‹ Histoire de l'église (volume 5)Chapitre 17 sur 34 · HIST.lJE LKCiLISIi · texte numérisé non relu

HIST.lJE LKCiLISIi

.*i3() HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

L'usage, né en Espagne, de tremper le pain consacré dans le vin fat condamné par différents conciles de ce pays.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Témoignages des protestants sur l'origine historique de la messe et du dogme de la présence réelle.

Grabe : « Il est certain qu'Irénée et tous les Pères qui vécurent ou du temps des apôtres ou immédiatement après, et dont les écrits nous sont parvenus, ont reconnu la sainte cène comme le sacrifice de la nouvelle alliance. Et ce ne fut pas là la doctrine oui "usage particulier dune Église isolée ou de quelques Pères, mais bien la doctrine et l'usage publics que l'Église avait reçus des apùtres, qui les tenaient de Jésus-Christ. Irénée montre cela clairement dans les chapitres xxxu et xxxiv contre l'hérésie. Mais la même chose avait été enseignée avant lui par le martyr Justin dans sa première Épître à l'empereur Antonin, et encore bien plus clairement dans son dialogue avec Tryphon. 11 serait supertlu de citer cet écrit, comme les passages d'Ignace, de TertuUien, de (]yprien et d'autres '. >- — Grotiis : « Dans les liturgies grecques, latines, arabes, syriaques et autres, je trouve des prières pour supplier Dieu de sanctifier par son Saint-Esprit les dons offerts sur son autel, j'avais donc toutes les raisons possibles pour soutenir qu'on n'aurait pas dû changer un usage si ancien et si général, qu'on est obligé d'en faire remonter l'origine aux premiers temps du christianisme ''. » — Wheatley : « Le saint sacrement de la cène fut, dès son institution, regardé et reçu comme un sacrifice, et offex^t solennellement à Dieu sur l'autel avant d'être présenté aux communiants *. » — Horts : i« Si Justin écrit, dans la première moitié du second siècle : « Nous savons que ce pain et ce vin consacrés sont la chair et le sang de Jésus-Christ incarné, » il suit de ces paroles que l'idée mystique doit appartenir à des temps antérieurs, par conséquent aux temps primitifs du christianisme et comme dogme de l'Église; et c'est ainsi que des mots historiques expliquent les paroles sacramentelles *. » — Grotius : « 11 est incontestable que, d'après la doctrine des Pères, la présence réelle est un véritable miracle. Quant à moi, je crois que tous nos grands disputeurs comprennent parfaitement ce que l'Église ancienne enseigne et ce qu'enseigne encore aujourd'hui l'Église catholique, mais qu'ils font semblant de n'y rien comprendre pour pouvoir venir en aide à ceux qui vivent de la vie du corps plutôt que de la vie de l'àme ^. »

^ Annot. ad lib. IV Irenaei adv. hxr. — ' Grotius, lac. cit. — ' Gründliche Erläuterung des common. Prayer Book. - * Horst, cité par Hœnighaus, /(( Réforme contre la Réf., t. I. — * Votum pro pace.

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Témoignages des protestantu sur le dogme de la transsubstantiation.

ScEWARTz : << C'est une contradiction logique qui fait dire aux calvinistes que l'ânie du communiant est nourrie du haut du ciel avec le corps et le sang de Jésus-Christ au moment même où matériellement il reçoit, dans la communion, du pain et du vin '. » — Toute cette opinion de Calvin est quelque chose d'inimaginahle, elle se contx'edit elle-même; c'est quelque chose de bâtard qui tient à la fois de la pensée et de l'jrfée, et qui, par conséquent, n'est ni l'une ni l'autre^.- — James Tayror : « La présence réelle du Saint-Sacrement, niée une fois, qu'est-ce qui reste alors? Si ce n'est pas le corps et le sang de Jésus- Christ, si c'était quelque chose de moins, oh! dites, que serait-ce donc? N'hésitons pas à le dire, ce serait le néant ^ » — Zefdler : << Le pain de l'Eucharistie devient réellement le corps du Christ, et cela par la transmutation *. " — Hobst : •< Le dogme de la transsubstantiation, au point de vue religieux, est l'idée la plus sublime de toute religion et (le toute philosophie : c'est la contemplation du fini et de l'intini, du terrestre et du divin ^ » — Luther : '< Il y a cinq ans, si Carlstadt ou tont autre eût pu me démontrer qu'il n'y a que du pain et du vin dans le sacrement, il m'aurait rendu un grand service; cela aurait fait un fameux pouf à la papauté; mais il n'y a rien à faire, le texte est trop formel *. » — « 11 y a des Bibles hébraïques, grecques, latines, allemandes : que les Sacramentaires nous montrent donc une version où soit écrit : Ceci est le signe de mon corps ! S'ils ne le peuvent, qu'ils se taisent. L'Écriture! l'Écriture! disent-ils sans cesse; mais la voilà, l'Écriture; elle chante assez haut et assez clairement ces paroles : Ceci est mon corps, qui obvient contre eux. Il n'y a pas un enfant de sept ans qui donnera à ce texte une autre interprétation ^ » — Forbes : « Je me range tout-à-fait à l'opinion des théologiens de Wittemberg, qui ne craignent pas d'avouer que Dieu est assez puissant pour changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ *. »

Témoignages des protestants sur le suffrage des Pérès en faveur de la transsubstantiation.

MoLAN : <> Je reconnais avec les Pères de l'Orient et de l'Occident la transmutation substantielle opérée dans l'Eucharistie, quo l'on exprime par les mots de Iransmutatio, transelemcntatio, transsubstantiatio; elles indiquent que dès que les paroles du Rédempteur sont prononcées par

' Ceber das Wesen des heil. Abendmahls. — • Die Gegenwart des Leibes und Blutes Christi, etc , Hamb , 1834. — ' Liberty ofprophesying, sect. xx. — ♦ In colloq. controv., sect. in. — ' Horts, loc. cit. — * Luther, eile par Âudin, 'Oe de Luther, eh. xxxni. — ' Ibidem. — * Consid. controv. pontif. prmcip., 1658.

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la vertu de l'union avec les formes visibles, on voit paraître sur l'autel ce qui d'abord n'y était pas, je veux dire la personne de Jésus-Christ *.■» — Leibmtz : a L'antiquité a formellement enseigné que la transsubstantiation s'opère au moyen de la consécration; aussi les anciens n'ont-ils jamais entendu parler du dogme formulé par quelques novateurs, qui prétendent que le corps n'est présent qu'au moment de la réception de l'Eucharistie -. "

Voyez § 261. Rareté des communions, Chrys., Hom. m in Eph., n. 4; Hom. xvii in Hebr., n. 4 (Migne, t. LXII, p. 28 et seq.; t. LXIII, p. 131); Conc. Agath., 506, cap. xvni. Communions plus fréquentes, Aug., Ep. cxviii, al. 54; Serm. xxxiv; Hier., Ep. xxvni ad Lucin.; Selvaggio, H, II, cap. m, § 4, p. 104 et seq. L'Eucharistie emportée dans les maisons, Basil., Ep. xcni; Ambr., Or. fun. in fratr., n. 43. Communion sous une seule espèce ; exemples : saint Ambroise au lit de la mort, les ermites du désert, Basil., loc. cit.; Zeno Veron., lib. 1, tract, xiv, cap. 4; Selvaggio, lib. III, cap. ix, §§ 1, 2; cap. x, lib. Il, part. H, cap. m, § 4, n. 25 et seq., p. 110 et se {. Communion des enfants, Const. ap., VIII, 12 et seq.; Fs. Dion., loc. cit., cap. vn, n. H : Sacram.. Greg. M.; Conc. Matisc, ö8'6, can. vi. JeVme naturel avant la communion, Aug., Ep. liv, al. cxvin ad Jan. Conciles d'Hippone, 393, oan. xxviii; d'Auxerre, 578, can. xix; de Mâcon, 585; de Dovin, 531, can. XXIV ; Augusti, Handb. der Archeeol., Il, p. 629. Lavement des mains, Const. ap., VIII, H ; Durant., De rit. Eccl. cath., lib. II, c. xxvin. Défense de donner l'Eucharistie aux défunts, Hippon., 393; Antissiod., ,078, can. xu; Trull., can. lxxxiii; de l'envoyer, Laod., xiv. Prière pour la bénédiction des eulogies (antidora), concile de Nantes, 656, can. ix : Il Fermentum, fermentatum, » dans Innoc. I, Ep. i ad Décent., cap. v. » Hostia sanguini intincta, » Conc. Brac, 675, can. ii (dans Gratien, t;ap. vil, d. Il de cons., faussement attribué au pape Jules I"''. Cf. Chr. Sonntag, De intinctione panis euchar. in vinum, Altdorf, 1695, in-4".

La pénitence.

278. La pénitence , dans ce qu'elle a d'essentiel, était administrée eoraine autrefois ; elle était ou publique ou secrète. Les Pères enseignaient que l'Église a le pouvoir de remettre tons los péchés, excepté les plus graves, que les fidèles sont tenus de les confesser en détail, et que le prêtre, ministre du sacrement, doit, en sa qualité déjuge, décider s'il faut les remettre ou les retenir, en sa qualité de médecin des âmes prescrire les remèdes nécessaires à l'amendemeut du coupable et, en sa

< Summa controv. de Euchar. — * System, theoloy.

LE CULIt;. It'M

qualité de docteur, diriger leurs consciences. L'institution de la pénitence était présidée par l'évêque, puis par le prêtre pénitencier, qui imposait à chacun une pénitence, au besoin la confession publique, et surveillait les pratiques de mortification : son cercle d'action était donc fort étendu. Ce prêtre pénitencier fut supprimé à Constantinople et dans le diocèse par le patriarche Nectaire, à la suite d'un scandale occasionné par la confession d'une femme de qualité qu'un diacre avait déshonorée à l'église. La pénitence publique fut abolie du même coup ; chacun put choisir à son gré le prêtre à qui il voulait faire sa confession secrète et accomplir plus ou moins conciencieusement sa pénitence, sans être soumis à aucun contrôle.

En Italie et dans d'autres contrées de l'Occident, les prêtres pénitenciers continuèrent leurs fonctions. On y était généralement plus sévère et plus attaché aux anciennes règles qu'eu Orient, où, à partir du quatrième siècle, la discipline subit de très-grands adoucissements. Les quatre degrés de la pénitence furent maintenus, ainsi que le droit de l'évêque de fixer ladurée de l'expiation, de la prolonger ou de la raccourcir. Ori se réglait ordinairement d'après les canons des conciles, les lettres canoniques et les instructions des évoques les plus renommés : en Orient, saint Basile ot saint Grégoire de Nysse, Amphiloque d'Icouium, Pierre I" d'Alexandrie, .saint Athanase, Tiniothée, Théophile, saint Cyrille. Au sixième siècle parurent les livres pénitentiaux, qui servirent de guide aux prêtres dans l'administration du sacrement de pénitence. Ils renfermaient dos prières, des formules de confe.ssion et d'absolution, toutes les espèces de péchés, avec les peines ecclésiastiques correspondantes, tirées soit des canons, soit de la coutume.

En Espagne , le troisième concile de Tolède (589) renouvela l'ancienne législation de la pénitence publique, prescrivit l'exclusion complète des pénitents relaps, ordorma que les hommes qui se présenteraient pour faire pénitence auraient les cheveux 'uupés et que les femmes changeraient de vêtements.

Outre les ouvrages cités I, § 200, voy. Natal. Alex., Ssec. xiii, xiv, di^s. xiY, t. XVI, p. Ö48 et seq. (contre Daillé. De coufess. sacram. s. auricul., Geuev., 1661, olc); Boileau, Hist. confess. auricul., Par., 1(584 et seq.; Klee, Die Reichte, Francfort-sur-le-.Mein. 1828; Luigi Tosi,

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Trattato sulla perpetuità délia fede e della pratica délia confessione sacram., Milano, 1854. Sur les devoirs du confesseur et sur la pémlence. Naz., Or. ii, n. 9 et seq.; n. 61, p. 16 et seq., 43; Or. xxvi, u. iel seq.. p. 472 et seq.; Or. xx.xix, n. 17, \S, p. 688 et seq., ed. Clem.; Chrys., Hom. m ad popul. Ant., n. li (Migne, t. .XLIX, p. 54); De sacerd., 11, 3, V; 111, .S; Basil., lib. V contra Eunom.; Serm. vin de pœnit.; Ep. xlvi ad virg, laps.; Ep. ccxvii (Migne, t. XXIX, p. 717 et seq.; t. XXX!, p. 126; t. .X.XXII, p. 369, 793 et seq., 1217 et seq.); Aster. Amas., Or. de tilio prodige; Phot., cod. cci.xxi, p. 2J3; Euseb., Quaest. ad Marin., n. 9, p. 277, éd. Mai; Eulog. Alex. adv. Novat., ap. Phot., cod. 280; Gyrill. Alex., in Luc, v, 24 (Mai, i\ov. Patr. Bibl., II, 179); ÎSyssen., in Eccles. hom. vu de castigat., et Adhort, ad pœnit. (Migne, t. XLIV. p. 725 et seq.; t. XLVI, p. 308, 539 et seq.); Epiph., Hter. i.ix, u. 1,2; Isid. Peius., lib. I, Ep. cccxxxvui, cccxxxix. Parmi les Latins, Pacien, évêque de Barcelone (v. 370), écrivit contre les novatiens trois lettres k Sempronien puis une Paréuèse sur la pénitence (Migne, Patr. lat., L XIII, p. 1051 et seq.). Saint Ambroise était lui-même un zélé confesseur (Paulin., Vita Ambr., n. 39, Op. IV, 11), vers 384, lib. U De poen. surtout important, f, vu, 36 et seq; H, xii, 35. Cf. Ep. Lxvii, n. 1 1 : He parad., n, 71); Aug., Serm. lxxxii, lxxxiii, de temp.; Tract, xlix in Joiu»., n. 24; Civ. Dei, XX, ix. 2; Enarr. n in ps. ci, n. 3; Enchir., cap. Lxiv-Lxvj, LXXXII, Lxxxni; Leo M., Ep. cvin, cap. 2; Ep. cLxvm, cap. 2; Ep. Lxxxix, p. 1062; Serm. xxvi de Nativ. Dei, vi, cap. 4, p. 90; Greg. M., Hom. xxvi in Ev., n. 4-6; lib. VI in lib. 1 Reg., cap. xv. Sur le prêtre pénitencier (1, § 205), Zaccaria, Diss. de reb. ad Hist. eccl. pertin., t. II, diss. ix, p.26 et seq.; Erank, Buszdisciplin, p. 142 etsuiv.; 650 et suiv., et Die verhsengniszvolle Beicht zu Constantinopel (Tüb. Q.-Schr., 1867, IV). Sur l'Itahe, voyez Vita Simplicii, dans le Liber pontif. (p. 425). Saint Chrysostome ayant permis de réitérer plusieurs fois la pénitence s'attira le reproche, oTt àSsiav Tza^éyii toi; â-ap.Tâvo-j(Tt, Phot., cod. Lix, p. 19; Socr., VI, 21. Les « audientes » et autres degrés de la pénitence sont mentionnés par le concile d'Arles (443 on 452), can. XI. Des conciles de Rome, en 487 et i88, décidèrent ce qui suit •^ontre ceux qui se faisaient rebaptiser en Afrique par les donatistes : '< Tribus annis inter audientes sint, septem vero annis subjaceant (les substrati) inter pœnitentes manibus sacerdotum, duobus etiam oblationes non sinantur oilerre (consistantes). » Félix III, Ep. xiii, p. 263, éd. Thiel.; Basil., Ep. ccxvii, cap. ."iö et seq., frappait le mem-tre volontaire de vingt années de pénitence (quatre années de » lletus, » cinq « d'auditus, » sept de « substratio, » une de « consist. »); l'adultère, de quinze années (quatre, cinq, quatre, deux ar.s pour chacpie degré). Gréeroire de Nysse, Ep. ad Let., cap. iv, imposait huit années à l'adultère, neuf à la fornication (saint Basile, 7). Saint Basile veut quo le vol, quand on s'accuse volontairement, soit puni d'un an de consistance, et, en cjs de conviction, d'un an de soustraction. Le concile iv

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Trullo, eau. t.xxxvh, d'après saint Basile, inculque encore les quatre degrés et laisse à 1 evèque le soin de fixer la durée de la pénitence. Basil., Ep. ccxvii, au. 375, cap. 74 (Migne, t. XXXII, p. 804); Conc. Hippou., 393, can. xxx; Leo M., Ep. clix, cap. 6.

Le meilleur ouvrage sur les lettres canoniques des Pères est de Pitra, I, p. 501 et seq., 630 et seq.

Parmi les pénitentiels des Orientaux, l'un est attribué à Jean IV le .leùnenr, de Constantinople, mort en 575 (àxo).oy6ta xai tâ^t; inl twv è5o(xo- >.oYovtJ.£vü)v); cf. Pitra, II, p. 222 et seq.; un autre au Grec Théodore de Cantorbéry, vers 670 (éd. Petiti, Par., 1679; Mansi, Conçu., t. XII), Voy. Vering, Zur Gesch. der Pœnitentialbticher, dans Archiv, f. kath. K.-R., 1873, N. F., t. XXIV, p. 204 et suiv.; Conc. Tolet. IV, 589, can. XI, XII ; Aguirre, Conc. Hisp., II, 280, 358 et seq. Cf. Agath., 506, can. xv; Barcin., 640, oan. vi. Les personnes mariées ne pouvaient se soumettre à la pénitence sans le consentement du conjoint (Conc, Arel., II, can. xxii), car l'usage du mariage était défendu aux pénitents. Ambros., üe pœnit., II, 10; Hier,, In Joël, pr. c. 2,

^219. Les exercices de la pénitence commençaient d'ordinaire le mercredi de la première .semaine du Carême (plus fard, le inercredi des cendres), par la prière et l'impo-sition des ir.ains del'évêqueetdes prêtres, La réconciliation avait communément lien, dans l'Église romaine, le jeudi saint; en Espagne et en Orient, le vendredi on le samedi saint. Les plus hauts personnages, les empereurs mêmes, comme Théodose 1" en Occident, se soumettaient à la pénitence. On n'était pas d'accord si les clercs y devaient aussi être assujétis. Les papes Sirice et Léon le Grand voulaient que les clercs engagés dans les ordres majeurs ne fussent soumis qu'à la pénitence privée ; cependant la pénitence publique était souvent admise. Ordinairement on les punissait de la suspense et de la déposition, on les réduisait à la communion laïque, et, en cas de récidive, on les excluait complètement. Une censure plus légère consistait à transférer un clerc dans la société des étrangers, sorte de suspense qui l'égalait aux clercs venus du dehors et n'ayant aucun témoignage à montrer de leur évêque. Il gardait son rang et continuait d'avoir part aux revenus ecclésiastiques, mais il ne pouvait exercer aucune fonction.

Les clercs déposés pour crimes devaient rester toute leur vie dans la communion laïque; ils ne pouvaient jamais renlrer dans leurs fonctions ni monter à une ordre supérieur. Telle était la discipline sous Grégoire I". Les clercs coupables de

N3«> iiisToïKK Uli l'église.

crimes étaient déposés et condamnés à la pénitence; quand ils l'avaient achevée, ils ne pouvaient être admis qu'à la communion laïque. Il était de règle que les pécheurs ne fussent reçus qu'une fois à la pénitence publique. Les criminels opiniâtres étaient frappés de l'exclusion perpétuelle, qui se distinguait, en tant (jue châtiment, de l'exclusion temporaire et entraînait de notables inconvénients, l'exclusion des relations civiles, des eniplois politiques et militaires. Les évoques devaient prononcer ces sortes d'excommunications avec beaucoup de réserve et seulement dans une nécessité extrême, avertir les églises du voisinage, afin que les criminels n'y fussent pas accueillis.

Les évêques occidentaux envoyèrent de bonne heure au Saint-Siège les pécheurs coupables de quelque grand délit. 11 était défendu de refuser le sacrement de l'Eucharistie à aucun pécheur vraiment contrit. Ceux qu'on avait absous en danger de mort devaient, après leur guérison, continuer leur pénitence ou du moins rester quelque temps dans le dernier degré. Ceux qui, interrompant la pénitence commencée, retombaient dans leurs péchés antérieurs étaient à jamais exclus. En Espagne, cependaut, il fut statué dès l'an 646 que ces sortes d'apostats seraient contraints, même contre leur gré, et, au besoin, avec l'aide du bras séculier, de continuer leur pénitence dans un couvent, ici comme ailleurs, l'exil et la prison étaient employés comme moyens d'amendement et de punition , mais presque toujours du consentement des pénitents.

Le zèle ne tarda pas à se ralentir, les pénitences furent abrégées et les indulgences multipliées; on commua les œuvres de satisfaction en d'autres œuvres pies, telles (jue l'aumône, le jeune, la prière. D'après le pénitentiaire de Théodore de Cantorl)éry, on rendait ordinairement la communion aux pénitents après un an ou six mois. Mais il y avait toujours des chrétiens qui exerçaient sur eux-mêmes les plus austères rigueurs et menaient une vie toute de renoncement ; tel fut Siméon Stylite, qui, à dater de 420, vécut trente années sur une colonne près d Antioche, admiré de Théodoret et d'autres contemporains et suivi par une foule d'imitateurs. Les moines, en général, donnaient l'exemple d'une grande ferveur et on voyait plusieurs emincnts personnages expier leurs péchés dans des monastères.

Iniioc. I, Ep. ad Décent., cap. vu, x; Synes., Ep. lxvii, lxxii, lxxxix; Leo M., Ep. cviii, cap. 2 et seq.; Ep. clix. Pénitence de Théodose 1, Theod., V, 4 7 et seq.; Soz., VII, 24; Ruf., XI, 18. Exemple analogue de Iv. Sigismond, roi de Bourgogne, Acta sanct., 1*'' mai, t. I, p. 83. Pénitence des clercs, I, § 206; Siric, ad Himer., cap. xiv (Hard., I, 8ol); Leo M., Ep. CLXvn, q. ii, p. 1421. Cf. Basil., Ep. ccxvii, cap. 51, 55. — Le coucile d'Orange, I, 441, can. iv, porte qu'il ne faut pas refuser la pénitence aux' clercs qui la demandent. Le concile de Tolède, XIII, (i83, can. x, permet aux évèques et aux clercs qui ne se reconnaissent pas coupables d'un crime capital d'entrer dans l'état de pénitence eu cas de maladie, et, après leur guérison et une réconciliation convciiable, de continuer leurs fonctions. Le concile de Tolède, IV, 633, can. XXIX, xlv, xlvi, punissait certains crimes de la déposition, d'une j)énitence à vie ou pour trois ans. Greg. Magn., lib. V, Ep. m, iv, t. Il, p. 729. Autres détails dans Kober, Der Kirchenbann, Tub., 1857; Die Suspension der Kirchendiener, ibid., 1862. D'après saint Augustin, Houi. de pœn. et Svn. Rom., 004 (Mansi, VIII, 298), on distinguait « l'excommunicatio mortalis » (lîavTsXriç à?opi(Tjj.ô;, avaoejjia) et « l'excommunicatio medicinalis. » Elfets de l'excommunication majeure, Conc. Arel., II, can. xlix ; Araus., I, eau. xi; Brac.,o63, can. xv. Cf. Can. ap., XI ; Ant., can. ii; Gelas., fr. xxxvii, p. 502 et seq. Le viatique (èçôStov) devait être donné aux pénitents contrits. Nie, can. xni; cf. Laod., can. ii; can. ap, r.ii, ai. 51; Leo M., Ep. eux, cap. vi, p. 1333 et seq., comme aussi la pénitence devait être continuée par ceux qui recouvraient la sauté : iS'ic, loc. cit.; Araus., I, can. m. Sur les pénitents apostats, concile de Vannes, 46o, can. m. — Conc. Toi. IV, 633, can. v ; VI, 638, can. vu; VII, Hil, can. i. Indulgences et commutations, Muratori, Diss. de redempt. peccat, (Ant.It. med. tevi, V, 712 et s,); Kamper, Hist, indulgent,, .Mogunt., 1787; Thomassin, part. I, lib, II, cap, xv ; Binterim, Denkw,, V, II, p. 315 et suiv,; Bendel, Der kirchl. Ablasz, Rotweil, 1847; Grœne, Der Ablasz, Regensb., 1863, Stylites, Theod,, Hist, rel,, cap. xxvi; Evagr,, Bist, eccL, I, 13,

^80. Dans la confession privée et ordinaire, on veillait avec soin à ce que le secret fût gardé (sceau de la confession). Les confessions étaient entendues par les évêques et les prêtres, qnelquefois par des moines élevés au sacerdoce, mais avec des restrictions dans l'origine. Pins tard, les moines fnrent presque seuls investis du droit de recevoir les confessions. Vers la fin de cette période, les princes et les grands possédaient déjà des confesseurs particuliers; ainsi ïhéodoric, roi des Francs, vers (i80, avait pour confesseur l'abbé Ansbert. Chez les Grecs, les prêtres qui entendaient les confessions s'appelaient « pères

spirituels ; » on leur recommandait surtout de traiter les pécheurs avec prudence, en ayant égard à l'état particulier de leur àme et autres circonstances, ainsi qu'il convient à de bons médecins ' .

Sceau de la confession, Paulin., Vita S. Ambros.; Gallandi, IX, 23 et seq. Concile de Dovin, 527, can. xx: Greg. M., cap. xcii, d. vi de pœnit. Chez les Orientaux, les confesseurs s'appelaient communément na.xéç,zi itvEUfjiaTixoî, Anastas. Sin., Quaest. et Resp., q. vi (Migne, t. LXXXIX, p. 369 et seq.); mon ouvrage, Entalma grsecum Patrum spirit. officium describ. (Progr.), Wirceb., 186Ö. On donnait aussi ce nom aux parrains (Zhishman, Orient. Eherecht, p. 266). Les prêtres (d'après I Cor., iv, 14 et suiv.) passaient pour les pères spirituels (Const. ap., II, 33). Comme le baptême, la pénitence était une nouvelle naissance (Phot., Amphil., q. cxxxn, p. 726). Confesseurs des princes, Thomassin, part. 1, lib. I, cap. cix, n. 7, 8.

L'extrême-onction.

28i. Le rite de re.xtrème-onction est longuement décrit dans le Sacramentaire de saint Grégoire. Les pénitents ne recevaient ce sacrement que lorsqu'ils étaient déjà réconciliés avec l'Église. En Occident, on se servait d'une huile spécialement consacrée par l'évêque. En Orient, surtout vers la fm du septième siècle, cette huile était aussi consacrée par les prêtres, dont plusieurs administraient ce sacrement. On considérait l'extrême-onction comme faisant partie de la pénitence; de là vient qu'on ne la donnait pas aux petits enfants et à ceux qu'on venait de baptiser, sauf le cas de maladie grave. On pouvait la réitérer en cas de rechute. L'usage d'oindre les morts existait surtout parmi les sectes de l'Orient.

f Exlrema unctio : •> ce nom date du douzième siècle; on disait précédemment « oleum inürmorum, unguentum sanctum, unctio, » àyiov Daiov, eù/éXaiov. Chrys., De sacerd., III, 6 ; Innoc. I, Ep. ad Décent., cap. vin; Cœsar. Aiel., in Serm. Aug., 265, u. 3 (Fessier, Patrol., il, 888): Vita Eugendi abb., 5t0; Mabill., Acta ord. S. B., I, 559; Sacram. Greg., in Op. Greg. M., t. III, part. 1, p. 235 et seq.; Conc. Araus., 4i-l, can. xui (il ordonne de donner aux insensés le baptême et l'exirême-onction). Chardon, Histoire de l'extrême-onction, II, 31 ; Arcud., loc. cit., lib. V, cap. iv-vu; Bened. XIV, S. D., lib. VIII, cap. ii-vni.

' Concile in TriiUo, can. en.

LE Cl/LTK. 539

Le mariage.

282. Le mariage se célébrait, comme précédemment, avec la bénédiction de l'Église et des solennités particulières. Chez les Orientaux, il était régulièrement précédé des fiançailles, que l'Kglise Iténissait aussi. Pendant la cérémonie, les époux recevaient des couronnes, qu'on leur enlevait plus tard avec des rites appropriés à la circonstance. L'échange des anneaux, le ruban blanc et le ruban rouge dont on enlaçait les deux parties, étaient le symbole de la fidélité et de l'indissolubiHté du mariage. Chez les Occidentaux, (jui pouvaient employer désormais sans inconvénient les usages de l'aucienne Rome, les noces se célébraient également avec de nondjreuses solennités. Là aussi le mariage avait lieu presque toujours pendant la messe, où les époux faisaient des offrandes et communiaient. Les mariés étaient te/ius, par respect pour la bénédiction de l'Eglise, de s'abstenir du mariage le premier jour. On désapprouvait, tout en les reconnaissant pour valides, les secondes noces, et à plus forte raison les suivantes. En Occident, on imposait une pénitence canonique à ceux qui se mariaient deux fois ; ils demeuraient pour toujours exclus de l'état ecclésiastique et privés des aiHîiônes de l'Église.

Le second mariage se faisait sans bénédiction ni couronnement; le troisième, en Orient, entraînait une longue pénitence. Tandis que les Orientaux hésitaient sur l'indissolubilité du lien conjugal pour cause d'adultère, par suite des lois impériales et des interprétations diverses de l'Ecriture', que le mariage était souvent dissous pour ce motif, les Occidentaux maintenaient fermement ce principe que le mariage légitime et consommé ne peut être dissous par l'adultère, mais seulement par la mort. L'Église avait établi comme empêchements du mariage : 1" la consanguinité, qui, sous Grégoire le Orand, invalidait le mariage jusqu'au septième degré, d'après la supputation romaine; -2" l'aftinité corporelle, soit qu'elle provint du mariage ou d'une union illicite hors du mariage; .3" l'aftiiùté spirituelle, qui se contractait par l'administration des sacrements de baptême ut lie confirmation; A" l'affinité légale, qui résultait de l'adoption

' MaUli., V, 3: xix, 19.

o40 HisroïKK L»E l'Église.

d'un eiifanl; 5" la clifFéreuce de religion, le mariage des catholiques avec les infidèles ou les hérétiques ; 6° l'enlèvement des personnes du sexe en vue de contracter un mariage; 7° le vœu de religion. Un mariage déjà existant et le défaut de libre consentement avaient pour effet d'annuler le contrat.

Bénédiction du mariage, Siric, Ep. i ad Him., n. 4; Basil., Hom. vu in Hexaem., n. 5 (Migne, t. XXIX, p. 160/; Ambros., Ep. xix. Grâce du mariage, Ambros., De Abrah., I, 7; Innoc. I, Ep. ix ad Prob. Sur le rite des Grecs, Zhishman, Des Eherecht der orieut. Kirche, Vienne, 1863, p. 691 et suiv. Les paranymphes (7tapâvu(j.^ot) existaient en Occident comme en Orient, Statuta Eccl. Afric. (Conc. Carth., IV), cap. ci; Baller., Op. Leon, III, 668, où il est aussi prescrit aux époux de garder la virginité « eadem nocte, pro reverentia benedictionis. » Sur la bigamie, la trigamie et la tétragamie, voyez Ambros., De vid., cap. xi; Aug., De bono vid., cap. xii; Basil., cap. iv, l; Naz., Or. xxxvn, n. 8, p. G'âO; can. ap., xvii-xix; Neocges., can. vu, viii; Truil., can. m; Assem., BibL jur. or., I, p. 460 et seq., 629 et seq.; Selvaggio, Hb. III, cap. XV, § 4. Sur la séparation pour cause d'adultère, Just., Nov. 22, 117; Riffel (§ 200), p. 101 et suiv.; Zhishman, p. 97 et suiv., 107, 734 et suiv.; Const. ap., xlvui; Innoc. I, Ep. vi ad Exsup., cap. 6; Hier., Ep. XXX ad Océan. Quelques conciles de la Gaule (Arles. 314; Vannes, 46Ö, can. n ; Agde, .o06, can. xxv; Nantes, 658, can. xu) montrent ici une certaine hésitation. Très-précis, au contraire, sont les conciles d'Afrique, Conc. XI Carth., 407, can. viii ; Aug., De adull. conjug., I, ?•; De bono conjug., cap. v.

Empêchements de mariage : 1" Consanguinité, Aug., Civ. Dei, XV. 16; Conc. Epaon., 517, can. xxx; Avern., 535, can. xi; Aurel., III, 538. can. x ; Tolet., II, 531 , can. v ; Matisc, 585, can. xvni; Schulte, Eherecht, p. 161 et suiv.

2° Aftinité, lUib., can. lxi; Neoctes., can. n: Roman., 402, eau. is, xi; Aurel., II, 533, can. x.

3° Parenté spirituelle, C. .Marius Victorinus, Comm. in E[». ad Galat. (Mai, Nov. coll., III, II, p. 37; Conc. Neoc, can. n; Agath., 506, c. l.vi ; Epaon., cit.; TrulL, can. lui; Cod. .lust., V, iv, de Nupt., 1. 26. L'honnêteté publique est indiquée dans Siric, Ep. ad Him., cap. iv, vr. p. 534, éd. Coustant.

4° Parenté spirituelle, lib. IV. § 2, Dig. XXXVIU, 10; Zhishman. p. 254 et suiv.

5° Diversité de rehgion, Ambros., De Abrah., 1, 7; Laod., can. x, XXXI ; Chalc, eau. xiv; TrulL, can. l.xxii (il prononce même la nullité du mariage des orthodoxes avec les hérétiques), Zhishman, p. 506 et suiv.

6" Rapt, ibid.. p. 561 el suiv. L'excommunication du ravisseur.

Clialc, can. xxvii; Trull., cap. xcii. — Gelas., fr. xlvji, p. .ï08 : « Lex illa prseterilorum principum ibi raptuin dixit esse cominis<;uiii, ubi puella, de cujus ante nuptiis nihil actum fuerit, videatur abducta » (Cod. Theod., IX, 1, \ ; xxiv, i. Cf. cap. xlix, C. XXVII, q. 11; C. XXXVI, q. I.

7° Le vœu, Chrys., Pareen. ad Theod. Mops. (Migne, t. XLVII, p. 277 et seq.); Chalc, can. xvi; Cailh., 418, can. xvui; AreL, U, 52; Türen., 567, can. xv, xx; Siric. P., loc. cit.

8° Ligamen, Conc. Agath,, can. xxv; Aurel., II, 533, can. xi; Trull., can. xciii; Leo M., Ep. clix, cap. i-'t. Voyez aussi Moy, Eherecht der Christen, Regensb., 1833; Binterim, Denkv., VI, I; Denzinger, Ritus orient., Wirceb., 1863, II, p. 363 et seq.

Le culte des saints et des reliques.

:283. Le culte et l'invocatioii des saints, surtout des martyrs, continuait d'être en honneur au sein de l'Église; les .saints docteurs le recommandaient et le justifiaient contre les reproches des païens, des manichéens et autres hérétiques, surtout en montrant la différence de l'adoration (latrie), qui n'est due qu'à Dieu seul, et de l'honneur (dulie) que nous rendons aux saints comme à ses amis. On exaltait leurs vertus, on les proposait à l'imitation des fidèles, on les invoquait comme des intercesseurs auprès de Dieu, on leur érigeait des basiliques et des chapelles (martyria), où l'on exposait leurs tableaux ainsi que leurs reliques, ordinairement placées sur l'autel. Nulle église, du reste, ne pouvait être consacrée sans reliques. Comme les martyrs, les anges, les prophètes et les confesseurs recevaient aussi des églises particulières (michaelion, propheteion). Il y avait en Italie plusieurs églises placées soiis le vocable de défunts dont la sainteté n'était pas reconnue par l'Église et qui étaient même souvent des infidèles. Les papes, tel que Gélase, en 494, défendirent de consacrer aucune nouvelle basilique sans leur assentiment. Le même pape n'autorisa que sous certaines conditions l'archevêque Herculentius de Potenza de dédier une égUse à l'archange saint Michel et au confesseur Marc (ou Martin),

Parmi les confesseurs de l'Occident, saint Martin, évêque de Tours (mort en 404) était particulièrement vénéré; son premier successeur érigea une chapelle sur son tombeau, et le troisième, Perpétue, y bâtit une grande église. En Orient, saint Cyrille

ïiAU HTSTOIRF. DE l'ÉGLïSE.

d'Alexandrie (selon Photiiis) fut le premier qui employa des reliques de saints qui n'étaient pas martyrs, en consacrant le lieu où venait de mourir un illustre ascète sans y déposer des reliques de martyr. Saint Athanase, saint Basile et d'autres encore furent peu de temps après leur mort célébrés comme des saints dans les discours de saint Grégoire de Nazianze. On ne se bornait pas à recueillir et à conserver les restes mortels de ceux qui étaient morts en odeur de sainteté ; on leur rendait encore un culte particulier, surtout à raison des miracles qu'ils opéraient et qui sont mentionnés par saint Augustin, Isidore de Péluse, Grégoire le Grand. On les honorait par des présents votifs, des dons (anathemata) ; on suspendait des emblèmes d'or et d'argent (représentant quelque membre guéri) dans les églises de ceux à qui on attribuait sa guérison. La translation de leur dépouille mortelle se faisait avec solennité : les diacres les portaient au dehors ou les exposaient à la vénération des fidèles. On les conservait intégralement sous l'autel des églises ou dans des chapelles particulières. L'Église romaine, qui possédait dans les catacombes une grande quantité de ces reliques, n'avait pas l'habitude de les partager, ainsi qu'on le fit souvent dans la suite. Les fidèles, les empereurs mêmes, faisaient souvent de longs voyages pour s'en procurer, par exemple Gaudence, évêqne de Bresce (mort vers 400), qui entreprit dans ce but le voyage de Cappadoce. Plus d'un employait pour cela la ruse et la violence; d'autres mettaient en circulation de fausses reliques, et l'on voyait des moines (]ni en faisaient le trafic; ce qui obligea de les soumettre à l'examen des évêques, et d'en interdire l'achat et la vente.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Témoignages des protestants siir le culte des reliques. ». Les reliques, cest-à-dire les restes d'hommes et d'objets vénérables, ont été respectées eu tout temps et le sei'ont dans tous les siècles '. » — Lavater : « Rien n'est plus naturel, quelque aJnis qu'on en ait fait, que l'invocation pour les restes d'hommes pieux 2. » — Krummachek : « Est-il donc impossible qu'une vertu particulière s'attache aux ossements des saints, comme le rapporte l'histoire? Est-il contraire au bon sens d'admettre que. parla volonté du Seigneur, une

> Üer Armenfreund, 1820. — > Vermœchtniss an »eine Freunde.

LE CULTE. b43

vertu vivifiante puisse émaner des ossements qu'animait jadis un esprit religieux? Était-ce donc ime superstition que la croyance de la femme malade de l'Évangile, qui, dans son humilité, ne demandait qu'à toucher la frange de la robe de Jésus-Christ? Et si ce n'était pas cette frange qui la guérit, mais la vertu du Seigneur, l'attouchement du vêtement était-il donc stérile? Est-ce qu'il y a quelque chose de superstitieux dans l'idée que Dieu, pour accomplir ses saintes volontés et pour animer et fortifier des cœurs fidèles, puisse se servir et se soit réellement servi des ossements des martyrs? Combien de preuves nous en donnent les saintes Écritures! Il est conforme à la nature de l'homme d'avoir une espèce de culte pour les reliques d'hommes distingués'. » — Clausen : « Les restes des dépouilles mortelles rappellent la vie qui les animait autrefois; et où ces reliques seraient-elles mieux gardées que là où la vertu de l'Esprit saint se faisait autrefois sentir en paroles et en actions? Le sentiment qui parle au fond de notre âme fait taire ici toute objection. »

Témoignages des auteurs protestants sur le culte des saints.

Wesley : « Je crois fermement que plusieurs membres de l'Église romaine ont été saints et qu'il en est beaucoup d'autres qui le sont encore aujourd'hui. Quelques catholiques ont même atteint le plus haut degré de sainteté qu'il soit donné à la nature humaine d'atteindre^." — Dœderlein : <« Ceux qui affirment que les catholiques adorent les saints ne sont pas guidés par la vérité, mais par la haine '■'. » — Fessler : n On ne rougit pas dans notre siècle éclairé de nommer cette vénération une adoration idolâtre, parce qu'on se sent incapable de glorifier sa propre secte autrement qu'en calomniant le catholicisme*.» — Clausen : « Sous le point de vue religieux, il n'est pas difficile à l'Église catholique de prouver l'innocence des hommages olferts aux anges et aux saints et d'en faire un objet d'édification pour les hommes pieux; cette preuve morale et religieuse s'appuie sur des textes de l'Écriture sainte. » (/oc. cit.) — Blackmobe : « Aussi, dans les temps les plus reculés, le prêtre a toujours, au service divin, répété ces mots : Nous prions aussi en mémoire des saints apôtres et martyrs pour que, par leur intercession, nous obtenions le pardon; et le chœur répondait : »Nous vous prions, Seigneur, exaucez-nous et ayez pitié de nous^. » — ŒcoLAMPADE : « Se recommander à l'intercession des saints, c'est ce que firent Chrysostome et Grégoire de Nazianze, ainsi que presque toutes les Éghses de l'Orient et de l'Occident. — Cobbett : « Le livre de prières

' S. Angar, Die aile und neue Zeil, 1828. — * Popery calmly consideied. —■ ' Insltl. Iheol. — * Ansictiten über Religion. — ' Christi Allherlltiiiiier, übersetzt von Hambach.

adopté par notre Église légale est précédé d'un calendrier, et dans ce calendrier nous voyons, à chaque jour de l'année, certains noms de saints et de saintes. Ces noms s'y trouvent, aün que leur anniversaire puisse être célébré par le peuple. Or, qui sont ces saints? Sans doute quelques saints protestants? Non, pas un seul n'est protestant. Quoi ! ni saint Luther, ni saint Cranmer, ni saint Edouard, ni « la vierge ■■ sainte Elisabeth? Non, encore une fois, aucun d'eux n'est protestant : c'est tout simplement une liste de papes, d'évêques catholiques, de saints et de saintes ; aucune de ces vierges, pas même la « vierge reine, >> n'est d'origine protestante. — Nous avons donc (dans le calendrier anglican) un livre de prières qui désigne toute une liste de papes

et d'autres membres de l'Église catholique à la vénération de tous,

et même sous le règne de Charles II, où l'on corrigea ces éphémérides, il n'y avait pas encore un seul protestant qui eût disputé la place à l'un des anciens saints catholiques. »

Trombelli, De cultu sanct., 5 vol., Bonon., 1740; Muratori, De christ, vener. erga sanctos (Ant. It., V, Diss. lvui); Bened. XIV, De serv. Dei beatif. et canon., 2« éd., Patav., 1743, IV, in-folio. Parmi les Pères, voyez surtout saint Ambroise, De vid., cap. ix; Naz., Or. xxiv, p, 437 et seq.; Prudent., Peristeph., I, v. 16 et seq.; IX, 97; Nyss,, Or. in S. Theodor. (Migne, t. XLVI, p. 736 et seq.), et les discours de saint Chrysostorae et de saint Augustin. Longs détails dans ce dernier, Contra Faust , XX, 21 ; De Civ. Dei, XXII, 8 : « Saucti sunt honoraudi et invocandi, sed latreia et sacrificium soli Deo debetur. » Cf. ibid., cap. X, VIII, 27; Basil., lib. V Contra Euuom. Migne, t. XXIX, p. 729); Theod., Grœc. alïect. cur., lib. VIII (Migne, t. LXXXIII, p. 1012, 1032 et seq.); Ambros., Ep. xxn ad Marc, n. 13 : « Succédant victimse triumphales in locum, ubi Christi hostia est. Sed ille super altare, qui pro omnibus passus est, isti sub altari, qui illius redempli sunt passione. » Reliques pour l'autel, exigées aussi par le concile de Paris, 615, can. n.

Sur le culte des anges. Eus., Prsep. ev., VII, 15 ; .\ug.. Contra Faust., loc. cit.; Coll. contra Maxim., cap. xiv. Sur le concile de Laodicée, can. XXXV, contre le culte superstitieux rendu aux anges par les angéliques, voyez Théodoret, in Coloss., n, 18; Epiph., Haer. lx; Hé fêlé. Conc, I, p. 743. Michaelion à Coustantinople, Soz., II, ii, 3; Cod. Jusl.. 1, II, 15 (Zeno), 26 (Just. .ï30), propheteia, apostoleia. Eus., Vita Const., III, 48; Lib. pontif. in Silverio. Autres éghses et oratoires en l'honneur des saints, saint Basile, In ps. cxi, n. 1 ; Optât, De schism. don.. Il, 4; Socr., IV, 18; Soz., III, 14; Vlll, 19; Gelas. P., Ep. xxiv, cap. 4, 25; Ep. XXV, XXXV, p. 364, 375 et seq., 391 et seq., 449. Sur saint Martin de Tours (le titre « sanctus, sancta, » — autrefois« dominus, domina, •• date du quatrième siècle), voyez Creg. Tur., Hist. franc, 11, 14; X. 31;

r.E ciLTK. r>4S

Reinkens, Martin von Toui's, Breslau, 1866, p. 199 et suiv. La « receptio domini Martini » fut célébrée le 11 novembre par le concile de Tours, 461. Voyez aussi Conc. Turon., 367, can. xviii. Sur Cyrille, Photius, Amphil., q. csv, éd. Athen., 1858, p. 187, Ttspl £v8povtiT[i.oû. SurTenthronismos, voyez Balsam., in Conc. VII, cap. vu; Goar, Euchol. gr., p. 617, not. 2. Le patriarche Nicéphore (Migne, t. C, p. 806) porte : IxxXyiaîai èvÔpoviadOetaai. Discours sur saint Athanase et saint Basile, Greg. Naz., Or. XXI, xLiu, p. 386, 770 et seq. Cf. Virtric. Or. de laud. sanct.; Gallandi, VIII, 228.

Comme saint Ambroise, Ep. xxu, n. I, 2, saint Augustin raconte, en qualité de témoin oculaire, que de nombreux miracles furent opérés en 386, lors de la découverte des corps de saint Gervais et saint Protais par saint Ambroise de Milan (Conf., IX, vu, 16; De Civ. Dei, XXII, viii, 2; Serm. cclxxxvi), et plus tai'd par les reliques de saint Etienne en .\frique (De (av. Dei, loc. cit., n. H et seq.). Isidore de Péluse, lib. I, Ep. CLv ad Hierac, invoque également de célèbres guérisons ; de même saint Grégoire, Dial., Il, 38; cf. Hilar., contra Constant., cap. viii.

Des miracles opérés près des reliques de sainte Euphémie de Chalcédoine, en .ï93, furent constatés par l'empereur Maurice, Niceph., XVllI, 31; Theophyl. Simoc, ap. Pagi., an. 593, n. 14. Les âvaôrjjjiaTa sont mentionnés déjà par Euseb., Vita Const., III, 38, 40,43, Tt[xàv àva6ri[j.a(jtv, dit Isidore de Péluse, lib. 1, Ep. clxxxix. Sur les reliques, voy. Euseb., Prsep. ev., XIII, M ; Soz., V, iv, 19; Hier., Contra Vigil.; Conc. Bracar., 67o, can. vi; Ferrandi, Disquis. reliq., Lugd., 1647.

Constantinople se glorifiait depuis Constance de posséder les reliques des saints André, Luc, Timothée; depuis Théodose P"", les restes des martyrs Térence et Africain; depuis Arcade, la dépouille du prophète Samuel (Theod. Lect., lib. Il, n. 61-63; Migne, t. LXXXVl, p. 212 et seq.).

En 519, Justinien obtint à sa demande, du pape Hormisdas, des reliques des princes des apôtres et du gril de saint Laurent (Horm., Ep. Lxxvn, p. 873 et seq., ed. Thiel). En 594, l'impératrice Constantine demanda le chef de l'apôtre saint Paul, mais elle n'obtint qu'une relique de ses chaînes, lih. IV, al. III, Ep. xxx ; Jaifé, n. 937. — Gaudent. Brix., Tract, xvii de dedic. basil. (Serm., éd. Gallandi, Patav., 1720, in-4°).

Sur les fraudes commises avec les reliques, voyez Cassian., Collât., VI, n. 1 ; Greg. M., loc. cit.; Aug., De op. monach., cap. xxvi. Examen des reliques, concile de Saragosse, 592, can. ii. Précautions prises par saint Basile en remettant les reliques de Denis de Milan aux envoyés de saint Ambroise, voyez l'abbé Baunard, Saint Ambroise, p. 36-41. Défense d'acheter et de vendre les reliques. Cod. Theod., IX, xvi, 1,2; xvn, 1, an. 386.

Culte de la vraie croix.

284. Parmi toutes les reliques, la vraie croix du Sauveur passait pour la plus précieuse; elle fut retrouvée en 326, à

U. — HIST. DE LKGLISE. 35

ai6 HISTOIRE DE l'ÉuIJ.SE.

Jérusalem, par la mère de Constantin, sainte Hélène, et entourée depuis des plus grands honneurs. Des parcelles en furent envoyées partout ; les fidèles les enchâssaient dans de l'or et les portaient à leur cou pour se prémunir contre les dangers. Si nous en croyons Cyrille de Jérusalem et Paulin, elle demeurait miraculeusement intacte, malgré toutes les parcelles qu'on en détachait. Un prêtre, spécialement commis à sa garde (staurophylax), en envoya quantité de morceaux à Constantinople et à Rome. Chaque église voulait en posséder quelque fragment. Lorsque les Perses s'emparèrent de Jérusalem, en 615, ils emmenèrent avec eux le patriarche Zacharie et la vraie croix. La lance et l'éponge sacrée, que le patriarche Nicétas racheta d'un soldat persan pour une forte somme d'argent, prirent le chemin de Byzance, où elles furent exposées à la vénération des fidèles. Ce fut en 628 seulement qu'Héraclius la recouvra du roi Siroës, en même temps que le patriarche et les chrétiens captifs. Rapportée à Constantinople, elle fut solennellement remise à son ancienne place par les soins de l'empereur, en 629. Chaque année, en mémoire de cet événement, la fête de l'Exaltation de la croix était célébrée le 14 septembre, le jour même où l'on faisait autrefois mémoire de son apparition à Constantin. Le 3 mai, à partir du sixième siècle, on célébra la fête de l'Invention de la croix. Le même culte fut successivement rendu aux autres instruments de la Passion du Seigneur.

OrVRAGES A CONSULTER ET REMARQt'ES CRITIQUES SUR f.E N" 284.

Le fait historique de l'inventiuii de la croix a été vainement attaqué par Sam. Basnage, Daillé, Gieseler, etc.; car Cyrille de Jérusalem n'en parle pas seulement dans sa lettre à Constance (en 351), suspecte à bien des égards (Sozom., II, 1), mais aussi, et avec beaucoup de netteté, dans les Catéchèses (xiii, 4; x, 19; iv, 10), qui sont indubitablement de lui. Les autres témoins, tels que saint Ambroise, De obitu Theodos.; Paulin. Nolaa., Ep. xxxi, al. xi; Chrys., Hom. lxxxv, al. Lxxxivin Joan., n. 1; Ruf., HisL eccl., 1, 7, 8; Sulpic. Sev., H. S., II, 34, p. 88, cd. Vind.; Theod., Hist. eccl., 1, 17, al. 18; Socr., I, 17; Theophan., Chronogr., p. 37 et seq.; Leo M., Ep. cxxx, cap. 2, sont tellement d'accord pour le fond, que les divergences accessoires le confirment plutôt qu'ils ne le détruisent. De plus l'authenticité de la lettre à Constance n'est nullement contestable. Touttée, Op.Cyr. Hier., éd. Par., 1720, p. 34Ö; Zaccaria, Diss. ad bist. eccl. pertin., t. I, diss. v; Tillemont, Mémoires, L VIII, note 3 sur saint Cyr., p. 781. La croix, quoique

LE cn.TK. :»i7

partagée, demeurait intacte, Cyrill., Cat. x, n. 19, p. 14K; Paulin, Nol., loc. cit. Exaltation de la croix sous Héraclius, Theophan., p. 466-503; Cedr,, I, 710-734; Georg. Pisid., De exped. Pers.; Le Quien, Or. chr., III, 249, 2Ö6; Rohrbacher-Rump, X, p. 6, 22. Sur d'autres reliques, voyez Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, 3 vol., Paris, 1821 et seq.; F.-X. Kraus, Der heilige Nagel in der Domkirche zu Trier, Trier. 1868.

Culte de Marie.

:28o. Marie, la mère bénie du Sauveur, était distinguée de luiKs les autres saints. Son culte grandissait à mesure que ses rapports intimes avec l'Homme-Ûieu, son rôle dans l'œuvre de la rédemption, son importance comme seconde Eve étaient mis dans un plus grand relief, que les hérésies des quatrième et cinquième siècles ravalaient davantage son honneur et sa dignité. Marie avait ses fêtes propres, comme elle avait ses édifices religieux. La cathédrale d'Éphèse, où fut célébré le troisième concile œcuménique, lui était dédiée. A Rome, elle avait plusieurs églises, dont la plus remarquable, Sainte-Marie-Majeure, ou basilique hbérienue, fut bâtie par le pape Libère. Constantinople était réputée sa ville par excellence. Pulchérie y construisit la magnifique église de Sainte-Marie des Blachernes, où fut transférée, sous Tempereur Léon [^\ la fameuse tunique de la sainte Vierge, que deux frères avaient rapportée de Palestine.

Des empereurs, des impératrices, des particuliers fondèrent à Constantinople de nouvelles églises sous le vocable de la Mère de Dieu. On y voyait notamment l'église de Marie-à-la-Source, sur la place des Chaudronniers, L'une d'elles, nommée Pétala, fut entièrement détruite sous Justinien I" par un tremblement de terre. Le cruel Justinien II en abattit une autre en 694 pour agrandir son palais. A Antiuche et à .lérusalem, les églises dédiées à la sainte Vierge étaient fort nombreuses. L'évéque Injuriosus de Tours en construisit une vers 540, et Rodelinde, reine des Lombards, en fil autant à Pavie. L'usage d'invoquer Marie était très-fréquent, ses images fort répandues. Elle était glorifiée par la prière comme par l'éloquence, et l'art en général trouvait en elle le plus magnifique sujet. Sa qualité de mère de Dieu, sa virginité perpétuelle, son innocence, sa pureté sans tache, ses vertus sublimes, la puissance de son intercession

hl8 HtSTOlRK DK l.'lïai.ISK.

auprès de son divin Fils, étaient, célébrées a\ oo enthousiasme dans toutes les régions de la chrétienté.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Témoignages protestants sur le culte de Marie.

« Nous enseignons que le Fils de Dieu est né de la vierge Marie immaculée ^ » — ŒcoLAMPADE : « Je ne regarde pas comme un péché de dire avec l'Église catholique : Sainte Marie, priez pour moi ^. » — Fessler : « Nous devrions rétablir les fêtes de Marie. Je n'ai jamais compris comment les réformateurs ont pu méconnaître dans la sainte Vierge l'idéal de l'amour céleste^. » — Lither : « Être Mère de Dieu est une prérogative si haute, si immense, qu'elle surpasse tout entendement. Nul honneur, nulle béatitude ne saurait approcher d'une élévation telle que d'être, dans l'universalité du genre humain, Tunique personne, supérieure à toutes, qui n'ait pas d'égale dans cette prérogative d'avoir avec le Père céleste un commun Fils Dans ce mot

unique, tout honneur est contenu pour Marie, et personne ne pourrait pubher à sa louange des choses plus magnifiques, eùt-il autant de louanges qu'il y a de fleurs et de brins d'herbe sur la terre, d'étoiles dans le ciel et de grains de sable dans la mer '*. » — « N'estimez-vous pas que ce soit là un cœur merveilleux que ce cœur de Marie? Elle se sait Mère de Dieu, exallée au-dessus de tous les hommes et surexaltée au-dessus de toutes les femmes, et pourtant elle se maintient toujours dans cette simplicité, cette ingénuité, cette candeur, cette résignation de ne pas admettre qu'une plus inlime servante puisse être mise audessous d'elle ... 0 simplicité? ô pureté de ce cœur! 0 Vierge admirable ! Que cette humilité couvre de gx'andes choses!... » (Ibid.)

On vit s'accomplir en Marie ce qui est dit Luc, i, 48, Orig., Hom. vi in Luc, p. 941 ; Severian. Gabal., De mundi créât., Hom. \i, cap. 10 (Chrys., Op. VI, 497 et seq.); Nilus, lib. II, Ep. clxxx (Migne, t. LXXIX. p. 293). Antipater Bostr., Or. in Annunc, n. 20 (Migne, t. LXXXV. p. 1789). Le rôle de Marie dans la rédemption est décrit par Aug., Contra Jul., I, 3; De nat. et grat., cap. xxxvi; Op. imperf., IV, n. 122, et ap. Mai, Nov. Patr, Bibl., I, p. 3, 4; Cyr., Cat. xii, n. 15, 29; Zeno Veron., lib. 1 Tract, de fide, spe et char., n. 9; Nilus, lib. I, Ep. ccLXvi; Epiph., Hom. Lxxvni, n. 18; Chrys., Hom. ii de mutât, nomin., n. 3; Hom. in Pascha; In ps. xliv, n. 7; Ephrem., Op. gr., 111, p. 528, 532; Basil. Seleuc, Or. m, n. 4 fin. (Migne, t. LXXXV, p. 61). De l'Ancien

^ Conf. d'Augsb., art. 3, des Glaubens und der Lehre. — * Anmcrk. tawr die Homilie des heil. J. Chrysost. — ' Theresia. — ■* Luther, Super Miujntficat, "Witebergse, 1554.

LE Cl Lit. o49

Testament on lui applique les paroles de Gen., m, 15 {lien., III, xxiii. 7; IV, XI., '^)■, Isa., vu, 14 (Iren., III, xxi; IV, xxiv, 11 ; V, xxi, i ; Tert., Contra Marc, III, 13; Basil., in Isa., cap. vn, n. 201 ; Enseb., in h. 1.; Procl., Or. V, n. 1, 5; Cyrill. Al., Or. xxi; Migne, t. LXXVII, p. 1037; Theod. Ancyr., Hom. v, u. 6; Paul. Emis., Or. i; Dam., F. 0., III, 12; IV, 1 i); Ezech., xuv, 1 et suiv. (Ambros. et al. ad Siric. P., 389 ; Coust., p. 671, in Siric., Ep. vrii; Proclns, Or. i; Migne, t. LXV, p. 692); Ps. xi.v, Ö; Zach., iv, i; Jér., xxxi, 22; Apec, xii, 1, etc. Les Pères appellent Marie ûTOpayta, OTOpivSolo;, 07rEpû(j.vr,TO!;, Dam., F. 0.,IV, 14. x\utres passages dans mon ouvrage, Photius, III, p. 553-539.

Basile de Séleucie, Or. vi, n. 5, p. 441, dit que Marie éclii)se tous les martyrs, comme le soleil les étoiles. Selon Grégoire de Nazianze (Garni., lib. I, sect. ii, v. 694 et seq., p. 575, éd. Migne), elle est élevée non-seulement au-des?us de?-, hommes, mais au-dessus de toutes les puissances célestes. Selon P. Damien (Or. de Nativ. Deip., n. 6, 13 ; Migne, t. XCVI, p. 664-669), elle domine sur les anges, dont elle est la reine; c'est un ciel plus haut que le ciel. 11 n'est rieu dans le monde d'aussi élevé que Marie, dit Proclus (Or. v, n. 2, p, 717). Pierre I'^'" d'Alexandrie, De temp. Pasch. celebr., n. 7 (Migne, t. XVIII, p. 517) l'appelle âyîa, £v£o|or, SéaTtoiva y;(j.wv Oeoxôxo; xat àciTîâfiosvo; Mapta. Elle est mille fois pure, dit Théodore, In ps. Lxxxiv, n, 12 (Migne, t. LXXX, p. 1252). Elle a été purifiée d'avance dans son corps et dans sou âme (Naz., Or. xlv, n. 9); elle est la seule de toute la masse qui n'ait pas été souillée par le levain du péché ; elle en est sortie comme un pain sans tache pour le renouvellement de la race (Elias Gret., Or. in Nativ.; Gallandi, Xlll, 95).

Voyez encore Didyme, De Trin., ill, 4, Passaglia, De immac. B. V. conceptu, sect. u, u. 143; sect. v. n. 920, t. I, p. 104, 171, 230, 334. 848, etc.

L'hérétique Sévère célébrait lui-même la dignité et la pureté incomparable de Marie (Mai, Spicil. rom., X, 211). Églises dédiées à la Mère de Dieu par Pierre I" d'Alexandrie (Acta S. Pétri, Migne, t. XVIII, p. 464); par Gonstantin dans les Gaules (Greg. Tur., De glor. mart., 1, 9); par saint Sahas (Pagi, an. 501, n. 5). A Kome, outre Sainte-Marie- Majeure, où le pape Hilaire tint un concile, 465, ou voit « S. Maria ad martyres <> (Baron., an. 607, n. 17); « S. Maria trans Tiberim » (ibid., an. 701); « in Gosmedin, in via Lata, » etc. Sur Gonstantinople, voyez Baron., an. 330, n. 4; Niceph., VIII, 26; Theod., Hist. eccL, V, 36; Soor., VII, 41, 42; Soz., IX, 13; Theod. Lect., p. 168, edit. Migne ; Theoph., p. 169, 553, éd. Bonn.; Niceph., XIV, 2; XV, 14; XVII, 13; Procop., De œdif., V, 6; Evagr., V, 21; VI, 8; Just., Nov. 3, cap. i; Hamart., Ghron., p. 617 et seq.; Baron., an. 446, 437, 529, 534, 540. Invocation de Marie, Greg. Thaum., ap. Nyss., iu Vita Greg.; Mœhler, Patrol., p. 630; Synes. Ilieros., 518, ad Joan. II Cpl.; Baron., h. a.. Ji. 39. .histinien et Narsés attribuaient leurs victoires à Marie (Evagr..

550 HISTOIKK DE LÉGLlSli..

IV, 24 ; Baron., au. .■v22, 553). Héraclius lit ériger des images de la sainte Vierge dans sa tlotte, et Constantin IV la fit dessiner sur ses drapeaux comme le diampiou, le guide, le secours des chrétiens, Theoph.. p. 250; Georg. Harn., IV, 227, 239, p. 567, 612; Baron., an. 610, 625, 672. Autres images de Marie, Evagr., V, 18 ; Hamart., IV, p. 687 et seq.: Damasc, Adv. Copron., n. 6, p. 618. Hymnes à Marie, où le Fils est glorifié avec la Mère, dans Sedul., Venant. Fortun., Ennod., Ticin.: chez les Syriens, dans Jean Daniascènc. Discours pour les fêtes de Marie, ci-dessus § 263. Voyez mon travail : Die Marienverehrung in den lo ersten Jahrlidtn. der Kirche. Miui-ler, 1870 (brochures contemporaines, VI. in-S"!.

Principaux usages ecclésiastiques. — Les sacramentaux.

:286. A côté des sacrements, il y avait dans l'Église des sacramentaux, ou bénédictions, qu'on employait soit isolément, soit dans l'administration des sacrements, avec lesquels on les confondit plus d'une fois, faute d'une terminologie arrêtée. On bénissait le pain, l'huile, le sel et surtout l'eau (eau bénite) pour écarter les influences démoniaques et se préserver d'accidents funestes, en invoquant le nom de Dieu. On faisait le signe de la croix dans les circonstances les plus diverses, dans la vie publique comme dans la vie privée, afin d'avoir sans cesse présent à l'esprit le souvenir du Rédempteur et de marquer la confiance qu'on mettait en sa protection. En général, les actions symboliques étaient très-multipliées. Sans parler de l'ancien usage du baiser de paix , les fidèles baisaient le seuil de la porte de la maison de Dieu en y entrant, comme les prêtres baisaient l'autel et le livre des Évangiles. L'encensement (thurificatio) était employé dans l'office divin et dans une foule de rites religieux. En Orient comme en Occident, il était d'usage de se laver les mains en demandant à Dieu de créer des cœurs purs; le lavement des pieds avait lieu le jeudi saint, mais non dans toutes les Églises. Souvent aussi ou bénissait des fruits et des plantes, mais surtout les prémices des champs, quand ils étaient donnés en oblations; il y avait en outre les bénédictions des maisons, des navires, etc. Le but de ces cérémonies était de subordonner l'ordre naturel tout entier à l'ordre de la grâce, de favoriser le bon eniploi des présents de la terre et de montrer que tout dépend ici-bas delà providence et de la miséricorde de Dieu.

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