I.'ÉTAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT
en Belgique, Liège, 1847; Friedrich, II, p. 316 et suiv., 322 et suiv.; Vita S. Livini, in Bonifacii, Op., ed, Giles., II, 119 et seq.; Külb, Ssenimtl. Sehr, des hl. Bonifaz, II, p. 441 et suiv.; Vita S. Eligii, ap. d'Achéry, Spicil., V, 136 et seq.; Néander, Denkw., III, I, p. 108 et suiv.
Mission chez les Frisons.
25. Nulle part les missionnaires ne trouvèrent une résistance aussi opiniâtre que parmi les Frisons qui habitaient les Pays- Bas : le christianisme leur était odieux, parce qu'il était la religion de leurs ennemis, les Francs. Les premiers qui y prêchèrent l'Évangile furent Éloi de Noyon, l'archevêque d'York, Wilfrid, qui fut chassé de sa patrie et se rendit à Rome, d'où il ne revint pas, et enfin d'autres prêtres et religieux d'Angleterre. Le moine Egbert se dévoua à cette mission en suite d'un vœu qu'il avait fait; mais une tempête sur mer lui fit rebrousser chemin et il prêcha en Ecosse. Wigbert, un de ses compagnons, alla réellement chez les Frisons et revint en Angleterre après deux années d'efforts infructueux. Cependant il ne renonça pas à son dessein. Lorsque Pépin d'Héristal eut conquis une partie de la Frise, des temps plus heureux semblèrent venus.
Vers 691, Wigbert envoya chez les Frisons douze moines tout-à-fait capables, ayant à leur tête le prêtre Willibrord, qui avait été formé en Irlande. Il leur fallut d'abord implorer la protection du roi des Francs, que le majordome Pépin leur accorda volontiers. WilUbrord se rendit alors à Rome, où le pape Sergius I" lui conféra les pouvoirs nécessaires et lui donna des reliques ; puis il commença son œuvre avec de grands succès dans la partie de la Frise soumise par Pépin. En 696, à Rome, il fut consacré archevêque sous le nom de Clément; Wiltebourg (Wiltrecht- Utrecht, Trajectum) devint sa métropole. La manière dont le ciel bénit sa mission y attira l'archevêque de Sens, Wulfram (712), qui désirait convertir aussi ceux des Frisons qui n'étaient pas sous la domination des Francs. Leur prince, le puissant Radbot, était sur le point de se faire baptiser, lorsqu'il demanda si ses ancêtres et compatriotes étaient aussi dans le ciel des chrétiens ; sur la réponse négative, il tourna le dos et ne voulut point recevoir le baptême. Ce ne fut qu'après sa mort (719) et quand les Francs eurent fait de nouvelles con-
quêtes dans la Frise, que l'œuvre des missions put être reprise avec de sérieux avantages. Willibrord travailla plus de quarantesix ans à la conversion de ce peuple; il pénétra même dans le Danemark, et mourut en 739 âgé de quatre-vingt-un ans. Un de ses compagnons, Suidbert,. ancien chanoine d'York, avait prêché dans la Frise occidentale, à Berg, sur le Weser, à Lippe, à Ruhr et sur le Rhin. Obligé de fuir devant une incursion des Saxons, il alla fonder (avant 713), sur une île du Rhin, le couvent de Kaiserswerth.
Beda Yen., Hist. Eccl. Angl., V, 10-12, 19; Vila S. Wilfridi, auctore Eddio Stephano (c. 720); Mabill., Acta sanct. 0. S. B., IV, iv, p. 647; Holland., Acta sanct., d. 24 apr.; Alcuin., Vita S. Willibrord., ap. Mabill., loc. cit., III, I, p. 601 ; Holland., Acta sanct., 1 mart.; S. Honif., Ep. xcvii; Van Heusden, Batavia sacra, Bruxelles, 1714 et s.; Royaards, Geschiedenis der invœring en vestiging van het Christendom in Nederland, Utrecht, 1844; Alberdingk-Thijim, Leben des hl. Willibrord, traduit du hollandais par Trotz, Munster, 1864. Voyez Tüb. Q.-Schr.. 1864, II; Rettberg, II, p. 517.
Saint Boniface ("Winfrid) et ses travaux.
26. Les essais que nous avons mentionnés, et d'autres encore, pour convertir les Germains étaient trop isolés et inconsistants ; il leur manquait l'unité de direction et une base solide. Au huitième siècle seulement, un moine anglo-saxon Winfrid, surnommé Boniface, allait combler cette lacune. Boniface fut véritablement l'apôtre de l'Allemagne. 11 naquit vers 680 à Kirton, dans le royaume de Wessex. Ses parents, favorisés des biens de la fortune, le firent élever dans de célèbres monastères. Ordonné prêtre à trente ans, il brûlait d'impatience d'aller annoncer l'Évangile aux nations païennes. Autorisé à contre-cœur par son abbé, Wibert, il partit avec d'autres missionnaires et arriva dans la Frise l'an 715 ou 716, juste au moment où Radbot, en lutte avec Charles Martel, venait de renverser les églises chrétiennes. Après d'inutiles efforts, Boniface rentra dans son couvent, dont il ne tarda pas à devenir abbé.
Cet insuccès ne l'empêcha pas d'entreprendre une nouvelle mission. Il alla d'abord à Rome (718) avec une lettre de recom-
l'état chrétien en occident. 6o3
mandation de Daniel, excellent évêque de Win^^hester, et offrit ses services au pape Grégoire II. Le pape lui fit bon accueil, le retint près de lui jusqu'à la fin de l'hiver, et, le printemps venu, lui donna les pouvoirs qu'il demandait. Boniface se rendit d'abord dans la Thuringe (province franque depuis 534), où il trouva un grand nombre de chrétiens, des prêtres mêmes, infectés de vice et d'hérésie. En 719, après la mort de Radbot, il gagna la Frise, où l'archevêque Willibrord le reçut à bras ouverts et songea bientôt à le choisir pour son successeur. Mais comme il avait reçu du pape la mission d'évangéliser les Germains orientaux, il retourna dans la Thuringe en 722. Chemin faisant, tandis qu'il traversait le territoire de Trêves, il gagna au service de l'Éghse un jeune homme de quatorze ans, qui avait nom Grégoire et descendait de Dagobert III ; ce jeune homme fut plus tard un de ses plus vaillants collaborateurs et devint abbé d'Utrecht.
Dans la Thuringe franque, au bourg de Hamulo (Aménebourg ou Ilammelbourg), Boniface convertit les plus notables habitants, les frères Dierolf et Detdei, ainsi que plusieurs autres. Il y fonda un monastère pour l'éducation du clergé et prêcha avec beaucoup de fruit. Réjoui des nouvelles qu'il recevait de Boniface, Grégoire II le manda à Rome, l'ordonna évêque pour l'Allemagne, sans lui assigner aucun diocèse particulier, et remplaça son nom de Winfrid par celui de Boniface ou Bienfaiteur (30 novembre 723). Le nouvel évêque s'engagea par serment à enseigner la vraie foi, à conserver l'unité ecclésiastique et à n'avoir aucune communication avec les évêques qui agiraient contre les canons. Tous ses efforts tendirent à conserver invariablement l'obéissance promise au Saint-Siège.
Sur saint Boniface ou Bonifatius (de « bonum fatum; » cette ortographe a été soutenue par le docteur Cornelius Will, Bist. -pol. Biset., t. LXXVIII, ch. IV), il faut consulter principalement : 1° ses lettres, Epistol., éd. N. Serrarius, Mogunt., 1605, 1629; Bibl. max. Patr., t. XIII, p. 70 et seq., ed. Würdtwein, Mogunt., 1789, in-fol.; ed. Giles., Oxon., 1846, t. II; Migne, Patr. lat., t. LXXXIX; la meilleure édition par Ph. Jaffé, Monum. Mogunt., Berol., 1866 (Bibl. rer. Germ., t. III, avec d'autres docum.). Lettres de saint Boniface, en allem,, avec sa vie, Fulde,
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1842. Ses œuvres complètes, traduites en allemand et commentées par Külb, Regensb., 1836, 2 vol. — 2" ^Yillibald., Vita S. Bonif., in Canis., Lect. ant., éd. Basnage, II, I, p. 227 et seq.; Acta sanct., jun., t. I, p. 460. — 3° Otlilonis vita Bonif., ap. Canis., loc.cit.,UI,p. 337;Serrar., Rer. Mogunt., t. I, Mogunt,, 1604; éd. Francof., 1722; Mabill., Acta sanct. 0. S. B., III, II, p. 1 ; Pertz, M. G., II, p. 331 et seq.; J. Georg, ab Eckart, Comment, de reb. Franc. Orient., Wirceb., 1720, t. I, p. 227; C. Sagittar., Op. (§ 23) cit. H.; Hh. Guden, Diss. de Bonif. Germ. ap. Observ. miscell. ex bist. Bonif., Helmstadt, 1720, in-4'>, J.-S. Semler, De propagata per Bonif. inter Germ. relig. christ., Hal., 1770; J.-F. Geiszler, Bonif., der Deutschen Apostel., Erlangen., 1796; Lceffler, Bonif., Gotha, 1812; Rettberg, II, p. 307-372; Rist. lit. delà France, t. IV, p. 92 et seq.; J.-G.-A, Seiters, Bunif., Apostel der Dtschn., Mayence, 1843 ; F.-H. Reinerding, Der hl. Bonif., Würzb., 1835; Müller, Bonif., eene kerk-historische Studie, Amst., 1869 et seq., 2 vol. (cf. Keusch, Bonner theol. Lit.-BL, 1870, n. 23); Oelsner, Jahrbücher des frsenk. Reiches unter Pipin, Leipzig, 1871 (article sur cet ouvrage par C. Will, Tab. theol. Q.-Schr., 1873, III, p. 310 et suiv.). Nous avons maintenant de Will les regestes des archevêques de Mayence, t. I (742- 1160), Innsbruck, 1877.
27. Muni d'uu recueil de canons, de reliques et de plusieurs lettres de recommandation pour Charles Martel, pour les principaux d'entre le clergé et les laïques, Boniface retourna sur le théâtre de sa mission. Le majordome le reçut avec bouté et lui donna une sauf-conduit, car autrement il lui eût été bien difficile de dompter tant d'éléments rebelles, d'abolir le culte des idoles, de protéger les ecclésiastiques et les religieux. L'œuvre de la conversion fit désormais de rapides progrès dans la Thuringe et la Hesse. Boniface, sur le conseil de plusieurs nouveaux chrétiens, conçut le dessein d'abattre le chêne du tonnerre, situé près de Geismar, auquel plusieurs rendaient un culte superstitieux; il l'exécuta courageusement, malgré la présence d'un grand nombre de païens. Déjà l'ouvrage était commencé, lorsqu'un tourbillon de vent, enveloppant cet arbre gigantesque, le renversa par terre et le brisa en quatre morceaux. Plusieurs, à cette vue, perdirent la confiance qu'ils avaient eu leurs dieux et demandèrent le baptême. Du bois de ce chêne, réputé inviolable, Boniface fit construire une chapelle en l'honneur de saint Pierre.
11 pénétra aussi dans la Saxe, mais sans résultat. En Thu-
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ringe, il érigea plusieurs monastères, dont l'im à Ordnif, près de Muhlberg, et construisit l'église d' Altenberg entre la Leine et la rivière d'Apfelsta^dt. Le nombre des conversions l'obligea bientôt à faire venir d'Angleterre de nouveaux auxiliaires; les plus marquants furent Burkard, Lulle, les frères Willibald et Wunibald, Witta; parmi les femmes (dont la plupart dirigeaient des couvents de nonnes), la savante Cunigilde, parente de Lulle, sa fille Barathgit, Cunigilde, qui travailla en Bavière, Thècle (à Kitzingen et Ochsenfurt), Loba (à Bischofsheim, sur le Tauber), Walpurgis ou Wallbourg (au couvent de Heiden bei m).
Bonifac, Ep. xii, xviii, xxii, xxiv, xxvi, éd. Jaffé. Serment de saint Boniface, Olhlon., 1, 19; Jaffé, p. 76; Ludgeri Vita S. Gregor. (d'Utrecht), ap. Mabill., loc. cit., III, V, p. 241. Couvents de saint Boniface, Othl., I, 30; Willib. Vit., cap. vm. — Zell, Lioba und die frommen angelsaechsiscben Frauen, Fribourg, 1860.
28. Grégoire II mourut en 731. Boniface reçut de son successeur, Grégoire III, les mêmes témoignages de bienveillance; il lui envoya des délégués pour l'assurer de sa soumission. Grégoire III le nomma archevêque et vicaire apostolique, lui donna le pallium avec l'autorisation d'établir des évêques dans les lieux où le nombre des fidèles se serait multiplié (732). Boniface, qui, sur ces entrefaites (735), exerçait aussi son activité dans la Bavière, où des abus de toutes sortes, des hérésies, menaçaient d'étoufTer la semence de la parole divine, ajourna jusqu'à son troisième voyage à Rome (738) l'établissement de nouveaux évêchés, à cause des guerres de Charles Martel et d'autres obstacles; il se borna à fonder quelques couvents, comme celui de Fritzlar. 11 rapporta de Rome (739) plusieurs lettres du pape, dans lesquelles les évêques de Bavière et d'x-Vlémannie étaient invités à se réunir avec lui en concile. Sur la demande du duc Odilon, il se rendit dans la Bavière, qu'il partagea en quatre diocèses. Il ordonna évêque de Salzbourg Jean, qui était venu d'x\ngleterre; évoque de Frisingue, Erembrecht, frère de Corbinien ; évêque de Ratisbonne, Gaubald ou Goibald; évêque de Passau, Vivilon, déjà consacré par le pape.
Boniface se rendit ensuite dans la Thuringe et la Hesse et y
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fonda aussi quatre évêcliés (741) : Wurtzbourg, dont le siège fut occupé par Burkard ; Burabourg (Burberg près de Fritzlar), pour lequel il ordonna Witta (Wizzo, Albinus) ; Erfurt et Eichsta^dt; qui furent confiés à Adalar et à Willibald. Pour les trois premiers, Boniface demanda et obtint la confirmation du pape Zacharie, exigée par le canon vi de Sardique pour les localités importantes. Willibald, quoique ordonné évêque dès le 22 octobre IM, dans la salle des rois francs, à Salzbourg, dut commencer par bâtir l'église et la ville d'Eichstaedt ; c'est pourquoi sa confirmation ne fut demandée que plus tard.
Héfelé, Conc, III, p. 439 et suiv. (2^ édit., p. 491 et suiv.). Premier concile allemand.
29. Peu de temps après la mort de Charles Martel (15 octobre 74-1), son fils Carloman, qui avait hérité de sa souveraineté sur les Francs orientaux, manda Boniface à sa cour et lui exprima le désir qu'un grand concile fût convoqué pour régler et améliorer les affaires ecclésiastiques. Boniface sollicita les conseils et les instructions du pape, principalement en ce qui concernait plusieurs prêtres indignes qui essayaient souvent de se justifier en prétendant que le clergé de Rome ne valait pas mieux et demeurait cependant impuni. Le pape Zacharie (1" avril 742) répondit à Boniface qu'il devait accomplir son projet, procéder contre les clercs vicieux selon la rigueur des canons et ne donner aucuue créance aux ecclésiastiques adultères, car tous les désordres que lui, Zacharie, avait découverts à Rome, il les avait sévèrement réprimés; que Carloman devait, ainsi que Boniface, assister à l'assemblée.
Tous les préparatifs avaient été faits, et le premier concile des Allemands s'ouvrit le 21 avril 741 . On y voyait, outre Boniface et les nouveaux évêques de Wurtzbourg, Burabourg, Eichsteedt, ceux de Cologne (Ragenfried),de Strasbourg, etc. Le concile confirma les évêques nouvellement élus, ordonna que les biens enlevés à l'Eglise seraient rendus, les prêtres scandaleux punis et le concile célébré tous les ans. Défense fut faite aux clercs de porter des armes, de combattre, d'aller à la guerre, de chasser dans les bois, d'adopter les vêtements courts des
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laïques, de commettre n'importe quel péché d'impureté. On prescrivit aux moines et aux nonnes l'observation de la règle de saint Benoit, et on fit un devoir aux évêques de visiter les Églises et d'extirper les usages païens. Un autre concile tenu à Liftinée confirma ces décrets et les agrandit, frappa d'une amende pécuniaire les pratiques superstitieuses, défendit de laisser des esclaves entre les mains des païens, expliqua l'empêchement de mariage né de la parenté spirituelle et prit diffé rentes mesures sur l'instruction des fidèles. Et afin que personne ne pût se justifier par l'ignorance, on dressa un catalogue des pratiques païennes et supertitieuses qui devaient être abolies.
Conc. German., I; Baron., an. 472, n. 21 ; Mansi, XII, 363 et seq.; Conc. Liftin., al. Leptin.; Mansi, XII, 370 et seq.; Pertz, Mon. G., III, p. 18; Hartzheim, Concil. Germ., Colon., 1759 et seq., t. I, p. 50; Binterim, Gesch. der deutschen Nation und ihre Conc, t. I; Héfelé, III, p. 464 et suiv. (2« édit., p. 497 et suiv.).
Usages païens interdits par le premier concile allemand.
30. Parmi ces pratiques, on remarquait : les sacrifices et les repas funèbres, la combustion des cadavres avec les objets laissés par les défunts, les chevaux (et souvent aussi les femmes et les esclaves) ; les fêtes joyeuses célébrées au mois de Tévrier avec des sacrifices de porc (spurcalia), en l'honneur du soleil remontant au firmament; la visite des chapelles dédiées aux idoles dans les fêtes privées; la profanation des églises par des chants mondains, des danses, des festins, des duels ; les sacrifices dans les forêts, sur des rochers ou des pierres ; les sacrifices à Mercure (Wodan) et à Jupiter (Thunéen) ; les sacrifices que les nouveaux convertis offraient aux saints en imitant ce qui se pratiquait autrefois dans les sacrifices païens ; les amulettes, les bandelettes, les divers objets qu'on portait au cou et qui devaient servir de préservatifs contre la magie ou de remèdes dans les maladies ; les sources, les fontaines destinées aux sacrifices, les paroles magiques, la divination en consultant les oiseaux ou les chevaux, les excréments des animaux ; les sortilèges, l'interprétation des signes, le nod fir, espèce de feu que la foule tenait pour miraculeux, parce qu'on l'obtenait en frottant deux moru. — HisT. UE l'Église. 42
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ceaux de bois l'un contre l'antre, sur lequel on sautait pour se garantir de maltieurs et dont la fumée passait pour un remède ; prophétiser l'avenir par l'inspection du cerveau des animaux, ou sacrifier des têtes d'animaux ; les pratiques qui se faisaient au feu du foyer ou en commençant quelque travail; la croyance aux lieux de malédiction, l'emploi superstitieux des herbes, notamment du gallium; les fêtes consacrées à Jupiter et à Mercure ; les invocations à la lune dans le temps de son éclipse; la croyance aux esprits qui font le temps et à leurs réservoirs d'eau ; les fossés et les sillons creusés autour des domaines pour prévenir les accidents funestes; courir, à la façon des païens, avec des habits ou des souliers en lambeaux ; canoniser tous les défunts qui ont été de vaillants guerriers ; les idoles faites avec du levain de farine, etc. ; porter des idoles en procession dans les champs ; confectionner des pieds et des mains qui imitent les images votives ; croire que les femmes peuvent gagner les cœurs des hommes par des procédés magiques.
On doit aussi à ce concile la célèbre formule de profession de foi et d'abjuration par laquelle le néophyte devait renoncer a à Thuanien, et à Wodan, et à Saxnot, et à tous les esprits pervers, leurs compagnons. » C'est là un des importants monuments de la langue allemande. On commença dès lors à apprendre au peuple quelques prières en allemand et à lui exphquer dans cette langue les leçons de l'Écriture sainte.
« Indiculus superstitionum et paganiarum » en trente titres, Pertz, loc. cit., p. 19. Des commentaires en ont été donnés par G. ab Eckart, Op. cit., iib. XXIII, n. 24-5.3, p. 407-440; Grimm, Mythol., p. 203; append., p. m, vi, in-fol.; Mone, Gesch. des Heidenth. im nœrdl. Europa, part. II; Binterim, Denkw., VI, II, p. o3i et siiiv.; ,1. Sterzinger, dans les Neuen bist. Abhdlg. der kurfürstl. b. Acad. der Wiss., t. II, p. 331 et suiv.; Fr.-Ant. Mayer, Abhdlg. über die von dem Liptin. Concilium aufgezsehlten aberglœub. u. heidn. Gebrseuche der alten Teutschen, Ingolstadt, chez Attenkover, 5« édit. (probablement 1803- 1810); Seiters, p. 386 et suiv.; Héfelé, III, p. 471 et suiv. (II, p. 505 et suiv.).— Mayer, p. 64 et suiv., explique les « Nimidas, » tit. vi, par le cri : « Prends cela » (Nim dat), qu'on proférait devant les arbres en offrant des dons pour les sacrifices; et dans le titre xvi, De cerebro animalium, il voit (p. 120) quelque chose d'analogue aux aruspices. Sur les titres xx, xxii, xxx, voyez ibid., p. 135, 141 et suiv., 160 et suiv.; Foi-mulaabrenuaciationis, publiée pour la première fois par Ferdinand
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de Fürstenberg, Monum. Paderborn., 1699, et par Eckart, loc. cit., t. I, p. 405 et seq.; mieux en 1839 par Maszm'ann; Pertz, loc. cit., p. 19; Héfelé, p. 470 (504). Le concile de Liftinée (villa, dans le Hennegau belge, près de Binche), est ordinairement placé en 743, même par Jaflfé et Héfelé; H, Hahn le place en 745.
Autres conciles.
31. Saint Bouifacefit au pape Zacharie un rapport de ce qui s'était passé dans ce concile et lui envoya des délégués, avec les deux maires du palais Pépin et Carloman. Déjà, avec l'assentiment de Pépin, il avait étendu son activité jusque dans la partie occidentale du royaume des Francs, la Neustrie, où le lien métropolitain était à peu près dissous et l'institution du concile provincial abolie depuis quatre-vingts ans. 11 avait établi Grimon, évêquede Reims, métropolitain de Rouen, Abel métropolitain de Reims, et Hartbert métropolitain de Sens ; il demanda et obtint pour eux le pallium. Cependant, la constitution métropolitaine fut lente à se rétablir. Le puissant Milon occupait Trêves et Reims et ne voulait point céder devant Abel.
En mars IM, saint Boniface, en qualité de légat du Saint- Siège, tint à Soissons un grand concile de vingt-trois évêques, dont les canons furent promulgués comme lois civiles; puis en 745, un roncile général des Francs, qui condamna des prêtres criminels, déposa l'évêque de Mayence, Gewilieb, pour avoir traîtreusement assassiné le meurtrier de son père. Ce concile décida que Cologne serait la métropole de saint Boniface, et publia un grand nombre de canons et de lettres. Cette fois encore, saint Boniface informa le pape, et lui demanda, avec sa confirmation, des renseignements et des instructions nouvelles. Il envoya à Rome, dans la même année, le prêtre Deneard, qui assista au concile de Latran (octobre 745). Notre saint eut beaucoup à souffrir en ce temps-là des liérétiques Adalbert et Clément et de ceux qu'ils avaient séduits. Le pape lui vint en aide, écrivit en sa.faveur aux princes des Francs et prononça un jugement sévère contre ses oppresseurs.
Zachar., Ad Bonif., Ep. lix, lx, éd. Würdtw.; Ep. XLViii, xLix, éd. Jaffé; Concil. Suession., 744; Mansi, XII, append., p. 111 et seq.; Pertz, ni, p. 20; Héfelé, p. 484 et suiv. (518 et suiv.); Con. gêner., 745, Mansi, XII, 371 ; Héfelé, p. 483 et suiv. (522 et suiv.); Conc. Rom.,
660 HISTOIRE DE l'ëGLISK.
Mansi, loc. cit., p. 375 et seq.; Analecta juris pontificii, 1867, p. 1122 et seq.; Héfelé, p. 501 et suiv. (533 et suiv.).
Boniface et le Saint-Siège.
32. Boniface n'entreprenait jamais rien sans avoir consulté le Saint-Siège ; il recourait à lui non-seulement dans les circonstances graves, mais encore pour des questions relativement peu importantes. Ce qui l'y déterminait, c'était : 1° le respect dû au successeur de saint Pierre et la conviction profonde qu'il fallait à tout prix maintenir l'unité ecclésiastique ; 2° l'humilité et la défiance de son propre jugement, vertu naturelle à un homme élevé dans l'obéissance monastique; 3° l'exemple de l'apôtre de l'Angleterre, Augustin, et d'autres missionnaires, qui s'adressaient au Saint-Siège pour des affaires de toute nature ; 4° les difficultés de sa position, car il trouvait en Allemagne quantité d'usages contraires aux usages d'Angleterre, une foule d'erreurs héritées d'Arius et d'autres sectaires. Comme il n'avait pas eu lui-même l'occasion de se familiariser avec les détails de l'administration ecclésiastique, il rencontrait de nombreux contradicteurs, à l'égard desquels il croyait ne pouvoir jamais agir avec assez de prudence.
Les questions adressées au Saint-Siège, sous quatre papes différents, par le grand archevêque, concernaient les matières les plus diverses : s'il est permis de manger de la viande de porc et de cheval (Grégoire III défendit la viande de cheval, à cause des mœurs grossières des Germains) ; sur la manière de se comporter dans les baptêmes douteux ; sur les pénitences à infliger pour les différents crimes, sur la prière pour les morts, sur cette doctrine de Virgile, qu'il y a sous terre un autre monde et d'autres hommes, doctrine qui fut condamnée par le pape Zacharie ; car admettre les antipodes, c'était, selon les notions géographiques de ce temps, nier l'unité du genre humain enseignée par l'Écriture et par l'Église.
Contre les reproches faits au saint par Gieseler, K.-G., II, III, p. 22, éd. 1831, et autres protestants, voyez Ritter, K.-G., 1, p. 348 (6« édit.); Mœhler-Gams, II, p. 85.
Un prêtre ignorant ayant baptisé in nomine patria et filia et spiritus sancti, saint Boniface voulut qu'on réitérât le baptême. Deux prêtres
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bavarois l'accusèrent auprès du pape, lequel se prononça (en 744 et 748) pour la validité du baptême, malgré la faute grammaticale. Bon., Ep. Lxu, Lxxxii, éd. Wairdtw. La doctrine de Virgile : « Quod alius raundus et alii homines sub terra sint, » fut condamnée par Zacharie, 748, Ep. Lxxxii, éd. Würdtw.; Ep. lxxi, éd. Giles. Sur le sens de cette doctrine, voyez Néander, II, p. 34, 3^ édit.; Seiters, p. 434 et suiv,; Héfelé, p. 523, n. i (p. 557). Parmi les anciens, voyez saint Jérôme, II, XXVIII, 2, et, parmi les auteurs plus récents, le blâme infligé par Photius à Clément de Rome, Bibl., cod. 126.
La métropole de Mayence.
33. D'après une ordonnance rendue par les seigneurs temporels et spirituels, Boniface obtint pour métropole Mayence (746), au lieu de Cologne, qui fut donnée plus tard à Agilolf. La nouvelle métropole, confirmée par le pape en 748, avait pour sufîragants les évêchés d'Utrecht, Tongres, Cologne, Worms, Spire, Augsbourg, Coire, Constance, Strasbourg, Wurzbourg, Eichstaedt, Burabourg et Erfurt. Ces deux derniers disparurent bientôt. Le second évêque de Burabourg, Magingoz, fixa son siège à Fritzlar, mais cette ville échut à Mayence avec la Hesse franque. Erfurt fut également réuni à Mayence en 753. Plus tard, ces sièges furent remplacés par Paderborn et Halberstadt. Cologne prétendit de bonne heure qu'Utrecht devait lui être soumis comme évêché sufTragant; saint Boniface s'y opposa et voulut qu'Utrecht dépendît immédiatement du Saint- Siège. Cependant Cologne obtint dans la suite (794-799) la dignité de métropole, avec Utrecht pour sufTragant.
Saint Boniface, qui avait toujours en vue la conversion des Frisons, demanda au pape de lui donner un successeur; il n'obtint que la faculté de se choisir un coadjuteur avec droit de succession. 11 célébra encore plusieurs conciles, où il publia vingt- sept chapitres envoyés par le pape Zacharie, ainsi que plusieurs grands statuts. H essaya aussi de venir en aide à son Église natale, qui était tombée dans une extrême confusion. Un synode réformateur fut tenu en 747, à Cloveshoè, par ses soins et sur la demande du pape Zacharie.
Héfelé, m, p. 511 et suiv. (2* édit., augmentée, p. 544 et suiv., §§ 368 et suiv.). Sur Dünzelmanns, Untersuchungen über die ersten unter Carlmann und Pipin gehaltenen Synoden, voyez Jaffé (Forschungen z.
deutschen Gesch, X, p. 422 et suiv.); Hahn (Gœtt. Gel. Anzeigen, 1870, I, H32. Voyez encore Héfelé, 2« édit., p. 559). Organisation ecclésiastique en Allemagne, Othl., II, 14; Mansi, XII, 339, 348; Serrar., loc. cit., lib. I, cap. xx et seq.; Binterim, Denkw., I, n, p. 606; Capitula Zacharia; P., au mieux dans Harduin, III, 1889 et seq.; Statuta synod. Bonif., Hartzheim, I, p. 54 et seq., 73; Mansi, XII, 383; app., p. 108. Concile de Cloveshohe, Mansi, loc. cit., p. 395 et seq.; Harduin, III, p. 1951 et seq.; Héfelé, p. 512 et suiv., 525 et suiv., 543 et suiv. (2» éd., p. 545, 568 et suiv., 580).
Le couvent de Fulde.
34. Sur ces entrefaites (742-744), saint Boniface avait jeté les bases du monastère de Fulde, qui fut sa création favorite. Un de ses plus habiles disciples était Sturm, jeune gentilhomme de Bavière, dont les parents lui avaient confié l'éducation : il fut formé à Fritzlar par l'abbé Wigbert , puis ordonné prêtre. Sturm lui-même désirait vivement fonder un monastère. Boniface y consentit d'autant plus volontiers qu'il considérait les couvents comme des espèces de colonies sur un sol à peine conquis, comme des forteresses dans des cantons nouvellement convertis, comme une base d'opération pour de nouvelles entreprises. Il envoya Sturm, avec deux compagnons, dans la solitude du Buchenwald (Buchonia), pour s'enquérir d'une place convenable. Après de longues recherches, Sturm fixa son choix sur un lieu appelé le Trou-du- Chêne, dans le canton de Grabsfeld. Le choix fut approuvé de Boniface. Ce nouveau monastère, dont Sturm fut le premier abbé, devint le séjour préféré de saint Boniface, qui s'y rendait chaque année pour se reposer un instant des fatigues de son apostolat. Les moines, non contents d'observer avec rigueur la règle de saint Benoît, la renforçaient encore. A la mort de Sturm (799), la maison comptait quatre cent membres, non compris les novices. Fulde fut le plus important établissement d'instruction pour le clergé; il rivalisa avec Reichenau et Saiut-Gall par la piété, la science et la culture des beaux-arts. Grande et magnifique plantation, dont la postérité allait recueillir les fruits.
JEgïl., Vita S. Sturmii, ap. Mabillon., loc. cit., Ill , II, p. 270 et seq.; Bruno, Lebensgesch. des hl. Sturmius, Fulde, 1779; Rettberg, 1, p. 370 et seq.; Chr. Broweri, Antiquit. Fuld., lib. IV, Antw., 1612, in-i"; J.-F.
l'état chrétien en occident. r»G3
Schannat, Corp. probat, bist. Fuld. s. donat., Lips., 1724, in-fol., et Hist. Fuld., Francof., 1729, in-fol.; G. Zimmermann, De rer. Fuldens. primordiis diss., Gies., 1841, in4° ; Dronke, Cod. diplom. Fuld., Cassel, 1850, avec table par Schminke, ibid., 1862; Schwarz, Ueber Gründung u. ürgesch. des Klosters Fulda (Programm). Fulde, 1856; J.-F. Nick, Der hl. Sturmius, Fulde, 1865.
Mart3rre de saint Bonüace.
35. C'est ainsi qu'un pauvre moine, qui trente ans auparavant avait quitté les rivages de la Frise après de vaines tentatives, était parvenu, à force de courage, de confiance en Dieu et d'infatigable ardeur, à gagner à l'Évangile des populations immenses, dont il était devenu le père spirituel. Archevêque et légat du pape, investi de pouvoirs étendus, même sur l'Austrasie et la Neustrie, il avait converti des multitudes de païens, organisé les choses ecclésiastiques, aboli une infinité d'abus, renouvelé l'institution synodale dans l'empire des Francs, posé enfin les fondements de la civilisation et de la culture des Germains. Sa vie ne fut qu'un enchaînement continuel de tribulations et de combats. Chefs des peuples, hérétiques, prêtres corrompus, évêques jaloux et ambitieux, tout lui faisait obstacle. Ce qu'il avait laborieusement édifié, d'autres le renversaient ensuite. Mais son âme ne connaissait point le découragement; il se remettait à l'œuvre, surmontait les difficultés par sa persévérance, rétablissait la concorde, travaillait à donner de la consistance à ses fondations, protégeait les évêques contre les déprédations et les mauvais traitements des grands de la terre, toujours étroitement uni au chef de l'Église, ainsi qu'au royaume des Francs, qui reçut un nouvel éclat en la personne de Pépin, couronné par Boniface à Soissons en 752, maintenant enfin dans les bonnes mœurs et la discipline chrétienne les fidèles confiés à sa garde.
Quel relâche pouvait s'accorder un homme qui prêchait la foi dans de si vastes régions, le fondateur de tant de monastères et d'églises, le métropolitain de treize évêques, le restaurateur de la discipline ecclésiastique déchue? En 753, il annonçait encore au pape qu'il travaillait à relever plus de trente églises renversées par les païens. Il aurait pu passer sa vieillesse au sein du repos, mais son zèle apostolique l'entraîna chez les
66 i HISTOIRE DE L ÉGLISE.
Frisons, qui avaient eu les prémices de ses labeurs : c'est là que l'attendait la couronne du martyre. Avec le consentement du pape Etienne et du roi Pépin, il ordonna évêque son disciple Lulle, le mit à sa place sur le siège de Mayence et lui confia toute l'administration ; puis, oubliant les infirmités de l'âge et les incommodités de la route, il prit le chemin de la Frise, suivi d'un évêque (Éoban d'Utrecht), de trois prêtres, de trois diacres, de quatre moines et de plusieurs laïques. Après une heureuse navigation sur le Rhin, il arriva chez les Frisons, où il instruisit et baptisa des milliers d'idolâtres. Le 5 juin 755, tandis qu'il attendait près de la rivière de Bürde, non loin de Dokingue, ou Dorcum, plusieurs néophytes pour leur donner la confirmation, survint une troupe de païens armés, qui avaient conjuré la mort de l'ennemi de leurs dieux. Boniface défendit toute résistance à ses compagnons, les exhorta à mettre leur espoir en Dieu et à recevoir avec joie ce qu'il permettait pour leur salut. Il fut massacré, avec la plupart de ses compagnons, par ces païens en fureur, après avoir atteint sa soixante-quinzième année.
La participation de saint Boniface à lelévation des Carlovingiens a été contestée par Eckart, Rettberg, Heusser, Alberdingk-Thijim, etc., et soutenue par d'autres, notamment par Oelsner (De Pipino rege Franc, 1853, p. 15 et seq.; Jahrbücher des fraenk. Reiches unter K. Pipin, 1871). Les ouvrages, dans Barmann, Die PoUtik der Pœpste, I, p. 231, n. 1; Héfelé, III, p. 571-573, 2« édit. La plupart, y compris Rettberg et Seiter, croient que saint Boniface mourut en 735 ; d'autres en 754, tels que Sickel, Forsch, z. dtschn. Gesch., IV, 439; Sitzungsber. der Wiener Akad. der Wiss., 47 vol., IF, p. 606; Oelsner, op. cit. Contre celui-ci, voyez Will, Tùb. theol. Q.-Schr., 1873, III.
36. Le sang de ces martyrs féconda la semence du christianisme dans la Frise, et la conversion du pays n'en fut que plus rapide. Liège, Mayence, Utrecht et Fulde se disputèrent les ossements du grand apôtre; mais ils furent, conformément à sa volonté expresse, rapportés à Fulde, où ils sont honorés depuis plus de dix siècles. Le bienfaiteur de l'Allemagne survécut dans le souvenir reconnaissant de ses disciples et de ses fils spirituels, qui continuèrent d'agir selon son esprit, tels que Burchart de Wurzbourg, Willibald d'Eichstaedt, Lulle de Mayence (mort en 786), les abbés Grégoire d'Utrecht (mort en 781) et
l'état chrétien en occident. 665
Sturm de Fulde (mort en 799). Les rangs des païens s'éclaircirent de plus en plus dans la Franconie orientale, sur le Rhin et le Danube. En 736 déjà, un concile d^Angleterre tenu sous Cuthbert, archevêque de Cantorbéry, prenait la résolution de célébrer tous les ans en Angleterre, le 3 de juin, l'anniversaire de la mort de saint Boniface.
Cudbert, archiep., ad Lull., p. 293, éd. Würdtw.; Mansi, XII, 585; Héfelé, III, p. 553 (2« éd., 592). — Gfrœrer, Z. Gesch. der deutschen Volksrechte, I, p. 321.
Conversion des Saxons. — Les Saxons et le christianisme.
37. Les Saxons, amoureux de leur liberté, se montraient aussi rebelles au christianisme qu'ennemis de la domination des Francs, pour lesquels ils étaient des voisins extrêmement dangereux et turbulents. La Saxe commençait vers l'ouest du Weser et s'étendait jusqu'à la Baltique et à l'Eyder, d'une part, et un peu au-delà de l'Elbe, d'autre part; elle avait donc pour bornes la Thuringe, la France rhénane, la Frise, le pays des Danois et les peuplades slaves établies à l'ouest de l'Oder. Elle comprenait trois tribus : les Westphaliens, les Ostphaliens et les Angres. Sans villes et sans rois, les Saxons vivaient sous des juges et des comtes librement élus, dans des cantons distincts. Ils se divisaient en gentilshommes, en hommes libres et en esclaves. Vaillants et cruels, redoutés surtout pour leurs incursions dévastatrices sur le territoire des Francs chrétiens, ils détruisaient les églises, massacraient les prêtres et autres chrétiens et emmenaient une multitude de captifs, dont plusieurs étaient dévoués à la mort.
En 695 ou 696, ils avaient massacré les deux Éwald, missionnaires anglo-saxons, et le même sort menaçait les autres missionnaires de la foi. Charles Martel et Pépin furent souvent obhgésde marcher contre eux ; mais ils ne pouvaient que difficilement s'établir d'une manière solide et durable dans un pays que les lacs, les fleuves, les forêts et les montagnes rendaient souvent inaccessible. Un tribut annuel était le résultat ordinaire des victoires des Francs; encore était-il souvent refusé et il ne pouvait prévenir des hostiUtés nouvelles. En 753, Pépin victorieux leur avait imposé pour condition la tolérance des prédi-
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cateurs chrétiens. Grégoire d'Utrecht et saint Lébuin (mort en 773) n'y obtinrent qu'un succès partiel, et les Saxons manquèrent plus d'une fois à leur parole.
Passio SS. Ewaldorum, Beda, Hist. eccl. Angl., V, 10; Vita S. Lebuini Friser, et Westphal. ap., auctore Hubaldo (ssec. x); Strunk, Westphal. sacra, éd. Giefers, II, p. 19 et seq.; Pertz, M. G., t. II.
Guerres de Charlemagne contre les Saxons.
38. Charlemagne conduisit la guerre contre les Saxons avec toute la vigueur dont il était capable. Il y était déterminé par le devoir de protéger les Francs contre les brigandages de ce peuple et par la nécessité d'une juste défense, car l'expérience avait démontré que les Saxons païens ne pouvaient vivre en paix avec les Francs baptisés et qu'ils ne se faisaient aucun scrupule d'enfreindre tous les traités. Charles se vit contraint d'entreprendre contre les Saxons une guerre d'assujétisseraent, et d'autant plus sanglante qu'elle devenait en même temps une guerre de religion. Les Saxons haïssaient le christianisme par attachement pour leur ancien culte et par ressentiment contre les Francs ; les Francs, à leur tour, ne pouvaient espérer aucun repos tant qu'ils ne les auraient pas plies sous le joug du christianisme. Charles visait en outre à réunir toutes les tribus allemandes en un seul peuple et en un seul empire (ce qui n'eût jamais été possible sans la défaite des Saxons), pnis à implanter l'Église dans le nord de l'Allemagne.
Imputer à Charlemagne d'avoir, contre toute équité, ravi la liberté à un peuple valeureux, de lui avoir imposé par la force le christianisme, serait une accusation absolument injuste en ce qui concerne la cause et le commencement de la lutte. Charles avait beaucoup plus droit à entreprendre cette guerre que les Français actuels n'en ont à combattre en Algérie les tribus arabes. Tout souverain désireux de mettre sou peuple et son pays en sécurité en eût fait autant. Sans l'assujétissement des Saxons, les provinces occidentales de l'empire franc, destituées de toute protection, seraient devenues la proie de cet ennemi, et l'empire des Francs, sous ses faibles successeurs, fût tombé sous leur domination. Dans la suite, quand les successeurs de Charlemagne négligèrent d'aller inquiéter les Normands dans
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leurs lointaines résidences, l'empire des Francs l'expia cruellement. Du reste, comme Charlemagne était souvent occupé en Hongrie, en Italie et en Espagne, il ne lui fut pas toujours possible de profiter entièrement de ses victoires et il dut plus d'une fois se contenter d'une demi-sujétion, qui permettait aux vaincus de se révolter de nouveau et de violer les conventions. S'il n'eût été que conquérant, l'Espagne et la Basse-Italie auraient pu assurément contenter davantage son ambition et sa cupidité. Au surplus, l'Église demandait aussi à être soutenue et propagée en Espagne. Dans le principe, enfin, Charlemagne n'employa que de bons moyens ; il voulait, suivant le conseil d'Alcuin, convertir les Saxons en les instruisant. Il ne demanda d'abord que l'admission des prêtres chrétiens et le droit pour eux de prêcher sans entraves ; il leur fournissait lui-même les ressources matérielles. Ce ne fut qu'après des violations de traités, des barbaries réitérées, qu'il procéda avec plus de rigueur contre les Saxons, afin de les effrayer pour l'avenir. S'il commit en cela différentes cruautés, il semble qu'elles étaient commandées par les circonstances et réclamées par ceux-là même qu'elles atteignaient. Quoi qu'il en soit, personne n'a le droit de rendre l'Église responsable des actes de son gouvernement.
Einhard, Vita Carol. M., cap. vu; Annal. Metens., an. 753 et seq.; Annal. Guelferbytani, 769-80Ö; Pertz, loc. cit.; Poêla Saxo, De gest. Car., Migne (771-814); Alcuin, Ep. xxxvii , lxxx; Leo, Vorles. über deutsche Gesch., I, p. 498, 503; Ritter, K.-G., I, p. 355, 6« édit,
39. La guerre, plusieurs fois interrompue, dura trente-trois ans (772-804). Dès le commencement, on renversa la colonne d'Irmin, qui passait pour supporter le monde et était honorée comme un sanctuaire national. Les vainqueurs exigèrent douze otages et la promesse que les Saxons ne s'opposeraient point à l'entrée des messagers delà foi. Peu de temps après, cependant, les Saxons expulsèrent les missionnaires, effacèrent toutes les traces du christianisme et firent de nouvelles invasions. Charles les vainquit derechef en 776. 11 fut résolu dans une assemblée tenue à Paderborn (777) par les principaux du clergé et des laïques, qu'on exigerait de tous les Saxons la promesse par serment de rester fidèles au christianisme, sinon que leurs
biens seraient confisqués. Les chefs, excepté Wittikind, qui s'enfuit en Normandie, acceptèrent ces conditions. Mais un nouveau soulèvement ne tarda pas à éclater; les Saxons parcoururent le pays jusqu'à Cologne et à Fulde, pillant et dévastant tout sur leur passage, au point qu'on fut obligé d'emporter les reliques de saint Boniface (778). Une armée franque les repoussa.
Une autre expédition de 780 eut encore plus de succès. En 782, nouvelle insurrection plus violente que les précédentes; on sévit de part et d'autre, par le fer et le feu, avec un indicible fureur. Les Saxons détruisirent les églises et assassinèrent les prêtres dont ils purent s'emparer. Quand le roi, définitivement victorieux, les assujétit de nouveau, il crut devoir agir en toute sévérité, afin de prévenir de nouvelles récidives et aussi parce qu'il était aigri de tant de barbarie; en 783, à Verdun, il fit mettre à mort 4,500 rebelles. Une nouvelle révolte se termina par une nouvelle défaite des Saxons. En 785-787, leurs généraux Wittikind et Alboin se firent baptiser à Attigny, et plusieurs nobles imitèrent leur exemple. Désormais, les prêtres purent travailler sans obstacle à la conversion du peuple, et on établit peu à peu la division des diocèses, qui avait été résolue dans une diète à Paderborn. Des peines sévères furent édictées contre ceux qui profaneraient ou détruiraient les églises, observeraient des usages païens, assassineraient des clercs, etc. Cependant le feu de la haine continuait de couver sous la cendre. Des insurrections éclatèrent encore en 793, provoquées surtout par la pression de l'armée des Francs et par les dîmes ecclésiastiques. Charlemagne dompta les rebelles et relégua une partie des Saxons dans d'autres contrées. Les plus opiniâtres à prolonger la lutte furent les Albingiens du nord, qui habitaient au-delà de l'Elbe, dans le Holstein actuel. Le peuple saxon ne fut définitivement subjugué qu'en 80-4.
Jacob Grimm, Irmenslrasse und h-mensseule, Vienne, 1815; Hagen, Irmin, Breslau, 1817; Rettberg, II, p. 385; Zeitschr. des westphtel. Vereins für Gesch., t. VIII; Hoelscher, De Irmini Dei natura nominisque origine, Bonn., 1835; Einhard., Ann., au. 777, 782 et seq.; Funk, Ueber die Unterwerfung der Sachsen unter Carl d. Gr. (Schlosser, Archiv für Gesch. und Lit., 1833, t. IV, p. 293 et s.); Héfelé, Conciles, p. 580 et suiv. (2» édit., p. 635 et suiv.).
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Mesures de Charlemagne.
40. Charlemagne garantit aux Saxons les mêmes droits et les mêmes privilèges qu'aux Francs; il respecta les lois et les libertés de leur pays, tant qu'elles n'offraient pas un caractère païen, les plaça sous des juges et des généraux à la nomination du roi, les exempta de tout impôt envers le royaume franc, pourvu qu'ils fournissent aux évoques et aux clercs les redevances usitées chez les Francs. Plusieurs Saxons se firent baptiser, eux et leurs enfants, et se soumirent aux ordres du roi. D'autres, en assez grand nombre, restèrent secrètement attachés à l'idolâtrie et aux usages du paganisme, et il fallut publier de nouvelles lois pour prévenir les apostasies. Charlemagne considérait ces retours au paganisme comme un double crime : un mépris de Dieu et une désobéissance à sa loi, puis la rupture d'une paix avantageuse accordée sous la seule condition que les Saxons embrasseraient le christianisme.
Il y eut, il est vrai, des menaces contre ceux qui refuseraient le baptême, brûleraient les cadavres comme faisaient les païens, pilleraient les églises, mangeraient de la viande en carême, conspireraient contrôle roi et le christianisme, mais elles furent rarement exécutées. Ceux qui se confessaient et pratiquaient les pénitences ecclésiastiques obtenaient facilement leur pardon ou la remise d'une partie de leur peine. D'autres crimes n'étaient punis que par des amendes pécuniaires. Sans cela, les conditions de la paix étaient fort douces. Nulle atteinte ne fut portée aux propriétés des Saxons, ce que les Germains victorieux n'avaient pas fait précédemment à l'égard des Francs. Si on imposa les dîmes ecclésiastiques, c'était parce qu'on ne pouvait pas encore compter sur des dons volontaires, et qu'on ne voulait pas mettre à la charge des Francs les dépenses considérables exigées pour l'entretien des églises et des écoles, du clergé et des pauvres. En outre les Saxons furent affranchis du tribut annuel qu'on payait au roi ; le royaume des Francs ne pouvait espérer ni repos, ni stabilité tant que les Saxons conserveraient leur ancienne manière de vivre, qu'ils persisteraient dans leur haine contre les Francs et contre le christianisme, d'autant plus qu'ils pouvaient aisément s'allier aux Slaves et aux Danois, encore païens. L'unité de religion était 1q
670 HISTOIRE DH l'ÉGLISE.
seul moyen de rattacher d'une manière durable les Saxons à l'empire des Francs. La politique exigeait donc aussi qu'on insistât principalement sur la réception du baptême, et les seigneurs de la Saxe y furent souvent engagés par de riches présents.
Capitulatio de partibus Saxoniae (Capitul. reg. Fr., t. I, p. 233, éd. Baluz.; Pertz, Leg., I, p. 48; Cod. Carol., Ep. lxxx (Cenni, Monum. dominât, pontif., I, 463),
Missionnaires chez les Saxons.
4.1 . Plusieurs prêtres pieux et savants furent employés à la conversion et à la culture des Saxons. L'abbé Sturm accompagnait le roi dans ses expéditions. Willhad, prêtre de Northumberland, qui était arrivé dans la Frise en 772 et prêchait dans les lieux consacrés par la mort de saint Boniface, fut envoyé par Charlemagne sur les rives du Weser (779). Lorsqu'éclata la guerre de 782, il se réfugia dans la Frise, tandis que plusieurs de ses compagnons subirent le martyre. Ce fut en 785 seulement qu'il put retourner sur le théâtre de ses travaux. Il fut le premier évêque du diocèse de Brème nouvellement fondé ; il y mourut en 789. Saint Ludger d'Utrecht, disciple de l'abbé Grégoire et du savant Alcuin, prêtre depuis 777, prêcha d'abord dans la Frise orientale (787) et plus tard en Westphalie, où il érigea, dans le lieu appelé Mimigernaford (Mimigardenfort) un monastère (Munster) qui devint le centre de ses missions. Il fut consacré en 802 premier évêque de Munster et mourut en 809, après une vie pleine de bonnes œuvres. En 798, il baptisa les Ostro- Saxons près de Helmstadt, et fonda vers 800 le monastère de Verden.
Paderborn, qui dépendit pendant quelque temps de l'évêque de Wurzbourg, reçut en 806 son premier évêque dans la personne du Saxon Hathumar (mort en 815), qui avait été formé à Wurzbourg. Badurad lui succéda. Osnabrück, fondé probablement eu 783, eut pour premier évêque Wicho (Wiho), disciple de saint Boniface.
Les stations de missions établies à Minden et Verden et administrées précédemment par le monastère d'Amorbach, dans rOdenwald, reçurent aussi des évêques : la première, Heribert;
l'état chrétien en occident. 671
la seconde, Suitbert. Vinrent ensuite Heiligenstadt (plu'^ tard Halberstadt), Hildesheim, ainsi que les monastères de la Nouvelle-Corbieet d'Herford, fondés sous Louis le Pieux. En somme, la circonscription ecclésiastique du pays saxon fut achevée de 780 à 814. Partout des églises et des monastères s'élevèrent avec les dons généreux des Carlovingiens et des grands de leur royaume.
Vita s. Willehadi (par l'archevêque Anscaire, au neuvième siècle) dans MabilL, Annal. Bened., I, xxiv, § 36; Batavia sacra, p. 85, en allemand par Karsten-Misegaes, Brème, 1826. L'acte de fondation de Brème, dans Adam., Brem., 1, 10, est contesté par Eckart, De reb. Franc, or., I, 722. Cf. Erhard, Regesta Westphal., t. I, p. 84; Alfridi (Altfridi) Vita S. Ludgeri, dans Mabillon, Acta 0. S. B., IV, 289; Acta sanct., 5 martii; Pertz, Mon. Il; Behrends, Leben des hl. Ludger, iViunster, 1843. Voyez encore A. Tibus, Gründungsgesch. der Stifte, Pfarreien u. Klœster im Bereiche des Bisth. Münster, ibid., 1867,1; Kessel, dans Bonner theol. Lit.-BL, 1868, p. 139 et suiv.; Bessen, Gesch. des Bisth. Paderborn, ibid., 1826; Giefers, Die Anfaenge des Bisth. Paderborn, ibid., 1860; Erdwini Erdmanni, Chron. episcop, Osnabrug., Meibom, Rer. Germ, sacr., I; Crecehus, Index bonorum et redituum monasl. Werdin., Berol., 1864; Halberstadt, Leuckfeld, Antiq. Halherst., 1714; Sagittar., Bist. Kalberst., léna, 1675; L. Niemann, Gesch. des vormal. Bisth. u. der Stadt Halherst., ibid., 1829; Nie. Schatten, Bist. Westphal., Neuhus., 1690, in-fol.; H.-A. Meinders, Tract, de statu religionis et reipubl. sub Carolo M. et Lud. Pio in vet. Saxonia, Lemgo, 1711, in-4°; Clavœr, Saxonia inferior ant. gent. et christ., Goslar., 1714, in-fol. ;P.-M. Strunk, S. J., Westphalia sacra, ed. Giefers, Paderb., 18ö4 et seq.; Mœsers, Osnabrück'sche Gesch., t. I, nouvelle édition, Berlin, 1819; Th.-B. Walter, Einführung des Christ, in Westph., Munster, 1830; Zimmermann, De mutata Saxonum relig., Darmst., 1839; Denkmale des Landes Paderborn von Ferd. Frhrn. v. Fürstenberg., Paderb., 1844 (d'après ses Monum. Paderborn., Amst., 1672); Ficker, Die Münsterschen Chroniken des M.-A., Munster, 1851 ; H.-A. Erhard, Regesta bist. Westphal. Accedit Cod. diplom., Munster, 1847 et suiv.,- Bcettger, Die Einführung des Christenth. in Sachsen durch Carl d. Gr., Hanovre, 1859; Kampschulte, Die westfselischen Kirchenpatrocinien, Paderborn, 1867.
Conversion des Avcires, des Croates et des Carantaniens.
42. Les Avares de l'ouest, peuplade féroce issue des Huns, étaient entrés dans la Pannonie après le départ des Lombards ; ils dominaient depuis la Save jusqu'à l'Enns, et étaient conti-
67 x! HISTOIRE DE l'ÉGLISE.
nuellement en lutte avec les Bohémiens et autres Slaves. Charlemagne leur déclara la guerre (791) à cause de l'appui qu'ils avaient prêté à Thassilo, duc de Bavière, et les défit. La dissension régnait parmi leurs princes (Chane). L'un d'eux, Tudun, alla trouver Charlemagne, reçut le baptême et fut établi par lui chef des princes. Mais Tudun se sépara lui-même de Charlemagne, fut emprisonné et mis à mort. L'Avarie pannonienne fut conquise par des généraux francs à partir de 796. La puissance de ce peuple était brisée désormais ; pour assurer cette conquête, on érigea la Marche de l'Est, l'Autriche, Austria. En 798, l'archevêque de Salzbourg, Annon (mort en 820), entreprit la conversion de ce peuple, aidé par les sages conseils d'Alain, qui lui envoya de nombreux missionnaires, et agrandit ainsi notablement son diocèse. Dans le sud, le patriarche d'Aquilée, Paulin, évangélisait les peuples situés sur le Danube, le Raab et le Drau. 11 s'y établit aussi des colonies venues des anciennes provinces franques , qui contribuèrent à affermir la civihsation chrétienne. Cependant le christianisme ne jeta point de profondes racines parmi les Avares et fut étouffé sous la prépondérance des Slaves, de Bulgares et des Magyares.
Einhard., Annal., an. 796; Poeta saxo ad hune a.; Alcuin, Ep. xxvin, XXX, XXXI, Lxxii, xcii, cxii; Dœllinger, Lehrb., 1, p. 337 et suiv.
43. Dès le septième siècle , l'empereur Iléraclius avait déterminé les Croates slaves (ou Chrobates) et les Serbes à faire en Dalraatie une invasion pour combattre les Avares, qui, en 649, allèrent jusqu'à menacer Constantinople même. Après être sortis de la Pologne, ou Russie du sud, les Croates occupèrent le pays qui s'étend de la mer Adriatique au Danube et à la Save. Le pape Jean IV, Dalmate lui-même, y envoya un homme pieux du nom de Martin , et l'empereur Héraclius fit tout ce qui était en lui pour amener au baptême ses nouveaux alliés. Le prince Porga se fit baptiser par les missionnaires de Rome avec une grande partie de son peuple ; le Saint-Siège plaça ce peuple sous la protection de saint Pierre et obligea les habitants de s'abstenir de tout brigandage et de toute guerre offensive. Les Croates secouèrent insensiblement le joug des Grecs, reconnurent sous Charlemagne la suprématie des Francs, puis la
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rejetèrent après sa mort. Bien que la métropole détruite de Salona (639) eût été remplacée par Spalatro, depuis 647, l'ordre hiérarchique fut longtemps à s'établir, et ce n'est que depuis 879 qu'on peut citer des évêques croates.
Peu de temps après les Croates, les Serbes, venus de la même manière, se fixèrent dans les régions de l'ancienne Dacie , de la Dardanie, de la Dalmatie et de la côte maritime, depuis l'Albanie jusqu'à Darazzo, placés sous la domination byzantine. On leur imposa le baptême, mais ils ne furent chrétiens que d'apparence ; ils apostasièrent dans la suite (827) , échappèrent à la domination grecque, rétabhrent même le culte des idoles jusqu'à ce qu'ils furent ramenés (868) sous le joug de l'empire grec et de l'autorité ecclésiastique.
Ouvrages a consulter sur le n° 43.
Const. Porpliyrog., De adm. imp., cap. xxx-xxxii, p. i43 et seq., ed. Bonn.; Farlati, IlljTic. sacrum, I, p. 64 et seq.; II, p. 312 et seq., 336; III, p. 33 et seq., 46, 56. Mon ouvrage, Photius, II, p. 604; Gfrœrer, Byzantin. Geschichten, ed. Weiss, Gratz, 1874, II, p. 13 et suiv., 26 et suiv.; Donato Fabiawich, 0. S. Fr., La Dalmazia nei primi cinque secoli del Cristianesimo, Zara, 1874.
44. Les Carantani avaient (de 612 à 630) émigré dans la Marche-Windique (la Carinthie , la Carniole et la Styrie) ; ils reçurent l'Évangile à partir du huitième siècle, par suite de leurs relations avec la Bavière et de leur dépendance à l'égard de l'empire franc. Les évêques de Passau et de Salzbourg travaillèrent à leur conversion. Leur prince Boruth fit élever en Bavière son fils Carost et son neveu Cheturaar, selon les principes du christianisme , et tous deux régnèrent après lui depuis 762. A la demande de Chetumar, Virgile, évêque de Salzbourg (mort en 785), envoya dans le paysl'évêque Modeste avec plusieurs prêtres, au nombre desquels se trouvait Majoran, neveu de Chetumar. Sous le règne de Charlemagne, Tévêque Arnon envoya l'évêque Théodoric (ou Dietrich) dans ce pays et parmi les peuplades voisines des Slaves ; à dater de là, les archevêques de Salzbourg prirent l'habitude d'y établir des évêques régionaires (Otton et Osbald). Charlemagne vida une controverse entre l'archevêque Arnon et Ursus d'Aquilée sur la juridiction en Carantanie (810), en décidant que la Drau formerait la frontière des deux diocèses. Vers 870, Adalwin, archen. — HisT, DE l'église. 43
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vèqiie de Salzlourg, supprima la fonction des é\èq lies réyionaires et plaça les Slaves de la Carantanie sons sa juridiction immédiate.
Anon., De conversione Bajoariorum et CarantaQorum, ap. Œfelé, Sacr. rer. Boic, 1,280; Kleinmayerns. Nachrichten von Juvavia, Salzb., 1874, append., p. 10; Wattenbach, Beitr. z. Gesch. der christl. Kirche in Mfehren u. Bœhmen, Vienne, 1849, HI: Rettberg, II, p. 537 et suiv.; Dœllinger, Lehrb., I, p. 331. Cette légende, que Urolf, évèque de Passau, aurait établi deux évêques sufFragants dans la portion qui lui revenait dans ces territoires slaves, et que le pape Eugène II aurait confirmé cet acte en 824. est invraisemblable et généralement rejetée.
Importance de l'émigration des peuples ; nouveaux Etats
chrétiens.
45, Les peuples qui entraient dans l'É^^lise et fondaient des États nouveaux sur les ruines de l'empire d'Occident, étaient destinés par la Providence à châtier les races romaines civilisées et corrompues, à briser ce qui était irrémédiablement perdu, à relever ce qui pouvait recevoir encore de nouveaux développements, à établir enfin, avec la vit,nieur native qui les distinguait, un nouvel ordre de choses. Pour cela, ils avaient besoin du secours de l'Église, et l'Eglise à son tour devait se soumettre à toutes les épreuves attachées à une telle mission. Elle devait les instruire et les civiliser, et, tout eu les élevant du sein de la bartarie à la dignité de nations nKjralisées et policées, con.server les forces vives qui reposaient en eux , réconcilier les vainqueurs insatiables avec les vaincus, et conquérir les premiers par les armes de l'esprit, L'Église trouvait là un terrain nouveau et inculte où elle pourrait, beaucoup mieux encore que dans l'ancien empire romain , faire prévaloir la loi de Jésus-dhrist, Ce terrain avait été aplani et préparé par une transformation complète dans la vie politique et .»sociale.
A.U milieu de ces formidables orages , l'Église seule cardait son immuable consistance : autorité, liberté, civilisation, tout fut sauvé par elle. Dès cette époque, sou action devenait à la fois politique et religieuse. Elle voulait être et elle était écoutée des Romains comme des barbares, La loi divine trouvait crédit là où la loi humaine perdait sa force, dit Reumont, L'Église
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était l'unique étoile polaire au sein de la nuit grandissante. Ignorants de leurs futures destinées , les peuples du nord et du levant, quand fut venu le temps de leur illumination, coururent au-devant de la lumière céleste, comme s'ils eussent été appelés de Dieu même. Ce fut une puissance supérieure , un charme incompréhensible pour eux, qui attira tant de princes barbares vers les évêques, les prêtres et les moines , qui les fit s'inchner avec respect devant un Ambroise, un Chrysostome, un Léon, un Séverin, un Épiphane de Pavie, un Benoît de Murcie, et qui tant de fois les subjugea. On éprouvait un secret et invincible besoin de rendre hommage au Dieu que représentaient ces saints personnages ; et ce besoin , en devenant chaque jour plus pressant, fut aussi mieux compris par les souverains temporels. Déjà, au milieu des tempêtes de l'émigration, on voyait poindre l'aurore qui annonçait le soleil du moyen âge. L'irruption des barbares dans les contrées du midi semblait menacer à la fois la civilisation, la morale et l'ordre social tout entier. Les peuples vaincus voyaient avec effroi leurs plus belles institutions tomber en ruine sous le marteau des barbares, tant de plantes délicates foulées aux pieds, tant de forces entravées ou anéanties. Mais la Providence voulait briser un vase pour en former un nouveau et plus magnifique. Des cendres du vieux monde devait surgir un monde nouveau et une civilisation nouvelle ; et c'est ici précisément que l'Éghse, en face des éléments déchaînés, allait révéler dans tout son éclat la force divine qui réside en elle, en réunissant dans une seule famille des peuples jusque-là divisés, en les imprégnant d'une civilisation éminemment chrétienne, où les meilleures parties de la civilisation antique se mêleraient dans une juste mesure aux coutumes de chaque peuple. Les bonnes qualités naturelles des barbares seraient conservées sans doute, mais transfigurées, car il s'agissait maintenant de fonder sur la terre le véritable royaume de Dieu et de conduire vers ses hautes destinées la partie la plus mûre de l'humanité. Les obstacles furent grands dans le début, ainsi qu'on le voit par l'histoire de chacun de ces nouveaux États chrétiens.
Reumont, Gesch. der Stadt Rom, II, p. 18-20. Voyez l'article : Romanen und Germanen, dans Hisl.-pol. EL, 1843, t. XII, p. 473 et suiv,
676 HISTOIRE hE l'Église.
Le royaume des Francs. — Influence de l'Église.
46. Les peuples germains respectaient profondément tous les droits traditionnels. Ainsi, même après leur conversion, ils firent codifier leurs anciens droits nationaux, et ils eurent soin de les renouveler, après tous les changements qui étaient devenus nécessaires. D'autre part, ils promirent aux races latines vaincues de continuer à se servir de l'ancien droit romain, et, non contents de maintenir la constitution de l'Église et sa juridiction, ils lui accordèrent une grande influence sur leurs institutions particulières. Il en fut surtout ainsi dans le vaste ro5^aume des Francs. La législation civile se rattacha de plus en plus à la législation ecclésiastique ; les évêques et les abbés jouirent de la plus grande autorité ; les églises et les couvents acquirent des biens considérables. Tous les éléments de l'ordre étaient aux mains du clergé, et c'était en lui que les rois étaient obligés de chercher leur principal appui. Sous les Mérovingiens, de grandes luttes éclatèrent entre les familles. Ainsi que les rois, les grands et les cités étaient continuellement en dispute ; les biens changeaient à tout instant de propriétaires, le pouvoir royal, faible et chancelant, malgré son despotisme, finit par passer aux mains des maires du palais (majordomes).
Déjà sur les derniers temps de la domination des Romains dans la Gaule, les évêques étaient à la tête des villes comme chefs des autorités municipales, participaient à l'administration et conféraient les offices municipaux. Dans la suite, ils devinrent les organes naturels de la population gallo-romaine, dont ils faisaient eux-mêmes partie vers la fin du sixième siècle. Sur le terrain politique, ils étaient sur le même pied que les princes temporels, tandis qu'ils les surpassaient par leurs lumières et leur expérience. Chanceliers, légats, juges, ils étaient aussi nécessaires aux princes qu'aux peuples, dont ils représentaient seuls les intérêts. Ils intervenaient dans les conseils du roi et des grands, avaient la surveillance générale de la justice et le droit d'annuler ou de réformer, en l'absence du roi , les sentences injustes des tribunaux civils ; ils protégeaient les veuves, les orphelins et les serfs affranchis par l'Église. Les conciles, trèsnombreux entre les années 506 et 685, cessèrent presque complètement depuis ; c'étaient des assemblées mixtes où se trai-
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talent à la fois les affaires civiles et les affaires ecclésiastiques. Les décrets des conciles purement ecclésiastiques étaient ordinairement confirmés par les édits des rois, qui y faisaient souvent quelques additions. Aussi Clotaire H confirma en 615 les décrets d'un concile général (cinquième) de Paris, fréquenté par soisante-dix-neuf évèques. Un décret de Childebert H, en 595, et des capitulaires subséquents reconnurent les effets civils de l'excommunication. Les excommuniés devaient être expulsés de la cour et leur fortune distribuée à leurs proches. Plus tard, ceux qui étaient encore au bout d'un an sous le coup de l'excommunication devaient, après avoir été dépouillés de leurs biens, être condamnés à la déportation ou à l'exil.
Des évèques courageux, tels que Nicétas de Trêves et Germain de Paris, menacèrent et frappèrent même des rois de l'excommunication. Dans les époques de pillages, où le sens moral était si affaibli, cette arme de l'Église rendait de précieux services. Il en fut de même du droit d'asile, souvent renouvelé, et qui s'étendait aussi à la demeure des évèques : il enleva quantité de victimes à la cruauté et à l'esprit de vengeance. Les rois, quand ils faisaient quelque fondation, sollicitaient l'approbation de l'Église. Comme eux, les évoques conféraient en bénéfices, contre un revenu annuel, quelques portions de leurs domaines ecclésiastiques. Plusieurs églises et monastères reçurent des privilèges considérables. La perception des dîmes, souvent recommandée par les conciles, fut encouragée, mais elle ne fut généralement prescrite que par Charlemagne, en 779. Les testaments des clercs étaient privilégiés et les questions de mariages placées sous la juridiction de l'Église.
Sur la « lex romana, qua Ecclesia vivit, » Leg. Ripuar., tit. xxxi, § 3; tit. i.viii, § 1 ; Conc. Aurai., I, 511, can. i; Savigny, Gesch. des rœin. Rechts, I, p. 113, 2"= édit.; Maassen , Lex romana canonice compta, Vienne, 1860; Zœpfl, Deutsche Rechtsgesoh., I, p. 9, 24, 39, 42, 46, 72 et s., i'^ édit. — Sur l'influence politique des évèques, voyez Bossuet, Defensio Declar. cleri gallic, part. I, lib. II, cap. xxxvi, p. 254, éd. Mog.; Thomassin., III, 1, cap. xxvi et seq., xxxi; Dœilinger, Lehrb., 11, 11. - Dotation d'églises et de couvents, Greg Tur., Hist., VI, 46; Thomassin., loc. cit., cap. xix et seq.; Concilia mixta, Binterim, Gesch. der deutschen Concilien, I, p. 104 et suiv.; Conc. Par., V, .Mansi, X, 539 et seq.; Clotaire, éd. Pertz, Leg., I p. 14, 15. —Suites de
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rexcommuuicatiün, Childeb. II, Edict., Baluz,, Capit., t. I, p. 17; Conc. Vermer., 765, can. ix; Mansi, XII, 578 et seq.; Capitul. reg. Franc, V, 300; VII, 215; Baluz., I, p. 885, 1071. —Droit d'asile, Conc. Paris., V, 615, can. ix; Aurel., V, 549, can. xxii; Rhem., 625, can. vu.
— Fondations royales confirmées par Conc. Aurel., V, can. lxxv; Val., 584; Greg. M., lib. IX, Ep. cxi. — Dîmes, Conc. Tur., 567;Matiscon., II, 585, can. m; Rothomag., 650, can. lu ; d'Aschaim, 763, can. v; d'Héristal, 779; Carol. M., Capit., 779, cap. i; an. 785, cap. xvu; an. 812, cap. vi; Pertz, Leg. I, p. 36,49, 181; Thomassin., loc. cit., cap. vi, vu.
— Testaments des clercs, Conc. Par., V, can. x.
Influence des rois sur l'Église.
47 Malgré cette position favorable à bien des égards, l'Église était sous une dépendance trop étroite du pouvoir civil. Sans doute les rois francs ne s'immisçaient point dans les questions dogmatiques, qui faisaient presque entièrement défaut, mais ils intervenaient d'une façon souverainement arbitraire dans les choses de la discipline comme dans les relations personnelles des membres de l'Église. Ils entravaient surtoutla libre élection des évêques, qu'ils nommaient souvent eux-mêmes ou se réservaient de confirmer. En 529, Théoderic, fils de Clovis, nomma Nicétius évêqiie de Trêves, et Dagobert I" son trésorier Désiré évêqnede Cahors.Des ordonnances royales prescrivaient souvent de conférer à des laïques la consécration épiscopale. Un concile de Paris, en 615, et un autre de Reims, vers 625, insistèrent sur le maintien des élections canoniques. Mais le roi Clotaire modifia le décret du premier en décidant que la nomina- , tion ne se ferait qu'en vertu d'une ordonnance royale. Les rois soumettaient généralement les décrets des conciles à leur approbation. 11 n'était pas rare non plus de voir des évèques violemment destitués et soumis aux plus cruels traitements. En 577, le roi Chilpéric accusa devant un concile de Paris l'archevêque de Rouen, Prétextât, de délits politiques et d'autres crimes, et, sur le refus des évêques d'ajouter l'anathème à sa déposition, il le fit emprisonner, maltraiter et enfin déporter. Cet évêque ne fut réintégré qu'après la mort du roi (584).
L'archevêque de Vienne, Désiré, fut également déposé en 603 à l'instigation de la reine Brunehaut, et remplacé par un autre. Quand il revint de l'exil, le roi Théoderic le fit lapider. Quelquefois des diocèses étaient établis par ordonnance royale, au
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mépris des droits existants. C'est ainsi que Gilles de Reims, conformément au désir du roi Sigebert, nomma Promotus évèque do Chateaudua et sépara cette ville de l'évèché de Chartres, sans avoir consulté l'évêque Pappole. Un concile de Paris (573) prononça la déposition de l'romotus et engagea le roi Sigebert à ne pas favoriser plus longtemps l'injustice. Cependant Promotus se soutint jusqu'à la mort de Sigebert (57.^). Entre les évêques, qu'on rhoi.sissait de plus en plus parmi les Francs d'origine, il s'en trouvait plusieurs, à côté d'autres dont la vie était sainte et irréprochable , qui portaient sur les sièges épiscopaux l'esprit mondain de la cour et les vices de la carrière militaire, menaient une vie licencieuse et relâchaient les liens de la discipline.
Un grand nombre furent déposés pour leurs crimes, tels que Sassaric, évêque de Paris (en 550) ; Maclive, évêque de Vannes ,vers 555), qui, après la mort de son frère, le comte de Bretagne, prit le gouvernement de son comté et retourna à la femme qu'il avait autrefois épousée; les évêques d'Embrun et de Gap (567 et 579), qui furent accusés de meurtre et d'adultère; Gilles de Reims (590), convaincu de haute trahison. 11 n'était pas rare non plus de voir des évêques envahir et dilapider les biens d'Église, et donner ainsi aux puissants de la terre un excellent prétexte de les confisquer à leur profit. De là tant de mesures prises par les conciles pour les garantir, et encore ne parvenaient-ils souvent à les faire restituer qu'en usant de l'excommunication, comme fit le synode de Saintes à l'égard du comte d'Angoulème.
Les biens d'Église ne furent cpie peu à peu affranchis des impôts. Quant à ceux qui étaient concédés par le fisc, ils conservèrent presque toujours leurs anciennes charges, notamment celle du service militaire, dont souvent les évêques s'acquittaient en personne, ainsi qu'on le voit par les plaintes de Grégoire de Tours. Un grand nombre de conciles défendirent aux ecclésiastiques de porter les armes; le pape Zacharie déposa quantité d'évèques guerroyants, et Adrien I", en 784, exhorta Charlemagne à ne pas permettre l'usage des armes aux évêques. Enfin, plusieurs domaines furent retirés à l'Éghse comme étant des fiefs royaux, et accordés à des laïques. Dans les temps de guerre, les biens d'Église eurent beaucoup à souffrir, surtout
de Charles Martel^ qui alla jusqu'à donner à ses soldats des Hvèchés el des abbayes. Après lui, plusieurs territoires ravis à l'Église lui furent restitués.
Confirmation des élections épiscopales, Couc. Aurel., V, 549, can. x ; Paris., m, 357, can. vin; V, 615, can. i. — Représentations de Grégoire le Grand, lib. XI, Ep. lviii et seq., lxi; Clotar., éd. 615, Mansi, X, 543. — Collation arbitraire des charges ecclésiastiques, Greg. Tur., IV, 13; VIII, 39; IX, 23. —Procédure contre Prétextât, etc., Héfelé, III, p. 7, 9, 18, 27, 29,32,31, 39 et suiv. (2^ édit.,p, 33etsuiv., etc.). — Au concile de Mâcon, en 583, on ne trouve parmi soixante-trois évèques et prêtres que six noms allemands, tandis qu'en 633, dans un diplôme de Clovis II, on ne voit plus que cinq noms romains parmi quarante- cinq signatures. — Pillage des biens d'église, Conc. Paris., 537, can. i-ni; fur., 367, can. xxiv, xxv; Rhem., 623, can. i; Cabillon., 644, can. v, VI. Concile de Xaintos, Greg. Tur., V, 37. — Ecclésiastiques portant les armes et allant à la guerre, Greg. Tur., IV, 43 (al. 37); Conc. Gei'man., 742, can. ii; Vermer., 733, can. xvi; Zachar. P., Conc. Gai., 1,331, 333; Thomassin., loc. cit., cap, lxviii, n. 4; Hadr. I, ad Carol. Magn.; Mansi, xii, 793; Jaffé, n. 1876, p. 210; Capitul. Carol. M., 803; Baluz., I, p. 287 et seq. — « Bénéficia regalia » enlevés aux églises, Conc. Clarom., 533, can. v; Paris., 537, can. i, vi ; Lau, Ueber den Einfluss des Lelienwesens auf den Clerus (lllgen, Hist. Zeitschr., 1841, livrais. 1, 2); Phillips, Deutsche Gesch., 1, p. 493 et suiv,; II, 434 et suiv.; Luden, Deutsche Gesch., livr. vu, cap. 4, 3; part. III, p. 285 et suiv.; Roth, Gesch. des Beneticialwesens, Erlangen, 1850; et Münch, Hist. Taschenbuch, 1865, p. 278 et suiv.; Hahn, Jahrbiicher des fraenk. Reichs, Berhn, 1863; F.-X. Kraus, Theol. Q.-Schr., 1863, p. 683 et s.
Autres suites de l'influence des rois sur l'Église.
48. Cette dépendances des évêques à l'égard des rois eut encore d'autres inconvénients. !*• La constitution métropolitaine fut arrêtée dans son développement et altérée dans son essence même, surtout par suite des fréquentes divisions du territoire. 2° Les conciles, principalement les conciles provinciaux et les conciles généraux, se trouvaient déjà, par le mélange des affaires politiques et des affaires religieuses, soumis à l'influence des rois, au nom desquels leurs décrets étaient presque toujours publiés; il était défendu de les tenir sans leur approbation, et ils finirent par disparaître complètement. 3" Comme les évèques, dans tous les points importants, n'étaient jugés en dernier ressort que par le roi, les clercs inférieurs déchurent profondé-