EN ORIENT
Premiers métropolitains de l'Orient.
±1\. Les trois principaux métropolitains, — nommés dans la snile patriarches, — occupaient au temps du concile de Nicée les premiers rangs de la hiérarchie. C'étaient les métropolitains de Home, d'Alexandrie et d'Antioche, dont l'autorité provenait non de rimportance de ces villes, mais de l'apôtre saint Pierre. Tandis que l'Occident tout entier honorait le pontife romain comme son premier chef ou patriarche, l'Orient possédait plusieurs grands métropolitains. L'archevêque d'Alexandrie, le premier en Orient, régissait les ÉgUses de l'Ègypfe, do la Thébaide et de la Libye : c'est lui qui ordonnait tous les évêques
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et les instituait en leur conférant des pouvoirs déterminés, en sorte qu'ils demeuraient en tout sous sa dépendance. Plus nombreuses étaient les provinces gouv^ernées par le mélrupolitain d'Antioche : c'étaient la Cilicie, l'Isaurie, la Syrie, la Phénicie, l'Arabie, la Mésopotamie et l'Osroène, autrefois la Chypre peutêtre, qui s'en serait détachée pendant les troubles de l'arianisme, bien qu'an concile d'Éphèse (4-31) elle eût contesté cette ancienne dépendance. Dans ce diocèse, le patriarche ordonnait les métropoUtains, et les métropolitains les évêques. Au cinquième siècle, Jean d'Antioche essaya d'accaparer l'ordination des évèques suffragants, et ïhéotloret s'en plaignit comme d'une violation des droits des métropolitains.
11 y avait encore en Orient trois autres métropolitains de marque, qui reçurent plus tard le nom d'exarques : c'étaient les métropulitaiiis de Césarée en Cappadoce, d'Éphèse dans l'Asie- Mineure et d'fléraclée dans la Thrace. L'archevêque de Césarée [»résidait au diocèse du Pont, qui embrassait onze provinces : kl Galatie, la Bitliynie, la Cappadoce, Pont-Polémoniaque, Hélénopont, la Petite-Arménie, et, — avant le démembrement du pays, — la Grande-Arménie. L'évêque d'Éphèse avait le même nombre do provinces : l'Asie, la Lydie, la Pamphylie, l'Hellespont, la Pisidie, la Lycaonie, les deux Phrygies, la Lycie et la Carie. Celui d'Héraclée en avait six : l'Europe, la Thrace, l'Hémimont , Rhodope , la Basse - Mésie et la Scythic. Ces cinq diocèses (l'Egypte, Antioche, le Pont, Éphèse, la Thrace) comprenaient le territoire de la préfecture politique de l'Orient, à laquelle appartenait aussi la Palestine, dont les évêques étaient placés .sous le métropolitain de Césarée en Stratonides, y compris l'évêque d'Élia ou Jérusalem.
Sur Nie., c. vi, voy. Leo Allât., De Eccl. uccid. et orient, perp. cons.. lib. T, cap. xn, u. 1 et seq.; Vales., lib. III, Observ. in Socr. et Sozom.; Tbomassin., part. I. i, c;\p. m, n. 5; Bened. XIV, S. D., H, a; Phillips, K.-R., § 69, p. .{4-44; Maassen, Der Primat des B. von Rom und die alten Patriarchalkirchen, Bonn, 1833; Héfelé, Concil., i». 372 et suiv.; Hagemann (I, § 229), p. 'J90 et suiv. — Le nom de patriarche était autrefois un titre d'honneur décerné à n'importe quel évèque distingué (Naz., Orat., xLii, n. 23}, et s'employait dans un sens très-étendu [Basil., Ep. r.Lxix, p. 238, éd. Maur.). Théodose 11 le donnait à l'évêque de Rome en ÏOO (Leu Magu., Epist. usin). Suci'ote, Y, 8, dit du premier concile de
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Constanlinopie, c. ll : flarpiàf/a? xaT£<7Tr,<yav ôtavctixâ(i£vot xà; èuapxiaî- Le terme d apxiei^taxoTio; était également autrefois un titre honorilique, décerné d'abord à l'évêque de Rome (par Tliéodoret, Ep. cxvi, par le concile de Chalcédoine, par l'empereur Marcien et par Anatole, Leo, Ep. xcviH, c, Cl, ex) ; puis à l'évêque d'Alexandrie (Epiph., Haer. lviii, n. i; Conc. Chalc, Act. iv; Pilra, I, p. 534), et ensuite à tous les métropolitains, qu'on appelait aussi ô TtpwTo; ou xecpa),?) rôî èirapxîa; (Sardic. can. vi). Les païens avaient un àp^iepeùç £xà<TTyii; èirapxta;. Euseb., Histor. eccles., VIII, XIV. — Dans saint Grégoire de Nazianze (Orat. xliii, n. 72), saint Basile est appelé ëÇapxoç, mais dans un sens plus large, de môme que crTparriYÔ; ne signiliait pas « exarque du diocèse du Pont. » Il y avait aussi des exarques de provinces, des métropolitains. Sard., can. vi ; Thomassin., loc. cit.^ n. 13; Le Quien, Or. christ., t. I, p. 4. Sur le tout, voyez : Allât., loc. cit., cap. viii, n. 2 et seq.; cap. ix et seq.; J. Morinus, Exei'cit. bibl. et eccles. diss. ii, Viteb., 1714, in-4°; Bingham, Orig. et Ant., t. III, p. 408 ; Ziegler, Pragmat. Gesch. d. kirchl. Verf.-Formen, Leipz., 1798; Wiltsch, Kirchl. Geog-r. und Stat.', I, p. 67. Sur Alexandrie, Le Quien, loc. cit., t. II, p. 329; sur Antioche, ibid., p. 669; sur le droit d'ordination contesté à Antioche par les évêques de Chypre, voyez Héfelé, II, p. 191, où sont indiqués d'autres ouvrages. Au douzième siècle, N'icétas de Nicomédie se souvenait encore du triumvirat primitif des patriarches et de l'élévation ultérieure de Byzance (apud Anselm. Havelb., Dial., III, 7; Migne, t. CLXXXVIIl,p. 1217 etsuiv.). Scieur descendance de Pierre, voyez Theod. Balsam., Jus gr., lib. VIII; Thomassin., loc. cit., c. xiii, n. 4. Sur Éphèse, voyez Theod., Hist. eccl., V, xxvni; Le Quien, I, p. 663 et seq.; Césarée, Theod., VI, ix; Le Quien, L 334 et seq.; Héraclée, ibid., I, p. 1091 et seq.
Les sièges de Jérusalem et de Byzance.
222. Snr ces entrefaites, Jérusalem s'était enrichie de magnifiques églises, et comme elle gardait sa réputation d'ancienne église-mère, le concile de Nicée (can. vu) lui décerna une prééminence honorifique, mais « sans préjudice des droits du métropolitain » de Césarée. De là vient que les évêques de cette ville cherchèrent à accroître leur puissance et leur crédit. Plus sensibles encore furent les efforts que firent dans ce sens les évêques de la ville impériale, Constantinople. D'abord sufTragants du siège d'Héra^^lée, ils relâchèrent de plus en plus, pendant les luttes de l'arianisme, les liens qui les y rattachaient, et cherchèrent à acquérir la prépondérance sur la métropole. De là le troisième canon du concile de Constantinople, en 381 ; ce canon, sans accorder encore une juridiction supérieure à l'évêque de la capitale et tout en maintenant les droits des dio-
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cèses du Pont, d'Éphèseet de Thrace, lui reconnaissait cependant une prééminence d'honneur et le plaçait immédiatement après l'évêque de l'ancienne Rome, attendu que Constantinople était la Rome nouvelle. C'était nier explicitement sa dépendance à l'égard d'Héraclée, transporter dans la capitale la direction du diocèse de Thrace, préparer les voies à une extension de puissance analogue à celle du pontife romain, anéantir enfin l'ancienne prééminence honorifique d'Alexandrie et d'Antioche. Antioche se sentit impuissante à combattre ces prétentions; mais Alexandrie ne voulut pas reconnaître cette nouveauté. Rome demeura attachée à l'ancienne règle, n'accepta que les décrets dogmatiques de ce concile et rejeta les prérogatives, non justifiées aux j-eux de l'Église, que s'attribuait l'évêque de Byzance. On se borna d'abord à faire reconnaître cette innovation en Orient, et le canon qui l'établissait ne fut pas présenté à l'approbation de Rome. Comme plusieurs évêques orientaux faisaient de longs séjours à Byzance soit pour les affaires de leurs Églises, soit par ambition, il s'était formé autour de l'évêque de la capitale une sorte de synode permanent, que l'empereur chargeait souvent d'apaiser les dissentiments entre les évêques, et qu'on trouvait tout naturel défaire présider par l'évêque du lieu. L'évêque Nectaire (381-397) célébra un pareil synode^, qui fut fréquenté par plusieurs évêques, pour décider la contestation des évêques arabes Gébadius et Agapius relative au siège de Bostra. Son successeur saint Chrysostome régla, sur la demande des évêques du pays, plusieurs affaires ecclésiastiques du diocèse d'Éphèse, et le clergé de la capitale en prit occasion dans la suite pour soutenir que Tévêque de Constantinople avait un ancien droit sur la direction de -ces provinces. L'évêque Atticus (406-425) travailla à consolider cette prédominance et obtint du faible Théodose II une loi selon laquelle nul évêque ne devait être élu dans les exarchats sans l'approbation du synode de Constantinople. Déjà son successeur Sisinnius (426-427) essaya d'appliquer cette loi. Il y eut quelques résistances en Orient, mais elles s'affaiblirent de plus eu plus : les évêques des trois exarchats étaient trop rapprochés de la capitale, trop dénués de ressources, pour lutter contre Tevecjue appuyé du crédit de l'empereur. Ils s'habituèrent donc à fréquenter son synode.