‹ Histoire de l'église (volume 5)Chapitre 4 sur 34 · II. — HIST. I»K J/ÉGUSK · texte numérisé non relu

II. — HIST. I»K J/ÉGUSK

|>< HISTOIRE I>F. I. EGFJSK.

écrivit, vers 370. son savant ouvrage sur le schisme de Donat ; saint Augustin, prêtre à Hippone-Regius depuis 393, puisévêque (397), travaillait sans relâche, par ses lettres, ses sermons, ses entretiens et ses nombreux écrits, à instruire les ignorants, à ramener les égarés et à éteindre le schisme. Convaincu que les donatistes reconnaîtraient aisément leurs erreurs s'ils consentaient à examiner de sang-froid les raisons alléguées de part et d'autre, il crut pouvoir préparer les voies à un accommodement pacifique, et voici le plan qu'il conçut avec le vieillard Fortunius, evêque des donatistes : chacun des deux partis enverrait dix hommes imbus des mêmes sentiments dans un endroit neutre, où aucim des partis ne posséderait une église ; aprè'S des prières laites de part et d'autre, ou négocierait jusqu'à ce que la réunion lut décidée. Mais il était difficile de trouver dix hommes pacifiques, et les donatistes étaient en défiance, surtout contre la dialectique pénétrante d'Augustin, qui avait déjà procuré tant de conversions.

On essaya de faciliter les voies du retour aux prêtres donatistes. Un concile d'Hippone (393, ch. xxvn), tout en maintenant l'ancienne règle suivant laquelle les clercs schismatiques ne devaient être reçus dans l'Église que comme laïques, fit pourtant une exception en faveur de ceux qui n'auraient jamais rebaptisé et qui auraient ramené leurs fidèles à l'Église. On alla plus loin encore en 401 : tous les donatistes en général furent invités à rentrer dans la giron de l'Église, bien qu'ils n'eussent cessé de troubler le culte des cathoUques et malgré la loi édictée par fempereur Honorius en 398. L'an 403, le huitième concile de Carthage rédigea une formule qui invitait tous les évêques donatistes à envoyer des délégués qui discuteraient avec un nombre égal de catholiques sur les points de dissidence. Toutes ces propositions furent impitoyablement repoussées, et quand saint Augustin leur dit qu'il voyait là une marque du peu de confiance qu'ils avaient en leur propre cause, leur fureur ne connut plus de bornes. Les cruautés inouïes que les catholiques eurent à endurer des cu-concellions les obligea, en 404, au neuvième concile de Carthage, d'invoquer de nouveau l'appui de l'empereur.

En 409, Honorius rendit un décret général de tolérance, probablement à cause de la situation politique de l'empire. Cet édit s'appliquait également aux ariens. Les évêques, assemblés à

LKS HÉKÉSIES ET LES SCHISME55. 19

(krthage eu juin 410 firent des représentations à Honorius et obtinrent le retrait de l'édit. Les évêques nourrissaient toujours le dessein de réunir une conférence où l'on discuterait de part et d'autre sur les affaires de la religion. Les chances d'y parvenir se multiplièrent à partir de MO, lorsque plusieurs donatistes déclarèrent qu'ils se sentaient en mesure de prouver la justice de leur cause, si on voulait les entendre pacifiquement. Les fonctionnaires de l'empire acceptèrent la proposition, et Honorius décida qu'une conférence aurait lieu à Carthage dans l'été de 411 ; il choisit pour arbitre le tribun Marcellin. Les évêques orthodoxes étaient disposés aux plus grands sacrifice. Saint Augustin, dans ses lettres et ses sermons, exhorta les catholiques à user de ménagements et de douceur envers des schismatiqnes si facilement irritables '.

Lois de 373 et de 374, Cod. Tlieod., XVI, vi, i, 2; Optai, op. cit. Au l'oproche que Cresconius fit à saint Augustin d'être « homo dialecticus, » celui-ci répondit, Contra Cresc, I, 16 : « Hanc artem quam dialecticam vocanl, quee nihil aliud est quam consequentia demonstrare seu vera veris seu falsa falsis, nunquam doctrina christiana reformidat ; » il rappelle que Jésus-Christ lui-même repoussa les questions captieuses des pharisiens par un syllogisme (Mattli., xxi), 17), et il dit fie ceux-ci : ils n'auraient pas appris de vous à injurier les autres, autrement ils avaient peut-être, avec plus de justesse et de malice, qualifié le Seigneur de dialecticien au lieu de Samaritain. Les écrits de saint Augustin relatifs à notre sujet sont : 1" Psalmus contra parlera Donati, contenant une sorte de critique populaire, l'histoire et les doctrines du parti; 2° la letti'e perdue « contra partem Donati » (Retr., I, 21); 3° Libri II contra partem Donati (Retr., II, 5), aussi perdus; 1° Contra Parmen. ep, ad Tychon., libri III; 5° De bapt. contra Don., libri VII; 6"^ Contra censur. Donat. (Retr., II, 19), perdu; 7° Contra litter. Petil., libri III; 8° Contra Crescon., fibri IV, cap. 406; 90 cinq petits opuscules perdus, outre plusieurs lettres.

Conciles de 393-410, Héfelé, II, p. 5ö, 70, 85, 89. Exhortations à la cbarité dans Aug., Ep. cxxviu, serm. ccclvii, ccclviii.

' En acceptant cette épreuve, les évêques catholiques, dans une lettre écrite par saint Augustin à Marcellin, avaient annoncé, s'ils étaient vaincus, l'intention d'abandonner l'épiscopat et de se laisser conduire par ceux auxquels il seraient redevables du bienfait de la vérité, et, s'ils étaient vainqueurs, s'ils prouvaient qu'en Afrique et au-delà des mers l'Église n'avait pas failli, ils offraient d'y recevoir à leur rang les évêques donatistes, de partager avec eux l'épiscopat, on de l'abdiquer en commun pour le tenir d'une élection nouvelle, (Note du trad.J

'2i\ HISTOIRE nK L KOUSK.

Conférence religieuse de 411.

39. La conférence s'ouvrit le 1" juin 4H, un siècle après l'explosion du schisme. 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes se trouvèrent à Carthage. Comme une discussion paisible et régulière n'était pas possible entre un si grand nombre d'évêques, le commissaire impérial demanda qu'on fît un choix parmi eux : sept membres furent choisis dans chacun des deux partis. Les donatistes, qui cherchaient volontiers des échappatoires, s'y opposèrent d'abord, mais ils furent obligés d'y consentir. Les principaux orateurs étaient, pour les donatistes, Pétilien, Primien et Émérite; pour les catholiques, Augustin et Aurèle de Carthage. Les deux premiers jours se passèrent à écarter les objections et les faux fuyants des donatistes, à traiter les questions préliminaires ou accidentelles. Ce fut le troisième jour seulement (8 juin) qu'on entra dans le cœur de la controverse.

Deux questions se présentèrent : 1° une question personnelle et historique : Qui a été l'auteur du schisme? FéHx et Cécilien ont-ils été traditeurs? 2" une question dogmatique : L'EgUse perd-elle son caractère en tolérant dans son sein des pécheurs^ des membres indignes? (Ju'est-ce qui constitue l'essence de l'ÉgUse catholique ? L'innocence de Félix et de Cécilien fut établie par des documents dignes de foi ; saint Augustin réfuta avec sa profondeur habituelle la dernière thèse que les adversaires produisirent sur la sainteté de l'Église, en se basant sur des textes de l'Écriture. Il montra que les textes scripturaires cités par les deux partis, loin de se contredire, étaient en parfaite concordance ; qu'il fallait seulement distinguer entre l'état présent, la condition temporelle de l'Église, et son état futur et éternel (status vise et status gloriaß], entre l'Église miUtante et l'Église triomphante. L'ÉgUse, dans son état de triomphe, ne renfermera plus de profanes ; mais dans son état de pèlerinage, l'ivraie se trouve toujours mêlée avec le bon grain.

La conférence se termina au bout de trois jours. Le tribun Marcellin prononça que les catholiques l'avaient emporté sur tous les points et que les églises des donatistes leur seraient remises. L'empereur, à qui les donatistes en appelèrent, conj^irma la sentence rendue et aggrava contre eux la rigueur des

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lois. Eu 414, ils furent déclarés infâmes. Plusieurs donatistes, y compris des prêtres et des évêques, rentrèrent alors dans le sein de l'Église.

GestH collât. Carth., Mansi, IV, 7 et seq.; Aug., Brevic. collai, contra Donat.; ad Donat. post colla tionem.

Autres destinées de la secte.

iO. Eu 418, uu concile de Carthage régla la situation des diocèses qiii avaient deux évêques, uu aucien évêque catholique et uu évêque donatiste converti. Saint Augustin continua dans différents écrits de réfuter les griefs des survivants de la secte (car elle subsistait encore, quoique singulièrement affaiblie), surtout les griefs des évêques Émérite et Gaudence, et tâcha de mettre les meilleurs de leurs laïques en garde contre les assertions mensongères des évoques donatistes. Les moyens de persuasion, les pénalités de la loi, qui, à partir de 415, défendit les assemblées donatistes sous peine de mort, réduisirent à d'insignifiantes proportions cette secte autrefois si puissante.

Ceux qui s'obstinèrent dans le schisme n'en devinrent que plus audacieux. Sous la domination des Vandales, sans être aussi persécutés que les catholiques, ils eurent plus d'une vexation à endurer. Mais ils reprirent bientôt de nouvelles forces, sans retrouver toutefois la vogue qu'ils avaient eue auparavant. Ils rebaptisaient des laïques, des moines, des religieuses, des prêtres et jusqua des évêques. Cette pratique fut condamnée par un concile romain, entre 487 et 488.

Leurs restes se conservèrent jusqu'au septième siècle. Grégoire le Grand les combattit encore et invita Dominique, archevêque de Carthage, à suivre son exemple. Celui-ci ayant statué dans un concile que les catholiques négligents dans la recherche des hérétiques seraient punis par la perte de leurs biens et de leurs emplois, le pape en 594 blâma la rigueur de ce décret, tout en louant le zèle rehgieux du prélat. Les donatistes ne disparurent définitivement de l'histoire qu'aprèss la conquête du l'Afrique par les Sarrasins,

Coric, ils, Héfelé, il, p. 104; Aug., De correct. Donat. ad Bonif.; De gestis cum Euierito (4i8); Contra Gaudent.libri [1(420); Conc. Rom. suit

±1 IllSlUlUE DE L EGLISE.

Felice III, ap. Thiel, Ep. Kom. Ponl., p. '261-2(jö; Grégoire le Grand, lib. H, cp. XLviu; lib. IV, cp. xxxiv; lib. V, ep, v.

ï; 2. L'arianisuie. — .t.i'iiis ei It» |irciiiier foncile «ei'iiiiiéniqiic. Divergences dogmatiques sur la Trinité.

il. Les obscurités, les divergences qui s'étaient révélées précédemment dans l'exposition du dogme catholique sur la Trinité n'avaient pas encore entièrement disparu au quatrième siècle ; elles donnèrent naissance à une hérésie formidable, qui ébranla profondément l'Orient d'abord, puis l'Occident. La théorie modaliste de Sabellius conduisit à î'extrème opposé, à l'arianisme. Sabellius tendait à la fusion (synairesis), l'arianisme à la séparation (diairesis); l'un niait la distinction des personnes, l'autre établissait une séparation qui allait jusqu'à détruire 1 egaUté de substance.

Déjà précédemment, plusieurs s'étaient servi, pour combattre les sabelliens, d'expressions incorrectes ; ils établissaient entre le Père et le Fils une distinction qui devenait un véritable abîme ; ils considéraient surtout le Fils dans ses rapports avec le monde créé. Tel fut Origène et d'autres alexandrins imbus de la philosophie de Philon. L'Église avait maintenu contre les docètes la véritable humanité du Christ ; contre les ébionites et les théodotiens, sa divinité ; contre les sabelliens, sa distinction personnelle d'avec le Père ; contre les païens, le principe de l'unité (monarchie), et reconnu une certaine succession entre les trois personnes (Père, Fils et Saint-Esprit). Sous l'influence du platonisme et du rationalisme, qui essayaient d'expliquer ce mystère, il était aisé d'aboutir à une sorte de subordinatianismc, où l'élément divin qui est en Jésus-Christ serait placé à un degrc inférieur, et Jésus-Christ lui-même ravalé au niveau des créatures. 11 y avait aussi plusieurs Antiochiens, le prêtre Lucien surtout, qui séparaient le Fils du Père et se faisaient des idées défectueuses sur l'origine du Fils et le mutuel rapport des deux personnes. Lucien avait pour disciple un prêtre d'Alexandrie. Arius, originaire de Libye et fondateur d'une secte qui allait étendre au loin ses ramifications.

OUVRAGES A CÜNSÖLTEK SIJK Lt N" H.

Ariaiiisme, sources : Arii fragineal. de lu OaXsia (cf. Suz., 1, 21). np.

LLS UÉKÉ6IES El LES SCHISMES. 23

Alhaii., Or. I cont. Aviaii., ». öets.; De syn. Arim., n. lö; des lettres, iiieod., I, i; Äthan., De syn. Ar. et Sel., n. 16; Epiph., Hœr. LXix, 6 et seq. Autres, Fabric, Bibl. gr., VIII, 309 et s.; Asterius, mort en 330, TJVTaYfta, Atlian., Or, contra Ar., I, 32; II, 37 ; III, 2; Arian., serra. 388, ap. Mai, Nov. col., III, éd. Rom., 1828; Philostorg., éd. Gothofr., (Genève, 16i3, in-4'' ; Vales.. Hist. gr., t. III ; Migne, Patr. gr., t. LXXXV. — Äthan., Op. Migne, t. XXV-XXVIII; Epist. festal. (syr.), éd. Cureton, Londres, 1848, en allemand par Larsow, Berlin, 1852; Epiph., Hœr. i.xix, Lxxiii, LXXv;Eus., Vita Const.; Socr. Soz.,Theod. — Élaborations : Tillemont, Mémoires, t. VI, part. II, III; L. Maimbourg, Hist. del'arian., 'i" édit., Paris, 1682; Hermant, la Vie de saint Athanase, Paris, 1671, in-4», t. II (en allemand par Croneck, Stadtamhof, 1741); G.-M. Travasa, Storii critica délia ^ita di Ario, Venise, 1746; Mamachi, De ratione lemporum Äthan, deque aliquot sj-nodis IV seec. ep., Florence, 1748; Palma, Praelect. hist. eccl., t. I, part. II, p. 69 et seq.; Mœhler, Äthan, d. Gr., Mayence, 1827 (et 1844); Héfelé, Conc. -Gesch., I, p. 227 et suiv. (éd. 1830); Chr. Walch, Kelzergesch., 1764, II, p. 38b et s.; J. -A. Stark, Versuch einer Gesch. des Arianism., Berlin, 1783, part. II ; Wundemann, (iesch. der ehr. Gl.-Lehren v. Zeitalter des Äthan, bis auf Greg. d. Gr., Leipzig, 1798, part. II; Wetzer, Restitutio verae chronologiai rer. ex controv. Ar., Francfort, 1827; Lange, Der Arianism. (dans lllgens hist. Ztschr., IV, 2; V, 1); Wolf, Leber das Verhaellnisz d. Orig. z. Arianism. (Ztschr. f. lufh.Theol., 1842, IIIj; Dorner, Lehre v. d. Person Christi, Stutlgard, 184ö, I, p. 806 et suiv.; Voigt, Die Lehre des Äthan., Brème, 1861. — Sur Lucien,voy. 1, §179; Théod.. I, 4 et seq.; Héfelé, I, p. 225.

Doctrine d'Arius.

42. La doctrine d'x\rius, progressivement développée, peut se réduire aux points suivants : 1° Le Verbe a commencé d'exister 'eral quando jwn erat]; autrement il n'y aurait point en Dieu de monarchie, mais une dyarchie (deux principes); il ne .serait pas Fils, car le Fils n'est pas le Père. 2" Le Verbe n'est pas engendré de la substance du Père, — sinon il faudrait, comme les gnostiqnes, séparer, diviser l'essence divine, et concevoir la divinité sous une forme sensible qui la mettrait au rang de l'humanité ; — mais il a été tiré du néant par la volonté du Père. C'est une créature (ctîsma, poiéma); de là, les expressions que lui applique l'Ecriture*, où il est appelé le premier-né*. 4" Le Fils, cependant, bien qu"il soit essentiellement une créature, se distingue des créatures ordinaires par une foule de prérogatives; sa dignité est la plus haute après celle de Dieu ; c'est pour lui

' Actes, ir. 36: Hébr., ni, i. — « Coloss., u lö.

:ii msioiiu; m. l kglisl,

que Dieu a tout créé, même le temps ' . Dieu (la divinité abstraite, eonruc à la manière de Tlaton), étant à une trop grande distance du monde pour qu'il pût directement le créer, a d'abord créé le Verbe, comme un être intermédiaire dont il s'est servi pour mettre au jour le reste de la création : « c'est le commencement de ses voies ' . » Entre Dieu et le Verbe la différence est infinie ; entre le Verbe et les créatures, il n'y a qu'une différence de qualité. 5° Que si, malgré cela, le Fils est appelé Dieu, il ne l'est devenu que par grâce, par l'adoption du Père : il est Fils adoptif . C'est par abus (catachrèse) et dans lui sens large qu'il est appelé Dieu. G° Sa volonté étant créée est dès l'origine susceptible de changer; elle est capable du mal comme du bien; elle n'est pas immuable (atreptos); elle n'est impeccable et moralement immuable que par le bon usage du libre arbitre. Sa gloire est reflet de la sainteté de sa vie, qui a été prévue de Dieu ^

OüVRAGIiS A CONSULTER ET KEMARyVES CRITIQUES SUR LE N° 4'J.

Propositions d'Arius : 1° v;v -itoré otô où/. f,v, Alex., Ep., ap. Socr., I, 6 : ■10 il oùx övTtöv Yéyovsv ô ).6vo:, Ar., ap. Äthan., Or. I,n. 3. De là le terme deuxocontien quon trouve déjà dans l'évècpie Alexandre, Theod., 1, 4. 3° Le fils xTtcr[j.a, 7toîr,[ia, !oc. cit. 4" Äthan., Or. 11 contra Ar., n. 24; Ep. ad episc. /Eg. et Lih., cap. xii. Voici comment les ariens lisaient lo passage des Proverbes, vi, 22 : ô xOpio; éxTidé [ae (al. èxTiVaxo, mieux sxtt]- -raTo, d'après l'hébreu et la Vulgate, quelques-uns i-noW^az; Nyssen.. Serm. adv. Ar. et Sab., cap. v; Mai, Nov. Bibl. Pair., I, p. 3). Cf. Äthan., De decr. Nie. syn.. cap. xiii, p. 172: mon ouvrage : Die Lehre von d. gœltl. Dreieinigkeit n. Greg. v. Nazianz., Ratisb., I8Ö0, p. 176. Paroles d"Arius dans Äthan., Or. 1, contra Arian., n. 3. o" Le Fils est Dieu x*P'''' ^^'^°'' V-'-'^°'/?:^i •''•aTaxpr,cTi-/.w:, Alex., Ep., Op. S. Äthan., 1. p. 397, éd. Maur; 6» Ar., ap. Äthan., Or., 1, 3. 33, 42: III, 26: Alex., op. cit.

Dangers de la doctrine d'Arius.

43. Cette doctrine pouvait sourire à une foule de personne.^ qui n'avaient de chrétien que le nom, à des hommes superficiellement instruits et encore tout imbus des idées païennes ; elle offrait une sorte de conciliation entre le christianisme et le paganisme lettré. Mais elle bouleversait de fond en comble toute l'économie du dogme chrétien et contenait la germe d'une infinité d'aberrations. Elle était de plus inconséquente avec elle-

' Hébr., 1, 3. — * Prov., m, 2-2. — ' VhiL, n, 9 et*uiv.

l.liS IIÉRÉSIliS ET I-liS SCHISMKS. 2')

nièinc. Elle avouait que le Christ méritait les honneurs divins ; et pourtant, s'il n'était pas vraiment Dieu, un tel culte n'était (ju'une idolâtrie et un retour au paganisme. Elle mettait entre Dieu et le monde une harrière infranchissable, et elle prétendait Jes rapprocher par un être intermédiaire, qui était lui-même créé. Elle voulait que le Dieu suprême ne put rien créer d'imparlait, et cependant il aurait créé le Fils à l'état d'imperfection. Or, si Dieu peut produire l'imparfait^ il peut aussi produire le inonde; s'il ne le peut pas, il faut que le Fils soit lui-même un être parfait. Si le Fils n'est pas Dieu, s'il n'est pas devenu homme et n'a pas accompli la rédemption de l'humanité déchue, c'est donc une créature sujette au changement, une créature capable de pécher, qui a réconcilié l'homme avec Dieu et qui lui a apporté la sainteté.

Le Verbe, dit-on, était supérieur aux autres créatures, et cependant il n'aurait été lui-même qu'un moyen, un instrument pour les créer, et par cela même inférieur aux créatures. Arius ne faisait guère que raviver le démiurge des gnostiques et la séparation que ceux-ci mettaient entre Dieu et le monde. C'étaitlà une sorte de « christianisme hellénique. » Il confondait la génération proprement dite avec la génération par voie d'analogie, avec la création; il exagérait certains passages de la Bible, celui-ci par exemple : « Le Père est phis grand que moi', » tandis qu'il laissait dans l'ombre quantité d'autres textes. Les martyrs qui ont sacrifié leur vie pour défendre la divinité du ('hrist semblaient atteints de démence; la conscience chrétienne n'était pas satisfaite; on ruinait le mystère de la sainte Trinité, et cependant l'esprit avide de tout comprendre ne trouvait pas ce qu'il cherchait.

.\than., Or. 1-lV contra Arian.; Greg. Naz., Or. Il theol. ?. Or.. .XXVllI, p. 49."j et seq., ed. Maur.

Commencement de la lutte.

44. Arius, qui faisait déjà partie du clergé d'Alexandrie, avait été excommunié pour sa participation au schisme de Mélèce, puis réintégré. D avait même reçu le sacerdoce des mains de

' .Ican, m, 28.

2(i HISTOUŒ DE LEGLISK.

l'évèque Achillas et avait été placé à la tète d'uue Église (Baucalis, vers 313). Doué d'une taille avantageuse et d'une figure avenante, d'un commerce agréable et pourtant sérieux, éloquent et dialecticien habile, mais fourbe et ambitieux, il disposait d'abondantes ressources pour se créer des partisans. Son caractère et ses écrits révèlent une nature légère, efféminée, arlificielle, et nullement un esprit réfléchi, capable d'ouvrir une ère nouvelle au progrès dogmatique et de se rendre un compte exact de toutes les conséquences de sa doctrine. Quand il se mit à la répandre dans Alexandrie et qu'il entra en discussion avec d'autres ecclésiastiques (318), l'évèque de ce lieu, Alexandre, essaya vainement par tous les moyens de le ramener à d'autres sentiments. Arius, attaché à ses convictions erronées, combattit obstinément la doctrine de son évêque sur la génération éternelle du Fils et sa consnbstantialité avec le Père. Tous les efforts étant inutiles et le nombre des partisans d' Arius s'augmentant chaque jour, même parmi les rehgieuses, dans cette cité mobile et amoureuse de nouveautés, Alexandre assembla contre lui, en 320 ou 321, un concile composé d'environ cent évêques. Arius fut déposé de ses fonctions et exclu de la comnmnion ecclésiastique, avec tous ses partisans, parmi lesquels plusieurs diacres de l'Église d'Alexandrie et deux évèques d'Egypte, Secundus de Ptolemais et Théonas de Marmarica.

Arius, persistant dans ses vues, continua de célébrer l'office divin et chercha un appui auprès des évêques de Syrie et de rAsie-]\Iineure, dont un grand nombre avaient été ses condisciples, tel que l'influent Eusèbede Nicomédie, un parent éloigné de Tempereur. Les uns, comme Eusèbe, partageaient entièrement ses idées; les autres, il les corrompit en donnant à sa doctrine un sens mitigé, en disant, par exemple, qu'il n'excluait que la préexistence de la matière, le partage de la nature divine, etc. 11 admettait la divinité du Fils, mais seulement dans une plus large acception; puis son immutabilité, mais en sousentendant qu'elle n'était pas primitive et naturelle, mais produite par le fibre arbitre. '

Expulsé d'Alexandrie, Arius se rendit en Palestine, éérivit à l'évèque de Nicomédie, dénatura la doctrine et les procédés d'Alexandre, puis il alla trouver lui-même l'evêque de Nicomédie. son protecteur. 11 écrivit de là à l'évèque Alexandre une Ictlrr

LES UERESltS El LES SCHISMES. Ht

polie, OÙ il faisait semblant de souhaiter un accommodement. C'est là aussi qu'il composa son grand ouvrage intitulé le Festin (Thalia), partie en prose et partie en vers, outre plusieurs cantiques pour les voyageurs, les bateliers, les meuniers, etc., atin de populariser sa doctrine.

La lutte se propagea bientôt dans toutes les classes du peuple, et l'on entendit les païens eux-mêmes, du haut de la tribune, se féliciter de la désunion des chrétiens. Fort du concours que lui prêtaient plusieurs évêques imbus de ses erreurs, Arius retourna à Alexandrie, pendant que Constantin et Licinius étaient aux prises sur le champ de bataille (322-323), sans crainte de l'évêque Alexandre. Celui-ci adressa à tous les evêques catholiques plu.sieurs lettres circulaires pour les mettre on garde contre les intrigues d' Arius et dévoiler ses erreurs, dont il montrait l'affinité avec les doctrines d'Artémon, de Paul de Samosate et de Lucien ; il invoquait l'évangile de saint Jean ' et autres textes de l'Écriture, la tradition de l'Église, et expliquait plusieurs passages dénaturés par Arius. Il repoussait comme une trahison de la vérité tous les essais de conciliation tentés par les évêques dévoués à Arius, notamment par l'historien Eusèbe de Césarée,

OUVRAGES A CÜNSLLTER SLR LE .N" 44.

Socr., I, o el s.; Soz., I, t j et seq., Theod., 1, 2, 4-6; Eus., Vita CousL, II, fit et seq.; Philost., I, 3; Eus., Ca^s. ep. ad Alex., in act. Conc. Vil (Hard., IV, 407); Epiph., Haer. lxix, u. 34; Gelas., Hist. conc. Nie, II, 3. La parenté d"Eusèbe de Nicomédie avec l'empereur est attestée par Ani. Marcellin, xx, 9. Les à-rfiata va-jTixà, È7ttjxj)ia, ôooTrootxâ sont mentionnés dans Philost., H, I.

Lettres de Constantin.

io. Vainqueur de Licinius et devenu maître de l'Orient , Constantin se rendit à Nicomédie et apprit de l'évêque Eusèbe les discussions qui agitaient l'Egypte. Conformément à son idée favorite, qui était de réunir tous ses sujets dans une seule religion, il se crut naturellement appelé au rôle de médiateur. La ville de Cordoue en Espagne possédait alors, en la personne d'Osius, un évêquc fort estimé de Constantin. En 324, le prince l'envoya à Alexandrie porter des lettres à Alexandre et à Arius.

' JriMi. I, 1 et suiv.

:28 HlSTOmii UE LÉGLISJ:.

Ces lettres lui avaient sans doute été inspirées par l'évèque Eusèbe, car elles sont tout imprégnées de son esprit.

Cette querelle, disait-il, n'est qu'une dispute de mots vaine et inutile; Arius n'aurait pas dû la soulever et Alexandre aurait dû la laisser passer inaperçue ; maintenant il ne reste plus qu'à s'embrasser comme des frères, sans prétendre imposer aux autres ses convictions. L'empereur ne se doutait point de l'importance dogmatique de la question en litige ; l'essentiel pour lui était de conserver la tranquillité extérieure. Les amis d' Arius le dominaient par leur influence, en même temps qu'ils faisaient agir sur lui la princesse Constantia.

Osius, à Alexandrie, montra la difierence qui sépare la doctrine de l'Église de la doctrine de Sabellius en ce qui concerne la Trinité, et prouva qu'elles n'étaient point identiques, comme l'affirmaient les ariens.

Constantin s'avisa alors d'un autre moyen, soit pour apaiser le débat, soit pour faire cesser les divergences qui existaient dans la célébration de la fête de Pâques. II convoqua à Nicée, en i3ithynie, une réunion de tous les évêques de son empire ' . Ce concile, le premier œcuménique, s'assembla dans l'été de l'an 325. Trois cent dix-huit évoques, la plupart orientaux, y assistèrent. L'empereur avait mis à la disposition des évêques les voitures publiques et les bêtes de somme, et avait libéralement pourvu à leur entretien pour toute la durée des délibérations, afin que les plus pauvres d'entre eux pussent y participer. L'usage s'établit depuis lors de faciliter de toute manière, par des faveurs impériales, la tenue de ces sortes d'assemblées. Ouvrages a consulter et remarques critiques sur le n" 43.

Eus., V, C, II, 64 et seq.; 111, 6, 9; Social., I, 7 et s.; 11, 1 ; Héfelé, (^onc, I, p. 247 et s. (ibid., p. 249-253; sur les Actes de Nicée, p. 28:i et s., sur les collections de signatures). Selon Rufin, X (I), 1, Constantin convoqua ce concile « ex sacerdotum sententia; >> d'après le sixième concile œcuménique, act. 18 (Hard., ill, 1418) et le Liber pontif., il fut convoqué par Constantin et le pape Sylvestre : ce ren-

^ Coustaulin, en convoquant ce second concile, n'entend pas qu'il donne atteinte à celui de Rome, ni aux décisions prises par le pape en faveur de Cécilien; il dit au contraire, dans sa lettre au vicaire d'Afrique, que l'affaire a été terminée à Rome : « Cum res fuisset apud urbem Romara ab idoneis et probatissimis viris lerminata. » (Ep. Const. Alephio.

(Note du trad.J

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