II. — HIST. I>E l'église. 3(J
256 contre le baptême des hérétiques * ; par Facundus d'Hermiane, dans son ouvrage en faveur des Trois-Chapitres et contre le pape Vigile -, etc.
Toutes ces applications sont basées sur le sens que notre passage présente naturellement à l'esprit d'un lecteur inattentif, c'est-à-dire que saint Pierre aurait agi contre su conviction en observant la loi cérémoniale par crainte des juifs, par conséquent que saint Paul a eu raison de l'en blâmer. Cependant, afin de sauver le caractère de Pierre et de prévenir des conséquences odieuses, voici comment on expliquait ce fait ^ : saint Paul aurait blâmé publiquement saint Pierre, non pas en vue de le reprendre, car les vues de saint Pierre étaient certainement exactes, mais afin d'instruire les juifs dans sa personne et de combattre leurs idées erronées touchant la nécessité de la loi cérémoniale ; c'était là, disait-on, un pur artifice que leur prudence pastorale avait cru devoir employer par une charitable condescendance envers la faiblesse des juifs.
Origène, dont la tournure d'esprit se prêtait à de telles controverses, fut le premier instigateur de celle-ci^. Son interprétation fut bien reçue et saint Jérôme lui-même l'adopta dans son Commentaire sur l'Épître aux Galates 3. Cet incident provoqua entre saint Augustin et saint Jérôme une dispute qui commença peu de temps après leur liaison, ménagée par Alype, ancien ami de saiut Augustin. Cette querelle, par un étrange destin, dura plusieurs années et faillit les sépai'er pour toujours.
Saint Augustin, dans une première lettre à saint Jérôme, qui était proprement une lettre de recommandation pour Profuturus, crut devoir, après les compliments d'usage, entamer des sujets de discussion qui pouvaient avoir pour l'un et l'autre une valeur durable ^. Augustin lui disait donc qu'il déplorait fort de voir l'exégèse se faire l'apologiste du mensonge; qu'un apôtre ne pouvait jamais mentir; qu'admettre le contraire ce serait ruiner complètement l'autorité de l'Écriture sainte ; que chacun croirait ce qu'il voudrait et chercherait à éluder la force probante de plusieurs passages contraires à son propre sentiment, en recoui^ant au mensonge officieux {mendachim officiosum).
Et voici entre autres par quel exemple il expliquait son sentiment : des hommes pervers pourront aisément condamner le mariage et se justifier en disant que les apôtres ne l'ont toléré que par nécessité ; qu'il fallait au moins déterminer par des règles précises les cas où il est permis ou défendu de mentir. Il priait ensuite saint Jérôme de ne plus appuyer ses commentaires de raisons illusoires et douteuses (nous
^ Moehler, Mélange$,\. I, note 1, p. 2.— ^ Ibid., note 2, p. 2. — ' * Notes c. d, p. 2. — = Note 1, p. 3. — « Note 2, ]>. 3.
LA LITTÉRATLRK ET LA VIK HEJJGIKÜSE. 56:]
reviendrons sur ces raisons), tout en l'invitant à ne pas le traiter d'homme fastidieux et grossier. Il lui envoyait en même temps quelques-uns de ses écrits, en le priant de les juger avec sévérité ',
Saint Augustin avait encore quantité de remarques plus étendues à présenter sur les travaux exégétiques de saint Jérôme. Il l'engageait à traduire en latin les exégètes grecs ; mais il désapprouvait une traduction nouvelle du texte hébreu de la Bible en latin, parce qu'il ne pouvait comprendre qu'il recelât encore quelque chose qui eût échappé à tant de traducteurs, et voici comme il raisonnait : ou le texte hébreu est obscur, ou il est clair; s'il est obscur, saint Jérôme peut aussi se tromper; s'il est clair, il est probable que les précédents traducteurs n'auront point commis de faute.
Cette lettre, que saint Augustin écrivit n'étant encore que prêtre, ne fut pas remise à saint Jérôme, car Profuturus, qui devait partir pour la Palestine, fut nommé évêque et ne put exécuter son dessein. Sur ces entrefaites et pour répondre simplement à une salutation, saint Jérôme éci'ivit à saint Augustin, qui venait, lui aussi, d'être nommé évêque ^. Mais comme le contenu de la précédente lettre de saint Augustin (que celui-ci savait n'être point parvenue à saint Jérôme) lui semblait trop important pour qu'il ne désirât pas connaître l'avis de saint Jérôme, il revint sur ce sujet dans une seconde lettre. Il appuya son opinion d'arguments nouveaux, et, confiant dans l'amitié étroite qui l'unissait à son ami, il l'invita à rétracter son explication, dans la crainte des inconvénients qu'elle pourrait susciter.
Saint Augustin réfute ici l'objection qu'on pouvait tirer de ce passage de saint Paul en faveur de l'explication de saint Jérôme : « Je me suis fait juif pour les juifs, afin de gagner les juifs » {I Cor., ix, 20). Ce passage semblait autoriser à conclure que Paul, eu judaïsant lui-même, ne pouvait pas vouloir sérieusement blâmer saint Pierre d'avoir judaïsé. « Il n'a fait cela, disait saint Augustin, que par compassion et non en vue de tromper ^. Celui qui sert un malade se comporte comme s'il était malade lui-même, non pas en simulant la fièvi'e, mais en réfléchissant charitablement comment il voudrait qu'on le traitât lui-même s'il était à sa place. Saint Paul, ajoutait-il, avaij, été juif avant de devenir chrétien, et c'était comme judéo-chrétien qi > n'avait pas voulu abandonner les usages juifs qui avaient eu autrefois de la valeur. Il pouvait donc les observer encore, afin de montre;' qu'ils n'étaient pas précisément nuisibles, pourvu qu'on ne les crût p< nécessaires au .salut. Il n'avait donc point blâmé Pierre pour avoir observé des usages judaïques, mais pour avoir forcé les païens à judaïser, ce qui condui-
< Mœhler, Mélanges, t. I, note I, p. 4. — •' Ibid., note 2, p. 4, Epiai, xl. — ' Note 2. p. j.
sait à cette fausse conclusion que la loi cérémoniale était nécessaire au salut.
» Pierre n'ignorait point cela, mais il avait agi par crainte des juifs, et Paul avait eu raison de le blâmer. Si Paul avait eu le dessein de tromper en se soumettant aux usages des juifs, il aurait dû se conformer aussi aux usages des païens, puisqu'il s'était fait païen pour les païens. Il est donc évident qu'il pouvait, en sa qualité de juif de naissance, observer encore les lois du rituel mosaïque sans qu'on dût supposer qu'il eût l'intention de tromper. »
C'est ainsi que saint Augustin rejetait le parallèle qu'on voulait établir entre la conduite de Paul, d'après! Cor. ^ ix, 20, et la conduite de Pierre, Gai., Il, U et suiv. Cette lettre contenait aussi les remarques de saint Augustin dont nous venons de parler sur les travaux exégétiques de saint Jérôme. Elle eut encore un plus triste sort que la précédente. Un nommé Paul, qui devait la remettre à saint Jérôme, eut peur de la mer et ne partit point; mais au lieu de renvoyer la lettre à saint Augustin, il la fit copier. Les exemplaires s'en répandirent rapidement en Italie et dans les pays d'alentour. L'un d'eux fut remis à saint Jérôme par le diacre Sisinnius, à qui elle était parvemie dans une ile de la mer Adriatique. Saint Jérôme en fut vivement courroucé et ne s'en cacha point.
Bientôt la rumeur publique apprit à saint Augustin que saint Jérôme se plaignait qu'il eût envoyé à Rome un « livre » contre lui. Saint Augustin, ignorant le sort de la lettre qu'il lui avait envoyée par Paul, devait trouver ce fait inexplicable. Tl expédia aussitôt en Palestine une lettre pour démentir le bruit qu'il aurait répandu un livre contre son ami.
Cette lettre parvint à saint Jérôme. 11 répondit qu'il n'avait jamais soutequ que saint Augustin eût envoyé un « livre » à Rome contre lui (ce n'était qu'une longue lettre); mais il lui raconta que des copies d'une lettre écrite contre sa personne et sans signature lui était parvenue dans sa cellule, et, supposant que saint Augustin, dont il avait reconnu le style dans la lettre [licet Stylus et £irtx£ipriij.aTa mihi viderentur), dissimulait la vérité, il l'invitait à déclarer franchement si cette lettre était bien de lui, car il en doutait encore. S'il ne lui avait pas répondu. c'était afin que sa réfutation ne parût point prématurée et parce qu'il était dans l'affliction. Il trahit visiblement sa mauvaise humeur. Il envoya en même temps à saint Augustin une copie de son ouvrage contre Rufin, peut-être afin de lui faire pressentir le sort qui l'attendait s'il devenait un jour son ennemi.
Saint Augustin n'avait pas encore cette réponse quand il écrivit de nouveau à saint Jérôme pour lui envoyer copie de toutes les lettres qu'il lui avait précédemment adrp-';ées.
LA LITTÉBATUBE El LA VIL RELIGIEUSE. Mio
f'ne circonstance particulière fut cause que les deux amis demeurèrent longtemps dans l'incertitude, car saint Jérôme, qui avait sans doute longtemps attendu une réponse de saint Augustin, lui écrivit derechef avant d'avoir reçu la première lettre contenant la copie des lettres de saint Augustin; il demeurait donc toujours incertain si saint Augustin avait réellement écrit la lettre de reproches; du moins n'avait-il encore aucun aveu de celui-ci.
Saint Jérôme, dans son aVant-dernière lettre (la lxviii'^ parmi celles de saint Augustin), s'était exprimé en termes passablement acerbes; dans celle-ci, la lxxii<^, il montrait la plus grande amertume : « Quelques-uns de mes amis, disait-il, des vases de Jésus-Christ, nombreux à Jérusalem et dans les Lieux saints, ont déclaré que vous n'aviez pas agi sans préméditation et avec simplicité, mais par vanité et par gloriole, sed animo hntdem utque rumuscnlos et gloriolam populi requirente, afin de vous élever en m'abaissant, afin que l'on voie que vous me provoquez et que je vous redoute, que vous écrivez comme un savant et moi comme un ignorant, que j'ai maintenant trouvé l'homme qui mettra fin à ma pétulance.
» Et afin que vous ne puissiez pas vous récrier avec raison et demander : comment cela se peut-il? avez-vous vu ma lettre? avez-vous reconnu ma main dans la signature, vous qui offensez si facilement un ami et vous servez de la malice d'autrui pour me confondre, envoyezmoi, ainsi que je vous l'ai déjà demandé, cette lettre signée de vous, ou bien cessez de tourmenter un vieillard dans sa cellule. Que si vous voulez exercer votre émdition ou en faire étalage, cherchez des jeunes gens hardis et généreux qui osent se mesui-er avec un évêque. Soldat autrefois, vétéran aujourd'hui, je célébrerai vos victoires et celles des autres; mais je ne veux point combattre avec un corps décrépit. Ne m'obhgez point à vous répondre et à vous rappeler l'histoire où il est dit que Quintus Maxime réfréna, en temporisant, le courage juvenil d'Annibal (c. i, n. 2, p. 3).
» Vous n'avez pas écrit de livre ! mais comment vos censures et vos reproches sont-ils venus dans mes mains par le fait d'autrui? Comment l'Italie possède-t-elle ce que vous n'avez pas écrit? De quel droit me demandez- vous de répondre à ce que vous niez d'avoir écrit? Je ne suis pas assez faible pour me croire offensé par des opinions contraires aux miennes; mais si vous blâmez violemment mes écrits, si vous m'en demandez compte, si vous exigez que je me corrige et que je me rétracte, si vous prétendez me rendre la vue ', vous blessez l'amitié, vous violez les droits d'une liaison confidentielle » (c. n, n. 4).
Saint Augustin lui avait demandé de lui transmettre ses observations
' Mœhler, Mélanges, t. I, note 2, p. 8.
sur ses propres ouvrages. Saint Jérôme répondit avec dédain : « Je ne me suis jamais occupé à les lire » (c. m). Voilà à quelles explications on en était venu à propos d'une lettre écrite depuis sept ans.
Quand saint Augustin eut reçu la lettre (la Lxvni") où saint Jérôme irrité était loin encore de s'exprimer en termes aussi virulents que dans celle dont nous venons de parler, il y répondit aussitôt par une lettre d'une beauté et d'une générosité incomparables. Nous admirons dans plusieurs de ses écrits sa profonde sagesse, son admirable sagacité; mais ici nous voyons une âme si tendre et si délicate, tellement affligée à la pensée d'une rupture possible entre deux amis, qu'il n'est guère douteux que saint Augustin l'emportait autant sur le bon et laborieux Jérôme par la pi'ofondeur du génie que par la vivacité des sentiments. S'il a été coupable, il implore son pardon et il aime mieux ne plus jamais émettre un seul doute que de blesser la charité et l'amitié'. Saint Jérôme et Rufin ayant été pendant vingt ans unis d'une étroite amitié en Palestine, l'écrit du premier contre le second offrait à saint Augustin une xcellente occasion de montrer sa belle âme à découvert, de dire sur leurs relations quantité de choses qu'il entendait appliquer à lui-même et à saint Jérôme, et d'adresser à celui-ci indirectement d'affectii ux reproches 2.
Saint Jérôme avait enfin reçu le fascicule des lettres que lui avait écrites saint Augustin et répondu aux doutes que celui-ci avait eu le dessein de lui soumettre neuf ans auparavant. Saint Jérôme était revenu de ses préjugés contre saint Augustin.
Rien de plus beau assurément que ce qu'il écrit dès le début de sa lettre (lxxviu^), qui, elle aussi, est devenue un livre : « Vous direz comme moi, je n'en doute point, que la vérité triomphe dans notre querelle, car c'est la gloire du Christ, et non la vôtre, que vous cherchez ; si vous êtes vainqueur, je le serai avec vous en proclamant mon erreur; si je le suis, vous y gagnerez encore, car les enfants n'amassent point de trésors pour leurs parents, mais les parents pour leurs enfants. » Pour justifier l'interprétation qu'il donnait à noire texte, il invoque d'abord la tradition de l'exégèse, qui se prononce pour elle; le témoignage d'Origène, qui s'énonce en ce sens au X« livre des Stromates ; Didyme, Apollinaire de Laodicée, Eusèbe d'Émèse, Théodore d'Héraclée, saint Chrysostome (c. i, n. 4, 6). Cependant, afin de ne pas avoir l'air de s'abriter derrière des hommes célèbres, au lieu de tenir compte des arguments qu'on lui oppose, il raisonne ainsi : « Pierre, dit-il, ne devait pas ignorer que l'observation de la loi mosîuque n'était plus nécessaire, puisqu'il était l'auteur du déci'et de Jérusalem. » Il cite ensuite plusieurs actions de saint Paul pour établir qu'il a, lui aussi, observé
^ Mœhler, Mélanges, t. I, note 2, p. 8. — » Ibid., note 3. p. 8 et 9.
la loi de Moïse par ménagement et par crainte des Juifs : la circoncision du païen Timothée ■*, Act., xvi, 7; la violation du vœu de Cenchrée, Act., xvui, 18; mais surtout la manière dont saint Paul, sur le conseil de Jacques de Jérusalem, chercha à gagner les judéo-chrétiens, Act., xsi, 21 et suiv. Et il conclut de là que saint Pierre et saint Paul ont l'un et l'autre dissimulé, que, forcés par la nécessité [dispensative), ils ont observé la loi mosaïque. Saint Paul ne pouvait pas sérieusement blâmer saint Pierre sans lui repi'ocher ce dont il était lui-même coupable.
Saint Jérùme, dans une de ses précédentes lettres, avait fait remarquer h saint Augustin qu'il avait commis une hérésie. Il cherche à justifier ce reproche. Saint Augustin avait dit que si saint Paul avait aussi obsei'vé la loi, c'était pour montrer que la loi n'était pas funeste en elle-même, bien qu'elle ne servit de rien, par conséquent, qu'un juif de naissance pouvait l'observer. Or, reprenait saint Jérôme, il s'ensuivrait de là que les chrétiens convertis du judaïsme feraient bien aussi d'observer désormais la loi mosaïque, d'offrir des sacrifices à l'exemple de saint Paul, de faire circoncire leurs enfants, comme saint Paul avait fait circoncire Timothée, de célébrer le sabbat : ce qui n'était rien moins que l'hérésie d'Ébion et de Cérynthe. Les nazaréens étaient excommuniés par les juifs, parce qu'ils tenaient Jésus pour le Messie, par les chrétiens, parce qu'ils observaient la loi mosaïque. Ainsi, ceux qui vivaient selon les principes de saint Augustin n'étaient ni juifs ni chrétiens. Quant à lui, saint Jérôme, il soutenait que la loi mosaïque était positivement funeste aux chrétiens, et entre autres passages il citait celui-ci : « Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous sert de rien » {Gai., v, 2).
« Pierre, ajoutait-il, a observé la loi par dissimulation, et son censeur l'a observée ouvertement. Vous défendez donc saint Paul en disant qu'il a adopté l'erreur non par dissimulation, mais à découvert, qu'il n'a pas voulu imiter la dissimulation de saint Pierre, mais être juif en toute liberté. »
Saint Jérôme croit qu'au fond il n'y a pas de différence entre les deux explications, et il soutient que les apôtres ont dissimulé par crainte des juifs; Augustin affirme qu'ils l'ont fait par condescendance, non avec l'astuce d'un menteur, mais par un sentiment de bienveillance et de compassion. 11 y a donc dans les deux cas dissimulation (c. iv, n. 14, 17).
Saint Jérôme aborde ensuite la réfutation des remarques générales que saint Augustin avait faites sur ses travaux d'exégèse. Il y en a
' Moehler, Mélanges, t. I, note 1, p. 9.
une qu'il expédie très-brièvement : Face tua dixerim, videris mihi non intelligere quod quxsitis.
Au dilemme rapporté plus haut, où saint Augustin déclarait supertlues les nouvelles traductions que saint Jérôme faisait de l'hébreu, il répond par cet argument ad hominem : « Les anciens commentateurs se sont occupés de passages obscurs ou de passages clairs; s'ils sont obscurs, comment osez-vous les éclaircir? s'ils sont clairs, à quoi bon de nouveaux éclaircissements? » Saint Jérôme faisait allusion aux commentaires de saint Augustin sur les Psaumes. Quant au Cucurbita du prophète Jonas, iv, 6, qui était également en question, saint Jérôme fait visiblement ressortir sa supériorité en linguistique. La réponse de saint Augustin (Ep. i.xxxn), un véritable traité, est extrêmement remarquable. Il pulvérise les arguments de saint Jérôme avec toute la force de son génie. Saint Jérôme avait invoqué ses prédécesseurs dans l'interprétation du passage de Jonas : u Je vous l'avoue, répond saint .'Augustin, il n'y a que les Écritures canoniques que j'aie appris à vénérer et à estimer au point de croire fermement qu'aucun des auteurs n'a pas commis une seule erreur de transcription. Lorsque je rencontre dans ces Écritures un passage qui me semble contraire à la vérité, je n'hésite pas à admettre ou que la leçon est défectueuse, ou que le traducteur n'a pas saisi le sens, ou que je ne l'entends point. Quant aux autres auteurs, tout distingués qu'ils soient par leur sainteté et leur savoir, je ne les lis pas de manière à croire quune chose est vraie par cela seul qu'ils l'estiment telle, mais seulement quand ils démontrent par les Écritures canoniques ou par des raisons acceptables qu'elle n'est pas contraire à la vérité '. Je ne crois pas que vous, mon frère, vous pensiez autrement. Vous ne demandez pas sans doute qu'on lise vos écrits comme on lit ceux des apôtres et des prophètes. A Dieu ne plaise que je pense ainsi de votre humilité et de l'appréciation sincère que vous faites de vous-même. »
Saint Augustin réfute ensuite les arguments de saint Jérôme, Saint Jérôme avait dit qu'il était invraisemblable que saint Paul eût blâmé saint Pierre dans une matière où lui-même se serait senti en défaut. « Il ne s'agit point, répond saint Augustin, de ce que saint Paul a fait, mais de ce qu'il a écrit; si ses actes ne concordent pas avec ses paroles, on doit admettre qu'il a voulu se blâmer lui-même plutôt que de mentir, et mentir dans une lettre où il prend Dieu à témoin qu'il ne ment point (Gai., i, 20) ^. Pierre a donc certainement agi d'une manière répréhensible ; il a forcé les païens, contre la vérité évangélique, de judaïser, car saint Paul le dit expressément. Aime-t-on mieux admettre que l'Évangile ment que de croire que Pierre a renié le Seigneur? »
' Mœhler, Mélanges, note 1, p. 12. — * Ibid., note % p. li.
LA LITTÉRATURE ET LA VIE RELIGIEUSE. o6î>
Saint Augustiti examine ensuite en détail les cas que saint Jérôme emprunte aux Actes pour établir que saint Paul a dissimulé aussi bien que saint Pierre. La ditlerence entre les deux, dit-il, consiste en ce que Pierre a forcé les païens de judaïser, par conséquent qu'il leur a fait croire que la loi juive leur était nécessaire ; si saint Jacques a donné à Paul le conseil dont il est parlé Ac^^ xxi, 24etsuiv., c'est parce que les judéo-chrétiens croyaient que Paul enseignait à renoncer Moïse, à mettre ses institutions au même rang que les usages du paganisme, parce qu'elles étaient funestes en elles-mêmes. Cela résulte expressément de ces paroles de Jacques : Ils verront la fausseté de ce qu'on dit de vous, que vous observez vous-même la loi. Si saint Paul avait simplement agi par dissimulation, saint Jacques aurait dû dire : Et ils croiront que ce qu'ils ont entendu dire de vous est faux.
Les apôtres eux-mêmes, dans leur assemblée de Jérusalem, ont établi en principe qu'on ne devait point forcer les païens de judaïser; mais ils n'ont pas défendu aux juifs d'observer leurs propres lois. Lors donc que Pierre a forcé les païens de les observer, il a agi contre des principes qu'il connaissait fort bien; il a dissimulé, et saint Paul a eu raison de le reprendre. Saint Paula fait circoncii'e Timothéepour montrer à ses parents juifs du côté maternel que la loi n'était pas mauvaise en elle-même, et il n'a pas fait circoncire Tite, atin de prouver que ceux qui tenaient la circoncision pour absolument nécessaire étaient dans l'erreur. 11 cite Gai., n, 3.
Saint Jérôme avait accusé saint Augustin de soutenir" des principes ébionites. C'est le contraire qui est vrai, répond saint Augustin; car, selon les principes de saint Jérôme, tous les judéo-chrétiens pourraient encore aujourd'hui se faire circoncire, célébrer le sabbat, etc., pourvu qu'ils ne le lissent point par dissimulation. Par là sans doute on tombe moins dans l'ancienne hérésie ébionite que dans une hérésie nouvelle et d'autant plus dangereuse qu'on ne se trompe plus par ignorance, mais volontairement.
Cependant saint Augustin rectifie ce qu'il avait dit précédemment en termes indécis : que les judéo-chrétiens auraient pu observer encore leur ancienne loi : Dans le principe, dit-il, on a pu le permettre aux juifs, afin de montrer que les lois mosaïques, venant de Dieu, ne pouvaient pas être placées au même rang que celles des païens, par conséquent, afin de les enterrer petita petit d'une façon honorable, de même qu'on ne quitte pas de suite les cadavres, mais qu'on les livi'e au tombeau avec des di.-^positions religieuses. Quant à celui qui exhume des ossements déjà vermoulus, au lieu de respecter les défunts, il profane la sainteté des tombeaux. Depuis qu'on avait honorablement écarté les lois de Moïse par l'attention qu'on leur témoignait encore dans le principe.
tous les clirétiens devaient désormais les abandonner pour toujours et d'une manière immuable (c. ii, n. 13, 20).
Avec quelle force victorieuse saint Augustin repousse ici l'accusation d'hérésie ! Mais aussi avec quels ménagements cet homme spirituel traite l'excellent Jérôme, malgré la promptitude avec laquelle celui-ci l'avait accusé d'hérésie ! Comme il se complaît à faire ressortir la supériorité de son ami ! Il avait omis précédemment de faire la restriction dont nous venons de parler; il faut moins, dit-il, reprocher à Jérôme ses injures qu'à moi ma propre négligence (c. xii, n. 17)'. Saint Jérôme se trouve ici dans la position de ceux qui ont plus de zèle pour la vérité et le bien que de péuéti'ation pour démêler ce qui est bon et vrai. Puisse cet exemple de saint Jérôme nous garder des suspicions trop promptes et nous apprendre que l'homme spirituel peut seul juger ce qui est de l'esprit ! Et puisse l'exemple de saint Augustin enseigner à ceux qui sont injustement attaqués avec quel respect il faut traiter la droiture d'intention alors même qu'elle se trompe !
Saint Jérôme avait demandé à saint Augustin de répondre aux nombreuses autorités qu'il avait alléguées en faveur de son explication de notre texte. Si j'avais beaucoup lu, répond saint Augustin, je pourrais sans doute citer de nombreux témoins ; je me contenterai de deux : saint Cyprien et saint Ambroise. Du reste, ajoute-t-il, je préfère les propres paroles de saint Paul à tous les commentateurs, c'est-à-dire le sens évident de l'Écriture à toutes les autorités "-. Il examine aussi et il réfute solidement les autres raisons, ou plutôt les raisons apparentes de saint Jérôme (c. m, n. 25-29).
Il s'agissait en outre de montrer l'inanité des reproches de Porphyre, dont saint Jérôme et d'autres se servaient pour attaquer l'explication d'Origène. Saint Augustin, il faut le reconnaître, s'est parfaitement acquitté de cette tâche. « Saint Paul, dit-il, avait donc raison, car il est un héraut de la vérité et non de l'imposture , il avait raison quand il assurait que Pierre n'avait pas suivi le droit chemin de la vérité évangélique ; il lui a résisté en face pour avoir forcé les païens de judaïser. »
Ainsi, saint Paul se distinguait par son courage et saint Pierre par son humilité. L'exemple que Pierre a laissé à ses descendants de ne se point fâcher quand ils seraient repris pour avoir quitté le droit chemin est plus rare et plus saint que l'exemple de saint Paul, selon lequel les petits doivent avoir le courage, quand il s'agit de défendre la vérité évangélique, de résister aux grands, mais sans blesser la charité fraternelle. Sans doute, il est plus sûr de ne s'écarter en aucun point de la vérité que de s'écarter en un seul, mais il est beaucoup plus admi-
' Mœhler, Mélanges, t. I, note, p, M. — » Ibid., note, p. 15.
rable et plus beau de recevoir de bon cœur les réprimandes que de corriger avec hardiesse celui qui se fourvoie. Ainsi il faut louer Paul de sa noble franchise et Pierre de sa sainte humilité. Il semble donc à mon faible jugement qu'on repoussera mieux par ce moyen les injures de Porphyre qu'en lui donnant l'occasion d'en proférer de plus grandes (c. II, n. 22). Saint Augustin s'excuse de nouveau des paroles offensantes qu'il a pu employer (c. iv, n. 33). Je vous en conjure, dit-il, n'hésitez point à me blâmer quand vous le trouverez nécessaire. Il est vrai ^ue, d'après le rang que nous assigne le langage ', l'épiscopat est plus grand que le sacei'doce, mais Augustin ne laisse pas en bien des points de céder à Jérôme, encore que les reproches des inférieurs ne soient pas à dédaigner. — En ce qui est des traductions de saint Jérôme, saint Augustin lui donne pleinement raison.
Nous ne voyons pas que ces deux hommes aient échangé d'autres lettres sur le sujet qui nous occupe.
Après une si habile réfutation de ses vues et une si noble conduite de la part de saint Augustin, saint Jérôme ne pouvait demeurer en arrière. Dans un livre qu'il écrivit plus tard contre les pélagiens, il semble adopter le sentiment de saint Augustin (lib. I, cap. viii) : « Nul évêque, dit-il, ne peut prétendre être exempt d'erreur, puisque, selon saint Paul, le premier apôtre, a lui-même mérité des reproches 2. » Dans cet ouvrage, il emploie contre les pélagiens les mêmes preuves que saint Augustin, et il ajoute à la fin : « Il y a longtemps que le saint et éloquent évoque Augustin écrivit contre votre hérésie deux livres à MarceUin, touchant le baptême des enfants ; puis un troisième contre ceux qui prétendent qu'on peut être sans péché, et tout récemment un quatrième à Hilaire. On dit qu'il en a encore écrit plusieurs autres, notamment contre vous, mais ils ne me sont point parvenus. Je finis donc mon travail, car je répéterais inutilement la même chose, ou, si je disais quelque chose de nouveau, je serais prévenu par cet homme distingué, qui a mieux écrit que moi. »
Si les grands hommes peuvent aussi se quereller, il n'y a qu'eux pour finir ainsi leurs disputes; le premier leur est commun avec tous, le second n'appartient qu'à eux. Quant à saint Jérôme, on excusera volontiers sa précipitation si l'on songe à la vicissitude de ses destinées. Dans une existence aussi tourmentée, son esprit, impressionnable et ardent de sa nature, devait aisément supposer les choses les plus extrêmes. Il avaitun jour, avec ce talent magistral qui lui était propre, retracé le tableau des mœurs du clergé de Rome. Ce clergé avait là. '■ous les yeux un tableau bien repoussant, car il s'y voyait lui-même. Son érudition avait excité leur jalousie; sa franchise dans le blâme souleva
' Mœhler, Mélangei^, t.^, note i, p. 16. — ' Ibid.. note 2, p. Ifi.
leur haine ', et il se vit dans la nécessité de quitter Rome. Il avait fait un grand usage des écrits d'Origène, sans accepter ses erreurs. Rufin l'accusa d'origénisme. Saint Jérôme connaissait son temps ; il savait que plusieurs saisissaient toutes les occasions de rendre les autres suspects d'hérésie ou de les décrier.
Quant à 1 ame généreuse de saint Augustin, il ne la connaissait pas encore assez pour n'avoir rien de semblable à redouter; Augustin, du reste, était loin d'avoir acquis la même réputation que lui, et il était facile de faire croire à saint Jérôme qu'il aspirait à agrandir sa gloire en diminuant celle des autres et à ceindre son front des lauriers qu'il enlèverait à autrui; qu'étant incapable de produii'e lui-même un ouvrage solide, il cherchait à attirer sur soi les regards en ravalant les autres ^. Que ne devait pas penser ce vétéran de l'exégèse des raisons qu'Augustin alléguait contre ses traductions de l'hébreu? L'ignorance de saint Augustin en ce point devait encore moins l'étonner que son audace à parler d'une chose où il était incompétent. Cependant, on sera moins tenté de blâmer les libres reproches de saint Augustin si l'on songe que la question sur laquelle il désirait être instruit devait être vidée dans des lettres amicales, dont la publication ne pouvait être prévue. Sous ce rapport, la demande que saint Augustin adressait à saint Jérôme de rétracter une interprétation qui lui semblait si funeste ne peut être taxée de prétentieuse : ce qu'on se croit capable de faire soi-même, on peut certainement l'exiger de ses amis. Elle n'avait là rien d'humiliant pour saint Jérôme, car répudier une erreur, ce n'est pas autre chose que prouver qu'on est aujourd'hui plus sage qu'on n'était hier. Il était beau, au surplus, de venger le passage [Gai., c. ii) où saint Paul apparaît comme un modèle de noble franchise, et saint Pierre comme un modèle plus grand encore d'humilité ; il était beau de faire l'application de ce passage aux relations de saint Augustin et de saint Jérôme! Ce que celui-ci perdait en réputation de profondeur, il le gagnait par la sainteté des sentiments dont il faisait preuve. Si pendant la dispute saint Jérôme courut le risque de perdre la première gloire en même temps que la seconde, il ne laissa pas de la sauver plus tard, ainsi que nous l'avons vu.
Travaux sur l'histoire spéciale, comme l'Historia Datiana (au sixième siècle (éd. Biraghi, Mediol., 1847). Les continuations des Chroniques de Prosper, par Mainus, 4.50 et suiv., can. dlxxxi; de Victor de Tunis, par Jean Biklar, 566-390 (Gallandi, XII, 313, 363), etc., puis les ouvrages parénétiques, comme ceux d'Agapet (Gallandi, XI, 25b et suiv.),
' Ad Eustath.j ep. xxn, n. [± — » Mœhler, Mélanges, l. I, noie 2, p. 17.
de Dorothée, d'Antiochius, etc., sont fort nombreux. Op. Hier., Migne, Patr. lat., t. XXII-XXX; Op. Aug., ibid., t. XXXII-XLVll. Sur la coutrovei"se entre saint Jérôme et saint Augustin, Tillemont, Mémoires, t. XII,p. 269; saint Jérôme, art. H0-H3; Mœhler, Ges. Sehr., 1''« sect., 1. Le consul et patrice M. S. Boéce, mis à mort sous Théodoric, 524, écrivit sur la théologie el la philosophie; le plus célèbre de ses ouvrages est le De consolât, philosophiœ, éd. Cally, Par., 1680,1695; Migne, t. LXIII, LXIV. Cf. Gervaise, Histoire de Boèce, sénateur rom., Paris, 1715; Fabricius, Bibl. lat., lib, III, cap. xv, t. III, p. 146 et seq.; Papebroch, Acta sanct., 27 maii, t. VI, p. 704 et seq.; Suartengreen, Circa lib. V Boeth. de cons. phil. observ., Upsal., 1836; Troya, Storia d'Italia, lib. XLII, § 8-26, vol. II, II, p. 1007; Fr. iSitzsch, Das System des Boeth., Berlin, 1860; G. Bosizio, Intorno al luogo del supplizio di Sev. Boezio, Pavie, 1835, etSul cattolicismo di A. M. T. S. Boezio, Pavie, 1867; Biraghi, Boezio, Milan, 1865; Rohrbacher-Rump, IX, p. 57 et s.; Alzog, Patrol., p. 632, éd. Palmé. Cassiod. Op., éd. Garet, Rothomag., 1679; Venet., 1729; Migne, t. LXIX, LXX; Muratori, Ann. d'Italia, an. 494; Pagi, an. 493, n. 3; Troya, loc. cit., lib. XXXI, § 5, vol. II, I, p. 316; Alberdingk-Thijm, M. Aur. Cassiod,, Amst., 1857. — Décret. Gelas, s., Ep. xlu de recipiendis et non recip. libris, Thiel, p. 454 et seq.; Hormisd., Ep. cxxv du 13 aug. 520, ibid., p. 931 et seq.; Gratien, cap. m, d. 15. Voyez les ouvrages dans Héfelé, Conciles, II, p. 597 et suiv. 2« éd., p. 618 et suiv.); Thiel, De decretali Gel., Braunsb., 1866; Sentis, dans Bonner theol. Lit.-Bl., 1867, p. 96. Dans différents exemplaires, ce décret est attribué tantôt à Gélase, tantôt à Hormisdas. Celuici y fait allusion dans Ep. cxxiv ad Possid.; il avait certainement sous les yeux le décret dans la forme que lui avait donnée Gélase. Thiel, Epist. rom. pont., p. 53-58.
Chaînes et Parallèles. — Jean Damascène.
293. On dut songer de bonne heure à recueillir les trésors existants de la littérature patristique et à les faire servir aux fins qu'on se proposait. Plus le génie productif allait »'affaiblissant, surtout à partir du sixième siècle, plus le goût des compilations se propageait. Telle fut l'origine des Chaînes, ou recueils de textes des saints Pères sur les différents passages de l'Écriture sainte. En Orient, on se servait pour saint Matthieu et saint .lean, de saint Chrysostome; pour saint Luc, de Tite de Bostra; pour saint Marc, de Victor d'Antioche; pour les Épîtres de saint Paul, de Théodoret; pour l'Ancien Testament, d'Origène, d'Eusèbe, de Théodoret, de Polychrone, de saint Chrysostome, en y ajoutant saint Irénée, Hippolyte et autres anciens.
L'interprétation de l'Octateuque, par Procope de Gaza, est un travail de ce genre, qui fut suivi de plusieurs autres. En Italie, des ouvrages analogues furent composés par Jean, diacre de Rome (explication de l'Heptatenque), par Victor de Capoue, évêque (mort en 543, scholies des Pères sur la Genèse), et Cassiodore (dans l'ordonnance de sa Bibliothèque). L'évêque Primasius d'Adrumet emprunta à d'anciens auteurs des commentaires sur les Épîtres de saint Paul et sur l'Apocalypse.
Nous devons aussi des compilations dogmatiques à Anastase le Sinaïte, à Léonce de Byzance, etc.; de là sont venues les Parallèles, où, après avoir indiqué quelques points de théologie, on les appuie et les explique par des textes de l'Écriture et des Pères. On a conservé dans ces recueils des fragments précieux empruntés à des ouvrages de Pères aujourd'hui perdus. Saint Jean Damascène (mort en 73i) essaya plus tard, dans ses quatre livres de la Foi orthodoxe, qui termine la théologie grecque, de recueillir les travaux isolés des Pères grecs : chaîne solide et composée d'une infinité d'anneaux, dont les premiers remontent jusqu'à la période des plus anciens Pères et se rattachent par saint Irénée aux temps apostoliques.
Catena, seu ÈTriTOtAï) épfjiYivetwv, e^riyrjenc rru^XsXsïffa êx 8iaq)6pti)v TcaTÉpwv; Procop. Gaz., ap. Phot., Bibl., cod. 100, 206, 207; Cramer, Praef. in Catenas Ev. Matth. et Marci, Oxon, 1840, t. I, p. xiii et seq.; Wolf, Exerc. in catenas Patr. gr., Vittemb., 1712; Pitra, Spicil. Solesm., t. 1, prœf., p. Liv et seq., 47 et seq., 266 et seq., 278 et seq.; Rolirbacher- Rump, IX, p. 195 et suiv., 281. Mou ouvrage, Photius, III, p. 91 etsuiv. Sacra Parallela, Maï, Nov. coll., t. I, preef., p. liv. Mon ouvrage, Photius, III, p. 41 et suiv.
Réunion de diverses écoles.
294. Si le goût prédominant des compilations entrava à certains égards et ralentit l'essor du génie scientifique, il rendit aussi d'inappréciables services en donnant à la théologie l'unité et la consistance. On pouvait distinguer autrefois deux directions principales, l'une en Orient, l'autre en Occident ; les divergences qui les séparaient s'accrurent encore par la dilTérence même du génie national, de la langue et des traditions. Ces divergences disparurent peu à peu avec le cours du temps. En
Orient, les écoles d'Alexandrie et d'Antioche se fondirent plus tard avec l'école de Constantinople; la tendance traditionnelle et réaliste se lia étroitement avec la tendance spéculative. En Occident, les précédentes écoles disparurent et celle d'Afrique s'évanouit complètement, après avoir transmis ses travaux aux autres contrées de langue latine. La prépondérance échut à l'école romaine, dont nous n'avons que peu de monuments écrits, mais qui a reçu son empreinte distinctive de Léon le Grand et de plusieurs autres pape. Elle influa essentiellement sur les écoles de la Gaule et de l'Espagne. Dans ce dernier pays, saint Isidore de Séville et son disciple Ildefonse ne firent que reproduire les caractères généraux de la science des Occidentaux, telle qu'elle était surtout représentée à Rome et continuait de se développer dans les décrétales. 11 était dans la destinée de Rome d'être le centre de l'unité même en ce qui concerne la civilisation intellectuelle de l'Occident.
Mon ouvrage, Photius, III, p. 651. L'école romaine était surtout représentée par Léon le Grand, les papes Hilaire, Gélase et le diacre Paschase (De spir. S. Bibl. Patr. max., VIII, 807 et seq. Cf. Greg. M., Dial., IV, 40; Acta sanct., mai, d. xxxi, t. VII, p. 438); le sous-diacre Arator, sous Vigile (Gallandi, t. XII, Prol., cap. v, p. viii); Grégoire le Grand, Isidor, Hisp., Lib. sentent. lu; De off. eccles. Orig. s. etymol. libri XX (éd. Otto, Lips., 1833); De scriptor. eccles. (continué par Ildephonse de Tolède, mort en 667); Isid., Op., éd. Colon., 1617 ; éd. Arevalo, Rom , 1797 et seq., 7 vol. in-4'»; Matriti, 1778, 2 vol. in-fol., 8. Tajon de Saragosse écrivit aussi des sentences vers 650. Cf. Zefirino Gonzalez (archevêque de Cordoue) , Estudios religiosos filosoficos , Madrid, 1873, II, p. 213.
La religion et la moralité. — Décadence de la vie chrétienne.
295. La pureté des mœurs chrétiennes eut beaucoup à souffrir depuis Constantin, et voici les causes qui contribuèrent à l'afTaiblir : i<* l'assoupissement et l'indolence des chrétiens après la tourmente des persécutions : ils étaient moins en garde contre les périls qui menaçaient leurs âmes ; 2° le nombre des infidèles qui entraient dans le sein de l'ÉgUse, souvent par des* vues impures, par égoïsme ou ambition, et formaient ainsi une classe de chrétiens qui n'en avaient que le nom ; 3° la multitude des controverses , les divisions religieuses entre les
évêques et les prêtres, les scandales qui en résultaient pour le peuple et la participation de la foule aux luttes qui se livraient sur les difficiles problèmes de la foi; 4° les incursions des barbares et la dévastation de l'empire , accompagnées de calamités et de désastres tellement inouïs que plusieurs en étaient venus à douter de la Providence. La guerre déchaînait souvent toutes les passions à la fois : les églises et les monastères étaient saccagés par des hordes sauvages, les femmes et les vierges déshonorées, les évêques et les prêtres emmenés captifs ou mis à mort. 5° Joignez-y le contre-coup, les restes de la superstition païenne, les mœurs grossières des gentils, alliées souvent à une piété, à un ascétisme tout extérieur, qui n'excluait pas les plus grandes dissolutions dans les fêtes religieuses. 6"* L'influence de la législation païenne, qui dans le principe n'avait pas encore entièrement disparu ; 7° le défaut d'instruction dans le peuple, et l'action soit insuffisante, soit funeste, de la plupart des hautes écoles encore influencées par l'esprit du paganisme ; 8" les vices qui envahirent le clergé à mesure que ses richesses se multipliaient; la cupidité, l'ambition, le luxe, l'esprit mondain, la frivolité substitués à l'esprit chrétien ; la simonie, pratiquée sur une vaste échelle, pour la réception des ordres comme pour la collation des emplois, mais surtout pour la dispensation des sacrements.
Plusieurs clercs quittaient leurs charges pour en accepter de plus lucratives ; d'autres allaient chercher fortune à la cour, qui se servait volontiers des choses spirituelles pour atteindre des fins temporelles; plusieurs violaient effrontément les lois de l'Église, retenaient chez eux de jeunes personnes du sexe ou amassaient des richesses. Les prédications, contredites par la vie des prêtres , demeuraient souvent infructueuses. A l'exemple des clercs, les laïques tombaient dans l'indifférence, la mollesse et le vice, la débauche, l'impudicité, le parjure; les pauvres étaient méprisés et foulés aux pieds. Dans les villes, le luxe et la dépravation; à la campagne, la grossièreté et la licence, le dédain des devoirs du christianisme et l'amour des plaisirs mondains faisaient chaque jour de nouveaux progrès. Les païens tournaient autrefois les fidèles en dérision; aujourd'hui, les bons chrétiens étaient moqués et conspués par les mauvais, |jes exemples corrupteurs de la cour et des fonctionnaires pro-
fhiisaieiit sur le peuple les plus fâcheux effets; les vices des barbares vainqueurs se mêlaient aux vices des populations subjuguées, et le paganisme vaincu semblait remporter de nouvelles victoires sur les chrétiens eux-mêmes.
i^S. Jérôme, Vita Malch., c. i(Op. 11,41, Vall.), remarque que l'Église, après le temps des martyrs, était devenue « potentia quidem et divitiis major, sed virtutibus minor; » S.Chrysostome, Hom. de bapt. Chr., n. 1 ; Sermo v de Anna, reproche aux chrétiens leur peu d'empressement à s'approcher de la table sainte et à se rendre à l'office divin, auxquels plusieurs assistent à peine une ou deux fois par an.
2° Voyez Néander, Hist. eccles., I, p. 334, .3'= éd. Un grand nombre couraient des églises aux théâtres et fréquentaient les fêtes païennes, Aug., De catech. rud., n. 48. Plusieui^s portaient les Évangiles à leur cou sans rien prendre de leur esprit. Chrys., Hom. xix ad pop. .\nt.; Hier., InMatth., cap. xxiii, lib. IV (Op. IV, t09, éd. Mart ). A Constantiuople, les combats sanglants se continuaient dans le cirque, Marcellin., Chron. (Gallandi, X, oöl); Theophan., Chronogr. a. Alex., o24 ; Procop., De hello pers., I, 24.
3° Ci-dessus II, § 44, 208.
4° Voyez Salvian., Oros., Aug. (ci-dessus § 19); Hier., Ep. ad Heliod., et ad Eusloch.
0° Diverses pratiques superstitieuses sont mentionnées chez les Orientaux par Eusèbe d'Alexandrie, Serm. vu, 22 (Migne, t. LXXXVi, p. 3.Ö0, 452 et seq.). Saint Chrysostome, Hom. xxxviii in Act., n. ö (Migne, t. LX, p. 275), cite des livres de magie (Hum. ni in I Thessai., cap. lu, n. 5, t. LXII, p. 412), les incantations employées dans les maladies, les amulettes (TrepiâjAij.aTa), lesquelles n'avaient rien de commun avec les médailles de dévotion en usage chez les chrétiens (voy. G.-B. Rossi, Bulletin arch., 1869, n. 3 et seq.), puis « auguria, omina, observationes, nativitatcs, symbola, magias, » Hom. s in I Tim., cap. ni, n. 3 (ibid., p. 352), ditlérentes sortes de magie, Trull., can. lxi, lxii. Contre la divination, conciles d'Auxerre, 578, can. iv; de Narbonne, 589, can. xiv; de Reims, 623, can. xiv; de Tolède, IV, 633, can. xxix. Contre les « sortes sanctorum, » concile de Vannes, 465, can. xvi ; d'Agde, 306, can. xui; d'Orléans, I, can. xxx. Contre la coutume d'allumer des flambeaux, le culte des arbres, des sources, des rochers, Conc. Arel., II, can. xxni ; Turon., 567, can. xxii; Tolet., XVI, 693, can. II. Contre les fêtes païennes du I" janvier et du 22 février (Chaire de saint Pierre), Aug., Serm. xv de sanct.; Conc. Tur., loc. cit.; Antiss., 578, can. i; Uothomag., ssec. vu, can. xiii; du jeudi saint, Narbonne, 589, can. xv. Contre les excès dans les fêtes chrétiennes, Hier., Ep. xxx ad Eustoch.; Aug., Ep. xxix ad Alyp., n. 10; Enarr. in ps. Lix; Paulin de N(>le,Carm. ix de S. Felice, poem. xxvi, al. 35. U. — HlST. DE l'ÉGLISK. []-,
r)7S msroTUF. de i, Éiii.isi;.
6° Ci-dessus II, §§ 200, 282.
7° Ci-dessus II, § 14.
8" Simonie dans l'ordination et l'administration des autres sacrements, Chalc, can. ii; TrulL, can. xxii, xxui. Cf. can. ap. xxx ; Sard., h; Basil., Ep. lui (Migne, t. XXXII, p. 397; Pitra, I, p. 608); INazianz., Or. xuii, n. 26, p. 791, éd. Maur.; Clirjs., De sac, m, 8; Isid. Pel., lib. 1, Ep. cccxv; lib. III, Ep. cccxciv ; lib. V, Ep. ccclvii; Vita Chrys. et autres dans le Noniocan., I, 24; Gennadii Ep. synod.; Baron., an. 459, n. 1 et seq.; Pitra, 11, p. 183-188. Simonie chez les Orientaux, Greg. M., lib. V, Ep. i.vu; VI, Ep. vin; IX, Ep. xlix. Elle est attestée par un récit d'Évagre, V, 1, par les taxes d'ordination, depuis longtemps établies; Chalc, act. 16; Héfelé, II, p. ö23 ; Justin., Novell. 123, c. 3; cf. Le Quien, Orient, chr., I, p. 113, § 3, et par des nombreux exemples, Thomassin, part. III, lib. I, cap. xlix, n. 1-8.
Sur l'Occident, voyez Celas., 494, Ep. xiv, cap. 5, 24, p. 364, 375; Conc. Aurel., II, .")33, eau. m, iv; Aurel., V, ;j49, can. x; Turon., 567, can. xxvn, où la simonie est déjà qualilîée d'hérésie. Bracar., 572, can. Hi-v; Tolet., VI, 638, can. iv ; Cabill., 644, can. x^^; Rothom., eau. vu; Tolet., IX, 655, can. ut. Grégoire le Grand, 601, lib. XI, Ep. lv et seq., voulait qu'on tiut des conciles contre la simonie, si fréquente dans les Gaules. Peinture des vices du clergé, Hier., Comm. in Tit., cap. i; Op. Vil, 702; Ep. xxxiv ad Nepot.; Isid. Pel., lib. III, Ep. ccclxx. L'immoralité, même dans les évèques, était sévèrement punie sous Juslinieu, Theoph., p. 271 et seq.; Matal., lib. XVIII, p. 614. Vices des lidèles en général, Chi'ys,, Hom. xxiv in Act., n. 4 (Migne, t. LX, p. 91 et seq.); Isid. Peius,, lib. III, Ep. cxxxui; Salvian., De gubern. D., V, 8, 9, H; VI, 15; VII, 6, 13 et seq.; Sidon. Apoll., lib. VII, Ep. vi. Luxe et amour des plaisirs, Naz., Or. xxxvi, n. 16, p. 643; Chrys., In psal. XLViu, n. 2 ; Hum. lxi in Joan., n. 4; Hom. lxix, n. 3; Hom. t in Coloss., u. 4; AmI)ro3., lu ps. i, u. 46; De Nabuthe, ca[>. xxvi (Op. I, 572, 759). Maqiier.^Uage, Procojs., De ledif., 1, 0; Baron., an. 535, n. liO. l'sure, Nyss., Ep. can. ad Lect., can. 6; Basil., In ps. xiv et lib. Cont. fœneral.; Ambros., De Tobia, cap. u et seq.; Nie, can. xvii ; Agath., can. lxi.k ; Truli., can. i.x. Habitude de jurer, Chrys., Hom. x in Act., loc cit.; Isid. Pel., lib. I, Ep. ci,v; H, Ep. clxxxvui. Persécution des bons chrétiens parles mauvais, Aug., In ps. xlvui, n. 1 : In p.<. xc, n. t : Hier., in Tit., loc. cit.
Les beaux côtés de cette période.
:296. Ce tableau, si affligeant qu'il soit, ne doit pas nous taire méconnaître ce que cette période renferme de grand et de magnifique. Le mai, dans la vie pnl)liqne, est plu.>^ .saiilnnt que le l)ien et frappe davantage les regards; le bien agit dans le secret et reciierche la solitnde; il roslo caclié au dedans, tandis
LA I.ITTÉRATURK FT I.A Vil! P.FJ.TdlRUSE. ^7'.)
que le mal flotte à la superticie. Toujours dans l'Église Tivraie se mêle au bon grain ', et les points lumineux ressortent d'autant plus qu'on aperçoit davantage les côtés obscurs. [° Notre époque a fait des choses grandioses , précisément parce que l'Église y exerçait une plus grande influence sur la vie publique. Non-seulement les chrétiens continuaient de pratiquer la bienfaisance et l'hospitalité, ils érigèrent encore en faveur des pauvres, des malades, des orphelins, des voyageurs, divers établissements et hospices qui excitèrent la jalousie des païens. La dignité humaine fut relevée dans la personne des esclaves, car l'Église n'admettait pas la différence qu'on faisait entre eux et leurs maîtres, et cette différence, elle sut aussi l'affaibhr dans la vie pratique. Les évêques s'imposaient les plus grands sacrifices pour les indigents, les veuves, les captifs, les pauvres, les lépreux, pour le rachat des prisonniers de guerre et des esclaves, et ils fondaient d'utiles institutions.
La femme obtint une condition plus honorée et l'éducation des enfants fut dirigée selon l'esprit du christianisme. 2" Aussi trouvons-nous à rette époque quantité de mères de famille vraiment chrétieimes. Sainte Nonne et son époux Grégoire l'Aîné inspirèrent à leurs enfants, le célèbre (irégoire de Nazianze, Césaire et Gorgonie, la passion de tontes les nobles vertus. Sainte Macrine jeta dans le cœur du grand saint Basile les germes de la crainte de Dieu, et les parents de cet illustre docteur, Basile et Emmilie, sa sœur Macrine, ses frères, Grégoire, évéque de Nysse, Pierre, eveijue de Sébaste, brillaient aiissi par la sainteté de leur vie. Saint Augustin possédait en sainte Monique, saint Chrysostoine dans Anthuse, le modèle des mères ; Th(^odoret fut redevable à la sienne d'une éducation profondément chrétienne. 3° Il ne manquait donc pas de pasleurs fidèles et zélés auxquels le peuple s'attachait avec une sorte d'enthousiasme, ainsi que l'ont éprouvé Athauase, Chrysostome, Ambroise, Eusèbe de Verceil et plusieurs autres grands évêques.
Et ce furent les mêmes hommes qui, après s'être élevés par leur parole et leurs écrits contre les vices régnants, établirent dans les conciles de salutaires règlements et veillèrent à leur
' Malt II.. XIII. 2t et suiv.
580 HISTOIRE DE l/ÉGI.lSE.
exécution. La pureté de la doctrine et des mœurs ent d'infatigables soutiens dans les grands papes Sirice, innocent P*", Léon I", Gélase, Agapet, Grégoire l", aussi bien que dans les évêques les plus éminents, saint Augustin, saint Eucher de Lyon, saint Césalre d'Arles, saint Isidore de Séville. Les faiblesses de leur époque ont trouvé un remède dans les conciles et les décrets des papes. 4° Les martyrs eux-mêmes ne faisaient pas défaut à l'Église. Il y en avait non -seulement en Perse et hors de l'empire romain, mais dans cet empire même, sous Julien, par exemple, sous Valens, sous Constance, sous le pape Martin I" : saint Maxime et ses disciples moururent pour la foi. On voyait des traits d'abnégation vraiment héroïques, en même temps que de saints personnages travaillaient en secret pour le royaume de Dieu. Telle fut l'impératrice Pulchérie. 5° Parmi ces âmes d'élite, plusieurs, en Orient comme en Occident, cherchèrent un refuge dans les déserts et les couvents. Elles avaient pour mission d'édifier leurs contemporains, d'agir sur eux par leurs doctrines et leurs exemples, de les animer d'une vie nouvelle et de gagner les meilleurs d'entre eux à cette vie de sacrifice et d'abnégation.
OUVRAGES A CONSl'LTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N" 296.
ftecrudescence du mal, Aug., In psal. lxxx, n. 1. — i° Hospitalité, Conc. Ant., can. xxv; Matisc, 581, can. xi; Chrys., Hom. in Eliam et viduam (Migne, t. LI, p. 337 et seq.). Bienfaisance, Doisy, Histoire de la charité pendant les premiers siècles, Paris, 1848 ; E. Chastel, Études historiques sur l'influence de la charité durant les premiers siècles chrétiens, Paris, 1853; Champagny, la Charité chrétienne, Paris, 1834; A. Tolleraer, des Origines de la charité chrétienne, Paris, 1863; Périn, de la Richesse dans la société chrétienne (traduction allem.), Ratisb.; 1866; Ratzinger (1, § 221), p. 61 et suiv. Saint Basile établit à Césarée un corps de plusieurs bâtiments pour des œuvres de bienfaisance; c'était comme une ville nouvelle dans une autre ville, Naz., Or. xi.ui, n. 63. Ces établissements des chrétiens excitaient la jalousie de Julien (Jul., Ep. xux; Naz., Or. v s. c. Julian. II). li j avait des maisons pour les pauvres (r.Twxo-poçEïa), pour les orphelins (ô[>çavo-pof£ïa\ les malades (vo(ïoy.o[X£t«), les pèlerins (^evoôoyeta), pour les vieillards (yripoxotAsta, Y^.p°- Tpo?eïa, TspovToxofjLEïa), pour les enfants exposés, pour les enfants trouvés ([JpeçoTpoçEîa,. Fahiola fonda aussi un hôpital. Hier., Ep. lxxvti, al. 30 ad Océan., n. 6.
Les riches aumônes du comte Sévérien ramenèrent plusieurs hérétiques à l'Église, Pallad., Hist. Laus., cap. cxiv. Saint Samson, médecin
LA LITTÉKATUBE El LA VIE RELIGIEUSE. 581
de Rome (mort avant o31 ; Pagi, an. 341, n. 4), soignait une multitude de malades, et le pape Pelage II érigea un hôjjital pour les vieillards inlirmes (Vita Pel., Mansi, IX, 801). Ils furent encore surpassés par Grégoire le Grand et son contemporain Jean l'Aumônier d'Alexandrie. Leont., Vita S. Joan. El.; Acta sanct., jan., t. II, p. 499; Pagi, an. 610, n. 9. Sur l'esclavage, voy. Chrys., Ilom. i in Pliilem., n. 1 (Migne, t. LXII, p. 705); Mœhler, Verm. Sehr., 11, p. '6i et suiv.; Balmès, le Catholicisme comparé au Protestantisme (en français et en allemand, Paris et Ratisbonne, t. I, ch. xi). Soin des veuves et des orphelins, Sard., can. vni; Gelas., fr. xxxi-xxxni, p. öOO, ed. Thiel (Gratien, cap. n, ni, v, 1, d. i.xxxvi); Concil. Matiscon., 58a, can. xni; des captifs, Acace d'Amida (ci-dessus § 21); Goncil. Arelatens., V, 549, can. xx; des pauvres, Gelas., fr. xxvtii, p. 499; Conc. Aurel., I, 5H, can. xvi; Turon., o67, can. v, xxvi; des lépreux, Aurel., V, 349, can. xxi; Lugd., 383, can. vi. Voyez aussi Venantius Kurtunat., Vita S. Germani ^évèque de Paris depuis öoo), c. lxxiv; Migne, Pair, lat., t. LXXXVIIl, p. 470; Greg. M., lib. III, Ep. xvi ; VI, Ep. xxxv ; VU, Ep. xxvi. Sur le relèvement de la femme, voyez iSéander, p. 336 et suiv.
2* Sur les familles de saint Grégoire de Nazianze et de saint Basile, voyez Fessier, Patrol., I, p. 472, 339 et seq. Sainte Monique, Aug., Genf., I, 17; III, 8; VI, 18; IX, 17-22; Possid., Vita Aug., c. i. Anthuse et autres mères, Kéander, I, p. 336 et suiv.
3° Autres évêques remarquables : Gaudence de Brixen, c. ccccvi (Gallandi, VHI, 208 ; Tillemont, X, p. 088), Chrotnatius d'Aquilée (Gallandi, loc. cit., p. xxvin, 3.33; Tillemont, XI, 334), Paulin de Noie (Tillemont, XIV, 130); Deogralias de Carthage (mort en 436; Victorin. Vit., De persec. Vandal., I, 8; Muratori, Ann. d'Italia, an. 433); Boniface de Ferentino et Fortunat de Todi, 337 (Greg. M., Dial., 1, 9, 10; Baron., an. 337, n. 10-13), Cassius de Narni (Greg. M., Dial., III, 6), Cerbonius de Piombino et Herculan de Pérouse (ibid., cap. xi, xni); Léandre de Séville (ibid., cap. xxxi^, Germain de Paris (Pagi, an. 316, n. 8), Salvius d'Albi et Prœtextat de Rouen (Greg. Turon.. VII. 1 ; VIII, 31). Décrets de conciles contre les vices et les abus, Ghalc, can. xxn; Ant., can. XXIV ; Tolet., III, 389, can. xvn; Arel., I, can. iv, v; II, can. xx; Araus., 441, can. vi, etc.
4° Martyrs, en 317, phisieurs moines maronites dont la fête se célèbre le 31 juillet. Voyez Ep. Archimandr. ad Hormisd. P., Mansi, VIII, 423. Pulchérie, cf. Gontuccio Contueci, Vita di S. Pulcheria, Piacenza, 1794. Autres saintes femmes célèbres : sainte Donina à Cj're (Theod., Hist. rel., cap. lui), Marie l'Égyptienne, cap. cdxx (Acta sanct., t. I, apr., d. 2, p. 67), Galle et Proba à Rome (Baron., an. 504, n. 306 et s.).
082 HISTOIRE DIÎ LEGLTSE.
Les ordres religieux en Orient. — Saint Antoine, Ammouius et les Macaires; saint Hilarion et Pacome.
:297. La vie ascétique, inaugurée en Ég-ypte par saint Antoine et saint Paul, trouva surtout des partisans dans le cours du quatrième et du cinquième siècle; elle favorisa le développement de l'institution monastique, dont la pensée fondamentale, le renoncement, l'abnégation, l'obéissance, le don sans réserve de soi-même à Dieu, est une pensée profondément chrétienne. C'est là, sous une forme ou sous une autre, l'essence nième de l'Eglise, qui doit pousser tous les fidèles à la perfection. L'ermite saint Antoine (mort en 356, âgé de cent cinq ans) eut plusieurs disciples qui se construisirent des cellules autour de lui et formèrent à Phaium, dans la Thébaïde, une communauté religieuse. Son amovsr de la solitude l'entraîna de plus en plus avant dans le désert. Une communauté analogue à celle-là s'établit au pied du mont Colzim, près de la mer Rouge, et la sœur de saint Antoine en forma une troisième pour les femmes.
Saint Antoine déploya son zèle non-seulement pendant la persécution de Maximin, mais encore dans le temps de l'arianisme, où il agissait à la fois par la parole et par l'exemple ; il demeura toujours fidèle au grand Athanase et éleva plusieurs hommes distingués à une piété eminente. En Nitrie, dans la Basse-Egypte, Ammouius fonda également des congrégations d'ascètes, qui vivaient sous des tentes dispersées et se réunissaient le dimanche pour l'office divin. Macaire l'aîné (mort en 390) peupla d'ermites le désert de Scète et édifia à la fois par sa vie et par ses écrits. 11 trouva un émule de son zèle dans le jeune Macaire (Politicus, mort en 39-i).
Hilarion, originaire de Thabatha, près de Gaza, disciple du grand Antoine depuis l'âge de quinze ans, fixa son séjour dans le désert situé entre Gaza et l'Egypte et propagea la vie érémétique en Egypte, où d'autres disciples du saint avaient déjà pénétré. Il y attira deux mille disciples et mourut en 371, âgé de quatre-vingts ans, aimé et admiré de tous.
Saint Pacome donna à l'institution monastique une forme plus arrêtée et des règles plus précises. Cet ermite, né en 292 dans la Haute-Thébaïde d'uue famille païenne, familiarisé avec
LA LriTi';i;Aii l'.i. in i.a vie iîki.kiielse. oS3
le christianisme en 313, pendant sa carrière militaire, s'était allié d'abord au vieil ermite Palémon ; plus tard, en 3i0, il fonda à Tabenna, sur une île du Nil, dans la Haute-Thébaïde, une corporation religieuse qui fut le premier couvent propremetjt dit icoinobiun). Il établit encore huit antres couvents, qu'il soumit à une lègle commune. Le principal comptait du vivant de Pacome trois mille moines; ce chiffre s'éleva plus tard à sept mille. Dans la première moitié du cinquième siècle, l'institut entier en possédait cincjuanfo mille. Tous les couvents étaient sous la dépendance étroite de l'abbé (abbas, archimandrite). L'abbii général, qni était le chef de tonte la corporation, faisait à certaines époques des visites dans les couvents. Les niuines étaient partagés en différentes classes, suivant les travau.x et les arts qu'ils exerçaient, et placés sous des surveillants; ils vivaierit le plus souvent du travail de leurs mains, notamment du produit des corbeilles qu'ils tressaient avec les joncs du Nil, de la confection des nattes et des couvertures, de la construction des nacelles et de l'agriculture.
Deux fois dans l'année, les supérieurs de chaque couvent se réunissaient dans la maison principale, rendaient compte de leur administration et célébraient la fête de la réconciliation de tous avec Dieu et avec leurs frères. La réception dans l'ordre avait lieu à la suite d'un sévère examen (noviciat) et après (pi'uu avait fait vœu d'observer fidèlement la règle. Des prêtres y entraient aussi ijuelquefois, peu dans le commencement. Sairit Pacome institua aussi des couvents de nonnes, qui étaient pourvues du nécessaire par les couvents de moines, pour lesquels elles travaillaient de leur côté. Elles étaient dirigées par une supérieure appelée mère (ammas) ou abbcsse, portaient un voile et quelquefois sur la tôfe une parure d'or (mitrella). Les .«^œurs de saint Antoine étaient nonnes et gouvernaient des couvents de femmes. Ces couvents, vers la fin du quatrième siècle, étaient aussi nombreux en Egypte que les couvents d'hommes. Sainte Synclétie et sa sœur exerçaient sur les veuves et les vierges la même influence que saint Antoine et saint Pacome sur les hommes.
Mira?u.s, Oriy. niona?t. Hbii IV, Colon., 1620; A. D. Alteserra, Asceti-
o8i HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
ron seu orig. monast. libri X, Tolos., 1673; Hal., 1 782 ; Martène, De anliq. monach. ritibus, Liigd., 1690; Hülsten, Cod. reg. mon., et les ouvrages cités A, § t5, '6; Pellicia, De chr. Eccl. politia, lib. I, sect. 3; Binterim, Denkw., III, I, II, p. 406 et suiv.; Schmidt, Die Mœnclis-. Nonnen- und geistl. Ritterorden, Augsbourg, 1838 et suiv.; F. v. Biedenfeld, Ursprung und x\ufleben sœmmtl. Mœnchs- und Klosterfrauen orden, 2 vol., Weimar, 1837; supplém., 1840; Mœhler, Gesch. Sehr., II, p. 165 et suiv.; Mangold, De monacb. orig. et caus., Marb,, 1852; Eckstein et Zœckler (I, § 218); Cropp, Orig. et caus. mon. invest., Gœtt., 1863; Evelt, Das Mœnchtbum in seiner inneren Entwicklung u. s. kirchl. Wirksamkeit bis auf den hl. Benedict (progr.), Paderborn,
Äthan., Vita S. Anton.; Migne, t. XXVI, p. 833 et seq.; Soz., I, 13; Hier., De vir. ill., cap. lxxxvmi; Gall., IV, 639 et seq. Sur Ammonius ou Amun, qui mourut encore avant saint Antoine, Äthan., loc. cit., n. 60, p. 929 et seq.; Socr., IV, 23; Soz., I, 14. Les Macaires, Soor., loc. cit., cap. xxiii, xxiv; Soz., III, 14; Macarii .Egypt. epist., homil,, loc, preces, éd. Floss., Colon., 1850. Les deux dans Migne, Patr. gr., t. XXXIV; Gall., t. VU; Hier., Vita S. Hilaron.Xf. Soz., IH, 14; Acta sanct., 14 mart.: Pallad., Hist. Laus., cap. vi et seq.; Hier., Praef. in reg.; S. Pach,, Op. II, 30; Gallandi, IV, 715. Les Laures (de Xaûpo;, >aOpa, place, rue), cf. Evagr., I, 21 ; Cyrill. Scythop., Vita S. Sabae, n. 58; Cotel., Mon. Eccl. gr., t. III) étaient des cabanes ou de petites maisons habitées par des moines, et formaient une espèce de village : chacun y avait sa demeure propre; les couvents ([lovac-cYipia, çpovTtaTr,pia. [iàvSpat, « monasteria, claustra) » étaient des maisons plus vastes pour la vie en commun (ô xotvàç ßtoc, de là xotvôêiov, <' cœnobium, » cénobites ou synodites. Cf. Äthan., loc. cit., n. 15, 45, 47, 34). Saint Nil, lib. H, Ep. Lxn, emploie |xàvSpa et (AovacïTYipiov comme synonymes; (xovri se voit aussi fréquemment, par exemple dans Isid. de Péluse, lib. 1, Ep. cccxiv. Souvent aussi l'abbé (àêêiç, -/lyoutievoç) portait le nom d'archimandrite (du lieu Mandra). Äthan., Ep. ad Amun. (Pitra, I, 396 et s.); Thomassin, Discipline, p. l, 1. III, c. xxvi. Vers 396, chaque couvent d'Egypte avait son navire particulier, construit par des moines. Pallade trouva dans le couvent de Panopolis, habité par trois cents moines, quinze foulons et quinze tailleurs, sept forgerons, quatre charpentiers, douze conducteurs de chameaux. Chaque couvent avait un administrateur qui veillait aux besoins corporels de tous et estimait les travaux confectionnés. Ces administrateurs étaient placés sous un premier chef, qui résidait au couvent principal {[liyat; olx6vo[xo;). Les restes étaient distribués aux pauvres, aux malades, etc. Vita Pachom., n. 19, 73, 83; Hier., Praef. in Reg. S. Pasch. Les nonnes « (ascetriae, monastrise, monachse, sanctimoniales, castimoniales, » puis « nonnae, » copte = « castae ») avaient à leur tête une abbesse, Pallad., Hist. Laus., cap. xxxiv, xlu. Saint Antoine, si nous en croyons saint Athanase, loc. cit., n. 54,
p. 921, 51' réjouissait ßXeirwv ttiv àôeXçriv Y^içiaaam èv Ttafôsvîqt xai xaOrjYO-j- (iévYiv TE xai avTTiv (x>,),ü)v TtapOévwv. Vita S. Syndet., inter Op. Ath.; Migne, t. XXVIII, p. 1 i-88 et seq.; Acta sanct.. 15 jan., p. 242 et seq.
Les protecteurs des ordres religieux. — Saint Basile.
298. Cette vie régulière, appelée tantôt vie philosophique, tantôt vie angélique, ne tarda pas à se propager de l'Egypte et de la Palestine en Syrie. Il y avait aux alentours d'Édesse les moines Julien, Daniel et Siméon, auxquels se rattachèrent Jacques de Nisibe, Marcien de Cyr, Maron, Publius et plusieurs autres moines illustres. De Syrie, la vie cénobitique passa en Mésopotamie, en Perse et en Arménie. Eustathe, évêque de Sébaste, était un de ses principaux protecteurs. Elle se propagea de pins en plus non-seulement dans les déserts et les montagnes, mais encore dans les régions habitées, bien qu'on donnât toujours la préférence aux fondations plus sévères de la vie solitaire. Au quatrième siècle encore, des couvents florissants s'élevèrent sur le mont Sinaï et dans le désert de Raithu, près du mont Horeb.
En Cappadoce, saint Basile ,(mort en 379) se signala comme fondateur d'ordre, après avoir visité auparavant les couvents de l'Egypte et de l'Orient. Prêtre, il fut lui-même à la tête d'un couvent de Césarée, traça des règles précises pour ses disciples, tant ermites que cénobites, bâtit dans les déserts du Pont plusieurs couvents, où il maintint un ordre sévère et une discipline rigoureuse. Comme les moines ne devaient rien s'attribuer en propre, saint Basile s'appliqua à les faire exempter de tout impôt; vêtements, nourriture, logement, sommeil, tout devait se borner au nécessaire. Ils s'engageaient par-dessus tout à se conserver purs et chastes, à obéir au moindre signal, à se défaire de leur volonté propre, à .se soumettre à leurs supérieurs comme les saints étaient soumis à Dieu. Saint Basile plaçait dans l'obéissance l'essentiel de la vie monacale, et c'est à elle que son in.stitut est redevable de sa solidité. Les basiliens étaient dans l'Église grecque ce (jue les bénédictins allaient devenir dans l'Église latine.
Le moine était 6 twv àv^eXtov ßiov é/ôfievo;, Basil.. Serm. ascet.. n. 2
^!^<^> HISTOIHI-: DF. l'I'GLISE.
,'Miguo, t. XXXI. p. 873); sa vie, ßto; aYY^>ixo;, àyYSA'v-r, 7:o)-ii£Îa .Oflic. gr., np. Goar, p. 468, 472); ç(),o(7o?ta u^z-oXy) (Nyss., Or. catech., cap. xviii); ^•i>o(7oçta à>,yieiîç (Chrj'-s., De sacerd., I, 3); Xopôv çt^aoçov; c'est ainsi que Grégoire de Nazianze, Orat. xis, n. 16, p. 374, appelle la troupe des moines dont il dépeint la vie. Isidore de Péluse, lib. I, Epist. cxxix : Y) Toù 0eoi5 ßa-nXsta r; [xovaxixr, È(tti nolnzia.. Lib. III, Ep. CCXXXIV, il qualifie les moines qui résident sur les montagnes d'oûpavoTtoXtTa;. Voyez aussi Grégoire de Nazianze, Or. n, n. 3-7, p. 13 et seq.; Chrvs., De sac, III. 17; Soz., I, 12; Basil., Const. ascet. Proœm. (Migne, t.'xXXIÏ,p. 1321 ; Phol., Amphil., q. ci (Migne, t. CI, p. 632) : tôv \j.oviua. y.ai oOpàviov ßtov. Les moines près d'Édesse, Soz., 111, 14; Theod., Hist. relig. (Migne, f. LX.XXIi, p. 1284 et seq.); Pallud., 420, Hist. Laus. (Migne, t. XXXIV, p. 991 et seq.); Socr., IV, 23 et seq.; Soz., I, 12, 14; III, 14; VI, 28-34; ■ Hier., Ep. cvii ad Lœt. : n De India, Perside, JEthiopia mouachorum quotidie turmas suscipimus. » Sur saint Basile, Soor., IV, 21 ; iSaz.,Or. XLU, n. 34 et seq.; Fessier, Patroi., I, p. 47ö et s. — Basile, Regul. lus. et brev.; Conslit. monast.; Ep. sxn de perfcct. vitœ nionast. [Migne, t. XXXI, p. 322 et seq., 800 et seq.; t. X.XXII, p. 288 et s.); Ep. ccuKxxiv (t. XXXII, p. 1020. Il s'emploie à faire exempter les moines des impôts). Sur la pauvreté, Serm. de renunc. sonculi, n. 2; Serm. ascet., etc. (Migne, t. XXXI, p. 632, 877, 881 et seq.; t. .XXXH, p. 225, 1140, 1180). Sur la chasteté, ibid., t. XXXI, p. 873.
Différentes classes.
290. Les écarts dont certains religieux ulTraieut le triste exemple en divers endroits prouvèrent ([ue là où l'obéissance fait défaut, il ne peut y avoir ni discipline ni persévérance dans ie bien. Les ermites continuaient de subsister à côté des cénobites. Les meilleurs d'entre les ermites allaient d'abord se former dans un couvent, puis se rendaient dans leur solitude, où ils vivaient dans des tentes, des caver. es, dos sép\ilcres même (niémorites) on sur les montagnes : point de demeure fixe, point d'autre nourriture que des herlies et des racines. D'autres se renfermaient dans d'étroites cellules (incluses, recluses) et n'en sortaient jamais. Plusieurs s'élevèrent ainsi à un degré incroyable d'abnégation, notanunent leur chef. Siméon l'aine (mort en 459), qui vécut trente ans, près d'Ântioche, sur une colonne de trente-six pieds, admiré d'une foule innombral)le d'hommes, vénéré de l'empereur ïhéodose, et auteur de la conversion de plusieurs tribus nomades; Daniel, près de Conslantinople (489) et Siméon le jeune (596). De tels exemples cependant n'avaient que de ran^s imitateurs, et les hommes les
LA I.ITTÉHATLRK Kl I.A VIK BKLIGEKUSE. NKT
plus expérimentés préféraient avec raison la vie commune à la vie des ermites.
Il y avait aussi des cohues désordonnées de moines qui, vagabonds et mendiants, sans subordination à un supérieur, échangeaient le jeûne contre l'intempérance, se querellaient entre eux, poussaient le fanatisme jusqu'à la fureur et au suicide, ou tombaient dans l'hérésie. Tels furent en Egypte les sarabaïtes, en Syrie les remoboths, en Mésopotamie les pabulateurs (boscoi, pasteurs). Pour combattre de tels désordre.-, on s'efforça de perfectionner les règles de la vie cénobitique, de placer les moines sous la surveillance des évêques, d'influer sur eux par l'instruction et par de sages ordonnances. Le pouvoir civil lui-même s'occupa beaucoup des ordres religieux. Valens, en 365, publia une loi contre les moines qui s'adonnaient à la fainéantise, se soustrayaient aux charges de l'Etat et n'étaient religieux que de nom. Il essaya aussi d'extirper les ordres religieux, parce qu'ils réagissaient contre ses efforts en faveur de l'arianisme; mais ils étaient trop répandus et trop bien alîermis pour (jue cette tentative réussît.
En 390, Théodose I" défendit aux moines de résider dans les villes; mais, en 392, il retira cette défense. A dater de ce moment, plusieurs couvents s'établirent dans les villes, surtout à Constantinople. Les moines se livraient aussi à la culture des sciences et un grand nombre de jeunes gens recevaient chez eux leur instruction. Les acémètes (non dormants), appelés ain.si à cause de leurs nombreuses veilles, étaient principalement renommés dans la capitale; ils occupaient aussi le couvent de Stndion, foiidé par Studius, et une église dédiée à saint Jean-Baptistf. Plusieurs grands personnages, notamment des dignitaires de l'empire tombés en disgrâce, trouvaient un refuge dans les couvents; dès le cinciuième siècle, on força d'y entrer des personnes désagréables à la cour ou des prétendants au trône. L'état ecclésiastique ne semblait pas compatible avec la vie érémitique, et, de fait, la défense de faire des ordiiiaîions absolues' ne permi.-ttait pas d'élever les moines au sacerdoce. Cependant les couvents, fort nombreux alors, eurent bientôt l'uL ou l'autre ecclésiastique pour la célébration du culte, et,
' C'est-à-dire sans assi^'ner à l'ordinand un bénéfice ou une charge ecclésiastique déterminée. (Note du trail.J
588 HisToiui; de l'église.
dans les villes, le nombre des prêtres moiues (hieromoiiachij ne tarda pas à devenir considérable.
La majorité toutefois demeura dans la condition laïque et le concile de Chalcédoine les rangeait encore dans cette classe. Ce concile prit les couvents sous sa particulière protection et défendit de convertir en demeures profanes les maisons religieuses (}ui auraient été bénites par les évêques (can. xxiv) ; mais il défendit aussi d'en fonder de nouvelles sans la permission (le l'évêque ; il interdit aux moines de se livrer au vagabondage , de s'occuper d'affaires étrangères , et les soumit entièrement aux évêques (can. iv). Le concile iii Triillo (can. XLu) ordonna de cbasser des villes les ermites errants, habillés de noir et portant de longs cheveux, s'ils refusaient de faire couper leur chevelure, de prendre l'habit religieux et d'entrer dans un couvent. La législation synodale comme la législation civile s'occupèrent beaucoup des intérêts des moines et des nonnes, des conditions d'admission dans les couvents, surtout pour les personnes mariées, les fonctionnaires, les esclaves, ainsi que de la conduite et du genre de vie des religieux.
Sur l'obéissance, Basil., De renunc. ssec, n. 2,3; Serm. ascet.,n. 3, p. 876; Reg. fusius tract., q. xxx, xxxi, p. 993; Const. mon., cap. xix, p. 1388; cap. xxii, xxvii, p. 14ul et seq., 1407 : « Comme un instrument ne peut se mouvoir sans larliste, ni un membre se séparer un seul instant du reste du corps; de même un ascète ne doit rien faire ou entreprendre contre ou sans le gré de son supérieur; » et Reg. fus.. q. cxiv, p. tl60 : « Si on vous commande ime chose qui est conforme ou non contraire à la loi de Dien, observez-la comme un précepte de Dieu; si elle est opposée à la loi divine ou si elle induit au péché, tenezvous eu à ce qui est dit Act., v, 29. » Voyez encore Reg. brev., q. cxl\, cxxxvin, CLWi et seq.,p. H61 et seq., H73 et seq.. 1 192 et seq. Tons les moines ne sont pas sauvés, dit saint Basile. De renunc. ssec, n. 9 (t. XXXI, p. 645).
La vie du religieux est préférable à celle de l'ermite, Basile, Reg. fus., q. vu, 2; Nil., lib. III, Ep. lxxiii. Sur la clôture, Basil., Serm. ESC, n. 2 (ibid., p. 877). I.e concile in Trullo, cap. xlf, ordonna que celui qui voudrait habiter dans une clôture particulière résiderait d'abord trois ans dans un couvent et qu'il ne pourrait plus, dans la suite, quitter la clôture. Les calybites ^de xa).'j6r„ cabane), ne diffèrent point essentiellement des « inclusi, reclusi, » ï-pù-nmoi (Goar, in Theophan. II, p. 509, éd. Bonn.; TrulL, loc. cit.). Sur les stylites, Theod. Lect., I, 18; Evagr., I, 13; VI, 28; ühlemann, Symeon der erste Sœuleuheilige iu
Syrien, Leipzig, 18i6; Zingerle, Leben und Wirken des hLSym. StyL, Innsbr., 1833; Tillemont, Mémoires, t. XV, p. 337; XVI, p. 43nelfuiv.; Baron., an. i6i, n. lö: 464, n. 2; 465, n. i et seq.; Acta S. Dan., ap. Sur., ^\ déc. Sur Siméon le jeune, Migne, t. LXXXV'L p. 2960 et seq.; Pagi, an. 374, n. 13 et seq. Dans le pays de Trêves, le diacre Vulfilacb menait un geni'e de vie analogue. Grégoire de Tours, Hist. fr., VIII, 15. Sarabaïtes, Remoboth, ßoo-xot, Hier., Epist. xviii, al. 22, n. 15; Ambr. , Serm. lxv; Cassian., Coll. XVllI, 4, 7; Nil., lib. Il, Ep. cxl; Chiys., Ad Stagir.; Hist. Laus , cap. xxxj, xxxni, xxxix, xcv; Epipb., Hser. lxxxvi; Evagr., I, 21; Soor., VI, 33; Isid. Peius., lib. 1, Ep. cccxiv; Bingham, Ant., t. III, p. 15; Chr. G. Fr. Walch, Comm. de Sarabaitis (Comment. Soc, Gœtting., VI, p. 1 et seq.); Cod. Theod., XII, 1, 63, an. 363; Oros., Hist., Vil, 33; Baron., an. 373: Theod. L., 1 , 2, de monach., in Cod. Th.; Baron., an. 390, 392.
Justinien, Nov. 5, cod. 1, renouvela la disposition du concile de Chalcédoine, can. iv, prescrivit un noviciat de trois ans, ibid., can. ii; Nov. 123, cod. 35, défendit aux moines et aux nonnes de sortir du couvent sans la permission et la bénédiction des supérieurs, de passer la nuit au dehors, de rompre la vie en commun, de violer la clôture ou la chasteté, de quitter l'état religieux et de passer d'un couvent dans un autre. Nov. 3, cod. 3 et seq.; Nov. 123, cod. 36-42 (de même, TruU., can. xuv et seq.). II défendit en outre de réunir des couvents d'hommes et de femmes (L. xLiv, Cod. I, 3; de episc. et cler. : « monasteria duplicia ; » cf. Conc, VII, 787, can. xx); aux parents, de déshériter leurs enfants qui entreraient au couvent; aux laïques et surtout aux comédiens, de porter le costume religieux, Nov. 123, cod. 42, 44. Il donna des prescriptions sur l'élection de l'abbé, lib. XLIV Cod., loc. cit.; Nov. 123, cod. 34.
Le concile in Trullo, 692, can. xx, défendit de recevoir des sujets avant l'âge de dix ans (eau. xl), et de tenir compte, en les recevant, de leur vie antérieure (can. xun); il interdit la coutume qu'avaient les femmes, lors de la profession, d'aller à l'autel parées de leurs plus beaux babils et de les échanger ensuite contre une robe noire, parce qu'elles avaient lair de quitter malgré elles les vanités du monde (can. XLV). Il remit en vigueur (can. xlix) le canon xxiv de Chalcédoine. Voyez d'autres détails dans Photius, Nomocan,, tit. XI, cap. i-xvi. Sur les études dans les couvents, voyez Chrys., Adv. impugn. vitœ monast. Ub. III, cap. xn et seq., et l'article : Die christliche Literatur und das Mœnchthura im 4 Jahrb. 'Histor. -polit. Blœtt., t. VII, p. 332 et suiv.: t. XI, p. 607 et suiv.). Études monastiques, Theod. Lect., 1,17; Theoph. p. 175; Niceph., XV, 23; Baron., an. 459, n. 16; J. Müller, Diss. de Studio cœnobio Cpl., Lips., 1721; Gfrœrer, K.-G., III, p. 178. Grands personnages dans les couvents, Joan. Malal., lib. XIV; Theod. Lect. I 37; Nil. I, Ep. i. Les moines clercs, Basil., De renunc. saec. (Migne t. XXXI, p. 648); ci-dessus § 250. '
oV)() HisiuiHK jiK i.'kgi.isf;.
Costume et genre de vie des religieux.
300. Les anciens moines n'avaient point de costume distinct. Les disciples de saint Pacome furent les premiers qui s'habillèrent autrement que les laïques. Leurs habits étaient presque toujours de couleur noire. La tuniijue sans manches (colobium), une fois endossée, ne se déposait plus tant qu'elle pouvait servir. Sur la tunique, les moines portaient un manteau de peau de chèvre, la mélote. La pauvreté complète et le travail des mains étaient rigoureusement prescrits. Plusieurs, avant de faire leur entrée, distribuaient leurs biens aux pauvres, et, après qu'ils étaient définitivement admis, tout ce qu'ils acquéraient devenait le bien de la communauté. Un grand nombre de couvents d'Egypte n'avaient pas même des biens en propre. On redoutait beaucoup l'oisiveté. Aux travaux corporels se joignaient la méditation, l'étude de l'Écriture et la prière. La vie contemplative était expressément recommandée par les Pères, et des moines capables écrivirent plusieurs excellents ouvrages ascétiques qui servirent à l'instruction des plus jeunes. Tels sont ceux de saint Nil, qui, après avoir longtemps vécu en ermite, mourut l'an 430 dans le désert du Sinaï; de Jean Climaque, abbé du Sinaï vers o80,(hmiVÉchene sac?'ée (Climax), dédiée à l'abbé de Raithu, décrit les degrés et les vertus de la vie spirituelle; de Jean Mosch (vers 630), etc.
Plusieurs moines poussèrent très-loin l'interprétation de l'Écriture, et on vit des docteurs célèbres de l'Église achever de se former sous leur direction '. A. T;ibennée et dans d'autres couvents, on faisait en commun, le soir et à minuit, des exercices dont chacun se composait de douze psaumes, de leçons et de prières. Le dimanche, ou recevait la communion. La plupart de ces moines jeûnaient cinq jours dans la semaine et ne prenaient que de l'eau et des végétaux. Les abbés maintenaient la discipline, infligeaient les punitions, réglaient les exercices de pieté, usaient çà et là d'indulgence envers les faibles et les malades.
Dans cette foule innombrable de moines (l'Egypte seule, vers
' Saint Basile, saint Grégoire de Xazianze, sainl JérOine, etc.
LA UTTÈUATLRK KT I.A VIK ItKI.KilEl'SE, à'.î l
372, en possédait déjà près do cent mille) et de nonnes (d'-^près Tlîéodoret, il y en avait souvent deux oeiit cinquanlu dans un eonvent), il s'en trouvait plus d'un qui avait choisi ce pénible et suliliiue état sans vocation particulière, entraîné par la ferveur générale, par le goût de l'imitation et par l'erreur d'un esprit abusé. C'étaient des fainéants, dos saints d'apparat, des Intrus ambitieiîx en quête de quelque place élevée. Ceux-là du moins servaient à exercer les bons dans la patience chrétienne, en même (emps qu'ils leur donnaient pour mission de travailler à les amender.
A tout prendre, néanmoins, les couvents d'Orient ont produit d'heureux fruits par leurs exemples de renoncement, par leur hospitalité et leur bienfaisance, par l'éducation qu'ils donnaient à la jeunesse, par letu's instructions sur la prière fervente. Les ascètes les plus retii'es avaient des conseils et des consolations pour ceux qui les réclamaient; ils arrêtaient le bras des empereurs, souvent trop prompts aux actes de barbarie et de vengeance, les animaient à de plus nobles actions, cultivaient en eux des sentiments humains et chrétiens. Ils comblaient bien des lacunes dans la vie ecclésiastique de ce temps, et satisfaisaient par leurs efforts et leurs travaux à de pressants besoins.
OUVItXGES A CONSULTER tT REMARQUES CRITIQUES SUR LE N" 300.
Habit de l'ordre, xè äyiov ffxrjijia, le xouxoûXtov, iN'iceptior., ap. Pitra, H, .330; S. Maxime, q. lxvii ex dubiis 'Migne, t. XC, p. 840 et seq.); Goar, Euchol. gr., p. 408 el seq., 488. Dans Tlîéodoret, Hist. rel., cap. V (.Migiie, t. LXXXU, p. 13ÖG;, il est dit de Publius fpi'en sa qualiié d'évèque il conserva TT;vàTxriTixr,vi7iTiJpav/.alTÔv é? aiyïcwv xpi/wv xaTETxsviaç- {iévov y.iTwva. Suivant Fallade, Hist. Laus., cap. lu, l'abbé Apollon [lortait le lébiton, que d'antres appellent colobion. La mêlote (d'après tlebr., XI, 37), est aussi noniint'-e par Cassien, Cuil., I, 11; Hier., Lp. x.Vii ad Eust. Sur la vie contemplative, voy. Chrys., loc. cit., 1. II; Hom. lxsviii in Jüan., n. 4; Nili ep. (Migne, t. LXXIX, p. 81 et seq.); Joan. Climac, Op., éd. Rader., 1633. Cf. Acta sanct., mart., III, p. 8.35 et seq.; Joan! •Moschus (Pralum spirituale, Migne, t. LXXXVII, p. 2931 et seq.; Phot. Bibl., cod. 199); Thalassii mon. Up. (Gall., XII, i et seq.); Arsen, erem., (Migne, t. LXVI, p. lOi.") et seq.); .Maxime, etc. Sur les nombreuses religieuses 'prôs de deux cent cinquante) que renfermaient certains couvents, Theod., Hist. rel.. cap. xxx (Migne, t. LXXXII, p. 149.3). Sur les travaux des moines, Nil., lib. M, Ep. cccx; Theod., op. cit., surtout cap. XIII. Plus tard l'Orient comptait encore au nombre des moines remarquables par leur sainleié : Uosithée, mort en S.'ÎO Pagi, an, 3i8,
592 HisTOinr. nr. l'église.
n. 10; Acta sanct., 13 févr.); saint Sabas, mort en ö31 (Baron., an. 530, n. 22, 23); Théodose, mort en 536 (Pagi, h. a., n. 8); quarante-qnatre moines de Palestine, martyrs, 614 (Antioch., Ep. ad Eustath.; Bibl. Patr. max., XII, 217).
Les ordres religieux en Occident : l'Italie, la Gaule, l'Afrique, l'Espagne, les Iles britanniques. — Prescriptions monastiques.
301. Saint Athanase, qui avait cherché un refuge à Rome eu 340, fit connaître le premier l'institution monacale en Italie. Le penchant pour ce genre de vie fut éveillé non-seulement parles ascètes de l'un et de l'autre sexe qui existaient déjà, mais encore par les deux moines Isidore et Ammonius, qui accompagnaient saint Athanase, et par les renseignements de celui-ci sur la vie du grand saint Antoine. Eusèbe de Veroeil, qui avait connu pendant son exil les couvents de la Thébaïde, travailla dans le même sens après son retour. Saint Ambroise fonda à Milan un monastère qu'il ne cessa de protéger. Saint Jérôme, arrivant à Rome, y trouvait déjà une foule de couvents d'hommes et de femmes. Il y en avait également dans les petites îles de l'Italie et en Dalmatie. Il gagna à la vie religieuse des hommes et des femmes appartenant aux plus illustres familles, les sénateurs Pammachius et Pétronins, Fabiola, Démétriade, Marcelle, Paule, avec leurs filles Eustochiumet Brésille, les deux Melanies, dont la plupart avait reçu une instruction distinguée.
De l'Italie la vie ascétique se transplanta dans la (iaule. Saint Martin, évêque de Tours (mort eu 401) , y fonda un premier couvent près de Poitiers, un second près de Tours (Marmoutier, majus ?no)iastei'iu?n) et plusieurs autres successivement. Déjà près de deux mille moines de la Gaule assistaient à ses funérailles. Jean Cassien, qui fut en même temps auteur ascétique, créa vers 410 le couvent de Saint-Victor de Marseille; un peu avant 405 , Honorât, évêque d'Arles depuis 426, en avait institué un non moins fameux dans l'île de Lérins, sur la côte méridionale de la France (Lérins, Saint- Honoré). D'autres ne tardèrent pas à surgir et à se peupler. C'est là que fm-ent formés les plus célèbres missi(.)unaires de '-e temps.
En Afrique, la vie religieuse eut pour promoteur, mais sans beaucoup de succès dans le principe, l'infatigable saint Augu.s-
tin, qui protégea les couvents de Carthage , de Tagaste et d'Hippone, les défendit contre les donatistes et vécut lui-même avec ses prêtres selon les règles de la vie religieuse. De l'Afrique l'institution passa en Espagne. Dans l'Occident aussi, et plus encore qu'en Orient , les couvents étaient des écoles et des établissements d'éducation. Patrice, qui avait été formé au couvent de Tours et qui convertit l'Irlande, imprima la même direction aux maisons qu'il érigea. De même qu'au sixième siècle, le grand couvent de Bangor, à l'ouest de la Grande- Bretagne, était divisé en sept sections et composé de trois cents moines vivant du travail de leurs mains , il y avait en Irlande un monastère du même nom , et non moins peuplé , d'où sortit saint Colomban, fondateur des couvents de Luxeuil, de Fontaines et de Bobbio.
Hier., Epitaph. Marcellœ; Thomassin, part. I, lib. III, cap. xii. Euseb., Ambros., Ep. lxui; Op. III, 1038 et seq.; Serm. de nat. S. Eus., n. 4; Op., IV, 378; Tillemont, t. VII; S. Eus., an. 2, p. 331. Saint Ambroise, Aug., Conf., VIII, 6; De mor. Eccl. cath., n. 33; Ambros., Ep. ad Marcelliû. Cf. De virg., lil, 1 . Saint Jérôme et les couvents italiens, Hier., Ep. xcvi ad princip. de laud. Marcellte, de morte Fabiol., Ep. Lxxxiv, al. 30; Ambros., Hexaem., III, .3; Numatian., Itinerar. xliii, 417, s. 918; Reinkens, Die Einsiedler des hl. Hieron., Schaffh., 1864, p. 141 et suiv.; Saint Martin, Sulpic. Sev., Vita S. Mart., surtout c. vu, x; Greg. Turon., Do mirac. sanct. Mart., IV, 30; Reinkens, Martin von Tours, Breslau, 1866. — Cassian., lustit. cœnob., lib. XII; Collât. Patr. (Migne, Patr. lat., t. XLIX, L); Vita S. Honorati; Acta sanct,, t. II maii, p. 28 et seq.; Greith, Gesch. der altirischen Kirche, I, p. 35 et suiv. — Aug., De opere monachali, dédié au primat Aurèle, cap. cd; Contra Ht. Petill., III, n. 48; Ep. xlviii, ccxi; Serm. cccLV, n. 2; Ep. xxi, n. 36; Possid., Vita Aug., cap. in, v, xi, xxxi; Vita Aug., ed. Maur., üb. III, 2, 5; IV, II, n. 8; Op., XI, 92, 106, 132; Julian. Pomerius, De vita contemplativa libri III (autrefois attribuée à saint Prosper}; Bibl. Patr. max., VIII, 51-83.
En Espagne, des moines et des nonnes sont mentionnés par le concile de Saragosse, en 380, can. vi, viii. Sur les Iles britanniques, voyez ci-dessous III, § H et suiv.
Prescriptions monastiques.
302. En Occident aussi, les moines étaient assujétis aux évèunes, et aucun couvent ne pouvait être fondé sans leur permission. L'Église établit des lois contre les moines vagabonds
(gyrovagi), tels qu'on en voyait en Afrique, en Italie et dans iu Gaule, et contre la trangression de la discipline monastique. On recommandait surtout la clôture , notamment pour les nonnes, également placées sous la surveillance de l'évêque, dentelles recevaient le voile. Les prêtres faisaient rarement cette cérémonie , et seulement avec la permission de l'évêque. L'âge exigé pour les nonnes n'était pas toujours le même. Ceux qui les déshonoraient étaient sévèrement punis. Plusieurs couvents de femmes étaient également placés sous la direction des moines ; mais la règle voulait alors que ceux-ci demeurassent éloignés, qu'ils ne pussent parler qu'à la supérieure et en présence de témoins. Ainsi le décida en 619, pour la Bétique, le concile tenu par saint Isidore de Séville, lorsqu'il confirma les couvents qu'on venait d'y établir.
Nous trouvons aussi en Espagne des moines qui vivaient isolément (reclus) , mais un canon de 646 voulait qu'ils eussent vécu auparavant dans un couvent. Il était défendu aux évêques d'entrer dans l'état plus parfait de la vie religieuse. Il arrivait souvent que des parents confiaient dès le bas âge leurs enfants à quelque monastère.
Position des moines à l'égard de l'évêque, Conc. Agath., 306, eau. iv, XXVII (d'après C.halc., cap. iv, xxiv); Aurel., I, 3H, can. xk; Aur., V, 334, can. ii, m. L'évêque ne devait pas déposer un abbé sans l'avis d'autres abbés. Concile de Tours, 367, can. \\\; d'Auxorre, 578, c. xxui. Contre les gyrovagi, concile d'Angers, 433; IV'= de Tolède, 633, can. lui. Contre l'apostasie de l'état religieux, Arel., II, can. xxv; Paris, 613, can. xn; Tolet., IV, can. lu; Leo M., Ep. clxvii, q. xiv. Il était défendu aux moines de participer aux noces, de faire les fonctions de parrains, d'babiter hors de la communauté, et aux abbés d'avoir plusieurs l'ésideuces. Presque toujours on soumettait les moines aux mêmes règlements que les clercs. Concile de Vannes, 463, can. vi, \^\, vin ; \" d'Orléans, eau. XXII ; d'Auxerre, 378, can. xxiv, xxv; Leo M., Ep. cix, cap. n; Clôture, voyez le concile de Tours, 367, can. xvi; d'Auxerre, c. xxvi ; de Màcon, 381, can. ii, qui mentionne aussi le parloir des nonnes. D'après le VII'= concile de Lyon, 383, can. m, les nonnes qui abandonnaient leur couvent devaient être excommuniées jusqu'à leur retour et ne plus recevoir que le viatique. La cohabitation des nonnes avec des ecclésiastiques, des hommes ou des femmes étrangers, était interdite, Conc. Carth., 31S, can. m, iv. Le « sacrum velamen » des vierges qui prenaient Jésus-Christ pour époux est mentionné par Innocent I*^'', Ep.
ad Victric. (cap. ix, x, C. XXVII, q. i ; Léon le Grand, Ep. clxvii, q, xv, ne fait pas une différence essentielle entre celles « quse virginitatis propositum atque habitum susceperunt, etiamsi consecratio non accessit, » et celles qui ont reçu la « consécration. » Il y avait aussi des veuves qui prenaient le voile et faisaient le vœu de « viduité. » Le concile d'Orange, I, 441, can. xxvu, xxvni, ordonne que cette cérémonie aurait lieu in secretario, et que l'habit des veuves serait remis par l'évêque. Le pape Gélase, Ep. xiv, cap. 1.3-.31, p. 369, 374, défendit en 494 de bénir les veuves en leur donnant le voile; la bénédiction devait être réservée aux vierges. Plus tard, les veuves reçurent un voile qu'on bénissait souvent. Hors le cas de maladie, les vierges devaient recevoir le voile à l'Epiphanie, à Pâques ou aux fêtes des apôtres; Gélase, loc. cit., cap. XII (de même : Sacram. Greg., Ord. rom.); d'après saint Ambroise. De virg., III, i, à Noël; De laps. virg. , cap. v, à Pâques. Selon le concile d'Hippone, 393, sér. Il, can. i, aucune vierge ne devait être consacrée avant l'âge de vingt-cinq ans. Cependant le concile de Carthage, 418, can. xvui, tolérait des exceptions. Le concile d'Agde, 306, can. XIX, voulait qne les nonnes, même parfaitement éprouvées, ne reçussent le voile qu'à quarante ans, d'après une disposition prise par Léon I"' et par Majorien. Cod. Theod., Leg. novell. Major., tit. vni, t. VJ, p. 156; Baron., an. 438, n. 4. Punition infligée à ceux qui abusaient de vierges consacrées à Dieu, Ambr., De laps, virg., cap. vm; Innoc, Ep. n ad Victr., cap. n; Gelas., Ep. xiv, cap. xx, p. 373 et suiv.; Conc. Tolet., 400, can. xvi, xix; Rom., 402, can, ii ; Arel., II, can. lu; Turonens,, 461 ; Venet,, 46."), can. iv; Ilerd., 524, can. vi; Aurel., III, •")38, can. xvi. — Conc. Hispal., 619, can. xi, « reclusi ; » Conc. Tolet., VII, 646, cap. v. « Eparchieus inclusus, » en Gaule, Mabill., Acta 0. S. B., saec. I, t. I, p. 252; Pagi, an. 584, n. 8, 9. Contre les évèques qui empêchaient leurs clercs d'entrer en religion, Tolet., IV, 633, can. i.. Enfants confiés aux couvents, ibid., can. xlix.
Règles d'ordres. — Saint Benoît.
303, Les couvents de l'Occident furent longtemps sans avoir des relations entre eux et sans posséder une règle uniforme. Dans la Gaule, vers .^20, l'archevêque d'Arles, saint Césaire, traça un règlement monastique qui obligeait tous les moines à demeurer ensemble, dans une même salle, et à partager leur temps entre la prière, la lecture et le travail manuel. Saint Césaire s'occupa également des religieuses, d'autant plus que sa sœur Césarie était à la tète d'un couvent de vierges. La règle qu'il leur donna fut très-longtemps en vogue dans tous les couvents de femmes de la Gaule. On doit aussi à saint Colomban (mort en 61.^) une règle plus rigoureuse encore, qui fut égale-
ment suivie dans la Gaule, et plus longtemps dans la haute Italie. Le moine Agestrin, appuyé par l'évêque Appellin, de Genève, fit tout ce qui était en lui pour la faire abolir, tandis qu'elle était défendue par son abbé, Eustase de Luxeuil (mort en 625). Un concile de Mâcon (de 617 à 624) décida en faveur de la règle et de l'abbé.
Les ordres religieux de l'Occident reçurent de Benoit de Murcie, patriarche des moines latins, une configuration uniforme, une base solide et une règle excellente. Né vers -480, à Murcie, dans l'Ombrie, de la noble famille des Anicieus, Benoît fut envoyé à Rome pour y faire ses études; mais, entraîné bientôt par son penchant pour la retraite, il se retira, très-jeune encore, dans une caverne de Subiaco, près de Tivoli ; il y passa trois ans dans une complète solitude, aidé seulement par un moine nommé Romain , qui lui fournissait les aliments nécessaires. Découvert par des bergers et devenu célèbre dans la contrée, il fut demandé pour abbé par les moines d'un couvent voisin. Benoît, tout en prévoyant qu'il ne pourrait s'accommoder de leur vie indisciplinée , accepta la charge qui lui était offerte. 11 ne tarda pas à les quitter, car les moines, mécontents de sa sévérité, avaient essayé de l'empoisonner, et il rentra dans sa solitude. La sainteté de sa vie attira vers lui plusieurs personnes, désireuses de se former sous sa direction. Les plus illustres familles de Rome lui confiaient leurs fds.
En 520, Benoît était déjà eu mesure d'établir douze couvents ayant chacun douze moines, dirigés par un supérieur. Forcé par les vexations d'un prêtre du voisinage à quitter ce lieu, il se dirigea vers le midi, suivi de quelques compagnons, et alla demeurer dans les ruines d'un vieux château situé sur une haute montagne, le mont Cassin, dans la Campanie. Il y fonda vers 529 le couvent de ce nom , qui devint si fameux dans la suite. Benoît y rencontra des païens avec un bocage et un temple d'Apollon. 11 convertit les païens, fit abattre le bocage, renversa le temple et éleva à sa place une chapelle dédiée à saint iMartin. D'autres couvents s'élevèrent bientôt, notamment à Terracine. On en érigea aussi pour les femmes, qui furent gouvernés par la sœur de saint Benoit, sainte Scholastique , morte peu de temps avant son frère (543).
ADDITION DU TRADUCTEUR
Saint Césaire d'Arles.
Saint Césaire d'Arles, né en 470, au territoire de Chalon-sur-Saône, fut une des plus grandes lumières de l'Église en son siècle. Doué d'une compassion touchante pour les malheureux, on le voyait dès l'âge de huit ans quitter avec joie ses habits pour les donner aux pauvres.
Environné de peuples barbares, il n'en fut que plus humain, et, au milieu de guerres incessantes, il ne perdit jamais sa tranquillité.
Il consacra ses talents à l'éducation de ses clercs et à l'instruction de son peuple, et l'école épiscopale d'Arles fut florissante sous son gouvernement.
Simple et accommodé à la portée de ses auditeurs, il disait que les discours trop étudiés n'étaient bons que pour les savants, et il se plaignait quelquefois, faisant allusion aux prédicateurs, que certaines personnes craignissent plus de pécher contre la pureté du langage que contre la pureté des mœurs.
Il ne reste de saint Césaire que des sermons, des lettres, des exhortations, des homélies et autres pièces semblables. On a souvent tenté de les réunir, mais on n'a encore qu'imparfaitement réussi. Un tel recueil honorerait la mémoire d'un des plus grands prélats de l'Église de France. Casimir Oudin assure qu'il l'avait déjà entrepris en 1722. Le carme Louis Jacob et les bénédictins éditeurs des œuvres de saint Augustin ont travaillé avec succès sur ce point.
En loii, Josse Clichtone fit imprimer à Paris, chez Jean Petit (petit in-4'') , dix-huit homélies ou sermons attribués à saint Césaire. En 1538, Gilbert Cousin donna un autre recueil qui en contenait quarante sous le nom de notre saint*. En 1569, elles furent réimprimées au même lieu. De là elles ont passé avec six autres dans la première Bibliothèque des Pères de Paris, puis dans les autres recueils publiés en cet endroit, ainsi qu'à Cologne et à Lyon.
Baluze découvrit dans la bibliothèque du roi un manuscrit contenant plusieurs homélies du saint; il en tira quatorze, qu'il croyait encore inédites, et les publia chez Muguet (Paris, 1669, petit in-8°), avec des notes. Elles entrèrent bientôt dans la Bibliothèque des Pères de Lyon.
Enfin, les éditeurs de saint Augustin, en faisant le triage des sermons qui appartiennent à celui-ci, ont renvoyé dans un appendice ceux qu'ils ont cru sujjposés. Parmi ceux qu'ils ont rejetés, ils en attribuent cent deux à saint Césaire.
Sa délicatesse de conscience ne permit pas à saint Césaire d'étudier à fond les lettres humaines; mais il se porta à l'étude des sciences di-
« Baüle, chez Herdi Pétri, in-S».
o08 HISTOIRE DE L EGLISE.
vines avec tant d'ardeur qu'il s'en fit un trésor inépuisable. Il en pénétra les mystères les plus profonds et acquit un don merveilleux pour les expliquer aux autres.
Après l'Écriture sainte, il étudia surtout les Pèi'es grecs et latins qui l'avaient précédé. Saint Augustin était son auteur favori •.
Caesar. Arel., Reg. pro mon.; Gallandi, Bibl. Patr., XI, p. 26-28 ; Pro monialibus, ibid., p. 28-36. Cf. Acta sanct., t. I jan., p. 730 et seq. Césarie, Baron., an. 308, n. 20; o81, n. 4t. Columbani Reg., Gallandi, t. XII; Migne, Patr. lat., t. LXXX, p. 209 et seq.; Mabill., loc. cit., sœc. II, t. II, p. 13; Pagi, an. ö8ö, n. 6 et seq.; Conc. Matiscon., Mansi, X, 587. — Thomassin, loc. cit., cap. xxiv, n. 1 et seq. — Greg. M., Dia)., lib. H, '6; Vita S. Bened., Acta sanct., 21 mart., t. III, p. 274 et seq.; en grec, Migne, Patrol., t. LXVI, p. 123 et seq.; Mège, Vie de saint Benoît, Paris, 1690; Mabillon., Annal. 0. S. B., Paris, 1703 et seq.; Luc, 1739 et seq.; Prsef. saec. I; d'Achery et Mabillon, Acta sanct. 0. S. B., Paris, 1688-1701; Haefteni, Disq. monast., Antw., 1644; Henrion et autres (A § 13, f.); Brandes, Leben des hl. Vaters Benedict, Einsied., 18oS; Lechner, Leben des hl. Benedict.; G. Bucelinus, Annales Bened., part. II, Aug. Vind., 1636; Troya, Storia d'Italia, 1. 32, § 28, vol. II, 1, p. 418; Thomassin, loc. cit., n. 8 et seq.
La règle de saint Benoît.
304. Le grand saint Benoît continua d'opnrer après sa mort par ses nombreux disciples et par son excellente règle , où il s'était proposé de mettre un terme aux incertitudes et aux divergences qui avaient régné jusque-là dans la discipline monastique. Avant lui, on avait pris pour guide les règles des Orientaux, les écrits de Cassien, les biographies des ermites d'Egypte et de Syrie, les traditions des anciens fondateurs et des premiers chefs. Les abbés faisaient un choix de ce qui leur semblait le plus convenable à leur dessein ; aussi le défaut d'uniformité se faisait quelquefois péniblement sentir. Benoît remédia à ces inconvénients ; il rendit sa congrégation capable de prêcher la foi, d'extirper les restes du paganisme, d'élever la jeunesse, de cultiver le sol, de maintenir et de faire avancer les études savantes. Il obligea ses disciples par des vœux solennels à observer sa règle, qui, du reste, s'adaptait parfaitement aux besoins du temps et fut peu à peu généralement admise.
Elle traçait en soixante-treize chapitres les prescriptions les
< Histoire liltérairc de la France, t. III, passim (éd. Palmé).
plus importantes pour acquérir la perfection évangélique et mener en commun une vie régulière, en même temps (ju'elle adoucissait la sévérité des Orientaux. Cette règle atteste une haute sagesse et une profonde connaissance du cœur humain. En séparant ses religieux du monde, eu les éloignant des tentations extérieures et des soins temporels, en les soumettant à la pauvreté et à l'obéissance, au travail des mains (ch. xlvhi), à la récitation des heures canoniales (ch. vni, ix) et à la méditation, saint Benoît voulait qu'ils fussent des modèles accomplis, des hommes sachant adorer Dieu en esprit et en vérité. L'abbé, choisi par tous les frères après un consciencieux examen, devait être le père de tous, plus enchn à la miséricorde qu'à une sévère justice, afm de trouver lui-même miséricorde, sévissant avec modération quand il le fallait et toujours avec prudence et charité, mais en même temps honoré de tous comme le représentant de Jésus-Christ et obéi avec un respect inviolable. D'humbles et persévérantes prières pouvaient seules ouvrir l'entrée du monastère, que tout vrai moine considérait non comme un lieu de tourments, mais comme un séjour plein de délices.
Après une année d'épreuves vaillamment soutenues, on pouvait être admis aux vœux solennels et perpétuels. Cet engagement, rédigé par écrit, impliquait la résidence dans le couvent et la soumission à l'abbé, dans la mesure où l'exigeait la règle. Ce vœu de stabilité (ch. lviii), en même temps qu'il prévenait le vagabondage si dangereux des moines, favorisait l'esprit de famille et inspirait de l'affection pour la nouvelle patrie qu'on avait Ubrement adoptée. Les prêtres eux-mêmes, avant d'être reçus, étaient soumis à une épreuve ; ils obtenaient le premier rang après l'abbé. Celui-ci était assisté du prieur, nommé par lui, et des doyens (qui étaient à la tête de dix moines). Quelque confiance qu'on eût en son discernement, l'abbé était tenu, dans les circonstances graves, de consulter ses frères assemblés; mais il demeurait libre de décider à son gré. L'office divin était également réglé soit pour la nuit, soit pour les heures du jour : il y avait le temps du travail, le temps de la prière et le temps du repos. Chacun devait recevoir une occupation proportionnée à ses forces et à ses aptitudes : agriculture, travaux manuels ou transcription des livres.
Le soin de la santé et l'esprit de mortification voulaient qu'on ne portât que des vêtements simples, tels que ceux des pauvres et des gens de la campagne ; qu'on se contentât d'une nourriture commune et ne fît du vin qu'un usage modéré (chapitre xl). L'abbé pouvait accorder des adoucissements particuliers aux malades, aux infirmes et aux vieillards. Il était défendu de rien posséder en propre : tout appartenait au couvent; mais on devait éviter jusqu'aux apparences de l'avarice. Les religieux dormaient tout habillés, afin de pouvoir se rendre à l'église dès le premier signal. Les punitions consistaient : dans la séparation d'avec les frères, dans des peines corporelles et finalement dans l'expulsion. Ceux qui étaient exclus et qui marquaient du repentir, pouvaient être réintégrés jusqu'à trois fois. Les prescriptions touchant la conduite extérieure n'étaient que des moyens de bonne éducation, de convenance et de politesse, tandis que les paroles de Jésus-Christ et les règles des Pères devaient servir à la perfection spirituelle. Les travaux de l'ordre ont parfaitement justifié les prescriptions de son fondateur, et on doit le reconnaître pour un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
Holsten (A 15, f.), t. I, p. 111-137; Migne, t. LXVF, p. 20o et suiv, Voyez Rolirbacher-Rump, IX, p. 93, n. 1. Les commentaires sur la prière du chœur, la lecture, le travail manuel, etc., ibid., 105 et suiv. 117 et suiv. Bossuet, Panégyrique de saint Benoit (Œuvres complètes, Paris, 1846, t. IV, p. 3t6 et suiv); Guéranger, Enchirid. Bened. complectens regulam, vitam et laud. S. monach. occid. Patr., 1862; Essai sur la médaille de saint Benoit, 1865, 4° éd.; la Règle de saint Benoit,
Propagation de l'ordre de saint Benoît.
305. L'institution de saint Benoît fut longtemps à se propager et à conquérir le haut rang que lui destinait la Providence. La maison-mère du Moiit-Cassin fut saccagée, quarante ans après la mort de son fondateur, par les Lombards, sous la direction de Toto, duc de Bénévent. En 583, les bénédictins se rendirent à Rome auprès du pape Pelage II, qui leur assigna une demeure à Saint-Jean-l'Évangéliste, près de Latran; les abbés y résidèrent jusqu'à Grégoire II, sous lequel l'ancien couvent se releva de ses ruines. Constantin et SimpUcius, deux soutiens de
Grégoire le Grand, avaient habité le Mont-Cassin. L'abbé Valentinien fixa son séjour à Rome, et fut aussi connu que Grégoire P% lequel écrivit la Vie de saint Benoît et travailla à répandre partout son ordre. Cependant la règle du saint fondateur n'était pas encore entièrement appliquée dans le couvent qu'il dirigeait à Rome, car elle demandait qu'on formât des prêtres et des missionnaires. Placide, disciple de saint Benoit, introduisit sa règle dans la Sicile en 534; Maure la fit adopter dans la Gaule, où il fonda, dit-on, le couvent de Glanfeuil sur la Loire.
Si les sciences furent de plus en plus cultivées dans cet ordre, on le doit surtout à saint Maure, ainsi qu'à Cassiodore, célèbre homme d'Etat, qui entra en 539 dans le fameux couvent de Vivarium, fondé par lui près de Squillace, sa ville natale. Cassiodore établit une école savante et une bibliothèque, fit traduire et copier une multitude de savants ouvrages et enseigna lui-même les moines jusqu'à sa mort (565-570). Ici comme ailleurs, la règle de saint Benoît n'était, selon toute apparence, que partiellement observée; on la combinait avec d'autres règles. Le temps assigné au travail des mains fut de plus en plus consacré à l'étude par les plus doctes d'entre les moines, et il en était de même dans plusieurs couvents d'Angleterre. En Espagne aussi, dans le principe, la règle de saint Benoît ne fut suivie qu'en partie ; mais les progrès de sa propagation étaient visibles.
Mont-Cassin, Greg. M., Dial., II, 8; Reumont, Gesch. der Stadt Rom, II, p. 66; Leo Marsic, Petr. Diac, Chron.; M. C. Pertz, Scr., VII, 357- 844; Grattula, Rist. ab. Gas., Venet., 1733; Accessiones ad Rist. Gas., 1734; L. Tosti, Storia della Badia di M. Gas., Napoli, 1842; Dantier, Revue contemporaine, t. X, 1853. Un évêché y fut établi en 1321. Sur Placide et Maure, Greg. M., loc. cit., cap. ni; Baron,, an. 523, n. 11 ; Pagi, an. 584, n. 11 et seq.; Gassiod., Rohrbacher-Rump, IX, p. 194- 203, 278-281.
Rapporta des couvents et de l'épiscopat.
306. La fureur destructive des barbares, comme la passion du pillage chez plusieurs laïques puissants, étaient un grand péril pour la prospérité des couvents. Il y eut de plus nombre
d'évêques qui leur firent subir une rude oppression ; ils prétendaient soumettre les religieux à de pénibles corvées, les gênaient dans l'observation de leur règle, s'emparaient de leurs biens et se permettaient de graves empiétements. Les papes, qui reconnaissaient l'importance de ces établissements, les prirent sous leur protection et les exemptèrent, dans une mesure plus ou moins large, de la juridiction des ordinaires. Cependant, il se passa encore du temps avant qu'ils fussent placés sous la dépendance immédiate du Saint-Siège.
Les conciles eurent souvent à s'occuper de contestations entre évoques et abbés : un concile d'Arles, en 455, vida une controverse entre Théodore, évèque de Fréjus, et l'abbé Fauste de Lérins ; il contesta à l'évêque le droit de s'occuper des laïques du couvent et d'ordonner des moines prêtres à l'insu de l'abbé. Plusieurs conciles défendirent les biens des monastères contre les usurpations des évêques. L'Afrique, au sixième siècle, avait déjà plusieurs couvents exempts de la juridiction de l'évêque; ils dépendaient du primat de Carthage et jouissaient en outre de divers privilèges. En Italie, Grégoire le Grand (60t) décida que les monastères auraient le droit d'élire leur abbé, posséderaient leurs biens en paix et les administreraient eux-mêmes ; que les moines ne pourraient se charger d'aucune fonction ecclésiastique sans le consentement de l'abbé, que l'abbé luimême ne pourrait être déposé que pour des délits canoniques, que l'évêque n'aurait pas le droit de troubler la tranquillité des couvents par des processions et autres solennités.
Dans la Gaule, plusieurs couvents cherchèrent à usurper les fonctions paroissiales, à se procurer dans les rois un appui contre les évêques et à se soustraire à la visite épiscopale. Divers conciles s'élevèrent contre ces prétentions. Quelques couvents cependant, fondés par des rois ou des évêques, tels que celui de Corbie, au diocèse de Reims, bâti par Lothaire III; celui de Saint-Déodat, fondé par Tévèque de Nevers, l'ancien couvent de Saint-Martin à Tours, furent exemptés par des conciles et des évêques de la juridiction épiscopale. Le privilège de Saint- Martin de Tours fut confirmé vers 670 par le pape Adéodat. Grégoire le Grand surtout mit beaucoup de zèle à réformer les monastères d'Italie. Il imposa Horosius pour abbé aux moines relâchés du couvent de Monte-Christo, chargea le défenseur
Symmaque de travailler à la réforme des moines de l'île Gorgonie, déposa des abbés incapables et déréglés, refusa des sujets indignes qui avaient été élus, ordonna que des fonctionnaires spéciaux seraient chargés des affaires temporelles du monastère et traça des règlements précis pour la restauration de la discipline. 11 veilla aussi à ce que les couvents qui manquaient encore de prêtres en fussent pourvus pour la célébration du saint sacrifice.
D'après son ordonnance, chaque couvent de nonnes devait avoir pour confesseur et pour représentant un prêtre expérimenté. Dans l'origine, les nonnes n'ayant point encore de chapelles domestiques, allaient en commun le dimanche à l'église paroissiale ; mais, à partir du sixième siècle, elles eurent des églises particulières, afin de mieux observer la clôture. Les couvents de femmes demeurèrent sous la surveillance de l'évêque. Rome, sous le règne de Grégoire le Grand, comptait trois mille religieuses. Ce pape s'occupa avec un soin particulier de leur entretien ainsi que du bon ordre de leurs maisons.
Les corporations de femmes se sont signalées, elles aussi, dans l'éducation des personnes du sexe et ont puissamment concouru au progrès de la vie chrétienne. Les couvents devinrent de bonne heure des maisons de pénitence et de réclusion pour les personnes coupables, y compris les évêques; l'esprit de mortification qu'on y respirait contribua beaucoup à ramener les pécheurs même les plus endurcis ; ils étaient une prédication vivante pour le monde, et étaient appelés à produire dans la suite les plus heureux fruits parmi les peuples nouvellement entrés dans le sein de l'Église.
Exemples d'oppressions, Conc. Tolet., IV, 633, can. li (défense d'employer les moines à des corvées, comme on ferait des esclaves); Greg. Magn., lib. I, Ep. xii, an. 390 (Jean, évèque d'Orviéto, défendit aux moines de Saint-Georges de célébrer loffice divin dans leur église et de s'y faire enterrer); lib. VI, Ep. xxix (Marinien de Ravenne cLerchait k extorquer de l'argent); Ep. xlvi (l'évèque enlève un magnifique calice). Voyez lib. VIII, Ep. xxxiv; lib. X, Ep. xxii ; Conc. Arel., 4.to; Mansi, Vil, 907; Iléfelé, II, p. 363. Protection des biens des couvents, Conc. Uerd., 324-546, can. m; Conc. Carth., 335; Rom., Greg. M., 601; Hispal., 619, can. x; Tolet., VII, 646, can. 4; Cabilon, 644, can. vn; Herford, 673, can. m. Sur les couvents d'Afrique, Conc. Carth., 525,
535; Mansi, VIII, 656, 841 ; Héfelé, II, p. 694, 738. Conciles de la Gaule, Paris, 618, eau. v; Cabil., 644, can. xv; Rothom., 650, can. x. Exemptions, Mansi, XI, 103, 107, 115; Thomassin, loc. cit., cap. xxix et seq., surtout cap. xxx, n. 7 (P. Adéodat); Phillips, K.-R., VU, II, p. 911 et suiv.; J. Schœffler, Der Bischof und die Regularen seiner Diœcese, Augsb., 1871, surtout p. 28 et suiv. Travaux de Grégoire I", lib. I, Ep. LI, LH, Lxix; lib. III, Ep. xxiii; lib. IV, Ep. ix; lib. VI, Ep. xlii,xlvi, Lvi; VII, XLiii; IX, xcu ; XII, xxiv, XLvm. Couvents servant de prisons, Greg. M., lib. I, Ep. xliv; lib. III, Ep. l; IX, 63; Conc. Narbonn., 589- 590, can. vi, xi.
Coup d'œil rétrospectif.
307. L'histoire de cette période confirme de tout point ces paroles de saint Chrysostome : « Rien ne ressemble à l'Église ; ne me parlez pas des remparts et des armes ; les remparts se détériorent avec le temps, mais l'Église ne connaît pas la vieillesse; les barbares renversent les murailles, l'Église est invincible aux démons ! Que d'ennemis ont attaqué l'Église, et tous s'y sont brisés, tandis qu'elle élevait son front au-dessus des cieux. Voilà sa grandeur et sa force; elle triomphe de tous les assauts, elle déjoue toutes les embûches; les outrages ne font qu'augmenter sa splendeur; elle reçoit des blessures et n'y succombe pas; elle est assaillie par les tempêtes et ne sombre jamais; toujours en lutte, toujours renversée, toujours dans l'arène, jamais terrassée. Pourquoi Dieu alors permet-il cette guerre incessante ? Pour lui fournir l'occasion d'ériger de plus magnifiques trophées. » Et il ajoute plus loin : « Rien n'est fort comme l'ÉgUse. L'Église est votre espérance, l'Éghse est votre refuge. Jamais elle ne vieillit, elle possède une vigueur éternelle. Aussi l'Écriture, pour nous montrer son inébranlable fermeté, l'appelle une montagne; une vierge, à cause de son incorruptibilité; une reine, à cause de sa splendeur; une fille, pour marquer ses rapports avec Dieu : l'Éghse donne le jour à sept enfants après avoir été stérile. Mille noms divers sont employés pour rehausser sa noblesse. Comme son divin Maître porto un grand nombre de noms, frère, voie, vie, lumière, force, propitiation, fondement, porte, pureté, trésor, Seigneur, Dieu, fils, fils unique, forme de Dieu, imago de Dieu ; de même l'Église a reçu une multitude de dénominations '. »
^ S. Chrysost., Homélie sur l'enlèvement de l'eunuque Eutrope.
308. L'Église, eu effet, est devenue une puissance aussi vaste que le monde, un empire digne de son Fondateur, où se confondent désormais les Grecs et les barbares. C'est elle qui a enseigné aux nations le secret d'une unité supérieure, qui les a ennoblies et assises sur de plus solides fondements. Avec de faibles ressources, avec des hommes infirmes pour instruments, parmi de continuelles attaques, elle a conquis sa liberté et son indépendance. Cette liberté, elle fut bientôt en mesure, grâce à ses ressources temporelles et spirituelles, de la défendre et de l'affermir contre de nouvelles attaques, en même temps qu'elle imprégnait de plus en plus de son esprit la vie des peuples et des individus. L'antique simplicité, toujours aimable en ellemême, mais néanmoins imparfaite dans sa forme, dans son culte, dans son enseignement et ses cérémonies, fut remplacée par la magie et les charmes du beau, par la splendide maturité et la plénitude des formes extérieures, sans être pourtant toutà-fait bannie de la vie chrétienne. L'heure était venue de faire éclater au dehors les sentiments de l'àme chrétienne et de les incorporer dans les œuvres de l'art. Les forces^qui sommeillaient dans l'Église furent réveillées; les papes et les conciles travaillèrent de concert à l'extirpation du mal et à la propagation du bien. A de faibles débuts succédèrent des institutions grandioses; la vie ascétique, si simple dans le principe, produisit de vastes corporations reUgieuses; le langage naïf du Nouveau- Testament suscita des travaux merveilleux, des chefs-d'œuvre littéraires, des actes héroïques, des institutions gigantesques vouées à la pratique de la charité ; au-dessus des salles étroites des anciennes catacombes s'élevèrent de splendides cathédrales. Le surnaturel transfigurait de plus en plus toutes les conditions humaines, sans bouleverser le cours des lois de la nature. Les peuples de culture grecque et romaine étaient à la fin de leur tâche; des peuples jeunes et nouveaux s'avançaient au premier rang, et c'était parmi eux que l'Église, avec plus d'éclat encore, allait continuer sa mission.