HISTOIRE DK T. KG LI SE
en condamnant plusieurs des propositions qui lui furent présentées, en déclarant qu'il acceptait tous les dogmes de l'Église catholique et en abusant du mot « grâce, » qu'il entendait non <ie la grâce surnaturelle et intérieure, mais d'un don de Dieu naturel et purement externe.
L'hérétique fut absous. Tel fut le malheureux dénouement du concile de Diospolis; aussi ne fut-il pas reconnu par l'Église, mais condamné plus tard par des conciles africains et par le pape Innocent 1". Sans doute les évêques de Diospolis n'avaient pas déserté la foi catholique, car les propositions qu'ils firent condamner à Pelage étaient vraiment hérétiques ; mais ils commirent une erreur de fait en ce que Pelage changea le sens des doctrines réprouvées et cacha ses vrais sentiments. Outre les assertions des deux hérétiques déjà discutées à Carthage, le concile de Diospolis s'occupa encore d'autres erreurs, celle-ci entre autres : que la grâce est accordée selon les mérites, mais non pour chaque action particulière ; qu'elle consiste dans le libre arbitre et dans la concession de la loi et de la doctrine.
Concile de Jérusalem, Orose, loc. cit., cap. m, iv; Mansi, IV, 307; Héfelé, II, 93 et suiv.; de Diospolis, Aug., De gest. Pelag., cap. i et seq.; 21 ; Retr., II, 47; Ep. quinque episc. ad Innoc. I; De peccato orig., cap. VIII et seq.; Contra Jul., 1, v, n. 19; Hier., Ep. lxxix, al. 143; Mansi, IV, 315 et seq.; Daniel, S. J., Histoii'e du concile de Diospolis (Ouvrages, I, 633 et suiv.); Héfelé, II, p. 95-99.
Conciles d'Afrique. — Concile de Rome.
110, Pelage ne tarda pas à interpréter les explications données à Diospolis dans le sens de son hérésie; il se glorifia de sa victoire, notamment de l'approbation que les quatorze évêques avaient donnée à cette doctrine que l'homme peut être sans péché et accomplir facilement les commandements de Dieu. Saint Jérôme et les moines qui lui étaient attachés eurent à souffrir du parti de Pelage : les couvents furent assaillis et livrés aux flammes, les moines maltraités. Saint Jérôme luimême dut se réfugier dans une tour. Les évêques Héros et Lazare communiquèrent, par l'entremise d'Orose, les délibérations de Diospolis aux évêques de l'Afrique proconsulaire. En ii6, ces évêques, au nombre de soixante-huit, se réunirent à
LES HÉRÉSIES El J.ES SCHISMES. 155
Carthage, confirmèrent la sentence contre Célestius et mirent le pape Innocent au courant de toute l'airaire. Peu de temps après, cinquante-neuf ou soixante évêques de Numidie tinrent un concile à Milève et prièrent également le pape de remédier à une hérésie aussi contraire à la parole de Dieu. Ces deux conciles déclarèrent Pelage et Célestius exclus de la communion ecclésiastique jusqu'à rétractation, et demandèrent au pape de confirmer leurs décrets par des lettres particulières.
Ces lettres synodales furent bientôt suivies d'une troisième, plus développée, écrite par cinq évêques, entre autres par Aurélius et Augustin, pour informer le pape du bruit répandu en Afrique que Rome favorisait la doctrine pélagienne. Cette doctrine, disait la lettre, en exaltant le libre arbitre au détriment de la grâce, nie complètement la grâce entendue dans le sens obrétien. Innocent I" examina l'afTaire dans un concile tenu à Rome en janvier 417, répondit dans trois lettres qu'il adhérait complètement aux écrits des Africains et développa la question dogmatique. Il voyait dans le pélagianisme une altération complète de la doctrine du salut, notamment en ce qui concerne les rapports de la Providence divine avec la création. Il loue les évêques d'Afrique de s'être adressés, comme il convient, au Saint-Siège apostolique, d'avoir renouvelé l'anathème contre Pelage et Célestius, lesquels ne pouvaient être admis à la communion qu'après avoir rétracté leur erreur.
ADDITION DU TRADUCTEUR
[iinocent !«■', dans sa l'éponse aux pères de Milève, leur marque sa satisfaction de ce qu'ils se sont rendus promptement à leur devoir envers le Saint-Siège, chargé du soin de toutes les Églises, en demandant son jugement sur les controverses, suivant l'ancienne forme et la règle qu'ils savent avoir été gardée de tout temps et par tout le monde avec les papes. Ils témoignent par cette conduite qu'ils sont bien persuadés que, de quelque part qu'on s'adiesse au Saint-Siège, on en reçoit toujours des réponses véritables et pures, spécialement lorsqu'on est en contestation touchant la foi, auquel cas tous les évêques doivent s'adresser, comme ils ont fait, à saint Pierre, c'est-à-dire à celui qui lui succède et qui est revêtu de son autorité, afin qu'ils en aient une décision qui puisse servir pour toute l'Église. 11 déclare donc contre les ennemis de la grâce de Dieu qu'elle est nécessaire pour nous rétablir dans la hberté de faire le bien et éviter le mal, et que c'est une folie de dii'e que les enfants peuvent obtenir les récompenses de la vie éternelle
loB HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
sans le baptême. 11 prive de la communion de l'Église, par l'autorité apostolique, Pelage et Célestius, et il veut que leurs adhérents soient soumis à la même peine. Il ordonne néanmoins qu'on reçoive à la pénitence ceux qui reconnaîtront leurs erreurs et les condamneront '.
Saint jVugustin espérait que cette controverse finirait bientôt : déjà, disait-il dans son discours, la décision de deux conciles a été adressée au Saint-Siège de Rome, des réponses en sont venues : la cause est terminée ; puisse l'erreur finir bientôt aussi !
ADDITION DU TRADUCTEUR
On doit à Innocent I" plusieurs décrétâtes. Celle qui fut envoyée à Victrice, évêque de Rouen, contient treize canons, dont voici la substance :
On n'ordonnera point d'évèque sans le consentement du métropolitain, et un évêque seul n'en pourra ordonner un autre. On ne recevra point dans le clergé ceux qui auront porté les armes après leur baptême. Les causes majeures ne seront point terminées dans les provinces ; mais après qu'elles j auront été agitées et jugées, on en portera toujours la reconnaissance devant le Saint-Siège, suivant les décrets du concile (celui de Sardique) et la coutume 2. Les clercs ne s'aUieront point à des veuves. Un laïque qui aura épousé une veuve ne sera point admis dans le clergé, de même que celui qui aura pris une seconde
^ Diligenter ergo et congrue apostolico consulitis honori, honori inquam illius, quem praeter illa quse sunt extrinsecus, sollicitudo manet omnium Ecclesiarum, super anxiis rebus quse sit tenenda sententia, antiquœ scilicet regulae formam secuti, quam toto semper ab orbe mecum nostis esse servatam... Qui id etiara actione firmastis, scientes quod per omnes provincias de apostolico fonte petentibus responsa semper émanent, praesertim in quoties fidei ratio ventilatur. Arbitrer omnes fratres et coepiscopos nostros nonnisi ad Petrum, id est sui nominis et honoris auctorem referre debere, velut nunc retulit vestra dilectio, quod per totum mundum posslt Ecclesiis omnibus in commune prodesse... Ergo Dei gratiam conantur auferre, quam necesse est etiam restituta nobis status pristini libertate quseramus; quippe nec alias diaboli machinas nisi eadem possumus juvante vitare ..., parvulos œternge vitse praemiis etiam sine baptismatis gratia posse donari perfatuum est... Quare Pelagium, Cœlestiumque ... ecclesiastica communione privari apostolici vigoris auctoritatc censemus... Simul autem prsecipimus ut quicumque id pertinicia simili defensare nituntur, par eos vindicta constringat ... Jubemus sane ... ut si unquam ad sanum^ deposito pravi dogmatis errore, resipuerint, etc., eis mediciuam solitam ... ab Ecclesia non negari. {Rescrip. ejusd. ad. conc. Milev., apud Aug. epist. xciii.)
■' Si autem majores causœ in medium fuerint devolulae, ad Sedem apostolicam, sicut synodus statuit et beata consuetudo exigif. posl Judicium episcopale referantur. [Ibid., can. m.)
ms HÉRÉSIES ET LES SCBISMEÖ. 15?
temrae. Un évêque n'ordonnera que ses diocésains. On ne rebaptisera pas les novatiens ni les donatistes qui rentreront dans l'Église. Les prêtres et les diacres vivront dans le célibat. Les moines devenus clercs suivront leur institut. On n'ordonnera point d'officiers de la cour, parce que plusieurs de leurs emplois sont incompatibles avec ceux de la cléricature. Les filles qui, après avoir voué solennellement la chasteté, violeront leurs vœux en se mariant ou autrement, ne seront pas reçues à la pénitence, à moins que leur complice ne vienne à mourir. On y recevra celles qui se seront mariées après le vœu simple.
Dans la décrétale à Exupère de Toulouse, autre évèque de distinction, le saint pontife, après avoir loué cet évêque de ce que, suivant la maxime des sages, il avait mieux aimé s'adresser au Saint-Siège pour en recevoir les décisions que de se conduii"e à sa fantaisie', ordonne : 1" touchant le célibat des prêtres et des diacres, qu'on s'en tiendra au décret du pape Sirice, que ceux qui l'auront violé avec connaissance seront déposés, que ceux qui ne l'auront pas observé faute de le savoir resteront dans l'ordre qu'ils ont reçu, mais sans espoir do monter plus haut. 2° II décide que, suivant Tusage de l'Église depuis la fin des persécutions, on ne refusera pas l'absolution aux pécheurs même qui ne la demanderont qu'à la fin de leur vie. 3° L'Église ne doit rien imputer aux officiers de justice qui infligent des peines aux criminels, puisque l'autorité qu'ils exercent en cela vient de Dieu même. 4" L'infidélité des maris est également sujette aux peines canoniques, comme celle des femmes, mais elle demeure plus souvent impunie parce qu'eUe n'est pas si souvent déférée à l'Église, qui ne châtie pas les fautes qui lui sont cachées. '6° Ceux qui par office défèrent ou jugent les criminels ne pèchent point. 6" On rejettera de l'Église ceux qui attentent de se remarier dans le divorce. 7° Il donne le canon des livres de l'Écriture sainte, savoir : les cinq livres de Moïse, ceux de Josué et des Juges, quatre des Rois, celui de Kuth, seize des prophètes, cinq de Salomon, le Psautier, ceux de Job, de Tobie, d'Esther, de Judith deux des Machabées, deux d'Esdras et deux des Paralipomènes. Du Nouveau Testament : quatre livres des Évangiles, quatorze Épîlres de saint Paul, trois de saint Jean, deux de saint Pierre, une de saint Jude une de saint Jacques, les Actes des apôtres et l'Apocalypse de saint Jean. Il rejette en même temps du nombre des livres sacrés et condamne comme mauvais certains autres écrits qui couraient sous les noms des apôtres.
' Et quidem dilecüo tua institutum secuta prudentium, ad Sedem aposlolicaai referre maîuit quid de rebus dubiis custodire deberet, potiusquam usurpatioiie prEesuiniifa qute sibi viderentur de singulis obtinere. (Ejnsd. Hpist. III nd Exuper.]
\hH HISTOIRE DE LÉGLÎSÈ.
Aug., De gesl. Pel., cap. xi; Ep. clxxv-clxxvii (al. 90 et seq.); Mansi, IV, 321 et seq. Cf. Aug., Ep. clxxxvi, al. 106 ad Paulin., n. 2; Innoc. I Ep., dans Aug., Ep. clxxxi-clxxxiii ; Mansi, III, 1071 et seq. Il est faux et contraire à l'ensemble de ses idées qu'Innocent n'ait pas été d'accord avec saint Augustin sur la doctrine de la grâce; qu'il ait fait dépendre la réception de la grâce de la dignité des individus (Néander, I, p. 744). Ces mots, Ep. ad conc. Carth., n. 7 : « Quis tantus illorum pectoi*a error obcœcat, ut si ipsi nullam Dei gratiam sentiunt, quia nec digni sunt nec nierentur, » etc., ne supposent pas un mérite indépendant de la grâce, un « mérite naturel. » Saint Augustin dit des lettres de ce pape (Ep. clxxxvi, cap. i) : « Ad omnia nobis ille rescripsit eo modo quo fas erat atque oportebat apostolicœ Sedis antistitem. » Cf. ad Bonif., 11, 3, serm. cxxxi, al. 2, n. 10, Op. V, 645. Voy. mon ouvrage Kath. K. u. christl. Staat, p. 945, n. 2.
Le pape Zosiine et Célestius.
IM. Cependant Célestius était allé d'Éphèse à Constantinople pour y répandre ses erreurs. L'é vêque Atticus le condamna et mit en garde contre lui les évèques d'Asie, d'Illyrie et d'Afrique. Chassé de Constantinople, l'hérétique en appela à Rome, où Innocent I" (mort le l^ mars 417) venait d'être remplacé par Zosime. Pelage lui envoya un document justificatif, où il disait : « Nous reconnaissons le libre arbitre, mais eu disant que nous avons toujours besoin de l'assistance de Dieu. » Dans une confession de foi fort étendue, il protestait de sou accord avec l'Église romaine, tout en essayant indirectement de rendre ses adversaires suspects, surtout en matière de manichéisme et de jovinianisme. Zosime entendit lui-même Célestius, qui se montra fort respectueux, afficha des sentiments tout-àfait otthodoxes et condamna tout ce que condamnait Innocent I*"^ et le Saint-Siège. Comme les évêques Héros et Lazare étaient également connus pour des hommes légers et remuants, et que Prayle, successeur de Jean sur le siège de Jérusalem, écrivait en faveur de Pelage, Zosime crut devoir user de quelques ménagements. Il donna à Célestius du temps pour réfléchir, sans le relever de sou excommunication, et voulut examiner de nouveau l'orthodoxie des deux hérésiarques.
Deux questions se présentaient ici : i° Ceux-là sou t- ils hérétiques qui nient la nécessité de la grâce, la nécessité du baptême des enfants et le péché originel (question dogmatique
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 4Öf)
011 question de droit)? 2° Pelage et Célestius soutiennent-ils véritablement ces erreurs (question de fait ou de personne)? Sur la première, la réponse affirmative résultait de la décision d'Innocent et ne faisait pas doute pour Zosime. Sur la seconde, ou pouvait encore répondre négativement pour plusieurs motifs : 1° parce qu'innocent n'avait pas lui-môme examiné l'orthodoxie des accusés, mais s'en était rapporté aux évêques d'Afrique, dont on essayait maintenant de faire passer le jugement pour précipité ; ^^ parce qu'un grand nombre d'accusateurs étaient suspects et que les accusés paraissaient soumis au Saint-Siège; 3° parce qu'ils pouvaient s'être amendés sur ces entrefaites. Zosime, il est vrai, manqua de prévoyance en ne pénétrant pas ces hérétiques astucieux et en se croyant obligé de mettre en doute leur hétérodoxie, mais il ne sacrifia rien de la foi, et saint Augustin lui-même n'a rien trouvé de répréhensible dans sa conduite. Zosime écrivit successivement aux évêques d'Afrique deux lettres où il disait qu'il voulait examiner de nouveau l'aifaire personnelle de Pelage et de Célestius, puisqu'ils se plaignaient d'avoir été accusés à tort et condamnés pendant leur absence, qu'ils avaient fait une profession de foi catholique, et qu'enfin les évêques d'Afrique semblaient avoir précipité leur jugement. 11 voulait que les accusateurs se présentassent à Rome et justifiassent leurs dépositions ; sinon, il absoudrait Célestius.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° Idl.
Mar. Mercat., Com,, p. 70; Op. Aug., t. X; Zosim., Ep.; Baronius, an. 417, n. 19 et seq., 23 et seq.; Mansi, IV, 330, 333; Cœlestius promit (( se omnia damnaturum quse Sedès ap. damnaret (Aug., De pecc. or., cap. vu, n. 8), et cela « secundum sententiam h. m. prsedecessoris lui Innoc. » (Aug., ad Bonif., lib. II, cap. iv, n. 6). La censure portée par Innocent était « médicinale, « elle devait durer « donec se purgaverit. » Plus tard, Zosime prononça la peine « vindicative » contre ceux qui furent reconnus coupables. Cf. Petr. de Marca, De conc, VII, xvi, 3. Innocent, Ep. ad conc. Milev., statue : « Ut si unquam sani deposito pravi erroris dogmate resipuissent, eis medicina solita, id est receplaculum suum ab Ecclesia non negetur. » Zosime est encore défendu par saint Augustin, loc. cit., cap. m, iv ; B. de Rubels, De peccato orig., Venet, 1757 (reçus. Vircerb., 1837), cap. ix, n. 2. a. Zozime n'a favorisé l'erreur pélagienne par aucune parole. Aug. : « Tot enim et tantis inter apostol. Sedem et afros episcopos currenlibiis et recuri'entibu.'^ scriptis, ecclesiasticis etiam gestis de hac causa apud illam Sedejn
I»)0 HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
Cœlestio prœsenle et respondente confectis, quaenam tandem epistoia ven. mem. P. Zosimi, quai interlocutio reperilur, ubi prsecepit credi oportere, sine ullo vitio peccati originalis hominem nasci? Nusquam prorsus hoc dixit, nusquam omnino conscripsit. »
b. L'éci'it de Célestius fut traité de catliolique, non à cause des propositions qu'il contenait, car celles-là mêmes qui étaient erronées ji 'étaient indiquées que comme des points sur lesquels il désirait d'être instruit, mais à cause des sentiments catholiques qu'il y exprimait, et de ses dispositions à accepter la décision de Rome : « Sed cum hoc Cœlestius in suo libello posuisset (ses paroles contre le « peccatum ex Iraduce »), inter illa duntaxat de quitus se adhuc dubitare et instrui velle confessus est, voluntas emendationis, non falsitas dogmatis approbata est. Et propterea libellus ejus catliolicus dictus est, quia et hoc catholicœ mentis est, si qua forte aliter sapit quam veritas exigit, non ea certissime delinire, sed détecta ac demonstrata respuere. »
c. Toute la conduite de Zosime tendait à ramener Célestius, sans préjudice de la foi ; « Profecto quidquid interea lenius actum est cum Cœlestio, servata dumtaxat antiquissimse et robustissimœ fidei veritate, correctionis fuit clementissima suasio, non approbatio exitiosissimae pravitatis. »
Facundus d'Hermiane, lib. VII pro defens. III Gapit., c. m, distingue également ici la question de fait et la question de droit.
Les évêques d'Afrique.
112. Mais les évêques d'Afrique étaient trop sûrs de leur affaire pour se laisser séduire aux protestations mensongères des deux hérétiques. Dans un concile tenu à Carthage, ils prièrent le pape de ne prendre aucune résolution avant qu'ils lui eussent fourni des preuves décisives ; la profession de foi des accusés leur semblait insuffisante, elle ne méritait aucun égard, et ils croyaient nécessaire d'exiger une déclaration plus précise. En mars 418, le pape leur répondit en faisant ressortir l'autorité du Saint-Siège apostolique et en prévenant le reproche de précipitation ; il n'avait rien décidé jusque-là et l'affaire était dans le même état que précédemment ; il n'avait ni donné une confiance aveugle à Célestius, ni rien changé aux décrets de son prédécesseur ; il était prêt du reste à continuer les délibérations avec les Africains. Après la réception de cette lettre, les évêques d'Afrique tinrent à Carthage (mai 418) un grand concile auquel assistèrent plus de deux cents évêques. Les actes eu furent envoyés à Rome avec une lettre synodale.
Les huit ou neuf canons dressés contre la doctrine pélagienue
1,ES HÉRÉSIES KT LES SCHISMES. -lÖi
condaninaient les propositions suivantes : 1° Adam a été créé mortel, soit qu'il péchât ou ne péchât point, non par une suite de son péché, mais par une nécessité de sa nature; 2° les enfants nouveaux-nés n'ont pas besoin d'être baptisés, du moins pour la rémission du péché originel (ce qui est contraire à Rum,, V, 12, et à cette formule de l'ÉgUse : <( pour la rémission des péchés »); 3° la grâce de Dieu, qui nous justifie par Jésus-Christ, ne sert que pour la rémission des péchés déjà commis : elle ne nous aide point à n'en plus commettre; 4" cette grâce nous aide à ne plus pécher, seulement en ce qu'elle nous donne l'intelligence des commandements, afin que nous sachions ce que nous devons chercher et ce que nous devons éviter ; elle ne nous donne pas d'aimer et de pouvoir ce que nous savons devoir faire; 5° la grâce de la justification nous est donnée afin que nous puissions accomplir plus facilement ce qu'il nous est ordonné de faire par le libre arbitre; nous pourrions donc, sans la grâce, accomplir les commandements de Dieu , quoique plus difficilement (contre Jean, xv, 5); 6" c'est par humilité seulement que nous devons, d'après / Jean, \, 8, nous avouer pécheurs, et non parce que nous le sommes véritablement ; 1" les saints, quand ils disent dans TOraison dominicale : « Remettez-nous nos péchés, » ne le disent pas pour eux-mêmes, mais pour d'autres pécheurs qui se trouvent dans la société, et 8" ces paroles, ils les disent par pure humilité, et non parce qu'ils croient qu'elles s'appliquent à eux.
Ces canons ne faisaient qu'accentuer avec plus de vigueur encore la doctrine catholique en face des pélagiens.
Conc. Cartii., ap. Pi'osp. contra Collât., cap. v; Zosim., Ep. x; Couc. Carthag. 418; Mansi, III, 810 et seq., 376-378; Héfelé, II, 102 et suiv. Entre le canon ii et le canon m ordinaire, les anciens manuscrits contiennent, comme iii« canon, celui qui est relatif à « locus médius, ubi béate vivant parvuli qui sine baptismo ex bac vita migrarunt, » avec citation de Jean, m, 5. Quelques-uns le tiennent pour apocryphe, parce qu'il manque dans Denis et Isidore, et que le pape Célestin cite comme canon m celui qui, après l'insertion de notre canon, serait le iV. D'autres croient qu'il a été ctfectivement proposé, mais rejeté par les évèques.
Voiciles raisons de son authenticité : 1° Il est mentionné par Photius, Bib!., cod. 53, p. 14, éd. Becker; 2» par l'ancien Codex des frères Bal-
\i'd HISTOIRE DE L ÉGLISE.
lerini; 3° Ferrand paraît l'avoir placé aussi dans ses cauous, et il counaît neuf canons dogmatiques du concile; 4° ce passage de saint Augustin, De orig. an., II, xu, n. 17 : « Novellos hsereticos pelagianos justissime concilionim catholicorum et Sedis apostolicse damnavit auctoritas, eo quod ausi fuerint non baptizatis parvulis dare quietis et salutis locum etiam praeter regnum cœlorum. » Cf. Ballerini, De ant. can. collect., part. II, cap. m, § 7, n. 41 et seq., p. xcxi et seq.; De Rubels, loc. cit., cap. ix, n. 3, p. 37; Héfelé, II, p. 103.
Julien d'Éclaue. ~ Aniane. - Le pélagiauisme en Italie, en France et en Angleterre.
113. Sur ces entrefaites, Zosime avait découvert l'imposture de Célestius. Invité de nouveau à comparaître, l'hérésiarque s'était enfui de Rome. Cette fois le pape le condamna aussi bien que Pelage, et, dans l'été de 418, il publia une lettre circulaire (Tractoria) où il exposait nettement la doctrine de l'Église sur les points en litige. Elle fut envoyée à toutes les Églises de l'univers. L'empereur Honorius, dont les évêques d'Afrique avaient demandé le concours, publia des édits de bannissement contre les pélagiens opiniâtres, qui excitèrent des troubles dans Rome à diverses reprises. Constance, ancien vicaire de la ville, aujourd'hui moine, les combattit avec énergie. Les Africains et la plupart des évêques reçurent avec joie la sentence du pape, qui fut partout souscrite.
En Italie, dix-huit évêques seulement refusèrent leur signature, notamment Julien d'Éclane, qui fut désormais le chef des pélagiens, car Pelage et Célestius avaient disparu de la scène. Les rebelles furent déposés par l'Éguse et bannis par l'empereur. D'autres lois furent rendues en 425 et 430 contre les pélagiens. Juheii, expulsé d'Italie en 421, continua la lutte dans divers écrits ; après avoir longtemps erré de çà et de là, même eu Orient, il mourut en Sicile dans la misère. C'était en 454. 11 avait échangé avec saint Augustin plusieurs écrits de polémique et avait été longtemps en Sicile près de Théodore de Mopsueste. Lui et Célestius demandèrent inutilement d'être entendus du pape Célestiu, de même qu'il sollicita en vam l'appui de Nestorius à Constantinople. 11 y rencontra un adversaire décidé dans le laïque Marins Mercator, originaire d'Occident.
Le coucile d'Éphèse, de 431, condamna les erreurs de Pelage
i,ES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. <63
en même temps que celle de Nestorius. Outre Julien, un certain Aniane essaya de défendre la cause de Pelage par des écrits et des traductions d'homélies grecques. 11 y avait aussi à Aquilée quelques évèques partisans de cette hérésie, dont plusieurs se réconcilièrent avec l'Église. En 442, Léon I", dans des lettres à l'archevêque d'Aquilée et à l'évèque Septime d'Altinum, se plaignit qu'on reçût chez eux dans l'Église des clercs qui n'avaient point formellement abjuré leurs erreurs, et il ordonna de tenir des conciles pour faire disparaître cette irrégularité.
Plus tard encore, un évêque italien du nom de Sénèque, vieillard inculte et maladroit, se fit publiquement l'apologiste des erreurs pélagiennes et alla jusqu'à excommunier un prêtre qui lui résistait. Le pape Gélase lui adressa, ainsi qu'aux évèques du voisinage, une lettre sévère, où il lui donnait d'amples instructions et le blâmait d'avoir parmi les siens des vierges consacrées à Dieu qui vivaient avec des moines dans une même habitation, où l'on tenait des propos injurieux contre saint Jérôme et saint Augustin, il écrivit aussi à Honorius, évêque de Dalmatie, pour l'engager à procéder contre les pélagieus de son canton. Cet évêque ayant cherché des faux-fuyants et demandé les noms des accusateurs, le pape lui répondit que les noms importaient peu, qu'il appartenait au pape d'exercer la surveillance sur toute l'Église et d'y faire disparaître les erreurs.
La France aussi et l'Angleterre renfermaient des pélagieus ; divers conciles y furent tenus contre eux en 429, 446 et 447. Germain d'Auxerre, Loup de Troyes et Sévère de Trêves se rendirent en Angleterre pour y combattre les hérétiques qui y pullulaient. Le système de Pelage, d'un rationalisme sec et glacial, trouva généralement plus d'accès parmi les savants que parmi le peuple, malgré tous les adoucissements qu'on lui lit subir. Peut-être cependant faut-il excepter les Bretons, chez lesquels un concile fut encore tenu en 519, dans le Wales, contre les pélagiens. Plusieurs furent convertis par David, évêque de Menevia.
Fuite de Célestius, Aug., Ad Bonif., Il, 3, 4; De pecc. or., cap. viii ;
Ici HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
Marius Mercat., Cominonil.; Prosp., Chron. ad consul. XII Hon.; De Rubels, loc. cit., cap. x, xi. Du Tractoria de Zosime, qui, selon Marius Mercator, « per totum oi'bem uiissa subscriptionibus SS. Patrum est roborata, » il se trouve des fragments dans Aug., Ep. cxc, al. 157; Prosp., Contra collât, init. Cœlestin. P. ep. ad episc. Gall., 431, cap. v, cap. adnexa; Sacra Honorii Op., Aug., t. X; Append., p. 105, 109; Aug., Ep. CCI ; Riffel, Staat u. Kirche, p. 332 et suiv. Julien écrivit quatre livres contre saint Augustin, lib. I, De nupt. et concupisc; huit livres à Florus contre Augustin, Contra Julian.; huit lettres à Zosime, à Rufus de Thessalonique, etc. U insulta les évêques catholiques en les traitant d'hommes inintelligents et stupides (Aug., Ad Bonif., IV, 20) et se plaignit que la raison fût absente du gouvernement de l'Église (Aug., Op. imperf., II, 2 : « Eripiuntur Ecclesiee gubernacula rationi, ut erecto cornu velificet dogma populäre. » Voy. Néander, I, 747 et suiv.).
Marius Mercator, à qui quelques-uns attribuent les six livres des Hypognostica (Op. August., t. X, ap.), mis par d'autres sur le compte de Sixte, prêtre romain, qui devint pape, présenta en 429 à l'empereui- Théodose II son Commonitorium adv. hseresin Pelagii et Cœlestii vel etiam scripta Juliani, et son Commonit. super nomine Cœlestii (Gallandi, VIII, 613). Nestorius, dans deux lettres, demanda au pape Célestin une décision sur les dogmes de Pelage, et quand il l'eut l'eçue, il prononça quatre discours contre les pélagiens, ignorant l'affinité qui existait entre sa doctrine et la leur (Extraits latins dans Marius Mercator, en grec, Op. Chiys., t. X, p. 733, éd. Montfaucon). Concile d'Éphèse, Ep. ad Cœlestin., cap. i, 4; Mansi, IV, 1330 et seq., 1471 et seq.; Héfelé,II, 189, 193; Prosp., Contra Collât., cap. xli.
Aniane, diacre de Celeda (probablement en Italie), est cité par saint Jérôme, Ep. lxxxi (Aug., Ep. ce), comme un ami de Pelage et l'auteur d'un violent écrit de controverse. Sa vie est enveloppée de mystère, et sa personne même a été discutée. Baronius, an. 417, croit qu'il faut lire Valerianus. Voss, Hist. Pelag., I, 6, a pi"is Anianus pour un pseudonyme de Julien; Jansénius (De haer. Pelag., lib. I, cap. ix), pour une désignation de Pelage lui-même. Cependant Noël-Alexandre, Garnier, Noris, Néander, I, p. 550, etc., le considèrent justement comme un maître particulier des pélagiens. Il traduisit en latin plusieurs homéUes de saint Chrysostome (Hom. vu de laud. S. Pauli; Hom. viii in Matth.).
Les pélagiens invoquaient volontiers saint Chrysostome, parce qu'il combattait les excuses des esprits négligents, et que, dans ses discours au peuple, il exaltait le libre arbitre; mais c'est à tort qu'on l'a accusé, ainsi que d'autres Pères grecs, de tendance pélagienne. Cf. Isaac Habert, Theologiee grsec. PP. vindicatse circa univ. materiam gratia?. libri III, Paris, 1647 (rec. Wirceb., 1863). Aniane, ainsi que d'autres pélagiens, combattait les catholiques comme manichéens, traditeurs et fauteurs d'immoralité. Sur les pélagiens à Aquilée, voyez Mar. Mercat.,
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Commonit. 11; De Rubels, loc. cit., cap. xi, n. 4; Leo M., Ep. i ad .\.qiii]. ep., p. 589; Ep. ii ad Sept. Alt., p. 594; sur Sénèque, Gelas., Ep. VI ad Pic, p. 325-535, éd. Thiel. Leurs erreurs sont : o. « parvulos ab originali peccato immunes sine baptismo décadentes non posse damnari; b. beatum efßci hominem per liberum arbitrium, suffragante bononaturœ.» Al'évêque Honorius, Gelas., Ep. iv,v, p. 321-325. Conciles en France et en Ajigleterre, Fleury, lib. XXV, n. 15; lib. XXVIl, n. 5; Orsi, lib. XXVII, n. 65; Héfelé, II, 125, 291, 676.
Développement de la doctrine pélagienne.
li-4. Le pélagianisme n'atteigMit pas d'un seul bond aux dernières limites de son développement; il se modifia selon les nécessités de la polémique. La controverse avait pour objet : 1° le pécbé originel et ses suites ; 2° la grâce. Sur le premier point, Pelage n'apporta aucun changement essentiel à sa doctrine ; sur le second, il se vit constamment entraîné à faire de nouvelles concessions ou à chercher des échappatoires, a. Selon Pelage, il n'y a point de péché originel, mais seulement des péchés personnels, actuels. D'où il suit : \° que l'homme est encore dans l'état où Dieu l'avait créé, à l'exception des péchés personnels; il naît sans vertu et sans vice. Par conséquent, les enfants nouveaux-nés sont eux-mêmes dans l'état où était Adam avant le péché. 3° Le péché d'Adam u'a été funeste qu'à lui; il n'a pas affecté ses descendants.
Obhgé de condamner cette proposition, Pelage la modifia ainsi : le péché d'Adam n'a nui à ses descendants que moralement, par le mauvais exemple qu'il leur a laissé ; il ne leur a pas nui en vertu d'une transmission physique. 4° Comme nul péché d'Adam n'a passé en nous, nul châtiment du péché ne peut nous atteindre. La mort du corps, que l'on allègue, n'est point une suite du péché, mais une nécessité naturelle. Adam a été créé mortel et sa mort était indépendante du péché.
Les tenants de cette doctrine variaient souvent d'opinions : a. dans le principe, ils considéraient la question du péché originel comme dépourvue d'importance dogmatique et abandonnée à la libre spéculation, ß. Plus tard, Juhen, qui se distinguait par sa rigueur systématique, n'étant plus lié par aucune considération, rejeta cette opinion comme dangereuse, car elle touchait essentiellement à la théodicée même : le Dieu des traditeurs, disait-il, ne peut être le Dieu de l'Évangile,
Hit) HISTÜIKK ÜK j/ÉGLISE.
mais plutôt l'auteur du mal. Saint Augustin, combattant Célestius, avait justement relevé l'importance de cette question, en montrant que la rédemption est liée au péché originel et que l'essence du christianisme réside dans l'opposition d'Adam et de Jésus-Christ. Contre Julien, qui admettait l'importance de la controverse , il développait la preuve scripturaire et traditionnelle, en la renforçant par des arguments tirés de l'expérience et de la raison.
Quand les catholiques protestaient contre cette assertion que les enfants nouveaux-nés sont dans le même état où se trouvait Adam avant le péché, Pelage faisait une distinction : les petits enfants, disait-il, ne peuvent pas comprendre la loi de Dieu, tandis qu'Adam le pouvait. On lui répondait : la doctrine catholique établit une difTérence eu ce qui concerne le pèche même, et elle affirme la nécessité du baptême pour supprimer l'état de péché, même chez les nouveaux-nés. Les pélagiens admettaient cette nécessité, mais ils hésitaient dans l'indication du motif. Tantôt ils disaient que les enfants étaient baptisés afin d'obtenir le royaume des cieux , et ils distinguaient alors trois états différents : la damnation, le salut, le royaume des cieux; tantôt ils soutenaient que le baptême avait pour objet de conférer la sanctification, mais ils n'arrivaient point à en déterminer le caractère. Quelques-uns seulement pensaient que les enfants étaient coupables de péchés volontaires. Les catholiques disaient : le baptême est administré « en vue de la rémission des péchés, » même aux enfants nouveaux-nés. Les pélagiens l'accordaient en ce sens que les enfants reçoivent le même baptême qui remet les péchés à ceux qui sont tombés, qu'il est apte par sa nature à effacer les péchés ; ils admettaient que par le baptême les enfants entrent en société avec Jésus- Christ et son Église, mais ils niaient que cette rémission se fît d'une manière purement mécanique et sans la coopération de l'individu.
Poussés dans leurs derniers retranchements par l'autorité de l'Écriture, les pélagiens avouaient quelquefois que la mort corporelle est en un certain sens la punition du péché, mais ils niaient obstinément la mort spirituelle. Augustin et les catholiques prouvaient par l'Écriture que la mort corporelle d'Adam est la suite de son péché ; or si cette mort est passée dans tous
les hommes, il en doit être ainsi de sa cause, le péché; autrement. Dieu serait injuste. L'Ëglise, en donnant le baptême, emploie des exorcismes afin d'arracher les néophytes à la puissance du démon : elle suppose donc qu'avant le baptême ils étaient en son pouvoir. La vie humaine, au surplus, est tellement remplie de souffrances et de misères que le Créateur ne pouvait pas les imposer à l'homme s'il eût été innocent. Le besoin de la rédemption est universel, donc le péché aussi, et il l'est même pour les enfants exempts de fautes personnelles. Jésus-Christ est mort pour tous, donc aussi pour les nouveauxnés. Ainsi tous ont péché, et ceux qui sont affranchis de fautes personnelles doivent être entachés d'une faute qui affecte l'humanité entière.
Les conséquences du péché originel sont : 1" la mort corporelle (l'homme, qui pouvait ne pas mourir, posse non mori, ne le peut plus), et les maux de la vie qui en découlent, surtout l'ignorance et la concupiscence ; 2° la mort spirituelle, la perte de la grâce surnaturelle et l'affaiblissement des facultés intellectuelles. Les conditions nécessaires à la transmission de la faute originelle aux individus sont : r la descendance d'Adam selon la chair; car Adam est le chef physique et moral de l'humanité dans son état primitif; 2" le rapport intellectuel et moral entre la nature et la personne, entre la race et l'individu, puis entre la libre volonté d'Adam et la destinée de toute la race qui dépend de cette volonté d'après les conseils de Dieu. 11 n'y a qu'un point, l'origine des âmes, sur lequel saint Augustin hésitait, tout en comprenant qu'il fallait maintenir la doctrine selon laquelle les âmes sont créées au moment de la formation des corps. Cette doctrine^ clairement énoncée dans les Pères grecs, fut en effet expressément soutenue par les papes Léon 1" (447) et Anastase II (498).
a. Pelag., Ep. ad Demetr., cap. iv ; Cœlest., in Symb. :,« Peccatum ex traduce, quod longe a catholico sensu alienum est. » 1° Pelag., ap. Aug., De pecc. orig., cap. xiv : « Ante actionem propriee voluntatis id solum in hoinine est, quod Deus condidit. « 2° Id., ibid., cap. xiii. 'i° «. Ada; peccatum ipsum solum lœsit, non genus humanuni » (dans la thèse discutée à Diospolis). Sur Rom., v, 12, Pelage donna cette explication, Com. in h. loc, n, 30 : « Omnes peccaveruut exempii imitatione,
168 HI6TÜIRK DE l'Église.
Mon propagine. » 4" Cœlest., in Conc. Carth. {§ 110). Cf. Aug., De pecc. or., c. XXIII, xxvm, Lib. I contra Jul. Preuve par l'Écriture (Rom.,v, 12; Eph., Il, 3) et les Pères, surtout saint Irénée (1, 166); Cypr., Epist. ad Fid., Olymp., Reticius, Hilar., Ambros., Hier., Grog. Naz., Basil., Chrys. Contre là question ironique de Julien, voy. surtout De nupt. et concup., II, 28. Saint Augustin écrivit le premier de ces ouvrages après ses traités De gestis Pelag., De gratia Christi et De pecc. orig., +19, pour réfuter cette objection que le mariage est condamné par la doctrine du péché originel. Quand il reçut des extraits de l'ouvrage contraire de Julien en quatre livres, il composa le second livre pour expliquer la dilférence de la doctrine catholique et de la doctrine manichéenne sur la nature corrompue de l'homme. Peu de temps après, il écrivit son Contra duas epistolas pelagianorum ad Bonif. P., et, quand il eut reçu les quatre livres complets de Julien, les six livres Contra Julianum (421); ils furent suivis de l'Enchiridion de fide, spe et charitate ad Laurent.
Après la réponse de Julien, il commença son dernier ouvrage contre lui, demeuré inachevé (Opus iraperfectum). Sur le baptême des enfants, Aug., De pecc. or., cap. iv, 13; Gelas., Ep. vi, cap. vi, p. 330 : « Quia (parvuli) propria non habeant ulla peccata, constat eis (per bapt.) sola prorsus originaria relaxari. » Sur la mort physique, voyez lib, IV ad Bonif., cap. ii, 4; sur la mort spiiituelle. De Civ. Dei, XXII, xiii; sur les exorcismes, De nupt. et concupisc, I, 20. Que saint Augustin ait placé l'essence du péché originel dans la concupiscence, cette opinion est réfutée par de nombreux passages et par la citation qu'il fait de saint Jacques, i, 14; De nupt. et conc, 1, 24; ad Bonif., I, 13; Contra Jul., VI, 5. La concupiscence s'appelle péché, « quia ex peccato est et ad peccatum inclinât, » comme l'enseigne le concile de Trente, sess. V, decr. De peccat. orig., d'après saint Augustin, Cf. De Rubels, loc. cit., cap. Lv. Saint Anselme et saint Thomas ont développé les idées de saint Augustin sur le vice de la nature, qui a passé d'Adam à ses descendants (voyez un beau passage dans Gélase, loc. cit., cap. m, p. 327). Sur l'origine des âmes, Aug., De anima, I, 6; III, 7; De Gen., X, 27 ; Ep. CLXvi, n. 13 : « Illa sententia singulas animas novas nascentibus fleri (defendenda est), ut non labefactetur fundatissima Ecclesise fldes, qua inconcusse credimus quod in Adam omnes moriuntur et nisi per Christum liberentur, quod per suum sacramentum etiam in parvulis operatur, in condemnationem trahuntur. » Leo M., Ep. xv ad Turrib., cap. X : la foi enseigne « quod anima; hominum, priusquam suis inspirarentur corporibus, non fuere, nec ab alio incorporantur nisi ab opifice Deo, qui et ipsarum est creator et corporum. » Anastas. H, Epist. VI , p. 634-637, éd. Thiel. D'après le texte communiqué par Maassen à J. Tosi (Oesterr. Viertel] ahrschr.; voy. Theol., 1866, p. 556), Anastase traite de la doctrine suivante, qui avait surgi dans les Gaules et qui fut dénoncée par l'archevêque d'Arles : « Quod humano generi
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parentes, ut ex matériau laece tradunt corpora, ita etiaiii vitalis auim;i! spiritum tribuant, » et il ajoute : « Sanse igitur doctrinae acquiesçant, ijuod iile indat animas, qui vocat ea quae non sunt tanquam ea qua», sunt » (Rom., iv, il); on allègue à l'appui Jer., i, 5; Gen., iv, 2b. Voy. Klee, Dogmengesch, I, p. 289, 294. En faveur du créatianisme, on cite : Aristote, De gêner., II, 3; Lact., Inst., II, 12; III, 18; Opif. Dei, c. xix; Hilar., De Trin., lib. X; Ambros., De Noe et arca, cap. iv; De parad., cap. XI ; Hier., Ep. xxxvui ad Pammach.; De error, Joan. Hieros., n. 22, lib. III; Apol. adv. Rufin.; in Eccles., cap. ult.; Cyrill. Al., Lib. 1 iu Joan., cap. ix; Adv. Nest., I, 4; Tbeod. Graec. affect., lib. V; Hist. eccl., V, S. Pour le génératianisme : Tertullien, Rufin, Macaire, plusieurs latins, dans Hier., Ep. lxxvi ad Marcelliu. (divers passages douteux). Le concile d'Afrique de 523, n. 24 (Mansi, VIII, o91 et suiv.), ne voulut rien décider. Le créatianisme dominait au XIII« siècle. Canus, Deloc. theoL, XII, c. ult. Au XIX« siècle, le génératianisme a été soutenu par Günther et Frobscbammer en Allemagne, par Rosmini et Giovauzana en Italie (Civiltà cattoUca, VIII, vu, n. 530, an. 1872, p. 185 et seq.).
H.H. ö. Comme il n'y a point de rédemption sans péché originel, il n'y a point de grâce sans rédemption. Le rationalisme orgueilleux et superficiel ne sent pas le besoin d'un secours d'en haut : il se suffit à lui-même. 1" L'homme, selon Pelage, peut vivre sans péché et accomplir tous les commandements de Dieu par ses propres forces. Quand on lui objectait le dogme de la nécessité de la grâce enseigné par l'ÉgUse, il assurait qu'il l'admettait aussi, mais il entendait sous ce nom le libre arbitre tel qu'il nous est donné en naissant. La grâce, selon lui, n'était autre chose que la nature raisonnable. Quand on lui répondait : 2° il est vrai qu'en un sens large la création, le don de la nature peut s'appeler une grâce ; mais ce n'est pas la grâce telle que l'entend la théologie, la grâce, charis, dont parle l'Écriture. Relativement aux dons de la nature, au libre arbitre, les justes et les pécheurs, les fidèles et les infidèles sont égaux entre eux. Si l'on enseigne que les seuls biens que nous avons reçus de Dieu par la création sont des grâces, c'en est fait de la grâce de rédemption proprement dite. Pelage admettait donc une grâce particulière pour les fidèles : cette grâce, c'était la loi et la révélation de Dieu, et surtout la prédication et l'exemple de Jésus-Christ. 3" Mais ce n'était là qu'une grâce extérieure et nullement une grâce intérieure ; elle ne pouvait pas suffire. Plus tard, Pelage admit une sorte de grâce intérieure, mais pour la connaissance seulement et non pour la volonté. Cette
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grâce était une lumière immédiate que Dieu envoyait à l'esprit, une pieuse pensée qui nous était inspirée par la manifestation de la volonté de Dieu et qui influait sur les résolutions de notre volonté.
L'Église exigeait davantage : elle réclamait une grâce intérieure de la volonté, une grâce qui non-seulement nous fasse connaître ce que nous devons faire et aimer, mais qui nous fasse opérer ce que nous connaissons et aimer ce que nous croyons, — un mouvement du cœur qui affecte directement la volonté et lui donne la vertu d'agir. Cette grâce intérieure de la volonté, les pélagiens n'en voulaient point entendre parler. 4° La rémission des péchés, au contraire, ils l'admettaient comme une grâce, mais ils la rapportaient uniquement au passé; elle signifiait que le péché ne nous est pas imputé, mais elle n'entraînait pas la destruction du péché; elle n'était pas unie à la sainteté intérieure, elle ne donnait point de forces nouvelles, elle ne régénérait pas le cœur. Les pélagiens attribuaient l'amendement de l'homme aux forces de sa volonté, et n'admettaient aucune grâce préservative du péché : c'était encore trop peu aux yeux de l'Éghse, car il lui fallait non une partie de la vérité, mais la vérité intégrale. 5° Plus tard encore, les pélagiens admirent la grâce de l'adoption des enfants de Dieu, cette grâce qui ouvre le ciel et est inaccessible aux forces naturelles de l'homme. Mais cette grâce n'était elle-même qu'extérieure; elle consistait surtout dans l'exemple de Jésus- Christ, qui nous excite à une vie parfaite et vertueuse. En général, les pélagiens n'acceptèrent jamais la grâce sanctifiante habituelle dans le sens pleinement catholique.
1° Pelage (ap. Aug., De nai. et grat., cap. vi) disait : « Naturam houiinum neque in parvulis medico, quia sana est, neque in majoribus graliae adjutorio egere, quia sibi sufficiens est ad justitiam, » et il distinguait (Aug., De gr. Chr., cap. iv) « posse, velle, esse; » le « posse » était « in natura, » le « velle in arbitrio, » « l'esse in effectu. » « Posse ad Deum pei'tinet, qui illud creaturse suœ eontulit; duo vero reliqua ad huminem referenda sunt, quia de arbitrii fonte descendunt. » Dieu, disait-il, donne de pouvoir vouloir (possibilitas boni), mais l'homme lire de lui-même le vouloir et le faire. 2° Contre cette proposition : ■< Natura ipsa est gratia, »ou démontrait que la grâce « quam in libris
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Dei legere et populis praedicare consuevemnt catholici antistites, qua jiistificamur et salvamur, -> est tout autre que la grâce « qua creati sumus cum propria voluntate, quam etiam communem cum impiis haberaus » (Aug., Ep. clxxvu ad Innoc); que la première est la grâce « spéciale « qua christiani sumus; » la seconde une grâce « générale; >• que la grâce « qua salvatur natura » n'est pas la même que la grâce « quae est natura. >> La première (la grâce théologique) est un don surnaturel gratuitement accordé; la seconde (la grâce philosophique) consiste dans la nature que nous recevons de Dieu, quand même nous sommes créés sans mérite de notre part et pourvus de liberté.
Pressé de la sorte, Pelage admettait en outre un « adjutoi'ium possibilitatis, » par lequel il entendait d'abord « lex et praecepta, » ayant pour effet négatif « ut ignorantia auferatur, » et pour effet positif, « ut via demonstretur per liberum arbitrium capessenda et ad éeternam vitam conducens» (Aug., De spir. et lit., cap. ii, n. 4; cap. vni, n. 13).
11 trouvait dans la loi divine positive et dans la doctrine une autre grâce, la révélation, et dans le Nouveau Testament surtout, la prédication et l'exemple de Jésus-Christ (Aug., De grat. Christi, c.sxxviii et s., XLi et seq.). 3° Le texte de Phil., u, 13, signifiait selon lui que Dieu nous attire au bien par la promesse du ciel et la manifestation de sa sagesse (loc. cit., cap. x). Les pélagien? admettaient « illuminatio, illustratio mentis, sancta cogitatio, » mais non « cordis motio, pia affectio, inspiratio dilectionis, ut cognita sancto amore faciamus » (loc. cit., cap. XII ; cap. ii Ep. Pelag., IV, v, 11). On ne devait demander à Dieu que la grâce de connaître le bien, et non celle de l'aimer et de l'accomplir; dès que la grâce exerçait une influence efficace sur la volonté, le libre arbitre semblait supprimé. Les catholiques n'admettaient ce que les pélagiens appelaient grâce que dans lin sens exclusif et privatif (de là ces fréquentes particules « solum, tantum, nonnisi, » Aug., Contra Jul., VI, 23, 72; Op. imp., I, 108; II, 127).
4"> Voici rénumération que Julien faisait des différentes grâces (Op. imperf., I, 92) : 1° la création tirée du néant; 2° les dons du sentiment et de la raison, de l'image de Dieu et du libre arbitre; 3° les bienfaits continuels que Dieu nous dispense ; 4° les secours que nous recevons de la loi, de la doctrine et des bons exemples ; '6° la rémission du péché. Il n'admettait pas de « grâce préservatrice. » Conc. Carth., 418, c, iii-v. Julien y ajouta la grâce d'adoption. August., De grat. Chr., cap. xxx : « Islam gratiam, qua justificamur, id est qua charitas Dei diffunditur in cordihus nostris per Spir. sanct. (Rom., v, 3), in Pelagii et Cœlestii scriptis nunquam eos inveni, quemadmodum confitenda est, confiteri. »
Du reste, le débat roulait principalement sur la « grâce actuelle intérieure, » sur la grâce immédiatement surnaturelle, subsistante paielle-même, que les pélagiens ne croyaient pas nécessaire « ad singulos actus. » Innoc. I, Ep. ad Conc. Çarth.; Aug., Ep. clxxv, al. xc ; Ep. v episc. s. ep. xcv; De naf. et grat., cap. xxvi; De grat. Chr.. caj». xxvi : Coele.'itin., Ep. ad Gall., cap. ni.
116. Non-seulemenl cette doctrine rejetait a. la grâce proprement dite du salut, la grâce intérieure delà volonté, mais ß. elle n'admettait pas la nécessité des différentes espèces de grâces ; ces grâces, selon les pélagiens, ne devaient servir qu'à nous aider à faire le bien. La loi, la doctrine, les exemples de Jésus- Christ étaient un pur secours qui nous permettait de faire plus facilement ce que nous pouvions faire de nos propres forces, quoique avec moins de facilité. Avant Jésus-Christ même, il y avait des justes, et l'exemple de Jésus- Christ n'était pas absolument nécessaire. Les pélagiens mettaient la loi et l'Évangile sur le même pied, et quand les catholiques niaient cette parité, ils les appelaient des ennemis de la loi, des manichéens. 7. Ces grâces, les pélagiens voulaient qu'on les obtint par les seules forces de la nature et qu'elles fussent réparties selon les mérites naturels de l'homme.
Voici les principaux arguments qu'ils invoquaient : si Dieu donnait sans égard aux mérites de l'homme, s'il donnait à Tun la grâce qu'il refuse à l'autre, il ne serait pas impartial, mais arbitraire et injuste ; il ferait acception de personnes. — Mais puisque la grâce est un don libre et gratuitement accordé, il n'y a là aucune trace d'injustice ; ensuite Dieu donne à tous, sans mérite de leur part, les grâces nécessaires ; la coopération à la première grâce produit une augmentation de la grâce. Dans ce cas, elle est vraiment donnée « selon les mérites, » non toutefois selon les mérites naturels de l'homme, mais selon les mérites surnaturels qui naissent de la grâce. S. Quant à la possibilité d'observer sans la grâce les commandements de Dieu, les pélagiens en appelaient à cette vérité, également admise par les catholiques, que Dieu ne commande pas l'impossible; mais ils allaient trop loin quand ils en concluaient que l'homme peut de lui-même, par ses propres forces, même dans l'état actuel, accomplir la loi ; car il s'ensuit simplement que Dieu ne nous refusera pas les moyens nécessaires pour l'accomplir. La nécessité de la grâce dont il est parlé dans l'Écriture ' est absolue et regarde tous les états ; mais elle est plus forte dans l'état de nature déchue, où la grâce doit non -seulement nous aider, mais encore nous guérir.
< Jean, vi, U; xv, i,b; II Cor., m, b, Phil., 11, 2, 13.
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L Enfin, les pélagiens disaient : si le bien que rhomine opère en vertu de son libre arbitre est sous la dépendance de la grâce et qu'il ne puisse rien sans elle, c'en est fait du libre arbitre, lequel consiste précisément dans la possibilité de faire le bien. Les catholiques répondaient : la grâce qui, dans notre état actuel, opère eu nous comme un remède et rend à notre âme sa parfaite santé, nous donne la possibilité de faire le bien, mais elle ne l'impose pas. Sans la grâce, nous ne pouvons pas opérer le bien, mais nous le pouvons avec elle. Si Adam, malgré sa sainteté originelle, conserva le libre arbitre et demeura capable de pécher, il en est de même des autres hommes; aucune grâce ne supprime le libre arbitre et ne le rend inutile, car il faut qu'il consente à la grâce prévenante et concoure avec la grâce actuelle. La grâce et la liberté marchent de concert, mais la première précède ; elles ne s'excluent pas, et la dernière ne disparaît pas quand la première est en jeu.
La doctrine des pélagiens est un retour au paganisme. Les païens n'attribuaient à Dieu que l'existence et se réservaient la vertu et la justice ; ils ne reconnaissaient ni rédempteur ni rédemption, et voulaient que l'homme, saus le secours de Dieu, fût parfait et impeccable par ses propres forces. Les pélagiens enseignaient encore d'autres doctrines d'une moindre importance, par exemple que l'Église doit être, dès ce monde , sans tache et sans rides; que le riche, tant qu'il demeure en possession de ses richesses, ne peut être sauvé ; que le serment est illicite, etc.
a. ß. Aug., loc. cit.; Innoc, Cœlest., loc. cit.; y. Aug., ad Bonif., Il, 7; 5. Pelag., Ep. ad Demetr., cap. iv, xvi, xvni ; Aug., De nat. et gr., cap. Lix : « Natura gratia Dei per Jesum Christum vel sanatur, quia vitiata est, vel quia sibi non sufficit, adjuvatur. » £. Aug., De gest. Pel., cap. xïxv; Pelag., ap. Hier., Dial. III ; Aug., De spir. et lit., cap. xxsi et seq. Des auteurs païens, il faut citer notamment Horat. , lib. I, Ep. xvui, iin. : « Sed satis est ortire Jovem quse ponit et aufert : Det vitam, det opes; eequum mi animum ipse parabo; » Diog. Laert., in Zenoue; Seneca, Epist. lui; Cic, De natura deor., III, 63; S. Aug., Ep. CLXsvii, CLxxviii, appelle les pélagiens des hommes « qui naturam humanam ideo dicunt liberam, ne queerant liberatorem, ideo salvam, ut supertluum indicent salvatorem. » Sur les autres doctrines pélagiennes, Aug., De gest. Pelag., cap. xii, ep. lxxxix. En général, voyez
i"l HISTOIRE DE l'ÉGLISÉ.
G. Vossius, De controv. quas Pelag. ejusque reliquiai moverunt libri VU, Lugd. Bat., 1618;Arast., 1655; Vossii Op., l. VI ; Hugo Grotius, Disquis. num pelagiana sint ea dogmata quse sub eo nomine traducuntur, Par., i622, 1640; Op. theol., t. III, Amst., 1679, in-fol.; Walch, Ketzerhist., t. IV; Schrœckh, K.-G., XV, 162 et suiv.; Wiggers, Pragm. Darstellung des Aug. u. Pelag., Berlin, 1826; J. L. Jacobi, Die Lebre des Pelag., Leipzig, 1842; Lutthardt, Die Lebre v. freien Willen u. s. Verbaîltnisz /.. Gnade, Leipzig, 1863. — Henr. Noris, 0. S. A., Hist. Pelag, et diss. de syn. V œc, Patav., 1673, in-fol.; Op., t. I, éd. Veron., 1729; Garuerii Diss. VII quibus intégra continetur Pelag. hist,, in éd. Op. Marii Mercat., Par., 1673; Dion. Petav., De pelag. et semipei. dogm. bist. — De lege et grat., Tbeol. dogm., t. III, p. 317 et seq.; editores Maurini, preef. ad t. X; Op. Aug., ed. Par.; ed. Bassan., 1797, t. XIII, p. m et s.: Alticottii Summa augustiniana, Rom., 1755, t. FV'-Vl; Scip. Maffei, Hist. dogm. de div. gratia, lib. arb. et preedest., éd. Reifenberg, Francof., 1756; De Rubels (§ 111), cap. iv et seq.; Patuillet, Hist. du pélagianisme, Avignon, 1763; K.-G., lU, p. 1 et suiv.; Lentzen, De Pelag. doctr. principiis. Colon., 1833; Rubn, Die cbristl. Gnadenlebre nach ibrem Zusammenbang (Tüb. Q.-Scbr., 1853); Allg. Gotteslehre (Tub. Q.-Schr., 1862, II, 1042 et suiv.); Die cbristl. Lehre v. der gœttl. Gnade (ibid., 1868); Wœrter, Die christ. Lebre v. Verhseltnisz der Freiheit u. Gnade, 2 vol., Fribourg, 1856, 1860, et Der Pelag. nach. s. Urspr. u. Lehre, ibid., 1866; A. Scholz, De inhabitatione Spir. S., Wirceb., 1856; J. Kœrber, S. Iren. De gratia sanctilicante, Wirceb., 1865; J. Kohlhofer, S. Cyrill. Alex, de sanctilicatione, ibid., 1866; Scheeben, Die Herrlichkeiten der gœttl. Gnade nach P. Euseb. Nieremberg, 2»= éd., Frib., 1864; Dogmatik, t. IL
Doctrine de saint Augustin.
■HT. Le principal adversaire du pélagianisme, saint Augustin, eut plusieurs fois l'occasion de défendre avec détail les dogmes qu'on attaquait ; il le fit souvent dans des termes qui semblaient un peu hardis et qui pouvaient susciter des plaintes et des malentendus. Peu de ses contemporains et peu de savants dans la suite des siècles ont parfaitement saisi dans toute «on étendue le sens profond de sa doctrine. La même chose est arrivée à saint Paul : amis et ennemis ont souvent mal interprété ses principes ; ils les ont entendus dans les sens les plus opposés, exploités dans des vues de partis à l'aide de quelques textes isolés et en négligeant d'autres textes.
Saint Augustin prend pour point de départ le premier état de l'homme, état de bonheur, qui lui paraît certainement élevé au-dessus des bornes de la nature, état do société avec Dieu, de
sainteté et de justice. Paré des dons de la grâce divine, l'homme était immortel dans son corps, en ce sens qu'il pouvait échapper à la mort en persévérant dans l'état de sainteté. S'il en sortait, il devenait la proie de la mort avec toutes les conséquences qui en découlent. Cet état de félicité, Adam le perdit par sa révolte contre Dieu, et il perdit en même temps pour lui et pour ses descendants les biens suprêmes qui y étaient attachés.
Depuis la chute, l'homme n'est plus dans sa condition normale; privé de la grâce sanctifiante, il est soumis à la mort et aux infirmités du corps, à l'ignorance, à la concupiscence, à la rébellion de la chair contre la souveraineté de l'esprit. L'image de Dieu a été défigurée en lui et il est tombé sous l'empire du démon. Cette image, toutefois, n'a pas été anéantie, et la puissance du démon n'est pas absolue. L'homme est demeuré un être raisonnable et a conservé son libre arbitre. Mais ce libre arbitre, par suite du péché, est bien différent de ce qu'il était dans Adam avant sa chute.
Tandis que Pelage et Julien entendaient par libre arbitre un équilibre parfait entre le bien et le mal, une égale facilité de se prononcer pour le mal ou pour le bien, le libre arbitre, selon saint Augustin, n'est qu'une aptitude de la volonté, qui par elle-même n'incline pas plus au bien qu au mal ; cette qualité a été supprimée par le péché originel, mais non le libre arbitre lui-même. L'homme déchu peut encore çà et là se décider en faveur du bien, mais il a plus d'inclination, plus de facilité pour le mal; la concupiscence, qui prévaut en lui, trouble l'équilibre, que la grâce seule rétablit en relevant la liberté morale.
On a interprété tout autrement la doctrine de saint Augustin, et voici les propositions qu'on lui a attribuées : 4" après le péché, l'homme naturel n'est plus libre pour faire le bien, mais seulement pour faire le mal. 2" La grâce divine opère d'une manière irrésistible. 3° Dieu, sans aucun égard pour les actions et les omissions de l'homme, par un acte unique et irrévocable, détermine les uns à la féhcité, les autres à la damnation (prédestination absolue). Or, ces propositions n'ont rien de commun avec la vraie doctrine de saint Augustin.
OocTRiiNE DE SAINT AUGUSTIN. — La manière habituelle dont elle est envisagée parles protestants (DieckhoffetKliefoth, Th. Zeitsclir., 186a;
Mij HISTOIRE DE l/ÉGLlSÈ.
Ritzsch, Grdl. der christl. Dogm.-Gesch, Berlin, 1867, 1, 377 et suiv.), et par plusieurs catholiques (Kuhn, op. cit.; Ritter, 1, 224 et suiv.), exige luje foule de compléments et de rectifications. Sur le péché originel, Yoy. Aug., Contra Jul., üb. 1, Op. inip., III, S6; VI, 22; Enchir., c. xxvxxYii; Julien (cf. ap. Aug., Op. imperf., III, H7), concevait le libre arbitre comme une « balance, » « libra, quam ex utraque parte per sequalia momenta suspendere possimus, ut voluntas, quantum est ad malum, tantuni etiani sit adbonum libéra. » Dans ses écrits contre les pélagiens, par exemple De spir. et litt., cap. xxxin; De pecc. mer., II. 18, saint Augustin maintient la liberté d'élection aussi fermement que dans ses ouvrages contre les manichéens, et il suppose qu'elle se concilie avec la grâce, ainsi que saint Bernard lui-même (De lib. arb., cap. i) le remarque : « Toile liberum arbitrium, et non erit quod salvetur; toile gratiam, et non erit unde salvetur. »
118. 1. Saint Augustin suppose toujours que l'homme a été, en faitj destiné de Dieu à une fin surnaturelle ; il part d'un fait objectif, d'une réalité. Ainsi quand il dit que l'homme déchu ne peut plus opérer aucun bien, il veut parler du bien surnaturel, méritoire pour la vie éternelle. Quand il enseigne que les œuvres naturellement bonnes des infidèles sont des péchés, des vices, c'est pour montrer qu'elles sont dépourvues du caractère surnaturel que Dieu exige de nos vertus ; il se conforme à la fois au langage de la Bible ' et au langage de Platon, qui désigne l'espèce par un terme emprunté au genre. En fait, il admet très-bien les œuvres naturellement bonnes, et il connaît, en dehors de l'amour surnaturel de Dieu, deux sortes d'amour humain, l'un licite, l'autre illicite. Il admet que l'homme, même après la chute, possède la liberté physique, le pouvoir formel de se déterminer au bien ou au mal ; il ne lui conteste que la hberté morale et réelle, qui s'obtient par le bon usage de la première, et par la grâce, qui affranchit du joug du péché. Selon lui, le hbre arbitre est altéré, affaibli, corrompu, parce qu'il est destitué de la liberté supérieure.
II. La grâce divine, telle qu'il l'entend, n'opère point de manière que l'homme ne lui puisse jamais résister ; il enseigne au contraire, dans ses premiers comme dans ses derniers écrits : d° que c'est affaire de notre volonté de consentir ou de ne consentir pas à la grâce; que Dieu attend jusqu'à ce que nous consentions ; 2° que la grâce n'opère pas seule, mais l'homme
1 hom., XIV, 23.
avec la grâce, et qu'ils agissent de concert; 3° que la foi et les bonnes œuvres sont des dons de Dieu, en même temps que des œuvres et des actions de l'homme, et qu'elles ne peuvent èlre attribuées exclusivement à la grâce; 4." par conséquent que nous pouvons, avec la grâce unie à notre coopération, acquérir de vrais mérites et nous glorifier en Dieu avec saint Paul ; o" que la grâce manque souvent ses effets à cause de la résistance de notre volonté ; 6" que Dieu laisse à chacun la liberté d'employer ou de ne pas employer la grâce, afin qu'il puisse le juger selon la justice; 7° que les actes vraiment bons et salutaires ne sont pas l'effet de la nécessité ; 8° que la grâce prépare la volonté de l'homme sans supprimer ses propres efforts et sans lui imposer une nécessité inéluctable.
Il est vrai que saint Augustin admettait une grâce certainement efficace, à laquelle on ne peut résister en fait; mais il ne l'admettait pas d'une manière absolue : il voulait dire seulement que Dieu peut disposer la distribution de sa grâce de manière à prévoir d'une manière certaine que Thomme, placé dans telles circonstances, s'y conformera. Il se met ici au point de vue de la prescience, qui permet à Dieu d'ordonner toutes choses de manière qu'aucune volonté humaine ne lui résiste, que l'homme ne puisse bouleverser ses plans, mais se livre à l'influence de sa grâce toute-puissante; car nous savons par l'Écriture que Dieu dirige les cœurs des rois comme le cours d'un fleuve.
Jll. On voit déjà par cela seul qu'Augustin ne pouvait pas admettre une prédestination absolue. Quant à la prédétermination divine, l'Église y a toujours cru; mais le comment demeure un mystère. Le grand évêque d'Hippone ne rougissait point lui-même d'avouer sur ce point son ignorance : il vaut mieux, disait-il, adorer les décrets de Dieu, les admirer, que de vouloir les approfondir.
11 essaya cependant d'éclaircir aussi le grand mystère du petit nombre des élus parmi un si grand nombre d'appelés. Dans saint Augustin, la prédestination divine suppose toujours la prescience et est avec elle dans le même rapport que la volonté avec la connaissance. La prédestination est elle-même, en un certain sens, une prescience, et la grâce prédestinée de toute éternité un don de la prescience. Celle-ci est eu quelque sorte le flambeau, la règle qui muntre à la toute- puissance divine les
U. — UIST, L»E l'église. iH
I 7s HISTOIRE DE L ÉGLISE.
grâces particulières qui auront sur les hommes leur effet infaillible. La prescience précède la prédestination comme la vocation précède la justification ' ; elle est antérieure au conseil de Dieu, et comme elle embrasse l'avenir tout entier, elle implique nécessairement la connaissance de toutes les actions des hommes. Saint Augustin dit expressément que la prescience peut être avant la prédéterminatiou , mais non réciproquement*. 11 parle souvent de la prédestination à la grâce, puis de la prédétermination à la béatitude.
Saint Augustin se plaît à considérer la distribution de la grâce au point de vue de Dieu, si l'on peut ainsi parler; et de même que les platoniciens ne voient d'être véritable que dans ce qui est permanent, saint Augustin ne considère comme de vrais enfants de Dieu que ceux qui persévèrent. Celangage, joint aux figures bibliques qu'il y entremêle , rend son exposition souvent difficile à saisir. La séparation d'avec la « masse des damnés, » c'est-à-dire d'avec la portion de l'humanité qui se perd par le péché, n'est autre chose que la rédemption pleinement efticace des individus, la prédétermination à la grâce, la communication de la grâce et la glorification. Ceux qui n'arrivent pas au salut demeurent dans la masse ; ils sont prédéterminés, en vertu de la prescience divine, au châtiment, mais non au péché. La juste volonté de Dieu s'accomplit également en eux. Ils ressentent dans leurs tourments la puissance de Celui dont ils ont méprisé la miséricorde dans ses dons. Saint Augustin considère partout l'homme sous la dépendance de Dieu, l'auteur de tout bien; l'esprit humain est par rapport à lui ce qu'est l'œil à l'égard du soleil, et cela non-seulement depuis le péché, mais depuis le commencement de son existence.
Il n'y a qu'un seul point, dans la théorie de la grâce, où saint Augustin ait modifié l'opinion qu'il avait professée dans plusieurs écrits avant son épiscopat, opinion qui fut appelée plus tard semipélagienne. 11 avait admis que la foi, au heu d'être un don de Dieu, est le fruit de notre travail personnel. Des réflexions plus sérieuses, une étude plus attentive de l'Écriture sainte' le persuadèrent que notre foi est aussi un don divin,
» Rom., vin, 29, 30. — * De prsedest., cap, x. — ' Voyez surtout / Cor., IV, 7.
et il eut bientôt l'occasion de défendre cette vérité contre différents contradicteurs.
I. Voyez J. Ernst, Die Werke u. Tugenden der ünglaeubigen nach St. Augustin, Freib., 1871, surtout p. 128 et suiv., et parmi les anciens théologiens, Martinez de Ripalda, De ente supernaturali, t. III, disp. xx; Faure, Annotât, ad S. Aug. Enchirid., éd. Passaglia, Xeap., 1847, ad cap. XV, p. 35; cap.xxi, p. 54;cap.xxx, p. 65 et seq., p. 5. — Saint Augustin, Contra Jul., IV, 3, 33, refuse aux incrédules « opus bonum, per quod soluni homo potest ad seternum Dei donum regnumque pei-duci. » U n'appelle « œuvre absolument bonne » que celle qui a un mérite surnaturel, et il nomme « péché » ce qui ne vient pas de la foi (Rom., XIV, 23). D'après Rom., u, 14, il dit des païens, De spir. et lit., cap. XXVII, xxviu : « Quorum etiam impiorum nec Deum verum veraciter colentium quœdam tamen facta vel legimus, vel novimus, vel audimus, quaj secundum justitiie reguiam non sulum vituperare non possunius, verum etiam merito recteque laudamus. » Ailleurs, Serm. occxLix, al. LI, de temp., n. 1 et seq., il distingue aussi « charitas divina, humana licita » et >- humana illicita. » Cf. Ep. cxliv, al. cxxx, 11. 2; Ep. cxxxviii, al. v, cap. m; Confess., VI, s, 16j xi, 21 ; De spiritu et lit., cap. xxvni, n. 48; Tr. x in Joau.; EnaiT. m ps. xxxi, n. 4.
Quand Julien (Contra Jul., IV, m, 14j exaltait les vertus natui'elles des païens et soutenait que la nature, la qualité de la vertu, était indépendante de la lin et du but pour laquelle on l'exerçait (« hoc tantummodo intuendum quod agitur, nec causam quserendam cur agatur »), saint Augustin insistait sur l'importance de l'intention, de la lin; sans latin, disait-il, toutes les vertus n'ont qu'une moralité apparente, et il rapportait toutes les actions au but de la félicité surnaturelle : c'est à ce point que Dieu veut qu'on les envisage. Tout ce qui ne peut rendre l'homme vraiment juste et le conduire à la pleine félicité, n'était pas vraiment bon à ses yeux.
Le grand docteur, qui avait si vigoureusement défendu le libx'e arbitre contre les manichéens, n'ignorait pas qu'en insistant si fortement sur la grâce, il pouvait pai'aître nier le libre arbitre (De grat. Chr., cap. XLVii); mais il ne sacrilia jamais son premier point de vue au profit d'un certain fatalisme (Gieseler, Hist. eccl., t. U, p. 116, n. 23). S'il est dit dans V Endiiridion, ch. xxx : « Libero arbitrio maie utens humo et se perdidit et ipsum, » on voit un peu plus loin quelle est cette liberté qui a été perdue; c'est « libertas ad juste faciendum, libertas a peccato, » la liberté morale dont il est parlé II Petr.,n, 19; Joan., \iu, 3ti; l'homme a encouru « servitutem sub peccato et miseria (De corr. et gr., cap. xin; Enchir., cap. cvi; De grat. et lib. arb., cap, xvi; Op. imperf., I, 94, ad Bonif., 111, 8; IV, 3). En 420, suint Augustin écrivait encore, ad Bonif., i, 2, 4, ö : <> Quis autem nostrum dicat quud prinii
ISO HISTOIRE DE L'teLlSE.
homiuis peccato perierit liberum arbitrium de humano genere? Libertas quidem periit per peccalum, sed illa quae in paradiso fuit, habendi plenam cum immortalitate Justitium, propter quod natura humana divina iudiget gratia, diceute Domino : Si vos Filius liberaverit, tunc vere liberi eritis, utique liberi ad bene justeque vivendum. Nam liberum arbitrium usque adeo in peccatore non periit, ut per illud peccet. » La diflférence qu'il établit ici entre liberum arbitrium et libertas, saint Augustin la maintient ailleurs, non pas, il est vrai, en paroles, mais pour le sens. Cf. Op. imperf., I, 176.
II. Principes de saint Augustin : 1° « Consentire autem vocationi Dei vel dissentire propriee voluntatis est. » De spir. et lit., cap. xxxiv, n. 60 et seq. Contre les objections de Jansénius, voy. Etienne Dechamps, De haer. Jansen., lib. 111, disp. vu, cap. xiu; Faure, in Enchirid., cap. lu, p. 108 et seq. Voyez encore Aug., In psal. xlix, lxxxv, cxliv; Contra Jul., IV, 8 ; De pecc. mer., 11, 6; De div. queest., Lxxxin, q. Lxvm, n. 5; De praedest. sanct., cap. xi;Dedono persev,,cap. xiii;2°Degrat. et lib. arb,, cap. v; Serm. vu in ps. lxx, n. 2; Serm. clxix, cap. xi : « Qui te fecit sine te, non justiticat te sine te. » 3° Retract., 1, 23 : « ütrumque ergo nostrum est propter arbitrium voluntatis et utrumque tamen datum est per spirituni fîdei et charitatis. » 4° Ep. clxviii, al. cvi, ad Paulin., n. 6, 8, 10. Confess., XI, 4; In ps. cxviii, conc. 19; In Joan., tr. eu, cvn; De perfect. justit., cap. xiv; Ep. clxxxviii, al. cxliii ad Jul., n. 7, 8; De grat. Ckr., cap. xvii; De spiritu et lit., cap. xxxii; De peccat. merit. et rem., 11, 5; ö" L. c. II, 17; ad Simplician., lib. I, q. 2; Tract, xii, 19, 22, 37, 42 in Joan.; De nat. et grat., cap. xiii, ad Bonif., IV, 9; De spir. et lit., cap. xxxi, n. 33 et seq.; 6° De spir. et lit., cap. xxxiii, n. 58 : « Deus vult omnes homines salvos tieri, non sic tarnen ut eis adimat liberum arbitrium, quo vel bene vel maie utendo justissime judicentur. » 7° De nat. et gr., n. 78 : a In recte faciendo nulluni est viuculum necessitatis. » 8° Ad Bonif., II, 9; Retr., I, 10. Passage important, lib. 1 ad Simplic, q. ii : « Si vellet etiam (Deus| ipsorum misereri, posset ita vocare, quomodo illis aptum esset ut et moverentm- et intelligerent et sequerentur. Verum est ergo : Multi oocati, pauci vero ekcti; ilii enim electi, qui congruenter vocati; illi autem qui non congruebant neque contemperabantur vocationi, non electi, quia non secuti, quamvis vocati. Item verum est : Non volentis, neque currentis, sed miserentis est Dei (Rom., ix, 16), quia etiamsi multos vocat, eorum tamen miseretur quos ita vocat quomodo eis vocari aptum est ut sequantur. Falsum est autem si quis dicit : Igitur non miserentis Dei, sed volentis atque currentis est hominis, quia nullius Deus frustra miseretur; cujus autem miseretur, sic eum vocat quomodo seit ei congruere, ut vocantem non respuat. »
En favem" de la grâce irrésistible, on cite principalement ce passage, De corrept. et grat., cap. xii, n. 38 : a Subventum est igitui" infirmitati voluntatis humanee, ut divina gratia indeclinabiliter et insuperabiliter
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. J8l
ageretur » (Gieseler, II, p. 116 et suiv., n. 28). Mais d'abord on peut alléguer la leçon inscparabiliter, qu'ont les premiers adoptée Se. Maflfei, Hist. theol., lib. XII, cap. vu, n. 2 et seq., et Jac. Merlin, Vera clavis Op. S. Aug., part. III, p. 101 et seq., Vienne, 1740, en rappelant l'attitude des éditeurs de Louvain imbus de baïanisme, et l'inseparabiliter de Cassien, Collât., xiii, 8. On peut admettre avec vraisemblance que saint Augustin, loc. cit., n. 17, portait originairement inseparabilem fortitudinem. Voici donc probablement comment il faut entendre ce passage : la grâce opère de telle sorte que ni l'obstacle de la faiblesse humaine ni aucun autre obstacle ne s'oppose à ce que Dieu puisse donner une grâce tellement efficace que, selon ses prévisions, l'homme en profitera certainement; elle opère donc d'une manière irrésistible, invincible, comme en saint Paul (Act., ix, 5).
Quand il est dit ailleurs : « Deo volenti salvum facere hominem, nullum resistit arbitrium » (loc. cit., c. xxxiv, xlv), on suppose en Dieu une volonté arrêtée jointe à tous ses autres attributs, par conséquent à sa toute puissance. Du reste, la grâce efficace, même entendue dans son sens le plus rigide, peut s'interpréter en un sens contraire.
III. Admiration des desseins impénétrables de Dieu, loc. cit., c. viii, n. 17, 19; cap. jx, n. 28 ; De spiritu et littera, cap. xxxiv. — Sur la prédestination et la prescience, voy. De dono persev., cap, xvnet seq. : « Ista igitur sua dona, quibuscumque Deus donat, procul dubio donatnrum se esse prœscivit et m sua prœscientia prseparavit. » In psal. cl : " Praedestinatio nostra non in nobis facta est, sed in occulto apud Ipsum in praescientia. )> Lib. I ad SimpL, q. n, n. 6 : « Unde quod dictum est (Eph., I, 4) : Quia elegit nos Deus ante mundi constitutionem. non video quomodo sit dictum nisi in prœscientia. » Sur Rom., viii 29, tr. XLV in Joan. : « Nobis prœscitis, prœdestinatis, justificatis; » De nat. etgr., cap. v; De corrept. et gr., cap. ix; De prsedest. sanct., cap. X, n. 19; De dono persev., cap. xiv, 17.
Quelquefois ces termes sont employés l'un pour l'autre, et çà et là la prédestination est restreinte à ceux qui sont sauvés. Il s'agit ici de la prédestination à la grâce, qui est (( prœparatio ad beneficiorum » (praîdestinatio ad poeiiam, Enchir., cap. c). Si saint Augustin relève si souvent le rapport de la prescience à la prsedestination, c'est pour montrer que l'eflet certain de Velectio secundum propositum sort de la première. Le passage I Tim., ii, 4, n'est pas expliqué diversement par les Pères grecs lorsqu'ils distinguent eÉXrijjLa upwTov et SsÛTepov, voluntas antecedens et consequens (Passaglia, Comment, theol., part. III de partitione div. voluntatis, Romae, 18S1, pag. 1 et seq.). C'est ce que prouvent les passages Tract, xii in Joan., n. 12; De spir. et litt, cap. xxxiii, n. 58; De catechiz. rudibus, cap. xxvi, n. 52; « Deus misericors volens homines liberare, si sibi ipsi non sint inimici. » Retr., I. 10, 2 : « Verum est omnino omnes homines hoc posse si velint; sed prseparatur voluntas a Domino » (ils ont besoin de la grâce prévenante).
182 histoikf; m.-: i/éulise.
Cf. De pecc. inerit., Il, 39. Saint Augustin fait partout ressortir que l'action de l'homme n'exclut pas la grâce, mais que celle-ci a la principale part dans l'œuvre du salut. De grat. Chr., cap. xxv ; « Velle et operari operalur in nobis Dens, non quia nos non volumus aut non agimus, sed quia sine ipsius adjutorio nec volumus aliquid boni nec agimus. » Cf. De grat. et lib. arb., cap. vi, n. 13; De pecc. mer., 1, 39, 69; lib. et LXXXIll Qusest., q. Lxvi, n. 0; In ps. cix, n. 2. La « discretio (I Cor., iv, 7) ex massa damnata » (De pecc. orig., cap. xxvi; De nup. et concup., I, 2tî; Enchir., cap. xcix) est aussi quelquefois accordée à l'homme, Serm. ccxxxiv, al lxxxvii, de div., n. 3; In ps. lvii,
Dépendance constante de l'homme à l'égard de Dieu (De pecc. mer., Il, 5. — Saint Augustin parle de son changement d'opinion en matière de foi dans Retr., I, 23; II, d; De preed. sanct., cap. m, iv. 11 indique luimême les deux livres à Simplicien de Milan, successeur de saint Ambroise (mort le 4 avril 397) comme le point de départ (De donopersev., cap. xx) : <' Plenius sapere cœpi in ea disputatione, quam scripsi ad
b. m. Simplicianum, ep. Mediol., in mei episcopatus exordio, quando et initium fidei donum Dei esse cognovi et asserui. » Cf. cap. xxi. Lerreur se trouve dans les ouvrages écrits de 393 à 397 et dans l'Expositio quarumdam propositionum ex ep. ad Rom., expos, ep. ad Gai., inchoata expos, ep. ad Rom.; avant, il parlait encore autrement, par exemple dans De Gen. c. Man., I, 8, n. 13 et seq.; De duab. anim..
c. XIV, n. 24; De vera relig., cap. xviii, n. 36; De lib. arb., lib. II.
Opposition contre la doctrine de saint Augustin. — Semipélagianisme. — Controverse sur la doctrine de saint Augustin. — Les Marseillais.
119. Dans sa forme grossière et réfractaire au sentiment chrétien, le pélagianisme avait fait son temps. Mais l'erreur qui exaltait l'indépendance de l'homme à l'égard de la grâce, cette erreur se renouvela bientôt sous une forme tempérée et avec des restrictions. Le jugement de TËglise avait laissé sans les résoudre une foule de questions d'une nature plus profonde, qui étaient abandonnées aux recherches de la science. Saint Augustin s'en occupa activement, sans revendiquer pour ses vues une autre autorité que celle qui appartient à un docteur privé. Il y eut de bonne heure quelques esprits qui se choquèrent de certaines expressions du célèbre docteur. Vers 426 et 427, des moines du couvent d'Adrumet s'élevèrent contre la lettre, devenue publique, qu'il avait adressée à Sixte, prêtre de
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 18o
Rome ' ; ils croyaient y trouver la négation du libre arbitre et du juste jugement de Dieu ; les supérieurs, disaient-ils, u'ont plus qu'à prier pour les sujets insubordonnés; ils n'ont pas le droit de les reprendre, puisque Dieu n'a pas donné à ceux-ci la grâce nécessaire pour accomplir ses commandements. Saint Augustin s'explique plus en détail dans des lettres adressées à l'abbé Valentin, puis dans des ouvrages spéciaux. Bien qu'on y trouvât des expressions un peu dures, il paraît que les moines, dont la plupart lui étaient favorables, s'en montrèrent satisfaits.
Vitale de Carthage, qui se rattachait surtout à saint Cyprien, pensait que le commencement de la foi et des bonnes œuvres, le vouloir du bien % provient du libre arbitre; l'homme, selon lui, en adhérant à la grâce, qui le prévient par la rédemption, par la doctrine du Christ et par la prédication de l'Église, serait justifié en récompense de son adhésion à la foi. Saint Augustin lui en fit des reproches et lui prouva * que, s'il en était ainsi, il ne serait plus nécessaire de demander à Dieu la conversion des infidèles à la foi. Il maintint contre toute espèce d'attaques cette maxime de l'Écriture que Dieu opère en nous le vouloir et le faire.
Dans le midi de la (jaule, à Marseille surtout, des hommes pieux et savants s'élevèrent contre différentes expressions des écrits de saint Augustin, notamment du livre de la Correction et de la Grâce, adressé à l'abbé Valentin et aux moines d'Adrumet. Ils croyaient, eux aussi, que saint Augustin affaiblissait le libre arbitre, et ils pensaient que la « pieuse affection, » les efforts de l'homme implorant le secours de Dieu devaient au moins être attribués non à la grâce, mais au libre arbitre, qui continuait de subsister même après la réception de la grâce. Pkisieurs prêtres et moines de Marseille cherchèrent un milieu entre la doctrine de Pelage et celle de saint Augustin, tout eu maintenant les décisions ecclésiastiques portées contre le premier. De là le nom de Marseillais donné dans la suite aux représentants du mouvement semipélagien.
Noris, Noël-Alexauidre, etc., placent la dispute de saint Augustin ' Fpjst. cxv. — - Rom.. VII. 18.— ^ Episl. CGXvu.
184 HISTOIRE ItE L ÉGLISE.
avec Vitale en 417; mais il est controversé si saint Augustin écrivit la lettre ccxvn avant ou après le De grat. et lib. arb., ad Valent.; Fessier (Patrol., H, p. 296), adopte l'année 427, comme pour les lettres aux moines d'Adrumet, ep. ccxiy-ccxvi, auxquelles se rattache l'ouvrage cité et le De corrept. et grat. Voy. J. Geôken, Hist. semipelagianismi antiquiss., Gœtt., 182G,- G. -F. Wiggers, Augustin, und Pelagianism.. Impart., Hamb., 1833.
Gassien.
120. Cette nouvelle théorie eut pour orgaue Jean Cassien, abbé du couvent de Saint- Victor à Marseille. Cassien, en sa qualité de moine, s'était familiarisé, ainsi que son ami Germain, avec les mœurs des ascètes de Palestine et d'Egypte, et s'était rendu à Constantinople vers 400, où saint Chrysostome l'avait ordonné diacre. Vers 405, il fut envoyé à Rome par les amis du savant évêque. Il reçut plus tard le sacerdoce dans la Gaule et fonda deux couvents. Pieux et estimé, Cassien ne visait en toutes choses qu'au côté pratique et moral ; il se souciait peu des spéculations savantes qu'on faisait sur les vérités de foi et entendait demeurer fidèle à la croyance de l'Église. Il admettait le péché originel, tout en diminuant de beaucoup ses conséquences. Il croyait aussi à la nécessité de la grâce actuelle, mais il attribuait la première grâce au bon mouvement de la volonté agissant par elle-même. L'unique moyen, selon lui, de sauver le libre arbitre était de lui imputer, au moins dans certains cas, le commencement du salut et la persévérance dans le bien.
La doctrine de Cassien, fidèlement résumée, se réduit aux points suivants : I. 11 faut distinguer dans la foi le commencement, l'augmentation et la consommation, a. Le commencement renferme : 1° l'adoption de la foi par l'esprit et par le cœur ; 2° le désir du salut qui en résulte; 3° la prière et l'invocation de l'assistance divine. Ces trois opérations, l'auteur les attribue aux forces purement naturelles, mais non l'augmentation de la foi, et il éclaircit sa pensée par la comparaison que voici : le malade n'appellerait pas le médecin s'il n'svait pas d'avance bonne opinion de lui, s'il n'était pas convaincu que le médecin pourra et voudi'a le guérir. Or, de même que cette bonne opinion de l'habileté et des intentions du médecin, puis son appel et le désir de la guérison ne font point partie de la
guérison proprement dite, ne sont pas l'ouvrage du médecin ; de même notre aspiration vers Jésus-Christ, le médecin des âmes, notre confiance en lui ne sont pas imputables à la grâce qui nous guérit, mais au malade spirituel.
Oassien, on le voit, n'envisage ici quo la grâce de guérison; il transporte les expériences du monde sensible sur le terrain surnaturel, méconnaît l'immense difTérence qui sépare la maladie physique de la maladie morale (dans cette dernière , en effet, le désir de la guérison est déjà une guérison commencée), et nie complètement la grâce prévenante. Cette comparaison, au surplus, également employée par saint Augustin, n'est pas applicable dans tous ses détails.
b. L'accroissement de la foi est la bonne œuvre; elle appartient tout entière à la grâce. Ici, l'homme ne peut que vouloir, aspirer, faire effort, rien de plus. Vouloir la santé, la désirer, n'est pas encore la santé même, ce n'en est pas même le commencement. Le commencement de la bonne œuvre est affaire de la grâce, de même que le commencement de la guérison est le fait du médecin, c. La consommation dans la foi comprend la persévérance dans la foi et dans les bonnes œuvres jusqu'au terme de la vie : c'est l'ouvrage de l'homme. Le malade, une fois guéri, peut se mettre en garde contre les rechutes et conserver la santé, de même que celui qui a la foi peut persévérer dans le bien. — Ici, la comparaison tirée de l'ordre naturel est inexacte, car l'auteur pense que la félicité éternelle vient de l'homme et que c'est lui proprement qui la mérite.
II. L'économie du salut consiste en ceci : l'homme croit en Jésus-Christ comme rédempteur et se complaît dans le salut qu'il espère ; cette complaisance se change en désir, il y aspire, et, dans le sentiment de sa faiblesse, il invoque Dieu ; il frappe, il prie, il conjure. Après ces efforts, purement humains et naturels aux yeux de Cassien, il reçoit la grâce surnaturelle en récompense de ses efforts agréables à Dieu, et non comme un don librement accordé.
III. Cassien divise la grâce en grâce initiale, qui n'est autre chose que la faculté naturelle de distinguer le bien et le mal, et en grâce de rédemption, qui implique la nouvelle naissance en Jésus-Christ et qu'on mérite par le bon usage de la première, la grâce naturelle. Ici, l'auteur revenait à la doctrine
iSi) HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
pélagienne, qui confondait la nature avec la grâce, enseignait un mérite purement humain, capable d'acquérir la grâce supérieure ; il reconnaissait Dieu comme l'auteur de tout bien, mais seulement en tant que créateur, docteur et législateur, et non en tant qu'il opère lui-même en nous « le vouloir et le faire. » D'après ce sentiment , la prédication de l'Évangile n'aurait aucun efTet, s'il n'y avait point dans l'homme quelque chose qui y correspondît librement et sans le secours d'une autre grâce ; car il est resté dans l'homme une disposition pour le bien, une étincelle de bonne volonté, et la lutte qui s'agite en lui depuis le premier péché lui est utile à certains égards. On peut donc concevoir le commencement du bien tantôt comme venant de Dieu, comme en saint Matthieu et saint Paul ; tantôt comme venant de l'homme, comme dans Zachée et le bon larron. Quant à cette proposition que la grâce est gratuitement accordée, Cassien croyait pouvoir la sauver en disant que ce que l'homme reçoit de la grâce l'emporte de beaucoup sur son propre mérite, qu'il n'y a point de comparaison entre l'un et l'autre. Deux choses, selon lui, opèrent le salut : l'obéissance et la foi ; le commencement du salut vient de celui qui est racheté et non de celui qui rachète ; c'est la volonté de l'homme qui se procure le secours de la grâce, et non la grâce qui s'assujétit à la volonté humaine.
Cassiani Op., éd. Gazseus, Atrebati, 1628; Migne, Patr. lat., t. XLIX, L. Cf. Tillemont, t. XIV, p. 1B7 et seq.; Alzog, Patrol., 3^ éd., p. 418 et suiv. Selon Photius, cod. 197, il était Romain (probablement dans le sens large); d'après Gennade, De vir. ill., cap. lxi, il sortait de la petite Scytbie; selonL. Holstein, Ad c. iiiReg. monast., de la Gaule. SaintProsper Contra Collât., n. 2, l'appelle « vir sacerdotalis, qui disputandi usu inter eos, quibuscum degit, excellit. » Quelques savants, comme Guesnay (Cassianus illustratus), Mariana, Voss, Bruno Neusser (Prodrom, veut, contra Noris, part. II, cap. m, n. 10), veulent l'absoudre de sémipélagianisme, mais sans raison sérieuse, comme le prouvent Tbomas de Lemos, 0. S. D., Ceillier, Suarez, Pétau, etc. Les écrits qui restent de lui en sont visiblement entachés, surtout les CoUationes Patrum (qui ont valu à Cassien le surnom de Conférencier), lib. XXIV. Principaux passages, Collât. XIII, c. ix: « Etiam per naturœ bonum, quod beneücio creatoris indultum est, nonnunquam bonarum voluntatum prodire principia. » Saint Augustin, De bono persev., u.42, résume brièvement la doctrine : « Initium fidei et usque in finem perseveranliam sic in
LES IJLUF.SIE^ ET LEi< SCJUSMEÜ. 187
iiostra constituunl potestate, ut Dei dona esse non putent. » La comparaison du médecin (cf. Aug., De nat. et grat., cap. xxvi, n. 29; Tract. XII in Joan. , n. 1, etc.) est développée Coll. XIH, 12. Dans Coll. XVIIT, 14, Cassien fait ressortir que ces mois : « Non invcni lantam fidem in Israel, » seraient une louange mal placée si Jésus-Christ avait lui-même donné la foi ; que le texte ne poiLe pas «. dedi, » mais « inveni. » Voyez aussi Coll. XIII, 9, 11, 12, 15, 18; De institut, mon.. XII, 14; Aug., Ep. ccxxv, ccxxvi; Carm. de ingrat., v. 274 et seq.
Autres questions relatives à la grâce.
121. Une foule d'autres questions se rattachaient à celles-là. On admettait que Dieu veut le salut de tous, mais on avait soin d'ajouter : pourvu que les hommes le veuillent eux-mêmes de toutes leurs forces naturelles; tandis que les cathoUques disaient : Dieu veut le salut de tous, pourvu qu'ils le veuillent eux-mêmes avec la grâce prévenante et comitante. La distinction théologique entre la volonté de Dieu qui prévient généralement tous les hommes, et sa volonté particulière et subséquente, les marseillais la perdaient de vue. Ils enseignaient aussi que Jésus-Christ est mort pour tous et donne la vie éternelle à tous ceux qui la méritent par leurs désirs et leurs efforts naturels. Comme ils plaçaient la différence qui sépare les fidèles des infidèles non dans la grâce divine, mais dans les mérites naturels, ils n'admettaient point la prédestination gratuite à la grâce.
Ils disaient encore : Entre la foi et les bonnes œuvres, la différence consiste en ceci : comme la foi s'acquiert par les forces naturelles. Dieu la connaît simplement d'avance; les bonnes œuvres, au contraire, étant opérées avec le secours d'en haut, Dieu ne les connaît pas seulement d'avance, il les détermine. La foi, selon eux, ne tombe point sous la prédestination, mais sous la prescience divine. Les marseillais, aussi bien que saint Augustin et les catholiques , admettaient une prédestination à la grâce et à la béatitude ; mais tandis que les catholiques considéraient la foi elle-même comme une grâce et comme faisant partie de la prédestination à la grâce, les marseillais soutenaient le contraire, précisément parce qu'elle n'était pas une grâce.
La différence est beaucoup moins sensible dans la doctrine dn la prédestination que dans celle de la grâce. On reconnaissait en outre de part et d'autre que la prédestination repose sur la
prescience et la suppose. La prescience, sous le rapport théorique, est une pure connaissance ; sous le rapport pratique, elle implique les mesures, les actes qui en découlent. Cette prescience pratique, c'est la prédestination qui prépare les moyens nécessaires au salut. Pour les marseillais, qui n'admettaient point l'intervention de Dieu dans le commencement de la foi, cette intervention n'était qu'une prévision, une prescience spéculalive. La raison de cette difîérence de doctrine provient de nouveau de ce que la foi n'était pas envisagée comme le résultat de la grâce.
A cette difficile question : pourquoi les uns sont appelés à la foi par la prédication extérieure de l'Évangile et les autres non; pourquoi les uns reçoivent le baptême et les autres meurent avant de l'avoir reçu, les marseillais répondaient : parce que Dieu a prévu que les premiers feraient un bon usage de leurs forces naturelles et que les seconds en abuseraient. D'après cela, Dieu imputerait des mérites et des démérites qui n'existent point, qui ne sont qu'hypothétiquement possibles, ce qui est inconcevable. Quelquefois aussi les marseillais invoquaient d'anciens Pères qui, avant l'explosion de ces querelles, n'avaient eu aucune occasion de veiller sur le choix de leurs paroles et qui, ne craignant point de malentendu, avaient pu s'exprimer avec plus ou moins d'inexactitude, mais sans jamais enseigner le semipélagianisme. L'Église, au reste, n'a pas condamné tout ce qu'avançaient Cassien et ses disciples, notamment cette proposition que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes et que sa grâce n'est pas irrésistible.
OUVItiGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 121.
Noël-Alexandre marque ainsi la différence qui existe entre la doctrine semipélagienne sur la prédestination et la doctrine de plusieurs théologiens catholiques (Ssec. V, cap. m, a. 8, n. 6, t. IX, p. 226} : 0. Les marseillais n'admettaient point de prédestination gratuite à la grâce ni à la gloire, tandis que les théologiens catholiques (même les représentants de la science moyenne) reconnaissent expressément ia prédestination gratuite à la grâce, b. Ces derniers conçoivent la gloire comme un effet de la grâce, et déduisent la prédestination à la gloire des mérites surnaturels acquis avec la grâce ; tandis que les marseillais l'attribuaient aux mérites purement naturels, c. L'adoption d'une prescience « rerum nunquam futurarum » par les marseillais n'est paune hérésie, mais bien cette assertion quelle décide de la prédestina-
tion, opinion que ne partagent pas ces théologiens. Voyez sur les anciens Pères, Aug., De prsedest. sanct., cap. xiv; Is. Habert, op. cit. (§ il3).
Saint Augustin sur la doctrine de Cassien.
122. Saint Augustin fut informé par ses disciples Prosper et Hilaire, dans des lettres particulières, que la doctrine de (^assien se propageait dans la Gaule. 11 répondit en 429 par deux écrits où il essayait de convaincre et de gagner les partisans de Cassien. 11 les considérait comme des frères qui, tout en étant dans l'erreur sur quelques points très-graves, n'avaient rien de commun avec les pélagiens. Il rappelle qu'il avait lui-même partagé cette erreur, mais qu'il en avait été ramené par les paroles de l'Apôtre ' ; il démontre que la foi est expressément attribuée à Dieu dans l'Écriture % qu'elle nous est donnée sans aucun mérite de notre part, qu'il répugne à Dieu de punir quelqu'un de péchés qu'il aurait seulement commis s'il avait vécu plus longtemps ; qu'il lui arrive, au contraire, de rappeler quelquefois les hommes à lui de peur que la malice ne les corrompe '. 11 montre la différence qui existe entre l'aptitude naturelle à recevoir la foi et la possession effective de la foi; l'une est l'ouvrage de la nature, l'autre de la grâce. Jésus-Christ n'est pas seulement le consommateur, mais encore l'auteur de notre foi \ L'acte réel de la foi, le consentement de l'intelligence, est précédé d'une réflexion qui présente à la volonté l'objet de la foi comme un bien. Cette pieuse réflexion émane de la foi et produit, en même temps que la grâce, un acte libre delà volonté qui est surnaturel aussi bien que le consentement. La foi n'est donc pas absolument la première grâce, le premier ouvrage surnaturel.
Restent les prières que l'Église fait pour les infidèles et les pécheurs afin qu'ils se convertissent, pour les âmes pieuses afin qu'elles persévèrent, et enfin la prière du Seigneur lui-même. Saint Augustm insiste continuellement sur la nécessité de la grâce pour opérer toute espèce de bonne œuvre, aussi bien que pour persévérer jusqu'à la fin de la vie, et il se montre partout l'apologiste infatigable de la doctrine de l'Église sur la grâce.
' I Cor., IV, 7; vn, 25; // Cor., m, i, S; Éph., ii, 8; PhU., i, 20 ; ii, 13; lum., IX, 16; XI, 35. — » Jean, vi, 28, 2y. — ' Sag., xv, 11. — * Hébr., xii, 2.
iîK) ttlSTOIRF. I>F. I. KfiUSK.
Occupé de son dernier ouvrage contre Julien à l'approche deâ Vandales, qui, au lieu de se faire les alliés du gouverneur, se comportèrent en ennemis et assiégèrent Hippone, il adjurait le Seigneur de délivrer la ville de ses ennemis, ou de donner à ses serviteurs la force de souffrir en patience, ou enfin de le rappeler lui-même de la vie. Ce dernier vœu fut exaucé. Le grand docteur mourut dans sa soixante-seizième année, le 28 août 430, le troisième mois d^un siège qui allait durer quatorze ans.
Prosp. et Hilar., Ep. ccxxv, ccxxvi; Aug. Op., II, 820; Aug., De pi'sedest. sanct. et De donc persev. Preuves bibliques dans le premier ouvrage, cap. ii, vu, xiv, avec justilication de la canonicité du livre de la Sagesse. Distinction du « posse habere fidem « (potentia obedientialis) et de « l'habere tidem. » Sur la « pia cogitatio, » Aug., ad Bonif. II, 8 : « Quis uon videat prius esse cogitare quam credere? Nullus enini credit, nisi prius cogitet esse credendum, et hoc vult Apostolus non esse ex uobis, sed ex gratia. » Cf. De dono persev., cap. vui, 13. Modestie chrétienne de saint Augustin, ibid., cap.xxi, n. 60. Sa grandeur d'âme, Prosper, Carm. de ingratis, v. 90 et seq.
Le pape Célestin. — Autres controverses.
123. Prosper d'Aquitaine, qui avait composé sur ces entrefaites plusieurs autres écrits sur « les restes des pélagiens, » se rendit à Rome avec Hilaire pour invoquer l'appui du pape Célestin contre les novateurs qui insultaient à la mémoire de saint Augustin. En 431, Célestin écrivit aux évêques de la Gaule pour les engager à étouffer les fausses doctrines, à exercer personnellement le ministère de la prédication, à défendre, à leurs prêtres de soulever légèrement des questions curieuses et à fermer la bouche aux calomniateurs de saint Augustin. — Voici cette lettre :
ADDITION DU TRADUCTEUR
<c Nos chers fils Prosper et Hilaire, qui sont auprès de nous et dont le zèle pour la cause de Dieu est digne de louanges, nous ont représenté qu'il y a dans vos provinces certains prêtres brouillons qui, pom- troubler la paix des Églises, agitent des questions indiscrètes et prêchent opiniâtrement contre la vérité. Mais c'est à vous que nous imputons ces désordres avec plus de justice, puisque vous leur laissez la liberté d'en disputer, comme s'il étaient au-dessus de vous.
» Nous lisons que le disciple n'est pas au-dessus du maître, c'est-à-
dire que personne ne doit s'arroger le droit d'enseigner, à la honte de ceux qui sont chargés de le faire...
» Quelle espérance reste-t-il chez vous, si ces prêtres parlent, tandis que les maîtres se taisent?... Je crains bien qu'un tel silence ne soit une vraie connivence; il ne peut du moins manquer de faire naître bien des soupçons, car si l'erreur déplaisait, on connaîtrait aisément la vérité. En effet, c'est à nous qu'on doit s'en prendre, si par notre silence nous favorisons l'erreur.
» Réprimez donc ces prêtres; qu'ils ne soient pas libres de parler comme il leur plaît; que la nouveauté cesse d'attaquer l'ancienne doctrine; que l'inquiétude de ces personnes cesse de troubler la paix des Églises... Qu'ils apprennent ces prêtres, si toutefois il sont censés prêtres, qu'ils vous sont soumis par votre dignité; qu'ils sachent que tous ceux qui enseignent mal, feraient mieux d'apprendre que d'enseigner.
» Eh! que faites-vous dans vos Églises, si ceux-ci prennent la principale autorité pour enseigner?
» C'est-là de quoi confondre la témérité des simples prêtres, qui veulent quelquefois s'ériger en juges de la doctrine, au préjudice même des évêques. Ils doivent se souvenir de la belle réponse que fit à ce sujet le prêtre Orose à un évêque fauteur des pélagiens : « Nous sommes, disait-il, les enfants de l'Eglise catholique : n'exigez pas de nous que nous osions nous fake docteurs au-dessus des docteurs, et juges audessus des juges. Les évêques nos pères ... ont parlé avec l'approbation de l'Église universelle; il est juste que nous leur obéissions. Pourquoi demandez-vous le sentiment des enfants, quand vous entendez ce que les pères décident ? »
Saint Célestin réfute ensuite les calomnies des adversaires de saint Augustin :
« Augustin, de sainte mémoire, dit-il, a toujours été dans notre communion pour ses moeurs et ses mérites, et jamais ni bruit, ni même soupçon désavantageux n'a terni sa réputation. Nous nous souvenons que c'était un prélat si estimé, que même nos prédécesseurs l'ont regardé comme un des meilleurs maîtres. On a toujours eu de lui des sentiments avantageux, puisqu'il a été également aimé et honoré de tous. »
Mais tout en demandant qu'on évitât les questions difficiles, <^élestin se prononça suffisamment contre les erreurs de Cassien, et ses lettres contenaient à ce sujet différents passages des papes et des conciles antérieurs. Il ne voulut point donner de décision contre les errants, lesquels n'étaient pas encore nomi-
Hâtivement cités; il se contenta d'une instruction doctrinale qui lui parut suffire aux nécessités présentes. Cassien mourut en 4-32, dans la paix de l'Eglise. Ses partisans continuèrent de défendre sa doctrine et saint Prosper (mort en 463) de réfuter leurs objections, en montrant la futilité de leur théorie.
ADDITION DU TRADUCTEUR
L'ouvrage le plus considérable de saint Prosper, celui où éclatent davantage la force et la beauté de son génie, est le poème des Ingi^ats, dii^igé contre ceux qui faisaient montre d'une fausse vertu, afin d'apprendre à ses lecteurs à ne pas nier les dons de Dieu et à ne pas devenir rebelles à la grâce en voulant trop défendre le libre arbitre. Dans une seconde préface, il dit qu'il a enti'epris cet ouvrage si précieux, alin de répandre dans l'âme des fidèles une sainte ardeur pour la vérité, et leur apprendre d'une manière vive et agréable que la grâce est la cause et non l'efi'et de nos mérites :
Sed bona quse tibi sunt, opérante fatebere Christo, Non esse ex merito sumpta, sed ad meritum.
Cet ouvrage, dit Godeau, est l'abrégé de tous les livres de saint Augustin et contient les plus fortes raisons que cet admirable docteur emploie pour défendre la foi de l'Église, soit contre les pélagiens, soit contre Julien. Les expressions en sont merveilleuses, et on a lieu de s'étonner en beaucoup d'endroits comment ce saint a pu accorder la beauté de sa versification avec les épines de sa matière. Il y représente sans flatterie l'état honteux de la corruption de l'homme par le péché et la grandeur des ruines de ce chef-d'œuvre des mains de Dieu *.
Plusieurs autres savants de la Gaule furent soupçonnés des mêmes erreurs. Un grand nombre, sans partager les vues de Cassien, étaient cependant contraires à la doctrine de saint Augustin, notamment Gennade, prêtre do Marseille.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Gennade écrivit un grand nombre d'ouvrages, dont il a donné la liste à la fin de son catalogue des auteurs ecclésiastiques. « J'ai composé, dit-il, huit livres contre toutes les hérésies, six livres contre Nestorius, onze livres contre Eutychès, trois livres contre Pelage, des traités sur les mille ans et sur l'Apocalypse de saint Jean, ce présent ouvrage (sur les écrivains ecclésiastiques), et une lettre touchant ma foi, que j'ai envoyée au pape Gelase. « Tous ces écrits de Gennade sont perdus, excepté son catologue des auteurs et l'exposition de sa foi ; car on croit que ce
< Hisl. lui. de la France, t. I, édit. Palmé.
Les hérésies et les schismes. l93
dernier ouvrage est le traité ' intitulé des Dogmes ecclésiastiques. En voici quelques aperçus.
Après une exposition de la foi de la Trinité, de l'Incarnation, de la résurrection future, de l'éternité des peines, il parle ainsi de la grâce : « Nous croyons, dit-il, que personne ne fait de démarches pour le salut, à moins que Dieu ne l'y invite et qu'aucun de ceux qui ont été invités ne peut opérer son salut, sinon avec le secours de Dieu. » Ce qu'il dit de la communion, de la pénitence et du baptême mérite d'être observé. « Je ne loue ni ne blâme, dit-il, ceux qui reçoivent tous les jours l'Eucharistie; mais je conseille et j'exhorte de communier tous les dimanches, pourvu que ;'on soit sans affection au péché. Car je dis que si l'on reçoit l'Eucharistie avec la volonté de pécher, loin de se purifier, on se charge d'un nouveau péché. Pour celui qui est coupable de péchés capitaux, je l'exhorte à faire une pénitence publique avant d'approcher de la communion, sans prétendre cependant qu'une satisfaction secrète ne puisse effacer ces crimes. La véritable pénitence est de ne plus commettre de péché et de pleurer ceux qu'on a commis. La satisfaction de la pénitence est surtout d'ôter les causes des péchés et de ne plus donner accès aux tentations. La pénitence efface les péchés même à l'article de la mort, lorsqu'on les confesse avec une vraie douleur. »
L'auteur en parlant de la nécessité du baptême, qui peut être suppléé par le martyre, fait une belle comparaison du baptême avec le martyre. .< Celui qu'on doit baptiser, dit-il, confesse sa foi devant le prêtre, le martyr la confesse devant le persécuteur. Celui-là après sa confession est plongé dans l'eau, ou l'on jette de l'eau sur lui; celui-ci après la sienne est baigné de son sang, ou bien il est jeté dans le feu. Le baptisé reçoit le Saint-Esprit par l'imposition des mains de l'évêque; le martyr devient l'organe de l'Esprit saint qui parle en lui. Le baptisé reçoit l'Eucharistie et fait par là mémoire de la mort de Jésus-Christ ; le martyr meurt avec Jésus-Christ. Le baptisé renonce au monde, et le martyr à la vie. Tous les péchés sont remis au baptisé; ils sont éteints dans le martyr. » On voit, par ce que nous venons de rapporter, qu'on baptisait quelquefois dès lors en versant de l'eau sur le catéchumène, comme l'ÉgUse le pratique aujourd'hui.
La lutte dura près d'un siècle, lutte savante et purement intellectuelle, à laquelle le peuple ne fut point mêlé.
* Ce traité est attribué à saint Augustin par quelques manuscrits et par le Maître des sentences ; à Alcuin par Trithème ; à Gennade par Alger, par saint Thomas et par un manuscrit de la bibliothèque de Colbert. Les critiques s'accordent aujourd'hui à le donner à Gennade de Marseille. Ratram, moine de Corbie, l'attribue à Gennade de Constantinople. Mais cet ouvrag'e ne paraît pas être une traduction.
l94 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Tandis que Gennade exposait avec beaucoup de fidélité la doctrine du saint docteur, d'autres la rendaient méconnaissable à force de la dénaturer; d'autres enfin essayaient une voie intermédiaire. Tel fut notamment l'auteur inconnu de la Vocation des gentils, qui défendit avec beaucoup de sagacité la doctrine de saint Augustin et de saint Prosper. tout en ménageant leurs adversaires, et montra la concordance de la grâce avec le libre arbitre. La grâce (grâce générale et grâce particulière, grâce extérieure et grâce intérieure), dit cet auteur, est nécessaire au salut, mais n^agit pas d'une manière irrésistible; elle attire l'homme en se conformant à sa nature. Il traite avec beaucoup de gravité et de noblesse de l'impénétrabilité des conseils de Dieu.
Quant à l'auteur du Prœdestiriatus, il a défiguré à plaisir la doctrine de saint Augustin sur la prédétermination, afin de pouvoir la réfuter. On a accusé ce saint docteur d'enseigner que Dieu prédestine quelques hommes à la damnation éternelle, qu'il les prive pour cela de sa grâce et les dévoue irrémédiablement au péché et à l'enfer.
Prosper, Ep. ad Rufin. de grat. et lib. arb. (429i; Carm. de iDgratis, epigrammata in obtrectatores Augustini, etc.; Alzog, Patrol., p. 420 et suiv.; Cœlestin. I, Ep. xxi ad episc. GaU.; Mansi, I, 454 et seq.; ibid., c. II. Eloge de saint Augustin, c. m : « Profuudiores vero difticilioresque partes occurrentium quaestionum, quas latius pertractarunt, qui hsereticis restiterunt, sicut non audemus contemnere, ita non necesse habemus adstruere, quia ad confitendum gratiam Dei, cujus operi ac dignationi nihil penitus subtrahendum est, satis sufficere credimus, quidquid secundum prœdictas régulas apost. Sedis nos scripta edocuerunt, ut prorsus non opinemur catholicum, quod apparuit praefixis sententiis esse contrarium. » Cap. xii : « His ergo ... regulis ita ... confortati sumus, ut omnium bonorum aflfectuum atque operura et omnium studiorum omniumque virtutum, quibus ab initio fidei ad Deum tenditur, Deum fateamur auctorem et non dubitemus ab ipsius gratia omnia hominis mérita prœveniri, per quam fit ut aliquid boni et velle incipiamus et facere. »
Les chapitres ou les autorités ajoutées, que quelques-uns (comme Néander, I, p. 772, n. 6), ne tiennent pas pour originales, viennent certainement de Célestin, à qui Denis le Petit et le diacre Pierre les attribuèrent (520). Coustant, Monit. in Cœlestin., ep. xxi; Faure, De auclore capital. S. Cœlestino olim tribut., in Zaccaria, Thés. Theol.,
t. V. Prosper comprenait fort bien que la décrétale de Célestin ne devait pas être une décision définitive, c'est pourquoi il espérait en son successeur Sixte 111. Contra Collât., c. xxi, n. 60 : « Confidimus Domini protectione pra-standum, ut quod operatus est in Innocentio, Zosimo, Bonifacio, Cœlestino, operetur et in Xysto et in custodia dominici gregis haec sit pars gloriae huic reservata pastori, ut sicut illi lupos abegere manifestes, ita hic depellat occultos. »
Il y a de nombreuses controverses sur les savants semipélagiens. 11 faut certainement ranger parmi eux : a. Vincent, combattu par Prosper, et qui dénaturait grossièrement les doctrines de 1 école de saint Augustin; mais il n'est pas prouvé qu'il soit le même que Vincent de Lérins, l'auteur du célèbre Commonitorium, comme le croient Noris, Noël-Alexandre, Antelmi, Pagi, Néander, etc. Voyez Héfelé, Tub. tbeol. (J.-Schr., 1834, p. 83. Le sentiment contraire est adopté par Baronius, Alticotti, Papebroch (Acta sanct., 24 maii, t. V, p. 284 et seq.); l'Hist. lit. de la France, t. Il, p. 369; Malfei, Hist. tbeol., lib. XVI, p. 462 et seq.; Buse (Paulinus v. iNola, 11, p. 274); Alzog (Patrol., p. 423). Il n'est pas établi non plus que le mouastère de Lérins ait été le principal foyer du semipélagianisme (Br. INeusser, Prodi'om. veut., part. Il, cap. v, VI). b. Honorât, évêque de Marseille, que Noris range parmi les semipélagiens, est justifié par Noël-Alexandre, Sœc. V, cap. m, a. 7, § 10, t. IX, p. 120 et seq. c. Ce dernier, en revanche, loc. cit., § 6, p. m, accuse Hilaire d'Arles de semipélagianisme, mais plusieurs autres savants le justifient : Acta sanct., 3 maii; Voss, Hist. Pelag., 1, 10; Br. Neusser, Hist. lit. de la France; Maffei, loc. cit.
d. L'auteur du beau poème De providentia, qu'on place en 416 déjà (v. 33 et seq.. coll. Hier., Ep. ad Ageruch., vid. cxiu, al, xi, n. 16, 17; Baron., an. 406, n. 53; Pagi, iu h. 1., n. 12; Orsi, lib. XXIV, n. 24), doit être absous de toute tendance marseillaise; ainsi que e. Ennodius, évêque de Pavie (mort en 521), accusé par Dupin. Op. Sirmond, t. 1, prœf., n. xii; Gallandi, Bibl. Patr., t. XI; Proleg., cap. ii, n. 3; Migne, Patr. lat., t. LXHI. f. De même Valerianus Cemeliensis, dont il reste vingt homélies et une lettre. Theophil. Raynaud, Op., t. XI, etHeptad., Praesul. christ., Par., 1671, p. 936 et seq.; Gallandi, t. X, p. 123; Fessier, Patrol., Il, p. 747, not. — g. Gennade place en 493 le De viris illust. de saint Jérôme, et reproche à saint Augustin (cap. xxxviii) sa manie d'écrire, qui l'aurait, selon lui, induit en erreur. Cependant, dans le De Eccl. dogmatibus (Aug., Op., t. VIII, append., p. 75-80), attribué autrefois à saint Augustin (même par PieiTe Lombard et autres scolastiques}, il reconnaissait (cap. xxi) la grâce prévenante. Voy. Alzog, p. 470.
Le livre De Vocalione omnium gentium, est attribué tantôt à saint Ambroise, tantôt à saint Prosper ; Quesnel l'attribue à tort à Léon, diacre de Rome, pape sous ce nom (Ballerini, Op. Leon. M., in Diss. II, guesnel., § 2 ; Migne, t. LV, p. 376); il est classé par le pape Gélase parmi
les livres orthodoxes. Plusieurs imputent le Prsedestinatus (édit. Sirmond, 1643) à Arnobe le Jeune, auteur d'un commentaire sur les Psaumes (v. 470); Migue, t. LUI. Qu'il y ait eu une secte de prédestinatiens, les théologiens protestants et catholiques l'admettaient autrefois, surtout Alphonse de Castre, Didace Alvarez, Baronius, BeUarmin, Binius, Spondanus, Sirmond, Cellot; Jansénius et ses partisans, J. Usser, plusieurs réformés, quelques dominicains, Semler, Sagittarius, Walch, le niaient. Pour le contraire, Noris, Hist. Pelag., lib. Il, cap. iv; Op. I, 433; Sirmond, Hist. prsed.. Op. IV, 268; Natal. Alex., Sa>c. V, diss. v, prop. 3, 4, t. IX, p. 439 et seq.
Fauste de Riez. — Saint Fulgence.
124. Cette erreur fut véritablemeut professée par un prêtre de la Gaule. Lucide croyait que Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes, mais seulement des élus ; qu'une partie des hommes sont destinés à être des vases d'ignominie et ne peuvent jamais devenir des vases d'honneur ; que les sacrements n'ont sur eux aucun effet et qu'ils sont infailliblement condamnés à la mort éternelle. En 475, au concile d'Arles, Fauste de Riez, partisan de Cassien, décida Lucide à se rétracter.
Sauf l'Africain Monime, nous ne trouvons point d'autre prédestination. Sur la demande de Léonce, archevêque d'Arles, Fauste résuma les délibérations du concile sur la grâce et la prédestination dans ses deux livres de la Grâce de Dieu et de la Liberté de l'esprit humain; il y cite saint Augustin avec respect, mais il traite la doctrine de la grâce à un point de vue particulier. Il attribue le « vouloir » à l'homme et le « faire » à Dieu, et subordonne l'opération de la grâce proprement dite du christianisme (grâce particulière) à l'usage que l'homme fait de ses dispositions naturelles, morales et religieuses (grâce générale).
Fauste soutenait également que l'âme des hommes et des anges est corporelle, parce que Dieu seul, disait-il, est un pur esprit. Il fut combattu par C laudien Mamert, prêtre de Vienne, et fit grande sensation par la manière dont il s'énonçait sur la grâce. Les moines de Scythie qui résidaient à Constantinople le réfutèrent longtemps encore après sa mort (493).
ADDITION DU TRADUCTEUR
Claudien était devenu si célèbre que Sidoine n'hésita pas à lui donner le premier rang parmi les philosophes chrétiens et les savants
de tout ordre : Peritissimus christianorum philosophus et quommlibet priinus eruditorum. Il composa notamment un ouvrage sur la nature de l'âme, divisé en trois titres, en réfutation d'un écrit de Fauste, évêque de Riez, dont il est parlé ci-dessus.
Dans le premier livre, Claudien montre qu'on ne peut attribuer aucune souffrance à la nature divine. Il y mêle quantité de choses tirées de la géométrie, de l'arithmétique, de la dialectique et des sentiments des philosophes, mais avec modestie et discrétion, avouant que ces renseignements tirés de la philosophie sont très-subtils.
Dans le second livre, il parle du nombre, du poids et de la nature que Dieu a observés dans la production de tous les êtres. On peut y trouver des considérations pour s'élever graduellement jusqu'au Créateur et acquérir de lui quelque faible connaissance pour s'affermir dans ce que la foi nous apprend sur la sainte Trinité. Ce Livre contient un grand nombre de témoignages empruntés des saints Pères.
Dans le troisième livre, Claudien, après avoir rapporté diverses preuves contre Fauste, s'en sert pour presser ses adversaires, déjà confondus par les deux précédents. Il leur montre que l'âme n'est jamais sans penser et que la pensée n'est pas différente de l'âme ; qu'elle est toute volonté et toute pensée ; que penser, vouloir et aimer est sa substance ; qu'il n'y a point de corps sans longueur, largeur et profondeur ; que l'âme n'a point de dimension ; qu'elle n'a ni droite ni gauche, ni haut ni bas, ni devant ni derrière, par conséquent, qu'elle est incorporelle.
Claudien termine en récapitulant les principes qu'il a établis. Il croit que les anges ont deux natures comme nous, qu'ils ont des corps, mais plus subtils que les nôtres. C'était le sentiment de beaucoup d'anciens auteurs ecclésiastiques. Il en dit autant des démons. Il parle d'un ciel créé avant le temps et dont celui des étoiles n'est que la figure.
Ce traité est fort bien écrit; il joint à beaucoup de netteté une grande finesse, et les questions de métaphysique y sont présentées avec toute la clarté et l'agrément possible '.
En 520, par l'entremise de l' évêque africain Possessor, qui résidait aussi à Constantinople, les moines de Scythie consultèrent le pape Hormisdas sur ce qu'il fallait penser des livres de Fauste. Le pape se contenta de déclarer que Fauste n'était point un Père de l'Église, que ses écrits n'avaient pas plus d'autorité que ceux de tout autre auteur ecclésiastique, ainsi que l'avait déjà déclaré le pape Gélase (494) ; qu'il fallait, lui aussi, le sou-
^ Histoire littéraire de la France, t. I (éd. Palmé).
mettre à rexamen et ne retenir que ce qui s'accordait avec la vraie doctrine ; que ses écrits pouvaient être lus sous cette restriction ; qu'on a une règle suffisante dans l'Écriture, dans les sentences des conciles et des Pères ; qu'on peut voir la vraie doctrine du Saint-Siège dans les écrits de saint Augustin à Hilaire et à Prosper, et dans les chapitres établis par le Siège apostolique (sans doute sous Cèlestin).
Les moines ne furent pas contents de cette réponse, car ils auraient voulu faire condamner les écrits de Fauste; ils les envoyèrent donc aux évêques d'Afrique exilés dans l'île de Sardaigne. Sur leur demande, saint Fulgence, évêque de Ruspe, défendit eu trois livres la doctrine de saint Augustin sans humeur ni exagération, et il écrivit de plus contre Fauste un ouvrage en sept hvres, aujourd'hui perdu. Les évêques s'en servirent dans leur réponse (523). La doctrine qu'ils y énoncèrent n'avaient rien de commun avec celle des marseillais; mais ils usèrent de ménagements envers ceux-ci, les traitèrent comme des frères égarés, réfutèrent leurs raisons, et, rappelant la lettre du pape Hormisdas à Possessor, les engagèrent à étudier les ouvrages de saint Augustin.
Les évêques, invoquant le texte de saint Paul, Rom., ix, 13, disaient : Ce ne sont pas des œuvres humaines qui ont été choisies et aimées en Jacob, mais des dons de Dieu. Jacob a été élu par la miséricorde divine et non pour le mérite d'une bonne action future ; Dieu savait d'avance qu'il lui accorderait la foi et les bonnes œuvres. De même qu'il a manifesté en Jacob la miséricorde de sa bonté gratuite, Esaü a été l'objet de sa juste sévérité, pour avoir, même après la circoncision, conservé le vieil homme terrestre.
Sur Lucide, Héfelé, II, 576 et seq.; Fauste, ancien abbé de Lérins, Baron., an, 490, n. 53; Tillemont, Mém., art. Fauste, t. XVI, 423; Op., De libero arbitrio et grat.; Bibl. Pair, max., VIII, 525, ep. ad Lucid.; Mansi, VII, 1007. Arnobe le Jeune soutenait, d'après d'anciennes doctrines, que les anges et les âmes humaines étaient matériels, Comm. in ps. XVII. — Claudian. Mamertus, De statu animae libri III ; Néander, I, p. 777; Possessor, ad Hormisd. et Horm. ad Poss., Ep. cxv, cxxiv, p. 916 et seq., 626 et seq., ed. Thiel. Contre la lettre du pape, Joan. Maxent., resp. Fulgent., Op., éd. 1320, p. xxix et seq.; FuJgentius, De veritate praedestinationis et gratiae Dei, libri III; Bibl. Patr. mai.,
Lugd., t. IX, p. 282 et seq:; Ep. synod. episc. Afric, Mansi, IH, 591 et et seq.; Op. Aug., ed. Migne, t. X, part. II, p. 1779 et seq. Voy. Fessier, Patrol., II, 841 et seq.; Héfelé, II, p. 677-682.
Concile d'Orange.
125. Suivant ce que saint Fulgence avait fait en Sardaigne et en Afrique, les archevêques Césaire d'Arles (501-542) et A vi te de Vienne (490-523) défendirent la doctrine de saint Augustin sur la grâce, au sein de la Gaule , qui continuait d'être agitée par les disputes religieuses. Saint Césaire demanda au pape Félix IV secours et protection contre les partisans fort actifs de Cassien et de Fauste. Félix lui envoya un recueil de sentences tirées de saint Augustin, de Prosper et de quelques papes, qui roulaient sur les points en litige. Césaire les proposa et les fit signer dans un concile qui se tint à Orange, au commencement de juillet 529, à l'occasion de la dédicace d'une église édifiée par le patrice Libère, préfet du prétoire dans les Gaules. Les sentences envoyées de Rome y furent réduites en vingt cinq canons et en une confession de foi dirigée contre les semipélagiens; elles furent souscrites par les assistants, y compris huit laïques de qualité.
Ce concile enseigne que le péché d'Adam n'a pas nui seulement à son corps, mais à son àme ; qu'il n'a pas nui à lui seul, mai» à tous ses descendants ; que la grâce est nécessaire pour toute espèce de bonnes œuvres, qu'elle les précède, qu'elle produit même nos bons désirs, nos prières, le commencement de la foi l'amour de Dieu, la persévérance dans le bien; que tous ceux \m sont baptisés peuvent, avec le secours d'en haut, faire ce qu exige le salut de leur âme ; que Dieu ne prédestine personne m mal.
Comae il y avait toujours en Gaule de zélés partisans de Cassien tt de Fauste, contre lesquels l'évêque Cyprien de Toulon, dans un lynode tenu à Valence, prouva la nécessité de la grâce prévenant intérieure, saint Césaire chargea l'abbé et le prêtre Arméniusie porter à son ami le prêtre Boniface, qui se trouvait à Rone, avec un rapport détaillé, les actes de ce concile, pour qu'il l«s fît confirmer par le pape Félix. Lorsqu'Arménius arriva à Rcme, Boniface venait d'être nommé successeur de Félix (530). loniface II se fit donner lecture des actes, approuva
les décrets du concile d'Orange, et joignit à sa réponse une explication détaillée des propositions semipélagiennes. Grâce à cette confirmation du pape, les décrets du concile provincial d'Orange acquirent force de loi dans toute l'Église. La personne de Fauste, mort depuis longtemps, ne fut pas nominativement condamnée, et, en Provence, il fut longtemps encore, ainsi que Cassien, honoré comme un saint.
De 428 à 538, les marseillais ne furent pas des hérétiques formels, mais des hérétiques matériels, ou plutôt, à parler rigoureusement, il n'y avait point d'hérésie semipélagienne, car l'opposition contre saint Augustin n'est pas encore une opposition contre l'Église. La seule chose qui fut condamnée, c'est la négation d'une grâce intérieure nécessaire pour tout acte relatif au salut, surtout pour le commencement de la foi et la persévérance dans le bien. Quant à la manière dont s'eKerce l'opération infaillible de la grâce et de la prédestination, l'Église (sauf le rejet de la prédestination au mal) n'avait encore rien décidé.
Concile d'Orange. — On attribue à Césaire d'Arles un livre De grat. et lib. arb., qui serait perdu (Noris, loc. cit.,ii, 22; Pagi,an. 490, n. 1 ; Héfelé, II, p. 705. D'autres croient qu'il s'agit d'un recueil des canons de 529. Fessier, loc. cit., p. 887. Concile d'Orange, Mansi, HI, p. 712 et suiv., 721 et suiv.; Héfelé, H, p. 704-715. Concile de Valence, Cjpr.. Diac, ap. Mansi, loc. cit., p. 723; Op. Aug., loc. cit.,append., p. 1792; Héfelé, p. 717 et suiv.; Bonif. II, Ep., Mansi, VIII, 733 et seq.; .'affé. Reg., p. 72. Le culte religieux de Fauste est désapprouvé par Barmius, an. 490, n. 42, et défendu par Stilting, Acta sanct., sept. 8, 651. Sur le culte de Cassien, Cuper, Acta sanct., jul., t. V, p. 458 et seq. Sî personne fut épargnée, bien que ses écrits (depuis Gélase) passassert pour « apocryphes » et eussent été souvent condamnés. Plusieurs, comme Eucher de Lyon, essayèrent de les purger de leurs erreurs. H-î. Gennade, De vir. ill., cap. xxxiii. — Cassiod., De instit. script., cip. îxix ; Adon., Chron., an. 423. /
Controverse des Orientaux sur l'incarnation et la personne du Sauveur.— Le nestorianisme. — Théorie sur 1^ personne de Jésus-Christ. — Léporius.
126. Les controverses de l'arianisme et surtout di l'apollinarisme avaient provoqué plus d'une discussion sur h dogme de l'incarnation du Verbe. L'Église ne transigeait tii avec les
LES flî:RÉSrcS ET LES SCHISMES. 201
Ihéodosiens et les ariens sur la divinité du Rédempteur, ni avec les docètes et les appollinaristes sur son humanité ; elle maintenait l'unité du Dieu-homme, qui réunit en lui la divinité et l'humanité. Mais le comment de cette union demeurait un mystère. Les anciens l'avaient plutôt expliqué par des figures que caractérisé en termes rigoureux. Toute spéculation qui prétendait éclaircir cette union sans conserver l'unité de la personne et les deux natures en Jésus-Christ devait aboutir à l'erreur.
C'est ainsi qu'on vit surgir une doctrine qui distinguait deux personnes, deux fils de Dieu. Cette doctrine prévalut notamment chez les partisans de l'école d'Alexandrie, où l'on était accoutumé de séparer rigoureusement l'élément divin et l'élément humain, et de faire surtout ressortir le dernier quand il s'agissait de Jésus- Christ. Cette théorie avait pour organes Théodore de Mopsueste et ses adhérents. En Occident, elle fut enseignée par Léporius, prêtre et moine de Marseille imbu de pélagianisme, qui, en 426, se rendit dans l'Afrique du Nord avec un certain nombre de ses adhérents. A Carthage, plusieurs évêques, surtout saint Augustin, l'amenèrent à se rétracter et à abjurer les erreurs qu'il avait probablement retenues après la souscription des Tractorîa de Zosime. Dieu, disait Léporius, n'est pas né homme, mais l'homme parfait est né avec Dieu ; il faut distinguer un Fils de Dieu proprement dit et un fils de Dieu par adoption. Il avançait encore que Jésus- Christ a accompli tout le mystère de ses souffrances sans le secours de la divinité; que l'homme en Jésus-Christ a fait toutes ces choses par les forces de la nature mortelle.
Ce qui n'était en Occident que l'erreur passagère d'un individu devait jeter en Orient, à la faveur des circonstances, de profondes racines et susciter une secte jusque-là inconnue, la secte des nestoriens.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Rien de plus édifiant que les sentiments d'humilité et de repentir que Léporius fait paraître dans sa rétractation. « Je ne sais, dit-il, par où commencer à m"accuser moi-même : je ne trouve rien qui puisse servir à m'excuser. L'orgueil a tellement été uni en moi avec l'ignorance, une sotte simplicité avec un entêtement pernicieux, un zèle indiscret avec une foi faible, que j'ai honte d'avoir suivi les mouvements de tant de passions, et que je ne puis assez me réjouir d'avoir
pu en dégager mon cœur. Je reconnais donc mon crime, et je deviens volontiers mon accusateur. Mais j'espère en votre miséricorde, parce que j'ai péché par ignorance... J'en atteste le Seigneur : j'ai pris l'erreur pour la vérité et les plus épaisses ténèbres pour la lumière la plus pure; un zèle qui n'était pas selon la science m'a séduit. »
» Nous confessons maintenant hardiment ce que nous n'osions avouer auparavant, que Dieu est né de Marie ...; ne faisant pas assez d'attention au mystère de la foi, nous soutenions que Dieu n'était pas né homme, mais que l'homme parfait était né avec Dieu, parce que nous craignions d'attribuer à la divinité ce qui est le propre de l'humanité. 0 folle sagesse ! nous reconnaissons donc que Notre-Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né du Père avant les siècles, s'est fait homme dans le temps par l'opération du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie. Nous confessons la substance de la chair et la substance du Verbe, et nous croyons qu'elles ne font qu'un même Dieu-homme, qui ne peut être divisé. »
Sur la grâce, Léporius avait enseigné que l'homme en Jésus-Christ n'a reçu aucun secours ni aucune grâce de la divinité : il rétracte ainsi cette erreur : « Je ne dois pas omettre, dit-il, que dans la même lettre, par un semblable égarement, j'ai dit que Jésus-Christ Notre- Seigneur a accompli tout le mystère de ses souffrances sans aucun secours de la divinité, prétendant que l'homme en Jésus-Christ n'était si parfait que pour tâcher de prouver que le Verbe n'avait eu aucune part à ses souffrances, et que l'homme seul a fait toutes ces choses par les forces de la nature mortelle, et sans aucun secours de la divinité. »
Nestorianisme. — Héfelé, II, 126 et suiv. (2= éd., p. 141 et suiv.). L'union des deux natures en Jésus-Christ est appelée par les anciens tantôt xpâffiç, (TUYxpafft;, « mixtio, commixtio, » tantôt avv5çto\i.ri, « concursus, » tantôt ëvwffiç, « unio , » plus exactement, ëvaxnç çyuixiri ou xatà çûfftv (Äthan., Adv. Apoll., I, 10, 12), « connexio, copulatio, » (Tvvàçei« (de (jyvàirTw), expression trop générale et qui convient mieux à une union tout extérieure. Théodoret, Anath. 3 contre S. Cyrille, trouve que «Tjvoooi; (coitio) et auvâçEia sont synonymes. Saint Cyrille, Anath. 3, écrit ffOvoSo; xa8' ëvwdiv çu(nxr;v. Grégoire de Nazianze, Or. xxx, s. theol., IV, n. 8, p. 545, emploie généralement trOvoSo;. Cf. Petav., De incarn., IIF, 4, 2. Dans Cassien, De incarn., I, 4, et Gennade, De vir. ill., cap. lix, Léporius est rangé parmi les pélagiens. Son Libellus emendationis (Gallandi, IX, 396; Mansi, IV, 517 et seq.) ne contient que des propositions conformes à la christologie du Mopsuestien. Néander, I, 749: Héfelé, II, 124.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. i()'\
Nestorius. — Eusèbe et Proclus le combattent.
127. Nestorius, originaire de Germanicie en Syrie, avait été formé à l'école de Théodore de Mopsueste ; prêtre et moine à Antioche, il fut en 428 élevé sur le ?iége de Constantinople, principalement à cause de son renom de grand prédicateur. 11 essaya de faire servir son éloquence et son crédit à étouffer les hérésies. Dès son discours d'inauguration, il disait à Théodose Il : « Donnez-moi, seigneur, la terre purgée d'hérétiques, et je vous donnerai le ciel en récompense ; exterminez avec moi les hérétiques, et avec vous j'exterminerai les Perses. » Ce langage parut aux esprits réfléchis de mauvais augure. Son zèle impétueux contre les ariens, les novatieus, les apoUinaristes et autres sectaires éveillèrent des inquiétudes. Il voulut faire abattre l'égUse où les ariens s'assemblaient : les ariens, désespérés, y mirent le feu. Nestorius, plus orateur que théologien, esprit obtus, vaniteux, farci de préjugés, manquait de modération et de vraie piété. Cet adversaire si fougueux des hérétiques allait bientôt passer dans leurs rangs.
A l'exemple de son maître, Nestorius n'admettait qu'une union morale et tout extérieure entre le Verbe divin et la personne de l'homme en Jésus-Christ; il séparait rigoureusement le Fils de Dieu du fus de l'homme, ainsi que les prédicats des deux natures. Obstinément attaché aux doctrines d' Antioche, il s'offusquait surtout de l'expression de Mère de Dieu, Theotocos, par laquelle l'Église avait coutume de désigner la saiute Vierge. 11 fallait, selon lui, se contenter de l'appeler la Mère du Christ, Christotocos. Le prêtre Anastase, tout entier à sa dévotion, dit un jour dans un de ses sermons : « Que personne n'appelle Marie mère de Dieu; c'était une femme, et il est impossible que Dieu naisse d'une femme. » L'évêque de Marcianople en Mésie, Dorothée, s'écria, lui aussi, dans un discours prononcé à l'église : « Si quelqu'un dit que Marie est mère de Dieu, qu'il soit anathème ! »
La légitimité de ce titre ne tarda pas à être violemment discutée parmi les clercs et les laïques ; Nestorius lui-même commença dès lors dans ses discours à s'élever contre cette locution qu'il abhorrait. « C'est une superstition païenne, disait-il, c'est diviniser la nature humaine que de donner à Dieu une mère.
Celui qui est né de Marie est un temple préparé par le Saint- Esprit, dans lequel le Verbe a résidé. » Un jour qu'il prêchait, il fut interrompu par un laïque de distinction, nommé Eusèbe ; il essaya de le réfuter. Plusieurs l'accusèrent de photinianisme et se retirèrent, les uns publiquement, les autres secrètement, de sa communion. « Nous avons un empereur, disait-on dans le peuple, mais nous n'avons pas d'évêque. »
Proclus, évêque de Cyzique, expulsé par ses ouailles et retiré à Constantinople, essaya, dans un pompeux panégyrique de la sainte Vierge, prononcé le jour de l'Annonciation, en 429, de montrer la part intime que Marie avait eue dans l'œuvre de la rédemption, l'importance de sa qualité de Mère de Dieu et le lien indissoluble qui unit au Verbe divin l'humanité que le Christ a prise en Marie. Nestorius, qui était présent, protesta sur-le-champ et prit la défense de sa doctrine : « Il faut, dit-il, se réjouir des applaudissements donnés à cette glorification de la sainte Vierge; seulement, gardons-nous de l'exalter outre mesure et de la glorifier en condamnant toute autre manière de voir, parce qu'elle semble nouvelle à quelques-uns. » Il affirma plus tard, dans un autre discours, qu'il ne détestait pas en soi le terme de Mère de Dieu, mais qu'il le trouvait inconvenant; que les ariens et les apollinaristes pourraient facilement en abuser pour pervertir d'autres esprits ; qu'il ne fallait pas faire de Marie une déesse, qu'elle n'était proprement que la Mère du Christ, puisqu'elle avait enfanté Jésus-Christ seul et non pas Dieu ; que Dieu n'avait fait que passer en elle. » L'effervescence ne fit que s'accroître, et plusieurs prêtres s'élevèrent dans leurs sermons contre le nouvel hérésiarque. Nestorius les en punit par la prison, les mauvais traitements, la déposition et l'exil.
Nestorii Sermon., apud Mar. Mercat., éd. Garnier, II, 5; Migne, t. XL VIII, p. 757 et seq.; Epistel., ap. Cyrill. AI., Ep. m, v; Migne, Patr. gr., t. LXXVII, p. 44 et seq.; Soor., VII, 29 et seq.; Theod., Haer. fab., IV, 12; Evagr., I, 7; Gennad., loc. cit., cap. lui; Op. Cyrill., Migne, t. LXVIII-LXXVII ; Tillemont, Mémoires, t. XIV, p. 267 et suiv.; Petav., loc. cit., I, 5 et seq.; Gengler, lieber die Verdammung des Nestor. (Tüb. Q.-Schr., 1835, p. 213 et suiv.); Schwane, Dogmengesch., Il, 329 et suiv.; Héfelé, II, 134 et suiv.; du Prot. Dorner, Entwicklung
LÈS HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 20o
der Lehre von der Person Christi, 1, II, p. 33 et suiv. Le terme de ijsoTÔxoi; est employé par Origène, Com. in Ps., t. I (Socr., VII, 32); Alex., Ep. (Theod., 11, 4); Eus., Vita Const., III, 43; Äthan., Or. m contra Arian., n. 14, 29, 33; Or. iv, n. 32; De incarn, et cont. Arian., 11. 8, 22, et souvent ailleurs. Cyrill. Hier., Catech. x, n. 19, p. 146; Didyra,, De Trin., I, 31, 94; 11, 41, et souvent ailleurs. Naz., Or. xïix theol., III, n. 4, p. 523 ; Ep. ci ad Cledon. (al. Or. l; Migne, t. XXXVll, p. 177) ; Et T'.; où Oeotöxov ti^v àyiœj Mapiav ij7:o),a[iêâv£i, x<*>p"'î ^<^"' t^? ÔeôtTiTOi;, formule qui fut répétée dans la suite par J. Damascène, F. 0., III, 12, et par Atticus, Cpl., etc. Mansi, IV, 1183-1195. Cf. Petav., loc. cit., V, 15, 8 et seq. Déjà l'empereur Julien avait reproché aux chrétiens cette expression (ap. Cyrill., Contra Julian., ILb. VIII; Migne, t. LXXVI, p. 901 : Oeoxôxov Sa û|j.£ï; oO TiayEdôe Mapîav xaXoüvTs;). Ephrem, ap. Phot., cod. 228, p. 408, montre combien elle est importante pour la doctrine de la rédemption : àpxîïv Ttpo; itâaav t\)atê-f\ Tt^Tipoçoptav OeoToxov çpoveïv xat XÉYeiv tPjv Ttavayiav Trapôsvov.
Doctrine de Nestorius.
128. La doctrine de Nestorius prenait chaque jour une forme plus accentuée. Jésus-Christ, à l'entendre, était un pur homme; Dieu, en s'unissaiit à lui, lui avait communiqué sa vertu dans une mesure beaucoup plus abondante qu'il n'avait fait à tous les saints; cette union avec Dieu faisait de lui le porteur de la divinité (théophore). Ainsi, Jésus de Nazareth et le Verbe divin sont deux personnes distinctes, mais étroitement unies, beaucoup plus étroitement que l'homme ne l'est à l'habit qu'il porte et la divinité au temple qu'elle habite. Le Verbe réside dans l'homme-Jésus, dans le Fils de Marie, comme dans un temple. Ce temple est l'enveloppe sous laquelle il cache sa gloire et qui lui sert d'instrument pour opérer notre rédemption. Il n'est appelé Dieu qu'improprement, de même que Moïse. Entre la divinité et l'humanité qui sont en lui, il n'existe qu'un lien moral et extérieur. L'incarnation est une pure habitation du Verbe dans l'homme. Le Verbe n'est pas né de la Vierge, il n'a pas souffert, mais il a habité dans Celui qui est né de la Vierge et qui a souffert. Le Créateur ne peut pas naître, Dieu ne peut ni souffrir ni mourir. Il n'y a donc dans l'Eucharistie que le corps de l'homme-Jésus. Qui pense autrement est un adorateur de l'homme, un adorateur des morts. Marie est la mère d'un homme qui s'appelle Christ, et non la Mère de Dieu. Si elle était Mère de Dieu, le Verbe aurait pris en elle un commencement, ce qui est de l'arianisme.
20H HISTOIRE DP. L ÉGLISE.
Ensuite, nul ne peut engendrer ou enfanter un plus âgé que soi ; or Dieu est plus âgé que Marie. Si Marie était Mère de Dieu, la nature humaine et la nature divine seraient confondues; or il y a deux natures et partant deux hypostases. Enfin, la mère doit être de même nature que le fils ; par conséquent, ou Marie est une déesse, ou elle n'est que la mère d'un homme. On pourrait tout au plus tolérer le nom de Mère de Dieu dans le sens qu'on attache au mot mère quand on parle de la mère d'un évêque ou d'un prêtre, o'est-à-dire de la mère de celui qui est devenu plus tard prêtre ou évêque. Marie a donc enfanté un homme à qui Dieu s'est étroitement uni. De même qu'une mère ne peut pas être la mère de l'âme, une femme ne peut pas enfanter le Verbe. Le nom d'Emmanuel, qui signifie Dieu avec l'homme, convient parfaitement au Christ. On ne peut donner à Jésus le nom de Fils de Dieu qu'autant qu'il est moralement uni à Dieu ; mais en ce qui est des propriétés, des opérations physiques qui constituent l'individu, elles demeurent séparées ; ni le Verbe ne communique ses attributs à l'homme- Jésus, ni l'homme-Jésus ne communique les siens au Verbe.
Nestor., Ep. ad Gœlest. P. in conc. Eph. act. ii; Mansi, IV, 1201 et seq., ap. Cyrill., lib. 1 Contra Nest., p. 6; lib. II, p. 33; Cassiod., De incarn., II, 2; Cyrill., Auath. i contra Nest.; Maxent., Dial. I.
Examen de la doctrine de Nestorius.
129. Cette théorie superficielle anéantissait complètement tout ce qu'il y a de mystérieux dans l'incarnation divine. Il était beaucoup plus facile de concevoir un homme rempli de Dieu que de maintenir la notion d'un homme-Dieu. On alléguait en sa faveur les textes de l'Écriture où il est parlé des abaissements, des larmes, de l'ignorance du Fils de l'homme, en un mot, les textes qui se rapportent à la nature humaine de Jésus- Christ. On confondait les idées abstraites avec les idées concrètes, les unes directement applicables à la nature, les autres à la personne, et l'on se figurait que ces mots : « Dieu est mort, » étaient synonymes de ceux-ci : « La divinité est morte. » Ce qui est vrai de la personne, on le transportait à la nature divine et l'on en concluait que c'était blasphémer Dieu de dire que la divinité est mortelle.
Or, d'après la doctrine de l'Église, le Verbe incarné, qui réunit en soi la divinité et l'humanité, n'est pas mort selon la nature divine, mais selon la nature humaine; c'est la nature humaine et non la nature divine qui est morte. L'Homme-Dieu a souffert et est mort dans sa nature humaine ; la nature divine est restée immortelle. En vertu de l'union hypostatique, la divinité et l'humanité reviennent à Jésus-Christ, mais sous un rapport différent ; il y a donc, au concret, communication des propriétés, idiomatum; Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu par sa nature, parce qu'il constitue une seule personne. Le Fils de Dieu par nature ayant pris l'humanité, qui s'est trouvée hypostatiquement unie à sa divinité, n'est pas fils adoptif, même selon son humanité.
La principale difficulté est de savoir comment deux natures n'exigent pas deux personnes, puisque le Verbe est une personne et que l'humanité parfaite ne va pas sans la personnalité. L'humanité exige sans doute une subsistance personnelle, mais cette subsistance se trouve déjà dans le Verbe qui a pris la nature humaine, et une nouvelle ne pouvait pas s'y ajouter. Son humanité subsiste dans le Verbe divin et n'existe pas avant d'être acceptée par la personne divine. La personnalité la plus noble existant déjà, la personnalité inférieure se trouvait exclue. Deux personnalités, l'une et l'autre nécessairement indépendantes et ne pouvant former un sujet unique, ne sauraient subsister ensemble, mais bien deux natures. Or, le Sauveur ne devait être qu'un seul sujet. Le mystère de l'incarnation se prête aux spéculations les plus profondes, taudis qu'avec la doctrine de Nestorius elles n'ont plus aucune raison d'être.
Cf. Leo M., Serm. vin De nativ. Dom., n. 1 ; Petav., loc. cit., VII, 4. Les théologiens disent : « Homo est habens humanitatem. » La personnalité consiste à « existere per se et in se, quod est sui juris; » l'humanité du Christ devint « juris assumentis Verbi ; » elle subsiste « non in se, sed in alio, se. Verbo divino. » Cf. S. Thom., Summ., III, q. II, art. 5, ad. 1.
G3rrille d'Alexandrie. — Le pape Célestin I«r.
130. Dieu avait suscité saint Athauase pour combattre les ariens, saint Augustin pour combattre les pélagiens. La tâche
^08 JaiSTOUlE DE L EGLISE.
de réfuter victorieusement Nestorius fut dévolue à saint Cyrille, archevêque d'Alexandrie, neveu et successeur de Théophile, ([u'il éclipsa sous tous les rapports. Ce ne furent ni l'ambition, ni des vues personnelles, mais le sentiment du devoir, le zèle pour la pureté de la foi qui l'engagèrent dans cette lutte. Comme les instructions de Nestorius se lisaient dans tout l'Orient, se propageaient même en Egypte, avidement recherchées par une foule de religieux, saint Cyrille, dans son programme pour la fête de Pâques de 429, s'éleva contre elles et réfuta les trois premières homélies de Nestorius, sans le désigner par son nom. JI envoya peu de temps après aux moines d'Egypte une lettre circulaire où il justifiait le terme de Mère de Dieu en alléguant les raisons et l'autorité de saint Athanase, en même temps qu'il développait la doctrine touchant la personne de Jésus-Christ,
Cette lettre fut également lue avec avidité dans la capitale ; Nestorius, blessé dans son orgueil, se laissa emporter à des paroles malséantes contre son auteur. Cyrille essaya vainement de ramener son confrère; il fut repoussé avec hauteur. Nestorius, fort de l'appui de Théodose II, propagea diverses accusations contre saint Cyrille et séduisit même Isidore de Péluse. Cyrille s'en plaignit dans une seconde lettre au vaniteux prélat, puis il adressa à l'empereur Théodose, à sa femme Eudocie et à sa sœur Pulchérie deux traités en forme de lettres où il développait la nouvelle hérésie. Enfin, il écrivit au pape Célestin pour lui rendre compte de cette affaire et lui demander une solution, « puisque Dieu, disait-il, exige la vigilance de notre part en ces choses et que la longue coutume des Églises nous engage à les communiquer à Votre Sainteté. » Cette lettre fut remise au pape par le diacre Possidonius. Nestorius, de son côté, lui envoya deux lettres, où il accusait ses adversaires d'enseigner la doctrine d'Arius et d'Apollinaire.
La lettre de saint Cyrille mérite d'être connue, parce qu'elle dépeint l'origine et les progrès de la secte nestorienne et fournit une nouvelle preuve de l'autorité dogmatique du Saint-Siège. Voici la lettre qu'il écrivit au pape :
(. Père très-saint et très-chéri de Dieu. Si, dans des affaires aussi sérieuses et aussi importantes que celles où il s'agit de la vraie foi, que certains mauvais esprits veulent corrompre, il eût été permis de
Les hérésies et les schismes. 209
se taire et qu'on eût pu, sans devoir être accusé d'indolence et de paresse, cacher à Votre Sainteté les agitations et les troubles où nous avons été jusqu'à présent, je me serais dit à moi-même: Ce silence est une bonne chose, et on ne court aucun risque de le garder. Et encore : il vaut mieux mener une vie tranquille que de s'engager dans le tumulte. Mais parce que Dieu veut que dans ces occasions nous agissions avec prudence, et que c'est l'usage ancien des Églises de lummuniquer ces sortes de choses à Votre Sainteté, je ne puis me dispenser de lui en écrire et de lui marquer que le démon, celte bête cruelle et indomptée, dont l'inclination à inspirer l'impiété ne se ralentit point, fait hautement tous ses effurts pour troubler nos Églises et pei-vertir nos peuples. 11 est vrai que je me suis tu jusqu'à présent et que je n'ai rien écrit à Votre Sainteté ni à aucun autre de nos confrères touchant l'évèque de Constantinople d'aujourd'hui, parce que je sais qu'on manque ordinairement à quelque chose quand on se hâte trop en ces rencontres. Mais comme je vois que les choses sont presque au plus mauvais état où elles puissent être, j'ai cru qu'il laliait absolument rompre le silence...
» Dès que celui dont je viens de parler à Votre Sainteté fut fait évêque, au lieu d'adresser de pieuses exhortations aux peuples.de Constantinople, ses diocésains, et aux étrangers qui abordent toujours en grande quantité dans cette ville, il ne s'appliqua qu'à prêcher des absurdités, des choses déraisonnables et très-différentes de la foi apostolique et évangélique, que nos ancêtres ont toujours conservée avec une grande constance et qu'ils nous ont transmise comme un joyau très-précieux. J'ai envoyé à Votre Sainteté les homélies qu'il a souvent prêchées et qu'il prêche encore tous les jours; elle y verra évidemment la qualité de sa doctrine. Javoue que j'ai eu le dessein de l'avertir, par des lettres synodales, que je ne pouvais plus être en communion avec une personne qui avait et qui enseignait de pareils sentiments. Croyant néanmoins qu'il valait mieux lui tendre la main dans sa chute et lâcher de le relever, puisqu'il était mon frère, je ne l'ai point fait jusqu'à présent; je l'ai pourtant exhorté par lettres de venir à résipiscence et de quitter sa mauvaise doctrine, mais je n'ai encore pu rien gagner. Au contraire, dès qu'il a vu que, loin d'entrer dans ses sentiments, je l'en reprenais et que je l'exhortais à quitter ce qu'on doit appeler des rêveries plutôt que des dogmes, il a chei"ché et il cherche encore tous les jours à me tendre toutes sortes d'embûches. J'ai même perdu l'espoir que j'avais conçu qu'on pourrait le guérir et le porter à s'abstenir de ce qu'il a enseigné contre le Sauveur, quand j'ai su ce qui était arrivé. Voici le fait :
') Il s'est trouvé à Constantinople un évêque nommé Doruthée, qui II. — hist.de l'églisk. 14
^10 ïtlSTOiRE DE l'Église.
professe les mêmes sentiments que Nestorius et qni est si -dévoué à la flatterie qu'il est prêt à dire témérairement tout ce que l'on veut, pour faire plaisir à ceux dont il attend quelque chose. Un jour que Nestorius célébrait solennellement la messe dans sa cathédrale, celuici se leva et eut l'insolence de dire d'une voix forte et élevée : si quelqu'un appelle Marie mère de Dieu, qu'il soit anathème. Aussitôt le peuple jeta un grand cri et sortit de l'église, ne voulant plus demeurer dans la communion d'un homme qui tenait une semblable doctrine. Depuis ce temps, personne à Constantinople, ni peuple, ni religieux, ni magistrats, à la réserve de quelques malheureux flatteurs qui lui sont dévoués, ne participe plus avec lui à la sainte table, ni avec ceux qu'il a amenés d'Antioche, qui sont corrompus comme lui, tout le monde craignant que la foi ne soit en danger.
') Pour moi, informé que ses homélies avaient été apportées en Egypte, et que certains hommes volages s'échauffaient à en disputer et conmiençaient à suivre ses erreurs, de crainte que le niai, gagnant peu k peu l'esprit des simples, ne prît racine en ces contrées, j'ai adressé aux monastères d'Egypte une lettre catholique, par laquelle j'ai affermi les chancelants dans la foi. Et comme cette lettre a été portée et vue à Constantinople, elle y a fait tout le bien imaginable ; plusieurs d'entre les magistrats m'ont écrit pour m'en x'emercier. C'est ce qui a le plus iriité Nestorius contre moi. 11 me poursuit comme son ennemi capital. Il n'a pourtant rien à me reprocher, sinon que je ne veux pas être de son sentiment et que je ramène à la foi que nous avons reçue de nos ancêtres, et que nous avons apprise des divines Écritures, plusieurs de ceux qu'il avait séduits. Mais, méprisant toutes les embûches qu'il me dresse et mettant ma confiance en Dieu, qui peut tout et qni voit tout, je lui ai écrit une seconde lettre, où j'expose brièvement la créance de l'Église, et le conjure de s'y rendre. Il s'en est moqué et il ne discontinue point d'enseigner les impiétés qu'il avait d'abord débitées.
» Je dois encore avertir Votre Sainteté que les évêques d'Orient, surtout ceux de Macédoine, n'approuvent point ses rêveries : ils en sont même choqués et elles leur font beaucoup de peine. Nestorius le sait, mais il ne s'en embarrasse point, parce qu'il se croit le plus habile, le seul qni pénètre dans le vrai sens de l'Écriture et qui connaisse le mystère du Christ. Il devrait plutôt rentrer en lui-même et convenir qu'il se trompe, puisqu'il est le seul de son sentiment, pendant que tout ce qu'il y a de fidèles au monde, évêques et laïques, reconnaissent Jésus-Christ pour Dieu, et la Vierge qui l'a engendré pour mère de Dieu. Mais il est si enflé d'orgueil qu'il s'imagine pouvoir, par ses artifices et par la puissance de son siège, obliger tous les évêques à souscrire à ses sentiments. (Jue fei-ons-iious donc, puisque
LES HÉRÉSIES ET LES SClüSMES. 21 1
nous ne pouvons ni le changer ni le faire taire? La contagion se répand de plus en plus parmi son peuple, qui attend avec impatience que les docteurs catholiques y apportent du remède. Il ne s'agit pas de choses de petite conséquence et touchant lesquelles il soit sûr de se taire plus longtemps. Puisque c'est à Jésus-Christ même qu'on en veut, le moyen de ne rien dire, surtout après ces paroles de saint Paul : Si je fais ceci de bon cœur, j'en aurai la récompense ; mais si je ne le fais que par contrainte, je m'acquitte précisément de leniplui qui m'a été imposé. Le ministère de la parole et le dépôt de la foi nous est conlié. Que dirons-nous au jour du jugement, si nous gardons à présent le silence ?
Quoique les choses soient dans cet état, nous n'avons cependant osé renoncer à sa communion avant d'en avoir référé à Votre Sainteté. Ayez donc la bonté de nous déclarer ce que vous en pensez, afin que nous sachions au juste s'il faut que nous communiquions encore avec lui, ou si nous devons lui faire dire nettement que personne ne veut plus communiquer avec un homme qui appuie et qui prêche une doctrine si erronée. Le sentiment que vous en avez et le jugement que vous en porterez doit être publié par lettres et signifié non-seulement aux évêques de Macédoine, mais encore à ceux de tout l'Orient, qui souhaitent et auxquels nous donnerons l'occasion de demeurer tous unis dans les mêmes sentiments pour la défense de la vraie foi, qui est attaquée.
M A l'égard de Nestorius, il se trouve qu'il a frappé d'anathème et nous et ces illustres Pères nos prédécesseurs qui ont donné la qualité de mère de Dieu à la sainte Vierge. Car s'il ne l'a pas fait de sa propre bouche, il a aposté ce Dorothée dont nous avons parlé, pour le faii'e en sa pré.'^ence, et dès qu'il l'a eu fait, ils ont participé ensemble aux sacrés mystères.
» Or, afin que Votre Sainteté voie clairement quels sont les sentiments de Nestorius et ceux de saints Pères qui nous onl, précédé, j'envoie quelques écrits dans lesquels j'ai rassemblé des passages qui renferment la doctrine des uns et des autres, et je les ai fait mettre en latin du mieux qu'ont pu le faire ceux d'Alexandrie qui entendent cette langue. J'ai aussi donné à Possidonius des exemplaires de toutes les lettres que j'ai écrites à ce sujet, en lui enjoignant ti'ès-expressément de les présenter ;'i Votre Sainteté. "
En août 430, le pape Célestin assembla un concile qui approuva complètement la doctrine de saint Cyrille., menaça Nestorius de déposition et d'excommtmication, s'il ne se rétractait par écrit dans l'espace de di.x jt»urs après la réception de ce décret. Les
prêtres exilés par Nestorius (qui fut invité à faire pénitence) devaient être reçus de nouveau à la communion ecclésiastique. Cyrille , le premier des évêques orientaux , fut chargé de l'exécution du décret, et c'est à lui que tous les documents furent adressés. Célestin chargea en outre l'abbé Cassien, qui fournit de nouveaux renseignements sur le nestorianisme, d'en faire un plus ample examen, et c'est ce qui détermina Cassien à composer son ouvrage sur l'incarnation.
Les protestants ont vivement blâmé, d'après les données fournies par Socrate, VII, vu, 3, et surtout par affection pour Nestorius, saint Cyi'ille glorifié par Prosper (Contra Collât., cap. xxi), par Anastase le Sinaïte (Hodeg., cap. vu) et par les papes Célestin (Ep. xxv, n. 7) et Agathon (Mansi, XI, 261); voy. Néander, I, p. 668, n. 5, 671; Gieseler, 1, p. 58. Voyez aussi Acta sanct., 28 jan., t. II, p. 843 et seq.; Fessier, Patrol., II, p. 495 et seq.; Cyrill., Hom. pasch., XVII ; Migne, t. LXXVII, p. 768 et seq.; Ep. i-x, ibid., p. 9 et seq.; Isid. Peius., lib. I, ep. ccclxx; Cyr., Lib. ad Théodos. et ad regin., Migne, t. LXXVI, p. 1134 et seq. Il écrivait à Célestin, Ep. Xl, al. 9 : 'Etteiôyi %où Osôç àTiaiTet uap' :^[i.wv TÔ vïicpàXiûv èv TOUTOt ç xai là (laxpà Twv 'Exx>-0(7twv sOir) 7t£Î6oyffiv àvaxoivouaOai xy) a% uctiôxyiti, Ypàçw TtiXiv àvayxatw; TOÜT0 Syi>wv. Migne, t. LXXVII,. p. 80; Mausi, IV, 1011 et seq. (ibid., p. 1021 et seq.; Nestor., Ep. i, n ad Cœlestin.); Conc. Rom., 430; Mansi, IV, 1017, 1025, 1035, 1047; Cœlestin. ep., Jaffé, n. 155-158, p. 32. Cf. Arnob., Contlict. Cath. etSerap. (Ribl. Pair, max., Lugd., VIII, 222). Liberati Breviar., éd. Garnier, Paris, l(i75, }t. 18; Theophan., p. 137 et seq., ed. Bonn.; Héfelé, II, 148 et suiv.
Autres négociations. — Nestorius et Jean d'Antioche. — Concile d'Alexandrie.
131. Avant que Nestorius fût informé du concile de Rome, il adressa une nouvelle lettre à Célestin, où il accusait faussement saint Cyrille d'avoir entamé le débat parce que celui-ci redoutait une enquête sur les accusations élevées contre lui ; il recommandait l'expression de « Mère du Christ » comme tenant le juste milieu entre ces deux formules de partis : « Mère de Dieu et Mère de l'homme, » parlait d'une assemblée générale de l'Église comme d'un moyen de rétablir la paix, et disait qu'il avait déjà fait daus ce but des démarches auprès de l'empereur.
Sur ces entrefaites, Jean, archevêque d'Antioche, .son ancien condisciple, avait reçu une lettre du pape; conformément aux avis qu'elle cuiitenait, il exhurtu Nestorius, ainsi que quelques
évêques assemblés chez lui , ta ne point occasionner de schisme dans l'Église et à céder sur l'expression de Mère de Dieu ; elle était employée par les .«aints Pères et on ne pouvait la rejeter sans s'exposer à commettre quelque erreur sur la divinité du Sauveur '. Quant au terme de dix jours accordé à Nestorius, il était court, à la vérité, mais un esprit bien pensant n'avait besoin que de quelques heures pour vider la controverse.
Nestorius fit une réponse respectueuse, mais dilatoire ; il se déclara prêt à tolérer l'expression qui lui était si odieuse, mais seulement dans le sens qui lui semblait acceptable ; il parla avec vébémence de l'orgueilleux Égyptien et renvoya tout au conrile universel déjà promis par l'empereur. Il n'avait pas encore reçu la lettre du pape Célestin, car Cyrille réunit encore auparavant, à Alexandrie, un concile pour dresser une formule qui devrait être acceptée par Nestorius. On y rédigea à l'adresse de l'hérésiarque un long document où il était dit qu'il ne lui suffisait pas de recevoir le Symbole de Nicée, — qu'il entendait du reste à sa manière, — mais qu'il devait rétracter par écrit et avec serment ce qu'il avait enseigné jusque-là.
A cette pièce était jointe une longue exposition de la foi sur l'incarnation du Fils do Dieu, ainsi que douze anathématismes rédigés par Cyrille contrôles doctrines de Théodore de Mopsueste et de Nestorius. Ces anathématismes étaient dirigés contre ceux qui nient : r que l'Emmanuel soit véritablement Dieu, et par conséquent la sainte Vierge mère de Dieu ; 2" que le Verbe soit uni à la chair selon l'hypostase et qu'avec sa chair il fasse un seul Christ, Dieu et homme tout ensemble ; 3" que les deux natures en Jésus-Christ soient physiquement unies ; 4" ils condamnaient ceux qui attribuent à deux personnes différentes les expressions de l'Écriture sur .lésus-Christ; .5" ceux qui osent dire que .lésus-Christ est un homme qui porte Dieu, au lieu de dire qu'il est Dieu en vérité ; 6" ceux qui disent que le Verbe est le Dieu ou le Seigneur de Jésus- Christ, au lieu de confesser qu'il est à la fois Dieu et homme, etc.
Différence entre la foi catholique et le nestorianisme.
132. Ici, comme en d'autres occasions, saint Cyrille établit nettement la différence qui existe entre la doctrine nestorienne
* D'après Gai, iv, 4.
214 HISTOIRF. riF. l/p:fiI,lSE.
et la foi catholique. Ainsi, 1% d'après Nestorius, Jcsus-Christ peut et doit être adoré comme Dieu ; or si l'union entre le Christ et le Verbe n'est pas une union hypostatique, on ne saurait adorer comme Dieu celui (jui ne l'est pas, car il fait partie des créatures. L'adoration ne convient qu'à Dieu, on ne peut la diviser. Si le Christ était adoré comme un pur homme, parce qu'il est devenu le Seigneur de toutes choses, ce serait là tout simplement de l'idolâtrie. L'homme ne devient pas Dieu parce qu'il sert d'organe à la divinité. Ce qui doit être adoré, c'est Emmanuel seul, et non pas l'homme pris par le Verbe, puis le Verbe lui-même {anath. 8).
2° Si celui qui a souffert n'est pas le même que celui qui ressuscite les morts, si l'un fait ce que l'autre ne peut pas faire, si le Verbe se borne à opérer dans l'homme Jésus, si la ■gloire du Fils unique est étrangère à celui-ci et lui est simplement adjointe {anath. 1), nous n'avons plus un seul Fils de Dieu, un seul Christ, mais deux personnes complètement différentes, encore qu'elles aient le même nom. 3" Dieu le Verbe n'est plus notre rédempteur, si ce n'est pas lui qui est mort sur la croix pour expier nos péchés, s'il n'est pas notre grand ^onWiQ {anathém. 10); il aurait simplement contribué à notre rédemption en préparant, en instruisant et encourageant l'homme Jésus. Or nous savons que Dieu n'a pas épargné son propre Fils, le Fils engendré de sa substance, mais qu'il l'a livré pour nous tous, et non pas un homme étranger.
4.° Selon la foi de l'Église, le Verbe a pris la chair animée d'une âme raisonnable, et non une personne humaine; le Fils de Dieu était donc en même temps fds de l'homme, mais non une personne humaine. Bien que les natures soient différentes, elles ne font cependant qu'un seul Christ. Le Fils, engendré du Père de toute éternité, s'est assujéti à naître d'une mère humaine ; il s'est uni à la chair dans le sein maternel, et cette chair, il l'a faite sienne et par conséquent vivante [anath. 11). 5° Il ne faut donc pas attribuer partie au Verbe et partie au Christ les textes de l'Écriture qui parlent de Jésus-Christ, car c'est une seule et même personne qui se nomme la résurrection et la vie, et qui se plaint d'avoir été délaissée de Dieu. De même que l'homme meurt, bien que la mort ne détruise pas son âme, mais seulement son corps, on peut dire aussi : le Verbe a été
LES HliUÉSlES ET LES SCHISMES. 21 ;>
crucifié et a goûté la mort, bien que cela n'ait eu lieu que selon la chaâr {a?iath. 12). Toutes les actions, tontes les souffrances de la chair sont véritablement des actions et des souffrances du Verbe, parce que c'était sa propre chair.
G" Nous disons de même que Sara était la mère d'isaac, de l'homme tout entier, bien qu'elle n'ait mis au monde que le corps, et non pas l'àme : elle était la mère de l'individu, qui se composait d'un corps et d'une âme. Ainsi de Marie : elle n'a pas engendré la divinité, et cependant elle est la mère du Verbe; car elle a mis au monde celui qui étant Dieu s'est fait chair et homme, celui qui est vraiment Dieu ; elle a formé la propre chair du Verbe. Le nom de Mère de Dieu implique la foi à, l'homme Dieu, l'identité du Fils de Dieu engendré du Père de toute éternité et né de Marie dans le temps, formant une seule et même personne dans laquelle la divinité et l'humanité sont unies comme l'âme et le corps. Ce nom est donc aussi ruineu.x: pour le nestorianisme que celui de « consubstantiel » l'était pour l'arianisme.
Docum. dans Mansi, IV, 1061, 1067; V, 502 et seq., 725, 732. Voyez Héfelé, II, 130. Les douze anatliématismes de Cyrille, Mansi, IV, 1082; Denzinger, Enchirid. detin., cd. 4, p. 27-31.
Nestorius et ses amis contre saint Cyrille.
133. Tous les documents des conciles de Rome et d'Alexandrie furent remis à Nestorius, un jour de dimanche, par deux moines d'Egypte et deux autres prêtres. Au lieu d'y répondre, Nestorius souleva la cour contre saint Cyrille, et à ses douze anathématismes il en opposa douze de sa façon, dans lesquels il dénaturait les idées de Cyrille et soutenait ses propres erreurs. Puis il envoya le formulaire de Cyrille, avec quelques-uns de ses discours, à Jean d'Antioche, que sa vieille amitié pour Nestorius, l'attachement à son école, la jalousie que lui inspiraient lo crédit de Cyrille et la confiance du pape en celui-ci, poussaient dans le camp de l'opposition.
Jean et plusieurs évêques de son patriarcat trouvèrent beaucoup à reprendre dans les expressions de saint Cyrille ; ils blâmèrent surtout celle « d'union naturelle. » Les évêques André do Samosate et Théodorct de Cyr lancèroat contre Cyrille des
21f> msroir.K i>k i/égj.ise.
pamphlets pleins d'acrimonie, trouvèrent son langage inexact et peu théologique, et ne virent partout que des erreurs apollinaristes, manichéennes et gnostiques. Cependant on différait moins pour le fond de la chose que pour la terminologie. Théodoret lui-même, ainsi que Nestorius, ne voulait point d'une union purement morale ; mais il ne s'accommodait point de « l'union naturelle. » Il admettait une personne (prosopoji) en deux natures, mais il rejetait le terme d'hypostase. Dans la suite, Théodoret se fit une idée plus nette de la question. Saint Cyrille reçut les écrits de ses deux adversaires par l'entremise d'Evoptius, évèque de Ptolémais ; il y répondit par une longue justification.
Baronius, an. 430, n. oO, 59; Anathemat. Nestorii, ap. Mar. Mercat., Il, p. 1 16-130, éd. Garnier (Migne, t. XLVIII, p. 909 et seq.; Mansi, IV, 1099). .loan. Ant., Ep. Mansi, V, 756; Théodoret., Ep. cl; Reprehensio anathem. Cyr. (Migne, t. LXXVI, p. 393 et seq. Réfutation de Cyrille, ibid., p. 315 et seq.; Cyrill., Apol. adv. Orient. Fragments d'André de Samosate.
Troisième concile œcuménique d'Éphèse.
134. Cependant l'empereur Théodose II, sur la demande de Nestorius et des moines persécutés par lui, avait convoqué le 19 novembre 430 tous les métropolitains de son empire à un concile, qui s'ouvrit à Éphèse le jour de la Pentecôte de 431. Il avait exprimé le désir d'y voir assister plusieurs évèques suffragants influents et capables. Saint Cyrille étant devenu suspect aux Orientaux, et l'empereur lui-même paraissant très-défavorable à sa cause, Nestorius comptait sur une pleine victoire. Consulté par l'archevêque d'Alexandrie, le pape Célestin lui répondit que si Nestorius se rétractait et s'amendait, il devait l'admettre à la communion ecclésiastique. A ses légats, les évèques Arcade et Project, il donna pour instruction de se rattacher étroitement à saint Cyrille, déjà précédemment antorisé à négocier au nom du Saint-Siège, de sauvegarder l'autorité du Siège apostolique et de ne point s'immiscer eux-mêmes aux discussions, mais de les juger. Au concile même, il lui recommande de respecter ses légats et les instructions dont ils sont chargés, l'exhorte à observer les lois canoniques et à éviter les contestations, persuadé qu'il s'associera au jugement que le
r.KS IfKBKRlFS RT LRS SCïUSMES. 217
pape a porté contre Nestorius. L'empereur, il le remercie de ses efforts pour conserver la paix de l'Église, l'adjure de maintenir la tranquillité, de réprimer les novateurs et de mettre la cause de la foi au-dessus de toutes les affaires temporelles de l'empire.
L'empereur, de son côté, envoya le comte Candidien pour le représenter au concile d'Éphèse, mais en lui recommandant de ne se point mêler de l'examen et de la discussion des dogmes, de veiller simplement à ce que tout se passât avec ordre, de chasser de la ville les étrangers, moines ou laïques, attirés par la curiosité, d'empêcher enfin que les évêques, pendant les délibérations, sortissent d'Éphèse pour aller à la cour ou retourner dans leur pays. On permit à Nestorius, qui était toujours en grand crédit auprès de l'empereur, de se faire accompagner à Éphèse par son ami le comte Irénée. Nestorius s'y présenta avec seize évêques et un cortège d'hommes armés; Cyrille arriva suivi d'environ cinquante évêques d'Egypte. Pendant son voyage comme après son arrivée à Éphèse, le zélé prélat écrivit aux fidèles d'Alexandrie pour les engager à persévérer dans la prière, afin que la vraie foi remportât une entière victoire. Il attendait impatiemment l'ouverture du concile, qu'on ajournait toujours à cause du petit nombre des évêques présents.
Le 7 juin 431, jour de la Pentecôte, était écoulé, lorsque .luvénal de Jérusalem et Flavien de Thessalonique arrivèrent avec leurs évêques. Mais on attendait encore Jean d'Antioche et ses suffragants, qui ne se pressaient point de venir. Enfin, les métropolitains d'Apamée et d'Hiéraple ayant déclaré, au nom de Jean, qu'on ne devait point à cause de lui ajourner plus longtemps les délibérations, on en conclut qu'il ne voulait pas assister à la condamnation de son ami Nestorius, qui s'était toujours exprimé dans le sens de sa doctrine. C'est pourquoi, le 22 juin, saint Cyrille, en sa quaUté de premier président, et son ami Memnon d'Éphèse, autour duquel s'étaient réunis quarante suffragants et douze évêques de Pamphylie, ouvrirent dans la cathédrale d'Éphèse, placée sous le vocable de la Mère de Dieu, le troisième concile œcuménique.
Thcodos. 2 edict. et ep., Mansi, IV, 1109, llfl, HI8; Cœlestin.,
2\fs HISTOIRE DE LÉGLISE.
Ep. xvi-xrx: Jaiïé, n. 159-162; Cvrill., Ep. xviii, xix ; Mansi, IV, lll5ot seq.; Socr., VII, 34; Héfelé, II, p. 165 et suiv. (2« éd., p. 178 et siiiv.).
Condamnation de Nestorius.
135. Nestorius avait refusé de paraître, malgré des invitations réitérées; îl avait même fait insulter par ses gardes les évêques qu'on lui avait dépêchés. On ouvrit donc sans lui les débats, malgré les protestations du commissaire impérial et de quelque soixante évêques asiatiques. On donna lecture des écrits échangés de part et d'autre, ainsi que des témoignages des Pères, qui furent comparés avec les propositions de Nestorius. On traita celui-ci d'impie et d'hérétique, on approuva les anathématismes de saint Cyrille, et, le soir du même .jour, un décret signé par cent quatre-vingt-dix-huit évêques portait que Nestorius, « conformément aux saints canons et à la lettre de notre saint-père Célestin, » était privé de la dignité épiscopale et retranché de toute assemblée ecclésiastique. Le peuple, qui avait attendu toute la journée la décision, l'accueillit avec des transports de joie et reconduisit les Pères avec des flambeaux jusqu'à leurs demeures.
Le lendemain, 23 juin, la sentence fut notifiée, par des lettres particulières, à Nestorius, au clergé de Constantinople et à tout le peuple assemblé; elle fut affichée publiquement à Éphèse. Mais Candidien, qui était tout dévoué à la cause de Nestorius, fit lacérer le décret, déclara nul tout ce qui avait été fait, et envoya à la cour un rapport calomnieux contre Cyrille et Memnon, Nestorius lui-même et dix évêques se plaignirent à l'empereur. Le concile lui envoya de son côté un rapport détaillé. Cyrille écrivit plusieurs lettres, prêcha, ainsi que d'autres évêques, tels que Théodose d'Ancyre, sur lé mystère de l'incarnation, aux applaudissements enthousiastes du peuple catholique.
Lorsqu'on apprit, cinq ou six jours après la condamnation de Nestorius, que Jean d'Antioche arrivait avec plusieurs évêques, le concile envoya des délégués à sa rencontre, mais Jean refusa de les recevoir et ses gardes allèrent jusqu'à les maltraiter. Contrairement à la lettre afîectueuse qu'il avait autrefois écrite à saint Cyrille, Jean se déchaîna contre lui et contre les évêques f|ui défendaient sa cause. Dès son arrivée, il tint dans sa de-
IF.S Hf';iu':SIF.R ET JES SCIIISMKS, 219
meure une assemblée qui, sur la proposition de Candidien et de quelques cvèques nestoriens, annula tout ce qui avait été décidé sous la direction de saint Cyrille, traita ses anathématismes d'hérésies arienne, eunoméenne et apollinariste, prononça sa déposition et celle de Memnon, accusé d'avoir tout décidé par la violence, excommunia les évoques qui n'exprimeraient pas sur-le-champ leur repentir, exigea de tous les membres du synode qu'ils embrasseraient le parti de Jean et recevraient le Symbole de Nicée sans aucune addition étrangère.
Ce conciliabule, qui ne comptait que quarante-trois évêques, n'osa point toutefois approuver positivement la doctrine de Nestorius; mais tandis qu'il procédait lui-même tumultuairemcnt et à la hâte, il accusa la majorité, qui comptait maintenant plus de cent évoques, d'avoir agi avec violence et précipitation. Le pseudo-concile envoya des rapports mensongers à la cour, au clergé et au peuple de la capitale, et, aidé des agents de l'empire, fit subir aux évêques du parti de Cyrille toutes les vexations imaginables. Il aurait nommé à l'instant même un remplaçant à Memnon d'Éphèse, si le peuple fidèle ne s'y était énergiquemont opposé.
Mansi, IV, 1131 et seq., 1211, 1230, 1259 et seq.; V, 772; Héfelé, p. 168-180. Que Cyrille ait présidé au nom du pape, cela résulte nonseulement de sa précédente délégation dans les affaires de Nestorius et des lettres pontiQcales envoyées aux légats ultérieurs, mais des actes du concile, act. i, ii, iv. Héfelé, p. 168, 182, 185. Voyez aussi Evagr., I, 4; Niceph. Cal., XIV, 34; Marcellin., Chron.; Gallandi, 346.
Fermeté des évêques contre les vexations des nestoriens.
136. Malgré les vexations qu'on leur faisait subir, les évêques groupés autour de saint Cyrille demeurèrent inébranlables, convaincus qu'il défendaient les intérêts de la foi. La réponse de l'empereur arriva; comme elle était appuyée sur le rapport de Candidien, elle blâmait sévèrement la procédure du concile, la déclarait nulle et ordonnait de recommencer les négociations. Le parti d'Antioche, qui ne cessait de dépeindre sous de fausses couleurs la conduite du concile d'Éphèse, accueillit cette lettre avec la plus vive satisfaction. Le 1" juillet 4.31, les Pères
520 HiSTOiRr: r»R i/éguse.
écrivirent à l'empereur qu'ils avaient justement dépose Nestorius, qu'ils savaient être en cela conformes aux Saint-Siège et aux évêques d'Afrique; que plusieurs partisans de Jean, après mûre réflexion, étaient revenus à eux. Ils le priaient de rappeler Candidien et de permettre que cinq évêques allassent le renseigner de vive voix sur ce qui s'était passé.
Le 10 juillet, saint Cyrille ouvrit la seconde session; les légats particuliers du pape y assistèrent et reçurent communication des actes de la première session. Après lecture de la lettre de Célestin, les Pères exaltèrent ce pape comme le gardien de la foi ; l'archevêque Firmin de Césarée (en Cappadoce) déclara qu'on n'avait fait qu'exécuter la sentence contenue dans la lettre précédente de Célestin et suivi la règle qu'il avait tracée. Le prêtre Philippe releva expressément l'autorité du Saint-Siège. Le lendemain, les trois légats de Rome approuvèrent les délibérations et y apposèrent leur signature.
Dans les quatrième et cinquième sessions (16 et 17 juillet), après avoir inutilement invité Jean à comparaître, on cassa son jugement sur Cyrille et Memnon, et on le suspendit, lui et les siens, de toute fonction sacerdotale et épiscopale. Quant à la sentence plus grave de l'excommunication, on crut devoir l'ajourner encore, et on envoya des députations au pape et à l'empereur. Dans la sixième session, on démontra que les nestoriens altéraient le concile de Nicée. Un prêtre de Philadelphie, Charisius, ayant dénoncé un symbole de foi nestorien, le concile interdit tout autre symbole que celui de Nicée. Dans la septième et dernière session, on régla différentes affaires particulières, dressa six canons et rédigea une lettre circulaire.
Embarras de la cour.
137. Cependant les bruits les plus fâcheux venaient de se répandre à la cour impériale sur le concile d'Ëphèse. La cour ne connaissait que les rapports de Candidien, car le concile avait été coupé de toutes ses relations avec la capitale. Enfin, un homme de bonne volonté, déguisé en mendiant, réussit à y faire parvenir aux prêtres et aux moines de Byzance une lettre de saint Cyrille, cachée dans un bâton creux, sur la situation des Pères. Alors l'abbé Dalmace, qu'on vénérait comme un saint et qui depuis quarante-huit ans n'avait pas quitté sa
cellule, sortit de son monastère, et, à la tête de ses moines, se rendit en procession devant le palais de l'empereur, au milieu des chants sacrés. Admis en présence de Théodose avec les autres abbés, Dalmace lui fit part de la lettre et obtint que des délégués du concile pourraient se rendre dans la ville impériale. Deux évêques d'Egypte envoyés par le concile arrivèrent à Constantinople, et réussirent à convaincre plusieurs grands fonctionnaires de la cour de la légitimité du jugement porté contre Nestorius. Trois jours après, le comte Irénée arriva à son tour comme délégué des Antiochiens (des Orientaux, comme on les appelait), et réussit tellement à décréditer Cyrille et Memnon, que Théodose II était sur le point de rejeter les décisions du vrai concile et de recevoir les décrets du conciliabule, lorsque le médecin et le syncelle de saint Cyiille prévinrent l'exécution de ce plan par la communication des actes du concile. Pour mettre un terme à la divergence des opinions, l'empereur résolut d'approuver la déposition de Nestorius aussi bien que celle de saint Cyrille et de Memnon, et d'envoyer à Éphèse son trésorier Jean pour exécuter la sentence du concile et rétablir la paix. Trois évéques étant venus à se disputer en sa présence dans une réunion des deux partis, il les fit mettre en prison. Les Pères virent avec une profonde douleur que l'édit impérial, confondant ensemble les deux assemblées séparées, prétendait se conformer aux décrets du concile général, supposait qu'il y avait unité de foi entre les évêques catholiques et les évêques nestoriens, et s'appuyait uniquement sur les indications fournies par ces derniers.
Ces raisons, jointes à la position singulièrement gênée où ils se trouvaient à Éphèse, devenu pour eux une vraie prison, les décidèrent à faire des représentations énergiques et à mettre le clergé et le peuple de la capitale au fait de tout ce qui s'était passé. I)e son côté, le parti d'Antioche, dont les membres, sans être tous nestoriens au même degré, demandaient tous la condamnation des anathématismes de Cyrille, cherchait à gagner la cour. Enfin, Théodose II, auprès de qui Dalmace et autres catholiques zélés s'employaient sans relâche, demanda huit députés choisis dans chacun des deux partis. Après les .ivoir entendus durant plusieurs jours à Chalcéduine, il pennil aux évêques du concile d'Éphese de retourner chez eux et autorisa
la consécration pour la capitale d'un nouvel évêqne (Maximien), en remplacement de Nestorius, qui fut relégué dans son monastère près d'Antioche (25 octobre 431). Cyrille et Memnon recouvrèrent la liberté. Le premier rentra à Alexandrie le 30 octobre, où il fut reçu, comme autrefois saint Athanase, avec des acclamations de joie.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LES N" i36 ET 137.
Mansi, IV, 1279 et seq., 1303 et seq., 1391 et seq., 1427 et seq., I46G et seq.; V, 002, 686 et seq.; Héfelé, p. 182 et suiv,, 197 et suiv.; Vita S. Dalmatii, ap. Bandur., imp. Orient., t. II.
Division entre les Antiochiens et les Alexandrins.
138. Les divisions continuèrent cependant entre les Alexandrins et les Antiochiens. Ces derniers soutenaient que le nouvel évêque Maximien était illégitime, que Nestorius avait été injustement déposé, que saint Cyrille professait une doctrine hétérodoxe et qu'ils avaient eu raison de le déposer. Dans leurs conciles de Tarse et d'Antioche, ils renouvelèrent l'anathème prononcé contre lui et ses adhérents. Les souverainspontifes, aussi bien que l'empereur Théodose, qui écrivit plusieurs lettres dans ce sens, souhaitaient ardemment la paix. Célestin, le 15 mars 432, avait reconnu Maximien et donné de grands éloges aux évêques du concile ; son successeur Sixte III était prêt à recevoir à sa communion les évêques schismatiques dès qu'ils condamneraient ce tjui avait été condamné à Éphèse. Théodose invita Cyrille et Jean de se réunir à Éphèse sans cortège d'évêques et de s'y réconcilier, sinon de ne plus jamais reparaître en sa présence. Cette conférence n'eut pas lieu, mais elle fut remplacée par des négociations qui peu à peu aboutirent au même résultat. Le tribun et notaire Aristolaus, choisi par l'empereur pour négocier de la paix , partit d'Antioche muni des propositions de Jean et d'une lettre du vaillant Acace de Bérée pour saint Cyrille.
Sans consentir à condamner ses anathématismes, ainsi qu'où le demandait, Cyrille les expliqua, afin de mettre un terme aux fausses interprétations qui avaient cours parmi les Orientaux, réprouva les erreurs d^Arius et d'Apollinaire, qu'on lui imputait, et insista sur la condamnation de Nestorius. Jean d'Antioche n'était plus contraire à la paix; la plupart des Eglises
étaient contre lui, et il n'avait pas approuvé personnellement les erreurs de Nestorius. Il envoya donc, de concert avec Aca^e, l'évèque Paul d'Émèse à Alexandrie, avec une profession de- foi où il reconnaissait une seule personne et deux natures en Jésus- Christ, né de Marie, mère de Dieu, et protestait contre le soupçon d'apollinarisme et de nestorianisme. Cyrille, non moins disposé à la paix qu'inébranlable dans les choses de la foi, trouva la confession de foi suffisante, tout en regrettant les réserves que Jean mettait à sa réconciliation, notamment en ce qui regardait la condamnation de Nestorius. Paul, bien que ses pouvoirs ne s'étendissent pas si loin, consentit à tout. Cyrille le reçut dans sa communion et le fit prêcher à Alexandrie (433).
A Antioche, on ne voulut pas d'abord accepter les conditions de Cyrille, mais la cour impériale intervint, un nouveau voyage àAntiuchefut fait par Aristolaus, accompagné de Paul d'Émèse et de deux prêtres d'Egypte, et la paix fut établie. Jean souscrivit, moyennant quelques légers changements approuvés par Cyrille, la formule qui lui fut proposée, consentit à la condamnation de Nestorius, et écrivit à Cyrille en termes affectueux.
Le 23 avril 433 saint Cyrille communiquait à son troupeau la joyeuse nouvelle de cette réconciliation, qui fut approuvée par Sixte III.
.Joan. Ant., Ep., Mansi, V, 813 et seq.; Liberati Breviar. caus. Nesl. et Eut., Par., 1675, cap. vi et seq.; Cœlestin., Ep. xxii-xxv; Mansi, V, 266 et seq.; Jaffé, n. 164-167; Sixt. III, Mansi, p. 326, 374 et seq.; Constant, p. 1231 et seq.; Jaffé, n. 168-171 ; Theodos. II, Mansi, V, 278, 281 et seq., 828. Cyiill., Ep. xxxi-xxxiv, xl, xlv et seq.; Mansi, V, 28ü, 301 et seq.; Héfelé, U, p. 231-233. Le symbole d'Antiuche (Mansi, loo. cit., p. 303 et seq.) reconnaît que tov xOf.iov I. Xp ... ojxoougiov tç TiaTçii ... xaTà TTiv 6eÔTr,Ta y.al 6{i.ooû<7iov r,[i,ïv xata ttjV àvÔpùyjroTyi-ia- oûo yà^ çijctîwv svwai; '{iyo^s. " ôt& £va XfiGXÔv, ëva xûpiov 6[j.o),oyoÙix£v ■ xaià TaOTr,v rÀjv t^; àa\>y/y-:o-j ëvwGEw; êvvo'.av Ô(ao),oyoU[j.£v xr,v àytav Ttaföe'vov Ôîotôxov ûtà tô tôv Ôeôv Xöyov (jafxwWjvai xai ÈvavOpwTrTjdai xai il aOrrjc i7uXXTi({/£wç éauTW xôv s? aOtYJç y^ÇOÉviot vaôv.
Résistance des nestoriens. — Mesures adoptées contre eux.
139. Plusieurs évètjues de l'un et de l'autre camp parurent mécontents de cette réconciliation. Parmi les adversaire.s de Cyrille. quelques-uns prétendaient qu'il enseignait lu» mêmes d(jctrinob
ii24 HISTOIRE DE LÉGLISE.
que Nestorius avait autrefois professées, et ils tâchaient cie cacher leurs opinions hérétiques sous les termes de la formule signée par Cyrille ; tandis que les nestoriens opiniâtres et fanatiques, ayant à leur tète l'évêque Alexandre d'Hiéraple, rejetaient absolument la paix , accusaient Jean d'avoir trahi la foi, se plaignaient hautement que Nestorius eût été innocemment sacrifié et que Cyrille n'eût pas été obligé de rétracter ses douze anathématismes ; à les entendre, on avait frayé la voie à l'hérésie d'Arius et d'Apollinaire, et on n'avait pas obtenu la réintégration des évèques déposés par Maximien. Des provinces entières annoncèrent à Jean d'Antioche qu'elles renonçaient à sa communion. Beilade de Tarse, Euthère de Tyane et autres évèques s'adressèrent même au pape pour le prier de rejeter le concile d'Antioche et la formule d'union. Les évèques des deux Cilicies déclarèrent Cyrille hérétique ; d'autres évèques, André de Samosate, Jean de Germanicie, Théodoret, etc., réunis en concile à Zeugma, reconnurent au contraire son orthodoxie, tout en réclamant contre la dépositioji de Nestorius.
Pendant que Cyrille réfutait dans de nombreuses lettres les objections élevées contre lui, Jean d'Antioche s'appliquait, d'abord par les voies de la douceur, ensuite par la force séculière, à faire accepter l'union. André de Samosate, après une longue résistance, Théodoret de Tyr, les évèques des deux Cilicies et de l'Isaurie, entrèrent dans l'union, plusieurs par crainte de l'exil, dont les récalcitrants étaient menacés par un édit impérial. Cette peine fut réellement infligée à Alexandre d'Hiéraple, à Mélèce de Mopsueste, à Euthère de Tyane et à douze autres évèques nestoriens. Nestorius, qui de son monastère continuait d'encourager le parti, fut exilé en Egypte en 435, où il mourut vers 440 dans la misère. On défendit de lire ses écrits et les condamna aux flammes. Ses partisans devaient être flétris du nom de simoniens, leurs assemblées défendues et leurs prèti'es exilés.
Cyrill., Ep. xlu, xliii, xxxv, ad Acac. Mel., Ep. xxxvii-xxxix; Ep. xliv ad Vales.; Ep. ad Ruf. Thessal.; Mai, Nov. coll., VIII, n, p. 83. Isid. Peius., lib. I, Ep. cccxxiv; Liber., Brev., cap. vni, ix; Synod. adv. Iragœd., Iren., cap. lxxxiii, xcn, cxvii et seq., cxc; Eulog., Alex., ap. Fhol., cod. ctxxx, }). 442 et seq.; Thcud., Ep. l,lxxsiii, eu, cxii, cxxvi;
i:onciles des Antiochiens, Mansi, V, 879 et seq., 890 et seq,; Héfelé, II, 1». 253, 262. Nestorius, pendant son exil, écrivit à son point de vue une liistoire de ses combats et de ses destinées, de sa « tragédie, » Evagr., 1, 7; Synod. Lupi (Lupi Op., Vil, 26); Assemani, Bibl. Or., III, i, 36.
Cet ouvrage n'existe plus, ni celui d'Irénée (ami de Nestorius et évèque déposé de Tyr), mais bien les extraits faits sous Justinien par un Africain du nord, qui y joignit d'autres documents (Mansi, t. V; Migne, Patr. gr., t. LXXXIV, p. 553 et suiv.). L'expression suivante de Cyrille, qu'aurait déjà employée saint Atbanase, De incarn. (Mansi, IV, 689), produisit une grande sensation, (ita çOcrt; toù Ôeoù ds^TapxwfxevT]. Ce passage est attaqué pai' Léontius de Byzance, De sect., act. vui, Montfaucon, etc., mais il est cité par Cyrille, De recta fide ad regiu., n. 9, qui l'emploie souvent ailleurs (Ep. i, ii ad Success.; Migne, t. L.XXVIl, p. 232, 241, et en divers endroits); comme les autres Pérès, il emploie ^Octi; dans le sens de ÛTiouTaffi;.
Voyez de longs détails dans Ephrem., ap. Phot., cod. 228, p. 968; Eulog. .\Iox., ibid., cod. 230, p. 1025, 1032, ed. Migne; Damasc, V. 0., 111, XM, p. 221 ; Pbot., Ampbil., q. 243, p. 1844 et seq., ed. Par. (q. ccxi., éd. Atben.); Petav., De incarn., II, ni, 3; De Trin., IV, ii, 10 et seq.; Le Quien, Diss. Il; Damasc, §§ 1 et seq.; p. xxxu et seq.; Néander, I, p. 666; Héfelé, II, p. 256. Rescrits impériaux, Mansi, V, 413, 415; Evagr., loc. cit.; Héfelé, H, p. 267.
Autres destinées des nestoriens.
140. Parmi les évêques d'Orient, pftisieurs n'acceptaient que quelques-unes des conditions de l'union et étaient loin de satisfaire à tout ce qu'on exigeait d'eu.x. Les ménagements dont Jean d'.\ntioche usait à leur égard excitèrent le zèle du diacre Maxime, qui croyait la foi en péril. Saint Cyrille le mit en garde contre un nouveau schisme et travailla par l'entremise d'Aristulaus à la conversion définitive des nestoriens qui se cachaient en Orient. Proclus, évèque de la capitale depuis 434, se joignit à Arislolaus pour favoriser l'œuvre de la paix. Mais l'erreur avait jeté de trop profondes racines pour que les contrariétés doctrinales unissent en même temps que les divisions extérieures, d'autant plus que le crédit de Dioscore de Tarse et de Théodore de Mopsueste n'avait pas été entamé dans l'Église de Syrie, et que leurs écrits étaient d'autant plus recherchés que ceux de Nestorius étaient interdits et condamnés au feu. Sous le couvert de ces hommes vénérés, ou conserva l'ancien ne erreur, toiil eu répudiant Nestorius.
Les nestoriens répandirent partout les ouvrages de Dioscore u. — Hisr. DE l'église. 15
-l-lij MISTOIKE DE L ÉGLISE.
et principalement ceux de Théodore; ils les traduisirent cii syriaque, en persan et en arabe. Aux douze chapitres de Cyrille on opposa divers passages tirés des œuvres de Théodore, qu'on répandit dans un écrit à part. Le principal foyer de ces intrigues était Édesse, dont l'école théologique était une succursale de celle d'Antioche, en même temps que le séminaire du clergé persan. L'évêque de cette ville, le fervent Rabulas, combattu par le prêtre Ibas, condamna la personne et les écrits de feu Théodore de Mopsueste, et avertit saint Cyrille qu'il était proprement le père du nestorianisme. Cyrille comprit qu'il y aurait contradiction à condamner Nestorius et à vanter Théodore et ses écrits. Cyrille et Jean d'Antioche approuvèrent l'ouvrage adressé par Proclus aux Arméniens contre ces derniers écrits ; mais ils durent en même temps résister à certains moines d'Arménie qui combattaient quelques propositions vraies de Théodore de Mopsueste afm d'appuyer l'erreur opposée, le monophysitisme. Ces motifs, joints à la haute vénération que l'Église de Syrie professait pour cet homme, à la répugnance qu'on éprouvait à condamner un évèque et un docteur mort dans la paix de l'Église, firent qu'on évita de prononcer un anathème général contre Théodore, bien que Rabulas eût renouvelé sa sentence. On se contenta de signaler les périls que ses écrits faisaient courir à la foi, comme le fit saint Cyrille, dans un ouvrage perdu, contre Dioscore et Théodore, et dans un commentaire sur le Symbole de Nicée. Cette mesure ne fit qu'ajourner la controverse ; mais on craignait maintenant de rouvrir d'anciennes blessures et d'accroître la division. La cour impériale avait elle-même dissuadé cette condamnation.
Cyrill., Ep. i.vii (al. xli), lviii; Migae, t. LXXVIl, p. 320 et seq.; Synod. adv. trag., Iren., cap. cxciv et seq.; Migne, t. LXXXIV, p. 806 et seq., cap. cxcvii, ccix, p. 810, 834; Proclus, voyez Alzog, Patr., p. 324; Rabul. Edess., Ep., dans Synod., cap. ce; Migne, t. LXXXIV p. 814 et seq.; Ibae Ep.; Mansi, Vil, 227-242. Sur Théodore (Mops.), Cyrill., Ep. Lxvi et seq.; Migne t. LXXVIl, p. 329 et seq.; Ep. lxix ad Acac. Mel., p. 340 : î)7toTr),aTT6[j.£voi yàp xà NeaTOfiou [Aieretv ÉTépiij itâXiv aùxa c-uyxpo- TOÛfft -cpÔTro), Ta GeoSwpou 0au[xà!;ovT£ç, xattoi Tiriv ïtnriv, [iàXXov ôè noXktù x^ipova
voffoùvxa SyffuÉSeiav. Autre correspondance, Cyrill., Ep. lxx-lxxiv, p. 341 et seq.; Mansi, V, 383, 421, 974, 993. 1009, 1182 et s.; Facund. Herni..
I)ef. Trium Capit.,lib.-VIII, cap. i-iii; Héfelé, II, p. 268-270. Explication du Symbole de Nicée dans Cyr., Ep. lv, al. xlvii; Migne, loc. cit., p. 289-320. Le cinquième Cüncile (Mansi, IX, 269) contient des extraits de l'ouvrage de Cyrille contre Diodore et Théodore : «Qu'il n'y a qu'un Christ, n Théodoret, qui fut longtemps avant de se réconcilier avec les Alexandrins, a fait une réponse partielle à cet ouvrage. AvecTillemont, la plupart des critiques tiennent pour apocryphe sa lettre (180^) sur la mort de Cyrille et son discours à Antioche (Hard., 111, 139). Néander a essayé d'établir son authenticité, I, p. 69.5, n. 8.
Obstination des nestorieus.
141. Plusieurs iiesturiens montrèrent une fermeté digne d'une meilleure cause, mais non exempte de cette arrogance qui distingue les sectaires. 11 nous importe peu, disaient-ils, que notre communion soit plus ou moins nombreuse; la foi est partout obscurcie et défigurée ; nous ne changerions point de conviction, nous garderions notre manière de voir quand même les moines ressusciteraient tous les morts pour autoriser leur impiété égyptienne. Rabulas mourut en 435. Son successeur à Édesse, le prêtre Ibas (435-457), accusa saint Cyrille d'apollinarisme et de monophysitisme, et se rendit fameux par sa lettre au persan Maris. Cependant le nestorianisme finit par disparaître peu à peu de l'empire romain, et en 489 l'empereur Zenon supprima complètement l'école d'Édesse. A part quelques faibles restes qui se conservèrent dans certaines provinces, il ne se trouva plus de nestoriens. En Perse, au contraire, leur nombre était encore considérable; ils avaient pour principal appui l'évêque Barsumas de Nisibe, et ils étaient favorisés par la cour. C'est ainsi qu'ils se conservèrent et s'étendirent ensuite en Arabie, dans les Indes orientales et dans la Chine.
Tillemont, Mémoires, t. XIV, p. 615 et seq.; Doucin, Hist. du nestorianisme, Par., 1689; Natal. Alex., Sœc. V, diss. xxui, t. IX, p. 698 et seq.; Katerkamp, III, p. 71 et suiv.; Rohrbacher-Rump, 8 vol.; du protestant Walch, Ketzerhist., V, p. 289 et s., 343 et s.'; iNéander, I, p. 691.
Le monophysitisme. — Eutychès et sa condamnation. — Contre-pied du nestorianisme.
142. Un extrême appelle d'ordinaire un autre extrême : le saljellianisme suscita l'arianisme; l'arianisme, rapollinririsme;
2"J8 HISTOIRE DE l'ÉGLISË.
le nestorianisme, le monophysitisme. Nestori?is niait rniiité liu la personne du Christ; Eutychès l'exagéra jusqu'à soutenir l'unité de nature. Nestorius mettait une trop grande séparation entre la divinité et l'humanité en Jésus- Christ; Eutychès les confondit. Entre ces deux extrémités la foi catholique tient le milieu et prend de chacune ce qu'elle renferme de vrai. Jésus- Christ est un, il est une seule personne. Eutychès avait raison d'insister sur ce point ; mais il est en deux natures, la nature divine et la nature humaine : en disant cela, Nestorius était dans le vrai. Mais ces deux dogmes ne sont pas inconciliables, ils réunissent au contraire dans l'union hypostatique. Les deux natures, quoique unies, ne sont pas confondues ; chacune conserve ses propriétés ; le sujet à qui elles appartiennent est un seul et même Christ, le Verbe incarné. Le Fils de Dieu, en devenant homme, est resté vrai Dieu ; il a pris ce qu'il n'avait pas encore, l'humanité. Il est Dieu-Homme, mais la divinité ne disparaît point dans l'humanité, dans la « chair; » l'humanité n'est pas changée en la divinité ; les deux natures n'en forment pas une troisième, mêlée du fini et de l'infini, comme aussi elles ne sont pas confondues ensemble, de manière que la nature diviue ne soit plus ce qu'elle était auparavant.
L'apparition de ces deux erreurs opposées, celle qui admet deux personnes et celle qui n'admet qu'une nature, fournit l'occasion de développer le dogme de l'incarnation et de concilier les deux sentiments, celui des Alexandrins, qui exagéraient l'union mystérieuse des deux natures, et celui des Antiochiens. qui mettaient entre elles une séparation trop rigoureuse. C'est ce que fit saint Cyrille contre les adversaires outrés du nestorianisme.
Rapport dogmatique des deux grandes hérésies, Theod., Eranisles seu Polyinurphus ; Migne, t. LXXXIII, p. 27 et seq.; Gelas. P., Tract. III de duabus naturis in Chr.; Thiel, Epist. rum. pont., p. d30-537. Sources : documents dans Mansi, t. VI, VU; Hard., t. 1, 11; Evagr., 1, 9 et seq.;
II, 4, 18; Liber Brev., cap. xi et seq.; Gelas., Tract. I, Gesta de nomine Acacii, s. indicuhis bist. Eut.; Thiel, p. .ji0-öl4; Facund. Herm., I>ef.,
III, cap. V, 3 et seq.; VllI, 4 et seq. Histoire ecclésiastique de Jean d'Éphèse (A. § 20). D'autres, dans Assemaiii, Bibl. Or. Travaux, principalement Héfelé, II, p. 295 et suiv. (autres ouvrages, ibid., p. 392, n. 1).
Dioscore et Eutychès. — Théodoret. — Concile de Flavien.
143. Tous ne comprenaient pas que l'accord intervenu reposait sur la doctrine des deux natures en Jésus-Christ (dyophysitisme). Quelques antinestoriens outrés, parmi ceux qui s'étaient rattaches à Cyrille, ne voulaient pas qu'après l'union des deux natures il fût encore question de deux natures. Les principaux organes de cette opinion furent l'ambitieux Dioscore, ancien archidiacre de Cyrille et son successeur depuis AM, qui persécuta et anathématisa l'évêque Théodoret de Cyr en qualité de nestorieii, et manifesta son hostilité contre l'évêque Flavien de Constanlinople, dont il jalousait le pouvoir; puis le supérieur (ar- <>himandrite) d'un couvent de Constantinople, Eutychès, qui déployait partout un zèle ardent contre le nestorianisme et trouvait un grand appui dans le puissant eunuque Chrysaphius.
Dans l'étroitesse de ses vues, Eutychès se figurait qu'il n'était possible de vaincre le nestorianisme qu'en admettant une seule nature en Jésus-Christ (monophysitisme). Les périls de cette doctrine furent signalés par Domnus, archevêque d'Antioche, et par Eusèbe, évêque de Dorylée en Phrygie. Le savant Théodoret la combattit avec beaucoup de sagacité (4.47), en établissant la vraie difierence qui existe entre nature et personne (ousia et hijpostasis) . Il n'avait garde de tomber dans l'hérésie condamnée de Nestorius, et il assignait à saint Cyrille une place parmi les maîtres éminents de l'Église.
En novembre 448, Flavien de Constantinople réunit en concile les évêques qui se trouvaient dans la capitale. L'évêque Eusèbe, qui avait autrefois, n'étant encore que laïque, combattu le nestorianisme, leur remit une plainte contre Eutychès, son ancien ami, à qui il avait fait en vain les plus vives représentations. Flavien voulut d'abord épuiser toutes les voies de la douceur et finit par mander Eutychès. Celui-ci chercha des échappatoires et ajourna sa démarche. 11 comparut enfin, escorté de moines, de soldats et de fonctionnaires, qui ne voulurent point se séparer de lui avant d'être certains qu'il ne courait aucun danger. Après des réponses évasives, Eutychès fit la déclaration suivante : Avant l'union (de la divinité et de l'humanité), Jésus-Christ était en deux natures; après l'union, il n'en a plus qu'une seule, et il n'est pas de même nature que nous. 11 refusa de révoquer
230 irisToinE de l'église.
cette doctrine, fut frappé d'excommunication et déposé de toute dignité ecclésiastique. Ce jugement fut souscrit par environ trente évêqnes et vingt- trois abbés.
Theophan., Chronogr., p. 150, dit de Dioscore, glorifié par le monophysile Zacharie le Rhéteur (Fragm., apud Mai, Nov. Coll., X, i, 362) : 6 (>vaatêr\c, {/,r,5' ôXw; SiSaoTcaXixôc, àyjiîTo; oï xat àvi^(i.£poi;. Baron., a. 445, n. 1 et seq. Sur Eutychès, Mansi, VI, 627, 639, 651, 856, 863; VI, 62; Liber., loc. cit., cap. XI ; Theod., Hœr. fab., IV, 13; Evagr., loc. cit. De Théodorct, les lettres suivantes appartiennent à notre sujet, Ep. lx, i.xxix-Lxxxfii, Lxxxvi, xcii, CI, cx, cxui. Le dialogue Eranistes se compose de trois parties : âirpETtTo;, àTjyx^xoç, ànaÔYi;. Dans le dialogue II, Cyrille, Ep. iv ad Nestor., est cité parmi les Pères, Migne, t. LXXXIll, p. 212. Voyez Néander, I, p. 697. Eusèbe de Dorylée, Mansi, VI, 651 et seq., '674; Domnus d'Antioche, Fac. Herm., loc. cit., VIII, 5; XII, 5. Concile de Flavien, Mansi, loc. cit., p. 639 et seq.; Héfelé, II, p. 301-315.
Doctrine d'Eutychès.
\M. Voici les développements que prit la doctrine d'Eutychès. Par suite de l'incarnation, la divinité et l'humanité du Christ ne forment qu'une seule substance et une seule nature. Jésus-Christ n'est pas, quant à son humanité, consubstantiel aux autres hommes. Or, puisque les deux natures ont été confondues en une seule, cela a dû se faire ou par confusion, ou par conversion^ ou par absorption, ou par composition. Eutychès n'admettait pas cette conclusion et refusait de s'expliquer sur le caractère de cette coexistence, bien qu'il semblât préférer l'absorption. Il revenait toujours à dire qu'avant la réunion il y avait deux natures, mais qu'ensuite il n'eu restait qu'une seule ; c'était donc la divinité même qui avait directement souffert et avait été crucifiée.
Quelques-uns étaient d'avis qu'il croyait à la préexistence de l'àme de .Tésus-Christ, à la façon des origénistes. D'après lui, il n'y avait point contradiction à dire : « Le Verbe s^est fait chair, » et : « La nature de la chair n'existe plus après la réunion. » Et comme la chair, par sa réunion avec la divinité, devait être divinisée et disparaître dans une autre nature, le corps de Jésus- Christ^ selon Eutychès, n'était pas le corps d'un homme, mais un corps humain, c'est-à-dire l'apparence d'un corps. Le Christ cessait d'être un homme parfait; Dieu se confondait avec l'homme,
il n'était plus immuable ni impassible ; l'incarnation et la rédemption étaient anéanties. Ces conséquences n'étaient certainement pas dans la pensée d'Eutychès, esprit obtus autant qu'opiniâtre. Il défendit sa doctrine en invoquant l'Écriture, l'autorité de saint Athanase et de saint Cyrille. Quant on lui opposait les passages des Pères, il répondait que leurs maximes n'avaient pas le môme poids que l'Écriture, qu'ils s'étaient souvent trompés et contredits les uns les autres.
OUVRAGES A r.O.NSULTER ET KEMARQUES CRITIQUES SUR LE .X» 144.
Néander, I, p. 697, 699j autres, § 142-145; Héfelé, II, p. 315-32). longuement. Sur l'appellation d'Eutychès au pape, Ballerini, Observ. in üiss. VII, Quesnell. (Op. Leon., Il, 603-670, éd. Migne); Cacciari, Exercit. in Op. Leon., IIb. 1, cap. iv-vi (ibid., p. 1115-1144). Eutychî-s écrivait (Leon. Ep. xxi, p. 713, Migne) : « Ad vos igitur rcligionis defensovcs hujusmodi factiones exsecrantes confugio ... et obsecro, nullo mihi prœjudicio facto ex his quœ per insidias contra me gesta sunt, qua», visa vobis fuerit, sujter fidem prof erre sententiam et nullam deinceps pcrmittere ... contra me calumniam procedere et non excuti et eximi de numéro orthodoxorum eum qui in continentia et omni castitate septuaginta annos vitam peregit. » Leo M., Ep. xxix ad Theod., p. 783 : <' Cum in libello suo, quem ad nus misit, hoc; saltem sibi ad promerendani veniam reservaverit, ut correcturum se esse promitteret, quidquid nostra sententia ... improbasset. » Lettres de Léon, Ep. xx, xxii-
XXIV, xxviii; Jaffé, Reg., n. 196 et seq. Sur la succession des lettres, Admonit. in Leon., Ep. xxn, p. 720 et seq., ed. Migne; Ep. xxvni (Tomus Leonis), et Héfelé, II, p. 335-346. — Petr. Chrysol., Ep. Leon.,
XXV, avec ces fameuses paroles : « B. Petrus, qui in propria sede vivit et prresidet, pra^stat quœrentibus fidei veritalem, » dont quelques modernes ont vainement tenté d'affaiblir le sens et la portée. Voyez mon ouvrage : Kath. Kirche und christl. Staat, p. 945-947.
Appellation d'Eutychès. — Le pape Léon le Grand. — Pierre Chrysologue.
145. Eutychès afficha en public sa protestation contre la sentence du concile de Flavien, en appela au Saint-Siège et écrivit à Dioscore et autres évêques en renom, il invoqua surtout Tappui de la cour, où sa cause fut défendue par son ami et parrain Chrysaphius, qui réussit, de concert avec l'impératrice Eudocie, à écarter du gouvernement l'habile Pulchérie, sœur de l'empereur, et par le fonctionnaire Nomus, lié avec Dioscore. Ajoutons que l'archevêque Flavien comptait beaucoup d'ennemis. Théodose II essaya d'abord d'amener Flavien à se contenter du Svm-
232 KisKUKK )»)!, l'éuuse.
bole de Nicéc, et, sur Je refus de l'archevêque, il émit des doutes sur sa doctrine, car Eutychès l'accusait d'hérésie. Flavien fut obligé do faire une confession de foi détaillée. L'empereur écrivit aussi au pape Léon en faveur du condamné.
Le pape, à qui Lutychès avait autrefois adressé une plainte sur la renaissance du nestorianisme , s'était contenté de lui répondre, le 1" juin 448, qu'il examinerait la question plus en détaiL Lorsque le pape reçut à la fois l'appel de Nestorius condamné par Flavien et une lettre de l'empereur, il demanda à l'archevêque de nouvelles explications, attendu que les documents qu'il possédait était insuffisants. Le rapport de Flavien sur le concile qu'il avait tenu n'était pas encore arrivé à Rome. Flavien envoya un autre écrit, où il exposait longuement la doctrine d'Eutychès, déclarait fausse cette allégation d'Eutychès qu'il en avait appelé à Rome pendant le concile, priait le pape d'approuver le jugement qu'il avait porté sur la nouvelle hérésie et de confirmer la foi de l'empereur.
Léon, pleinement renseigné sur la controverse après la réception des actes du concile, ne se laissa ébranler ni par la bienveillance de l'empereur en faveur d'Eutychès, ni par aucune autre considération humaine. Tandis que l'excellent évêque de Ravenne, Pierre Chrysologue, à qui Eutychès s'était adressé, se référait à la décision du Saint-Siège, dont il s'appuya encore plus tard pour combattre la nouvelle doctrine, le pape approuvait, le 21 mai 449, le jugement rendu « contre cette erreur insensée et téméraire, » tout en promettant une instruction dogmatique plus développée ; il la donna le 13 juin, dans sa fameuse lettre à Flavien, qui est un chef-d'œuvre de théologie.
Révision, à Constantinople, de l'enquête contre Eutychès. — Préparation d'un concile à Éphèse.
146. Eutychès s'était plaint à Constantinople qu'on eût violé dans la procédure contre lui toutes les formes de la justice, que les protocoles du concile, infidèlement rédigés, continssent des erreurs. Le 8 avril 449, l'empereur prescrivit une enquête et fit réviser les actes. Une seconde enquête eut lieu le 27 avril. Il fut impossible d'établir qu'aucune altération essentielle eût été faite. Mais déjà précédemment, le 30 mars, Théodose II, sur la demande d'Eutychès et de Dioscorc d'Alexandrie, avait indiqué
LES HÉKJiSlJiS ET LES SCHISMES. 233
un grand concile qui devait s'ouvrir à Éphèse au commencement d'août, Dioscore, en attendant, avait justifié Eulychès sans plus d'information et l'avait rétabli dans sa charge. Aucun des principaux évèques invités no devait manquer de se rendre au concile, tandis que Théodoret ne pouvait y comparaître que lorsqu'il y serait appelé. On voulait que Barsumas, abbé de Syrie, animé du même zèle qu'Eutychès contre les nestoriens, eût droit de séance et de suffrage, pendant qu'on le refusait aux évê(fues qui avaient condamné Entychès. Deux fonctionnaires de l'État, Elpide et Euloge, furent nommés commissaires impériaux et charges de maintenir l'urdre ; Dioscore fut investi de la présidence, avec des pouvoirs très-étendus.
Léon le (irand y fut également invité. Bien que la tenue d'un concile lui parût, ainsi qu'à Flavien, inutile, dangereuse même, au milieu des passions surexcitées en Orient, il y envoya cependant trois légats, l'évêque .Jules de Pouzzoles, le prêtre Rénat et le diacre Hilaire ; il écrivit plusieurs lettres à l'empereur, à sa sœur Pulchérie, aux abbés de la capitale, à Julien, évêque de Cos, à Flavien et au concile. Il Joua le zèle de Flavien pour la défense de la foi et l'encouragea à persévérer ; il ordonna qu'Eutychès fût traité avec ménagements dans le cas où il rétracterait ses erreurs et se conformerait, ainsi qu'il l'avait promis, à la décision du Saint-Siège.
Révision des actes du 8 et du 27 avril 449, Héfelé, II, 322, 330. Convocation du concile d'Éphèse par l'empereur, Mansi, VI, .^ö8 et seq., Ö93, 596 et seq., 600; Héfelé, p. 331 et suiv.; Leo M,, Ep. xxix-xxxin ; .laffé, n. 202 et seq.
Le brigandage d'Éphèse.
Ii7. Le concile s'ouvrit le 8 août 449, dans l'église de Sainte- Marie à Éphèse; il ne fut, entre les mains de Dioscore, qui viola toutes les formes de la justice, qu'un moyen d'assouvir sa vengeance contre Flavien et d'assurer le triomphe d'Eutychès. Le but de l'assemblée était d'imposer le monophysitisme condamné à Byzance, en se servant de l'autorité de saint Cyrille et du concile tenu au même lieu dix-huit ans auparavant. Aussi les adversaires du monophysiti^^me furent- ils traités de nestoriens par Eutychès. Le violent Dioscore occupait la présidence; Jules,
234 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.
légat du pape, n'obtint que le second rang, et Flavieu fut placé après Juvénai de Jérusalem et après Domnus d'Antioche, lequel, selon l'ancien ordre, aurait dû venir avant Juvénai. Dioscore, avec son cortège de soldats et de moines fanatiques, se permit les plus grossières violences. On eut soin de ne pas lire les lettres du pape. Eutychès fut entendu et absous, tandis qu'on condamna ses accusateurs sans vouloir les écouter, principalement Flavien et Eusèbe.
Après la lecture des lettres de l'empereur, on procéda à la révision du procès d'Eutychès et anathématisa la doctrine des deux natures en Jésus-Christ, en déclarant que les décrets de Nicéc et d'Éphèse (431) étaient seuls légitimes. Quiconque ne s'associait pas aux clameurs furibondes de Dioscore était menacé par ses satellites. Des 135 évoques présents plusieurs perdirent entièrement le sens et acceptèrent tout ce qu'on leur proposa ; un grand nombre se cachèrent, quelques-uns supplièrent à genoux le tyrannique Dioscore de ne pas prononcer la déposition de Flavien.
La plupart des évêques demeurèrent jusqu'au soir enfermés dans l'église, constamment menacés par des bandes fanatisées ; plusieurs durent se résigner à écrire leurs noms sur un papier blanc. Les légats du pape protestèrent en vain contre. cette procédure illégale et tumultueuse; le diacre Hilaire, laissant là tout son avoir, s'enfuit à Rome par un chemin inconnu, aûn d'informer le pape de ce qui se passait. Flavien avait inutilement appelé à Léon et à un concile qui devait se tenir en Italie; les moines de Barsumas le maltraitèrent à coups de bâtons, Dioscore le foula aux pieds, le fit jeter en prison puis traîner en exil, où il mourut quelques jours après, par suite de ces mauvais traitements. Dioscore, à qui tout succédait selon ses désirs, exigeait encore d'autres victimes ; non- seulement Ibas d'Édessc, Daniel de Carrée et Théodoret de Cyr furent condamnés et déposés, mais encore Domnus d'Antioche, bien qu'il eût consenti à tout.
Sources de l'histoire du brigandage d'Éphèse : a. les actes les plus tard à Chalcédoine, Mansi, VI, 603 et seq., 640 et seq., 687, 738, 867 et seq.; 6. les attestations de plusieurs de ses membres, Basile de Séleucie, Eusèbe de Dorylée, etc., ibid., 583 et seq., 827 et seq., 986 et seq.;
". Leo M., Ep. xLiv-LVfii; d. Theodor., Ep. cxiii, cxvi, cxi.ii, r.xLV, cxlvh ; p.. Prosp., Chron.; Basnage, Thés,, I, 304 et s.; cf. Brcv. hist. Eutych., cap. Il, p. 512, ol3, éd. Thiel; g. Libérât., Brev., cap. \\\; h. Evagr., I, 10; 11, II, 0; Theophan., p. 1.Ö5; Héfelé, il, p. 3,")O-370. Ouvrage de Martin : le Pseudo-Synode connu sous le nom de Brigandage d'Éphèse, étudié d'après ses actes, retrouvés en syriaque, Paris, 1875 (je n'ai pu le consulter). Sur l'appellation de Flavien, Ballerini, Observ. in diss. VIll et X ; Quesnelli Leon. Op., Il, 686 et seq., 739 et seq., ed. Migne; Cacciari, loc. cit., I, 9, 10; ibid., p. 1173-1211; Héfelé, p. 360, n. 1.
Troubles dans l'Église d'Orient.
148. Dioscorc sortit d'Éphèse peu de temps après, et arracha à riiiexpérieiice de l'empereur Théodose II la confirmatiou de son synode, qui devait être le second concile d'Éphèse. Défense était faite de consacrer un évoque qui enseignerait l'hérésie de Nestorius et de Flavien, ajouterait quelque chose au Symhole de Nicée, lirait les écrits de Nestorius et de Théodoret. La déposition des évêques fut approuvée, Théodoret fut éloigné de son diocèse et enfermé dans un couvent, où il endura de cruelles privations, jusqu'au moment où il fut secouru par ses amis. Il y fit preuve d'une admirable fermeté et écrivit à ses amis des lettres qui respiraient la joie et le contentement. Ainsi que Flavien, il appela au Saint-Siège, exaltant la lettre dogmatique de saint Léon et attendant son jugement. La plus grande confusion régnait dans toute l'Éghse d'Orient. La majorité des évêques fléchissaient devant le parti dominant; ceux de Palestine et de Thrace suivirent l'exemple de ceux d'Egypte ; les évêques de Syrie, du Pont et de l'Asie-Mineure, au contraire, étaient favorables à la cause de Flavien, mais peu eurent le courage d'élever la voix. Plusieurs se soumirent aux dernières humiliations.
Les évêques de Syrie, ennemis de toute expression qui, de loin ou de près, indiquait l'unité de nature, allèrent jusqu'à demander pardon à Eutychès, qu'ils appelaient leur père spirituel, et ils excusèrent leur conduite ignominieuse par les plus vains subterfuges. Rien de plus triste que la situation de l'Église d'Orient, et elle semblait d'autant plus irrémédiable que Dioscore réussit à élever sur le siège épiscopal de Constant! nople son ancien agent auprès de la cour, le prêtre Anatole, en qui il comptait trouver un instrument docile à ses vues. Il le consacra encore avant la fin de i49. Les vrais catholiques, prêtres et
laïques de Constantinople.. n'attendaient plus de secours que de Rome. (( Elle seule, disait Théodoret, a conservé une étincelle de l'orthodoxie; que dis-je? une étincelle, c'est plutôt un flambeau immense capable d'illuminer tout l'univers. »
Theod. II, éd. Mansi, Vil, 493; IX, 250; Theod., Ep. i cit. et ep. cxxirxxiv, cxxix, cxxx, cxxxv, cxxxvin, cxxxix. Appellation de Théodoret, Leo M., Ep. LU, cxx; Ballerini, loc. cit., Diss. X, p. 739 et seq.; 753 et seq.; Théodoret lit admettre qu'on engagerait le pape, t?) àiioaTo).ixyi 9{>ifi'ja(78a'. ilo'jrsioL y.cù si; "cô {((jLcXîpov àva5pa(X£tv [jle -/.cXsüaat iTuvéopiov (Ep. CXVI
ad Renal.); il voulait absolument être jugé en Occident (Ep. cxix ad Anat.), et il employait aussi le mot èTiixaXcïaôai (Leo, Ep. lu, cap. y). II dit de Léon (Ep. cxlv; Migne, t. LXXXIII, p. 1384) : xat ô vùv rip iieyfxXriv Ptôjj-riV iOûviov xaî tüv opöwv ooyjiaTWv ta; àxTÎvaç sx t?i; laTiépa; ■nivioce èxTsivwv ô àYif«>TaTO; As'wv toÛtov rjjAtv Trj; Tîtatcw; tôv y apaxTÎ)pa ôià twv oIxeîwv ypajj.- {lâTwv 7cpo<7Yiv£YX£v. Sur le défaut de caractère dans les évêques syriens, Epist. cxLvii. Élévation d'Anatole, Theod. Lect., cit., in Conc. VII, act. i (Migne, t. LXXXVI, p. 217 et seq.); Cuper, Acta sanct., t. I; Aug., p. 43, n. 224; Ballerini, Observât, in Ep. lui; Leo M., Op. I, 853 et seq., ed. Migne. Adresse des Byzantins au pape Léon, Ep. lix, cap. i, p. 867.
Concile et lettres du pape.
149. Le pape ne trompa point ces espérances. La fermeté inébranlable, la sagesse du grand Léon, tira l'Église grecque, presque malgré elle, de cette déplorable situation. Il ouvrit à Rome (oct, 449) un concile où il déclara nul tout ce qui avait été fait à Éphèse, et flétrit cette assemblée du nom de brigandage, Ephesinuni non Judicium, sed latrociniutn (lettre 95''). Dans la lettre qu'il écrivit à Théodose II en son nom et au nom du concile, il relevait son autorité de juge suprême et insistait sur la nécessité de la faire valoir, conformément aux canons de Sardique, à propos de l'appel de Flavien. Il exhortait l'empereur à renoncer au brigandage d'Éphèse et à consentir à un nouveau concile, assurant que toutes choses resteraient dans l'état où elles étaient avant cette assemblée. 11 engagea aussi la pieuse Pulchérie à s'employer auprès de son frère dans ce dessein, et le légat Hilaire lui fit un rapport de ce qui s'était passé à Ephèse. Convaincue la première parmi toutes les personnes de la cour ; des erreurs d'Eutychès, Pulchérie usa de toute son influence pour les combattre. Le pape travailla à faire connaître partout la conduite odieuse et illégale du brigandage d'Éphèse, et chargea
Anastase de Thessalonique d'en informer le clergé d'Illyrie, ainsi que les clercs et le peuple de Constantinople.
En février 430, l'empereur Valentinien III étant allé à Rome avec sa mère Galla Placidie et sa femme Eudocie (fille de Théodose), saint Léon les conjura de faire de pressantes remontrances à Théodose et de rappeler à sa mémoire l'autorité suprême de l'évèque de Rome. Théodose II, toujours dominé par Chrysaphius, répondit que tout s'était passé à Éphése avec une liberté entière et conformément à la vérité; que Flavien avait été justement déposé pour ses innovations dans la foi, que le « trèssaint patriarche Léon » en avait été amplement informé, que la paix et la concorde régnaient maintenant dans toutes les Églises d'Orient. Il pria le pape de reconnaître le nouvel évêque Anatole, qui sollicitait lui-même son approbation ainsi que ses consécrateurs. Léon, loin de l'accorder, exigea que l'élu fournît des preuves de son orthodoxie en condamnant Nestorius et Eutychès, en déclarant qu'il adhérait à la doctrine des Pères et recevait sa lettre dogmatique à Flavien. Il dépêcha à la cour impériale deux évêques et deux prêtres pour continuer les négociations.
Le pape n'estimait nécessaire la tenue d'un nouveau concile en Italie que dans le cas où tous les évêques ne souscriraient pas à son exposition de la foi. En attendant, il puisait de grandes consolations, il fondait de sérieuses espérances dans la fermeté de Pulchérie, des prêtres et des moines, de plusieurs personnes de condition et du peuple de Constantinople. Pendant que Dioscore, informé de l'annulation de son concile, osait fulminer l'excommunication contre Léon, la lettre du pape, déjà souscrite par les évêques de la Gaule, se répandait en Orient et trouvait de nombreux adhérents.
Leu Magn., Ep. xliii-li, lui, liv-lxi, lxix-lxxi; Jaffé, n. 215, 224 el seq. L'expression (tOvoSo; y.r,cnçi%r, se trouve aussi dans Theophan., p. 86. Léon, Ep. Lxix, dit d'Anatole : « Non aspernetur epistolam meam recensere ; » Ep. lxx : « Epistola« mea' consential. » Cf. not. 1 iii Ep. lxx, p. 893. Siw les évêques de la Gaule, Ep. Lxxvii, Lxxvin. Concile de Milan, août el septembre 451 , Ep. xcvii. En juin 451, Léon pouvait dire de sa lettre à Elavien : « Quam Ecclesia universalis ampleclilur, » Ep. lxxxviii, c. 1. Cf. Idac, Chron., (iallaudi, X, 327. Anathèiuc de Dioscore cuutre
Léon, Concil. Clialced., act. m; Mansi, VI, i009, 1048, 1099; Libérai., c. 12; Dœllinger, Lehr, der K.-G., 2« édit., I, p. 130 et suiv.
Pulchérie et Marcien. — Négociations avec le pape.
150. Des changements considérables allaient bientôt se produire dans la capitale. Chrysaphius, le principal appui des eutychiens, tomba en disgrâce, et l'impératrice Eudocie se retira à Jérusalem. Alors toute l'influence passa du côté de Pulchérie, pieuse et orthodoxe, et depuis longtemps proclamée auguste avec son frère. Après la mort inopinée de ce dernier (28 juillet 4S0), elle prit elle-même les rênes de l'empire, qu'elle partagea avec le général Marcien, devenu son époux, et l'un des hommes les plus capables de son temps. Pulchérie et Marcien se déclarèrent franchement catholiques, rappelèrent les évêques déposés et bannis pour la foi, firent rapporter dans la capitale les restes du confesseur Flavien, qui reçurent une sépulture honorable dans l'église des Apôtres.
Marcien, en annonçant son élévation au pape, se recommanda à ses prières et lui exprima le désir qu'un concile, tenu sous l'autorité du Saint-Siège, qui exerçait la haute surveillance sur la foi divine, travaillât au rétablissement de la paix religieuse. Les légats du pape envoyés à Théodose 1 1 avaient à leur tète l'évêque Abundius de Como ; ils furent reçus avec toutes les marques d'honneur. Dans un concile où ils étaient présents (novembre 450), Anatole accepta la lettre dogmatique de Léon à son prédécesseur, et condamna solennellement les erreurs des nestoriens et d'Eutychès. Cette lettre fut aussi envoyée aux autres métropolitains d'Orient pour être souscrite.
Plusieurs des prélats qui avaient embrassé la cause de Dioscore témoignèrent leur repentir et exprimèrent le désir de rentrer dans la communion du Saint-Siège. L'empereur et l'impératrice mandèrent au pape cette heureuse tournure des événements et Tinvitèrent à un grand concile qui se tiendrait dans leur empire. Anatole, de son côté, envoya à Rome trois prêtres munis de lettres qui attestaient son orthodoxie.
Saint Léon, « plus enclin à la douceur qu'à la justice, » et cédant aux prières de l'empereur, reconnut alors le nouvel évêque, malgré le blâme qu'il avait encouru en se faisant consacrer par Dioscore. Anatole justifia de son orthodoxie.
Saint Léon approuva les décrets de son concile, notamment les mesures relatives aux évêques repentants, lesquels se contenteraient provisoirement d'être réintégrés dans la communion de l'Église. Il se réserva de prononcer sur ûioscore, Juvénal et autres inculpés, remercia l'empereur et l'impératrice de leurs efforts en faveur de la paix, et leur envoya d'autres légats. IJuant à un nouveau concile, le pape le trouvait maintenant superflu, inopportun même , au moins désirait-il qu'il fût ajourné à des temps plus propices. La mémoire de Flavien était réhabilitée, Eutychès déposé, Eusèbe de Dorylée jouissait à Rome de la communion de l'Eglise, Théodoret était réintégré par le peuple et l'empereur, la foi pleinement assurée par la souscription de la lettre dogmatique à Flavien; le jugement des délinquants était en préparation. Il semblait donc, après une sentence de l'Église, qU'uii nouvel éclaircissement de la question dogmatique fût dangereux, inadmissible; d'autant plus que les évéques d'Orient, en présence de l'invasion des Huns, ne pouvaient s'éloigner de leurs diocèses.
Mais comme l'empereur, avant la réception de la lettre de Léon (du 9 juin), avait, dès le 17 mai i51, convoqué le concile à Nicée en liythinie pour le 1" septembre, Léon, malgré les répugnances qu'il avait manifestées, y donna son assentiment. Outre les légats qu'il avait déjà envoyés, l'évèque Lucentius et le prêtre Basile, il se fit encore représenter par l'évèque Paschasin de Lylibée, le prêtre Boniface et Julien de Cos. Il refusa de s'y rendre en personne, en invoquant l'ancienne coutume du Saint-Siège et la nécessité de sa présence en Italie; mais il revendiqua, en vertu de sa primauté, le droit de préséance pour ses légats : Paschasin devait occuper la première place. Il donna des conseils inspirés par la sagesse et la prudence, tel que celui de ne pas empiéter sur l'ancien ordre hiérarchique et d'éviter toute enquête sur ce que l'Église avait établi. Il ne voulait pas non plus qu'en condamnant le monophysitismc, on favorisât l'extrême opposé, le nestorianisnie.
Evagr., 11, ] et seq.; Theophan., p. 157-159; Marcian., Ep. intor ep. Leun., n. 73, 76. Marcien, Ep. lxxiii, attribue au jiape la piéiMiiiDoiife dans les choses de la foi (ti^,v enjv âftwiryvriv iiriTxoTteûoycav xai äf/O'jcav Tr,^
oeCaç TtiaTEw;), de même que, selon Léon, Ep. v, c. 2, « le Seigneur ä donné à Pierre la primauté de la foi. » Ces mots de Marcien : <ioü «w- 6tvToùvTo;, ne signifient pas « à votre instigation, » mais « sous votre autorité. » C'est avec ce sens qu'aùôevTîa figure dans d'autres actes de cette époque. Cf. Theodor. Lect. (Migne, t. LXXXVI, p. 168) : lyçcf^ay AÉovTi ... Ttàcrav aOxto aôÔôVTtav TtapéxovTsç. Dans Gélase, Ep. XLII, p, 478, éd. Thiel, l'aOÔEVTta du sacerdoce est mise en opposition avec la nçoné-zzM des Latins. Autres sources : Vita S. Abundii; Com., Mansi, Vi, 513 et seq.; Leon. Magn. Op., diss. i; Quesn., an. 450, n. 9, cum notis Ballerin.; Migne, II, 243 et seq.; Leo Magn., Ep. lxxvi, lxxvii, du 22 nov. 450; Ep. Lxxviu-Lxxxi, du 23 avril; Ep. lxxxiii-lxxxvi, du 9 juin 451; Ep, Lxxxvni; Héfelé, II, p. 376, 380 et suiv. Sur Anatole, Leo, Ep. civ Marc, c. 2 : « Nos vestrce tidei et interventionis habentes intuitum, cum secundum suœ consecrationis anctores ejus initia titubarent, benignioi'es circa eum quam justiores esse voluimus; » c. 3 : « Vestrœ pietatis auxilio et mai favoris assensu episcopatum tantae urbis obtinuit. » Sur Théodoret, voy. Mansi, VI, 589 et suiv.; VIII, 89 et suiv.; Theod., Ep. cxxxvnicxi.. Édits de Marcien, Mansi, VI, 551, 553; Leo, Ep. Lxxxvm-xcxv ; Héfelé, II, p. 384-389. Mon ouvrage sur Pholius, I, p. 67-69. Saint Léon, Ep. Lxxxix, xcxiii, traite longuement de la présidence de ses légats, et P. de Marca, Conc, V, 6, prouve qu'il revendique ici un droit.
Quatrième concile œcuménique. — Le concile de Ghalcédoine et ses adversaires.
151 . Le concile indiqué pour Nicée fut transféré à Ghalcédoine, parce que l'empereur voulait résider dans le voisinage et y assister en personne. Il fut ouvert en l'église de Sainte- Euphémie le 8 octobre 451. L'Orient n'avait jamais vu et ne vit plus jamais une aussi grande assemblée d'évêques (520 à 630). De l'Occident, on n'y comptait, avec les légats de Rome, que deux évèques d'Afrique. La gestion des affaires extérieures fut confiée à six commissaires impériaux aidés de plusieurs sénateurs, mais ils restèrent rigoureusement séparés du concile même. La présidence fut occupée par les légats du pape ; venaient ensuite Anatole de Byzance, Maxime d'Antioche, Thalassius de Césarée en Cappadoce, Etienne d'Ëphèse et la plupart des autres évèques. Au côté opposé siégeaient Diosc(/re, Ju vénal et les évèques de leur parti.
Dès le commencement des délibérations, Dioscore fut obligé, sur la demande des légats du pape, d'abandonner sa place et de ß'asseuir au milieu en qualité d'accusé. Après la lecture de la requête d'Iùisèhe i!c Doryiée c<,)iitre i)i()Score, ou oxaiuina les
actes de son brigandage et la conduite honteuse qu'il avait tenue. Plusieurs de ses partisans, surtout les évêques de Palestine, l'abandonnèrent alors, et la plupart des évêques le déclarèrent indigne de l'épiscopat. Un grand nombre de ses anciens alliés confessèrent leur faute et s'excusèrent assez faiblement par la violence qu'on avait exercée sur eux, par le respect humain. Le parti égyptien poussa de violentes clameurs quand ou introduisit Théodoret, à qui le pape avait rendu son épiscopat, tandis que les autres accusaient hautement Dioscore d'avoir assassiné Flavien. Les commissaires impériaux firent remarquer que de telles vociférations étaient malséantes pour des évêques et également funestes aux deux partis. Dioscore, .Juvénal et quatre autres évêques furent déposés et ne parurent pas à la seconde session. On y donna lecture du Symbole de Nicée avec l'addition de Constantinople , de deux lettres de saint Cyrille et de la lettre dogmatique de saint Léon, qui fut saluée par des cris de joie : « C'est la foi des Pères, la foi des apôtres ! Nous croyons tous ainsi. Pierre a parlé par Léon ! Les apôtres ont ainsi enseigné ! » Cette lettre fut acceptée comme règle de la foi. Si dans la suite quelques évêques moins instruits de Palestine et d'IUyrie, ne comprenant pas bien cette lettre, demandèrent un délai, le nouvel examen qu'on leur accorda avait surtout pour objet de dissiper leurs doutes ; 'les passages attaqués furent éclaircis par des passages analogues de saint Cyrille, et ces évêques, qui, eu leur qualité de juges, devaient prononcer avec une pleine connaissance de la chose, donnèrent aussi leur souscription. Plusieurs évêques intercédèrent, non sans se contredire plus d'une fois, en faveur des chefs du brigandage d'Éphèse.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Lettre dogmatique du pape saint Léon contre l'hérésie d'Eutychés.
« Léon évèque à notre très-aimé frère Flavien, évêque de Constantinople.
» Nous avons enfin appris, par la lecture de vos lettres (que nous sommes surpris d'avoir reçues tardivement) et par l'ordre de la procédure faite devant les évêques assemblés avec vous, le scandale qui est arrivé chez vous et ce qu'on a innové contre la pureté de la foi; de sorte qu'à présent nous sommes parfaitement au fait de ce qui nous II. — HisT. DE l'Église. 1Ü
était inconnu auparavant. En quoi Eutychès, quoique honoré de la qualité de prêtre, a montré tant de témérité et d'ignorance, qu'on peut lui appliquer ces paroles du Prophète : Il n'a pas voulu s'instniire pour bien faire : il a médité l'iniquité en secret. Quelle plus grande iniquité, en effet, que d'avoir des sentiments impies et de ne pas vouloir suivre ceux des plus éclairés et des plus sages? C'est la foUe de ceux qui dans l'obscurité de nos mystères consultent, non pas les paroles des prophètes, ni les lettres des apôtres, ni l'autorité de l'Évangile, mais leurs propres lumières. Ils deviennent les maîtres de l'erreur, parce qu'il n'ont pas voulu être les disciples de la vérité. Mais quelle connaissance dans les saintes Écritures pourrait avoir acquise un homme qui ne sait pas même les premiers éléments de la religion renfermés dans le Symbole des apôtres ? Que dire d'un vieillard qui ignore ce qui est dans la bouche de tous les enfants? Ne sachant que croire de l'incarnation du Verbe, et ne voulant point se donner la peine d'étudier les livres de l'Écriture sainte pour l'apprendre, il devait du moins s'en tenir à cette déclaration commune par laquelle tous les chrétiens généralement font profession de croire en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son Fils unique, qui est né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie. 11 ne faut que ces trois propositions pour renverser presque toutes les hérésies. Car en croyant que Dieu est tout-puissant et qu'il est Père de toute éternité, on démontre qu'on lui croit un Fils qui lui est coéternel, qui ne diffère en rien de lui, parce qu'il en reçoit la divinité, la toute-puissance et l'éternité; ne lui étant ni postérieur par le temps, ni inférieur en puissance, ni dissemblable en gloire, ni différent en essence. C'est ce même Fils unique et éternel du Père éternel, qui, par l'opération du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie. Cette naissance temporelle n'a rien ôté et rien ajouté à la naissance divine et éternelle ; mais elle s'est tout employée pour la réparation de l'homme abusé, en triomphant de la mort et du démon qui en avait l'empire. Car nous ne pourrions jamais vaincre l'auteur du péché et de la mort, si Celui que le péché ne pouvait souiller ni la mort retenir n'avait pris notre nature et ne l'avait faite sienne. Il a donc été conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge sa Mère, qui, l'ayant , conçu sans perdre sa virginité, l'a enfanté de même. Si Eutychès, par un aveuglement volontaire, ne voyait pas cette vérité dans le Symbole, où elle est pourtant marquée avec tant d'évidence, il devait l'apprendre de l'Évangile, où saint Matthieu déclare qu'il fait la généalogie de Jésus- Christ fils de David, fils d'Abraham. 11 devait s'adresser à saint Paul qui, dans son épitre aux Romains, se dit serviteur de Jésus-Christ, appelé à l'apostolat et choisi pour prêcher l'Évangile, que Dieu avait^. promis auparavant par les éciits des prophètes touchant son Fils, qui lui
est né de la race de David selon la chair. Il devait consulter les prophéties, et il eût trouvé que Dieu avait promis à Abraham de bénir toutes les natioiis dans celui qui naîtrait de sa postérité. Et pour lever tous ses doutes à cet égard, il eût appris de l'Apûtre que l'Écriture, parlant des promesses de Dieu faites à Abraham et à sa race, ne dit pas à ceux de sa race, comme si elle en eût voulu marquer plusieurs : mais à sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ. Il eût pareillement compris le sens de ces paroles d'Isaïe : Voici qu'une vierge concevra dans son sein et enfantera un Fils qui sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Il aurait aussi entendu fidèlement ces autres paroles du même prophète : Un enfant nous est né; un Fils nous a été donné, qui porte sur son épaule la marque de sa puissance, et il sera appelé l'Ange du grand conseil, l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, If Prince Je la paix, le Père du siècle futur. Et il ne dirait pas d'une manière trompeuse que le Verbe s'étant fait chair est né de la Vierge avec la forme de serviteur, sans avoir un corps de la substance de celui de sa Mère. Peut-être s'est-il imaginé que Notre-Seigneur Jésus- Christ n'est pas de notre nature, parce que l'ange envoyé à la Vierge Marie dit : Le Saint-Esprit surviendra en vou^, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre; c'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu : comme si l'enfant, pour avoir été conçu de la Vierge par une opération divine, avait une chair de différente nature que celle de sa Mère. Mais cette génération admirable, pour être nouvelle et unique en son espèce, n'est pas celle d'une substance différente de la nôtre. Le Saint-Esprit a rendu la Vierge féconde, mais la chair de son Fils a été véritablement prise de son corps, et lorsque la sagesse s'est fait une maison, le Verbe s'est fait chair et il a habité en nous, c'est-à-dire dans la chair même qu'il a prise de sa Mère, et qu'une âme raisonnable rendait vivante.
» Ainsi les deux natures conservant leurs propriétés et étant unies dans une seule personne, la majesté s'est revêtue de bassesse, la force d'infirmité, l'éternité de mortalité, et afin de satisfaire pour nous, la nature impassible s'est unie à une nature passible, de manière que notre même et uniqiie médiateur Jésus-Christ étant immortel comme Dieu, pût mourir comme homme, et par ce moyen nous procurer le remède qui nous convenait. Vrai Dieu, il est né vrai homme, et sans cesser d'être tout ce qu'il était, il est devenu tout ce que nous sommes. Nous appelons ce que nous sommes ce que le Créateur nous a faits d'abord et ce que le Sauveur veut réparer. Quant à ce que le malin esprit y a surajouté, on n'en trouvera aucune trace dans le Sauveur. S'il participe à nos infirmités, il ne s'ensuit pas qu'il participe à nos crimes. Il a pris la forme de serviteur sans prendre la souillure du
péché. Il a enrichi l'humanité sans rien ôter à la divinité, parce que cet abaissement de l'invisible, du Créateur et du Seigneur de toutes choses, en se rendant visible et l'une des créatures mortelles, est un mouvement de compassion, et non pas un défaut de puissance. Le même qui, demeurant dans la forme de Dieu, a fait l'homme, s'est fait homme en prenant la forme de serviteur. Les deux natures ne perdent aucune de leurs propriétés, et comme la forme de Dieu ne détruit' pas la forme de serviteur, la forme de serviteur n'ôte rien à la forme de Dieu. Comme le démon se glorifiait d'avoir par ses artifices dépouillé l'homme des dons de Dieu et de l'avoir assujéti à la dure loi de la mort, et qu'il se consolait en quelque manière de ravoir pour compagnon de son malheur et d'avoir engagé Dieu, pour satisfaire aux lois de sa justice, de changer de sentiment envers l'homme, qu'il avait créé avec de si grands avantages, il fallait que Dieu, qui n'est point sujet au changement et dont la volonté bienfaisante ne peut être frustrée des effets de sa bonté, exécutât par une voie plus secrète les desseins de sa miséricorde pour nous, et que l'homme, précipité dans le crime par la malice du démon, ne pérît point contre le dessein de Dieu.
» Le Fils de Dieu descend donc du ciel dans ce monde infime, et, sans quitter la gloire de son Père, il se met dans un état nouveau et prend naissance par une génération nouvelle. Je dis un état nouveau, parce qu'étant de sa nature invisible, incompréhensible, éternel, Seigneur de l'univers, impassible et immortel, il s'est rendu visible et compréhensible, il a commencé d'être dans le temps, il a caché l'éclat immense de sa majesté sous la forme de serviteur et n'a point dédaigné de se rendre homme passible et sujet à la mort. Je dis une génération nouvelle, parce que la très-pure Vierge sa mère a fourni la matière de son corps, sans ressentir aucun mouvement de concupiscence. Il a pris de sa Mère la nature humaine, et non pas le péché, et, bien qu'il ait été formé dans le sein d'une vierge d'une manière admirable, il n'a pas pris pour cela une nature différente de la nôtre. Car celui qui est vrai Dieu est aussi vrai homme, et il n'y a rien de faux dans cette union de la bassesse de l'homme avec la grandeur de Dieu. La compassion ne change pas Dieu, et l'élévation ne détruit pas l'homme. Chaque nature, avec la participation de sa compagne, fait ce qui lui est propre, le Vei'be ce qui est du Verbe, et la chair ce qui est de la chair. L'une fait les mii-acles, l'autre souffre les afironts, et comme le Verbe ne cesse pas d'être égal à son Père, son corps ne cesse pas d'être de la nature des nôtres. Car le même (il faut le répéter souvent) est vraiment fils de Dieu et vraiment fils de l'homme. Dieu, parce que le Verbe était au commencement, que le Verbe était en Dieu, et que le
Verbe était Dieu. Homme, parce que le Verbe s'est fait chair et a habité en nous. Dieu, parce que toutes choses ont été faites par lui, et que rien ne s'est fait sans lui. Homme, parce qu'il a été fait d'une femme, fait sous la loi. Sa naissance corporelle prouve la nature de l'homme ; sa naissance d'une vierge démontre la puissance de Dieu. Son berceau fait voir que c'est un enfant ; la voix des anges témoigne que c'est un Dieu. L'attentat d'Hérode qui le veut faire mourir, montre qu'il est semblable aux hommes ; l'adoration des Mages témoigne qu'il est le Seigneur de toutes choses. De plus, lorsqu'il se présentait au baptême de Jean, son précurseur, de peur qu'on ne méconnût ce qui était caché sous le voile de la chair, on entendit la voix tonnante de son Père, qui dit du haut du ciel : Voici mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute ma complaisance. Si en qualité d'homme le démon le tente, les anges le servent en qualité de Dieu. La faim, la soif, la lassitude, le sommeil font évidemment voir que c'est un homme; mais rassasier cinq mille hommes de cinq pains, donner à boire à la Samaritaine dune eau qui étanche la soif pour toujours, marcher sur les eaux de la mer sans être submergé, commander aux tempêtes et les faire cesser, c'est incontestablement agir en Dieu.
» Comme donc, pour abréger, ce n'est point la même nature, qui touchée de compassion pleure un ami mort, et qui, après quatre jours de sépulture, le ressuscite d'une simple parole, qui est pendue à un bois et qui change le jour en nuit et fait trembler toute la terre, qui est attachée à une croix et qui ouvre le ciel au bon larron ; pareillement ce n'est point la même nature qui dit : Moi et mon Père nom sommes un; et qui dit : Mon Père est plus grand que moi. Car quoiqu'il n'y ait qu'une personne en Jésus-Christ Dieu et homme, néanmoins ce qui est en lui le principe des souffrances communes entre Dieu et l'homme est différent du principe de la gloire, qui leur est pareillement commune. C'est de nous que par son humanité il est moindre que son Père, c'est de son Père qu'il lui est égal par la divinité.
» C'est donc parce qu'il ne se trouve qu'une seule personne avec ces deux natures, qu'on lit dans l'Écriture que le Fils de l'homme est descendu du ciel, le Fils de Dieu ayant pris chair de la Vierge de laquelle il est né, et encore que le Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, ayant souffert cela, non pas dans sa divinité, par laquelle il est Fils unique de Dieu, coéternel et consubstantiel à son Père, mais dans l'intirmité de la nature humaine. Ainsi, nous professons dans le Symbole que le Fils unique de Dieu a été crucifié et enseveli, suivant ce que dit l'Apôtre : Ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire, s'ils l'eussent connu. Et lorsque ce Sauvem*, interrogeant ses disciples touchant leur foi, leur disait : Owe dit-on parmi les hommes que soit le
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Fils de l'homme ? et que ses disciples lui eurent rapporté les dilférenls sentiments qu'on avait de lui, il leur demanda : Et vous autres, qui dites-vous que je suis? Moi, qui suis Fils de l'homme, que vous voyez dans la forme de serviteur et dans une chair véritable, qui dites-vous que je suis? Alors saint Pierre, inspiré de Dieu, lit cette profession de foi, qui devait être si profitable à toutes les nations : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. Et ce ne fut pas sans cause que Notre-Seigneur l'appela bienheureux et qu'étant la pierre principale et par excellence, il lui en communiqua le nom, la solidité et la vertu, comme à celui qui, par la révélation du Père, avait déclaré qu'il était et le Fils de Dieu, et le Christ : l'un sans l'autre étant inutile pour le salut. Car il était également dangereux de croire, ou que Jésus-Christ était Dieu seulement sans être homme, ou qu'il était homme seulement sans être Dieu. De plus, après sa résurrection, qui fut la résurrection d'un vrai homme, puisque celui qui ressuscita n'était pas un autre que celui qui avait été crucifié et qui était mort, que fit-il pendant l'espace de quarante jours, sinon expliquer les mystères de notre créance? C'est pour cela que, conversant, demeurant et vivant avec ses disciples, et levant leurs doutes auprès d'eux ou satisfaisant à leur curiosité par de? expériences sensibles, il entrait sans ouvrir les portes, il leur donnait le Saint-Esprit par son souffle et leur découvrait le sens et le fond des saintes Écritures. Il leur montrait encore la plaie de son côté, les cicatrices des clous et les autres marques de sa passion toute récente, disant : Voyez mes muins et mes pieds: c'est moi; touchez et considérez qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous me voyez avoir l'un et l'autre, afin qu'on reconnût que les propriétés des natures divine et humaine i-estaient distinctement en lui, et qu'ainsi nous sussions que le Verbe n'était pas ce qu'est la chair et que le même Fils de Dieu est Verbe et chair tout ensemble.
» Or il faut croire qu'Ëutychès est bien dépourvu de cette foi pour ne pas reconnaître notre nature dans le Fils unique de Dieu, ni par l'abaissement de sa mort, ni par la gloire de sa résurrection. Et il n'a point tremblé à ces paroles de l'apôtre saint Jean : Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans une chair véritable, est de Dieu, mais tout esprit qui divise Jésus-Christ n'est point de Dieu, et c'est un antcchrist. Qu'est-ce que diviser Jésus-Christ sinon en détacher la nature humaine, détruire par d'impudents mensonges le mystère de notre salut ? Qui s'aveugle sur la vérité du corps du Sauveur, s'aveugle pareillement sur sa passion. Car quiconque ne doute pas de la réalité de la croix, du supplice et de la mort que le Sauveur du monde a endurée, doit croire la vérité de sa chair. Il faut reconnaître qu'il a un corps comme nous, dès qu'on le reconnaît passible, car nier la vérité de la chair, c'est en
r.HS HÉRÉSIES FT LES SCHISMES. 247
nier les souli'rances. Qui a la foi et croit à TEvangile, doit connaître aussi de quelle nature est celui qui a été percé de clous et pendu à une croix, et dont le côté, ouvert par la lance d'un soldat, a versé le sang et l'eau, dont l'Église de Dieu est arrosée et abreuvée. Qu'on écoute aussi l'apôtre saint Pierre, assurant qae l'âme est sanctifiée par l'aspersion du sang du Seigneur; et qu'on ne lise point en courant ces paroles du même apôtre : Considérez que ce n'est point par de l'or ou de l'argent, choses corruptibles, que vous avez été rachetés de l'état d'illusion oi.i vous étiez engagés par votre naissance, mais par le sang précieux de Jésus- Christ comme de l'agneau sans tache et sans défaut. Qu'on ne résiste point au témoignage de l'apôtre saint Jean, qui déclare que le sang du Fils de Dieu nous lave de tout péché. Et encore : C'est notre foi qui nous rend victorieux du monde. Et qui est celui qui triomphe du monde, sinon c£lui qui croit que Jésus-Christ est Fils de Dieu ? C'est lui qui est venu pur l'eau et le sang, non dans l'eau seulement, mais dans l'eau et le sang ; c'est l'esprit qui témoigne que Jésus-Christ est vérité. Il y en a trois qui rendent témoignage, l'esprit, l'eau et le sang, et ces trois font une seule chose. C'est-à-dire l'esprit de la sanctification, le sang de la rédemption et l'eau du baptême, trois choses qui ne font qu'une même chose indivisible et de laquelle rien ne peut être séparé; car l'ÉgHse catholique vit et prospère dans cette croyance qu'en Jésus-Christ l'humanité n'est pas sans la vi'aie divinité, ni la divinité sans la vraie humanité.
» Mais quand Eutychès dans son interrogatoire vous a répondu : Je confesse qu'avant l'union Notre-Seigneur était de deux natures; mais je n'en reconnais plus qu'une après l'union, comment se fait-il que ses juges ne l'ont pas repris d'une déclaration si absurde et qu'ils ont laissé passer ce blasphème sans témoigner qu'ils en étaient choqués ? Cependant il y a autant d'impiété à dire que le Fils unique de Dieu était de deux natures avant l'incarnation que de n'en reconnaître qu'une après qu'il s'est fait chair. Ainsi, de peur qu'il ne s'imagine qu'il n'a rien dit en cela que de bien ou qui ne pût se dire, parce que vous ne l'avez pas repris, vous aurez soin, si Dieu lui fait la grâce de recourir à la pénitence, de l'obHger à rétracter ce qu'il a avancé dans cette occasion avec autant de témérité que d'ignorance. On voit par les actes que vous m'avez envoyés qu'il a été prêt à quitter ses sentiments, lorsque, pressé par vos raisons, il avouait ce qu'il n'avait pas encore dit et se soumettait à croire ce qu'il avait toujours rejeté. Mais comme il n'a jamais voulu consentir à la proscription de son dogme impie, vous avez bien reconnu qu'il persistait dans sa perfidie et qu'il fallait le condamner. Que s'il en a un repentir sincère et qu'il recon- ' naisse enfin que les évêques lui ont fait justice, et que pour satisfaction il condamne de vive voix et par écrit toutes ses erreurs, on fera bien
d'user envers lui de tmite sorte d'indulgence, parce que Notre-Seigneur, le vrai et bon pasteur qui a donné sa vie pour ses ouailles, et qui est venu pour sauver les hommes et non pour les perdre, veut que nous imitions sa miséricorde, en réprimant les pécheurs par la justice, mais en faisant grâce aux pénitents. On ne peut rien faire de plus utile dans la défense de la vraie religion, que de porter les sectaires à condamner eux-mêmes leurs propres erreurs. Or, pour l'exécution de tout ce qui concerne cette affaire, nous avons envoyé nos frères Julien, évêque, et René, prêtre du titre de Saint-Clément, et notre fils Hilaire, diacre, qui agiront en notre nom. Nous leur avons associé Dulcitius, notre notaire, homme d'une lidélité très-éprouvée, espérant que Dieu fera la grâce à celui qui s'était égaré de quitter ses erreurs et de rentrer dans la voie du salut. »
Outre sa lettre dogmatique, Léon P' envoya la lettre suivante aux Pères du concile :
« Croyez, mes frères, que je préside moi-même par mes légats au concile, et que je m'y trouve présent avec vous dans leurs personnes. Et comme j'ai déjà déclaré quelle est la foi catholique, et que vous êtes informés de ce que je crois suivant l'ancienne tradition, vous ne pouvez ignorer ce que j'attends de vous en cette rencontre. C'est, mes chers frères, qu'on rejette toute dispute contre les points de foi que Dieu a inspirés, que l'infidélité cesse de tenir ses vains discours, et qu'on ne permette pas de soutenir ce qu'il n'est pas permis de croire. On doit s'en tenir à la déclaration de foi pleine et expresse que nous avons faite dans notre lettre à Flavien, touchant le mystère de l'incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, suivant l'autorité de l'Évangile, les paroles des prophètes et la doctrine des apôtres. Et parce que nous savons que l'esprit de parti a mis le trouble dans plusieurs Églises, et que quantité d'évêques, pour n'avoir pas voulu recevoir l'hérésie, ont été chassés de leurs sièges et envoyés en exil, et qu'on en a mis d'autres eu leurs places, notre intention est qu'on commence par remédier à ces maux, afin que personne ne soit frustré de ce qui lui appartient et ne jouisse de ce qui ne lui appartient pas. Car si nous voulons que tous ceux qui sont tombés dans l'erreur, venant à résipiscence, soient rétablis dans leurs honneurs, à plus forte raison prétendons-nous que ceux qui auront souffert pour la foi jouissent de ce privilège. Au surplus, les décrets établis spécialement contre Nestorius au premier concile d'Éphèse, auquel présidait Cyrille d'heureuse mé- . moire, subsisteront dans leur force et vigueur, afin que cette première hérésie ne se flatte pas que la condamnation d'Eutychès lui soit favorable. Car la pureté de la foi et de la doctrine que nous enseignons
dans le même esprit que nos saints Pères, combat et condamne également ces deux hérésies avec leurs auteurs. »>
Léon 1'='' approuva le concile dans la lettre suivante adressée aux Pères :
«Jene doute pas, mes frères, que vous ne sachiez tous que j'ai embrassé de tout mon cœur les décisions rendues touchant la foi au concile de Chalcédoine, puisque, ayant autant de douleur que j'en avais de ce que l'unité de la foi avait été troublée par les hérétiques, je ne pouvais que me réjouir de la voir rétablie. Vous eussiez pu le reconnaître Hon-seulement sur mes désirs pour cette heureuse uniformité, mais encore par les lettres que j'ai écrites depuis le retour de mes légats à l'évèque de Constantinople, s'il avait voulu vous manifester les réponses du Siège apostolique. De peur donc que quelques malins interprètes de mes sentiments ne fissent douter de mon approbation pour ce que vous avez défini touchant la foi au concile de Chalcédoine, j'adresse cette lettre cii'culaire ;"i tous nos frères les évèques qui y ont assisté ; l'empereur, par l'amour qu'il a pour la foi catholique, la fera remettre à chacun de vous, comme je l'en ai prié. Vous y reconnaîtrez, et tous les fidèles avec vous, que non-seulement parle suffrage de mes légats, mais encore par l'approbation expresse que je donne aux actes du concile, j'entre dans vos vues, mais uniquement (ce qu'il faut souvent redire) dans ce qui regarde la cause de la foi , pour laquelle le concile général a été assemblé par l'ordre des empereurs, du consentement du Saint-Siège, et la condamnation des hérétiques, sans l'obstination desquels il n'y aurait plus personne qui doutât de la vérité de l'incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De sorte que si quelqu'un ose jamais défendre la doctrine impie de Xestorius, ou celle d'Eutychès et de Dioscore, qu'on le retranche de la communion des catholiques, et qu'il ne participe point au corps dont il nie la vérité. »
Et pour qu'on ne croie pas que ce n'est qu'un simple consentement et une pure adhérence à la décision, qui a déjà par elle-même toute la force qu'elle peut avoir, le même pontife déclare expressément, dans une lettre à Anatole de Constantinople, que « l'autorité du Siège apostolique a confirmé la définition de foi du concile de Chalcédoine. »
Les évoques d'un concile tenu dans les Gaules écrivirent à Léon l" pour lui exprimer la joie avec laquelle ils avaient reçu sa lettre dogmatique et les instructions qu'elle renfermait :
« Tous ceux ipii aiment à être instruits du mystère de notre rédemption, ont gravé cette lettre 'au fond de leur cœur et l'ont apprise
par cœur, afin d'être plus en état de confondre les hérétiques. Les uns se réjouissent d'y avoir reconnu et trouvé la foi qu'ils ont reçue de leurs pères; les autres, devenus plus soigneux par les avis que Sa Sainteté y donne, témoignent leur satisfaction de se trouver pleinement instruits et disposés à pouvoir s'expliquer librement çt avec assurance de leur foi, soutenus qu'ils sont de l'autorité même du Saint-Siège. Il n'y a personne au monde qui puisse assez remercier Sa Sainteté d'avoir enrichi de sa doctrine, qui est celle de Dieu même, comme de pierres précieuses, non-seulement les Églises des Gaules, mais encore celles de toute la terre. Tout fidèle y est obligé, afin de demeux-er ferme dans sa créance. L'hérétique le doit aussi, afin qu'éclairé de la lumière de la vérité et de la doctrine apostolique de Sa Sainteté, il abandonne la perfidie et les ténèbres de l'erreur, et suive plutôt ce que Notre- Seigneur Jésus-Christ enseigne du mystère de son incarnation par la bouche de Sa Sainteté, que ce que suggère le démon, ennemi de la vérité et du salut des hommes. Ils étaient aussi dans le dessein d'écrire à l'empereur, qu'ils appellent fils de Sa Sainteté, pour lui témoigner, en le félicitant de son attachement à la foi, qu'ils suivaient tous le pontife romain dans ses soins et ses travaux pour l'Église; s'ils n'avaient appris par des nouvelles venues d'Orient que cela n'était pas nécessaire. Dieu avait réservé à son pontificat la découverte d'une hérésie qui se tenait caché depuis longtemps; cette gloire était due à sa vigilance : la foi ayant triomphé avec d'autant plus d'avantage que l'hérésie n'avait plus trouvé de sectatem's, ou avait perdu ceux qu'elle s'était faits. Ils prient le Seigneur de conserver l'ÉgUse et le saint pontife, sous la conduite duquel les bons chrétiens deviennent toujours plus avisés, et les lâches sont excités à faire leur devoir par ses grands exemples. Les ayant continuellement devant les yeux, ils ne cesseront de remercier Dieu d'avoir donné un pape d'une si grande sainteté, d'une si grande foi et d'une connaissance si étendue dans la doctrine du Siège apostohque, qui est la source d'où, par la grâce du Sauveur, la religion leur est venue, et de le prier qu'il le conserve de longues années pour le bien de son Église. Enfin, avec l'aide de Dieu, ils demeureront inviolablement attachés à Sa Sainteté, jusqu'à donner leur vie, s'il le faut, pour la défense de la foi et de l'Égfise catholique. » Cette lettre était souscrite par quarante-trois évêques.
Dans la troisième session (13 octobre), Eusèbe de Dorylée, trois prêtres et un laïque d'Alexandrie se firent les accusateurs de Dioscore, lequel, invité trois fois à comparaître, s'excusa sous différents prétextes. Ses crimes ayant été prouvés, les légats du pape, puis les autres évêques prononcèrent sa depo-
LES TIÉRÉSIKS ET LF.fi SCHISMK.S. 2.M
sitiun et 1(3 déclarèrent déchu de toute fonction ecclésiastique. Cette nouvelle fut annoncée à son clergé, puis à l'empereur et au peuple. A l'égard des complices de Dioscore, on procéda, dans la quatrième session (17 octobre), avec une rare douceur. Comme ils avaient demandé pardon, anathématisé Eutychès et souscrit la lettre de saint Léon, on les reçut à la communion. L'empereur lui-même désirait qu'on usât d'indulgence. Treize évêques d'Egypte, qui avaient présenté à l'empereur une confession de foi tout-à-fait insuffisante, refusèrent de souscrire la lettre du pape, parce qu'ils ne pouvaient, disaient-ils, rien faire à l'insu et contre le gré de leur patriarche , on les tuerait quand ils rentreraient dans leur pays. Dioscore étant déposé, il fallait lui nommer un successeur et ils signeraient ensuite avec son approbation. On décida qu'ils resteraient dans la capitale jusqu'à ce qu'un évèque fût nommé à Alexandrie.
Décrets impériaux, Mansi, VI, 033, 556, 360. Délibérations, ibid., p. 363, 938, 973 et suiv.; VII, p. 1-97; Evagr., II, 2 el suiv., 16; Héfelé, II, p. 390-446. L'examen du Tomus Leonis, entrepris à la demande de quelques évêques, était, selon les théologiens, un « examen elucidationis, non revisionis » (Bennettis, Vindic, part. l,t. I, p. 173 et s.; Gerdil, Esarae dei motivi dell' oppositione alla Bolla Auctorem fidei, part. H. sect. n; Op. XIV, p. 191-210; Gard. Litta, Lettre xxm sur la déclaration du clergé; Fr. Zaccaria, Antifebronio, part. Il, p. 336 et seq.). La majorité ne voulut pas d'abord permettre un examen; elle avait admis la lettre comme règle de foi, rjTto; ttiotew; (Mansi, VI, 971 et seq. Cf. VII. p. 113-116); on l'accorda « ut qui dubitant doceantur » (ibid., VI, 974 et seq.).
Confession de foi contre Eutychès.
152. Dans le principe, le concile ne voulait point dresser une nouvelle formule de foi ; il trouvait que la sigiialiire de la lettre du pape suffisait pour exclure l'hérésie d'Eutychès. Il y consentit néanmoins, sur le désir de la cour, des magistrats et de plusieurs évêques. Anatole en avait rédigé une qui était approuvée par plusieurs Grecs dévoués à sa personne ("21 octobre); mais elle fut rejetée par les légats du pape, parce qu'elle disait seulement (ainsi que l'admettait le parti de Dioscore) que Jésus- Christ est de deux ?iatures et non e;z deux natures. La confession de fui établie dans la cinquième session était ainsi
conçue : « Nous déclarons d'une voix unanime que l'on doit confesser un seul et même Jesus-Christ Notre- Seigneur ; le même parfait dans la divinité et dans l'humanité, vraiment Dieu et vraiment homme ; le même composé d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité ..., en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, sans que l'union supprime la différence des natures. Au contraire, la propriété de chacune est conservée et concourt en une seule personne et une seule hypostase, en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en deux personnes »
La lettre de Léon fut qualifiée de colonne contre l'hérésie, et, dans une allocution à l'empereur, le concile déclara que l'évêque de Rome avait été donné au concile comme un champion contre toute espèce d'erreur. On protesta aussi formellement contre ceux qui tenaient pour inconvenante toute nouvelle explication de la foi après celle d'Éphèse, attendu que de nouvelles erreurs demandent de nouveaux éclaircissements.
Dans la sixième session (21 octobre), à laquelle Marcien et Pulchérie assistèrent eu personne, l'empereur prononça une excellente allocution et proposa quelques règlements ecclésiastiques ; puis on lut et publia de nouveau le décret dogmatique. L'empereur défendit toute discussion publique sur les questions de foi, toute nouvelle controverse. Les Pères considéraient le concile comme terminé, mais l'empereur voulut qu'on s'occupât de diverses questions de discipline et qu'on vidât certaines affaires particulières. Ce fut l'objet des dernières sessions. Dans la huitième (26 octobre), Théodoretet trois autres évêques, pour ne laisser aucun doute sur leurs sentiments, anathématisèrent Nestorius. Ibas, évêque d'Édesse, fut également admis à la communion, après s'être justifié et avoir dit ana- Ihème à cet hérésiarque et à Eutychès (27 et 28 octobre, neuvième et dixième sessions). Dans la quinzième, on étabht vingt- . cinq canons en l'absence des légats du pape, lesquels protestèrent solennellement plus tard contre la vingt-huitième, qui exaltait le siège de Constantinople. Les commissaires de l'empereur reconnurent que la primauté sur tous et le principal rang d'honneur revenait à l'archevêque de l'ancienne Rome, mais que l'archevêque de la Rome nouvelle devait jouir des
TES hi^:résies et les schismes. 253
mêmes prérogatives honorifiques. Devant l'opposition des légats, on essaya, dans une lettre respectueuse où l'on demandait à Léon de contirmer les décrets du concile, de faire admettre ces prétentions. Le pape se contenta d'approuver les décrets dogmatiques.
Mansi, VII, 97 et seq., 118 et seq., 178 et seq., 323 et seq.; Héfelé, II, p. 446-535. Que dans le texte de la définition de la cinquième session (Mansi, loc. cit., p. H6), il faille lire èv ôûo çOcsfft au lieu de èx oûo çûaewv, cela a été reconnu par TUlemont, Walch, Néander, Gieseler, Jacobi, etc. Voyez Héfelé, p. 451 et suiv., n. 3 (2'= édit., p. 470, n. 1).
Édita impériaux. — Troubles en Palestine et en Egypte.
153. L'empereur Marcien édicta la peine du bannissement contre Eutychès et Dioscore, et publia, en 452, de sévères édits contre leurs partisans. L'Orient venait d'échapper à un péril extrême, et cependant il était loin d'être tranquille. Les monophysites recoururent à tous les artifices pour faire passer le concile de Chalcédoine comme nestorien et annuler ses décrets. Des moines de Palestine , appuyés par l'impératrice veuve Eudocie, s'insurgèrent contre Juvénal, évêque de Jérusalem. Théodose, moine d'Alexandrie, arrivé de Chalcédoine, se mit à la tête de ceux qui, tout en répudiant Eutychès et la doctrine d'une absorption de la nature humaine par la nature divine, ne voulaient pas admettre les deux natures. Ses partisans rélevèrent sur le siège de Jérusalem à la place de Juvénal expulsé, et déchaînèrent leur fureur contre quiconque refusait de se détacher du concile de Chalcédoine. Des torrents de sang furent répandus, les évêques légitimes expulsés. L'empereur, cédant à de nombreuses sollicitations, pressé par le pape Léon lui-même, recourut à la force armée; Théodose la brava pendant vingt mois, puis s'enfuit sur le mont Sinaï. En 453, Juvénal et les autres évêques furent enfin réintégrés, mais il resta encore beaucoup de monophy sites en Palestine.
Plus triste encore était la situation de l'Egypte, où le parti de Dioscore, très-puissant, répandait le bruit qu'à Chalcédoine on avait condamné saint Cyrille et confirmé la doctrine de Nestorius. On fit circuler une traduction falsifiée de la lettre de saint Léon. Les moines d'Egypte, la plupart soumis en es-
254 HISTOIRE DE l/ÉGLiSK.
claves à leur patriarche, avaient peine à se détacher de Dioscore. Après qu'il eut été exilé en Paphlagonie, où il mourut en 455, ils le remplacèrent par son archiprêtre Protérius, contre lequel plusieurs de ses prêtres témoignèrent bientôt leur malveillance. Une émeute sanglante éclata dans Alexandrie ; les soldats de l'empereur, repoussés dans l'ancien temple de Sérapis par une populace en délire, y furent brûlés vivants. Il fallut des forces imposantes pour rétablir la tranquillité.
Un autre soulèvement plus sérieux encore eut lieu après la mort de Marcien(4o7). Protérius fut assassiné dans le baptistère, et Timothée Élure (Chat), un monophysite forcené, déposé par lui en 452, fut intronisé sur le siège archiépiscopal; il destitua tous les évêques et les prêtres qui lui résistèrent, anathématisa le concile de Chalcédoine, le pape Léon et Anatole. Les deux partis s'adressèrent au nouvel empereur Léon I" (457-474). Timothée Élure demandait un second concile œcuménique ; le pape réclamait la punition du meurtrier de Protérius, l'établissement d'un archevêque catholique à Alexandrie et le maintien du concile de Chalcédoine. L'empereur consulta les évêques de son empire sur l'autorité des décrets de Chalcédoine et sur l'affaire d'Élure. Presque tous, environ 1,600, déclarèrent (458) que les décrets de Chalcédoine étaient sacrés et inviolables, que Timothée Élure méritait déjà par ses crimes, non-seulement d'être déposé, mais exclu pour toujours de l'Église. Les meurtriers de Protérius furent donc punis, Élure exilé à Gangres , puis à Cherson ; Timothée Salophacialos (le Blanc) institué archevêque d'Alexandrie (460). Cet homme, dont les idées étaient franchement catholiques, contribua beaucoup, par l'aménité de son caractère, par sa sagesse et sa modération, au rétablissement de la paix.
L'empereur Marcien, dans Mansi, VII, 473 et seq., 498 et seq., 502 et seq.; Héfelé, II, p. 535-337. Plaintes contre le concile, Zachar., Rhetor., Hist. eccl.; Maï, Nov. coll., X, p. 301 ; Xenaj., ap. Assem., Bibl. or., Il, 40. — Leo M., Ep. eu., cxvi, cxvn, cxxin, cxxxix; Zachar. Rhet., loc. cit., p. 363; Vita S. Euthym., abb. (mort en 472), scripta a Cyrillo Scythopol.; Cotel., Mon. Eccl. gr., II, 200; Evagr., II, 5; Mansi, VII, 483, 487, 306, 510, 314, 620. — Libérât., Brev., cap. xn; Evagr., II, 5, 8, 11 ; Theophan., p. 173 ; Leo M., Ep. cxlv, clvi et seq., 162, 164 et *eq., CLXix et seq.; Codex Encycl., ap. .Mansi, VI, 341 ; VII, 455; Gelas.,
Brevic. bist, Eutych., cap. iv, v, p. 514 et seq.; Supplie, episcop. ^g. ad Leon.; Mansi, VU, 523. En Egypte, les catholiques ne s'appelaient oi'dinaireraent que dyophysites.
Troubles en Syrie. — Pierre Foulon.
454. De sérieuses controverses allaient bientôt éclater aussi dans le diocèse d'Antioche. Le fameux abbé Barsumas (mort en 458) avait obstinément réagi contre le concile de Chalcédoine. On vit arriver à Antioche un moine du nom de Pierre, surnommé le Corroyeur, à cause du métier qu'il avait exercé au couvent des acémètes de Constantinople. Protégé par le gouverneur Zenon (vidame de l'empereur), il forma avec les apollinaristes un parti contre l'archevêque Martyrius, qui se vit enfin réduit à renoncer à sa charge, malgré les assurances de l'empereur et de l'évêque de Constantinople. Pierre escalade aussitôt le siège vacant, introduit le monophysitisme et ne consacre que des évêques dévoués à cette doctrine, y compris Jean, évêque dégradé d'Apamée. Banni en 470 par l'empereur Léon, dans l'Oasis, l'usurpateur prit la fuite et se cacha. En 471, Julien monta sur le siège d'Antioche.
Pierre Foulon est encore célèbre pour avoir ajouté à la doxologie usitée dans l'Église ces paroles : a Qui avez été crucifié pour nous, » comme si le Père et le Saint-Esprit eussent été mis à mort avec le Fils. Il entendait par là qu'après l'union des deux natures en Jésus-Christ, il ne restait que la nature divine, commune au Fils et aux deux autres personnes divines. On pouvait bien dire de Dieu le Fils qu'il avait été crucifié (selon sa nature humaine), mais non de la Trinité divine. De là vient que dans quelques Églises, comme à Jérusalem, cette addition n'était appliquée qu'à la seconde personne en Dieu.
Theod. Lect., lib. 1, n. 20-22; Theophan., p. 175 et seq.; Liber., cap. xvin; Niceph., XV, 28; LeQuiert., Or. chr., II, 724 et seq.; Héfelé, II, p. 547, 575. 11 y avait deux trisagions : 1° l'un plus ancien, d'Isaïe, VI, 3 : « Sanctus (trois fois) Dominus Deus Sabaoth. » Cf. Const. ap., VIII, 12 ; 2° l'autre, plus récent : « Sanctus Deus, sanctus fortis, sanctus immortalis miserere nobis, » encore usité aujourd'hui Je vendredi saint et à Prime de l'office de la férié ; il fut adopté sous Théodose II et le patriarche Proclus. Job. monach., ap. Phot., cod. 222, lib. VI, p. 191,
éd. Bekker; Joau. Damasc, F. 0., III, p. 218-220; De trisagio, p. 480- 495, éd. Le Quien.; Theoph., p. 144; Cedren., Comp, hist., I, 599, 600; Baron., an. 446. Mon ouvrage, Photius, I,p. 57, n. H. Dans ce dernier trisagion, Pierre Foulon fit à ces mots, chers à monophysites et orthodoxes en soi : Qtb; èaTaupwôri, cette addition, 6 craupioOel; 6i' y)\idiç. On essaya dans quelques Églises de prévenir le sens hérétique de cette addition, que saint Éphrem admettait, en la rapportant à Jésus-Christ : XpiCTTs ßaffikü ô (TTaupwÔEiç St' "oixà;, mais cet usage disparut après lui (Le Quien, Op. Damasc, I, 479). A Jérusalem, on chantait, selon Damascène (De trisag., c. XXVI, p. 495) : aytoç ô Qebç xal HaTrlp, âyioc. l<T/yçioc, à Yiàz xoû 0eoü, (Tapxwôeiç xai fftaypwôei; St' r;|jià;, ayto; àodtvaTOç xà 7i:v£Ü[jia tô ayiov, ô et; xOpio; Sagawô, eXéricrov :^(Aàç. Les monophysites prétendent que cette addition était en usage à Antioche depuis Eustathe (IV^ siècle), et que Marin, évêque d'Apamée, l'avait pleinement justifiée. Zachar. Rhet., Hist. eccl., c. xii; Assemani, Bibl. or., II, p. 59, 60; Mai, Nov. collect., X, p. 375; Migne, Patr. gr., t. LXXXV, p. H65.
Acace et le schisme acacien. — Zenon et Basilisque. Encyclique. — Contre-encyclique.
155. A l'empereur Léon I" succéda son neveu Léon II, qui mourut bientôt et fut remplacé par son père Zenon, mari de la princesse Ariadne. Le nouvel empereur favorisa Pierre Foulon et fit peser la plus dure oppression sur le peuple, déjà tant éprouvé par les hordes des barbares. Profitant de la circonstance, Basilisque, frère de l'impératrice Vérine (veuve de Léon I"), s'empara de l'empire en 479, tandis que Zenon s'enfuyait en Isaarie. Le tyran chercha un appui dans le monophysitisme, laissa les hérétiques Timothée Élure et Pierre Foulon remonter sur les sièges d'Alexandrie et d' Antioche, et fut le premier empereur chrétien qui rendit un décret formel sur la foi. Dans sa lettre circulaire (enkyklion) adressée à Élure, qui en était l'instigateur, il voulait que les trois premiers conciles œcuméniques fussent seuls reconnus pour légitimes, qu'on anathématizât comme des nouveautés et livrât au feu la lettre de saint Léon et les actes de Chalcédoine, que son édit de religion fût souscrit par tous les évêques.
Les monophysites tressaillaient de cette victoire inespérée. Cinq cents évêques souscrivirent son édit, qu'un concile d'Kphèse, par la plus basse flatterie, qualifia « d'encyclique divine et apostolique. » Dans la a capitale, » l'archevêque Acace (depuis 471) était hésitant ; il allait publier soleimel-
lement la nouvelle loi dogmatique, lorsque l'attitude menaçante et résolue du peuple catholique l'entraîna dans la résistance générale que dirigeaient les moines, surtout le fameux stylite Daniel. Il se posa alors en défenseur public de la foi menacée, et, en signe de deuil, ût couvrir de noir l'autel et son trône. Basilisque, il est vrai, résista d'abord à la demande des moines qui réclamaient la suppression de cet édit; mais, devant l'irritation générale , augmentée encore par un immense incendie, en présence de la foule surexcitée contre sa tyrannie, au milieu des cris de trahison qui retentissaient dans son entourage, il perdit contenance et résolut de céder, d'autant plus que Zenon précipité marchait contre lui de l'Isaurie. Il révoqua son édit par un contre-édit (antienkyklion), qui condamnait à la fois Nestorius et Eutychès, et rechercha l'amitié d'Acace et des moines (477).
Cependant Zenon remonta peu de temps après sur le trône, aux grands applaudissements du peuple, et fit assassiner Basilisque et sa famille en Cappadoce. La chute du tyran fut généralement considérée comme une victoire de l'orthodoxie et valut à Acace un grand crédit en Orient. Les évêques de l'Asie-Mineure, qui avaient autrefois encouragé Basilisque à le déposer, s'humihèrent maintenant devant lui et s'excusèrent par la violence qu'on avait exercée sur eux. Les abbés et les prêtres de la capitale avaient eu plus de part à cette victoire qu' Acace; ils s'étaient étroitement rattachés au pape Simplicius, qui ne négligea rien de son côté pour maintenir la foi catholique, empêcher la prédominance de l'hérésie en Orient, fortifier les cathoUques fidèles et exercer sur le tjaran une influence durable.
Theod. Lect., I, 13, 27-36; Evagr., II, 17; III, 1-8; Candid. Isaur., ap. Phot., cod. 79; Cyrill. Scylhopol., Vita S. Euthym., c. cxiii; Acta S. Daniel., c. xli et seq., ap. Sur., H déc; Theophan., p. 185 et seq.; Brevic. hist. Eut., c. iv-vi, p. 514 et seq.; Simplic. P., Ep. ii-v, p. 177- 189, éd. Thiel.; Héfelé, II, p. 346, 580 et suiv. Voyez l"E-pcux),iov dans Evagr., IIF, 4, r'AvTt£Yxux),iov, ibid., c. 7. Le pape Simplicius releva énergiquement l'autorité de son siège. Ep. ii, du 9 janv. 476, à Acace, c. 2, p. 178 : « Quia s. m. praedecessorum nostrorum exstante doctrina, contra quam nefas est disputare, quisquis recte sapere videtur novis assertionibus non indiget edoceri. sed plana alque perfecta sunt omnia,
U. — UIST. DE l'église. 17
quibus potesl vel deceptus ab hsereticis erudiiù vel in vinea Domini plantandus institui. » Ep. m, du 10 janv., à Basilisque, c. 5, p. 182 : « Perstat in successoribus suis hsec et eadem apostolicse norma doctrinœ, cui Dominus curam totius ovilis injunxit, cui se usque in finem sœculi minime defuturum, cui portas inferi nunquam preevalituras esse promisit, cujus sententia quœ ligarentur in terris, solvi testatus est non posse nec in cœlis. » Cf. Ep. iv, p. 184. — Gelas,, Ep. xxvi ad episc. Dard., 495, c. 8, p. 404 : « Si Basiliscus tyrannns et bœreticus scriptis apoatolicse Sedis vehementer infractus est et a plurimis revocatus excessibus quanto magis legitimus Imperator, qui se catholicum videri volebat, poterat ... mitigari, » etc.
Règne de l'orthodoxie sous Zenon.
i56. Zenon, après son rétablissement, essaya d'abord de se concilier la faveur des vrais catholiques et présenta au pape une confession de foi irréprochable, avec la promesse de ne point attenter à la définition de Chalcédoine et de mettre un terme aux cabales des hérétiques. Simplicius, en le félicitant d'avoir recouvré le trône (9 oct. 477), l'engagea d'en rapporter la gloire au Seigneur, qui voulait assurer ainsi la paix de l'Égiise, et de rester fidèle aux sentiments qu'il exprimait, Zenon révoqua les (( mesures honteuses » et les « pragmatiques impies b de Basilisque, chassa d'Antioche Pierre Foulon et rétablit Salophacialos à Alexandrie. Quant au vieillard Élure, il le laissa en paix, comptant sur sa mort prochaine. 11 mourut en effet à la fin de 477 ou au commencement de 478. Salophacialos avait, dans un moment de faiblesse, fait réciter le num de Dioscore et avait été obUgé pour cela de donner satisfaction au pape.
Les monophysites d'Alexandrie lui opposèrent Pierre Monge ou le Bègue, qui, en sa qualité d'archidiacre d'Élure, avait participé à tous ses crimes. A l'instigation du pape et des orthodoxes de l'Orient, l'intrus fut banni et déposé par ordre de Zenon; mais il demeura caché à Alexandrie. Dans la crainte d'ameuter les partisans de Dioscore , puissants dans cette ville, on n'usa d'aucune violence à son égard, et Salophacialos réussit même par sa douceur à gagner plusieurs monophysites. Acace déployait également son zèle contre Monge, Foulon et autres hérétiques; il obtint leur condamnation à Home, et le pape le délégua pour régler ce qui les concernait. Mais à peine l'Église d'Alexandrie jouissait-elle de quelque
repos qu'un nouvel orage éclatait à Antioche. Pierre Foulon, expulsé par Jean Codonat, évoque d'Apamée, fut promu au siège patriarcal, puis déposé trois mois après (478), parce qu'il avait été ordonné par Pierre. Il eut pour successeur Etienne II, qui eut beaucoup à souffrir, car il était accusé de nestorianisme. En 479, les monopliysites se révoltèrent contre lui, le tuèrent et jetèrent son cadavre dans l'Oronte. Acace, qui ne songeait qu'à accroître son autorité, consacra ensuite pour Antioche Etienne III, et, après la mort de celui-ci, Calendion. Le pape Simplicius, qui avait obtenu de l'empereur la punition des meurtriers d'Etienne II, flétrit les empiétements d' Acace, encore qu'ils fussent excusés par les circonstances, mais en accordant les dispenses nécessaires. L'ambitieux Byzantin, malheureusement, révéla de plus en plus son défaut de principes; son zèle contre les monophysites se refroidit et il se rapprocha de ces sectaires.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N» d56.
Evagr., m, S; L. XVI, Cod. de SS. Eccl., I, 3; Simplic, Ep. vi, 7 oct. 477, p. 188 et seq.; Acac, Ep. ad Simplic, 478, ibid., Ep. viii, p. 193- 193. Le 13 mars 478, lo pape écrivit à Acace que Salophacialos devait être averti d'effacer la tache qu'il avait contractée « quando ei ut damnati Dioscori nomen inter altaria recitaretur, extortum est. » Que Salophacialos ait dépêché à Rome des délégués et des lettres pour satisfaire , qu'il y ait adressé des excuses et ime demande en grâce, on le voit dans Simplicius, Ep. xi ad Acac, p. 197-199, et Gélase, Ep. i, cap. 9, p. 292, déclare que c'était l'usage. — Sur Pierre Monge, Evagr., III, 11; Libérât., c. xvi ; Theophan., p. 194; Simplic, Ep. x-xiii, p. 196 et seq.; Gelas., Brevic hist. Eut., cap. vu, vm, p. K16 et seq.; ibid., cap. vui : « Scribit ad P. Simplicium Timotheus dicens Petrum olim in diaconio esse damnatum, nunc autem christiana societate semotum, raandans per Esaiam ep., rogans, ut scriberetur imperatori de Petro, quia latebat in Alex, civitate et insidiabatur Ecclesise, ut ad longinquius deportaretur exiiiuni. » Félix 111, Ep. ad cler. et mon. Orient. : <( Quos (Petrum Mongum, etc.) tune hypocrita Acacius ita fecit ab apost. Sede damnari, ut bis ctiam vocabulum christianorum toUeretur, quod gesta apud eum habita manifestant. » Acace délégué par le pape Simplicius, Ep. xviu, p. 206 et seq. : « delegatum tibi munus. » Gelas., Ep. x, c. 5, p. 344; Ep. XXVI, c. 13, p. 410; Thomassin, P. L L. L, c. x, n. 19. Troubles à Antioche, Simplic, Ep. xv-xvu, p. 202-207; Libérât., c. xviii; Evagr., m, 8 et seq.; Theoph., p. 187, 194 et seq.; Theod. Lect., II, i, 40. Mon ouvrage, Photius, I, p. 114-119. D'après le Brevic. bist. Eut., cap. xn, p. Ü17 et seq., Acace écrivit au pape : « Petrum (Fullonom) apud Con«-
â60 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
tantinopolim monasterium gubernasse, sed eo propter crimina derelicto Antiochiam fugisse, ibi pulso Martyrio catholico episc. per vilissimum populum et haereticos sedeni ipsius occupasse continuoque daranatum ab episcopis atque a Leone tune principe ad Oasitanum exilium esse directum, de quo lapsum Constantinopolim rediisse ac dédisse fidem, quod nullas ulterius turbas facere änderet; sed Basilisci temporibus a Timotheo illo damnato, qui Constantinopolim venerat, ad Antiochiam remissum fuisse, ut iterum illuc episcopatum teneret; quo facto idem Petrus Joannen! quemdam presb. ordinat Apameensibus episcopum, a quibus non receptus venit Antiochiam et Petrum sui episcopatiis peUit auctorem et invadit ejus ecclesiam. » Acace, qui, en 477 et 478, priait le pape de ne pas les gracier, institua plus tard Jean Codonat archevêque de Tyr. FéUx 111 disait d'Acace, 490, ep. xv, p. 272 : « Illicitis crescere tendit augmentis; » Ep. xvii, p. 276 : « Dum Patrum terminos transferre molitur el ambitionibus suis praevaricationis aditum impudenter exquirit. »
Acace allié à Pierre Monge. — L'Ênotique. 157. Timothée Salophacialos mourut en 481. Les monophysites nomnièrent de nouveau pour son successeur Pierre Monge ; les catholiques choisirent le grand économe Jean Talaja. Jean avait été légat d'Alexandrie et avait blessé autrefois l'orgueil d'Acace. Comme il avait un peu différé de lui annoncer sa nomination, il fut à diverses reprises accusé par lui auprès de l'empereur de parjure et de corruption. Le rusé Pierre Monge se rendit lui-même dans la capitale, gagna Acace et représenta à l'empereur que son autorité courait de grands dangers en Egypte si on y établissait un patriarche désagréable au peuple. Acace et Monge se concertèrent sur un édit de religion, qui devait résumer ce qu'il y avait de commun dans toutes les confessions et, en 482, ils le firent sanctionner par le complaisant empereur sous le nom d'Eno tique, ou formule d'union. On y admettait comme règles de foi le Symbole de Nicée avec l'addition de Constantinople, les douze chapitres de saint Cyrille et les décrets d'Éphèse, et l'on condamnait Nestorius et Eutychès, ce dernier comme représentant du docétisme. De Jésus-Christ, on disait seulement qu'il était « un et non deux ; » que les miracles et la passion se rapportaient au seul Christ. 11 ne fut pas question des deux natures; toutes les opinions contraires, énoncées à Chalcédoine ou dans n'importe quel concile, furent anathématisées. il y était dit aussi qu'un soûl de la Trinité, Dieu le Verbe, s'est fait chair.
Cet édit dogmatique, adressé d'abord aux Alexandrins, devait être la base d'une pacification universelle de l'Église et être partout souscrit; les nionophysites et les dyophysites furent mis en demeure de se réunir en une seule communion. Mais à quoi pouvait servir un accord purement extérieur, imposé par la force? Il arriva ce qui était inévitable : la division ne fit qu'augmenter. Les monophysites rigoureux devaient, comme les vrais catholiques, rejeter l'Énotique, et quant aux esprits plus souples, dans l'un et l'autre parti, cette formule ne suffisait pas pour les unir dans une croyance commune.
L'Énotique fut d'abord souscrit par Acace et par Pierre Monge, lequel en fut récompensé par le patriarcat d'Alexandrie; ensuite par Pierre Foulon, qui retourna à Antioche en remplacement de Calendion, déposé pour des raisons politiques ; par Martyr ins de Jérusalem et d'autres évêques. Plusieurs ne signèrent que par faiblesse et par crainte de l'empereur. A Alexandrie, une sorte d'union apparente fut établie par l'hérétique Monge; mais plusieurs monophysites se séparèrent de lui et furent nommés acéphales (sans chef) ; ils reconnaissaient Timothée Élure, dernier patriarche légitime d'Alexandrie. Plusieurs évêques catholiques furent expulsés par le pouvoir civil pour avoir rejeté VÉnotique, principalement .Jean Talaja. Dans l'empire grec, le monophysitisme gagnait de plus en plus de terrain.
Salophacialos dépêcha Talaja à l'empereur pour le prier de lui donner, en cas de mort, un successeur catholique. L'empereur le lui promit. Zenon fit l'éloge de Talaja, qu'on considérait comme devant être patriarche d'Alexandrie. Gelas., Brev. histor. Eutych., c. ix, p. 215. Cf. Evagr., III, 12; Felix, III, Ep. i, n. 10; Ep. ii, n. 4. Acace avait dit de lui comme prêtre qu'il était digne « cui majora committerentur » (Gelas., Ep. i, c. 3, p. 289). Accusations contre lui dans Zachar. Rhet., ap. Evagr., III, 12; Liber., c. xvii; Theoph., p. 199; Niceph., XVI, {{ : « Juraverat se non futurum episcopum. » Formule d'union dans Evagr., III, 14. Voyez Facund. Hermian., pro Trib. Capitul., XII, 4; Theoph., p. 202; Pagi, an. 482, n. 23 et suiv.; Berger, Henotica Orientalia, Viteb., 1723. C'est probablement à cet édit que se l'apporte cette plainte de Gélase, Ep. xliii, p. 478, édit. Thiel : « Ils ont rejeté les dogmes des apôtres et se glorifient des doctrines des laïques » {),aïxwv 5tôàY[ia(jiv). Sur les acéphales, Eusthath. mon. ep. ad Timoth. Scholast. (Mai, Nov. col., VII, 1, p. 277) et ci-dessous § 181.
262 HISTOIRE 1>E h EGLISE,
Les papes contre Monge et Acace.
458. Le pape Simplicius avait eu le dessein de confirmer Jean Talaja ; mais comme l'empereur l'accusait de parjure et exigeait la reconnaissance de Monge, il refusa d'approuver Jean, tout en s'opposant énergiquement à l'élévation de xMonge. Acace, qui autrefois détestait Monge comme un hérétique déclaré, essaya maintenant par la ruse et la violence d'amener les évoques d'Orient dans sa communion et de jeter un voile sur son hérésie par trop manifeste. Il fut longtemps sans donner aucune nouvelle au pape, qui se plaignit de son silence.
En 483, Jean Talaja, comme autrefois saint Athanase, arriva à Rome en fugitif et porta sa plainte à Félix III (ou plutôt Félix II), nouvellement élu. Déjà plusieurs moines orthodoxes et plusieurs évêques expulsés s'étaient adressés à lui. FéUx résolut d'agir avec toute la fermeté dont il était capable en faveur de la foi et des persécutés, et d'obtenir de l'empereur l'expulsion de Monge d'Alexandrie. Il envoya en qualité de légats les évoques "Vitale et Misène , chargés en même temps d'inviter Acace à se justifier dans un concile romain des plaintes portées contre lui par Talaja. Il manda plus tard aux légats qu'ils eussent à s'entendre avec Cyrille, abbé zélé des acémètes. Arrivés à la cour impériale, les légats se laissèrent gagner par la ruse et la violence , signèrent un jugement favorable à Monge et trahirent leur mandat.
Le pape Félix assembla un concile de soixante-sept évêques (juillet 484), reprit lui-même toute cette affaire, cassa la sentence des légats, les destitua de leur charge, renouvela la condamnation de Monge, excommunia et déposa Acace, qu'il avait sur ces entrefaites inutilement averti. Il se plaignit à l'empereur des sévices exercés contre ses légats, lui donna h entendre qu'il ne lui restait qu'à choisir entre la communion de l'apôtre saint Pierre et celle de l'hérétique Monge, et lui rappela les limites du pouvoir temporel. En octobre 485, la censure fut renouvelée contre iVcace et Monge, et Pierre Foulon fut déposé. Le chagrin d'une nouvelle défection était encore réservée au pape. Le défenseur Tutus, envoyé dans la capitale grecque muni de ses lettres, après avoir accompli la plus grande partie de sa mission et confié à des mains sûres le jugement
porté contre Acaoe, se rendit coupable d'infidélité et fut déposé.
Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 158. Simplic, Ep. xviii, xix, p. 208-213, sur la controverse d'Alexandrie, Ep. XX ad Acac, 6 nov. 482, p. 213, reproches sur son silence. Selon Gélase, Hist. Eutycli.,c.x, p. öl 6 etsuiv., Talaja envoya le prêtre Isidore et le diacre Pierre à Rome, mais le pape reçut de l'empereur, par Uranius, une « sacra » par laquelle « ab episcopatus illius confirmatione suspensus est. » L'empereur se montra offensé qu'on ne voulût pas reconnaître Monge. Liber., c. xvin; Evagr., IIl, 15; Brev. Hist. Eut., c. xi. — Folix III, Ep. i-iv, X, XII, XIII, p. 222 et snq., éd. Thiel; Evagr., III, 18-21 ; Liber., loc. cit.; Theophan., p. 204-207; Gelas., Breviar., c. xiii, p. 518 et suiv. Concile de Félix, Mansi, VII, 1053, 1065 et seq. Thiel, p. 247 et seq.; Héfelé, H, p. o8b-o90; mon ouvrage, Photius, I, p. 121.
Schisme d'Acace.
159. Acace n'ayant pas adhéré à la lettre du pape, un moine ont l'audace de l'attacher à son manteau comme il allait célébrer le .-^aiiit sacrifice. Cet acte lui coûta la vie et attira de terribles vexations à ses coreligieux. Acace raya le nom du pape des dyptiques, poursuivit ses adhérents et brava toutes les attaques, soutenu de la puissance de l'empereur, qui obéissait à toutes ses uispirations. Une nouvelle scission éclata entre l'ancienne et la nouvelle Rome et dura 3o ans (484-519). Acace mourut en 489 hors de la communion de l'Église romaine. Son successeur, Flavita ou Fravitas, chercha à se faire reconnaître de Rome, en même temps qu'il entrait en relations avec Pierre Monge. Le Saint-Siège exigea que les noms d'Acace et de Monge fussent enlevés des dyptiques. Flavita, imbu des mêmes principes que son prédécesseur, mourut au bout de trois mois.
Son successeur Euphémius (490-496) reconnut, il est vrai, le concile de Chalcédoine , replaça le nom du pape dans les dyptiques et renonça à la communion de Monge (mort en 490); mais il refusa d'effacer des dyptiques les noms de ses deux prédécesseurs, qui avaient été des fauteurs de l'hérésie. Le Saint- Siège maintint sa demande. L'empereur Anastase (491-518), sans vouloir s'immiscer aux affaires religieuses, crut cependant devoir maintenir Y Éiiotiqiœ q\\ vue de la paix extérieure; suspect lui-même d'hérésie, il favorisa les monophysites , bien qu'il eût promis lors de son couronnement de défendre les dé-
264 HISTOIRE DE l'kGLISE.
crets de Chalcédoine. A Rome, le successeur de Félix (492-496), le pape Gélase, qui avait déjà rendu de grands services parmi le clergé de Rome, maintint rigoureusement les justes exigences du Saint- Siège, et, comme ses devanciers, éventa un à un tous les subterfuges des Byzantins.
Liber., c. xviii; Theoph., p. 205 et seq.; Evagr., III, 28 et seq.; Basil. Cil., ap. Niceph., XVI, 17; Theod. Lect., 11, 6, 37; Victor. Tunun., an. 491, p. 226, éd. Gall.; Le Quien, Or. chr., 1, 218. Mon ouvrage, Photius, I, p. 126; Felix, Ep. xiv ad Flavit., p. 266 et seq.; Ep. xv ad Zenon., p. 270 et seq. (Flavitas, dans sa lettre, qualifiait l'apôtre Pierre de « summus apostolorum et petra fidei, cui mysteriorum cœlestium claves créditée »); Ep. xvi, xvu, p. 273-277. Lettre d'Euphémius, Gelas., Ep. III, p. 312 et seq.; Mansi, VIII, 3. L'empereur Anastase se plaignit que les papes l'eussent frappé d'excommunication. L'excommunication ne l'atteignait qu'implicitement avec les « sequaces Acacii. » Gelas., Ep. X ad Faust., c. i, p. 342 : « Si isti placet, se miscere damnatis, nobis non potest imputari ; si ab eis velit discedere, tanto magis a nobis non potest esse damnatus, sed potius ad gratiam sincerse communionis admissus. » Symmach., Apol., ep. x, c. 1, p. 700, 704 et suiv. : « Tu disrede ab Acacio et ab illius excommunicatione discedis. Tu noli te miscere excommunicationi ejus et non es excommunicatus a nobis. Si te misées, non a nobis, sed a te ipso excommunicatus es. »
Apologie d'Acace. — Défense du Saint-Siège.
160. La cour impériale et les apologistes d'Acace faisaient valoir les raisons suivantes : 1° Acace ne s'est pas, comme Eutychès, révolté contre la foi; il n'est point proprement hérétique, mais tout au plus blâmable d'avoir communiqué avec IMerre Monge; 2° or, ce dernier s'est amendé, il a été accueilli par l'empereur, qui est bon catholique, et ardemment désiré par le peuple d'Alexandrie; impossible donc de ne pas l'agréer, d'autant qu'il n'y avait rien là de contraire à la foi et aux bonnes mœurs. En tout cas, 3° Acace ne pouvait agir autrement; il y avait nécessité : l'empereur insistait et prenait luimême toutes les mesures; une autre attitude eût amené de grands malheurs; 4" Félix III l'avait jugé d'une manière anticanonique, car l'archevêque de la nouvelle Rome ne pouvait •être condamné en dehors du concile général ou au moins d'un concile spécialement convoqué à cet effet; 5° le Saint-Siège avait agi d'une façon peu chrétienne en refusant pour jamais
LES IIKIIÉSIES FT LES SCHISMES. 5fif)
toute espèce de pardon à Acace; il s'était montré hostile à ses successeurs, malgré leurs sentiments catholiques; 6" enfin, il avait nui par son obstination aux intérêts de toute l'Église, affaibli sa propre autorité et manifesté une extrême arrogance ; insoucieux du bien de l'empire, il avait méprisé le concile de Chalcédoine, tenu en si haute estime, en méconnaissant les prérogatives que ce concile reconnaît (canon xxvni) à la ville impériale.
Il ne fut pas difficile au pape de réfuter ces objections : 1° Une chose bien pire encore que de ne pas reconnaître la vérité, c'est, quand on la connaît parfaitement, de s'allier avec ses ennemis mortels. Acace avait lui-même traité Pierre Monge d'hérétique et l'avait condamné avec tous ses partisans. La condamnation dont il a été atteint, Acace se l'est attirée lui-même; en communiquant avec les condamnés, il a encouru leur châtiment, détruit son propre ouvrage, et on peut lui appliquer les paroles de saint Paul, Gai., n, 18. Il a foulé aux pieds toute remontrance et est mort dans sa condamnation.
2° Supposé que Pierre Monge se fût amendé, ce n'était pas là un motif de le porter sur le siège d'Alexandrie; il pouvait être digne de pardon, il ne méritait pas une distinction nouvelle, d'autant plus qu'il avait été ordonné par des hérétiques et nullement, comme on l'a soutenu, par le catholique Timothée, qui n'a été de sa vie en communion avec lui. S'il s'était corrigé, il aurait dû se soumettre aux catholiques et non leur commander.Pierre, d'ailleurs, ne s'est pas amendé; il l'a prouvé en ne cessant de communiquer avec des hérétiques notoires, et on le voit en outre par la doctrine de ses disciples, dont plusieurs se sont rendus d'Egypte à Rome. Que si l'on dit : l'empereur, qui pourtant est catholique, l'a accueilli, c'est là a. une offense à l'empereur et une atteinte à la foi catholique ; c'est compromettre gravement ce prince et le mettre en contradiction avec ce qu'il a dit précédemment (dans sa lettre à Simplicius, 477).
b. Cette assertion est réfutée par son propre langage, puisqu'il assure n'avoir rien fait que sur le conseil d'Acace. Et, du reste,
c. d'après quels canons, d'après quelles règles l'empereur pouvait-il agir ou ordonner? Cela n'était point du ressort du pouvoir civil.
En ce qui est de Pierre Monge, il y avait deux raisons pour
ne point l'absoudre : r le défaut d'autorité : un inférieur ne peut absoudre un supérieur; le Saint- Siège en a seul le pouvoir ; 2° le manque de dispositions du côté du sujet, qui persévérait dans l'erreur et le péché sans témoigner de repentir. Quant aux manifestations tumultueuses du peuple d'Alexandrie, c'est-à-dire des monophysites, elles ne pouvaient pas servir de ligne de conduite. Le peuple n'aurait-il pas eu le même droit pour demander le rétablissement de l'idolâtrie, pour réclamer un évèque hérétique? Comment le peuple, qui n'a pas le droit de rien exiger contre les lois de l'État, pourrait-il revendiquer quelque chose contre les lois de Dieu? Faut-il céder à ceux qui réclament des choses injustes, insensées? Où est ici l'autorité de l'empereur? L'empereur, en ceci, est-il encore catholique? A-t-il souci du bien du royaume?
3" Il est faux qu'Acace ait été poussé par l'empereur à cette démarche; c'est lui-même qui a entraîné l'empereur et qui l'a dirigé en tout. Supposé, du reste, que l'empereur eût voulu lui faire violence, ne devait-il pas lui résister avec la fermeté qui sied à un évêque, comme il le fit un jour sous Basilisque? Ne devait-il pas souffrir les dernières extrémités plutôt que sacrifier l'intégrité de la foi ? Quand de tels intérêts sont en jeu, il n'est pas permis à un évêque de céder à une pression extérieure ni de prétexter le danger d'un soulèvement. Les catholiques, au surplus, n'en ont point provoqué, et si les hérétiques ont fait du tumulte, le pouvoir civil pouvait l'étouffer. Eu tout cas, ou ne doit jamais déchirer l'Église pour ménager de folles entreprises et nuire à la religion.
4° Acace était déjà condamné par le concile de Chalcédoine ; il n'était pas besoin au fond d'un concile nouveau et chaque évêque aurait eu le droit de le tenir pour hérétique. Acace lui-même a déposé et expulsé sans concile Jean Talaja d'Alexandrie et Calendion d'Antioche ; s'il avait ce droit, pourquoi le dénier au Saint-Siège? Ensuite les canons veulent qu'on puisse appeler au Saint-Siège de toutes les parties de l'Église, tandis qu'il n'est pas loisible d'appeler de son jugement. D'autres èvêques ont été déposés par le pape seul , et ce qu'il approuve est seul valable dans l'Église. Il était impossible de convoquer un concile universel et d'y appeler les èvêques orientaux, car les èvêques expulsés étaient empêchés de s'y rendre et on ne pou-
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 2f>7
vait pas y admettre les hérétiques intrus qui occupaient aussi les sièges d'Alexandrie et d'Antioche'. Le pape Félix a choisi la forme qui convenait aux circonstances ; il a réuni les évêques présents et prononcé avec eux la condamnation des coupables.
5" Le pardon n'est jamais refusé en cas de conversion et de repentir ; mais Acace est mort dans l'endurcissement et sans avoir jamais fourni aucune satisfaction : le sentiment de ses successeurs se voit par la manière dont ils traitent sa mémoire.
6" Dans les choses de la foi, la fermeté est un devoir qui élève au-dessus de toutes les considérations humaines ; quand on viole son intégrité, sauve-t-on l'honneur et la dignité de l'empire ou du Siège apostolique? Éloigne-t-on les dangers qui menacent l'Église et l'État? Si le pape s'était fait le complice d'Acace, il serait lui-même dans le besoin et ne pourrait jamais secourir les autres. S'il pouvait être permis de communiquer avec les raonophysites condamnés, la même chose serait permise avec les ariens et autres hérétiques; ce serait pour l'Éghse la plus grande flétrissure. Dira-t-on qu'il faut ou admettre tout entier ou rejeter tout entier le concile de Chalcédoine ? On oublie que s'il jouit d'une pleine autorité pour les décisions dogmatiques et tout ce que le Saint-Siège a voulu établir, il ne la possède pas en ce qui est des additions illégitimes qu'on y a faites et qui n'ont pas obtenu force de droit ; tout ce (jui se trouve dans les actes des conciles n'a pas une égale valeur, de même que tout ce que contient l'Écriture n'est pas obligatoire '; tandis qu'il y a, même dans les écrits des hérétiques, des choses vraies et irrépréhensibles*. Que si l'on méprise pour autant l'autorité du Saint-Siège, cela ne prouve que réchauffement d'un fébricitant qui se révolte contre le médecin. Le jugement du siège de Pierre ne perd rien de sa force malgré toutes les attaques dont il est l'objet, malgré la résistance des condamnés. Ils sont vaincus, comme est vaincu Satan, bien qu'il continue d'enrager.
1° Felix III, Ep. Il, cap. 0, 8, p. 236, 238; Gelas., Ep. i, cap. H, 21, 28, 30, p. 293, 299, 303 ; Ep. m, p. 355 et seq.; Ep. xviii, cap. 5, p. 385; Ep. XXVI, cap. 3, 4, 7, 14, p. 398 et seq., 403, 412; cf. Felix, Ep. II, cap. 8, p. 237 : « Negligere quippe, cum possis deturbare per-
' Ps. XXV, 45.- ' Gai, ii, 12, 13. — ^ / Thess., v, 21.
versos, nihil est aliud quam fovere, nec caret scrupulo societatis occultée, qui evidenti facinori desinit obviare. » 2° Falix, Ep. xiv, cap. 3, p. 268; Gelas., Ep. i, cap. 6-8, 13, 14-17, 18, 23, p. 290 et s.; Ep. xxvi, cap. 5, p. 399; Ep. xxvii, cap. 4-6, p. 426 et seq.; Tract. IV s. tom. de anath. vinc, cap. xin, p. 569; 3° Gelas., Ep. i, cap. 10, 12, 22, 23, 25, 37, p. 292 et seq., 299 et seq., 308; Ep. xxvi, cap. 8, 10, p. 404, 408. — 4° Gelas., Ep. i, cap. 1, p. 288; Ep. x, cap. 3, p. 343; Ep. xxvi, cap. 5, 6, 9, 12, p. 400 et seq., 416 et seq.; Ep. xxvii, cap. 2, p. 424 : « An in catholicorum dejectione non fuit opus synodo et fuit raagnopere congreganda in praevaricatoris damnatione confessi? » Le pape Félix avait, selon l'ancien usage, signé seul le décret synodal, pour en mieux assurer les effets ; s'il l'eût fait signer à tous les évoques, deux évêques au moins auraient dû, selon la pratique dominante, le transmettre au destinataire, ce qui semblait alors dangereux. Conc. Rom., 485, éd. Thiel, Ep. xi, où l'on voit aussi la position que le pape occupait au concile de Rome.
Gelas., Ep. xxvi, cap. 14, p. 413 : c Quœ tamen sententia in Acacium destinata, etsi nomine tantummodo prœsulis apostolici, cujus erat utique potestatis (Gélase relève surtout ce point en face des Grecs), legitime probatur esse deprompta, prœcipue cum secreto dirigenda videretur, ne custodiis ubique praetentis dispositio salutaris quibuslibet difficultatibus impedita necessarium habere non posset effectura, tamen, qui orthodoxis ubique dejectis et haereticis tantummodo eorumque consorlibus jam relictis in Oriente catholici pontifices aut residui omnino non essent aut nuUam gérèrent libertatem, plurimorum in Italia congregatio sacerdotum l'ationabiliter in Acacium sententiam cognovit fuisse prolatam. Quae congregatio facta pontificum ... secundum tenorem veteris constituti particeps apostolicœ executionis effecta est, ut satis appareat Ecclesiam cath. Sedemque ap., quia alibi jam omnino non posset, nbipotuit et cum quitus potuit, nihil penitus omisisse, quod ad fraternum pertineret pro intemerata et sincera communione tractatum. » 5° Gelas., Tract. IV, cap. vi, p. 562-564; Felix, 490, Ep. xiv ad Flav., cap. 4, p. 269 : « Soi'tem infelicis Acacii perhorrescens, qui ... ut abiret in locum suum (Act., i, 15) etiam 7iobis conantibus non est permissus absolvi. » Cf. Ep. x, cap. ii, p. 342.
Contre cette assertion : « Acacium veniam postulasse et nos (Rom. Pont.) extitisse difficiles, » on cite (Gélase, Comm. ad Faust., ep. x, cap. 7, p. 346) comme témoin le frère de Faustus, le sénateur Andromaque, qui fit de vains efforts auprès d'Acace, et on prouve qu'Acace ne fit paraître aucun repentir. 6" Felix, Ep. xiv ad Flav., cap. 3, p. 267 : « Non sumus pertinaces, sed dogmata paterna defendimus; » Ep. xv ad Zen., cap. 5, p. 273 : « Cuicumque personse paterna fides et B. Pétri conimunio débet praeferri; » Ep, ii ad Acac, 483, p. 237 : « Neque putemus quod quibuslibet sit vallata periculis, unquam pondus vigoris sui vel censura beatissimi Pétri vel auctoritas universalis amittat Ecclesiae. »
Voy. surtout Gelas., Ep. i, cap. 32-34, 41, p. 305 et seq.; Ep. vu, cap. 8, p. 336 et seq.; Tract. IV, cap. \, 2, p. 357 et seq.; Ep. x, cap. 9, p. 347; Ep. m ad Anast., p. 358 : « Si nos superbi sumus, qui obediendum dicimus paternis institutis, qui refragantur quo appellandi sunt nomine? » Sur la victoire du Saint-Siège, Félix, Ep. xi, cap. 5, p. 257; Symmach., Ep. x, cap. xiii, p. 706 et seq.
Le pape Anastase II. — Xénajas et Sévère.
161. Les négociations d'Euphémius avec le pape Gélase furent inutiles, de même que le pape essaya vainement de gagner l'empereur Anastase. Ce dernier fit déposer et exiler son patriarche par des évêques de cour, et mit à sa place, eu 496, Macédoine II, qui dut, lui aussi, signer VEnotique. Le pape Anastase II conjura l'empereur, par des lettres et des légats, de respecter les droits du siège de Pierre et de ne point permettre que l'unité de l'Église fût rompue en considération d'un mort légitimement condamné. Comme ses prédécesseurs, il insista pour que le nom d'Acace fût rayé des dyptiques, mais il reconnut la légitimité du baptême et des ordres conférés par lui ; il demanda qu'on fit trêve à la tyrannie dogmatique et que la foi catholique fût rétablie à Alexandrie.
L'empereur, complètement enlacé dans les Uens de l'hérésie, écarta poliment les légats et n'accéda à aucun des désirs qui lui furent exprimés ; il essaya même d'imposer VÉnotique au Saint-Siège et d'influer, en 498, sur l'élection du pape. Il échoua. Le parti monophysite reçut alors deux chefs fort habiles : c'étaient Xénajas (Philoxène), originaire de Tahal en Perse, et le moine Sévère, de Sozopole en Pisidie. Le premier, après avoir combattu le nestorianisme en Perse, avait été consacré en Syrie évêque de Mabug (Hiéraple) par Pierre Foulon (mort en 488), s'était pris de querelle avec Flavien II, devenu patriarche d'Antioche après l'hérétique Palladius, parce que celui-ci refusait de condamner la doctrine des deux natures ; il l'avait fait déposer après avoir soulevé contre lui toute la Syrie.
Xénajas fut au moins le promoteur de la version de la Bible connue sous le nom de Philoxeniana, qui devait servir la cause des monophysites. Sévère, d'abord avocat, puis baptisé à Tripolis en Phénicie, se rendit dans la capitale avec plusieurs moines monophysites, captiva les bonnes grâces de l'empereur
et médita le renversement de l'archevêque Macédoine. Anastase demanda à celui-ci d'anathématiser le concile de Chalcédoine. L'archevêque répondit qu'on ne pouvait rien à cet égard en dehors du concile œcuménique présidé par le pape. Sévère essaya, avec l'assentiment de l'empereur, d'introduire dans la Uturgie l'addition des monophysites autrisagion (voy. 154). Une révolte éclata et l'empereur sentit le besoin de rassurer Macédoine. Mais l'insurrection à peine calmée, il le fit déposer par ses évêques de cour et lui donna pour successeur l'artificieux Timothée, qui persécuta les adhérents de son prédécesseur.
Déjà il était question de réunir un concile pour abolir celui de Chalcédoine, mais ce plan fut déjoué par Flavien d'Antioche et Élie de Jérusalem- Ils furent expulsés de leurs sièges ; Sévère occupa celui d'Antioche, Jean, évêque de Sébaste, celui de Jérusalem. Dans leur détresse, plusieurs évêques d'Orient, sous prétexte de confession de foi, s'adressèrent au pape Symmaque, qui avait répondu en détail aux reproches amers de l'empereur et revendiqué énergiquement les droits de l'Église. En 512, Symmaque avertit le clergé d'Illyrie de fuir le commerce des hérétiques. Il fit en vain tous ses efforts pour rétablir la paix religieuse, si profondément troublée en Orient.
Voici un extrait de la lettre du pape Symmaque à l'empereur : « Comme j'ai été instiniit, ù empereur, à l'école du Seigneur et de ses apôtres, j'ai appris à vous rendre des bénédictions pour vos malédictions, de l'honneur pour vos injures et de l'amour pour votre haine. Mais je vous conjure de prendre garde que Celui qui dit ; C'est à moi à tirer vengeance, et je le ferai, ne vous punisse à proportion de ce que je vous aurai pardonné. Et plût à Dieu que les opprobres dont vous prétendez me charger, et qui tournent à ma gloire, ne puissent vous nuire ! On a bien traité Jésus-Christ de démoniaque, d'ivrogne, d'homme né de parents infâmes; croirez-vous que je doive m'en aftliger? Vous imaginez-vous que, pour être empereur, vous ne rendrez pas compte à Dieu de vos actions? Je passe sous silence qu'il est honteux à un empereur de faire le personnage d'accusateur. Vous me reprochez d'être un manichéen. Est-ce que je serais eutychéen ou que je défendrais ceux de cette secte, qui a beaucoup de rapport à celles des manichéens * ?
^ Ego quidem dominicis et apustolicis eruditiouibus insdtulus, benedictiouem sludeo tuis, Imperator, referre maiedictis, contumeliis honori-
» Ces traits injurieux ne me blessent point, mais ils font évidemment connaître que vous aviez dessein de me dépouiller de l'honneur dont je suis revêtu sous la protection et comme successeur de saint Pierre. Voulez-vous, parce que vous êtes empereur, vous opposer à la puissance de saint Pierre? Vous qui reconnaissez Pierre le faux évoque d'Alexandrie, cherclierez-vous à opprimer saint Pierre l'apôtre, dans la personne de son humble successeur ? Mais comparons la dignité impériale avec la pontificale, et nous trouverons qu'elles sont différentes entre elles, que les choses divines dont l'une a le soin, diffèrent des choses humaines, qui occupent l'autre. Vous direz qu'il est écrit que nous devons nous soumettre aux puissances. Et n'avons-nous pas pour les puissances humaines toute la soumission qui leur est due, tant qu'elles ne s'élèvent pas contre Dieu? Mais s'il est vrai que toute puissance vient de Dieu, celle qui s'exerce dans les choses divines a cet avantage encore plutôt que l'autre. Vous dites que je me suis accordé avec le sénat pour vous excommunier. Il est vrai que je vous ai retranché du corps des fidèles, mais je ne fais en cela qu'imiter l'exemple de mes prédécesseurs '..... »
Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 161.
Gelas., Ep. m, x, xii, p. 312 et seq., 341 et seq., 349 et seq.; Evagr., m, 31 et seq.; Cyrill. Scythop., Vita S. Sabœ, cap. lxix et seq.; Theod.
ficentiam reddere et odiis redhibere charitatem. Vide, quaeso, ne ab eo qui ait : Mihi oindicta, et ego relribuam, quantum a me diraittitur, tantum a te cumulatius exigatur... Gontumelias igitur, Imperator, quas in meam proferendum putas esse personam, utinam quam mihi gloriosse sunt, ila te gravare non possent! Domino meo dictum est a quibusdam : Daemouium habes, vorator, de fornicatione natus. Et putas quia ego debeam mihi dolere?... An quia Imperator es nuUum Dei putas esse Judicium? Taceo quod imperatorem accusatorem esse non convenit... Dicis esse me manichseum. Numquid eutychianus sura, vel eutychianos deffendo, quorum furor maxime manichseorum suffragatur errori? (Symm. PP., Adv. Annst. imp. apolog. seu Epist. vi.)
' Me quidem isla non sauciant; sed te palam aperteque demonstrant meum cogitasse honorem repellere, quem interventu suc beatus Petrus imposuit. An quia imperator es, contra Pétri niteris potestatem ? et qui Petrum Alexandrinum recipis, beatum Petrum apostolum in suo qualicumque vicario calcare contendis? Couferamus autem honorem imperatoris cum honore pontificis : inter quos tantum distal, quantum ille rerum humanarum curam gerit, isle divinarum... Portasse dicturus es scriptum esse omni potestati subditos nos esse debere. Nos quidem potestates humanas suo loco suscipimus, donec contra Deum suas non erigunt voluntates. Cseterum si omnis potestas a Deo est, magis ergo quje rebus est prsestituta divinis... Dicis quod mecum conspirante senatu excommunicaverim te. Ista quidem ego, sed rationabiliter factum a decessoribus meis sine dubio subsequor. (Ibid.)
Lect., II, 9 et seq., 17 et seq.; Theophan., p. 215 et seq.; Anastas. II, Ep. I ad Anast., p. 615 et seq. Félix (Ep. xiv, cap. 4, p. 269) et Gélase (Ep. m, XII, p. 315, 357) avaient déjà parié de la condescendance dont il fallait user envers ceux qu'Acace aurait baptisés et ordonnés. Sur Xénajas et Sévère, Evagr., III, 32, 33; Theoph., p. 230, 233; Philoxeniana, Assem., Bibl. or., II, p. 83 ; Guericke, K.-G., I, p. 342, n. 2; Severi Op.; Cave, Hist. litt., p. 500; Fragm., ap. Maï, auct. class., X, 408; Spicil. Rom., III, 722; X, i, 169 et seq., 211 et seq.; Nov. coll., VII, i, p. 408. Voyez ci-dessus § 154. — Déclaration de Macédoine II : xoifiz otxow(jL£vtxYi; ffyvoSou lyodariz upôeSpov tôv vfii; 'Pwjxrjç £7;i(rxo:rov àSOvaTov xoüxo novficjai. Theophan., p. 234; Theod. Lect., II, 24, Sa déposition, Theod. Lect., II, 26-29; Theoph., p. 237 et seq.; Liber., Brev., cap. xix; Marcellin., Chron., an. 511 ; Niceph., XVI, 26. Concile de Sidon, 511-512. Héfelé, II, p. 647. Mon ouvrage, Photius, I, p. 633 et suiv.; Symmach., Ep. X s. Apolog. adv. Anast. imp.,p. 700-708, Thiel. Dans l'Ep. Orient, episc. ad Symmach., 512, Ep. su, p. 709-715, on cite Pierre, le prince des apôtres, « cujus cathedram beatitudini tuœ credidit Chr. optimus pastor ; » on implore son secours en faisant cette confession : « Christum ex duabus naturis et in duabus naturis esse, » et on adopte le Tomus Leonis et le IV'' concile. Les prélats persécutés pour leur foi demandent que le pape ne juge pas des orthodoxes comme des hérétiques. Au clergé et au peuple d'illyrie, Symm., Ep. xin, du 8 octobre 512, p. 717 et seq.
Le pape Horznisdas. — Rétablissement de la communion avec Rome.
162. En 514, le général Vitalien prit la situation malheureuse de l'Église et le bannissement de ses plus éminents pasteurs pour prétexte d'une insurrection, qui faillit se transformer en guerre religieuse. Il s'empara des généraux de l'empire et s'avança contre Byzance à la tête de son armée. Anastase fut deux fois réduit à demander la paix, à promettre par serment qu'il rappellerait les évêques exilés, maintiendrait la foi catholique et convoquerait à Héraclée un concile œcuménique qui serait présidé par le pape. Il écrivit alors au pape Hormisdas les lettres les plus révérencieuses, entama avec lui des négociations, qu'il essaya de traîner en longueur, car il n'y allait pas sérieusement. Dès qu'il se crut en sûreté, il changea de langage comme de conduite envers le Saint-Siège, et ordonna aux évêques réunis à Héraclée de se séparer sans rien terminer. 11 échoua dans sa tentative pour corrompre les légats de Rome, les renvoya honteusement, et, dans une lettre violente adressée au pape en 517, il déclara qu'il rétractait ses anciennes propo-
sitions, parce qu'il jugeait déraisonnable de se dépenser en prières et en politesse auprès de ceux qui ne se laissaient point fléchir; qu'il pouvait endurer des offenses, mais n'acceptait pas des ordres. Les hérétiques, tel que Sévère d'Antioche, purent impunément persécuter les catholiques. Timothée de Constantinople se prêta à tous leurs désirs.
Alexandrie, depuis Pierre Monge, avait eu constamment des évoques hérétiques (Athanase II, 490-496; Jean 1*='^, 490-507; Jean II Nicaiotes, 508-546; Dioscore il, 510-518). La seule chose que le Saint-Siège obtint à force de zèle fut que les évêques orthodoxes et les plus éminents d'entre les catholiques d'Orient se rattachèrent étroitement à lui, que le formulaire exigeant l'obéissance aux décisions de l'Église romaine trouva de nombreuses souscriptions et que les évêques d'IUyrie se séparèrent de Dorothée, archevêque de Thessalonique, qui soutenait les monophysites.
Hormisdas exhorta les évêques et les fidèles, soit en particulier, soit collectivement, à se montrer fermes et énergiques en vue de la récompense éternelle et du triomphe définitif de la vérité. Anastase mourut en 518 de mort subite, et il y eut en effet un grand revirement dans la situation.
Evagi'., III, 43; Tlieod. Lect., II, 37; Victor. Tun., p. 227; Tlieopli., p. 242, 246 et seq., 2ö4; Marcellin., Chron., an. 314 et seq.; Horniisd., lip. i-viii, x-xix, xxin, xxvH, xxvm, xxxiii-xl, p. 741 et seq., de älö-öl7.
Rétablissement de la communion avec Rome.
163. Le nouvel empereur Justin 1" (518-527) et son puissant neveu Justinien étaient dévoués à la foi catholique, de même que la majeure partie de la population de la capitale. Le peuple réclama hautement la déposition de Sévère d'Antioche, la réhabilitation du concile de Chalcédoine et la communion avec l'ancienne Rome. L'archevêque Jean II de Cappadoce, nommé sous Anastase, céda volontiers à ces désirs; il assembla promptement dans ce but un concile de quarante évêques, obtint de l'empereur le rappel des évêques catholiques et le bannissement des évêques hérétiques, la reconnaissance universelle et obligatoire du quatrième concile œcuménique et la reprise des négociations avec le Saint Siège. Il ne fut plus question de VÉiiotiqvp: mais n. — Hisi. iiK l'églisk. 18
on demanda au pape une légation pour travailler au complet rétablissement de l'unité religieuse. Le pape Hormisdas exigea la condamnation d'Acace, de ses successeurs et protecteurs imbus des mêmes sentiments, ainsi que la signature du formulaire envoyé par lui, où il demandait qu'on se conformât de tout point à la doctrine de l'Eglise romaine et qu'on obéît à toutes ses décisions. Les Grecs consentirent également que les noms d'Acace, de ses successeurs et apologistes Zenon et Anastase fussent rayés des dyptiques : seuls Euphémius et Macédoine ne furent pas nominativement condamnés.
Le jour de Pâques , :24 mars 519, après que l'archevêque Jean II et plusieurs Orientaux eurent accepté le formulaire du pape, la communion ecclésiastique fut solennellement rétablie et on institua une fête spéciale en l'honneur du quatrième concile œcuménique. L'empereur et les grands de l'empire, le patriarche et les évêques adressèrent au pape des lettres respectueuses; l'archevêque récalcitrant de Thessalonique, Dorothée, fut obUgé de se soumettre; Sévère d'Antioche, Xénajas de Mabug et autres chefs des monophysites s'enfuirent en Egypte.
Les légats du pape séjournèrent dans la capitale jusqu'en 520, et obtinrent que le prêtre Paul, élevé sur le siège d'Antioche, lut consacré dans cette église, et non pas à Constantinople, ainsi que l'avait désiré la cour. Le successeur de Jean II, Épiphane (520-535), fut ensuite délégué par le pape pour recevou", après satisfaction convenable, ceux qui étaient encore séparés de l'ÉgUse. A l'exception du diocèse d'Alexandrie, où l'hérétique Timothée III (mort en 538) se soutenait encore, et de celui d'Antioche, où, après l'abdication de Paul (531), menacé de dénonciation, le faible Euphrase de Jérusalem était au-dessous de sa tâche, la foi catholique régnait de nouveau dans la partie orientale de l'empire : la fermeté du Saint-Siège apostolique venait de remporter une nouvelle victoire.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Gratien a inséré dans sa collection les décrets suivants d'Horniisdas, qu'on ne trouve pas dans les lettres de ce pontife : \° Celui qui aura demandé d'être mis en pénitence, quoiqu'il l'ait parfaitement accomplie, ne pourra être ordonné prêtre ni évêque ; s'il venait à l'être, même par ignorance, et qu'ensuite il fût convaincu d'avoir été en
pénitence, il serait déposé. Quant à celui qui contre son gré aurait été relégué dans un monastère pour y faire pénitence, on ne comprend pas comment, n'étant au fond qu'un pénitent, on pourrait en conscience le promouvoir au sacerdoce '.
2" Personne, de quelque condition qu'il soit, ne se mariera en secret, mais la bénédiction nuptiale se donnera toujours publiquement par un prêtre ^.
3" Sur la demande : Si un père voulant marier son fils qui est adulte peut l'engager dans le mariage sans sa volonté, on répond que cela ne se peut, si le fils n'y consent en aucune manière. Si ce fils n'est pas encore adulte et qu'on ne puisse encore discerner s'il a l'usage de son libre arbitre, le père peut le donner en mariage à qui il voudra; et quand le fils sera parvenu à un âge parfait, il sera obligé de s'en tenir à ce qu'aura fait son père. Le pape ordonne que cette règle qu'il établit sera inviolablement observée par tous les catholiques ^.
'ir° Aucun prêtre n'érigera dans une église consacrée aucun autel au-delà de ceux que l'évêque y aura consacrés ou permis, afin que le sacré ne soit point mêlé avec le profane. On ne célébrera point de dédicace là où il n'y en aura point. Quiconque le fera sera dégradé s'il est clerc, excommunié s'il est laïque*.
Horm., Ep. xli et seq., p. 830 et seq.; Mansi, VIII, 436 et seq., 1063
^ Si ille qui ultro petit pœnitentiam, quamvis eam perfecte agat, non potest episcopus aut presbyter ordinari, ita ut etiam si per ignorantiani ordinatus fuerit, et postea convincitur pœnitentiam accepisse, dejiciatur. Ille ergo qui invitus ad pœnitentiam agendam mittitur in monasterinm, qui utique niliil aliud quam pœnitens dicendus est, qua conscientia ad sacerdotium pervenire permittitur ? (Dist. l.)
* Nullus fidelis, cujuscumque conditionis sit, occulte nuptias faciat, sed benedictione accepta a sacerdote, publice nubat in Domino, (m quaest. T), Nullus fidelis.)
5 Tua Sanctitas requisivit a nobis, frater veuerande, de filio adulto, quem pater matrimonium conlrahere vult, si sine voluntate fîlii adulti facere potest. Ad quod dicimus si aliquo modo non consentit filius, fieri non posse. Potest autem de filio nondum adulto, voluntas cujus nondum discerni potest, pater cui vult in matrimonium tradere; et postquam filius pervenerit ad perfeclam aetatem, omnino observare et adimplere débet. Hoc ab omnibus ortbodoxge fidei cultoribus sancitum a nobis tenendum mandamus. (xxxi qusest. 2, Tua Sanctitas.)
" Nullus presbyter in ecclesia consecrata aliud altare erigat, nisi quod ab episcopo loci fuerit sancliticatum, vel permissum,ul sit discretio inter sacrum et non sacrum, uec dedicaliouem lîngal, nisi sit. Quod si fecerit, degradelur, si clericus est; si vero laicus, anatbematizetur. {De consecr., dist. ii.)
et seq.; Theoph., p. 253 et seq.; Chron. pasch., p. 611 et seq.; Liber., cap. XIX ; Héfelé, II, p. 699 et suiv. Mon ouvrage, Photius, I, p. 145- 152; Kath. Kirche und christl. Staat, p. 952-963. La formule d'Hormisdas (Denzinger, Enchir., n. XX, p. 49, 50) se présente très-souvent sous différentes leçons, mais elles s'accordent pour la substance. Plusieurs des expressions qu'elle renferme se trouvent déjà dans des actes antérieurs, par exemple Ep. episc. Dardan. ad Gelas. P., 494, Ep. xi, p. 349 : « Etsi qui forte prava intentione ... a Sede ap. se crediderint segregandos, ab eorum nos alienos esse consortio profitemur, quoniam ... Patrum in omnibus custodientes prscepta et inviolabilia ss. canonum instituta sectantes apostolicse et singulari illi sedi vestrae commun! tide et devotione parère contendimus, » De même on a toujours admis l'inviolabilité et la solidité de la foi dans le siège de Pieri'e. Félix, Ep. I ad Zenon., p. 224 : « Nonne mea lides est quam solam esse veram et nulla adversitate superandam Dominus ipse monstravit, qui Ecclesise suse in )nea confessione fundandse portas inferi nunquam praevaliluras esse promisit? » Dans toutes les délibérations, le « Tome » de Léon et la définition de Cbalcédoine furent constamment mis au même rang. Simplic, 477, Ep. vi ad Zenon., p. 188 et seq. : « Chalc. synodi constituta vel ea qufe b. m. prœd. meus Leo apostolica erudilione perdocuit, intemerata vigere jubeatis, quia nec ullo modo retractari potest, quod illorum definitione sopitum, et nec uUatenus recipi toties uno undique ore damnatus. » Dès 515, Hoi'misdas envoya la formule avec une lettre à l'empereur Anastase, pour qu'il la remît aux évêques (Indiculus du 8 juillet, Thiel, p. 753). Les envoyés devaient dire à l'empereur : « Habetis texlum libelli ex scrinio Ecclesia?editum, juxta quem debeat (Ep.) protiteri, » et le pape en exigeait la souscription. En novembre 516, le pape envoya la formule aux provinces dllljTie, et il écrivit à Jean de Nicopolis (Ep. xix, p. 780) : « Libellum direximus in quo eos oportet subscribere, quia et omnes sacerdotes vestrarum pax'tium, qui ad Sedis ap. communionem reversi sunt, in eadem professione subscripserunt. » Elle devait servir de règle de foi, et elle fut souscrite dans les conciles, tel que celui de l'ancienne Épire (Thiel, Ep. xvii-xx, p. 776 et seq.; Mansi, VIII, 402 et seq., 405, 407; Jalfé, n. 490-493). En envoyant la formule aux évêques d'Espagne, Hormisdas exigea en 517 qu'ils refusassent la communion à tout ecclésiastique qui ne souscrii'ait pas (Thiel, Ep. xxvi, p. 793 et seq.; Jalfé, n. 498). De même qu'il exhortait, le 3 avril, tous les évêques orientaux u ut ad petram, supra quam fundata est Ecclesia, revertantur - (Ep. XXIX, p. 801 et seq.; Jatfé, n. 501), il les invitait tous à signer eu 519 (Ep. XLvi et seq., p. 835 et seq.; Jaffé, n. 517 et seq.).
Déjà dans sa lettre à l'empereur (519), comme dans ses autres écrits, Justin l'^"' insistait sur ce point. Pendant le voyage des légistes Germain et Jean, plusieurs évêques souscrivirent (Ep. lix, lx, p. 85 et seq.). Jean H de Constantinople présenta en mars 519 la formule, el
les autres prélats suivirent son exemple (Ep. lxi, lxv, lxxv, p. 852 et seq., 859 et suiv., 868). Les patriarches Épiphane et Mennas, et l'empereur Justinien, signèrent le « libcllus » (Mansi, VIII, 302 et seq., ülS, 1029; Jalfé, n. 562, 064; Pilra, H, p. 217-219). Voyez l'exemplaire de Jean II dans Deusdedit, Collect, can., lib. I, cap, cxn, p. 89, 90. Cf. Bossuet, Defens. declar., X, 7; Ballerini, De vi ac rat. prim., cap. xiii, § 16.
Controverse des théopaschites.
16i. On appelait théopaschites ceux qui attribuaient la passion à la divinité même, surtout les partisans de l'addition au trisagion, imaginée par Pierre Foulon. Si on rapportait cette addition au Verbe seul, la proposition qui affirme que Dieu a souffert était inattaquable, de même que celle-ci : « Un de la Trinité a souffert et est mort. » Plusieurs catholiques ne s'offusquaient pas de ces expressions, mais d'autres les détestaient à cause de leur origine monophysite et des malendus qui pouvaient aisément en résulter. Ceux qui les défendaient se nommaient théopaschites. Cette proposition : « Un de la Trinité a souffert, » considérée comme signe d'orthodoxie, avait pour champions Jean Maxence et d'autres encore, notamment des moines de Scythie, qui la soutenaient avec beaucoup de zèle à Constantinople (519). Ils voulaient qu'elle fût admise comme règle ecclésiastique.
L'archevêque Jean II et les légats du pape, craignant qu'il ne s'ensuivît de nouveaux troubles, s'y opposèrent. Le comte Justinien prit un vif intérêt à la controverse et pria le pape de donner une solution. Les moines se rendirent à Rome et y soulevèrent les esprits ; ils s'adressèrent aussi aux évêques d'Afrique qui résidaient en Sardaigne. Cette formule, selon eux, n'était pas identique à celle-ci : « Une des « trois personnes divines » a souffert la mort, » parce que le mot « personne » (prosopon) pouvait s'entendre dans un sens nestorien et purement moral, et que cette expression : « Le Crucifié est une des trois personnes divines » ne signifiait pas encore qu'il fût lui-même substantiellement Dieu.
En 521, le pape Ilormisdas déclara que cette phrase, sans être inexacte, pouvait donner lieu à de dangereuses interprétations et n'était pas admissible; que le concile de Chalcédoine n'avait pas besoin de ce complément ou de cette explication ; il ne voulait pas non plus que l'on dît : « Un des trois a souffert, » mais plutôt : « Une des trois personnes divines a souffert selon
la chair. » Les moines s'obstinèrent dans leur résistance et furent congédiés comme des perturbateurs de la paix et des fauteurs de l'eutychianisme. Fulgence et d'autres évêques d'xifrique approuvaient la doctrine des moines, mais ils voulaient (]u'on ajoutât ces paroles : « Une personne de la Trinité, le Fils unique de Dieu. » Les moines s'y opposèrent, et Jean Maxence écrivit contre le décret du pape, qu'il disait interpolé, une réponse virulente.
Plus tard, la lutte devint encore plus ardente à Constantinople, lorsque les moines combattus par Maxence, surtout les acémètes, poussèrent leur opposition jusqu'à rejeter le terme de « Mère de Dieu » et révélèrent ainsi le nestorianisme dont ils étaient accusés. Voici comment on raisonnait : (( Il n'y a que trois personnes dans la divinité; or, si l'on ne peut pas dire : <( le Crucifié est une des trois, il s'ensuit que le Crucifié n'est pas Dieu ni Marie Mère de Dieu. » Cette formule, où l'on croyait trouver la réfutation péremptoire du nestorianisme, s'accrédita dans rOrient, et en .533 l'empereur Justinien publia un édit où il établissait cette formule en des termes qui excluaient l'erreur : a Le Fils de Dieu fait homme et crucifié est un de la sainte et consubstantielle Trinité. »
Cet édit, accompagné d'une confession de foi, il l'envoya par deux métropolitains au pape Jean II pour qu'il le confu-mât, et demanda la condamnation de l'acémète Cyr, déjà censuré par Épiphane, et celle de ses partisans. Le pape accéda à la prière de l'empereur le 24 mars 534 et loua son zèle pour l'orthodoxie, tout en revendiquant l'indépendance de l'Église ; s'il approuvait l'édit impérial, c'est qu'il le trouvait conforme à la doctrine apostolique. D'autres Orientaux, tels que Fulgence Ferrand, Denis le Petit, étaient également favorables à la formule; mais il y en avait aussi qui la regardaient avec méfiance. L'édit fut derechef approuvé en 535 par le pape Agapet et en 553 par le cinquième concile œcuménique. L'Église de Syrie conserva Faddition de Pierre Foulon, mais les Grecs l'interdirent en 692.
Gelas, p., Ep. xlhi, c. 6, p. 478-480, éd. Thiel, contre cette doctrine des monophysites, que la passion affecte aussi la substance de la divinité, de même que le trisagion s'applique à la Trinité. 11 est certainement inexact que le pape Félix se soit prononcé contre la formule :
" Unusde Trinilate crucifixus est. » Vales., Diss. de Petro Ant. ep. qui Fiillo cognominalus est, in append.; Evagr., Hist. eccl.; Le Quicn, Op. Damasc. I, p. 478. Sur les moines de Scythie, Hormisd., Ep. 75, 7(i, 78, 89, 00, 98, 90, 120, 127, 132, 137, p. 868, 020 et scq. Le 15 octobre 510 (Ep. 00, p. 807), Justiiiien disait au pape : « Vestra doctrina univcrso orbi iinitatem petimus condonari; » le 17 septembre 520 (Ep. 120), il lui demanda de décider <( num Chr. recte dicatur un us de Trinitate in carne passus. )) Sur la controverse, voy. Noris, Op., III, 771, éd. Veron., 1729; Natal. Alex., Ssec. VI diss. ii, p. 239 et seq.; Hormisd., Ep. 124, p. 726 et seq.; Fulgent., Ep. 17, s. Liber de incarn. et grat., c. x, xviii; Joan. Maxent., Respons. adv. ep. (Migne, Patr. gr., t. LXXXVl, p. 03 et scq. Ses autres ouvrages, ibid., p. 75 et seq., 111 et seq. Cf. Baronius, an. 520, n. 22 et seq.; Pagi, an. 521, n. 2, Epist. Trifolii presbyt. ad Faust. (Migne, Patr. lat., t. LXIIl, [). 533). Acémètes, Liber Brev., c. xx. Édit de Justinien de 533, L. G, Cod. I, 1; Chron. pasch., p. 311 et seq., ed. Du Gange; Baronius, an. 533, n. 3 et seq. Réponse de Jean II, Mansi, VIII, 797; Jaffé, n. 571; Fulgent. Ferrand. (cf. Gallandi, t. XI, p. xiii, 346 et seq.), Epist. 5 ad Anatol.; Epist. 5 ad Scver. (Migne, Patr. lai., t. LXVII, p. 889, 910), Jean II déclara cette proposition exacte : « Una de tribus divinis personis passa est, " en sous-entendant : « secundum carnem. » Dionys. Exig., Prœf. advers. ep. Prodi ad Arm.; Mansi, V, 419; Agapet., ap. Baron., an. 535, n. 31 et seq.; Conc. V, coll. VIII, c. x; Héfelé, II, 533, 873. Voy. Dœllinger, Lclirb., I, 138, 140. Sur l'Église de Syrie, voy. Ephi-em., Ant. ap. Phot., cod. 228; Assemani, Bibl. Orient., I, 5, 18. Le concile « in TruUo, » 692, c. 81, interdit l'addition de Pierre Feulon, par cette raison surtout que plusieurs croyaient qu'elle introduisait une quaternité, au lieu de la Trinité. Damascen., F. 0., III, 10; Balsam., ap. Bevereg., Pandect. canon., I, p. 251 ; Assemani, Bibl. jur. or., t. V, p. 348 et seq.
Intrigues des monophysites sous Justinien. — Justinien et Théodora. — Colloque religieux de 533.
165. L'empereur Justinien I*"" (527-565), heureux sur le champ de bataille, célèbre comme législateur, ne négligea rien pour maintenir le concile de Chalcédoinc et voulut que les quatre premiers conciles œcuméniques fussent partout acceptés.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Voici ce qu'il écrivait à Jean II, qui venait de monter sur le trône pontifical :
« En rendant nos devoirs au Siège apostolique et à Votre Sainteté, suivant le désir que nous avons toujours eu et ffue nous avons encore de vous honorer comme notre père, nous donnons en même temps avis à Votre Sainteté de l'état où se trouvent les Églises de notre
280 HISTOIRE jjE l'Église.
empire. El parce que notre grande attention a toujours été de les conserver dans l'unilé avec votre Siège apostolique, rien n'en trouble à présent la tranquillité et la paix. Pour la maintenir, nous avons eu soin que tous les évoques d'Orient se tinssent dans la soumission qui est due à Votre Sainteté. Et quoiqu'à présent on sache partout que rien n'affaiblisse l'union des Églises et que tous les évêques sont fermement attaches à la doctrine du Saint-Siège, nous avons cependant cru devoir vous en informer. Car, quelque connus et quelque pubücs que soient les mouvements qui pourraient se faire dans l'état des Églises, nous croyons être obligé de vous en avertir, vous qui êtes le chef de toutes les Églises du monde K »
L'empereur expose ensuite l'erreur de acémètes, qu'il dit être sectateurs de Nestorius. Pour lui, il croit les mêmes choses que tous les évêques de la sainte Église catholique et apostolique, que les supérieurs des monastères qui sont dans la communion de Sa Sainteté et du Saint-Siège, et qui n'admettent aucun changement contraire à tout ce qui a été observé jusqu'alors et qui est actuellement en usage dans les Églises unies avec le Saint-Siège.
Mais tandis que l'empereur s'appliquait à ramener les monophysites à l'Église, sa femme, l'astucieuse Théodora, mettait tout en œuvre pour favoriser la secte, et contrariait souvent sa politique religieuse. L'empereur aimait à s'immiscer dans les controverses de religion; il entendait légiférer dans l'Église œmme dans l'État, mais il devint plus d'une fois l'instrument des desseins d'autrui. Les monophysites comptaient des partisans jusque dans la capitale, et les lois impériales ne contribuaient guère à les réconcilier avec l'Église.
^ Reddentes honorem apostolicse Sedi et Vestrae Sanctitati, quod semper nobis in veto fuit, et est, ut decet patrem honorantes vestram beatitudinem, omnia quse ad Ecclesiarum statum pertinent festinavimus ad nofitiam déferre Vestrfe Sanctitatis : quoniam semper nobis fuit magnum Studium unitatem vestrse apostolicfe Sedis et statum sanctarum Dei Ecclesiarum custodire, quse hactenus obtinet, et incommote permanet nulla intercedente contrarietate. Ideoque omnes sacerdotes universl Orientalis tractus et subjicere, et unire Sedi vestra3 sanctitatis properavimus. In prsesenli ergo qure commota sunt, quamvis manifesta et indubitata sint, et secundum apostolicae vestrse Sedis doctrinam ab omnibus semper sacerdolibus firme custodita et prœdicata, necessarium duximus ut ad uotitiam Vestrse Sanctitatis perveniant. Nec enim patimur quidquam, quod ad Ecclesiarum statum pertinet, quamvis manifestum et indubitatum sit quod movetur, ut non etiam Vestrse. innotescat Sanctitati, qua3 caput est omnium sanctarum Ecclesiarum. (Episl. Jusliniani imp. ad Joan. PP. II, leg. 8, tit. De summa Trinüalc.J
En 533, l'empereur institua dans son palais une conférence entre les catholiques et les sévériens. Les cinq évêques catholiques avaient à leur tête l'archevêque Hypate d'Éphèse. l'armi les six monophysites, deux étaient de Chypre et deux de la Syrie inférieure. Les sévériens anathéraatisèrent Eutychès, parce qu'il niait la consubstantialité du Christ avec sa Mère selon l'humanité et enseignait le docétisme ; ils déclarèrent au contraire que Dioscore et le brigandage d'Éphèse étaient orthodoxes, et ils rejetèrent le concile de Chalcédoinc. Ils invoquèrent l'autorité des Pères, surtout de saint Cyrille, du prétendu Denis l'Aréopagito (dont les ouvrages sont ici nommés pour la première fois), de Grégoire le Thaumaturge, du pape Jules I", dont la plupart des écrits étaient rejetés des catholiques comme interpolés.
Les sévériens disputèrent aussi sur la doctrine de saint Cyrille, blâmèrent l'insertion des conciles œcuméniques dans les diptyques, reprochèrent au concile de Chalcédoine d'avoir tenu Théodoret et Ibas pour orthodoxes, trouvèrent mauvais que les catholiques ne voulussent pas reconnaître que Dieu lui-même ou un de la Trinité a souffert dans la chair, que les miracles et les souffrances sont de la même personne. L'édit de Justinien avait répondu à ce dernier reproche. Quant à Théodoret et Ibas, on préparait déjà sur eux une nouvelle enquête. La conférence agita plusieurs autres questions, mais ne produisit pas eu somme les fruits qu'on en espérait. Philoxène, évêquc monophysile de Dulichie, fut le seul qui, avec quelques prêtres et moines, rentra dans le sein de l'Église.
Justinien, « le Synodite » (Tract, dogm., ap. Mai, Nov. coll., VU, 1, p. 292), voy. mon ouvrage, Photius, I, 153 et suiv. Colloque religieux de 533, Mansi, Vlil, 817 et seq.; Assemani, Bibl. Orient., II, p. 89 et seq.; Héfélé, II, 725 et suiv. Eutychès est également accusé de docétisme, Zachar., ap. Evagr., III, 5; Hormisd., Ep. ix ad Caesar., Justin., Cod. I, 1, 5; Vigil. Taps., 484 adv. Eutych., lib. III; Liber., c. xi; Gennad., De vir. illustr., c. Lxxxii. Les monophysites continuaient de confondre les notions de oùaîa, ûnôcTTacrtç, çy(7i;, àTO[Aov. Mai, loc. cit., p. H et scq. Gieseier, Com. qua monophysit. vet. variœ de Christi persona opiniones illustrantur, Gœtting., 1835 (38). Les ouvrages du Pseudo-Aréopagito (Op., éd. Par., 1644; Migne, Patr. gr., t. III, IV), c'est-à-dire attribués au premier évèque d'Athènes, Denis (Act. xvii, 34; Dion. Cor., apud Eus., 111, 4; IV, 23) parurent suspects aux catholiques, parce qu'ils
n etaieul mentionnés par aucun ancien, pas même par Cyrille d'Alexandrie. Au sixième siècle, ils sont cités par Jean de Scythopolis, qui les éclaircit par des scholies (comme plus tard saint Maxime), par le monophysite Sévère (Mai, loc. cit., p. 71) et par Éphrem, patriarche d'Autioche depuis 526 (Phot., cod. 229). Cependant ils furent plus tard généralement reçus dans l'Église grecque.
Le prêtre Théodore défendit lern- authenticité (Phot., cod. 1) contre les diverses objections, et Photius les supposait authentiques (Amph., q. cxix. Voyez mon ouvrage, Photius, III, 28, 29, 331). Léonce de Byzance et Sophrone de Jéi"usalem s'en servaient également. De l'Orient ils passèrent en Occident, où Grégoire le Grand, Hom. xxxiv in Evang., les mentionne comme étant de l'Aréopagite ; le concile de Latran les reconnut en 649 (Héfelé, III, 193, 198), et ils furent beaucoup utilisés dans la suite. Laur. Valla, mort en 1437, admettait leur authenticité. Voyez de nombreux détails dans Rohrbacher-Rump, IX, p. 146 et suiv., n. 3.
Authime de Coustantinople et le pape Agapet.
166. Cependant les espérances des monophy sites se fortifièrent, lorsque Anthime, évêque de Trapezunt, qui avait quitté son siège et s'était fixé dans la capitale en qualité d'ascète, eut gagné la faveur de l'impératrice par ses sentiments hérétiques, celle de l'empereur par sa feinte orthodoxie, et qu'il eut conquis le siège de Coustantinople vacant par la mort d'Épiphane (juin 535). Sévère lui-même eut l'audace de paraître à Coustantinople. La secte eut de grands succès en Arménie, et conserva en Egypte la prééminence. En février 536, le pape Agapet arriva dans la nouvelle Rome pour y présenter, avec les propositions de paix de Théodat, roi des Ostrogoths, les demandes du sénat de Rome et traiter de différents objets.
Les clercs et les moines catholiques lui firent des plaintes sévères contre Anthime, qu'ils accusèrent d'être hérétique et intrus. Agapet évita sa communion, exigea de lui une profession de foi catholique et le somma de retourner à son premier évêché, illégalement abandonné. Anthime refusa et fut d'abord appuyé par l'empereur. Mais le pape ayant résisté aux menaces comme aux présents, l'empereur ouvrit les yeux et abandonna le protégé de Théodora. Agapet prononça contre lui l'excommunication et la suspense, et consacra Mennas, légitimement élu archevêque de la capitale. Son attitude dans la nouvelle Rome fut énergique et digne d'un successeur de Pierre. Sur la demande de Justinien, il confirma de nouveau sa profession de foi.
« non point qu'il reconnût aux laïques le droit d'enseigner, mais parce qu'il trouva la foi de l'empereur conforme aux règles des Pères. » Agapet tomba malade peu de temps après et mourut à Constantiiiople le 22 avril 536. Après sa mort, Mennas célébra un concile contre Anthime, Sévère, Pierre d'Apamée, le moine Zoaras et ses partisans, qui tenaient des conventicules secrets. Les décrets de ce concile furent approuvés par l'empereur le 6 août, adoptés par plusieurs évêques et conciles, tel que celui de Jérusalem. Alexandrie obtint aussi un patriarche catholique dans la personne de l'abbé Paul, qui fut ensuite déposé pour sa participation aux voies de fait exercées contre le gouverneur (vers 542). Il eut pour successeur Zoïlc, qui partageait ses vues.
Evagr., IV, 9, H, 36; Liber., cap. xx ; Acta conc. Cpl,; Mansi, VIII, 857 et seq., 88d et seq.; Coiitin. Marcell., Chron., an. o3ö; Anon. Vatic, ap. Baron., an. 536, n. 61 ; Greg. M., Dial. lil, 3 ; Lib. pontif. in Agap.; Justin., Nov. 42; Prœf. et edict., ap. Migne, Patr. gr., t. LXXXVI, p. 1097-1104; Agap., Ep., Mansi, loc. cit., p. 846, 921; .lalfé, Reg., n. 582, 583, p. 74; Héfelc, li, 741 et suiv., 763. Mon ouvrage, Photiiis, 1, 160-162.
Intrigues contre le Saint-Siège.
167. Quoique l'impératrice Théodora, femme intrigante, eût échoué jusque-là dans ses efforts pour affermir le moiiophysitisme, elle ne renonça pas à ses secrets desseins. Après la mort d'Agapet, elle essaya d'enlacer le Saint-Siège dans ses filets. Elle s'attacha l'ambitieux Vigile, diacre de Rome, qu'elle voulut élever au souverain-pontificat par l'entremise du général Bélisaire qui combattait en Itahe. Mais déjà Silvère venait d'être promu à la papauté, sur la demande de Théodat, roi des Ostrogoths. Théodora s'efforça dès lors d'attirer Silvère dans le parti de Sévère et d' Anthime et de faire réintégrer celui-ci. Silvère s'y opposa énergiquement.
Sur ces entrefaites (décembre 536), Rome fut occupée par Bélisaire. En mars 537, sous prétexte de Maisons avec les Ostrogoths, le pape fut emprisonné et déporté à Pa tara en Lycie. Tout s'était passé à l'insu de l'empereur ; sur les représentations généreuses de l'évêque de Patara, qui fit connaître les indignes vexations auxquelles le souverain-pontife était en butte, il
28 i' HISTOIRE DE l'église.
renvoya le pape à Home. Silvère retomba au pouvoir de ses ennemis, fut emmené dans l'île de Palmaria, où il mourut dans la plus grande misère.
Vigile, élevé sur le siège pontifical et universellement reconnu, comprit maintenant sa haute position et la responsabilité qui pesait sur lui ; il n'eut garde de se faire l'instrument de Théodora et de tenii' les concessions illicites qu'il avait faites. Dans ses lettres à l'empereur et à l'archevêque Mennas (17 sept. MO), ils se prononça nettement en faveur des quatre conciles œcuméniques et des décrets de Léon le Grand, et confirma l'anathème prononcé contre les chefs des monophysites. En vain Théodora avait employé son argent et ses intrigues en leur faveur.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Le pape Vigile écrivit à Justinien :
« Suivant en toutes choses ce que les quatre conciles, le pape Léon, dans ses lettres, et nos autres prédécesseurs dans leurs constitutions ont défini touchant la foi, et condamnant, par Tautorité du Siège apostolique les doctrines contraires, nous anathématisons tous ceux qui voudraient mettre en dispute ou révoquer en doute ses expositions et sa droiture touchant la foi. Au surplus, nous vous prions que quelque artifice qu'on emploie pour nous décrier dans votre esprit, le Saint- Siège n'en souffre point de diminution dans ses prérogatives sous votre empire. Nous défions même les plus rusés et les plus adroits de pouvoir trouver que nous ayons fait ou entrepris de faire la moindre chose contre ce que les conciles et les papes nos prédécesseurs ont décidé '. »
Sources : 1» Lib. Pontif., Vignol., I, 203 et seq., 209 et seq.; 2° Lib. Brev., cap. xxii; 3° Fac. Herrn., Gallandi, XII, 814 et seq.; -i" Chron., Marcellin., Com. Roncall.,' Vett. Scr. lat., II, 324 et seq.; 3" Victor Tunun., ibid., p. 368 et seq.; 6° Procop., De bello Goth., I, 14 et seq.;
^ Hsec ergo qutf» de fide a Patribus sanctis quatuor synodorum et a designatis B. recordationis papœ Leonis epistolis, atque a supra scriptorum constitutis sunt venerabiliter definita, per omnia nos sequentes, et eorum doctriufe contrarios probabili apostolicse Sedis auctoritate damnantes, anathematizamus eos quicumque de fidei ejus expositione vel recli-
tudine, aut disputare iperverse, autj infideliter dubitare tentaverint
suppliciter sperantes, ut nullius subrepentis insidiis privilégia Sedis B. Pétri apostoli christianissimis temporibus vestris in aliquo permittatis imminui... Nos nihil contra synodalia, vel prœdecessorum nosfrorum prsesulum Sedis apostolicse constituta, aut commisisse aliquid, aut tentasse quisquis licet aslulus et subtilis inveniet. (Vigil. PP., Epist. iv.)
70 Evagr., IV, 19 ; 8° Theophan., Chronogr. (Migne, Patr. gr., t. CVIII, p, 408, où l'on ne donne à Silvère qu'uue année de règne; le Cod. Vatic, 1122, ch. s. 10, le fait régner un an cinq mois et onze jours. Vincenzi (ci-dessus § 88), t. IV, cap. xx et seq., p. 234 et seq., essaie de prouver, sans trop de succès, que ces données sont inexactes; Blanchi place la mort de Silvère au 24 juin 538 ; Baronius, Noël- Alexandre, Héfelé (II, 552), en 540. La plupart des contemporains tenaient Vigile pour un antipape (Fessier, Patrol., I, 969). Selon Baronius, an. 540, n. 5, il fut exalté du vivant de Silvère, puis il résigna et se fit nommer une seconde fois. Cf. Pagi, Brev. pont, rom., t. I, p. 157, éd. Luc.
Qu'une inscription romaine de 527 (Bossi, Inscript, urbis Romae, I, p. 481, n. 1057, porte ces mots : Beatissimo Papa Vi{gilio), cela ne décide pas la question de légitimité pour cette époque, mais elle confirme ce fait que Vigile occupait déjà le Saint-Siège (d'après Jaffé, Reg., p. 75 et suiv., depuis le 29 mars 537). Quand même Arator, sous-diacre de Rome, célèbre les louanges de Vigile, que les deux Pelages ne pai'lent d'aucun crime, que les auteurs africains se montrent souvent partiaux et ne méritent pas créance dans tout ce qu'ils disent, on ne saurait, comme le fait Vincenzi, affaiblir l'unanimité des témoignages dans les points essentiels. L'ouvrage de Schubert (prof, à Greifswald), Geschichte des rœm. Papstes Vigilius, Halle, 1769, est un factum absolument arbitraire.
Sont interpolés : a. Vigil., Ep. ad Anthimum; Sever. Theodos., Scio quidem ; Mansi, IX, 696 J, n. 586. Cf. Liber., loc. cit.; Vict. Tun., p. 399; Baronius, an. 538, n. 15 et seq.; Rohrbacher-Rump , IX, p. 210; b. Silver., Ep. ad Vigil., ad Aniator., Amator, Ep. ad Silver,; Mansi, loc. cit., p. 6 et seq.; Pagi, an. 539; Breviar., t. I, p. 283-287; Ceillier, Hist. des auteui-s, t. XVI, ch. xv, n. 1 et seq., p. 347 et seq.; Rump, dans Rohrbacher, K.-G., IX, p. 207, n. 4. Lettres authentiques à Justinien et à Mennas, Ep. iv, v; Mansi, IX, 35, 38, J. n. 590, 591.
Nouvelles disputes sur l'origénisme. - Les origénistes en Palestine. — i3dit de Justinien et concile contre Origène.
168. La confusion ne faisait qu'augmenter dans l'Église orientale, car les controverses ne finissaient point. Le nom d'origéniste était depuis longtemps une qualification que les partis religieux se renvoyaient tour-à-tour. C'est ainsi qu'en Palestine les moines instruits étaient traités par les moines ignorants, d'autant plus qu'ils continuaient de lire les écrits d'Origène. C'est pour la même raison que les moines Nonne et Léonce furent expulsés de leiu- couvent par l'abbé Agapet, puis rétablis par son successeur Marnas, ils furent également vexés par
l'abbé Sabas, qui était en grande vénération. Après sa mort, leur nombre parut augmenter encore (531). Les plus signalés (l'entre eux étaient Domitien et Théodore Ascidas ; ils entrèrent si avant dans les bonnes grâces de Justinien, que le premier devint évêque d'Ancyre et le second évêque de Césarée en Cappadoce. Les intrigues entre les sabaïtes et les origénistes, surtout dans l'ancienne et dans la nouvelle Laure, se multiplièrent, et plusieurs d'entre les premiers furent expulsés. A l'instigation des sabaïtes, l'archevêque Éphrem d'Antioche condamna les origénistes vers 542, et publia sa condamnation dans une lettre synodale. Grande fut l'animosité des origénistes. Appuyés de la faveur de la cour, qui favorisait Domitien et Théodore, ils demandèrent à Pierre de Jérusalem de rayer Éphrem des diptyques. Éphrem, pressé de toutes parts, se fit remettre par les deux abbés orthodoxes Sophrone et Gélase une plainte contre les origénistes, pour l'envoyer à l'empereur, en même temps qu'un rapport rédigé par lui sur les troubles qu'ils avaient excités.
Quatre sabaïtes furent délégués à la cour et voyagèrent avec Pelage, apocrisaire du pape, qui venait d'assister au concile de Gaza. Pelage leur fit donner accès auprès de l'empereur, qui trouva de nouveau une occasion de se poser en législateur de l'Église. En 54.3, sous forme de lettre aux évêques des principaux sièges (aux patriarches), il lança une sentence de condamnation contre Origène et ses écrits, accompagnée de dix anathèmes. Il y invitait à tenir des conciles pour la condamnation générale de l'origénisme. Mennas en célébra un dans la nouvelle Rome, et dressa quinze anathématismes contre Origène. Ils furent annexés plus tard au cinquième concile œcuménique. Théodora Ascidas et Domitien souscrivirent volontiers et affermirent ainsi leur influence auprès de l'empereur. Mais cette influence se fit désormais rudement sentir contre les moines antiorigénistes de Palestine.
L'archevêque Pierre ayant expulsé les origénistes des monastères, Théodore Ascidas lui fit entendre de telles menaces, qu'il retira sa censure. Le parti de Nonne et de Léonce dominait en Palestine et occupait les plus importants monastères. Macaire, successeur de Pierre (depuis 544), en faisait partie. Il fut, il est vrai, déposé comme origéniste et eut pour successeur Eustoche. Mais celui-ci ayant été destitué à son tour, il occupa de nouveau
le siège de Jérusalem (563-574). Les isochrists, dont Théodore Ascidas faisait partie, étaient en majorité ; les protochrists eurent le dessous et se rapprochèrent des catholiques. Leur chef Isidore, dans une conférence avec l'abbé Conon, renonça à l'erreur de la préexistence des âmes, alla à Constantinople, et obtint l'institution d'Eustoche, déjà nommé. Eustoche fit signer partout l'édit de l'empereur. Tout le monde se soumit alors à cet édit, excepté Alexandre d'Abyla, qui fut destitué. En 563, quand Théodore Ascidas fit écarter Eustoche et réhabiliter Macaire, celui-ci fut obligé d'abjurer l'origénisme. Le calme était rétabli en Palestine et la condamnation d'Origène en Orient fut régulièrement renouvelée dans chaque siècle. Cette condamnation d'Origène, qui impHquait celle de Didyme l'Aveugle et d'Évagre, était également approuvée des monophy sites et des catholiques. Ces derniers eux-mêmes s'injuriaient réciproquement par le terme d'origénistes. Cette condamnation devait, semble-t-il, favoriser le retour des monophysites, mais ce ne fut qu'une circonstance accessoire. On pouvait espérer davantage d'une autre condamnation qui semblait de nature à porter une nouvelle blessure au nestorianisme détesté.
Cyrill. Scytiiop., Vita S. Sab., ap. Cotel.; Mon. Eccl. gr., t. III; Liber. Brev., cap. xxiii; Evagr., IV, 37, 38; Libell. synod., Mansi, IX, 23, 700. Sur le patriarche de Jérusalem, Le Quien., Or. chr., III, 189-241. L'édit de Justinien dans Baronius, an. 538, n. 33 et seq.; Mansi, loc. cit., p. 487 et seq.; Migne, t. LXXXVI, p. 943 et seq.; Vincenzi, loc. cit., cap. XIV et seq., p. 114 et seq., ne l'admet pas comme tel, mais seulement comme un traité émané des moines antiorigénistes de Syrie, et dédié à l'empei'eur. Que les quinze canons contre Origène ne soient pas du cinquième concile universel, mais du concile particulier de Mennas, ce point est justement admis par Cave, Du Pin, Le Quien (loc. cit., p. 211), Walcli, Néander, Gieselei-, Dœllinger (Lehrb., I, 156, 158), Héfelé (II, 768 et suiv.). La condamnation d'Origène dans ce concile est traitée avec détails dans Évagre, IV, 38; Theophan., p. 501, Cyiüll. Scythop., loc. cit., cap xc; Anastas., in Hodego, cap. v (Migne, t. LXXXIX, p. 101); Cliron. pasch., p. 900; Georg. Hamart., p. 780; Niceph. Call., XVII, 27, 28; les patriarches intronisés plus tard, Niceph. ad Leon. 111 (Migne, t. C, p. 193); Phot., Ep. i ad Nicol., p. 141, éd. Balett. Cf. Ep. i ad Mich., n. 15, p. 213; Sophron. Hier., Ep. ad Serg., ^Migne, t. LXXXVIÎ, p. 3185); Conc. Lat., 049, cap. xviii; Cône, œc, VI, act. 17, 18; Conc. VII, act. 7. Voyez aussi ci-dessus ad I, § 170. Se-
Ion Timolhée de Constantinople, De recipiend. hser. (Migne, t. LXXXVI, p. 64), les philoponiens et les cononites (voyez ci-dessous § 182) se traitaient mutuellement d'origénistes, à cause de la diversité du langage tenu par l'Alexandrin sur la résurrection.
La querelle des Trois-Chapitres.
469. Sous le nom de Trois-Chapitres ou articles, on entendait : r la personne et les écrits de Théodore de Mopsueste (n° 97); 2° les écrits de Théodoret de Cyr contre saint Cyrille et en faveur de Nestorius; 3° la lettre d'ibas au persan Maris conçue dans le même sens. Plusieurs fois déjà on avait censuré Théodore en sa qualité de maître de Nestorius, condamné ses écrits comme entachés de nestorianisme, ainsi que les autres documents que nous venons de nommer comme favorables à cette hérésie. Ils étaient surtout abhorrés des monophysites, et les ménagements dont on avait usé jusque-là servaient de prétexte pour accuser les catholiques de nestorianisme. Pour détruire ce prétexte, en même temps que pour faire oublier à Justinien l'affaire des origénistes et occuper ailleurs l'esprit des savants, Théodore Ascidas et ses amis décidèrent l'empereur à rendre contre les Trois-Chapitres unédit solennel de condamnation. Cette mesure semblait d'autant plus facile qu'elle était justifiée en fait, qu'il n'y avait plus à ménager l'école d'Antioche depuis sa décadence et sa translation dans l'empire hostile des Perses. On satisfaisait ainsi à de nombreux désirs et on favorisait les desseins qu'avait l'empereur de ramener les acéphales et ceux qui hésitaient à propos du concile de Chalcédoine.
Ce n'était point là une nouveauté, car plusieurs fois déjà on s'était prononcé contre les Trois-Chapitres, et tout le monde pouvait y trouver son profit : les moines origénistes, qui connaissaient Théodoré de Mopsueste pour l'adversaire d'Origène ; leurs ennemis, les sabaïtes, dont le chef n'avait pas une moindre horreur pour Théodore; la princesse Théodora, fauteur des monophysites. Ajoutez qu'en complétant ce que le concile de Chalcédoine avait négligé de faire, on enlevait aux politiques de l'union une pierre d'achoppement.
Sources générales : 1" Actes des conciles (ci-dessous § 176); -illettrés des papes; 3" Lib, pontif.; 4° Facundus Henu., 547, pro det'ensione
Trium Capitulorum libri XII, et Lib. contra Mocianura Schol. (Migne, l»atr. lat., t. LXVII, p. 527, 854 et seq.; Gallandi, t. XI); 3° Fulgentius I-'errand., diac. Cartû., Ep. ad Pelag. et Anatol. (ibid., Migne, loc. cit., p. 921 et seq.); G» Rusticus, diac. Rom., Dial. contra acepbalos (Migne, loc. cit., p. H67 et seq.); 7" Libérât., Brev., cap. xxiv et seq. (Migne, t. LXVIII, p. 1049 et seq.); 8° Victor. Tunun., Chron. (ibid., p. 941 et seq.); Marcellini Cbron. (Migne, t. LI, p. 942 et seq.); \0° Evagr., IV, 37 et seq.; 1 1° Vita S. Sabae, cap. lxxh et seq. — Élaboi-ations : Henr. Noris, Diss. de syn. V, Patav., 1763; Op., éd. Baller., Veron., 1729, t. I, p. 550 et s. Contre lui : Garnier, S. J., Diss. de syn. V, post éd. Liber. (Migne, t. LXVIII, p. 1051 et seq.); Op. Tbeod., éd. Schulze, t. V, p. 312- 007 (Migne, Patr. gr.,t. LXXXIV, p 435 et seq.). Pour Noris : Ballerini, Defens. diss. Nor., Op., t. IV, p. 98.5-1050; Observât., ibid., p. 945 et seq.; Natal. Alex., Ssec. VI, diss. iii-v, t. X, p. 255 et seq.; Thomassin, Diss. in concilia, diss. xix, éd. Colon., 1784, p. 621 et seq.; Walcli, Ketzerhist., VIII, 4-408; Katerkamp, III, 375-412; Damberger, Synchron. Gesch., I, 161 et suiv., 175 et suiv.; Kritiklieft, I, 83 et suiv.; Iléfelé, II, 775 et s.; Punkes, P. Vig. u. der Dreicapitelstreit, Munich, 1864; Vincenzi, op. cit., t. IV. Ajoutez Reiser, Tûb. Q.-Schr., 1867, p. 352. Mon article dans Bonner theol. Lit.-Bl., 1866, p. 345-549. Contre, les Trois-Chapitres : Xénagas, Evagr., III, 30, 31 , la conférence de 533 ; contre Diodore et Théodore, Conc. Antioch., .508, 509 ; Theoph., Mansi. VIII, .347; Héfelé, II, 642.
Êdit de Justinien ; résistance qu'il soulève.
170. L'empereur, dans son nouvel édit de 544, se défendait expressément de vouloir rien entreprendre au détriment du quatrième concile. La souscription des évoques devait .simplement donner à cet édit l'autorité d'un jugement émané de l'Église universelle. Mennas, qui le reçut le premier, hésita d'abord, parce qu'il y voyait un attentat contre le concile de Chalcédoine et ne voulait rien faire sans le Saiut-Siége. Il le souscrivit enfin en réservant expressément l'adhésion du pape ; si le pape la refusait, il retirait sa signature. Éphrem d'Antioche. Zoïle d'Alexandrie et Pierre de Jérusalem balancèrent aussi dans le début, puis cédèrent à l'ordre de l'empereur, qui les menaçait de destitution. L'immense majorité des évêques d'Orient suivit l'exemple de ses ch-^fs. L'Occident se montra plus tenace. Le légat du pape, Etienne, fit opposition et se sépara de la communion de Mennas, qui, contrairement à sa promesse, avait donné sa signature avant la décision du pape.
L'édit fut repoussé de tout l'Occident, où l'on connaissait
H. — HISI. DE l'église. ^9
moins les écrits de Théodore, de Théodoret et u'ibas, et demeurait fermement attaché au concile de Chalcédoihe. Comme le quatrième concile n'avait pas encore censuré Théodore, qu'il avait accepté Théodoret et Ibas, qu'on y avait même fait lecture de la lettre de ce dernier, on crut qu'en condamnant les Trois- Chapitres On porterait atteinte à ce concile. On oubliait que Théodoret et Ibas avaient été obUgés de répudier expressément le nestorianisme, qu'on avait justifié leurs personnes et non leurs écrits, que le concile de Chalcédoine enfin n'avait point rendu de jugement contre les Trois- Chapitres. Quelques membres seulement, mais non le concile même, avaient traité la lettre d'Ibas d'orthodoxe, et quant à Ibas lui-même, il avait abjuré, en les expliquant, les erreurs qu'elle contenait.
Les Occidentaux se demandaient encore s'il était séant, excusable, de censurer des hommes morts depuis longtemps dans la paix de l'ÉgUse ; ils se méfiaient de la légèreté et de l'inconstance des Grecs, et se scandalisaient surtout de voir que la sentence de condamnation émanait du pouvoir civil. Dace, évêque de Milan, et Faconde, évêque d'Hermiane, s'exprimèrent vigoureusement dans ce sens. Faconde combattit l'édit de l'empereur avec une grande âpreté. Pontien, évoque d'Afrique, manda à l'empereur que les écrits condamnés par l'édit n'étaient pas encore connus en Afrique ; que, quand même ils seraient connus et laisseraient à désirer pour l'orthodoxie, on pouvait se précautionner contre les passages dangereux, sans se hâter de condamner des morts; que, si les auteurs vivaient encore et maintenaient leurs erreurs, on pourrait les anathémaliser en toute justice; mais aujourd'hui qu'ils étaient au tribunal de Dieu, une condamnation éveillerait dans une foule de vivants de graves scrupules dont il faudrait rendre compte au juge des vivants et des morts. Le diacre Ferrand de Carthage, consulté par les diacres de Rome Pelage et Anatole, protesta aussi expressément contre l'édit, qui semblait, en partie du moins, soumettre à un nouvel examen le concile de Chalcédoine et était un empiétement du pouvoir laïque sur la sentence de l'Église. Ces dispositions étaient générales en Occident.
Justin., Fratfui., ap. Fac, Pro def. lil Cap., Il, 3; IV, 4. Contre: Fac,
II, 3; IV, 3, 4; Contra Mocian., p. 813, éd. Gallandi; Liber., c. xxiv. Cf. Baronius, an. 546, n. 8 et seq.; Ferrand., ep. Gallandi, XI, .361 et seq.; Pontian., Ep. ad Justin.; Mansi, IX, 45.
Le pape Vigile à Constantinople.
471. Justinien essaya surtout de gagner à sa cause le pape Vigile, qu'il pria instamment de se rendre à Constantinople. Le pape, prévoyant de grandes difficultés, consentit à contre-cœur. Il différa longtemps, passa une année (456) en Sicile, puis traversant l'Hellade et l'iUyrie, il entra le 25 janvier 547 dans la ville impériale. On lui fit le plus brillant accueil ; l'empereur lui demanda sa bénédiction et l'embrassa en versant des larmes. Mais la bonne harmonie ne dura pas longtemps. Vigile approuva la conduite de ses légats, refusa de communiquer avec Mennas, qui s'était engagé à suivre le Saint-Siège en signant la formule d'Hormisdas, et avait manqué à sa parole. Jl fit de même à l'égard des autres évoques qui avaient signé l'éditde l'empereur. 11 voyait là, ainsi que son entourage, une machination en faveur des acéphales, qu'il anathématisa de nouveau. Mennas, beaucoup plus soucieux de plaire à l'empereur qu'au pape, s'insurgea contre lui et fit rayer sa commémoraison de la liturgie.
Vigile, comme les Occidentaux en général, considérait l'édit comme inutile, dangereux même, car on avait l'air, en l'acceptant, d'abolir le concile de Chalcédoine et d'attribuer à l'empereur la suprême autorité en matière religieuse. Justinien négocia plusieurs fuis avec lui soit en personne, soit par l'entremise d'évéques et de magistrats. Il le fit même surveiller pendant quelque temps et le priva de toute communication; de là cette réflexion du pape : « Vous pouvez bien me retenir captif, vous n'emprisonnerez pas saint Pierre. » Vigile, dans ses relations avec les prélats d'Orient, se convainquit bientôt que la plupart étaient d'intelligence avec l'empereur, que la résistance amènerait une nouvelle scission entre les Grecs et les Latins, qu'il pouvait y avoir de bonnes raisons pour condamner les Trois-Chapitres, sur lesquels il n'avait pas eu autrefois des renseignements particuliers. Il consentit donc à de nouveaux pourparlers, d'autant plus que l'impératrice otlVait sa médiation. 11 fit pressentir qu'il accepterait les mesures de
l'empereur et renoua ses rapports avec Meniias, ^ui loplaça son nom dans les diptyques. La réconciliation eut lieu en la fêle du princes des apôtres (29 juin 547).
Procop., De bello goth., III, io et seq.; Contin. Marcell., Roncall., II, 530; Vita Vigilii, p. 217 ; TheopU., p. 496; Malalas, Chron., 1. XVIII, p. 7Ü0; Jafle, Reg., p. 79; Greg. M., lib. II, ep. li, al. xxxvi; Mansi, IX, 1105; Fac, Contra Mocian.,loc. cit.; Niceph.,XVIl, 26; Justin., Ep., ap. Mansi, loc. cit., p. 182; Ep. cleri ital. ad Franc, leg., ibid., p. 47. Les auteurs suivants se prononcent contre la promesse faite par Vigile la première année de son séjour à Constantinople, « se eadem capitula damnaturum; » Fac, Contra Moc, loc cit.; Theoph. Niceph., loc. cit.; Constantin., in Conc. V, act. vu; Mansi, p. 347. Les deux lettres à Justinien et à Théodore, ibid., p. 351, 347, 349 (Jaffé, n. 600, 601, p. 79;, furent attaquées comme apocryphes au VI'' concile, act. m.
Judicatum du pape Vigile. — Opposition qu'il rencontre.
172. Le pape eut alors des conférences avec les évêques présents dans la capitale ; parmi eux, soixante-dix n'avaient pas encore signé l'édit impérial. Ce fut à la suite de ces conférences que Vigile publia son Judicatum, adressé à Mennas (t I avril 548). 11 n'en reste que des fragments. Il y maintient résolument l'autorité des quatre conciles œcuméniques, surtout du quatrième, prononce l'anathème contre les écrits impies de Théodore de Mopsueste et contre sa personne, contre la lettre qu'lbas était censé avoir écrite à Maris (Justinien lui-même avait dit qu'elle était interpolée), et enfin contre les écrits de Ttiéodoret, contraires à la vraie foi et aux douze chapitres de saint Cyrille. Son dessein était d'apaiser les esprits émus : les Grecs, en portant contre les Trois-Chapitres une condamnation justifiée dans son objet ; les Latins, en sauvegardant l'autorité du concile de Chalcédoine. Mais il entendait que personne ne parlât plus de cette question ni de vive voix ni par écrit. Cette condition ne fut pas remplie.
Les Occidentaux, Dace et Faconde surtout, s'élevèrent avec force contre ce document, ainsi que plusieurs moines d'Afrique. Vigile se vit même délaissé par ses deux diacres Rustique (son neveu) et Sébastien, bien qu'ils eussent, dans le principe, approuvé ie Judicatum ; ils répandirent sur lui les rumeurs les plus malveillantes et bravèrent ses remontrances. Ils furent
déposés et excommuniés. Le bruit se répandit aussi que le papo — contrairement au concile de Chalcédoine — avait condamné la personne de Théodoret et d'Ibas et annulé les décrets de ses prédécesseurs. Vigile, sur le désir de l'empereur, était demeuré dans la ville impériale même après la mort de Théodora (28 juin rUS), d'autant plus que Rome était de nouveau assiégée par Totila (549) ; il y était même retourné de Thessalonique. Il essaya dans plusieurs lettres de faire comprendre aux évêques de la Scythie et de la Gaule la futilité de toutes ces allégations ; mais elles trouvèrent accès auprès des évêques d'Illyrie, de Dalmatieet d'Afrique, qui en 549 et en 550 se séparèrent de la communion de Vigile.
Dans la ville impériale, Rustique et l'évêque Véréconde de Junca se mirent à étudier les actes du concile de Chalcédoine et on firent des extraits, afin de se procurer de nouvelles armes, principalement contre la personne d'Ibas. Chose inouïe jusquelà, l'évêque de Rome se trouva avec les évêques d'Orient contre les évêques d'Occident, et la confusion alla chaque jour en augmentant.
Judic. Fragm., Mansi, IX, 81, 104 et seq.; Vigil., Ep. xii ad Valent., t. XVUI, mars; Ep. xiii ad Aiirel., Arel., 29 avril 550; Mansi, p. 350, •361 ; i. n. COi, 605. Sur Ruslicus et Sebastien, Ep. xiv, p. 351 J., n. 607. Sur Rusticus et Vérécundus, Pitra, Spic. Solesm., IV, 192 et seq. Voyez Héfelc, II, 795-808. Il faut sans doute rapporter à la résistance de Vigile avant l'examen des Trois-Chapitres et avant la publication du « Judicatum » ces paroles des schisraatiques citées dans Pelag. II, Ep. m ad Istriœ episc. : « Quod in causse principio et Sedes ap. per Vigilium P. et omnes latinarum provinciarum principes damnationi Tri um Capitulorurn fortiter restiterunt, » de même que cette réponse du pape : '< Latini quippe homines et grœcitatis ignari, dum linguam nesciunt, errorem tarde cognoverunt, et tanto eis celerius credi debuit, quanto eorum constantia, qiiousque verum agnoscerent, a certamine non quievit. Si igitur in Trium Capitulorum negotio aliud quam veritas quxrcretur, aliud autem inventa veritate dictum est, cur mutatio sententia; isti Sedi in crimine objicitur, quœ a cuncta Ecclesia humiliter in ejus auctore veneratur? »
Accord entre le pape et l'empereur. — Rupture de cet accord par Justinien.
173. Dans l'été do 550, il fut convenu entre le pape et l'empereur qu'un concile général serait célébré et qu'on y inviterait
204 HISTOIRE I>li L EGLISE.
les évêques d'Occident. Toute dispute sur les Trois-Chapitres, toute nouvelle démarche concernant cette atfaire serait interdite, et le Jiidicatwn serait rendu provisoirement au pape. Ce dernier point fut exécuté sur-le-champ, et on fit les préparatifs en vue du concile. En juin 550, dans un concile provoqué à Mopsueste par l'empereur, il fut constaté que de mémoire d'homme le nom de Théodore était rayé des diptyques de cette Église et remplacé par celui de saint Cyrille. Les évêques d'Occident n'osèrent point se rendre à Tappel du concile. Les lllyriens s'abstinrent complètement, les Africains envoyèrent pour délégués Réparât de Carthage, Firmus, primat de Numidie, et deux évêques de Byzacène, qu'on essaya de corrompre par des menaces et des présents : deux se décidèrent à signer l'édit impérial; les autres, tel que Réparât, furent exilés pour un prétendu meurtre politique. Les évêques d'Occident étaient encore moins tentés de s'y rendre.
Sur ces entrefaites, l'accord conclu entre la cour et Vigile fut rompu, et on donna lecture au palais, devant un grand nombre d'évêque grecs, d'un nouvel écrit contre les Trois-Chapitres. Les évêques le signèrent. Son principal auteur et ses affidés, interrogés par le pape, s'excusèrent et implorèrent leur pardon; mais ils ne laissèrent pas de répandre cet écrit, d'animer l'empereur contre Vigile et de l'engager à pubher un nouvel édit en guise de profession de foi. Cet édit, outre une longue exposition du dogme de la Trinité et de l'Incarnation, contenait treize anathématismes et les réfutations de diverses objections soulevées par les défenseurs des Trois-Chapitres, celles-ci notamment que la lettre d'ibas avait été approuvée à Chalcédoine, qu'il était défendu de condamner des auteurs morts, que Théodore de Mopsueste avait été loué par les Pères orthodoxes.
Le serment par écrit de Vigile, du V6 août 530 (Mansi, p. 363, est d'une authenticité douteuse, comme essaie de le prouver non-seulement Vincenzi, t. IV, cap. x, p. 208, mais aussi Ballerini, Op. Noris, IV, p. 1037 et seq., et autres critiques. L'édit souvent attaqué contre Théodore Ascibas, dans Mansi, p. 59. Lettre du clergé italien, p. 153. Concile de Mopsueste, p. 274-289. Voy. Héfelé, II, 809. Sort des Africains, Vict.
Tunun., p. 230, éd. Gallandi. 'OixoXoYÎa itiorsw; 'louTtiviavoü aÙTOxpâxopo;,
Mansi, IX, 537-582; Migne, t. LXXXVl, p. 993-1035. Voyez Héfelé, IL 812-820.
LES IfÉRÉSIES ET LES SCHLSMRS. 29o
Mésintelligence entre le pape et l'empereur.
17-i. Le rétablissement de la paix devenait ainsi plus difficile «jne jamais. Le pape, à qui on avait manqué de parole, se plaignit •ju'on eût violé la convention suivant laquelle rien ne devait se taire à cet égard avant la réunion du concile, et il se considéra comme délié de ses engagements. Il se voyait de nouveau en présence d'un souverain despote, qui anticipait de son propre chef sur les décisions du concile, remettait en question le droit des autorités ecclésiastiques et augmentait sensiblement les dangers d'un schisme. Dans une réunion des évêques grecs et latins tenue dans le palais de Placidie, qu'il habitait. Vigile leur demanda d'intervenir auprès de l'empereur pour qu'il enlevât l'édit affiché, attendît qu'on eût délibéré en commun et surtout que les prélats latins eussent manifesté leur sentiment ; ils devaient, en cas d'insuccès, refuser de signer l'édit, sinon ils seraient excommuniés par le Saint-Siège. Dace de Milan s'énonça dans le même sens.
Cette protestation fut inutile. Théodore Ascidas, qui l'avait entendue dans l'assemblée, se rendit à l'instant même, avec les évêques de sa suite, à l'église où l'édit était affiché, célébra solennellement l'office divin, raya des diptyques le patriarche Zoïle d'Alexandrie, qui refusait de condamner les Trois -Chapitres, et, sans plus de façon, proclama Apollinaire son successeur, probablement avec l'adhésion du faible Mennas et pour braver l'autorité du pape. 11 ne s'agissait plus seulement des Trois-Chapitres, mais des droits et de l'indépendance de l'autorité ecclésiastique. Vigile, qui avait si longtemps averti le vaniteux Théodore, évêque de cour, toujours absent de son diocèse et qui maintenant était témoin de violences inouïes, l'exclut de sa communion.
Mansi, IX, 60 et seq.; Damnatio Theodori, p. 50 et seq.; Encyclica, p. loi, Ep. cler. ital. (trois documents rejetés par Vincenzi). Baronius, an. Ö.ÖI, n. .3 et seq.; Héfelé, II, 820 et suiv.; Dœllinger, Lelirb., I, l.'iT. Mon ouvrage, Photius, I, 169; Rohrbacher-Rump, IX, 229 et suiv.
Violences exercées contre le pape.
175. Justinien, exaspéré de cette résistance, songea à s'emparer du pape et de ses compagnons. Vigile se réfugia dans
296 HISTOIRE DR l'église.
l'église de Saint-Pierre, près du palais d'IIorraisdas, y renouvela sa précédente déclaration, destitua de tous ses emplois Théodore Ascidas^ et excommunia jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait Mennas et ses complices (lA août 551). La sentence était déjà prête et allait être publiquement proclamée; onze évêques italiens et deux évêques africains entouraient le pape, lorsque l'empereur envoya le préteur avec des soldats pour l'enlever par la force. Vigile, réfugié sous l'autel, embrassait les colonnes qui le soutenaient ; l'autel allait tomber sur lui s'il n'eût été soutenu par les clercs. Le peuple de la capitale, qui était accouru en foule, révolté des mauvais traitements infligés à l'évêque des évêques ; les soldats, indignés de l'office de bourreau qu'on leur faisait remplir, empêchèrent son enlèvement. Après l'avoir encore menacé de l'emmener par la force, l'empereur, qui semblait regretter son emportement, envoya de hauts fonctionnaires pour lui déclarer avec serment que sa personne était en sûreté.
Alors Vigile rentra dans le palais de Placidie, où, malgré tous les serments qu'on lui avait faits, il ne laissa pas d'être surveillé. On le sépara de ses serviteurs fidèles, on l'entoura d'espions corrompus et l'abreuva de mille outrages. On alla jusqu'à imiter son écriture. Lorsqu'il vit son palais tout assiégé de personnes suspectes, il s'évada dans la nuit du î>3 décembre 551, malgré tous les périls qui l'entouraient, en franchissant un petit mur en voie de construction, et se réfugia à Chalcédoine, dans l'église de Sainte-Euphémie, où avait été célébré le quatrième concile. Il y publia (janvier 553) son décret contre Théodore et Mennas, et y fut longtemps malade.
L'empereur s'ofifrit à prêter un nouveau serment et le fit inviter par ses principaux officiers à rentrer dans la capitale. Le pape répondit qu'il n'avait que faire de serment, qu'il demandait à l'empereur de rendre à l'Église la paix dont elle avait joui sous son oncle .Justin, et de rompre avec ceux que le pape avait excommuniés. Dans une circulaire en date du 5 février 552, Vigile informa la chrétienté de ce qui s'était passé, exposa sa croyance et fit connaître ses désirs. Le successeur de Pierre, malgré son abaissement, inspirait toujours un profond respect ; on cherchait à s'approcher de lui. Bientôt après, Théodore Ascidas, Mennas et André d'Éphèse et autres
LES HKRÉSIKS lîl LES SCHISMES. ^207
évoques lui écrivirent pour exprimer leur adliésioii aux décrets des quatre conciles universels rendus avec l'assentiment des légats du Saint-Siège, ainsi qu'aux lettres du pape; ils consentaient à retirer tous les écrits publiés sur les Trois-Chapitres, demandaient pardon au pape pour leurs relations avec ceux qu'il avait excommuniés et pour les injures faites à sa personne, qu'ils ressentaient, disaient-ils, a comme si elles eussent été faites à eux-mêmes. » L'affaire se trouvait donc 'ramenée au point où elle était avant l'édit impérial. Vigile retourna à Constantinople.
Vigil., Encycl., Ep. xv; Mansi, p. 50-öö, J. n. 610; Ep. Menntc et al. in Vigil. Constit., ibid., p. 62 et seq. Selon Théophane, p. 3öO, l'empereur se serait repenti de sa conduite envers Vigile ^(j^eTaiAeXifiöei;), comme aussi d'après Fragm. hist., ap. Mai, Spic. Rom., II, III, p. 1 et seq.; Migne, Patr. gr., t. LXXXV, p. 1821. Suivant ce dernier, Vigile fut reçu par Justinien le 27 juin (indict. 13), après que celui-ci eut envoyé en avril Narsès contre les Goths à Rome, ce qui est fau.x. Jean Malalas (lil>. XVIII; Migne, t. XCVII, p. 701), dit que l'empereur se réconcilia avec Vigile, indic. 13, le 28 juin. Il n'est pas absolument certain quo Vigile soit retourné à Cnnstantinople.
Cinquième concile œcuménique.
176. Mennas mourut eu août rio'^. Son successeur, le prêtre Eutychius, écrivit, le 6 janvier 533, au pape Vigile, dont le nom avait encore occupé sous Mennas la première place dans les diptyques de l'Église. Il lui présenta sa profession de lx)i et manifesta le désir qu'une assemblée d'évêques présidée par le pape prit, sur les Trois-Chapitres, une décision conforme aux quatre conciles œcuméniques. Cette demande était signée par Apollinaire d'Alexandrie, Domnus d'Antioche, Élie de Thessalonique et d'autres évêques. Le pape, dans sa réponse du 8 janvier, les félicita de leur zèle et applaudit à Tidéo d'un concile, ainsi qu'il l'avait déjà fait précédemment. Il entama des négociations à ce sujet ; mais ses propositions rencontrèrent de nombreux obstacles du côté de l'empereur. Vigile demandait qu'il fût tenu en Italie ou en Sicile, qu'on y convoquât les évêques d'Afrique et des autres provinces latines.
L'empereur s'y opposa. Il refusa également, bien qu'il l'eût luimême proposé, d'appeler les évêques d'Occident que lui nommerait le pape. Il fit une nouvelle proposition, d'après laquelle on convoquerait un nombre d'évêques égal de part et d'autre ; mais il l'entendait en ce sens qu'on appellerait un nombre égal dans chaque patriarcat, tandis que Vigile l'entendait d'une égalité de nombre entre les Orientaux et les Occideiidaux, ce qui lui semblait nécessaire pour assurer le succès.
Le 5 mai 553, l'empereur fit ouvrir le concile, sous la présidence d'Eutychius. Cent cinquante et un évêques, y compris six Africains seulement, y assistaient. On y lut d'abord une longue lettre de l'empereur, relative à ses précédentes négociations avec le pape, puis des lettres échangées entre le pape et Eutychius. Vigile, invité une dernière fois, refusa de participer aux délibérations, d'abord parce qu'il s'y trouvait beaucoup trop d'évêques d'Orient, tandis que la plupart des occidentaux étaient absents, ensuite parce qu'on n'avait pas accédé aux désirs qu'il avait manifestés. 11 est probable aussi qu'il voulait se soustraire à la violence et se réserver de décider librement. Il devait craindre que son autorité ne fût amoindrie. Du reste, aucun de ses prédécesseurs n'avait personnellement assisté aux conciles d'Orient, et Célestin avait même défendu à ses légats d'entamer des controverses et de se présenter comme un parti. Le pape tint ferme dans son refus soit contre les magistrats de l'empire, soit contre une députation honorable du concile, présidée par trois patriarches de l'Orient. Et cependant il était alors sous la puissance d'un empereur qui, même en face des patriarches de l'Orient, se donnait presque les allures du chef de l'Église et les dirigeait à sa fantaisie. Il se contenta de déclarer qu'il était prêt à donner son jugement à part. H fut rendu compte dans la deuxième session (8 mai) de cette invitation infructueuse. Les évêques d'Occident qui se trouvaient encore dans la capitale, furent conviés à s'y rendre ; mais plusieurs hésitèrent de le faire à cause de l'absence du pape.
Dans la troisième session (9 mai), on fit lecture des protocoles précédents, puis d'une confession de foi entièrement conforme à la lettre de l'empereur, communiquée trois jours auparavant. On décida qu'une délibération spéciale aurait lieu le lendemain sur les Trois-Chapitres.
OIVRAGES A CONSULTER ET UEMARQUES CRITIQI'ES SUR LE N° 176.
Eulych., Ep. ad Vigil.; Baronius, an. 533, n. 8 et seq.; Mansi, IX, 6.3, 186, 462; Vigil., Ep. xvi, ibid., p. 187-190; Jafi'é, n. 611 et seq. Négociations préliminaires et actes, Héfelé, H, 829-839; Rohrbachcr-Rump, p. 234. Le texte grec de la lettre de l'empereur, lue acte i" (Mansi, loc. cit, 382; Migne, t. LXXXVI, p. 1033 et suiv.), sauf le commencement, diffère du texte latin (Mansi, 178 et suiv.). Les trois premières sessions dans Héfelé, p. 839-846; 2«= éd., p. 834 et suiv.
Suite du cinquième concile.
177. Dans la quatrième session (12 ou 13 mai), on lut et condamna soixante et onze propositions hérétiques ou scandaleuses tirées de Théodore de Mopsueste. Dans la cinquième, on examina ce que saint Cyrille et d'autres auteurs avaient écrit contre lui, puis on discuta la fameuse question s'il est permis de condamner, après leur décès, des hommes morts dans la communion de l'Église. On se décida pour l'affirmative, en invoquant de précédents exemples, le témoignage de saint Augustin, de saint Cyrille, etc. Déjà Eutychius avait rappelé, et son raisonnement avait eu l'approbation de l'empereur, que le roi Josias avait fait brûler les ossements des prêtres défunts de Baal'. Ou allégua aussi le concile de Mopsueste en 550, puis on condamna les écrits de Théodoret contre saint Cyrille. Dans la sixième session (19 mai), on eu fit autant de la lettre d'Ibas, tout en remarquant qu'il l'avait rétractée en condamnant Nestorius, et que ce qui avait été dit par quelques-uns en sa faveur à Chalcédoine n'était pas le jugement du concile.
Dans la septième session (26 mai), on fit lecture de plusieurs documents remis par l'empereur, notamment des lettres envoyées par le pape Vigile jusqu'en .550, d'une lettre de l'empereur Justin I" au général Hypatius, de 520, touchant la défense de consacrer, dans la ville de Cyr, une fête particulière à Théodore de Mopsueste et à Théodoret. Le commissaire de l'empereur rapporta en outre que le pape Vigile avait envoyé une lettre à l'empereur, par le sous-diacre Servusdei, mais que ce prince ne l'ayant pas agréée, il ne la commnniquerait pas au concile. Suivant un texte latin plus développé
' // Parai, xxxiv, 15.
des actes de ce concile, l'empereur aurait aussi ordonné d'effacer le nom du pape des diptyques, mais « sans préjudice de la communion apostolique, » ce qui aurait été accepté. Dans la dernière session (2 juin 553), le concile rendit son jugement définitif et publia quatorze anathématismes, qui concordaient avec les treize de Justinien. Cent soixante-cinq évêques étaient présents,
Mansi, IX, 202 et seq., 346, 367 et seq.; Héfelé, p. 846-855, 862-878 ; Eustath., Vita Eutych., Acta sanctorum, t. I, apr.; Migne, t. LXXXVI, p. 2.300, 2305 et suiv.
Constitutum de Vigile. — Sa mort. — Jugement de sa conduite.
178. Le document présenté au nom du pape par Servusdei et rejeté par l'empereur était probablement le même que celui qui nous est parvenu sous le titre de Co?istitutum, en date du 14 mai. Il était .souscrit par Vigile, seize évêques (neuf italiens, trois asiatiques, deux africains et deux illyriens) et par trois clercs de Rome. Il condamnait sans détour soixante propositions tirées des écrits de Théodore de Mopsueste, réprouvait dans cinq anathématismes les erreurs relatives à la personne de .Jésus- Christ, tout en défendant expressément de condamner la personne de Théodore et les deux autres chapitres. Si ce document (excellent du reste sous le rapport théologique) a été composé par Vigile lui-même, qui depuis six ans bientôt, ainsi que le reconnaissait l'empereur, avait toujours persisté à condamner les Trois-Chapitres, cela s'explique par la difficulté que voyait le pape à vider l'affaire d'une autre manière ; il tranquillisait les Occidentaux sur l'inviolabilité des décrets de Chalcédoine ; il ne condamnait que les erreurs et croyait expédient d'user envers les personnes de tous les ménagements possibles; il voulait résister aux sollicitations d'un empereur vacillant et à la condescendance aveugle des prélats grecs, sans rien céder sur les questions de foi.
De nombreuses irrégularités furent découvertes avant et pendant le concile; la conduite de Justinien était déshonorante pour l'Église; ce prince voulait imposer les décrets du concile par la violence. Enfin, lorsque Vigile, qui paraît avoir été frappé de la peine de l'exil ainsi que d'autres évêques, céda à la pression, et (dans une lettre à Eutychius du 8 décembre 553, puis dans une
constitution du 23 février 534) prononça résolument la condamnation des Trois-Chapitres, il ne mentionna pas le concile qu'on venait de tenir, mais il porta de son propre chef, comme il l'avait fait prévoir, un jugement analogue à celui du concile. Ce ne fut qu'à la longue que cette assemblée,' dirigée par Eutychius, reçut le nom de cinquième concile œcuménique.
Au mois d'août 354-, la concorde étant rétablie entre le pape et le souverain temporel , l'empereur publia, sur la demande de Vigile, sa pragmatique sanction pour l'Italie. Vigile reprit la route de Rome et mourut chemin faisant, à Syracuse (fin de 554 ou commencement de 555).
Ignorant de la langue grecque, Vigile avait passé sept ans au sein de la capitale de l'Orient, dans une situation exceptionnellement difficile; il s'était efforcé d'écarter les périls qui de toutes parts menaçaient l'Église et se succédaient sans relâche avec un redoublement de gravité. Dans les choses de la foi, il ne fut jamais hésitant, mais bien dans les questions d'opportunité, s'il était convenable ou nécessaire de condamner tels hommes et tels écrits que le concile de Chalcédoine. avait épargnés, de porter un jugement que les monophysites pouvaient considérer comme un triomphe de leur cause, un jugement que la plupart des Occidentaux détestaient de tout leur cœur pour le même motif, et parce qu'ils y voyaient une atteinte au concile de Chalcédoine; un jugement enfin qui pouvait engendrer de nouvelles divisions, au lieu de faire cesser les anciennes, La suite prouve que ces appréhensions n'étaient pas sans fondement.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° ilS.
Constit. Vigil., Mansi, IX, 61-106; Héteié,p. 856-862.— Vigile, Ep. ad Valent., Tom., emploie les termes de judicatum et constitutum dans le même sens que dans son écrit à Mennas, de 548; ailleurs, Ep. ad Aurai., il écrit également : " judicavimus et constituimus. » Dans sa lettre aux envoyés des Gaules, le clergé italien donne au » judicatum » retiré le nom de a constitutum. » Le document du 14 mai a été attaqué [tar plusieurs savants, notamment par Damberger, Kritikheft, I, p. l»o. Parmi les griefs que les deux papes Pelage, ainsi que Grégoire l'-'', eurent à combattre plus tard, aucun n'a trait à ce document; ils s'appuient sur la résistan(;e in causse principio. Qu'on ait. fait cii'culer de faux écrits de Vigile, ce pape l'aflirme lui-même, Ep. ad Aurel. Arel.
Devant cette déclaration de Justinien aux Pères du concile, que Vigile, après la publication du Judicatum, « semper in eadem voluntate perseveraverit, » le changement de dispositions qui survint du 5 au 14 mai paraît bien surprenant. Plusieurs invoquent les paroles du dernier décret de Vigile en cette affaire, paroles diversement intei'prétées : « Quaecumque vero sive meo nomine (non a me) sive quorumlibet pro defensione memoratorum Trium Capitulorum prolata fuere vel ubicumque reperta, prœsenti nostri plenissimi Constituti auctoritate evacuamus (Vincenzi, loc. cit., p. 36). L'empereur n'avait eu aucune connaissance du document remis par Servusdei, et le concile ne possédait aucun acte qui am'ait pu justifier la suppression du nom du pape dans les dyptiques. Les Ballerini (Noris Op., IV, p. 1036 et suiv.) se prononcent contre le texte plus long du Codex de Paris.
La perte des actes grecs du concile , leur interpolation constatée de bonne heure et déjà par le sixième concile (Héfelé, Conciles, II, p. 831, 1^ éd., p. 855); les nombreuses divergences des exemplaires latins, du manuscrit de Surius et de celui qu'a utilisé Baluze (Cod. Paris, et Bellov.), notamment pour le vii'^ acte, si important (Héfelé, p. 862, 2^ éd., p. 887; Rohrbacher-Rump, p. 248, n. 1); les lacunes enfin qu'offrent les sources laissent subsister encore bien des obscurités. On ignore aussi quel exemplaire fut préparé pour le pape Vigile. Les auteurs latins ne donnent que des notices défectueuses, se contredisent en partie, se montrent souvent très-passionnés, comme les Africains, et se trompent en maint endroit (par exemple Victor. Tun., an. 543; voyez Héfelé, p. 793). Les Grecs laissent encore plus à désirer. Evagr.,
IV, 38, dit simplement : Biyî^ioç (lèv ouv ÈY^pàço)? (tuv9£(XcVo; (ruvEÔpsOeiv (in Conc. V) oOx sO.cxo. Theophan., a. m. 6045 (Migne, t. CVHl, p. 501) : B. TOÎ; (niveXöoüfftv oO covi^SpeuffEv. à7r£),06ri Se 7to),),wv xivr,8évTtuv ÛTtô toû ßaci- Xew; xai ev tw 'IWupixw ÈTeXsÛTTiffe xrlv i%\ 'Pw(iyiv àvaXÛMV 68ôv. Niceph.Call., XVII, 27; cap. xix, suit l'un et l'autre; il ne fait mourir Vigile qu'après le dernier édit hérétique de Justinien, auquel il résista. Eustathius (Eutychii Vita, n. 28, 29; Migne, t. LXXXVI, p. 2308) cite Vigile parmi les membres du concile et ne connaît aucune contestation; de même Germain, De synod. et haer., cap. xxxiv) Migne, t. XCVIII, p. 72), où l'Alexandrin apparaît au concile comme représentant du pape. La plupart des Grecs disent seulement que Vigile confirma le jugement du concile par un « libelle, )> tels que Georg. Hamart., Chron., lib. IV, cap. ccxviii (Migne, t. CX, p. 780); Cedren. (t. CXXI, p. 720), Photius, Ep. ad Mich. Bulg., n. 15 (t. Cil, p. 644). Ce dernier (De Spir. s. mystag., c. Lxxxii, ibid., p. 365) félicite Vigile d'avoir égalé la gloii'e de ses prédécesseurs : oïx Sirj xavcDV àuapÉYxXri'roi; xoî; öpÖoi; aÙTr,ç Èvap[xOsô[A£vo; Soyixaai ... au(JL?wvouç àcpîr|(jt çwvà;.
D'après Bibl., cod. 18, Photius avait lu les actes du cuncile en grec.
Jean Malalas, Chronogr., lib. XVIII (Migne, t. XCVII, 700), parle du voyage de Vigile à Constantinople, et de l'excommunication lancée par lui contre Mennas, ôtâ tîvaç ahîaç xavovtxà;, lequel fut cependant réintégré la même année ; il passe complètement le cinquième concile et se borne à dire que dans l'hiver de la 6'= indiction (558), l'archevêque de Césarée (Cappadoce) mourut à Byzance et eut pour successeur Théocrite; qu'en juin de la T'' indiction, on reçut le synodique du pontife romain (p. 708, 712).
Cérulaire, Ep. i ad Petr, Antioch., cap. ix, p. 78 et seq., ed. Will-, sait que Vigile fut rayé des dyptiques de Constantinople, mais il commet une foule d'erreurs. Pierre d'Antioche, qui le rectifie, Ep. ad Caerul., cap. ii et seq., p. 190 et seq., ne connaît que ce fait : c'est que le pape, après son arrivée, excommunia Mennas, et que cette excommunication dura peu de temps. L'exil de Vigile est traité dans Vita Vigil, in libro Pontif., p. 221 ; Marcellin., Chron., Roncall., II, 333. Les autres sources n'en disent rien. Voyez le contraire dans Noris, Op., 1, 669. L'écrit Scandala, découvert par Pierre de Marca (dans Mansi, IX, 414-420; Jaffé, n. 615), a été attaqué par Garnier et Vincenzi; uji autre : Aetius archidiaconus, publié par Baluze (Mansi, IX, 457 et seq.; Jalîé, n. 616,) l'a été par Damberger.
Apologistes de Vigile : Petrus de Marca, Diss. de Vigilii decrelo (Mansi, IX, 421; Migne, Patr. lat., t. LXIX, p. 127); L. Thomassin, Diss. xrs cit.; Orsi, Storia eccl., lib. XLI, n. 84; Ballerini, De vi ac ratione primatus, cap. xv, n. 39, p. 313; J. a Bennettis (I, § 7), part. Il, t. V, ap. § 5, p. 625 et seq.; part. I, t. I, a. 2, § 3, p. 189 et seq.; Dœllinger, Lehrb., I, 149; Rorbacher-Rump , IX, p. 238. Léonce de Byzance dit que l'intention de Justinien de réconcilier les monophysites ne fut point réalisée (De sectis, act. v, n. 6; Migne, t. LXXXVI, p, 1237).
Schisme en Occident.
179. Le successeur de Vigile, Pelage I'"' (555-560), qui l'avait assisté en qualité de diacre, fut soupçonné de l'avoir trahi et d'avoir excité contre lui l'empereur ; c'est pourquoi il crut nécessaire, dès son élévation, de se purger par un serment solennel. 11 maintint la condamnation des Trois-Ghapitres, s'appliqua à combattre les préjugés et à vaincre la résistance des Occidentaux. La plupart des évêques d'Afrique et d'IUyrie se soumirent ; quelques opiniâtres qui, comme Victor de Tununum, accusaient d'hérésie le cinquième concile, furent exilés; le même sort échut à Frontin, métropolitain de Salone, eu Lalmatie, qui fut remplacé par Pierre le Catholique. Dans uu mémoire adressé à
l'empereur, plusieurs évèques schismatiques protestèrent contre la condamnation des Trois-Chapitres. Justinieu y répondit par une longue réfutation. Le pape Pelage essaya aussi de dissiper les préventions des évèques de Toscane et de France contre le concile de Constantiuople.
iNulle part la résistance ne fut aussi vive que dans le nord de l'Italie, où les deux métropolitains Vitale de Milan et Paulin d'Aquilée se séparèrent du Saint-Siège et condamnèrent publiquement le cinquième concile. La puissance civile elle-même ne put rien contre les schismatiques, et les conquêtes des Lombards dans le nord de l'Italie n'apportèrent aucun changement (568). Cependant la plupart des Milanais, sous Laurent 11 (depuis 571), renoncèrent au schisme, et cet exemple fut suivi en ü02 par quatre évèques de l'Italie, que d'autres imitèrent bientôt après. Depuis 607, il y eut à Grado des archevêques cathohques, et dans Aquilée des évèques schismatiques; tous portaient le nom de patriarche.
L'union fit de grands progrès sous le pape Honorius 1" (625- 638); cependant les derniers schismatiques du royaume des Lombards ne rentrèrent dans le sein de l'Église que sous Sergius I" (687-701). Le cinquième concile œcuménique ne fut expressément reconnu qu'à la longue dans les différentes contrées de l'Occident,
Vita Pelag., 1, et Ep. ii-vu, x, xvi; Mansi, IX, 7d2 et seq.; Justinian., Resp., ibid., p. Ö89-646 ; Migne, t. LXXXVI, p. 1044-1096: Victor. Tun., an. 554 et seq.; Pelag. il, Ep., Mansi, loc. cit., p. 433 et seq., 891 et seq.; Greg. M., lib. I, Ep. xvi; II, Ep. xlvi, li; IV, Ep. Il et seq., xxxix: V, Ep. Li; XII, Ep. xxxni; XIII, Ep. xxxiii; Serg., Mansi, XII, 115; Héfelé, II, 887 et suiv.; 2* éd., p. 91 1 et suiv.
Propagation du monophysitisme. — Les monophysites à Constantiuople, en Egypte, en Ssrrie, en Mésopotamie et en Arménie.
180. Justinieu avait encore provoqué plusieurs conférences religieuses entre les catholiques et les monophysites ; il avait même mandé de Syrie et d'Egypte daus la capitale des chefs de la secte, qui y résidèreut sans être inquiétés et se créèrent même en secret des partisans. Ils eurent longtemps à leur tête
Jean d'Éphèse, et sous Justin II (565-578) ils jouirent longtemps d'une pleine liberté. Un édit de l'empereur, qui prétendait favoriser la paix de l'Église et empêcher « qu'on discutât sur des personnes et des syllabes, » fut diversement interprété.
Mais en 571, à l'instigation de l'archevêque Jean III Scolastique, un édit sévère fut publié contre la secte ; plusieurs de ses partisans furent sommés d'abjurer sous peine d'emprisonnement ou d'exil. Le monophysitisme se vit de plus en plus relégué dans les plus lointaines provinces. Son principal siège continua d'être en Egypte, où, à côté du patriarche catholique, il y avait des patriarches monophysites , deux même , qui appartenaient à différents partis, et agissaient tantôt en secret, tantôt à découvert. Les nombre des hérétiques surpassait celui des cathoUques. Ils se nommaient coptes, chrétiens de l'ancienne Egypte, et les catholiques, melchites (de melech, roi, impérial ou parti de la cour). La haine contre ces derniers fut envenimée par les récits mensongers des dyophysites, qui accusèrent les catholiques d'avoir versé le sang de leurs coreligionnaires. De là une séparation complète, contre laquelle tous les agents de l'empire furent impuissants.
En Syrie et en Mésopotamie, le monophysitisme s'en allait mourant, lorsqu'il fut ressuscité par Jacques Zanzalus (541- 578), surnommé El Baradai (Burdojo). Ce monophysite ardent, dont les sectateurs furent appelés jacobites, était disciple de Sévère et religieux du couvent de Phasilta, près de Nisibe. Quelques évêques captifs de la secte le consacrèrent évêque d'Édesse, afin que le parti ne pérît point faute de prêtres. Déguisé en mendiant (de là son nom de Baradai, ou vêtu de guenilles), il parcourut, avec une grande rapidité et parmi toutes sortes de périls, la Syrie et les provinces limitrophes, essaya d'apaiser les divisions intestines, affermit les siens par ses discours et consacra partout des évoques, des prêtres et des diacres (leur nombre, exagéré plus tard, a été porté à quatrevingt mille). Il rétablit à Antioche des patriarches monophysites, d'abord Sergius (539), qui fut le père d'une série ininterrompue de patriarches jacobites en Orient, lesquels résidaient tantôt près d'Amide, tantôt dans des couvents près de Mitilène : ils étaient assistés par les maphrianes (primats), les premiers dignitaires après eux.
Une troisième patrie des mouophy sites, aux ciiiquième et sixième siècles, fut l'Arménie, où l'on condamna le concile de Chalcédoine, accepta l'addition de Sévère au trisagion et défendit le pèlerinage de Palestine, dont les couvents renfermaient plusieurs catholiques arméniens. Le pays conserva son rite particulier, n'eut que peu de relations avec les autres monophysites et accepta diverses coutumes judaïques. Plusieurs partis se formèrent dans ces contrées par suite de discussions personnelles et de compétitions entre les chefs. Le catholicos occupait chez les Arméniens le même rang que le patriarche chez les jacobites d'Autioche et d'Alexandrie.
Assem., Bibl. or., II, 89, 529; Joan. Eph., Hist. eccl., I, 5, 10 et seq. (A § 20); Le Quien, Or. chr., II, 357 et seq.; Vansleb, 0. S. D., Histoire de l'Église d'Alexandrie écrite au Caire même, Paris, 1677; Kircher, S. J., Prodrom. Copt. s. aegypt., Rom., 1636; Gerhardi, Exercit. theol. eccl. Copt., Jen., 1666; Renaudot, Hist. Patr. Alex. Copt. Jacobit., Par., 1713; Makrizi, Hist, Copt. cbrist. in ^Egypto in lat. translat. ab H.-J. Wetzer, Solisbac, 1828. On fait dériver le nom de copte de la ville de Copto, dans la Thébaide, et on l'applique à la plus ancienne population indigène de l'Egypte. D'autres le font venir de xôtîtw, seco (secati, à cause de la circoncision); d'autres, retranchant la première syllabe, trouvent dans le nom de Copti une corruption à'jEgyptii (J. S. Assemani, ap. Mai, ?<ov. coll., V, ii, p. 173). Sur les melchites (grec : ßaTt^ixotj, voyez Assem., Bibl. or., I, 507 et seq., n. 4; sur les jacobites, ibid., II, 62 et seq., 69 et seq., 321 et seq., 527; Le Quien, II, 437 et seq., 1344 et seq.; sur les Arméniens, ci-dessus § 23; Mai, Spicil. rom., X, II, p, 450, not. 3; Héfelé, II, p. 557 et suiv.
Les partis monophysites. — Les eutychiens et les monophysites purs. — Les julianistes et les sévériens. — Les thémistiens. - Les condobaudites. — Les partis des acéphales.
181. Aucune des anciennes sectes ne renfermait autant de partis que celle des monophysites. Dans le principe, les monophysites purs, ennemis d'Eutychès, s'étaient séparés des eutychiens proprement dits, appelés aussi docètes ou fantastiques, et qui tenaient Eutychès en haute estime. Vers 482, surgirent le parti des hénotiques monophysites et le parti des acéphales. Les plus importants parmi les premiers étaient les aphthartodocètes ou julianistes, les phthartolàtres ou sévériens.
Julien d'Halicarnasse et Sévère d'Antioche, qui s'étaient enfuis en Egypte sous Julien I", disputaient entre eux si le corps de Jésus-Christ, avant sa résurrection, avait été sujet à la corruption (phtlîora), aux souffrances et aux infirmités du corps humain, à la faim, à la soif, à la fatigue. Il était incorruptible, disait Julien, autrement il y aurait une différence entre le corps du Christ et le Verbe diviu, et il faudrait admettre le dyophysitisme. ^uant aux faiblesses de l'homme qui ne sont pas des péchés, le Christ ne les avait acceptées que par « économie. » Sévère, au contraire, affirmait la corruptibilité du corps de Jésus-Christ. Timothée 111, patriarche monophysite d'Alexandrie, hésitait entre les deux partis. Après sa mort, le clergé et les notables élurent Théodose, favorable au dogme de Sévère; mais le peuple lui opposa l'archidiacre Gajanus, du parti des julianistes; c'est de là qu'ils furent appelés gajanites et les sévériens théodosiens. Narsès, envoyé de Justinien, se prononça pour Théodose, expulsé par le peuple, comme ayant été le premier élu et consacré, et exila (iajanus. Théodose fut renversé dans la suite et reçut de l'empereur des successeurs orthodoxes dans la personne de Paul et de Zoïle.
Les julianistes, qui répandaient également leur doctrine en Ethiopie et eurent plus tard des patriarches particuliers (par exemple vers 798), se partageaient eux-mêmes en ctistolâtres, qui enseignaient que le corps de Jésus-Christ avait été créé, et en actistètes, qui soutenaient le contraire. D'autres croyaient que le corps de Jésus-Christ était en soi sujet à la corruption, mais qu'il n'y avait pas été assujéti à cause de la puissance du Verbe. On dit que l'empereur Justinien, dans ses dernières années, sanctionna par un édit spécial l'aphthartodocétisme, dont Xenéjas de Mabug était aussi partisan. Le patriarche Eutychius fut exilé pour avoir refusé son adhésion, et Anastase d'Antioche menacé du même sort; mais la mort de l'empereur, survenue bientôt après, le sauva de cette extrémité.
Justin II rétracta ou du moins modifia l'édit de son prédécesseur et le commenta. Cet édit de Justinien (aujourd'hui perdu), quelques-uns l'interprétaient aussi en ce sens que le corps du Sauveur était non pas incorruptible, mais impassible ; qu'il était, avant la résurrection, sujet aux peines de la vie parce qu'il s'y était volontairement soumis, bien qu'il en fût
affranchi en vertu de l'union hypostatique. Il seuiLlo liu reste que l'édit était déjà alors mal interprété, et qu'il y avait de nombreuses divergences parmi les théologiens, d'une part entre Eutychius de Constantinople et Anastase d'Antioche, et d'autre part entre les successeurs de Jean III et de Grégoire.
Voici sur ce sujet la doctrine des Pères : \° selon la loi naturelle, le corps humain de Jésus-Christ devait, lui aussi, être assujéti aux souffrances ; 2* il en a été délivré par l'union hypostatique ; mais 3** Jésus-Christ l'y a volontairement soumis. Comme les julianistes, les sévériens se divisaient en plusieurs partis. Dans ce nombre étaient les agnoètes ou thémistiens, ainsi nommés du diacre Thémistius d'Alexandrie. Celui-ci rapportait à l'âme de Jésus-Christ ce que les sévériens disaient de son corps; il enseignait que le Christ nous est cousubstantiel en toutes choses, même dans l'ignorance (agnoia), car lui-même parle souvent de son défaut de savoir ' .
Cette doctrine fut combattue par le chef même du parti, Théodose, et adoptée par d'autres. Ce Théodose (expulsé en 539) avait rédigé un écrit qui ne fut pas accepté par une partie des sévériens. Ceux-ci furent exilés et formèrent un parti sans évêque. On les appela condobaudites, du lieu où ils se réunissaient à Constantinople, et, par antonomase, sévériens, à cause de leur attachement à Sévère, à l'exclusion de Théodose et de ses successeurs. Ce dernier nom fut également donné à d'autres branches de la même souche.
Les condobaudites reconnaissaient un Dieu unique par le nombre, mais non quant à la parfaite égalité. D'autres partis prirent les noms de leurs patriarches et de leurs évêques respectifs. La controverse roulait principalement sur les individus qui occupaient les sièges d'Antioche et d'Alexandrie. Le second successeur de Sévère à Antioche, Paul, consacré en 551 par Jacques Baradai, fut déposé en 578, parce qu'il communiquait avec les dyophysites de Byzance et avait secrètement ordonné, pour successeur de Théodose, Pierre III, patriarche d'Alexandrie. Il fut remplacé par Pierre de Callinique, qui alla lui-même à Alexandrie pour y apaiser les troubles. Sur ces entrefaites, Damien ayant occupé le siège patriarcal de cette
t Marc, XIII, 32 et suiv.
ville fût par plusieurs traité d'adultère, parce qu'il avait été nommé contre les canons. Ces patriarches perdirent beaucoup de leur crédit, car un grand nombre pensaient que Paul luimême avait été illégitimement déposé et ils rejetaient Pierre.
Cette dispute sur la légitimité des patriarches détermina plusieurs monophysites à passer soit dans l'Église catholique, soit dans le camp des acéphales. Ces derniers furent longtemps sans hiérarchie ; ils administraient le baptême avec l'eau qu'ils avaient enlevée des églises à la fête de l'Epiphanie, ne prenaient souvent à Pâques qu'une faible parcelle de l'Eucharistie consacrée, qu'ils conservaient depuis longtemps. Une autre branche de ses sectaires, imbue d'idées anthropomorphites, c'étaient les barsaniens ou barsanuphites, qui célébraient l'Eucharistie eu trempant le doigt dans de la fine farine de froment (semidalis, (le là semidalites) et le portaient à la bouche. Ils tiraient leur nom de leur évêque, dont la consécration fut vivement contestée. Venaient ensuite les ésaianistes, qui se séparèrent des autres à propos de la consécration d'Ésaias. Leurs adversaires prétendaient qu'Ésaias avait été consacré avec la main de saint Épiphane défunt. Tous ces partis attachaient un grand prix à la succession épiscopale, et cherchaient à se la procurer dans la mesure où elle pouvait se concilier avec leurs principes.
Libérât. Brev., cap. xix et seq.; Leontius Byz., De sect., act. v, cap. m et seq. (Migne, t. LXXXVI, p. 1229 et seq.); Timotheus Cpl., De recept. hseret. (ibid., p. ö2 et seq.); Fragm., ap. Maï, Spicil., III, 7H ; X, 169; Damasc, De hœr., cap. lxxxii et seq.; Niceph. Call., XVIII, 45 et seq.; Assem., Bibl. or., t. II; Diss. de Monophys., § 4; Walch, Ketzerhist., VIII, p. 528 et suiv. Les monophysites se nommaient ordinairement « hésitants, » 8iaxpiv6(Aevoi (ôtà zb Siaxpîvsuoai aÙTOù; y.oivwvsïv xyj y.aO. 'Exx>r,(Tta xâpiv TTÔç (îuvooou, se. Chalc. Ainsi Timothée de Cpl., loc. cit., p. 53, compte douze sectes parmi eux. Phot., Bibl., cod. 24 ; Niceph. Call., loc. cit. Sur la Phthora, Leont., loc. cit., act. x, cap. n; Damasc, F. 0., III, 28. Sur l'édit de Justinien et ses suites, Evagr., IV, 39 et seq.; V, 4; Eastath., Vita S. Eutych., cap. iv, v; Theophan., Chronogr., p. 372. Vincenzi a essayé avec beaucoup de sagacité (t. IV, cap. XXV, p. 334 et suiv.) de sauver l'honneur de Justinien sous ce rapport (voyez Bonner theol. Lit.-Bl., 1866, p. 549). Sur la controverse des patriarcats d'Alexandrie et d'Antioche, voyez .\ssemani, II, p. 69-82.
310 HISTOIRE DE LÉGLISE.
Jean Ascosnaghes et Jean Philopon. — Les damianites. — Les niobites. — Etienne Gobar. — Bar Sudaili.
182. D'autres hérésies pullulèrent encore sur la souche du monophysitisme, notamment celle du trithéisme, qui eut pour principaux organes Jean Ascosnaghes, maître de philosophie à Constantinople (vers 560), et Jean Philopon, aristotélicien d'Alexandrie (mort après 610). Quand les catholiques disaient aux monophysites : si la nature et la personne étaient identiques, il faudrait admettre dans la Trinité trois personnes et trois natures, ce qui est inoui, les monophysites reconnaissaient les trois natures, et concevaient les trois personnes divines comme trois individus dans le genre divin, de môme que Pierre, Paul et Jean forment trois individus dans le genre humain ; ils distinguaient des substances partielles (p/stxat oùuîai) et une substance commune. Le moine Athanase, qui dépensait de grandes sommes en faveur du monophysitisme, puis les évêques Conon de Tarse et Eugène de Séleucie, en Cilicie, qui ordonnèrent une foule de prêtres, propageaient la doctrine trithéiste. Ces deux évêques curent même à Constantinople, sur l'ordre de l'empereur, une conférence avec les chefs de la secte antitrithéiste. Dans cette conférence, présidée par le patriarche Jean III, il fut défendu de citer comme des autorités les pères dyophysites ; on n'accepta que Sévère, Théodose, etc. Après quatre jours, Conon et Eugène furent déclarés vaincus et exilés par l'empereur. En Cilicie et en Isaurie, plusieurs prêtres furent encore ordonnés pour la secte.
Le livre de Jean Philopon sur la résurrection suscita bientôt de nouvelles disputes. Philopon enseignait que la matière doit périr en même temps que la forme, par conséquent qu'il n'y aura pas de résurrection dans le sens d'une restauration des corps inanimés; Dieu, disait-il, créera, avec une terre nouvelle, de nouveaux corps qui vaudront mieux que les anciens, car ils seront incorruptibles et éternels. Tandis que les partisans sévères de Philopon acceptaient cette doctrine, les cononites rejetaient son ouvrage et en vinrent à répudier le maître luimême, d'ailleurs si honoré parmi eux. Les deux partis se combattirent avec acharnement et finirent par s'attirer le mépris
général. Plusieurs essais de réunion furent ensuite tentés à Constantinople, en Syrie et en Egypte.
Les conûnites cherchèrent à circonvenir Damien, patriarche d'Alexandrie et successeur de Pierre III. A sa demande, ils condamnèrent l'écrit de Philopon sur la résurrection, mais non son tri théisme. Damien le réprouva solennellement et le combattit dans plusieurs écrits. Ces écrits furent eux-mêmes accusés d'erreur, notamment par le patriarche d'Antioche, Pierre de Callinique ; de là entre les deux patriarcats monophysites une scission qui dura vingt ans. Damien fut accusé de sabellianisme. Il enseignait qu'aucune des trois personnes n'était proprement Dieu, qu'elles l'étaient uniquement par leur participation indivisible à la commune divinité (x&tvo? ôsôç) qui résidait en elles ; de là le surnom de tétradites qu'on donnait aussi aux damianites; on les appelait d'ailleurs angélites, du nom où ils s'assemblaient à Alexandrie. Ce Damien condamna le philosophe Etienne Niobes, qui, poussant le monophysitisme à ses dernières conséquences, niait toute distinction entre la nature divine et la nature humaine après leur réunion en Jésus-Christ, et n'admettait aucune distinction dans les éléments qui constituent le Christ. Les niobites formaient un parti à part, détesté des autres monophysites.
Parmi les savants du monophysitisme, on cite Etienne Gobar, qui recueillit dans un ouvrage, probablement dans un but de polémique, les opinions contradictoires des Pères de l'Église sur différents sujets; il passait également pour trithéiste. Les différentes sectes monophysites furent combattues par Anastase le Sinaïte, Euloge d'Alexandrie, Georges Pisides, le moine iieorges, Léonce et Jean Damascène. On trouvait parmi les savants monophysites, outre des dialecticiens formés à l'école d'Aristotc, des mystiques platonisants, tels que Bar Sudaili, abbé d'un couvent d'Édesse sur la fin du cinquième siècle, qui tomba dans le panthéisme mystique. De Tunité de nature en Jésus-Christ il concluait l'unité de l'essence divine, où devaient rentrer im jour toutes les âmes dispersées dans la pluralité (dans le monde). Ses doctrines produisirent un grand scandale parmi ses partisans. On lui reprochait le mépris des sacrements, l'indifférence morale, le millénarisme et l'apocataslase. 11 se servait d'une exégèse allégorique et mystique et se vantait de
recevoir des révélations d'en haut. Il avait probablement étudié les écrits de l'Aréopagite. Plusieurs monophy sites rejetaient tout emploi de la raison dans les choses de la foi. Un autre parti plus important encore que ceux que nous venons de nommer fut celui des monothélites.
Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 182.
Assem., Bibl. or., II, 327, d'après Barhebrœus. Schœnfelder, Joan. v. Ephesus, p. 268 et suiv. — Philopon écrivit des commentaires sur Aristote, sur l'Hexaméron (De mundi creatione, Gallandi, XII, 471 et suiv.), sur la fête de Pâques, des ouvrages contre Proclus, contre Jamblique, contre le concile de Chalcédoine, sur la Trinité, sur la résurrection, etc. (Phot., Cod., 21, 43, 5b, 75, 215, 240). Voyez des extraits du AiatrriTYi; dans Damascène, De haeret., n. 83 ; Niceph. Call., loc. cit., cap. XLVii; Cotel., Monum., I, 278). Sur sa doctrine, Schœnfelder, p. 280. Nominaliste, il ne donne aux universaux de réalité que dans les individus. Ce que dit Léonce (art. 5, n. 6, p. 1233) qu'on peut conclure de la doctrine de l'Incarnation la doctrine de la Trinité, est parfaitement justifié. Cette doctrine trithéiste admettait Tpsïç tw àpt8[iw oOffîa-. •Aoi (firitiz ï(7ai à7:apa).).àxTci); xaTà Tr;v 6£ö-n:Ta, sans vouloir admettre <( trois Dieux. » On croit qu'Eutychès de Constantinople adhérait à la théorie de Philopon sur la résurrection. Mais Grégoire le Grand, alors simple apocrisiaire, qui le fit se rétracter, lui impute seulement d'enseigner que le corps ressuscité sera impalpable et aussi subtil que l'air et le vent. Moral., XIV, 29; Joan., diac, Vita S. Greg., I, 28 et seq.; Schœnfelder, p. 297 et suiv., 304; Steph. Gobar., ap. Phot., Cod. 232. Adversaires du monophysitisme dans Niceph. Call., loc. cit., c. xlv, xlmii; Phot., Cod., 222, 226, 227, 230; Leont., Op., Migne, t. LXXXVI; Damasc, F. 0., III, 3 et seq.; Tract, adv. Jacob, et Aceph. (Migne, t. XCrV, p. 988 et seq., 1436 et seq.; t. XCV, p. 112 et seq.); Georg. Pisid., Contra Sever. (ibid., t. XCII, p. 1261 et seq.); Anastas. Sin., Hodeg. (ibid., t. LXXXIX, p. 35 et seq. Cf. Kumpfmtiller, De Anastasio Sinaita, Ratisb., 1865. Beaucoup de détails dans Pitra (A. 15, h), t. Il, p. 241 et seq.; 247 et seq., 257. Anastase mériterait une monographie d'une certaine étendue. Sur Bar Sudaili, Assem., Bibl. or., p. 30 et seq.; Néander,I, p. 726. Contre les monophysites ultrasupernaturalistes, voyez l'auteur des Confutationes quarumdam propositionum (Op. S. Äthan., t. II, append., p. 660, éd. Maur.), le traité Adv. eos qui nec qupprendum nec loquendum ex Scriptura prœcipiunt, sed in sola fide acquiescendum (ibid., p. 662); Théodoret, Serm. xvi ; Dial. adv. Eut.; Denzinger, Vier Bücher von der rehg. Erkenntnisz., Würzb., 1856, t. I, p. 123.
Le monothélisme (jusqu'en 680). — Ses rapports avec le monophysitisme. — Héraclius et Sergius.
183. La querelle des Trois- Chapitres était une continuation; un écho du nestorianisme, lequel avait encore besoin d'être étudié dans ses sources et poussé dans ses derniers retranchements. Le monothélisme, à son tour, n'était que le contre-coup du monophysitisme, qu'on essayait de rajeunir sous une forme plus délicate et moins ostensible, ou de ramener à l'union en l'appuyant sur cette base. L'Église enseigne que chacune des deux natures en Jésus-Christ conserve toutes ses propriétés et opérations essentielles, qu'elles agissent l'une et l'autre de la manière qui leur est propre, car la nature est le principe des opérations. Or, puisque Jésus-Christ possède la nature divine et la nature humaine, il possède un ensemble d'opérations divines et d'opérations humaines, une connaissance divine et une connaissance humaine, par conséquent aussi deux sortes de volontés et d'actions. Cependant, comme Jésus-Christ ne constitue qu'une seule personne et que cette personne n'a qu'une volonté morale, car la volonté humaine suit la volonté divine, on pouvait, en partant de là et en méconnaissant la distinction entre le vouloir naturel et le vouloir moral, retomber dans le monophysitisme, en disant que le Christ n'a qu'un seul mode d'opérations, une seule volonté ; on pouvait aboutir à la négation de la parfaite humanité aussi bien que de la dualité des natures.
Si les agnoètes avaient été combattus par les autres monophysites, c'était justement parce que leur doctrine conduisait au dyophysitisme. D'autres questions surgirent encore en diverses circonstances, soit à propos des controverses de détail, soit à l'occasion des tentatives qu'on faisait pour concilier les esprits.
L'empereur Héraclius (610-641), voyant son royaume menacé de toutes parts par les Perses qui dévastaient la Cappadoce, assiégaient Chalcédoine et conquéraient l'Egypte (619), comprit que la politique lui faisait une pressante nécessité de réunir cette fuule nombreuse de monophysites à l'Église de l'empire. Sergius, évêque de la capitale, trouva que le moyen le plus efficace serait la doctrine qui enseigne une seule opération
31 i HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
(énergie) en Jésus-Christ. Lui et l'empereur essayèrent par des conférences et des lettres de la faire agréer aux évêques tant catholiques qu'hérétiques. Sergius entama à ce sujet des relations épistolaires, surtout avec les évêques Théodore de Pharan, en Arabie, et Cyrus de Phasis, en Lazio, et essaya d'accréditer sa doctrine en l'appuyant de plusieurs témoignages des Pères (dont quelques-uns étaient apocryphes, comme une prétendue lettre de Mennas au pape Vigile). Il croyait que l'unité de personne en Jésus - Christ impliquait nécessairement l'unité de volonté et d'opération, que si la nature humaine, unie au Verbe divin, avait son âme propre, ses facultés humaines, elle n'exerçait pourtant aucune opération distincte; que tout ce qui était fait par les deux natures, il fallait l'attribuer au Verbe comme à sa cause efficiente ; que le Verbe se servait de l'humanité comme d'un instrument, en un mot qu'il n'y avait en lui qu'un seul mode d'opération et une seule volonté. En 622 déjà, dans une lettre adressée à l'archevêque Arcade de Chypre et dirigée contre Paul, évêque des acéphales de cette ville, l'empereur défendait de parler de deux opérations en Jésus -Christ après la réunion des deux natures.
Sources : ]" Mansi, Conc, t. X, XI; Hard., t. III; 2° S. Maximi Op., éd. Combcf., Par., 1675, in-fol. (Migne, l. XC, XCI); 3° Niceph., Brev. hist. (Migne, t. C, p. 875 et seq.); 4° Theophan., Chronogr., p. 466 et seq., 506 et seq., ed. Bonn.; 5° Cedren., I, p. 736 et seq.; 6» Anastas., Bibl. collectan. ad hist. monothel., éd. Par., 1620; Gallandi, XIII, p. 32 et seq.; 7° Niceph. Call., XVIH, 53. — Élaborations : Fr. Combélis, Hist. haer. monoth., dans Auctar. nov., Paris, 1648, t. Il, p. 1-198; Tamagnini, Celebr. liist. monoth. et lion, controvers., Paris, 1778; Jos. Sim. Assemani, Bibl. jur. or., Rom., 1764, t. IV; Walch, Ketzerhist.,
IX, p. 1-666; Katerkamp, III, p. 450 etsuiv., 489 etsuiv.; Dœllinger, Lehrb., I, p. 155 et suiv.; Héfelé, III, p. 110 etsuiv.: Rohrbacher-Rump,
X, p. 121 et suiv. L'impérial xeXeuctk; oûo evEpyeia; evtl oecttiôtou i?i[j.wv 'J. Xp. (Aexà xrjv svwertv "xiyBcsbai xwWouffa est cité par Cjr., Ep. ad Scrg.; Mansi,
XI, 561. Sergius invoquait : 1° l'expression (ita ÇwoTtoiô; evspyti« dans Cyrill. Al., t. IV in Joan.; 2° la prétendue Ep. Mennœ ad Vigil. (Mansi, XI, 325 et seq., 530); 3° Dionys. Areop., Ep. iv ad Caium (Migne, t. III, p. 1072) : xatvViv Ttva xrjv OsavSptxyiv èvépYsiav (on lit quelquefois xaivYjv au lieu de : xoiv-^v ou (lîov); 4° la lettre de Grégoire le Grand, où il est dit : « Agit enim utraque forma cum alterius communione, quod proprium est, » ce qui est absolument contraire à la doctrine de Sergius.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 31o
Cyrus à Alexandrie. — Sophrone.
184. Cette doctrine ne commença de remuer sérieusement les esprits qu'après la recouvrance de l'Egypte par Héraclius (628) et la mort du patriarche Georges (630), lorsque Cyrus, évêque de Phasis, fut élevé sur le siège d'Alexandrie et réunit les théodosiens (sévèriens) à sa communion sur la base de cette formule (juin 633). Dans l'acte de réunion, composé de neuf articles, on formula les dogmes de la Trinité et de l'incarnation (ce dernier en opposition directe avec Nestorius) et on ordonna de croire, eu s'appuyant de Denis l'Aréopagite, que le seul et même Jésus-Christ opère ce qui est de Dieu comme ce qui est de l'homme par une seule action théandrique.
Pendant ces négociations, dont Cyrus annonça le résultat en termes pompeux à Constantinople, se trouvait à Alexandrie un moine de Palestine, Sophrone, théologien d'une grande pénétration. Cyrus lui ayant communiqué les articles de la convention avant qu'ils fussent publiés, Sophrone fit aussitôt remarquer que si on n'admettait en Jésus-Christ qu'un seul mode d'opérations, on ne devait admettre qu'une nature ; que si on admettait deux natures, il fallait admettre aussi deux modes d'opérations différents. Il conjura donc Cyrus, il le suppha en se jetant à ses genoux, de se désister de son projet et de ne point pubher ces articles apollinaristes.
Cyrus allégua des passages des Pères et la nécessité de ramener un si grand nombre de sectaires. Il exécuta son plan de réunion et rendit solennellement la communion aux théodosiens. Ceux-ci, ivres de joie, se vantaient de n'être pas allés au concile de Chalcédoine, mais d'avoir amené à eux ce concile. D'une seule opération en Jésus-Christ, ils concluaient logiquement une seule nature. Sophrone se hâta vers Constantinople, pour informer Sergius, qu'il connaissait peu encore, du péril qui menaçait la foi. Cyrus, qui peut-être l'avait proposé luimême pour arbitre, donna à Sophrone des lettres pour le patriarche.
Sergius trouva que les inquiétudes de Sophrone n'étaient pas fondées ; cependant il promit de faire en sorte qu'il ne fût plus parlé ni d'une seule ni de deux énergies en Jésus-Christ. Sur cette promesse, assurait-il, le pieux moine lui aurait dit qu'il
garderait le silence. Sophrone, peu après son retour à Jérusalem (634), y fut nommé successeur de Modeste. Il tint avec ses évoques un concile où il condamna la doctrine monothélite, et envoya aux principaux chefs des Églises une longue lettre synodale où il développait avec beaucoup de précision la croyance de l'Église, notamment ce qui concerne les deux modes d'opération en Jésus-Christ,
' ' Union d'Alexandrie, Mansi, XI, 562 et seq.; Theoph., p. 507; Gedr., loc. cit.; Vita S. Max., Op. I, p. viii, éd. Combéf. Lettre de Sergius à Cyrus, Mansi, X, 971 ; Maxim., Ep. ad Petr., ibid., p. 691 ; Héfelé, III, p. 126-130; Sophronius, Mansi, XI, 461-568; Migne, t. LXXXVII, p. 3147-3200; Theoph., loc. cit.; Vita Max., p. ix; Héfelé, III, p. 138-145.
Correspondance de Sergius avec le pape Honorius.
185. Sergius venait d'apprendre l'élévation de Sophrone sur le siège de Jérusalem. Comme il redoutait Tinfluence qu'il pouvait exercer dans l'affaire qui lui tenait à cœur, il adressa au pape Honorius P"" une lettre habilement conçue pour l'attirer dans sa cause (625-638). Il vanta, avec force exagérations, le retour des monophysites d'Egypte dans le sein de l'Église. Il serait cruel, disait-il, de réduire à l'apostasie, pour une expression blâmée par Sophrone : « une seule énergie en Jésus- Christ, » tant de millions de chrétiens. Le plus opportun, selon lui, serait de ne parler ni d'une seule, ni de deux opérations en Jésus-Christ : d'une seule, car, encore que ce langage fût correct et se trouvât dans les Pères, il pouvait offusquer bien des esprits et servir de prétexte pour nier les deux natures ; de deux, parce que cette expression était inouie chez les Pères et qu'on en pourrait déduire deux volontés opposées entre elles, en disant par exemple que l'humanité en Jésus-Christ s'était révoltée contre la volonté divine qui inclinait pour la passion, tandis qu'il est impossible qu'il y ait deux volontés contraires dans un même sujet. L'empereur, ajoutait-il, était d'accord avec lui qu'on ne devait pas subtiliser davantage sur cette question, mais s'en tenir à la simple doctrine des Pères, savoir que le même Fils de Dieu opère ce qui est de Dieu comme ce qui est de l'homme, et que toute énergie divine et humaine procède de lui sans division ni séparation. Sergius terminait
en priant le pape de réfléchir à cette affaire, de compléter ce qui y manquait encore et de lui mander son sentiment par écrit.
Sergius, non content de ce récit partial, accusait Sophrone d'être incapable de justifier son blâme et de vouloir introduire de nouvelles formules ; il ne disait rien de ce qu'il avait fait lui-même en faveur de son hérésie, car il ne voulait pas encore la manifester ouvertement ; il lui paraissait suffisant d'empêcher que la doctrine des deux opérations prévalût et qu'on attaquât son propre sentiment.
Le pape, qui ne se doutait de rien et n'avait point encore d'autres renseignements sur ce qui s'était passé en Orient, qui du reste trouvait cette affaire peu importante en soi, entra sans défiance dans les vues de Tastucieux Byzantin ; il loua sa perspicacité et approuva le silence recommandé par Sergius. L'opposition de Sophrone, d'après ce que lui avait rapporté Sergius, lui semblait une pure logomachie, qu'il fallait abandonner aux grammairiens. Dans une question non encore décidée par l'Église, le silence, — abstraction faite de ce qui s'était passé en Orient et que le pape ignorait encore, — pouvait paraître aussi justiûé qu'il le fut dans des controverses théologiques subséquentes.
Dans sa longue explication dogmatique, Honorius fait bien voir sans doute qu'il ignore le fond du débat, mais il n'émet point d'opinion hérétique ou erronée. Il distingue très-exactement les deux natures demeurées distinctes, et ne blesse aucun dogme de l'Église. S'il parle d'une seule volonté en Jésus- Christ, c'est en ce sens seulement que le Verbe a pris la nature humaine, et non son péché, qu'il s'est revêtu de l'humanité telle qu'elle était avant la chute et sans la concupiscence, de sorte qu'il n'y a pas en Jésus-Christ deux volontés humaines contradictoires, celle de l'esprit et celle de la chair, et que la volonté humaine de Jésus -Christ se conforme, se soumet entièrement à la volonté divine. C'est ce que prouvent et les propres paroles du pape relatives à ce qu'avait dit Sergius sur la résistance de la volonté humaine à la passion, et les textes de saint Augustin cités presque textuellement par Honorius, et qui, à les prendre à la lettre, ne sauraient s'entendre dans un sens hérétique, et enfin les déclarations des contemporains
3i8 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
compétents : l'abbé Jean, qui fut l'inspirateur de la lettre du pape saint Maxime, l'adversaire le plus résolu du monothélisme, et le pape Innocent IV.
La lettre d'ilonorius ne contient aucune erreur dogmatique, mais elle n'atteste pas non plus beaucoup de sagacité et de pénétration ; c'était, en pratique, une bévue, car les eunemis de la foi allaient s'en servir comme d'une arme, contrairement aux prévisions d'Honorius, qui du reste n'était pas un Léon le Grand. Ajoutons qu'en refusant de donner une solution et en laissant l'affaire indécise, suivant le conseil de Sergius, il servait les intérêts du monothélisme. Dans le principe, on ût peu d'attention au premier (et au second) écrit d'Honorius, qui était d'une nature privée, et ce ne fut qu'après la mort de ce pape et de Sergius que les monothélites l'invoquèrent. Il n'est pas douteux qu'flonorius lui-même se fût élevé contre eux, s'il avait survécu à l'abus qu'on fit plus tard de son autorité et aux progrès de l'hérésie. Son seul dessein était de ne pas troubler l'union existante, d'empêcher le retour des subtilités grecques, de conserver la foi ancienne et de prévenir de nouvelles controverses. Le ternie « d'énergie » n'était pas encore fixé par l'autorité ecclésiastique.
Lettres de Sergius et d'Honorius, Mansi, XI, 529 et seq., 537 et seq.; Héfelé, III, p. 130-136; Rohrbacher-Rump, X, p. 127-140. — Héfelé, Tüb. Q.-Schr., 1857, I, p. 13 et suiv.; Conc, III, 137, croit qu'il y a des erreurs dans les lettres d'Honorius : 1° parce que ce pape enseigne une seule volonté, 2" et que cette volonté unique supprime les deux énergies. Voyez le contraire dans Schneemann, Studien iiber die Honoriusfrage, Frib., 1864, p. 33 et suiv. Honorius avait sous les yeux saint Augustin, Cont. Maxim., Il, xx, n. 2, 3; xiv, 1, 2; il emploie les textet mêmes de la Bible (Jean, m, 13; I Cor., ii, 8 et suiv.), et ü ajoute : « Non est assumpta ... aSalvatore vitiata natura, qua? repugnaret menti ejus. Nam lex alia in membris aut voluntas diversa non fuit vel contraria Salvatori, quia super legem natus est humanœ conditionis. »
Dira-t-on qu'Honorius confond l'unité physique de la volonté avec son unité morale, et que de prémisses exactes il ne tire pas une bonne conclusion : on supposerait ce cfui est à prouver. 11 faudi'ait que le contexte établit que ces mots : « Unam voluntatem fatemur, » etc., doivent s'entendre dans le sens monothélite; or, U dit tout le contraire. C'est l'avis de l'abbé Jean 'Anastas., CoUectan.; Migne, Patrol. lat., t. CXXIX, p. 571), du pape Jean IV (ibid., p. 562; t. LXXX, p. 603 et
seq.), et de saint Maxime (Ep. ad Marin, et dial. Pyrrho). D'après l'exposé de Sergius, Honorius pouvait croire réellement que les représentants des deux énergies admettaient deux volontés contraires en Jésus- Christ. (Cf. Petav., De incarn., I, xxi, 12.) Toute son argumentation se réduit à ceci : Comme la nature divine et la nature humaine sont unies enti'e elles, que cette dernière nature est en Jésus-Christ sans tache et afiranchie de la loi de la chair, il n'y a vraiment en Jésus-Christ qu'une seule volonté (morale). Honorius ne déduit point directement la volonté unique d'un seul voulant ou agissant. Ce qu'il dit sur Matth., xxvi, 39; Luc, xxii, 42, s'accorde pleinement avec la doctrine des Pères. Voyez des preuves frappantes dans Schneemann, p. 44, 48 et suiv. Honorius prend îvÉpYEiai pour les effets concrets et non pour les modes d'opération, et il dit justement dans ce sens : êvEp^eï TtoXyTpÔTvw;, ce qui n'est rien moins qu'absurde. Les fragments de l'Ep. ii, Conc. VI, act. xni; Mansi,XI, 579.
L'Ecthèse.
186, Devant la lettre synodale de Sophrone, à laquelle Sergius refusa d'adhérer, Honorius renouvela dans une seconde lettre le conseil de laisser reposer la controverse, de ne parler ni d'une ni de deux opérations, tout en se rattachant étroitement, pour l'exposition de la doctrine, à Léon le Grand. Il ne voulait point de nouvelle formule, point de décision, et il fit partager ses sentiments aux délégués de Jérusalem. Sophrone ne doutait nullement qu'Honorius, dès qu'il connaîtrait les intrigues de ses adversaires, ne prît une attitude décidée et que sa propre doctrine ne fût pleinement orthodoxe. Il délégua à Rome l'évêque Etienne de Dora; mais, avant son départ, il le conduisit sur le Calvaire et lui tint ce langage : « Vous rendrez compte au Dieu qui, en ce lieu saint, a été volontairement crucifié pour nous dans ia chair, vous lui rendrez compte à son avènement terrible, si vous négligez le péril où se trouve la foi. Faites donc ce que je ne puis faire en personne, allez vous présenter au trône apostolique où sont les fondements de la sainte doctrine. Faites connaître aux saints personnages qui y sont tout ce qui se passe ici et ne cessez de les prier jusqu'à ce que, dans leur apostolique sagesse, ils prononcent un jugement victorieux. »
L'évêque Etienne , malgré les dangers et les obstacles de toute nature que lui suscita la cour grecque, finit par pénétrer dans Rome , mais n'arriva probablement qu'après la mort d'Honorius (octobre 638) et de Sophrone (peu après la conquête
de la ville par les Arabes, 637). Vers la fin de 638 parut l'Ecthèse d'Héraclius, composée par Sergius et tenue jusque-là secrète. Elle interdisait les expressions de « une ou deux natures en Jésus- Christ» et admettait une seule volonté. Le nouvel édit dogmatique de l'empereur fut aussitôt accepté par Sergius et par le clergé de Constantinople réunis en synode ; tous les évèques reçurent l'ordre de le souscrire. Cyrus d'Alexandrie, Macédonius d'Antioche, qui avait été ordonné par Sergius et était demeuré à Constantinople à cause de la prise de sa ville par les Sarrazins, le monothélite Sergius de Joppé, nommé pour Jérusalem, en un mot tous les patriarches d'Orient, souscrivirent sans résistance. La mort de Sergius de Constantinople ne changea rien à l'état des affaires; son successeur Pyrrhus, autrefois moine et économe à Chrysopolis, professait la même doctrine ; il confirma l'Ecthèse dans un concile tenu en 639.
OUTRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE Ji" 186.
Libell. Steph. Dor., Mansi, X, 893. On ne peut pas admettre qu'Etienne soit allé à Rome avant la seconde lettre d'Honorius. Schneemann, p. 19, n. 3; Rump, p. 147, n. 1. Sur Sophrone, Papebroch, Acta sanct,, mart., d. xi, t. II, p. 65 et seq. — HeracL, Ecth.; Mansi, X, 991 et seq.; ex Conc. lat. secr., ED; Hard., III, 711 et seq.; Theoph., p. 507 et seq.; Baron., an. 639, n. 1 et seq.; Héfelé, III, p. 154 et suiv.; Rump, p. 247 et suiv. — Sur Pyrrhus, îS'iceph., Chron., p. 776; Theoph., p. 508; Baron., loc. cit., n. 15 et seq.; Cuper, Acta sanct., t. I, aug., p. 78 et seq.; Héfelé, p. 158.
Rome et Byzance.
487. L'important était de faire adopter par le Saint-Siège l'édit impérial, qui, en Orient même, rencontrait de nombreuses résistances. Le nouveau pape Séverin, que la cour de Byzance différa longtemps de confirmer, et dont l'exarque Isaac fit piller le palais, mourut dès 640, après avoir rejeté le monothélisme. Son successeur, Jean IV, condamna l'Ecthèse dans un concile et en informa Pyrrhus.
L'empereur, peu de temps avant sa mort (11 février 641), écrivit que l'édit était de feu Sergius, qu'il n'avait fait qu'y mettre son nom. Il eut pour successeurs au trône le fds d'un premier mariage, Constantin III Héraclius, et le fils d'un second mariage, Héraclèoiias 1" : tous deux devaient honorer l'impératrice veuve, Martme, comme leur mère commune. Le pape essaya
(le les gagner à la foi catholique et de prouver que Pyrrhus avait prétendu à tort que son prédécesseur Honorius avait adhéré au monothélisme. Constantin III, qui ne suivait pas eu cela l'exemple de son père et détestait Pyrrhus, patriarche de cour, mourut au bout de sept mois par l'efTet du poison que sa marâtre lui aurait préparé de connivence avec Pyrrhus. Six mois plus tard, Héracléonas et Martine furent maltraités et expulsés. Constant, fils de Constantin III assassiné, fut élevé sur le trône et l'occupa pendant plus de vingt-six ans (642- 668).
Il commença par assurer le pape qu'il avait fait lacérer l'Ecthèse; mais elle ne laissa pas d'être maintenue en fait, La chute de Martine entraîna celle de Pyrrhus, qui dut quitter Constantinople et eut pour successeur le prêtre Paul, plus prévoyant que lui dans les affaires poUtiques, mais imbu des mêmes principes dans les choses de la foi. Paul II envoya une députation et une lettre synodale au Saint-Siège, occupé maintenant par le pape Théodore (après le 11 octobre 640). Le nouveau pontife insista pour que Pyrrhus, quoique hérétique, fût déposé par un jugement formel de l'Église et envoyé à Rome dans ce dessein. Il refusa jusque-là de reconnaître Paul et se plaignit formellement que l'Ecthèse, après avoir été annulée, fût encore affichée dans les places publiques de la capitale. Vers ce temps (mai 643), les évêques de Chypre et leur métropolitain Sergius se rattachèrent étroitement au Saint-Siège et condamnèrent l'édit impérial.
Oü\TlAGES A CONSULTER SDR LE N° 187.
Séverin, Bar., Pagi, an. 638, n. 2 et seq.; an. 639, n. 12; Ma.xini., Ep. adThalass., ap. Anast. (Gall., XIII, 42); Profess. fid. in lib. diurno, cap. m, tit. 6; Jean IV, Lib. diurn., loc. cit.; Theoph., p. 508, 522; Lib. synod. Pappi, n. 130; Mansi, X, 607 ; Acta sanct. Max., Baron., au. 640, n. 8, 9; Joan., Ep., Mansi, X, 682 et seq.; Jaffé, n. 1383; Theodor., E]». ad Paul.; Pagi, an. 641, n. 4; Théodore, Mansi, X, 702-706; Jatié, u. 1587-1589; Héfelé, p. 139-165. Mon ouvrage, Photius, I, p. 201-203.
Maxime et P3riThus. — Le Type.
188. La doctrine de l'Eglise trouva un vigoureux apologiste en saint Maxime, ancien secrétaire particuUer d'Héraclius, moine depuis 630, et ensuite abbé. Tandis qu'il se rendait à II. — uisT. OE l'église. 21
Rome, il rencontra sur le sol d'Afrique Pyrrhus, qui avait été expulsé de Coiistantinople ; il eut avec lui, en juillet 645, pendant l'absence du gouverneur impérial, une discussion dans laquelle il fit une réfutation brillante du monothélisme. L'hérétique dut s'incliner devant ce théologien habile ; il l'accompagna à Rome, où il rétracta solennellement ses erreurs devant le clergé et le peuple. Elles furent également condamnées en 646 par plusieurs conciles d'Afrique. Mais à Ravenne, Pyrrhus retomba dans ses égarements, et le pape Théodore le condamna sans restriction dans un concile de Rome. Sur la demande des évêques d'Afrique, le pape exhorta également Paul de Constantinople à revenir à la foi de l'Église. Paul, dans sa réponse, s'enveloppa d'humilité, vanta le bonheur de la paix, mais se prononça sans détour pour la doctrine d'une seule volonté, en invoquant les Pères, Sergius et Honorius.
A cette confession hérétique du Byzantin le pape répondit par un décret de destitution. 11 nomma Etienne de Dora vicaire apostolique pour la Palestine, afin qu'il combattît l'hérésie, que propageait aussi Sergius de Joppé, et qu'il déposât les évêques institués par lui. Paul de Constantinople s'obstina, poursuivit les légats du pape, détermina l'empereur à publier un nouvel édit dogmatique rédigé par lui et destiné à servir son hérésie sous une autre forme que X'Ecthèse. Cet édit se nommait le Type. Il devait être défendu de disputer non-seulement sur une ou deux énergies, mais encore sur une ou sur deux volontés, et cela sous les peines temporelles les plus sévères.
En soi, l'édit paraissait impartial et destiné à pacifier les Orientaux, mais il était au fond hostile aux cathohques et mettait la vérité et l'erreur sur la même ligne ; le silence imposé sur la doctrine catholique équivalait à une oppression, ainsi que le prouva Maxime. Plusieurs disaient par manière de moquerie qu'on était obligé maintenant de concevoir le Christ sans esprit et sans âme, sans mouvement et sans vie, mort eu quelque sorte ; que le progrès dogmatique était condamné à la stagnation, puisqu'il fallait s'en tenir aux maximes des Pères et aux cinq conciles généraux. Il était du reste impossible, une fois la querelle échauffée, de l'apaiser par une parole d'autorité, et, d'ailleurs, ce qui était en jeu n'était rien moins que la doctrine tout entière de l'incarnation. Grâce à Sophrone et à
Maxime, on voyait de plus en plus clairement l'opposition qui existait entre les dyothélites et les monothélites.
S. Max., Disput, cum Pyrrho, ap. Baron., t. Vlll, append,, Op. II, 159 et seq., ed. Combéf.; Migne, t. XCI, p. 287 et seq.; Héfelé, p. 166- 181. Conversion et rechute de Pyrrhus, Theodori vita (Vignol., I, 235 et s.); Theoph., p. 509; Libell. synod., n. 131 ; Baron., an. 645, 648. — Conciles d'Afrique, Vita S. Max., cap, xiv; Op. I, p. xii; Mansi, X, 919 et seq.; Héfelé, p. 181-185; Paul. IL ad Pap.; Baron., an. 646, n. 23 et seq.; Mansi, X, 1019; Héfelé, p. 185. Conduite du pape Théodore, Vita Theod., p. 257; Conc. Later., 649, secr. i; Mansi, loc. cit., p. 878. — Maxime appliquait au Type (Mansi, loc. cit., p. 1029 et seq.,voy. Héfelé, p. 186-188) le passage Ps. xvm, 3, et ajoutait : èctti tiwh^ avaJpeat«, Acta S. Max., n. 4, p. xxi, Comb.
Doctrine des monothélites.
489. Voici quels étaient les points de départ des monothélites: V le Christ est une seule personne; il n'y a en lui qu'un seul individu qui veut, et par conséquent qu'une volonté unique. Admettre deux volontés, ce serait admettre deux Christs. 2° Deux volontés seraient nécessairement en opposition entre elles, de même que dans l'homme la volonté de la chair se révolte contre celle de l'esprit. 3° On ne saurait mieux sauver l'impeccabilité du Christ qu'en lui refusant la volonté humaine, source de tout péché ; 4° l'âme humaine du Christ est comme un organe, un instrument mis en jeu par l'impulsion de la divinité.
Les catholiques disaient : 1° le seul et même Christ est Dieu et homme tout ensemble; il a deux natures, et par conséquent tout ce qui leur appartient, avec les opérations correspondantes. Si la dualité des natures ne divise pas le Christ, la dualité des volontés ne le divise pas davantage , car la volonté est affaire de la nature. Dans la Trinité, les trois personnes divines n'ont qu'une volonté, précisément parce que la volonté appartient à la nature. Si l'on attribue la volonté aux personnes, il faut ou admettre trois individus voulant, et partant trois volontés, ou bien n'admettre qu'une seule personne dans la Trinité, deux choses également hérétiques. 11 faut de toute nécessité croire à deux volontés en Jésus-Christ, car la volonté par laquelle tout a été créé ne peut se confondre avec la volonté qui demande de
la nourriture et de la boisson. Si le Christ n'avait pas pris la volonté humaine, la volonté humaine n'aurait pu être rachetée ; il n'eût pas été homme parfait. 2° Les adversaires avouent euxmêmes qu'il peut y avoir deux volontés en une seule personne, seulement, disent-ils, elles ne doivent pas se contredire. Or, les deux volontés ne se contredisaient pas en Jésus-Christ, puisqu'il était exempt de tout péché. C'est par sa volonté humaine que le Christ a obéi au Père, qu'il s'est soumis à la loi, qu'il nous a acquis des mérites ; mais cette volonté humaine était constamment en harmonie avec la volonté divine. Durant la passion, ce fut la volonté humaine qui exprima le désir que ce caUce lui fût épargné ; mais elle se soumit à la volonté divine, qui était une avec la volonté du Père : a Que votre volonté se fasse et non la mienne ' . »
11 n'y a donc qu'une seule volonté morale et deux volontés physiques. En soi, la volonté humaine, étant affaire de la nature, vient de Dieu, qui n'est pas cause de la lutte et de la résistance; cette cause, c'est le libre arbitre de l'homme; le péché y conduit ; mais en Jésus-Christ le péché n'a pas heu.
4-° Il est vrai que l'âme humaine du Christ est sous la direction et l'impulsion de la divinité; mais elle ne perd point pour cela sa naturelle liberté, sa volonté propre; c'est hbrement qu'elle se soumet à la volonté divine. La nature humaine, pourvue de la raison, a la faculté naturelle de produire des désirs raisonnables. En soi et pour soi, Jésus-Christ a soumis à Dieu ce qui est de l'homme et nous a appris par son exemple à ne vouloir que ce que Dieu veut. Au psaume xxxix, 7 et suiv., il est dit expressément de Jésus-Christ en tant qu'homme qu'il voulait accomplir la volonté de Dieu. Toutes les opérations appartiennent au seul Fils; quant à savoir de quelle nature est telle opération, c'est à l'intelligence de le démêler. Le sublime, le divin revient à la nature divine; ce qui est bas, humain, à l'humanité. Qui n'admet en Jésus-Christ qu'une volonté et un mode d'opération ne peut admettre qu'une nature.
Le monothélisme n'est donc autre chose que le monophysitisme, et se taire sur une ou sur deux volontés, c'est se taire sur une ou sur deux natures.
> Luc, isii, 4-2; cf. Matth., xxvi, 39.
Sophron., Ep. synod.; Maxim., Disput, cum Pyrrho.; Dœllinger, Lehrb., I, p. 139; Héfelé, p. 144, 167 et suiv., et les théologies dogmatiques : Theol., Wirceb., t. III, diss. n, sect. .3, p. 24.o et seq.
Le pape Martin 1er.
190. Nous retrouvons ici encore les procédés habituels du despotisme oriental. ïl contraignit les évêques et les légats du pape à signer le nouvel édit de l'empereur, brisa l'autel du palais de Placidie, où les légats disaient la messe, et leur défendit d'y célébrer; on ne leur épargna pas même les mauvais traitements. Le pape Martin I", élu le 5 juillet 549, se montra plein de courage et fidèle à son devoir. Simple prêtre de Rome, il s'était signalé par sa vertu et sa science et avait déjà été à Constantinople en qualité d'apocrisiaire. Au mois d'octobre, il célébra avec cent cinq évêques son fameux concile de Latran, où il condamna solennellement le Type et VEcthèse, en un mot le monothélisme tout entier, puis les Byzantins Sergius, Pyrrhus, Paul, Cyrus d'Alexandrie et Théodore de Pharan ' ,
Plusieurs abbés et moines grecs qui avaient fui l'Orient, ainsi que l'évêque Etienne de Dora, dépeignirent la situation malheureuse des chrétiens de ce pays. On lut et examina les plus importants documents, on cita de nombreux passages des Pères contre la nouvelle hérésie, puis on établit un symbole et vingt canons. Les actes de ce concile, traduits en grec, furent envoyés à l'empereur et à tous les évêques. Le pape, comme s'il eût pressenti des luttes effroyables, déploya tout ce qu'il
* Si quis non anathematizat Theodorum quondam episcopum pharanilanum, Cyrum Alexandrinum, etc. Et super hœc impiissimam Ecthesim, quae persuasione ejusdem Sergii facta est ab Heraclio quondam imperatore ..., et cum Ulis denuo scelerosum Typum, qui ex suasione prœdicti Pauli nuper factus est a serenissimo principe Constantio imperatore contra catholicam Ecclesiam, utpote duas naturales voluntates et operationes, divinam et humanam, quae a sanctis Patribus in ipso Christo Deo vero et Salvatore nostro pie praedicantur, cum una voluntate et operatione qu38 a hsereticis impie in eo venerantur, pariler denegare et taciturnitate constringi promulgantem, et propterea cum sanctis Patribus, et scelerosos hsereticos ab omni reprehensione et condemnatione injuste liberari definientem , in amputationem catholicse Ecclesise definitionem, etc. Hujusmodi condemnatus sit. (Conçu. Lateran., can. xviii.)
(Note du IradJ
avait de vigueur pour prémunir partout les fidèles contre l'hérésie et arrêter ses progrès. 11 se prononça formellement contre les patriarches hérétiques Pierre d'Alexandrie et Macédonius d'Antioche, nomma l'évêque Jean de Philadelphie son vicaire dans le diocèse de ce dernier et dans celui de Jérusalem, déposa Paul de Thessalonique, imbu de monothélisme, exhorta les évêques d'Afrique et d'autres évêques à demeurer fermes dans la foi, invita enfin les évêques francs à tenir des conciles contre la nouvelle hérésie. La sollicitude pastorale du Saint- Siège, sous Martin I", fit vraiment des prodiges de zèle; il était réservé à ce glorieux pontife de la sceller par la mort du martyre.
Conc. Lat., 649; Mansi, X, 863 et seq., 1006 et seq., 1151 et seq.; Theoph., p. 516, 326; Cedr., i, 733; Lib. synod.,n. 132; Martini I Ep., Mansi, ioc. cit., 790 et seq., U70j Jaffé, Reg., n. 1594, 1596-1606; Héfelé, 111, p. 189-208. Vicaires apostoliques en Orient, Mansi, p. 805 et seq., 899; Dœllinger, Lehrb., I, p. 188.
Martyre de saint Martin, de Maxime et de ses disciples.
191 . L'empereur Constance fut révolté de cette attitude du pape, et l'hérétique Paul II ne fit que l'aigrir encore davantage. Déjà pendant le concile de Latran il avait ordonné à l'exarque Olympius d'imposer par la force le Type en Italie et de précipiter le pape ; mais l'exarque n'avait rien pu contre Martin et il était mort peu de temps après, soupçonné de conjuration par la cour impériale. Le nouvel exarque, Théodore Calliopas, exécuta l'ordre de l'empereur : il occupa l'église et le palais de Latran (juin CäS), s'empara du pontife malade et le fit déporter à Naxos, où il le laissa un an prisonnier. Amené à Constantinople en septembre 654-, ce pontife magnanime y fut abreuvé de mauvais traitements et d'outrages, soumis pendant quatre-vingt-treize jours à une dure captivité, puis traîné devant les tribunaux. Il était accusé d'avoir usurpé le Saint-Siège et trahi l'empereur, de s'être allié aux Sarrasins, d'avoir falsifié la foi et blasphémé contre la sainte Vierge.
Des témoins salariés déposèrent contre lui et ou le traita de la façon la plus indigne. 11 fut emprisonné avec des assassins, dépouillé de ses vêtements, livré à toutes les horreurs du froid et de la faim.
Tandis que le pape voyait approcher la mort du fond de sa prison, le patriarche hérétique Paul était sur le point d'expirer, [(iformé par l'empereur, qui l'alla visiter, du traitement qu'on infligeait à Martin, il se tourna en gémissant vers la muraille et s'écria : « Malheur à moi ! Il fallait encore cela pour aggraver ma situation! » Ces paroles détournèrent l'empereur du projet de le faire mourir. Martin, qui n'aspirait plus qu'à sortir de ce monde, s'en plaignit, amèrement. Le 26 mars 655, le grand confesseur de la foi fut emmené à Cherson, où il succomba à ses souffrances le 16 septembre. L'Église l'honore comme un martyr. La persécution s'abattit également sur plu- .sieurs évêques d'Occident qui avaient assisté au concile de Latran.
Plus cruel encore fut le sort de saint Maxime et de ses deux disciples, appelés tous deux Anastase, l'uu moine, l'autre apocrisiaire de l'EgUse romaine. Eux aussi, malgré les griefs religieux qu'on fit valoir contre eux, furent surtout chargés d'accusations politiques. Après plusieurs interrogatoires, Maxime fut emmené à Byzie dans la Thrace. Ses disciples furent conduits ailleurs et réduits à la misère. Comme ils refusaient obstinément d'entrer en communion avec l'Eglise hérétique de Constantinople, ils furent successivement relégués en divers endroits, puis ramenés à Constantinople après avoir tout enduré. On leur arracha la langue, on leur cassa la main droite et on les promena à travers la ville en les frappant de verges.
Condamnés à un exil et à une prison perpétuels (à Colchis dans le Pont-Euxin), ils arrivèrent le 8 juin 662 au lieu de leur destination, furent séparés les uns des autres et de nouveau maltraités. Le moine Anastase mourut le 24 juillet 662, Maxime le 13 août de la même année; l'apocrisiaire Anastase survécut jusqu'au il octobre 666, et expira après de nouveaux et affreux supplices. Ainsi se déchaînait contre d'inoffensifs serviteurs de Dieu le tyran Constance, tandis qu'il laissait tomber successivement ses provinces aux mains des Sarrasins.
Mart. vita, Bar., an. 649, h. 49 et seq.; Pagi, ibid., n. 7, 9; Commemoralio, ap. Mansi, p. 835-861; Mart., Ep., ibid., p. 849, 8ol ; Joffe, n. 1607, 1608; Theoph., p. 510, 531; Cedr., I, 762; Héfelé, p. 209-214. Mon ouvrage, Photius, I, p. 204. — Acta S. Max., Op. I, p. xxix et seq.
32K HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
Mansi, XI, p. 3 et seq.; Theoph., p. oSl, 337 et seq.; Gedr., loc. cit.; Héfelé, p. 215-224.
Théorie des trois volontés. — Les papes Eugène et Vitalien.
J92. En 655, après la mort de Paul II, Pyrrhus monta sur le siège de la capitale d'où il avait été précipité. Il l'occupa encore quatre mois et vingt jours. Un prêtre de son Église, nommé Pierre, avait imaginé la fantastique théorie de trois volontés en .Jésus-Christ, l'une personnelle et deux naturelles, persuadé qu'il satisferait ainsi les catholiques en même temps que les monothéUtes. Pyrrhus entra dans ses vues et gagna même les légats de Rome, mais non le Saint-Siège, ainsi que le remarque saint Maxime. Pierre, ayant succédé à Pyrrhus, chercha désormais à faire prévaloir sa théorie mitoyenne des trois modes d'opération et des trois volontés en Jésus-Christ. Le pape Eugène I", à qui il en écrivit, rejeta ce procédé inadmissible. Les papes de ce temps n'avaient aucune relation avec les évêques hérétiques de Byzance, mais seulement avec l'empereur. En 656, les courtisans déclarèrent à saint Maxime que, s'ils n'étaient pas inquiétés par les Sarrasins, ils agiraient envers le pape récalcitrant, Eugène I", comme ils avaient fait à l'égard de Martin.
En 657, le pape Vitalien, nouvellement élu, envoya ses légats à Constantinople, avec des lettres pour l'empereur et pour le patriarche Pierre, et de nouvelles négociations furent entamées. La cour fit bon accueil aux légats et chercha à gagner les Romains par des présents. Le patriarche ne parla plus de sa théorie, prit des allures orthodoxes, et inséra le nom de Vitalien dans les dyptiques de son Église, ce qui n'avait eu lieu pour aucun pape depuis Honorius. En juillet 663, l'empereur entreprit le voyage de Rome. Vitalien alla lui souhaiter la bienvenue et leur rencontre fut des plus cordiales. Après y avoir passé au-delà de dix jours, Constance se rendit en Sicile, où il sembla vouloir fixer sa résidence. Sa cupidité révolta tous les esprits et il mourut enfin assassiné dans un bain à Syracuse (15 juillet 668). Pierre de Constantinople l'avait précédé dans la tombe (666). Ses trois successeurs immédiats, Thomas II, Jean V et Constantin , inclinèrent de nouveau vers la doctrine catholique; ils envoyèrent à Rome des lettres synodales, n'émirent
aucune opinion hérétique, mais furent incapables de contrebalancer le monothélisme, devenu puissant dans la capitale.
Le nouvel empereur Constantin IV Pogonat (668-685), qui régna sans obstacle après la défaite de l'Arménien Mésécius ou Miziges, ne crut pas devoir dans le principe agir contre l'hérésie, mais il ne voulut point imposer par la force les ordonnances de son père, notamment le Type. Le pape Vitalien, qui lui avait rendu de grands services dans sa lutte contre l'usurpateur, profita de ses bonnes dispositions pour agir avec plus d'énergie contre les monothélites ; de là vient qu'après sa mort (janvier 672) ces hérétiques demandèrent .que son nom fût effacé des dyptiques.
Sur la théorie de Pierre : « Una voluntas hypostatica et duae naturales, » voyez Vita S. Max., cap. xxi; Acta S. Max., Op., I, p. xvii, xxx; Anastas., Mon. ep. ad monach.: Caralit. : <' Très in uno eodemque Christo voluutates et operationes, quod neque patrius,nequesynodicus, neque physicus sermo decrevit. » Agatho, Ep. ad Const. imper. : '< Petrus ... et unam et duas voluntates, et unam et très operationes in dispensatione incarnationis magni Dei et Salvatoris nostri sapere se profitetur. » Pierre croyait que si l'on envisageait les deux natures, il fallait attribuer à chacune une volonté ; mais que si l'on considérait le Christ comme personne, on devait n'admettre qu'une volonté personnelle. Pagi, an. 6Ö5. n. 3 et seq.; Héfelé, p. 217, 219, 223-22j. Mon ouvrage, Photius, I, p. 206-208.
Préparation de l'union avec l'Occident.
193. L'empereur ne songea sérieusement à rétablir la concorde entre l'Orient et l'Occident qu'après avoir conclu avec les Arabes et les Avares des traités de paix assez favorables (678). Le 12 août 678, il adressa au pape Domnus une lettre respectueuse dans laquelle il le priait d'envoyer des délégués pour apaiser le dissentiment qui régnait entre l'ancienne et la nouvelle Rome, et d'assister, par leur entremise, à une délibération conciliaire qu'il projetait depuis longtemps et que des conjonctures défavorables l'avaient forcé d'ajourner. Il mandait que son patriarche Théodore, redevenu monothélite depuis 676, craignant que sa lettre synodale ne fût pas mieux accueillie à Rome que celles de ses prédécesseurs, s'était borné d'y envoyer une lettre pour solliciter le rétablissement de la communion
33Ô HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
occlésiastique ; qu'il était prêt, ainsi que Macaire d'Antioche (le premier porte-voix des monothélites), à entamer une enquête commune. Il ne dissimula pas que les deux patriarches imputaient la division à quelques termes autrefois inusités, qu'ils avaient voulu que le nom de Vilalien fût effacé des dyptiques, mais que lui n'y avait pas consenti et qu'il tenait les deux partis pour orthodoxes; il croyait fort utile qu'on délibérât sur les points en litige, car on n'avait pas le temps de célébrer un concile universel ; mais en aucun cas il ne recourrait à la violence. 11 priait le pape d'envoyer des hommes sages et instruits avec les lettres et les pouvoirs nécessaires, savoir : de la part du pape, trois hommes au plus; de la part de son concile, douze métropolitains ou évêques, et enfin quatre rehgieux choisis dans chacun des quatre monastères grecs de Rome, lesquels, avec Macaire et Théodore, s'enquerraient pacifiquement de la vérité. Il promettait de veiller à la sécurité de ces délégués.
Sacra Constant., Bar., an. 678, n. 4 et seq.; Mansi, XI, 195 et seq.; Héfelé, p. 226.
Conciles d'Occident. — Députés de l'Occident à Byzance.
194. Domnus venait de mourir le H avril 678. La lettre de l'empereur fut reçue par son successeur (27 juin) Agathon, élu avant la rédaction de l'écrit impérial. Le désir du nouveau pape était que la question fût soumise à tout l'épiscopat de l'Occident, et il fit célébrer partout à cet effet des conciles particuliers. Pendant le délai qui s'écoula avant l'envoi des délégués, Macaire et Théodore obtinrent enfin la permission d'effacer des dyptiques le nom de Vitalien. Mais Théodore fut bientôt après expulsé de son siège, sans doute pour s'être montré défavorable à la réunion. Il fut remplacé par le prêtre Georges, probablement monothélite, mais animé de dispositions pacifiques. Comme on attendait à Rome l'arrivée de plusieurs évêques, même d'Angleterre, le pape Agathon différa jusqu'en mars 680 de tenir à Rome, avec cent vingt-cinq évêques, un concile qui servirait de préparation au grand concile qui allait s'ouvrir en Orient, et où l'on nommerait les légats.
Ce grand concile des patriarches d'Occident fut précédé d'autres petits conciles tenus dans les provinces particulières, par exemple
à Milau. Le pape et le concile envoyèrent à l'empereur deux lettres où ils exposaient la loi de l'Église d'après la doctrine du concile de Latran (6-49), que tous les fidèles étaient tenus d'accepter. L'Église romaine désigna pour légats les prêtres Théodore et Georges, le diacre Jean et le sous-diacre Constantin, et pour députés les évêques Abundantius de Paterno, Jean de Porto et Jean de Reggio, puis comme représentant de Ravenne le prêtre Théodore. Ces délégués n'étaient pas, de l'aveu même d'Agathon, de savants théologiens : de tels hommes étaient rares en Occident, dans la confusion qui y régnait alors; mais c'étaient des hommes consciencieux et très-versés dans le dogme. Ils furent honorablement accueillis dans la ville impériale et hébergés au palais de Sainte-Placidie.
Après leur arrivée (10 septembre 680), l'empereur invita le patriarche Georges, et par celui-ci Macaire d'Antioche, à convoquer leurs métropolitains à une délibération. La cour n'avait pas d'abord songé aux sièges d'Alexandrie et de Jérusalem, placés sous la domination des Sarrasins ; mais on vit arriver, avant les délibérations, deux prêtres religieux , Pierre et Georges, dont le premier représentait Alexandrie^ le second le vicaire patriarcal^ Théodore de Jérusalem. Ainsi, soit à cause de cette représentation des autres sièges, soit parce que la manière d'agir du pape Agathon avait éveillé cette pensée, l'assemblée, telle qu'elle était alors^ fut dès le principe considérée comme œcuménique, — bien que ce n'eût pas été d'abord l'intention de l'empereur, — et prit le sixième rang à la suite des cinq conciles universels.
Mansi, XI, \1'6, 183 et seq., 203, 294, 346; Agath., Ep., ibid., p. 234, 286;Jaffé, n. 1624, 1625; Héfelé, p. 227-233. Mon ouvrage, Photius, I, p. 209.
Le sixième concile œcuménique.
J9o. Le concile fut célébré du 7 novembre 680 au 16 septembre 681, dans une salle voûtée et en forme de coupole (Trullus) du palais impérial, 30us la présidence des légats du pape. L'empereur, qui occupait la présidence honoraire, assista aux onze premières sessions, accompagné de plusieurs officiers civils, avec lesquels il dirigea la marche extérieure des affaires. Us
étaient rigoureusement séparés des membres du concile, dont le nombre, inférieur à cent dès le début, s'éleva plus tard à cent soixante- quatorze évêques.
Dans la première session (7 novembre), les délégués de Rome demandèrent, par un discours adressé à l'empereur, que les représentants de l'Église de Byzance expliquassent l'origine des nouveautés qui y existaient depuis plus de quarante années. Macaire d'Antioche et ses affidés invoquèrent les précédents conciles oecuméniques et les Pères. On lut ensuite les actes du concile d'Éphèse, où l'on ne trouva rien en faveur des monothélites, car ces paroles de saint Cyrille : « La volonté du Christ est toute-puissante, » ne se rapportaient qu'à la nature divine. Dans la deuxième session (10 novembre), on lut les actes de Chalcédoine, qui étaient défavorables à l'hérésie. Macaire essaya vainement de faire adopter son « opération théandrique, » dont il ne déterminait pas le sens. Pendant la lecture des actes du cinquième concile (troisième session, 3 novembre), l'écrit de Mennas à Vigile et les deux prétendues lettres de ce dernier furent reconnus apocryphes. Les monothélites, n'ayant rien pu établir par l'autorité des conciles œcuméniques, allaient essayer de se rabattre sur les saints Pères. Ils demandèrent un délai, et, sur la proposition de Georges de Constantinople, il fut décidé qu'on lirait les lettres d'Agathon et de son concile : cette lecture remplit la quatrième session (15 novembre). Dans la cinquième et la sixième (7 décembre 680 et 12 février 681), Macaire produisit deux volumes de passages extraits des saints Pères en faveur de sa doctrine ; mais il fut démontré que la plupart étaient ou falsifiés ou mutilés ou dénués de force probante.
Dans la septième session (13 février 681), on lut la collection des textes des saints Pères apportée de Rome en faveur de la doctrine des deux volontés et des deux opérations. Georges et Macaire en reçurent des copies. Le dernier s'obstina ; le premier reconnut l'exactitude de la doctrine exposée dans les lettres du pape, et, le 17 février déjà, il remettait aux légats du pape une confession de foi où il admettait les deux volontés et les deux opérations. Dans la huitième session (7 mars), les évêques, questionnés par l'empereur sur leur accession aux lettres d'Agathon, déclarèrent qu'ils y adhéraient et ils justi-
fièrent leur adhésion. Il y avait parmi eux non-seulement Georges de Constantinople, qui demanda à l'empereur et obtint que le nom de Vitalien fût replacé dans les dyptiques de son Église, mais encore Théodore d'Éphèse, Sisinnius d'Héraclée, Domitius de Prusias et autres évoques, la plupart du patriarcat de Constantinople, et enfin cinq évoques du patriarcat d'Antioche.
Macaire, de son côté, présenta une confession de foi contre « l'hérésie impie » de Maxime. On commença l'examen des passages des Pères qu'il avait recueillis, et on le continua dans la session suivante (8 mars) : Macaire n'y assistait pas; il fut déposé, lui et son disciple Etienne, comme falsificateurs de la foi et comme hérétiques. Dans la dixième session, les témoignages fournis par les légats de Rome furent collationnés avec les manuscrits des archives du patriarcat et reconnus exacts ; l'évêque Théodore de Mitilène et d'autres encore présentèrent une confession de foi conforme à la déclaration d'Agathon. A la fin de la onzième session (20 mars), dans laquelle, sur la proposition du représentant de Jérusalem, on lut la lettre de Sophrone à Sergius, et, sur la proposition des légats de Rome, quatre pièces émanées de Macaire et de son disciple Etienne, l'empereur déclara qu'étant empêché par les affaires de l'empire de participer désormais aux sessions, il serait remplacé par quatre hommes d'Etat ; que, du reste, la question principale était résolue. L'ancienne et la nouvelle Rome étaient de nouveau réunies dans une même croyance.
Mansi, XI, 19Ö-736, 738-922; Hard., III, 1043 et seq.; Héfelé, III, p. 256 et saiv.; Theopb., p. 530, 551 (qui mentionne 289 évêques). La présidence des légats de Rome résulte des délibérations et des souscriptions. Voyez sur qe point Georg. Hamart., Chron., p. 611 ; Gedr., 1, 766. Sur l'activité de l'empereur, Héfelé, p. 237.
Suite du sixième concile universel.
196. Dans la douzième session (22 mars), on lut une multitude de documents que Macaire avait remis à l'empereur et que l'empereur avait renvoyés au concile sans les parcourir. Il y avait, entre autres, les lettres de Sergius à Cyrus et Honorius, avec la réponse de ce dernier. Ces documents furent collation-
nés avec les manuscrits des archives du patriarcat et trouvés conformes. Dans la treizième session (28 mars), on prononça la sentence de condamnation contre les chefs et les fauteurs du monothélisme : Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergins, Pyrrhus, Paul, Pierre de Constaiitinople (dont les trois successeurs immédiats, non suspects d'hérésie, furent épargnés), puis « contre Honorius de Rome, qui avait suivi Sergius et confirmé sa doctrine. » La lettre synodale de Sophrone fut reconnue orthodoxe. Dans la quatorzième session (5 avril), à laquelle assista le patriarche catholique d'Antioche nouvellement élu, Théophanes, on anathématisa la prétendue lettre de Mennas et les deux lettres apocryphes de Vigile insérées aux actes du cinquième concile.
Dans l'octave de la fête de Pâques (14 avril), Jean, évêque de Porto, célébra selon le rite latin, en présence de l'empereur et du patriarche, l'office divin en l'église de Sainte-Sophie. Le moine et prêtre Polychrone, déjà accusé dans la quatorzième session par l'évêque Domitius de Prusias comme séducteur du peuple , fut amené au concile dans la quinzième session (26 avril). Comme il se croyait de force à ressusciter un mort en confirmation de la vérité du monothélisme, on permit l'essai afin de désabuser le peuple. Il déposa sa confession de foi sur un mort qu'il avait choisi lui-même, lui parla à voix basse pendant plusieurs heures, mais sans résultat. Il s'obstina dans son erreur, fut dépouillé de toute dignité sacerdotale et excommunié. Dans la seizième session, tenue le 9 août seulement, après une longue interruption, Constantin d'Apamée, prêtre syrien, fut admis à témoigner de sa foi : « Je reconnais, dit-il, deux natures en Jésus-Christ et deux modes d'opérations, mais je ne reçois qu'une volonté personnelle du Verbe. » Il avoua que Jésus-Christ avait eu une volonté humaine naturelle depuis sa naissance jusqu'à la croix, mais que depuis sou crucifiement il avait quitté la volonté humaine avec la chair et le sang. Le concile rejeta cette doctrine comme manichéenne et apollinariste, anathématisa ceux qu'il avait condamnés et décida qu'on rédigerait une exposition de la foi. Elle fut discutée dans la dix-septième session (Il septembre) et solennellement proclamée dans la session de clôture (16 septembre) en présence de l'empereur. Le concile y déclare qu'il adhère aux cinq
conciles œcuméniques précédents, qu'il reconnaît en Jésus- Christ deux natures, avec deux volontés et deux opérations naturelles, sans division ni séparation, immuables et sans confusion, non opposées entre elles, puisque la volonté humaine suit la volonté divine et lui est soumise, que la volonté humaine est divinisée sans doute et élevée, mais non supprimée et anéantie ; qu'aucune des deux natures ne peut demeurer sans effet ou sans volonté.
Dans une allocution spéciale, le concile remercia l'empereur de ses efforts pour procurer la paix de l'Eglise, et le pria que, pour la sùi'eté de la foi, il fût donné à chacun des cinq sièges patriarcaux un exemplaire authentique de la définition de la foi. Il écrivit au pape pour lui demander la confirmation de ses décrets.
Hansi, loc. cit., p. 518 et seq.; Héfelé, p. 250 et suiv. La définition dans Denzinger, Enchir., n. 236, p. 95 et seq. Le catalogue des sessions dans Vita Agatlionis, due probablement à un contemporain, ne va que jusqu'à la fête de Pâques et n'indique que huit sessions.
Autorité doctrinale du Saint-Siège. — Condamnation d'Honorius.
197. Le sixième concile universel rendit à l'autorité enseignante du Saint-Siège un éclatant hommage. Dans sa lettre au pape, il déclare « qu'étant le Siège posé sur la pierre ferme de la foi, il lui abandonne ce qui est à faire, qu'il acquiesce de tout cœur aux lettres de la confession véritable envoyées par Sa paternelle Béatitude, qu'il les reconnaît comme divinement écrkes par le chef suprême des apôtres, que c'est par elles qu'il a banni l'erreur de l'hérésie. Nous avons, poursuit-il, proclamé clairement avec vous la pure lumière de la vraie foi ; c'est pourquoi nous prions Votre paternelle Sainteté de la confirmer
de nouveau par vos vénérables rescrits Nous saluons Votre
Sainteté honorée de Dieu, qui confessez ici, comme devant son redoutable tribunal, véritablement et pleinement, ce qui est de la foi, qui conservez et protégez dans la plénitude de la foi le troupeau que Dieu vous a confié. »
Le concile affirme, dans son décret dogmatique, qu'il a reçu fidèlement la lettre d'Agathou et l'a saluée en élevant les mains.
Et dans son allocution à l'empereur : « Nous avons suivi les traditions du bienheureux pape, et lui-même, avant nous et avec nous, s'est conformé aux traditions des apôtres et des
Pères Le chef des apôtres a combattu avec nous; car son
disciple et le successeur de son siège était à côté de nous pour nous soutenir, et par sa lettre il a èclairci le mystère de la théologie. Une confession écrite par Dieu est venue de l'ancienne Rome et a fait rayonner de l'Occident la lumière de la foi. On voyait du papier et de l'encre, mais Pierre a parlé par Agathon. » L'empereur lui-même répéta ces paroles : « Pierre a parlé par Agathon. »
Mais comment le concile pouvait-il dire qu'il avait condamné Théodose de Pharan, Sergius et Eonorius, d'après le jugement porté par le pape? Honorius ne fut jamais accusé, mais plutôt honoré par Sophrone, par Maxime et par les plus fameux théologiens de son temps; Jean IV et ses successeurs l'avaient défendu et Agathon n'avait pas dit un mot de lui, non plus que Martin 1", Agathon assurait expressément que depuis l'origine de la controverse les papes n'avaient jamais omis d'exhorter les évèques de Byzance à s'abstenir de leur hérésie, « au moins par leur silence : » — ces derniers mots ne peuvent s'appliquer qu'à Honorius, — et il répéta à diverses reprises que les papes, selon la promesse de Jésus-Christ', n'ont jamais erré dans la
foi.
Comment, au surplus, ranger Honorius parmi les hérétiques, quand ses lettres ne contiennent aucune hérésie? La seule chose qu'on puisse reprendre en lui, c'est de n'avoir pas convenablement et suffisamment résisté aux monothéhtes, de ne s'être pas opposé à l'invasion de l'hérésie, d'avoir « suivi » Sergius.
On peut se faire une idée de l'humiliation qu'infligea à l'orgueil des Grecs la condamnation successive de quatre chefs ecclésiastiques de la nouvelle Rome, par les vains efforts que fit Georges, dans la seizième session, pour que les noms de ses prédécesseurs ne fussent pas prononcés dans les anathématismes. On le satisfit dans une certaine mesure, en rangeant parmi les condamnés un évêque de l'ancienne Rome, Honorius,
^ Luc, xxii, 32.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 33l
que les Grecs depuis Pyrrhus ne cessaient d'invoquer en leur faveur. Mais pourquoi les légats de Rome se taisaient-ils en cette circonstance, d'autant plus que le pape Agathon, dans sa lettre à l'empereur, leur prescrivait rigoureusement de ne faire ni addition ni changement, que la condamnation d'Honorius était évidemment contraire à ses vues, que c'était une addition réprouvée par l'Église de Rome et surtout par le concile de Latran en 649? — On ne voit nulle part que les légats aient fait résistance; ils se contentèrent de signer les actes.
Peut-être ont-ils cru devoir céder par amour de la paix, d'autant plus que la condamnation faisait une difTérence entre les chefs du monothélisme et Honorius ; ce pape y était simplement qualifié de « fauteur de l'hérésie, » expression qui, dans le sens qu'on y attachait alors, pouvait aussi signifier « hérétique, » en prenant ce mot dans une acception large. On ne trouva pas opportun, selon toute apparence, de s'opposer formellement à la condamnation d'Honorius, car on pouvait faire valoir en partie contre lui les principes que ses prédécesseurs avaient si résolument invoqués contre Acace (ci-dessus, 160). Quoi qu'il en soit et quelque sens que les Orientaux aient donné à la condamnation de ce pape, renouvelée dans la suite, cette condamnation n'est admissible que si elle a été approuvée par le Saint- Siège. Or la seule chose qui ait été reconnue, c'est qu'Honorius avait favorisé l'hérésie, qu'il l'avait accréditée par sa négligence ou son défaut de pénétration.
Ep. synodi ad pap., Mansi, XI, 683 et seq.; Décret., act., VIII, ibid., p. 631 ; Prosphonet. ad inip., p. 658; il faut lire sans doute : yiç>Tf\ xal {jiÉ),av èçaîvETO xal 8t' 'AvâQwvoç néxpo; ècpÔÉYYcto. — Ep. imp. ad Leon. P., ibid., p. 719 et seq. — Pitra, Jur. Gr., II, p. 8ö et seq., remarque justement à propos d'Honorius : « Summam rem œquo animo consideranti perspicuum est eam fuisse Grœcorum indomitam superbiam, tum maxime a VI et VII synodo et inde ad Photium, ut neque hsereticorum nomina e s. diptycbis erui, neque inseri Romanorum memorias, neque Sergium, Pyrrhum, Paulum aliosque istiusmodi bœreticorum antesignanos publice aperteque reprobari licuisset , nulla denique inler utramque Romam permansisset concordia, nisi antiquior j^assa aliquid fuisset in Honorii detrimentum. Propterea, integerrima lide S. Sedis rémanente, ipsoque Honorio in pace Ecclesiœ certissimis testimoniis quiescente, permissum interea fuit eum de incauta vigilantia argui, il. — Hisi. jje l'église, ±2
« quod non ut decuil apostolicam auctoritatem hœrosim incipientem « exstinxit, sed negligendo confovit, » On pouvait employer contre Honorius les paroles de ses prédécesseurs dans l'affaire d'Acace. Félix III, 483, Ep. II, cap. v, p. 236 : « Error cui non resistitur approbatur, et Veritas quse minime defensatur, opprimitur )> (Honorius avait négligé de défendre la vérité et de résister à l'erreur). Gelas., 495, Ep. xxvn, cap. III, p. 424 et seq. ; « Nec dubium quia sicut in unaquaque haeresi ... oranes complices, sectatores, Communicator es damnatse semel pravitatis pari sorte censcntur; Ep. xii ad Anast., 494, cap. vu, p. 354 : « Sicut non potest perversitatis commnnicatore suscepto non pariter perversitas approbari, sic non potest refutari perversitas complice et sectatore perversitatis admisso; » cap. vni : « Legibus certe vestris criminum conseil susceptoresque latrooinantium pari judiciorum pœna constringuntnr, nec expers facinoris oestimatnr, qui licet ipse non fecerit, facientis tarnen familiaritatem fœdusque receperit. » C'était le cas aussi d'appliquer ce principe : <« Qui tacet (cum loqui débet et potest) consentire videtur, •> déjà posé par Grégoire le Grand. On avait raison d'appeler hérétiques les fauteurs d'hérésie. J. Garnier, Append. ad not., cap. u, libri diurni, n. 69; Baluz., In vita Pétri de Marca, n. 71 ; Bolgeni, Fatti dommatici, Roma, 1795, ed. 2, cap. iv, prop. 6. Dans I0 Cod. Just., lib. II, § 1 : De hœr., I, 5, il est dit : « Hsereticorum auteni vocabulo continentur .'.. qui vel levi argumente a judicio cath. religionis et tramite detecti fuerint deviare. » Ce sens large du mot hérétique se trouve aussi quelquefois dans saint Augustin, par exemple dans De utilit. cred., cap. i : « Hfereticus est ... qui alicujus temporalis commodi et maxime gloriee principatusque gratia falsas ac novas opinioues gignit vel sequitur. Le Vp concile dit d'Honorius, act. xtii, p. oö7 : KttTà TtàvTa "ZTi èxîîvoy (Serg.) Y^w(Ar, è?axo),o'j6rj(;avTa xai xà a-jTOÙ àffeêr) xyp«»)ffavTtt ôoyfjLaTa; act. xvili. p. 638 : 'Exstvoi; Iv to-jtoi; àxoXouÔrjffavTa, et l'empereur Constantin IV. dans son édit, p. 698 : Ka-à Tvivta toûtoi; (7"Jvaip£Tr,v xai (TJvûÇiojAOv xat ßc6aiwTr|V ts alp£(jcw;, et auparavant : Tr^z alpso-ew; ßeeatwTi?iv xal âauTw aÙTÔv T:(;oc)(jLa-/ôixsvov ; Honorius est appelé simplement hérétique dans les acclamations, act. xvi. En disant cela, les Grecs allaient plutôt trop loin que pas assez. Les paroles suivantes de Léon II, Ep. ad imp., p. 723, sont décisives : "Oort; TaO-rriv nriv àîtocTTo),. 'Exx),r|(jîav oùx inty tiçiri<js. ôtSaTxaXta àrtoar. TtapaSôfTSw; âyviffai, àXXà fr, ßeey;),w Ttpoôoaîa (xiavÖfjvai ttiV àcmù.oy TtapexwpYiae (« permisit, » et non, comme dans le latin : « subvertere conatus est »); Ep. ad Ervig. reg., p. 1050 : « Qui immaculatam apostolicœ traditionis regulam, quam a prsedecessoribus suis accepit, raaculari consensit; » Ep. ad episc. Hisp., p. 1052 : « Qui tlammam hseretici dogmatis non uti decuit apostolicam auctoritatem incipientem exstinxit, sed negligendo confovit. » Lib. diurn. rom. Pont., éd. De la Rosière, p. 194 et seq. : « Qui pravis eorum assertionibus fomentmn impendit. » Sur ces expressions, voyez Schneemann, p. 59 et suiv.;Du Plessis d'Argentré, Coll. judic, t. I, prsef., p. 3 (Leo II) : « Cum ea ex ceptione acta vi svnodi confirmât, quod Honorius ex sua parte tantum
permiserit immaculatam fidem maculari. Itaque Latini Honorium P. nounisi ut fautorem hœresis monoth. condemnare voluerunt. » Voy. aussi Schwane, Dogmengosch. der patrist. Zeit, p. 324; Hadrian. II, Conc. Rom., 869 (Mansi, XVI, 126) : « Licet enim Honorio ab Orientalibus post mortem anathema sit dictum, sciendum tarnen quia fuerat super hseresi acciisatiis, propter quam solam licitum est minoribus majorum suorum motibus resistendi vel pravos sensus libère respuendi, quamvis uec ibi, nec patriarcharum, nec caeterorum anlistitum cuipiam de eo quamlibet fas fuerit proferendi sententiam, nisi ejiisdem primœ sedis pontificis consensus prœcessisset auctoritas. » Cf. Combéfîs, Not. in Op. S. Max., II, p. 706. — Anastas. Sin., De haer. et syn. (Pitra, II, p. 267) dit simplement : Svivéêr) xal tàv ... ""Oviôptov (îuvOÉaÔat toOtoi; xaxwç oi' otxovO[j.tav Ttvà, ÔYJÔEv xai Toùç (xàv jAÎav iizi XptffTw çOaiv, àuXâç oe tàç çvatxàc IStÔTTiTa; xoxxyaovraç £7riffT0[/.t(iai, tov oé ye Sw^pôviov Si7t),à Ttàv-ca itXriv ty^ç imonxiuzoyq ûp6oS6?o); x'jpûxTOVT« ... xaTa^i^âî^eiv TrstpäcOai, (7yjj.êou),£U(jai xs TraÛCTadQai twv Toiov-cwv SoYnâTwv à|xçoT£pov?, et il cite ensuite (p. 270)Honorius parmi les anathématisés. Plusieurs Grecs, au contraire, ne le rangent point parmi eux. Mai, Nov. Patr. Bibl., V, i, p. 171; notamment Theoph., p. 506 et seq., 5.50; Joan. Dam., De recta sent., n. 7, declar. fidei (Migne, t. XCIV, p. 433, 1431 et seq.). Ont renouvelé (Vita Leon., Mansi, XI, 1047) l'anathème contre lui : Conc. Trull., cap. i (ibid., p. 938); Conc. VII in decr. fid. (ibid., XIII, 377. Cf. XII,- il 24, 1141 ; XIII, 404, 412); Conc. VIII (ibid., XVI, 181); Hadr. II (ibid., p. 126); German., De haer. et syn., cap. xxxvi, xxxvii (Mai, Spic, VII, i, p. 52, 54); Niceph. Cpl., Ep. ad Leon., III (Migne, t. C, p. 193); Phot. (Migne, t. Cil, p. 593, 648).
Au neuvième siècle, une controvesse éclata sur Honorius: les Grecs, Pbotius en tète, l'accusèrent d'hérésie (loc. cit., Migne, t. CIV, p. 124); il fut défendu par le Bibliothécaire Anastase (mon ouvrage, Photius, II, p. 307, 360 et suiv.). Dans la suite plusieurs Latins ont placé le nom d'Honorius au milieu des patriarches byzantins condamnés, entre Sergius et Pyrrhus, de sorte qu'il semble presque rangé parmi ceux-ci, par exemple dans Bède, De temp. rat. (Migne, Patr. lat., t. XC, p. 367 et seq.); Humbert, Resp. adv. Nicet., cap. xvii (Will, Acta et scripta, p. 142); Deusdedit (Collect, canon., I, cap. xxxiv, p. 54, éd. Venet,, 1869); Eccehard (Pertz, VIR, 133); Ord. Vital., Hist. eccl., I, xxiii, p. 83, Marian. Scot., etc. Le traité De Concil. gênerai. (Bibl. Patr., Lugd., t. XXVII, p. 612), composé vers 1230, classe expressément parmi les condamnés « Honorium Romanum. » Manuel Calecas, dont l'ouvrage conti'e les Grecs fut traduit par Ambroise Traversari, sous Martin V, défendit Honoiius par l'autorité de saint Maxime et en alléguant l'impossibilité que le pontife romain porte une décision erronée (Migne, Patr. gr., t. CLII, p. 243 et seq.). Il est certain, contrairement à l'opinion de Dœllinger (Papstfabeln, p. 144), que Calecas n'est pas le premier qui ail renseigné Turrecremata sur la condamnation d'Honorius. Plus tard Honorius eut pour accusateurs : a. les protestants (For-
3iO HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
besius, Instruct. hist. theol., p. 240; Walch, Ketzerhist., IX, p. 125; Bower, Gesch. der Paepste, IV, p. 185; Dorner, Lehre von der Pers. Chr., II, I, p. 218); b. les gallicans, comme Edm. Richer, Hist. conc. gen., I, X, p. 367 et seq., ed. Colon., 1863 ; Du Pin, Nouv. BibUoth., VI, p. 69, ed. Mons., 1692; les « gens du Roi » au parlement de Paris, 1665 (Du Plessis, Coll. jud., III, i, p. 118); Bossuet (Defens. declar. cleri gall., part. III, lib. VII, cap. xxi-xxviii; t. II, p. 39-37). Dans son Discours sur l'histoire universelle, part. I, ch. xi, Bossuet dit simplement: « Ils (les monothélites) imposèrent par ces artifices au pape Honorius I^'', qui entra avec eux dans un dangereux ménagement et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. » Du Plessis d'Argentré, loc. cit., t. I, praefat., p. 4, fait cette remarque : « A qua disciplina (quae synodalem deliberationem poposcit) cum Hon. recesserit, eum illico aberrare in suis litteris ... permisit Deus. » De même, Var, disput. ad Op. M. Grandin., Par., 1712, t. II, p. 220); Card, de la Luzerne, Sur la déclaration de l'assemblée du clergé, Paris, 1821, Œuvres, II, 42, 192; c. plusieurs savants modernes, comme DœlUnger (Papstfabeln, Munich., 1862, p. 131 etsuiv.; en français par l'abbé Reinhardt, Nancy, 1865); Héfelé (Das Anath. liber H. (Tüb. Q.-Schr., 1857, I, p. 54, 415): Conc. IH, p. 133 et suiv., 264 et suiv.; De causa Hon. und P. H. u. das VI. allg. Concil mit Nachtrag., Tüb., 1870); Ruckgaber (Die Irrlehre des H. und das vatic. Décret); Le Page Renouf (The condemnation of Pope H., Londres, 1868; The case of Pope H. reconsidered., Londres, 1870); Maret (du Concile et de la Paix religieuse, Paris, 1869); Gratry, Ms' l'évêque d'Orléans et M«"" l'archevêque de Malines, lettres, Paris, 1870, etc.
Depuis, les défenseurs d'Honorius sont devenus beaucoup plus nombreux, et voici les différentes voies qu'ils ont suivies : a. plusieurs ont soutenu que les documents étaient apocryphes et altérés, surtout les actes du VI"^ concile universel, du que les letti'es d'Honorius étaient interpolées; tels sont : Albert Pighe, Diatriba de act. vi et vu Conc; Baronius, an. 633, n. 34 et seq.; an. 681, n. 29 et seq.; 682, n. 3-9; 083, n. 2-222; Bellarmin, De rom. pont., IV, 11; Sfondrat, Gallia vindic, diss. m, § 1, n. 9, p. 353, éd. 1702; Barruel, du Pape, part. I, cap. i; Roisselet de Sauclières, Histoire des conciles, Paris, 1846, t. III, p. 117; Stapleton, Wiggers, Graviua, Coster, Kilber, Holtzklau. Ces hj^othèses, modifiées par Boucat, Tract, de incarn., diss. iv, p. 162, et Damberger, Synchron. Gesch., H, p. 119 et suiv., sont réfutées dans Héfelé, m, p. 271-284.
h. D'autres admettent une erreur de fait de la part du VI'^' concile, par exemple : Turrecremata, Summ, de EccL, H, 93; Isaac Habert, Lib. pontifical. Eccl. gr., Paris, 1676, p. 566 : « Ha?c omuia tamen ex errore facti orta sunt, qui certe et in synodum œcum. cadere potest. » Cf. Berli, De theol. discipl., lib. XXVI, cap. xi; Laur. Cozza, Hist. polem. de Gra?c. schism., Rom., 1719, part. Il, cap. xvii, p. 339. Jos.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. 3 il
Sira. Assemani, Bibl. jur. or., t. IV, p. 113 et seq. c. La plupart admettent les documents et prouvent qu'Honorius ne fut point condamné comme véiitablcmcnt hérétique, mais pour avoir favorisé l'hérésie, surtout par son imprudence, et pour n'avoir pas aperçu le danger qu'il faisait courir à l'Église en prescrivant le silence, ce qui était l'opposé d'une définition de foi. Mclch. Canus (De loc. theol, VI, 8) démontre qu'Honorius ne se trompa que comme homme privé dans une lettre privée, que ses lettres à Sergius n'ont aucun des caractères d'une décision ex cathedra. Natal. Alex., Sœc. VII, diss. n, t. X, p. 432 et seq., prop. II : « Honorius in VI synodo juste damnatus est ut nascentis monothelctismi fautor. » Prop. III : « Honorius ab heeresi tam vere excusatur quam pie. » Ludov. Thomassin, Diss. xx in Conc, n. 8 et seq., resp. : « Honorii epistolas privatas et familiäres fuisse, nec pertinuisse ad cathedram; » n. 18 et seq., resp. : « Iterum, non tam haeresi quam dispensationi studuisse Honorium, quœ, quia improvida fuit et inauspicata, proditio fidei habita est. » Petr. Ballerini, De vi ac rat. primatus, cap. XV, p. .'j06 et seq. : « Damnatus a VI synodo non ob hœresim, sed quia improvida dispensatione et nonnuUis minus cautis locutionibiis hœresi favorem impendisse visus est; » p. .303 et seq., nota : « PrcEscriptum ab eo silentium non fuit delmitio üdei. >■>
Dans l'assemblée du clergé français en 1723, l'orthodoxie d'Honorius fut vengée dans des thèses publiques par Petitdidier, De infall. summi Pont.; Zaccaria, Thés, VII, 1266.— Tournely, Curs. theol., Tr. de Eccl., p. 9i, éd. Col., dit : « Omnes fere theologi vindicant Honorium ab errore. » De même l'évèque Lauguet, Avert. n, n, 44, dans Muzzarelli, rinfallibilità, n. 17. On pourrait citer encore une foule de défenseurs autorisés d'Honorius. Combéfis, 0. S. D., Diss. apolog. pro act. VI syn., cap. ni, § 3; J. Garnier, S. J., Diss. II ad libr. diurn. rom. Pont. (Migne, Patr. lat., t. CV, p. 153); Marchesi, Clypeus fortium s. vindiciae Hon., part. I, Rom., 1680 (lequel admet du reste, avec Sylvius et Lupus, que nos actes ont été insérés dans le VF' concile par im concile subséquent, uniquement composé de Grecs, vers 692). Gisbert, S. J., De Hon pont, in causa Monoth. Diss. theol., Par., 1688, p. 107 et seq.; B. Désirant, Hon. P. vindicatus salva integritate conc. VI, Aquisgr., 1711, in-4''; Merlin, Examen exact et détaillé du fait d'Honorius (s. 1.), 1733, 1738; Corgne, Dissertation critique et théologique sur le monothélisme ot le sixième concile, Paris, 1741; Siena, Diss. in difesa di Onorio P., Sinigaglia, Uli, in-4°; Orsi, De rom. Pont, auctor., t. I, part. I, lib. I, cap. xxr et seq.; J.-B. Bartoli (évèque de Feltre), Apologia pro Hon. I, Fcltre, 1752, in-4o. Extraits dans Zaccaria, Hist. Ut. Ital., lib. II, c. xxiv, p. 221 ; J. a Bennettis (I, § 7), part. U, t. VI, Rom., 1761, p. 600-686; Holtzclau, S. J., Diss. de Hon. I pont, in causa fidei contra monolh., Wirceb., 1762, in-4» (P. Roman Fischer, 0. S. A., à Mayence, ayant attaqué ce traité et celui de Désirant, l'auteur fournit de nouvelles explications dans Theol. Wirceb., t. Hl, diss. n, sect. 3, an. '6, p. 260 et s..
Wirceb., 1768); Chmel, 0. S. B., Vindiciœ conc. œcum. VI, Prag., 1777. — Hon. 1 ab haeresi monoth. vindicatus adv. C. M., Guntherodum (s. 1.), 1776, in-8°. — Tamagnini (ci-dessus § 183); Demarco, Diss. in difesa di Onorio I, dans Difesa di S. Pietro e di altri Pontetici, Rom., 1780 (dans Zaccaria, Raccolta di dissert, di storia eccl., t. XIX, p. 139-154, ed. Rom., 1796, et ibid., p. 73-138, le traité de Sante-Viola, La causa del pont. On. I condannato nel conc. VI gen.); P. A. M. Ugbi, De Hon. I Pont. Max., Rom., 1784; Molkenbuhr, Diss., an Honorius I, P., an. 680 damnatus fuerit a conc. gen. VI,Monast., Wirc, 1798 (dans Migne, Patr. lat., t. LXXX, p. 991 et seq.); Journal, bist, et littéraire, 1" avril 1790, p. 530; Mamacbi, 0. S. D., Orig. et Ant., t. VI, p. 92; Novaës, Vitse rom. Pont., II, 19. — J. de Maistre, du Pape, lib. I, cb, xv; Henrion, Hist. univ. de l'Église, t. III, diss.; Palma, Hist. eccl., t. II, p. 104-129, part. I, cap. xi. — Dumont, Annales de pbilosopbie chrétienne, 1853, t. XLVIl; Die Honoriusfrage, dans Mainzer Katholik, 1863, déc, p. 681 et suiv.; Schneemann (§ 185), Onorio I secondo il Dœllinger; Civiltà cattolica, Ser. V, vol. XI, XII, p. 536 et seq.; Reinerding (ci-dessus § 64); Rump, dans Rohrb., Hist., X, p. 121-147. Munster, 1866; Botalla, S. J., Pope Hon. before the tribunal of reason and bistory, Londres, 1868, et The orthodoxy of P. H., dans Dublin Revi&w, 1869, I, p. 173-202; Tizzani, les Conciles généraux, Rome,
1868, t. I, p. 371-475; Hagemann, dans Bonner th. Lit.-BL, !<"■ février
1869, p. 7.3-81 ; Bouix, Tract, de Papa, Par., 1869, t. U, p. 298-366. C'est l'année 1870 qui a fourni le plus de travaux sur Honorius. Contre
l'abbé Gratry : Dom Guéranger, Défense de l'Église romaine contre les erreurs du R. P. Gratry, Revue du monde catholique, 10 février; l'archevêque Dechamps, Lettres au R. P. Gratry, Monde, n°^ 19, 33, 34, 36 ; la Question d'Honorius, Paris; J. Chantrel, le Pape Honorius, Paris: Mamière, S. J., labbé Gratry et M?'' Dupanloup, et Honorius et les Prérogatives de l'Église romaine, Toulouse. — Larroque, la Question d'Honorius, Lettre à M. Gratry, ibid.; Coldefy, le Pape Honorius et M. l'abbé Gratry, Paris; l'abbé P. Bélet, la Chute du pape Honorius et la Mission de M. Gratry, ibid.; E. Perrot, Au R. P. Gratry au sujet de ses lettres, ibid.; Onorio I e il P. Gratry (Civiltà cattohca, Ser. MI, vol. IX, p. 431, 682 et seq.); Roques, Réponse à la lettre du R. P. Gratry; A. de Margerie, le Pape Honorius et le Bréviaire romain, Paris; Rambouillet, le Pape Honorius, l'InfaillibiUté et le VI^ concile général, ibid.; Colombier, la Condamnation d'Honorius (Etudes religieuses, décembre 1869-avril 1870'; G. Contestiu, le Pape Honorius (Revue de.*; sciences ecclésiastiques, février 1870); Rivière, le Pape Honorius et le Gallicanisme moderne, Mmes; Dufaut, la Vérité sur le pape Honorius, Avignon ; Pététot, Postscriptum sur Honorius, Par.; surtout : la Cause d'Honorius, Documents originaux (grecs et latins), avec traduction, notes et conclusion, Paris, Palmé, in-t«; J. Pennachi, De Honorii I causa in conc. VI, Romee, 1870; Ghilardi, Honorius papa, Taur., 1870;
Scheeben, Pehod. Bl. über das œkum. Concil, II, p. 'Jl et suiv., 163 et suiv.; III, 134 et suiv. Contre Maret : Lefebvre, l'Infaillibilité du Pape et le Concile (Revue catholique de Louvain, décembre 1869, p. 637 et seq.; Laacher Stimmen über das œkum. Concil, I, 8«= livrais., p. 82 et suiv. — Ajoutez : P. Hon. und Pros. Ruckgaber, par l'auteur de la brochure de Ratisbonne : Die Honoriusfrage, Regensb., 1871. — Héfelé, Conc, III, p. IV, 293 et suiv., 2«= éd., aboutit à cette conclusion que le concile, à s'en tenir purement à la lettre, a anathématisé Honorius, qui, au fond, avait des sentiments orthodoxes ; que Léon il a précisé l'étendue de sa faute et expliqué dans quel sens il fallait entendre la sentence du concile.
Confirxnation du concile.
198. Le pape Agathon mourut le 10 janvier 681, avant la fui du concile, qui se termina pendant les dix-huit mois de la vacance du Saint-Siège. Léon II, son successeur, ne fut sacré que le 17 août 682. Il mourut le 3 juillet 683, après avoir conlirmè le concile et l'avoir fait reconnaître en Occident. L'empereur Constantin l'approuva par un édit particulier et envoya au pape, par l'entremise des légats, une relation de ce qui s'y était passé. Léon examina les actes du concile, et en 683 donna la confirmation qu'on lui demandait, avec la restriction dont nous avons parlé à propos d'Honorius, et il en informa les autres Églises d'Occident. L'empereur envoya à Rome, avec plusieurs de ses adhérents, Macaire, qui avait été déposé. Parmi ceux-ci, les deux Anastase et Léonce s'y convertirent, et Léon les admit à sa communion (6 janvier 683); Macaire et les autres .s'obstinèrent dans Thérésie et furent enfermés dans des couvents.
Après la mort de Georges, patriarche de Constantinople (683), son prédécesseur Théodore, qui avait été expulsé et avait ensuite renoncé au monothélisme, fut élu et exerça paisiblement ses fonctions jusqu'en 686. Sous Paul III, qui lui succéda, et sous l'empereur Justinien II, en 687, une grande assemblée de prêtres et de laïques eut lieu en présence des envoyés du pape ; ou y fit lecture des actes du sixième concile, on les scella en présence des assistants, afm d'empêcher toute falsification, et on les déposa dans le palais impérial. Justinien II en informa le pape Jean V, auquel Conon venait de succéder dans cet intervalle. Les faits qui s'étaient passés avant et pendant le sixième concile, — ils ne sont pas encore pleinement éclaircis, — avaient
3i4 iiisroiRK DE l'église.
produit entre les Grecs et les Latins quelques mésintelligences qui se firent jour dans le concile in Tndlo de 692. Ce concile, pour fermer la bouche aux contradicteurs de l'Orient, devait confirmer le concile de 680, et, comme ce dernier n'avait pas rendu de décrets disciplinaires, le compléter aussi sous ce rapport. De là vient qu'il a été appelé Conciliiim quinisextum (synodos penthekte) et que dans la suite les Grecs l'ont souvent confondu avec le sixième concile universel, d'autant plus que plusieurs membres du premier assistaient au second et que les deux assemblées furent tenues dans le même lieu.
On aurait dit que les évèques de ce concile, jaloux de l'incontestable prépondérance de l'Eglise romaine dans les questions de foi, voulussent revendiquer un droit d'indépendance absolue dans les choses de discipline extérieure, et, en blâmant les usages des Latins, se venger de leurs habitudes graves et réfléchies, si onéreuses à leur vanité byzantine, car plusieurs de leurs cent deux canons ne servirent qu'à manifester leur opposition avec les Latins. Comme quelques-uns des évèques présents d'Illyrie, tel que Basile de Gortynas, dans Tile de Crète, portaient le titre de légats du pape, on prétendit avoir l'approbation des représentants de Rome, mais on ne put jamais obtenir la confirmation effective du Saint-Siège.
Ph. JafFé, Reg., et le P. Colombier (Etud. relig., mars 1870), ont prouvé qu'Agatlion était mort non le 10 janvier 082, mais en 087. Édit impérial pour le VI« concile (Mansi, loc. cit., p. 098 et seq.; Héfelé, p. 201). Lettres aux papes et aux Occidentaux (Mansi, loc. cit., p. 711, 719; Héfelé, p. 202). Lettre de Léon II (Mansi, p. 72o, 1030 et seq.). Georges et Théodore de Constantinople, voyez Photius, I, 211 . Assemblée de 087, Mansi, 737, 1097; Héfelé, p^ 297; Conc. Trull., Mansi, p. 930 et seq.; Photius, I, 21 ö, 220 et suiv ; Theophan., Chron., p. 332, distingue encore le concile in Trullo du VP concile, mais il se trompe dans la chronologie; Théodore Studite l'appelle ayvooo; [i£Tà tyiv £XTr,v, et le tient pour œcuménique, de même que Nicéphore (Migne, Patr. gr., t. XCIX, p. 377, 473, 130.Ï; t. C, p. 84Ö, 848). Cf. Allât., De cons., lib. I, p. 400-409, cd. Colon., 1048; Bèdc, De sex mundi eotat., l'appelle : « synodus rcproba, » Paul, diac. De gest. Long., Vi, 11 : « syn. erratica. » Voyez Pitra, II, p. 4 et seq.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. Hio
Philippique Bardanes. — Les monothélites de Syrie. — Les maronites.
199. Les monothélites n'avaient pas entièrement disparu du milieu des Grecs. Sous Philippique Bardanes, qui en 711 ravit à Justinien II la vie et la couronne, et que ses parents, aidés de l'abbé Etienne, attirèrent dans l'hérésie, ils essayèrent do relever la tête. Le nouvel empereur fit enlever le tableau du sixième concile et replacer dans les dyptiques les noms de ceux qui avaient été condamnés par ce concile ; il chassa le patriarche Cyrus, plaça sur le siège de la capitale un homme plus docile k ses vues, le nommé Jean, et fit décréter par un concile (742) qu'on n'enseignerait qu'une seule volonté en Jésus-Christ. La plupart des évèques orientaux furent assez lâches pour se soumettre aveuglément à ces ordres despotiques. L'empereur fit brûler les actes de 680 conservés dans son palais et exigea que le Saint-Siège approuvât ses décrets.
Le pape Constantin n'hésita pas à les condamner ; le peuple de Rome traita ouvertement l'empereur d'hérétique, enleva son image des églises et fit placer dans celle de Saint-Pierre un tableau représentant les six conciles universels.
Philippique fut renversé en 713. Anastase II rétablit l'ancien état des choses, et le faible patriarche Jean VI essaya de se justifier auprès du Saint-Siège. A dater de ce moment, l'autorité du sixième concile œcuménique ne fut plus attaquée dans l'empire grec. — Les monothélites étaient surtout nombreux en Syrie, et comme ils étaient protégés par les Arabes, c'est là qu'ils se maintinrent le plus longtemps. Dans le Liban et l' Anti- Liban se trouvaient les maronites, appelés ainsi du couvent de Saint- Maron. Us paraissent avoir été longtemps monothélites, bien que leurs descendants, excellents catholiques, aient contesté ce fait.
Agathe diac, Epilog, ad conc. VI, Mansi, XII, 189 et seq.; Theoph., p. ö80-58i; Gedr., I, 783 et seq.; Syn. Pappi, n. 130 et seq.; Germ., De hœr. et syn., cap. xxxviii ; Vita Const. P., Mansi, p. 180; Paul, diac, loc. cit., VI, 33; Ep. Jean. Pair, ad Gonst. P., ap. Combéiis, Auclar. bibl. Pair, gr., II, p. 211 et seq.; Héfelé, III, 332-334. Mon ouvrage, Photius, I, 223-225.
Les auteurs maronites modernes, comme Faust. Nayronus, Dyss. de origine, nom. et rel. Marouitarum. Rom., 1679; Enoplia fidei cath. rom. hist. dogm., ibid., 1694; Abraham Echellensis, Ep. ad Morin., d. d., RomfB, 13 jul. 1654; Antiq. Eccl. Or., Lond., 1682, p. 449; ep. Lxxxv; Assemani, Bibl. Or., I, p. u06 et seq., soutiennent que les maronites ne furent jamais monolhélites, mais invariablement catholiques; qu'on les confond avec les mardaïtes (HTS); ils sont suivis par Wadding, Ann. min., t. XIV, p. 128; Sachin., Hist. soc. Jesu, part. IV, lib. VI, t. V, p. 174, etc.
A cela on répond : a. que les mardaïtes ou mardes étaient un peuple belUqueux de l'Arménie que Constantin IV (676). transféra sur le Liban comme garnison, et qui furent rappelés par Justinien II en 685. Theoph., p. 293, 302 et seq. Cf. Anquetil Duperron, Recherches sur les migrations des Mardes dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. L; — b. German., De hœr. et syn., c. xliv (Mai, Spic, VII, 65), traite les maronites de Syrie d'ennemis du sixième concile, et saint Damascène les appelle hérétiques. De recta sent.,n. 8 (Migne, t. XCIV, p. 1432), de même que Timoth., De recept. hser. (ibid., t. LXXXVI, p. 6d. Cf. not. 53. Ce passage, il est vrai, ne se trouve pas dans tous les manuscrits). — Eutych., Ann., t. II, p. 190 et seq., fait descendre (en s'appuyant sur une fausse chronologie) les maronites du moine Maron, monothélite. — c. Guillaume de Tyr, liv. XXII, ch. viii, raconte la conversion des maronites hérétiques vers 1182. Ces arguments et d'autres encore ne sont pas pleinement réfutés par les maronites. Voy. Renaudot, Hist. Patr. Alex. Jacob, Paris., 1743, p. 149; Thomassin, part. I, lib. I, cap. xxiv, n. 1 ; Le Quien, III, p. 3-40; Bennettis, t. IV, p. 47 et s.; Palma, t. H, p. 138-141 ; Timoth., loc. cit. (ex Combef.), dit : Mapwvtxat 8è xéxV/ivTat kizb toü [AOvaaTTiptoy aCiTwv Mapw xa)vOD[j.c'vo-j âv Sypt'a.
Le nom de Maro était très-fréquent en Syrie; Théodoret (Hist. rel., cap. XVI, XXI et seq., xxx), et saint Chrysostome (Ep. xxxvi ad Maron.) font l'éloge d'un saint abbé de ce nom, dont le couvent, célèbre de temps immémorial, est mentionné dans une adresse au pape Hoimisdas (Baron., an. Ö17, u. 53), dans le concile byzantin de 336 et dans Pi'ocope, parmi les édifices restaurés par Justinien. Rome ne reconnaissait que le culte de ce Maron. Il est justifié par Benoit XIV, Ep. ad Nicol. Lercar., 28 sept. 1733 (Bullar., Bened., t. IV, p. 60-62; Const., xxiv). Un autre saint et patriarche, Jean Maron, fut déposé eu 700. Acta ex Stephani Edenensis Vindic. Maron., lib. I, cap. vu et seq.; Assemani, Bibl. or,, I, p. 496-506; Quaresmiiis, Hist, Terrée sanctœ, Antw., 1654, I, 96, Quelques-uns doutent de son existence (Renaudot, Lit. or., t. II; Diss. de Syriae Melch. et Jac, p. 7 ; Le Quien, II, p. 747). D'autres font de lui un hérétique. Pichler (Gesch. der kirchl. Trennung, II, p. 536) ne trouve pas tout-à-fait incroyable ce que les maronites racontent du patriarche Jean Maro.