I.SO HisToiKt L»v: l'église
1745; Fr. Girvesii Diss. de bist. Prise, Rom., \1'60; Walch, Ketzerhist., MI, 378 et suiv.; L. Lübkert, De haeresi Priscill. ex fontibus denuo collatis, Hafn., 1840; Néander, l, 812 et suiv.; J.-M. Mandernach, Gesch. des Priscillianismus, Trier, 1831 ; Garns, K.-G. Span., II, p. 3ö9 et suiv.; Reinkeus, Martin von Tours, Breslau. 1866, p. 130 et s.; Héfelé, Conc. I. p. 719 ; II, p. 40 et suiv., 283, 288 et suiv.; III, p. 12 et suiv.
Le pélagianisme. — Pelage et Célestius.
107. Une doctrine diamétralement contraire à celle du manichéisme fut propagée par un moine breton, qui se rendit à Rome au commencement du cinquième siècle et y vécut pendant dix ans avec la réputation d'une si grande austérité de mœurs que saint x^ugustin lui-même lui en fit des éloges. Occupé de l'interprétation des Épîtres de saint Paul, peut-être futil initié aux doctrines de Théodore deMopsueste, qui paraissent avoir été répandues à Rome par un de ses disciples, Rufin le Syrien, sous le pape Anastase I^"" (.398-402). Plusieurs des idées de Théodore répondaient à ses vues personnelles, qui étaient surtout pratiques et morales, et à sa conviction que l'homme peut beaucoup par l'énergie de sa volonté et la persévérance de ses efforts; qu'il a tort de vouloir excuser sa faiblesse d'esprit par la faiblesse de sa nature. Homme d'intelligence et de haute spéculation. Pelage exaltait partout le libre arbitre, contesté par les manichéens et déprécié par ceux qui enseignent la nécessité d'un secours divin pour accomplir le bien. Il faisait ressortir les bons éléments de la nature humaine et combattait la nonchalance de ceux qui croyaient impossible d'éviter le péché et de pratiquer la vertu.
Pelage trouva un partisan dans un ancien avocat plein de talent, Célestius, qui bientôt formula sa doctrine avec beaucoup plus de hardiesse et de netteté qu'il ne faisait lui-même. Comme Pelage et Célestius agissaient surtout en secret, ils passèrent d'abord inaperçus. Vers 411, ces deux hommes partirent pour l'Afrique en traversant la Sicile. Pelage n'ayant point rencontré saint Augustin, lui écrivit une lettre respectueuse, à laquelle le saint docteur fit une réponse amicale. Pelage entreprit le voyage de Jérusalem et fut bien accueilli de l'évèque .Jean. Célestius demeura à Carthage pour y recevoir le sacerdoce; il y répandit sa doctrine sans trop se cacher. Plusieurs catholiques en informèrent l'évèque AuréUus, et le diacre Paulin
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. Ibl
de Milan dénonça au concile de Carthage plusieurs propositions enseignées par Célestius.
Voici à quoi elles se réduisent : 1° Adam a été Créé sujet à la mort ; il l'aurait encourue soit qu'il péchât ou ne péchât point ; 2° son péché n'a nui qu'à lui seul et ne s'est pas transmis à ses descendants ; 3° les enfants qui naissent sont dans le même état où était Adam avant son péché; i° le péché d'Adam n'est pas la cause de la mort de tout le genre humain, ni la résurrection de Jésus-Christ la cause de la résurrection de tous les hommes; 5° les enfants même qui ne sont pas baptisés obtiennent la vie éternelle; 6° la loi (mosaïque) conduit au royaume des cieux aussi bien que l'Évangile ; 7° même avant la venue de Jésus- Christ, il y eut des hommes impeccables, c'est-à-dire sans péché.
Célestius s'excusa en disant qu'il s'agissait d'une question spéculative non encore décidée par TÉglise; que l'hérédité du péché était chose douteuse et qu'il acceptait la nécessité du baptême. Il n'apportait aucune preuve à l'appui de cette dernière assertion, et il confondait la question du péché originel, constamment enseignée dans l'Église, avec la difficile question de la transmission de l'origine des âmes. Les évêques assemblés exigèrent la rétractation de ces propositions ; Célestius la refusa et fut excommunié. Il en appela au Saint-Siège, mais ne donna pas suite à son appel. 11 se rendit à Éphèse, où il trouva le moyen de se faire ordonner.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N« iOl .
Tandis que Célestius n'écrivit que des « définitions » (dans Aug., De perfect. just. hom.) et un symbole (pour le pape Zosime), Pelage composa Expositiones in epistolas S. Pauli, le Liber fidei ad Innoc. 1, un livre De natura, quatre livres De libero arbitrio, capitula s. eclogae., des lettres (par exemple, Ep. ad Demetriad. virg., 413; éd. cum al. J. S. Semler, Hal., 1775, in-8°), etc. Plusieurs dans Op. S. Hier., t. XI, p. 835 et seq., ed. Vallarsi, et Op. S. Aug., t. X, éd. Maur. Cf. Mar. Mercat., Op., éd. Par., 1684 ; Migne, Patr. lat.,t. XLVIII. — Sur la bonne renommée de Pelage, Aug., De peccat. merit., III, 1, Ep. clxxxvi; Retr., II, 23. Il est qualifié de breton par saint Prosper, Carm. de ingratis; saint Jérôme (lib. I, Prœf.; lib. III, Praef. in Jerem.) l'appelle « Scotus » (irlandais ou écossais). Ce que Marius Mercator (Commouit., cap. i, n. 2) raconte de Rufin est attaqué par plusieurs, mais s'appuie sur de trèsbonnes raisons. Son affinité avec Théodore de Mopsoeste repose sur de^ arguments internes et externes, sur la fuite de Julien le Pélagien aul>rés de Théodore, et sur la lutte soutenue par celui-ci contre un occi-
152 HISTOIKE Lti: l'églisk.
dental, adversaire de Pelage (Aram et probablement saint Jérôme, Kritsche, De Theod. Mops, vita et script., p. 112), à propos du péché originel (Phot., cod. 177). Cf. Ebedjesu, ap. Assemani, Bibl. or., III, I, p. 34; Cave, Hist. lit., an. 407. Les rapports entre le nestorianisme et le pélagianisme étaient également reconnus par Cassien, De incarn., V, 1 et seq.; VII, i ; Prosper, Epitaph. Nest, et Pelag. hser. On prétend qu'à Rome Pelage aurait déjà discuté avec un évêque sur ces paroles de saint Augustin (Conf., X, 19, 31, 37) : « Da quod jubés et jubé quod vis » (Aug., De dono persev., n. 53). Concile de 411, Marins Mercat., Commonit., II, p. 133; Aug., De grat. Chr. et pecc. orig., II, 2 et seq.; De gesl. Pelag., cap. xi; Mansi, IV, 290-294; Héfelé, II, 91 et suiv.
Saint Augustin et saint Jérôme.
108. Saint Augustin, qui n'avait pas assisté au concile de 41 1 , apprit que les erreurs condamnées avaient trouvé accès chez quelques membres de son Église. Il se crut obligé de les combattre par la parole et par la plume. Interrogé par le commissaire impérial Marcellin, au moment où les négociations avec les donatistes venaient de finir, sur la doctrine de Célestius, il écrivit et lui dédia un ouvrage en trois livres. Dans le dernier, il examine le commentaire de Pelage sur l'apôtre saint Paul, qui lui était parvenu plus tard. Ce traité fut suivi, entre 112 et 4io, sans parler de plusieurs lettres et discours, d'autres ouvrages, tels que : de V Esprit et de la Lettre, de la Nature et de la Grâce (contre Touvrage de Pelage Sur la nature), de la Perfection de la justice de lliomme. Sa réfutation devenait plus complète et plus solide à mesure qu'il se familiarisait davantage avec le système de son adversaire.
Augustin avait de plus envoyé en Palestine un jeune prêtre espagnol nommé Orose, qui devait achever de s'instruire sous la direction de saint Jérôme; celui-ci (que saint Augustin consulta sur l'origine des âmes) s'éleva lui-même avec beaucoup de force contre la doctrine de Pelage, qui faisait invasion en Palestine ; il la combattit soit dans sa Lettre à Ctésiphon, soit dans ses trois Dialogues contre les pélagiens. Lui-même, du reste, avait été personnellement offensé par quelques attaques de l'hérétique contre son commentaire de l'Épître aux Éphésiens et contre sa lettre à Jovinien, et il était peu favorable à Jean de Jérusalem et à l'origénisme, dont il croyait retrouver des traces dans la théorie de Pelage, enseignant, outre une
foule d'erreurs sur la grâce, que le libre arbitre suffit pleinement pour opérer le bien. Saint Jérôme, cependant, ainsi que saint Augustin, épargna encore la personne de Pelage et ne prononça pas son nom.
OLVRAGES A CONSULTER SUK LE N° 108.
Aug., Serm. clxx, clxxiv-c.lxxvi, De peccat. meritis et remiss, ad Marcellin. libri III; De spir. et littera ; De natura et gratia; De perfect. justit. honi. Cf. Serm. ccxciii, ccxciv; Ep. cxl ad Honor.; Ep. clvii ad Hilar.; Hier., Ep. cxxxviii ad Ctesiph.; Dial.adv.Pelag.,lib. lin Jerem., Prœf.; Aug., Ep. clxvi, clxix; Oros., Apol. contra Pelag. de arb. lib.; Migne, Patv. lat., t. XXXI; Prosperi Op., éd. Par., 1711 ; Migne, t. LI.
Couciles de Palestine.
109. En juin 415, un concile fut tenu à Jérusalem sous la présidence de l'évéque Jean. Orose y rendit compte des négociations entamées avec Célestius en Afrique, et signala les écrits et les lettres de saint Augustin relatifs à ce sujet. Pelage rejeta toute la faute sur Célestius, récusa l'autorité dogmatique de saint Augustin et se défendit avec beaucoup d'habileté. Une nouvelle enquête était impossible, car Orose ignorait le grec, l'évéque Jean le latin, et l'interprète se rendit coupable de déloyauté ou tout au moins d'inexactitude.
Comme la controverse était plus connue et serait mieux appréciée dans l'Église latine, à laquelle appartenaient les deux partis, Orose finit par proposer qu'on s'adressât au Saint-Siège, et qu'on s'en tînt à son jugemont. L'évéque Jean y consentit, et il fut décidé qu'on garderait le silence jusqu'à ce que la décision fût intervenue. On se sépara en paix. Peu de temps après, deux évoques des Gaules qui avaient été chassés de leurs sièges et séjournaient depuis en Afrique, Héros d'Arles et Lazare d'Aix, allèrent en Palestine et présentèrent à Euloge, métropolitain de Césarée, une plainte contre Pelage et Célestius. Euloge réunit à Diospolis ou Lydda (20-23 décembre 415) un concile où il ne se trouva que quatorze évêques. Les évéques de la Gaule n'y parurent point. La maladie des uns empêcha le départ des autres. Hrose, persécuté par l'évéque Jean, était parti. La plaints, rédigée en latin, fut notifiée aux évêques dans une traduction afFaiblie et incomplète. Pelage, qui savait le grec, se sauva par des réponses subtiles et équivoques, et trompa les évêques orientaux