HISl. bK LKGUSK
seq.; Ballerini, in Op. Leon. M., t. II, p. 285 et seq., ed. Migne; Selvaggio, I, n, cap. ni, § 1 1, n. 43 ; Hist.-polit. Bl., t. VIII, p. 564 et suiv.
L'ordination.
244. Toutes les fonctions ecclésiastiques que nous venons de décrire n'étaient pas attachées à des ordres (ordines) ; elles étaient conférées en vertu d'une simple nomination, suivie quel quefois de rites religieux ; tandis que les ordres majeurs, d'après une tradition apostolique, se donnaient par l'imposition des mains (cheirotonie) , accompagnée de diverses prières et de la réception du Saint-Esprit. En Orient et en Afrique, depuis le troisième siècle, quand on consacrait un évêque, on plaçait le livre des Évangiles sur sa tête. Là, non plus qu'en Espagne, on ne peut prouver qu'aucune onction ait eu lieu , tandis que dans l'Église romaine il en est déjà parlé sous Léon le Grand. Dans l'ordination des prêtres, l'évêque et les prêtres assistants plaçaient la main sur l'ordiuand.
Dans cette période (jusqu'au neuvième siècle) l'onction de la main n'était usitée ni en Orient ni à Rome, mais elle était déjà introduite dans les Églises de la Gaule. Les diacres étaient consacrés par une simple imposition des mains de l'évêque; les sous-diacres, dont l'ordre ne faisait pas encore partie des ordres majeurs, n'étaient pas ordonnés comme les prêtres et les diacres, dans le sanctuaire et devant l'autel, mais hors du sanctuaire et sans imposition des mains. Tous les ordres inférieurs étaient conférés par la présentation des emblèmes, des instruments de la vocation. Aux sous-diacres on présentait les vases sacrés, aux acolytes les chandeliers, aux exorcistes le livre des exorcismes, aux lecteurs un lectionnaire, aux portiers les clefs de l'éghse. Dans l'Église grecque, les sous-diacres avaient en même temps la surveillance des portes par où entraient les femmes'. Les ordinations se faisaient ordinairement à des époques déterminées : le jeune et la prière étaient la préparation immédiate. L'ordination était reconnue pour un sacrement et comparée au baptême; comme lui, elle ne pouvait se réitérer.
Hallierd, § 2IÜ); Morin., De eccles. ordination ibus, Par., 1635; Sel- 1 Concile de Laodicée, can. xxii.
LA CONSTITFTION ECCLÉSIASTIOLF. 43.)
vaggio, 1, II, cap. iv, § i et seq.; XeipoiovÉ«, Const. ap., VIII, 16; Basil., Ep. LUI, CLXXxviii, ca}). x, p. 147 et seq., 274. Imposition du livre des Évangiles :Clirys., up. Phot., cod. 277 (Migne, t. CIV, p. 276J; Hom. de législature (ibid., t. LVI, p. 402); De laude Ev., ap. J. Habert, Archieraticon gr., part. VII, observ. I, p. 79; Phot., Amphil., q. ci.xv, éd. Par., s. q. CLxiv, § 3, p. 250, éd. Ath. « Unctio sacerdotuni, » dans Leo M., Serm. lix, cap. vi, p. 228, éd. Bail. Forme de l'ordination : Statuta Eccl. Air. (concile dit de Carthage, 398), cap. xc-xcin (Op. Leon., m, 666 et seq., ed. Ball.j. Temps de l'ordination : pour les évêques, on choisissait volontiers les fêtes des apôtres (Const. ap., VIII, 4j. Les prêtres et les diacres étaient ordonnés le dimanche (Leo M., 444, Ep. VI, cap. 6; Ep. ix, cap. 1), ou aux Quatre-Temps (Gelas., Ep. xiv, cap. H, p. 368 et seq.); Selvaggio, loc. cit., cap. iv, § 5, n. 28 et seq. Sur le caractère sacramentel de l'ordre : Theod., in Num. xi, 1 et seq., q. xviii, p. 151, éd. Sirm. [copié par Photius, Amphil. 276, éd. Par., q. ccLxxm, éd. Ath.); Aug., Contra Parm., 11, 13 (cap. ix, C. I, q. i); Greg. M., lib. II, Ep. xxxii ad Joan. Rav. (cap. i, d. 68); Conc. Tolet., VIII, 6.')3, can. vu. Irréitérabilité de l'ordre : mon article, dans (JEsterreich. Vierteljahrschr. f. Theol., 1862, II, p. 207 et suiv.; Photius, II, p. 321 et suiv.
Empêchements de la réception des ordres.
•2ir». Dans rordination des clercs, des prêtres surtout, le témoignage du peuple gardait toujours sa valeur; on l'entendait souvent s'écrier : a Tu es digne I » Ou excluait des ordres : !•• les ressortissants des diocèses étrangers; 2° ceux qui avaient appartenu à une secte; 3° ceux qui avaient été soumis à la pénitence publique ou s'étaient rendus coupables de quelque crime énorme; 4" principalement ceux qui s'étaient eux-mêmes nmtilés, mais non ceux qui l'avaient été par les médecins, dans une maladie, ou par les barbares; 5° ceux qui avaient été mariés deux fois (bigames) ; 6° les néophytes, qui avaient récemment embrassé la foi (les laïques étaient généralement exclus des ordres supérieurs), bien que, dans certains cas, on fît des exceptions, comme pour Ambroise et Nectaire; ""les ignorants qui ne possédaient pas les connaissances nécessaires; 8" ceux qui avaient soutfert quelque mutilation dans leurs membres, ceux qui étaient privés de l'u.sage de leurs .sens, atteints d'une grave maladie ou affligés de quelque dittormité piiysique; 9" ceux qui étaient privés de leur liberté, surtout les esclaves, tant que leurs maîtres ne les atfranchissaient point; to^ceux
436 HisjoiRK DE l'Église.
qui remplissaient des fonctions civiles et qui étaient obligés île rendre des comptes ; d 1** ceux (jui, après la réception du baptême, avaient fait le service militaire; 12° les démoniaques (énergumènes). On devait aussi exclure des ordres majeurs : 13" ceux qui n'avaient pas converti au catholicisme les gens de lenr maison ; 14° ceux qui n'avaient pas l'âge canonique. On exigeait ordinairement l'âge de trente-cinq ans pour l'épiscopat (dans quelque pays quarante -cinq) et de trente pour la prêtrise (ailleurs vingt-cinq ans).
Examen et témoignage du peuple : Conc. Hippon., 393, can. xx; Nie, can. n, vi, x; Leo Magn., Epist. x, c. 6 ; « libellus f\dei » exigé de l'ordinand, Justin., Nov. 137, c. 2. Qualités de l'évêque: Nyss., Ep. xvu (Migne, t. XLVl, p. 1061 et seq.). Irrégularités : I, § 191, 1» ci-dessus, II, § 238. 2" Phillips, K.-R., 11, p. 471 et seq.; mon ouvrage, Photius,IH, p. 604; Aurel., IV, 541, can. vui. 3° Nie, can. ix, x; Tolet., 400, can. n; Agath., 506, can. xliii ; Epaon., 517, can. ni; Arel., IV, 524, can. m; Aurelat. 111, 338, can. vi; Gelas., Ep. xiv, c. 18, p. 372. 4° Nie, eau. i; Arelat. II, eau. vu; Gelas., ioc. cit., c. xvu, p. 372. 5° Leo Magn., 443, Ep. IV, c. 2; Ep. V, c. 3; Ep. xii, c. 3; Inuoc. I ad Victr., c. 7; Siric, 386, c. V. Concile d'Angers, 553, can. xi; Home, 463, can. n; Epaon, 517, can. ii ; Arel., IV, can. ui; Aurelian., III, can. vi; Gelas., Ioc. cit., c. xxH, p. 375. 60 Nicœn., can. u; Sardic, x; Laod., lu; Arelat., Il, i; Felix IV, 528, ad Caîsar. Arelat. ep. ui; Mansi, VIII, 666; Bracar., 363, can. XX. On exigeait qu'un an se fût passé depuis la conversion : Arel., IV, 324, can. ii; Aurel., V, 549, can. ix. Exceptions: pour saint Ambroise, Tlieod., Hist. eccles., IV, 6; Rutin., XI, 11; pour Nectaire, Socr., V, 8; Sozom., Vni,8 ; Tlieod., V, 8. D'après le concile de Rome, 402, can. xii, on ne devait choisir levèque que parmi les clercs ; les laïques ne pouvaient devenir instantanément évêques ou prêtres : Sardic, xui; Siric, Ep. ui, n. 3; Ep. x, u. 13. Interstices : Concil. Bracar., 563, can. xx. 7° et 8" Innoc. I, Ep. xxxvi, n. 3; Leo Magn., Ep, xii, c. 4; Hilar., Ep. XVI, n. 3 ; Gelas., Ep. xiv, c. 16 ; Conc. Aurel., II, can. xvi ; 111, can. vi. 9° Gelas., Ep. xx-xxiv, p. 386-391 ; Conc. Aurel., l, 5Ii, can. vm; lll, 538, can. xxvi; V, 549, can. vi. 10° Innocent. I, Epist. ad Victr., c 13. 11» Siric, Conc, 386, can. m; Innoc 1, 402, c. iv. 12° Gelas., Ep. xiv. c 19; Greg. Magn., ILb. XIII, Ep. v; Lib. de eccles. dogm., cap. xxxix, al. 72; Arausic, I, 441, can. xvi; Aurel., III, can. vi. 13° Hippon., 393, cun. XVII. 14° Age de trente ans était requis pour les prêtres : Neocaes., c. xi; Agalh., 306, c xvn; Aurel., III, 338, c. vi; Trull., c. xiv; vingt-cinq ans pour les prêtres et les diacres : Arel., iV, 524, c. i; même âge poui'
LA CONSTITUTION ECCLÉSIASTIOUE. 4.'^
les lecteurs : Hippon., 393, can. i. Plus tard le pape Zacharie (Epist. ad Bonif. VI, c. 5, d. 78) ne permit d'ordonner des prêtres à vingt-cinq ans qu'en cas de nécessité. La Novelle 137, c. 2, de Justinien exigeait trente ans pour les évèques, et la Novelle 123, c. 1, § 1, trente-cinq ans. Cf. Allât., De œlate et interstit. in collât, ord. ap. Grsec, Rom., 1638; Thomassin , 1, II, cap. lxviii, n. 4, ö. Mon ouvrage, Photius, I, p. 315, n. 1.
Éducation du clergé.
"2-46. Les clercs, presque toujours formés par les évêques, étaient surtout initiés à la théologie pratique; quelquefois ils recevaient leur éducation dans les couvents. Plusieurs n'entraient dans l'état ecclésiastique qu'après avoir achevé leurs études supérieures. En Orient, l'école catéchétique d'iVlexaiidrie subsista jusqu'à saint Cyrille. A côté d'elle, l'école fondée par Pamphile à Césarée en Palestine fleurit pendant quelque temps, puis celle de Rhinocorura. Antioche, Kdesse , Nisibe avaient des écoles célèbres, qui ne furent infectées d'hérésies que depuis le cinquième siècle. En Occident, saint Augustin s'occupait activement de l'éducation du clergé; il réunissait. les jeunes clercs dans sa demeure épiscopale pour les former à la science et à la vie ascétique. Cassiodore s'était proposé, de concert avec le pape Agapet, de fonder à Rome une école théologique, mais les ravages exercés en Italie lui suscitèrent de nombreux obstacles. Les prêtres de la campagne prenaient souvent chez eux de jeunes lecteurs pour les préparer aux ordres majeurs. En Espagne, nous trouvons des établissements ecclésiastiques, des séminaires, dans lesquels des maîtres particuliers instruisaient, sous la surveillance et la direction de l'évèiiue, de jeunes garçons destinés au service de l'Église et les soumettaient à un régime uniforme. Plusieurs hommes distingués s'occupèrent, dans des ouvrages spéciaux, des obligations de l'état ecclésiastique, retracèrent l'idéal du sacerdoce de la nouvelle alliance, en même temps qu'ils s'appliquaient à le réaliser dans leur conduite.
ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 246.
Aug., Serm. ccc.lv, n. 2; coll. Possid., Vita Aug., cap. ri, ru; Siiic, Kp. I ad Him., n. 13; Chrysost., De sacerd., VI, 7; Conc. Tolet., .^31, can. i; Vasens., 529, can. i; Cassiod., De institut, div., pr«t'. (iMigne, Patr. lat.. t. LXX, p. 110.^); Thomassin., I, III. cap. ii-v; A. Theiner,
138 uisiomi': de l'église.
Gesch. der geisll. Bildangsanslalleu, Mayeuce, 183o, p. i-tii ; Héfelé, Beitr. z. K.-G., I, p. 127; Phillips, K.-R., VII, i, p. 88. Ouvrages sur l'étal ecclésiastique : i" Chrysost., Ilspl Upio^ûvri«; Xôyoi ç' (Migne, t. XLVIII, souvent édité à part, Lips., 182o, Ko, traduit par B. Weber, Innsbruck, 1833; par Scholz, Magdebourg, 1847; par Mitterrutzner, Kempten, 1869). — 2° Naz., Or. apolog. de fuga (ed. Alzog, Frib., 1858, 69, en alleniaud par Arnoldi, Mayence, 1826). Cf. Carm. de se ipso et de episc, V. 156, 371, 393 et seq. — 3° Eplirem. Syr., Serm. de sacerd., Op. gr., III, p. 1 et seq.; Alzog, Patrolog., p. 240. — 4° Ambros., De ofticiis minist, libri, 111, ed. Krabinger, Tub., 1857. — 5° August., De doctrin. christ., Prolog, et ep., ed. Maur., t. 111, u. — 6° Hier., Ep. ad Nepot., Ep. ad Pammach. — 1° Greg. Magn., Regula pasloralis (ed. Westhofl', Monast., 1846), écrit au commencement de son pontificat (Isidor., De script, eccles., cap. xxvii). En 602, l'empereur Maurice la lit traduire en grec par Anastase d'Antioche (Joan. diac, VitaGreg., IV, 73); plusieurs évèques et conciles la recommandèrent, notamment en 813, Concil. Mogunt., prsef., Rhem., can. x; Turon., can. ui ; Cabil., can. i; puis Hincmar, Opusc, lv capit., prœf.
Discipline du clergé.
"247. Rien de plus convenable aux évèques, aux prêtres et aux diacres, à raison de la sublimité de leurs fonctions, de la nécessité de se consacrer tout entiers au service de Dieu et de leurs semblables, que de donner à tous l'exemple de la continence, de rester dans l'état de virginité. Cet état devint en effet de plus en plus fréquent jusqu'au moment où l'Église le rendit obligatoire. Comme on manquait, dans l'origine, de célibataires dignes du sacerdoce, on continua de choisir des hommes mariés, qui renonçaient ordinairement à l'usage du mariage. Après la réception d'un ordre majeur, nul clerc ne pouvait plus contracter mariage sous peine de déposition. On croit que cette règle fut confirmée au concile de Nicée, sur la proposition de Paphnuce, évêque égyptien. Le même concile défendit également aux clercs de garder dans leurs maisons des femmes suspectes (syneisactes, agapètes); ils ne devaient avoir chez eux que leur mère, leur sœur, leur tante ou des personnes au-dessus de tout soupçon, afin d'éviter jusqu'aux apparences d'un commerce coupable.
C'est en Occident que la discipline était la plus sévère. Plusieurs conciles établirent la peine de déposition contre les clercs
LA CONSTITUTION ECCLÉSIASTIOUE. i3î)
(les ordres majeurs qui continueraient de vivre avec leurs» femmes, et dans la suite ces ordres ne furent plus conférés qu'à des célibataires ou à des veufs. Les papes, principalement Sirice et Innocent I", insistèrent vivement sur la loi du célibat; Léon I^'" rétendit aux sous-diacres, bien qu'ils ne fussent encore (]ue dans les ordres mineurs. Plusieurs conciles en firent autant après lui. En Orient, surtout dans le diocèse de Constanlinople, la discipline était moins rigoureuse. Le concile in Trullo de 692 n'exigea le célibat que des évêtjues; il toléra le mariage des prêtres, des diacres et des sous-diacres contracté avant l'ordination ; mais il interdit le mariage à ceux qui avaient reçu ces ordres, les obligea à le dissoudre et leur imposa une pénitence. La pénitence accomplie, il leur permettait de rentrer dans leurs fonctions, mais ne les laissait point passer dans un ordre supérieur.
En Orient, le clergé séculier ne demeura pas à sa première hauteur; il devint l'instrument servile du pouvoir temporel, perdit sa considération auprès du clergé régulier et excita la méfiance du peuple ; tandis que le clergé d'Occident, débarrassé des soucis de la famille, pouvait déployer une activité plus libre et plus efficace.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° l'kl .
Témoignages en faveui' du célibat des clercs engagés dans les ordres majeurs : Eus., Dem. ev., I, 8, 9 (Migne, t. XXII, p. 70 et seq., 81 : ■coïç Σp<i)|i£'voti; ... àvÉxeiv ).0',itôv (Tçàç aÙTOù; 7ipo<7Tixei vri:, '■(a\i.vxf\z ô|j.i)îaç). Hier., Contra Jovin., I, 34 : « Sacerdoti, cui semper pro populo offerenda sunt sacrificia, semper orandum est; si semper orandum est, ergo semper carenduni est matrimonio. » Cf. Ep. xlviii ad Pammach., contra Vigil., cap. ii; Epiph., Hœr. lix, n. 4; Expos, lidei, cap. xxi ; Clirys., Hom. x in l Tim., n. 1,2 (Migne, t. LXII, p. 549 et seq.); Naz., Or. XLiii, n. 62 (ibid., t. XXXVl, p. 376 et seq.); Or. xxxvu, n. iO (ibid., p. 493 et seq.); Cyrill., Catech. XII, n. lö (ibid., t. XXXIIl, p. 757); Isid. Peius., lib. III, Ep. lxxv (ibid., t. LXXVIll, p. 781 et seq.). Voyez ci-dessus I, § 191. — L'histoire rapportée dans Socrate, I, H;Soz., I, 23. Cf. Gelas. Cyz., Hist. Conc. Nie, II, 32; Hist. trip., II, 14, suivant laquelle, contrairement à la proposition qui aurait été faite à Nicée de défendre formellement l'usage du mariage aux clercs qui s'étaient mariés avant l'ordination, on aurait résolu, sur la demande de Paphniice, évéque d"Égypte, de s'en tenir à l'ancienne règle, qui défend à un clerc de se marier, cette histoire est révoquée en doute par Baronius, Bel-
n<» HISTOIRE DK LlidLlSE.
lHrn)iii, Valois ^iii Socr., loc. cit.); Sliiliug (Acta sanct., l. lil, sept.," d. 3); Zaccaria (I,§ 191, lib. 1, cap. v); Mœhler (Hist. eccl.,i,p. 614), et adoptée par Noël- Alexandre (Saec. IV, diss. xix), Tillemont (Mémoires sur le concile de Nicée, act. xx et note 20); Héfelé (Conc, 1, p. 415 et siiiv.), etc. — Bickell (Oesterr. Ztschr. f. Theol., 1878, 1, p. 37 et suiv.) combat résolument le récit de Socrate. Plusieurs ont cru que le terme de « svneisactes » (Isidore : extranea-, subintrodnctse), in Nie, can. m (cf. I, § 19!) fait allusion aux femmes épousées avant l'ordination (par exemple Turrian., Baronius, Bellarmin, Biner); mais la plupart rejettent ce sentiment (Gotbofredus, Ferd. Mendoza, Noël-Alexandre, etc. Voyez Muratori, Diss. de Syneisact. et Ap^ap. Anecd. gr., p. 21S et seq. Bened. XIV, De syn. diœc, XI, iv, §§ 4-8; Héfelé, 1, p. 3G3. Les syneisactes furent de nouveau interdites par les conciles d'Hippone, 393, can. xvi; d'Arles, II, can. ni, 4; d'Angers, 453, c. iv; d'Orléans, 1, 511, c. XXIX ; II, 538, c. iv; V, 549, c. m; d'Agde, 506, c. x, xi; de Lérida, c. XV ; de Tours, 567, c. x; de Maçon, 581, ci; de Lyon, 583, c. i; in Trullo, 692, c. v. Voyez Justin., Nov. 123, c. 29 ; Cbrysost., Ilepi toù y-n x%^ xavovixà; auvoixôïv àvopâo'w et Ilpà; tovç oyvsKjàxTo; êj^ovtai:. Migne, t. XLVII, p 495 et seq. — Lois du célibat : Siric, 386, Ep. i ad Himer., cap. vu, ix; lunoc. l, ad Victr. , 404, c. ix; Syn., 402, c. in; Conc. Cartbag., 390, can. ii; 401, can. iv; Turon., 461, can. i; Araus., 441, can. xxii, xxui; Agatb., 506, can. ix; Aurel., III, 538, can. u; Greg. Magn., lib. 1, Ep. XVI, c. 4. Cf. Agatb,, 506, can. xxxix; Tolet., 527, can. ni; Aurel , III, 538, can. ii; Greg. Magn.. lib. I, Ep. xlii. Sur les Grecs, in Trullo, can. VI, XII, XIII, XLviii; Balsam., in Trullo. can. vi; Bever., Synod. I, p. 162 et seq. Plus tard, cbez les Grecs, on permit encore le mariage deux ans après l'ordination; Léon VI essaya de supprimer cet abus : Const. 111,79 (Jusgrcec. mm., I, p. 481, 493^. Voyez encore Thomassin., I, II, cap. i,x et seq.
248. On obligeait en outre les ecclésiastique.s à ne se charger d'aucune affaire temporelle, à s^abstenir du service militaire, du négoce, de l'ii.sure et en général de tout gain .sordide. Ils ne devaient point voyager sans la permission de l'évèque et sans ses lettres de recommandation, en un mot quitter leur diocèse et leur église sans raison sérieuse ni remplir de fonctions dans deu.x églises différentes'. La règle voulait que tout clerc ordonné fût attaché à une église et à un service particuliers (ordinations relatives); il était défendu d'ordonner des clercs sans leur assigner une fonction déterminée (ordinations ab.solues),
' Concile de Chalcédoine, ctni. x. xx.
r.A CüiNSTlTLTION ECCLÉSIAS IIQIE.' ül
el celte loiictioii, ils tlevaieiit y demeurer inviolablcment allal'hés, duiiiier partout le bon exemple, taire reluire au dehors, et jusque dans les vêtements qu'ils portaient hors de l'église, la sublimité de leur vocation, porter la tonsure en signe d'humilité et éviter toute espèce de luxe dans leur habillement.
OL'VHAGES A CÜNSULTEU ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N» 2i-8.
Aliairps interdites aux ecclésiastiques: Nicaen., can. xvii; Laod., iv; Chalc, m, vu; Carlti., 348, can. xni ; Hippon., 393, can. xv, xxii; Ai-el., Il, can. xi\ ; Valent., 111; Nov., Lit. 34, § 4; Gelas., Ep. xiv, c. 15, p. 377. Conc. Aurel., 111, 538, can. xxvu. — Voyages des ecclésiastiques : conciles d'Angers, 453, can. i ; d'Agde, 506, can. xxxviii. — Devoir de la résidence : Leo Magn., Ep. ii, c. 2, 5; ci-dessus § 238, sur Sard., c. xi. — Interdiction des ordinations absolues : Chalc, can. vi; Tliomassin., II, 1, c. i-iv. — Tonsure des ecclésiastiques : Toletan., IV, 633, can. xli; Agath., can. xx; Phillips, K.-R., l, p. 285. — Modestie dans les habits : Hier., Ep. ad Nepot., n. 9; Conc. Agath., loc. cit., Matiscon., 381, eau. v; Narbon., 589, can. i.
Affaires juridiques des clercs.
-2iS). Nulle personne de mauvaise réputation, nul afTranchi ou esclave, nul excommunié ou hérétique n'avait le droit de porter plainte contre les clercs. Certains canons de l'Afrique statuaient qu'un prêtre ne devait être jugé que par six évêques, un diacre par trois et un évoque par douze. En Orient aussi ou trouva que trois évêques étaient insuffisants pour juger un autre évèque, et on exigea un concile épiscopal. Le premier métropolitain formait la seconde instance. Après le concile provincial, les évêques déposés avaient le droit de s'adresser à Rome, et quand le pape jugeait une nouvelle enquête nécessaire, les évêques du voisinage pouvaient en être chargés, à moins que, sur la demande de l'évêque déposé, des clercs ne fussent délégués de Rome. Dans l'empire grec, le concile permanent formait aussi un tribunal supérieur, auquel on pouvait s'adresser. Les décisions par voie d'arbitrage étaient fréquentes. Les clercs inférieurs appelaient de l'évêque au concile provincial, puis au primat ou au patriarche. Le Saint-Siège recevait aussi leurs appellations ; ainsi Grégoire le Grand admit celles d'Anastase d'Isaurie et de Jean de Chalcédoiue.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE iN» 249.
Chalc, can. xxi ; cf. can. ix, xvu : Carth., 390, can. xi, xx; Hippon,,
3'J3, cun. viu ; Conc. Afric, ilO, can. cxxviii, cxxix (Héfeié, U, p. 46, 119); Cpl., 382, can. vi, et 394 (Héfeié, ÎI, p. 24, 61); Sard., can. iii-v; Vaison., 442, can. m; Greg. M., lib. VI, Ep. xv-xvii; cf. lib, III, Ep. lui.
Les clercs des ordres religieux.
250. Les guerres d'Italie diminuèrent sensiblement le nombre des clercs, et la pénurie des prêtres détermina les papes, par exemple Gélase, en 494, à introduire quelques adoucissements dans les prescriptions canoniques, sans les supprimer tout-à-fait. Il fut permis de nommer des moines instruits et irréprochables aux fonctions ecclésiastiques, et même, en cas de nécessité, des laïques, après un sévère examen. On diminua aussi le temps des interstices. Ainsi, sous le pape Gélase, on présenta le moine Rufm pour l'église de Saint-Laurent, située dans le domaine d'un homme de qualité, et l'évêque fut chargé de lui conférer les ordres. Le droit de patronage, en vertu duquel un laïque pouvait proposer un clerc pour l'église qu'il avait fondée, fut reconnu et prit de l'extension.
En Orient aussi, dans le cours du cinquième siècle, plusieurs moines étaient prêtres ou diacres ; les abbés notamment étaient presque toujours prêtres, et on voyait assez souvent des moines promus à l'épiscopat. Cependant, si grande que fût la disette des prêtres, les diacres refusaient souvent de recevoir le sacerdoce, et en 419 il fut statué dans un synode d'Afrique que celui qui refuserait une dignité supérieure à laquelle l'évêque voudrait l'élever, perdrait son premier emploi. Quant au pape Gélase, il ne voulait point qu'on forçât ces diacres à recevoir le sacerdoce, mais plutôt qu'on préparât pour la prêtrise des sous-diacres et des acolytes dignes et capables. Celui qui abandonnait son église sans motif pour s'établir dans une autre, encourait, lui et l'évêque qui l'avait accueilli, les peines canoniques. Celui qui désertait l'état ecclésiastique, pour embrasser la carrière militaire, était déposé et excommunié.
OUVR-iGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° 2b0.
Siric, Innocent. I (c. xxix, 3, G. XVI, q. i); Gelas., Epist. xiv, c. 1-8, p. 362 et seq.; Ep. xv, p. 379 et seq.; Ep. xvi, p. 380; Greg. M., lib. VI, Ep. xxvm; Bouif., IV, 610, Ep. ad Ethelb. reg.; Mansi, X, 504 et seq. En Orient, il y avait des moines qui étaient prêtres ou diacres (Soz., VI, 29; VIII, 17; Vales., in hoc lor.; Thomussiu., I, III, cap. xni, n. 2
LA CONSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE. ii3
et seq.; lib. Il, cap. xciii, ii. la); plusieurs même deviiiieiit évèques iChrysust., De saccrd., III, 13; Socr., IV, 36; Soz., VI, 30). En Egypte, il y avait déjà sous saint Athanase des moines évêques (Äthan., Ep. ad Dracont., n. 7, 8; Migne, t. XXV, p. 529-532). Eutychius et Pyrrhus à Byzance (§§ 176, 186), Sophrone à Jérusalem (§ 104), étaient religieux. Voyez aussi .lustin., Nov. 6.
Origines du droit de patronage en Orient, Justin., 541, Nov. 57, c. 2 Nov. 123, c. 18; Thomassin, II, I, c. 29; en Espagne, Couc. Tolet., III 589, can. xix; IX, 635, can. n (c. 32, C. XVI, q. \ii; Héfelé, III, p. 93) en Gaule, Conc. Araus., l, 441, can. x (c. 1, C. XVI, q. v); Aurel., IV .541, can. 33 ; en Italie, Gelas., Ep. su, p. 434 ; Ep. xxxiv, p. 448 et seq — Avantages accordés aux diacres : Conc. Afric, can. xxxi (Héfelé, II p. 114); Gelas., fr. x, p. 488 et seq. — Châtiments infligés à ceux qu: désertaient leur Église et prenaient ailleui's du service : Nie, can. xv xvi; Sardic, xix ; Chalced., xx ; Ant., ui; c. ap. 14, 13; Gelas., Ep. xiv c. 23, p. 375; Arel., II, can. xiii; sur le service militaire, concile d'An gers, 453, can. vu, de Tours, 461, can. v (Héfelé, II, p. 362, 568).
Les biens de TËglise.
251. Déjà la fortune de l'Église s'était considérablement accrue, et si les clercs, dans plusieurs localités, vivaient encore du travail de leurs mains, ils percevaient ordinairement des revenus particuliers, que l'évêque puisait dans la masse dont il disposait. Aux oblationset aux dîmes, que les Pères exhortaient les fidèles à acquitter, aux dons volontaires qu'on faisait chaque semaine à l'autel ou dans la demeure de l'évêque, ou qu'on déposait tous les mois dans la caisse ecclésiastique, se joignirent des legs et des fondations de toute sorte, des distributions de blé et autres subsides fournis par l'Etat ou par les communes. L'Eglise avait des biens meubles et des biens immeubles, que l'évêque administrait et distribuait avec l'aide des diacres, puis des économes. Dans l'Italie du cinquième siècle, les biens d'Église étaient divisés en quatre parts : la première pour l'évêque, la seconde pour le clergé, la troisième pour les besoins du culte (la fabrique), la quatrième pour les pauvres ou les œuvres de bienfaisance. Dans les diocèses d'Espagne, il y avait trois parts : la première pour l'entretien des églises, la seconde pour l'évêque, la troisième pour le clergé. La part des pauvres était comprise dans ces deux dernières. Souvent un tiers des revenus de chaque église était assigné à l'évêque; plus tard il
444 HISTOIRE DE j/ÉGLiSE.
n'en lui plus ainsi que lorsque l'évèque se chargea des edifices sans condition. Depuis la tin du sixième siècle, chaque église garda ses revenus et ne fournit plus à l'évèque qu'une faible redevance, qui fut abolie dans la suite.
Dans les diocèses de la Gaule, on partageait les oblations faites aux éghses cathédrales entre l'évèque et le clergé, ou bien ou laissait à l'évèque le soin de les distribuer. Les dons offerts aux autres églises leur demeuraient, sauf un tiers fourni à l'évèque, ou un subside à la cathédrale, quand elle était pauvre ; d'autres fois ils restaient entièrement aux églises particulières. On assigna de bonne heure à quelques ecclésiastiques des fonds de terre dont ils avaient l'usufruit ; ces concessions, d'abord temporaires et révocables, devinrent perpétuelles. Il était défendu d'employer les biens de l'Église à enrichir ses parents, de les administrer d'une manière infidèle, d'accaparer les ressources des autres églises ou fondations, de laisser dépérir les biens de son église propre, de les aliéner, excepté dans des cas d'urgence et pour des œuvres de charité, comme le rachat des captifs. Les conciles réclamèrent souvent contre la spoliation des biens ecclésiastiques; ceux qui reprenaient les dons qu'ils avaient donnés à l'Église devaient être excommuniés comme assassins des pauvres.
OUVIL\GES A CONSULTER EX KEMARQUES CUITIQUES SUR LE N° 251 .
Les clercs vivent encore du travail de leurs mains : Carthag., 398, can. LU, Liu (Mansi, IH, 953, avec un faux titre. Héfelé, II, p. 6.3 et s.); Thomassin., III, III, cap. xvii et seq. — Exhortations au sujet des dîmes et des oblations : Aug., Comment, in ps. cxlvi ; Chrysost., Hom. xv in Ephes.j Hier., In Malach., cap. m; Thomassin., 111, 11, cap. xu. — Droit des évêques de disposer des biens d'Église : Ant., can. xxiv, xxv; Gangr., c.vii, viii. Cf. I, § 191 fin.— La division en trois paris des biens d'Église (la fabiique, l'évèque, le clergé) est attribué à l'Église romaine par Théodore le Lecteur, n. 35 (Migne, t. LXXXV, p. 212). Cependant le pape Simplicius, 473 (Ep. i, p. 176), suppose le partage en quatre expressément énoncé par Gélase en 498 (Ep. xiv, c. 27; Ep. xv, c. J; Ep. XVI, c. 2, fr. XXIV (c. 23, C. XII, q. n), p. 378, 380 et seq. Voy. aussi Greg. Magn., lib. XI, ind. iv, Ep. LXiv ad Aug., q. i; Beda, Hist. Eccles. Angl., I, 27.— Sur les Églises d'Espagne, Couc. Tarrac, 516, can. vui; Brac, 1, 363, can. vu; II, 572, can. ii;"Tolet., III, 389, can. xix; V, 633, can. xxxm; IX, 655, can. vi; Emeril., 666, can. xvi; Tolet., XVI, 693, can. v. — Sur le royaume des Francs : Conc. Aurel., I, ol\, can. v, xiv, xv; Carpent,, 327; Aurel.. III, 338, can. v. — A Constanlinople, l'éco-
LE OLLTE. 445
nome Marcien, sous fiennade (mort en 471), décida que les clercs des diverses églises recevraient les dons qu'on y offrirait, tandis qu'auparavant on devait les remettre à l'église principale (Theodor. Lect., I, 13, p. 172 et seq.). En Occident, on donnait aux clercs des biens-fonds : Symmach., 502; Baron., h. a., n. 36; Mansi, Vlll, 212; Agath., 306, can. xxu; Aurel., I, can. xxiii; rV', can. xxxiv; Lugdun., 11, o67, can. v; Toiet., VT, 638, can. v. — Sur les dinics : Concile de Maçon, 583, c. v. — Défense d'usurper les biens des autres églises : Aurel., V, 549, c. xiv, XV ; de les détériorer : Arel., V, 334, can. vi; de les aliéner : Carthag., 401, can. v; Cod. Eccles. Afric, c. xxxiii; Carthag., 421, can. ix; Leo Magn., Epist. xvii ad episc. Sicil.; Hilar., Epist. viir, c. 5, n. 7, p. 146; Symmach., in Concil. Rom., 302, p. 690 et seq.; Praecept. Theodorici reg., ibid., p. (i93 et seq.; Conc. Agath., can. vu, xx; Epaon., 317, can. vn, xu; Aurel., III, 338, can. xn, xxiii ; Toletan., IH, can. m. — Exception pour le rachat des captifs : Rhem., 623, can. xxn. — Contre le pillage des biens d'Église : Gangr., can. vn, vni; Gelas., Ep. xxxtx, p. 433; Turon., 367, can. xxiv; Valent., 584 (Mansi, IX, 943); Paris., V, can. vi; Greg. Turon., Bist. Franc, IV, 2. — Défense de reprendre les biens donnés à l'Église : Conc. Symmach., 304; Agath., can. iv; Aurel., V, can. XVI ; Paris., III, 537, can. i; Matisc, 381, can. iv; Rheni., 623, can. X (Héfelé, II, p. 629, 633; III, 4, 10, 33, 70).
Il CULTE.
Les églises et l'orneinentatiort des églises. — Splendeur du culte.
i2o2. L'es.sor qu'avait pris l'Église depuis Constantin eut pour conséquence uatui'elle l'expansion et la richesse du culte chrétien. On voulait que ce qui était grand et sublime en soi fût traité d'une manière grande et sublime, que l'art humain servît à rehausser la splendeur des choses divines, L'Église, ennemie d'un faux spiritualisme, conciliait dans une juste proportion les choses du dedans et les choses du dehors, les choses idéales et les choses matérielles; elle aimait à représenter les opérations de la grâce divine sous une forme agréable à l'homme, à exciter et émouvoir l'àme des fidèles par tous les moyens honnêtes, à refléter dans ses temples, sous les formes les plus diverses, la majesté de l'Éternel.
On introduisit dans les cérémonies du culte divin, dans les pratiques de dévotion, dans les vases et les vêtements sacrés, dans les édifices, une richesse et une variété qui ne nuisaient point à l'unité dans les choses essentielles. Tout ce qui pouvait
concourir à la décoration des lieux saints et donner du relief aux actes du culte fut mis successivement à leur ser\dce ; la religion était incomparablement plus honorée et embellie par l'art qu'elle ne l'avait jamais été sous le paganisme ; l'art luimême se rajeunit et se transtigura en s'imprégnant de l'élément chrétien. En même temps qu'il relevait l'éclat extérieur du christianisme et l'aidait à pénétrer plus avant dans les cœurs, il trouvait lui-même un aliment nouveau qui lui permettait de déployer en tous sens sa vertu créatrice.
Selvaggio, Ant., lib. Il, part, i, c. i, § 7, n. 18 et seq.; Staudenmaier, Geist des Cliristenth., 'à" édit., Mayeuce, 1856; W. Menzel, Christlich. Syuibülik, Ratisbonne, 1854.
Les temples.
:253. De splendides églises furent érigées par Constautin, par sa mère Hélène, par d'autres empereurs, par des évèques pleins de zèle et de généreux fidèles. Les temples du paganisme, les édifices qui avaient servi aux assemblées publiques, les basiliques furent livrés aux chrétiens. La forme la plus simple de ces édifices était un carré oblong ou un octogone, terminé à la partie orientale par une niche demi-circulaire (apsis, coucha), où s'élevait le trône de l'évéque entouré de sièges occupés par les prêtres. Les niches, depuis le cinquième siècle, étaient habituellement au nombre de trois. La plupart des basiliques avaient trois vaisseaux, quelques-unes cinq. Un y ajouta depuis Constantin un vaisseau transversal, qui représentait l'image de la croix, alors si vénérée, et formait un octogone. Le corps du bâtiment, le vaisseau, était ordinairement précédé d'un vestibule (atrium, pronaos, vestibulum, paradeisos), ou d'une cour découverte entourée d'une rangée de colonne et pourvue d'un réservoir d'eau (krene, kantharos), où l'on se lavait les mains. Cette partie de l'édifice, y compris l'entrée, s'appelait aussi le narthex extérieur. Le narthex intérieur, dans les égUses grecques, était l'espace destiné aux pénitents les plus avancés; il traversait le vaisseau du miUeu, près de l'entrée.
En sortant du vestibule, on pénétrait dans l'espace mitoyen par trois portes (placées au milieu de la grande porte ou porte royale). C'était le vaisseau (naos, hieron), où se tenaient les
LE CULTF. 44*7
fidèles, séparés selon les sexes et les conditions, souvent par des voiles ou des parois de bois. En Orient, les femmes occupaient quelquefois les tribunes. Le vaisseau était séparé du chœur (bema, sanctuarium) par des degrés (cancelli) et par un voile (vélum, parapetasma). C'est dans le chœur que se trouvait l'autel et les places du clergé; il était souvent rehaussé de quelques degrés. L'autel, autrefois en bois, plus tard en pierre, avait presque toujours la forme d'une table reposant sur quatre colonnes, ou la forme d'un tombeau; d'autres fois il n'était supporté que par une seule colonne. Il s'élevait isolé de tout, au centre du chœur ou presbyterium, et était surmonté dans les grandes églises d'un baldaquin appuyé sur quatre colonnes. Sous ce baldaquin était suspendu, au-dessus de l'autel, un vase en forme de colombe (peristerion), où l'on conservait les espèces consacrées de l'Eucharistie. Souvent des voiles (tetravela) en étoffe précieuse étaient attachés au baldaquin et servaient à envelopper l'autel. Sous l'autel se trouvait le « martyre » ou la confession, qui allait plus tard se transformer en crypte : il contenait les reliques des saints; à ses pieds était le bassin d'eau, ou piscine, k la droite de l'autel, il y avait ordinairement une table où l'on plaçait les oblations (oblationarium, prothesis, crédence). Dans l'Église romaine, oji vit de bonne heure plusieurs autels dans une même église, et au quatrième siècle cette coutume était presque universelle en Occident.
Les Orientaux, au contraire, prétendaient qu'il ne devait y avoir qu'un autel dans une église, et qu'il ne fallait célébrer qu'une fois par jour sur le même autel. Cependant, les grandes églises avaient des chapelles accessoires (parecclesiae), dont chacune était pourvue d'un autel.
J. Ciampini, et ci-dessus ad §§ 1-4; Sarnelli, Antica basilicogratia, Nap., 1686; Hübsch, Die altchristl. Kirchen, Cailsmhe, 1848; Kajser, Ueber die altchristl. Basilika (Oesterreich. Vierteljahrschr., 1863, 111); Kreuser, Dor chrisll. Kirchenbau, t. 1 ; Laib et Schwarz, Studien über die Geschichte des christl. Altars, Stuttgard, 1858-64. — Auteurs protestants : Hospinian, De templis, Tigur., 1603; Bingham, Aut., t. lli, p. 172 et seq.; Bunsen, Die Basiliken Roms, et Platner, Beschreibung der Stadt Rom, 1, p. 416; Xestermann, Die antiken und die christlich. Basiliken, Leipsig, 1847; Salzenberg et Kortüm, Altchristl. Baudenkniale von Constantiuopel, Berlin, 1854 ; Unger, art. Griech. Kunst, dans
Encyklop. von Ersch und Gruber, sect. i, t. LXXXIV; 0. Mothes, Die Basilikenform., 2^ édit., Leipsig, 1869; Allmers, Die allchristl. Basil., Oldenb., 1870. Voyez encore Kugler, Gesch. der Baukunst., Stuttgard, 18Ö5; Metzmer, Ursprung, Entwicklung und Bedeutung der Basilik., Leipsig,' 1854; Euseb., Vita Const., 111, 30, 48; IV, 58; Sozom., II, 2; Theod., 1, 14, 17 (al. 15, 16). — Le zèle excessif qu'on mettait à construire des églises magnifiques fut souvent blâmé; ainsi Eusèbe, évèque de Pélusiuni, fut réprimandé par le célèbre Isidore (lib. Il, Ep. ccxlvi), qui disait à ce propos : Ce n'est pas pour les murs et les pai'ois que le Roi du ciel est venu à nous, mais pour les âmes. L'Église n'a pas besoin de marbres précieux, mais d'âmes saintes. Même langage dans saint Chrysostome, Hom. l, al. 51, in Mattb., n. 3 (Migne, t. LVIII, p. 508); Ambros., De officiis, II, 28; Hier., Ep. ad Paulin, de institut, monach. — En Occident, les églises avaient plusieurs autels : Ambros., Ep. xxxni, et Ep. adMarcellin.; Paulin. Nolan.; Natal., IX, S. Felicis. — 11 n'y avait qu'un autel en Orient, d'après Ignace, Philad., n. 4 : sv eufftafrrripiov wç et; ÈmiTxoTtoç ; Euseb., Hist. eccles., X, 4 : (Aovoysvèi; öuaiaffTYipiov ; Nazianz., Or. XLii, n. 26, p. 767 : lepà -zçiàmiia. — Sens mystique de l'autel : Germ. rer. eccles. contempl. (Migne, Pair, grœc, t. XCVIII , p. 388 et seq.). Voyez aussi Assemani, Bibl. or., Il, p. 184; mon ouvrage, Photius, III, p. 142; Monuni. ad Phot., p. H. — En Occident, on défendait souvent de dire plus d'une messe dans le même jour au même autel, et de célébrer le même jour à l'autel où l'évêque avait célébré : concile d'Auxerre, 578, can. x.
Édifices accessoires.
254. Afin de compléter la décoration des églises, on employait souvent, pour séparer les vaisseaux, des colonnes, des piliers enlevés anx ruines de temples et de palais anciens. On reproduisait aussi la forme grandiose des coupoles, construites sur le modèle du panthéon d'Agrippa à Rome. Sous l'empereur Justinien, on en voyait dans plusieurs églises de Consta ntinople, d'Antioche, de Ravenne, etc. Elles donnaient plus de jour à la basilique. Dans le principe, les basiliqties étaient presque toujours éclairées par des fenêtres pratiquées dans les vaisseaux collatéraux et par le soupirail du vaisseau mitoyen, tandis que lo plafond se composait souvent d'une couverture en bois, indépendante de l'éditice.
Les fenêtres de verre étaient rares à cause de l'élévation de leur prix, et on était souvent obligé d'employer du spath transparent, quelquefois de l'étoffe pour garantir l'intérieur des intempéries de l'air. Les voûtes ne furent u.sitées qu'à partir
du cinquième siècle, alors que la ligne droite du vaisseau parut insuffisante.
Pour les chapelles servant de baptistères ou de sépultures, on employait déjà la forme ronde ou polygone. A. Constantinople, la nouvelle forme architecturale était une coupole (tholos), qui reposait sur une substruction arrondie et s'élevait au milieu de la croix formée par l'église. Elle représentait la voûte céleste et était souvent entourée d'autres coupoles plus petites. La plus magnifique des nouvelles églises à coupoles était celle de Sainte-Sophie de Constantinople, où Justinien se vantait d'avoir surpassé Salomon. Les deux côtés du vaisseau étaient souvent ornés de chapelles (phrontistéries), et des constructions accessoires se rattachaient à l'édifice principal. C'étaient : 1" le baptistère, qui avait le plus souvent la forme d'une rotonde; 2° le grand diaconicon ou secretarium, espèce de salle où l'on conservait les vases et les ornements sacrés; plusieurs étaient si spacieuses qu'on y pouvait tenir des synodes; 3° le petit diaconicon ou sacristie, placé souvent à droite de i'autel de l'église principale, où s'habillaient les clercs; 4" les bibliothèques, où l'on gardait les livres de l'église ; elles comprenaient les écoles et les logements des clercs. Les tours, isolées, s'élevaient à côté de l'église ; elles ne servaient pas encore à loger les cloches, qui, en Italie et dans la Gaule ne commencèrent à paraître que dans le septième siècle, et plus tardivement en Orient. Dans la construction des premières églises, on n'avait égard qu'à la nécessité, aux convenances du culte divin et des fidèles; on suivait les procédés jusqu'alors en usage. Peu à peu se développa une architecture chrétienne qui, du nécessaire et de l'utile, s'éleva de plus en plus vers le beau, l'agréable, le magnifique et prépara la voie à d'autres arts.
Selvaggio, Ant., lib. II, part. I, cap. u, t. III, p. 21 et seq., ed. Mog., 1787; Kraus, K.-G., I, p. 192, § 59, n. 3. Églises à coupoles : Evagr.. IV, .31; Procop., De sedif. Just., I, I et seq.; Paul. Silentiar., "Exçpafftç TT,; âyia: loçiaç, éd. J. Bekker, 1837; Spitzner, Observât, crit. in Pauli Sil. descript. magnai eccles., 1820; Du Gange, Constantinopolis chrisliana, Par., 1680, lib. Ul. — Édifices accessoires : Selvaggio, loc. cit., cap. ni, p. 39 et seq.
L'invention des cloches a été attribuée, sans raison décisive, tantôt à saint Paulin de Noie, tantôt au pape Saljinien. Avunl le Vénérable U. — HisT. DE l'Église. 29
Bède, on ne trouve aucun document solide. En Orient, on se servait, pour annoncer les offices divins, de coureurs (cursores, oeoSpônoi), d'une trompette, tuba, ou de marteaux de bois, espèce de crécelles, et pendant le culte, du « sacrum ferrum » (ffYi(iâvTptov, àyioffîÔTiptov) ; Bona, Rer. lit., lib. I, c. xxn; Otte, Glockenkunde, Leipsig, 1858. Voyez ci-dessous §195.
La peinture.
255. La première vogue apparlient à la peinture. Si quelques esprits gardaient encore contre les images l'horrenr qu'ils avaient héritée du paganisme ; si la discipline de l'arcane, toujours en vigueur, portait souvent à interdire la représentation exacte des objets; si, enfin, le faux spiritualisme ne pouvait rien tolérer de ce qui avait trait aux beaux -arts, cependant on en était venu déjà à décorer non-seulement les habitations privées, mais les églises, de tableaux allégoriques ou historiques, qui pouvaient servir à l'instruction des ignorants. On n'avait pas seulement des images de la croix, et plus tard du crucifix, mais encore des représentations du Christ, des apôtres et des autres saints. Au cinquième siècle parurent les types stéréotypés de Byzance. Dans les couvents, plusieurs moines s'occupaient de peinture. Le Christ, dans l'Église victorieuse, était connu et représenté comme l'idéal de la beauté virile, puis sous l'emblème de Tagneau * ; mais cette dernière représentation fut rejetée par les Grecs, dans le canon Lxxxn du concile m Trullo.
Eu Occident, on aimait surtout à faire de splendides mosaïques à la voûte de l'apside et à l'arc de triomphe, par exemple dans l'église de Sainte-Constance, à Rome, puis, sous Sixte III , à Sainte-Marie-Majeure, où le Christ était figuré par un agneau avec une croix ; dans l'église de Saint-Paul, que Galla Placidia fit embellir ; dans l'église de Saint-Ambroise à Milan, dans celles de Saint-Vital et de Saint-Apollinaire à Ravenne. Les livres liturgiques étaient illustrés de miniatures, et divers autres objets du culte décorés par la peinture. Lorsque l'autel, comme c'était le cas en Orient, était séparé du reste de l'église par une paroi de planches, l'église fut plus tard ornée des images des saints (iconostasis), dont plusieurs, telles que celles du Christ (acheiropoeloi, portraits d'Abgar, de sainte Véronique) et de la
1 Jean. i. 36.
sainte Vierge, recevaient un culte particulier. Le danger de l'idolâtrie une fois passé, on rendit tout le respect possible aux images du Seigneur et des saints ; on s'agenouillait devant elles, on les encensait, on y faisait brûler des cierges, etc., afin d'honorer les originaux dont elles rappelaient le souvenir.
Opposition contre l'emploi des images dans les églises : Euseb. Caes., Ep. ad Const.; Hard., IV, 406; Migne, t. XX, p. 154.^ et seq.; Asterius en distingue deux (Photius, Ampliil., q. cccxii, p. 116^, éd. Migue. Cf. Bibl., cod. 271; Fessier, PatroL, 1, üol ; II, p. 3 not.}; De divite et Laz. (Néander, I, p. 570); Epipli., Ep. ad Joan. Hier., ex vers., Hier. Op., II, 317 (faux passages de cet auteur cités au concile des iconoclastes de 754; Néander, I, p. 572, n. 6); Sérène, évêque de Marseille, réprimandé par S. Greg. Magn., lib. IX, Ep. cv; XI, 13, t. H, p. 1006, MOO, edit. Bened. — En faveur des images : Aug., Contra Faust., XXII, 73, de cons. Ev., cap. x,n. 16;INyss., Or. de S. Theod., cap. n; Op., II, 2011. Paul. Nolan., Natal., IX; S. Felic. VII et X, Ep. xxx, al. 12; Prudent., Peristeph., hymn. x, v. 10; xi, v. 127. — Sur la croix : Chrys., Hom. Liv in Matth., n. 4. Sous Gennade de Constantinople (mort en 471), on prétend qu'un peintre eut la main paralysée pour avoir voulu représenter le Christ d'après l'image de Jupiter : Theodor. Lect., I, 15 (Migne, t. LXXXVI, p. 173;. Sur un crucifix de 586 trouvé dans un manuscrit syrien des Évangiles, appartenant au couvent de Zagba en Mésopotamie (aujourd'hui à Saint-Laux'ent de Florence), Anastas. Sin., Cod. 0^, Wirceb.; S. Chil., sœc. vu incl.; Katholik, 1867, I, p. 327. Comp. J.-A. Müller, Bildl. Darstellungen im Sanctuarmm der Kirchen, Trier, 1835 ; Kugler, Hdb. der Gesch. der Malerei seit Constantin d. Gr., 2" éd., Berlin, 1847; Gœrling, Gesch. der Malerei, Leipsig, 1855; Hotho, Gesch. der christl. Malerei, Sluttg., 1867-72; Krauss, K.-G., p. 168, § 52, n. 4; p. 192, § 59, n. 1. Sur la mosaïque (opus musivum, XiOooTfàtia), surtout celle de Saint-Ambroise à Milan, Biraghi, dans Amico cattolico,XIII, 202. Reproductions dans Mozzoni (A 33, b). Sec. IV, f. 43, éd. 4. Autres spécimens, Sec. V, f. 59; Sec. VI, f. 69. Sur les e'xôvs; ày^nponoir^zoï, Gretser S. J., Syntagma de imag. non manufactis, Oper., XV, 179; Glückselig, Christus-Archtoologie, Prague, 1863; Héfelé, Beitr.. Il, p. 259.
La sculpture.
:2o6. La sculpture, du moins en Orient, fut beaucoup moins employée dans les églises. On y voyait, en dehors des sarcophages, souvent enrichis par la plastique, des dyptiques travaillés sur l'ivoire et autres matières précieuses, et ornés de reliefs; puis des reliquaires et des ustensiles reUgieux en hauts et bas-reliefs. A. Rome, la statue d'airain de saint Pierre est un
i5â HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
des plus anciens et des meilleurs ouvrages de la sculpture chrétienne; elle permet de conclure que cet art était appliqué dans les plus anciennes églises. On le voit également par les statues du bon Pasteur, par les sièges épiscopaux richement décorés, etc. Les statues de saints étaient également nombreuses en Orient. En Espagne, le roi Wamba en fit placer aux tours de Tolède, afin d'honorer les saints qu'elles représentaient comme les protecteurs de la ville.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Sentiment des protestants sur le symbolisme du culte divin, les objets d'art et les monuments sacrés.
(( La musique d'église du culte catholique est véritablement belle ' . » — Leibnitz : « Pour ma part, je ne pense pas que Dieu dédaigne, autant que plusieurs se plaisent à le croire dans leur simplicité, les douces harmonies, les chants sublimes, le son solennel des cloches, et en général tout ce qu'un pieux désir d'épanchement invente à la gloire de Dieu. Nulle part les architectes ne déploient mieux leur art que dans la construction des dômes et d'autres monuments qui ont une pieuse destination ^. » — Isidorus : « 11 y a dans le catholicisme je ne sais quoi de poétique et d'entraînant, je dirais presque de maternel, qui nous touche toujours-. L'âme trouve un doux repos dans les silencieuses chapelles , devant les cierges allumés , dans cette suave atmosphère d'encens, dans les sons harmonieux de la musique, et dans les bras de cette mère céleste qui plonge l'homme dans un sentiment d'humilité, d'amour filial, pour porter ensuite ses pensées vers son Rédempteur. L'Éghse catholique, avec ses poz'tes toujours ouvertes, ses cierges toujours allumés, ses mille voix toujours parlantes, ses hymnes, sa messe, ses anniversaires et ses fêtes, nous avertit avec une soUicitude véritablement touchante qu'ici-bas les bras d'une mère sont toujours ouverts, toujours prêts à soulager celui qui gémit sous le fardeau ^. » — Clausen : « Lorsque, pendant les vêpres, les cierges de l'autel jettent leurs lueurs sur les sombres voûtes, et que les sons de l'orgue retentissent au milieu des chants sacrés du chœur; lorsqu'enfin l'heure de minuit et le lever du soleil sont annoncés par le son des cloches, qui appellent de leurs cellules les moines pour glorifier Celui qui commande au jour et à la nuit, et pour prier pour ceux qui soulfrent, alors il devient évident, et l'Église catholique a le mérite de rendre cette vérité plus palpitante encore, il devient évident, dis-je, que la vie doit être une adoration continue, incessante de Dieu *. »
' Bemerkungen waehrend Aufenthalts in Frankreich im Winter, 1815- 1816. — ' Leibnitz, loc. cit. — ' Lotoblœtter, 1817. — * Ciauaen, lac. cit.
LE CULTE, ' i53
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N"> 2o(J.
Plusieurs Orientaux considéraient les images taillées et sculptées comme entachées de paganisme, et n'admettaient que des tableaux : Petav., De incarnat., XV, xiv, 3; Habert, Archieraticon grsec, p. 94- 96; mon ouvrage, Photius, III, p. 195. Sarcophage de Junius Bassus, dans Mozzoni, Sec. IV, f. 4ö. Diptyques, ibid., Sec. V, VI, f. 51, 71 (cf. Gori, Thesaur. diptych., Florent., 1759). Autres travaux, Mozzoni, Sec. VII, f. 77 et seq. Sur l'ancienne statue en bronze de saint Pierre à Rome : Mozzoni, Sec. 1, f. 7, not. 74; De Magistris, Acta martyi'. ad Ostia Tiberina diss. xni, c. 2; Krauss, Roma sotter., p. 339 et seq. Sur le roi Wamba, Baron., an. 574, n. ult. Voyez aussi Werfer, art. Sculpture, dans Freib. K.-Lex., VIII, p. 894; Schnaafe, Gesch. der bildenden Künste, Düsseldorf, 1869, II, livrais. 1, m.
Les vases sacrés.
257. On rangeait parmi les vases sacrés : 1" le calice (poterion, calix), ordinairement en or ou en argent (autrefois, il fut aussi pendant quelque temps en verre). Outre le calice destiné au saint sacrifice, il y en avait d'autres, presque toujours plus grands et plus larges, dont on se servait soit pour distribuer le précieux sang aux fidèles, soit pour donner du lait et du miel à ceux qu'on baptisait; 2° la patène (discos cbez les Grecs), sorte de plat en forme ronde qui reposait sur un piédestal, où l'on déposait le pain eucharistique. 3° Pour empêcher le mélange de ses parties, les Grecs plaçaient sur la patène l'étoile (astérius), composée de deux cercles réunis. L'autel qui portait ces objets précieux était couvert d'un double linge: A° le linge du corps (catasarca), qui était toujours en lin ; 5° puis la nappe (endytion), le plus souvent en étoffe précieuse, 6° et au-dessus, correspondant au corporal des Latins, ce qu'on nommait l'eiléton et l'antimension, qui était bénit par l'évêque et renfermait de petites reUques; 7° les Grecs se servaient en outre de la lance sacrée (couteau en forme de lance, avec une croix sur le manche) ; 8° de la cuillère (labis) pour distribuer la communion sous l'espèce du vin; 9° de l'éponge, pour purifier le calice; 10° de l'écaillé, pour l'eau chaude qu'on versait dans le calice à la communion; 11° d'éventails (rhipidies, flabelles) , ornés de figures de chérubins et de séraphins, pour écarter, pendant la messe de l'évêque, les insectes des dons sacrés.
12° Ou se servait aussi, dans ce dernier cas, du dikerion,
4o4 HISTOIRE l»E l/ÉGLlSË.
chandelier à deux branches placé dans la main gauche de l'évèque pour désigner les deux natures en Jésus-Christ; du trikérion, chandelier à trois branches, placé dans sa main droite pour figurer la sainte Trinité. L'évèque les employait pour donner la bénédiction, tandis qu'on portait devant lui une simple bougie (primikérion). Il y avait en outre un chandelier à sept branches, qui se trouvait devant la croix et derrière l'autel ; de grands candélabres et des lampes devant les images (les saints, et des lanternes qui servaient dans les processions.
13" Pour l'encensement, on employait l'encensoir ou les cassolettes (acerra). 14" Les espèces eucharistiques étaient conservées dans un vase spécial, dans un ciboire, qui avait souvent la forme d'une colombe ou d'une tour : on s'en servait pour la communion des malades et la messe des présanctifiés; 15° la petite pyxide contenait l'Eucharistie, le chrême et l'huile : elle était surtout destinée aux missionnaires. Les hosties non consacrées se conservaient dans une autre pyxide. 16° Les pains, le vin et l'eau étaient gardés dans difîérents vases, dans de petits plats et des cruches.
17° Venaient ensuite les bannières et les croix portées dans les processions; 18° on appelait analogion une table, ou pupitre carré exhaussé, sur laquelle reposaient les images des saints et le livre des Évangiles : le diacre s'en servait aussi pour hre à l'ambon. L'ambon, dans plusieurs égUses, était double et se trouvait ordinairement à l'extrémité du vaisseau, à l'entrée du chœur; 19° venaient, enfin, les différents sièges de l'évèque, des prêtres, des fidèles, les escabeaux, les coussins, les bières, les ustensiles pour l'administration des sacrements, les bénitiers, etc., les rideaux (antipendia), qui, depuis le sixième siècle, étaient souvent en soie et en étolTe d'or.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Sur l'histoire du calice K
Vers le temps de la naissance de Jésus-Christ, nous U'oiivons dans la vie domestique des peuples tant de l'Orient que de l'Occident, une grande variété dans les vases à boire et à manger. 11 y en avait en argile, en pierre, en bois, en bronze, en argent et en or, avec tous les degrés de variation en ce qui concernait le travail artistique et la va-
' Héfelé, Supplém. n l'Iiist. ecclés-, t. II, p. 322.
leur de la matière. Plus récents que tous ceux-là sont les vases de verre, lesquels, peu de temps avant la naissance de Jésus-Christ, faisaient encore partie des plus grands objets de luxe et ne se fabriquaient qu'en certains endroits, comme dans l'ile de Lesbos et en Egypte. Le premier des Romains qui parle de gobelets en verre est le poète Martial, vers l'an 80 avant Jésus-Christ '. Comme on commença justement vers cette époque, et même auparavant sous l'empereur Tibère, à faire des verres en Italie même, que ces sortes de vases devinrent moins coûteux, qu'ils étaient en outre plus nets et plus beaux, et que surtout ils ne contractaient ni rouille ni vert-de-gris, ils se répandirent avec une certaine célérité, même dans les classes inférieures, et supplantèrent tous les vases de métal, à l'exception de ceux qui étaient en or et en argent. Ceux-ci redevinrent des objets de luxe, à mesure que le verre baissa de prix.
Et c'est ainsi que déjà du temps de TertuUien (vers l'an 200 après Jésus-Christ), les vases en bronze dont on s'était servi pour boire et manger n'étaient plus que des antiquités, et que Tertullien pouvait dire dans son traité De habitu mulienim, c. v : « Quaedam esui et potui vascula ex œre servat memoria antiquitatis. »
Les vases de verre étant généx'alement répandus, surtout comme vases à boire, il serait vraisemblable, quand même nous n'aurions aucun témoignage à produire, que les calices employés dans le culte religieux des premiers chrétiens étaient la plupart en verre. Il y aurait plutôt lieu de douter au sujet des patènes ou ôiirxoi, petites assiettes rondes sur lesquelles on déposait le pain eucharistique ; si le plus ancien témoignage concernant les vases d'église ne parlait pas des patènes. Voici, en effet, ce que nous lisons dans une très-ancienne biographie du pape Zéphyrin, qui régnait entre les années 202 et 219 après Jésus-Christ : « 11 ordonna que les ministres (les diacres) patenas litreas ante sacerdotes in ecdesiam por tarent ^ . »
Nous ignorons, il est vrai, de qui émane ce renseignement donné ])ar le Livre des papes sur Zéphyrin, mais il est certainement très-ancien,, et on peut pi'èsumer, à raison de sa naïveté et de sa concision monumentale, qu'il a été officiellement consigné à l'époque même de Zéphyrin ou peu de temps après sa mort. Or, l'existence des [)atènes en verre autorise naturellement à conclure celle des calices de même matière, car l'emploi du verre pour les vases à boire était plus fréquent que pour les assiettes. Un autre témoignage en faveur des calices en verre nous est fourni par les renseignements relatifs au
' Epigramm., Hb. XI, 15, et IIb. XII, 4. — « Auastasii Vitae pontif., dans la Vie recueillie par lui, mais beaucoup plus ancienne, du pape Zéphvrin, Migne, Palrol, t. GXXVII, p. 1306.
i5(j HISTOIRE I»E l'église.
gnoslique Marc, disciple de Valentin et chef des marcosiens, qui florissait vers l'an 160-170 après Jésus-Christ. Saint Irénée, son contemporain ', raconte comment il trompait les gens par de prétendus miracles. Dans la célébration de lEucharistie, il remplissait le calice de vin blanc, faisait une longue prière, et le vin paraissait entièrement rouge, comme si la grâce divine eût fait dégoutter le sang de Jésus- Christ dans ce calice.
Saint Irénée, il est vrai, ne parle pas expressément d'un cahce de verre; mais le changement du vin blanc en vin rouge ne pouvait être bien visible que dans un calice de verre, surtout pour une communauté entière. Saint Épiphane lui-même - dit expressément que « les marcosiens avaient pour célébrer leur culte trois calices de cette sorte « en verre blanc » (XeuxTiç OaXov»), où ils versaient du vin blanc ; dans l'un, le vin devenait tout-à-coup couleur de sang, dans l'autre, couleur de pourpre, dans le troisième, bleu de cyane. "
Nous admettons volontiers que le récit de saint Irénée, tel que nous l'avons, a été embelli par la légende ; saint Épiphane lui-même ne parle que d'un oui-dire (çacrî), et il est clair que si Marc avait donné trois couleurs au vin, il aurait mal réussi dans le dessein qu'il se proposait d'imiter le sang de Jésus-Christ. Il ne pouvait le faire avec succès qu'en changeant le vin blanc en vin couleur de sang. Cependant. t|uand saint Épiphane dit que les calices des marcosiens étaient en verre, il parle certainement d'après ce qui se pratiquait alors; car nous savons de saint Jérôme que, vers l'an 400 après Jésus-Christ, les chrétiens employaient souvent des calices de verre. « Nihil illo ditius, écrivait-il à Rusticus (Ep. iv), qui sanguinem (Christi) portât in vitro. » Un peu plus tard, Cyprien de Toulouse (Cyprianus Gallus) nous donne un témoignage semblable dans la biographie de son maître, Césaire d'Arles : « Annon in vitro habetur sanguis Christi? » Grégoire de Tours i)arle d'un calice en cristal d'une grande beauté qu'aurait possédé l'Église de Milan *.
Or, s'il est établi que vers l'an 400 après Jésus-Christ les calices de verre étaient très-fréquents, si nous nous souvenons de l'ordre donné par le pape Zéphyrin concernant les patènes de verre, nous pourrons taire remonter leur usage au moins jusqu'à l'an '200 après Jésus- Christ. Ce sentiment est confirmé par TertuUien. Dans un passage de son livre De pudicitia, cap. x, il assure qu'on voit souvent sur les calices des chrétiens l'image du bon Pasteur, et, dans un autre endroit, ibid., cap. vu, il combat, en sa qualité de montaniste, cette pratique de l'Église de recevoir dans sa communion même les grands pécheurs.
' Adc. hxres., üb. I, xni, :2. — * De hseres., xxxiv, 1. — ' Greg. Turou.. .\firacul., lib. I, cap. xlvi, dans Biblioth. ma^. Potr., Liigd., t. IX, p. 813.
quand il^ ont acbevr leur pénitence, et il interpelle ainsi les catholiques : « Procédant ipsœ pictural calicum vestrorum, » etc. « Ces images qui sont sur vos calices témoignent contre vous : elles représentent le bon Pasteur avec la brebis ; or, le contexte des passages de la Bible prouve que les brebis perdues ce ne sont pas les chrétiens qui se sont égarés, mais les païens. » Nous voyons d'abord dans ce passage que vers l'an 200 après Jésus-Christ les calices des chrétiens portaient souvent l'image du bon Pasteur peinte ou incrustée.
La suite du texte est ainsi conçue, ch. vu : « Si vel in iUis perlucebit interpretatio pecudis illius, utrumne christiano aut ethnico peccatori de restitutione coUineat, » c'est-à-dire (ces images des calices doivent prouver) si cet animal (la brebis perdue) figure la réintégration d'un pécheur chrétien ou celle d'un païen. Le mot per/wcetî^ est certainement une allusion à la transparence du verre. Binterim, après l'avoir nié d'abord, le reconnaît lui-même '. Si nous ajoutons qu'au temps de ïertullieu les vases en bronze dont on se servait pour boire etmangeiétaient déjà des antiquités, comme il le dit lui-même ci-dessus, il deviendra encore plus vraisemblable que les calices des chrétiens ornés de figures n'étaient pas en bronze, mais en verre. Ils n'étaient pas eux-mêmes des antiquités provenant des meilleurs siècles de l'art ancien , comme le prouvent les images du bon Pasteur , car ils avaient un caractère exclusivement chrétien et étaient par conséquent nouveaux.
Tertullien, il est vrai, ne parle pas expressément de calices pour la célébration de l'Eucharistie, et on peut entendz'e les calices dont il parle des vases à boire dont on se servait dans les familles. Mais comme il n'est pas douteux, ainsi que nous l'avons montré, que dans la suite les calices des églises furent souvent en verre, rien n'empêche d'admettre qu'ils sont au moins compris dans le passage de Tertullien. C'est aussi à ces calices de verre que s'applique le mieux ce que raconte Grégoire le Grand et après lui le Martyrologe romain (7 août), que, sous le règne de Julien l'Apostat, les païens d'Aretium, en Tuscie (aujourd'hui Arezzo), ayant brisé un calice sacré, l'évêque Donat le rétablit dans son premier état parla vertu de ses prières 2. 11 ressemble aussi à un calice de verre le calice dit de saint Jérôme, dans l'église de Saint-Anastase à Rome, décrit par Mabillon *. Il avait été fait avec de la terre blanche de potier.
De tout cela il résulte que les plus anciens calices des chrétiens que nous connaissions étaient en verre. Quant à la matière dont était fait le plus précieux de tous, celui dont le Seigneur lui-même se servit
' Binterim, Denkwürdig k.,, t. II, p. 112, et t. IV, i, p. 172. — ' Martyr, rom., éd. Rosweyd, Anlwerp., 1613, p. 331. — ' Itiner. Hal., p. 95.
i58 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
dans l'institution de l'Eucharistie, il n"est pas facile de la déterminer avec certitude. Bède le Vénércible rapporte qu'au septième siècle on montrait encore à Jérusalem le grand calice d'argent à deux anses qui aurait servi dans la première célébration de la Cène ' ; mais l'antiquité chrétienne tout entière ne dit rien de ce calice, et il n'est sans doute pas plus authentique que les exemplaires du sacro catino qu'on conserve encore aujourd'hui à Valence en Espagne et à Gênes en Italie. Le premier est en agate ; celui de Gènes, apporté de Césarée pendant les croisades et soigneusement conservé à la cathédrale du Saint- Sauveur, serait, d'après de nouvelles recherches, en fluor, tandis qu'autrefois on le prenait pour une émeraude d'une grosseur démesurée (quatorze pouces et demi de diamètre) et d'une valeur inappréciable. La clef de l'armoire où il se trouvait était entre les mains du doge, et on ne l'exposait publiquement qu'une seule fois dans l'année. En 1809, il fut emporté à Paris comme butin de guerre, puis restitué en 1815 et de nouveau enfermé à la cathédrale. J'ai fait d'inutiles démarches, dit Mg' Héfelé, pour qu'on me permit de le voir; — il m'aurait fallu rester au moins huit jours à Gènes pour obtenir la pei'mission des autorités, dont peu sont compétentes pour la donner. — Il serait complètement inutile d'mstituer de nouvelles recherches sur le calice de la première Cène, et nous devons nous contenter de ces belles paroles de saint Chrysostome : « La table n'était pas d'argent et il n'était pas d'or le calice dans lequel Jésus-Christ offrit son sang à boire à ses disciples, et cependant tout cela était précieux et commandait le respect ^. »
11 était naturel que les plus riches églises employassent de bonne heure l'or et l'argent pour les vases sacrés, surtout pour les calices et les patènes, qu'elles en relevassent même l'éclat et la valeur par des pierreries. Qu'elles l'aient fait réellement, plusieurs témoignages de l'antiquité l'attestent. Le Livre des pontifes romains dit d'Urbain I«' iiiO) : « Hic fecit mmisteria sacrata (vases sacrés) omnia argentea, et patenas aureas vigenti quinque posuit; » et Bianchini remarque sur ce passage qu'il possède lui-même un calice orné de figures sacrées qui paraît avoir été fait avant le temps de Constantin (?). 11 en a donné le dessin dans son édition d'Anastase ^. L'existence de vases précieux à l'usage de l'Éghse de Rome est également contirmée par l'histoire du martyre de saint Laurent, à qui les païens repi'ochaient d'avoir enlevé, c'est-à-dire vendu, les vases d'or et d'argent destinés aux sacrifices et d'en avoir donné le prix aux pauvres. Et voici les paroles que Prudence Clément met dans la bouche des fonctionnaires païens à l'adresse de Laurent :
' Beda Venerab., De locis sanctis, lib. II, cap. i ; Baronius, Annales, ad 34-63. - « Chrysost., Nom. l (al. 51) m Matlh,, éd. Bened., t. VIII, p. 518. — 3 Reproduite par Migne, Curs. Patr., t. CXXVII, p. 1327.
Argenteis scypjiis ferunt Fumare sacrum sanguinem, Auroque noclurnis sacris Adstare fixos cereos ^
Saint Augustin rapporte que deux calices en or et en argent furent exhumés de la crypte de l'église de Cirte en Afrique -, et, avant lui, le préfet Julien, uncle de l'Apostat, s'écriait à la vue des trésors de l'église d'Antioche, qui furent confisqués : « Voyez par quels vases précieux on honorait le Fils de Marie ^ ! » Enfin, saint Chrysostome mentionne un TtoTïipiov /pyffoùv xai XiOoxôUiorov, c'est-à-dire gemmis ornatum'*. — Nous avons parlé ailleurs d'un calice en or d'une grande richesse et d'une patène dont Photius fit présent au pape. Un autre calice en argent et de valeur, fort ancien, orné de figures et appartenant au trésor de l'église de la Résurrection à Jérusalem, fut donné en 869 à Ignace, patriarche de Constantinople.
Outre les calices en verre, en argent et en or, il y avait dans les églises pauvres des calices en corne ou en matière grossière. Ainsi saint Gall ordonna à son disciple Mangnoald de disposer en faveur des pauvres du calice en argent qu'il voulait réserver pour le culte divin. Binterim prétend conclure de ce passage que saint Magnus préférait les calices de cuivre aux calices d'argent ■' ; mais d'abord il ne s^'agit pas ici de Magnus, mais de Gall, et, de plus, il n'est pas dit un seul mot de calices de cuivre. Binterim remarque immédiatement après qu'on aimait beaucoup les calices de cuivre et de laiton, parce que, selon la croyance de ces temps, les clous de la croix du Sauveur auraient été de ce métal, et il invoque le témoignage de Walafried Strabon '^; mais ici encore il n'en est nullement question.
11 se peut au contraire que Binterim ait raison quand il assure que le calice de cuivre dont se servait saint Ludger, apôtre de Munster au huitième siècle, existe encore aujourd'hui à Werden sur le Ruhr, où il avait fondé une abbaye. Ces calices à bas prix, en verre, en corne, en bois et en métaux grossiers, furent bientôt interdits par une multitude de conciles, notamment par ceux de Calchut en Angleterre (787), de Tribur sur le Rhin (895), de Coyaca en Espagne (1050), de Compostelle (1056), de Londres (H75), de Rouen (1190), d'York (il 95), d'Oxfort (1222), de Béziers (1246), etc. Ces conciles décident que chaque église doit, dès qu'il est possible, posséder au moins un calice en argent.
A l'opinion émise ci-dessus, que les plus anciens calices étaient en
' Prud. Clem., Perisleph., II, 69 et seq. — * Aug., Contra Crescon., üb. III, cap. XXIX, n. 33, edit. Benedict., t. IX, p. 451. — ^ Théodoret, Hist. eccles., lib. III, 11, 12. — * Chrys., Hom. l in Malth. — ^ Binterim, op. cil., t. IV, I, p. 173. — ^ De rebus eccles., cap. xxiv ; Bibl. max- Pair., Lugd., t. XV, p. 174.
verre ou en métal précieux , on oppose souvent l'autorité de saint Boniface, apôtre de l'Allemagne. Voici ce que dit de lui le concile de Tribur, en 895 : « Comme on lui demandait un jour si on pouvait administrer le Saint-Sacrement dans un vase de bois, il répondit : « Autrefois, des pi'êtres d'or se servaient de calices de bois; aujourd'hui, ce sont des prêtres de bois qui emploient des calices d'or : » Quondam sacerdotes aurei ligneis calicibus utebantur, nunc e contra lignei sacerdotes aureis utuntur calicibus. Le concile crut pouvoir en conclure que jusqu'au pape Zéphyrin on s'était exclusivement servi de calices et de patènes en bois; mais que ce pape, et plus tard Urbain I", recommanda d'employer des calices en argent pur '.
Or, il est d'abord inexact que Zéphyrin n'ait prescrit que des calices et des patènes en verre et Urbain que des calices et des patènes en argent. De plus, comme ce concile fut célébré un siècle et demi après la mort de saint Boniface, il est très-douteux si le propos qu'on lui attribue est de lui ou s'il lui a été mis dans la bouche par l'imagination du chroniqueur. Fùt-il vrai, du l'este, il ressemblerait plutôt à un bon mot qu'à un renseignement historique. Nous ne prétendons pas, au surplus, que dans l'ancienne Église tous les calices fussent en bois.
Si l'on était convaincu dès l'antiquité chrétienne que Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie et que le vin se change en son sang, le respect ne devait pas souffrir qu'on fit longtemps usage de vases sans valeur, tels qu'étaient ceux de bois. Une matière aussi poreuse et qui absorbe considérablement de liquide ne convenait pas à un usage aussi sacré, et elle ne dut pas être longtemps employée pour les calices.
Le prétendu canon vi d'un concile de Reims, que Gratien a inséré dans le Corpus juris canonici ^, joue un grand rôle dans l'histoire du calice. D'après ce canon, le calice et la patène ne pouvaient être qu'en or ou en argent. On tolérait encore, en cas de grande indigence, les calices en étain, mais non en airain ou en cuivre, parce que la rouille (ou le vert-de-gris) produite par le vin cause des vomissements. Il était également défendu de dire la messe avec un calice en verre ou en bois, « ut calix Domini cum patena, si non est ex auro, omnino ex argenteo fiât. Si quis autem tara pauper est, saltem vel stanneum calicem habeat. De eere aut orichalco non fiat calix, quia ob vini virtutem eruginem parit, quœ vomitum provocat. Nullus autem in ligneo aut vitreo calice praesumat missam cantare. » Déjà avant Gratien, les Statuta canonum de officio clericonim. du onzième siècle, citaient ce même
' Voy. Hardouin, Collect, conr/i., t. VI, pari. I, p. 445; Hisl. des conciles, t. IV, p. 533. — ' Cap. XLV, Diss. i, de consecratione, édif. Bœhmer. t. I, p. 1132.
canon pour le canon vi« de Reims; mais ni ces Statuts ni Gratien ne fournissent aucune indication chronologique sur le concile de Reims '. Ce canon ne tigure dans aucun des protocoles qui restent des conciles de Reims.
On considéra de bonne heure comme très-précieux les calices moitié en pierreries et moitié en ivoire; plusieurs églises en possèdent encore dintéressants échantillons. Nous apprenons du concile de Douci en France (871) que Charles le Chauve, neveu de Charlemagne, donna à l'éghse de Laon un calice et une patène en onyx (demi-pierre précieuse d'un brun - gris , variété de calcédoine ), et nous avons remarqué plus haut que le vase de Valence en Espagne, quon prétend avoir servi dans la première Cène, était en agate. J'ai vu moi-même, il y a quelque trente ans, un joli petit ciboire en jaspe, à l'église de Laudenbach, près de Mergentheim. Cependant il ne date que de la Renaissance (1704) ; il est dû à la libéralité du comte de Hatzfeldt et d'autres personnes de qualité. Les calices en ivoire étaient presque toujours ornés de bas-reliefs d'un travail exquis; mais il ne parait pas qu'on les ait vus de bon œil, car tous les conciles du moyen âge que nous avons cités les passent sous silence et n'autorisent que les calices en or et en argent. Des ciboires en ivoire furent encore permis par les concUes d'Ypres (1577), de Cologne (1662) et de Metz (1699) ^, bien que la Congrégation des rites, suivant ce qu'aftirme Cavalier! , eût déclaré le 26 juillet 1588 : Sanctissimum Sacramentum teneri non débet in vasculis eburneis, sed in pyxide argentea intus inaurata^. On ne donne pas de raisons à l'appui de cette défense; tout ce qu'on peut conclure des paroles de Cavalieri, qui met au même rang les calices d'ivoire et les calices de bois, c'est qu'on tenait aussi les premiers pour trop communs et trop vils, bien qu'en fait plusieurs des calices qui existent encore en ivoire se distinguent par le travail artistique.
Voyez Goar, Eucholog. Eccles. gr., Paris., 1647; J. Habert, Archierat. gr., Paris., 1676; Héfelé, Beitr., II, p. 327. On trouve des dessins avec des expHcations dans Rajewski, Euchologion der orthodorkathol. (russichen) Kirche, Vienne, 1861, t. I, p. 14. — En Occident aussi, les sous-diacres seuls, et non les lecteurs, pouvaient porter les vases de l'autel (Conc. Bracar., 563, can. x). Voyez quelques détails dans Germ. rer. eccles. contempl. (Gallandi, XIII, 204, 209) ; Conc. Photii, 861, ex; Pitra, II, 136.
' Canis.-Basnage, Thesaiir., t. III, p. 399; Biaterim, op. cit., p. 175 et suiv.— «Hatzheim, Concil. Germ., t. VU, p. 843, cap. vi; t. IX, p. 986, § 7 ; t. X, p. 236, § S. — ' Joan. Mich. Cavalieri, Opera liturge seu Commenlaria in autlientica S. Rit. congregat. décréta, Aug. Vind., 1764, t. IV, p. 9-26.
Ad 6» (elXYitèv de eUéw), linge pour envelopper, voyez Habert, loc. cit., p. 103, 104; sur l'antimension ou antimemsion, Pitra, II, 329, 357; I, 533; Habert, p. 663 et seq. —Rite de la consécration, ibid., p. 657-660.
Ad 11° pmiSia, Jobmonach., ap. Phot., cod. 222, lib. VI, p. 191, édit. Bekker; Const. apost., lib. VIII, ap. Pitra, I, p. 400.
Les ornements sacrés.
258. Non moins riches et précieux étaient les ornements liturgiques, surtout ceux des évêques, souvent imités des vêtements des prêtres de l'ancienne loi. C'étaient : 1" l'aube (sticharion), qui servait au diacre et au prêtre, et qui, raccourcie plus tard, est devenue le surplis (superpellicium) ; 2° Fétole (orarion), différente chez les prêtres et chez les diacres; les prêtres la portaient repliée sur elle-même et sur les deux épaules (epitrachelion); 3° le cingulum, qui ceignait les habits du prêtre; 4° la chasuble (casula, phélonion), souvent chargée de nombreuses broderies en or; 5° le manipule (épimanikion), orné de croix, pour faciliter le mouvement dans l'exercice des fonctions et retenir les manches.
Les distinctions particulières des évêques étaient : 6° la mître, qui chez les Orientaux ressemblait à une couronne royale, souvent couverte d'or et de pierres précieuses ; 7' l'omophorion (vêtement des épaules), symbole de l'agneau rapporté par le bon Pasteur et correspondant au pallium des archevêques dans l'Église latine ; 8° le bâton pastoral (baculus, paterissa) ; 9** chez les Grecs, le saccos, long et étroit vêtement sans manches ou avec des demi-manches ; il descendait jusqu'aux pieds et était souvent pourvu de clochettes en argent; \0° l'épigonation, bouclier carré en soie ou en tavetas, muni d'une croix et descendant de la ceinture au genou; W" la croix pastorale (semblable au panagion). L'anneau n'était porté que parles évoques d'Occident.
Du Tour, De orig. antiq. et sanct. vestium sacerdotalium, Paris., 1662, in-4°; Bona, Rer. liturg., lib. I, cap. v, § 1 ; cap. xxiv, § 1 et seq., p. 147,211, éd. Taur.; Binterim, Denkwürd., I, II; Héfelé, Beitr., Il, p. 150 et suiv.; Fr. Vock, Gesch. der. liturg. Gewsender des M. -A., Bonn, 1856 et suiv.; Rajewski, p. xxv et suiv.; Marriot, Vesliariuiu christ., Lond., 1868; Didrun, Vêtements sacerd., Annales archéol., t. LXI, 11, 38, 151.
i» Sticharion (al. (rrotxâpiov, uoSiripriç, Euseb., Hist. eccl., X, 4, ordinairement en lin blanc, de là son nom de « alba vestis, tunica talaris »); Äthan., Apol. contra ar., n. 60, p. 141; Greg. Naz., Test. (Migne, t. XXXVII, p. 393); German., loc. cit., p. 207; Statuta Eccl. Afric, p. 653 et seq., ed. Ball. Précédemment, le cou du célébrant était découvert; l'amict ne date que du neuvième siècle.
2" 'ûpdcpiov, (ttoXti, Timoth. Alex., q. xv (Pitra, I, 641,645); Theod., Hist. eccl., II, 27; Morin, De sacr. ordin., p. 174; Statuta Eccl. Afr., cap. Lx, p. 662 : « Diaconus tempore tantum oblationis et orationis orario utatur. » Laod., can. xxiii (défense aux lecteurs et aux chantres de porter « l'orarium »), Brac, 563, cap. ix (le diacre portait l'étole sur l'épaule), Conc. IV Tolet., 633, can. xl; Bracar., 675, can. iv.
30 ZwvYi, Germ., loc. cit.
4° *e)^wvtov, çeXovYiç, çatXôvri;, Germ., loc. cit.; Suicer, Thés., Il, 1422, coll. 498; Morin, loc. cit., p. 176; chez les Latins « casula » (d'après Isid. Hispal., « dicta per diminutionem a casa, quod tolum hominem tegat »); dans le Sacramentaire de Grégoire le Grand elle se nomme aussi « planeta, » Tolet., IV, c. xxviii. Ancienne forme de la « casula, » voyez Bosio, Roma sott., III, 48, p. 429; Mozzoni, f. 53, 65. Chez les Grecs, on distingua plus tard un phélonion long et un autre court ; le premier servait pour la messe, le second était une espèce de col ou de petit manteau et passait pour le premier vêtement ecclésiastique. La dalmatique était un vêtement domestique qui venait de Dalmatie ; on croit que ce fut le pape Sylvestre qui l'adopta pour les diacres. Les diacres n'avaient point de costume particulier; ils reçurent au sixième siècle une tunique de lin [tunicella).
5" Au lieu du manipule {sudarium), qui manquait chez les Grecs, aussi bien que Vhumerale, et qui ne fut que tardivement usité en Occident, on se servait des èTiifxavi'xia. Depuis le dixième siècle, les Latins ne se servaient plus du manipule {fanon, manipula) pour s'essuyer la figui'e; c'était un simple ornement. — 6° La mitre, l'infule, la tiare, xîSapi?, Pellicia, De chr. Eccl. politia, t. I, p. 74; Binterim, I, I, p. 349 et suiv.
7° Schmid, De omophorio episc. gr., Helmst., 1698; Pertsch, De orig., usu et auct. pallii, Helmst., 1754; Thomassin, I, II, cap. lvf, n, 3, 10; cap. lvu, n. H ; Pellicia, I, II, cap. vi, § 2; Binterim, III, I. p. 282; Philhps, K.-R., V, § 241, p. 657.11 ne faut pas confondre rwjjLoçopiov avec le Tto>-vtrtaûpiov; Thomassin., loc. cit., cap. slix, n. 13; cap. Lvi, n. 5.
8" « Pedum, baculus pastoralis, » ^«6801;, Isid., De eccles. off., 1, 5; Ordo rom., IV, cap. xLvni, ap. Mabill.; Mus. ital., II, 288; Conc. Tolet.. IV, can. xxviii; Goar, Euchol. gr. not., p. 313.
9» Le saccos diffère de la mantia, ornée de bandes, et de deux tableaux à la partie supérieure du bras.
10° Plus lard, l'épigonation, sous une forme un peu différente, fut aussi accordée aux prêtres comme une distinction particulière.
H" Le paganion (ou panagia) portait l'image de Marie avec l'enfant Jésus; il était usité chez les Grecs ainsi que la croix pastorale. Usage de l'anneau en Occident, Bona, loc. cit., cap. 24, § 13; Martene, De ant. Eccl. rit., t. II, p. 342, 368; Schmid, De annulo pastorali, Helmst., 1705, in-4".
Les cierges.
259. Pour rehausser la pompe des saints mystères, on allumait des cierges en plein jour, comme autrefois dans les catacombes. Dans les grandes solennités, on se servait d'une multitude de bougies placées sur des candélabres autour de l'autel ou sur des lustres qui descendaient du plafond, ou de lampes qui brûlaient devant le Saint-Sacrement et devant les reliques des martyrs. En Orient, on portait aussi des flambeaux pendant la lecture de l'Évangile.
Hier., Contra Vigil., 1. 1, p. 394; Isid., Orig., VII, 12; Paulin. Nolan., Carm. xiv de S. Fel., v. 99 et seq.; Serm. xiv Leoni M. trib,, n. 2, t. I, p. 434, éd. Bail. : « Adora etur luminaribus ecclesia. » Les « candelabra, cereostatee, » etc., sont souvent mentionnés. Baron., an. 58, n. 70; Bona, loc. cit., cap. xxv, § 7, chez les Grecs ).ux''«4''«) Xux^ixôv, de là « l'officium lucernarii, « Socr., 5, 22, p. 297; la çwTaywyîa le jour de Pâques, dans Naz., Or. 45, n. 2, p. 846. Cf. Eus,, Vita Const., ÏV, 22. Fleurs pour orner les autels, Aug., De Civ. Dei, XXII, 8; Bona, loc. cit., § 13.
Temps de la prière, des jeûnes et des fêtes. — Les temps canoniques.
260. De même qu'il y avait des lieux spécialement destinés pour le service divin, il y avait aussi des temps déterminés. Le jour, la semaine, l'année étaient partagés en différentes parties et sanctifiés par de pieux exercices. Chaque jour, les chrétiens vaquaient à la prière à des heures précises. Ils se conformèrent d'abord aux trois temps usités chez les juifs : la troisième, la sixième et à la neuvième heure ; ils adoptèrent ensuite de six à sept temps, surtout dans les monastères, d'où cette institution a passé dans le clergé séculier; souvent le peuple lui-même participait en foule à ces pieux exercices, surtout le soir et avant le lever du soleil, car les vigiles étaient en usage dans plusieurs églises. On y récitait des psaumes et des prières Uturgiques, et l'évêque y donnait souvent la bénédiction.
D'après la division romaine de la nuit en quatre veilles, on avait coutume de chanter trois psaumes dans chacune des trois premières (le soir, à minuit et au premier chant du coq); la quatrième veille était matines : on y chantait des cantiques de louange (laudes). Cette dernière seule subsista, à dater du cinquième siècle, car on chantait ou récitait ensemble les psaumes des autres veilles. Souvent aussi, pendant cette dévotion nocturne, on faisait la confession générale des péchés. Les psaumes étaient accompagnés de leçons tirées de l'Ecriture. Celui qui n'allait pas à l'église récitait l'office en son particulier. Pour les moines et les clercs, l'usage des sept heures de la journée s'établit progressivement, d'après ce qui est dit au psaume cxvui, 104. La règle de saint Benoît y ajoutala douzième heure (coniplies). La psalmodie perpétuelle, établie de oio à 5'23 au couvent de Saint-Maurice, se répandit dans d'autres couvents. Elle existait aussi dans plusieurs monastères grecs (acémètes). Des sept heures monacales on ne célébrait solennellement, avec assistance du peuple à la ville et à la campagne, que matines et vêpres (lucernarium). Cet usage tomba peu à peu et on se contenta de recommander aux fidèles de faire chez eux les prières du matin et du soir.
Voyez sur 1, § 211 , Ps. Athanas., De virgiri., ii. 12, 20 (Migne, t. XXVHl, p. 265, 276), cite « hora tertia, sexta, nona, duodecima, n jXEcovuxTiov et irpô; ôpôpov. Vojez Hier., Epitaph. Paul., Ep. xxvii, 10; Ep. VII ad Laet.; saint Chrysostome, Hom. xiv in I Tim., n. 4 (Migne, t. LXII, p. 576) nomme matines, tierce, sexte, none et vêpres comme étant en usage chez les moines; Hom. ii in inscr. Act., n. 4 (ibid., t. LI, p. 8i); il fait Téloge de l'office de None. Prime se récitait au couvent de Bethléem dans le commencement du cinquième siècle, et il passa de là dans d'autres couvents. Cassien, De instit. cœnob., III, 2 et seq., traite longuement de la propagation des heures canoniques dans les couvents. Sur l'office noctui-ne, avec participation du peuple, voyez Basil., Ep. ccvn, cap. .3, p. 764; Soor., VI, 8; Cassian., Coll. II, H ; Chrys., Hom. xviii in Act. Sur la bénédiction donnée par l'évèque à vêpres et à matines, voyez les conciles d'Agde, 506, can. xxs; de Barcelone, 5iO, can. 2. Récitation de l'oftice dans les familles, Uran., Vita S. Paulini Nol., cap. ni; Greg. Tur., Vita? Patr, c. ci. Concile d'Agaunum, Héfelé, H, p. 6i9-652. En 567, le concile de Tours, can. xviii, s'occupa de régler les heures de l'oflicc du jour. En 589, celui de Narbonne prescrivit le chant du Gloria Patri après chaque psaume, tandis n. — msT. DE l'église. 30
i6H HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
que celui de Tolède, IV, 633, can. xv, voulait qu'on chautâl Gloria et honor Patri. Autres prescriptions du concile de Mérida, 662^ can. 2.
Sur le Bréviaire des bénédictins, voyez Rohrbacher-Rump, IX, p. 105 et suiv. Sur le tout, Selvaggio, II, I, cap. ix, § 4, 7 et seq.; Binterim, V, 1; Probst, Brevier und Breviergebet, Tub., ISS-i.
La semaine ecclésiastique.
26d . Le dimanche continuait, comme autrefois, d'être distingué des autres jours de la semaine. Sa célébration était prescrite par les lois civiles comme par les lois ecclésiastiques, mais rien n'y rappelait les rigueurs de la législation juive concernant le sabbat. Les chrétiens devaient, autant que possible, s'abstenir des travaux manuels. Quelques Églises d'Orient célébraient aussi le samedi ; on priait alors debout, mais le travail n'était pas interdit. Le jeune n'était pas admis ce jour-là, excepté le samedi saint. Mais à Rome et en Espagne on jeûnait le samedi en mémoire de la sépulture du Seigneur. A Alexandrie et en d'autres Églises de l'Orient, on célébrait, le mercredi et le vendredi, les anciens jours de stations, le plus souvent sans communier. Dans plusieurs églises, comme à Constantinople, le mercredi et le samedi passaient pour des jours de péniteuce et de jeûne ; en Occident, pour un demi-jeûne seulement.
Célébration du dimanche, Laod., can! sxix; Matisc, 385, can. i. Défense déjouer des pièces de théâtre (Carth., 401, can. v) et aux évêques de rendre la justice (Tarracon., 516, can. iv); défense de travailler aux champs (Aurel., III, 538, can. xxviii; il blâme une foule d'usages superstitieux). Le dimanche en Orient (Laod., can. xvi, xxix, xlix ; Trull., can. Lv), avec allusion à Can. apost. lxvi, al. 65. L'usage du jeûne à Rome le samedi (I, § 212), attribué plus tard à saint Sylvestre (Nicol. I, Migne, Patr. lat., t. CXIX, p; 1157; Petrus. Dam., Opusc. lv, cap. ni), est mentionné dans Hier., Ep. xxvni ad Lucin.; Isid., Ofi". I, 42, 43; Cassian., Inst. lil, 9, 10. Il n'existait pas en Gaule, en Afrique et à Milan. Saint Anibroise conseillait de se conformer à Tusage de l'Église où l'on se trouvait. La synaxis était en vigueur à Alexandrie le mercredi et le vendredi (Äthan., Hist. ar., n. 81, p. 311 ; Socr., V, 22), et dans la plupart des Églises d'Orient (Epiph., Expos, fid., n. 22; Migne, t. XLII, p. 625); on jeûnait jusqu'à none en mémoire de l'enlèvement du Sauveur et de sa passion. Chrys., Hom. v in 1 Tim., n. 3 (Migne, t. LXIl, p. 530); Ambros., In ps. cxvni, 48. A Césarée (Cappadoce), la communion avait lieu le dimanche, le mercredi, le vendredi et le sa-
inedi, aiusi qu'aux fêtes des saints, Basil., Ep. xcui, al. 289, p. 186; à Rome, en Afrique et en Espagne, tous les jours. Saint Augustin, Ep. (..vxxvi ad Casul.; voy. ad l, § 212, cite comme jours déjeune Itmercredi et le vendredi. On exceptait du jeune le temps qui s'écoule de Pâques à la Pentecôte, les douze jours avant l'Epiphanie et les trois semaines qui précèdent le Carême.
L'année ecclésiastique.
:262. En Uccideut et bientôt aussi en Orient, l'année ecclésiastique avait un triple cycle. 1° Elle commençait à l'Avent, avec les quatre dimanches qui précèdent Noël (2a décembre). Cette fète(I, 213), usitée d'abord dans l'Église romaine, fut universellement adoptée avant 430. Comme la fête de Pâques, elle était précédée d'un jeune préparatoire; Perpétue, archevêque de Tours, l'introduisit dans la Gaule eji 462 ; le concile de Màcon en régla les détails en 581 (canon ix). La fête de la Nativité du Sauveur fut bientôt une des plus remarquables. Le Sauveur était comparé au soleil, qui tous le.' jours renaît à une vie nouvelle ; mais on n'avait garde d'interpréter cette figure dans le sens du manichéisme. Ou se donnait des présents, surtout des objets de consommation. Cet usage fut interdit chez les (Trecs en 692, lorsque la conception de Marie, qu'on voulait honorer par de tels présents, fut considérée comme douloureuse. Le 1" janvier était célébré dans quelques églises comme uctave de Noël, dans d'autres (surtout en Espagne depuis le septicme siècle) comme fête de la Circoncision du Seigneur.
L'Epiphanie (6 janvier) garda son ancienne signification. Eu Occident, on la considérait surtout comme la fête des mages, appelés les trois rois, d'après le nombre de leurs présents. C'était ordinairement ce jour-là qu'on annonçait la fête mobile de Pâques. 2" Cette fête, suivant l'usage traditionnel, était précédée du jeune quadragésimal, dont la longueur variait suivant les Églises; les unes ne jeûnaient que trois semaines, d'autres allaient jusqu'à six et d'autres jusqu'à sept. Comme les Orientaux ne jeûnaient ni le samedi ni le dimanche, il leur fallait plus de temps pour accomplir les quarante jours (ou trente-six jours, dixième partie de l'année). On évitait en Carême les divertissements bruyants et les solennités nuptiales; on ne célébrait point les fêtes des saints, on s'abstenait de la viande
et (lu vin, fréquentait plus souvent les églises et assistait aux sermons. On sait que saint Chr5^sostome prêchait tous les jours. Le jeune, pendant ce temps, était très-rigoureux, et le repas se faisait tardivement. Les xérophagies étaient universellement observées en Syrie et dans l'Asie-Mineure.
Cliez les Grecs, à l'exception du dimanche, du samedi et du 23 mars, on ne célébrait en Carême que la messe des présanctifiés ^ Toute nourriture provenant des animaux (œufs, fromage) était défendue, et on exigeait une complète uniformité ', de sorte que la xérophagie, pratiquée seulement le vendredi saint en Occident, y était presque continuUement observée. En Occident, la plupart des religieux et des clercs commençaient de jeûner le dimanche de la Septuagésime ; les laïques, un peu plus tard (le mercredi des Cendres). Le temps qui précédait le jeune se passait en réjouissances dissolues, comme si on eût voulu se dédommager des retranchements qu'on allait s'imposer : c'était le carnaval. Le jeûne le plus austère tombait dans la semaine sainte, qui commençait le dimanche des Rameaux, Les jours particulièrement fêtés dans cette semaine étaient : le jeudi saint, où l'on célébrait l'institution de l'Eucharistie et faisait le lavement des pieds : dans quelques Églises d'Afrique, on ne recevait l'Eucharistie qu'après le repas, pratique souvent désapprouvée; le vendredi saint (la pâque du crucifiement), en mémoire de la mort du Sauveur : il était considéré en Occident comme un jour de deuil et on le célébrait sans liturgie particulière; le samedi saint (le grand samedi), où l'on célébrait l'office nocturne de la vigile de Pâques par une brillante illumination, car plusieurs attendaient dans cette nuit le retour du Sauveur.
Le jeûne, dans la rigueur de la règle, ne devait finir qu'au commencement du jour de la résurrection, qui passait pour une grande et joyeuse solennité. C'est d'après ce jour que se réglait tont le temps de la préparation. Pâques était une fête mobile dont la supputation offrait encore plusieurs difficultés, qui allaient être résolues en partie par Denis le Petit. La semaine après Pâques et en général les cinquante jours qui s'écoulaient jusqu'à la Pentecôte, se passaient en fêtes ; le di-
' Conciles m Trullo, can. lu. — ' [bid., can. lvi.
Inaiiche in Alois, ceux qui avaient été soleniielleiuciit baptisés le samedi saint portaient pour la dernière fois leurs habits blancs.
3° Le cycle de la Pentecôte commençait à l'Ascension, quarante jours après Pâques. Le samedi avant la Pentecôte était une vigile soleimelle, et la Pentecôte une nouvelle fête de réjouissance. Dans la Gaule, les trois jours qui précèdent TAscension, on faisait des processions, des jeûnes, des prières publiques (rogations). Cet usage, introduit vers 469 par Mamert, évêque de Vienne, fut confirmé par plusieurs décrets synodaux.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Il y avait à cette époque des incendies fréquents, des tremblements de terre presque continuels, des bruits lugubres qu'on entendait pendant la nuit : ou voyait des cerfs et d'autres bêtes sauvages paraître on plein jour dans les places les plus fréquentées de la ville. Soit fp.ie ce fussent en effet des animaux ou que ce ne fussent que des spectres, les augures qu'on eu tiraient n'étaient pas moins sinistres. Plusieurs des principaux de la ville de Vienne crurent devoir en sortir, de peur d'être enveloppés sous ses ruines. Les autres étaient dans de continuelles frayeurs et attendaient avec impatience la fête de Pâques, espérant qu'elle serait pour eux comme une réconciliation solennelle avec le Seigneur et que la fin de leurs péchés serait celle de leurs maux. Pour les affermir dans ces sentiments de pénitence. Dieu permit que leurs alarmes redoublassent dans le temps même qu'ils se nattaient de les voir finir.
Comme tout le peuple célébrait dans l'église la veille de Pâques avec un redoublement de ferveur, on entendit un fracas plus terrible encore qu'à l'ordinaire, et l'on vint annoncer que le palais ' situé dans le lieu le plus élevé de Vienne était tout en feu et menaçait la ville d'un embrasement général. Le peuple alarmé quitte aussitôt l'église pour tâcher d'ari'ètcr l'incendie ou pour sauver ses effets. Le saint évêque Mamert demeura seul prosterné devant l'autel, et ses larmes furent plus cflicaces pour éteindre les flammes que tous les efforts des habitants. Ce fut en ces tristes circonstances que le saint évoque, resté seul en prières, forma la résolution d'instituer des jeûnes et des processions solennelles pour désarmer le bras vengeur de Dieu. Il laissa passer les fêtes de Pâques sans en parler, pour ne pas troubler la joie de cette
' L'édifice où prit le feu est nommé par saint Avite œdes publica, et par Grégoire de Tours palalium regale. Ce pouvait être la maison de ville ou le lieu où se tenait le sénat, car il y en avait un à Vienne.
i70 HIS10IK1-: DK l'église.
solennité. Mais aussitôt après il coiiiDiuniqua sou pieux dessein, qui fut unanimement approuvé. On craignait fort que le sénat de Vienne ne s'opposât à cette nouvelle institution, car il soutirait à peine les anciennes; mais la componction qui serrait alors tous les cœurs les rendit aisément dociles.
On choisit pour le jeûne les trois jours qui précèdent l'Ascension. Saint Mamert, pour éprouver la ferveur de son peuple, marqua pour la station du premier jour une église assez proche de la ville. Mais les jours suivants, il assigna un terme beaucoup plus éloigné, où l'on devait se rendre en procession, en chantant des psaumes et d'autres prières. Telle fut dans l'Église de Vienne l'institution des Rogations, qui préserva la ville des malheurs dont elle était menacée. Plusieurs Églises eurent recours au même remède, et cette sainte pratique, établie d'abord dans les Gaules par saint Mamert, fut reçue dans la suite par toute l'Église '.
On faisait de même pour les litanies, établies à l'occasion de (jnelque grand calamité publique, et que saint Grégoire introduisit à Rome en 890 ; depuis le septième siècle, on les récitait toujours le jour de Saint-Marc (2o avril). Huit jours après la Pentecôte, l'Église grecque célébrait la fête de tous les saints et martyrs, et beaucoup plus tard l'Église latine instituait la fête de la Trinité. Pendant tout le temps de la Pentecôte, de même (]ue cbaque dimancbe, les prières se faisaient debout'.
(jretser. De festis christ., Ingolst., 1612 (contre Hospinian., Festa christ., Tigur., 159.3); Guvet, Heortologia, Paris., 16Ö7; Thomassin, Traité des fêtes de l'Église, Paris, lfi83, et Histoire des fêtes mobiles de l'Église, Paris, 1703; Lambertini, Delle festi di (î. Cr. S. N. e délia B. V, Maria, Padova, 1747, 2 vol.; lat., 1731, 1736.
1° L'Avent, Binterim, Denkw., V, I, p. 163 et suiv.; Gi'eg. Turon., Hist. franc, X, xxxi, 6; Caesar. Arel., Reg. ad virg., n. d5;Conc. Matisc.,38i, cap. ix; Trull., cap. lxxix. Discours prononcés, la veille au soir de Noël, par Synésius, Hom. u; Migne, t. LXVI, p. 1364); à Noël, par saint Grégoire de Nazianze, saint Éphreni, saint Chrysostome, Proclus, Léon le Grand, saint Augustin, Césaire d'Arles, Maxime de Tuinn; le jour de la Circoncision (Morcelli, Kaleudar. Cpl., Il, p. 3),
< Ce fut le pape Léon III qui établit les Rogations dans l'Église romaine. On les nomma la litanie gallicane, ou les petites litanies, pour les distinguer des grandes litanies qu'on célèbre le 25 d'avril. (Histoire lie l'Église gallicane.)
* Concile de Nicée. can. xx.
par Proclus, André de Crète, saint Augustin, saint Fulgence, saint Césaire d'Arles, saint Maxime de Turin. Les donatistes traitaient la fête de l'Epiphanie (I, §213) de nouveauté (Aug., Serm. ccn, n. 2). Vers 360 elle était célébrée dans la Gaule (Amm. Marcellin., xxi, 2). Maxime de Turin, Serm. vi, vu, explique ses trois significations. Discours de Grégoire de Nysse et de Grégoire de Nazianze, de saint Chrysostome, de Sévérien de Gabala, Léon le Grand, Pierre Chrjsologue, Augustin, Césaire d'Arles, Maxime de Turin.
2* Le jeune de Carême, dont le commencement était ordinairement annoncé le jour de l'Epiphanie, est mentionné par le concile d'Auxerre, o78, can. n; Socr., V, 20, 22; Soz., VII, 18, 19; Chrys., Adv. Jud. hom. ni, n. 4; De staluis hom. m, u. 4, o; Hom. iv, n. 6; Hom. vi, n. 3 (Migne, t. XLVIII, p. 867 et seq.; t. XLIX, p. 53, 68, 8S); Laod., can. L-Lii; Ambros., De Elia et jej., cap. x, n. 34; Hier.,Ep. ad Fabiol.; Aug., Serm. lxix de temp.; Serm. ccv-ccxi; Cassian., Coll. XXI, 24 et seq.; Leo Magn., Serm. xxxix-u; Greg. Magn., Hom. xvi in Evang.; Gratien, cap. vi, d. 4; Epiph.. Hom. lxx, n. 12; Hom. lxxv, n. 3; Conc. Tolet., IX, 633, can, ix; TrulL, can. lvi. Mon ouvrage, Photius, III, p. 190 et suiv., 214 et suiv.; Liemke, Die Quadragesimalfasten, p. 76 etsuiv., 102 et suiv., 129 et suiv. La semaine sainte (hebd. magna), Chrys., Hom. xxx in Gen., n. i (Migne, t LIU, p. 273). Dimanche des Rameaux (éopn?! twv ßaitov). Discours de saint Cyrille (Div. xii; Migne, t. LXXXVI, p. 2913), André de Crète, Euloge d'Alexandrie. Pour le jeudi saint (f, [Ltyâ.lTf\ Tzé\nwr\j et le vendredi saint (Tvapacxey^, ^[xépa -toù TTayfoû, ffwTTipia), discours de Proclus (Or. x, xi), Augustin , Léon le Grand, etc. Contre : Hippon., 393, can. xxvm ; Trull., can. xxix. On fait dériver le mot allemand « charfreitag » (vendredi saint) tantôt de «carus,» tantôt de « careua» (jeune), tantôt de l'allemand « Kar, » tantôt de « karo, garo (paratum). » Sur les vigiles et l'illumination du samedi saint (sabbatum s. vel magnum), Hier., in Matth., xxv, 6; Aug., Serm. ccxix-ccxxiii, de temp.; Eus., Vita Const., IV, 22. Sur Pâques (« Urstan » en allemand), Chrys., Hom. de resurr., Op-, H, p. 437 et seq. Discours de Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Augustin, Léon le Grand, Maxime de Turin, Pierre Chrysologue, Proclus, etc. Sur le dimanche in Albis (:^ xaivr) xyptaxin), Naz., Or. xliv; Aug., Serm. cclix,
3<* Sur TAscension de Jésus-Christ (àvà>rnj/ti;, ^ èTtKrwÇofjilvYi) et la Pentecôte, discours de Grégoire de Nazianze, Chrysostome, Proclus, Grégoire de Nysse, Nile (Phot., cod. 276), Augustin, Léon, Maxime de Turin, Jours de prières, Greg. Turon., II, 34; Sidon. Apollin,, 482, Ep,, V, 14; VIII, 1; Conc. Aurel., I, 511, can. xxvn, xxvin; Lugd,, II, 567, can. vi ; Caesar. AreL, Avitus Vienn. (Fessier, Patrol., II, p. 828, 879). D'après Sassi, archiepisc. Mediolan. séries chron. hist. de S. Lazzaro, et Keuschen, Acta sanct., 11 febr., t. II, p. 522, Lazzare, évêque de Milan, aurait introduit les Rogations avant Mamert. Pour les distinguer du jour
472 HISTOIRE DK l'ÉGLISE.
'de. Saint-Marc (rogalio major) qu'on célébrait à Rome (Greg. Magn., lib. XI, ep. ii\ on les appelait « rogationes minores. » Discours de saint Chrysostome et de saint Éphrem sur xypiaxy) tcôv àytwv [xapxypriffâvTwv. Le l'"' mai, on célébrait en Occident le « festum initii preedicationis Domini. » La fête de tous les Saints aurait été introduite à Rome par le pape Bonifacc IV, vers 606, et transférée du 13 mai au l'^'' novembre par Grégoire 111. Cf. Lazari. Délia consecrazione del Panteon, Roma,
Fêtes particulières.
203. Outre les fêtes que nous venons de nommer, on célébrait encore : 1° la fête de la Présentation de Jésus au temple ou de sa rencontre avec Siniéon (2 février). En Orient, elle fut universellement célébrée depuis Justin 1" et Justinien; en Occident, depuis le pape Gélase, on la solennisait comme fête de la Purification de Marie. La procession avec des cierges se faisait déjà à Jérusalem sous l'empereur Marcien (mort en 457). 2" La fête de l'Annonciation de Marie (évangélisme) se célébrait le 25 mars en Orient et eu Occident; en Espagne., le 18 décembre, depuis l'an 656. 3° La fête de la Transfiguration du Seigneur (6 août) commença en Orient entre le cinquième et le septième siècle. -4° Le départ ou l'Assomption de Marie (15 août) était déjà fêté sous l'empereur Maurice; Modeste de Jérusalem, pour ne parler que de lui, l'a glorifié par ses discours.
Plusieurs saints et martyrs avaient également des fêtes particulières, notamment : 5" le premier martyr saint Etienne (26 décembre) ; 6° révangéliste saint Jean (27 décembre) ; 7" les Saints-Innocents de Bethléem (28 décembre); 8" saint Jean- Baptiste (sa nativité, 24 juin) ; 9** saint Laurent, martyr de Rome; 10° les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, dont Rome célébrait la fête les 29 et 30 juin, tandis que le 30 l'Église grecque faisait la fête de tous les apôtres. Sous l'empereur Anastase et l'archevêque Macédonius II (496-512), la fête des princes des apôtres était célébrée avec un éclat particulier, même à Constantinople. Les Orientaux faisaient aussi la fête de quelques saints de l'Ancien Testament : 11° celle des frères Machabées; 12° celle des Quarante-Martyrs; 13° celle du martyr Théodore et de plusieurs. Enfin, chaque Église, chez les Latins comme chez les Grecs, avait ses fêtes attitrées. On solennisait un outre : 14° la Chaire de saint Pierre; 15° la Décollation de saint Jean-Baptiste (29 août); 16° la fête de saint Michel et
LE CUI.TE. i73
d'autres anges; 17" deux fêtes en l'honneur de la croix du Sauveur.
1» Puriticatio B. M., en grec OnaTiâvTTi, Georg. Hamart., Chi'on., lib. IV, cap. ccxvi, ccxvu, p. 525, 527; Baron., n. 544, n. ult. Discours deThéodote d'Ancyre (Migne, t. LXXVII, p. 1390 et seq.); de Léontius de Néapolis (Migne, t. XCIII, p. 1565), de Modeste, Sophrone et Hésychius de Jérusalem (ibid., t. LXXXVI, p. 3275; t. LXXXVII, p. 3287; t. XCIII, p. 1 i68 et seq.J. Procession aux cierges, Cyrill. Scytliopol., Vita S. Tiieodos., ap. Allât., not. ad Method. (Migne, Patrol. gr., t. XXXIU, p. il 86). Le pape Gelase, ci-dessus § 15.
2" Annunciatio B. V.; la Chronique d'Alexandrie (Migne, t. XCII, p. 488) porte que, suivant une ancienne tradition, on la célébrait le 25 mars. De môme le martyrologe attribué à saint Jérôme. Cf. Trull., can. LU. Le concile de Tolède, X, 656, can. i, la transféra au 18 décembre, huit jours avant Noc-l, parce qu'elle tombait souvent en temps de Carême ou de Pâques. Discours sur cette fête par Basile de Séleucie, Antipater de Bostra (Migne, t. LXXXV, p. 426 et seq., 1175 et seq.). Proclus (t. LXV, p. 764), Sophrone, Hésychius, Jean de Damase, etc.
3° M£Ta(ji6pçw(7t;, homélies de Proclus, Cyrille d'Alexandrie, Basile de Séleucie, André de Crète. Cf. Morcelli, loc. cit., II, p. 188, c. ccclxxxviii.
4° Assumptio, vcoîiAriCTi; tî^ç OeoToxo'j, Modest., ap. Phot., Cod. cclxxv. D'autres sur [, § 42.
5° Sur saint Etienne, discours de Grégoire de Nysse, Éphrem, Proclus, Augustin, Pierre Chrysologue, Fulgence, Maxime de Turin.
6° Sur saint Jean l'Evangéliste, Cyrille d'Alexandrie, Hom. ii fMigne, t. LXXVII, p. 986). — 7° Fest. Innoc, Aug., Serm. x de sanct.; Petr. Chrysol., Serm. cliii; Prudent., Cathem., XII, 125 et seq. — 8° Nativ. Joun. Bapt., Aug., Serm. cclxxxvii-ccxcui; Cyrill., Hom. div., xvr (Migne, t. LXXVII, p. 1095^; Theodor. Daphnopota (Op. Theod., V, p. 84 et seq., ed. Schulze); Maxim. Taur., Hom. lxv-lxvii, serm. lii-lx.
— 9° Laur., Aug., Serm. cccii-cccv; Petrus Chrysol., Serm. cxxxv; Leo M., Sei'm. Lxxxv; Maxim. Taur., Hom. lxxiv et seq., Serm. lxv et seq.; Prud., Peristeph., IL — 10° Leo M., Serm. lxxxii-lxxxiv; Aug., Serm. cr.xcv-ccxcix; Maxim. Taur., Hom. liv, lxviii et seq.; vSophron., Or. viii (Migne, t. LXXXVII, p. 3355 et seq.); Prud., Perist. XII; Theod. Lect., II, 16; Theoph., p. 220. — il" Naz., Or. xv, al. xxn; Ephrem., t. IV Armen., p. 125 et seq.; Chrys., Hom. lu (Op. II, 622 et seq.); Aug., Serm. ccc, ceci ; Max. Taur., Serm. lxxiv, lxxv, t.xxviii. — 12° Nyssen. (Migne, t. XLVI, p. 749); Basil,, Hom. xix; Ephrem., t. II, gr., p. 341 et seq.; Chrys., ap. Phot., cod. 274. — 13° Nyssen., loc. cit., p. 733.
— 14° Cathedra Pétri Antioch., 22 feb.; Aug., Serm. xv de sanct (cath. Rom.ina, 18 jan.). — 15° Aug., .Serm. x suppl.; Andr. Cret., Or. xv (Migne, t. XCVH, p. 1110 et seq.).
Division de l'année ecclésiastique.
264. L'année ecclésiastique était distribuée soit d'après l'ordre que le Sauveur a suivi dans l'œuvre de notre salut (semestre du Seigneur), soit d'après les actions de ses saints (semestre des saints). Pour quelques fêtes on se réglait sur l'année naturelle et sur les saisons. Les lectures de la Bible étaient distribuées dans l'année de manière qu'on put parcourir tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les Grecs divisaient l'année ecclésiastique en quatre parties, d'après la méthode suivie pour la lecture des quatre Évangiles. Il est probable qu'autrefois l'année ecclésiastique commençait à la fête de Pâques, plus tard en Carême ou à l'Epiphanie, et enfin au mois de septembre, d'après le calendrier juif.
En Occident, on admettait quatre périodes de jeune : les Quatre-Temps, qui tombaient au commencement du Carême, la semaine de la Pentecôte et la troisième semaine des mois de septembre et de décembre. C'étaient, dans l'Église romaine, des temps d'ordinations; on jeûnait le mercredi, le vendredi et le samedi. Souvent chacune des cinquante-deux semaines de l'année avait sa dénomination particulière, empruntée soit au dimanche qui la commence, soit aux leçons de l'Écriture qu'on y hsait. Tous les jours de la semaine se nommaient fériés, parce qu'on voulait que chaque jour fût pour les chrétiens un jour de vrai sabbat, que l'on s'abstint des amusements du paganisme, pour s'adonner aux œuvres de l'amour de Dieu et du prochain. Les fêtes particulières avaient pour objet d'avertir les fidèles de secouer la poussière qu'ils avaient amassée dans leur contact avec le monde, de renouveler leur esprit, de s'animer à l'accomplissement de leurs bonnes résolutions, de consacrer au Seigneur tous les jours de leur vie et de conformer leurs actes à leur croyance.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Du rigorisme dans les mœurs et les idées des anciens chrétiens '.
On trouverait facilement, dans les ouvrages des amis comme des ennemis du christianisme, de brillantes peintures sur la foi ardente et
' Héfelé, Supplém. à l'hist. ecclés., t. I, p. 16.
LE CULTE. i75
rhéroisine des iireiniers tidèlfis; mais rien ne dépasse cette apostrophe de Tertullien aux païens du deuxième siècle de notre ère : « Voyez, ditesvous, comme les chrétiens s'aiment entre eux ! Mais vous, vous vous haïssez mutuellement. Comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres, tandis que vous êtes plutôt disposés à vous entr'égorger. Nous sommes frères aussi par la communauté des biens, et chez vous les richesses rompent tous les liens de l'amitié. Nous avons tout en commun, excepté les femmes, et parmi vous, il n'y a d'autre communauté que celles-là! »
Et Origène : « Un chrétien donnerait plutôt sa vie pour sa foi qu'un païen un pan de son manteau pour tous les dieux ensemble. »
Cette vie exemplaire des premiers chrétiens, quelques-uns ont voulu l'attribuer à une rigueur excessive et mal entendue ; ils lui ont assigné des motifs si peu avouables qu'il importe de revenir sur ce sujet. Cet examen montrera que ce qui paraît rigorisme n'était qu'un devoir de conscience, et que telles pratiques qui sembleraient outrées de nos jours étaient pour les chrétiens d'alors, dans les circonstances où ils vivaient, une obligation générale.
Les sévérités excessives et inintelligentes sont naturelles chez les dualistes. Là où l'on admet deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, où l'on attribue au second tous les êtres matériels, nous devons trouver des ascètes chagrins et moroses, qui croient que tout contact avec la matière est une abomination, et que la matière elle-même est satanique. Les manichéens et les gnostiques du deuxième siècle étaient imbus de ces idées.
Le rigorisme des juifs et des chrétiens judaïsants n'avait rien de commun avec cette doctrine. Le judaïsme s'était levé au-dessus du dualisme et ne connaissait point cette opposition éternelle entre Dieu et la nature. Cependant il laissa surgir, dans le cours de son histoire, une autre espèce de dualisme qui faisait une distinction entre les aliments, les êtres, les états purs et impurs. Il y avait en outre, chez le peuple juif, depuis l'exil de Babylone, je ne sais quelle inquiétude qui cherchait un remède dans les pratiques légales et dans l'observation extérieure de la loi : de là, chez plusieurs chrétiens sortis du judaïsme, des pratiques exagérées. Saint Pierre lui-même, à Antioche, se demandait s'il était permis de manger avec un frère chrétien converti du paganisme.
A saint Paul revient le grand mérite d'avoir détoui'né les fidèles de ce rigorisme judaïque qui avait pour devise : Ne mangez pas, ne gofitez pas, ne touchez pas telle ou telle chose '.
Mais nul homme ne sera assez puissant pour bannir définitivement
' Coloss., n, 4.
iTC» HISTOIRK DE l/ÉGLlSE.
!o rigorisme de ce monde, tant que la vie et la morale ne seront pas des mots vides de sens ; car il est difficile de tracer la limite rigoureuse entre le rigorisme et la délicatesse de conscience, d'autant plus qu'elle varie selon les temps et les lieux.
1, Couronner de tleurs la tète et la tombe d'un défunt bien-aimé passe aujourd'hui pour un acte de piété et d'affection bien entendue. Les premiers chrétiens l'évitaient scrupuleusement. On s'abstenait également de tresser des guirlandes de fleurs; mais on cueillait des fleurs odorantes et croyait permis de se mettre des guirlandes de fleurs autour du cou. N'est-ce pas là un étrange rigorisme ? On pouvait porter une fleur à la main et une guirlande de fleurs autour du cou, mais ndn sur la tête. Clément d'Alexandrie va nous expliquer cette énigme : « Les chrétiens, dit-il, s'abstiennent des guirlandes, non parce qu'ils croient qu'elles enchaînent la raison qui réside dans la tète, ou qu'elles sont une marque de légèreté, mais parce qu'elles sont dédiées aux dieux. Les fleui's assurément sont créées pour les hommes, mais les insensés, au lieu d'en faire un bon usage, les font servir au culte des démons ; nous devons donc nous en abstenir, afin de n'avoir rien de commun avec les démons '. » Du reste, ajoutait Clément, celui qui se couronne la tète perd tout l'agrément des fleurs, il ne voit pas leur beauté et ne respire pas leur arôme, et cependant il doit jouir de leur beauté et de leur parfum, afin d'en remercier le Créateur.
Il parait que peu de temps après, plusieurs chrétiens n'avaient plus les mêmes scrupules. Sous Septime-Sévère, au commencement du troisième siècle, im soldat chrétien, après une expédition militaire, fut appelé à recevoir sa récompense. C'était la coutume que le soldat couronné se présentât devant le tribun, qui lui remettait son donatirum. Ce chrétien, au lieu de porter sa couronne sur la tête en paraissant devant lui, la tenait à la main. Interrogé, il dit qu'il était chrétien et qu'une telle parure lui était défendue. Il fut condamné à mort. Plusieurs chrétiens l'accusèrent d'exagération : Ubi prohibemur coronari? disaientils.
TertuUien prit sa défense dans le De Corona; mais son éloquence ne pouvait rien contre le progrès de la liberté chrétienne. La couronne du soldat passa désormais pour une décoration purement militaire. Si elle était faite de laurier, consacré à Apollon, cela ne lui enlevait pas son prix, ainsi que le remarquait saint Augustin; autrement les chrétiens devraient s'abstenir du pain, puisque le blé est consacré à Cérès. ..
2. TertuUien condamnait aussi le service miUtaire, parce qu'il ne faut jurer qu'à Jésus-Christ et que le Seigneur a dit : « Qui se sert du glaive
' Pedag., lib. I, c. viii, éd. Pott., not.
périra par le glaive. » Le martyr Mamilien était du même avis : Mihi non licet militare, disait-il, quia christianus sum ; non possum maie facere; christianus sum.
Mais il serait aisé de prouver que ce n'était pas là le sentiment général des anciens chrétiens. Aringhi cite du temps d'Adrien une inscription tumulaire où Pon voit que des chrétiens servaient dans les armées dès la première moitié du deuxième siècle. Sous cet empereur, deux frères chrétiens, Gétulus et Amantius, étaient tribuns, probablement tribuns militaires, amsi que nous le voyons par les Actes de sainte Symphorose.
Les soldats chrétiens devaient déjà être fort nombreux sous Marc- Aurèle, autrement ils n'auraient pas donné lieu, quarante ans plus tard, à la légende de la Légion fulminante. A la fin du deuxième siècle, les chrétiens, au dire de TertuUien, remplissaient déjà tous les camps. Les actes mêmes du rigoriste Maximilieu portent que plusieurs chrétiens servaient dans l'armée, et on voit dans Eusèbe et dans les Actes des martyrs que leur nombre était considérable.
Toutes ces preuves cependant semblent s'évanouir devant le xn'^ canon du premier concile de Nicée (325), lequel, d'après la traduction de Rutin et l'interprétation du célèbre Brenz, imposait une pénitence de ti-eize ans à un chrétien qui aurait repris le service militaire après l'avoir quitté. J'avoue que, s'il en était ainsi, les Pères de Nicée auraient fait preuve d'une rigueur peu éclairée; mais ce canon, bien expliqué, dit tout autre chose. L'empereur Licin ayant voulu contraindre les soldats chrétiens de sacrifier, ceux-ci, dans leur premier mouvement, renoncèrent au service militaire, puis le reprirent par avarice et offrirent les sacrifices qu'on exigeait d'eux. C'est à ces apostats par avarice que le concile impose une pénitence de treize ans.
Saint Basile, dans une lettre canonique à Amphiloque, évêque d'Iconie, prescrit d'écarter de la communion pendant trois ans les soldats qui auront achevé leur service militaire ; on a conclu de là qu'il tenait ce service pour illicite. Or, ce n'est pas à tous les soldats, mais seulement à ceux qui ont versé le sang, quil interdit pour quelque temps la communion. Il trouve malséant que celui dont la main est encore toute fumante de sang, s'approche de la table de la paix. Sentiment délicat, mais non rigoriste, d'autant plus que ce n'était qu'un conseil.
3. En ce qui est des parures, on accuserait certainement l'antiquité chrétienne de rigorisme, si on prenait TertuUien pour l'oracle de l'Église. Dès le début de son De habitu mulierum, il engage les femmes à ne porter que des habits de deuil, afin de pleurer le poché d'Eve, leur mère. Avec l'auteur des homélies pseudoclêmentines, il attriliue les vêtements de luxe aux anges déchus; la pourpre, selon lui, est une
couleur adultère, évidemment contraire à la volonté de Dieu. Si Dieu avait voulu que l'homme portât des vêtements de pourpre, il aurait donné cette couleur à la laine des bi'ebis. Le sombre Africain abomine surtout la coutume de se farder les joues, de teindre ses cheveux, de porter des perruques. Une main parée d'anneaux supportera difficilement les chaînes du martyre, et un cou enlacé de perles ne se pliera pas volontiers sous la hache ' .
Clément d'Alexandrie est un peu moins sévère. Lui aussi, il blâme les femmes qui portent des bijoux, fi-isent leui's cheveux, se teignent les joues, les yeux et les cheveux. De tels soucis sont dune courtisane, non d'une matrone. Quant à un homme qui aime les onguents, il le tient pour un adultère, un débauché. C'est un péché, dit-il, de se percer les oreilles pour y suspendre des parures; celui qui croit pouvoir se parer avec éclat, se met au-dessous d'un métal inanimé. « Il est honteux de voir des êtres créés à l'image de Dieu mépriser leur image et préférer une parure humaine à l'œuvre du Créateur. » 11 n'accorde de dispense que lorsqu'une femme est empêchée par son époux de se distraire ailleurs.
Il condamne la vaisselle d'or et d'argent. L'or et l'argent surpertlus engendrent l'envie; ils sont difficiles à acquérir, difficiles à garder et inutiles pour l'usage. Les tapis de pourpre et d'autres couleurs rares et magnifiques sont des signes de mollesse que les chrétiens doivent absolument répudier.
On voit cependant, par un passage du Pédagogue, que Clément n'était pas aveugle dans son rigorisme. Porter des bijoux en or, des habits délicats n'est pas absolument répi'éhensible, mais il faut en réprimer le désir déraisonnable, afin de ne pas tomber dans des moeurs sensuelles, suivant cette parole de saint Paul : « Que ceux qui se réjouissent soient comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas >■> [1 Cor., VII, 29); tout ce qui a été créé de Dieu est bon. pourvu qu'on l'emploie avec reconnaissance (J Tim., u, 4).
Ces textes de la Bible servaient de règle à la communauté chrétienne et aux plus saints moralistes. L'homme n'est pas créé seulement pour la tristesse, mais aussi pour la joie, bien qu'il y ait une vertu supérieure qui renonce aux plaisirs de la vie pour des fins plus élevées.
4, C'était aussi du rigorisme, l'horreur que les premiers chi'étiens faisaient paraître pour la peinture et la sculpture. Sans y renoncer entièrement, ils ne leur demandaient que le strict nécessaire. Buonarotti, dans son ouvrage De vitris cœmeterialibus, dit que les images des chrétiens sur les tombeaux sont les plus dépourvues d'art, et il attribue ce fait au rigorisme de cette époque.
De cuUu fœmin., cap. v, vi, xiii, De virg. veland.
L'art étant intimement mêlé à la mythologie, le sentiment du beau ne pouvait pas déterminer les chrétiens à se procurer de pareilles œuvres, car il semblait impossible alors de séparer l'élément esthétique de l'élément rehgieux.
Sur ce point encore, le plus sévère était Tertullien. Il se place au point de vue mosaïque, qui défend de se faire une image de ce qui est au ciel, sur la terre ou dans la mer. Quoi que l'image réprésente, dit-il, rhomme incline à l'adorer, et la faute de cette idolâtrie retombe sur l'artiste. Quelques chrétiens qui avaient pratiqué ces arts avant leur conversion objectaient qu'y renoncer c'était se priver de leurs moyens de subsistance. Cette raison est mauvaise, répliquait Tertullien, car le voleur devrait lui aussi continuer de dérober pour vivre. 11 leur conseillait de faire des ouvrages qui n'eussent aucun rapport avec l'idolâtrie.
Tous les chrétiens cependant n'étaient pas aussi exclusifs. Si les représentations mythologiques demeurèrent longtemps interdites, les autres furent usitées dès la fin du deuxième siècle et elles se multiplièrent dans la suite. Les anciens chrétiens, dit Clément d'Alexandrie, gravaient sur leurs anneaux la figure symbolique de la colombe ou du poisson, d'un vaisseau agité par le vent, d'une lyre, d'une ancre, et leur vaisselle portait souvent l'image du bon Pasteur. Depuis Constantin, le signe de la croix et le monogramme du Christ étaient souvent figurés avec un art remarquable, et plus le danger de l'apostasie disparaissait, plus les images allaient se multipliant. Des maisons particulières elles passèrent dans les églises.
La religion approuva cette alliance avec l'art, et on commença depuis à représenter la figure humaine de Jésus-Christ avec un air sublime et majestueux, tandis qu'autrefois on la concevait comme misérable et sans aucune apparence.
Ö. Les anciens chrétiens n'étaient pas moins rigides à l'égard des représentations théâtrales, qu'ils avaient en horreur; comme les sujets de la scène païenne étaient souvent tirés de la mythologie; que les dieux et les demi-dieux étaient les héros du drame, l'immoralité des païens offusquait leur sentiment moral. Le comédien, disait Tatien,e3t un professeur d'adultère, d'impudicité et de cupidité effrénée. Saint Cyprien relève avec force l'immoralité de la scène païenne. « Reproduire en vers des actions infâmes, disait-il, voilà ce qu'on appelle le cothurne tragique. On imite fidèlement l'ancienne horreur du pati'icide et de l'inceste, afin qu'aucune action honteuse ne disparaisse de la mémoire des hommes. On enseigne ici à toutes les générations que ce qui a été fait on peut le faire encore. »
Les Pères des siècles suivants tiennent le même langage. Cependant
480 HiSTomE DE l'église.
plusieurs chrétiens faisaient déjà remarquer que tous les drames n'étaient pas déshonorants, ni toutes les pièces immorales.
Les combats des gladiateurs ne firent qu'accroître cette répulsion pour les spectacles. Si les chrétiens, disait Athénagore, ne peuvent assister au supplice d'un criminel justement condamné, comment ne fuiraient-ils pas ces spectacles sanglants? « Celui qui a le plus massacré est celui qui est couronné. Plusieurs se vendent pour se laisser tuer. »
Ce qui blessait encore les chrétiens, c'étaient les travestissements, la nécessité de jouer un personnage étranger. « Dieu, disait TertuUien, le juge de toute hypocrisie, ne reconnaîtra point celui qui aura hypocritement imité la voix, le sexe, l'âge, l'amour, la haine, les soupirs et les gémissements d'une personne étrangère. »
Au milieu du cinquième siècle, le concile d'Arles prononçait l'excommunication contre quiconque remplirait un rôle au théâtre. Il ne dit rien des spectateurs. A partir de Constantin, les lois civiles n'interdirent plus que les scènes sanglantes. Le théâtre n'était défendu qu'aux jours de dimanches et de fêtes.
Des opinions moins rigides ne prévalurent qu'après la défaite totale du paganisme et lorsque l'esprit chrétien eut pénétré les productions dramatiques. Comme miroir de la vie et fuyer des arts, l'esprit chrétien ne saurait répudier le théâtre, mais il doit exiger qu'on en bannisse tout ce qui peut menacer l'intégrité de la foi pt la pureté des mœurs.
6. Les premiers chrétiens montraient aussi sur l'intérêt de l'argent une délicatesse de conscience qui n'existe plus aujourd'hui chez un grand nombre. Plusieurs le condamnaient comme une injustice. TertuUien invoquait contre lui le témoignage de l'Évangile. Au quatrième livre de sa controverse contre Marcien, il s'applique à démontrer l'accord de l'Ancien et du Nouveau Testament au moyen de la doctrine concernant le prêt de l'argent. Selon Ézéchias, xvni, 8, dit TertuUien, celui-là est juste qui ne donne pas son argent à usure et ne prend point de superflu, c'est-à-dire d'intérêt. C'est par ces paroles prophétiques que Dieu a inauguré la perfection de la loi nouvelle. Il fallait d'abord accoutumer l'homme, sous l'Ancien Testament, à ne tirer aucun profit du prêt, afin qu'il s'habituât sous le Nouveau à supporter patiemment la perte même de la chose prêtée.
Saint Ambroise invoquait d'autres passages, celui-ci entre autres : « Si vous prêtez de l'argent à mon peuple, au pauvre qui est à côté de vous, vous ne le presserez point comme un exacteur impitoyable; vous ne l'accablerez point par des usures » {Exod., xxii, 25, etc.). « Ne prenez point d'intérêt de lui (de votre frère), et ne tirez point de lui plus que vous ne lui avez donné... Vous ne lui donnerez point votre argent à usure, et vous n'exigerez point de lui plus de grains que vous ne lui en aurez donné » {Lévit., xxv, 36, 37). » Vous ne prêterez à usure à
votre frère ni argent ni grain, ni quoi que ce soit; mais seulement aux étrangers» {Deut., xxiii, 19, 20).
Or, plusieurs considéraient comme obligeant encore la défense de l'ancienne loi d'exiger des intérêts d'un compatriote. La loi interdit, disait Clément d'Alexandrie, de demander des intérêts à un frère, et non-seulement à un frère selon la chair, mais à un frère selon la nationalité et la religion ... ; on doit au contraire aider les nécessiteux à cœur et à mains ouverts. »
Intérêt et usure, dans la langue du peuple juif, étaient synonymes; c'est ce que les Romains interprétaient par fœ)ius dans sa signification amphibologique. 12 0/0, ou, comme disaient les Romains,! 0/0 par mois {usura centesima) était presque le taux le plus faible; dans les derniers temps de la république et sous les premiers empereurs, c'était le taux légal. Mais il fallait souvent payer le double, binse centesimae, ou 24 0/0, et même 48 0/0, quaternœ centesimœ '. Horace parle d'un certain Fufidius qui exigeait 60, et il est à remarquer qu'il le cite parmi les « pharmaciens. » Ces intérêts élevés, il fallait les payer au commencement de chaque mois; aussi Ovide se plaignait-il des calendœ celeres, et Horace des tristes calendœ.
Leur délicatesse de conscience ne permettait pas aux premiers chrétiens de suivre dételles pratiques; mais, dans la suite, plusieurs n'imitèrent que trop fidèlement les mœurs du paganisme. Saint Chrysostome parle de ceux qui, non contents de 12, percevaient 50 0/0. Lactance traite de voleurs ceux qui reçoivent plus qu'ils n'ont donné à un voisin nécessiteux. Saint Ambroise a écrit un livre entier, De Tobia, contre le pi'èt de l'argent. L'homme léger, dit-il, dissipe promptement la somme qu'il a empruntée ; elle diminue chaque jour, tandis que la dette s'accroît. Les changeurs tâchent surtout d'attirer dans leurs Qlets les jeunes gens opulents et les héiùtiers, et ils épuisent tous les moyens pour leur imposer leur argent. Malheur à qui le reçoit; il sera cei'tainement pillé. Le capital produit des intérêts, les intérêts des intérêts. Tout cela fructifie d'une étrange façon, la somme s'accroit, le débiteur tombe dans l'embarras, et c'en est fait de son repos... L'usurier, dit saint Ambroise, ressemble au diable, et en fait c'est Satan qui, sous la forme du serpent, a entrepris le premier change avec Eve, et il l'a fait avec un succès qui a servi de modèle à tous les autres. L'ancienne loi, dit-il, défend l'intérêt; or Jésus-Christ n'est pas venu pour la supprimer, mais pour l'accompHr; par conséquent, elle continue d'être en vigueur. »
Saint Basile, dans son discours sur les usui'iers, -îoxî^ovteç, n'est pas moins sévère; il imite et reproduit souvent saint Ambroise.
Les Pères, en dépeignant sous de si noires couleurs le prêt à intérêt,
' Cic, Verr., Ir. 70; Act., v, 11, 12.
48â HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
le confondent avec l'usure. Partout ils représentent l'usurier comme un vampire qui, blotti derrière son comptoir, réfléchit et calcule qui il pourra séduire. Mais quelle différence de cet homme à l'ouvrier qui place à un intérêt raisonnable le fruit de ses épargnes, afin d'assurer sa vieillesse contre l'indigence. En comparant à un voleur celui qui perçoit des intérêts, on oublie qu'il rend souvent à son voisin le plus grand des services, tandis que le voleur ne le fait jamais.
Il en est du prêt comme de la location : s'il était défendu de louer sa maison, qui pourrait trouver un abri à moins d'avoir une maison à soi? Qui voudrait se livrer au commerce s'il fallait livrer ses marchandises au prix de revient?
Les Pères de l'Église seraient ici exempts de rigorisme si les lois religieuses défendaient aux chrétiens de percevoir des intérêts. Mais l'argument de saint Ambroise pèche visiblement, car s'il était défendu aux juifs de percevoir des intérêts sur des juifs, ils le pouvaient sur des étrangers. Les intérêts ne sont pas illicites en soi , autrement ils n'eussent été dans aucun cas permis aux juifs.
On ne saurait conclure de saint Matthieu, xxi, qu'ils soient défendus, car il y est dit simplement, v, 12, que Jésus-Christ l'enversa dans le temple les tables des vendeurs ; autrement il faudi'ait conclure que le commerce des colombes, l'achat et la vente en général sont interdits, car les autres marchands ne furent pas mieux traités que les changeui's.
Du reste, ce rigorisme de plusieurs Pères n'était pas professé par l'Église universelle, et jamais un concile général ou un autre grand concile n'a, que je sache, défendu aux « laïques » de percevoir des intérêts, mais seulements aux clercs.
Il est dit au xliv« canon apostolique : « Un évêque, un prêtre ou un diacre qui exige des intérêts de ses débiteurs, doit y renoncer sous peine de déposition. »
Ce canon, selon Drey ', fait partie des plus anciens, de ceux qui, par leur fond du moins, sont incontestablement d'origine apostolique. Je crois cependant qu'il n'existait pas encore au temps de saint Cyprien, car ce Père trouve mauvais, dans son De lapsis, que des évêques se livrent à un pareil trafic, et il n'eût pas manqué de citer ce canon s'il eût déjà existé. En tout cas, il ne défend les intérêts qu'aux clercs. Le concile d'Arles porte également (314, can. xii) : De ministris qui fœnerant placuit eosjuxta fomiam divinitus datam a communione abstineri.
Le premier concile universel de iNicée, can. xvti, défend aux seuls clercs, èv Tw xavôvi èÇ£Ta(j6;A£vot, de prendre des intérêts, avec menace de les exclure du clergé. Rien des laïques.
^ Nouvelles Recherchen sur les Constitutions, etc., p. 241.
Le concile quinisexte, can. x, a renouvelé presque littéralement le canon des apôtres : « Un évêque, un prêtre, un diacre, qui prend des intérêts ou le centième, centesima, doit cesser ou être exclu. » Même prescription, mais pour les clercs seulement, dans la décrétale de Léon I",
Ainsi l'Église n'a jamais défendu aux laïques de percevoir l'intérêt de l'argent, quoique des rigoristes ultérieurs, dont le collecteur du Corpus paraît embrasser l'opinion, le croient généralement immoral.
7. Entre les différentes formes du rigorisme, il en est une qui, par son importance pratique, méi'ite une attention spéciale : c'est l'aversion des anciens chi'étiens pour les secondes noces. Au point de vue idéal, l'union matrimoniale subsiste par-delà le tombeau, et l'union des âmes n'est pas troublée par la séparation des corps qu'entraîne la mort. L'instinct naturel l'enseignait déjà aux païens avant le christianisme; on connaît ces paroles de Didon :
« Il emporta mes amours celui qui, le premier, s'unit à mon destin; qu'il les ait avec lui et qu'il les garde dans sa tombe ; »
111e meos, primus qui me sibi conjunxit amores, Abstulit ; ille habeat secum servetque sepulcro.
Et qui oserait refuser un sentiment moral élevé à ces femmes païennes que TertuUien félicite de préférer la mort à une seconde union? Pausanias vante ces femmes grecques qui juraient solennellement de ne plus voler à de nouvelles amours après la mort d'un premier époux. Tacite en dit autant des Allemands, et Valère Maxime assure que les anciens Romains désapprouvaient les secondes noces parce que : Multorum matrimoniorum experientiam quasi legitimse cujusdam intemperantiae Signum esse credentes.
Il serait aisé de multiplier ces témoignages de l'antiquité païenne. Quant aux vestiges qu'on croit trouver chez les Juifs en faveur de ce sentiment, ils ont peu de valeur. Le grand-prètre ne pouvait épouser qu'une vierge, et non une veuve ou une femme piffaiblie ; qu'il n'ait pu se marier qu'une fois, on ne le voit nulle part. Il se peut toutefois que les Juifs aient considéré le veuvage comme un degré spécial de vei'tu. Pour les premiers chrétiens, ils en étaient certainement convaincus ; d'où vient que saint Paul ordonnait aux évèques, aux prêtres et aux diacres de ne choisir que des femmes qui aient été mariées une seule fois. De même on ne devait prendre pour diaconesses que des veuves qui n'avaient été attachées qu'à un seul homme. Aux autres chrétiens, l'Apùtre ne donne que des conseils : <( La femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant; est- il mort, elle est libre d'épouser qui elle vent. Elle est plus heureuse, selon mui, si elle
ASi HISTOIRE DE L ÉGLISE.
demeure ainsi, et je crois, moi aussi, avoir l'esprit de Dieu ' . » Mais il est un cas où il se prononce pour le mariage : « Les jeunes veuves, dit-il, doivent se marier, avoir des enfants, gouverner leur ménage, et ne donner aux malveillants aucun sujet de reproche -. « Il veut parler de celles qui n'ont point d'enfants et qui, en demeurant veuves, tomberaient dans le péché.
Saint Paul préfère donc la virginité, mais sans répudier le mariage ni surtout le défendre.
Ici, les vrais représentants du rigorisme, ce sont les montanistes, qui traitaient les secondes noces d'adultère. Leurs raisons sont étranges. Sous prétexte qu'il est dit : « Deux seront en une seule chair, » Gen., ii, 24, Tertullien interdisait les secondes noces. « Quand même, dit-il ailleurs, une femme est repoussée par son mari, elle n'en est pas moins liée à cet ennemi qui s'est séparé d'elle à dessein. Or, combien plus n'est-elle pas liée à celui qui ne cesse pas d'être son ami, que Dieu n'a séparé d'elle que pour un temps? Elle lui demeure spirituellement unie, même après sa mort; elle prie pour son âme et espère lui être de nouveau unie après la résurrection. »
Voyons maintenant ce que disent les Pères orthodoxes, s'ils sont exempts de tout rigorisme. Parmi les Pères apostoliques, aucun ne traite ce sujet, car Hermas appartient selon moi au milieu du deuxième siècle. Au 11^ livre de son Pasteur, Hermas demande si le « conjoint qui survit pèche en se remariant. » Et il répond : Qui nubit non peccat, sed si per se manserit, magnum sibi conquirit honorem apud Deum.
Athènagore, un peu avant lui, écrivait dans sa Légation pour les chrétiens : « Nous ne nous marions point, ou nous ne le faisons qu'une fois, car le second mariage est un honnête adultère. » Ce passage l'a fait accuser de montanisme ; on a oublié que les montanistes n'appellent jamais le second mariage décorum adultenum, mais simplement adxdterium .
Voilà donc un Père oi'thodoxe qui, sans rejeter les secondes noces comme coupables , les traite cependant d'une façon qui n'est pas exempte de rigorisme. Parle-t-il du mariage au sens ordinaire? Binterim le nie. Selon lui, les Pères entendaient par secondes noces un ujariage contracté du vivant du conjoint répudié ou séparé. Il se trompe. Athènagore parle d'un adultère honnête, et le contexte prouve qu'il s'agit d'un mariage après la mort du conjoint. Du reste, ajoute Mœhler, comme il avait à défendre la pureté des mœurs des chrétiens, il pouvait aisément exagérer dans l'expression. Voici la suite de ses pensées : Le second mariage est un adultère honnête, car Jésus-Christ a déclaré adultère celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre.
» / Tim., m. 2 et 12; TH., i, 5, 6. — » / Tim., v, 14.
r.E CILIE. iH.'i
Or, celui-là t'ait (juclque cliose de semblable, quasi, qui se sépare de sa femme défunte par un nouveau mariage ; il est quasi adultère, et son second mariage quasi adulterium.
Quelques années après Athénagore, saint Irénée, qui appartenait aux chrétiens d'Orient par son origine, sa culture, sa langue, remarque, à propos du baptême, que le Seigneur eut pitié de la Samaritaine, qiix in uno viro non mansit, sed fornicata est in multis nuptiis. il semble renchérir encore par l'expression sur Athénagox'e; mais nous sommes trop peu certains du vrai sens de ses paroles pour que nous puissions faire de lui Je plus violent des adversaires des secondes noces. On ignore d'abord s'il croit que les cinq maris aient été pris du vivant de tous ou successivement après leur mort. Binlerim pense qu^il s'agit d'une union multiple avec plusieurs hommes. Je crois, au contraire, que le texte de saint Irénée se prête à une autre interprétation. Si la Samaritaine se fût remariée après la mort de son premier mari, saint Irénée se serait exprimé avec moins de force, car on peut admettre qu'il tenait pour fornication non un second mariage, mais un quatrième et un cinquième. Les constitutions apostoliques nous donnent la clef de sa vraie pensée : elles permettent le second mariage en certains cas; le troisième est considéré comme une marque dlAcontinence et les suivants comme une fornication manifeste. Ce sentiment de saint Irénée ne laisse pas d'être rigoriste ; il hii est commun avec plusieurs Pères grecs et avec les constitutions apostoliques. On prétend que celles-ci condamnaient aussi les secondes noces. Voici le passage qui a donné lieu à cette fausse interprétation : Btya(A(a oà (isTà ETraYyeXiav 7tapavo|i.ov : « je mariage, après rèTiayys^ia, est illicite. » Par ÈTtaYyeXta, les constitutions entendent la profession d'une diaconesse, qui ne devait avoir été mariée qu'une fois {I Tim., v, 9). Ainsi une veuve qui avait fait profession comme diaconesse ne pouvait plus se remarier, non point, disent les constitutions, que ce fût un adultère, mais parce que la veuve, après avoir promis de demeurer dans le célibat, rompait sa parole. Tel est le vrai sens de ce texte.
Clément d'Alexandrie, dans un passage de ses Stromates, semble rejeter les secondes noces; mais on peut démêler sa vraie pensée dans (;et endroit de la fm du chapitre i", livre III : « Nous louons la virginité, nous admirons la monogamie et la chasteté d'un seul mariage, ... mais l'Apôtre dit des secondes noces : « Si vous brûlez, mariez-vous. »
Il disait plus tard : « Pour confondre ceux qui inclinent aux secondes noces, l'Apôtre dit incessamment : Tout autre péché est hors du corps, mais le fornicatcur pèche contre son propre corps. Si quelqu'un ose appeler le mariage fornication, il résiste à la loi et au Seigneur; il blasphème. » Ce qui étonne d'abord dans ce passage, c'est que l'auteur apphque aux secondes noces le texte I Cor., vu, 18, et appelle foruica-
486 HISTOIRE DK l'ÉGUSE.
tion le penchant à les contracter, tandis que, dan^ la phrase suivante, il qualilie de blasphémateur celui qui traite le mariage de fornication. Il y aurait évidemment contradiction si ôeOtepo; àjxoç signifiait ici secondes noces. Mais Clément vent parler d'une bigamie réelle et non successive, car il combat ici les hérétiques qui rejetaient le mariage comme une fornication, et il veut dire que l'Église tient le milieu entre ces deux extrêmes.
11 en est de même d'Origène, qui semble refuser tout espoir de salut à ceux qui se remarient : Secundœ et tertiœ et quartae nuptiœ, ut de pluribus taceam, repenuntur, et non ignoramus quod taie conjugium ejiciet nos de regno Dei. Et il continue : Comme les secondes noces nous excluent du sacerdoce, du diaconat, etc., elles excluent aussi de cœtu primitivorum immaculatorumquc Ecclesise, non pas que celui qui se remarie in aeteiiium mittatur incendium, sed quo partent non habcat in regno Dei. Ils ne peuvent donc espérer ce haut degré de béatitude qui est réservé aux premiers-nés du christianisme, aux plus purs, mais ils ne sont pas absolument privés de la béatitude, ainsi qu'il l'explique dans cet autre endroit : « Celle qui se marie deux fois participe au salut dans un certain degré , mais non à cette béatitude eminente réservée à ceux qui sont demeurés purs. » Origène ne fait donc que renforcer l'expression de saint Paul.
Quant au sentiment de l'Église, il est attesté par le canon viu du premier concile universel dû Nicée. il obhge les cathares qui rentraient dans l'Église à communiquer avec les catholiques engagés dans un second mariage. Cependant, comme l'Église savait que l'Apôtre ne pei'mettait les secondes noces qu'en vue de la faiblesse humaine; elle défendait dans les secondes noces la bénédiction solennelle, benedictio coronatorum, et interdisait aux prêtres de participer aux festins.
Le xix^ canon du concile d'Ancyre parle de la pénitence qu'on doit imposer à ceux qui se remarient. 11 n'en est point question dans le concile de Nicée, et un canon qui lui est attribué mentionne seulement preces propitiatoriœ, qui doivent remplacer la bénédiction. Cette prière, d'après une version latine du Rituel grec, est ainsi conçue : Domine Jesu Christe, ... propitiare famulorum tnorum iniquitatibus, qui œstum pondusque Dei, carnisve ardorem ferre non valentes, ad secundum co7ijugii usum communionemque confugiunt; sicut ... per apostolum Pauhim sanxisti: propter nos imbecillos inquiens ; Melius est in Domino nubcre quam uri. Il n'y est donc point question de pénitence, non plus que dans ce premier canon de Laodicée : «Ceux qui ont régulièrement contracté un second mariage peuvent, après un peu de temps et quand ils ont auparavant vaqué à la prière et au jeune, participer à la communion. »
Saint Basile, au contraire, traite expressément de la pénitence dans
LE ciLii:. if^T
ses lettres canoniques a Amphiloquc. I.cs ancien?, dil-jl, punissaient le bigame d'une pénitence d'un an et même de deux ans, le trigame, d'une pénitence de trois, quatre et même cinq ans. Il ajoute que qui se marie plus de deux fois ne mérite pas le nom d'homme ou de femme.
Et dans sa seconde lettre canonique : Le troisième mariage n'est pas légalement permis ; on le tolère comme une tache dans l'Église sans le condamner publiquement, parce qu'il vaut mieux que la fornication. L'éditeur bénédictin de saint Basile, Maran, s'étonne qu'il ait pu dire que le troisième mariage n'est pas publiquement condamné, lui qui (canon iv) parle d'une pénitence de trois à cinq ans. Voici ce qu'il en est. Si le troisième mariage était mauvais en soi, le trigame devrait, avant de commencer sa pénitence, renoncer àTu-sage du mariage, ainsi quele concubinaire; mais comme on le tolérait pour prévenir un plus grand mal, on se bornait à imposer une pénitence, sans exiger une rupture avant qu'elle fût accomplie.
Le canon i.xxx offre plus de difficultés. 11 se résume ainsi : les Pères passent sous silence la polygamie, parce qu'elle est quelque chose d'animal et d'étranger à ia race humaine. Nous la tenons pour un plus grand crime que la fornication ; c'est pourquoi il faut soumettre ceux qui s'en rendent coupables à la pénitence. Ils doivent rester un an parmi les pleureurs (premier degré) , trois ans parmi les prosternés (troisième degré), et enfin être reçus. L'éditeur de Saint-Maur a tort de considérer cela comme un troisième mariage. Dans ce canon, saint Basile dit que la polygamie est plus grave que la fornication, tandis qu'au canon l il déclare que le troisième mariage est préférable. Or, en disant au canon lxxx que la polygamie est pire que la foi'nication, il serait tombé dans une contradiction grossière, s'il avait voulu parler d'un troisième mariage.
Zonaras et Balsamon croient qu'il s'agit d'un quatrième mariage ; la seule difficulté, selon eux, est do savoir pourquoi on n'infligeait à ce quatrième mariage qu'une pénitence de quatre ans, tandis que le troisième était puni d'une pénitence de quatre à cinq ans.
Mais, d'abord, il est vraisemblable que la polygamie dont parle le canon lxxx était punie aussi d'une pénitence de cinq ans, car ces paroles : « alors ils seront admis, » désignent sans doute l'admission au quatrième degré, qui est le plus élevé. Aexto-j; thon correspond à SeyOr.Tw du canon i.xxx, où il s'agit non d'une admission à la communion, mais dans la classe des consistants, lesquels participaient à la prière, mais non à l'Eucharistie. Dans cette classe, les pénitents demeuraient d'ordinaire une année. Or, si nous ajoutons cela aux quatre années du canon LXXX, nous aurons aussi cinq ans pour le polygame.
Du reste, la pénitence imposée au polygame par le canon lxxx est plus
48f> HISTOIRE DE L EGLISE.
sévt'-re .]ue celle quo le canon iv inflige au Iriganie, lequel devait demeurer de deux à trois ans dans le second degré et un an dans le degré supérieur. Le polygame, au contraire, devait demeurer un an dans le degré inférieur, qui était très-pénible, trois ans dans le troisième, non moins pénible, puis un an dans le degré supérieur et facile.
Il est donc certain que saint Basile imposait au polygame une pénitence plus austère qu'au triganic, et, sous ce rapport, on pouvait entendre par polygame celui qui s'était marié quatre fois et même davantage. Selon moi,cependant, il est plus probable que le canon lxxx parle de la vraie polygamie, car le canon iv a déjà traité de la polygamie successive; de plus, la place qu'occupe le canon lsxx fait supposer qu'il s'agit plutôt de la polygamie que d'un quatrième mariage, car les canons précédents ne roulent que sur de grossiers pécbés de la chair : l'inceste avec la sœur ou la belle-fiUe, et le canon lxxvii ne parle que de l'abandon de la'femme légitime pour s'unir avec une autre (polygamie réelle). Il était donc naturel que saint Basile passât de la vraie bigamie à la polygamie réelle.
Pour tous ces motifs, j'incline à croire que le canon lxxx parle d'une iHiion simultanée avec plusieurs femmes. Mais pourquoi saint Basile ne lui intlige-t-il qu'une pénitence de quatre à cinq ans, tandis qu'au canon lxxvh il punit la polygamie d'une pénitence de sept ans ? Sans doute parce qu'ici il y avait h la fois bigamie et expulsion de la femme légitime.
L'opinion rigide de saint Basile a visiblement intlué sur la pratique ultérieure de l'Église grecque et entretenu son rigorisme. Nicépbore, j)atriarche de Constantinople (mort en 814), excluait le bigame de la communion pendant deux ans, le trigame pendant cinq ans. L'empereur grec Léon le Sage se maria trois fois sans encourir aucune pénitence ; mais, la quatrième fois, le patriarche Nicolas l'exclut de la communion ecclésiastique. Ce décret fut confirmé par un concile de Constantinople (920), sous le fils de Léon. Ce concile désapprouva les secondes noces, soumit les troisièmes à une pénitence et les défendit à ceux qui dépasserdeut quarante ans et auraient des enfants d'un premier mariage; il frappa les quatrièmes d'excommunication. L'Église grecque s'est conformée à ces dispositions jusqu'au temps présent, et elle continue d'interdire les quatrièmes noces. Mais, contrairement au VII'' des canons africains, elle permet de bénir solennellement les secondes noces et d'y couronner les époux. Cette tolérance daterait de Constantin Copronj^me, le premier qui fut couronné lors de son troisième mariage avec Eudoxie.
La pratique mitigée se généralisa dès le onzième siècle, car le philosophe Nicétas, archevêque d'Héraclée, écrivait à l'évêque Constantin : (' Les lois défendent de couronner le bigame, mais, selon l'usage
actuel, ces prescriptions ne sont plus exactement observées, » et personne n'y contredit. On assure cependant qu'au dix-septième siècle encore on n'usait pas toujours de cette indulgence dans le couronnement des bigames.
Dans l'Église latine, nous avons vu que lauteur dn Pasteur, vers 150, traite les secondes noces d'illicites; mais nous avons vu aussi qu'avec saint Paul il considère l'état de veuvage comme plus parfait. Les docteurs et les conciles suivants professent la même opinion. TertuUien lui-même, avant son passage au montanisme, ne traite jamais les secondes noces d'illicites, malgré le peu d'estime qu'il en fait.
C'est en Afrique, cette patrie des montanistes, des novatiens et des manichéens, qu'elles paraissent avoir soulevé le plus de difficultés. Ainsi les anciens statuts voulaient que, dans le procès d'information d'un évèque élu, on lui posât ces deux questions : S'il ne rejetait pas le mariage en général et les secondes noces en particulier?
Saint .\mbroise disait : Nec prohibemus secundas nuptias, sed non suademus. Plus dico : non prohibcmus secundas nuptias, sed non probamus sxpe repetitas. Et cependant les raisons ne lui auraient pas manqué pour répudier les secondes noces.
Une femme se mourait d'avoir perdu son mari, et le saint essayait vainement de la consoler. Tout- à-coup il apprend qu'elle vient de se remarier. Comme c'est à ce sujet qu'il écrivit son De viduis, il ne faudrait pas s'étonner qu'il y parlât sévèrement des secondes noces.
L'opinion mitigée de saint Ambroise est d'autant plus remarquable qu'il fut un panégyriste ardent de la virginité. De même pour saint Jérôme; malgré toute son estime pour la virginité, il ne laisse pas de dire : Non damno Ugamos et trigamos, et si dicipotest octogamos. Aliud est non damnare, aliud prœdicare ; et plus loin : Libéra voce proclamo non damnari in Ecclesia bigamiam, imo nec trigamiam, et ita licere quinto et sexto et ultra, quomodo et secundo marito nubere; sed quomodo non damnantur istœ nuptise, ita necprsedicantur. Ainsi, au temps de saint Jérôme, l'Église ne condamnait ni n'approuvait les secondes noces. Sur ce point, l'Église latine et TÉglise grecque sont pleinement d'accord; mais tandis que celle-ci défendait absolument le quatrième mariage, l'Eglise latine ne faisait aucune restriction.
Saint Jérôme raconte qu'étant encore à Rome, où il aidait le pape Damase in chartis ecclesiusticis, un homme qui avait déjà enterré vingt femmes voulut en épouser une autre qui avait elle-même mis au tombeau son vingt-deuxième mari. Chacun, dit saint Jérôme, était curieux de savoir lequel des deux finirait par l'emporter sur l'autre : ce fut l'homme; il marchait devant la bière comme un triomphateur, au milieu du concours de toute la ville.
Cependant un grand nombre de docteurs consentaient difficilement
•190 HISTOIRE I>E l'église,
aux quatrièmes noces. Grégoire 111 disait à saint Boniface d'Allemagne : Et si valueris, devitandam doce, ne cid uxor obierit, ampîius quam duabus debeat copulari.
En Espagne, les conciles de Tolède (683) et de Saragosse (691), pour des raisons politiques, défendirent à la reine, si elle devenait veuve, de se remarier et lui interdirent tout commerce charnel sous peine d'excommunication.
Les Latins sont plus logiques que les Grecs en s'abstenant d'imposer une pénitence aux noces réitérées. Si elles sont permises, pourquoi les punir? Si elles sont illicites en elles-mêmes, est-ce que la pénitence change leur caractère?
Cette coutume des Grecs fut transportée en Angleterre par Théodore de Tharse, nommé archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre en 668. Il est dit dans son Pénitentiel : Bigamus pœniteat primo anno quarta feria et sexta feria, et in quadragesimis diebus abstineat se a carnibiis et separetiir.
De l'Angleterre, la discipline grecque passa en France. « Nul laïque, disait Hérard, archevêque de Tours (mort en 870), ne doit se marier plus de deux fois; tout ce qui va plus loin est adultère. » Ce sentiment, étranger aux Latins, ne prévalut point.
L'Église latine se contentait de marquer sa désapprobation en sabstenant de bénir ces mariages. Deux décrétales d'Alexandre III et d'Urbain III défendent aux prêtres, sous peine de suspense, de bénir les secondes noces.
Cependant, vers la fin du treizième siècle, l'usage contraire avait déjà prévalu, surtout quand c'était lépoux qui se remariait. Durand (mort en 1296) écrivait : Secundum quorumdam locorum consuetudinem , si quis contrahit cum secunda virgine, benedictio iteratur. On croit que plus tard Jean XXII supprima la défense portée par ses prédécesseurs de bénir les secondes noces, et, en 1337, trois ans après la mort de ce pape, les statuts synodaux d'Avignon, résidence pontificale, en fournissent des indices manifestes. Mais ces statuts prouvent aussi que le peuple français exerçait une sorte de censure sur ces mariages, car les époux, tandis qu'on les bénissait à l'église, étaient souvent insultés par les assistants.
Devant ces dispositions du peuple, il n'est pas étonnant que l'ancienne et plus sévère discipline soit rentrée en vigueur, ainsi qu'on le voit par le Rituel romain de Paul V (1603-1621), qui défend généralement de bénir les secondes noces et ne tolère cet usage dans les diocèses que lorsque c'est l'époux qui se remarie. Cette concession n'avait pas lieu pour les veuves. On ne les bénissait point solennellement pendant la messe, mais on se bornait, la messe achevée, de réciter sur elles une prière pour implorer le secours de Dieu.
Cette coutume s'est maintenue. A la messe votive Pro sponso et sponsa, on intercale après le Pater deux oraisons, et ion omet, quand c'est une veuve qui se remarie, la bénédiction des époux qui suit Vite, missa est. Pour le reste, il n'y a pas de différence. Le rigorisme a tellement disparu de l'Église latine qu'on bénit solennellement les mariages mêmes des impotents, contre lesquels l'antiquité protestait d'une voix unanime.
Voyez Kraus, I, p. 170, n° 2. Le Ménologe de saint Basile commence le l«"" septembre (Migne, t. CXVIl, p. 21 et seq.), etc. Sur les Quatre- Temps, Leo M., Serni. xix, cap. 2; cf. Serm. xii et seq., lxxvui et seq., Lxxxvi et seq.; Gelas., Ep. xiv, cap. 11 , p. 368 et seq.; Pelag. I, Fragm. XVII et seq., 20 et seq. Les fériés, Aug., In psal. xcin ; Baron., an. .ï7, n. 87; Selvaggio, lib. H, part, II, cap. iv, § I, t. iV, p. 168 et seq. .Sur le renouvellement des fidèles, Leo M., Serm. xlh, cap. u
Le chant ecclésiastique en Orient.
265. La pompe du culte divin était encore rehaussée par le chant ecclésiastique. Les psaumes furent chantés de bonne heure. A Antioche, sous le règne de Constance, Diodore et Flavien furent les principaux promoteurs de la psalmodie et du chant alternatif. Dans plusieurs Églises, les psaumes étaient chantés par tous les fidèles (chant symphonique), mais cet usage disparut insensiblement à partir du troisième siècle, quand des chantres spéciaux furent chargés de louer Dieu. En plusieurs éghses, les chantres se partageaient en deux chœurs (antiphonique) ; d'autres fois, le clergé préludait, entonnait le chant, et les fidèles alternaient avec lui par des répons et des acrotéleuties (hypophonique). Le chant était originairement trèssimple et plutôt récitatif. L'ancien chant choral n'était soutenu que par une légère inflexion de la voix à la cadence, afin d'assurer dans le chœur l'émission régulière et uniforme des syllables. Peu à peu une modulation plus savante s'établit, mais le chant continua d'être à une seule voix et non accompagné d'instruments. En face des hérétiques qui, en Orient, essayaient par leurs hymnes d'attirer les fidèles (tels que les ariens de Constant! nople), plusieurs évêques défendirent, sans beaucoup de succès, d'employer à l'église les hymnes et les psaumes composés par des particuliers. D'autres opposaient aux chants des hérétiques des cantiques religieux, par exemple saint Éphrem de Syrie
i9:2 HisTomK de l'église.
(mort en 478), Isaac le Orand (mort en 460), Cyrillonas (vers 396), Jacques de Sarug (mort en 52i) ; chez les Grecs, les deux ApoUiuaires, Grégoire de Nazianze, Basile, Chrysostome, Synésius. Cependant les hymnes de ces derniers ne furent point employées dans la liturgie.
En Occident, on fit beaucoup à cet égard. Vers 330, le pape Sylvestre I" établit à Rome une école de chant, et plus tard le pape Damase composa plusieurs hymnes religieuses. Saint Ililaire de Poitiers en avait fait autant avant lui. Saint Anibroise de Milan institua dans son Église le chant alternatif et fut le fondateur du chant qui porte son nom ; il est remarquable par son caractère rhythmique et par une mélodie pénétrante qui arrachait des larmes à saint Augustin et le transportait d'enthousiasme. Les hymnes qu'il a composées sont demeurées en usage dans l'Église. Victorin, Prudence, Augustin, Sédulius. Claudien Mamert, Vénance Fortunat, Paulin de Noie, Grégoire le Grand se sont illustrés par leurs hymnes poétiques.
Au sixième siècle, quand le chant ambrosien eut perdu sa simplicité et sa gravité primitive, saint Grégoire s'en fit le restaurateur. Il inventa une notation particulière (neumes) pour fixer les mélodies dans l'antiphonaire ; il l'enseigna luimême aux enfants, veilla à ce que son chant fût exécuté avec noblesse et dignité et s'occupa à le propager. Les couvents de bénédictins le cultivèrent bientôt avec ardeur. L'Église protesta souvent contre les chants ecclésiastiques efféminés et mondains, tandis qu'elle favorisait de tout son pouvoir celui qui répondait à son esprit et à ses mystères. Elle voulait qu'il excitât dans l'intelligence de pieuses pensées, dans la volonté de saintes aspirations, que les impressions sensibles servissent à élever l'àme aux choses surnaturelles, au lieu de replonger dans les sens les âmes déjà détachées du monde.
Basil., 37.Ö, Ep. ccvti. cap. 3 (Migne, t^ XXXII, p. 764); Chrys., Hom. i in Is., VI, I (Migne, t. LVI, p. 97); Hom. xxxvi in I Cor.; Hilar., In ps. Lxv; Cassian., Inst., II, 8. — Socrate, VI, 8, attribue l'établissement du chant alternatif à saint Ignace, et Théodore (II, 19, al. 24) à Flavien et à Diodore. Selon Théodore de Mopsueste, ap. Nicet., Thés, orthod. lid., V, 30, ils transportèrent chez les Grecs ce qui était déjà usité en Syrie. D'après le concile de Laodicée, can. xv, nul, excepté les chantres, ne
devait chanter à l'église, et le canon lix défendait le ISiwTixoî »^a/[j.ot. Le concile de Brague, ö63, can. xi, interdit aux lecteurs de chanter à l'église en costume séculiei^, et le canon xii de chanter d'autres compositions poétiques « extra Psalmos vel can. Script. N. et V. Test. » Mais celui de Tours, .067, can. xxiii, permet d'exécuter, entre les hymnes qui se trouvent dans le canon, d'autres hymnes composées par des auteurs connus et capables; celui de Tolède, IV, 633, can. xni, trouva injuste de ne tolérer d'autres hymnes que celles de la Bible, de rejeter celles de saint Ambruise et de saint Hilaire. Contre les chants profanes dans les églises, concile d'Auxerre, ö78, can. ix. Plusieuz's chants syriens ont été publiés par G. Bickell, dans Kenipt. Biblioth. d. Kirchenveeter Bdchn. xLi, xi.iv, lviu. Recueils d'hymnes, Hymni excerpti e breviariis, Oxon., 1839; Daniel, Thés, hymnolog., Hal., 1863 et seq.; Mone, Latein. Hymnen, 3 vol., Frib., 1853 et suiv.; Schlosser, Die Kirche in ihren Liedern, 2 vol., Frib., 1863; Kayser, Anthologia hymn. lat., Paderb., 1865 et seq. Le même, Zur Gesch. u. Erkleer. d. Kirchenhymnen, 1-3, Paderb., 1868. Voyez aussi Bona, De divina psalmodia; Selvaggio, 1. II, part. I, cap. x, § 2, t. III, p. 180 et seq.; Gerbert, De cantu et musica sacra, S. Blas., 1774, t. II; Forkel, AUg. Gesch. der Musik, Leipz., 1790; Brendel, Gesch. der Musik in Italien, Deutsch, u. Frankreich, Leipz., I8o5; Thierfelder, De christ, psalmis et hymnis usque ad Ambros. temp., Lips., 1868; Antony, Lehrb. des Gregor. Kirchengesangs, Munster, 1829, 2 vol.; Buhl, Der Gesang in der griech. Kirche (Niedners Zeitschr. f. bist. Theol., 1848, II, p. 179 et suiv.); Caniillo Mollo, Istruzione teorico pratica di canto fei'mo e fratto sull' antico ragionato sislema Guidoniano, Nap., 1856, part. II; Civiltà caltolica, n. 157, octobre 1856. Sur saint Ambroise, Aug., Conf., IX, 6, 7, 12; X, 33; Retr., I, 21 ; Paulin., Vita Ambros, Sur Grégoire le Grand, Joan. diac, Vita Greg., II, 6-10.
L'office liturgique. — Liturgies particulières.
2üü. Le culte chrétien continua de se développer sur les bases primitives de l'ère apostolique. Le culte eucharistique, qui devait en être le centre immuable, était entouré de cérémonies brillantes. On s'occupa de bonne heure à consigner par écrit les formules liturgiques, et de nombreux ouvrages parurent à dater du quatrième siècle en Orient comme en Occident. Ces formules, on les attribuait soit aux apôtres, comme aux premiers ordonnateurs du culte, soit à quelques chefs illustres de l'Église. Peu à peu, la liberté des évèques fut restreinte en ce qui concernait l'ordonnance des actes liturgiques, les additions ou les retranchements à faire aux formules de piières. On prescrivit aux évèques sullragants de conserver la liturgie de leurs mé-
tropoles, et l'on visa de plus en plus à l'unité comme à l'accord des formules, bien que l'essentiel fût resté partout le même dès l'origine. Les évoques et les prêtres étaient obligés de savoir par cœur les plus importantes formules ; cependant, ils lisaient dans des recueils spéciaux (appelé liturgies, ordres de la prière, missels, anaphores) celles qui étaient particulièrement longues ou qui variaient souvent.
Parmi les liturgies orientales, on attribue : V celle de Jérusalem à saint Jacques; cette Église toutefois se servait aussi, comme nous le voyons par saint Cyrille, 2" de la liturgie d'Antioche, attribuée tantôt à saint Clément, tantôt à saint Jacques. Constantinopie aussi faisait bonneur de sa liturgie à saint Jacques; elle se servait habituellement, 3" de la liturgie de saint Chrysostome, puis 4** de celle de saint Basile, qui fut imitée par les Syriens et par les Coptes.
5° L'Église d'Alexandrie faisait remonter sa liturgie à saint Marc, quelquefois à saint Cyrille, Les Coptes employaient en outre la liturgie de saint Basile et une autre qu'on croit être de saint Grégoire de Nazianze. Parmi les jacobites d'Egypte, les Abyssiniens avaient de dix à douze liturgies différentes. Les nestoriens donnaient aux leurs les noms des apôtres, surtout d'Âdèe et de Maris, d'après Diodore, Théodore de Mopsueste et Nestorius. Les Orientaux en avaient encore plusieurs autres. Les Arméniens, outre celle qu'ils attribuent à l'apôtre saint Jacques, possèdent une liturgie propre, qui contient une foule d'excellentes prières.
En Occident, la liturgie romaine occupe le premier rang; son canon, qui est de la plus haute antiquité, est resté immuable à dater du sixième siècle. Les Sacramentaires ont été élaborés par les papes Gélase et Grégoire I". La liturgie de Milan est imputée tantôt à saint Barnabe, tantôt, et avec plus de raison, à saint Ambroise, qui remania l'ancienne forme. Elle a beaucoup d'affinité avec le rite oriental. Dans les autres contrées de l'Occident, la liturgie changeait fréquemment. En Espagne, par exemple, le concile de Brague, en 561, ordonna que le canon de la messe, envoyé par le pape Vigile à l'archevêque Profuturus, fût introduit dans les églises de Gallicie ; mais le concile de Tolède, en 033, fit prévaloir la liturgie gotbique espagnole de Tolède, que les tîoths avaient probablement appor-
tée de Constantinople, en lui imprimant le cachet de leur génie. Depuis la domination des Arabes, elle fut appelée mozarabique et souvent attribuée à saint Isidore de Séville.
L'ancienne liturgie gallicane serait, d'après l'opinion commune, d'origine orientale; mais des recherches plus récentes lui attribuent une provenance romaine, empreinte d'une couleur orientale, par suite des éléments mozarabiques qui s'y étaient mêlés. Toutes les autres liturgies de l'Occident, même la liturgie anglicane, souvent si incertaine, furent remplacées par la liturgie de Rome, avec laquelle concordait la liturgie d'Afrique, sauf pour quelques formules de prières et les leçons particulières de l'Ancien Testament. On rangeait encore parmi les livres liturgiques, outre ceux qui contenaient les leçons et les bénédictions, les diptyques ou tableaux plies en deux et recouverts de cire, qui contenaient les noms des vivants et des morts dont on faisait mémoire au saint sacrifice.
Voyez A, § 15, et I, § 198. Ajoutez : Pamelii Liturgicon Eccl. lat., Colon., ioli, 111-4°, 2 vol.; Allât., De libris Eccl. graec. Par., 1646; Grancolas, les Anciennes lit. et l'anc. Sacram. de l'Égl., Paris, 1704, 3 vol.; A. Hueber, 0. S. A., Hist. Missse R. C. tract., Monach., 1758 ; Kraser, De apost. liturg., Aug. Vind., 1786; Mone, Lat. und griech. jMessen aus dem 2-6 Jahrb., Francf., 1830; Guéranger, Instit. liturgiq. et Hist. de la lit., en allemand, par Fliick, Regensb., 1851 ; Kœssing, Der Unterschied der gr. und rœm. Lit. (Freib. Ztschr. f. Theol., 1841, VI, p. 225); Liturg. Vorles. über die hl. Messe, 3*^ éd., Regensb., 1869; Probst, Verwaltung d. hochh. Eucharistie, Tub., 1833; Neal, Tetralog. liturg., Lond., t849; le même, Hist. of the HolyEastern Church, 3 vol., Lond., 1-850; The lit. of S. Mark, S. James, Lond., 1859, et Essays on Lit. and Church Hystory, Lond., 1863; Cod. mysterii miss. Armenor., Rom., 1677; Steck, Die Liturgie der kathol. Armenier, Tub., 1845; W. Wright, dans le Journal of sacred Literature, Lond., 1867, Apr.; P. Zingerle, dans Bonner theol. Lit.-Bl., 1868, p. 308. Sur l'Église latine, A. Ruland, De s. missa; canonis ortu et progressu, Herbip., 1834. Rite de saint Ambroise, Fumagalli, Delle antichità longobardicomilanesi, Milan, 1792; Mazzuchelh, Osservazioni intorno al Saggio storico-critico del rito ambrosiano del P. Fumagalli, Milan, 1828. Liturgie espagnole : Leslei, Missale mixtum dictum mozzarabicum, Rom., 1755; Héfelé, Ximénès, 2*^ éd., p. 147 et suiv.; Gams, K.-G. Spaniens, 1, p. 103-117. Le terme « mozarabique » vient de « Mostarabes, d'après Rodet., Tolet., 1245; Hist. Hisp., Hl, 22 = « mixti Arabes; » d'après Pocoke, Spécimen hist. arab., Oxon., 1653, il signifie : « Arabi Mus-
taraba, insilitii, » par opposition à « Arabi Araba, » c'est-à-dire Arabes arabisants (et non réellement Arabes); il vient sans doute du verbe araba, participe de la dixième conjugaison. Plusieurs ont cru faussement qu'il s'agit d'une allusion à Musa, conquérant arabe de l'Espagne. Le lazariste Marchesi a écrit en faveur de l'opinion émise dans notre texte sur la liturgie gallicane : La liturgia gallicana ne' prirai otto secoli délia Chiesa. Ûsservazioni storico-criticbe, Roma, 1867, 2 vol. L'unité dans le rite de la messe pour cette province a été prescrite par les conciles de Vannes, 465, can. xv; Agde, o06, can. xxx; Gerunda, 517, can. i; Epaon, 517, can. xxvii; Tolède, IV, 633, can. n. Voyez le concile de Brague, 563 (Héfelé, III, p. 15).
Commencexnent de l'office divin.
267. La distinction entre la messe des catéchumènes et celle des fidèles ne disparut que vers la fin de notre période, quand le nombre des catéchumènes et des pénitents devint plus rare. On sait en effet qu'il leur était défendu, de même qu'aux infidèles et aux énergumènes, d'assister à la partie principale de l'office, à la messe des fidèles. On convoquait à l'office divin en frappant avec un marteau lur du métal, et plus tard au moyen des cloches. Chacun prenait la place qui lui était assignée; le clergé avait tout disposé d'avance. Un des actes préparatoires de l'évèque ou du prêtre qui officiait était la confession générale des péchés, qui n'eut point tout d'abord de formule déterminée ; elle se faisait avant de monter à l'autel. Dans les premiers temps de l'Éghse, la messe des catéchumènes, même dans l'Église romaine, commençait par la lecture de quelques extraits de la Bible, et plus tard par le chant des psaumes. Dans le principe, le choix des passages à lire élait probablement laissé au jugement de l'évêque; mais il y eut bientôt un ordre précis, qu'on observait dans la plupart des cas et qui était déterminé par le caractère même de la fête.
De Pâques à la Pentecôte, ou lisait les Actes des apôtres, en Carême la Genèse, au temps de la Passion Job et Jérémie. Insensiblement, la lecture suivie de livres entiers fut remplacée par des morceaux choisis; chez les Grecs seuls, on lisait les quatre Évangiles en entier. Dans la suite, pour rendre la lecture plus commode, on partagea les diverses parties de l'Écriture en plusieurs livres : hvre des Évangiles, livre des Épîtres, psautier et lectionnaire de l'Ancien Testament. Dans plusieurs
Églises on lisait une leçon de l'Ancien, suivie d'une autre des Épîtres des apôtres et d'une troisième des Évangiles. Ailleurs, on lisait les lettres des chrétiens ou des évêques particulièrement renommés, ainsi que les Actes des martyrs le jour de leur fête. Quelques conciles limitèrent ces lectures aux textes de la Bible, qui finirent par être exclusivement employés.
Explications de la messe : Gerhian. Paris., 355, Expos, miss. (Marlene et Durand, Thés, anecd., t. V); German. Cpl., Rer. eccles. contemplât. (Gallandi, XIII, 204 et seq.); Maxim., Hist. myst. ex vers. Anastas. (Pitra, II, 287 et seq.); Missa catechumenorum, voyez I, § t98. Au quatrième siècle, on permettait souvent l'audition de la messe et du sermon aux catéchumènes, puis aux païens et aux hérétiques, surtout en Afrique (Mansi, III, 958); mais le concile de Laodicée, can. vi, défendit l'entrée de l'église aux hérétiques. Signes indiquant le commencement de la solennité, voyez ci-dessus § 254. Le Confiteor se voit pour la première fois dans rOrdo rom., XIV, c. lxxi (Mabillon, Mus. ital., II). Les Ordo romains qui décrivent les rites et la succession des actes sont de date plus récente ; les plus anciens vont jusqu'au septième siècle. Les Sacramentaires (Leon., Gelas., Gregor. Joan. diac, Vita S. Greg.) ne donnaient que les prières que devait réciter le célébrant. On les complétait par les Antiphonaires, les Lectionnaires et les Évaugéliaires, dont la réunion a produit les Missels. Des renseignements sur les passages qu'on lisait de la Bible (àvayvoxTfiaTa) sont fournis par Justin (I, § 197), Clément et Origène d'Alexandrie. Depuis le cinquième siècle, plusieurs manuscrits de la Bible les indiquent exactement; Euthalius ht alors des Anagno.ses avec les Actes et les Épitres des apôtres. L'ordre précis des leçons est supposé dans saint Chrysost., Homil. xxiv in Rom., n. 3 : « Cur in Pentec. Acta legantur » (Migne, t. LI, p. 98 et seq.; t. LX, p. 625, et ailleurs); saint Augustin, Tract, vi in Joan., Serra, cxliii de temp., etc. On conseillait souvent aux lidèles de lire d'abord chez eux les leçons qui devaient être lues à l'église, Chrysost., Hom. xii contra anom., n. 3; de Lazaro Concio 3, n. 1; Hom. xxix in Gen., n. 2; Hom. i in Coloss., n. 1; Hom. ni in II Thessal., fin. (Migne, t. XLVIII, p. 812, 992; t. LUI, p. 262 ; t. LXII, p. 361, 483, etc.). Cependant ce soin fut surtout réservé au clergé, et on invitait le peuple à suivre l'interprétation de l'Église. Claudien Mamert (mort vers 473), si nous en croyons Sid. Apollinaire, écrivit un Lectionnaire pour l'Église de Vienne. Gennad., De script, eccl., cap. Lxxix : « Excerpsit de Scripturis lectiones totius anni festivis diebus aptas,responsoriapsalmorum capitula temporibus et lectionibus congruenlia. » L'ancien « Leelionarium gallicanuni, » édité par Mabillon, est principalement célèbre. Voyez Gerbert, Monum. vet. lit. AL, 1, 404; Selvaggio, II, I, cap. xi, § i, t. III, p. 200 et seq.: Ranke, Das kirchliche Perikopensystem , Berlin, 1847; mon ouvrage, Die bibl. II. — HIST. DE l'Église. 32
498 HISTOIRE DE LÉGLïSE.
Lesungen d. k. K., Trier, 1861. Sur la lecture de morceaux non tirés de la Bible, Eus., Hist. eccl., III, 16; Soz., Vil, 19; Aug., Ep. clvtil; Selvaggio, loc. cit., § 3, p. 206 et seq. Cette pratique était désapprouvée parles conciles de Laodicée, can.Lix, et d'Hippone, 393, can.xxxvi; ce dernier acceptait cependant les Actes des martyrs.
Usage de Rome.
268. A Rome, le pape Célestin I", probablement à l'exemple de saint Ambroise et des Églises orientales, introduisit l'usage de chanter un psaume dès le commencement et même avant les leçons. Dans quelques Églises on chantait plusieurs psaumes et quelques versets des psaumes entre les leçons (répons). Le psaume ou l'antienne qui était chantée par le peuple et ensuite parle chœur, quand le prêtre entrait à l'autel, s'appelait ingressa et correspondait à l'introït de la messe actuelle. Plus tard, au lieu d'un psaume entier, on ne chanta plus que quelques versets. Après le chant, dans les liturgies orientales, puis aussi dans les liturgies occidentales, on invoquait la miséricorde divine (Kyrie, eleison; Christe, eleison). En Orient, cette invocation était chantée par le peuple ; à Rome, le clergé et le peuple alternaient. En Espagne et dans une partie de la Gaule, le Kyrie était précédé du trisagion ; quand le clergé et le peuple ne faisaient pas une prière eu silence, il était presque toujours immédiatement suivi de la grande doxologie, du Gloria (à Rome, les dimanches seulement et les grandes fêtes). Certaines Églises de la Gaule la remplacèrent quelque temps par le cantique de Zacharie, le Benedictus. L'évêque ou le prêtre prononçait ensuite le salut : « La paix soit avec vous, » ou : « Le Seigneur soit avec vous, » et récitait au nom de tous une prière solennelle (collecta), qui était toujours adressée au Père et se termi)iait par la nomination du Fils. Le peuple répondait Aî7ien. L'évêque et les prêtres s'asseyaient alors, et les diacres restaient debout.
Venaient ensuite les leçons de l'Écriture, que les lecteurs récitaient à l'ambon (pupitre). Entre la lecture d'un passage des apôtres et l'évangile, ou chantait un psaume (graduale). L'évangile était récité dans le principe par le lecteur, plus tard, à partir du sixième siècle, par le diacre seul. Le peuple se tenait debout. A l'évangile succédait le sermon ou l'allocution de
LE CULTK. 499
l'évêque, qui la prononçait assis sur son trône ou debout sur les degrés de l'autel; plus tard, afin d'être mieux entendu, il la débita du haut de l'ambon.
Sur le pape Célestin, Lib. pontifie; Strabo, De reb. eccL, cap. xx; Micrologus seu spéculum ruissse ex ant. Patr. collect., Venet., 1371, p. 136, b. D'après le concile de Laodicée, can. xvii, une lecture devait être faite après chaque psaume. Quelques versets isolés du psaume, au lieu du psaume entier, se trouvent dans l'Antiphonaire de Grégoire le Grand, dans la liturgie mozarabique et dans quelques liturgies gallicanes. Le Kyrie eleison ne date pas seulement de Grégoire l*^"" (Bona, Rer. liturg., II, cap. iv); selon quelques-uns, le pape Sylvestre l'aurait emprunté aux Orientaux, Ordo rom., ap. Mabillon,, Mus. ital., Paris., 1724, t. I, p. 9; il est mentionné par le concile de Vaison, 329, can. m. La grande doxologie : Gloria in excelsis (la petite doxologie est le Gloria Patri, etc., à la fin des psaumes, voy. § 260) se trouve déjà, différente du texte actuel, dans Const. ap., VII, 47; VIII, 13; Ps. Äthan., De virg., cap. xx (Goar, Euchol., p. o8, éd. Par.; Migne, t. XXVIII, p. 276); puis dans le Sacram.bobbienseet dans la liturgie mozarabique. Sur le Fax vobis, d'après .Jean, xiv, 27, Chrys., Hom. xxxii in Matth., n. 6; Hom. m in Coloss., n. 4 (Migne, t. LVII, p. 384; t. LXII, p. 322). La « collecta » s'appelait ainsi « quia fidelium vota quasi colligebantur. » Microlog., cap. ni. Le concile dHippone, can. xxi, ordonna, 393, d'adresser les prières au Père et d'éviter les formules de prières étrangères.
La prédication.
269. La prédication était ou un simple commentaire des passages de l'Écriture qu'on venait de lire, surtout des Évangiles, à laquelle on joignait des explications pour les auditeurs; ou une explication courante des livres de l'Écriture, ou enfin un sermon facultatif sur la signification de la fêle qu'on célébrait, sur la vie des saints, sur quelque événement extraordinaire, sur des matières qui intéressaient la conduite des fidèles. Les grands docteurs de l'Église, par leurs discours pleins d'à-propos et animés d'un. saint enthousiasme, agissaient puissamment sur la foule ; ils portèrent l'éloquence chrétienne à un haut degré de perfection. L'Orient comptait parmi ses orateurs les plus en renom : Grégoire de Nazianze, Basile, son frère Grégoire de Nysse, Éphrem, Amphiloque, Cyrille, Proclus et surtout Chrysostome; l'Occident : Ambroise, Augustin, Léon 1", Pierre Chrysologue, Maxime de Turin, Fulgence de Ruspe, Césaire
d'Arles, Grégoire le Grand. Les discours des évè jnes éloquents, surtout quand ils étaient soudains et improvisés, produisaient une vive sensation ; ils étaient transcrits par des tachygraphes, et en Orient souvent interrompus par des applaudissements, contre lesquels saint Chrysostome eut plus d'une fois à protester. En Orient, la' prédication était souvent fort longue, et il n'était pas rare qu'on prêchât plusieurs fois pendant un seul office, soit d'après le nombre des leçons de la Bible, soit à cause de circonstances particulières, telle que la présence d'évêques étrangers; la même chose avait lieu pendant la messe des fidèles.
Il y avait aussi ç^ et là, surtout en Carême , des instructions pendant la semaine. La fonction de prêcher passait pour un des plus importants devoirs des évêques ; mais ils pouvaient, en cas de maladie ou d'infirmité, se faire remplacer par des prêtres. En Orient, les simples prêtres prêchaient souvent, quelquefois les laïques eux-mêmes, en présence et par commission de Tévêque. Les femmes étaient toujours exclues de cette fonction. Dans les églises de la campagne, c'étaient les prêtres et les diacres qui faisaient l'office de la prédication ; mais ils prêchaient rarement, bien qu'ils y fussent obligés. La plupart de ces sortes de discours étaient simples et sans ornements, sans division ni synthèse, et se rattachaient presque toujours au texte de l'Écriture. Ils commençaient et finissaient d'ordinaire par des prières : au commencement, par des salutations, des invocations du secours d'en haut; à la fin, par une doxologie.
ADDITION DU TRADUCTEUR
L'enseignement ecclésiastique dans les 'premiers siècles.
Celui qui avertit les autres de ne pas aspirer par témérité et ambition à la charge de docteur, de ne pas rechercher leur propre gloire dans l'enseignement, mais seulement le salut des auditeurs, de ne pas tâcher de complaire aux hommes, celui qui parle ainsi, suppose l'existence d'un enseignement ecclésiastique. Or, ces paroles sont tirées des Sfromates de Clément. Le ministère de la parole, il l'appelle aussi le ministère pastoral, et il entend d'abord sous ce nom l'art de conduire les brebis, puis l'art de donner des lois, de cultiver la vertu des hommes et de développer de toutes ses forces les germes du bien qui se trouvent on eux.
LE CULTE. .^Ol
Les administrateurs de la charge pastorale, ce sont en général les prêtres, car c'est à eux que Clément applique les paroles de la prophétie qu'Ézéchiel adresse aux pasteurs d'Israël. En cet endi'oit, il prend le mot prêtre dans le sens général de clerc j car les évoques et les diacres annoncent aussi la parole; mais les prêtres l'annoncent autrement, les évêques autrement, les diacres autrement et autrement les veuves. Clément explique ces différents modes d'enseignement en distinguant la pédagogie, ou fonction du pédagogue, de l'enseignement des dogmes, qui revient proprement au maître, et il divise la pédagogie en enseignement de la morale et en enseignement de la bonne vie. Cependant, comme il ne décrit ni le pédagogue ni le maître, on ne saurait dire laquelle de ces méthodes revient à tel degré de la hiérarchie. Les Récognitions suppléent ce qui fait ici défaut. La conclusion certaine qui résulte des paroles de Clément, c'est qu'il connaissait un office spécial chargé d'enseigner la doctrine et qu'il ignorait la liberté universelle d'enseignement.
De même que Dieu, dit Origène, disciple de Clément, quand les hommes avaient besoin de la prophétie, suscita des prophètes, tels que Isaïe, Jérémie, Ézéchias, Daniel, de même aujourd'hui il cherche des organes pour enseigner ses paroles. Ces organes, ce sont les pasteurs. Des anges annoncèrent aux pasteurs la naissance de Jésus-Christ. Collaborateurs de Dieu, écoutez ceci : « Pasteurs des églises, » suivant ce qu'on lit en saint Paul, celui-là est un bon pasteur qui a près de lui le meilleur pasteur pour l'aider. Dieu, en effet, a établi dans l'Église des apôtres des prophètes , des évangélistes, des pasteurs et des docteurs pour exhorter, enseigner, instruire. Ainsi, au temps d'Origène, ce n'était pas aux dons de la grâce, mais aux emplois ecclésiastiques qu'on appliquait les paroles de saint Paul.
On sait le grand changement que produisit l'apostasie de Tertullien ; on sait aussi qu'il reprocha auxhérétiqiies' non-seulement de permettre aux laïques les fonctions sacerdotales, mais d'avoir aujourd'hui un évêque, demain un autre évèque ; aujourd'hui un diacre, demain un lecteur; aujourd'hui un prêtre, demain un laïque 2. Qu'aurait-il dit si les hérétiques, supprimant complètement la hiérarchie, avaient accordé à chacun la liberté d'annoncer la parole de Dieu ? Lui qui croyait que Jésus-Christ, avant de monter au ciel, avait oi'donné les apôti'es afin qu'ils enseignassent sa doctrine, comment aurait-il pu, tant qu'il fut cathoHque, proclamer la liberté d'enseignement? Il en fut sans doute autrement quand il eut passé au montanisme, lequel enseignait une nouvelle effusion du Saint-Esprit, Du reste, les paroles ci-dessus s'appliquent également à la pratique des gnostiques. Eux non plus n'ad-
< Tertull., De praescripl., c. xll — * Âpolog., c. xxi.
502 HISTOIRE PE l'église.
mettaient pas le principe de l'enseignement universel ; ils attachaient la prédication à l'ordre hiérarchique, bien que chez eux les degrés de cet ordre ne fussent pas très-précis et que les organes de la hiérarchie changeassent fort souvent. Ils avaient emprunté à l'ÉgUse la doctrine d'un corps ecclésiastique enseignant, que leur décadence réduisit bientôt à n'être plus qu'une ombre d'elle-même.
Un antre point qui mérite de fixer l'attention et qui a été déjà signalé par le cardinal Wiseman, c'est la discipline de l'arcane. Le catéchumène recevait une instruction fort défectueuse, car il n'était pas initié aux mystères de la foi. Or, cette discipline fut en vigueur durant toute notre période. Comment donc, si le principe de la liberté d'enseignemenl, et, avec lui, le principe de la libre recherche dans l'Écriture eût été en usage, aurait-on privé les catéchumènes de la connaissance des dogmes? Pourquoi leur aurait-on recommandé d'adhérer à des doctrines et à des actes qu'ils ignoraient?
Un seul principe, dit ^^'iseman, peut justifier et expliquer ce procédé : c'est la conviction chez ceux qui le professaient d'être dirigés par une autorité qui ne pouvait les tromper, la conviction qu'en déposant leur croyance entre les mains de ceux qui les instruisaient, ils la déposaient entre les mains de Dieu, en sorte qu'ils étaient convaincus d'avance que tous les mystères de la religion qu'on pourrait leur enseigner dans la suite seraient contirmés d'en haut'. Les auditeurs, en effet, ont de tout temps exigé que la doctrine qu'on leur enseignait fût accréditée de Dieu. Ceux-là seuls qui étaient ainsi accrédités pouvaient enseigner. Ils avaient besoin surtout d'une mission qui coïncidât avec la vocation, avec les aptitudes à l'enseignement et aux fonctions du sacerdoce. Ces deux choses, la vocation et les dons de la grâce, marchaient toujours de pair dans les pi'emières origines de l'Église, bien que Dieu ne donnât pas exclusivement, mais habituellement, les dons à ceux qui étaient envoyés. Lorsque, vers la fin du premier siècle, les dons de la grâce disparurent, la mission demeura l'unique critérimn de la vérité de la doctrine enseignée.
Cette assertion, que les premiers chrétiens puisaient leur croyance dans la Bible et que chacun avait le droit de répandre la doctrine qu'il avait acquise par ce moyen, est absurde aux yeux de quiconque connaît les premiers siècles. La liberté générale d'enseignement se fonde sur la libre recherche de l'Écriture sainte, et jamais cette recherche ne fut plus détestée que dans notre période. Les hérétiques même qui surgissent au commencement du deuxième siècle n'invoquent pas seulement l'Écriture sainte, mais encore une doctrine secrète que les
< Wisemann, Principales Doctrines de l'Église catholique, Ratisbonne, 1869 (en allemand).
apôtres lie devaient communiquer qu'aux parfaits. La doctrine du dépôt de la foi fondé par les apôtres était si profondément emacinée, que l'hérésie elle-même ne pouvait la répudier.
Le philosophe Celse, quoique païen, ne l'ignore pas, car il reproche aux chrétiens de remplacer le principe de la libre recherche par celuici : « Ne cherchez pas, mais croyez. » Et Origène, dans sa réplique, ne nie pas l'exactitude du fait, mais il le justifie. Tous, dit-il, n'ont pas le temps ni les capacités de s'adonner à l'étude ; il n'y a donc pas de voie meilleure pour sauver la plupart des hommes que celle que Jésus- Christ a montrée aux infidèles. Plusieurs ont cru, et leur foi les a tirés du bourbier du péché. Croit-on qu'il ne valait pas mieux pour eux de croire sans examen et de se corriger en croyant ainsi, que de différer leur conversion en méprisant la foi nue jusqu'à ce qu'ils eussent connu les motifs de leur foi '.
Les diacres, les prêtres et les évéques comme docteurs^.
\° Tandis que l'évêque était surtout le docteur des fidèles et des compétents, le prêtre instruisait les fidèles et les catéchumènes, le diacre inculquait les lois de la discipline aux chrétiens commençants et à ceux qui étaient encore sous une surveillance particulière.
C'est en ce sens qu'il faut entendre l'endroit d'Origêne où il est dit : Tous les évéques, tous les prêtres ou diacres nous instruisent, nous reprennent et nous blâment sévèrement, car la loi de Dieu est confiée aux prêtres et aux lévites, afin qu'ils s'y dévouent activement et s'occupent sans relâche de la parole de Dieu. Lumper, qui cite ces paroles, en conclut que les diacres prêchaient au moins dans l'Église grecque. Or, répond Binterim, ce passage parle de l'enseignement des diacres en termes généraux, diaconi erudiiint, d'un enseignement qui peut se donner en dehors de la prédication. Origène, catéchiste, enseignait aussi; en conclura-t-on qu'il prêchait en tant que catéchiste?
Cet exemple est mal choisi, car Eusèbe nous apprend qu'en Palestine Origène fut prié par les évéques d'enseigner publiquement à l'église et d'expliquer l'Écriture, encore qu'il ne fût pas prêtre '. Sans doute, on pourrait inférer de ces paroles qu'il se bornait à enseigner dans l'église; mais la suite prouve qu'il prêcha ailleurs et que d'autres laïques le firent aussi, quoique rarement. Démétrius d'Alexandrie, dans une lettre à Alexandre, évêque de Jérusalem, et àThéoticte de Césarée, se plaignait qu'Origène, un laïque, eût été admis à l'office de la prédication; il est inouï, disait-il, et aujourd'hui même cela ne se fait
' Orig., Contra Cels., lib. IV, cap. ix; cf. In Ezech., hom. vu, n. 3. — » Probst, la Doctrine et la Prière dans les trois premiers siècles, p. 18. — ' Eusèbe, Hist. eccl-, liv. VI, eh. xix.
oOA HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
point, qu'un laïque prêche en présence de l'évêque (ôjaiXciv). Les deux évêques répondirent que cette allégation était inexacte, que quand il se trouvait des hommes capables qui pouvaient être utiles au peuple, les évêques les invitaient à prêcher, tels que Énalpis de Néon à Larandi, Paulin de Celse à Iconiura, Théodore d'Attique à Synnada. Et il est probable, ajoutaient-ils, qu'on fait de même ailleurs, bien que nous l'ignorions '.
Or, si les laïques pouvaient px'ècher devant les évêques, à plus forte raison les diacres. Cependant le fait était exceptionnel et causait une •^ertaine rumeur, ainsi qu'on le voit et par la lettre de Démétrius et par la réponse des deux évêques. De plus, une disposition des constitutions apostoliques - exclut positivement les diacres de l'enseignement. On pourrait, il est vrai, invoquer en leur faveur le concile d'Ancrre (314), portant que les diacres qui ont sacrifié, mais sont revenus plus tard à la lutte, ne doivent plus « annoncer » (xTripuacreiv), can. II ; mais le véritable terme employé pour la prédication était celui d'ô(j.t)v£ïVj comme il résulte des paroles citées. KripOdaetv exprimait les paroles que le diacre prononçait dans la liturgie.
2«= La mission des diacres était d'enseigner la discipline, et comme il s'agissait moins d'instruire que de faire observer les règles établies, leur enseignement était au-dessous de celui des évêques et des prêtres. D'autre part, ils étaient tenus, en surveillant et en inculquant la discipline, de recourir aux doctrines morales qui leur servaient de bases, et de celles-ci aux doctrines dogmatiques. 11 pouvait donc se faire en bien des cas que la limite dans l'exercice de l'enseignement fût assez large entre les divers degrés de la hiérarchie.
Les canons arabes d'Hippolyte contiennent pour la piùère de l'ordination des paroles où l'on demande à Dieu de donner au diacre des doctrines (utiles) et d'amener à TÉglise un peuple nombreux ^. Ces mots : sine ullo sccmdalo semblent indiquer qu'il s'agit de ce que faisaient les diacres, quand l'occasion s'en offrait, pour initier les infidèles au christianisme et chercher à les convertir. Un diacre imprudent pouvait aisément, en s'appliquant à faire des prosélytes, exciter des troubles parmi les païens.
3° Quant aux prêtres, ils exercèrent l'enseignement dès les temps les plus reculés, car l'enseignement était attaché à leur vocation, et ils remplaçaient de temps en temps les évêques.
On peut conclure le premier de ce qu'ils enseignaient surtout la morale. Saint Polycarpe les exhorte à ramener les égarés, à visiter les malades, à ne pas négliger les veuves, les orphelins et les pauvres -^
< Eusèbe, loc. cit. — • Canones S. Hippolyti, edit. Haneberg, cap. v. — 3 Polycarp., Ad PMlad., c vi.
LE CULTE. oOo
Par égarés, il entend surtout ceux qui tombaient après le baptême, car ceux-là seuls pouvaient être ramenés. Cependant on peut entendre ce mot dans un sens plus large et l'appliquer aux infidèles et aux hérétiques. Ramener ceux-ci, instruire les catéchumènes et les pénitents, c'était là sans doute une de leurs principales fonctions, d'où vient qu'Hermas les appelle docteurs. Comme il place en effet les docteurs entre les évèques et les ministres, il n'est guère douteux qu'il veut parler des prêtres, d'autant plus que dans ce qui suit il indique clairement trois sortes de fonctions. Nulle part les fonctions du prêtre comme docteur ne ressortent aussi clairement que dans les Constitutions apostoliques. Leur principale mission, disent-elles, est d'annoncer la parole de Dieu, de là leur nom de docteurs de la science de Dieu ; c'est à eux comme aux apôtres que cette parole est adressée : Enseignez tous les peuples. Dans leur ordination on invoquait sur eux l'esprit de grâce et de conseil, afin que, remplis du don de science, ils instruisissent le peuple chrétien dans la douceur.
En l'absence de l'cvèque, soit que le siège fût vacant ou que l'évêque fût empêché dans ses fonctions par la maladie, la captivité, l'exil, les prêtres tenaient sa place. Ils prêchaient pendant l'office et instruisaient aussi les compétents; en un mot ils enseignaient à la fois la morale et le dogme. Personne ne s'étonnait qu'un prêtre prêchât en l'absence de l'évêque, mais bien quand il était présent.
4° Les évèques annonçaient surtout la parole de Dieu, et cela pendant l'office divin ; car ils sont les successeurs des apôtres ; ils réunissent dans l'église les brebis chancelantes ou égarées et arment le peuple que Dieu leur a confié contre les flèches du démon par d'incessantes exhortations. L'évêque était la voix de Dieu et la langue qui publiait au peuple sa volonté 2. A la ditférence des prêtres, il enseignait surtout le dogme et les doctrines secrètes. Mais il ne se bornait pas à cet enseignement, ni peut-être, si l'on considère la question sous un autre point de vue, à diriger les âmes pieuses dans la voie du ciel, ainsi que saint Ignace le faisait déjà remarquer à saint Polycarpe. Les Constitutions apostoliques, en effet, portent expressément que l'évêque doit stimuler les hésitants , les reprendre avec hardiesse , instruire les ignorants, affermir ceux qui sont debout, ramener les égarés. Mais on trouve aussi des indices d'après lesquels il devait surveiller la science théologique : « L'évêque est le ministre de la parole, le gardien de la science, le médiateur de Dieu et des fidèles dans l'office divin. » Comme on distinguait entre logos et gnosis, on distinguait aussi entre serviteur et gardien. Gardien, l'évêque ne devait pas seulement annoncer l'Évangile, mais encore surveiller la marche de la théologie et s'enquérir comment elle était cultivée par les hommes de la science.
506 HISTOIRE DE LÉGLISE.
5» Le nombre des prêtres et des diacres était considérable dans chaque Église. On peut donc supposer que tous n'avaient pas les mêmes fonctions; que parmi les diacres, les uns se consacraient aux pauvres, les autres à l'office divin, les autres à l'enseignement. De même pour les prêtres. Ceux qui, dans leur ordre propre, s'adonnaient de préférence à l'enseignement se nommaient docteurs. Saint Cyprien écrivait à son clergé que parmi les lecteurs il avait fait le sous-diacre Optât « docteur des auditeurs. » 11 y avait donc aussi des docteurs parmi les lecteurs. Nous voyons encore dans la même lettre qu'il y avait parmi les prêtres des docteurs qui étaient chargés avec lévêque d'examiner ceux qui devaient être admis au doctorat. Les Actes du martyre de sainte Perpétue mentionnent un prêtre qui était docteur. Sans doute la mission principale des prêtres était d'enseigner, mais ceux qui remplissaient des fonctions spéciales dans l'enseignement, conmae celle d'examiner les clercs inférieurs, se nommaient docteurs par excellence. Les diacres et les clercs inférieurs ne l'étaient pas proprement, mais on en confiait quelquefois les fonctions à certains d'entre eux, et on les appelait également de ce nom. Il va de soi qu'on choisissait de préférence ceux qui se signalaient par le don de la science, et le texte de saint Cyprien concorde parfaitement avec ce que dit Tertullien que les docteurs sont ornés du don de science.
Comme les évêques, à raison de leur position, étaient docteurs plus que n'importe quel prêtre, on ne leur donnait point le titre honorifique de docteur, du moins nous ne l'avons vu dans aucun passage; on les appelait presbyteri. On distinguait parmi eux ceux qui étaient disciples des apoti-es, disciples de leurs disciples, ou qui jouissaient d'une autorité particulière en matière d'enseignement.
On le voit, le terme de docteur n'exprimait point un grade spécial dans l'ordre hiérarchique, bien qu'on puisse croire au premier aspect qu'Origène l'emploie dans ce sens. Dans son commentaire sur le Cantique des cantiques, il cite d'abord les évêques, puis les prêtres et Itis diacres, et il voit dans les échansons de Salomon une figure des docteurs.
'0[idia, )k6Y0!;, « sermo, tractatus, « ou « disputatio » (Hier., Ep. xxii ad Eust., cap. xv; Augustin, Tract, lxxxix in Joan., hb. IV De doctr. christ., donne des préceptes sur la rhétorique ecclésiastique); Combéfis, Bibhoth. Patr. concionat., Paris., 1662, I et seq.; Solvaggio, lib. II, part. I, cap. xi, § 4, p. 208 et seq.; § 6, p. 216 et seq.; § 8, p. 222 et seq.; Tzscliirner, De clar. Eccl. vet. oratoribus comm., I-IX, Lips., 1817 et seq-; Paniel, Gesch. der ehr. Beredsamk. u. Hom. i, Leipz., 1839; Hemel, Handbuch der geistl. Bereds., en allemand, par Kraus,
Regensb., 1860; Villemain, lÉloquence des saints Pères, Paris, 1841 (en allemand, Regensb., dSö.H); Schleiniger, Das Prediglamt, Fribourg, 1861; Freppel, l'Éloquence chrétienne, etc. Sur les applaudissements pendant le sermon, Ullmann, r,reg. v. Naz., p. lo7, 189; Néander, Chrys., Il, p. 106 et suiv. Évèques étrangers invités à prêcher, Basil., Ep. Lix, cap. 3, p. 413. L'office de la prédication rempli par les évèques, ran. ap. lvui; Ambros., De off., I, 1; Chrys., Hom. x in I Tini., n. 1; De sacerd., IV, 8 ; VI, 1 ; Trull., can. xix. Remplacés par les prêtres, Fessier, Patrol., II, p. ."il, 244 et seq. Défense aux femmes de prêcher, Carthag., 398, cap, xcviii, xcix. Sermons à la campagne, concile de Vaison, .029, can. ii. Formules du commencement : « Pax vobis, Benedic Domine, Adsit nobis auxilium divinum, Det nobis Dominus aperire mysteria, donet mihi aliquid dignum de se dicere. » Formule de la un dans Léon I" : « Chr., qui cura Pâtre et Sp. S. vivit et régnai in saîcula sœculorum. Amen. » Saint Augustin, fréquemment : « Conversi ad Dominum ipsum deprecemur pro nobis et pro omni plèbe sua adstante nobiscum in atriis domus suée, quam custodire protegerequc dignetur per J. Chr., » etc. Sur la doxologie de la Trinité, Basil., De Spiritu sanclo, cap. xxix.
L'offertoire.
270. Après le sermon, on renvoyait successivement les infidèles, les catéchumènes, les pénitents et les énergumènes. D'après les anciens formulaires d'Orient, quand le diacre avait commandé le silence, les fidèles faisaient une prière à voix basse, suivie d'une autre prière à haute voix, prononcée alternativement par l'évéque ou le diacre et par le peuple, pour l'Église, les évèques et les clercs, pour toutes les classes de fidèles; l'évéque terminait par une oraison où il recommandait à Dieu les prières des fidèles. Le Symbole de Nicée, avec l'addition de Constantinople relative au Saint-Esprit, fut probablement admis dans la liturgie, à Antioche d'abord, vers le cinquième siècle, à Byzance à partir de 519, puis en Espagne, où il était solennellement chanté à la messe du dimanche. Cet exemple fut suivi par l'Église gallicane, mais non encore par TÉghse romaine. L'offrande était précédée d'une salutation du célébrant au peuple, et, en Orient, du baiser de paix. Les fidèles offraient du pain et du vin ; les diacres et les sous-diacres séparaient la part nécessaire pour la communion et faisaient garder le reste pour le clergé et les pauvres. D'autres dons s'y joignaient quelquefois, de l'huile, des épis de blé fraîchement cueillis, des raisins, de l'encens, dont on se servait déjà au quatrième siècle
pour parfumer l'autel. Celui qui n'était pas en pleine jouissance de la communion ecclésiastique, qui ne pouvait s'approcher de la table sainte, n'avait pas le droit de présenter des oblations.
Chaque offrant remettait en même temps au diacre son nom par écrit. Le diacre lisait tous les noms à haute voix, même ceux des défunts, afin que le prêtre fît mémoire d'eux en particulier. On mêlait de l'eau au vin destiné au sacrifice, et on faisait sur lui des prières, ainsi que sur le pain qui allait être bénit. Dans les prières, les dons étaient désignés ou parce qu'ils étaient encore ou par ce qu'ils allaient devenir. On disait ordinairement : a Nous vous offrons ce qui est vôtre de ce qui est à vous. » A partir du sixième siècle, l'oblation n'avait plus lieu d'ordinaire que le dimanche. Pendant qu'elle se faisait, le chœur chantait (d'abord en Afrique) des psaumes, puis des versets isolés (antiennes). Plus tard, quand diminua le nombre des communiants et que le pain eucharistique fut préparé par les clercs, les oblations eu nature cessèrent presque entièrement et on offrit de l'argent. Après l'offertoire, le célébrant, et dans plusieurs églises, les hommes présents, se lavaient les mains. On voulait que tous eussent le cœur pur et que chacun se réconciliât avec ses frères. Ce devoir était également inculqué dans plusieurs autres circonstances '.
ADDITION DU TRADUCTEUR
On sait qu'avant l'oblation de l'hostie, le célébrant prononce une courte prière qui s'appelle l'Offertoire et qui cependant n'est pas l'offertoire proprement dit, car elle précède cette action. Pourquoi donc cette prière se nomme- t-elle offertoü'e?
Dans l'ancienne Église, ainsi qu'on vient de le voir, les fidèles, avant l'offertoire du prêtre, apportaient à l'autel leurs offrandes volontaires, qui étaient le plus souvent du pain et du vin. Pendant cette offrande, dont les offertes actuelles sont une réminiscence, les chantres exécutaient différents versets intitulés versus offertorii. Quand les offrandes eurent cessé, on continua de chanter ces versets, qui, dans la suite, ne furent plus récités que par le prêtre et en silence. Ces versus offertorii sont devenus la courte prière que nous nommons maintenant « offertoire^. »
< D'après Matth., v, 23 et suiv. — ' Héfelé, Append. à l'Hist. eccL, t. I, p. 281.
Renvoi de ceux qui ne font point partie des fidèles, Laod., can. xix ; Const. ap., VIII, 5 et seq.; Chrys., Hom. m de incompreliens,, n. 6 et seq.; Hom. iv, n. 4 et seq.; Hom. u de obscur, prophet., n. o; Hom. ii in II Cor., n. ö; Hom. xi in I Thess., cap. v, n. 2 (Migne, t. XLVIII, p. 725, 733 et seq.; t. LVI, p. 182; t. LXI, p. 399; t. LXII, p. 464). On distinguait des prières ôià mm-Kriz et des prières 8ià TipoaçwvriiTewç, ou (Tvvam^ (connexio), dans plusieurs liturgies. La prière de Tévèque qui venait ensuite se nommait « commendatio, invocatio, collecta, » uapà6£(7tç, ètoxXyio-iç, etc. Sur le Credo, voy. Théod. Lect., lib. II, n. 32, 48 ; Nicéphore Call., XV, 28; XVI, 35, qui l'attribuent à Sévère et à Timothée de Constantinople, sous Anastase I", tandis que Georg. Hamartol., Chron., p. 514 et seq., cap. ccxii, l'impute à Martyrius d'Antioche,
oç TîpwTOç ÊitevÔTiffE ... èv 7tâ(7ir) duvâlei tô crj(A6o).ov Tr,<; TTÎffTewç ),éY£(76at nçb Touxoy \Lr\ X£YÔ(X£vov eI [/.y] àTta? xoû èvtauxoû vr^ (i£Y*^Tl TtapaffXEyîg. Cette donnée
est vraisemblable et ne contredit point celle qui se rapporte à Constantinople. Sur le concile de Tolède en 589, c. ii, voyez III, § 178, p. 563. Sur « l'osculum pacis » en Orient, Laod., xix; Const. ap., VIII, 11 ; Cyrill., Catech. xxiii, n. 2;Ps. Dion., De eccl. hier., cap. m, n. 2; Chrys., De compunct. cord., I, 3. — Oblations, can. ap., ui-v ; Aug., Conf., V, 9; Theod., Hist. eccl., IV, 19; V, 17; Ps. Dion., De eccl. hier., cap. ui. Concile d'Hippone, 393, can. xxin; d'Auxerre, 578, can. vm; de Mâcon, 585, can. iv. « Jus otferendi, » Gonc. Nie, can. xi ; Ancyr., can. iv, v, vui; Illib., can. xxviii; Ambros.,Ep. xxx ad Valent.; Const. ap., IV, 6; Aug., Ep. vi ad Bonif.; Naz., Or. xlui, n. 52, p. 809 (sur les dons destinés par l'empereur Valens à Tautel de Césarée). Selvaggio, lib. II, part. II, cap. i, § 6 et seq., p. 18-33. « iNomen offerre, » dans Hier., lib. II in Jerem., cap. ii; Innoc. I, Ep. ad Décent. Les ôtirruxa (bis plicata) mentionnés I, § 198; II, § 256, presque toujours enduits de cire au dedans, étaient faits en ivoire (cf. Cod. Theod., XV, IX, 1) ou autres matières, semblables aux tables ordinaires sur lesquelles on écrivait (Luc, i, 63); ils servaient de registres (fasti). Les noms des ecclésiastiques et des laïques qui y étaient inscrits se lisaient pendant l'office divin du haut de l'ambon. Les dyptiques des morts donnèrent fieu plus tard aux martyrologes et aux nécrologes. August., Contra Faustum, XV, 4; Bona, Rer. ital., II, 12, 1, p. 260; Du Fresne, Gloss. gr. iat.; Cave, üiss. de eccl. libr. pênes grœc; Salig, De dipt. vet. or., 1731; Allegranza, Opusc. erud. de dipt. consul. Cremon., Cremon., 1741, iii-4<»; Goar, Aduot. ad miss. Joan. Chrysost. not., 145; Euchol., p. 123, 141; Gori, Thés. vet. dipt., Flor., 1 759 ; Gavant. , Thés. sacr. rit., I, 166; Binterim, IV, II, Anh., p. 60; Mozzoni, Sec. V, not. 4; Sécréta s. oratio super oblata; Marlene, De ant. Eccles. rit., lib. I, cap. vi, a. 7, § 5; Selvaggio, loc. cit., p. 33-36, — Lotio manuum, Constit. apost., VIII, 11; Cyrill., Catech. xxiii, n, 2; Ps. Dion., loc. cit., n. 10; Isidor., Epist. ad Luidfred. Cord.; German. Cpl., p. 218, avec récitation du
ps. XXV, 6. Le vase d'eau s'appelait xépvtSov, aquamanile ; Selvaggio, loc. cit., n. 40, p. 38; Matth., v, 23, y fait allusion; Cyrill. Hier., loc. cit., n. 3.
La préface, le canon et la consécration.
271 . Venaient ensuite l'action de grâces (notre préface), imitée de l'exemple de Jésus-Christ. Elle commençait par les paroles d'introduction, chantées par le prêtre, et par les réponses du peuple, et finissait par les trois Sanctus, tirés de l'hymne des anges'. Les paroles du commencement sont les mêmes, quant à la substance, que celles qui furent partout employées de bonne heure. En Orient, l'action de grâces pour les bienfaits reçus de Dieu étai t la même dans toutes les messes ; mais en Occident elle variait selon les fêtes. Les formules, excessivement nombreuses dans l'Église romaine, furent restreintes à onze. Venait ensuite la partie essentielle de la messe, appelée chez les Grecs anaphora, chez les Latins actio, secretum, et canon depuis Grégoire le Grand. On y priait pour l'Église, pour tous les fidèles, et surtout pour l'évêque, pour le patriarche, le pape et les bienfaiteurs de l'Éghse, pour ceux qui faisaient des oblations et pour les puissances humaines. (En Orient, c'était le plus souvent après l'élévation.) On faisait aussi mémoire des saints qui sont dans le ciel, et on remerciait Dieu des grâces qu'il leur avait accordées.
Chez les Orientaux, qui pendant l'action sainte cachaient les objets sacrés derrière des voiles, les paroles de la consécration se prononçaient tantôt à voix basse, tantôt à haute voix, ainsi que l'avait prescrit Justinien, et le peuple répondait Amen ou « Nous croyons ! » En Occident, depuis le sixième siècle au moins, le canon se disait tout entier en silence. La consécration était suvie tantôt de prières générales, tantôt de prières particulières pour les défunts, dont on lisait les noms par ordre d'état, ceux des clercs d'abord, puis ceux des laïques. L'Oraison dominicale, précédée d'une introduction fort ancienne, était, dans quelques Églises de l'Orient et de la Gaule, prononcée ou chantée par le prêtre et par tous les assistants. L'embolisme [Libéra nos) se trouve dans le Sacram en taire de saint Gélase. Dans quelques Églises de l'Espagne et de la Gaule, l'évêque,
» haie, vi, 3.
LE cur.TE. 5 H
immédiatement après, donnait au peuple la bénédiction. Dans quelques anciennes liturgies orientales, cette bénédiction est une prière par laquelle on demande à Dieu de rendre le peuple digne, dans son corps et dans son âme, de recevoir la communion. Puis le prêtre ou le diacre, se tournant vers le peuple, disait : « Le saint aux saints 1 » et le peuple répondait par une doxologie, que les Orientaux remplaçaient par le Gloria.
ADDITION DU TRADUCTEUR
De la formule de consécration '.
Quand nous considérons les six prières qui sont placées entre le Sanctui et l'élévation, nous remarquons facilement que la dernière : Quipridie quam pateretur, n'est autre chose que le récit de la première cène, l'historique de son origine. Ce récit renouvelle en quelque sorte l'institution du sacrifice eucharistique et contient en outre la consécration elle-même. Dans cette narration de la première cène, le prêtre prononce les mêmes paroles et accompHt les mêmes actions que Jésus- Christ, mais non en son propre nom ; il parle et il agit comme s'il était une seule et même personne avec Jésus-Christ.
Ainsi, quand il est dit dans cette prière que Jésus-Christ prit le pain dans ses mains, le prêtre prend l'hostie dans les siennes; quand il est dit que Jésus-Christ leva les yeux au ciel, le prêtre lève les yeux au ciel; quand il est dit que Jésus-Christ bénit le pain, le prêtre le bénit; quand il est dit enfin que Jésus-Christ prononça ces paroles : « Ceci est mon corps, » le prêtre les prononce également et il dit en propres termes : « Mon corps » et non pas : « Votre corps, » pai'ce que c'est Jésus-Chi'ist qui énonce ces paroles par la bouche du prêtre. Ce n'est pas, en effet, le prêtre qui consacre, c'est Jésus-Christ qui consacre par lui; car on sait que, dans la langue du dogme, Jésus-Christ, au sacrifice de la messe, est à la fois le sacrificateur et la victime, sacrificator ipse et sacrificium. Nous voyons par là pourquoi la formule de la consécration doit être ainsi conçue : Hoc est corpus meum.
Quant aux formules mêmes, ni celle de la consécration du pain ni celle de la conséci^atioii du viu ne sont contenues textuellement dans l'Écriture. La première est ainsi conçue : Hoc est enim corpus meum ; or, le mot enim ne se trouve pas dans le texte biblique correspondant, Matth., xxvi, 26. On ignore à quelle époque et par qui ce mot a été ajouté; la tradition l'attribue à saint Pierre. Il est certain qu'il fut de très-bonne heure usité dans l'Église romaine et qu'il se trouve déjà dans les Sacramentaires.
La formule de la consécration du calice est encore moins conforme à
' Héfelé, Supplem. à l'Mst. eccl., t. II, p. 282.
olâ HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
la lettre de l'Écriture : Hic est enim calix sanguinis mei, Novi et setemi Testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Rapprochons de ce texte les passages de la Bible. En saint Matthieu, xxvi, 28, les paroles de la consécration du calice portent : Hic est enim sanguis meus, Novi Testamenti, qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum. En saint Marc, xiv, 24 : Hic est sanguis meus, Novi Testamenti, qui pro multis effundetur.
Comme on le voit, la formule de la messe se rapproche plus de saint Matthieu que de saint Marc; la conjonction enim, pour le calice, et ces paroles de la fin, in remissionem peccatorum, sont absolument comme en saint Matthieu. Sur d'autres points, notre formule s'accorde davantage avec saint Luc, xxii, 20, et saint Paul, I Cor., xi, 25, On lit en saint Luc : Hic est calix, Novum Testamenlum, in sanguine meo, qui pro vobis fundetur ; en saint Paul : Hic calix Novum Testamentum est in meo sanguine. Dans ces deux passages, c'est le calice et non le sang qui est nommé directement, et le vobis de saint Luc ne se voit nulle part ailleurs. On serait tenté de croire que la formule de la messe résulte d'une fusion de ces quatre passages. Mais supposé qu'il en fût ainsi, on ne trouverait nulle part dans la Bible les mots œterni et mysterium fidei. D'où viennent-ils? De la ti'adition.
Quand une communauté chrétienne fut instituée à Rome, probablement par des témoins du miracle de la Pentecôte, puis accrue et affermie par saint Pierre, il n'y avait pas encore d'Évangiles écrits ni surtout d'Évangiles partout répandus. Il fallait donc de toute nécessité emprunter la formule de consécration à la tradition, car on l'employa avant qu'il y eût des Évangiles écrits.
S'il en est ainsi, il ne reste plus qu'à savoir si la formule, telle que nous la récitons à la messe, est la même que celle qu'employait la communauté de Rome quand elle fut fondée. Je crois pouvoir l'épondre affirmativement, et en voici les raisons : 1" Cette formule se trouve déjà dans les plus anciennes liturgies romaines; 2° on la considérait anciennement comme provenant de saint Pierre, et c'est pour cela sans doute qu'on n'y fil point de changement; 3° quand un pape a introduit des modifications dans la liturgie de la messe, même aux endroits relativement peu importants, l'histoire le mentionne presque toujours. On peut donc conclure à plus forte raison que si un changement eût été fait dans le passage le plus important de la messe, l'histoire ne l'eût point passé sous silence.
11 ne reste plus qu'à rechercher le sen.-^ véritable de ces additions faites à la formule de consécration.
\° Le mot setemi ajouté à Novi Testamenti est un commentaire exact; car le Nouveau Testament a été voulu de Dieii de toute éternité, et Jésus-Christ lui-même est dépeint dans l'Écriture comme le grand-
LE CrLTF. ol3
prêtre éternel. Le Nouveau Testament est donc éternel, et il l'est dans un double sens. Il a été voulu de Dieu dès le principe et doit subsister à jamais; il ne sera pas, comme l'Ancien, remplacé par un nouveau.
2° Il est plus difticile d'expliquer la seconde addition, le « mystère de la foi, » mysterhiin fidei. Ces mots sont fréquents dans l'Écriture sainte, 1 Tim., ni, 9; Coloss., iv, 3 ; I Cor., n, 7, et ils s'y rapportent toujours h la doctrine de Jésus-Christ. On a souvent recherché quel sens ils pouvaient avoir dans la formule de la consécration. De toutes les exphcations que je connais, aucune, je lavoue, ne me paraît avoir pleinement saisi le sens de ces paroles; je vais donc exposer mon sentiment dans l'espoir de provoquer peut-être de nouvelles recherches. Vuici donc, selon moi, le sens tlu « mysterium fidei. > Le plus grand mystère, ou, en d'autres termes, la plus profonde doctrine de notre foi, c'est que Jésus-Christ ait répandu son sang pour nous. On peut dire en conséquence que le sang même de Jésus-Christ est le mystère de notre foi. Les autres religions parlent aussi de Dieu, de docteurs envoyés de Dieu et même de révélations divines; mais que Dieu soit mort pour l'humanité, qu'il ail répandu son sang pour elle, c'est là le mystère unique de la foi chrétienne.
Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n° 271.
Praefatio, contestatio, inlatio, immolatio, npoXoYo;, eùxapi<jTÎa, Germ., ap. Gallandi, XIIl, 220; Mabillon, De litt, gall., I, 2; Selvaggio, loc. cit., cap. n, § 1, p. 2 et seq. Surtout : Const. ap., VIII, 12; Cyrill., loc. cit., n. 4-6; Aug., De vera relig., cap. m; Chrysost., Homil. vi in Isa., cap. VI, n. 3 (Migne, t. LVI, p. 138); Hom. xxv in Matth., n. 3 il. LVII, p 331); Anastas., Orat. de sanct. Synaxi (Migne, t. LXXXLX, p. 837). Le plus ancien Sacramentaire romain contient 207 préfaces, qui disparurent dans la suite. Le triple Sanctus est mentionné par le concile de Vaison, .■)29, can. in. .Sur le Canon, voyez Bona, II, H, 1; Marlene, I, 4, 8. Les quatre prières du canon latin : « Quam ublationem. Qui pridie, Unde et memores, Supra quse propitio, se trouvent déjà, avec peu de variantes, dans le De sacramentis, lib. IV, écrit peu de temps après saint Ambroise; dans les Sacramentaires de Gèlase et de Grégoire, dans Vigile, etc. Selvaggio, lib. II, pari. II, cap. m, Append., § 3, p. li.ï seq. Dans la liturgie espagnole et dans quelques liturgies gallicanes, le Sanctus était suivi d'une prière {Post-Sanctus) contenant une doxologie du Fils; venait ensuite la consécration [actio sancta), qui commençait par ces mots : « Qui pridie quam pateretur. » Dans la liturgie de .saint Ambroise, les trois prières du canon qui précédent la consécration sont à peu près comme dans la liturgie l'omaine. Dans la liturgie clémentine, la préface est immédiatement suivie des paroles de rin^titution de l'Eucharistie et de n. — HisT. DE l'f:glise. :j:i
514 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE.
la consécration faite avec les propres paroles de Jésut-Clirist. Sur les commémoraisons, voyez Chrysost., Hom. vi in I Tim., u. i ùVligne, t. LXII, p. 530 et seq.); Conc. Vas., 529, can. iv. — Juslinien, Nov. 127, cod. 6, ordonnait de réciter à haute voix les paroles de la consécration. Prières après l'élévation : Cyrill., Catech. xxni, n. 8, 9; Chrysost., De sacerd., VI, 4; Hom. m inEphes., n. 5; Selvaggio, cap.ii,§§ 2,3, p. 54, 56 et seq.
Sur le Pater noster : Cyrill., loc. cit., n. H et seq.; Chrys., De prod. Jud., hom. n, n. 6 (Migne, t. XLIX, p. .390) ; Anastas., De sanct. syn., loc. cit., p. 837, 841 ; German. Cpl., loc. cit., p. 225-227; Greg. Magn., lib. IX, Ep. XII ; .Selvaggio, loc. cit., § 8, n. 38, p. 79 et seq.
La bénédiction, ou uapâOeaiç : Selvaggio, loc. cit., n. 39, 40, p. 81 et seq. Le « Sancta sanctis, » dans Cyrill. Hier., loc. cit., n. 19; Chrysost., Homil. xvn in Hehr., n. 5 (Migne, t. LXIII, p. 133); Anastas., loc. cit., p. 841; Renaudot, Lit., I, 267; Selvaggio, loc. cit., cap. m, n. 2, p. 83.
La communion.
272. La fraction du pain consacré en diverses parcelles précédait la troisième des parties principales de la messe, la distribution de la communion; elle avait lieu dans toutes les Églises, dans celles de Milan comme dans celles de l'Orient. Dans l'Église romaine, elle suivait le Pater, et l'invocation de l'Agneau de Dieu (Agnus Dei), qui sans doute se faisait déjà auparavant, y était chantée par le clergé et le peuple, d'après un règlement de Sergius I" (687). Le mélange d'une partie de l'hostie avec le précieux sang dans le cahce est déjà mentionné en 4il et fignre aussi dans la liturgie de saint Jacques. En Occident, l'Espagne exceptée, le « .souhait de la paix » et le baiser fraternel, qui en Orient venait après Toblation, avaient lieu en ce moment. Le prêtre donnait le baiser de paix au diacre, le diacre à un homme du peuple et les fidèles se le donnaient entre eux. Dans l'Église grecque, on montrait solennellement au peuple l'Eucharistie, en levant les rideaux avant la communion. Cette élévation, déjà attestée au cinquième siècle dans l'Église d'Orient, et qu'on retrouve dans plusieurs liturgies grecques, n'existait pas encore en Occident, bien qu'on adorât partout l'Eucharistie avant de la recevoir.
La communion commençait par l'évêque ou le prêtre, puis venaient les fidèles, les ascètes, etc. Souvent le prêtre présentait l'espèce du pain et le diacre celle du vin; le diacre ne pouvait Jamais communier le prêtre. Dans les Églises d'Orient et dans
I,E CULTK. 515
la plupart des Églises d'Occident, les prêtres seuls et les diacres pouvaient communier dans le chœur; les autres clercs communiaient à l'entrée et les laïques hors du chœur. On recevait ordinairement l'Eucharistie debout et la tète inclinée; le prêtre prononçait ces mots : « Le corps du Christ, » et « le sang du Christ, » et on répondait : Amen. Dans l'origine, les fidèles recevaient le pain consacré sur la main ; plus tard, le prêtre le plaça lui-même dans leur bouche en disant : « Que le corps du Seigneur garde tonàme! » Pendant la communion, on chantait des psaumes ou des versets analogues à la circonstance, celui-ci par exemple : " Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux*! » Une portion de l'hostie consacrée se conservait dans une petite tour ou péristerion. Après la communion venait une prière d'action de grâces, et quelquefois l'évêque bénissait la foule. Le diacre congédiait l'assemblée par ces mots : " Allez en paix ; » eu Occident : Ite, missa est.
ADDITION DU TRADUCTEUR
h' Ite, missa est -.
Pour bien comprendre le sens de la formule Ite, missa est, il faut démêler d'abord celui du mot missa. Le mol missa n'est employé que dans l'Église latine; l'Église grecque désigne le culte eucharistique par le terme général de liturgie (service), ou par celui de synaœis (assemblée). Cela seul devrait suffire pour qu'on ne cherchât pas une origine latine au mot messe; mais la multitude des arbres a empêché de voir la forêt, et comme les figures de la messe se trouvent déjà dans l'Ancien Testament, ou a cru que le ternie do messe devait avoir sa racine dans l'hébreu. On rencontra d'abord le verbe hébraïque asah, qui signifie l'aire, agir. De ce mot on forma le substantif ?msa/(,, action, qu'on ne voit nulle part ailleurs et qui est contraire à tous les principes de linguistique , au lieu du substantif maasseh, le seul que pei'mette la langue, et on donna le nom d'action par excellence à l'action du saint sacrifice.
D'autres prirent une autre voie. Trouvant dans le Deutéronome, xvi, 10, l'hapax légomenon inissah dans le sens de « suffisant » ou de « tribut, » ils crurent pouvoir admettre sans plus de façon que ce mol contenait la vraie racine du mot messe. Ni la Palestine, ni les anciens judéo-chrétiens, ni l'Orient tout entier ne connaissaient Je mot missa. uniquement employé par les Latins; mais ces étymologistes ne s'en souciaient point.
' Ps. xxxnu 9. — « Héfelé, Appendices a l'hision-'i ealcs.. t. Il, \>. 273.
îAi» uisToiiiE r>E l'église.
Saint Isidore de Sevilla, vers 630, avait déjà trouvé la vraie solution dans son ouvrage : Originwn sive etymologiarum libri Vl, c. xix; il faisait dériver missa du verbe latin mittere, envoyer, renvoyer. Missa serait donc synonyme de missio ou dimissio, renvoi.
On sait que le culte eucharistique se divisait autrefois en deux parties , la messe des catéchumènes et la messe des fidèles. Après l'évangile et le sermon, on renvoyait les catéchumènes et les pénitents de la classe inférieure. Il leur était défendu d'assister à la suite de l'action sainte, et le diacre les invitait à sortir. C'était le premier renvoi. Quand l'action sainte était complètement terminée, on renvoyait aussi les fidèles, et ce licenciement leur était également annoncé par un diacre. Ce second renvoi était la missio ou missa fidelium. Quand on eut modifié la pratique du baptême, c'est-à-dire quand l'usage de baptiser les enfants se fut généralisé, il n'y eut plus de raison de renvoyer les catéchumènes après le sermon, ni par conséquent de prononcer la première formule de renvoi, ite, etc.; il ne resta que la seconde, après que l'action sainte fut complètement terminée. Mais alors l'expression de missa ne fut plus appliquée à telle ou telle partie du culte eucharistique; elle fut appliquée au tout.
Le mot inissa se trouve pour la première fois dans une lettre du pape Pie I'"' ajuste, évêque de Vienne, vers ioO; mais comme cette lettre est d'une authenticité douteuse ', nous devons chercher dans saint Ambroise, vers 375, le premier témoignage en faveur de l'expression missa, ou missam facere, comme il s'exprime-. Dans Grégoire de Tours, vers 590, nous voyons déjà missam dicere ^.
Ce qui précède explique pourquoi les anciennes liturgies grecques, tout en ayant comme les liturgies latines une formule de renvoi, ne portent pas Vite, missa est.
D'après les Constitutions apostoUques, livre VIII, c. xv, le diacre, à la fin du culte eucharistique, prononçait ces pai"oles : àKoXwsaôe èv elpTivTi, ite in pace. Des formules semblables se trouvent aussi dans les liturgies grecques. On peut donc soutenir hardiment que les premiers siècles du christianisme avaient une formule de renvoi absolument semblable à la nôtre, et que dans l'Église latine Vite, missa est, « allez, c'est maintenant le i-envoi, » remonte aux temps les plus reculés.
Nous comprenons aussi pourquoi la formule Ite, missa est est remplacée aux jours de pénitence par le Be/iedî'cawus Dom mo et aux messes de deuil par le Requiescat in pace. Aux jours de pénitence, l'office divin ne finissait pas avec la messe, mais il était suivi d'autres exercices de piété et de pénitence ; on ne pouvait donc pas inviter les fidèles à
< "Voyez Permaneder, Patrol. specialis, t. I, p. 305. — « Ep. xx. p. 901. t. III, éd. Maurin., 1751. — ' Éd. Maurin.. p. 822.
LE CLLTE. M?
sorlir. Il eu est de même des messes des défunts j elles ('taieut suivies des prières poui- les morts, notamment de {'absolutio ad tumbain ; il fallait donc remplacer Vite, missa est par une autre formule.
Saint Avite de Vienne nous fournit d'autres détails intéressants sur le mot missa. On sait que ce savant évoque vivait vers l'an oOO, dans le royaume de Bourgogne, sous le roi Gondobald, avec qui il entretenait un commerce épistolaire très-suivi. Le roi le questionna un jour sur le passage de saint Matthieu, vu, 1 1, ii, ainsi conçu dans la traduction latine de ce temps : Vos aatem dicitis, si dixerit hämo patri suo aut »/rt</'i ; Corban tibi profuerit, eljam non missum facitis, cum quidquam f'acere patri aut matri; c'est-à-dire : « Vous dites, vous autres, si quel- ([u'un dit à son père ou à sa mère : Corban te sera utile (ce que j'offrirai au temple te protitei'a aussi), ne lui laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère. » Gondobald se scandalisait surtout do l'ex- {)ression « non missum facitis. »
Avite, dans sa réponse, remarque que « non missum facitis » est synoyme de « non dimittitis » (vous ne le renvoyez pas, vous ne lui permettez pas défaire quelque chose pour son père), et qu'il est d'usage dans les églises et dans les « tribunaux > de crier missa est quand ou congédie le peuple (m ecclesiis palatiisquc sive prxtoriis missa fieriproinmtiatur, cum populus ab observatione dimittitur). Nous voyons par là qu'à cette époque la formule missa est et Ite, missa est. ou missa fit, s'employait aussi à la fin des séances des tribunaux. Enfin, nous apprenons de Sirmond, au terme de ses doctes remarques sur Avite, que Vite, missa est s'employait anciennement, et en partie au moyen âge, nonseulement dans le saint saci'ifice, mais dans les autres actes du culte, et (ju'on appelait matines, missœ matutinae, vêpres, missx lespertinœ. Xu moyen âge, missa était souvent pris pour sjoionyme de fête *.
La prière de la communion dans la liturgie-.
-Nous avons vu que la courte prière de l'olTertoire précède ruffertoire [»roprement dit; c'est le contraire pour la prière de la communion : elle ne vient qu'après la communion. On sait que le prêtre, après avoijcommunié sous les espèces du pain et du vin, purifié et couvert le calice dans la messe ordinaire, récite une courte prière qui s'appelle « communion. »
Ce terme ne peut s'expliquer que par l'archéologie ecclésiastique. Autrefois, le prêtre donnait au moins à chaque messe la communiun à une multitude de fidèles, et cela après la communion du célébrant, de lévêque et des autres clercs. Pendant cette communion, souvent trèslongue, les chantres exécutaient des versets. Plus tard, quand cette
Héfek, H ist. des conciles, l. IV, p. 245. — * Id., Append. à l'hist. ecclés., t. II, p. 281.
MK IIISIOIKI!. DL j/liOLlSE.
Strände t.uiiiimuiioii vint à cesser, on voulut conseiver les versets; mais, au lieu de les chanter, on se contenta de les réciter à voix basse. Ils sappelaienl alors versus ad communionem ^scilicet populi», et la courte prière qui les remplaça se nomma '■ communion. »
Sur la fraction de l'hostie, Chrys., Honi. xsiv in I Cor., n. 2 (Migne, t. I^XI, p. 200); Dion., De eccles. hierar., cap. m, n. t2, 13; .\ugust., Ep. Lix ad Paulin.; Naz,, Ep. clxxi (Migne, t. XXXVII, p. 280 et seq., sur àvai[AaxTo; •cojjL'^, dont OU se servait pour partager le corps du Seigneur); Germau., loc. cit., p. 228; Renaudot, Lit., I, p. 262; Selvaggio, loc. cit., § 2, p. 8o. — Ayiius Bei, voyez Vita Serg. I, in Lib. pontif.; fferno. De rebus ad luiss. spectant.^ p. 163, éd. tö72. — Mixtio hostia? cum sanguine, Conc. Araus., 441, can. xvii ; Tolet., IV, 633, can. xvni; Oi'do rom., I, 11. — Baiser de paix on Occident, Aug., Cont. lit. Petit., Il, 23; Ceesar. Arol., in August, hom. lxxxhi; Innoc. I, Ep. ad Décent., n. I. — Monstratio et elevatio hostife, Chrysost., Hom. m in Ephes., n. Ö (Migne, t. LXII, p. 29); Cyrill. Scythopol., in Vita S. Euthym.; Anastas., loc. cit., p. 841; Ps. Dion., De eccles. hierarch., cap. m, n. 2; Maxim., in h. 1. (Migne, t. IV, p. 137). — npo<TxOvri'jiç, « adoratio, » mentionnée dans Tiieod., Dial. ii Inconf. (Migne, t. LXXXIII, p. 168}; Chrys.. Hom. XXIV in l Cor., n. ö (t. LXI, p. 204); Ambros., De Spiritu sancto, m, II; Aug., Enarrat. in ps. cxiii, n. 10 (t. IV, p. 1064 et seq., edit. Maur.). — Ordo distributionis : Selvaggio, loc. cit., cap. m, § 3, p. 92. — Défense aux diacres de donner la communion aux prêtres : Nicceil., can. xviii; Arel. II, can. xv. — Communio data extra cancellos, Laod., xix; TruU., 692, can. Lxix; Tolet. IV, 633, can. xvni; Brac, 563, c. xin; Aug., Serm. c.cxxiv, c. 6; cccxcii, c. ö. Voyez aussi Conc. ïuron., ö67, can. IV ; Greg. Turon., Hist., IX, 3 ; Mabillon, De lit. gall., I, v, § 24. — Les mots «jwjj.a (aljxa) XptaToù, Cyrill. Hier., loc. cit., n. 21, 22; Constit. apostol., VIII, 13: auct. De sacram., IV, v; Ambros., De init., cap. ix; .Vug., Contra Faustuni, XII, x: Hier., Ep. xlii ad Theophil.: Leo Magn.. Serm. xci, s. (i de jejun. VII mens., c. 3. On communiait les hommes en déposant le pain consacré sur leur main; les femmes, en le déposant sur un linge de lin : Cyrill., loc. cit., n. 18, 21; Basil., Epist. xciii ad Ca'sar.; Chrysost., Hom. in Nat. Dom., n. 7; Ambros., ap. Theod., Histor. ecclesiast., V, 18; Aug., Contra lit. Petit., il, 25; Dam., F. 0., IV, 13; Ca^s. ArelaL, dans App. August., V, u. Concile dAuxerre, 578, can. XXXVI, xLvi. Cf. sur le I, § 190.
Le concile in Trullo ordonna qu'on s'approcherait de la table sainte les mains en forme de croix, et recevrait le pain bénit dans sa main et non dans des vases d'or, etc., attendu qu'une matière inanimée ne vaut pas mieux que l'image de Dieu. Mais nous savons par ce qui est rapporté du pape Agapet dans saint Cyrille, Dial. m, 3. qu'avant Grégoire le Grand, le prêtre, en Occident, plaçait déjà l'Eucharistie dans la
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bouche. Vers tiöO, un cüiioile de Rouen, can. ii, prescrivit de dépose]' Ihostie dans la bouche en disant ces mots : « Corpus Domini et sanguis prosit tibi in remissionem peccatorum et vitam œternam. » Autres formules : « Corpus Domini (N. J. Chr.) custodiat fconservet) aniraam tuam. » Cette dernière formule était usitée du temps de Grégoire le (irand (Vita Gregor., Il, 41). Du temps d'Alcuin (Aie, De offic. sabbat, s. Pasch., p. 259), on disait : « Corpus D. N. J. Chr. custodiat te (plus lard « animam tuam ») in vitam aîternam. » Chant du ps. xxxin, 9, Cyrill., Catecli. xxui, n. 20; Const. apost., loc. cit.; Hier., Ep. xxvii ad Lucin. B.; du ps. cxxxn : « Ecce quam bonum » (Aug., in ps. cxxxiu; cf. Tertull., De jejun., cap. xni), et le psaume cxliv (Chrysost., in hoc psalm.), puis le psaume xu (Lit. Marci), Selvaggio, loc. cit., cap. m, § 3, p. 98-103. Ce qui restait du pain consacré, à Constantinople et en d'autres localités de l'Orient (Evagr., IV, 36; Niceph., XVII, 25) et de la Gaule (concile de Maçon, ö8ö,can. vi), on le donnait aux petits enfants; mais le plus souvent on le gardait dans le péristérion ou pastophorion (Oà),a(Ao;, sacrarium). Cf. Conc. Turon., o67, can. m. La prière « Quod ore sumpsimus » se trouve déjà dans le plus ancien Sacramentaiie romain : Selvaggio, § fi, n. 30 et seq., p. 116.
Sur Vite, missa est, en grec noçitvta^e, àTcoWsTÔe èv elprivy), Chrys., Hom. 111 contra Judaeos s. in eos qui Pascha jejunant, n. 6 (Mignc, t. XLVIII, p. 870), et souvent ailleurs. Avit. Vieun., Ep. i; Selvaggio, loc. cit., n. 34, p. H9 et seq.; App., § 4, p. 163 et seq.: Héfelé, Beitr., II, \>. 273.
Différentes sortes de messes.
273. Lo sacrifice de la messe qu'oti offrait pour les défunts ou pour les pécheurs repentants, revêtait différentes formes. — On ne l'offrait point pour les impénitents, les suicides et les infidèles. — Le concile de Tolède, en 69i, défendit les messes (les défunts pour les vivants. On célébra aussi de bonne heure des messes votives pour prévenir quelque malheur ou demander des grâces particulières, des messes en l'honneur des saints, avec des prières et des leçons particuHères. Ces dernières étaient souvent tirées des Actes des martyrs. La messe des présancti- (iés, qui avait lieu dans l'Église grecque pendant le Carême, hormis quelfjues jours de fêtes, et dans l'Église latine le vendredi saint seulement, n'était pas proprement un sacrifice, car on la célébrait avec l'espèce du pain consacrée d'avance : c'était un culte d'adoration. Dans les Églises de la (Jaule, on célébrait aussi le culte divin tout entier en présence du corps de Jésus- Christ, en gardant sur l'autel, dans un vase en forme de tour, l'Eucharistie consacrée le jour précédent. Quand révè(]ue
'ylO mSIUlKK DE J. EGLISL.
officiait soleruiellement, tout le clergé était présent et les fidèles s'associaient à lui par leurs réponses, leurs oblatious et la communion. Outre la messe solennelle, il y avait des messes privées, (]ue les prêtres célébraient quelquefois dans des chapelles particulières sans communier les laïques.
Les anciennes agapes furent restreintes, à cause des abus qui s'y commettaient, et interdites dans les églises. On ne les célébrait plus qu'en dehors du saint sacrifice, ou bien on les ab(jlissait, comme fit saint Ambroise à Milan. Quant au sacrifice, la règle était de ne l'offrir que dans les "églises, mais on tolérait dans quelques cas particuliers qu'il fût célébré dans des oratoires privés ou ailleurs. Il y avait certains jours de grandes fêtes où l'on défendait de l'offrir dans les oratoires, afin que l'office paroissial n'en souffrît point. Le célébrant devait être exempt de censures; un excommunié qui offrait le saint sacrifice était déposé et anathématisé.
Missa pro defunctis, in Ljt. Cleni., Const. ap., Vfil, 30, 42; Chrysost., fiom. XXI in Act., n. i (Migne, t. LX, p. 169 et seq.); Aug., Confess., IX, 12; Enchir. ad Laur., cap. <:x; De cura pro mort, ger., cap. i; Isid., De offic, I, 48 ; Fulgent. Ferrand., 533, Ep., ap. Mai, Nov. collect., III, Ji, p. 183; Greg. Magn., Dialog., IV, 58; Anaslas., De lit. pro defens. die 40 (Pitra, II, p. 277 et seq.); Conc. Bracar., 572, can. x; concile de Valence, 524, can. iv (funérailles d'un évèque); de Tolède, XVII, 694, can. V. Les conciles de Vaison, 4i-2, can. n, et d'Arles, 443 ou 452, can. XII, permettent d'offrir le saint sacrifice pour les pénitents zélés; ])üur les suicides; il est défendu parles conciles d'Orléans, 533, can. .w; d'Auxerre, 578, can. xvii; de Brague, 563, can. xvi (cf. ibid., can. xvii, sur les catéchumènes). — Missse votivœ, in Sacram. Gelas., pro sterilitate, ad petendam pluviam : en Orient, on les célébrait lors des tremblements de terre et autres malheurs; Sozoni., VI, 2. Cf. Aug., Civit. Dei, XXII, viii, 7; Selvaggio, loc. cit., § 5, p. 129-136. — Missa preesancliticatorum, TruU., can. lu; Allât., ad B. Mhus. de missa prœsanctif.; Append. ad op. de Eccles. occid. et orient, perp. cons., p. 1521-1608. — L'adoration des 7i:poYiYiaa[j.£va est attestée dans Chron. Paschal. s. Alex, in Heracl. (Migne, t. XCII, p. 989). — Missa publica et privata, Selvaggio, loc. cit., Append., I, p. 120 et seq. Des messes privées dans des demeures particulières furent célébrées par le père de saint Grégoire de iNazianze (Nazianz., Or. xvni, n. 29, 38, p. 350, 358), par saint Ambroise (Paulin., Vita S. Ambros.), Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie (Leontius Neapol., Vita S. Joan. Elcemo.syn., caj». xxxvni, 41; Migne, t. XGIU, p. 1649, 1651 et seq.). Paulin de Noie, au ht de la mort, lit