miracles, il convertit, d'abord avec le secours d'interprètes, et ensuite par le don des langues dont il fut favorisé, environ dix mille païens, qui renversèrent leurs temples d'idoles avec un zèle incroyable.
Les habitants de l'île de Manas, au nord de Ceylan, lui dépêchèrent une ambassade pour l'inviter à se rendre chez eux. Ne pouvant encore quitter Travancor, il y envoya un missionnaire et plus tard s'y rendit en personne. Cette île fut d'abord fécondée par le sang de plus de cinq mille chrétiens, que le roi du nord de Ceylan, ennemi des chrétiens, fit massacrer à la suite d'une invasion.
Xavier prêcha (154.5-1547) à Malacca, dans la péninsule de ce nom, àAmboine, dans les îles Moluques, et surtout à Ternate, fondant partout des communautés chrétiennes parmi des dangers et des mortifications de toute nature. La barbarie, la cruauté de ces peuplades ne l'effrayaient point. Il cherchait la moisson là ou d'autres craignaient d'aborder ; il trouvait ses délices dans les souffrances ; et ses consolations intérieures, ainsi qu'il l'écrivait à saint Ignace, lui faisaient oublier les douleurs corporelles. Les convertis lui fournissaient de nouveaux auxiliaires. Les Évangiles, les psaumes de la pénitence etc., furent traduits en indien et le christianisme fit de rapides progrès dans les Indes orientales. Xavier s'était agenouillé près de la tombe de l'apôtre saint Thomas, à Meliapour.
Dans les îles Moluques, il faisait exécuter des cantiques que les enfants répétaient sur les places publiques et les pêcheurs sur la mer. Comme l'apôtre saint Paul, à qui il ressemblait comme peu de missionnaires, Xavier ne paraissait appelé qu'à poser les premiers fondements d'une entreprise ; il choisissait la plus mauvaise part, le commencement, et laissait à d'autres la consommation de l'œuvre. Toujours plus I Amplius, telle était sa devise.
Saint François-Xavier au Japon.