ÉTAT CHRÉTIEN EN OCCIDENT
refusaient d'appuyer ce roi contre l'Église romaine. C'est pourquoi ils furent accusés d'attentat contre le royaume lombard, et le patrimoine de l'Église fut gravement endommagé (739- 740). Le duc de Spolète dut se réfugier à Rome ; Luitprand demanda son extradition, mais le pape, le gouverneur Etienne et le peuple la refusèrent. Les Lombards pillèrent l'église de Saint-Pierre, ravagèrent les contrées d'alentour et emmenèrent captifs plusieurs nobles de qualité.
Quatre villes furent enlevées aii duché de Rome, Améria, Polimartium, Rléra et Horta. Rome et son territoire étaient dans un péril extrême. Dans cette détresse, Grégoire III s'adressa au puissant Charles Martel, chargea l'évêque Anastase et le prêtre Sergius de lui porter de riches présents et lui demanda de venir en aide à l'Église opprimée. Charles reçut la députation avec honneur, envoya des délégués à Rome, mais n'apporta aucun secours effectif. Pendant ce temps, les Romains et le duc de Spolète obtinrent quelques avantages , et le pape envoya une seconde députation au roi des Lombards, qui se préparait à une nouvelle expédition contre Rome. Grégoire III mourut au milieu de ces embarras le 27 novembre 741 .
Vita Greg. Illin Lib. pontif.; Paul. Diac, VI, 54, 56 ; Coiitin. Fredeg., Annal. Metens., Greg, ep., ap. Cenni, Monumenta domin. pontif., I, 0, 19, 21, 25, Rom., 1760 (Migne, Pair, lat., t. XCVIll); Papencordt, p. 80. Le revenu des patrimoines confisqués en Calabre s'élevait annuellement, d'après Tliéophane, à trois talents et demi d'or, p. 631 (cf. Cedren., I, 800; Baron., an. 732, n. 2, 3); d'après Amari, loc. cit., cap. II, p. 21, à trois cent mille livres italiennes. Selon la Chronique de Naples, ap. Pratilli, III, p. 30, la confiscation aurait eu lieu plus tôt, mais les autres sources méritent la préférence. Sur les patrimoines, voyez Grisar, dans Innsbr. Zeitschr. f. kath. ïheol., 1877, livrais. 3 et 4.
Le pape Zacharie.
69. La même insécurité régna sous son successeur Zacharie (741-752), Grec d'origine et auteur d'une version grecque de quelques écrits de Grégoire le Grand. Comme il fut exalté quatre jours après la mort de Grégoire, il ne paraît pas qu'on ait attendu que son élection fût confirmée par l'exarque. Zacharie écrivit au nouvel empereur Constantin V, puis à l'Église de Byzance, mais non an patriarche hérétique. Ses légats ayant
trouvé sur le trône l'ursurpateur Artabasde, gardèrent la lettre et attendirent que Constantin eût repris possession de sa capitale. L'empereur les reçut avec bonté, les congédia avec des présents et lit don à l'Église romaine des deux domaines de Nyniphée et de Normiée. Zacharie continua les négociations entamées par son prédécesseur avec le roi des Lombards, obtint la restitution des quatre villes enlevées et des patrimoines usurpés sur le duché de Rome ; mais il dut renoncer à l'appui du duc de Spolète, lequel se soumit à l'empereur et fut enfermé dans un monastère.
Lorsque Luitprand, qui s'était avancé jusqu'à Bénévent, refusa de remplir ses promesses, confiant en sa puissance, le pape l'alla trouver en personne, à Terni, et reçut l'accueil le plus honorable. Non-seulement le roi lui donna pleine satisfaction, mais il accorda une armistice de vingt ans au duché de Rome. Le pape, escorté des grands de Lombardie, rentra en triomphe dans Rome (7-42). Dès l'année suivante, le roi voulut attaquer Ravenne et les autres territoires grecs du centre de l'Italie, et il occupa Céséna. L'exarque Eutychius et Jean, archevêque de Ravenne, sentant leur faiblesse, implorèrent la médiation du pape. Une ambassade considérable, portant de riches présents, envoyés par le pape, n'eut aucun succès auprès de Luitprand.
Alors Zacharie, plein de confiance en Dieu, se rendit luimême à Pavie, malgré tous les avertissements, et obtint par son intervention personnelle au-delà de ce qu'avait espéré le parti impérial. Une nouvelle paix de vingt ans (74-4) fut conclue avec le roi Rachis, après la chute d'Aldiprand ou Hildprand. Plus tard (749), ce prince se laissa induire à une nouvelle attaque contre la Pentapole etPérouse, et cette fois encore ce fut l'apparition personnelle du pape qui détourna le danger. Rachis fut si profondément ébranlé qu'il résolut, lui, sa femme et ses enfants, d'embrasser la vie religieuse. C'était la quatrième fois que le pape sauvait par son énergie morale les territoires menacés. Jamais il ne trompa les espérances du peuple en détresse. L'autorité du Saint-Siège était au comble, tandis que le pouvoir impérial diminuait à vue d'œil, et s'il en restait encore quelque chose, c'était au pape seul qu'on le devait.
l/ÉFAT r.HRÉTIKN EN OCCIDENT. 713
Vila Zachar. in Libro pontif., Mansi, XII, 308 et seq.; Héfelé, III, p. 409; Papencordt, p. 81 ; Card. Dom. Bartoliui, Di S. Zaccaria papa e degli anni del suo pontiûcato, Ratisbonne, 1879. La traduction de Grégoire le Grand par Zacharie est mentionnée dans Photius, De Spir. sanct. mystag., cap. lxxxiv,
Etienne III.
70. Zacharie fut inhumé dans l'éghse de Saint-Pierre (44 mars 752). Son successeur, le prêtre Etienne (Etienne II , omis par quelques historiens), ne régna que trois jours; le souverain-pontificat fut conféré à un autre Etienne (II ou III), prêtre de Rome, élevé au palais de Latran. Astolphe, roi des Lombards^ menaçait alors le territoire de Rome, après avoir occupé le centre de l'Italie et y avoir mis un terme à la domination grecque. Le pape lui délégua son frère , le diacre Paul , et le primicère Ambroise, chargés de lui offrir des présents. Ils réussirent à conclure une paix pour quarante années ; mais au bout de quatre mois, Astolphe rompit la trêve et imposa aux Romains, comme s'il eût déjà été maître de leur ville, une contribution par tète qui s'élevait à un solide d'or. Les deux abbés que lui dépêcha le pape furent brusquement congédiés. Lorsque .lean le Silentiaire, envoyé avec des lettres au pape et à Astolphe par l'empereur de Constantinople, entra dans Rome, Etienne chargea son frère de le conduire auprès du roi.
Astolphe, invité par l'empereur grec à rendre l'exarchat, refusa de le faire et répondit qu'il enverrait à l'empereur un délégué choisi parmi son peuple. Alors Etienne délégua Jean à Constantinople avec des lettres où il priait instamment l'empereur de venir, ainsi qu'il l'avait souvent promis, au secours de l'Italie avec des troupes et d'y rétabhr son autorité. Constantin V n'en fit rien ; il semblait renoncer à sa domination sur l'Occident et laissait ses sujets sans secours. Cependant le danger allait croissant, et AvStolphe menaçait de passer tous les Romains au fil de l'épée. Etienne fit une procession solennelle pendant laquelle on portait une image de Jésus-Christ, puis, après de nouvelles et nombreuse négociations à Pavie, il invoqua le secours de Pépin, roi des Francs, et le pria de lui envoyer des ambassadeurs qui pussent l'accompagner dans son
voyage en France. Pépin agréa toutes ses demandes. Comme il ne restait plus à l'envoyé de l'empereur d'autre ressource qu'un nouveau et, selon toute prévision, inutile voyage du pape auprès d'Astolphe, qui continuait d'opprimer le duché de Rome, le pape Etienne fit demander à Astolplie un sauf-conduit pour sa personne et pour sa suite.
Après l'arrivée des ambassadeurs de Pépin, Chrodegang, évêque de Metz, et le duc Autcaire, le pape, accompagné d'eux et de sa suite, entreprit, quoique malade et au milieu des larmes du peuple romain, ce périlleux voyage (14 octobre 753). Il n'y avait rien à attendre de la cour de Pavie; ce fut malgré lui et uniquement par crainte de Pépin, qu'Astolphe consentit à laisser le pape partir pour la France avec les envoyés des Francs. Le 15 novembre, Etienne sortit avec eux de Pavie, accompagné des évêques d'Ostie et de Nomente , après que le roi eut vainement essayé à plusieurs reprises de le détourner de ce dessein. Il traversa les Alpes parmi des fatigues infinies ; arrivé au couvent de Saint-Maurice, dans le Valais, il y trouva l'abbé Fulrade et le duc Rothard, que Pépin avait envoyés à sa rencontre, Etienne se rendit avec eux à Pontyon, où il fut reçu par Pépin et sa famille et par une multitude de peuple. Pépin voulut lui-même, pendant quelque temps, marcher à côté de son cheval pour lui servir d'écuyer. C'est là que, le 6 janvier 754, le pape conjura Pépin de le délivrer, lui et le peuple romain, de la domination des Lombards. Le roi le promit avec serment.
Etienne se dirigea sur Paris avec la famille royale et habita le couvent de Saint-Denis, où il fut malade pendant quelque temps. Il fit la dédicace de cette église, y consacra rois des Francs Pépin et ses deux fils, Charles et Carloman, et leur conféra le titre de patrices romains , en leur qualité de protecteurs de l'Église de Rome.
ADDITION DU TRADUCTEUR
A la cérémonie de ce sacre, le saint-père, en donnant sa bénédiction aux grands du royaume, les conjura et les obligea, par l'autorité du Saint-Siège qu'il tenait de Jésus-Christ, de promettre que jamais ni eux ni leurs descendants n'établiraient et ne reconnaîtraient pour leurs rois que des princes de la famille de Pépin, que la divine Providence avait choisie pour la défense du Siège apostolique, qu'elle avait élevée
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sur le trône et consacrée avec l'onction royale par le ministère du vicaire de saint Pierre ou plutôt de Jésus-Clirist » .
Plus tard, le pape accompagna Pépin à Quiercy (Carisiacum) près de Noyon, où ce prince avait convoqué les seigneurs de son royaume pour déterminer le secours qu'il convenait de fournir au pape. Le roi y décida que le territoire enlevé par les Lombards serait restitué au Saint-Siège, et il lui assigna un domaine particulier, qui fut le commencement des États de l'Église. Les tentatives d'AstoIphe pour réagir contre le pape en envoyant à Pépin le prince Carloman, moine du Mont-Cassin, n'eurent point de succès, pas plus que les efforts d'Etienne et de Pépin pour l'amener à une paix équitable.
Etienne II (Papa quatriduanus) est compté par quelques-uns. Jaffé, Reg. rom. pont., p. 189. Sur Etienne III, Vita Stephani, Vignol., II, p. 75 et seq. Cf. Vita Hadr. I, Cod. Carol., Ep. m, iv, vi, vu, ix-xi, ap. Cenni, loc. cit.; Theophan., Chron., p. 337 (Migne, Patr. gr., t. CVIII, p. 812 et seq.); Annal. Metens. et Fuld., an. 754 (Pertz, I, 332, 347); Papencordt, p. 84-86; Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom, II, p. 304 et suiv.; Reumont, 11, p. 127 et suiv.; Héfelé, III, p. 410, 577 etsuiv.; Leo, Gesch. V. ItaHen, I, p. 187 et suiv.; Savigny, Gesch. des rœm. Rechts im M.-A., 2« édit., Heidelb., 1834, I, p. 357 et suiv.; Menzel, Gesch. der Deutschen, livr. III, eh. xvi, t. I, p. 448; Phillips, Deutsche Gesch., II, p. 239 et suiv. Autres détails sur l'état ecclésiastique : Orsi, Dell' origine del dominio e délia sovranità dei Rom. Pont., Roma, 1754; Muzzarelli, Dominio temporale del Papa, Roma, 1789; P. C. Brandes, 0. S. B., Die welthistor. Bedeutung der Gründung des Kirchenstaates (Tüb. theol. Q.-Schr., 1848, II); Scharpff, Die Entstehung des Kirchenstaates, Frib., 1860; Theiner, Cod. diplomat. dominii temp. S. Sedis, Romae, 1861 et
^ Anno qui est ab Incarnatione D. N. J. C. 734, v kal. aug., B. Stephanus papa unxit in reges Francorum florentissimum regem Pipinum et duos filios ejus Carolum et Carolomannum, sed et Bertradam inclyti régis Pipini conjugem indutam cycladibus regiis, gratia septiformis Spiritus sancti, in Dei nomine consecravit, atque Francorum proceres apostolica benedictione sanctificans, auctoritate B. Petri sibi a Domino J. C. veroDeo tradita obligavit et obstestatus est, ut nunquam de altera stirpe per succedentium temporum curricula ipsi, vel quique ex eorum progenie orti regem super se praesumant aliquo modo constituere, nisi de eorum propagine, quos et divina Providentia ad sanctissimam apostolicam Sedem tuendam eligere, et per eum, videlicet vicarium S. Petri, imo Domini nostri Jesu Christi in potestatem regiam dignata est sublimare et unctione sacratissima consecrare. (Hilduin., in Areopagelicis sub an. 7öi.
seq., in-fol., t. III; Bruuengo, S. J., Le origini délia sovranità temporale dei Papi, Roma, 1862; Schrœdl, Votum des Katholicism. über die Nothwendigkeit der weltl. Herrschaft des hl. Stuhles, Fribourg, 1867.
71 . Astolphe opposa des forces prépondérantes à l'armée que Pépin avait envoyée au-delà des Alpes ; mais il fut battu et dut se réfugier dans Pavie, sa capitale. Alors Pépin , suivi du pape, se présenta devant cette ville avec le gros de son armée et força Astolphe, qui s'y était renfermé, à promettre solennellement de restituer Raveime et les autres villes, et de laisser eh repos le territoire romain. Mais le danger une fois passé, Astolphe ne songea plus à remplir ses obligations; non-seulement il n'évacua aucune des places qu'il occupait, il entreprit encore une nouvelle expédition contre Rome (755), pilla et saccagea tout le pays d'alentour, tandis qu'il cernait la ville et demandait qu'on lui livrât le pape. Etienne et les Romains, qui lui étaient fidèlement attachés, supplièrent Pépin, au nom de saint Pierre, de venir à leur secours.
Pépin entra dans le royaume des Lombards et contraignit Astolphe de lever le siège de Rome, afin de conserver Pavie , puis de restituer les territoires envahis, l'Exarchat et laPentapole, que l'abbé Fulrade, commissaire de Pépin, fut chargé de remettre au Saint-Siège. Les principaux habitants des villes de Ravenne, Rimini, Pésaro, Césène, etc., furent envoyés à Rome ; les clefs des villes et les actes qui renfermaient la donation de Pépin furent déposés sur le tombeau de saint Pierre, pour attester que ces possessions étaient la propriété éternelle du prince des apôtres et du pape qui tient sa place. Les envoyés de l'empereur grec offrirent à Pépin une somme d'argent pour qu'il permit la réunion de ces territoires à son empire ; Pépin rejeta cette préposition : « Ce n'est point en vue d'un homme quelconque, dit-il, que j'ai fait la guerre aux Lombards, mais pour l'amour de saint Pierre et afin d'obtenir le pardon de mes péchés; pour tout l'or du monde, je ne retirerais pas la promesse que j'ai faite à l'Église romaine. »
Toutes les tentatives que firent plus tard les Byzantins pour gagner par des offres et des présents considérables soit Pépin, soit Désiré, le nouveau roi des Lombards, pour attirer dans leurs intérêts la population de Ravenne et Sergius, son archevêque, pour provoquer une insurrection qui devait être appuyée par la
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flotte grecque, pour séduire les légats mêmes du pape, notamment Marin, cardinal-prêtre, envoyé dans ioniplre des Francs, ces tentatives échouèrent complètement. L'Italie on-; fraie demeura affranchie du joug des Grecs, devenu insupportable sous un empereur hérétique, et impuissant à prolonger son existence. Les empereurs grecs s'étaient montrés incapables de maintenir leur domination fondée sur une conquête de Justinien; en laissant leurs sujets italiens destitués de tout appui, ils avaient perdu les droits qu'ils pouvaient prétendre. Du reste, la fondation d'une nouvelle puissance italienne était devenue une nécessité politique, et le Saint-Siège possédait seul les éléments de cette puissance. Déjà précédemment, il avait en grande partie supporté les charges du gouvernement temporel, comme avaient fuit dans l'empire des Francs Pépin et ses prédécesseurs. Il avait pour lui l'adhésion générale, le consentement d'une population dont il avait été jusque-là le rempart et le soutien. En ce qui est de Rome et du district romain,, le pape en était déjà reconnu le souverain, même pour le temporel.
Rome, n'ayant pas été conquise par les Lombards, n'était pas comprises dans la donation ; les places qui en faisaient partie, comme Narni, ne furent point données, mais restituées. Quant à Ravenne et autres territoires, le pape les reçut de Pépin en vertu d'une donation légitime et en suite de traités conclus par ce prince. On le voit , les États pontificaux sont fondés sur les meilleurs titres de droit. Les papes, ainsi que tous les autres princes temporels, assumèrent comme souverains italiens tons les droits et les devoirs qu'imposait la nécessité d'établir et de sauvegarder leur puissance au dedans et au dehors. Lorsque l'ancien roi Rachis, devenu moine, s'opposa à Désiré, celui-ci invoqua le secours du pape et de Pépin, qui lui fut expressément accordé, et il rendit au pape d'autres villes qu'il occupait encore, telles que Fuenza, Imola, Ferrare et Âncône. Etienne mourut le 24- avril 757, après un pénible mais glorieux pontificat.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Pendant son voyage en France, Etienne II répondit à plusieurs diflicultés qui lui furent proposées sur des points de discipline.
I. Sur le mariage, il déclara que se défaire d'une concubine pour prendre une légitime épouse n'était point un duuble mariage; que deà
personnes mariées ne pouvaient se séparer pour cause d'impuissance survenue après la célébration du mariage ni pour aucune infirmité, à moins qu'elles ne fussent atteintes de la lèpre ou possédées du démon ; qu'un homme, en changeant de pays, ne pouvait changer de femme tant que vivrait celle qu'il avait légitimement épousée; qu'on ne pouvait épouser sa commère tant de baptême que de confirmation ; qu'un homme qui a répudié sa femme n'en peut épouser une autre; qu'il faut mettre en pénitence celles qui, ayant fait vœu de virginité sans néanmoins entrer en religion, viennent à se marier; qu'il faut excommunier les religieux et les religieuses qui se marient; qu'une veuve qui se marie après avoir fait profession de la vie religieuse doit être mise dans un couvent pour le reste de ses jours ; que lorsqu'un des conjoints devient lépreux, il faut les séparer, de peur qu'ils n'engendrent des enfants infectés de lèpre ; que si un homme, doutant qu'il ait été ordonné, a dit la messe et administré le baptême, puis renoncé au ministèi'e pour prendre femme, il doit être relégué dans un monastère pour y faire pénitence le reste de ses jours; qu'on doit traiter la femme de la même façon, à moins qu'elle n'ait ignoré que cet homme avait fait les fonctions de prêtre; qu'une femme qui, pendant l'absence de son mari qu'elle a cru mort, s'est remariée à un autre, doit sous peine d'excommunication retourner au premier, s'il se retrouve.
II. Sur le baptême : celui qui baptise avec du vin mêlé d'eau sera excommunié ; s'il n'a point d'eau et que l'enfant soit en danger de mort, il sera exempt de peine ; le baptême par infusion est valide ; celui qui doute s'il a été validement ordonné prêtre, et qui cependant administre le baptême doit être mis en pénitence le reste de ses jours.
III. Touchant le clergé : un évêque condamné pour de certains crimes par le jugement unanime de tous les évêques de sa province ne peut plus être jugé par d'autres ; lorsqu'il sera question de juger un prêtre, l'évêque diocésain prendra pour adjoints six de ses collègues du voisinage, au choix de l'accusé, et trois si c'est un diacre ; pour les clercs inférieurs, l'évêque seul en jugera définitivement; un prêtre qui est convaincu et avoue qu'il a commis un crime charnel avant son ordination doit être interdit de la célébration de la messe et non des autres fonctions sacerdotales; les clercs et les moines ne porteront pas les cheveux longs'.
Le même pontife donna h l'abbé P^ulrade la permission de bâtir des monastères en France partout où il le pourrait, et il lui accorda le privilège qu'il serait exempt, lui, les abbés ses successeurs el tous ses
* Response Stepb. PP. II Brittaniaco monasterio.
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différents monastères, de toute juridiction épiscopale, et ne reconnaîtrait pour supérieur que le Saint-Siège *.
OUVRAGES A CONSULTER SUR LE N° 7d.
Cod. Carol., Ep, vin, xv, xx, xxvi, xxxvnj Vita Steph. et Pauli I, Muratori, Annali d'Italia, an. 7öö et suiv.; Dœllinger, I, p. 407; Papeocordt, p. 87-89; Héfelé, p. 506.
Paul 1er,
72. Après la mort d'Etienne, deux partis se disputèrent la papauté ; l'un voulait nommer l'archidiacre Théophylacte, l'autre le diacre Paul , frère du précédent pape et d'une grande activité. Le second l'emporta et Paul fut consacré le 29 mai 757. Paul 1" (757-767) entretint d'excellents rapports avec le roi Pépin, mais il eut des contestations avec Désiré, roi des Lombards, qui se livrait à de fréquentes hostilités sur le territoire pontifical et continuait de retenir plusieurs villes qui avaient été cédées au Saint-Siège, comme Imola, Bologne, Osimo, Ancône. Désiré étant allé en pèlerinage à Rome, le pape lui fit des représentations ; le roi chercha des échappatoires et demanda en particulier la reddition des otages lombards qui se trouvaient encore entre les mains des Francs. Des envoyés francs arrivèrent pour négocier cette affaire, et Oésiré pria le pape de le réconcilier avec les Francs. Le pape fil les démarches nécessaires. En avril 759, l'Église romaine recouvra en partie ce qui lui appartenait.
Si la paix ne fut pas entièrement rétablie, et si Désiré demeura plein de défiance envers le pape, au point de refuser que les ambassadeurs du Saint-Siège traversassent son pays, lo pape cependant n'eut point à souffrir des démêlés qui suivirent encore. La correspondance de Paul et de Pépin montre que le premier était vraiment souverain de son pays, mais que dans toutes les affaires importantes il conférait avec Pépin, dunt il avait fait son patrice, et lui laissait la juridiction qu'exigeait la
' Fer hanc apostolicam auctoritatem tibi dilecto filio nostro Fulrad© vel cîeteris luis successoribus abbatibus, licentiam et potestatem largientes concedimus aedificandi monasteria ubicumque in Franciu; provincia volueritis. Et omnem cujuslibet Ecclesise episcopum, aut alium quempiam sacerdotem, in prsefatis monasteriis dilionem quamlibet habere praeter Sedem apostolicam, hac auctoritate prohibemus. (Privil, Steph. PP. Il Fulrado abbati induUum.J
défense effective des possessions du pape. Les controverses avec les Lombards, touchant la délimitation du territoire, réclamèrent surtout la médiation du roi des Francs. Avec la cour de Constantinople, il y eut des démêlés politiques et religieux, et les Byzantins conçurent différents projets pleins d'astuce et de fourberie. Cependant la guerre fut évitée, et Pépin, qui ne voulait recevoir les ambassadeurs grecs qu'en présence des légats du pape, refusa, soit pour les questions politiques, soit pour les affaires religieuses, de briser les liens étroits qui le rattachaient au Saint-Siège, comme on le vit encore à l'assemblée de Gentilly en 767.
Le pape Paul fit retirer des catacombes et transférer dans les églises plusieurs ossements de saints, afin de les mettre à l'abri des profanations, car les Lombards du temps d'Astolphe avaient souvent pénétré dans ces sépultures souterraines.
Cod. Carol., Ep. xv, xx, xxi, xxiv, xxix, xxxiv, xxxvii, xxxviii; Vita Pauli, Dœllinger, loc. cit.; Papencordt, p. 89-91; Héfelé, 01, p. 419, 430 et suiv., 596, 620, 2" édit. — Soin des catacombes, Kraus, Roma sotten'., p. HO.
Usurpation de Constantin.
73. Le duc Toton, originaire de iNépi, de concert avec ses frères Passif et Pascal, avait encore, pendant la dernière maladie de Paul I" (mort le 28 juin 767), assemblé des troupes, auxquelles s'étaient joints une foule de campagnards, pour marcher contre Rome. Son dessein était d'abord de s'emparer du pape, de le mettre à mort et de porter sur le Saint-Siège son frère Constantin. 11 en fut empêché par le vigilant Christophe, primicier des notaires, qui l'obligea de promettre par serment que le pape futur serait élu d'un commun accord. Toton enfreignit bientôt son serment et, pénétrant dans la ville au moment où Paul venait de mourir, il contraignit le peuple d'élire sou frère Constantin, encore laïque. Georges , évèque de Préueste, intimidé parles menaces, lui donna sur le champ la tonsure. 11 i 'ordonna diacre le lendemain.
Le 15 juillet 767, Constantin était élevé au suprême pontificat. Le peuple fut forcé de rendre hommage à l'intrus, qui se maintint pendaiiL plus d une année. Constantin manda sa promotion
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au roi Pépin, essaya de justifier les irrégularités de son élection et prétendit avoir été forcé par les acclamations unanimes du peuple d'accepter le pontificat. Pépin protesta par son silence contre l'usurpateur. Les mécontents, dirigés par Christophe, conseiller du pape et primicier, et par son fils Sergius, trésorier, sortirent de Rome, et, avec l'aide des Lombards du duché de Spolèto, renforcés par des corps francs, ils s'emparèrent du pont Salien le 29 juillet 768, et pénétrèrent ensuite dans la ville. Pendant le combat qui s'ensuivit, le duc Toton fut tué d'un coup de lance et son frère Constantin fait prisonnier. Le parti lombard, qui avait soutenu Christophe et Sergius, voulut, à l'insu des Romains, proclamer pape un moine du nom de Philippe. Christophe, Sergius et leurs amis s'y opposèrent énergiquement, et le moine dut rentrer dans son monastère.
Constantin fut déclaré intrus dans une grande assemblée du clergé et du peuple, et remplacé par Etienne, natif de Sicile, à qui Paul 1" avait témoigné une grande confiance. Avant même sa consécration, qui eut lieu le dimanche suivant, le parti vaiufjneur se vengea cruellement de ses ennemis humiliés, et le nouveau pape, dans la coîifusion qui régnait alors, ne put empêcher ces représailles. Plusieurs eurent les yeux et la langue arrachés. Des soldats, conduits par l'influent Gratiosus, envahirent le monastère où .se trouvait Constantin, l'en arrachèrent et lui crevèrent les yeux. La discorde éclata également parmi les vainqueurs; la haine des Romains se déchaîna contre les Lombards, et un des prêtres do ceux-ci, Waldibert, accusé d'avoir tramé une conspiration pour livrer la ville à ses compatriotes, fut jeté en prison et eut les yeux arrachés.
Etienne IV. — Intrigues des Lombards à Rome.
74.. Pour rétablir l'ordre, le pape Etienne III (ou plutôt Etienne IV), réunit à Latran, en avril 769, un concile auquel les fils de Pépin, suivant sa demande, avaient envoyé douze évèques, entré autres Wilicaire de Sens, Lulle de Mayence, Wulfram de Meaux et Adon de Lyon. Ce concile anathématisa le conciliabule de Constantinople, où l'empereur Copronyme avait fait condamner le cuite des images comme une idolâtrie, ainsi que le concile tenu par l'antipape Constantin; il défendit sous peine d'anathème d'élever un laïfpie à la papauté, régla
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la nomination des papes et fit une enquête sur les ordinations conférées par Constantin. Ceux qu'il avait ordonnés devaient rentrer dans le rang qu'ils occupaient auparavant et ne pourraient pas recevoir de nouveaux ordres. On amena Constantin, privé de la vue. Comme il prétendait, tout en s'avouant coupable, justifier la promotion des laïques à l'épiscopat, l'assemblée en fut tellement indignée qu'elle le fit frapper sur le cou et chasser de l'église. Rome était alors dominée par le parti antilombard et franc, ayant à sa tête les fonctionnaires les plus influents de la cour pontificale , le primicier Christophe et son fils Sergius , nommé sécondicier. Il est possible que ces deux hommes aient souvent abusé de leur crédit d'une façon onéreuse pour le pape; ils avaient à Rome quantité d'adversaires qui se rattachèrent au roi Didier. Comme ils ne cessaient de renouveler leurs exigences relativement aux droits de l'Église romaine et qu'ils contrecarraient tous les plans de Didier, celui-ci voulut les précipiter à tout prix. Il gagna le camérier du pape, Paul Afiarte, et essaya, par son entremise, de prévenir le pape contre ses deux contradicteurs.
Peu de temps après le concile de Latran, Didier, sous prétexte d'un pèlerinage à Saint-Pierre, s'avança contre Rome avec une forte armée. Les deux puissants ministres du pape levèrent des troupes en Toscane, en Campanie et à Pérouse, et s'allièrent aux Francs, qui étaient encore à Rome sous le comte Dodon, afin de défendre la ville contre les Lombards. Arrivé devant Rome, Didier demanda une conférence au pape. Etienne alla le trouver dans son camp, reçut de lui les meilleures promesses et rentra dans Rome, solidement défendue. Paul Afiarte, après avoir pris langue avec le roi, essaya de soulever le peuple contre les deux ministres, taudis que le roi accourait à son secours. Mais les deux ministres et le parti franc pénétrèrent en armes au palais de Latran pour y découvrir leurs ennemis. La foule, aigrie de ces menées et oubliant tous les égards qu'elle devait au pape, fit sauter les portes et s'avança jusqu'à la demeure d'Etienne, dont la vie courut de grands dangers. Etienne crut voir dans ces violences la confirmation des doutes qu'on avait éveillés en lui contre les deux ministres. Sa présence ralentit un peu la fureur des assaillants, et ses remontrances énergiques leur firent évacuer le palais.
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Le lendemain, le pape se rendit à Saint-Pierre, puis auprès de Didier, qui cette fois exigea formellement que Christophe et son fils fassent mis à sa discrétion. Quoique mécontent d'eux, Etienne hésitait de livrer à leur mortel ennemi deux hommes qui avaient bien mérité du Saint-Siège. Didier fit semblant de vouloir le retenir prisonnier, lui et sa suite. Enfin, le pape prit un parti mitoyen, et voici ce qu'il fit mander à ses deux ministres par les évêques de Préneste et de Ségni, à la porte de Saint-Pierre : ils devaient ou déposer les armes, abdiquer leurs charges et entrer dans un monastère pour sauver leur vie, ou bien comparaître en la présence du pape et se justifier devant lui et devant le roi. Les deux ministres rejetèrent ces propositions, en déclarant qu'ils étaient prêts à se livrer à leurs frères les Romains, mais non aux Lombards. Les deux évêques s'adressèrent alors aux amis des deux ministres et leur représentèrent les dangers qu'une plus longue résistance ferait courir au pape.
Les partisans de Christophe commencèrent à balancer ; plusieurs l'abandonnèrent, lui et son fils, comme des rebelles au pape, notamment son parent, le duc Gratiosus, qui se rendit avec plusieurs autres auprès d'Etienne, pour lui renouveler •l'expression de sa fidélité. Christophe et Sergius résolurent alors d'aller eux-mêmes le trouver, mais ils furent saisis par les gardes lombardes et amenés devant le roi et le pontife. Cette fois, le roi promit à Etienne par serment de lui rendre tous ses droits, et Etienne retourna librement à Rome, après avoir laissé les deux ministres, destinés à entrer en religion, dans l'église de Saint-Pierre, d'où il se proposait de les faire enlever de nuit pour les mettre en sûreté. Mais Paul Afiarte et ses partisans envahirent la basilique, du consentement du roi, eu arrachèrent les deux ministres et leur crevèrent les yeux à la porte de la ville. Christophe mourut bientôt après : Sergius vécut encore deux ans dans un monastère, et fut assassiné à l'instigation de l'irréconciUable Afiarte.
Vita Slepliani, Mansi, XII, 680 et seq.; Cenni, Conc. Later, Steph. an. 769 nunc primum in lucem edit. ex ant. cod. Veron. M. S., Rom., 1733; Mansi, loc. cit., p. 703-721 ; Cod. Carol., Ep. xcviii, xcix; Papencordt, p. 94 et suiv ; Héfelé, III, p. 433 et suiv., 604. — Sur les ordina-
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lions de Constantin et la « consecratio benedictionis, » mon ouvrage, Pholius, II, p, 3Ö2 et suiv. Le troisième voyage de Didier à Rome est placé en 770 par Jatfé (Reg., p. 201), en 771 li en 769 par Pagi, Cenni, Papencordt (p. 94), Gregorovius (II, p. 369^, Brunengo (Civiltà cattolica, V, an. 1863, p. 64 et seq., not. — Sur les divergences des récits, voyez Vita Steph., Vita Hadr., Cod. CaroL, Ep. xlvi; Papencordt, p. 95, n. 2; Civiltà catt., loc. cit., p. 65 et s. Quelques-uns [Le Coinle, Pagi, Cenni) croit-nt que la lettre xlvi^ fui ari-achée au pape par Didier; voyez le contraire dans Mui-atori, loc. cit., an. 760; Sassi, Not. ad Sigon. de regno Ital., iib. III; Mansi, Not. in Pag., an. 770, n. 2, 4; Troya, loc. cit., n. 903; Observ. 2 ; Papencordt et Brunengo ont trèsbien concilié les sources.
Mariage de Charlemagne avec la fille de Didier.
75. C'est ainsi que, contre toute atteute, le parti lombard l'avait emporté sous le pontificat d'Etienne. Afiarte garda son influence. La cour des Francs fut très-mécontente de la défaite de Christophe et de Sergius. Etienne essaya d'apaiser Charlemagne en insistant fortement sur les griefs qu'on élevait contre ses deux ministres et qu'il croyait justifiés, et en exaltant les services rendus par Didier à l'Église romaine. Quant à Didier, après avoir ravi au pape ses deux plus capables serviteurs et atteint par là son but, il trahit sa parole. Aux légats du pape qui lui rappelèrent ses serments, il répondit d'un ton railleur que c'était assez pour lui d'avoir sauvé le pape des mains de Christophe et de Sergius et de l'avoir mis à l'abri de la vengeance des Francs ; qu'il s'étonnait qu'après de tels services on exigeât encore de lui l'accomplissement de ses promesses. Etienne comprit qu'il avait été dupe de la fourberie lombarde, et en 770, il adressa de nouveau les plus instantes prières aux rois des Francs. Il paraît que leur mère Bertrade, ou Berthe, qui voyageait alors en Italie, ménageait la restitution de plusieurs villes au Saint-Siège, à quoi Didier était d'autant plus porte qu'il trouvait là une occasion de contracter alliance avec les Francs et d'arrêter ainsi leur intervention dans les affaires italiennes. La reine-mère, en effet, négocia avec lui un double mariage entre les deux familles royales ; sa sœur Gisèle épouserait le fils de Didier, Adalgise, et fun de ses fils, Charles ou Carloman , épouserait Desiderate , fille du roi des Lombards. Nulle alliance plus funeste à l'indépendance du
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Saint-Siège ne se pouvait concevoir. Le perfide Lombard, si puissant alors, et qui avait le premier conçu ce plan, augmentait encore par là son influence et écartait d'un seul coup une foule d'obstacles qui embarrassaient son chemin.
Berthe ramena effectivement l'épouse lombarde et apporta un traité d'alliance avec la France. Charles se laissa persuader par sa mère et contracta le mariage ; mais sa sœur Gisèle garda le célibat et se fit religieuse. Charles, ainsi que son frère Garloman, étaient déjà mariés; il lui fallut donc congédier sa première femme pour accepter la seconde et violer la loi chrétienne sur un des points les plus essentiels.
Cod. Carol., Ep. xliv, xlvi-xlviii; Vita Hadr. I, Annal, vet. et annal. Petav., ap. Duchesne, Script. Franc, t. II; Papencordt, p. 96; Civiltà catt., loc. cit., p. 83, 84, 385 et seq.; Héfelé, 111, p. 604 et suiv. Les femmes de Chariemagne ont suscité une multitude de controverses. Cf. Civiltà catt., loc. cit., p. 401-407; Katholik, 1867, ii« livrais., p. 92 et suiv.
76. Les négociations entre les deux cours avaient été cachées au Saint-Siège. Rome, quand cette nouvelle y parvint, en fut profondément consternée. Le pape Etienne écrivit dans les termes les plus énergiques aux deux rois francs, dont l'un devait épouser la princesse lombarde. Le mariage effectif de Charles lui était encore inconnu, ou peut-être n'était-il pas encore consommé. « Quelle folie ce serait, disait-il, si la noble nation des Francs, qui excelle entre toutes les nations, si votre illustre famille royale se souillait, ce qu'à Dieu ne plaise, avec la nation perfide et ingrate des Lombards . . . On ne pourra jamais soupçonner que de si grands rois pensent à un mariage si honteux et si détestable. En effet, par l'ordre du roi votre père, vous avez déjà, à l'exemple de vos aïeux, épousé des femmes de votre nation, distinguées par leur mérite et leur beauté. Vous devez continuer de les aimer, car il ne vous est pas permis de les répudier pour épouser des femmes étrangères, ce que n'ont fait ni votre père, ni votre aïeul, ni votre bisaïeul. Souvenezvous que le seigneur ]^]tienne, notre prédécesseur, conjura votre père de ne pas répudier la reine votre mère, et que ce prince, en roi très-chrétien , obéit à ses salutaires avis. Rappelez-vous
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aussi ce que vous avez promis tant de fois à saint Pierre et à son vicaire, d'être toujours les amis de nos amis et les ennemis de nos ennemis, de ne pas mépriser la voix du successeur de Pierre, qui a toujours tenu fidèlement toutes ses promesses et n'a jamais négligé le bien du royaume des Francs. Et vous voudriez maintenant vous allier à la nation perfide des Lombards, qui ne cesse d'attaquer l'Église de Dieu et d'envahir notre province de Rome 1 »
Le pape, en un mot, demandait qu'on empêchât le mariage de Gisèle avec un des fils de Didier, (ju'on différât le mariage avec sa sœur et qu'on ne rompît pas les liens du mariage déjà existant. Le pape terminait sa lettre par ces touchantes paroles : « Nous avons mis cette prière et cette exhortation que Nous vous faisons sur la Confession de saint Pierre , et, après avoir offert dessus le sacrifice, Nous vous l'envoyons trempée de nos larmes. Si quelqu'un ose aller contre, qu'il sache qu'il est anathématisé par monseigneur saint Pierre.» Cette lettre, écrite avant que le pape connût le mariage de Charlemagne, produisit son effet. Elle fut sinon l'unic^ue, du moins la principale cause pour laquelle Charlemagne, eu 771 déjà, répudiait la lombarde et la renvoyait à son père, pour épouser Ildegarde , Souabe do naissance, ce qui fut mal accueilli par sa mère et même par le jeune Adelhard , pieux neveu de Charles Martel. Carloman mourut peu de temps après, et sa veuve Gilberge se rendit auprès de Didier. Cette fois encore, les Francs vinrent au secours du pape, qui se voyait débarrassé d'un pénible souci.
Cod. CaroL, Ep. l, al. 45; Mansi, Xll, 693; Baron., an. 770, n. 9 et seq.; Migne, t. XCVUI, p. 230. Explication de la lettre et examen des violentes accusations élevées contre elles par les centuriateurs de Magdebourg jusqu'à Gi'égorovius (II, p. 373), Civiltà catt., loc. cit., p. 391- 413. Muratori, loc. cit., an. 770; Mézerai, Histoire de Fi'unce, éd. i683, t. II, p. 431 ; Damberger, Kritikhet't du vol. II, p. 163, ont révoqué eu doute son authenticité sans motif suffisant. On ne peut guère douter que la lettre du pape n'ait eu beaucoup de part à la séparation de Charles d'avec la Lombarde.
l" Le caractère religieux de ce prince ne permet point d'admettre qu'il ait dédaigné cet écrit ni l'anathènie dont il était menacé. Or, cet écrit, comme le prouve son contenu, fut composé avant qu'on eût reçu la nouvelle des noces de Charlemagne; il devait faire d'autant plus