‹ Histoire de l'église (volume 5)Chapitre 24 sur 34 · L V.TAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

L V.TAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT

illicites et sur la discipline ecclésiastique (746). En 747 nnfln, Carloman se rendit Ini-mêuie à Rome, pour embrasser l'état religieux. Pépin continua de s'appliquer à la restauration des églises et à l'abolition des abus, malgré toutes les luttes qu'il eut à soutenir contre ses propres parents, tel que son jeune frère Grifon.

Vicaires et légats du pape dans le royaume des Francs, Jaffé, Reg., n. 594, 596 et seq., 626 et seq., 1004-1006, 1419. — Appellations, ibid., n. 576, 681 ; Greg. Tur., V. — Renouvellement des conciles et censure des vices, Greg. M., Jaffé, n. 1169, 1263, 1265-1267, 1270-1273, 1405 et seq. — Consultations adressées au pape, Jaffé, n. 587 et seq. — Accueil respectueux fait aux décrets du pape, Conc. Araus., I, 529, prsef.; Conc. Aurel., IV, 541, can. i; Turon., 567, can. xxj Walter, K.-R., § 44, n. 8, 11'= éd. (contre Richter); Bonif., Ep. l, lix, lx, éd. Würdtw.; Héfelé, Conc, RI, p. 497 et suiv., 515, 521.

Pépin, roi.

51. Au milieu de ces contestations, Pépin, qui exerçait déjà Tautorité de fait en sa qualité de duc et de majordome, prit le titre de roi. Après s'être concerté avec les grands du royaume, il chargea Fulrad, abbé de Saint-Denis, de demander au pape lequel devait être roi et en porter le titre, de celui qui exerçait déjà la puissance et avait la gestion de toutes les affaires du gouvernement, ou de celui qui en portait seulement le titre. Le pape décida la question dans le premier sens, et Childéric III, âgé de dix-huit ans, fut relégué dans un monastère, Pépin, conformément à l'ancien, usage, fut élevé sur le bouclier dans les champs de Soissons et proclamé (de septembre 751 à février 7.52). Ce changement de dynastie assura la prospérité du royaume, car les ducs arrogants qui occupaient les provinces refusaient de se soumettre au maire du palais, et les derniers Mérovingiens étaient incapables de régner.

La monarchie franque étant une monarchie élective, la nation avait le droit de conférer le gouvernement au plus habile. Depuis plus d'un siècle déjà, la maison de Pépin exerçait la souveraineté de fait et s'était illustrée dans plusieurs batailles; Childéric III lui-même devait son élévation à Pépin et à Carloman,son frère, qui auraient pu, comme leur père, considérer le trône comme vacant. Le pape, de son côté, pouvait décider, selon

les principes de la morale, que le bien du royaume l'emportait sur le bien d'un individu, que, dans les circonstances présentes, l'exaltation de Pépin à la royauté n'était point une injustice, que celui qui possédait l'autorité royale par la volonté de la nation pouvait y joindre le titre de roi. Eq tant qu'il s'agissait de tranquilliser les consciences et de prononcer sur le serment prêté par les Francs, le pape avait pleinement le droit de résoudre la question ; il se borna du reste à donner un conseil, à reconnaître ce que la nation avait déjà résolu. Cet acte politique et religieux fut d'une immense portée pour l'Église, à laquelle la dynastie carlovingienne demeura sincèrement dévouée. Pépin fut solennellement couronné, suivant la coutume usitée pour les rois d'Espagne au septième siècle, ainsi que pour les rois d'Angleterre.

ADDITION DU TRADUCTEUR

Le problème historique concernant le pape Zacharie a été traité à fond dans les Anaîecta, 143« livraison. Nous nous bornons ici à résumer la question.

La considtation du pape Zacharie n'est pas certaine ; c'est probablement un fait absolument apocryphe.

Les annalistes contemporains n'en disent mot. Ce n'est qu'à la fin du neuvième siècle, c'est-à-dire cent cinquante ans après l'événement, que l'on voit apparaître la première mention de la célèbre décision qui amena le changement de dynastie.

Le liiographe de saint Boniface, évêque de Mayence, écrivit son livre pendant le règne de Pépin le Bref. Son silence est inexplicable, si Boniface reçut réellement du pape Zacharie la mission de sacrer Pépin le Bref, comme prétend la légende. Il résulte au contraire de la biographie que saint Boniface était gravement malade à l'avènement de Pépin. Cette maladie obligea saint Boniface de prendre un coadjuteur. Comment aurait-il pu entreprendre le voyage de Mayence ou de Fulde à Soissons pour sacrer le nouveau roi?

Autre difticulté. 11 paraît tout-à-fait certain que le pape Etienne II, venu en France l'an 754, sacra Pépin et ses deux fils à Saint-Denis; Pépin aurait donc été sacré deux fois, s'il était vrai qu'il eût déjà été sacré à Soissons par saint Boniface deux ans auparavant.

Le couronnement peut être renouvelé. Les empereurs d'Allemagne prenaient à Cologne la couronne d'argent, à Monza, près de Milan, la couronne de fer, et à Rome la couronne d'or. Mais la cérémonie du sacre n'a lieu qu'une fois sur la même personne.

Pendant le régne de Charlemagne. sous Louis le Débonnaire et

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jusque vers la fin du neuvième siècle, on ne trouvo i'.cun hisforien (jxii rapporte que le pape Zacharie, consulté par les Francs sur la translation de la couronne, aurait décidé en faveur de Pépin le Bref. Les chroniques du temps ont été recueillies dans la grande collection de Rouguet et récemment dans les Monumenta Germanise, de Pertz. On n'y trouve aucun vestige de la légende.

Vers la lin du neuvième siècle, des chroniques rédigées en Allemagne commencèrent h relater la légende. Mais les chroniqueurs ne conviennent ni sur l'époque ni sur le pape qui aurait pris la décision. Les uns l'attribuent au pape Zacharie ; d'autres prétendent que ce fut Etienne II qui, pendant son voyage en France , ordonna l'élévation de Pépin au trône de France.

Les historiens modernes sont partagés sur la question. Lecointe, dans ses Annales de France, fait une longue dissertation pour montrer l'invraisemblance d'une consultation adressée par les Francs au pape Zacharie.

Le fait est donc douteux et on ne peut pas en argumenter comme s'il était certain '.

Sur la réponse du pape Zacharie, Bossuet, Defens. Declar., part. I, lib. II, cap. xxxni-xxxv, p. 246-2.")l, éd. Mog.; Blanchi, Délia potestà e pohzia délia Chiesa, t. I, lib. II, § 11, u. 9 et seq., p. 301-327; Bemiettis (I, § 7), part. II, t. VI, p. 384 et seq.; Phillips, Münch. gelehrte Anzeig., 1846, p. 623 et suiv. — Lois allemandes, I, p. 522 et suiv.; Dœlhnger, Lehrb., I, p. 40Ö; Gosselin, la Puissance des papes au moyen-âge (en français et en allemand, t. I, p. 319 de l'édition allemande). Autres ouvrages dans Héfelé, 111, p. 570, n° 1, 2« éd. Quelques savants rejettent complètement l'authenticité de la décision du pape, tels que P. Lecointe, Annal, eccl. Franc, t. V, an. 752; Natal. Alex,, Hist. Eccl., diss. ii in sfec. viii; Tournely, De Eccl., t. II, p. 402, incline vers cette opinion, également admise par Aimé Guillon (Pépin le Bref et le pape Zacharie, Paris, 1817), et dernièrement par Uhrig (Bedenken gegen die Aechtheit der mittelalterl. Sage von der Entthronung des merow. Koenigshauses durch den Papst, Leipzig, 1875. Contre eux : Pagi, an. 751, 752; Mabillon, Ann. 0. S. B., t. II, lib. xxii, n. 43, 55; Mamachi, Ant. ehr., IV, p. 224 et seq. — Contre le repi'oche d'usurpation de la part de Pépin, voyez Gosselin, loc. cit., t. II, p. 427 de l'édition allemanile, où sont indiqués les ouvrages français relatifs à cette controverse. Sur la chronologie, Œlsner, De Pipino rege Franc, 1853, p. 12, et Héfelé, loc. cit. — Sur les couronnements royaux, Phillips, K.-R., III, § 120, p. 67; Hist.-pol. Bl., t. XX, p. 218 et suiv.; Pontif. arelat., ap. Marlene, De ant. Eccl. rit., t. III, lib. H, cap. x, p. 222. Cf.

' Analect jur. pontif., junvier 1868 (librairie Palmé).

68H HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

ibid., p. 192 et seq. Quelques opinions du moyen âge sur la royauté de Pépin, dans mon ouvrage Katolische-Kirche, p. 126, n. 3.

52. En 753^ le nouveau roi réunit à Verberie, dans le diocèse de Soissons, une diète qui rédigea un capitulaire en vingt-un canons, la plupart sur le mariage, les empêchements de mariage et la vie des époux. Un concile tenu à Verneuil en 755 établit vingt-cinq canons. Comme le lien métropolitain n'avait pas encore être partout rétabli, il invita les évêques à rendre l'obéissance canonique à ceux qui remplaçaient temporairement les métropolitains, recommanda de réunir le concile deux fois par an, d'observer les règles monastiques, de respecter les libertés de l'Église, surtout l'exemption du service militaire pour les clercs, la soumission des prêtres diocésains à leur évêque, et renouvela d'anciens canons. Les questions relatives au mariage furent de nouveau traitées en 757 dans un concile de Compiègne, auquel assistaient deux légats du pape, l'évêque Georges et le sacellaire Jean. Plusieurs conciles furent tenus sous le règne de Pépin, mais il n'en reste que peu de chose.

Dans la Bavière indépendante, sous le duc Thapilo, un concile fut célébré à Aschaim, où l'on conservait dans l'église de Saint- Pierre le corps de saint Emmeran. Ce concile recommanda au comte de respecter les lois de l'Église, de ne point attenter à ses biens, de tenir des diètes publiques et en général de veiller à l'exécution des canons. Le roi Pépin, qui avait réuni l'Aquitaine à son royaume, mourut à Saint- Denis en 768, à l'âge de cinquante -quatre ans, après avoir partagé ses États entre ses deux fus Charles et Carloman, dont le premier régna sur le nord, le second sur le sud. Tous deux envoyèrent en 769 des évêques francs à un concile de Rome ; mais la discorde éclata bientôt parmi eux, et une guerre civile semblait imminente, lorsqu'elle fut prévenue par les efforts de leur mère Berthe et par la mort de Carloman (décembre 771). Charles fut nommé roi dans les États de Carloman par les grands du pays, et le vaste empire des Francs se trouva réuni sous un seul souverain.

Conc. Vermer., 7o3, Mansi, t. XII, app., p. 115; Conc. in Verno, etc., Mansi, XII, 578, 664, app., p. 128; Pertz, Leg. I, p. 22 et seq., 27; Héfelé, III, p. 573 et suiv., 587 et suiv., 593 et suiv., 597 et suiv., 2» éd. — Rotli Sécularisation des Kirchengutes unter den Carolingern

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(Mùnch. hist. Jahrb., 1865, p. 277 et sniv.); Capital, reg. Franc, éd. Baluz., Venet., 1772 et seq., t. II; Pertz, t. III, IV; Walter, Corp. jur. Germ. ant., Berol., 1824 et se.}., t. III; Bœhmer, Regesta Carolorum, documents de tous les carlovingiens, 752-918, Francfort, 1834, in-4° ; Sickel, Acta Carolin, reg. et imper., Vienn., 1867 et seq.

L'eptarchie d'Angleterre. Conciles d'Angleterre.

53. Les rois anglo-saxons intervenaient fréquemment dans les affaires ecclésiastiques, soit par ambition, soit par zèle pour les intérêts religieux. Chez eux aussi, les conciles et les diètes furent bientôt réunis en une seule assemblée, bien qu'on y tînt encore plusieurs synodes purement ecclésiastiques, notamment sous l'archevêque Théodore, qui fit renouveler les anciens canons. Il en fut ainsi au concile d'Héréfort en 673, qui prescrivit la célébration annuelle des conciles, ne permit le divorce qu'en cas d'adultère et sans la faculté de contracter un nouveau mariage, veilla au maintien des droits des évêques et des monastères, et déclara que le nombre croissant des fidèles exigeait l'érection de nouveaux sièges épiscopaux. Non-seulement les abbés, mais encore les abbesses assistaient aux conciles. En 694, à Bécancelde, Withred, roi de Kent, approuva la liberté des élections épiscopales eu présence de l'archevêque Britwald de Cantorbéry, de l'évêque de Rochester et de cinq abbesses, reconnut l'indépendance du domaine religieux, exempta les éghses des charges et des impôts et se contenta de prestations volontaires. Le même roi, dans un concile tenu à Berghamsted en 697, publia, de concert avec les dignitaires ecclésiastiques et civils, vingt-huit ordonnances ou canons, dont la plupart déterminaient les peines à infliger pour divers délits, pour la violation des droits de l'Église et des droits du roi.

Dans le Wessex, le pieux roi Ina inséra dans son code de lois les décrets d'un concile tenu en 692 par les évêques de Londres et de Winchester. Les duels et les combats particuliers furent défendus, le droit d'asile adopté, le travail du dimanche frappé de peines sévères; des châtiments furent déterminés pour des délits spéciaux, notamment contre les parents chrétiens qui refusaient de faire baptiser leurs enfants. Sous le même roi, le diocèse de Winchester fut divisé après la mort de Hedda, son évèqne; Daniel devint évêque de Vintonia (Wiiic bester), 11. — fflST. DE l'églisb. 44

et Aldhelm reçut le nouveau diocèse de Sheruburn. Les Ostsaxons perdirent leur diocèse de Londres à la suite de plusieurs guerres, et furent placés sous 1 evêque des Westsaxons. Cette réunion fut dissoute en 711, et Londres eut de nouveau des évêques distincts. Dans l'origine, les évêques étaient ordinairement élus dans des conciles nationaux, présidés par l'archevêque de Cantorbéry, puis parle clergé, avec l'assentiment du peuple.

ADDITION DU TRADUCTEUR

État des lettres au huitième siècle.

La face de l'Église, déjà défigurée par les désordres introduits dans l'État, fut presque entièrement changée. Ses biens furent enlevés ou saccagés , ses pasteurs massacrés ou arrachés violemment de leurs sièges. A la place des savants prélats, on vit des gens sans lettres posséder à la fois plusieurs grands évêchés, dont les revenus étaient employés à des usages tout profanes. Les sièges épiscopaux sont abandonnés, disait en gémissant saint Boniface, évèque de Mayence, ou à des laïques avares pour en jouir, ou à des clercs débauchés, ou à des fermiers publics. D'autres, quoique revêtus de l'épiscopat, se signalaient par d'autres e.\cès.

Les abbayes, ces asiles de la science, Charles Martel les conférait à des hommes de guerre, quelquefois à des femmes perdues de mœurs. Aussi les plus habiles connaisseui's conviennent qu'avant Charlemagne ce siècle fut le plus ignorant qu'on eût jamais vu en France. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'on y soutint avec succès la propagation de l'Évangile dans la France orientale, dans la Frise et la Saxe, qui faisaient alors partie de l'empire français. — Vers 768, selon le témoignage d'un auteur, on ne voyait plus aucun vestige des sciences et des beauxarts. Les clercs, les moines savaient à peine lire et écrire, témoins les règlements par lesquels les conciles ordonnèrent que les évêques et les prêtres s'instruiraient des saints canons et ne laisseraient plus les fidèles dans l'ignorance des premiers principes du christianisme.

Telle était la situation des lettres avant Charlemagne • .

OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° o3.

Heinsch, Die Reiche der Angelsachsen zur Zeit Carls d. Gr., Breslau, 1873; Schrœdl, Das erste Jahrh. der engl. Kirche, Passaa, 1840; Dœllinger, Lehrb., IL p. 83 et suiv.; Héfelè, lil, p. 113, 348 et suiv., 334 et suiv., 360.

' Histoire littéraire de la France, éd. Palmé, t. l, commencement.

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Empiétement des rois. — Wilfrid d'York.

54. Comme les prélats exerçaient une grande influence, les rois s'efforcèrent d'élever leurs amis sur les sièges èpiscopaux, d'abord par des prières et des recommandations, puis enfin par des ordres formels. Ils en vinrent à faire eux-mêmes les nominations. Quelquefois ils se prétendaient le droit d'ériger des évêchés de leur propre chef, de les séparer ou de les réunir à leur gré, et, dans un ordre de choses si confus encore et si imparfait, ils en trouvaient souvent l'occasion ou le prétexte. Alfred, roi des Northumbres, excité par les nombreux ennemis de Wilfrid, évêque d'York, détacha d'York le monastère de Rippon et en fit un évêché. Wilfrid, qui le craignait, s'enfuit chez les Merciens, où il obtint l'évèché de Lichfield. Là dessus, le roi Alfred convoqua en 701 le concile de Nesterfield, qui fut présidé par l'archevêque Britwald, ennemi personnel de Wilfrid. Ce concile invoqua les précédentes ordonnances de l'archevêque Théodore, qui, à l'instigation d'Egfrid, roi de Northumberland, avait divisé l'ancien diocèse d'York en quatre et n'avait laissé à Wilfrid que le petit diocèse de Lindisfarne, encore le lui avait-il enlevé en punition de sa résistance. Wilfrid^ en 678, avait appelé à Rome contre ces mesures et s'y était rendu en personne. En 679, Rome décida qu'il serait remis en possession de ce qui lui avait été ravi et lui donna le droit d'élire lui-même les évêques des quatre autres diocèses de Northumberland.

En 685, après la mort d'Egfrid, l'archevêque Théodore, qui, sur ces entrefaites, avait enduré la captivité, s'était réconcilié avec M^ilfrid ; Alfred lui avait rendu ses évêchés, avec les monastères d'York, de Lindisfarne et d'Hexam. C'est pourquoi, en 701 , Wilfrid déclara à Nesterfleld qu'il ne pouvait admettre des ordonnances de Théodore que celles qui étaient conformes aux canons, il invoqua les décrets du pape et en appela à Rome. Protégé par Ethelred, roi des Merciens, il s'y rendit en hâte, trouva protection auprès de Jean VI, et ensuite auprès de l'archevêque Britwald, qui reconnut ses droits. Cependant le roi xVlfred ne se conforma à la lettre du pape que lorsqu'il se sentit atteint d'une grave maladie, dont il mourut en 703. Wilfrid recouvra ses deux monastères de Rippon et d'Hagulstadt, dont le dernier était un évêché, et mourut en paix (709),

Mansi, Conciles, XI, 179 et seq., 187; Xri, 158; Héfelé, Histoire des conciles, IIT, p. H9, 252, 257, 314, 357 et suiv., 2« éd.

Diocèses, paroisses et couvents.

55. Caiitorbéry demeura longtemps l'unique métropole de l'Angleterre. Ce ne fut qu'en 755 qu'Egbert d'York, frère du roi de Northumberlaml, faisant valoir une ancienne ordonnance du pape Grégoire I", reçut un décret pontifical qui érigeait York en métropole et lui donnait pour suffragants tous les évêchés situés au nord du fleuve Huniber. Plus tard, OfTa, roi des Merciens, essaya de détacher de la métropole de Cantorbéry, qui appartenait à Kent, les églises de son pays, et obtint l'érection de l'église de Lichfield en archevêché. Le pape Adrien donna le pallium à Tévèque Aldulf (787). Mais après la mort d'Offa, lorsque Kent fut soumis à Kenulf, roi des Merciens, et que le motif de la séparation eut cessé, l'archevêque de Cantorbéry, Adélard, obtint du pape Léon III le rétablissement des anciens droits de son siège et la suppression de l'archevêché de Lichfield. A dater de là, Cantorbéry eut douze évêchés et York trois.

L'Angleterre fut redevable de ses éghses paroissiales à l'archevêque Théodore, qui, pour encourager les Thanes à les construire et orner, leur accorda, à eux et à leurs héritiers, le droit de présentation. Cette mesure favorisa la conversion des païens, et on n'en voyait plus que là où manquaient les prêtres et où l'instruction faisait défaut. Cependant, les couvents qui étaient de fondation ancienne et avaient rapidement prospéré, remplacèrent encore les églises en plusieurs endroits. Il y avait souvent, outre des monastères d'hommes, des monastères de femmes, rigoureusement séparés des premiers. Quelquefois l'abbesse gouvernait elle-même les moines à l'aide d'un prieur nommé par elle, et administrait les propriétés r^vnmunes. Pour se procurer les prérogatives et les franchises des monastères, on voyait souvent des laïques de qualité, hommes et fenniies, construire des maisons religieuses, se nommer eux-mêmes abbés ou abbesses, et vivre avec leur suite d'une manière toute profane et sans aucune discipline. En 747, le concile de Cloveshoé essaya de remédier à cet abus, sans pouvoir

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entièrement l'abolir ; il ne disparut qu'au milieu des incursions des Danois païens. Des mesures fréquentes furent prises contre les empiétements des laïques sur les biens de l'Église. Ces biens étaient exempts de charges, sauf pour ce qui regardait le ban de l'armée, les subsides pour l'entretien des routes, des ponts et des forteresses. La perception des dîmes, devenue à peu près générale depuis le huitième siècle, fut strictement recommandée par le concile de Calchut en 787. Dans les églises cathédrales, les évêques avaient autour d'eux une multitude de prêtres qui vivaient canoniquement; ces chapitres étaient en même temps des écoles et des séminaires.

Héfelé, 111, p. 638 et suiv., 720 et suiv., 746; Thomassin, part. I, üb. 111, cap. V, 11. 7, 8; part. II, lib. I, cap. xcv, n. 9 et seq.; part. III, lib. 11, cap. xr, n. il; cap. xiv, n. 7; cap. xv, n. 3; cap. xix, n. 4 et seq.; cap. xxxvi, n. 6; lib. I, cap. xxvii, n. il ; part. 1, lib. Il, cap. xLvi, n. 9; cap. xlvui et seq. — Héfelé, loc. cit., p. 560 et suiv., 720.

Position de l'Angleterre vis-à-vis de Rome.

o6. L'Église d'Angleterre était de temps immémorial en relations très-intimes avec le Saint-Siège. Souvent des laïques et des clercs se rendaient en pèlerinage aux toml)eaux des princes des apôtres; huit rois anglo-saxons entreprirent dans ce but le voyage de Rome. D'autres instituaient des députations chargées de porter des présents au pape et de demander sa bénédiction . 11 y eut de bonne heure en Angleterre des fondations religieuses placées sous la protection particulière et immédiate du Saint- Siège, et les rois, quand ils faisaient quelque établissement ou donation, requéraient l'approbation du pape. Offa, roi des Merciens, fit en 794 le voyage de Rome pour solliciter la confirmation du nouveau couvent de Saint-Albin. En 714, le roi du Wessex, Ina, fonda à Rome, où il mourut, une église avec un hospice pour les pèlerins, une école et d'autres bâtiments, qui furent habités par plusieurs Anglo-Saxons. L'Angleterre y concourut par des subsides en argent. Offa organisa cette fondation sur un pied plus large encore, et lui accorda le denier de saint Pierre, qui fut bientôt acquitté par toutes les familles aisées d'Angleterre. Vers l'an 1073, ce denier s'élevait au-delà

de deux cents livres d'argent saxon; il se transforma en contribution annuelle, destinée à remplacer les sommes qu'on envoyait tous les ans à Rome, et à défrayer les dépenses de l'administration générale de l'Église.

Les métropolitains d'Angleterre étaient obligés de se rendre personnellement à Rome pour demander leur confirmation et obtenir le paliium. Cependant, comme la longueur du chemin et les difficultés du voyage rendaient cette démarche onéreuse à plusieurs archevêques, l'épiscopat anglais demanda, en 801, d'en être affranchi. Léon III repoussa cette demande. Plusieurs conciles anglais furent tenus sur la prière et les exhortations des papes. Aussi Zacharie exigea, sous peine d'excommunication, la réforme de quelques graves abus, qui avaient également soulevé les plaintes de saint Boniface, procura un concile qui fut tenu à Cloveshoé en 747, sous l'archevêque Cuthbert de Cantorbéry, inculqua aux évêques le devoir de visiter leurs églises, de former avec soin et d'examiner sévèrement les candidats aux saints ordres, et interdit plusieurs abus. Saint Boniface, dans des lettres au roi et à l'archevêque Cuthbert, avait généreusement flétri la vie dissolue d'Éthelbald, roi des Merciens, la passion de l'ivrognerie dans plusieurs évêques, les progrès toujours croissants du luxe et de la magnificence des habits, les vexations infligées aux prêtres et aux moines.

En 787, les évêques Grégoire d'Ostie et Theophylacte de Todi, légats du pape, procurèrent deux conciles, l'un à Calchut, en Mercie, l'autre dans le Northumberland. Dans celui-ci, les évêques, ayant à leur tête l'archevêque de Cantorbéry, firent la promesse solennelle d'observer religieusement les vingt chapitres envoyés par le pape, promesse qui fut renouvelée par deux autres conciles en 788. Ces conciles recommandèrent aux évêques de n'excommunier personne sans de justes motifs, mais aussi de s'acquitter résolument de leurs devoirs envers les rois et les grands, qui devaient leur obéir comme à des hommes investis du pouvoir des clefs ; ils rappelèrent que les clercs ne pouvaient être jugés par les laïques, que les rois devaient être régulièrement nommés par les évêques et les principaux laïques sous l'observation exacte de la justice et sans acception des personnes. Ils insistèrent principalement sur l'obligation où étaient les évêques de célébrer le concile deux fois par an, do

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visiter leurs diocèses, d'examiner les clercs sur leur orthodoxie et d'extirper les usages du paganisme.

Décadence de l'Angleterre.

57. Au huitième siècle, l'Église d'Angleterre possédait encore des honmies savants et capables , tels que Bède le Vénérable (mort en 735), qui écrivit l'histoire ecclésiastique de son pays; Daniel, évêque de Winchester, à qui saint Bouiface demandait souvent conseil ; Egbert, archevêque d'York, disciple de Bède et maître d'Alcuin. Cependant, les avertissements, les reproches que contiennent les lettres d'Alcuin à des compatriotes ses amis prouvent qu'à cette époque le goût des études ecclésiastiques, aussi bien que la gravité des mœurs et le sérieux de la piété, laissaient à désirer chez les Anglo-Saxons. Beaucoup de choses étaient en décadence. L'unité politique des États anglo-saxons n'était alors que faiblement représentée par Bretwalda, et c'était à l'unité religieuse de combler les lacunes. Malheureusement, l'Église était souvent entravée dans la liberté de son action par des luttes et des bouleversements sans fm , par les excursions dévastatrices des Danois et des Normands. Lindisfarne fut détruite en 793, puis en 875; dans le Northumberland, toutes les abbayes disparurent. Couverte de monceaux de cadavres, de débris informes , l'île ressemblait à un champ de bataille. Dans le W'essex même, où le roi Egbert était seul monarque, toute unité disparut dans la législation et dans l'administration à partir de 826, et les Anglo-Saxons continuèrent d'être divisés en États et en peuplades. La voix des évèques, dont plusieurs se laissèrent envahir par la corruption générale , retentissait dans le désert, et il fallut plus tard renouveler de fond en comble la vie monastique.

Bède, IV, 23; V, 7; Schola Saxonuin, voyez Papencordt, Gesch. der Stadt Rom im M.-A., p. 123 et suiv.; Gius. Garampi, Dissert, inedita con prefaz.e uote del prof. Uccelli, Rom., 1875; Bonif., Ep. lxxi, Lxxii, ed. Würdtw.; Mansi, Xn, 387 et seq.; Hefelé, III, 530, 560 et suiv., 638 et suiv.; Dœllinger, Lehrb., II, p. 89 et suiv.

fiOR. HISTOIRE DE l'ÉGLISE.

L'Espagne. — Puissance de l'Église.

58. En Espagne, sous les rois catholiques qui régnèrent de 589 à 712, l'Église fut étroitement unie avec l'État. En 589, le roi Reccared ordonna que les juges et les employés du fisc assisteraient eux-mêmes aux conciles provinciaux annuels pour y apprendre des évêques à traiter le peuple avec justice et douceur; que les évê(]ues auraient la surveillance sur les juges et les reprendraient, qu'ils informeraient le roi de leur conduite ou les frapperaient de censures en cas de malversation. Les évêques ne devaient être établis que conformément aux canons et aux décrétales des papes, dont le caractère obligatoire était universellement reconnu. L'Église exerçait sa juridiction dans les affaires juridiques des clercs, dans les mariages et les testaments, et traçait des règles générales pour la conduite des fonctionnaires royaux. En 592, les évêques du concile de Saragosse, dans une lettre aux percepteurs de l'impôt, déterminèrent la quantité de blé qu'on pouvait lever dans leurs diocèses. Souvent les rois avertissaient les prélats réunis en conciles de maintenir les droits de l'Église et d'abolir les abus qui s'y étaient glissés , ainsi que le lit Sisenand au quatrième concile de Tolède (633), dirigé par saint Isidore de Séville, en se prosternant devant les soixante-deux évêques et en implorant leur intercession auprès de Dieu.

Ce concile s'occupa aussi de la paix du royaume et de la succession au trône. Le concile suivant (636), sous le roi Chintila, prit d'autres mesures pour assurer la tranquillité du royaume. Quiconque usurperait le trône sans avoir été nommé par les grands, serait frappé d'anathème ; les descendants et les serviteurs du roi défunt devaient être mis à l'abri du pillage et des mauvais traitements. Les conciles furent souvent dans la nécessité de prendre des mesures sévères contre ceux qui trahissaient leur pays. Après la mort de l'excellent Chintila , son fils fut élu à la royauté par reconnaissance pour son père (640) ; mais la faiblesse de son âge ne lui permit pas de supporter le fardeau du gouvernement, et une partie de la noblesse éleva Chindasuinth. Celui-ci s'empara du trône en 642, et fit couper les cheveux au jeune Tulga, tandis que l'autre partie demanda

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du secours en Gaule et en Afrique : une guerre civile s'ensuivit. Quand la paix fut rétablie, Chindasuinth, définitivement reconnu, convoqua le septième concile de Tolède {ßi6\ D'après ce concile, les laïques qui conspireraient contre leur patrie perdraient leurs biens et encourraient l'excommunication ; s'ils étaient clercs, ils seraient déposés et condamnés à la pénitence perpétuelle. Récésuinth, d'abord associé à la royauté avec son père, lui succéda en 652 , et proposa au concile de Tolède de 633 quelques adoucissements dans la punition des traîtres de la patrie ; le concile y consentit et confirma en outre quelques autres ordonnances.

Récésuinth mort (672), Wamba fut élu malgré sa résistance et eut à réprimer une foule de révoltes. En 675, il convoqua deux conciles provinciaux qui devaient remédier aux désordres régnants, dans lesquels les évoques avaient eux-mêmes trempé. Lorsque le roi Wamba, enivré par le comte Ervige, qui aspirait à la couronne, fut mis pour cette raison au rang des pénitents *, où il demeura de son plein gré, l'archevêque de Tolède, Julien, couronna Ervige (680), recommandé par Wamba luimême; le douzième concile de Tolède approuva son élévation ainsi que les lois proposées par lui, et lui-même confirma les décrets du concile (681). La plupart des conciles étaient convoqués par ordre ou avec la permission des rois ; ils sanctionnaient les lois royales, tandis que les canons des conciles étaient transformés en lois civiles et leur infraction punie par des peines spirituelles et temporelles. Presque tous les conciles étaient des diètes de l'empire. Ce fut en 694 seulement qu'on résolut de traiter à part les affaires ecclésiastiques et les affaires civiles ; les trois premiers jours du concile étaient consacrés aux intérêts religieux.

Isid. Hispal. (mort en 636), Cliron. hist., Op., éd. Arevalo, Rom., 1792-1804; Migne, Patr. lat., t. LXXXl-LXXXIV; Collectio canon. Eccl. Hispan., Madrid, 1808; Gonzalez, CoUeccion de canones de la Iglesia espanola, Madrid, 1849; Juan Tejada y Ramir», CoUeccion de canones y de totos los Concilios de la Iglesia de Espaùa y de America, Madrid, 1800-1859, 6 vol. — Conc. Toi., 111, .o89, can. i, xviii; Csesaraug., 592;

' Ervige le fit raser et revêtir d'un habit monastique pendant qu'il dormait engourdi par un soporifique. (Note du Irnd.)

Tolet., IV, 633; VU, 646; VIII, 633; XI, 675; Bracar., h. a., Toi., XII, 681 ; XVII, 694, can. i; Mansi, IX, 977 et seq.; X, 471, 611 et seq., 763, 1206 et seq.; XI, 131, 134 et seq., 1023 et seq.; XII, 87. Les grands et les officiers de la cour (Palatini) qui paraissaient aux conciles avec le roi sont déjà mentionnés par le concile de Toulouse, VI, 638. Au concile de 633, nous trouvons avec le roi seize « comités et duces; » en 681, à côté de trente-cinq prélats, quinze laïques de qualité ; en 683, vingtcinq seigneurs laïques; en 688, dix-sept; en 693, seize. Nous devons signaler ici la lettre du roi Sisibut (eu 616) au roi des Lombards en faveur de la foi catholique, dans Troya, Cod. Longobard., u. 289, t. I, p. 371.

Influence des rois sur les affaires ecclésiastiques.

59. En Espagne, les nominations épiscopales étaient complètement libres dans le principe, et en 633 on inculquait encore cette ancienne règle que l'évèque devait être élu par le clergé et le peuple, et confirmé par le métropolitain. Mais les rois empiétèrent bientôt sur les élections et les dominèrent au moyen du système féodal et des dignités temporelles accordées aux évèques. Ils nommaient souvent, selon leur bon plaisir, d'après une liste qui leur était envoyée, ou ils se bornaient à demander aux évèques de confirmer l'élection qu'ils avaient résolue. Le douzième concile de Tolède (681), dans sou canon vi, permet à l'évèque de Tolède, afin que les Églises ne soient pas trop longtemps sans pasteurs, de consacrer et d'instituer tous les évèques d'Espagne nommés par le roi, pourvu qu'il les trouve dignes, mais sans préjudice des droits du métropolitain, devant lequel le nouvel élu devra se présenter dans l'espace de trois mois, sous peine d'excommunication. L'archevêque de Tolède, qui reçut peu de temps après le nom de primat, était la première personne après le roi; il exerçait une grande influence. De même que les évèques jugeaient le roi, ainsi qu'on le vit notamment en 687 au sujet du roi Égiza, et -en 683, quand ils menacèrent d'excommunication tout roi qui porterait à l'avenir des peines sévères contre les nobles et les clercs hors de l'assemblée des grands ; de même on admettait , ce qui n'était pas usité dans l'empire franc , un recours au souverain. 11 était dit en effet, dans le canon xu du treizième synode de Tolède : « Les plaintes contre un évêque peuvent être déférées au métropolitain ; contre le métropolitain à un métropolitain étranger; si deux

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métropolitains étrangers ont refusé d'entendre le plaignant , il pourra s'adresser au roi, qui s'intéressera à sa cause. »

Conc, Toi., IV, 633, can. xix; XII, 681, eau. 6; XIII, 683, can. ii, xii ; XV. 688; Mansi, Conciles, XII, p. 7 et seq.

Les évêques et leurs relations avec Rome.

60. Les évêques , déjà supérieurs en nombre aux seigneurs temporels, formaient une aristocratie qui contrebalançait le pouvoir royal ; la plupart étaient en même temps des hommes éminents. Le siège de Séville fut illustré après Léandre, cet ami du grand pape Grégoire, par saint Isidore (mort en 636); celui de Tolède par Juste (mort en 636), Eugène I" (mort en 6i7), saint Eugène II, saint Ildefonse (mort en 667), Quiricius (mort en 680) et Julien (mort en 690). Le successeur de ce dernier, l'abbé Sisbert, se laissa entraîner dans une conspiration contre le roi Égiza et fut déposé, en 693, par le seizième concile de Tolède, qui lui donna pour successeur l'archevêque Félix de Séville, remplacé lui-même par Faustin de Braga.

Les translations d'évêques étaient fréquentes à cette époque, et la discipline commençait à décliner. Il fallut plus d'une fois renouveler les lois de l'Église contre l'incontinence des clercs, la simonie, le pillage des monastères et la confiscation des biens ecclésiastiques. Les prélats espagnols, bien que nous ne trouvions plus de vicaires apostoliques depuis la conversion des Wisigoths, étaient en relations permanentes avec le Saint-Siège, et invoquaient souvent dans leurs conciles les décrétales des papes. Les souverains-pontifes avaient l'habitude d'envoyer des juges en Espagne ; ainsi Grégoire le Grand, en 603, envoya le défenseur Jean, par suite des appels formés par les évêques Janvier de Malaga et Etienne d'Oréto, qu'un concile avait déposés. Jean rendit au premier son évêché et destitua l'usurpateur; les évêques qui avaient trempé dans cette injustice furent condamnés à la prison et à la pénitence. Ce fut seulement sous le règne de Witiza, roi dégénéré (depuis 701,) alors que fut célébré le dix-huitième et dernier concile de Tolède, que toute relation avec Rome fut violemment interrompue.

Héfelé, III, p. 319 et suiv. (2« édit., p. 349 et suiv.). — Incontinence des clercs, Tolet., 397, can. i; Egar., 614; Tolet., IV, 633, can. xxi, XXII, xxvii, xLii, XLUi; Tolet., IX, 6oS, can. x; XVI, 693, can. m. — Simonie, Barc, 399, can.i,ii; Toi., VI, 638, can. rv; Emerit., 666, can. ix; Toi., XI, 675, can. viii. — Pillage des couvents et des églises, Tolet., III. 589, can. m ; 597, can. ii; Hispal., 619, can. x; Tolet., IV, 633, c. xxxiii; VII, 646, can. iv; XVI, can. v; Dœllinger, Lehrb., I, p. 221-223.

Les juifs.

61. Il y avait un grand danger pour l'Espagne dans cette multitude de juifs qui, souvent protégés par les chefs ecclésiastiques et civils, se faisaient baptiser pour la forme, initier même aux ordres sacrés, et retombaient ensuite dans le judaïsme ou se livraient secrètement à des pratiques judaïques. Le roi Sisibut imposa à plusieurs le baptême de vive force. Le quatrième concile de Tolède (633) défendit cet abus, eu ajoutant que ceux qui auraient reçu les sacrements devaient être contraints de garder la foi, ceux qui auraient apostasie obligés de se rétracter et leurs enfants élevés dans le christianisme. Ainsi que dans le royaume des Francs, il était interdit aux juifs d'Espagne d'épouser des chrétiens. Le roi Chintila résolut d'expulser tous les juifs de l'Espagne , et il fut décidé qu'à l'avenir les rois s'obbgeraient par serment à ne pas tolérer dans leurs Etats l'incrédulité juive. Cette mesure eut pour effet d'accroître encore l'hypocrisie et le faux christianisme. Suivant une ordonnance de 655, les juifs baptisés devaient, les jours de fêtes juives et chrétiennes, assister à l'office épiscopal, afin que l'évêque put se convaincre de leur orthodoxie, sinon ils étaient soumis à des peines corporelles.

Les ordonnances sévères du roi Ervige contre les pratiques judaïques, et contre les juifs en général, furent approuvées par le douzième concile de Tolède (681) et confirmées par le seizième (693). Une conspiration tramée par les juifs avec leurs corehgionnaires d'Afrique décida le roi Égiza à convoquer le dix-septième concile de Tolède, en 694, et à édicter de nouvelles lois; les juifs qui auraient fait semblant de se convertir et seraient coupables de haute trahison devaient être punis par la confiscation de leurs biens et réduits en esclavage ; leurs en-

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fants âgés de sept ans leurs seraient ravis et élevés selon les principes du christianisme. Cette classe d'hommes était po. r le pays et pour la moralité une perpétuelle menace. On leur imputait, avec des cruautés sans nombre, la profanation des choses saintes, et il était devenu nécessaire de procéder rigoureusement contre les apostats. Les juifs étaient d'ailleurs tolérés par l'Église et ils furent souvent protégés par les papes, notamment par Grégoire le Grand. On était obligé de défendre et d'entraver les relations des baptisés et des non-baptisés, à cause des suites funestes qu'elles entraînaient. Plus tard les juifs d'Espagne s'allièrent aux Sarrazins et travaillèrent avec eux à la ruine de la foi chrétienne.

Conc. Toi., III, 389, can. xiv; IV, 633, caa. lvii et seq., ixni, Lxvi, Lxxxv; IX, 650, can. xvu; X, 656, can. vu; XII, 681, can. ix ; XVI, can. i; XVII, 694. Cf. Matisc, 381, can. xin ; Paris., 614, can. xv. Pour l'Orient, Conc. œc, VII, can. viii. — Protection des juifs pai' le pape, Greg. M., lib. I, Ep. X, xxxv; VIII, Ep. xxv; IX, lv ; XIII, 12.

Le royaume des Lombards. — L'Église et l'État sous les Lombards.

62. Le royaume des Lombards offrait un tout autre aspect. Comme la conversion du peuple, partie arien, partie païen , ne se fit qu'à la longue, et que les rois étaient tour-à-tour ariens et catholiques, il ne s'y établit point de relations étroites entre l'Église et l'État, et les évêques ne prirent aucune part aux affaires poUtiques, bien qu'à partir du huitième siècle un grand nombre fussent d'origine lombarde. Plusieurs villes possédaient à la fois un évêque arien et un évêque catholique. Les rois, malgré de nombreuses tentatives , ne purent jamais exercer une influence réguhère sur la nomination aux sièges éplscopaux, et les papes, surtout Grégoire le Grand, s'y opposèrent de toutes leurs forces. Ainsi , pendant que le clergé arien était sous la dépendance presque absolue du pouvoir civil, le clergé catholique conservait son indépendance religieuse. La plupart des rois étaient personnellement insignifiants. En 690, Cnnibert s'efforça d'étouffer le schisme d'Aquilée, qui disparut effectivement vers 700. Le plus actif de ces princes fut Luitprand (713-744). Il humilia l'orgueil des ducs et, par de sages règle-

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ments, rétablit l'ordre dans l'État. Il travailla aussi à la prospérité de l'Église et bâtit dans son palais une chapelle où les offices divins furent régulièrement célébrés par un nombreux clergé. Malheureusement, sa passion des conquêtes amena de nouveaux troubles dans l'Église et dans l'État.

Son successeur Rachis, d'humeur plus pacifique, entra chez les religieux du Mont-Cassin en 749. Son frère Astolphe reprit les projets d'agrandissement de Luitprand, mais sans succès réel, et mourut en 759 d'une chute de cheval. Désiré, qui lui succéda, fut précipité du trône en 774. Le royaume des Lombards échut alors à Charles, roi des Francs, et prit une physionomie nouvelle. Pépin, fils de Charles, fut couronné roi de Lombardie à Pâques de l'an 781 ; en 782, il y rétablit les conciles, qui avaient presque entièrement cessé sous les rois précédents ; en dehors du concile tenu à Milan, vers 680, par l'archevêque Mansuet et celui d'Aquilée en 699, on n'en connaît guère d'autre que celui qui fut réimi en 715, à Vicovalari, par les évêques de Vienne et d'Arezzo, à propos de quelques différends.

Les églises et les monastères richement dotés , les hôpitaux étaient devenus nombreux depuis Luitprand. Anselme, duc de Frioul et gendre du roi Astolphe, fonda le célèbre couvent de Nonautula, sur le territoire de Modène ; il en fut lui-même le premier abbé et dirigea en outre plus de onze cents moines épars dans divers monastères. Après un essor passager, la vie religieuse tomba en même temps que la puissance des Lombards. L'ignorance, la grossièreté, la simonie, le concubinage envahirent le clergé et les moines , à tel point que l'un d'eux , vers 790, annonça au peuple de Bresce la fin du monde comme imminente, à cause des crimes dont les moines avaient souillé la terre. Excitée par lui, la foule qui l'entourait, et dont les chefs se nommaient anges et archanges, exerça de grandes cruautés sur les personnes religieuses. Il fut saisi et exécuté à Bresce. Le nouveau gouvernement eut beaucoup de peine à rétablir Tordre dans ces contrées.

Paul Diacou., Hist. Longobard., Migne, Pair, lat., t. XÇ, XCV; Dœllinger, Lehrb., 1, p. '223; II, 69; Abel, Der Untergang des Longobardenreiches, Gœttingue, I8o9; Boretius, Die Capitularien in Longob.-R.,

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Halle, 1864. Honorius I«"" protège le fils de Théodolinde comme souverain légitime, Mansi, X, o77; Murât., Annal, dltalia, an. 625, t. IV, p. 51. Rotharis, 642, Troya, Cod. dipl. Longob., II, 60; III, 137. Leges Longob., Pertz, M. G., t. IV. Leg., ed. Fr. Bluhme et A. Boretius. Chapelle de la cour de Luitprand, Paul. Diac, VI, 17; Thomassin, I, II, cap. Lxxxiii, n. 4. Conciles, voyez Héfelé, III, p. 362, 626, 638. Moine de Bresce, Ridoliî Notar. Bist. rer. Drix., p. 17.

Les papes et les États de l'Église. — Situation des papes à la fin du sixième siècle.

63. La position des papes depuis le pontificat d'Agathon, était exceptionnellement difficile ; leur indépendance était partout menacée, et chaque jour on devenait plus exigeant à leur égard. L'Italie du nord et du centre était au pouvoir des Lombards, qui aspiraient à soumettre l'Italie entière, opprimaient les peuples et étaient abhorrés des Romains. Dans le sud de l'Italie et dans les différentes villes situées sur la mer Adriatique, les empereurs d'Orient exerçaient encore l'autorité, mais ils la soutenaient avec peine et la faisaient servir à de nombreux abus ; les peuples aussi bien que l'Église avaient beaucoup à souffrir de leurs vexations. Les papes, déjà puissants par les grands domaines qu'ils possédaient, durent intervenir dans les afïiiires politiques du peuple romain et combler les lacunes de l'administration impériale; ils acquirent en fait plus d'influence que n'en avaient les exarques impériaux qui résidaient à Ravenne et dont la plupart ne se signalaient que par leurs déprédations et leurs sévices. La puissance des papes, qui partagaient toutes les détresses du peuple et faisaient tout pour y remédier, fut extrêment bienfaisante et populaire. Mais comme le degré d'influence dépendait beaucoup des qualités personnelles de celui qui occupait le Saint-Siège, les élections étaient souvent tumultueuses : la multitude se laissait dominer par les considérations pohtiques et le clergé par les considérations religieuses.

L'état de dépendance où se trouvait le Saint-Siège à l'égard des empereurs grecs, rarement légitimes, souvent nommés par suite de révolutions de palais et de soulèvements, était insupportable à raison du despotisme de ces princes, et il était contre nature à cause de leur impuissance en Italie. Déjà sous le pape Benoît (mort en 578), l'empereur Justin avait averti les Ko-

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mains de se suffire à eux-mêmes, de gagner quelques ducs lombards ou d'appeler les Francs à descendre en Italie. Sous Pelage II, l'exarque avoua qu'il ne pouvait être d'aucun secours aux provinces des environs de Rome, destituées de tout appui. Cet état de faiblesse, loin de disparaître, ne faisait que s'accroître, et l'Église elle-même se voyait souvent opprimée. La divine Providence conduisit les événements de manière à affranchir les papes de cette domination plus apparente que réelle, mais pourtant très-onéreuse et tyran nique, en les rendant euxmêmes souverains d'un territoire qui, sans être trop étendu, suffît aux nécessités, et en leur donnant une position qui assurât le libre exercice de leur ministère apostolique.

Déclaration de Justin II dans Menandri Excerpta, p. 327, éd. Bonn. Papencordt, loc. cit., p. 67; Pelag. Il, o84, ad Greg, diac; Mansi, IX, 889; Jaffé, n. 68o : « Maxime partes romanse omni praesidio vacuatae videntur et exarchus nuUum nobis remedium posse facere scribit. »

Les papes depuis 682 jusqu'à 715.

64. Les papes Léon II (682-684) et Benoît II (684-686) avaient encore reçu de l'empereur Constantin IV Pogonat des marques de vénération et d'attachement ; mais le successeur de Constantin, Justinieii H, imprudent et cruel, malheureux comme général et comme homme d'État, régna en tyran et voulut plus d'une fois dominer sur les élections des papes. Cela lui semblait d'autant plus facile qu'un grand nombre d'Orientaux se trouvaient mêlés parmi le clergé de Rome. Plusieurs furent effectivement élevés sur le Saint-Siège. Le Syrien Jean V, qui assistait en qualité de diacre au sixième concile, ne régna que peu de temps. Dans Télection de son successeur, le clergé était pour l'archiprètre Pierre, l'armée pour le prêtre Théodore. Une lutte semblait inévitable, lorsque les deux partis se concertèrent pour l'élection d'un tiers, le vieillard Conon, originaire de Thrace, mais élevé en Sicile (687). Conon mourut peu de temps après, et il y eut de nouveau deux partis en présence : les uns demandaient l'archiprètre Théodore, les autres l'archidiacre Pascal. Cependant la majorité du clergé et du peuple nomma le prêtre Sergius, issu d'une famille syrienne et né en Sicile. L'archiprètre Théodore se soumit, mais Pascal gagna à

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