I.ÉTAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT
ment. Les hommes libres, obligés au service militaire, ne pouvant entrer daus l'état ecclésiastique qu'avec l'approbation du roi, les clercs étaient presque toujours tirés de la classe des serfs et soumis à l'autorité absolue des évêques; ils scandalisaient souvent et révoltaient le peuple par la grossièreté de leurs mœurs. 4" Les prêtres qui desservaient les oratoires privés, les chapelles dans les châteaux de la noblesse, essayaient de se soustraire à l'autorité des évêques, et les conciles furent plus d'une fois obligés de combattre ces abus. 5" La juridiction sur les clercs était dans le principe entièrement réglée d'après le droit romain ; la haute dignité des prêtres était formellement reconnue par la loi ripuaire. Les conciles défendaient aux juges laïques, sous peine d'excommunication, de citer, de saisir ou de châtier un clerc à l'insu de l'évêque; les gens d'Église devaient être Jugés par le tribunal ecclésiastique ou du moins par un tribunal mixte, et, qui plus est, diaprés les canons.
Le roi Clotaire II, en 615, ne voulut admettre que les points suivants : en matière civile, le juge civil ne devait pas procéder contre les clercs à l'insu de l'évêque ; mais il le pouvait en matière criminelle, quand la faute était manifeste; les prêtres et les diacres étaient exceptés. Ceux qui étaient convaincus de crimes énormes devaient être jugés de concert avec l'évêque et conformément aux canons. Quant aux évêques accusés de haute trahison, ils ne pouvaient être jugés que par leurs pairs et en concile. La présence intimidante des rois, quelquefois leurs ordres, influençaient souvent les juges, et plus d'une fois des prélats déplaisants furent violemment écartés. Ainsi Clotaire II, vers 563, exila sans plus de façon Héraclius institué par un concile deXaintes ; vers 678, saint Léger, évêque d'Autun, fut mis à mort par ordre du roi Théoderic et du majordome Ébroin. 6° Les monastères, qui, dans les premiers temps de leur fondation, comptaient tant d'hommes pieux et de saintes femmes, tels que l'abbé Théodoric d'Or, disciple de saint Rémi (mort en 533), son successeur Théodulphe (mort en 590), saint Ébrulf, l'abbé Marculf de Nanteuil, sainte Clotilde et plus tard saint Agile, abbé de Rebais depuis 636, les monastères tombaient peu à peu dans la plus profonde décadence et étaient menacés d'une dissolution prochaine. La nonne Chrodieldis, princesse de naissance, voulant supplanter l'abbesse Leubovera, (juitta
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son monastère de Poitiers avec quarante de ses amies, et aidée d'hommes armés, se retrancha dans la hasihque de Saint- Hilaire. Elle faisait surprendre et maltraiter jusqu'au sang les évêques eux-mêmes. Un concile de Poitiers, en 590, la frappa d'excommunication, elle et ses compagnes.
Des plaintes étaient souvent portées contre l'indiscipUne des moines et des religieuses. Un autre obstacle à la prospérité des (ionvents, c'étaient les pillages qui s'y commettaient et leur translation en des mains étrangères. De là, dans le peuple même, les vices les plus grossiers, la fréquence des mariages incestueux, les retours à la superstition païenne, les actes de vengeance, le brigandage et l'assassinat.
1° Thomassin., I, I, cap. xli et seq., xltii et seq. — 2° Prsef. Couc. Agath., 506; Mansi, VIII, 323; Sigeberti R. Capit. dcl ad Desid. ep. Cadurcens.; Greg. Magn., lib. Vil, Ep. i; Bonif., Ep. li, ed,. Würdtw. Friedrich (Drei unedirte Concilien aus der Merowingerzeit, Bamberg, 1867) a édité les trois conciles d'Éluse (ööl), de Paris (614) et de Clichy (626), reproduits en partie et inexactement par Eusèbe Amort (1737); ils ont passé inaperçus. Maassen (Zwei synoden unter K. Childerich II, Gratz, 1867) a publié ceux de Bordeaux et de Latone au septième siècle. Voyez à ce sujet Héfelé, Gonc, 2« édit., III, p. 8 et suiv., 67 et suiv., 106. — 3° Thomassin., II, I, cap. lxvii, n. 5, 6; cap. Lxxiii, n. 1 et seq. — 4° Concile de Chalons, 644, can. xiv. — 5° Gonc. Matiscon., 381, can. VII, vin; II, 583, can. ix, x; d'Auxerre, 378, can. XLiii; de Paris, 615, can. iv; Chlotar. Ed., 615, can. iv. — Héraclius de Xaintes, Greg. Tur., IV, 26. — Saint Léger, Mansi, XI, 1038, 1093; Héfelé, III, 20, 234, 2e édit. — 6° Greg. Tur., III, 10; Flodoard., Hist. Rhem., I, 24; Mabill., Acta sanct. 0. S. B., I, 128 et seq., 346, 334, 614; Mansi, X, 638 ; Baron., an. 314, n. 36; Pagi, h. a., n. 13. — Révolte de nonnes à Poitiers, Greg. Tur., IX, 41 ; Mansi, IX, 1011; Héfelé, III, p. 35 (2« édit.). — Mariages incestueux. Venant. Fortun., Vita S. Albini (Migne, Patr. laL., t. LXXXVIII, p. 479); conciles de Toul, 530; de Paris, IH, 537, can. iv; de Tours, 567, can. xxi ; de Lyon, 383, can. iv; d'Auxerre, 578, can. xxvii-xxxn; de Mâcon, 585, can. xvui; de Paiis, V, 615, can. XIV ; de Reims, 625, can. vni. Usages païens; lois de Childebert (mort en 558), Mansi, IX, 738; concile d'Auxerre, 378, can. i, m, iv.
Derniers temps des Mérovingiens.
49. Dans le royaume des Francs, sous les derniers rois mérovingiens, la situation de l'Église était tellement lamentable, que si elle se fût longtemps prolongée, elle aurait abouti à une
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complète dissolution : il n'eu fut rien, heureusement, grâce à l'intervention des meilleurs d'entre les maires du palais. Le clergé dégénéré ne pouvait plus lutter contre la barbarie générale ; un grand nombre d'évêques et de prêtres s'étaient ingérés dans les charges qu'ils occupaient par la faveur, la corruption, la fraude et même la violence, et ils les administraient par les mêmes procédés qu'ils avaient employés pour les acquérir. Plusieurs évêques, soit par amour des combats, soit par arrogance, s'engageaient dans de sanglantes batailles. Au milieu de la confusion générale qui suivit la mort de Pépin d'Héristal en 714, Savaric, évêque d'Auxerre, conquit des provinces entières. Ouelques-uns accaparèrent des évêchés et des abbayes : ainsi en 718, Hugues, évêque de Rouen, se mit en possession des diocèses de Paris et de Bayeux, des abbayes de Fontenelle et de Jumiége. D'autres périrent de mort violente, comme ceux de Soissons, d'Auxerre et de Maestricht. Les évêques, pour garantir leur personne, recouraient souvent aux armes; chasseurs et guerriers plutôt que pasteurs "et docteurs, ils vivaient dans l'incontinence. On voyait des clercs et des moines mourir dans le dénùment ou s'adonner à une licence effrénée.
Les nombreuses guerres du temps de Charles Martel empirèrent encore le mal. Des soldats, récompensés par des abbayes et des évêchés, les dilapidaient d'une façon indigue. Charles Martel s'est assurément acquis de grands mérites par ses combats contre les Arabes, les Saxons et les ducs rebelles, mais ses actes furent généralement empreints d'une grande cruauté. II était devenu si puissant qu'il put, après la mort de Théoderic IV, en 737, laisser le trône de celui-ci inoccupé, gouverner luimême à sa place et faire consentir les États au partage du royaume entre ses fils Carloman et Pépin. Tous deux régnèrent effectivement après sa mort (15 octobre 741), Carloman sur les Francs orientaux, l'Alémanie et la Thuringe , Pépin sur la Neustrie. Il est vrai qu'en 742 ils portèrent Childéric III à la royauté, mais ce prince, absolument incapable de régner, ne fut qu'un fantôme de souverain.
Dœllinger, Lehrb., II, p. 45; Rückert, Culturgesch. des deutschen Volkes in der Zeit des Uebergangs vom Heidenth. in das Christenth., part. Il, 18üi; üzanam (ci-dessus g 19); Thierry, Récits des temps mé-
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rovingiens, Paris, 1842, 2 vol.; F. Dahn, Die Kœuige der Germanen, Wurzbourg, 1861 et suiv., sect. 1-6; Gfrœrer, Zur Gesch. der deutschen Volksrechte, Schaflfh., 1865, 2 vol.
Alliance avec Roxae.
50. Carlomau et Pépin travaillèrent à rétablir l'ordre et la discipline dans l'État et dans l'Église, et entamèrent à cette fin d'activés négociations soit avec le légat du pape Boniface, soit avec le Saint-Siège. Déjà des relations semblables avaient existé autrefois dans ces provinces, aussi bien que dans la Gaule romaine. Les papes, à la demande des rois eux-mêmes, avaient longtemps conféré aux archevêques d'Arles le vicariat apostolique, envoyé des légats, admis les appellations, ordonné de tenir des conciles, flétri les abus régnants, reçu des renseignements sur les ordinations, des demandes pour la collation du pallium et différentes questions : leurs décrets avaient été accueillis avec respect et docilité. Mais, depuis la fin du septième siècle, les troubles du pays et la perturbation des aff'aires religieuses semblaient avoir relâché les liens avec Rome, en même temps qu'on constatait la décadence de la constitution métropolitaine et de l'institution synodale. Carloman invoqua le concours de saint Boniface pour l'aider à tenir des conciles qui s'ocuperaient de la réforme des mœurs, et il confirma les décrets de ceux qui furent célébrés en 742 et 74.3. Ce prince^ dans la détresse de son royaume, ne put entièrement effectuer la restitution des biens d'Église qu'il avait promise dans l'origine; il décida qu'une portion servirait encore quelque temps à l'entretien de l'armée à titre de précaire et moyennant redevances. Mais chacune des cours devrait payer annuellement douze deniers aux églises intéressées, et les commendes ne pourraient plus être renouvelées après la mort de leurs titulaires. Cet acte impliquait la complète reconnaissance des droits de l'Église sur les biens qu'on lui avait ravis.
Les clercs indignes furent déposés et punis, les anciennes lois de l'Église remises en vigueur. En août 743, Carloman, Pépin et Boniface envoyèrent à Rome des lettres et des délégués, tinrent de nouveaux conciles réformateurs, à propos desquels le pape Zacharie envoya une lettre circulaire (745), et adressèrent au Saint-Siège différentes questions sur les mariages