‹ Histoire de l'église (volume 5)Chapitre 3 sur 34 · Les mesures rigoureuses que le comte Ursace employa · texte numérisé non relu

Les mesures rigoureuses que le comte Ursace employa

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au nom de l'empereur ne firent qu'accroître la fermentation et le fanatisme. Donat le Grand, second évêque du parti, déployait une activité infatigable, bravait hardiment les lois impériales et continuait d'instituer des évêques et des prêtres. Les sectaires exercèrent de grandes violences contre les catholiques; ils déclarèrent qu'ils n'entreraient jamais en communion avec le pécheur Cécilien, et exigèrent avec menaces le rappel des exilés. Constantin ne tarda pas à changer de sentiment. Dans l'espoir que le fanatisme s'éteindrait de lui-même, il révoqua ses lois pénales le Ö mai 321, rappela les évêques exilés, leur accorda la liberté religieuse, exhorta les évêques catholiques à user de douceur et de ménagements, en disant qu'il fallait abandonner ces sectaires au jugement de Dieu.

Les catholiques se virent alors sans appui, et les sectaires ne devinrent que plus audacieux dans leurs attentats ; à l'exemple de l'évêque Donat, ils rebaptisaient quiconque allait à eux de gré ou de force, usurpaient les églises des catholiques, brisaient les autels, égorgeaient les prêtres et les diacres, chassaient les évêques ou les reléguaient parmi les pénitents. Ils évitaient le commerce des catholiques comme la plus grande impureté et allaient jusqu'à laver la place où quelqu'un d'eux s'était trouvé. Des bandes de fanatiques se formèrent dans les plus basses classes du peuple, et on vit paraître une espèce d'ascètes frénétiques qui, dédaignant le travail des mains, parcouraient les campagnes en mendiant et se pressaient dans les maisons. Ils se précipitaient à la mort comme des furieux et faisaient servir la violence aux intérêts de Donat. Échauffés par les prédications de leurs évêques, dont ils étaient les gardes-du-curps, ils se ruaient la nuit dans les demeures des catholiques, y mettaient le feu, arrachaient les yeux aux habitants et les tuaient, principalement les prêtres.

Plusieurs catholiques suivaient malgré eux ces hordes de sauvages, qui comptaient dans leurs rangs des esclaves fugitifs : d'autres étaient comprimés par la crainte.

L'horreur de l'apostasie, la passion du martyre étaient à leur comble ; c'était une frénésie . Mourir de la main des catholiques ou des païens suffisait pour être rangé parmi les martyrs ; les donatistes les excitaient à leur donner la mort, ou ils se précipitaient eux-mêmes dans le feu ou dans les abîmes, aussi peu soucieux

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lit', ('(Hiserwr Iciii' vie que (l'epfii.üiiercüiie des autres, Avecccllf «levise : « Tout pour la gloire de Dieu, » ils exerçaient toutes les cruautés imagiuables; le suicide, l'ivrognerie et la débauche titaient de règle chez eux. Ils n'acceptaient point le nom de cirfoncellions que leur donnaient les catholiques; ils se nommaient les « soldats du Christ, » agonistici^ les fds des saints. L'empereur les obligea de rebâtir à leur frais, sans flétrir leur conduite lît sans exiger de dédommagement, une égUse qu'il avait luimême doiniéc aux catholiques à Constantine et qu'ils avaient détruite. Telles furent les causes qui accrurent la puissance des donatistes dans le nord de l'Afrique.

En 330, ils comptaient déjà 270 évèques ; sous la protection d'une tolérance qui dégénérait en injustice contre les catholiques, leur nombre croissait chaque jour. Hors de l'Afrique du nord, ils ne purent établir que deux communautés, l'une en Espagne, l'autre à Rome. Dans cette dernière ville, ils ne pouvaient se réunir que clandestinement, sur une montagne située hors des murs. De là leur nom de Jiionteiises, riipetes, cot)}petes. Victor était leur évêque. « Ils avaient là, dit saint Optât, uu Hvêque sans Eglise '. >;

Oppression apparente des donatistes.

35. L'empereur (Constant essaja d'abord de gagner les donatistes par des marques de bienveillance et par des présents, qu'il chargea (vers 340) Ursace et Léonce de leur distribuer; puis il invita par un édit tous les chrétiens du nord de l'Afrique à rentrer dans l'unité, dont Jésus-Christ était l'ami et le protecteur. La résistance des donatistes n'en devint que plus vive et provoqua des mesures plus rigoureuses. On leur enleva plusieurs églises, et il en mourut à cette occasion plusieurs qui furent honorés couime des martyrs. Le comte Grégoire, qui fit une seconde tentative de réunion, reçut de Donat une lettre injurieuse. Les donatistes refusèrent également de reconnaître l'archevêque Gratus, successeur de Cécilien. Quant aux circoncellions, ils poussèrent si loin leurs désordres que les évèques donatistes, ne pouvant plus eux-mêmes les supporter, demandèrent (345) assistance au général Taurinus. Ces bandes vagabondes se donnaient pour les « défenseurs des opprimés, » et, en vrai

1 Optât, JI. IV.

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<oininuuisl(vs, sc déchahiiiieul i-onlre les l'uthes cl les puissauls. Leurs chefs, Fasir et Axid, qui se nommaient les « conducteurs des fils des saints, » menaçaient les orthodoxes qui refusaient de remettre les dettes et arrivaient à leur fin par la violence ou la mort. Les maîtres devaient prendre la place des serviteurs et des esclaves et accomplir leur besogne.

Contre l'empereur, ils répandaient les plus fâcheuses rameurs, notamment celle de faire adorer dans les églises sa statue à la place de Dieu. Les commissaires Paul et Macaire, envoyés d'abord pour distribuer des secours, furent repoussés par Donat : « Qu'y a-t-il de commun, leur dit-il, entre l'empereur et l'Église? » Ils trouvèrent une émeute publiquement organisée contre l'empereur ; les rebelles, enflammés par Donat, évèque de Bagai, furent même victorieux dans le début. Cependant la défaite suivit de près, et Macaire procéda avec la dernière sévérité. Donat fut mis à mort avec d'autres fauteurs de Tinsurrection, et leurs partisans les exaltèrent bientôt comme des martyrs. Donat le Grand de Carthage fut exilé avec quelques évêques. D'autres avaient déjà pris la fuite. Macaire leur imposa la réunion et interdit le culte des donatistes. La paix extérieui'e était pour longtemps rétablie. Un concile catholique de Carthage (vers 348), tenu sous l'archevêque dratus, rendit grâce à Dieu pour la fin, plus apparente que réelle, du schisme, défendit de rebaptiser les hérétiques, d'honorer les suicides comme des martyrs, et s'efforça de restaurer parmi les clercs et les laïques la discipline ecclésiastique, si fort affaiblie par les troubles qu'on venait de traverser.

Le parti prend de nouvelles forces.

36. Quand les exilés rentrèrent sous le règne de Julien (362), ils reprirent leur première attitude, se vengèrent sur les catholiques des peines qu'ils avaient subies et montrèrent la plus grande intolérance partout où ils étaient en majorité. A Hippone, par exemple, où ils étaient devenus prédominants, aucun d'eux n'osait cuire du pain pour les catholiques qui se trouvaient en minorité. Ils s'emparaient de leurs églises, lavaient les murs, qu'ils considéraient comme souillés, grattaient les autels ou les jetaient dehors, brisaient avec fureur les calices et autres vases sacrés. Sous Julien, leur nombre s'éleva bientôt à 400. Mais ils ne tardèrent pas à se désunir, et les divisions encrondièrent des divisions

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nouvelles. Parménien, successeur, depuis 360, de Donat le Graud (le Cartilage, combattit le savant Tychonius, lequel réfuta luijuème Jes raisons des donatistes et prouva qu'ils étaient entachés des impuretés qu'ils prétendaient trouver chez les catholiques ; mais il ne demeura pas moins dévoué à la secte, sous prétexte que l'union avec l'Église catholique n'était pas nécessaire et qu'il suffisait d'être uni de cœur avec Jésus-Christ.

Vers 370, l'évèque de Carteima, Rogatus, fonda un secte nouvelle (rogatistes, rogatiens), qui professait des principes moins rigoureux que les autres donatistes et blâmait ouvertement les menées des circoncellions. Les rogatiens eurent pour adversaires les claudianistes. Parménien mort (vers 392), Primien devint évêque donatiste de Carthage. Sa pratique mitigée fut coml)attue par des rigoristes qui avaient à leur tête le diacre Maximien. Il fut excommunié par Primien; mais il parvint à former un grand parti, qui comptait même des évêques. Ces évêques, dans un concile tenu à Carthage en 393, prononcèrent la déposition de Primien et nommèrent Maximien à sa place. Un concile tenu à Bagai se prononça contre Maximien en faveur de Primien. Les primianistes poursuivirent alors les maximianistes, qui étaient avec eux dans le même rapport que les donatistes avec l'Église catholique. D'autres sectes se formèrent encore avant la fin du quatrième siècle, et chacun d'elles, malgré son insignifiance, se donnait pour l'Église catholique à l'exclusion des autres.

Doctrines des donatistes.

37. Voici quelles étaient les principales doctrines des donatistes : d" la seule Éghse véritable est celle qui ne tolère dans sa communion au moins aucun pécheur public. Ainsi toutes les Églises qui sont restées en communion avec Félix et Cécilien sont devenues impures et profanes; elles sont exclues de la véritable Église, qui ne se trouve que parmi nous. Appuyés sur le Cantique des cantiques, i, 6, ils raisonnaient ainsi : L'Église est au midi; or au midi se trouve l'Afrique, donc la véritable ÉgUse est en Afrique. 2° L'efficacité des sacrements ne dépend pas seulement de l'orthodoxie de la foi (comme le voulait saint Cyprien], mais encore de la pureté morale, de la sainteté pei-sortnolle de leur ministre. Ainsi : 1° tous les sacrements admi-

LES HKKESIES ET IJiS SCHISMES. i /

nistrés par des hommes impurs, par ceux qui souten communion avec des Églises souillée^ et profanes, sont invalides; 2° tous ceux qui reviennent doivent être baptisés de nouveau ; 3" le sacrifice de la messe chez les catholiques est une idolâtrie.

Les donatistes se prétendaient seuls purs et seuls saints, et c'est là ce qui les distinguait des « fds des traditeurs ; » ils se glorifiaient de leurs martyrs; mais, contrairement aux novatiens, ils admettaient les grands pécheurs à la pénitence. Cependant ils ne parvenaient pas à faire prévaloir leur théorie de la sainteté de l'Église, qu'ils mettaient au-dessus de la catholicité, et ils étaient forcés d'avouer que l'Église pouvait renfermer des pécheurs secrets. Ils résistaient aux ordres des empereui's et aux autorités, quand ceux-ci favorisaient les catholiques, et ils préféraient la mort à la soumission. C'est ain.si que Gaudence, évêque de Thamugade, déclara au tribun Dnlcitius, qui en 4:20 voulut exécuter les édits de l'empereur sur la confiscation des biens des églises, qu'il se ferait brûler avec les siens dans les éghses, et il rappela l'exemple de Rhazis', qui, à l'approche des troupes lie Nicanor, se laissa tomber sur son épée, préférant un trépas glorieux à la honte d'être « soumis aux pécheurs. »

Elis., Vita Const., I, 45; Aug., Brev. coll., d. m, n. 39, 42; Optât, 1, m, n. 9; Dupin, Monum. vet., p. 188, 190, 294 et suiv. Les circoncellions sont dépeints par S. Aug., Contra Gaud., I, 32, comme «genus hominum otiosum ab utilibus operibus, crudelissimum in mortibus alienis, vilissimum in suis, maxime in agris territans, ab agris vacantet victus sni causa villas circumiens rusticorum, unde et circumcellionum nomen accepit. » Leurs noms, " milites Christi, agonostici, » Aug., Enarr. in Ps. cxxxii, n. 6; Contra Cresc, III, 46 et s.; De hœr., cap. LXix; Optât, 111,3 et seq.; Theod., Hœr, fab., IV, 6; Mansi, 111. 93, 118, 143 et seq.; Hefelé, I, p. 609. Intolérance des donatistes a Hippone, Aug., Contra lit. Petit., II, 184; Optât, II, 16, 2ö. Arguments tirés du Cantique des cantiques, i, 6; Aug.. De unit. Eccl., cap. xvi.

Saint Optât et saint Augustin. — Conciles d'Afrique.

38. Les lois de Valentinien (373) et de Gratien (377), qui enlevaient leurs églises aux donatistes et interdisaient leurs assemblées, demeurèrent sans résultat, et les moyens de persuasion ne produisirent aucun fruit. Optât, évêque de Milève,

^ Razias, // Mach., xiv, 37-46.

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