En juillet 1547, Xavier retournait à Goa chercher de
A'o HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
nouveaux ouvriers. A. Malacca, il fit la connaissance d'un illustre Japonais, nommé Anger, qui, bourrelé de remords à la suite d'un assassinat, ne trouvait de repos nulle part. Xavier le convertit et l'emmena à Goa. Assailli sur mer par une etfroyable tempête, il visita plusieurs communautés de néophytes, convertit deux rois à Ceylan et n'arriva à Goa que le 20 mars 1548. Il y baptisa Anger et résolut de partir avec lui pour le Japon. Il distribua dans les différentes missions les jésuites qui venaient de lui arriver de l'Europe, et monté sur un vaisseau chinois, il se rendit de Malacca au Japon; il arriva le 45 août \M9 à Cangoxima, dans le royaume de Saxuma. 11 avait déjà fait traduire le Credo, accompagné d'une explication et! japonais. Malgré toute la résistance que lui opposèrent les bonzes, Xavier convertit des milliers de païens dans plusieurs provinces du Japon, surtout à Amanguchi et à Bongo. Quelques princes mêmes entrèrent dans le sein de l'Église.
Comme plusieurs Japonais faisaient valoir que les savants de Chine n'avaient pas encore embrassé le christianism.% et que la Chine était le fuyer des sentiments et des idées qui régnaient dans le Japon, le grand apôtre forma le dessein de parcourir ce pays. Mais l'entrée du « royaume céleste » était interdite sous peine de mort aux étrangers, aux Portugais surtout ; il fallait donc aviser à des mesures spéciales, et c'est à Goa qu'on pouvait le mieux les prendre.
En rentrant dans cette ville, Xavier y trouva réunis la plupart des missionnaires. Il apprit d'eux les progrès qu'avait faits la religion sur la Côte des Pêcheurs, à Méliapur, à Cochin, aux îles Moluques. Le Père Gaspard Barzée, qui avait converti la ville et l'île d'Ormus dans le golfe Persique, obtint la direction du séminaire de Goa, à la place d'Antoine Gomez. Avant de commencer son voyage en. Chine, le vice-roi Alphonse de Noragna, résolut d'y envoyer une ambassade, que Xavier accompagnerait. Le 15 avril loo2, Xavier partit de Goa avec l'ambassadeur Jacques Pereyre et arriva à Malacca, où régnait alors une efTroyable épidémie.
Xavier et ses compagnons, touchés de pitié, s'occupèrent des pestiférés qui gisaient au milieu des rues, les transportèrent dans les hôpitaux et au collège des jésuites, construisirent des cabanes sur le rivage de la mer, afin d'offrir un asile à tous ces
malheureux. Xavier y rcs?useita nii jeune homme nommé François Chiavos, qui entra plus tard dans la Compagnie de Jésus. Le gouverneur de Malacca, par haine contre l'ambassadeur Pereyre, ayant ompèohé le voyage de l'ambassade, le saint s'embarqua sur un navire marchand portugais qui partait pour l'île de Saucian, éloignée de six milles de la terre ferme de Chine. Là, il conféra avec les marchands et les indigènes sur les moyens à prendre pour pénétrer dans ce pays sans être recounu; mais il fut saisi d'une fièvre, qui termina sa glorieuse carrière, il était âgé de quarante-six ans (2 décembre 1552). Le dernier verset du Te Deum fut sa dernière parole. Sa mémoire demeura en grande vénération dans l'Église et môme parmi les inlidèlcs. Urbain Vlll l'inscrivit au catalogue des saints le 6 août 1623.
Francisci Xaverii epi'^tolee lat., Rom., 1590 ; Par., 1641 ; Rom., 1667 ; Bonon., 1785 (Colon., 1836; Cobl., 1845, en allem.); Ilorat. Tiirselliu., de Vita Franc. Xav., Rom., 1594, 1596: Maffei, Hist. Indica, Flor., 1588, lib. XII-XIV; Vita de S. Francisco Xaverio ; Por el P. Joao Lucena, Em Lisboa, jl600, in-{°, libri XII, en italien par L. Älansano, 1613; en espagnol par Alfonso Saudoval, 1619; Em. Acosta, Rer. a Soc. J. in Oriente gestarum ad a. u::^qije 1568 Commeut., Par., 1572, in-S" ; J. Eus. Nierembergii, Vitai virorum illustr. S, J., Malriti, 1643, in-f° ; Clirislov. de Berlanga, Vida esterior del ap. de las hidias, Valencia, 1698; Petrus Jarrlcus, Thesaur. rer. indicar. latine versus a M. Martinez, Colon., 1613 ; India orientalis chrisliana, auctore Paulino a S. Bartholomœo, Ronice, 1794 ; Bartoli, Asia, P. I, Lugd., 1667, in-4°; 2 vol.; François Xavier, p. II, Japonia, Romaî, 1660, in-f°; p. III, Cochin-Cliina, ïunchino, Lugd., 1670, in-4° ; Ilisl. des religieux de la Comp, de J., Utrecht, 1741, 3 vol.; ReitLiuiayr, Leben des hl. Franz Xaver, SchafFhouse, 1846 ; là-dessus, H. S. J,; Alegambe et Sotwell, Bibl. Script.; Koi-mpfer, Hist. du Japon, II, p. 50 et seq.; Lemgo, 1777 et suiv.; Solier, Gesch. von Japan; Guszmann, Gesch. der Miss, in Ostind., China und Japan ; Wittmanu, die Herrlichkeit der Kirche in ihren Ttlissionen, Augsb., 1841, II, p. 9 et suiv.; T. W. M. Marschall, die christl. Missionen, Irad. de l'anglais, Mayence, 1863, I, p. 356 et-suiv. Sur les miracles de S. François Xavier, voy. Philippe Baldeeus, Churchill, III, 54, 55, Hist. ind., Description véridique et détaillée des célèbres côtes des Indes orientales, Amsterdam, 1671, c. xm, p. 70; iiistory of Ceylon by Philalethes A. M., Oxon., 1817, p. 225; Tavernicr,
Recueil de plusieurs relations et traités singuliers et curieux. Robert Hakluit dans Acosta et Bouhours, Vie de S. Fr. X. Sur le culte des saints : La Croze, Hist. du christianisme des Indes, II, 31.
Mission des Indes orientales.
327. L'œuvre commencée par Xavier fut poursuivie avec ardeur par ses confrères, dont quelques-uns avaient déjà subi le martyre. Antoine Criminalis, de Parme, fut en 1549, sur la Côte des Pêcheurs, percé de quatre lances par les païens, puis décapité; le Portugais Nunnius Ribera fut dans le même temps empoisonné à Amboine par les Sarrasins, et Louis Mendoz, exécuté, en 4552, sur le promontoire deComoriu. Deux autres missionnaires furent lapidés par les païens en 1554, dans l'île de Salsetto, près de Bombay. Cependant le christianisme se conserva dans les Indes orientales et l'Eglise continua de s'y organiser. Le 4 février 1557, Goa fut érigée en métropole avec les sufTragants Malacca, dans l'Inde citérieure, et Cochin, dans l'Inde antérieure ; on y ajouta plus tard les évêchés de Macao (1576), pour la Chine, Cranganor (t600) et Saint-Thomas de Méliapour (1606). En 1616, Paul V érigea Cranganor on archevêché. Le roi de Portugal obtint le droit de nommer à ces sièges. L'ÉgUse des Indes orientales s'accrut de la réunion des nestoriens ou chrétiens de Saint-Thomas à l'Église catholique. Elle eut lieu en 1599 au concile de Diamper.
Müllbauer, Gesch. der kathol. Missionen in Ostindien, Munich, 1851 ; Marschall, op. cit.; M. Tanner, Socielas Jesu militans, Prag., 1675, p. 212 et seq. (martyrs dans les Indes orientales). Sur l'établissement de la province ecclésiastique de Goa sous le premier archevêque Gaspard, archidiacre d'Elbora, par Paul IV : Rayn., an. 1558, n, 22; 0, Mejer, Propaganda, I, p. 255, 275 (n. 2). 355. Chrétiens de Saint-Thomas : Ch. Schwanston, Memorie of the primit. Church of Malayala (Journal of the Asiatic Society of Great-Brit., 1834,, I-IV) ; Haug, dans Augsburger AUg. Ztg., Beil., n. 29; Thomassin., I, lib I, c. xxiv,n. 9.
Le Père Nobili.
328. Les principaux obstacles que rencontraient les missionnaires, c'étaient le régime des castes indiennes, la défen.sepour
LE CATHOLICISME. iO
les hautes classes d'être en relations avec les castes inférieures, le mépris qu'on profes'^ait pour les parias et les Européens. Les premiers prédicateurs franciscaius et jésuites, n'ayant pas tenu compte de ce fait, n'avaient guère opéré de conversious que dans les plus basses classes. Le Père Gonsalve Fernandez n'eut presque pas de succès parmi le peuple de Madoura.
Ce mépris des hautes classes pour le christianisme fit mûrir un nouveau plan. En 1606, le jésuite Robert Nobili, issu d'une illustre famille do Rome, arriva, avec le provincial Albert Laerzio, de Malabar dans le royaume de Maduré, sur la côte de Coromandel. Pour empêcher que Jésus-Christ ne fût désormais traité par les grands comme le Dieu des parias, et convaincu qu'il était plus expédient de commencer par la conversion des hautes classes, Nobili se rapprocha des bramines, avec le consentement de l'évêque de Cranganor ; il porta leur costume, adopta complètement leur genre de vie, renonça à l'usage de la viande, apprit le sanscrit et le tamul, se soumit aux pratiques rigoureuses des Saniassisou Sanias (continents, nasiriens), discuta avec les bramines, entra dans leurs idées et évita la société des parias.
Profitant de cette opinion accréditée qu'il y avait eu jadis dans les Indes quatre chemins pour atteindre à la vérité, et quo l'un était perdu, il dit qu'il était venu pour montrer ce chemin et que c'était le plus direct. Le succès justifia sa méthode, et en 1609 il avait déjà gagné soixante-dix bramines dans le Maduré. Il se conduisit avec beaucoup de prudence. Il changea le sens attaché à certains signes do distinction, remplaça les termes qui servaient à désigner les dogmes du christianisme par des termes plus élégants, et défendit sévèrement de porter de la cendre et autres symboles de l'idolâtrie. Nobili se vit bientôt entouré d'une multitude immense de convertis. Mais sa méthode scandalisa les franciscains et même quelques jésnites. Grégoire XV, en 1021 et 1623, se prononça en sa faveur et plus tard encore elle fut ^préférée comme la seule qui pût conduire au but. Le père Nobili, mort le 6 janvier 1656, eut pour successeur Jean de Brilto, fils d'un vice-roi des Indes orientales, né à Lisbonne en 1647. Il baptisa une multitude d'Indiens, fut souvent poursuivi et tourmenté, et finalement mis à mort, victime de la vengeance d'une femme (4 février 1693).
f)0 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
0LV1UGE3 A CONSULTEB SUR LE N" 328.
Jouvency, Hist. S. J., P. V.,t. II, liv.XVIIl,§9, n.l et seq., 49 et seq.; Giac. du Maestri, Ilelazioiie délia s. fede predicaladaiPP.d. C.d.G. nella provincia Malabarica, Roma, 1661, in-8" ; P'abio Ambr. Spinola, S. J., Vita del B. Carlo Spiaola martire, Moaza, 1876. Sur P. Robert Nobili, Kath« Missionen, 1875, p. 13 et suiv. ; 45 et suiv. ; 79 et suiv. ; 95 et siiiv. ; G. Boero d. C. d. G., Vita del P. Giov. de BriltoMart., Roma, 1853 ; Prat, Vie du P. Jean de Britto, Paris, 1853. Pour cette époque et l'époque suivante, voyez encore : Lettres édiliantes et curieuses, écrites des missions étrangères par quelques Missionn. de la Comp, de Jésus, Paris, 1617 et seq., vol. XXXIV. Nouveaux mémoires des Missions de la Comp, de Jésus dans le Levant, Paris, 1715, vol. IX ; deux collections fondues en une seule et augmentées, sous le titre de Lettres édi fiantes, Paris, 1780 et seq., 26 vol.; Gundermann, Allg. Missionsatlas, Gotha, 1867.
Missions dans le royaume d'Annam. Conversion des Philippines.
329. Le Tonqnin (Tong-Kin), au royaume d'Annam, dans l'Inde citérieuro, fut évangélisé en 16-27 par deux jésuites, Alexandre de Rhodes et x\ntoine Marquez, qui en trois ans convertiront plus de six mille personnes, y compris un grand nombre de bonzes. Ces derniers devinrent eux-mêmes des messagers de la foi, et continuèrent avec zèle, après l'expulsion des missionnaires, l'œuvre de la conversion. Les missionnaires furent rappelés peu de temps après et travaillèrent avec un redoublement d'ardeur. Dans la Cocliinchine, qui appartenait au même royaume, plusieurs jésuites prêchèrent l'Évangile en 1618 et 1624, Dans les îles Philippines, qui appartenaient à l'Espagne depuis 1571, le christianisme remporta un plein triomphe. Un évêché, établi le 6 février 1579 dans la capitale Manilla, fut plus tard (13 août 1595) érigé en métropole avec les trois suffragants Caceres, Nouvelle Ségovie, Cébu. Dans les îles, les jésuites avaient, en 1619, neuf maisons et cent religieux ; dans la province de Goa, quinze miaisons et deux cent quatre-vingts religieux; dans la province de Malabar, quatorze maisons et cent cinquante religieux.
Alex, de Rhodes, S. J., Missionsreisen in China, Tonkin, Cochin- China (l6l8-<648). Tiad. du franc, Krib., 1858; Marschall, 1, p. 147 et suiv. Évêchés dans les Philippines : Mejer, Propaganda, I, ji. 353. Maisons de jésuites en Asie : I, p. 336, n. 3, d'après Aubert Mirée.
Conversions à Labore et à Agra.
330. Des essais de conversion furent également tentés chez les Kans Tartares, dont les ancêtres avaient longtemps hésité entre les difîérentes religions. L'empereur Akbar appela luimême des jésuites auprès de sa personne, afin de se familiariser avec le christianisme. Le premier qui y fit un établissement durable à sa cour fut Jérôme Xavier (1595), neveu de saint François. Les révoltes des mahométans contribuèrent beaucoup à prévenir l'empereur en faveur des jésuites. En 1599, la fête de Noël fut solennellement célébrée à Labore, et la crèche exposée pendant vingt jours. De nombreux catéchumènes portant des palmes se rendirent à l'église et reçurent le baptême. Akbar lisait avec infiniment de plaisir une vie de .Jésns-Christ écrite en persan. Il fit transporter dans son palais une image de la sainte Vierge, afin de pouvoir la montrer à ses femmes. Les chrétiens prenaient de ces indices un trop bon augure, quoique leur position ne cessât point d'être favorable. Akbar mort (1610), trois princes reçurent solennellement le baptême; ils se rendirent à l'église sur des éléphants blancs et le père Jérôme les reçut au son des trompettes et des timbales. Le christianisme semblait devoir s'alfermir progressivement, bien que les dispositions, ici comme ailleurs, changeassent suivant que les relations avec les Portugais étaient plus ou moins bonnes. UncoUège de jésuites fui fondé à Agra en 1621 et une station à Patna. En 1624, l'empereur Ûschehangir donnait encore des espérances de conversion.
jouvenc}', loc. cit., liv. XVllI, §9,n. 20 et seq.; Ranke, Ro^.m. Peepste, II, p. 4Ü2, 493.
S2 HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
La Chine. Le Père Ricci.
331. Vers le même temps, les jésuites s'étaient déjà avancés jusqu'en Chine. Mettant à profit les sciences et les inventions desOccidentaux,ilsessayèrent, comme mathématiciens, savants, artistes et ouvriers, de gagner ce peuple industrieux, avide de savoir et fier de ses connaissances. En 1582, trois jésuites arrivèrent en Chine sous la protection d'une ambassade. Deux furent bientôt rappelés. Le troisième, Mathieu Ricci, né en 1552 à Macerata, homme de grands talents et d'une érudition variée, demeura et fut le fondateur du christianisme dans ce pays, d'où il a été depuis impossible de l'extirper entièrement. Après s'être approprié la langue, les mœurs et les coutumes des Chinois, après de longs préparatifs, il se présenta à Canton et plus tard à Nankin sous le costume d'un savant. Il sut s'imposer anx Chinois, dédaigneux de ce qui venait de l'étranger, fabriqua des montres, dressa une carte universelle et écrivit un catéchisme en langue chinoise.
Comme les mandarins lui suscitaient tous les obstacles imaginables, la pensée lui vint d'aller à Pékin. Les objets d'art qu'il distribua en présent lui ouvrirent en 1600 l'accès de la cour. L'empereur lui fit bon accueil ainsi qu'à ses compagnons. Tandis que l'empereur, émerveillé d'une carte du pays établie par Ricci et bien supérieure à tous les essais des Chinois, faisait peindre sur de la soie et suspendre dans ses appartements dix cartesdece genre, le missionnaire tâchait d'appeler son attention sur le christianisme, au moyen des symboles chrétiens dessinés dans les espaces vides de la carte. Il trouvait également l'occasion, en enseignant les mathématiques, de parler des vérités chrétioanes. Il savait par cœur quantité des meilleurs passages do Confucius.Son autorité ne faisait que croître. Non seulement il gagna ceux qui assistaient à ses leçons, mais aussi plusieurs mandarins. L'un des plus illustres d'entre eux, Paul Seu (Sin) et sa petite-fille reçurent le baptême, appuyèrent les missionnaires de leur crédit, de leur fortune et construisirent des églises. Déjà en 1605, une congrégation de Marie était fondée à Pékin et trois princes baptisés. La charité chrétienne s'intéressait aux enfants exposés. Ricci termina sa glorieuse carrière en 1610,
à l'âge de cinquante-huit ans, épuisé par tant de travaux. Pékin lui fit des funérailles solennelles.
Ouvrages a consulter sur le n"» 331.
Charles de Sainte-Foi, Vie du R. P. Ricci, apôtre de laCtiine, Paris, 1859 ; Wertheim, Ricci (Pletz, Neue theol. Ztschr., 1833,111); Marschall, I, p. 106 et suiv. ; Ranke, II, p. 493 et suiv.
Le Père Schall.
323. Ses confrères imitèrent son exemple. En 1610 eut lieu une éclipse de lune dans le temps précis où elle avait été annoncée par les jésuites, tandis que les astronomes du pays l'avaient faussement indiquée. Cet événement accrut l'autorité des jésuites. Ils furent chargés, avec plusieurs mandarins convertis par eux, de la correction des tables astronomiques. Leurs écrits étaient approuvés de beaucoup de savants, et le christianisme florissait. La première église de Nankin fut consacrée en 1611, et, en 1616, il y avait près de trois cents éghses chrétiennes dans cinq provinces de l'empire, bien que des persécutions eussent éclaté dans plusieurs contrées. En 1619, on comptait en Chine trente-six jésuites résidant dans trois maisons. Une description exacte de deux tremblements de terre et un écrit de Lombardo sur ce phénomène augmentèrent encore leur influence.
Parmi les successeurs de Ricci, un des plus distingués fut le savant jésuite allemand Jean-Adam Schall, qui arriva à Macao en 1619, après que la persécution du mandarin Schin eût réduit cette mission dans le plus déplorable état ; il y étudia le chinois pendant deux ans. L'empereur destitua le mandarin et rappela les missionnaires expulsés. Schall travailla pendant sept ans à Singafii, convertit une foule de païens, bâtit une église, fut appelé à Pékin (1629), à l'instigation du zélé Paul Sin, remplit la dignité de mandarin au tribunal mathématique de l'empereur et gagna toutes les bonnes grâces de l'empereur Xunchi. Tant que vécut Paul Sin (mort en 1633), les Chinois jaloux n'osèrent rien contre Schall et son compagnon le Père Rho; leurs attaques subséquentes furent longtemps stériles et l'école des jésuites obtint de nouvelles faveurs.
Quand le père Rho mourut en 4638, la correction du calendrier était achevée, plusieurs livres avaient été publiés en langue chinoise, et dans ce nombre, des ouvrages de religion et de piété. Rho reçut de brillantes funérailles. Schall continua de diriger avec succès les études de mathématique, en même temps qu'il propageait le christianisme, bâtissait des églises et convertissait beaucoup de personnes de haut rang. En 1644, lorsque les Tartares Mandchoux envahirent le pays et détrônèrent la dynastie Taiming, qui avait régné 280 ans, les jésuites furent protégés comme mathématiciens et le premier empereur de la dynastie des Tartares n'honora pas moins le père Schall que son prédécesseur.
Après la mort de l'empereur (1660), les quatre mandarins chargés de la régence se montrèrent les ennemis du père Schall et des chrétiens. De violentes accusations furent élevées; Schall fut emprisonné avec ses compagnons condamnés à être écartelés, mais trois tremblements de terre et un incendie dans le palais impérial effrayèrent le peuple et les juges ; les missionnaires captifs furent rendus à la liberté. Le père Schall mourut d'épuisement , le 15 août 1666, âgé de soixante-quinze ans.
Successeurs de Schall.
333. Lorsque le jeune empereur Kanghi (1669) pr4t lui-môme les rênes du gouvernement, il se montra entièrement bienveillant à l'égard des jésuites ; il reçut d'eux des leçons de mathématiques, fit punir leurs calomniateurs après revision du procès, et ériger au père Sehall un monument honorable. L'ancien compagnon de Schall, le jésuite Ferd. Yerbiest, des Pays-Bas (mort en 1688), hérita de sa place au collège des mathématiques. Son crédit augmenta encore lorsque, dans une émeute sérieuse , il eut inventé une espèce de canons plus commodes avec lesquels on défit les rebelles. Le christianisme put dès lors se propager sans obstacle autant qu'il dépendait de l'empereur, et pénétrer même dans la péninsule de Corée et dans la Tartarie. A Ningpo, de nouveaux missionnaires travaillaient depuis 1685.
Cependant il y avait encore des gouverneurs qui, se l'on-
dant sur d'anciennes lois , continuèrent de persécuter les chrétiens. En 1689, quand le successeur de Verbiest, le père Gerbillon, eut négocié une paix avantageuse entre la Chine et la Russie, quand les services rendus par les jésuites à l'empire furent mieux connus, et qu'on admira davantage la conduite vertueuse des chrétiens, le tribunal des cérémonies auquel l'empereur lui-même ne pouvait se soustraire, accéda aux prières des chrétiens, appuyées par le prince Sofan ; il consentit à ce que l'empereur supprimât formellement (1692) les anciennes lois contre le christianisme , et permit de le prêcher en toute liberté. La Chine comptait alors 20,000 chrétiens.
Le 10 avril 1690, Alexandre VIII érigea les évêchés de Pékin et de Nankin comme suffragants de Goa, et accorda au roi de Portugal le droit de nomination. Déjà en 1631, des missionnaires d'autres ordres rehgieux travaillaient en Chine ; mais plusieurs manquèrent de prudence ; on aurait dit qu'ils étaient venus pour recueillir là où ils n'avaient pas semé, pour soulever des controverses et entraver l'œuvre des conversions. Bientôt de funestes dissentiments devinrent la première préoccupation des esprits. Grégoire XIII, en 1585, avait réservé les missions de Chine et du Japon aux jésuites, en ce sens que d'autres réguliers ne pourraient pas s'y rendre sans permission expresse du pape; or Clément VUI autorisa le général des mendiants à envoyer par le Portugal et Goa des missionnaires en Chine et dans les Indes orientales (mais non au Japon). Paul Y étendit (161 J) ces concessions et Urbain VllI, en 1633, accorda aux mendiants la liberté de donner des missions partout ailleurs.
MatTei, Rer. iu Oriente a S. J. gest., vol.. Colon., 1574, ia-8°; Schall, S. J., Relatio de initio et progressa missionis S. J. in regno Sin., Vienn.,1665,in-8° ;Ratisb., 1672 (en allem, par Mansegg, Vienne, 1834) ; Nie. Trigaultii, de Christ, exped. ad Siaas suscepta a S. J., libri V, Aug., 161Ö, in-4°, auct., Colon., 1617, in-8« ; Martini Martini, Brevis relatio de numéro et qualitate christ, apud Sinas, Rom., 1654, in-4°; Bouvet, [con regia monarc. Sin. nunc regnantis ex gall. versa. Ed. etprsefatus est Leibnitius, 1699 ; Abel Rémusat, Mélanges asiatiques, Paris, 1823 Nouv. Met., Paris, 1829; Wittmann, II, p. 138 et suiv. ; Gesch. der kath. Missionen im Kaiserreiche China, Vienne, 1845, 2 vol. ; Civiltà catto-
lica, 3 maggio 1873, VIII, ,x p. 289 et suiv. ; Laacher Stimmen, 1872, IX, p. 279 et suiv. « Katli. Missionen », 1873, p. H et suiv. Évêcliés en Chine : M." Bullar., éd. Luxemb., XII, lo, 17, 19;I\'ovaës, Vit. Rom. Pont., XI, 97 jMejer, I, p. 149, 275. Restrictions imposées aux ordres religieux concernant les missions : Mejer, I, p. 305, 356 et seq. ; Bull., III, p. 118, éd. Luxemb. ; Bull. Propag., I, 81 et seq.
Succès des missions japonaises.
334. Les Japonais siiivaiont les religions des Cliinois, surtout celles de Boudha et de Confucius, et en partie celles de Sintlio et des dieux domestiques; ils étaient en guerre et divisés en plusieurs partis ; les jésuites eurent aussi parmi eux des succès remarquables. En 1554, ils avaient eu l'heureuse idée de se déclarer pour celui qui allait demeurer vainqueur contre les luttes nationales; en 1579, on comptait déjà dans le pays plus de 200,000 chrétiens. Le père Valignaiio (mort en 1606), que Philippe II avait souvent consulté pour les affaires des Indes orientales, établit dans les îles du Japon près de trois cents églises et plusieurs maisons de jésuites, qui reçurent dans leur ordre plusieurs indigènes. L'empereur Nabunanga fit lui-même entrevoir l'espérance qu'il embrasserait le christianisme. En 1585, trois rois envoyèrent à Rome une ambassade pour remercier Grégoire XllI de leur avoir fait annoncer l'Évangile.
Cependant, une persécution violente éclata en 1587 ; soixantedix églises furent brûlées et beaucoup de chrétiens endurèrent le martyre. Tous les jésuites devaient quitter le pays, mais ils y demeurèrent cachés sous la protection de quelques princes. La persécution avait été provoquée par des inquiétudes politiques nées des relations des missionnaires avec les puissances européennes, et sur le refus de satisfaire la lubricité de l'empereur en lui abandonnant des vierges chrétiennes. La paix fut rétablie, mais la colère de l'empereur ne tarda pas à renaître.
En 1593, quelques franciscains venus des Philippines prêchaient publiquement dans les principales villes, bien que les jésuites les en eussent détournés. Un capitaine de navire espagnol avait eu, en outre, l'imprudence de dire que les missionnaires servaient d'instruments à son roi pour préparer la conquête du pays. La mauvaise conduite des marchands et des
matelots portugais fit soupçonner que la piété des missionnaires n'était qu'hypocrisie. Dans la persécution qui sévit en 1596, un grand nombre de jésuites, de franciscains et de simples fidèles perdirent la vie ; le 5 février 1597 mouraient trois jésuites et vingt-trois franciscains (canonisés le 9 juin 1862).
Pins effroyable encore fut la persécution de 1612. Les protestants de Hollande, dans leur rivalité commerciale contre les Portugais et les Espagnols, excitèrent les Japonais à se mettre en garde contre les plans de conquête de ces derniers, et ils ne furent que trop facilement écoutés. Do 1621 à 1622 les chrétiens abreuvèrent de leur sang la terre japonaise et firent preuve d'une constance héroïque. Les jésuites avaient fondé une confrérie de martyrs et comptaient encore chaque année de nouveaux convertis. Beaucoup de Japonais étaient prêtres. Quatre-vingt-onze jésuites durent quitter le pays eu 1613; vingt-sept autres se tinrent cachés et vécurent au seiîi des plus grandes privations ; les uns moururent de misère et de faim, les autres furent saisis et décapités. Dans la seule année de 1622, il mourut cent vingt-un martyrs, et deux mille deux cent trente-six adultes furent baptisés par les jésuites. Peu de chrétiens réussirent à s'échapper par la fuite ou par la ruse ; la plupart préférèrent confesser ouvertement leur foi. La question de savoir s'il était permis aux chrétiens du Japon de construire des temples et des autels païens, si l'on pouvait encore, par précaution, taire la doctrine du crucifiement de Jésus-Christ, fut résolue négativement à Rome en 1636.
Les Hollandais consomment la ruine du christianisme au Japon.
335. La religion chrétienne reçut au Japon le coup de la mort en 1637. Les Hollandais accusèrent les chrétiens japonais d'avoir conspiré contre la vie de l'empereur Toxogunsama, et prétendirent en avoir vu des preuves dans des lettres trouvées sur un vaisseau enlevé aux Portugais. Avant de rechercher ce qu'il eu était, on défendit à tous les étrangers d'entrer dans le pays et aux indigènes chrétiens de le quitter. Les marchands hollandais furent seuls autorisés à faire du commerce avec le Japon, et encore sous les couditions les plus onéreuses et les
plus humiliantes; ils devaient notamment s'abstenir de tout usage chrétien, insulter la croix et la fouler aux pieds.
En 1638, quatre mille chrétiens furent jetés dans la mer, d'autres furent exécutés plus tard au milieu des plus cruels supplices. Les Hollandais prêtèrent leurs canons pour tuer trente-sept mille chrétiens de la province d'Arima, qui s'étaient retranchés dans la place forte de Simabara. Cenx-ci moururent les armes à la main dans une sortie héroïque. Jusqu'en 1049, toute trace de christianisme parut effacée dans le Japon. Cependant des familles chrétiermes s'y conservèrent en secret, même eu l'absence de prêtres, continuant de faire leurs prières et baptisant leurs enfants. La foi n'était pas encore entièrement extirpée. Dans cette dernière persécution seule, plus de quatrevingts jésuites subirent le martyre. Le même sort atteignit ceux qui se hasardèrent plus tard dans le pays, tel le père de Sidoti (1709), qui fut saisi sur la côte et mourutà Jeddo dans les supplices. Cependant on ne perdit jamais entièrement l'espoir de ranimer le christianisme dans le Japon.
Ludov. Froes, Epist. arnplius 50 de rebus Jajîon. ab an. lo56usque ad an. 1386 ; Collect, epist. hbpan.Evor., 1398, iu-f» ; BoUandi, Litterse an. nuae Japon., an. 1628et duorumsubseqiienliuni, Antwerp., 1638, in-8°; Pétri Gomez, S. J., Hist. mortis trium martyrum e S. J., qui a n. 1597 in Japonia cumaliis cruel affixi sunt, Romae, 1628; Pietro de Morejon, Relazione de! Martirio de'novePP. Gesuitinel Jap., Roma, 1632, in-4° ; G. F. de Marini, S. J., Delle missioni delGiappone, Roma, 1663, in-4° ; Relation des choses de la Cump. de Jésus an Japon en 1649, Paris, 1653 ; Hist. de l'Église du Japon, par le P. Ciasset, Paris, 1713, 1718, en allem., Augsb., 1738, 2 part. ; Charlevoix, Hist. de l'établissement, des progrès et de la décadence du christ, dans l'empire du Japon, Rouen, 1713; Pages, Hist. de lareligionchret.au Jap. depuis 1398, Paris, 1869 et seq.; Mamachi, Ant. chr.. Il, 876 etseq.; Rauke, H, p. 496 ; Civiltà cattolica, 7 Giugno 1862, qu. 293, p. 346 et suiv. ; Rump, Die Japan. Märtyrer, Münster, 1862; Almerico Guerra, Vita del B. Angelo Orsucci (0. Pr., mart. 1622), Monza, 1873. Le Hollandais de Haren (Recherches hist. sur l'état de la religion chrét. au Japon, relativement à la nation hollandaise, Paris, 1778), cherche à justifier les Hollandais, mais il justifie surtout les missionnaires et les chrétiens du Japon.