‹ Histoire de l'église (volume 5)Chapitre 25 sur 34 · LÉTAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

LÉTAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT

sa cause l'exarque Jean, qui n'osa pas toutefois repousser Sergius, fort aimé du peuple ; il se contenta d'arracher à l'Église romaine l'argent que lui avait promis Sergius.

Le pape Sergius I" (687-70 J) se trouva dans une position extrêmement périlleuse, lorsque Justinien II exigea qu'il souscrivît les décrets de son concile in Trullo de 692 ; il s'y refusa énergiquement, car plusieurs canons de cette assemblée lui semblaient condamnables. L'empereur chargea le protospathaire Zacharie de déporter le pape rebelle à Constantinople, où l'attendait un sort pareil à celui de Martin I". Les soldats de Ravenne et de la Pentapole accoururent et s'unirent au peuple insurgé pour protéger le pape, lequel dut s'interposer lui-même pour soustraire son oppresseur à la colère de la foule. En 695, l'empereur fut précipité par une rébellion ourdie dans sa capitale, avec le concours de son patriarche Calliuique; on lui coupa le nez et le relégua dans la Chersonnèse. Léonce monta sur le trône et trois ans après éprouva le même sort (698).

Sous Apsimaire ou Tibère II (698-705), le successeur du glorieux Sergius, Jean VI (701-705), sembla de nouveau menacé par l'exarque Théophylacte, et dut, lui aussi, intervenir en faveur de l'exarque pour apaiser les esprits. Cependant, Justinien II détrôné parvint à ressaisir le pouvoir, il se vengea cruellement de ses ennemis, y comprit le patriarche Callinique, qui endura les derniers outrages ; il lui fit crever les yeux et l'envoya en exil. Il voulut également faire approuver les décrets du concile in Trullo par le nouveau pape Jean VII (705-707), qui était d'origine grecque, comme son prédécesseur. Jean Vil, quoique fort enchn à la condescendance, lui renvoya l'exemplaire des actes sans les approuver. Sisinnius, né en Syrie, ne fit que passer sur le trône pontifical (708); il eut pour successeur son compatriote Constantin (708-715), que Justinien II manda à sa cour (709). Protestations, témoignages d'honneur, tout fut mis en œuvre pour fléchir sa résistance; une réception brillante lui fut faite en Nicomédie (710). L'empereur, la couronne sur la tête et prosterné à ses genoux, lui baisa le pied, le pressa dans ses bras, reçut la communion de ses mains le dimanche suivant, et lui remit un acte où il confirmait tous les privilèges de l'Église romaine ; mais il ne put obtenir la confirmation des décrets du concile in Trullo.

n. — msT. DE l'église. iu

Grégoire, diacre de Rome (qui allait ensuite occuper le Saint- Siège), satisfit à toutes les questions de l'empereur par d'excellentes réponses; le pape se contenta d'approuver les canons qui n'étaient pas contraires à la foi, aux bonnes mœurs et aux décrets du Saint-Siège, ainsi que l'expliqua dans la suite le pape Jean VIII dans un concile. Quant à Adrien I", il ne se servit d'un canon cité par les Byzantins qu'à l'occasion de la querelle des images, et déclara n'accepter que les canons et les règles « légitimement publiés par les conciles avec Tassistance de Dieu. »

Liber pontif. in Leone II, etc., Pagi, an. 684, n. 2 et seq.; Mansi, XI, p. 726, 1050 et seq.; XII, p. 3 et seq.; Paul. Diac, VI, 2, 4; Otto Fris., V, t3; Ado Vienn., Chron. Sur les négociations concernant le concile in Trullo, Héfelé, III, § 338, p. 345-348. Mon ouvrage, Photius, I, p. 221- 223 ; II, 306.

65. Le pape Constantin ne rentra dans Rome que le 24 octobre 711, l'année même où Justinien, détrôné une seconde fois par Philippique ßardane, fut mis à mort. Les négociations relatives à ces canons tombèrent d'elles-mêmes ; le nouveau souverain était un ennemi décidé du sixième concile, à qui les Grecs attribuaient ces canons. Lorsqu'il se déclara ouvertement pour les monothélites, l'Italie se souleva contre son autorité. Un parti était attaché au gouverneur Christophe, et un autre à Pierre (713), nommé par Philippique. II y eut des luttes acharnées. Le pape Constantin envoya son clergé, précédé de la croix, en procession solennelle pour séparer les combattants. Bientôt après survint la nouvelle de la chute de Philippique et delà promotion de l'orthodoxe Anastase II, ce qui excita une grande joie. Pierre, confirmé probablement dans sa dignité par le nouvel empereur, put alors en prendre possession, mais en promettant par serment de ne pas résister aux Romains. L'autorité impériale sur le duché de Rome fut pleineincat reconnue. Le pape Constantin, sans se départir de son humilité et de sa douceur, avait brisé l'arrogance de Félix, archevêque de Ravenne, reconnut l'exemption de l'évêque de Pavie, contestée par Benoît, archevêque de Milan, et montré partout dans les temps de détresse le plus grand dévouement pour le peuple. Il eut pour successeur un Romain de naissance, le diacre et biblio-

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thécaire Grégoire, déjà précédemment employé dans les plus grandes affaires de l'Église. Les sept prédécesseurs de ce pape étaient Orientaux, les uns Syriens, les autres Grecs.

Barou., an. 7H, n. 1 et seq.; Papencordt, op. cit., p. 74. Pontificat de Grégoire II.

66. Le pape Grégoire II (715-731) rivalisa de zèle avec sou illustre prédécesseur et homonyme. Il s'occupa de relever les murs de Rome et un grand nombre d'églises, parut comme uu bienfaiteur et un père dans les calamités publiques qui visitèrent son peuple, et déploya dans toutes les affaires de l'Eglise, particulièrement dans l'œuvre des missions, une autorité prodigieuse. En 721, il célébra près de Saint-Pierre, avec dixneuf évoques italiens et trente évêques étrangers (espagnols, anglais et écossais), un concile qui rédigea dix-sept canons, principalement contre les mariages illicites et les usages superstitieux. Il eut d'abord d'excellentes relations soit avec la cour des Lombards, soit avec Constantinople. Le roi Luiprand confirma les possessions de l'Église romaine dans le territoire des Alpes Cottiennes. En 717, lorsque les agents du duc de Bénévent occupèrent Cumes, le pape protesta et obtint, par l'entremise du gouverneur de Naples, qu'on rendit au Saint- Siège cette place forte, qui lui appartenait. A Byzance, Anastase II fut précipité par Théodose et Théodose par Léon l'Isaurien, lequel, dès le début de son règne envoya au pape sa confession de foi et lui donna toutes les marques de déférence.

Ces bons rapports entre le pape et l'empereur ne furent troublés que lorsque Léon III souleva sa fâcheuse querelle contre les images et frappa de lourds impôts ses sujets italiens. Grégoire II soutint imperturbablement l'indépendance du domaine de l'Église, reprocha à l'empereur son immixtion dans le dogme ecclésiastique, rejeta ses nouveautés, condamna son édit touchant les affaires religieuses, qui produisait une vive sensation en Italie. Mais il sauvegarda en même temps, comme sujet, les droits de l'empereur et ne négligea rien pour maintenir les peuples d'Italie dans leur fidéhté à ce prince. Léon frémissait de colère devant la résistance qu'on lui opposait.

Cette résistance se manifesta également par le rejet de l'écrit envoyé au pape par Anastase, patriarche hérétique deByzance. et à l'occasion des périls qui menaçaient les possessions de l'empereur en Italie. Avant même la réception del'édit impérial, les Lombards entrèrent dans le territoire de l'empereur, s'emparèrent de Narni et de Ravenne et emportèrent un riche butin. Le spathaire Marin, envoyé à Rome en qualité de gouverneur pour tuer le pape ou l'emmener prisonnier, échoua dans son entreprise.

Il en fut de même d'un second essai tenté par le gouverneur Basile, qui s'était allié aucartulaire Jordanès et au diacre Jean; puis d'un troisième sous l'exarque Paul, dont les troupes envoyées contre Rome durent se retirer devant les Romains et les Toscans en armes. Les Romains tuèrent Jordanès et Jean ; Basile sauva sa vie en se réfugiant dans un couvent. Ils déjouèrent également les autres projets de l'exarque et forcèrent le pape de se charger de l'administration temporelle de Rome en ce qui les concernait, tandis que l'empereur songeait à le renverser pour mettre à sa place un instrument docile à ses vues.

Les villes de la Vénétie , Ravenne et la Pentapole (Pésaro , Rimini, Fano, Umana, Ancôue) se relevèrent sous la protection des Lombards et se nommèrent des gouverneurs particuliers ; elles refusèrent l'obéissance à l'exarque et se prononcèrent ouvertemant pour la cause du pape. Déjà les Italiens songeaient à éhre un nouvel empereur et à le conduire à Constantinople ; mais l'opposition du pape, qui, toujours juste et clairvoyant, comptait encore sur l'amendement de Léon, prévint l'exécution de ce projet.

67. Sur ces entrefaites, Exhilaratus, gouverneur de Naples, et son fds Adrien avaient occupé une partie de la Campanie et aigri le peuple contre le pape. Les Romains les attaquèrent et soi'tirent victorieux d'un combat sanglant, où tous deux succombèrent. Ils chassèrent également le gouverneur Pierre (de Rome), accusé d'avoir, dans ses rapports, excité l'empereur contre le pape. Dans le territoire de Ravenne, un combat meurtrier s'engagea entre les impérialistes et les Romains dévoués au pape ; l'exarque Paul y perdit la vie. Les Lombards s'emparèrent de plusieurs villes, surtout dans la Pentapole, uù

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ils abolirent presque entièrement la domination grecque. Ils s'avancèrent jusqu'à Sutri, s'en emparèrent, puis, après avoir reçu quantité de présents, le remirent au pape au bout de cent quarante jours. Le patrice Eutychius, ancien exarque et envoyé de l'empereur, reçut de nouveau la mission de déposer le pape ou de le tuer. Mais les Romains devinèrent ses intentions et le papo eut beaucoup de peine à lui sauver la vie. Ils s'obligèrent par serment à défendre le pape au prix de leur sang et de leurs biens. Les Lombards eux-mêmes firent la même promesse et repoussèrent toutes les propositions d'Eutychius. C'était la première fois que les Romains et les Lombards, en face de la fourberie des Grecs, se voyaient unis comme des frères dans la profession d'une môme foi. Cependant, il n'était pas encore question de rompre avec l'empire grec , et le pape, tout en remerciant le peuple de son attachement, l'exhortait à l'obéissance, en même temps qu'il continuait d'assister les pauvres et de chercher un refuge dans la prière et les bonnes œuvres.

Les Lombards étaient à la fois des alliés insuffisants et de dangereux protecteurs. Luitprand entra bientôt en négociations avec Eutychius, et il en résulta un traité (729) en vertu duquel les Grecs recouvrèrent Ravenne. Les ducs lombards de Spolète et de Bénévent furent obligés de se soumettre en leur qualité de vassaux; les armées confédérées se dirigèrent vers le sud et campèrent devant Rome, à proximité du Vatican. Luitprand devait s'emparer de la ville et traiter le pape selon le gré de l'empereur. Grégoire 11 alla à sa rencontre pour lui offrir la paix. Luitprand, honteux peut-être de servir de bourreau à l'empereur, était tout disposé à l'accueillir. Il se jeta aux pieds du pape, promit de ne faire de mal à personne, et se rendit en pèlerinage aux tombeaux des apôtres , où il suspendit ses armes, son manteau et sa couronne. Sa prière achevée, il supplia le pontife de pardonner au patrice Eutychius, à quoi le pape consentit volontiers.

Tandis que l'exarque était encore à Rome, Tibère Pétasius se fit nommer empereur dans la Toscane. Déjà plusieurs villes lui avaient prêté serment de fidélité et l'exarque se trouvait dans la situation la plus critique. Le pape ranima son courage et l'appuya si bien qu'il put s'emparer de l'usurpateur et

envoyer sa tête à Constantinople. Cela même ne suffit pas pour apaiser l'empereur. Le pape, de sou côté, continua de condamner ses empiétements dans les affaires religieuses, aussi fidèle à ses devoirs de chef de l'Église qu'à ses obligations de sujet envers l'autorité temporelle.

OUVRAGES A CONSULTER SL'R LES N°' (jG ET 67.

Vita et epist. Greg. Il, Mansi, XII, 229 et seq., 959 et seq. (Conc. Rom., 721, ibid., p. 262 et seq.; Héfelé, III, p. 362); Vignol., II, p. 41 et seq.; Paul. Diac, VI, 40, 43, 49, 34; Papencordt, p. 74 et suiv., 79 et suiv.; Dœllinger, p. 404 ; Héfelé, III, p. 386 et suiv., 392; Reumont, II, p. t04- 106. Les Grecs (Theophan., p. 628 et seq.; Georg. Harn., Hb, IV, cap. ccxLYiii, n. 17, p. 636; Zonar. Gedr. Glycas. Cf. Blanchi, loc. cit., t. I, Hb. II, § 16, n. 379 et suiv.) rapportent que le pape détacha l'ItaHe de l'empereur hérétique, défendit de lui payer le tribut et s'allia avec la France, ce qui n'empêche pas ces historiens de donner de grands éloges au pape. Quelques auteurs ont profité de ce récit des Grecs pour lancer de graves accusations contre le pape (tel que Amari, Storia dei Musulm. d. Sicilia, I, cap. x, p. 181 et seq.). Ils se trompent roraplètement. Voyez aussi Dœllinger, Papstfabeln, p. 68, loi et suiv.

Grégoire II.

68. Grégoire 11 mort (11 février 731), un prêtre du même nom et Syrien d'origine fut élevé sur le siège de saint Pierre (18 mars). Grégoire III dut continuer la lutte religieuse contre l'empereur iconoclaste et la lutte politique contre les Lombards avides de conquêtes. Ni les envoyés du pape, ni les délégués des villes italiennes ne purent trouver accès à la cour impériale. Le gouverneur de Sicile, Sérénus, s'empara d'eux et confisqua leurs lettres. Les agents de l'empire en Italie prirent les mesures les plus rigoureuses, aggravèrent les impôts, envahirent les biens de l'Église romaine en Calabre et en Sicile, détachèrent ces territoires et l'Illyrie tout entière du patriarcat de Rome : tout cela pour se venger du naufrage essuyé dans la mer Adriatique par la flotte qu'avait envoyée Léon pour châtier les Italiens. Les pertes matérielles de l'Église romaine furent considérables, et elles survenaient dans un moment où l'Église se voyait de toutes parts environnée de périls. Cependant les liens avec l'Église grecque n'en furent pas dissous. Le pape avait contre le roi des Lombards un appui dans les ducs de Spolète et de Bénévent, qui tâchaient de sauver leur indépendance et

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