Las Cases, qui était déjà allé à Barcelone on
pour remercier le roi de sa généreuse législation, refusa le riche évêché de Cuzco qui lui était offert, mais accepta, en do45, le petit évêché de Chiapa, qui avait besoin, pour faire exécuter les lois, d'un homme énergique. Il partit pour son diocèse avec 44 missionnaires. A Saint-Domingue, on était aigri contre lui ; et à Chiapa les marchands d'esclaves se montraient ombrageux. Les dominicains prêchèrent sans se laisser intimider. En 1545, Las Cases eut, à Graciasa Dios, une conférence avec Marroquin, évêque de Guatemala (mort on 1563), et Antoine de Valdivieso, évêque de Nicaragua ; tous trois étaient dévoués aux Indiens. Le dernier, également dominicain, fut assassiné en 1549 par le gouverneur lui-même, précisément à cause de son zèle. En 1543, une assemblée d'évêques tenue à Mexico déclara que les infidèles, quels que fussent leurs péchés, devaient conserver leur liberté et leurs biens, que les Espagnols qui avaient réduit ces Indiens en esclavage étaient des tyrans, que les services personnels exigés des indigènes étaient condamnables. Les missionnaires s'inspirèrent des mêmes maximes. Lorsque Las Cases s'aperçut qu'il serait plus utile aux Indiens à la cour d'Espagne que dans son lointain évêché de Chiapa, qui avait du reste de bons missionnaires, il partit pour l'Espagne en 1347, après avoir établi un vicaire général.
Dans son instruction aux confesseurs, il prescrivit de refuser l'absolution à tous les colons qui n'affranchiraient pas leurs esclaves, et il envoya lui-même son instruction au conseil des Indes. Huit théologiens célèbres l'approuvèrent. Accusé d'avoir empiété sur les droits de l'autorité royale, il se justifia verbalement et par écrit. Lorsqu'on proposa, en 1555, de fournir aux possesseurs de commendes une garantie à perpétuité, il écrivit contre ce projet au confesseur do Philippe II, qui se trouvait alors en Angleterre, et il obtint une déclaration favorable de l'empereur, qui habitait alors au couvent de Saint-Just, et fit rejeter la proposition. Il entretint une correspondance active avec les dominicains d'Amérique, acheva dans le couvent de Valiadolid une histoire de l'Inde et un mémoire sur le Pérou, et mourut en juillet 1366 à Madrid, où il se proposait d'intervenir encore en faveur de ses protégés.
Helps, IV, 314, 350; Llorente, I, p. LXXIV, t. II, p. 120; Margraf, p. 102-114.
Services rendus par les évêques et les prêtres.
343. Une foule d'autres ecclésiastiques rendirent sous ce rapport d'éclatants services ; tels furent le Père Olmeda, de l'ordre de la Merci ; Jean de Quevedo, évêque de Darien ; les évêques de Santa-Marta, Ortiz et Mendez, Diego de Landa, évêque de Yucatan (lo73-lo79) ; Augustin de la Coruna, à Popayan, mais surtout Turibius, archevêque de Lima, qui visita trois fois son immense diocèse, convertit beaucoup d'Indiens et célébra, en 1582, avec six évêques, un concile provincial. D'autres conciles provinciaux et dix synodes diocésains furent encore tenus avant 1604. Tous se prononcèrent pour la liberté des Indiens. Les conciles provinciaux de l'Amérique du Sud furent provoqués par le second archevêque de Mexico, Alonso de Montufar, de l'ordre des Prêcheurs. Il en célébra deux en 1535 et 1565. Le troisième concile de Mexico (1583) publia des statuts très développés, et frappa notamment d'excommunication tous ceux qui s'opposeraient aux mariages des Indiens. Le dominicain Jean Ramirez avait présenté à ce concile un long mémoire où il se montrait, comme confesseur et prédicateur, d'une grande sévérité contre ceux qui gardaient des esclaves- En 1593, il alla lui-même en Espagne dans l'intérêt des Indiens, fut pris par un corsaire anglais, puis échangé, agit auprès de Philippe II contre les commendes, devint, en 1600, évêque de Guatemala, et mourut après une vie pleine de mérites (1609).
Le Pérou avait pour missionnaires, outre Pedro délia Gasca, les dominicains François de Saint-Miguel, qui courut risque de la vie dans une insurrection et résida pendant un an chez un Indien ; Garcia de Tolède, cousin du vice-roi ; Barthélemi Vargas (mort en 1598) ; Domingo de Saint-Thomas, provincial depuis 1553, et beaucoup d'autres. Seulement, on ne put empêcher ici complètement que les Indiens fussent employés dans es mines, d'autant plus que quelques ecclésiastiques croyaient cette mesure permise et utile, et que la cour d'Espagne en avait besoin dans sa détresse financière. Sainte Rose de Lima,
qui rivalisait de piété avec la grande Catherine de Sienne, fut l'ornement de ce pays et la gloire de l'ordre des dominicains.
Geronimo da Mendicta, Hist. eccl. Ind. Obre escr. a fine del siglo XVI, publ. por J. Garcia Icazbalceta, Mexico, 1870; Baluffi, L'America sotto l'aspetto religioso, Ancona, 1843 ; Touren, XIII, 388 '■> Civilta oattol., 1863, VI, ii, p. 153,134; Lorenzana, Concilios en Mexico, I, 333; Concilio primiero ysegundo, Mexico, 1769, in-f" ; Conc. Prov. Mex., II, Mex., 1770; Aguirre, Conc. Ilisp., IV, 297 et seq.; Hard., X, 1701 et seq.; Tejada y Ramiro, t. V, p. 123-179 (Conc. Mexic, I, 1353), p. 207-21G (Mex., II), p. 486-322 (Liman., I, 1382), p. 322-636 (Mexic, III, lo83), p. 636-647 (Liman., Il, 1391), p. 647 et seq. ;'Liman., m, 1601) ; Vita S. Turibii, a P. Franc. Marraccio conscripta ; Margraf, p. 113-120. Ibid., p. 122, 124 et suiv. Sur les Dominicains au Pérou, p. 98 et suiv. 126-131, .Sur les travaux des mines au Pérou; (appelés mita). S. Rosa Limana, Acta SS., d. 30 Aug.
Le Brésil.
34i. Aux dominicains, qui se relâchèrent plus tard sous le climat de l'Amérique du Sud, se joignirent bientôt les missionnaires jésuites, qui devancèrent tous les autres ordres par leur activité. Les .six premiers jésuites arrivèrent, en lo49, à Saint-Vincent, dans le Brésil, sous la conduite du Père Emmanuel de Robriga ; ils fondèrent une station de mission dans la ville de Bahia ou Saint-Salvator, que venait de construire Thomas de Susa, gouverneur portugais. Ils apprirent la langue du pays et réussirent, après d'incroyables difficultés, à convertir une partie de ces sauvages, la plupart errants, adonnés à l'ivrognerie, à la luxure et à l'anthropophagie. Le Père Léonard Nunez convertit un illustre Portugais, Pierre Correa, fameux jusque-là par sa manière barbare de traiter les indigènes. Correa entra lui-même dans l'ordre, devint un zélé missionnaire et subit le martyre en loo4 avec le Père Jean Sosa.
L'évêché fondé en l.'iol à Bahia eut pour premier évêque Pedro Fernandez Sardinha. Aidé par les jésuites, Pedro lutta contre son clergé dégénéré, qui soutenait avec les colons l'esclavage des Indiens. Le gouverneur défendit la cause de l'évêque et limita l'esclavage. Le gouvernement de Lisbonne, eu 1550 et 1556, se prononça à diverses reprises pour l'atTrau-
chissement, des Indiens et ordonna de rendre à la liberté ceux qui avaient été injustement asservis. Le nouveau gouverneur Duarte da Costa fut hostile à l'évêque (1554). Le jésuite Antoine Pires ménagea une paix qui dura quelque temps, et le jésuite Anchieta, qui était arrivé avec le gouverneur, fut également favorable à l'évoque. Mais en 1555, celui-ci fut obligé d'aller porter ses plaintes en Portugal. Chemin faisant, il fut assassiné par des sauvages, que Da Costa réduisit à un esclavage perpétuel. Le gouverneur qui vint ensuite exécuta les édits royaux et rendit la liberté à beaucoup d'Indiens. Eu 1564, une famine et une épidémie déterminèrent un grand nombre d'Indiens à se vendre pour toujours en qualité d'esclaves, à condition qu'ils seraient entretenus. Un conseil de conscience, réuni à Lisbonne, déclara que la chose était permise en cas de nécessité extrême ; mais les possesseurs d'esclaves dépassèrent les limites légales.
En 1565, les jésuites obtinrent du roi Sébastien l'établissement d'une commission particulière composée du gouverneur général, de l'évêque, du grand juge et de quelques jésuites. On nomma un curateur des Indiens, on défendit de trafiquer des hommes sans l'approbation de l'autorité, on empêcha le mariage des nègres avec les Indiens (car il servait à augmenter le nombre des esclaves), et l'on interdit de se rendre justice soimême contre les esclaves. Il fut décidé que les juges feraient tous les quatre mois la visite des districts.
Les jésuites poursuivaient ardemment l'œuvre des conversions, quoique le Père Azevedo et trente-neuf autres missionnaires eussent été tués en mer par des huguenots français. Les Brésiliens étaient fort sensibles à la musique : les jésuites employèrent ce moyen pour adoucir leurs mœurs et leur inculquer des idées chrétiennes par des cantiques ; à l'enseignement de la religion, ils joignirent celui des arts utiles et des arts d'agrément, le chant, la lecture, l'écriture. Les Pères Joseph Anchieta (mort en 1597), Lorenzana, Montoya, DiazTano rendirent d'importants services. Bientôt ils eurent moins pour ennemis les indigènes que les Europens avares et cupides. Plusieurs de ceux-ci essayèrent de tromper les Indiens en se déguisant en missionnaires. Les colons de Saint-Paul de Piratiiiinga (PauUstes, flibustiers, mameluks), faisaient comme aven-
tnriers et chasseurs d'esclaves des incursions dévastatrices, contre lesquelles échouèrent toutes les plaintes adressées aux gouverneurs.
Les jésuites, à cette vue, transférèrent leur résidence plus avant dans l'intérieur du pays, demandèrent des secours en Europe, et surtout la permission , pour les nouveaux convertis, d'employer les armes à feu, quand ils en auraient besoin pour repousser les trafiquants d'hommes. Le roi accorda cette demande en déclarant que les protégés des jésuites étaient les vassaux immédiats de la couronne. Sur la proposition du Père Tano, Urbain YIII renouvela (22 avril 1639) les bulles de Paul III, contre lesquelles les colons du Brésil se déchaînèrent avec une rare fureur ; ils voulurent détruire le collège des jésuites de Rio de Janeiro et autres maisons de l'ordre ; dans quelques localités ils chassèrent les jésuites en les accablant de mauvais traitements. A partir de 1610, la mission du Brésil fut constamment menacée par la cupidité et la tyrannie des colons européens, puis, transitoiremeiit, par l'invasion des calvinistes de Hollande, lesquels furent cependant obligés, en 1654, de renoncer à leurs conquêtes.
Epist. Indicée PP. S. J., Venet., 1562 et seq., P. I et II; Soutliey, Hist. of Brasil., 1817, I, surtout ch. vin, p. 213, 213 et seq.; Deauchamp, Hist. du Brésil, p. 209 et suiv. ; Henrion, Hist. des Missions, L. H, ch. V, p. Ö34 ; Warden, Art de vérifier, V, p. lOö; Anton, de S. Maria Joboatham, Novo orbe Seratico Brasilico on Chronico dos frades minores da Prov. d. Brasil., P. I et II, Rio de Janeiro, 1859-1861 ; Baril, Les Peuples du Brésil avant la découverte de l'Amérique, Douai, 186i ; Marschall, Die christ. Missionen, III, p. 16 et suiv, ; Margraf, p. 132etsuiv., 143, 148-130.
Le Chili, le Pérou, le Mexique et la Nouvelle-Grenade.
345. Dans les autres provinces de l'Amérique du Sud, au Pérou, au Chih et dans le Mexique, les jésuites s'occupaient également, ainsi que d'autres ordres, des intérêts des Européens et des indigènes. Huit jésuites étaient allés dans le Chili en 1593. Aranda et Valdiva convertirent à la foi les sauvages Araucaniens. Beaucoup de Pères subirent le martyre. Eu 1598,
TÔ HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
Medrano et Figueroa pénétrèrent dans les retraites des Indiens, aux Cordillières, et de nombreuses tribus furent converties par Impériali, d'Ossat et de Grégorio. Ceux qui mouraient ou étaient mis à mort étaient constamment remplacés par de nouveaux ouvriers. En 1614 seulement, cinquante- six jésuites entrèrent dans le Pérou, où le père Acosta (1580 et suiv.) s'était couvert de mérites. Les dominicains se répandirent dans les districts du nord ; les fils de saint François étaient dispersés entre Bogota et ßuenos-Ayres ; les jésuites étaient à peu près partout. Parmi les franciscains, on remarquait surtout Louis Bolanos et saint François de Solano, « l'apôtre du Pérou » (mort en 1610, canonisé en 1726).
De nombreuses confréries religieuses furent fondées; les nouveaux convertis résistaient victorieusement à toutes les séductions de l'apostasie, priaient avec ferveur et donnaient à leurs fêtes un cachet profondément religieux. Les jésuites érigèrent des établissements d'instruction grandioses et fondèrent à Mexico le séminaire de Saint- Ildephonse. Les universités de Mexico et Lima enseignèrent toutes les branches de la théologie et de la philosophie. De splendides cathédrales surgirent du sol et la vie religieuse fit de brillants progrès. Vers 1610, on comptait dans l'Amérique du Sud cinq archevêchés, vingt-sept évêchés, quatre cents couvents, beaucoup de paroisses et de stations de mission.
Dans la Nouvelle Grenade , saint Louis Bertrand convertit près de 150,000 Indiens de 1562 à 1569; il eut beaucoup à souffrir de la cruauté des Européens. L'Église porta également un vif intérêt aux esclaves nègres. Elle protégea leurs mariages au moyen de l'excommunication, défendit de les revendre, obtint pour eux le droit et la facilité de se racheter. Plusieurs couvents de bénédictins possédaient des esclaves qu'ils traitaient affectueusement comme les enfants de l'Ordre et la propriété de leur fondateur. Les deux jésuites suivants se signalèrent principalement comme apôtres des nègres : Alonso Sandoval (depuis 1605 dans la Nouvelle-Grenade); il baptisa 30,000 nègres dan l'espace de sept ans et mourut en 1652, recteur du collège de Carthagène; Pierre Claver, qui habitait cette dernière ville depuis 1615, pasteur infatigable des esclaves nègres, dont il Voulait être lui-même l'esclave (mort en septembre 1G54, béati-
fié en I80I). Il y eut aussi, à cette époque où la politique soutenait partout l'esclavage, des théologiens qui exposèrent les vrais principes sur la possession et le commerce des esclaves ; tels furent : Molina, Rebello, Sanchez, Garcia, Navarra, Ledesma, Caramuel, Morel, Avendano.
Herrera, Descripcion de las Indias, p. 80 ; Ranke, Rœm. Pa?.pste, II, p. 488 ; Relazione stoiica délie Missioni nel Peru delli PP. d. C. d. G., Roma, 1603, in-f'' ; Alfonso do Ovallo, Carta al Preposito gênerai d. G. J. de los progressos de la Mission en Chili, Roma, 1646, in-f°, ital., ib.; Relation des missions des RR. PP. de la Comp, de J. dans les îles et au continent de l'Amérique méridionale, Paris, 16d3, in-8° ; Fr. Combes, Hist. de las islas Mindanao, Sotoy olras y de los progressos de la fé, Madrid, 1607, in-f° ; Acosta, De procuranda sainte Indor. ad Philipp. Reg., Colon, Agr., 1596 ; Marschall, III, p. 90-100. — Margraf, p. 177-183 ; Marschall, III, p. 8i et suiv., D. P. Sandoval: de Instauranda /Ethiopum salute. (Cf. Molina, Tract, de justitia et jure, II, Disp. xxxiv, XXXV ; Reballo, Op., de oblihatione justitise, relig. et charitatis, Lugd., 1606; Sanchez, Consil. moral., Lib. I, c. i, dub. 4; Avendano Thés. Ind., t. IX, c. xii; Marcado et autres), Civiltà cattol., 4 agosto 1866, VI, VII, p. 309 et seq. P. Bertrand Gabriel Fleuriau, Lebensgesch. des ehrw. Petrus Claver, trad. parle Dr. Schelkle, 1883 ; Longaro degii Oddi, Vita del ven. P. Petro Claver., Roma, 1748; liolzwarth, Petrus Claver, Sklave der Negersklaven, Tübingue, 1853.
Le Paraguay.
346. C'est au Paraguay que les jésuites avaient leur plus importante mission. Ce pays, arrosé par le fleuve la Plafa, fut découvert par les Espagnols en 1516 et occupé eu 1536. Les franciscains y avaient travaillé sans beaucoup de succès. L'évêque de Tucnman, François Victoria, de l'Ordre des Prêcheurs, y appela les jésuites. Trois arrivèrent à Saint-Jago en 1586 et furent bientôt suivis de plusieurs autres. Ils se dispersèrent parmi les sauvages et en convertirent plusieurs. Malheureusement, les mœurs vagabondes de ces peuplades, les mauvais traitements qu'elles recevaient des Espagnols déjouèrent en grande partie leurs efforts. Quoique considérés comme les ennemis de leurs compatriotes parce qu'ils désapprouvaient les coamiendes etprotégeaient les indiens, les pères Barseiia, Angulo, Lorenzana, Torrez et plusieurs autres persévérèrent courageusement.
Avec cette profonde connaissance des hommes qui les distingue, les jésuites conçurent la pensée d'imiter les anciens messagers de la foi parmi les Germains, en joignant à la conversion de ces tribus grossières la culture progressive du pays et en formant peu à peu avec les communes chrétiennes un Etat bien ordonné. Ils reçurent du gouverneur le territoire de Guyacurus et Guanaris, avec la promesse qu'aucune commende n'y serait établie et qu'ils n'y seraient soumis qu'à la suprématie du roi. Les pères J. Cataldino et G. Maceta s'y rendirent et obtinrent de bons résultats. En 1610, ils présentèrent à la cour d'Espagne le plan d'une république chrétienne au Paraguay, qui devait écarter les principaux obstacles de la mission, les exemples pernicieux des Espagnols et les sévices qu'ils exerçaient contre les Indiens.
Phihppe III approuva le plan. Plusieurs colonies ou réductions furent alors créées sous la direction et la surveillance des jésuites. Nul Espagnol ne pouvait y entrer sans la permission de l'ordre. Les sauvages furent initiés aux arts les plus nécessaires de la vie, devinrent laboureurs, artisans, artistes même, s'exercèrent au maniement des armes pour se défendre contre les tribus hostiles du voisinage et contre les Européens chasseurs d'esclaves, auxquels ils résistèrent victorieusement en 1642 et arrachèrent 2,000 de leurs compatriotes. Une seconde défaite survint, et plus tard, le vice-roi du Pérou mit un terme à ces expéditions. Les jésuites décidèrent facilement leurs protégés à payer un tribut à la couronne d'Espagne ; ils les habituèrent à la tempérance et h la vie domestique, veillèrent au maintien des lois par des confréries religieuses, employèrent leurs connaissances médicales à fournir des secours dans les maladies graves et reçurent des nouveaux convertis des marques touchantes de gratitude.
Les habitants du Paraguay devinrent de bons citoyens et de bons chrétiens ; ils se plaisaient à la splendeur du culte et à la parure des églises, et réalisaient la république idéale de Platon. Le nombre des réductions s'éleva jusqu'à trente, et la population prit un accroissement sensible. Non moins florissante était la mission des jésuites dans la province voisine de Chiquitos, puis celle de Maranhao, sur le fleuve des Amazones. Lorsque Texeira, chef d'une expédition, permit en 1639 à ses gens de
se dédommager de leurs peines en prenant des esclaves indiens, deux jésuites lui firent une telle résistance qu'il révoqua sa concession et que ses troupes se résignèrent.
P. A. Ruiz de Montoya, Conqaista spiritual hecha en Paraguay por los religiosos de la Comp, de J., Madrid, 1639, in-4° ; Nicol. del Techo, Hist. provinc. Par., S. J., I^eodii, 1673, in-f°; Muratori, Il Cristianesimo felice nelle mission! di Paraguay, V«nezia, 1743; F. X. de Charlevois, ilist. du Paraguay, Paris, 17Ö7-1763, 4 vol., en allem., Vienne, 1834, 2 vol. ; Voyage d'un missionnaire de Cadix à Buenos- Ayres (Lettres édifiantes, Paris, 1773, 12, Recueil 30); Wittmann, I, p. 29-117; Dallas, Ueber den Orden der Jesuiten, trad. de l'angl., Düsseid, 1820. Témoignage du dominicain Joseph PeraUa, évèque de Buenos-Ayres. Sa lettre au roi, 1743 ; Mamachi, Ant. 11, 337 ; de Montesquieu, Esprit des lois. Livre IV, eh. vi; Margraf, p. 138 etsuiv., ISl et suiv. ; Marschall, III, p. 124 et sniv. ; Fernandez, Hist. relat. de apost. mission. PP. S. J. apiid Chiquilos, Aug. Vindel., 1733, in-4'' ; Bach, Die Jesuiten und ihre Mission Chiquitos, ed. Krieghk, Leipzig, 1843; leur Éloge, par Macaulay, Essays crit. and miscell.. Par., 18i3, p. 407.
L'Amérique du Nord.
347. Dans l'Amérique du Nord, au Canada, les jésuites successeurs du franciscain Lecaron (1 611 -1636) fondèrent aussi des missions qui, malgré la résistance des habitants et lés nombreux inconvénients du climat, portèrent des fruits abondants. Le père Jogues fut affreusement martyrisé par les Iroquois (1646), le père Antoine Daniel (1648), par les Mohavaques, le père Lallemand, et l'apôtre dos Hurons, Brébeuf, par les Iroquois (1649); mais le sang des martyrs produisit plus tard de magnifiques moissons, surtout depuis 1670. Dans l'Amérique du Nord, en général, l'Église fut longtemps avant de faire de sensibles progrès. Un événement important fut le don que Charles P'', roi d'Angleterre, fit du Maryland au lord catholique Baltimore
Deux jésuites furent les premiers missionnaires de ce pays. Toutes les confessions religieuses y jouirent de la liberté du culte, jusqu'au moment où les protestants, payant d'ingratitude la générosité des cathobques dès qu'ils se sentirent des
8Ô HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
forces suffisantes, bouleversèrent l'ancien ordre de choses. Les Indiens s'étaient rattachés à ce régime avec une entière confiance, et beaucoup d'exilés trouvaient là un refuge.
Après la mort du lord Baltimore, les catholiques furent privés de leurs droits civils dans une province qu'ils avaient si bien organisée, et les prêtres catholiques remplacés par des prédicants cupides et vicieux. Cependant les colons catholiques n'abdiquèrent point leur croyance. Dans la Virginie, au contraire, l'anglicanisme n'avait prévalu que par la force brutale; toute autre doctrine fut interdite en 1643, les non-conformistes furent exilés, la population fut écrasée par des fonctionnaires et des prédicants avares et inhumains. La Bible, interprétée par le parti dominant, servait de code de lois; les punitions étaient d'une sévérité inouïe. Et c'est ainsi que d'autres colonies furent créées sur différents points des États-Unis actuels, d'après des principes presque exclusivement théocratiques.
Jérôme l'Allemand, Relations de la Mission de Canada depuis l'an 164Ö jusqu'en 1664, Paris, in-8° ; Relat. des Missions de la Comp, de J. à la Nouvelle-France, Lyon, 1616; Brève relazione délie Missioni de' PP. d. G. d. G. nella nuova Francia, Macerata, 1653; Relation des missions des PP. de la Comp, de Jésus parmi les Hurons dans la Nouvelle- France, en 1634 et 1633, Par., 1635 ; Noticia de la California, por Venegas, S. J., Madrid, 1737, éd. M. A. Buriel, S. J. ; Berault-Bercastel, Hist. de l'Église, t. XII, p. 32; Schea, Gesch. der kath. Missionen unter den Indianerstœmmen der Vereinigten Staaten, trad. de l'angl. par Roth. Würzb, 1864; Marschall, lll, p. 279-283; Martin, P. J. Jogues, erster Apostel der Irokesen; en allem, par Diefenbach, S. J.; Regensb. 1875; Maryland : Cerri, dans Mejer, Prop., I p. 148; Mac Mahon, Hist.view of the Governm. of Maryland, Baltimore, 1831,p. lOSet suiv.; Bancroft, Hist. of the Unit., St. Boston, 1834, 1, 95, 188, 323, 328, 497, 1028; Docllinger, Kirche und Kirchen, Munich, 1861, p. 72 ;Marschall, III, p. 378 et suiv. ; Duval, dans le Corresp., t. XLI, p. 310 et seq.