‹ Histoire de l'église (volume 4)Chapitre 5 sur 32 · L.'Afrlque · texte numérisé non relu

L.'Afrlque

Le Congo. Angola. Autres missions.

336. Dans le royaume du Congo, le seul de tous les États d'Afrique qui fût devenu chrétien, les jésuites fondèrent des écoles à partir de 1548. Le père Souveral instruisait six cents enfants. Mais en 1555 les missionnaires furent expulsés, parce que le père Cornel Gomez avait refusé au roi de n'observer que l'extérieur du culte chrétien et de continuer de vivre en païen. Le jésuite portugais Gonsalve Sylveria (mort en 1561) prêcha encore avec succès au Congo et au Monomotapa. De 1554 à 16^26, le Congo eut huit évêques, puis la succession fut interrompue. Les prêtres faisaient défaut et la plupart des indigènes tombèrent dans une profonde dégradation. Plus tard, les capucins se chargèrent de cette mission. En 1559, Paul Diaz rie Novaes, parut à Angola en qualité d'ambassadeur portugais, accompagné de quatre jésuites qui furent bientôt persécutés. Une nouvelle expédition eut lieu en 1574, suivie d'une persécu lion nouvelle (1578). Cependant un évêché fut établi à Angola en 1596 et placé sous la dépendance de Lisbonne, comme les précédents évêchés d'Angra , Saint-Jago , Saint-Thomas et Funchal (depuis 1574).

Dans la Basse-Guinée, les Giacas étaient évangélisés par les capucins ; dans la Haute-Guinée les Béafares l'étaient par les carmes. Il y avait des jésuites à Pissan, Quimala, Biguba, Fatima, Sierra Leone. Beaucoup de personnages illustres se convertirent et traitèrent leurs esclaves comme des frères. Les établissements portugais de la côte orientale avaient également leurs missionnaires, de même que les îles françaises de Bourbon et de France. La férocité des nègres et les dangers que le climat offrait aux Européens furent un- obstacle à de plus grands succès. Beaucoup de missions furent détruites, puis rétablies. Le franciscain Jean de Prodo, honoré comme le protecteur de Tanger, scella cette mission de son sang (1630). Plus tard, les lazaristes y travaillèrent, ainsi qu'à Alger, avec persévérance et un grand dévouement. 11 y avait encore des franciscains au Maroc, des franciscains réformés au Caire et des augusliüs à Boue.

Gonsalvo Sylveira, S. J., Vita, par Nicol. Codign., II, v; Sachin., P. II, an. 1360, Rayn., an. 1560. n. 102. Evêcbés africains, Mejer, Propaganda, I, p. 276. — Kïilb, Die Pieisen der Missionœre nach Afril^a vom 16 bis i8 Jahrb., Regeiisb., 1861 ; Marschall, II, p. 411 ,-M. Godard, Le Maroc, p. 16; J.-II. Blofeld, Algéria, Past and Présent., p. 297 ; Aigeria in 1845, by Count Sainte-Marie, p. 185; Royart, Bist, de Loango, Cacongo et autres x'oyaumes d'Afrique, Paris, 1776,

Ij\4mériqiie.

Barthélemi Las Cases.

337. Dans lo lumveau monde, aiusi qu'en Espagne, la lultese poursuivait pour et contre l'esclavage. Barthélemi de LasCases, né à Se ville en 1471, arrivé en 1498 à ilispaniula avec Colomb, rendit les plus éminents services. Il remit aussitôt en liberté les esclaves qu'il avait reçus en présent, et depuis 1514 il s'opposa aux divisions par commendes. Ordonné prêtre à Saint- Domingue en 1510, curé de Zanguarama, puis conseiller de Diego Velasquez, gouverneur de Cuba, il partit pour l'Europe en 1515 et fit à la cour une peinture émouvante des souffrances des Indiens. Il repassa plus tard qnatorze fois l'Océan dans l'intérêt de ses protégés. Ximéuès nomma ponr examiner ses griefs une commission composée de Hiéronymites et d'nn juriste et ordonna à Las-Cases de se rendre sur les lieux avec le titre de protecteur des Indiens.

Ils partirent le 1 1 novembre 1516, et dès leur arrivée à Saint- Domingue, ils rendirent la liberté à tous les esclaves qui n'appartenaient pas à un maître résidant en Amérique. Puis ils s'enquirent de l'état de choses en interrogeant, sous le serment, des Espagnols et des indigènes. Les commissaires ne trouvèrent pas opportun de rendre la liberté cà tous, parce que les Indiens étaient trop abrutis et trop indolents pour se convertir sans contrainte ; mais ils crurent nécessaire de prendre des mesures pour adoucir leur sort. Las Cases leur résista en invoquant les droits innés de l'homme et il écrivit lui-même en Espagne. Cette démarche lui paraissant insufiisante, il repartit pour l'Europe en mai 1517, fit rappeler les Hiéronymites et nommer Rodrigue de Figueroa juge suprême de Haïti. 11 reçut

des instructions favorables à la liberté des Indiens, et de nouveaux commissaires furent nommés pour les autres colonies.

Avant de retourner en Amérique, Las Cases présenta un nouveau projet de colonisation, pour l'exécution duquel il demandait au gouvernement une vaste étendue de territoire, où le pouvoir civil n'aurait point à s'immiscer. Son plan sourit aux ministres, mais trouva de grandes résistances dans le conseil des Iodes, surtout auprès de Fonseca, évoque de Burgos. Un grand nombre d'excellents avis donnés par les prédicateurs de la cour furent adoptés ; cette question suscita beaucoup d'écrits.

En 1520, l'infatigable Las Cases vit son plan approuvé par le roi, et il s'embarqua pour les Indes occidentales avec deux cents laboureurs ; malheureusement il eut le déplaisir de voir avorter son entreprise, et, saisi d'un profond découragement, il entra dans l'ordre des frères prêcheurs. L'abolition des commendes, promise en 1523, ne fut pas exécutée. Comme les fonctionnaires n'étaient pas exempts de préoccupations égoïstes, le roi Charles crut devoir employer de préférence des religieux. Dans le conseil des Indes, réorganisé depuis 1524, quatre ecclésiastiques, sur un chiffre de huit membres, devaient avoir droit de siéger et de voter. Louis de Figueroa, évèque de la Conception, obtint la charge de gouverneur, don Diego Colomb eut la présidence du tribunal royal de Saint-Domingue; il mourut bientôt et les supérieurs des dominicains et des franciscains furent provisoirement revêtus de ses pleins pouvoirs.

Tous les Indiens qui avaient perdu leurs possessions devaient recouvrer la liberté ; les contributions, les prestations de services devaient être réglées par les supérieurs d'ordres. A partir de 1526, plusieurs ordonnances salutaires furent rendues sous l'influence du clergé. Les esclaves indiens emmenés devaient être pourvus de ressources, renvoyés ou affranchis ; des ecclésiastiques devaient assister à toutes les expéditions, pour prévenir les enlèvements. Il fut défendu, sous peine de mort et de confiscation des biens, de réduire des indigènes en esclavage, de les marquer à la figure ou ailleurs. Les Indiens qui se trouvaient en Europe et dont la plupart succombaient au cUmat, devaient être reconduits chez eux avec défense d'en emmener d'au ires. Cette excuse que l'esclavage existait déjà autrefois

G2 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

chez les Indiens fat déclarée inadmissible. On ne devait pas même traiter comme des esclaves les prisonniers de guerre ou ceux qu'on présentait sous ce titre, à moins qu'on ne put prouver qu'ils étaient déjà esclaves dans un temps où l'esclavage était permis. En 1529, plusieurs assemblées tenues en Espagne déclarèrent absolument, à l'iristigation des religieux, que ceuxlà seuls devaient être esclaves qui, après leur baptême, avaient été faits prisonniers de guerre dans une insurrectiou.il esl vrai que cet excellent règlement demeurait lettre morte dans la plupart des districts, mais si tous les indiens ne furent pas anéantis, c'est au clergé qu'on en fut redevable. 11 y avait opposition flagrante entre les colons avides de conquêtes et les ministres de la religion.

Lloreiite, Œuvres de B. Las Cases, 1, 273 et seq. ; 308 et seq. ; H, 458, 483 ; Altamura, Bibl. Dominic.,p. 306; Nicolai, Bibl. Hispan., P. I, p. 149 et seq..; Brevissima relacion de la deslruycion de laslndias, Sevilla, löb2, in-4° ; Solorzano, De jure indice, t. Il, Lib. II, c. i, n. 23; Herrera VI, § 252), Dec. III, Lib. VIII, c. x ; Lib. IX, c. ii ; Lib. X, c. vu, viii ; Dec. IV, Lib. VI, c. xi ; Torquemada, Mouarchia Indiana, V, x ; XVII, XIX ; XX, XXIV ; Helps, II. 40 et seq. ,1^61, 73, 202 et seq. ; Margraf (VI, § 247), p. 46 et suiv., 57 et suiv.

Activité de Las Cases.

338. Las Cases avec ses dominicains continua la lutte à Haïti. Redoutant les excès de son zèle, il s'abstint de prêcher pendant quelques années, mais sa plume était d'autant plus active. Les soucis que lui occasionnèrent les préparatifs de nouvelles expéditions, le décidèrent à partir de nouveau pour l'Espagne, où il obtint après six mois que les généraux Pizarre 9t Almagro ne réduiraient plus un seul Indien en esclavage. Pour mieux assurer l'exécution de ces ordres, il se rendit luimême avec deux confrères. Bernardin de Minaya et Pierre de Angulo, à l'armée du Sud, puis retourna dans le centre de l'Amérique. Pendant un long séjour dans le district de Nicaragua, il soutint l'excellent évêque Diego Alvarez Osorio contre les empiétements du gouverneur Rodrigue de Coutreras, et prêcha aux soldats la douceur et l'humanité. Accusé par le gou-

vernenr, il traversi de nouveau l'Océan pour aller se justifier.

Avant 1535, Las Cases publia un écrit pour démontrer que les hommes devraient être amenés à la foi par l'instruction, que la guerre faite aux infidèles était injuste quand elle n'était provoquée par aucun méfait. Cet ouvrage fut beaucoup lu et souvent tourné en dérision, Essayez, disait-on à l'auteur, jusqu'où vous pourrez aller avec des paroles et des exhortations. Or, Las Cases prouva, au grand étonnement de ses conteaiporains, par la conversion d'une des tribus les plus redoutées, que sa théorie était exécutable. Avec Pierre de Angulo et d'autres confrères, il convertit les Indiens de Tuznlutlan, dont le pays s'appelait « le pays de la guerre» et fui nommé depuis la Vraie Paix (Vera paz). La controverse continua.

Les partisans de l'esclavage soutenaient que les Indiens, semblables à des animaux privés de raison, étaient nés pour l'esclavage. Paul III (1536), informé de ce qui se passait par Julien Garres, évèque de Tlascala, de l'ordre des Prêcheurs, publia, en 1537, des bulles en faveur de la liberté et de la dignité humaine des Indiens, et il frappa d'excommunication cenx qui méconnaîtraient ces principes. Las Cases propagea avec ardeur ces bulles dans une traduction espagnole. Cependant le docteur Gines de Sepulvedo, chroniqueur de Charles- Quint, ne laissa pas, dans un récit, de soutenir les propositions suivantes : ou peut et il est permis de continuer les guerres commencées contre les Indiens, et ceux-ci sont obligés de se soumettre à la domination espagnole, sinon, on doit les y forcer ; la bulle do Paul m n'est dirigée que contre les soldats qui, sans y être autorisés par le prince, réduisaient les Indiens en esclavage. 11 essaya de prouver que la guerre était licite, en invoquant la cupidité et les crimes affreux des Indiens, la nécessité de punir les offenses infligées à des innocents, la facilité de convertir les Indiens quand ils seraient complètement subjugués.

Le conseil des Indes refusa l'autorisation de publier ^et écrit. L'auteur s'adressa au souverain, qui remit cette affaire au conseil de Castille. Ce conseil renvoya le jugement aux universités de Salamanque et d'Alcala. Toutes deux repoussèrent la théorie de Gines. Enfin le hvre fut imprimé à Rome par les bous offices d'un auditeur de Rote, mais sous la forme d'une courte apologie adressée à l'évêque de Ségovie; on s'y bornait

à donner des arguments en faveur d'une opinion. L'auteur jouissait d'une bonne renommée, et la question telle qu'il l'entendait était fort compliquée. Charles-Quint défendit de répandre les exemplaires du livre ; Las Cases le réfuta et plusieurs théologiens se prononcèrent contre lui. La décision de Paul 111 servit de règle dans la manière de traiter cette question de droit ; elle fut observée par les savants et par les papes suivants, qui la rappelèrent à diverses reprises.

Helps, m, p. 3J9, 326 et seq., 396 et seq. ; Herrera, Dec. VI, Lib. I, c, VIII, Las Casas de unico vocationis modo, 1533. Rapport de l'évéque de Tlascala dans Lorenzana, Concilios en Mexico, I, p. 1!); Paul !il, 1537; Veritas ipsa Altitudo, dans J. Tejada y Ramiro, Coleccion de canones y de totos los Concilios de la iglesia de Espana y de America, Madrid, d8o5, t. V, p. 121-123. Lettre de l'évéque Carres, ib., p. 115-121. Cf. Solorzano, Lib. II, c. vni ; Lib. III, c. va ; Sepuiveda, Démocrates secundus sive dejustis belli causis, — Apologia pro libro de justis belli causis, Rom*, 1660. — Avendano, Tbesaur. Indic, tit. VII, c. iv ; lit. I, c. XII. Décrets ultérieurs de Pie V, 7 octob. 1567, à l'archevêque de Mexico, 8 cet., au vice-roi; 9 oct., au roi Sébastien et au cardinal Henri de Portugal : Rayn., an. 1567. Bref de Clément VIII pour le Pérou : Solorzano, lib. II, c. i, n. 12. Urbain VIII, Const. Cotnmissum, 21 avril 1639; Benoit XIV, Const. Immensse, 28 déc. 1741, etc. Voy. encore Aguirre, Collect, max. Concil. omn. Hisp. et novi orbis, Rom. 1735, t. VI, p. 354 et seq.; Koticias sécrétas de America (ci-dessus, VI, § 250).

Découvertes dans TÂinérique du Sud.

339. Cependant les découvertes suivaient leur cour.s. Ferdinand Cortez, arrivé au Mexique en 1519, posa les fondements de Vera-Cruz et s'empara, en 152i, de la capitale du pays. Le Pérou fut découvert (laSO-liD^?) par François Pizarreet ensuite conquis. Almagro découvrit le Chili. En 1535, Pedro Mendoza construisit ßuenos-Ayres ; ses frères l'Assomption (1538), capi taie du Paraguay ; en 1538, Santa-Fe de Bogota fut fondée.

Tandis que la plupart des habitants de l'Amérique du Nord étaient des sauvages adonnés au fétichisme, les habitants du Mexique, du Pérou et du Chili révélaient une plus haute culture : ils avaient déjà de beaux édifices et des langues sa-

vantes ; ils exerçaient différents arts. Leurs monuments, leurs institutions, leurs traditions rappelaient l'Egypte et la Phénicie; d'autres indices faisaient songer à la Tartarie, au ïhibet, aux Indes orientales. Les cruautés qui y furent commises ne sont pas imputables au zèle des missionnaires, mais à la soif de l'or, à l'esprit de vengeance et de domination des Européens, qui faisaient tout pour contrecarrer les missionnaires.

Douze franciscains se rendirent au Mexique. Divisés en quatre groupes, ils s'en allaient parcourant ce vaste pays au prix de mille sacrifices, nu-pieds, mal nourris, dédaignant l'or, nullement déconcertés par l'insuccès de leurs premiers efforts. Plus tard, le Père Martin de Valence obtint de grands résultats. Des dominicains (15:26) et des augustins (1533) survinrent encore. Le franciscain Jean de Zumarraga, nommé évoque de Mexico, lutta contre la tyrannie du président Nuno de Guzman, lorsque beaucoup de caciques se furent plaints auprès de lui des vexations crnelles dont ils étaient l'objet ; car si l'esclavage était supprimé de nom, il existait encore de fait. Le tribunal voulut empècber l'évêque et le clergé de percevoir la dîme ; l'évêque fulmina l'excommunication et s'adressa à l'empereur Charles-Quint.

L'empereur déposa ces juges tyranniques, nomma président du Mexique l'excellent Sébastien Ramirez de Fuenleal, évêque de St-Domingue, et président depuis 1527 du tribunal de ce lieu. Ramirez, qui avait défendu vaillamment la liberté des Indiens, à Haïti, interdit l'esclavage. 11 veilla à ce que les indigènes fussent traités avec douceur, tâcha de procurer au pays une meilleure espèce d'animaux domestiques et de bêtes de somme, et avant 1532 aboht complètement l'esclavage des Indiens, même pour les prisonniers de guerre et les Caraïbes. L'évêque Zumarraga arriva également d'Espagne avec des mesures d'adoucissement, et se consacra jusqu'à sa mort au service de ce peuple (1548). Ramirez devint évêque de Cuença, en Espagne, et membre du conseil pour les Indes ; il y contribua beaucoup à faire rendre de bonnes lois. Las Cases exerça une salutaire influence sur le vice-roi du Mexique, Antoine de Mendoza, qui interdit l'esclavage sous des peines sévères.

Le Pérou avait pour évêque (1529) le dominicain Hernando de Luque, protecteur des Lidiens. Comme il était empêché par VI. — msT. DE l'église. 5

la maladie, sa charge fut confiée à son confrère Reginald do Pedraza, et ensuite (1334) à Vincent Valverde, estimé comme écrivain ; il s'intéressa en Espagne en faveur des Péruviens. Charles-Quint le nomma évèque de Cuzco. Il fut assassiné à l'autel par les sauvages de l'île de Puna (1543). Un autre missionnaire du Pérou fut le dominicain Thomas de Saint-Martin, ancien président du tribunal de Saint-Domingue et zélé protecteur des Indiens depuis 1328, après que de nombreuses vexations lui eurent fait résigner son emploi. Mexico fut érigé en métropole en 1337, Saint-Domingue en 1347, Limaenl348, Santa-Fé de Bogota en 13G4, La Piata en Bolivie en 1608.

Colleccion de docamentos inédites relatives al discubimiento, conquista y colonicacion de las posesiones espanolas en America y Oceauia, par J. F. Pacheco et Fr. deCardenas, Madrid, 1864 etseq.; Prescolt, Gesch. der Eroberung v. Mexico, en allem., Leipzig, 1845; A. de Solio, Hist. de la conquista de Méjico, Par., 18Ö8. Une très grande partie de la population mexicaine parait venir de l'Asie antérieure. Vers l'an IGOO avant Jésus-Christ, les Hyksos chassés d'Egypte seraient arrivés vers les côtes d'Afrique, les îles des Canaries et lesAçores, et de là dans le golfe du Mexique. Environ l'an 1000 avant Jésus-Christ, survinrent d'autres Phéniciens, dont descendait Votan, fondateur de la dynastie des Quiches ou Chanes; ceux-ci trouvèrent l'Amérique centrale déjà peuplée. Les fragments de l'histoire de Votan, conservés par Ordonez et (Jhimalpo'poca, disent qu'il venait du pays des Evéens (Hivini), et qu'il fut contraint de s'exiler par une invasion d'étrangers cruels. L'expédition s'arrêta d'abord dans les lies Canaries et Açores, et arriva à Cuba après quelques générations; sous Votan, elle se fixa sur le continent, dans le Yucatan, où celui-ci fonda Nachan (aujourd'hui Palenca). Dans les débris des édiliceî on trouva des spécimpns d'architecture phénicienne, mais au lieu de l'écriture phénicienne, des hiéroglyphes d'Egypte. Comme les Egyptiens, au dired'Hérodote, ne faisaient point de voyages sur mer, les hiéroglyphes paraissent y avoir été importés par les Hyksos. Vers o44-648, les Mexicains se dirigèrent du nord au sud ; le pays, appelé par les habitants Anahuac, fut habité par les Olonèques, et ensuite par les Tultèques (667-1031). Une peste les avait exterminés. Un de leurs rois (Ixtiicuehauac) donna à son peuple un code de lois rédigées par l'astronome Uamazin ; il contenait de la mythologie, de l'histoire et un calendrier. Au temps de la domination des Tultèques, un blanc nommé Quotzalcoalt se posa, avec beaucoup d'étrangers, en niaitre de rehgion, établit une constitution-politico religieuse, ayant

à sa tète im souverain ecclésiastique et un souverain temporel. Cette constitution dressée, il aurait disparu et aurait été depuis honoré comme un dieu sous ditïérents noms. Le pays, oùs'é evaient de hautes pyramides, cultivait le mais et le blé, et préparait le coton. Sa prospérité fut troublée au xi^ siècle par une effroyable sécheresse suivie de la peste. La plupart des Tultèques moururent ; le reste se dirigea vers le Sud, se fixa à Yucatan et Guatemala, et se mêla avec la population. Vers M70, les Tschitschemèques, peuple inculte, logé dans des cavernes, amoureux de la chasse, adorateur du soleil, ayant un roi et une noblesse, vinrent du Nord dans la patrie qu'ils habitèrent depuis. Plus tai'd , l'agriculture et le tissage furent introduits chez eux ; leurs mœurs s'adoucirent, lis furent suivis peu à peu de sept autres tribus, dont les dernières , les Tlascalèses et les Akolues, étaient très moralisées. Vers 1244, parurent les belliqueux Aztèques; ils construisirent en 1323 la ville de Tenochtitlan (plus tard Mexico), établirent une justice régulière et une constitution strictement monarchique. Ils avaient des patriciens de premier et de second ordre, des plébéiens et des esclaves, nombre de prêtres, des associations religieuses et des espèces de vestales; ils honoraient un dieubon(Teotl)etun dieu mauvais (Teecato-cololotl), outre d'autres divinités, notamment le dieu de l'air (Quetzal-coatl), le dieu de la guerre et du soleil (Huilzilopochtli), à qui on offrait entre autres des sacrifices humains, surtout des captifs. La tradition du déluge était encore vivante parmi eux. La langue des Aztèques était une des plus développées ; ils avaient une écriture hiéroglyphique et une écriture phonétique, un calendrier, écrivaient sur des peaux d'animaux, des pierres et des fleurs, avaient des discours et des poésies, des temples et des palais ornés de peintures et de sculptures. Leur domination dura jusqu'en lo2i. Voy. Civiltà cattolica, 18d9, IV, I, n, 2iö; Biondelli, Sulla lingua antica azteca, Milano, 1860; Brasseur de Bourbourg, Hist. des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale durant les siècles antérieurs à Colomb, écrite sur des documents originaux, Paris, 1851-1807, 4 vol. Le même. S'il existe des sources de l'hist. primitive du Mexique dans les monuments égypt., etc., Paris, 1864 ; R. A. Wilson, A new history of the conquest of Mexico, Philadelphia, 1837, vol. I; Sybel, Hist. Ztschr., 1861, VI, p. 73 et suiv. (Waitzs) ; Chevalier, Le Mexique ancien et raod., 2« éd., Paris, 1864. Les Péruviens étaient d'un caractère moins ferme, mais plus doux que les Mexicains. Selon eux, ils avaient longtemps vécu de la vie grossière des chasseurs et des pêcheurs, jusqu'à ce qu'ils furent instruits par deux fils du Soleil ; à la tète de l'État se trouvait la dynastie des Incas, dont l'autorité théocratique était illimitée. Au-dessous d'eux étaient quatre gouverneurs, obligés de rendre des comptes annuels, et au-dessous de ceux-ci, les comm.unes pourvues dune

consUtution municipale, et dirigées par un Curaca. Il y avait des escalves, des hommes libres et des nobles ; la justice était sévère ; ils rendaient au soleil un culte divin et lui offraient des lapins, des fruits et de la farine. Outre le Soleil, que servaient 1,500 vierges sacrées, ils vénéraient plusieurs autres divinités. Chaque province avait sa langue propre. Les principales langues étaient le quechua et l'aymara ; la cour avait un idiome à part, inconnu ailleurs. On doute qu'ils aient eu une langue écrite. Des temples et des palais somptueux, où l'or abondait ; des forteresses, de magnifiques vases d'argile attestent un progrès considérable dans les arts. Les Chiliens aussi avaient une langue riche et harmonieuse, une civilisation élevée. Missionnaires à Mexico, Ramirez, etc.: Herrera, Dec. IV, Lib. II, c. v; Lib. VII, c. vin; Lib. IX, c.xiv; Dec. V, Lib. I, c. vi;Dec. VII, Lib. VII, c. vu (sur le vice-roi Anton. Mendoza) ; Llorente, I, 273 et seq. ; 350 ; Torquemada, Monarch, ind., Matriti, 1723, Lib. V, x; XV, 12, 38 et seq. ; XV, xxx ; Gonz. d'Avila, Toatro de las Iglesias de las Indias, Madrid, 1649 ; Helps, III, 226 ; Margraf, p. 62 et suiv., 6Ö-G8. Missionnaires au Pérou, Verdadera relacion de la conquista del Peru y provincia del Cuzio embiada à S. Maj., éd. 1547 ; Garcilasso de la Vega, P. II, Lib. I, c. xxv; Herrera, Dec. V, Lib. II, c. xi; Dec. IV, Lib. II, c. v; Melendez, Tesoros verdaderos de las Indias, t. I, Lib. I, c. iv ; Lib. II, c. ii; Bourgoing, Hist. des missions d'Amérique, Paris, 1654; Touron, t. X, p. 42 et seq. ; Margraf, p. 69. Évèchés, Rayu., an. 1537, 1547, 1548, 1561, n. 70; 1564, n. 58.

Autres travaux des Réguliers pour les Indiens.

340. Las Cases poursuivit la grande œuvre à laquelle il avait consacré son existence. Vers 1539, il se trouvait à Santiago de Guatemala, où le gouverneur, Pierre d'Alvarado, blessa profondément, par ses expéditions inhumaines, le pieux évêque Marroquin et les dominicains. Le chapitre général des Frères prêcheurs décida (î24 août 1539) qu'on enverrait en Espagne Las Cases, Ladrada (ou Aiidrada) et Louis Cancer. Les délégués obtinrent des décrets favorables, celui-ci notamment qu'il serait défendu, pendant cinq ans, à tout laïque espagnol d'entrer dans le district de Vera Paz sans la permission de l'Ordre.

Tandis que Cancer emportait ce décret, Las Cases demeura en Espagne pour assister, comme vicaire général de l'Ordre, à quelques séances du conseil des Indes. Son travail, sur la destruction des Indes, présenté au gouvernement, fut achevé et trouva beaucoup d'adversaires, surtout lorsqu'il fut imprimé douze ans après. En 1542, le licencié Juan de Fi

gueroa fut envoyé dans le pays en qualité de visiteur. Une grande assemblée fut tenue àValladolid, à laquelle Las Cases présenta seize propositions. Charles-Quint (en Espagne Charles 1") reçut un avis du conseil d'Etat et de l'archevêque de Séville, convoqua, à Barcelone, une nouvelle assemblée à laquelle cet archevêque assista ainsi que le cardinal Granvelle. Ils se prononcèrent pour les propositions de Las Cases. L'empereur, sur le conseil des théologiens et des jésuites, fit d'excellentes lois pour ses États transatlantiques. Les Indiens furent déclarés libres et uniquement assujettis au roi ; il fut défendu de les réduire désormais en esclavage ; tous les esclaves devaient être affranchis, quand leurs maîtres ne pourraient fournir un titre légal suffisant. Les services que les Indiens rendraient à l'Etat devaient être adoucis et rémunérés; défense était faite aux particuliers de les forcer à des services domestiques et d'ériger de nouvelles commendes. Celles qui existaient devaient être supprimées moyennant dédommagement. Il fut décidé que ces principes serviraient de règle pour toutes les découvertes et les conventions à venir.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 3iO.

Herrera, Dec. YI, Lib. VIII, c. vi ; Helps, III, p. 367, 369 ; Lib. XV, c. vu et seq. ; Margraf, p. 88 et suiv. Las Casas, La destruccion de las ladias Cf. Helps, IV, Io4 et seq. Contre : iXiiix, Refloxiones imparciales sobre la humanidad de los Espanoles en las Indias, Madrid, 1782 ; Melendez, 0. Pr., Tesoro, t. I, Lib. V, c. m, fin.) et Veynte razones (cf. Margraf, p. 91 et suiv.). Délibérations et lois de 15 i2 : Herrera, D. VII, Lib. IV, c. xvii; Lib. VI, c. x ; Lib. VII, c. xvii ; Helps, t. IV, Lib. XVIIl. c, i ; Solorzano, t. I, Lib. III, c. vi, vu ; Margraf, p. 92-94. La Recopilacion de leyes, Lib. VI, c. xiv, contient sous 13 titres les mêmes dispositions.

Obstacles à l'affranchisseinent des Indiens.

34.1. Malheureusement, l'exécution de ces lois rencontra de grandes difficultés. La colonisation reposait tout entière sur le système des commendes ; de nombreux intérêts espagnols se trouvaient lésés ; l'auturité du roi était trop faible dans ces colonies et une défection était à craindre. A Carthagène, dont le premier évêque, le dominicain Thomas de Toro(mort en 1536), avait vaillamment soutenu la cause des Indiens contre le gé-

néral Herecîia, et dont le successeur, Jérôme de Loyasa, agissait dans le même esprit, le commissaire Miguel Diaz d'Armendariz put d'autant mieux les faire exécuter qu'il n'y avait qu'un petit nombre de commendes, médiocrement riches. Dans le Pérou, il régnait un grand mécontentement. Le vice-roi, Blasco Nunez Vêla, ayant voulu faire exécuter les lois dans toute leur rigueur, périt dans une bataille et ce riche pays sembla perdu pour l'Espagne.

Cependant le président ecclésiastique du tribunal de Lima, Pedro de La Gasca, y ramena la paix et essaya progressivement d'y faire exécuter les lois. En 1550, quand il rentra en Espagne après une administration de quatre ans, le régime des commendes était fort restreint; mais les corvées (mita) n'étaient pas encore complètement abolies. 4u Mexique, le commissaire Sandoval, qui s'était embarqué en 1544 seulement, reconnut dès son arrivée combien il serait périlleux de publier les nouvelles lois, et il les ajourna. Lui et le vice-roi envoyèrent une députation à Charles-Quint pour lui faire des représentations, et ils obtinrent, en 1546, une prolongation des commendes pendant deux générations. Dans la suite, sous le vice-roi Yelasco (1551-1564), plus de 130,000 Indiens reçurent la Uberté, conformément aux lois de 1542. Dans plusieurs endroits, il fut impossible d'arriver à une exécution énergique. Les ecclésiastiques, à qui on avait défendu depuis 1532 de posséder des commendes, se firent obéir de quelques laïques, qui rendirent au moins par testament la liberté à leurs esclaves. Le roi, de son côté, invita, en 1543, les dominicains et les franciscains à s'occuper de l'affranchissement des Indiens et à lui signaler les abus des fonctionnaires.

Herrera, Dec. VII, Lib. VII, c. xiv, xvii ; Dec. VIII, Lib. V, c. vu; Solorzano, Lib. II, c. m ; III, 32; Torquemada, V, l4;MeIendez, Tes., I, Lib. Il, c. V. Lettres de Cliarles-Qnint de 1543; Torquemada, XVII, 19 ; Henrion, Gesch. der Missionen, t. II, c. iv; Margraf, p. 94 et suiv., 123.

Derniers actes de Las Cases.

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