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Itliace, chargé de faire connaître et d'exécuter ces décrets, s'en acquitta avec toute la fougue de son zèle inconsidéré. Les priscillianistes venaient de faire une nouvelle recrue dans l'évéque Hygiu, jadis leur adversaire : ils refusèrent de se soumettre, devinrent plus opiniâtres et nommèrent Priscillien évêque d'Avila. Ithace s'adressa à l'empereur Valentinien et obtint un édit de bannissement contre Priscillien et ses adhérents. Déconcertés, les chefs du parti se rendirent en Italie, atin d'obtenir, par l'entremise du pape Damgise et d'Ambroise de Milan, comme par leurs intrigues à la cour, le retrait de l'édit de Gratien. Ils n'obtinrent rien du pape ni de saint Ambroise, mais l'argent de Priscillien eut d'autant plus de succès auprès de l'influent Macédonius. L'édit fut retiré, et l'empereur ordonna la restitution des églises enlevées aux priscillianistes. ithace fut même obligé de s'enfuir de l'Espagne, et après son arrivée à Trêves, on aUait l'y reconduire pour lui faire subir son jugement, lorsque l'assassinat de Gratien et le règne de l'usurpateur Maxime changèrent, eu 383, la tournure des aifaires.
Ithace porta sa plainte au nouvel empereur, qui résidait à Trêves. L'empereur, qui trouvait là une occasion de montrer son zèle pour l'orthodoxie et de gagner les évêques, l'accueillit favorablement et décida qu'un concile serait célébré à Bordeaux en 384. Instantius essaya d'abord de se défendre et fut déposé par ce concile. Priscillien en appela à l'empereur, elles évéques, oubliant qu'il s'agissait d'une question dogmatique, eurent la faiblesse, dit Sulpice Sévère, de déférer à cet appel.
L'affaire fut donc portée à la cour de Trêves, où les deux partis furent obligés de comparaître. Ithace s'y montra audacieux, effronté, grand parleur, accusant de priscillianisme quiconque s'adonnait à l'étude, au jeune et à l'abstinence.
Saint Martin, ancien soldat, puis religieux, et maintenant évêque de Tours, se trouvait alors à Trêves. Il témoigna son mécontentement que cette question fût débattue devant un tribunal civil, et désapprouva la conduite des deux évêques espagnols, qui voulaient étouffer l'hérésie dans le sang de ses auteurs. Il adjura l'empereur d'épargner la vie de ces malheureux et obtint de lui la promesse que le sang ne serait point répandu.
Mais après le départ de saint Martin, Maxime, qui convoitait les biens des accusés, changea de conduite. Le préfet Évodius,
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homme d'une justice inflexible, fut chargé de continuer le procès. 11 le fit conformément aux lois en vigueur et en se basant sur l'accusation de maléfice. Les accusés furent reconnus coupables. Maxime prononça la sentence de mort et la fit exécuter par le glaive sur la personne de Priscillien et de quelques-uns de ses adhérents (385). Instantius et d'autres avec lui furent exilés. La procédure des accusateurs épiscopaux fut vivement désapprouvée, aussi bien par saint Martin que par saint Ambroise et par le pape Sirice, auprès duquel Maxime s'excusa en lui envoyant les actes. Il était contraire à la mansuétude ecclésiastique de concourir à la mort d'autrui, de provoquer une sentence de mort; c'est pourquoi Théogniste, évêque de la Gaule, et d'autres encore, se séparèrent de la communion d'ithace. 11 est vrai qu'un concile de Trêves approuva sa conduite et détermina l'empereur Maxime à prendre de nouvelles mesures contre les priscillianistes d'Espagne ; mais Ithace n'en fut pas moins déposé dans la suite (389), tandis qu'Idace abdiqua volontairement. Saint Martin, qui parut derechef à Trêves, obtint du moins qu'aucune intervention sanglante n'aurait lieu en Espagne. Pour prévenir ce résultat, il était entré transitoirement en communion avec les ithaciens : il regretta dans la suite cette démarche. Parmi les évêques, on était partagé d'avis sur la question de savoir si le pouvoir civil devait employer la peine de mort contre les hérétiques et quand il pouvait le faire.
Autres destinées des priscillianistes.
105. La mort de Priscillien et de ses amis ne devait pas entraîner la ruine de la secte. Les suppliciés furent honorés comme des martyrs, entre autres l'illustre Euchrotie d'Aquitaine. Leur parti fit de grands progrès en Galicie et fut encore condamné dans des conciles subséquents. L'an 400, au concile de Tolède, deux évêques priscilliens, Symphosius et Dictinnius, rentrèrent dans le giron de l'Église : ce dernier avait écrit un livre de morale sous le titre de Balance (Libra). Mais la majorité demeura séparée et s'accrut depuis l'invasion des Suèves et des Vandales en Espagne (410).
Vers 415, le prêtre Urose sollicita le concours de saint Auo-ustin pour les combattre. En 44H ou 447, des conciles furent
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tenus contre la secte à Astorge, à Tolède et en Galicie. On invoqua aussi contre eux l'intervention du pape Léon. Comme la secte espagnole se cachait souvent sous l'ascétisme monacal, les religieux qui arrivaient d'Espagne étaient toujours suspects. Il en fut ainsi du moine Bacharius, qui écrivit à Janvier toui-.hantlafoides laps et leur réhabilitation. Aucun cou vent n'ayant vouhi l'accueiUir, il rédigea une profession de foi pour se justifier. Le deuxième concile de Brague, en 563, dressa dix-sept canons contre les doctrines et les usages des prisciUianistes. A partir de là, leur nom disparaît de l'histoire.
Doctrine des prisciUianistes.
106. Sur la doctrine des prisciUianistes, les opinions ne sont pas unanimes. Selon les uns, elle reposerait sur des idées orientales, sur les principes de Pythagore et de Plotin ; ^elon d'autres, elle serait complètement identique au manichéisme. Ce dernier sentiment s'appuie sur la plupart des témoins postérieurs. Les priscilhanistçs concevaient le dogme de la Trinité au point de vue des sabelliens, niaient la distinction des personnes, enseignaient le dualisme et le docétisme. Ils croyaient à un royaume de la lumière, qui, à partir de la source primitive, se développait par degrés successifs en vertu d'une incarnation de forces (éons); puis à un royaume des ténèbres (chaos), d'où émanaient toutes les puissances ténébreuses, ayant à leur tète Satan, premier principe du mal et auteur du monde inférieur. Les anges et les âmes humaines proviennent de la substance divine; les âmes ont été envoyées du royaume de la lumière pour combattre les puissances ténébreuses; mais, attirées par elles, elles sont entrées dans les corps, lesquels sont formés d'après les onze signes du zodiaque et soumis à l'influence des douze esprits qui résident dans les douze astres.
A ces puissances mauvaises sont opposées douze puissances célestes, représentées par les noms des douze patriarches. Les puissances obscures entrent sans le savoir dans le plan de la divinité, car les âmes célestes sont appelées à détruire l'empire des ténèbres sur son propre théâtre. L'homme réunit en lui le monde supérieur et le monde inférieur, le ciel et la terre ; sou àme et son corps sont une image raccourcie du monde. Le corps, dépendant par sa nature, demeui'e soumis à l'influence
et au mouvement aveugle des astres, tant que l'âme, issue de Dieu, n'est point parvenue, par son alliance avec la région supérieure, à s'en débarrasser. Les douze patriarches n'ayant pu parvenir à délivrer l'âme, le Sauveur parut sur la terre revêtu d'un corps céleste semblable en apparence au corps de l'homme. Le Sauveur, le suprême éou, opéra par sa doctrine, par sa passion symbolique et purement apparente, effaça le signe que les puissances du mal avaient imprimé aux âmes quand elles furent emprisonnées dans les corps; il détruisit la cédule du péché', en vertu de laquelle l'âme était soumise à l'influence des astres.
Par la régénération, l'homme intérieur rentre en société avec la substance divine, d'où il émane, et ici les douze puissances célestes se montrent aussi actives que les puissances ennemies l'étaient à la naissance de l'homme extérieur. Tous les « enfants de la promesse' )> sont, ainsi que Jésus, nés de la femme, mais conçus du Saint-Esprit. La délivrance de la servitude du mal et la rédemption ont lieu par l'extinction du genre humain; de là vient que le commerce charnel est permis, tandis que la génération est défendue. Le mariage et l'usage de la viande sont interdits.
Les priscillianistes séparaient rigoureusement l'Ancien Testament du Nouveau, et l'interprétaient allégoriquement. L'un et l'autre renferment des écritures apocryphes, tel que le cantique du Christ quand il alla au mont des Olives ^ Les priscillianistes jeûnaient à Noël, et le dimanche célébraient leurs mystères par des débauches; ils méprisaient la matière et niaient la résurrection. Ils avaient une doctrine ésotérique et une doctrine exotérique, permettaient de cacher la première sous le mensonge et le parjure et de simuler la foi catholique. Mentir pour une bonne fin, per exemple pour communiquer la doctrine secrète, était chose permise ; on n'exigeait la sincérité qu'à l'égard des « illuminés, » des membres de la secte. Comme certains prêtres catholiques croyaient qu'on pouvait se permettre ces sortes de dissimulations pour arracher aux priscillianistes le secret de leur doctrine, saint Augustin composa vers 395, sur le mensonge, un excellent écrit adressé à Consentius, pour démontrer l'immoralité de cette pratique. '
1 Colûss., II, 14. — ^ Rom,, ix, 8; Gai., iv, 28. — ^ Mailh., xxvi, 30,
ADDITION DU TRADUCTEUR
Sailli Épiphane semble indiquer l'origine de cette secte lorsqu'il dit qu'étant dans sa jeunesse en Egypte, il dénonça aux évèques certaines assemblées de gens infâmes qui l'avaient voulu corrompre, et qui furent chassés de ce pays-là et dissipés par les soins de ces évèques. Un de ces malheureux, nommé Marc, natif de Memphis, passa dans les Gaules et y séduisit plusieurs personnes de qualité, particulièrement des femmes, par l'attrait du plaisir dont ses rêveries étaient assaisonnées. Il gagna l'Espagne, où, par le moyen d'une femme de considération et d'un maitre de rhétorique, qui furent ses premiers disciples, il se fit un puissant parti, à la tète duquel se mit Priscillien, qui lui donna son nom. Comme il avait de la naissance, du bien, de l'esprit, de la vivacité, de l'érudition, de l'éloquence, de la facilité à s'énoncer (c'est le portrait qu'en fait Sulpice Sévère), qu'il était désintéressé, sobre, aimant le travail, infatigable et si curieux de savoir qu'il s'était applique à la magie, d'une belle taille et d'un extérieur humble et composé, ü eut bientôt un grand nombre de sectateurs de toute condition et de tout sexe. L'opposition trop violente que quelques évèques mirent d'abord au progrès du mal ne fît que l'augmenter. La secte, pour se fortifier contre un concile tenu à Saragosse, fit ordonner évèque Priscillien, qui n'était que laïque. Et comme les évèques catholiques obtinrent un ordre de l'empereur Gratien pour faire chasser tous les hérétiques des villes et des provinces, Priscillien et quelques autres évèques de son parti se pourvurent à Rome pour se purger de toutes les erreurs dont on les accusait*. Plusieurs anciens Pères ont fait le détail de ces erreurs^.
Sulpic. Sever., Hist., saîc. II, 46-31 ; Dial., III, 11 et seq.; Orosii Commonit. ad Aug.; De error. Prise, et Orig.; Aug., Op., t. VIII; Gallandi, Bibl., t. K ; Leo M., Epist. xv ad Turrib.; Aug., De haer., cap. xxx; Ep. xxxvi ad Casulan.; Maxim. Imp., Ep. ad Siric. P.; Baronius, an. 387, n. 36; Hier., De vir. ill., cap. cxxi; Conc. Taurin., 401, cap. VI, Tolet., 447; Mansi, III, 8ö9 et seq., 1002 et seq.; Bachiarii Confessio, ap. Muratori, Anecd. lat., t. II; Gallandi, t. IX; S. van Fries, Diss. critica de Priscill. eorumque fatis, doctrina et mor., ütraj.,
' Elicitur a Gratiano rescriplum, quo univers! haeretici excedere, non Ecclesiis tantum, aut urbibus, sed extra omnes terras propelli jubeban-
(ur At tum Inslantius, Salvianus et Priscilliauus Roniam profecti, ut
apud Damasum urbis ea tempestate episcopum objecta purgarenl. (Sev. Sulp.,H!S(.^ lib. II, in fin.)
* Fragmentum concilii Caesaraugust.; S. Hieronym., Âdvers. Pelag. ad Ctesiph.; Orosius, apud S. August., in Consult. de error. Priscil.; S. Aug.. i:oKl. mend.; S, Leo, Epist. xciu ad Turibium.