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CHAPITRE PREMIER

l'émigration des peuples et l'état chrétien en occident.

L'émigration des peuples.

Un mouvement irrésistible avait de bonne heure entraîné les peuples barbares du nord dans la direction du midi, vers l'empire romain. Les provinces de l'ouest ne purent résister à cette avalanche de nations, et les provinces de l'est ne leur échappèrent qu'avec d'extrêmes difficultés. L'émigration des peuples fut pour l'Église d'une importance décisive. « Ces changements violents, dit Giesebrecht, ne furent point provoqués par les excursions de quelques hordes nomades, ou par le vagabondage de guerriers aventureux, mais par de grands

peuples depuis longtemps constitués, qui, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, emmenant avec eux leurs dômes tiques et leur avoir, désertèrent leur ancienne résidence pour aller conquérir ailleurs une nouvelle patrie. La situation des individus, des communes, des peuples eux-mêmes fut modifiée de fond en comble, la condition des anciennes propriétés cessa complètement, les liens jusque-là existants de la société furent relâchés, les limites des États et des contrées perdirent leur signification. Comme un tremblement de terre transforme une ville entière en un monceau de ruines, ainsi cette émigration en masse des peuples renversa sans laisser de trace tout le système politique du passé, et un nouvel ordre de choses dut s'établir qui correspondît à la situation des peuples entièrement renouvelés. »

Giesebrechl, Gesch. der deutschen Kaiserzeit, I, p. 67, 3« éd.; Rœss- 1er, De magna gentium migratione ejusque primo impnlsu, Tubingue, 1795; Pallmann, Gesch. der Vœlkerwanderung bis zu Alarichs Tod, Gotha, 1863; Wietersheim (I, § 73).

Les Goths et les Visigoths.

2. Déjà avant Jésus-Christ, des troupes immenses de Celtes parties de la Gaule avaient tenté de se fixer dans la Rhétie et dans la Haute-Italie; elles avaient même essayé de pénétrer jusqu'à Rome. Les Cimbres et les Teutons, de leur côté, avaient fait vers le sud d'inutiles démarches. Sous la domination des empereurs romains, cette affluence de peuples devint de plus en plus forte, et Trajan gardait avec peine les frontières du nord sur le Danube. \\i troisième siècle de l'ère chrétienne, les Alémans et les Suèves s'avancèrent jusque vers le Haut-Rhin, et les Goths, qui s'étaient fixés entre le Don et la Theiss, pénétrèrent jusqu'au Danube et à la mer Noire. Dèce avait succombé en combattant contre eux ; Aurélien leur abandonna la province de Dacie ; Constantin le Grand les vainquit et leur ouvrit les rangs de son armée. Les Goths firent encore plusieurs invasions dans l'empire romain et entraînèrent avec eux des prisonniers. Ce furent ces derniers, chrétiens pour la plupart, qui leur donnèrent les premières notions du christianisme. Un évêque goth, Théophile, se trouvait au concile de Nicée en 325. On

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voyait parmi eux des prêtres, des moines, des nonnes et un grand nombre de fidèles. Sous leur roi Athanaric, les chrétiens enduraient déjà parmi les Visigoths une persécution sanglante autant que glorieuse.

Lorsque les Huns, tribu de la Scythie, après avoir forcé sur le Don les Alains de s'allier à eux, eurent vaincu et assujéti les Visigoths, ces derniers demandèrent à l'empereur Valens de les recevoir dans l'empire romani. Valens leur assigna des résidences dans la Thrace, sous la condition qu'ils le serviraient à titre de mercenaires et accepteraient le christianisme arien. Et c'est ainsi que, vers 375, sous Fridigern, la plupart des Visigoths embrassèrent l'arianisme. Mais ils ne tardèrent pas à entrer en lutte avec l'empire romain, dont les gouverneurs les traitaient avec dureté. Valens fut battu près d'Adrianople et mourut misérablement en 378. La plupart des Visigoths demeurèrent ariens, malgré les nombreuses conversions opérées par le zèle de saint Cbrysostome. Cependant, le plus grand nombre paraît n'avoir été que semiarien, tel que leur célèbre évèque Ulphilas, Goth d'origine, Cappadocien selon d'autres, qui fut sacré à Constantinople entre 34J et 348. Il donna aux Goths un alphabet particuher imité du grec, et rédigea pour eux une traduction de la Biltle, qui a fait de lui le fondateur de l'ancienne littérature germanique, fl mourut avant 388, à Constantinople, sans avoir renoncé à l'arianisme.

OUVRAGES A CONSCLTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR l.E X» 2.

Socr., 11, 41 ; IV, 33; Soz., II, 6; VI, 37; Philost., II, ii, Ö; Theod., IV, 38, al. 37; Cyrill., Cat., x, n. 19; xin, xl; Äthan., De incarn., can. LI, ui; Epiph., Heer, lxx, n. 14, io; Jornandes, can. dxl, De rebus geticis (Murât., Rer. ilal. script., t 1, p. 2'6, 87 et seq.; ed. Closs., Stuttg., 1861;.

La traduction de la Bible par Ulphilas fut connue : i° par ce qu'on appelait le manuscrit d'argent, découvert avant 1618 dans labbave de Werden, en Westphalie, puis enlevé à Prague par les Suédois, et finalement apporté à Upsal; il fut publié en 1864, par Junius, en caractères gothiques; en caractères latins en 1671 ; à Oxfort en 1730; par Hahn à Weissenfels eu 1805; il comprend les quatre Évangiles, mais d'une manière incorrecte et sans ordre. 2° Par un fragment de l'Épitre aux Romains, trouvé par Knittel dans un palimpseste de Wolfenbuttel (édité en 1762 et suiv.); 3° par les fragments de la plupart des Épitres de saint Paul, découverts à Milan par Angelo Mai, publiés par lui et le comte Castiglione (ibid., 1819 et suiv.).

Nouvelles éditions, par Gabelentz et Lœbe, Altenb., 1836, 2 vol.; Leipzig, 1842 etsuiv., surtout par H. -F, Maszmann, Die hl. Schrift des A. u. N. T. in gothischer Sprache mit gr. u. lat. Text, Aumerk u. "Wœrterbuch, Stuttg., 1856. La traduction est faite sur le texte grec et d'après la recension de Constantinople. Voyez encore Waitz, Ueber das Leben und die Lehre des Ulfila, Hannov., 1840; G.-L. Krafft, De fontibus Ulülse arianism. ex fragni. Bob. erut., Bonn., 1860; Bessel, Ueber das Leben des Ulfila und die Bekehrung der Gothen, Gœtt., 1860. Bessel place la naissance d'Ulfila en 311; son ordination épiscopale en 341, sa mort en 381 ou à la fin de 389.

Travaux de saint Chrysostome pour la conversion des Goths ariens, Chrys., Hom. vin, « habita post concionem Gothi presb., » et Ep. xiv, cap. 5 (Migne, t. LU, p. 618; t. LXIII, p. 499 et seq.). Voyez la consultation de deux moines goths, dans Hier., Ep. cvi. Op. I, 641, sur la différence entre la traduction grecque et la traduction latine de la Bible.

Les Visigoths sous Théodose 1er.

3. Sous Théodose I*' (vers 382), les Visigoths reconnurent la domination romaine et s'obligèrent à mettre quarante mille soldats au service de l'empire, à la condition qu'ils vivraient sous leurs propres chefs et garderaient leurs lois. On leur assigna pour résidence la Dacie, la basse Mésie et la Thrace, et on les affranchit des impôts en leur qualité d'alliés de l'empire. Plus tard, mécontents des retenues qu'on faisait sur leur solde, irrités par Rufm, qui gouvernait à la place de l'empereur Arcade, ils ravagèrent les provinces de l'Illyrie jusqu'au Péloponèse, et firent, sous leur vaillant général Alaric, de fréquentes incursions en Italie (400, 402 et suiv.). Eu 408 déjà Alaric assiégeait la ville de Rome et lui arrachait des sommes importantes. 11 s'y présenta de nouveau en 409 et lui donna pour empereur le préfet Attale, homme insignifiant, qu'il destitua ensuite et remplaça par Honorius. Enfin, le 24 août 410, il prit Rome d'assaut. La ville fut entièrement pillée, mais les habitants eurent la vie sauve.

Alaric se retira dans la Basse-Italie, où il ne tarda pas à mourir. Son gendre et successeur Athaulf voulait d'abord anéantir complètement l'empire romain, puis le rétablir et le régénérer avec les forces des Goths. U finit par se diriger vers la Gaule, s'empara de Narbonne, Toulouse et Bordeaux, plus tard de Barcelone. Son frère WaUia, après avoir affaibli les

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Alains, repoussé les Suèves et les Vandales, fixa sa résidence à Toulouse, qui devint la capitale de son royaume d'Aquitaine, la Gotliie ou Septiinanie (415).

La Gaule, où plusieurs généraux de Rome usurpèrent la dignité impériale, était alors (406-416) traversée par différents peuples venus de tous les points de l'horizon : c'étaient notamment les Bourguignons, les Francs, les Alémans, les Vandales, les Quades, les Alains, les Gépides, les Hérules, etc. Vers le même temps (409-416), les Alains, les Suèves, les Vandales et les Visigoths marchaient sur l'Espagne. Leurs chefs cherchaient à se créer partout dans la Gaule et dans l'Espagne des royaumes particuliers,

ADDITION DU TRADUCTEUR

Après le sac de Rome, les païens accusèrent les fidèles d'être la cause des calamités publiques. Pour réfuter cet argument, saint Augustin composa son chef-d'œuvre de la Cité de Dieu, afin de prouver que les Romains ne devaient leur perte qu'à la corruption de leurs moines et à la fausseté de leur religion.

« Vous dites proverbialement : « Il ne pleut pas, les chrétiens en » sont cause. » Vous oubliez donc les fléaux qui ont désolé l'empire avant qu'il se soumit à la foi? Vous vous confiez en vos dieux : quand vous ont-ils protégés? Les barbares, respectant le nom de Jésus-Christ, ont épargné tout ce qui s'était réfugié dans les églises de Rome ; les guerres des païens n'oifrent pas un seul exemple de cette nature : les temples n'ont jamais sauvé personne. Au temps de Marins, le pontife Mutins Scévola fut tué au pied de l'autel de Vesta, asile réputé inviolable, et son sang éteignit presque le feu sacré. Rome idolâtre a plus souffert de ses discordes civiles que Rome chrétienne du fer des Goths; Sylla a fait mourir plus de sénateurs qu'Alaric n'en a dépouillé.

» La Providence établit les royaumes de la terre; la grandeur passée de l'empire ne peut pas plus être attribuée à l'influence chimérique des astres qu'à la puissance de dieux impuissants. La théologie naturelle des philosophes ne saurait être opposée à son tour à la théologie divine des chrétiens, car elle s'est souvent trompée...

» Mais d'où vient que les chrétiens, tout en prétendant n'adorer qu'un seul Dieu, élèvent des temples aux martyrs? Le fait est inexact. Notre respect pour les sépulcres des confesseurs est un hommage rendu à des hommes témoins de la vérité jusqu'à mourir; mais qui jamais entendit un prêtre, officiant à l'autel de Dieu sur les cendres d'un martyr, prononcer ces mots : « Pierre, Paul et Cypri'în, je vous offre ce sacri- » fice? ..

-) Les païens se glorilient des prodiges opérés par leur religion : Tarquin coupe une pierre avec le rasoir; un serpent d'Épidaure suit Esculape jusqu'à Rome ; une vestale tire une galère avec sa ceinture; une autre puise de l'eau dans un crible : sont-ce là des merveilles à comparer aux miracles de l'Écriture? Le Jourdain, suspendant son cours, laisse passer les Hébreux ; les murs de Jéricho tombent devant l'arche sainte. Ah ! ne nous attachons point à la cité de la terre ; tournons nos pas vers la cité du ciel, qui prit naissance avant la création du monde,,.

» Deux amours ont bâti les deux cités : l'amour de soi-même jusqu'au mépris de Dieu a élevé la cité terrestre; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même a édifié la cité céleste. Caïn, citoyen de la cité terrestre, bâtit une ville; Ahel n'en bâtit point : il était citoyen de la cité du ciel et étranger ici-bas. Les deux cités peuvent s'unir par le mariage des enfants des saints avec les tilles des hommes, à cause de leur beauté : la beauté est un bien qui nous vient de Dieu.

» Les deux cités se meuvent ensemble : la cité terrestre, depuis les jours d'Abraham, a produit les deux grands empires des Assyriens et des Romains ; la cité céleste arrive, par le même Abraham, de David à Jésus-Christ. Il est venu des lettres de cette cité sainte dont nous sommes maintenant exilés ; ces lettres sont les Écritures. Le Roi de la cité céleste est descendu en personne sur la terre pour être notre chemin et notre guide.

)) Le souverain bien est la vie éternelle ; il n'est pas de ce monde ; le souverain mal est la mort éternelle, ou la séparation d'avec Dieu. La possession des félicités temporelles est une fausse béatitude, une grande infirmité. Le juste vit de la foi.

» Lorsque les deux cités seront parvenues à leurs fins au moyen du Christ, il y aura pour les pécheurs des supplices éternels. La peine de mort, sous la loi humaine, ne consiste pas seulement dans la minute employée à l'exécution du criminel, mais dans l'acte qui l'enlève à l'existence; le juge éternel retranche le coupable de la vie avant l'éternité, comme le juge temporel retranche le coupable du temps vivant. L'Éternel peut-il prononcer autre chose que des arrêts éternels ?

» Par la même raison, le bonheur des justes sera sans ternie. L'âme toutefois ne perdra pas la mémoire de ses maux passés : si elle ne se souvenait plus de son ancienne misère, si même elle ne connaissait pas la misère impérissable de ceux qui auront péri, comment chanterait-elle sans fin les miséricordes de Dieu, ainsi que nous l'apprend le Psaliniste? Dans la cité divine, celte parole sera accomphe : Demeurez en repos, reconnaissez que je suh Dieu, c'est-à-dire qu'on y jouira de ce sabbat, de ce long jour qui n'aura point de soir, et où nous reposerons en Dieu? »

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Zosim., lib. V; Oros., lib. VTI; Procop., De belle vand., 1, 2; Philost., XII, 2 et seq.; Soz., IX, 4, »), 8; Claudian., De bello get.; Jornand., loc. cit., cap. XXX et seq.; Aug., Civ. Dei, 1, 7; Idac, Chroii., an. 24 Honur.; Giesebrecht, I, p. ö8 et suiv.

Sur les peuples qui habitaient entre le Rhin et l'Océan atlantique, les Alpes et les Pyrénées, Hier., Ep. cxxiii ad Acher.

Les Burgondes et les Suèves.

i. Des Visigoths l'arianisme avait passé chez les Ostrogoths, »puis chez les Gépides, les Suèves, les Burgondes et les Vandales. Ces peuples, toutefois, si l'on excepte les Vandales et quelques rois visigoths, traitèrent avec respect et ménagement la religion catholique des Romains qu'ils avaient subjugués, sauf quelques cas où des catholiques furent forcés d'embrasser l'arianisme. Le principal ennemi des catholiques fut Euric, roi des Visigoths do la Gaide (mort en 483), qui, après la mort de Wallia (-419), étendit encore son royaume, déjà agrandi par Théodoric I" et Théodoric II. Sous son règne, plusieurs églises chrétiennes tombèrent en ruine et les catholiques furent cruellement persécutés. Chef de secte plutôt que souverain de ses sujets, il ne pouvait que précipiter la perte de ses États; aussi voyons-nous son royaume, à partir de 507, se fondre de plus en plus avec le royaume des Francs.

Les Burgondes, qui, de l'Oder et de la Vistule, s'étaient avancés jusqu'au Rhin, étaient la plupart païens. Ils établirent entre le Rhône et la Saône un royaume dont Lyon fut la capitale. Leur roi Gondobald était arien. Cependant l'arianisme ne dominait point partout, et l'évêque Patient de Lyon (mort en 491) était à la tète de la population catholique. Une conférence religieuse, tenue en 499 entre les cathoUques et les ariens, ne produisit que peu de conversions. Saint Avite, évêque de Vienne, acquit bientôt de l'influence auprès de Gondobald, qui se montra désormais favorable à l'Église catholique. Son fils Sigismond, en 517, l'embrassa ouvertement. En 534, déjà le royaume des Burgondes était réuni à celui des Francs. Les Suèves avaient fondé un royaume en Espagne, sous leur roi Réchila encore païen (mort en 448); Réchiar, son successeur, était cathohque. Le roi Remismond, après avoir épousé la fille de Théodoric,

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roi arien des Ostrogoths (464), essaya d'introduire l'arianisme et persécuta les catholiques, dont plusieurs reçurent la palme du martyre (Pancratieu de Brague, Patanius, etc.). Ce fut seulement entre les années 550 et 560, sous le roi Charrarich, que le royaume des Suèves de Gallicie se convertit au catholicisme, alors que le fds du roi, Ariamir ou ïhéodemir, guéri par l'intercession de saint Martin, fut converti par l'évêque Martin de Duma. En 563, un concile célébré sous le métropolitain de Brague affirmit la foi catholique. En 585, Léovigild, roi arien du grand empire des Visigoths, réunit à son territoire le petit empire des Suèves; le catholicisme fut d'autant plus menacé que Léovigild avait fait mettre à mort son fils catholique, Herménégild, lequel avait épousé une princesse cathoUque, .lugundis. En 589, cependant, le frère du martyr, Reccared, instruit par saint Léandre, archevêque de Séville, embrassa publiquement le catholicisme, qui devint alors prédominant dans toute l'Espagne.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Ouvrages de saint Avite, évêque de Vienne.

Il reste peu de choses de ses écrits. C'est d'abord un recueil de quatre-vingt-huit lettres adressées à diflerentes personnes. Dans la première, il répond aux questions que Gondebaud. roi de Bourgogne, lui avait adressées sur quelques passages de l'Évangile, principalement sur la divinité du Saint-Esprit. Cette lettre indique la vraie signification des mots Ite, missa est, employés dans les palais des princes, dans le prétoire et dans les églises pour congédier le peuple. On y voit aussi des vestiges de la tradition concernant la prière pour les morts.

La quatrième est une réponse à Victure, évêque de Grenoble, qui l'avait consulté sur la pénitence qu'il fallait imposer à un homme qui, après la mort de sa femme, avait épousé la sœur de celle-ci. 11 faut, répond saint Avite, les soumettre tous deux à la pénitence de l'excommunication pour plusieurs années.

La huitième lettre au roi Gondebaud est consacrée tout entière à prouver à ce prince que Jésus-Christ avant son incarnation participait à la nature divine. Le saint évêque y établit la divinité et l'éternité du Verbe par divers passages de l'Écriture. 11 cite Baruch sous le nom de Jérémie, comme faisaient les anciens Pères.

La quarante-huitième lettre, l'une des plus belles, est adressée k Clovis, roi de France, pour le féliciter du bonheur qu'il a eu de renoncer à l'idolâtrie; Avite y décrit en termes magnifiques l'auguste céré-

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monie de son abjuration. Elle se trouve dans les divers recueils des conciles.

Dans la quarante-neuvième, il touche à quelques points de discipline sur la pénitence prescrite pour le péché de fornication. Elle témoigne de la persuasion où l'on était encore à cette époque que ce péché suffisait pour rompre un mariage et en contracter un autre.

Ces lettres, en général, contiennent beaucoup de choses remarquables. Plusieurs points de discipline et quelques-uns de morale y sont assez bien expliqués. Nul écrit parmi ceux des anciens auteurs ecclésiastiques, excepté peut-être celui de saint Ennode, n'oü're plus de choses avantageuses aux prérogatives du Saint-Siège.

Jusqu'en 1717, il ne restait de saint Avite qu'une seule homéhe complète; elle est sur les Rogations. II y explique comment on célébrait dans l'origine cette pieuse cérémonie. Dom Marlene et dom Durand ont publié depuis un sermon du même auteur sur le troisième jour des Rogations : il est tiré d'un ancien manuscrit de la Grande- Chartreuse. C'est proprement une homélie sur des versets choisis de la prophétie d'Amos, lue à cette cérémonie. Saint Avite en tire une belle morale. Il y établit le péché originel, qui s'est transmis d'Adam à toute sa postèi'itè.

On a aussi de saint Avite deux poèmes en vers héroïques. Le premier roule sur le péché originel, sur la chute, sur l'arrêt que Dieu prononça contre l'homme, sur le déluge et le passage de la mer Rouge. Fortunat, ainsi que des critiques modernes, ont fait l'éloge de ce travail. L'autre poème est intitulé : Éloge de la virginité, pour la consolation de sa sœur consacrée à Dieu * .

Propagation de l'arianisme, Jornand., loc. cit., cap. xxv. Wisigoths dans la Gaule, Sid. Apoll., lib. VII, Ep. vi ad Basil. (Voyez Kaufmann, Die Werke des Ap. Sid., Gœtt., 1860; Chaix, S. Sidoine Apollinaire, Paris, 1807.) Greg. Tur., Hist. Fr., II, 25; Jörn. Idac; Tillem., Mém. sur l'empereur Honoré, an. 60, t. V, p. 840; Aschbach, Gesch. der Westgothen, Francfort, 1827, 2 vol.; Rosenstein, Gesch. des Wesgothenreichs in Gallien, 1839. — Oros., Hist., VII, 32, 38; Socr., VII, 30; Collât, episc. coram. Gundob. R., Migne, t. LIX; Héfelé, Conc, II, p. 610 et suiv., 649 etsuiv.; Plancher, Hist. de Bourgogne, Dijon, 1739; Gelpke, K.-G. der Schweiz, Berne, 18ö6; Derischweiler, Gesch. der Burgunder, Munster, 1863; Binding, Das burgund.-rom. Kœnigr., Leipzig, 1868; Jahn, Gesch. der Burgundiouen, Halle, 1874, I. Sur la mère de Sigismond, la reine Caraténa, voyez Pagi, an. 309, n. ö. — Greg. Tur., Hist. Fr., II, 2o ; V, 38 et seq.; VI, 43; VIH, 30; IX, lö;

' Hist. litli'r. de la France^ éd. Palmé, t. III, passim.

Mirac. S. Mart., I, 1 1 ; Joan. de Biclaro (mort vers 660), Chron. Idac; Chron., p. 237; Isid., Chron., an. 623 de reg. Goth., in fine; De vir. ill., eap. Lxv; Greg. M., Dial., III, 31-33; Paul. Diac, Degest. Longob., III, 21 ; Lembke, Gesch. Spaniens., 1831;, t. I, p. 64 et siiiv.; Héfelé, Conciles, III, p. 13, 44 etsuiv.

Les Vandales.

5. En 429, les Vandales, le plus féroce des peuples germains, appelés par le comte Boniface, passèrent de l'Espagne dans l'Afrique du Nord, province romaine, dont ils ne tardèrent pas à s'emparer sous leur roi Genséric ou Geiséric. Ce prince, arien fanatique, fit subir aux catholiques toutes les vexations imaginables ; il envahit leurs églises, chassa leurs évêques, fit martyriser et mettre à mort une multitude de fidèles. Quelques évêques furent même réduits en esclavage. L'évèque de Car thage Quod-Vult-Deus et plusieurs ecclésiastiques, embarqués par son ordre dans des vaisseaux rompus et prêts à faire naufrage, furent assez heureux pour s'échapper ; ils abordèrent à Naples. Le clergé arien animait le roi à toutes les genres de cruautés. Les catholiques ne pouvaient célébrer leur culte que dans les maisons particulières ou dans les faubourgs des villes. Ce despotisme barbare, qui éveillait chez plusieurs d'entre eux des doutes sur la Providence, bouleversa profondément l'Église catholique dans l'Afrique du Nord.

Le fils et le successeur de Genséric, Hunnéric (477-48-4), montra d'abord plus de douceur. Il avait épousé Eudoxie, fille de l'empereur Valentinien III, et l'empereur Zenon lui avait particulièrement recommandé les catholiques d'Afrique. Il leur rendit le libre exercice du culte religieux, et autorisa le nomination d'un évêque au siège de Carthage, vacant depuis vingtquatre ans. Eugène, zélé défenseur de la foi, fut élu en 479. Cette faveur, malheureusement, fit bientôt place à une sanglante persécution. Accusé par le fourbe Cyrila, évêque arien, Eugène endura tous les supplices imaginables; il fut enfermé avec quatre mille neuf cent soixante-seize fidèles et emmené avec eux dans un des plus arides déserts, où plusieurs succombèrent. Hunnéric confisqua les biens des catholiques, dont la plupart furent relégués dans les îles de Sardaigne et de Corse. On mit à la torture des vierges consacrées à Dieu, afin de leur arracher l'aveu d'un commerce illicite avec des prêtres de leur croyance.

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Un colloque religieux, tenu à Carlhage en 484 entre les évêqucs catholiques et les évêques ariens, fut le prétexte de nouvelles violences, que le pape Félix III essaya vainement d'arrêter par la médiation de l'empereur Zenon. Des évêques furent exilés en 348 et plusieurs moururent des mauvais traitements qu'ils avaient subis; d'autres, en assez grand nombre, reçurent malgré eux le baptême des ariens, d'autres enfin furent mutilés. Cette persécution fit un nombre prodigieux de martyrs, mais elle fit éclater aussi les merveilles de la grâce divine. Les chrétiens de Tipase, à qui on avait coupé la langue, conservèrent l'usage de la parole et chantèrent des hymnes à Jésus- Christ, dont les ariens blasphémaient la divinité. Plusieurs se rendirent à Constantinople, où la cour impériale fut témoin de ce miracle.

Le successeur du cruel Hunnéric, le roi Gontamond (485-496), traita les catholiques avec plus d'égards ; sans arrêter complètement la persécution, il rappela les évêques exilés (494). Un concile tenu à Rome en 487 ou 488 s'occupa des mesures à prendre concernant ceux qui avaient été rebaptisés ou qui étaient tombés pendant la persécution d'Afrique. Le roi Trasamond (496-523) voulut assurer de nouveau le règne exclusif de l'arianisme et essaya par des distinctions d'y attirer quelques catholiques. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il recourut à la persécution, à l'exil, à la confiscation des églises, et défendit de consacrer de nouveaux évêques. Mais comme leur nombre ne diminuait point, il en bannit cent vingt dans l'île de Sardaigne, entre autres saint Fulgence, évèque de Ruspe, grand apologiste de la foi .

Le roi llildéric (525-530), àme tendre et ami de l'empereur Justinien, suspendit la persécution et rappela les exilés. Fulgence fut reçu en Afrique avec des acclamations de joie, et en février 525 un concile de soixante évêques, présidé par l'archevêque Boniface, était célébré à Carthage. L'Afrique avait toujours d'excellents théologiens. llildéric fut assassiné par son cousin Gélimer, et une nouvelle persécution était imminente. Cependant, en 533, l'empire des Vandales fut renversé par le général Rélisairo et le Nord de l'Afrique réuni à l'empire de .Justinitm. Mais l'Église d'Afrique ne recouvra jamais sa première splendeur.

Victor. Vitensis (487), Hist. persecutionis africanse sub Genserico et Hun. Vandalorum regibus (éd. Chifilet, Divione, 1664; éd. Ruinart, Paris, 1694); Migne, Patr. lat., t. LVIII; Vita S. Fulgent. ep. Rusp., Migne, t. LXV, LXVI; Procop. Caes., De bello vandal., éd. Venet., 1729; Isid, Hispal., Hist. Vandal. et Suevorum (62o), éd. Rœssier, Tub,, 1803, in-4''; Morcelli (I, § 97); L. Marcus, Histoire des Vandales, Paris, 1838, 2^ édit. Colloque religieux de Cartbage, Héfelé, Conciles, H, p. 591 et suiv. Le pape Félix ill, 484, Evagr., 111, 20 ; Thiel, Epist. rom. Pont., p. 279, n. 6. Le miracle de Tipase est attesté par Victor. Vit., Mb. V, c. VI ; Procop., loc. cit., I, 8; Evagr., IV, 14; /Eneas Gaz. Tbeophrast., (Migne, Patr. gr., t. LXXXV, p. 1001); Cod. Just., I, 27, De olï'. prœf. praet.; Marcellin., Com. Vict. Tumm. Cf. Ruinart, Hist. persec. Vand., part. II, cap. vn ; Gibbon, Hist. of the décline and fall of the Rom. Empire, Lond., 1776, VI, t. I, cap. xvi. Conciles de Rome, 487-488, et de Cartbage, 525, Héfelé, 11, p. 594 et suiv., 691 et suiv. — Dahn, Kœnige der Germanen, Munich, 1860. Le même, Procopius v. Cses., Berlin, 1865; Papencordt, Gesch. der vandal. Herrschaft in Afrika, Berlin, 1838; Katerkamp, t. Ili, p. 333 et suiv.; Herrn. Schulze, De testamento Genserici, 1859.

Les Huns.

6. Le même danger qui avait menacé le nord de l'Afrique du côté des Vandales menaçait la Gaule et l'Italie du côté des Iluns, peuple farouche et belliqueux. Cette nation scythe, sortie du fond de l'Asie, s'était avancée sur le ^Volga, puis sur le Don, et, victorieuse des Alains et d'autres peuples, s'était répandue jusqu'au Danube. De -434 à 441, ils entreprirent sous leur roi Attila des expéditions jusque dans la Scandinavie, opprimèrent l'empire d'Orient à partir de 447, et depuis 450 l'empire d'Oc cident. Au printemps de 451, Attila sortit delà Pannonie avec une armée de sept cent mille hommes, força les Alémans et autres peuplades de s'allier à lui, ravagea et pilla quantité de villes, telles que Trêves, Mayence, Worms, Spire, Strasbourg et Metz.

Près de Châlons-sur-Marne, il engagea avec les Romains, les Visigoths et leurs alliés une lutte meurtrière, mais dont l'issue demeura indécise. Saint Loup, évêque de Troyes, imposa au fougueux Attila par sa fermeté, et l'obligea de se retirer en Pannonie. En 452, x\ttila marcha sur l'Italie, assiégea Aquilée et la détruisit de fond en comble. Plusieurs habitants de la Haute-Italie se réfugièrent dans les îles de la mer Adriatique,

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la plupart inhabitées, et posèrent sur les lagunes les fondements de Venise, dont la prospérité allait grandir à vue d'œil. Attila se dirigea vers l'ouest en traversant Vicence, Padoue, Vérone, Milan, et s'apprêtait à pénétrer dans Rome lorsqu'il en fut détourné par l'attitude et les avertissements sévères du grand pape saint Léon, à qui Rome fut redevable de son salut.

Attila évacua l'Italie, se dirigea contre les Visigoths de la Gaule et mourut peu de temps après. Avec lui tomba la puissance de son peuple. Une dispute éclata entre ses fils sur le partage de l'empire, et les tribus opprimées, surtout les Gépides et les Ostrogoths, en profitèrent pour secouer le joug. Les Huns furent la plupart repoussés sur la mer Noire et perdirent toute leur importance ' .

Ara. Marcellin., lib, X.XXI, cap. ii; Priscus, Excerpta de légat., edit. Bonn., p. 170 et seq. — Jornand., loc. cit., cap. xxxiv et seq.; xlii; Prosper. Marcellin. Idac, in Chron.; J. de Guignes, Histoire générale des Huns, en allemand par J.-K. Daehnert, Greifswalde, 1768 et suiv.; Zeutz, Die Deutschen und Die Nachbarstœmme, Munich, 1837; Thierry, Kœnig Attila u. seine Zeit., Leipzig, 1832; Neumann, Die Vœlker des südl. Rutzland, 2^ éd., Leipz., 1850. La célèbre intervention de Léon I^'' auprès d'Attila est aussi mentionnée par les évêques d'Orient dans une lettre adressée au pape Symmaque, en 312 (Thiel, Ep. xn, cap. 8, p. 714} : « Leo archiep. ad Attilam tune erronem barbarum per se currere non duxit indignum, ut captivitatem corrigeret corporalem, nec tantum christianorum, sed et Judaeorura, ut credibile est, atque paganorum. » Cf. Prosp., Chron.; Baron., an. 432, n. 58.

Chute de l'empire romain en Occident. Odoacre.

7. L'empire romain d'Occident, profondément ébranlé par les expéditions des Huns, perdit son principal appui par le meurtre du prudent Aétius {4o4). Valentinien III ayant été lui-même

^ Saint Léon, qui attribuait à Dieu toute la gloire de la conservation de Rome, avait établi un jour de fête pour en remercier sa divine bonté. Le peuple, qui oublie facilement le bien qu'on lui fait, négligeait ce pieux devoir et courait ce jour-là aux spectacles du cirque plutôt qu'à l'église. Saint Léon s'en plaignit amèrement dans un de ses sermons, où il fit part aux Romains de la crainte extrême qu'il avait que leur ingratitude n'attirât sur eux le malheur dont la miséricorde de Dieu et l'intercession des saints les avait préservés.

L'appréhension du saint pontife ne fut pas vaine, ainsi qu'on le verra plus lo.n. (Note du Irad.J

assassiné (455), à l'instigation de son successeur Pétronius Maxime, et celui-ci ayant forcé l'impératrice veuve Eudoxie de l'épouser, l'impératrice, pour se venger, appela d'Afrique le roi Genséric, qui livra Rome au pillage pendant quinze jours, sans cependant commettre ni meurtre ni incendie. Cette fois encore, Léon le Grand sauva la ville de la férocité de son vainqueur'. Les princes d'Occident, qui n'étaient plus que des fantômes d'empereurs, se succédaient rapidement, toujours menacés de la guerre ou de quelque révolte. Enfin, l'an -476, le prince des Hérules, Odoacre, détruisit l'empire romain d'Occident, en déposant son dernier empereur, Romulus (Âugustuhis), et prit lui-même le litre de roi d'Italie.

Odoacre, avant son expédition en Italie, avait visité dans sa cellule près de Vienne saint Séverin (mort en 482), hautement vénéré pour ses miracles et tenu en grande estime par plusieurs princes barbares, notamment par Gibuld, roi des Alémans. Saint Séverin avait prédit à Odoacre qu'il deviendrait un héros plein de gloire et distribuerait bientôt des trésors à un grand nombre. Odoacre, tout en demeurant arien, témoigna beaucoup de respect à l'Église catholique, conserva la plupart des anciennes institutions, laissa à quelques évêques, tel que saint Êpiphane de Pavie, qui vécut également sous une autre dynastie, une grande influence. Il ne fut dur et arbitraire que dans quelques cas exceptionnels. En 489, sur la demande de Zenon, empereur d'Orient, et de Frédéric, prince des Rugiens, dont le père était tombé en combattant contre Odoacre, le roi des Ostrogoths établis entre le Danube et la Saxe, Théodoric , qui avait été élevé à Constantinople, pénétra en Italie, s'empara de plusieurs villes et défit en diverses rencontres les armées d'Odoacre. En 493, lorsque Ravenne dut ouvrir ses portes au vainqueur, l'archevêque Jean négocia une convention qui accordait au vaincu la vie et la liberté. Ce traité fut ensuite rompu par Théodoric.

' Geusericus continue vacuam prsesidio civitatem capit, et occursu Leonis papsB mitigatus, ab incendio, caedibus atque suppliciis urbem immunem servavit. {MiscelL, sub nom. Paul, diac, lib. XV.; Hic (Leo) renovavit post cladem vandalicam omnia ministeria sacrala per ommes titulos de conflalis hydriis sex, duas basilic* Conlantinianae, etc. [Lib. Pontif., in Leone.) (Note du trad.J

l'état chrétien en occident. 65.'}

Procop., Bell. Vand., I, 4 et seq.; Bell, goth., I, 1 et seq.; SiJon. Apoll., Panegyr, Avili, 442 et seq.; Jörn., cap. Lvn et seq.; Idac, Chron., Vita S. Severini, auctore Eugippio discipulo (Acta sanct., t. I, jan., p. 483; éd. Kerschbaumer, Schaffh., 1862, et Friedrich, K. -G. Deutschl,, t. I, append., p. 439 et suiv,; en allemand, avec introduction par G. Ritter, Linz, 1853); Friedrich, op. cit., p. 36 et suiv., 338 et suiv.; Stolbei'g-Kertz, XVII, p. 421 et suiv., 474 et suiv.; Epiph. Ticin., Vita scripta ab Ennodio, Gall., XI, 145 et seq.; Troya, loc. cit., 1. XXX, § 42 et seq.; vol. II, 1, p. 305 et seq.; lib. XXXI, § 3, p. 314 ; Klapper, Theodorici M. Ostrogoth. regis contra calumniatorum insimulationes defensio, Aix-la-Chapelle, 1858; Reumont, II, p. 12.

Domination des Ostrogoths en Italie.

8. Le nouveau royaume des Ostrogoths, qui avec l'Italie et la Sicile comprenait la Rhétie, la Norique, la Pannonie et une grande partie de la Dalmatie, fut puissant et respecté au dehors sous Théodoric. Bien que le roi et ses Goths fussent attachés à l'arianisme, ce prince laissa aux Romains subjugués leurs lois et leurs institutions. Sur la fin de son règne malheureux, il devint soupçonneux et tyrannique,, fit mettre à mort le savant Boèce et son beau-père Symmaque, et mourir en prison le pape Jean I", Après lui (526), l'empire échut à Eutharic, mari de sa fille ximalasunlhe, et à son fils Athalaric. Eutharic mort (533), Amalasunthe épousa son propre neveu Théodat, qui la fit assassiner. L'empereur Justinien lui déclara la guerre. Les Goths, sous leurs vaillants rois Vitigès (depuis 536), Tolilas (depuis 543), qui s'inchna devant saint Benoît, puis sous Téjas, firent encore une vigoureuse résistance ; mais ils succombèrent toutà-fait en 553, et l'Italie devint avec la Dalmatie une province de l'empire romain d'Occident, dont le gouverneur (exarque) résidait à Ravenne. Narsès, le premier de ces exarques, se rendit tellement odieux par ses vexations et son avarice que les Italiens demandèrent son rappel à Justin II. Aigri de ces plaintes, Narsès, après l'arrivée de son successeur Longin, invita Alboin, roi des Lombards, à usurper le souverain pouvoir en Italie.

Cassiod., Var. ep., lib. XII, Chron., Migne, t. LXIX; Procop,, Bell, goth.; Agathas, Hist., lib. I, cap. viii et seq.; Vita S. Bened., cap. xiv et seq.; Greg., Dial., III, 58. Voyez ci-dessus II, § 292; Baron., an. 504,

624 HISTOIRE r>E l'église.

n. 4 et seq.; Manso, Gesch. des ostgoth. Reiches, Breslau, 1824; Sartorius, Gesch. der Ostgothen, traduit du français, Hambourg, 18H ; Troya, loc. cit., lib. XXXIII, § 15; lib. XXXIV, § 5 et seq.; lib. XXXV, § 18, vol. II, 1, p. 452, 493, 580; Du Roure, Histoire de Théodoric le Grand, Pai-is, 1846, 2 vol.; Papencordt, Gesch. der Stadt Rom, Paderborn, 1857, p. G2 et suiv.; Gregoi'ovius, Gesch. derStadtRom. inM.-A., I, p. 273 et suiv. Sur l'application du droit romain, Gelas., Fragm. xn, p. 489, ed. Thiel : « Theodorico regi. Certum est magnificentiam vestram leges Romanorum principum, quas in negotiis hominum custodiendas esse praecepit , raulto magis circa reverentiam beati Petri apostoli pro suse felicitatis augmente velle servari. »

Les Lombards.

9. Les Lombards, en 526, avaient reçu de Justinien des domaines en Pannonie, sous la condition qu'ils protégeraient les frontières contre les Gépides. Ils les vainquirent effectivement dans plusieurs batailles, de même qu'autrefois ils avaient appuyé les Grecs contre les Goths.Ils étaient en partie ariens et en partie païens, et de plus excessivement cruels. En 568, Alboin traversa le Frioul avec son armée, s'empara de Milan, puis de Pavie, dont il fit la capitale de son nouvel empire. Il ne tarda pas à subjuguer la Haute-Italie, et, en 570 déjà, les Lombards s'avançaient contre Rome. Les troupes impériales n'eurent que de rares succès, et les catholiques étaient dans une situation lamentable. Peu de temps après le meurtre d' Alboin, l'anarchie se glissa parmi les Lombards.

Pendant la minorité d'Autharis, fils de Kleph, qui avait été élu à la royauté et assassiné par l'un de ses serviteurs, trentesix ducs gouvernèrent dans un espace de dix ans. Autharis inaugura son règne en 585 et épousa Théodelinde, fille du duc desBajuwares. Théodelinde, qui était une catholique fervente, convertit son second mari Agilulph (depuis 590), fit baptiser son fils Adelwald par un évèque catholique et fut en relations amicales avec Grégoire le Grand. Plusieurs ariens revinrent alors au catholicisme, bien que l'arianisme continuât d'être favorisé par quelques princes; il ne fut définitivement supplanté par la religion catholique qu'en 671, sous le roi Grimoald. Cependant il s'en fallait encore beaucoup que des rapports bienveillants existassent entre les conquérants et les indigènes. Le goût du pillage parmi les grands, la passion des

l'état chrétien en occident. 625

conquêtes dans un grand nombre de rois entretenaient l'ancienne aversion des Romains contre les Lombards. La législation lombarde de Rotharis (643), complétée ensuite par Luitprand, était fort sévère dans ses dispositions pénales et non exempte de superstition; mais elle essayait au moins de rétablir un certain ordre. Elle fut successivement améliorée sous l'influence de l'Église.

Ouvrages a consultkr sur le n" 9.

Procop., Bell, goth., 111, 33; Paul. VVai-nefr., De gest. Longobard., lil). VI (568-744), ap. Murât., Rer. it. scr., 1, I ; Greg. M., 1. I, Ep. xvii; lib. IV, Ep. II, IV, xLvn; V, xxi; IX, xlii, xliii; XIV, 12; Jaffé, n. 719, 907, 909, 1202 et seq., 1344; Dial., Itl, 38; Koeh-Sternfeld, Das Reich der Lougüb. in Ital., Munich, 1839 ; Flegler, Das Kœnigr. der Longob. in Ital., Leipz., 1831 ; Papencordt, op. cit., p. 67 et suiv.

Les Francs.

10. De toutes les tribus germaines, les Francs, divisés en Saliens et en Ripuaires, furent les seuls qui devinrent tout d'abord et restèrent catholiques. Les Francs Saliens s'étaient fixés dans la partie septentrionale "de la Gaule romaine, entre la Somme et la Seine. Leur roi Clovis s'empara en 486 de ce qui restait des possessions romaines dans la (ïaule, et fut le vrai fondateur de la monarchie franque. Déjà sa puissance s'étendait jusqu'à la Loire et au Rhône. 11 était encore païen, ainsi que son peuple, et montrait peu de penchant pour la religion des vaincus. En 493. il épousa une princesse bürgende du nom de Clotilde. catholique fervente, qui essaya de lui incjilquer sa croyance. Ses enfants avaient déjà reçu le baptême, et cependant Clovis demeurait toujours inébranlable. En 496, près de Tolbiac, un combat se livrait entre lui et les redoutables Alémans, qui habitaient sur le Mein et dans le Haut-Rhin. Déjà il craignait de succomber à la prépondérance de son ennemi, lorsque, se ravisant tout-à-coup, il invoqua le secours du Dieu de son épouse et promit, s'il obtenait la victoire, de se faire baptiser. 11 vainquit et il tint parole.

Saint Rémi, évêque de Reims, l'instruisit avec l'aide de Védaste de Toul et le baptisa, ainsi que trois mille autres guerriers, parmi de grandes solennités. C'était le jour de Noël. La conversion de Clovis est. par ses conséquences, un des plus II. — nisi. i.E LÈGi.ibi;. 40

Ü2G HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

grands événements de l'histoire du monde. Sun iüiportance n'échappa ni au pape Anastase H, qui félicila le nouveau roi catholique et l'exhorta à persévérer dans le bien, ni aux évoques de la Gaule.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Anastase II écrivit à Clüvis la lettre suivante, pour lui marquer sa joie et les espérances qu'il concevait de sa conversion : « Notre trèsglorieux fils, nous nous félicitons de ce que votre conversion a concouru avec le commencement de notre pontificat. Caria Chaire de saint Pierre pourrait-elle ne pas tressaillir de joie, tandis que le filet que ce pêcheur d'hommes, ce portier du ciel, a reçu ordre de jeter, se remplit d'une pêche si abondante? C'est ce que nous avons voulu vous faire savoir par le prêtre Eumérius, afin que, connaissant la joie du père commun, vous croissiez en bonnes œuvres, vous mettiez le comble à notre consolation, vous soyez notre couronne, et que l'Église votre mère se réjouisse de l'acci'oissement d'un tel fils qu'elle vient d'enfanter à Jésus-Christ son époux. Glorieux et illustre fils, soyez donc la consolation de votre mère; soyez-lui, pour la soutenir, une colonne de fer... Car notre barque est battue d'une furieuse tempête. Mais nous espérons contre toute espérance, et nous louons Dieu de ce qu'il vous a tiré de la puissance des ténèbres, pour donner à son Église, dans la personne d'un si grand roi, un protecteur capable de la défendre contre tous ses ennemis. Daigne aussi le Seigneur continuer de vous accorder, à vous et à votre royaume, sa divine protection ; qu'il ordonne à ses anges de vous garder dans toutes vos voies et qu'il vous donne la victoire sur tous vos ennemis ! »

L'unité de religion valut au puissant souverain la faveur des Gallo-Romains, y compris ceux qui habitaient les royaumes des Bourguignons et des Visigoths. En 507 et 511, Clovis défit le roi de ces derniers, Alaric II, et convoqua au premier concile d'Orléans, avec les évêques francs, les évêques du pays des Visigoths, qu'il venait de conquérir.

Personnellement, Clovis se montra déloyal et barbare même envers ses plus proches parents ; mais sa conversion n'en fut pas moins le point de départ des plus grandes transformations. Le puissant empire qu'il laissa à ses fils en mourant (311) ne cessa de s'accroître, malgré tous les partages; en 527, il obtenait la Thuringe, en 534 le royaume bourguignon et plus tard la Bavière. Des fils de Clovis, l'ainé, Théodoric, régna sur la partie orientale (l'Austrasie) et résida à Metz; los trois pins

l'état chrétien en occident. 627

jeunes, Clodomir, Childebert et Clotaire, sur la partie occidentale (la Neustrie), et résidèrent à Paris, à Orléans et à Soisons.

Après la chute de Clodomir, ses deux plus jeunes frères se partagèrent son territoire ; Clotaire (mort en 568) réunit en peu de temps tous les domaines francs, puis il y eut une nouvelle distribution entre ses quatre fils. Les partages se continuèrent ainsi jusqu'à ce que Clotaire II, en 613, absorba de nouveau tout le royaume des Francs. Pendant que la discorde et la volupté régnaient parmi ces princes, le peuple se livrait secrètement à l'idolâtrie et désertait le christianisme. Aussi plusieurs évêques pleins de zèle eurent-ils longtemps de rudes combats à soutenir pour établir progressivement un ordre de choses plus régulier. Grégoire, évêque de Tours (mort en 595), a décrit jusqu'en 591 les destinées du royaume franc. Les lois de chaque' tribu furent consignées par écrit et les évêques tinrent de nombreux conciles. Dagobert I" (622-638) fut, au moins dans les premiers temps de son règne, un des meilleurs princes. Les missionnaires obtinrent souvent le concours des rois francs. C'en était fait de l'arianisme dans la Gaule occidentale et médionale.

ADDITION DU TRADUCTEUR

La conversion des Francs au christianisme.

Etudions un moment la physionomie religieuse du monde chrétien au temps de la conversion des Francs sous Clovis, l'an 496. Un catholique qui jetait alors les yenx sur le monde devait éprouver dans son cœur les plus terribles angoisses. En Afrique, il voyait assis sur le trône royal Trasamond le Vandale ; en Italie, le trône des Ostrogoths était occupé par un roi arien, Théodoric le Grand ; chez les Visigoths, possesseurs dune pai'tie notable de l'Espagne, Alaric le Jeune ceignait le diadème royal; en Bourgogne, régnait Gondebaud, qui ne songeait point encore à répudier l'arianisme. Dans l'empire romain d'Orient, il n'était pas rare que le trône fût occupé par des princes monophysites. Ainsi, de quelque côté qu'on tournât ses regards, l'avenir paraissait sombre et désespéré. Cependant la face des choses allait complètement changer dans un court délai : il était réservé aune tribu germaine, non encore chrétienne jusque-là, de renouveler la figure du monde.

Quelques explications, puisées exclusivement dans les faits que nous avons sous les yeux, suffiront pour établir que les Francs furent les véritables promoteurs de cette grande rénovation. Nous savons que

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la princesse franque Ingonde convertit au catholicisme le prince visigoth Herméuégilde, qui, à son tour, convertit son frère Reccarède. D'un autre côté, la conversion des Anglo-Saxons, dont nous traiterons plus loin, fut préparée par les Francs et en quelque sorte par une de leurs princesses nommée Berthe. Des Francs et des Anglo-Saxons le mouvement se communiqua à l'Allemagne proprement dite. Ajoutons que, sans les Francs, les Bourguignons ariens, qui déjà s'étaient répandus dans la Suisse, auraient infecté les Alémans et les auraient attirés dans l'arianisme. La Bavière, qui avait reçu le catholicisme des Francs, le transplanta, par l'entremise de Théodelinde, au milieu des Lombards, également ariens, et Gondebaud, roi des Bourguignons, ne fut pas moins redevable d'être catholique à Clovis qu'à saint Avite, évêque de Vienne. Nous voyons ici comment la Providence sait faire tourner à la propagation de l'Église les circonstances les plus insignifiantes, des faits inaperçus, comment elle sut employer les Francs pour développer partout la force et la splendeur de son Épouse. On entrevoit comment cette divine Providence se servit du sexe le plus faible pour opérer de si grandes choses et changer la situation religieuse d'autres tribus plus importantes , et l'on comprend combien il importe de ne rien négliger pour donner aux personnes du sexe une bonne et solide^ éducation. Ce serait une noble tâche à un jeune théologien que d'établir par des recherches précises ce que les femmes doivent au christianisme et ce que le christianisme et l'Église doivent aux femmes '. Sur ce dernier point, la conversion des Francs nous offre plus d'un renseignement.

La conversion de Clovis eut pour témoins et promoteurs saint Védaste, saint Rémi de Reims et plusieurs autres évêques et prêtres distingués ^. Trois miUe gentilshommes francs imitèrent l'exemple de Clovis. iNous ignorons si avant lui il y avait des chrétiens parmi les Francs; mais une fois le bi'anle donné, les sujets de Clovis, y compris la famille royale, les sœurs de Clovis, etc., se convertirent en foule ^.

Ainsi fut amenée au christianisme la nation que Dieu avait choisie pour être l'instrument de ses grands desseins et pour donner à l'histoire im aspect tout différent de celui qu'elle semblait devoir prendre

* Depuis Mœhler, cette partie de la littérature n'est pas restée inculte. G. Darboy, les Saintes Femmes, fragment d'une histoire de l'Église, etc., Paris, 1852; J. Ventura, la Femme catholique , éd. Gaume. Voir les ouvrages de Florez, Zell, Clarus, Montalembert, etc. — * Histoire littéraire de la France, III, p. 154-63 fS. Rémi, apôtre des FrançaisJ; Vorigny, Histoire de la vie de S. Rémi, Paris, 1741. On doit avoir découvert à Prague un homiliaire de saint Rémi. — ' August. Thierry, Récits des temps mérovingiens, i tom., Paris, 1839; Pétigny, Études sur l'époque mérovingienne, Paris, 1843-45, 3 vol.; Ozauam, la Cirilisation chrétienne chez les Francs, Paris, 184d; Montalembert, t. II, les Moines sous les .]f''rovingieus.

l'état chrétien en occident. 629

ou qu'elle avait pris déjà. Clovis était du reste un prince d'un naturel farouche, mais doué, au moral comme au physique, d'une puissante énergie. Ame belliqiieuse, il ne cessa point pour autant de faire la gueri'e; mais tous les combats qu'il livra désormais ne furent plus dans sa pensée que des combats en faveur de la religion. La principale raison par laquelle il justifia son expédition contre les Goths était qu'il ne pouvait voir sans douleur une partie des Gaules occupée par des ariens : « Allons les vaincre, disait-il, avec l'aide de Dieu, et réduire leurs pays en noti'e puissance '. » Il marcha contre Alaric et restreignit les Goths dans la province de Narbonne. 11 en fut de même de la guerre qu'il fit aux Bourguignons : la religion en fut le principal mobile, et, comme il arrive chez tous les peuples, la religion fut mêlée à la politique. Cette campagne contre les Bourguignons eut pour conséquence le bouleversement et la ruine de leur royaume dans les Gaules sous les tils de Clovis - .

Saint Rémi, évêque de Reims.

Rien n'est plus célèbre dans le moyen âge que les déclamations ou morceaux d'éloquence de saint Rémi. Un Auvergnat, dans un voyage qu'il fit à Reims, trouva le secret d'en avoir un recueil du libraire même du saint. Rentré dans son pays, il le communiqua à saint Sidoine, son évêque, lequel, charmé de la beauté de ces déclamations, s'empressa de les faire copier. Les lettrés du pays suivirent cet exemple, et tous convenaient que personne n'était alors capable d'écrire avec autant de perfection. « Les exemples qu'on y emploie, dit Sidoine dans une de ses lettres, sout comme naturels, les autorités exactes et fidèles, les épithètes choisies. Les figures y sont accompagnées de cette politesse et de ces grâces essentielles aux bons orateurs. Les raisonnements en sont pleins de force et le sens de gravité. Les paroles y coulent comme un fleuve et les conséquences portent coup comme la foudre. Les parties sont si bien liées ensemble que le tout qu'elles forment se soutient parfaitement. »

OUVR.ÏGES A CONSULTER ET «EMAnQUES CRITIQUES SUR LE N° 10.

Duchesne, Hist. Franc, script., Paris, 1836-49, 5 vol.; Bouquet, Recueil des historiens de la Gaule, Paris, 17.38-1855, 21 vol. — Greg.Tur., Bist. Franc. (Bouquet, 11,7.") et seq.; Migne, t. LXXI; en aUem., Wurzb., 1848; Berlin, 1851; surtout lib. 111, cap. xxix et seq., xl et seq., continuée par Frédegaire jusqu'en 641 (éd. Ruinart, Paris, 1699, in-fol.); Anastas. 11, P., Ep. ii ad Chlodov. reg., p. 623, éd. Thiel; Avitus Vienu., Ep. xli. (Sur la légende de la colombe qui aurait apporté du ciel l'huile sainte pour l'onction du roi, voyez Hincmar. Rhem., Vita S. Remig., c. ni; .Migne, t. CX.XV, p. \ 161. Voyez v. Murr, Die hl. Am-

' Urey. Turon., II, xxxvii, - ' Mœhler, Hist. de l'Église, t. II, p. 210.

630 HISJOIRE DE l'église.

pulle zu Rheims, Niirnb., 1801.) Leibn.,De orig. Francor. post Eccardi éd. leg. sal. et rip., Francof., 17'20, in-fol.; Rettberg, K.-G. Deutschl., I^ p. 238 et suiv.; Friedrich, K.-G. Deutschl., Il, p. 57 et suiv.; Ozanam, la Civilisation chrétienne chez les Francs, Paris, 1849; Alberdingk- Thijim, les Fils aines de l'Église (Revue belg. et étrang., Bruxelles, 1861); Gay, Sainte Clotilde et les Origines chrétiennes de la nation et monarchie française; Bouquette, Sainte Clotilde et son siècle (tous deux Paris, 1867); Junghans, Gesch. der frœnkischen Kœnige Childerich und Chlodwig, Gœtt., 1837; Bornhack, Gesch. der Franken unter den Merowingern, Greifsw., 1863. Sur les coutumes païennes, Childeb. I, L. de abolendis idololalrise reliquis, 5o4-ö38 (Baluz., Capit. I, 3; Pertz Leg. I, p. 1); Greg. Tur., Hist. Fr., VIII, 13; Mabiil., Ann. 0. S. B., I 683; Conc. Aurel., II, 333, can. sx; Turon., II, 367, c. xxn; Antissiod. 378, can. i; Nai'bonne, 389, can. xiv, xv.

Conversion dans les Iles britanniques. — Saint Patrice.

11. Tandis que la religion chrétienne était connue dans la Grande-Bretagne depuis le milieu du deuxième siècle, elle ne trouvait guère d'accès en Irlande et en Ecosse. En 431, le pape Célestin envoya en Irlande (Érin) Palladius, qui venait d'être ordonné évêque, avec quatre autres missionnaires. Palladius y trouva quelques chrétiens, mais peu d'activité. Il se retira dans le nord de l'Ecosse et y mourut quelque temps après. Le véritable apôtre de l'Irlande fut saint Patrice, né en 387, d'une famille chrétienne et considérée, probablement originaire de la Picardie. A l'âge d'environ seize ans, il fut emmené, avec plusieurs de ses compatriotes, par des pirates écossais dans le nord de l'Irlande, et vendu à un chef de tribu qui lui confia la garde de ses troupeaux. Patrice s'affectionna à la solitude et en profita pour se livrer à de profondes réflexions. La prière et la méditation étaient son unique délassement. Seize ans après, à la suite d'une vision, il s'enfuit du côté de la mer, trouva un navire qui allait mettre à la voile et rentra au milieu des siens, après avoir maintes fois ressenti les effets de la protection du ciel. Il fut repris plus tard par des pirates écossais, puis, au bout de soixante jours, rendu à la liberté par les bons offices de quelques marchands chrétiens.

Ses parents, après de si cruelles épreuves, désiraient qu'il demeurât près d'eux et ne les quittât plus; mais il entendait au fond de lui-même comme une voix qui lui disait d'aller prêcher l'Évangile aux païens de l'Irlande. Plusieurs fois, dans ses

l'état chrétien kn occident. (VM

visions nocturnes, il lui semblait entendre des Irlandais le conjurer avec larmes et les mains étendues de se rendre auprès d'eux. Il combattit longtemps avec lui-même et avec ses parents ; il était encore affermi dans sa résistance par le souvenir de la cruauté des Irlandais et par les perspectives d'une vie douce et commode. Il résolut enfin, après avoir achevé son instruction dans les couvents de la Gaule, à Marmoutier et à Lérins, et reçu les conseils de saint Germain, évèque d'Auxcrre (mort en 447), de solliciter à Rome les pouvoirs nécessaires pour évangéliser l'Irlande.

Consacré évêque dans les Gaules, Patrice arriva dans l'île Verte en 432. Quoique familiarisé avec la langue et les mœurs du pays, il rencontra d'abord- de grandes difficultés. Parcourant l'île dans tons les sens, il rassemblait autour de lui, au son de la trompette et en pleine campagne, des multitudes de peuple, à qui il racontait la vie et la mort du Sauveur. Il opéra de nombreuses conversions, non sans s'attirer la haine des chantres nationaux et des prêtres, qui soulevèrent contre lui le peuple et ses meneurs. Rien ne put effrayer notre saint. Il gagna les uns par la douceur et par son langage affectueux, les autres par des présents, et continua de déployer un zèle infatigable. Passant tour-à-tour d'une partie de l'île dans une autre, il propagea le goût de la vie monastique, qu'il communiqua aux fils et aux filles des plus nobles familles. 11 convertit aussi un barde de la cour, qui par ses chants religieux aida lui-même aux progrès du christianisme chez ce peuple passionné pour la musique. Patrice s'appliqua à former de bons apôtres, fixa sa résidence à Armagh, qui devint la métropole de l'île, et célébra quelques conciles.

Il eut encore à subir plus tard le pillage et la captivité ; mais la souffrance lui était un délice et la Providence, du reste, ne cessait de veiller sur lui. Il ne se permettait jamais, même pour un temps très-court, d'abandonner son troupeau, quelque désir (}u'il eût de revoir ses amis de la Gaule et de la Grande-Bretagne. 11 atteignit à un âge très-avancé et mourut en 465 (selon d'autres, en 493 seulement). A sa mort, l'Irlande possédait déjà plusieurs évêques, un grand nombre de prêtres et de moines. Les couvents fondés par lui devinrent les asiles de la science et les pépinières de la foi pour plusieurs peuples encore païens.

Sainte Brigide érigea des couvents de femmes vers 490. Les plus illustres d'entre ses disciples sont Benen ou Bénigne, archevêque d'Ârmagh, Ciéran, évêque de Clonmacnois, et plus tard saint Finien, évêque de Clonard (mort en 552). L'Irlande eut ainsi de bonne heure le rare privilège d'être appelée l'Ile des saints.

ODVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQCES SUR J.E N» H.

Prosper., Chi'on., part. II, p. 309, éd. Canisii. — Basn., Beda, Hist. eccl. gent. angl., I, 4, 13; S. Patricii Opusc, éd. Waraeus, Lond., 1658 : Gallandi, X, lö9 et seq.; Acta sanct., t. H, mart., p. 533 et seq.; febr., t. III, p. 131, 179. Cf. Bibl. Patr. max., Lngd., VIIT, 875. Catalogue des saints, en trois classes, dans Usher, Brit. eccl. antiq., Lond., 1687, p. 913 et seq. Conciles, dans Mansi, VI, 313-538; Héfelé, II, p. 565 et suiv.; Rohrbaclier-Rump, IX, p. 34-47; Greith, Die altirische Kirche, t. I, Fribourg, 1867, p. 25 et suiv.; Th. Moore, Hist. of Ireland, Paris, 1835; en allemand par Klee, Majence, 1867; Lanigan, Eccl. historv of Ireland., 2^ édit., Dublin, 1829; Cotton, Fasti eccl. Hibern., Dublin, 1845-60, t. V. Selon quelques-uns, saint Patrice serait né en Irlande même; selon d'autres, à Pembrokeshire, dans le Wales; selon d'autres à Cornwall; d'après Usher, Colgan, Néander (I, 474), au village de Bonnaveu, dans le nord de la Grande-Bretagne, entre les villes écossaises Glasgow et Dumbritton; ce village aurait reçu plus tard le nom de Kil (Kirk) Patrice, en souvenir de lui. Selon O'Sullivan, Dempster, Lanigan, Th. Moore, Ritter, Greith (p. 95), il serait né à Boiilogne-sur-Mer en Picardie. Selon d'autres enfin, Patrice serait Belge d'origine (Dœllinger, Manuel, 1, p. 63). L'année de sa naissance est placée par Usher en 372; par les Bollandistes en 377; par Tillemont en 395-413 ; par la plupart en 387. Ou croit généralement qu'il mourut en 465 ; selon Greith, p. 137 et suiv.. en 493. Sur sainte Brigitte, voyez Acta sanct.. febr., I, p. 99.

Les Écossais.

12. Les Pietés du sud, qui avaient émigré de la Norv^'ége dans le nord de la Bretagne, TÉcosse actuelle, furent convertis l'an 412 par Ninien, évêque breton. Plus tard, ce pays fut visité par un nommé Gildas, qui pénétra aussi dans d'autres contrées. Au nord de l'Ecosse, les Calédoniens, d'origine celte, ainsi que les habitants des îles Hébrides, ne reçurent l'Évangile que vers 563. Il leur fut annoncé par Colomban, moine irlandais, qui aborda dans l'île de Hy avec douze disciples et y fonda un couvente élèbre, qui convertit peu à peu le pays tout entier.

Cette île fut donnée à Colomban par Conall. roi des Écossais

l'état chrétien en occident. 633

albanais, et fut longtemps le lieu de sépulture des rois d'Ecosse. Colomban baptisa le roi Brid (ou Brud) et son peuple, érigea encore plusieurs couvents et laissa à sa mort (597) une multitude de religieux qui prêchèrent avec ardeur la bonne nouvelle de l'Évangile. Ses successeurs, les abbés de Hy, devinrent trèspuissants et exercèrent même quelque autorité sur les évêques des Écossais et des Pietés, dans le nord de la Bretagne et dans les îles Hébrides. Saint Kentigern, évêque de Glasgow (mort en 601). envoya au dehors de nombreux missionnaires de la foi.

Beda, III, 4; Vita S. Columb.; Canis, Lect. ant., I, p. 675 et seq.; Mabill., Acta sanct. 0. S. R., t. I; Acta saiict., 9 jun.; Greith, op. cit., p. iol et suiv.

Les Anglo-Saxons.

13. Dans l'Angleterre proprement dite, le christianisme était depuis fort longtemps répandu parmi les anciens Bretons. Ceux-ci, depuis que les Romains les avaient abandonnés, n'étaient plus en état, au milieu de leurs divisions intestines, de se prémunir contre les incursions des Pietés et des Écossais. En 449, ils appelèrent à leur aide les Anglo-Saxons, qui habitaient le nord de l'Allemagne. Les Anglo-Saxons s'emparèrent pour leur propre compte de la partie méridionale et centrale de l'île, firent aux Bretons une guerre de destruction implacable et les acculèrent de plus en plus dans les régions de l'ouest. Plusieurs Bretons se réfugièrent en Gaule et s'établirent dans l'Armorique, qu'ils appelèrent la Bretagne.

XN'ales et Cornwales demeurèrent les principales résidences de l'ancienne tribu celtique, qui y possédait encore au commencement du sixième siècle des couvents florissants, des princes religieux, d'excellents évêques, tels que saint David, archevêque de Menevia (mort en .^4.4), saint Dubricius, qui vers 522 mourut solitaire dans l'île de Bardsey, son disciple Theliaus (mort vers 560), saint Udocée, saint Paterne, Daniel, Gondelus, Cadoc, lltutus, etc. Quant à l'ancien clergé breton, loin de concourir ä la conversion des Anglo-Saxons, il retourna peu à peu à sou ancienne barl)arie dans les provinces occupées par les conquérants. La haine nationale entre vainqueurs et vaincus était extrêmement vivace; les vainqueurs traitaient les vaincus

634 HISTOIRE DE l'ÉGUSE.

comme des esclaves, les empêchaient de relever les églises abattues et persévéraient obstinément dans le paganisme.

Beda, I, lö et seq., 22; Gildas Beedonicus (.560-380), De excidio Brit. lib. querul., ap. Thom. Gale, Hist. Brit. Sax. Angl. scr., XV, Oxon., 1691; Migne, t: LXIX; Usher, op. cit.; Walter, Das alte Wales, Bonn, 1839; Rohrbacher-Rump, IX, p. 25 et sniv.

Conversion dans le Kent et dans l'Essex.

14. Ce que le clergé breton était incapable et n'avait pas la volonté de faire, le pape Grégoire le Grand l'essaya sur la fin du sixième siècle avec un plein succès. Déjà lorsqu'il n'était encore qu'abbé, son attention avait été attirée vers le peuple anglo-saxon. Il remarqua un jour sur le marché des esclaves quelques jeunes gens vigoureux de cette tribu et apprit qu'elle était encore païenne. Il résolut de s'y rendre en qualité de missionnaire et il en demanda l'autorisation au pape Pelage II. Mais il trouva un obstacle dans l'affection que lui portaient les Romains, et en 590 il était lui-même élevé sur le Saint- Siège. Il demanda alors aux fonctionnaires qui administraient dans la Gaule les biens de l'Église romaine d'acheter des enfants anglo-saxons et de les envoyer à Rome. Son dessein était de les instruire et de les charger ensuite d'aller prêcher la foi à leurs compatriotes. Cependant, comme ce moyen ne conduisait que lentement au but et qu'il trouvait un encouragement dans le mariage d'Éthelbert de Kent, roi anglo-saxon, avec Berthe, princesse franque et chrétienne, en 596 il envoya dans la Bretagne, où les Anglo-Saxons avaient établi de sept à huit royaumes indépendants, l'abbé Augustin avec trente-neuf reUgieux de Rome.

Pendant leur voyage à travers la France, les moines apprirent des choses si révoltantes sur la barbarie du peuple qu'ils allaient convertir, qu'ils résolurent de demander au pape la permission de retourner chez eux. Grégoire persista dans son dessein. Il adressa aux missionnaires des lettres de recommandation pour les princes et les évêques de la Gaule, et leur conseilla d'emmener avec eux des interprètes de ce pays. Ils arrivèrent en 597 dans l'île de Thanet, et obtinrent du roi Éthelbert, favorablement disposé par son épouse, la permission de prêcher dans le

l'état chrétien ex occident. H3,S

pays. Le peuple les écouta avec beaucoup d'attention ; le désintéressement, les mœurs austères de ces prêtres étrangers touchèrent les cœurs. Le nombre des catéchumènes augmenta, et, le 2 jui[i 597, le roi lui-même se faisait donner le baptême.

Grégoire continuait par ses rescrits de diriger la mission avec beaucoup de prudence et de réserve. On évita, conformément à ses instructions, de détruire les temples des païens, et l'on se borna à les convertir en temples chrétiens; les festins des sacrifices ne furent pas formellement défendus, mais on les célébra comme des repas d'actions de grâces en l'honneur du Très-Haut, à la manière des anciennes agapes, donnant ainsi une signification chrétienne à une foule de coutumes d'ailleurs illicites. Ces mesures, inspirées par les règles d'une sage pédagogie, firent impression sur la multitude, toujours éprise de ce qui frappe les regards. Kent devint le foyer du christianisme pour les pays d'alentour.

Cet heureux succès de ses premiers efforts détermina l'abbé Augustin à se rendre dans la Gaule, où il reçut, avec l'assentiment du pape Grégoire, la consécration épiscopale des mains de l'archevêque d'Arles, vicaire apostolique. En b97 déjà, le jour de Noël, Augustin baptisait dix mille An glo- Saxons. Il envoya alors deux de ses compagnons, le prêtre Laurent et le moine Pierre, rendre compte au pape de leurs travaux, solliciter de nouveaux collaborateurs et lui demander la solution de quelques difficultés. Grégoire leur donna d'excellentes instructions sur la liturgie, sur le mariage des nouveaux convertis, sur les relations du nouvel évêque avec l'épiscopat franc. Il envoya en outre des reliques, des ornements d'église et surtout de nouveaux auxiliaires.

Métropoles d'Angleterre.

15. Après qu'Augustin eut obtenu de nouveaux et plus brillants avantages, Grégoire lui envoya, en 601,1e pallium archiépiscopal et des prescriptions sur la hiérarchie anglicane. Il décida que l'Angleterre aurait pour métropoles Londres et York, avec chacune deux évêchés. Augustin devait être, sa vie durant, premier métropolitain; après sa mort, l'archevêque le plus ancien par ses services aurait la prééminence. Dorovernuin (plus tard Cantorbéry) étant alors la capitale du pavs,

Augustin y fixa son siège, et Cantorbéry garda depuis le rang de métropole. Le pape envoya des présents et des lettres à Ettielbert, qui travaillait également dans les intérêts de la foi. Ce prince accorda généreusement une place pour la construction de l'église métropolitaine et se chargea de sa dotation.

Sur ces entrefaites, Mellitus, envoyé par le pape dans l'Essex, y produisait les plus heureux fruits. Eu 604, il baptisa le roi de ce pays, Sabereth, et fonda l'évèché de Londres, dont il fut le premier évêque. Tant que vécurent ces deux rois, l'ÉgUse anglo-saxonne fit de continuels progrès. Malheureusement, leurs fils étaient demeurés païens et menaient une vie licencieuse. Depuis la mort d'Augustin (605-607), les autres missions n'offrirent plus la même solidité, et sous le gouvernement des rois païens de Kent et d'Essex (depuis 616), la marche du christianisme fut sérieusement menacée. L'évèque de Londres, Mellitus, fut expulsé. Son compagnon Juste, qui était devenu évèque de Rochester, rentra également dans la Gaule. Ces deux évêchés étaient les seuls qu'on avait pu fonder jusque-là. Laurent, successeur d'Augustin sur le siège archiépiscopal, avait lui-même perdu tout espoir et se préparait à quitter l'île. Heureusement, la conversion pour ainsi dire miraculeuse d'Éadbald, roi de Kent, détourna le danger. Laurent mourut en 619; il eut pour successeur MeUitus et celui-ci Juste de Rochester (624).

Beda, I, 23 et s., 31 et s.; il, 1 et s.; Paul, diac, Vita Greg. M., et Greg. M., 1. V, Ep. lii-liv; VI, vu, xxviii; VIII, xxx; XI, lxiv-lxv; Greg. Tur., IX, 26; Lingard, Antiq. of the Anglo-Saxon church., Newcastle, 1806, 1843, 2 vol.; en allemand par Ritter, Breslau, 1847; Kemble, Die Sachsen in England., en allemand par Brandes, Leipzig, 1853, 2 vol.; Schrœdl, Einführung des Christenthums bel den Angelsachsen, Passau, 1840; Tüb. Q.-Schr., 1840, p. 664 et suiv. La mort d'Augustin est placée tantôt en 605 (Mœhler-Gams, II, p. 33), tantôt en 607.

Le Northumberland et autres royaumes.

16. La fille du roi Éthelbert, Édilberge (Ethelberga), en épousant le roi Edw^in et en acceptant l'évèque Paulin, con.sacré par l'archevêque Juste, ouvrit à la foi chrétienne une route nouvelle dans le vaste empire situé au nord du Northumberland. Le pape Boniface essaya de convertir le roi, et son suc-

l'état chrétien en occident. 637

cesseur Honorius fit tous ses efforts pour propng-er là et dans d'autres royaumes anglo-saxons la religion de Jp.'ins-Christ. Dans une assemblée tenue en 627, le roi, d'accord avec les seigneurs, décréta l'abolition de l'idolâtrie et reçut le baptême avec plusieurs grands personnages. Paulin fixa son siège à York. Le roi Edwin détermina aussi le roi d'Est Anglie, Corpwald, à embrasser le christianisme; mais celui-ci fut assassiné par les païens, et trois ans se passèrent (630) avant que son frère Sigebert, baptisé dans la Gaule, s'occupât, avec l'aide de l'évêque Félix de Bourgogne, d'introduire le christianisme dans ce royaume (63t).

Sigebert fut le premier prince anglo-saxon qui entra dans un couvent. Il fut suivi par ßgeric, qui trouva la mort, ainsi que Sigebert et le roi Anne (654), pendant une incursion de Penda, roi païen des Merciens. Après la mort du roi Edwin, Paulin, cédant à la prépondérance des païens victorieux, dut s'enfuir à Kent avec la reine Édilberge, où ils furent honorablement accueillis par le roi Éadbald et l'archevêque Honorius (depuis 630). L'évêché de Rochester étant devenu vacant par la mort de Romain, son titulaire, Paulin l'administra jusqu'à sa mort. Le pape Honorius (634) avait inutilement envoyé à Paulin le pallium archiépiscopal et fondé la seconde métropole d'York, réservant le premier rang à Cantorbéry. Cependant, Oswald, neveu de Edwin et chrétien fervent, obtint dans la suite la souveraineté sur le Northumberland , et Aidan , moine irlandais du couvent de Hy, qui avait été consacré évêque et résidait dans l'île de Lindisfarne, prêcha avec des religieux de son ordre et eut de grands succès. Le roi Oswald (mort en 642) lui prêtait en cela un utile concours. Les Saxons de l'ouest embrassèrent le christianisme en 634. L'évêque Birin, envoyé par le pape Honorius, prêcha à Wessex. Le Franc Leuthère ou Éleuthère continua comme évêque (670) l'œuvre de la conversion des Saxons occidentaux. Le roi de Mercie, Peuda,qui avait souvent opprimé des royaumes chrétiens, succomba en 685 dans sa lutte contre Oswy du Northumberland, lequel réunit son royaume au sien et fit ordonner Diuma évêque des Merciens et des Angles du centre.

Chez les Saxons qui habitaient au sud de Sussex, le christianisme ne pénétra que beaucoup plus tard. L'évêque Wilfried,

expulsé du Northumberland, y prêcha l'Évangile de 680 à 685 et fonda un monastère. Pendant une période de quatre-vingts ans, des prêtres romains, irlandais, francs, et à la flu des anglo-saxons aussi convertirent au christianisme toutes les tribus de l'heptarchie anglo-saxonne. En 668, Théodore de Tarse, moine érudit, fut consacré archevêque de Cantorbéry par le pape Vitalien, qui l'envoya en Angleterre accompagné de l'abbé Adrien. Us y fondèrent des écoles pour l'enseignement de la théologie, des mathématiques et des langues classiques, et formèrent une phalange de savants, tels que l'abbé Albin etl'évêque Tobie d'York (mort en 726). Plusieurs Anglo-Saxons étudièrent dans des couvents irlandais. Des relations étroites unissaient les Églises d'Irlande et d'Angleterre et toutes deux prospérèrent à souhait. L'archevêque Théodore (668-690) visita les diverses Églises d'Angleterre, assembla plusieurs conciles, favorisa les couvents et s'occupa de la décoration des églises. Benoît Biscop érigea le couvent de Weremouth, dédié à saint Pierre, et le couvent de Jarrow, sous le vocable de saint Paul, après avoir résigné celui de Saint-Pierre de Cantorbéry en faveur de l'abbé Adrien. Les monastères devinrent très-nombreux et exercèrent une grande influence. Souvent des rois et des reines y finissaient leurs jours. L'abbé Aldhelm était à la tête du couvent de Malmesbury. Évesham et Glastonbury , « le couvent des saiiits, » acquirent également une grande renommée.

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° i6.

Beda, II, 9 et seq., 17 et seq. 5 III, 3 et seq.; IV, 2; Mansi, X, 579 et seq.; Migne, t. LXXX, p. 476 et seq.; Rohrbaclier-Rump, X, p. 238-247, 362 et siiiv., 379 et suiv., 465 et suiv.

Situation de l'ancien clergé breton. — Diversité des rites.

17. Toutes ces conversions, l'ancien clergé breton n'y eut aucune part; la haine nationale, à défaut d'autre cause, aurait suffi pour le tenir à l'écart. Il ne voulut point reconnaître la dignité de primat que Grégoire le Grand avait conférée à l'archevêque Augustin, et opposa à celui-ci une résistance invincible; il avait la conscience de ses imperfections et le pressentiment de la réforme dont il était menacé. 11 existait de plus, entre le clergé breton et les nouveaux missionnaires, des divergences de rites importantes, notamment sur la supputa-

l'état chrétien en occident. 639

tion de la fête de Pâques. Sans doute, les anciens Bretons n'étaient pas quartodécimans ; ils célébraient Pâques le dimanche, mais ce dimanche n'était pas toujours le même que celui des Romains. Ils observaient encore, comme les Irlandais, le cycle de quatre-vingt-quatre ans. Privés de toute relation avec le reste de la chrétienté par les désastres nés de l'émigration des peuples et par les ravages des Anglo-Saxons, ils n'avaient pas connu le cycle nouveau et plus commode établi par Denis le Petit en 525 et généralement adopté. Dans leur ignorance, le nouveau cycle pascal apporté par Augustin en Angleterre leur semblait une dangereuse nouveauté, et ils le repoussaient de toutes leurs forces. Les anciens prêtres bretons n'avaient pas la même tonsure que les prêtres de Rome, la tonsure romaine, comme on l'appelait. A l'exemple de plusieurs moines, ils se rasaient entièrement la tête, ou tout au moins la partie antérieure : c'était, disaient-ils, la tonsure de saint Paul ou de saint Jean, mais leurs ennemis l'appelaient la tonsure de Simon le Magicien.

Il y avait également des différences dans la liturgie, dans l'ordination des évêques, dans l'administration du baptême, dans le mariage, le célibat, les ordres religieux. Sans doute, aucune de ces divergences n'affectait le dogme : s'il y avait eu quelque variation sur ce point, jamais l'archevêque Augustin, si délicat en ces matières, n'eût accepté le concours des Bretons pour la propagation de l'Évangile. Le nom de culdéens ne permet pas de conclure l'existence d'un parti rehgieux distinct; c'était l'ancienne appellation (ministres de Dieu) des prêtres bretons. On ne peut pas non plus démontrer ni que le christianisme en Angleterre, ni que les anciens usages bretons proviennent de l'Asie-Mineure. Augustin insista sur l'uniformité en matière de culte et de discipline, parce que la diversité des pratiques extérieures de la reUgion produit toujours une fâcheuse impression sur des peuples grossiers et sans culture.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N» il.

Résistance an pouvoir primatial d'Augustin, Bède, I, 29 ; Greg.Magn., lib. XI, Ep. Lxv. Sur l'ancienne coutume de célébrer Pâques chez les Bretons, Bède, III, 4, disait : « Pascha in die quidem dominica, alla tarnen, quam decebat, hebdomada celebrabant. » Cf. Il, n, 19.

Après le concile de Nicée, il y avait encore différentes manières de cal-

040 His'l'OiRE DE l'Église.

culer le jour de Pâques. Rome et Alexandrie différaient à cause de leurs cycles (le premier était de quatre-vingt-quatre ans, le second de dix-neuf), par exemple en .326, 333, 340, 343. Le concile de Sardique amena un accord pour les cinquante années suivantes. En 387, Théophile d'Alexandrie composa, sur le désu' de l'empereur Théodose l", un tableau pascal, que Cyrille abrégea; il fixait le jour de Pâques pour une durée de quatre-vingt-quinze ans (436-531). En 455, Léon le Grand s'occupa aussi de régler le jour de Pâques (Ep. cxxxvii, cxxxviii, cxm; Prosp., Chron., an. 45.Ö); il céda quelque temps aux Orientaux, puis il s'enquit d'un homme savant qui fixerait ce jour pour l'avenir. Son diacre Hilaire s'adressa à Victorius d'Aquitaine, (jui établit en 457 de nouvelles tables pascales (Hilar., Ep. u, m, p. 130 et seq., ed. Thiel). Ces tables se lapprochaient davantage de la manière de voir des Alexandrins.

Denis le Petit aida encore dans la suite à ce rapprochement. Rome et l'Italie adoptèrent sa correction, avec le cycle de quatre-vingt-quinze ans. La Gaule conserva le canon de Victorius; les Bretons le cycle de quatre-vingt-quatre ans de Sulpice-Sévère avec des corrections. Héfelé, Conciles, I, p. 315 et suiv.; Rossi, Inscript, urb. Romae,t. I, p. lxxxvi; Piper, Caris d. Gr. Kalendar u. Ostertafel, Berlin, 1858. Contre ceux qui prétendent que le christianisme fut importé de l'Asie-Mineure chez les Bretons, on allègue l'usage constant de célébrer Pâques le dimanche, les paroles de Constantin le Grand sur la conformité de la Bretagne avec d'autres pays en ce point (Eus., V. C, III, 19; Socr., I, 9), conformité qui ne pouvait venir que de l'emploi du cycle de quatre-vingtquatre ans, usité à Rome; les déviations peu importantes dans la liturgie: elles ne sont pas plus fortes que celles qu'on rencontre jusqu'au onzième siècle dans d'autres Églises d'Occident.

Sur la tonsm-e, Beda, V, 21. Cf. Paulin. iNol., Ep. vu. Sur les « Culdei, Keledei, Kyledei, Colidei — « id est cultores, servi Dei » — voyez Hector Boeth., Hist. Scot., lib. VI, p. 65; Gieseler, K.-G., I, II, p. 461, 4^ éd.; Braun, De Culdeeis comment., Bonn., 4840. Contre Ébrard (Die culdeische Kirche des 6, 7 u. 8 Jahrh., dans Niedner, Ztschr. f. hist. Theol., 1862; K.-G., Il, p. 393 et suiv.); voyez Schwab (Œsterr. Vierteljahrschr. f. Theol., 1868, I); réponse d'Ébrard (Ztschr. f. hist. Th., 1875, IV), après la mort de Schwab; il n'apporte aucune raison décisive.

18. Les assemblées tenues en 601 pour résoudre la question de savoir si on reconnaîtrait Augustin demeurèrent sans résultat. La haine qu'on portait aux Anglo-Saxons semblait refluer sur leurs maîtres étrangers. Augustin déclara à l'ancien clergé breton que , puisqu'il refusait de porter la vie aux Angles , les Angles lui apporteraient la mort. Peu de temps après, Édelfried, roi de Norlhumberland, fit mettre à mort

l'état chrétien en occident. 641

douze moines qui avaient pris part à la guerre contre lui et renverser de fond en comble le couvent de Bangor. Sur ces entrefaites, à la suite de négociations avec le Saint-Siège, le cycle pascal de Rome fut adopté sans résistance dans le sud de l'Irlande (après 633).

Au nord, où les moines de Hy exerçaient une grande autorité, l'ancien usage subsista plus longtemps. Dans le Northumberland, qui eut successivement trois rois irlandais, l'un de ceuxci célébrait Pâques d'après la supputation des Irlandais, les deux autres d'après celle des Romains. En 664, une discussion eut lieu sur ce sujet à Strenaeshalch (Whitby, non loin d'York, synodus pharensis)^ en présence d'Oswy, roi de Northumberland, de son fds AJchfrid et de la célèbre abbesse Hilda. Oswy finit par déclarer qu'il fallait embrasser la pratique de Rome, à cause de l'autorité de Pierre, prince des apôtres, et de son Siège. On y accepta aussi la tonsure romaine. Colman, évêque de Lindisfarn, préféra renoncer à l'épiscopat plutôt que de céder et retourna en Irlande. Enfin, grâce aux démarches de l'abbé Adaman, le cycle romain fut introduit en 703 dans le nord de l'Irlande, puis au couvent de l'île de Hy, en 716, par l'influence d'Egbert, prêtre d'Angleterre. En 729, l'unité était partout établie.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Oswy avait demandé le jugement du Saint-Siège sur le jour où l'on devait célébrer la fête de Pâques. Le pape, après avoir loué son zèle pour la conversion de ses sujets, l'exhorte à suivre inviolablement, touchant ce point et tous les autres de la religion, les règles établies par le pi'ince des apôtres saint Pierre et par saint Paul, qui sont dans l'Église pour éclairer les fidèles par leur doctrine ce que sont au firmament les deux grands luminaires qui éclairent le monde ^

Dans l'assemblée tenue en présence du roi, on fit valoir de part et d'autre, les uns l'autorité de saint Pierre, qui, en considération de ce que le Seigneur était ressuscité un dimanche, avait fixé celui qui arrivait après le quatorzième jour de la lune de mars pour célébrer la Pâques; les autres, une certaine tradition venue en partie de l'apôtre

^ Oportet vestram celsitudinem, utpote membrum existens Christi, in omnibus piam regulam sequi perenuiter principis apostolorum, sive in Pascha celehrando , sive in omnibus quse tradiderunt sancti apostoli Petrus et Paulus, quia ut duo luminaria cœli illuminant mundum, sic doctrina eorum corda hominum quotidie illustrât credentium. (Epist. v ad Osv. reg.)

tU2 HISTOIRE DE I.'ÉGLISE.

saint Jean, qni célébrait toujours la Pâques le quatorzième de la luiu', et en partie de certains Asiatiques qui l'obserTaient un dimanche, fûtce le quatorzième jour de la lune, contre l'usage des Romains, qui, pour ne point faire la Pâques avec les juifs, lorsque le quatorzième de la lune arrivait un dimanche, en remettaient la solennité au dimanche suivant.

Celui qui parlait pour l'usage romain dit à son adversaire : Vos anciens, qui dans ces provinces ont suivi l'usage dans lequel vous êtes, peuvent être excusés sur leur simpHcité et parce qu'il n'y avait personne parmi eux qui fût capable de les instruire du contraire. Mais vous et vos adhérents, auxquels on signifie les décrets du Saint-Siège et même de l'Église universelle, bien marqués dans les saints canons, vous êtes sans doute des prévaricateurs, si vous ne les suivez pas *.

J'admets, poursuit-il, que vos auteurs aient été des saints : s'ensuit-il cfue leur petit nombre, soiii d'un coin de notre île, doive être préféré à l'Église universelle répandue par toute la terre? Est-ce que votre Colombe, tout saint et tout grand faiseur de miracles qu'il a pu être, peut être préféré au prince des apôtres, auquel le Seigneur a dit : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, elles portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ^ ?

Le roi demanda à l'adversaire du romain s'il était vrai que le Seigneur evit dit ces choses à saint Pierre, et comme celui-ci l'avoua, le roi poursuivit : Pouvez-vous dire que votre Colombe ait reçu une pareille puissance ? Non, seigneur, répondit lautre. Alors le roi, s'adressant aux deux parties, leur deinanda si elles convenaient que Jésus-Christ eût adressé ces paroles personnellement à saint Pierre et lui eût donné les clefs du royaume des cieux. L'une et l'autre répondirent qu'elles en convenaient. D'où le roi conclut : Et moi, je vous

^ lUos Dei famulos et Deo dilectos non nego, qui simplicitate rustica, sed intentione pia Deum dilexerunt neque illis multum obesse Paschae talem non observantiam, quamdiu nullus advenerat, qui eis instituli perfeclionis décréta, quse sequereutur, ostenderet. Quos utique credo si qui tune ad eos catholicus calculator adveniret, sic ejus monita fuisse secuturos, quomodo ea quse noverant ac didicerant Dei mandata probantur fuisse secuti. Tu autem et socii tui, si audita décréta Sedis apostolicse, imo universalis Ecclesige, et hsec litteris sacris coutirmata sequi contemnilis, absque uUa dubietate pereatis. fSyn. Phar. ijS, apud Bed., Hist. eccl., lib. III, cap. xxv.)

^ Etsi enim Patres lui sancti fuerunt, numquid univ.'rsali quse per orbem Christi est Ecclesise herum est paucitas una de angulo extremte insulae prfeferenda ? Et si sanctus erat ac potens virtutibus ille Golumba vester, imo et uoster, si Christi erat, uum praeferri potuit beatissimo apostolorum priucipi oui Dominus ait : Tu es Petrus, et super banc petram sedihcabo Ecclesiam meam, et portas iuferi uon prœvalebunt adversus eara, et tibi dabo claves regni cœlorum. flbid.J

l'état chrétien en occident. 643

dis que, puisque saint Pierre est le portier du royaume des deux, je ne veux point lui contredire; je souhaite au contraire de tout mon cœur et de toute ma puissance obéir à ses règlements, de peur que, quand je me présenterai pour entrer au royaume des cieux, il ne se trouve personne pour m'en ouvrir la porte, n'étant point uni à celui qui en tient les clefs ' .

Tous les assistants applaudirent à ces paroles du roi; les grands comme les petits, renonçant aux usages abusifs, témoignèrent qu'ils embrasseraient avec empressement ceux qu'ils reconnaissaient pour légitimes 2,

Beda, II, 2; III, 23; V, 15 et seq., 22 et seq.; Héfelé, III, p. 38 et suiv., 98. Parmi les saints, il faut nommer surtout : Édelburge, épouse de saint Édouin, roi de Northumberland, 623 (Bède, II, 9, 11, 20); le roi Oswald, v. 634; saint Fursius (Bède, 111, 19); les saints du Lindisfarne (Pagi, an. 634, n. 7).

Les chrétiens en Allemagne avant saint Boniface. — Les chrétiens sous les Germains. — Séverin et Valentin.

49. Au sixième et au septième siècle, la plus grande partie de l'Allemag-ne était encore païenne. Les institutions chrétiennes y avaient été abolies dans le cours du cinquième siècle et il n'en subsistait que de rares débris. Et pourtant la population était pleine de respect pour la religion et ses ministres; malgré tous ses vices, tels que l'ivrognerie et la passion du jeu, elle ne manquait pas de vertus humaines et semblait éminemment propre à recevoir la bonne nouvelle du salut. Les Germains, disséminés en une multitude de peuplades et de petits districts passagèrement unis dans les temps de détresse, mais

* Haec pérorante Vuilfrido dixit res : Verene, Colmanne, haec illi Petro dicta sunt a Domino ? Qui ait : Vere rex. At ille : Habetis, inquit, vos proferre aliquid tantœ potestatis vestro Columbse datum. At ille ait ; Nihil. Rursum autem rex : Si utrique vestrum, inquit, in hoc sine ulla controversiaconsentiunt,quod hsec principaliter Petro dicta, et ei claves regni coelorum sunt data a Domino. Responderunt etiam utrique. At ille ita conclusit : Et ego vobis dico, quia hic est ostiarius iste, cui ego contradicere nolo ; sed in quantum novi, vel valeo hujus cupio in omnibus obedire statutis, ne forte me adveniente ad fores regni coelorum, non sit qui reseret, averso illo, qui claves tenere probatur. (Ibid.)

^ Hsec dicenle rege faverunt assidentes quique, sive astantes, majores cum mediocribus, et abdicata minus perfecta institutione, ad ea quse meliora cognoverant, sese transferre festinabant. (Ibid.)

d'ailleurs complètement séparés les uns des autres, ne pouvaient être alliés d'une manière durable que sous l'action du christianisme.

Il y avait surtout des chrétiens dans les régions du Rhin et du Danube, dans la Norique, la Rhétie et l'Helvétie; mais le nombre des évêques et des prêtres était encore bien limité. Ce furent principalement des missionnaires irlandais et bretons qui entreprirent la conversion de cette foule de païens, en même temps qu'ils érigèrent parmi eux quantité de monastères. Au sud-est de l'Allemagne, dans la Norique et la Rhétie, deux saints se chargèrent d'évangéliscr les peuples : saint Séverin (mort en 482), qui formait près de Fabiana (non loin de Vienne) de nombreux disciples : grande figure historique et consolateur des provinces délaissées par les Romains; saint Valentin, Belge d'origine, abbé et évêque, qui, avec l'assentiment du pape Léon 1", se fit plus tard le messager de la foi parmi les TyroHens. L'évêché de Lorch (Laureacum) fut maintenu, mais séparé d'Aquilée vers 540 et réuni à l'Église de la Gaule. Pettau eut le même destin. Salzbourg, Passau, Augsbourg, Ratisbonne et Soeben avaient des prêtres chrétiens; mais il est impossible d'établir la succession des évêques dans ces temps reculés.

OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITIQUES SUR LE N° d9.

Sur l'ensemble, Hansiz, S. J., Germania sacra, Aug. Vindel., 1727 et seq.; Vienne, 1755, l. I-III; S. Galles, S. J., Annales Eccl. germ., Vienn., 1756 et seq., t. VI, in-fol.; Ussermann, Mon. rer. Alem. illust., S. Blas., in-4°, t. H; GuUia christiana op. monach. e congr. S. Mauri, t. IV; Jos. V. HormajT, Wien, seine Geschicke u. Denkwürdigkeiten, l. I, p. H2 et suiv.; A. Muchar, Das rœm. Norikuni, Gratz, 1826 ; Klein, Gesch. des Christenlh. in Oesterr. u. Steiermark, Vienne, 1840; J.-W. Rettberg, K.-G. Deutschlands, 1. 1, II, Gœttingue, 1 846-48; W. Krafft, Die Anfaenge der christl. Kirche bei den german. Vœlkern, t. I, Berlin, 1854; K. Hiemer, Gesch. der Einfuhrung des Christenth*. in den deutschen Landen, Schaffh., 1857 et seq., 4« part.; Ozanam, Etablissement du christianisme en Allemage, Paris, LecotFre (en allemand, Municii, 1845). Comp. Hist.-pol. Bl., t. XVI, p. 412-420; Friedrich, K.-G. Deutschi., t. I, Bamberg, 1867, 2 vol., P« partie, ibid., 1869 (incomplète); AI. Huber, Gesch. der Einführung u. Verbreit, des Christenth. im sudœstl. Deutsch, Salzbourg, 1873. — Die irlaend. Missionoere, dans Bonner Ztschr. f. Phil. u. kath. Theol., 1843, livrais, i-ui. Détails dans Damberger, Fehr, Cantu, Phillips, Weitz, et les protestants Leo, Schlosser-

l/ÉTAT CHHÉTIEN EN OCCIDENT. 6io

Kriegk, Heeren et Uckert, Wachsmuth. Sur Séverin, voyez ci-dessus ad § 7; sur Valentin, Friedrich, I, p. 337 et suiv.; sur Lorch et Pétau, ibid., I, p. 343-338.

Les Alémans. — Fridolin. — Golomban et Gall.

20. Les Alémans, qui s'éloignaient un peu du paganisme depuis que les Francs les avaient subjugués, furent visités par saint Fridolin (mort en 330), qui avait déjà travaillé auparavant parmi les ariens de la Gaule. Fridolin, Irlandais d'origine, fonda deux couvents à Sackingen, au-dessus de Bàle, et obtint de grands avantages dans le Haut-Rhin. Il existait encore à Vindonissa (Windisch, canton d'Argovie), un siège épiscopal dont les évêques Bubulcus (317) et Grammaticus (335 à 550) sont mentionnés par des conciles de la Gaule. Le siège fut transféré à Constance sous l'évêque Maxime (vers 530). A Strasbourg et à Coire, où saint Fridohn bâtit des églises en l'honneur de saint Hilaire, il y avait également des évêques au sixième siècle; de même à Bàle-Augusta, au commencement du septième. Les chrétiens d'Aventicum (Avenche, près de Berne), de Sion (Octodurum), dans le Valais, et de Genève paraissent avoir été longtemps privés d'évêques. Une autre cause qui contribua beaucoup à la conversion des Alémans, ce fut la législation des rois francs établie sous les fils de Clovis et agrandie sous Clotaire II et Dagobert I". La Souabe, l'Alsace et une partie de la Suisse entrèrent successivement dans le giron de l'Église.

Vers 610, Golomban (Columbanus) et Gall, sortis du couvent de Bangor, en Irlande, arrivèrent chez les Alémans qui habitaient sur les rives du lac de Constance. Quittant leur patrie avec onze moines animés de la même ardeur (avant 594), ils avaient prêché dans la Gaule, puis s'étaient fixés au milieu d'une contrée sauvage du pays des Vosges, dans la forteresse à peu près délaissée d' Anagrates (Anagrey). Ils avaient réuni des disciples autour d'eux et fondé dans la Bourgogne le couvent de Luxeuil (Luxovium). Chassés de ce pays par Brunehaut, cette reine haineuse et vindicative, qui favorisait les débordements de son fils Théodoric II et exploitait l'aversion du clergé franc contre le rite des Irlandais représenté par Golomban, ils arrivèrent sur le territoire du roi Clotaire, et, après de longues marches, se fixèrent aux alentours du lac de Zurich.

640 HIS101RE DK l'Église.

Mais les païens les forcèrent bientôt de repartir et ils arrivèrent près du lac de Constance.

A Arbon, le saint prêtre Willimar leur fit un accueil affectueux et les envoya à Brégenz, dans une place romaine démantelée, où ils trouvèrent une chapelle dédiée à sainte Aurélie. Ils en firent leur demeure et se mirent à enseigner aux habitants l'art de cultiver les champs et les jardins, la pêche et différentes autres industries, prêchant souvent et brisant force idoles. Ils eurent beaucoup à endurer. Vers 612, Coloraban, suivi de quelques compagnons, partit pour l'Italie, où il fonda le couvent de Bobbio et mourut en 615. Gall, retenu par la maladie, demeura sur le lac de Constance, fonda près de la rivière de Steinach le couvent de Saint- Gall, in.struisit plusieurs jeunes gens, entre autres le diacre Jean, qui avait refusé la dignité épiscopale et l'abbaye de Luxeuil et devint évêque de Constance. Gall, après une vie pleine de mérites, mourut dans une haute vieillesse le 16 octobre 64-0 (selon les uns, de 625 à 627, et selon d'autres en 646).

Zeusz (§ 6); Héfelé, Gesch. der Einführung des Christenth. im südwestl. Deutschi., Tüb., 1837, surtout p. 2H et suiv.; Friedrich, II, p. 490 et suiv. Ouvrages sur la Lex Alam., dans Zœpfl, Deutsche Rechtsgesch., t.I, p. 40 et suiv., éd. Braunschw., 1871. — Biographie de Fridolin, Mone, Quellensammliing der bad. Landesgesch., Carlsr., 1848, 1 ; Schaubinger, Gesch. des Stiftes Saeckingen und des hl. Frid., Ensied., 1832; Friedrich, 11, p. 411-439. Évéchés de Vindonissa, Strasbourg, Coire, Bâlc-Augusta, Neugart, episcop. Constant., t. I, S. Blasn, 1803; II, Frib., 1861 ; Eichhorn, episcop. Curiensis, S. Blasii, 1799; J. Trouillat, Monuments de l'histoire de l'ancien évêché de Bâle, t. I, Porrentruy, 1852; Friedrich, II, p. 439-457. — Sur Gelpke, K.-G. der Schweiz, Berne, 185ß. Voyez Tiib. Q.-Schr., 1839, p. 465 et suiv.; Scherer, Helden und Heldinnen des christl. Glaudens aus d. Schweizerlande, Schaffh., 1857; Muelinen, Helvetia sacra, Berne, 1858; Liitolf, Die Glaubensboten der Schweiz vor St. Gallus, Lucerne, 1871. — Vita S. Columbani, auctore Jona abb. (son disciple); Mabillon, Acta sanct. 0. S. B. II, p. 5; Vita S. Galli, ap. Pertz, Mon. Germ, bist., II, 1 et seq., éditée aussi par Meyer von Ivnonau; Walafrid Strabo, Vita S. Galli; Migne, Patr. lat., t. CXIV;Ild. von Arx, Gesch. des Cantons St. Gallen, 1810 et suiv., 3 vol.; Knottenbelt, De Columbano, Lugd. Bat., 1839; Héfelé, op. cit., p. 261 etsuiv.; Greith, Der hl. Gallus, Saint-Gall, 1864; le même, Gesch. der altirischen Kirche, I, p. 252 et suiv.; Landolt, Die Christianisirung

l'état chrétien kn oc.cii»k.m. 647

des Linlli- iiud Limmatgebietes, Lucerne, i867; Friedrich, II, p. 457 et suiv.; Hartel, sur Colomban (Niedner, Ztschr. f. hist. Theol., 1873, 1, p. 396 et suiv.). Nous avons de Colomban quelques lettres, un pénitentiel pour les moines et des règles monastiques (éd. Thom. Sirinus, Lovan., 1667; Bibl. Patr. max., Lugd., t. XII; Gallandi, Bibl. Patr., t. XII); de Gall, un discours pour la consécration de Jean, évêque de Constance (Gallandi, loc. cit., p. 7öl). La mort de saint Gall est placée par Rettberg en 650 (voyez aussi ses Observât, ad vitam S. Galli, Marbourg, lcS42;; par Mabillon en 646, par Greith en G'tO, par Gelpke et Friedrich entre 623-G27.

Trudpert, Théodore, Magnus et Pirmin.

21 . Saint Trudpert prêcha dans le Brisgau et fonda vers 640 un couvent au sud de Fribourg. Il fut assassiné en 643 par nn serviteur infidèle. Deux moines, Théodore et Magnus, sortirent plus tard du couvent de Saint-Gall pour évangéliser les païens de Kempten et des rives du Lech. Magnus institua le couvent de Füssen, Théodore celui de Kempten. Plus tard, sous Charles Martel, nous trouvons parmi les Alémans saint Pirmin, qui érigea une multitude de monastères, entre autres celui de Reichenau, le plus fameux de tous, sur une île du lac de Constance. Au huitième siècle, l'Alsace et la Suisse possédaient déjà de nombreux couvents d'hommes et de femmes. Un de ces derniers, Hohenbourg, avait pour abbesse sainte Ottilie (Odilie), fille d'Adalric ou Éthicon, duc d'Alsace (elle mourut avant 720).

Acta sanct., t. 111, avril; M. Gerbert; Hist. JNigrae Silvœ, t. I, p. 47 et seq.; Mone, op. cit., p. 28 et suiv. — Vita S. Magni, dans Canisii Lect. ant., I, (»30; Friedrich, II, p. 634 et suiv.; S. Pirmini vita, Mone, op. cit., t. I; Friedrich, II, p. 370 et suiv.; Schœnbuth, Chronik des ehemal. Klosters Reicheneau, Fribourg, 1836; Staiger, Die Insel Heichenau, Constance, 1860; Kœnig, Walafried Strabo, dans Freiburg. Diœcesanarchiv, 1868, t. III. Couvents de nonnes près de Strasbourg et Saiiite- Otilie, Friedrich, II, p. 316 et suiv.

Les Bavarois et leurs missionnaires.

22. Les Bavarois (Bajuvares) furent surtout convertis par des missionnaires venus du royaume des Francs. Leur situation religieuse demeura longtemps fort embrouillée. 11 y avait parmi eux quantité de païens et d'hérétiques, mais surtout

des partisans d'Arius, de Photin et de Bonosus. Les principaux missionnaires de la Bavière furent : 1° les moines Agilus et Eustasius, du couvent de Luxeuil, nés en Bourgogne de parents distingués (616-650); 2° saint Rupert, évêque de Worms, qui baptisa le duc Théodon à Ratisbonne, bâtit un couvent et une église (Saint- Pierre) sur l'emplacement de l'ancienne Juvavia (Salzbourg), fit construire à sa nièce Ehrentrude un couvent de femmes. Parmi ses nombreux disciples, Gisalrich et Eunald édifièrent une église près de Vienne. Les uns placent sa vie active entre les années 580 et 620, les autres dans l'année 690. 3° Saint Emmeran, évêque d'Aquitaine, se proposait d'évangéliser les Avares de la Pannonie ; mais il fut retenu par Théodon, duc do Ratisbonne, et travailla en Bavière pendant quatre ou six ans. A la suite d'un soupçon mal fondé, il fut tué à Helfendorf par Lambert, fils du duc (entre 654 et 659). 4° Corbinien, ermite franc, mourut en 730 premier évêque de Frisingue, après avoir traversé une foule de difficultés et subi une cruelle persécution. Déjà avant la fin du sixième siècle, la Bavière comptait quelques ducs chrétiens, entre autres, assure-t-on, Garibald, père de ThéodeUnde, reine des Lombards.

V. A. Winter, Aelteste K.-G. von Altbayern, Osterr. und Tyrol, Landsh., 1813; Rudhart, Aelteste Gesch. Bayerns, Hambourg, 1841; Contzen, Gesch. Bayerns, Munich, I8ö3; Schuegraf, Gesch. des Doms von Regensb., Ratisbonne, 1848; A. Niedermayer, Das Mœnchthum in Bajuwarien, Landsh., 18ö9; Koch-Sternfeld, Zur feltesten Gesch. von Bayern u. Oesterr., Ratisbonne, 1854. Le même, Das Christenthum zw. Rhein und Donau, ibid., 18b5. Sources, dans Monum. boica, Monach., 1769-1875, 42 voL in-4°. Sur Agilus et Eustasius, Acta sanct., 29 mart., 30 aug.; cf. 22 sept. L'ancienne tradition met la carrière active de saint Rupert entre 580 et 620; elle est soutenue par J. Mezger (Hist. Salisb., 1692), Pez, Bède Seeauer, abbé des bénédictins (1722 et suiv.); M. Filz, Koch-Sternfeld, de Fribourg, Kertz, Mutzl, Dœllinger (Lehrb.,1, p. 67); une époque plus récente (696) est admise par H. Valois, Mabillon, Pagi, Hansiz (S. J.), Stesch, Gutrath, Zirngibl, Rettberg, Blumberger, G. -Th. Rudhart, Damberger, Bùdinger, Haas, Ritter, Gfrœrer, Diimmler, Wattenbach. P. Rupert Mittermüller, 0. S. B. (1855), place l'apparition du saint dans la première moitié du sixième siècle ; Friedrich (Das wahre Zeitalter des hl. Rupert, Munich, 1866), tout en différant souvent de Mittermüller, le suit en ce point, mais il fait revenir et mourir le saint à Worms. Voyez Reiser, dans Bonner theol. Lit.-Bl., 1867, p. 152

l'état chrétien en occident. 649

et suiv.; Mœhler-Gams, II, p. 63-67. Al. Huber croit aussi que Rupert partit de Vorms en o3a ; il serait donc un des plus anciens apôtres de la Bavière. Wattenbach (Archiv, f. œsterr. Gesch. -Quellen, 1850, II, p. 499; Heidelb. Jahrb., t. LXIII, p. 24), suivi par Guitzmann (Aelteste Gesch. der Bayern, p. 209 et suiv.) et Kerschbaumer (Geschichte des Bislh. St. Pœlten, p. 134), a donné en faveur de l'année 696 des raisons plus fortes encore que celles de ses prédécesseurs. Vita S. Emmei-ani, Acta sanct., 6 sept., t. VI, p. 474 et seq.; Arnolf Vohburg., De mirac. B. Em.; Pertz, M. G., IV, 543 et seq.; le Catholique, 1860, I, p. 220 et suiv.; Büdinger,Zur Kritik altbayer. Gesch. (compte-rendu des séances de l'Académie des sciences, XXIIl, p. 368 et suiv.); Aribon (4« évêque de Frisingue, 764-784), Vita S. Corbiniani, Acta sanct., 8 sept., III, p. 281 et seq.; Rader, Bavaria sancta, l, p. 12; Sulzbeck, Leben des hl. Corbinian, Regensb., 1843.

Les missions sur le Mein et sur le Rhin.

23. Les Francs orientaux avaient pour missionnaire saint Kilien, évêque d'Irlande, autorisé par le pape. Il baptisa Gozbert, duc de Wurzbourg. Mais comme il blâmait hardiment ses liaisons avec la femme de son frère, Geilana, celle-ci le fit assassiner avec ses compagnons, le prêtre Coionat et le diacre Tolnan (688-689). Cette fois encore, le sang des martyrs féconda le sol; le christianisme survécut, et cinquante ans plus tard on érigeait à Wurzbourg un siège épiscopal. Ailleurs aussi, comme dans les contrées du Rhin, de la Meuse et de la Moselle, le christianisme n'avait pas entièrement succombé. Les rois francs, surtout Theudebert I" (depuis 534), travaillèrent à le répandre et essayèrent de relever les sièges épiscopaux, notamment à Trêves, Cologne, Mayence, Worms, Spire, Metz, Tuul et Verdun. Les évêques Nicétius de Trêves (mort en 556) et Cunibert de Cologne (623-663) se signalèrent surtout par leur zèle. Longtemps auparavant (au commencement du sixième siècle), un ermite d'Aquitaine, saint Goar, avait évangéhsé les contrées du Rhin, dans les environs de Boppard, Oberwesel et Bacharach. Saiut-Goar fut bâti en son honneur. Dans le voisinage de Trêves, sur la montagne qui porte son nom, au-dessus de l'embouchure du Glan, parut saint Disibod, missionnaire irlanlais, à qui on attribue l'érection du couvent de Disibodenberg. L'évêque de Spire, Dragobodo, fonda le couvent de Wissembourg (660-700); Remaclus, abbé de Cougnon, puis évêque de Maëstricht (mort vers 668), les couvents de Malmedy et de

Stablon. Plus tard, le couvent de Prüm s'éleva sur l'Eifel. Les évêchés situés sur le Rhin, la Meuse et la Moselle eurent aussi des couvents de femmes.

Heber, Die vorkavolingischen Glaubenshelden am Rhein, Francfort, ■18Ö8; Steininger, Gesch. der Trevirer unter der Herrschaft der Franken, Trêves, 1830; J. Becker, Die seitesten Spuren des Christenth. am Mittelrhein (Nassau'sche Annalen, VII, II, p. i-72); Rion, Leben des hl. Kilian, Aschaffenb., 1834; Himmelstein, Reihenfolge der Bischœfe von Würzb., ibid., 1843, p. 6 — Vita S. Chiliani, Mabill., Sœc. H, Ord. 8. B., II, 930; Canis., Lect. ant., ed. Basnage, t. III, I, p. 163 et seq.; Acta sanct., 8 jul.; Sagittarii Antiq. gentilismi et christ., Thuring. Jen., 1683, in-4°. Sur Nicetius, Greg. Turon., Vit. Patr., cap. xvn, etc. Les sources dans Friedrich, II, p. 181 et suiv.; Cunibert, Sur., ad d. 12 nov.; Friedrich, II, p. 293 et suiv.; saint Goar, ibid., II, p. 178 et suiv., 220 et suiv.; saint Disibode, Acta sanct., jul., II, p. 588 et seq.; Pertz, VII, 344; Friedrich, II, p. 369. Sur les couvents de Wissembourg, etc., Friedrich, II, p. 224, 315, 390. Sur les évèchés du Rhin, voyez F. Schannat, Hist. episc. Wormat., Francfort, 1734, in-fol., 2 vol.; Geitzel, Der Dom zu Speier, Mayence, 1826; Remling, Die Bischœfe von Speier, Mayence, 1832; Werner, Der Dom zu Mainz, ibid., 1827 et suiv.; Falk, Katholik, 1872, H, p. 339-367.

Les missions en Belgique.

24. La Belgique avait le diocèse de Tongres-Maëstricht, dont les évêques montrèrent beaucoup d'activité. Saint Amand, natif de l'Aquitaine, fut, après différents voyages à Rome, ordonné évêque missionnaire, prêcha en divers endroits parmi les Germains et les Slaves, fut exilé durant peu de temps par le roi Dagobert (630), gouverna trois ans le diocèse de Maëstricht, alla de nouveau évangéliser différentes peuplades, fonda plusieurs couvents et mourut vers 661, au couvent d'Elnon, près de Tournay. On remarque encore parmi les missionnaires de la Belgique Audomar, fondateur du couvent de Saint-Bertin, l'Irlandais Liviu, assassiné par les païens en 656,etÉloi, évêque de Noyon (6-41-659). D'autres hommes de mérite furent saint Lambert, évêque de Maëstricht (670-708), et son successeur Hubert (mort en 721). Tournai et Arras (le siège fut transférée Cambrai en 545) eurent aussi des pasteurs actifs et vigilants.

Dufau, Histoire du développement et de l'introduction du ehristian.

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