A(\ HISTOIRE DR ]/ÉGI.ISI
Concile d'Antioche.
55. Les évêqiies (plus de quatre-vingt-dix) réunis à Antioche en 341 pour la consécration de !a magnifique église commencée par Constantin, étaient eu majorité orthodoxes; de là vient que leurs vingt-cinq canons disciplinaires furent plus tard annexés aux règles du droit, d'autant plus que le premier renouvelait le décret du « saint et grand concile de Nicée. » Cependant ils étaient dominés et circonvenus par une minorité arienne audacieuse, qui travaillait surtout à faire confirmer la déposition d'Athanase et à remplacer le symbole de Nicée par une formule moins précieuse. Les canons iv et xu visaient principalement saint Athanase : « Si un évêque déposé par un concile osait importuner les oreilles de l'empereur, au lieu de se pourvoir devant un plus grand concile, il serait indigne de pardon; on n'écouterait point sa défense et il n'aurait aucun espoir d'être rétabli'. » Il fut statué en outre ^ que, lorsqu'il y aurait partage d'opinions sur un évêque accusé, le métropolitain appellerait d'autres évêques au concile ; mais que si la condamnation était unanime, on n'irait à aucun autre tribunal. Parmi les formules dont il fut donné lecture, la première niait que ses auteurs fussent ariens, puisqu'on leur qualité d'évèques ils ne suivaient aucun prêtre; elle disait du Fils unique de Dieu qu'il est avant tous les temps avec son Père qui l'a engendré, que tout a été fait par lui, qu'il est roi et Dieu de toute éternité. Le mot (i consubstantiel » était passé sous silence .
Un second symbole, attribué au martyr Lucien, exprimait le contraire de la doctrine de Sabellius : « Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, est Dieu de Dieu, parfait du parfait, » et il condamnait cette opinion arienne que le Fils a été créé comme toute créature, qu'il fut un temps où il n'était pas engendré. Dans une troisième et quatrième formule, on remarquait une tendance à se rattacher aussi étroitement que possible à la formule de x\icée, sans cependant admettre la consubstantialité du Fils avec le Père. Ces formules ne contenaient rien d'hérétique, mais elles n'exprimaient pas toute la doctrine catholique.
' D'après le 29» des canons aposl. — * Gan. xiv et xv.
LES HKBKSIES FT LES SCHISMES. , i/
Formula Antioch., I, dans Alhan., De syn., cap. xxii; Socr., II, 10; Ant., II, dans Äthan., loc. cit., cap. xxiii; Socr., loc. cit.; Hilar., De syn., cap. xxviii, xxxii; Soz., III, o, attribuée par quelques-uns à Lucien (I, 179, voy. Schelstr., ad Conc. Antioch., p. 112 et seq.; Mœhler, II, I». 57), déjà très-suspect de son temps (Ep. Alex., ap. Theod., I, 4), et qui le devint encore davantage plus tard, grâce à ses disciples (Philost., II, 14); Ant., III; Äthan., loc. cit.; Ant., W ; .'Vthan., loc. cit., cap. sxv ; Socr., II, 18. — Héfelé, p. 483, 493, îiOl-.ïlO.
Désordres à Byzance. — Conciles de Sardique et de Philippopolis.
56. Eusèbe de Constantinople mourut bientôt après le concile d'Antioche (342). Le peuple catholique réinstalla Paul dans l'église, tandis que le parti arien, sous la conduite de Théodore d'Héraclée et de Théognis de Nicée, choisissait Macédonius. Une insurrection s'ensuivit et le sang coula dans la capitale, surtout après que Constance eut ordonné l'expulsion de Paul. La population mutinée tua Hermogène, maître de la milice, qui voulait exécuter cet ordre par la violence. L'empereur lui-même arriva à Constantinople, fit de nouveau expulser Paul, sans toutefois confirmer l'élection de Macédonius ; il lui permit seulement de tenir ses assemblées dans l'église où il avait été ordonné. Les eusébiens, toujours en mouvement, essayèrent alors de gagner Constant, empereur d'Occident. Constant renvoya leurs délégués et manda près de lui à Milan, dans l'été de 343, Athanase, qui séjournait à Rome depuis plus de trois ans. .
Le pape Jules, Osius de Cordoue et d'autres évêques avaient fait des instances auprès de Constant pour qu'il réunît un grand concile, afin de mettre un terme aux dissentiments. Constant écrivit à son frère et obtint son adhésion pour la convocation d'un grand concile qui se tiendrait à Sardique, dans l'Illyrie méridionale, aux confins des deux empires. Il se réunit à la fin de l'année 343 et dura jusqu'au printemps de l'année suivante.
Ce concile avait un triple but : 1° décider les controverse.^ touchant la déposition de plusieurs évêques; 2° s'enquérir de^ sévices exercés sur un grand nombre de prêtres ; 3° écarter les opinions contraires à la vraie doctrine et dissiper la confusion produite dans les esprits par les quatre formules.
Socr.. H. 12 et seq.. 16; Soz., IIÎ, 6 et seq.; Theophan., Chronogr.,
(S HISTOIRE DK I/KGLISF,.
]). 64, ed. Bonn.; Äthan., De syn., cap. xxv ; Apol. ad Const., iHp. i\ . — Temps du concile de Sardique, Héfelé, I, 513-517.
57. Les dispositions haineuses des eusébiens, qui n'étaient à Sardique qu'en petit nombre (environ quatre-vingts) et malgré eux, la défiance qu'ils nourrissaient contre les Occidentaux (au nombre de plus de quatre-vingt-dix), les relations intimes qu'ils entretenaient avec les délégués de l'empereur, Musonien et Ilésychius, l'extrême surexcitation des esprits, toutes ces causes rendaient fort difficile le rétablissement de la concorde-, il était môme à craindre que la division ne fît que s'accroître.
Les Orientaux, qui avaient déjà eu, chemin faisant, des conférences entre eux à Philippopolis, arrivèrent après les Occidentaux. Ils prétendirent qu'Athanase, Marcelle et les autres évèques déposés dans des conciles orientaux ne devaient pas siéger parmi les juges et les membres proprement dits du concile, tout en revendiquant pour eux-mêmes ce droit comme chose naturelle. Cette prétention fut repoussée, et comme l'union ne fut pas réalisée, les eusébiens, auxquels se rattachèrent Valens de Mursa et Ursace de Singidunum, quittèrent Sardique sous de futiles prétextes et se retirèrent à Philippopolis, où ils tinrent des assemblées particulières, en usurpant le nom du concile de Sardique. Ils y dressèrent un quatrième symbole, correspondant au quatrième d'Antioche, traitèrent Athanase et Marcelle, ainsi que les évêques Paul de Constant! nople, Asclépas de Gaza, Lucius d'Andrianople, comme des criminels convaincus, annoncèrent au pape Jules et à Osius qu'ils rompaient la communion avec eux, parce qu'ils avaient reconnu Athanase et les siens, déclarèrent aux Occidentaux, à qui ils contestaient le droit de juger les Orientaux, qu'ils n'étaient pas suffisamment renseignés et qu'on les avait complètement induits en erreur. Après avoir rédigé une circulaire hautaine et mensongère, qui fut aussi envoyée à Donat de Carlhage et qui fournit aux donatistes l'occasion d'en appeler au concile de Sardique, ils se retirèrent en Orient pour y opprimer de nouveau les évêques catholiques.
Cependant, le vrai concile de Sardique, après une enquête minutieuse, avait de nouveau reconnu l'inanité des plaintes portées contre Athanase, Marcelle et Asclépas, ordoiuié qu'ils
LES HERESIES El LES SCHISMES. 49
seraient solennellement réintégrés et les évêques ariens mis à leur place déposés ; il avait excommunié les principaux fauteurs de ces désordres et édicté une foule de lois disciplinaires, dont plusieurs étaient dirigées contre les menées et les abus des prélats hérétiques. Un autre canon du concile porte que « lorsqu'un évêque aura été déposé par le concile de lu province de Rome, » il pourra en appeler à l'évêque de cette ville.
La proposition de dresser une exposition plus détaillée de la foi fut écartée avec une prudente modération ; le décret de Nicée parut suffisant : on ne voulait pas fournir aux adversaires (qu'on appelait aussi ariomanites) le prétexte de changer si souvent de formules. On fixa aussi la fête de Pâques pour les cinquante années suivantes, et on rédigea une longue lettre synodale qui traitait de la fuite des eusébiens et des travaux de l'assemblée , et invitait tous les évêques catholiques à recevoir et à signer les décrets. Ce concile, qui fut encore souscrit par de nombreux évoques et considéré comme un complément de celui de Nicée, obtint un grand crédit dans l'Église, bien qu'on ne puisse le ranger parmi les conciles œcuméniques.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Parmi les canons de ce concile, trois regardent les pi'érogatives du Saint-Siège. Le troisième est ainsi conçu : « Si un évêque, ayant perdu sa cause, se tient si assuré de son bon droit qu'il demande un nouveau jugement, honorons la mémoire de l'apôtre saint Pierre; que ceux qui ont examiné la cause écrivent à Jules, évêque de Rome, et si ce pontife juge à propos de renouveler le jugement, il le fera et donnera des juges. Si, au contraire, il approuve ce qui a été fait, on s'en tiendra à ce qu'il aura ordonné *. »
Le quatrième déclare : que lorsque quelqu'un aura été déposé par le jugement des évêques voisins de sa province, s'il vient à faire signifier qu'il veut poursuivre sa cause dans la ville de Rome, après cette appellation on n'ordonnera point d'évèque à sa place, à moins que la sen-
* Osius episcopus dixit : Quod si aliquis episcopus judicatus fuerit iu aliqua causa, et pulat se bonam causam habere, ut herum concihum renovetur, si vobis placet, S. Pétri aposloli memoriam honoreiuus, ut scribalur ab bis qui causam examinaruul, Juho romano episcopo. Et si judicaverit renovandum esse Judicium , renovetur et det judices. Si autem probaverit talem causam esse, ut non refricentur ea quse acta sunt, quse decreverit confirmata eruut. (Syn. Sard., eau m.)
.'»0 HISTOIRE DE LÉGLISE.
lence iif soit ronfirm^p d la causp finie dans le jugement de l'évèquc de Rome '.
Le septième porte : que si un évèquc a été accusé, jugé et déposé par les évêques de sa province, et qu'il se soit adressé par appel au pontife romain, si celui-ci trouve qu'il soit juste de recommencer le jugement, il aura la bonté d'écrire aux évèqne^; de la province voisine qu'ils aient à examiner exactement l'affaire et à la décider selon la connaissance qu'ils auront de la vérité. Si l'appelant supplie le pape d'envoyer un prêtre d'auprès de sa personne, il pourra le faire, et il lui sera libre de députer des commissaires romains revêtus de son pouvoir, pour juger sur les lieux avec les évêques. Que s'il croit que les évêques suffisent pour terminer l'affaire, il fera ce que sa sagesse lui suggérera ^.
OUVRAGES A CONSULTER ET REMARQUES CRITFQrES SLR LE N° 57.
Nombre des évêques à Sardique, Äthan., Hist. Ar., cap. xx; Héfelé. p. 519-523. — Pi'ésidence d'Osius, P. de Marca, De concord. sacerd. et imp., V, 4; Natal. Alex., saec. IV, diss. xxvii, a. 2. — Délibérations du concile, Héfelé, I, p. 523 et suiv,; 537 et suiv. — Sur l'appellation à Rome, cap. iii-v; Natal. Alex., loc. cit., cap. m, a. 4, § 11, diss. xxviii. prop. 1, t. VIII, p. 49 et seq.; Allât. (I, 39), lib. I, cap. xni, n. 1 et seq.: cap. xvin, n. 4; cap. xix, n. 1 et seq., p. 199, 272 et seq.; Phillips, K.-R., V, § 216, p. 262 et s. — Sur la préteudue formule dogmatique du concile, Äthan., Tom. ad Antioch., § 5, p. 616 et s. — Encjchque du concile, Äthan., Apol. contra Ar., cap. xliv-l; Hilar., Fragm., t. II, p. 1283 et seq. — Lettre aux Alexandrins, Äthan., loc. cit., cap. xlixLui, 37-40. — Lettre au pape Jules, en latin, Hilar., loc. cit., p. 1297,
^ Gaudentius episcopus dixit : Addendum, si placet, huic sententiae, quam plenam sanctitate protulisti, ut cum aliquis depositus fuerit eorum episcoporum judicio qui in vicinis locis commorantur, et proclamaverit agendum sibi negotium in urbe Roma, alter episcopus in ejus cathedra post appellationem ejus, qui videtur esse deposilus, omnino non ordinetur. nisi causa fuerit in judicio episcopi romani determinata. [Ibid., can iv.
* Osius episcopus dixit : Placuit autera ut si quis episcopus accusatus l'uerit, et judicaverint congregati episcopi regionis ipsius, et de gradu suo eum dejecerint, si appellaverit qui dejeclus est, et confugerit ad episcopum romanse Ecclesise, si justum putaverit ut renovetur examen, scribere his episcopis dignetur, qui in finitima et propinqua provincia sunt, ut ipsi diligenter omnia requiraut, et juxta fidem veritatis definiant.
Quod si is qui rogat causam suam iterum audiri, deprecatione sua moveril episcopum romanum ut e latere suo presbyterum mittat, erit in potestate episcopi quid velit et sestimet. Et si decreverit mittendos esse qui présentes cum episcopi judicent, liabentes ejus auctoritatem a quo destinati sunt, rite in arbitrio. Si vero crediderit episcopos sufficere ut negotio terminum imponant, faciet quod sapientissimo concilio judiruveril. [Ibid.. can vu.;
et CoUecl. Crescou., Mansi, III, 40 et seq. Le texte de ce dernier écrit, souvent attaqué avec justice (Coustant, p. 39ö) : « Hoc enim optimum et valde congrueutissimum videbitur, si ad caput, id est ad Pétri sedem, de singulis quibusque provinciis Domini référant sacerdotes, » a des analogues dans une foule de documents ecclésiastiques, par exemple : Conc. Arel., Ep. ad Sylv. P. (Coustant, p. 343 et seq.); Conc. Eph. ad Cœlestin. P. (Cœl., Ep. xx, n. \, ibid., p. H6ö : èTtsiSf, ix9^'^ âiravTa eI« yvwfftv TY); crrj; ôcriÔTriTOç àvevsyôïivat Ta TrapaxoXoyôi^davTa], CvrilL, Epist. ad t^œlest. (ibid., Ep. viii, p. lOSoj.
Les relations au pape sont souvent mentionnée» : Damas., Ep. m, p. 481, 488 ; Siric, Ep. i, c. i, p. 624; Innoc. I, Ep. xxix, n. 1 ; Ep. x\x, u. 2, p. 888, 896; Ep. xxxvir, n. I, p. 910 : « Ad nos quasi ad caput atque ad apicem episcopatus referre. » De même dans Avitus Vienn., Ep. XXXVI. — Controverse sur le caractère du concile, Héfelé, I, p. 30, 396 et suiv.
Nouvelles dissensions jusqu'à la mort de Constance. — La situation des catholiques s'améliore.
58. Nous allons constater, à la suite de ces événements, les premiers symptômes de la séparation entre l'Orient et l'Occident, des Grecs et des Latins. Sans doute il y eut encore, même en Orient, un assez grand nombre d'évêques catholiques, tels qu'Astérius d'Arabie et Macaire (A. Arius) de Palestine, qui à Sardique se réunirent aux Occidentaux ; mais ils furent exilés par la cour, de même que les évêques d'Egypte, de Palestine et de Chypre qui se rallièrent à ce concile. Quant à la majorité, elle subissait le joug des eusébieiis et de la cour, dominée par leur influence; peu se sentaient assez de vigueur pour oser réagir contre l'hérésie, dont les sectateurs excitèrent en Orient une sérieuse persécution contre les partisans de Nicée. Les bonnes dispositions de Constance envers les catholiques ne lurent que passagères.
La députation du concile de Sardique, composée des évêques Vincent de Capuue et Euphrates de Cologne, tous deux avancés en âge, rencontra l'empereur à Antioche. Elle était chargée de demander le rappel des évêques exilés et de faire défendre aux fonctionnaires de l'État d'intervenir par la force dans les affaires religieuses. Constant leur avait adjoint un officier militaire et leur avait remis pour son frère une lettre de recommandation très-énergique et même menaçante. Etienne, évêque arien d'Antioche, ourdit contre les deux prélats latins une trame in-
fernale; elle fut découverte, son auteur destitué et leaiplace par un antre arien, Léontins. Constance, ébranlé par la honte que la découverte des intrigues ariennes et les menées du parti de la cour protecteur de l'hérésie faisaient rejaillir sur lui, inquiet de la fermentation qui régnait à Alexandrie et qui entraîna la mort de Grégoire, intrus de cette ville (26 juin 345), ému de l'attitude de son frère, très-favorable à Athanase, Constance rappela plusieurs prêtres de l'exil, défendit qu'Athanase fût désormais exilé et son siège occupé par un autre. Désireux de le voir, il alla jusqu'à lui écrire trois lettres obligeantes pour l'inviter à la cour et le rétablir ensuite sur son siège.
Athanase avait d'abord résidé à Naissus, dans la Dacie; à Pâques de 345, il se rendit à Aquilèe, où l'avait mandé Constance. Après avoir visité de nouveau ce princedans les Gaules, il partit pour Rome et alla prendre congé du pape Jules, qui lui remit une magnifique lettre de félicitations pour les Alexandrins. 11 se rencontra ensuite à Antioche avec Constance, qui, sans le mettre en présence de ses accusateurs, ainsi que le désirait Athanase , lui donna des lettres pour les fonctionnaires d'Egypte, afln qu'il put rentrer sain et sauf, et fit supprimer les plaintes dirigées contre lui. A Antioche, Athanase fut obligé de faire les fonctions du culte dans une maison privée avec les eustathiens, car les ariens occupaient toutes les églises. Lorsque l'empereur lui exprima le désir qu'il cédât au moins une église aux ariens dans Alexandrie, Athanase se déclara prêt à le faire, si les ariens s'obligeaient à la même concession pour les catholiques d'Antioche. Les ariens s'y refusèrent. Le grand évêque, poursuivant sa route, visita Jérusalem. Le concile de cette ville, réuni en ce moment sous la direction de l'évêquo Maxime, félicita les Alexandrins du retour de leur pasteur.
Le 21 octobre 346, après un exil de six ans, le glorieux martyr reparaissait au milieu de son troupeau, accueilli par des acclamations de joie. Il s'eiforça, par la douceur et les ménagements, de ramener les esprits qui lui étaient aliénés, et assembla un concile pour confirmer et publier les décrets de Sardique. Paul de Constautinople, Asclépas et Marcel remontèrent sur leurs sièges. Les deux évêques ariens Ursace et Valens, qui paraissaient entrés dans une voie nouvelle, rétrac-
tèrent les plaintes qu'ils avaient envoyées à Rome contre Athanase. présentèrent au pape une lettre de désaveu et cherchèrent à rentrer dans la communion de l'évèque qu'ils avaient si longtemps combattu. Un revirement heureux semblait s'accomplir en faveur des catholiques.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Voici la rétractation d'Ursace et de Valens :
« Au seigneur le bienheureux pape Jules, Valens et Ursace, salut. Étant notoire que nous avons répandu par nos écrits plusieurs choses contre Thonneur de l'évèque Athanase, et n'ayant pas rendu raison à Votre Sainteté touchant les lettres qu'elle nous en a écrites, nous déclarons devant Votre Sainteté, en présence de tous les prêtres nos frères, que tous les rapports qu'on nous a faits autrefois contre la réputation de cet évêque sont faux et ne doivent avoir aucune force, et qu'ainsi nous embrassons de tout notre cœur la communion du même Athanase, principalement parce que Votre Sainteté a bien voulu par sa bonté nous pardonner notre faute. Nous protestons aussi que si les orientaux ou même Athanase voulaient malicieusement nous faire entrer dans des diiféx'ends qui sei'aient entre eux, nous n'y prendrions aucune part sans votre aveu. Nous déclarons pareillement par cet écrit signé de notre main, comme nous l'avons fait dans le précédent que nous avons présenté à Milan, que nous anathématisons et que nous avons toujours anathématisé et condamné irrévocablement l'hérétique Arius, son hérésie, ses auteurs et ses sectateurs, qui disent qu'il y eut un temps où le Fils n'était pas, qu'il est tiré du néant et qu'il n'a pas été avant les siècles. Ecrit et signé par Valens et signé par Ursace. » In urbe Roma holograplia manu Valens prescripsit et Ursacius subscripsit. Domino beatissimo papse Julio Valens et Ursacius S. Quoniara constat nos antehac multa srravia de nomine Athanasii episcopi litteris nostris insinuasse, atque litteris Sanctitatis Tuae conventos, ejus rei, de qua significavimus, non prsestitisse ralionem : profitemur ante Sanctitatem Tuam, cunctis prœsentibus presbyteris fratribus nostris, omnia qiiaî antehac ad aures nostras pervenerunt de nomine prcedicti, falsa nobis esse insinuata, atque omnibus viribus carere; atque ideo nos libentissime amplecti communionem pi'œdicli Athanasii ; maxime cura Sanctitas Tua, pro iusita sibi bencvolentia, errori nostro veniam fuerit dare dignata. Profitemur etiara quod si aliquando nos Orientales voluerint, vel idem Athanasius , malo animo ad causam vocare, citra conscientiam tuam non adfutui'os. Hœreticum vero Arium, sed et satellites ejus, qui dicnnt : Erat tempus quando non erat Filius; et qui diornat ex nihilo Filium, et qui negant Dei Filium ante saecula fuisse : -i'-nt per priorem libellum nostrum, quem apud Mediolanum porrexi-
')4 HISTOIRE i>E l'Église.
mu?, el uuuc, et seujper auatliemalizasse, liac inauu uustra, qua scripsimus, prolitenmr : el ilerum dicimus heeresim arianam, ut superius diximus, et ejus auctores in perpetuum damnasse. Et manu Ursacii : Ego Ursacius episcopus huic profession! nostrae subscripsi. 'S. Hilar.. in Fragm.)
Äthan., Hist. Ar., cap. xviii-xxv, xxviii; Apol. contra Ar., cap. l-liv. T-vii-LX ; Apol. ad Const., cap. m et seq., 31 ; Theod., 11,9 et seq.; Socr., Il, 22 et seq., 28; Soz., III, 20 et seq.; IV, i ; Lucifer pro Äthan.. I, 3o. Qu'Euphrate ait été déposé en 436 dans un concile de Cologne, ce point, ainsi que l'authenticité des actes du concile, est contesté par Hartzheim, Binterim, Rettberg, Héfelé, et soutenu par Victor de Buck, S. J., Acta sanct., 23 oct., et par Friedrich, K.-G. Deutsch)., I, p. 271 et suiv., 277 et suiv., 295-300; Julii Ep. ad Alex., Coustant, p. 399: Mansi, II, 1233; Jaffé, n. 34, p. 14. Retour d'Athanase, Äthan., Hist. Ar., cap. xxv; Naz., Or. xxi, n. lo et s., p. 394 et s.; Théod., II, 12. Rétractation d'Ursace et de Valens, Äthan., Apol. contra Ar., c. lviii- Lx; Hilar., Fragm., t. 11, p. 1297; Socr., II, 23; Soz., IH, 23 et seq.: Sulpic. Sev.. II. 36, p. 90.
Longue formule d'Ântioche. — Première formule de Sirmium.
59. Cependant les ariens ne restaient pas oisifs. Ils avaient rédigé, dans leur concile d'Antioche de 344, une « longue formule » (macrosticos) où ils se déclaraient contre les sabelliens. contre Marcel d'Ancyre et son disciple Photin, rejetaient diverses propositions d'Arius, et Reconnaissaient que le Fils est en tout semblable au Père. Les évêques Eudoce de Germanicia, Macédonius, Martyrius et Démophile furent chargés de la remettre à un concile d'Occident réuni à Milan en 315. Ce concile ne l'accepta point, mais il se prononça contre Photin ; la même chose eut lieu en 347, où l'on approuva, conformément à la décision de Rome, les demandes autrefois repoussées d'Ursace et de Valens. Les chances des hérétiques s'accrurent encore lorsque l'empereur Constant, ce zélé protecteur de la foi catholique, fut tué par l'usurpateur Magnence, qui chercha à se créer des partisans en Egypte. Quant à Athanase, que Constance assurait encore de sa bienveillance, oubliant les injures qu'il avait reçues, il affermissait le peuple dans sa fidélité envers l'empereur legitime. Cela n'empêcha pas les ariens de forger contre lui de nouvelles accusations.
Après la victoire de Constance sur l'usurpateur Magnence
J.ES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. afi
(sept. 371), Valens de Mursa gagna les bonnes grâces de l'emperenr, et, conseillé par Léonce d'Antioche, rétracta, ainsi qu'Ursace, l'aveu repentant qui lui avait été, disait-il, arraché par la sœur de Constant. Tous deux s'allièrent avec Théodore d'Héraclée, Narcisse de Néronias, Basile d'Ancyre, Eudoxe et autres adversaires du concile de Nicée. Un concile tenu à Sirmium en 351 renouvela la condamnation de Photin et établit un symbole conçu en termes très-généraux (le P d'Antioche), avec vingt-sept anathématismes. Le but de ce concile était, en usant de tous les ménagements possibles, d'écarter la doctrine de Nicée, surtout la consubstantialité du Fils, de condamner l'arianisrae outré, de déclarer expressément que le Fils tient son origine du Père, de suivre en un mot une direction mitoyenne, conformément aux désirs de l'empereur, ennemi des extrêmes. La plupart des points étaient orthodoxes, mais la doctrine catholique n'y trouvait poiot son compte, et la formule fut nettement rejetée par Athanase.
"ExOeffi; |xaxp6<rcixoç, Socr., 11, 19, 20; Soz,, lu, il ; Äthan., De syn., rap. xxvij Hilar., Fragm., V, n. 4, p. 1331. — Conciles de Milan, Héfelé, I, p. 614 et suiv. — Lettre de l'empereur à Athanase, Äthan., Apol. ad Coust., cap. xxiii; Hist. Ar., cap. xxiv; Valens et Ursace, Äthan., loc. cit., cap. xxviii et seq.; Sulp. Sev., II, 38. — Concile de Sirmium, 331, Äthan., De syn., cap. xxvii ; Hilar., De syn., p. 1174 et seq.; Héfelé, I, p. 618-623. D'après Pétau, ce concile fut le pi'emier de Sirmium; selon Zaccaria (Diss. de reb. ad Hist. eccl. pertin., Fulg-in.. 1871. t. II, diss. vni), et Héfelé, p. 617 et suiv., le second.
Nouvelle condamnationi d' Athanase. — Conciles d'Arles et de Milan.
60. Constance se livra tout entier aux évèques de cour plus ou moins entachés d'arianisme et qui le reconnaissaient pour maitre absolu dans les choses de la religion ; les catholiques, qui représentaient l'indépendance de l'Église, se virent souvent contraints de résister à ses ordres tyranniques. Les hérétiques poursuivirent sur un plan beaucoup plus vaste la réalisation de leurs criminels desseins ; non-seulement ils inventèrent de nouvelles accusations contre leurs adversaires , mais ils fabri- (juerent différents écrits qu'ils firent circuler sous le nom des atholiques.
A Rome, où Constance se rendit au printemps de l'année 332, Libère (-22 mai) venait de succéder au pape Jules (mort le 12 avril). Ce fat à ce pape, qui (dans les quatre premières années de son pontificat) s'était déclaré avec tant de chaleur et de précision pour la cause d'x\tlianase, qui évitait toute communion avec les adversaires du concile de Nicée, au point qu'il renvoya à l'impératrice même les aumônes destinées aux pauvres de Rome, et lui dit de s'adresser à ses évêques ariens; ce fut à ce pape qu'on osa imputer un écrit où il refusait la communion à Athanase, parce que celui-ci n'avait pas voulu lui rendre compte de sa conduite, tandis qu'il l'accordait aux ensébiens : toutes choses qui n'ont rien de commun avec ses sentiments.
Athanase essaya vainement, par plusieurs évêques d'Egypte qu'il délégua à l'empereur, de réfuter les accusations accumulées contre lui. Après le suicide de Magnence (août 333), Constance, qui se faisait maintenant appeler « empereur éternel, » recevait ce titre des mêmes évêques de cour qui le refusaient au Fils de Dieu, Constance était tout disposé à perdre Athanase. On accusait celui-ci d'avoir fomenté la haine et la désunion entre Constance et son frère défunt, d'avoir favorite l'usurpateur Magnence et de lui avoir écrit en termes respectueux, d'avoir célébré l'office divin dans une église non encore consacrée, d'avoir, dans l'exercice de son pouvoir ecclésiastique, dépassé les limites de sa juridiction, de ne s'être pas rendu à un appel de l'empereur.
Sur le désir du pape Libère, qui n'ajouta aucune foi à ces accusations, et aussi sur les instances d'Ursace et de Valens, nn concile fut convoqué, non pas à Aquilée, comme l'avait proposé Libère, mais à Arles, où se trouvait alors l'empereur. Les évêques qui s'y réunirent furent tellement intimidés par les menaces et les violences de l'empereur, qu'ils finirent par souscrire à la condamnation d'Athanase, sans excepter même Vincent, légat du pkpe et évêque de Capoue. Paulin, évêque de Trêves, résista seul et fut exilé en Phrygie. Plusieurs s'excusèrent en disant que condamner un homme, ce n'était pas répudier la vraie foi ; mais Lucifer, évêque de Cagliari, prouva que persécuter Athanase, c'était persécuter la foi orthodoxe. Le pape Libère, à la fois révolté et affligé, désapprouva la conduite
de son légat et en écrivit à tous les évoques. Il chargea les évêques Lucifer et Eusèbe de Verceil, de concert avec d'autres prêtres délégués par lui, d'obtenir de l'empereur la convocation d'une nouvelle assemblée. La cour y consentit, parce qu'elle voulait assurer au parti arien la prédominance en Occident.
Sulp. Sev., loc. cit., p. 91 ; Reinkens, Hilar. v. Poit., Schaffh., 1864, p. 86 et suiv. — Sur les lettres falsifiées par les ariens, Äthan., Apol. ad Const., cap. vi, xi, xix. — Attitude de Libère dans la première période, Äthan., Hist. Ar., cap. xxxv et seq.; Theod., Il, 16. Titre : alûvio; ^oLGù.zd;, Äthan., De syn., cap. m. — (Concile d'Arles, Äthan., Apol. ad Const., cap. xxvii; Sulp. Sev., II, 39; Héfelé, p. 629-631.
Concile de Milan.
61. Le concile se réunit à Milan en 335, en présence de l'empereur despote. Plus de 300 évèques d'Occident y parurent; les Orientaux y vinrent en petit nombre. Dès les premières délibérations qui eurent lieu dans une église, Eusèbe de Verceil proposa de souscrire la définition de Nicée, et Denis, évèque de Milan, se mit le premier en devoir de le faire; mais Valens lui arracha la feuille en s'écriant qu'on n'aboutirait à rien par cette voie. Le bruit du danger que courait la foi catholique produisit dans Milan une grande agitation ; les ariens , redoutant la foule, passèrent de l'église au palais impérial, où Constance assista d'abord aux sessions caché derrière un rideau.
Les ariens voulaient que tous les évêques condamnassent Athanase et entrassent en communion avec eux. Les évêques répondirent que cette proposition était contraire à la loi de l'Église. La loi de l'Église, dit l'empereur, c'est ma volonté; les évêques de Syrie approuvent mon langage ; obéissez, sinon vous serez mis à mort ou exilés. Il ne servit de rien aux évoques de le menacer du jugement de Dieu, de lui représenter qu'il confondait les choses spirituelles et les choses temporelles, qu'il ne devait pas introduire l'hérésie d'Ariusdans l'Église. Lucifer de Cagliari fut exilé à Germanicia en Syrie, Eusèbe de Verceil à Scythopolis en Palestine, Denis de Milan en Cappadoce, et remplacé par Auxence, arien de Cappadoce, lequel ne savait pas même le latin ; Hilaire, diacre de Rome, fut fouetté sur le dos et également exilé. Cependant la plupart des évêques, entre antres.
58 HISTOIRE DE LÉGLISE.
Fortuuatieii, évèque d'Aquilée, et Saturnin d'Arles, chef du parti arien dans les Gaules, souscrivirent à la condamnation de saint Athanase. L'empereur vit dans les avantages qu'il venait d'obtenir une victoire éclatante, dont il fallait tirer le meilleur parti. L'empire fut parcouru par une multitude d'espions et d'agents, les évêques maudits à la cour impériale et réduits à céder sous le poids des menaces. Ceux qui s'obstinaient étaient envoyés en exil. Il fut interdit aux fonctionnaires de l'État de communiquer avec Athanase ; les revenus de l'évêque d'Alexandrie furent assignés aux ariens, et on exigea que l'archevêque s'éloignât de la ville, car on redoutait l'attachement que lui montrait encore la population.
Concile de Milan, 353, Socr., Il, 36; Soz., IV, 9; Äthan., Hist. Ar., cap. xxxi-xxxiv, Lxxvi; Hilar., lib. I ad Const., p. l'222 et seq.; Sulp. Sev., loc. cit., p. 92 et seq.; Lucifer Calar., De non conveniendo cum haerelicis — moriendum esse pro Filio Dei (Bibl. Patr. max.. Lugd., IV. 222 et seq.); Héfelé, p. 631-636.
Exil de Libère, d'Osius et d' Athanase.
62. On chercha surtout à gagner le pape Libère ou à se débarrasser de lui. Les ariens l'accusèrent d'avoir fait des ordinations irrégulières, anéanti des documents défavorables à Athanase , outrepassé ses droits et désobéi à l'empereur. Constance, qui connaissait très-bien « l'autorité prépondérante de la ville éternelle » et qui était persuadé qu'il aurait tout vaincu quand il aurait triomphé du pape, envoj-a à Rome le puissant eunuque Eusèbe, pour le déterminer, par des présents et des menaces, à signer la condamnation d'Athanase et à recevoir les ariens à sa communion. Libère repoussa les ofïres et les présents. L'eunuque, offensé, s'éloigna en proférant des menaces et déposa ses présents dans Téglise Saint-Pierre, d'où le pape les fit enlever. Il informa l'empereur, et Léonce, gouver neur de Rome, reçut ordre d'envoyer Libère à la cour, même en employant la force, s'il le fallait.
ADDITION DU TRADUCTEUR
Les auteurs môme païens de ce temps, entre autres .\mmien Marrellin, attestent que la supériorité du siège pontitical dans l'Église fut la principale cause qui excita les ariens à persécuter Libère : « L'enil'.ereur Constance, dit-il. donna des ordres pour amener à sa cour
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. oO
Libère, puntife de la loi chrétienne, parce que, l'ayant fait avertir qu'il eût à souscrire ;\ la déposition de l'évèque Athanasi-, il avait toujours refusé de le faire, disant hautement que ce serait la dernière injustice de condamner un homme sans le voir et sans l'entendre. Car, quoique cet empereur, ajoute l'historien, eût fait déposer Athanase dans un concile, il désirait cependant avec ardeur que ce jugement fût confirme par l'autorité dont jouissent les évêques de la ville éternelle. Mais il ne put l'obtenir de Libère... »
On sait de plus que les semiariens envoyèrent de l'Orient à Libère trois de leurs évêques pour souscrire à la doctrine du saint-siége, dans lequel ils reconnaissaient que la foi s'est toujours inviolablement maintenue. Ils demandaient aussi le rétablissement des évêques, que certains conciles d'Orient avaient déposés. Libère, ayant reçu d'eux une profession de foi orthodoxe, leur accorda sa communion.
11 prononça aussi contre l'hérésie qui niait la divinité du Saint-Esprit, et les anciennes histoires portent que toutes les Églises acquiescèrent aussitôt à ce jugement du saint-siége. (Voyez Sommier, Histoire dogmatique du Saint-Siège, dédiée à Clément XI, t. II, Discours analytique de la prééminence et de l'autorité du saint-siége, p. xxii.)
A Rome, les partisans de Libère endurèrent toutes sortes de vexations, et des gardes furent chargés de surveiller les démarches mêmes du pape. Enfin, il fut enlevé de Rome au milieu de la nuit, non sans de grandes difficultés, à cause de l'affection ardente que lui portait le peuple.
Conduit à Milan, en présence de l'empereur, Libère lui reprocha ses injustices avec la magnanimité d'un apôtre, déclarant qu'il était prêt à tout souflYir plutôt que de s'allier aux ariomanites. Il défendit la foi de Nicée et l'innocence d' Athanase, revendiqua l'indépendance de l'ÉgUse, dont les lois lui tenaient plus à coeur que le séjour de Rome. L'empereur voulut lui donner trois jours pour réfléchir : '< Je ne changerai point, répondit Libère ; envoyez-moi où il vous plaira ' . »
> Constanliiis. Tantane orbis terrge pars, Liberi, in te residet, ut tu solus homini impio subsidio venire, et pacem orbis ac mundi tolius dirimere audeas? — Liberias. Esto quod ego solus sim : non tameu propterea causa fidei fit inferior. (Apud Theodoret., lib II H ist., c. xvi.; — Con.stantius. Unum est quod quœritur. Yolo ut tu ecclesiarum communionem amplectaris, et deinde Romam redeas. Proiade consule paci. subscribe, ut Romam revertaris. — Liberius. Jam fratres qui sunt Romai valere jussi. Nam leges ecclesiasticas observare pluris faciendum censco. quam habere Romae domicilium. (Idem, ibid.) (Note du trad
L'empereur le relégua à Bérée, en Thrace, séparé de toutes connaissances , de tout ami. Lui et l'impératrice lui envoyèrent de l'argent pour subvenir à ses dépenses : Libère le refusa. Osius de Cordoue, âgé d'environ cent ans, dont plus de soixante passés dans l'épiscopat, fut également mandé par l'empereur, qui lui permit d'abord de s'en retourner, puis, à la suite de nouvelles instances du côté des ariens et d'une lettre courageuse qu'Osius lui écrivit, il l'exila à Sirmium.
Âthanase, malgré les promesses du général Syrianus, que son Eglise ne serait pas inquiétée avant le retour des x\lexandrins délégués à l'empereur, n'en fut pas moins assailli, le 9 février 356, dans l'église de Théonas, où il célébrait les vigiles d'une fête ; des soldats cernèrent la maison de Dieu et on y lança des flèches : Athanase, tranquillement assis sur son trône, ne songeait qu'au péril de son troupeau ; ce fut seulement après que la majorité du peuple eut pris la fuite, que ses amis parvinrent à l'emporter par la force et à le soustraire à ses bourreaux. Il se tint caché dans différents endroits, en partie dans le désert. La persécution sévit avec fureur contre les catholiques d'Egypte.
Le siège d'Alexandrie fut occupé par l'arien Georges, qui s'empara des églises par la force des armes et fit commettre les plus graves attentats. Dans la Gaule, en 356, Saturnin d'Arles tint à Béziers un concile avec Ursace et Valens ; saint Hilaire, évèque de Poitiers depuis 350, défendait vigoureusement la foi catholique. Il fut accusé près du César Julien, puis de l'empereur lui-même, et exilé en Phrygie.
ADDITION DU TRADUCTEUR
SaintHllaire, né à Poitiers, d'une des premières familles de cette ville, fut la gloire de l'Église de France et l'Athanase de l'Occident. Élevé dans le paganisme, la droiture de ses vues lui firent bientôt reconnaître les fables de la théologie païenne. « Comme je cherchais, dit-il, en quoi consiste le bonheur de l'homme, je jugeai que ce ne pouvait être dans les deux choses que les hommes estiment communément le plus, le repos et l'opulence, parce que ce bonheur peut nous être commun avec les bêtes. « 11 réfute ensuite quelques autres opinions sur la béatitude de l'homme; et après avoir dit qu'il a reconnu que l'homme n'a pas été ci'éé par un Dieu immortel précisément pour mourir, il ajoute : « Mon esprit conçut donc une vive ardeur de connaître cr Dieu à qui il se devait tout entier, et en la bonté duquel il pût. commo
LES HÈKÈSIES El LF.S SCHISMES. 61
dans un port assuré, se reposer au milieu des tempêtes de cette vie. Car il y avait diverses opinions sur la divinité : les uns introduisant de nombreuses familles de dieux et admettant la diversité de sexe dans la divinité; les autres reconnaissant des dieux supérieurs ou plus grands et des dieux inférieurs ou plus petits... Je fus aisément convaincu que la diversité de sexe ne convenait nullement à une nature toute-puissante et incorruptible; que tout ce qui est divin est éternel, et qu'il ne peut y avoir qu'un Dieu... Plein de ces pensées, je tombai sur les livres que la religion des Hébreux enseigne par tradition avoir été composés par Moïse et par les prophètes, et j'y lus avec admiration ces paroles si propres à nous donner l'idée de l'incompréhensibilité de Dieu : Je suis celui qui suis; celui qui est^ m'a envoyé vei'S vous ..., et cet autre endroit : Il tient le ciel dans sa main, et il y renferme la terre. » Hilaire ajoute que la lecture des Évangiles, et surtout le commencement de celui de saint Jean, acheva de lui donner la connaissance de Dieu et de son Fils; qu'il embrassa avec joie la doctrine de ce mystère, et qu'il fut appelé par la foi à une nouvelle naissance 2.
OuvraQes de saint Hilaire.
1. Le commentaire sur saint Matthieu parait être son premier ouvrage dans l'ordre des temps. Saint Jérôme le lui attribue et le mentionne avec éloge. C'est le plus ancien des ouvrages qui nous restent des auteurs latins sur cet évangile, et peut-être le premier. Le style en est serré, concis et nerveux.
2. Le second écrit est sa première Requête à l'empereur Constance pour l'engager à réprimer les violences des ariens; elles sont telles, dit saint Hilaire, que si l'histoire en rapportait de semblables des temps passés, nous ne pourrions les croire. 11 dépeint en même temps les ruses des ariens pour séduix'e les fidèles.
3. Traité des synodes ou de la foi des Orientaux, pour éclaircir les soupçons que les évêques des Gaules et ceux d'Orient nourrissaient les uns contre les autres, et préparer les évêques auxquels il s'adressait pour les conciles à venir.
4. A la fin du livre se trouve une petite apologie de cet écrit, ou plutôt des notes marginales ajoutées aux endroits que quelques personnes avaient critiqués. Elles ont été publiées par Constant, dernier éditeur de saint Hilaire.
^ Ces paroles, celui qui est, ne sont proprement que l'interprétation du mot hébreu JEHOVA, ce nom de Dieu si sacré que les Juifs, par respect, n'osaient le prononcer, môme en lisant l'Écriture. Ils y substituaient le mot Adonai, Seigneur. L'auteur de notre Vulgate a aussi rendu Jehova par Dominnx. — * H ist. de l'Église gall.
e>-2 HISTOIRE DE f/ÉGLISF..
o. Une lettre écrite de son eril à sa fille Abra, pour rengager à dp pas prendre d'autre époux que Jésus-Christ.
6. A cette lettre étaient jointes deux hymnes pour servir à sa fille de prières du matin et du soir.
7. Le principal ouvrage de saint Hilaire sont ses Douze livres de la Trinité, contre les ariens. 11 y donne les principes qui doivent servir à combattre toutes les autres hérésies. Le plus important de ces livres, selon la propre remarque de l'auteur, est la 7^, où il décrit les artifices de la nouvelle hérésie. Il montre que les erreui*s des ariens se détruisent les unes les autres par leurs contradictions et tournent à iavantage de l'Église. »■ Telle est la force de la vérité, dit-il, que bien qu'elle puisse se faire connaître par elle-même, elle n'est jamais plus brillante que lorsqu'on lui résiste. Immobile de sa nature, elle acquiert tous les jours une nouvelle solidité par les attaqties qu'on lui livre. C'est le propre de l'Église de vaincre quand on la blesse, de se faire connaître quand on l'insulte, de demeurer victorieuse quand on l'abandonne. )'
Le 8*= livre déjoue les subtilités dont se servaient les ariens pour établir entre le Père et le Fils une simple union de volonté et de sentiment. L'auteur expose aussi dans ce livre les qualités d'un vrai pasteur, qui sont la sainteté et la science; avec la piété sans la science, il n'est utile qu'à lui-même; avec la science sans la piété, sa doctrine sera sans poids et par conséquent sans fruit. Il faut donc ut et vita ejus ornetur docendo et doctrina vivendo.
Dans le 9^ livre, saint Hilaire réfute les objections des héi"étiques, tirées de cinq passages de l'Écriture, et il établil ces deux principes : ! 0 pour trouver le sens naturel de l'Écriture, il ne faut pas en expliquer les textes en les séparant du reste, mais les joindre à ce qui suit; 2° il ne faut pas confondre les deux natures réunies en Jésus-Christ, l'une selon laquelle il est Fils de Dieu, l'autre selon laquelle il est Fils de l'homme.
Dans le 10<^ livre, il réfute les objections tirées des passages de l'Écriture où il est dit que Jésus-Christ a été sujet à la faim, à la soif, a la tristesse , etc. : Hahes in conquerente ad mortem relictum se esse, quia hämo est ; habes eum qui moritur profitentem se in paradiso regnare. quia Beus est.
Dans le ir livre, saint Hilaire remarque d'abord qu'il n'y a qu'une fui, comme il n'y a qu'un Dieu et un baptême. Cette unité n'est pas chez les ariens, qui se servent de l'incarnation pour disputer au Fils de Dieu sa divinité et pour établir avec un mystère qui a opéré le salut du monde une impiété monstrueuse.
Dan^ le 12'' livre, il venge la naissance éternelle du Fils de Dieu
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. tV,\
contre ces axiomes des ariens : le Fils de Dieu n'était point avant df naître ; il a été tiré des choses qui n'avaient point l'être. Puis il termine en priant Dieu de lui conserver jusqu'à son dernier soupir la foi qu'il vient de professer, « afin, dit-il à Dieu, que je vous adore, vous qui êtes notre Père, et votre Fils avec vous, et que je mérite de recevoir votre Saint-Esprit, qui procède de vous par votre Fils unique. » Les autres ouvrages de saint Hilaire sont : une seconde requête à l'empereur Constance ; l'invective contre cet empereur, où il parle avec beaucoup de chaleur et de véhémence contre sa conduite ; des Fragments, qui faisaient partie de quelque grand ouvrage: un manifeste contre Auxence, évêque arien ; un commentaire sur les Psaumes, que les Pères latins tenaient en grande estime. Saint Augustin en a employé plusieurs passages et saint Jérôme en parle avec éloge '.
Les ariens disaient, Äthan., Hist. Ar,, cap. xxxv : " tôv Atêépiov -£Î(Tai[Aîv, taxew; TtivTwv xpaTriirou-ev (ibid., cap. xxxv-XLl). Sur la suite des événements. Am. Marcellin., lib. XV, cap. vu : « Liberius, christiana? legis antistites, a Constanlio ad comitatum mitti praeceptus est, tanquam imperatoris jussis et plurimorum sui consortium decretis obsistens... Hune (Äthan.) per subscriptionem abjicere sede sacerdotali... Liberius monitus peiseveranter renitebatur, nee visum hominem nee auditum damnare nefas ultimum sœpe exclamans, aperte sc. recalcitrans imperatoris arbitrio. Id enim illp, Athanasio semper infestus, licet sciret impletum, tarnen auctoritate quoque, qua potiores œternx urbis episcopi, fu'mari desiderio nitebatur ardenti : quo non impetrato Liberius aegre populi metu, qui ejus amore tlagrabat, cum magna difficultate noctis medio potuit asportari. >>
Sur Osius et Athanase, Äthan., Hist. Ar., cap. xlii, xlv, lxxii et seq., Lxxx et seq.; De fuga, cap. xxiv ; Apol. ad Const., cap. xxvi. — Rapport sur les lettres festivales. dans Larsow, p. 3.ö, n. xxvii; Soz., IV, iO; Héfelé, L P- 642.
Les partis ariens. — Aétius et Eunome. — Deuxième formule de Sirmium. — Conciles d'Antioche et d'Ancyre. — Troisième formule de Sirmium.
(j3. Le despotisme des ariens avait atteint son apogée; il semblait que la foi catholique fût anéantie et que l'antechrist, ou du moins son précurseur, eût apparu dans la personne de Constance. Mais tandis qu'elle triomphait au dehors , l'hérésie marchait de plus en plus à sa dissolution. Jusque-là tous ceux qui avaient résisté, par un prétexte quelconque, à la définition de
' Vov. Hlm. lilt^r. de la France, t. IL art. S. Hilaire fédit. Palmé).
Nicée et combattu saint Athanaso, avaient formé une secte unie et compacte. On vit bientôt éclater la division qui existait depuis longtemps entre les ariens rigides et les semiariens; les premiers niaient la consubstantialité du Fils avec le Père et soutenaient qu'il avait été tiré du néant (de là leur nom d'anoméens et d'exucontiens); les seconds rejetaient, il est vrai, la consubstantialité du Fils avec le Père, mais ils admettaient une ressemblance d'essence (omoiousie) , et se rattachaient à différentes formules : ces derniers ne différaient souvent des catholiques que par des malentend ns. Les ariens rigides , qui avant leur triomphe avaient usé d'une grande réserve, se montrèrent désormais à visage découvert et sans dissimuler leur doctrine.
A leur tête étaient Aétius, diacre et professeur à Antioclie depuis 350, puis son disciple Eunome de Cappadoce, l'un et l'autre écrivains, dialecticiens, ennemis de l'ascétisme, plus conséquents que les autres, et sophistes exercés. Selon eux, l'essence du christianisme consistait tout entière dans la culture de l'esprit et dans la connaissance théorique des choses divines, la nature de Dieu était pleinement accessible à l'homme. Cette qualité du Père de n'être pas engendré, ils la concevaient comme la simplicité absolue, comme l'essence de la divinité ; ils refusaient la divinité au Fils, parce qu'il était engendré ; la génération éternelle leur semblait un contre-sens, et toute la difTérence qu'ils mettaient entre le Fils et les créatures, c'est que le Père a engendré le Fils immédiatement et les créatures médiatement.
Eunome, en confondant les caractères distinctifs des deux personnes divines avec leur nature, concluait de la distinction des personnes leur inégalité d'essence et leur dissemblance, et rejetait à la fois Yomousios et Yomoiousios. Selon lui, toutefois, le Fils ne faisait pas de progrès dans la vie morale, parce que la volonté originelle du Père l'avait élevé à la dignité divine et rendu participant de la parfaite connaissance du Père, dont tous les hommes étaient destinés à connaître la nature.
Beaucoup plus nombreux étaient les semiariens; les uns, par leur terme de ressemblance de \\^{\\VQ(omoiousios), se rapprochaient autant que possible du concile de Nicée et évitaient le sabellianisme; les autres voulaient maintenir le subordinatianisme arien. Les semiariens avaient pour chefs les évèques
Basile d'Ancyre, Georges de Laodirée, Théodore d'Héraclée, Auxence de Milan, etc. Il ne fallut rien moins que les procédés hardis et outrecu dants des anoméens pour les décider à protester vivement dans leurs écrits.
Un second concile de Sirmium, en 357, où Valens et Ursace, Potamius de Lisbonne et Germiniiis de Sirmium exercèrent la plus grande influence, interdit en faveur des anoméens les expressions qui n'étaient pas contenues dans l'Écriture, surtout celles d'omousiuîî ai û'omoirmsioii ; i\ soutint que le Fils était moindre que le Père et lui était subordonné ', sous prétexte qu'il ne fallait pas admettre deux dieux, et il prépara ainsi les voies à la domination de l'arianisme.
La même chose eut lieu, en cette même année, dans un concile d'Antioche, célébré sous la présidence de l'évèquedecelieu, Endoxe, par Acace de Césart^.e et Uranius de Tyr. De leur côté, les évêques semiariens se réunirent à Ancyre au mois d'octobre et rejetèrent, dans plusieurs anatbématismes, les doctrines excessives des anoméens, celle-ci notamment que le Fils est une pure créature et n'a pas la même essence que le Père : ils s'autmisaient pour cela des anciennes formules d'Antioche, de Philippopulis et de Sirmium (contre lUiolin). Les délégués de ce concile, Basile d'Ancyre, Eustatbe de Sebaste, Éleusius de Cyzique et Léonce, prêtre de la cour, allèrent trouver Constance avec un écrit synodal. Constance se laissa persuader, rétracta les lettres qu'il avait déjà envoyées, se prononça pour la ressemblance de nature entre le Père et le Fils, et fît célébrer, à la fui de 358, à Sirmium, un troisième concile qui adhéra pleinement à la doctrine des semiariens et condamna l'anoméisme. II reconnut que le Fils était, d'après l'Écriture, semblable au l'ère en toutes choses; mais il rejeta l'expression d'essence fous/a), qui n'était pas dans la Bible et que le peuple ne comprenait point. Il fut décide qu'on détruirait les copies de la seconde formule de Sinuium, et les évèques furent invités à se réunir sur les hases de la doctrine semiarienne.
ConsUiuce, anlechrist, Atlian., Hist. Ai-., cap. xxx, lxvh et seq., Lxxiv; I.ucit'er Cal. (Bibl. Pair., Lugd., IV, 247;; Hilür., Lib. ad CuiuL et c. Cunstaiit. — Sur les ariens, Sulp. Sev., 11, xl, p. 93 : « laleiea
D'après Jean, xiv, 28.
60 Mi.sTOtKr nr: i/f.glisk.
diumi non occulte, ut aulea. sed palaui ac publice haeresis piacula prap,dicab;inl; quin etiam synodum nicœnam pro se interprétante?, quam uniu» litterae adjectione corruperant, caligiuem quamdam injecerant veritati. Nani ubi opiooûffiov erat scriptum, quod est anius substantiae, illi ô[xoioûitiov, quod est similis substantiee, scriptum esse dicebant, concedentes similitudinem, dum adimerent imitatem (se. les *n[jLidtp£tot, '0[Aoiou(7ta(7Tai, cf. Epiph., Hser.Lxxiii). Sed quidam ex his ultra processerant, àvo(xoiou(7iav, id est dissimilem substantiam contirmantes (savoir : les 'Av6[iaiot, 'Elouxôvttoi, 'ErepovicriadTai. Cf. Ep., Haer. Lxxvi). Aetius, surnommé à âôeo;, de Célésyrie, aristotélicien (Socr., II, 33; IV, 7; Theod., Il, 19, al. 24; Philostorge, III, 16, 27; Soz., lU, lo; IV, 12; VI, 26; Tiilemont, t. VI, art. 64 et seq.), écrivit un -TuvTavfjiâTtov (Epiph., Hner. lxxvi, 10; Mai, Nov. coll., VU, i, 71 et seq., 202) et plusieurs lettres à Constance. Saint Basile et Grégoire de Nysse composèrent des ouvrages contre Eunome (mort en 39o ; il a donné son nom aux eunoméens (Philost., Vlil, 12, 18 ; Theod., loc. cit.; Hœr. fab., IV, 3; Socr., Soz., loc. cit., VI, 26; Tiilemont, loc. cit., art. 96 et seq.). Eunome écrivit une sxÔEffi; ■:?;; tiîctteu); et une apologétique (H. Vales., Not. in Socr,, V, 10; Fabric, Bibl. gr., VIII, 262; Canis, Lect. ant., éd. Basnage, t. I, p. 72 et seq.; Garnier, Op. S. Basil., I, 618 et seq.); Aôyo-. Ttspl toü uloù Tragm. ex lib. 111, Mai, loc. cit., VII, i, p. 252). Voyez Klose, Gesch. und Lehre des Eunom., Kiel., 1833; Héfelé, Conc, I, p. 644 et suiv., et les auteurs cités page 647, n. 1, 3. Conciles de Sirmium, Äthan., De syn., cap. xxviii ; Socr., II, 30: Hilar., De syn., cap. xi ; Héfelé,!, p. 632, 634 et suiv.
Retour de Libère à Rome.
64-. Qne le pape Libère, las des souffrances de l'exil et cédant aux obsessions de ses partisans, ait fini par souscrire à cette troisième formule de Sirmium et mérité ainsi de retourner à Rome, les sectateurs de l'arianisme le soutenaient alors, des catholiques contemporains le crurent et plusieurs l'ont admis dans la suite sans hésitation. Si cela était, Libère aurait agi sous l'empire de la contrainte. 11 n'a du reste prononcé aucune décision dogmatique, imposé aucune hérésie à l'Église. En cédant, il n'aurait commis qu'une faute personnelle. Ajoutons que ce récit n'est nullement avéré et repose sur des documents apocryphes; il est combattu par des raisons intrinsèques et extrinsèques, et le retour de Libère à Rome peut s'expliquer par d'autres motifs. Pendant le séjour de Constance à Rome, où le parti arien avait institué évêque le diacre Félix, la plupart des dames romaines s'employèrent auprès de lui pour obtenir le retour de Libère, car les catholiques rigides refusaient de re-
LES HÉRÉSIES ET LES SCUlliMES. 07
connaître Félix, lequel, quoique sincèrement attaché au symbole de Nicée, communiquait cependant avec les ariens.
L'empereur, cédant à leurs prières, permit que Libère et Félix gouvernassent en commun l'Église de Rome. Quand le peuple, qui était réuni dans le cirque, apprit cette nouvelle, il s'écria plein de colère : « Un seul Dieu, un seul Christ, un seul évêque. » Comme la fermentation devenait de plus en plus vive à Rome et qu'on craignait une émeute, Constance rappela Libère, et Félix fnt expulsé de la ville. Les Romains étaient tellement dévoues à la foi catholique qu'ils évitaient tout contact avec ceux qui, tout en enseignant la doctrine de Nicée, n'évitaient pas la communion de Félix, toujours attaché aux ariens.
Libère fut reçu avec des transports de joie et comme un triomphateur, ce qui n'eût pas eu lieu sans doute s'il avait acheté son retour au préjudice de la confession catholique. Rentré à Rome, nous trouvons Libère inébranlable dans la foi et célébré dans TÉglise comme un saint. Nous le voyons plus tard soumettre à la pénitence des évêques prévaricateurs et parler néanmoins de sa modération, ce qu'il n'eût guère osé faire si Ini-mème avait donné l'exemple de la faiblesse. Nous savons aussi qu'liudoxe et les aétiens répandirent le bruit que Libère avait souscrit à la condamnation du « consubstantiel; » mais on disait la même chose et avec autant d'injustice d'Osius; rien n'empêche donc que d'autres encore aient été induits en erreur. Il n'est pas invraisemblable "que Libère ait pu retourner à Rome sans condition; la même ficulté fut accordée un an plus tard à saint Hilaire de Poitiers, uniquement parce que les ariens redoutaient sa présence en Orient et la vigueur de sa dialectique.
Constance se trompait eu croyant que la vérité était aussi facile à renverser que les hommes. Les évèques catholiques prêchaient dans leur exil, écrivaient de savants ouvrages et acquéraient l'affection et l'estime de tous.
ADDITION DU TRADUCTEUR*
Après la mort de Libère, en 366, l'ancienne querelle qui avait amené l'intrusion de Félix se traduisit par un nouvel et sanglant éclat. Un norabrenx parti populaire, dirigé par quelques clercs, voulut empêcher qu'aucun de ceux qui depuis dix ans avaient violé leur serment
' Dœllinger, Die Papstfabelu
ti8 HISTOIRE DR 1, ÉGLISE.
et adhéré à Félix, fussent admis à l'épiscopat. On opposa donc Ursicin à Dimase, choisi par la majorilé du clergé, et cet événement fut suivi d'une véritable guerre civile. On se battit dans les rues et dans les églises avec un tel acharnement qu'on trouva un jour 137 morts dans la basilique Sicinienne. La plupart appartenaient à la faction d'Ursicin *. Damase lui-même ne put soutenir son parti, et, pour rétablir un peu d'ordre dans la ville, il l'allut bannir Ursicin et sept autres individus de sa faction. Le préfet Juvencus adopta les mesures les plus sévères. Cependant les ursiciniens continuèrent leur sépai'ation et leurs rassemblements sur les cimetières des martyrs; de là de nouvelles effusions de sang, de nouveaux bannissements infligés à des ecclésiastiques de cette faction. C'est ainsi que quelques années s'écoulèrent encore dans une agitation incessante, et que le despotisme de Constance produisit, si longtemps après, les fruits amers d'une scission religieuse qui ne devait pleinement disparaître qu'avec l'avènement d'une génération nouvelle.
Or, ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que la tradition postérieure ou la mauvaise foi, à partir du sixième ou du septième siècle, ait arrangé cette histoire tout au désavantage de Libère et à la faveur de Félix, qu'on vantait comme un héros et un martyr. On est parveim à faire honorer comme un saint et inscrire au catalogue des pa|)es sous le nom de Félix II, un parjure ordonné par des ariens fanatiques, un antipape imposé aux Romains par la force civile; tandis qu'a Uonie même Libère était flétri comme un tyran souillé de sang, un hérétique et un persécuteur des ox'thodoxes.
Toute cette affaire a été évidemment inventée afin de montrer sous un jour favorable cette immense portion du clergé romain qui, au mépris de son serment, s'était attachée à Félix, ahn de la représenter comme un parti légitime qui avait été persécuté pour avoir fait résistance à un pape hérétique. Cette invention n'eut lieu que plus tard, probablement au sixième ou au septième siècle; alors qu'on n'avait plus qu'un souvenir confus de ce qui s'était passé au quatrième siècle, que l'histoire du baptême de Constantin à Rome, avec les mythes qui l'accompagnent, y avait bouleversé foules les notions historiques, et qu'on ne connaissait plus que vaguement la suite et l'enchaînement des faits. Cette histoire fabuleuse a été enregistrée dans trois documents, et c'est là qu'ont puisé tout ceux qui ont écrit dans la suite; le premier est la biographie de Libère et de Félix duns le Liber poiitiflcalis; le second sont les actes de Félix publiés pour la première fois par Mombritius; le troisième, les actes de saint Eusèbe ^.
* Amm. Marcell., lib. II, vu, 3, ii.
» Ils se trouvent dans la collection de Balluze-Mansi, tome I«', p. 33, et ont été avidement consultés pendant tout le moyen âge.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. (jO
Il est manifeste que ces actes ont été surtout fabriqués dans le bnt de déshonorer la mémoire de Libère, de le flétrir comme un apostat, un hérélii|ue , un persécuteur des catholiques fidèles , et de faire passer le parti de Félix comme ayant été opprimé pour son orthodoxie. Aussi le narrateur fait-il condamner immédiatement après sa mort le pape Libère par le pape Damase dans un concile de 18 évèqiies et de 23 prêtres. Il prulite en même temps de l'occasion pour établir de nouveau, contrairement aux témoignages de l'antiquité, le fait du baptême de Constantin à Rome, si favorable à ceux qui ont imaginé cette fable. Voilà pourquoi la biographie de Félix débute par ce récit d'une concision afl'ectéeà dessein : Félix a déclaré hérétique Constance, fils de Constantin, qui s'est fait baptiser une seconde fois par Eusèbe, évêque de Nicomédie, dans la villa Aquilon (Achyron), près de Nicomédie {Ap. Vignoli, t. I, 119).
Ainsi, ce qui a été fait pour le père est attribué au fils, et on entrevoit nettement l'intention de substituer Rome à Nicomédie et Sylvestre à Eusèbe.
Le récit suivant, dans les deux documents qui précèdent et qui sont uniformes, a donc été substitué à l'histoire véritable : Lorsque Constance eut exilé Libère pour avoir défendu la croyance catholique, le clergé romain, sur le conseil et avec l'assentiment de Libère, choisit pour évêque et ordonna le prêtre Félix'. Félix tient alors un concile de 48 évêques ; là il découvre que les deux prêtre Ursace et Valens * ont adhéré à Constance, et il les condamne. Ces deux prêtres, munis du consentement de Constance, vont trouver Libère et lai déclarent qu'il peut retourner à Rome, à la condition que la communion sera rétablie entre les ariens et les catholiques, et qu'on n'obligera pas ces derniers à se faire baptiser de nouveau ^. Libère accepte, retourne à Rome, et
' Félix était simplement diacre. (Rufin, ii, 2; Marcellin, L>b. prœc. prxf.) — La nomination de Félix n'eût été possible que si Libère avait abdiqué, ce qu'il n'a pas fait. Les lois de l'Église, et notamment les canons de Nicée, dfendaient à un évêque d'en avoir un autre établi à côlé de lui ou de se faire remplacer pendant son absence. Valère, évêque d'Hippone, ayant agi dans ce sens, saint Augustin lui-même, qu'il avait (ait ordonner avec la permission du primai de Carthage, trouva que c'était contraire « à la coutume de l'Église, » et décida que dans la suite les canons seraient lus dans chaque ordination afin de prévenir cet abus. (Possid.. Vila Aug., cap. vni.)
* Tous deux évêques, l'un de Singidon, en Mysie; l'autre de Mursa, eu Pannonie. Ils n'avaient aucune relation a-^eo l'Église romaine. Sur le territoire romain, le principal appui de l'arianisme était Épictète, évêque de Cenlumcella.
' A cette époque et longtemps après il n'était pas encore question du second baptême. Avant Eusomius, le.s ariens considéraient le baptêmo catholique comme valide.
70 HisjüiKL ijk l'Église.
loge au cimetière de Sainte- Agnès, ciiez Constaulia ', sœur de l'empereur. Priée de s'employer auprès de son frère pour obtenir que Libère puisse séjourner à Rome, Conslautia, en bonne catholique, s'y refuse. Toutefois Constance, sur le conseil des ariens, le rappelle à Rome et provoque un concile d'hérétiques où Félix est déposé de sa charge-. Le même jour éclate une persécution sanglante dirigée de concert par Constance et Libère. Le prêtre Eusèbe, qui s'est distingué par son courage et son dévouement à la cause catholique, qui a rassemblé le peuple dans sa maison, représente à l'empereur et à Constance les crimes dont ils se sont souillés, déclare à Libère qu'il a cessé d'être le légitime successeur de Jules, parce qu'il a déserté la foi, et à tous deux que, dans leur aveuglement satanique, ils ont expulsé le catholique et innocent évêque Félix. Constance, conseillé par Libelle, le fait enfermer dans un trou profond qui n'a que quatre pieds de large, dans lequel on le trouve mort au bout de sept mois. Les prêtres Grégoire et Orose, ses parents, l'ayant enterré, l'empereur ordonne que Grégoire sera enfermé vivant dans la crypte même où ils ont déposé le corps d'Eusèbe. Orose l'en retire de nuit à moitié mort, mais il meurt entre ses mains, et Orose consigne par écrit toute cette histoire. Félix, pour avoir reproché à l'empereur son second baptême, est décapité. La persécution sévit à Rome jusqu'à la mort de Libère. Constance fait annoncer que quiconque ne s'attachera pas à Libère sera mis à mort sans forme de procès. Prêtres et laïques sont massacrés dans les églises et dans les rues. Enfin Libère meurt, et Dama-ee flétrit sa mémoire dans un concile.
Dans les actes d'Eusèbe, le récit a un caractère beaucoup plus tranchant que dans le Liber pontificalis, où les couleurs sont affaiblies, mais où se trahit encore lintention de rabaisser Libère et de le faire paraître comme un complice de Constance. Déjà Cavalcanti avait fait observer que les actes d'Eusèbe avaient été fabriqués en faveur de l'antipape Félix [Vindic. rom. Pont.). Il me semble y démêler aussi l'intention de présenter sous un aspect favorable au clergé d'alors les scènes sanglantes qui avaient eu lieu à la suite de la double élection d'Ursicin et de Damase, et qui avaient laissé à Rome, même après des siècles, un souvenir si fâcheux, en les antidatant de quelques années et en les présentant comme des persécutions subies par les clercs demeurés catholiques, de la part des deux ariens, le pape et l'empereur. N'est-on pas allé, par antipathie contre Libère et dans le dessein de lui
' On confond ici Constantia avec la sœur de Constantin le Grand.
' Durant tout ce temps et pendant que Libère continua d'y administrer, Constance n'alla jamais à Rome. L'' récit suppose au contraire que f'était sa résidence habituelle.
substituer Félix, jusqu'à passer complètement sous silence, dans les notices chronologiques sur la basilique qui porte le nom de Libère et qui a été construite par lui, le nom de ce dernier pape, et à ne placer que Félix eptre les papes Jules et Daniase.
Et voilà comment Félix est parvenu insensiblement à s'insinuer, à titre de pape légitime et de martyr, dans les catalogues des papes, dans les liturgies et les martyrologes; mais ce n'a été que plus tard, et il n'a paru dans les martyrologes que longtemps après. Saint Optât et saint Augustin ne l'avaient pas inséré dans leurs listes des pontifes romains. Le 29 juillet est le jour qui a été consacré à sa mémoire. Or, quand on examine avec soin les calendriers et les martyrologes et qu'on les compare entre eux, l'erreur devient manifeste; on s'aperçoit que ce Félix dont on fait la fête n'est pas du tout le même que celui dont il s'agit ici, et que c'est seulement au huitième siècle, aprt's que les fausses légendes de Félix et d'Eusèbe eurent été fabriquées, qu'on songea à faire passer ce Félix pour le rival de Libère. Le plus ancien document qu'on connaisse jusqu'ici est le Calendrier romain, publié par Marlene dans le cinquième volume de son Thesaurus. Or Marlene Thesaur., t. III, Iöö8) le fait remonter jusqu'au commencement du "inquième siècle, et il a raison, puisqu'à une seule exception près Sylvestre), il ne contient que des fêtes de martyrs; et comme Sylvestre est le plus jeune des trois saints qui y figurent, on n'y trouve pas même Damase, qui pourtant était déjà fêté auparavant. On y voit donc, au 28 juillet, la fête de saint Félix, de Simplicius, de Faustin et de Beatrix. Dans ce calendrier, le mot pape se trouve à côté de tous les souverains-pontifes. La même remarque s'applique à quelques martyrologes qui portent le nom de saint Jérôme et qui, au moins pour la partie essentielle, émanent du cinquième siècle, du temps de Cassiodore. Il en est de même du martyrologe de Bède ; mais Rome n'y est pas mentionnée ; de même encore du Martyrologium ottobianum, au dixième siècle, et du Calendarium Laureshamense, de la fin du neuvième. Dans d'Achéry, au contraire, le martyrologe de saint Jérôme sépare Félix des trois autres, qui sont évidemment romains, cl le transporte en Afrique [Spicil., t. II, 15). La même chose se voit encore dans le calendrier du Vatican, qui date du commencement du onzième siècle. Comment ce Félix est-il venu d'Afrique à Rome, c'est ce que nous apprend un martyrologe d'Auxerre, qui remonte probablement à la fin du neuvième siècle (Zacharie est le plus jeune des papes qui y sont nommés, et il y en a une foule). Il abonde en renseignements sur Rome, et les notices locales y sont faites avec un soin qui dénote une origine évidemment romaine. Or voici ce qu'on \ lit au 29 juillet : Romap via Atirelia translatio corporis beati Felicis
episcopi et martyris qui IV idus novembris martyrio coronatus est. Eodem die Mil. SimpUcii, Fuustini et S. Beatricis M. sororis eoriim. Il pai'aîlrait donc que les reliques de Félix, martyr d'Afrique, furent transférées à Rome, et que c'est à la suite de cette translation, opérée le 29 juillet, que Félix fut adjoint aux martyrs romains Simplicius, Faustinus et Beatrix, à qui ce jour était déjà consacré. 11 y a effectivement des martyrologes et des missels où Félix ne se trouve point, mais seulement les trois autres martyrs. On ne le rencontre pas encore dans le Sacramentaire de saint Gélase, bien qu'on y voie déjà Simplicius, Faustinus et Viatrix (Beatrix). Plus tard, on les voit figurer les quatre ensemble dans le Sacramentaire de saint Grégoire, mais Félix paraît seul dans l'oraison à titre de martyr et de pontife. Dans le martyrologe de 826 trouvé à Corbie, ainsi que dans le martyrologe Morbacetise et dans le Calendarium amjlicanum, Simplicius, Faustinus et Beatrix sont seuls nommés. La plupart citent simplement Félix à côté des trois autres sans aucune qualification ; dans quelques-uns, comme dans le calendrier iiapoliLiin du neuvième siècle, on lit : Felicis et Simpticii, ou bien: In Africa Felicis, etc., comme dans le calendrier de Stablo.
D'autre part, cependant, on trouve, à partir du huitième siècle, toute une série de calendriers et de martyrologes qui font de Félix un pape, et il est évident qu'ils font allusion à l'antipape de 336. Le premier document, publié par Fronton, est le calendrier romain, du huitième siècle, auquel se rattache le martyrologe imprimé pour la première fois par Rosweide, mais qui n'est point de Rome, comme l'ont pensé l'éditeur et les bollandistes. Ce dernier excluait déjà le prétendu martyre de Félix sous Constance. C'est à cette source, ainsi qu'aux légendes fabriquées, qu'a puisé Adon, copié par la plupart de ceux qui ont écrit des martyrologes, tels que Usuard, iNotker, Raban, Wandelbert.
Le saint Eusèbe du 14 août se trouve dans presque tous les calendriers et les martyrologes, à l'exception du plus ancien, qui l'emonte au cinquième siècle. Si ce dernier martyrologe fait déjà mention de l'église de Saint-Eusèbe à Rome, c'est parce qu'il y avait là une station le vendredi de la quatrième semaine de carême. Dans les martyrologes de saint Jérôme et dans celui de Bède, il est dit au <4 août : Eusebii tituli conditoris. Il resuite de là que sa fête ne fut d'abord célébrée que dans l'église construite par lui, et c'est ainsi qu'elle a passé dans les calendriers romains et de ces derniers dans les autres. Nous n'avons point sur lui de notices plus détaillées' et il est probable que, déjà au sixième siècle, on n'en pouvait plus trouver. La fiction, qui visait à déûgurer l'histoire de Libère et de Félix, pouvait donc très-facilement «'emparer de son nom et faire r]p lui le héros d'une histoire remplie
d'épreuves et de souffrances, destinée à répandre un jour défavorable sur l'arianisme et sur la dureté de Lilière.
Ici donc, comme dans d'au! res cas, le Liber pontificalis est la source de cette tradition nouvelle qui s'est imposée aux chroniqueurs du moyen âge et aux biographes des papes. Les contradictions grossières du Liber pontificalis. dues à une interpolation postérieure d'une inqualitiable grossièreté, n'étaient point remarquées à cette époque.' Dans la biographie de Libère, qui fut rectifiée avant qu'on eût résolu de donner à Félix un article biographique spécial, Félix meurt tranquillement, rcquievit in pacc, dans sa maison de campagne, le 1^'' août. Mais, quelques lignes plus bas, dans l'article qui le concerne, il est décapité avec quelques ecclésiastiques, le i 1 novembre. Et afin que rien ne manquât à sa renommée papale, l'auteur de l'article lui attribue de nouveau la construction de cette même basilique in via Aurelia qui, dans l'article sur le premier Félix (269-273), avait été attribuée à ce dernier. Tous les auteurs qui ont ensuite écrit l'histoire des papes ont naturellement suivi ces indications, tels que : le faux Luitjirand, Abbon de Fleury, le chronographe anonyme cité par Pez, Martin Polonus, Léon dOrviéto, Bernard Guidonis, Amalric Augerii. Félix est cité comme trente-neuvième pape légitime; il est mis à mort pour avoir révélé les mystères du second baptême de Constance par les mains d'Kusèbe de yicomédie; Libère règne six ans comme fauteur de l'arianisme et occasionne la mort d'un grand nombre de prêtres et de laïques. Tous ses actes sont annulés après sa mort par Damase. Bernard Guidonis ajoute à tout cela qu'Eusèbe fut martyrisé pour avoir déclaré Libère hérétique.
Les théologiens eux-mêmes, surtout à Rome, se rangèrent à l'opinion dominante. Qui ne sait, dit un prêtre de Rome, Auxilius, le défenseur de Formose, que Libère trempa dans l'hérésie d'Arius, et que sa conduiti^ donna lieu aux plus horribles infamies? Vers le milieu du douzième siècle, Anselme de Havelberg rappelait aux Grecs que Constance avait fait mettre à mort Félix pour avoir révélé son second baptême; il justifie Libère, pai'ce que, dit-il, tout en tolérant bien des choses hérétiques, il a cependant refusé énergiquement de se faire rebaptiser.
L'abbé Hugues de Flavigny (1090-1102) fait un pas de plus. Dans sa chronique, il représente Libère comme un parfait arien, qui s'est fait rebaptiser. Echkehard, dans sa chronique, qui a exercé une grande influence ; Romuald de Salerne, le biographe des papes Toloméo de Lucca, VEulogium du moine de Malniesbury, tous suivent la tradition fabuleuse. Libère demeure jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant six ou huit ans. hérétique opiniâtre, et c'est Félix qui est le martyr. Cependant
l'autorité de saint Jérôme se fait encore assez sentir dans Marianu? Scotus. Godfroid de Viterbe et Robert Abolant, pour qu'ils annoncent l'intrusion violente de Félix par les ariens.
Au seizième siècle, lorsque l'ère de la critique historique et de l'investigation théologique fut entiu venue, l'embarras ne fut pas médiocre. Jusque-là, on avait considéré Félix comme un pape légitime et on avait étendu son règne au-delà dune année. Libère, croyait-on. avait été déposé pour son arianisme, et Félix avait régné pendant un an comme pape légitime, puis avait été martyrisé. Libère, toujours d'après l'ancienne opinion, lui avait survécu de plusieurs années et était demeuré arien jusqu'à sa mort. Libère ne pouvait pas succéder à Félix, et, d'autre part, le Saint-Siège ne devait pas rester vacant plusieurs années : le Livre des papes n'annonce effectivement qu'une interruption de trente-huit jours après la mort de Félix. C'était là une difficulté pour les théologiens; et, en admettant que Félix fût pape et fût saint, elle restait insoluble. Celte contradiction, les documents primitifs ne fournissaient aux théologiens aucun moyen de la résoudre. Déjà le cardinal Baronius avait publié un écrit pour établir que Félix n'était ni pape, ni saint; Grégoire XIII avait institué une congrégation spéciale pour examiner le problème. En creusant (1582) sous un autel dédié aux saints Cosme et Damien, on trouva un corps, avec cette inscription gravée sur la pierre tumulaire : Corpus S. Felicis impœ et martyris qui condemnavit Constantium. Mais la pierre et l'inscription ne tardèrent pas à disparaître de nouveau, et Sclielstrate ' se plaint de l'avoir vainement cherchée. Le texte seul de l'inscription aurait pleinement suffi pour constater son caractère apocryphe; mais Baronius et la congrégation ne furent pas de cet avis, et Félix obtint une place dans le martyrologe romain corrigé, à titre de martyr et de pape. Cependant, dans les nouvelles éditions, on a rayé le passage de l'ancien bréviaire romain où le martyre d'Eusèbe, attribué uniquement à la censure de l'arianisme de Libère, est raconté avec les propres termes d'Adon; mais dans l'oraison, le mot pape, placé après Félix, a été effacé ^.
Toutefois, un Bossuet même se permettait encore, sur la foi de documents évidemment falsifiés, d'appeler Libère un hérétique opiniâtre et un persécuteur sanglant des catholiques fidèles. Cejtendant il combat Baronius, qui admet comme un fait réel la grande persécution et immolation du clergé romain sous Libère.
En 1790, un clerc de Rome, Paul- Antoine Paoii, entreprit, dans un ouvrage étendu, d'établir la légitimité de Félix et l'authenticité de ses
' Anli'f. ilhtslr.. i. — - Voy. Launoi, Epist. v, p. Ü.
LES HÉRÉSIES ET LES SCHISMES. lO
souffrances et de ses actes, il a réussi, dit-il, à résoudre une énigme qui passait jusque-là pour inexplicable : la parfaite innocence des deux compétiteurs et leur légitimité comme papes. Tout repose, selon lui, sur des malentendus et de faux renseignements. Saint Athanase, saint Hilaire, saint Jcrorae, tous leurs contemporains ont été, sur Libère et Félix, dans une erreur involontaire et inévitable. A Rome, on devait croire que le Saint-Siège était devenu vacant par la faute de Libère, quoiqu'il n'en fût rien en réalité, et c'est pour cela que Félix fut élu. Les actes d'Eusèbe sont authentiques et contemporains; ce qu'ils renferment de difficile à concilier s'explique par une raison trèssimple et qui répond à tout : ils ont été interpolés dans la suite. Une autre découverte non moins heureuse de cet auteur, c'est que Félix, après son expulsion de Rome, a encore vécu trente-quatre ans, caché dans le voisinage de Rome, contrairement aux récits contemporains qui le font mourir dès 363, bien qu'après la mort de Constance il n'eût plus aucun motif de se cacher.
Tout cela n'est qu'un échafaudage d'hypothèses et de présomptions grossières qui s'évanouissent devant les recherches impartiales de l'histoire. Non, Félix n'a pas été un pape légitime, mais un instrument de l'arianisme et un intrus repoussé par le peuple; c'est lavis des meilleurs historiens de l'Église : Panvinius, Lupus, Hermant, Tillemont, Noël-Alexandre, Fleury, Baillet, Constant, Ceillier. A Rome même, le cardinal Orsi a manifesté ce sentiment soit par un silence significatif, soit par le terme d'antipape dont il s'est servi la seule fois qu'il a parlé de cet homme en passant. Saccarelli a prouvé nettement et avec une grande sagacité la nécessité historique de le rayer de la liste des papes. Son contemporain, l'augustin Berti, dans un de ses ti'aités historiques, a cité les raisons communément alléguées pour et contre l'admission de Félix dans le catalogue des papes, et après avoir fait sentir la faiblesse des premiers, il ajoute, en forme de plaisanterie, qu'il n'ose encore décider. Plus tard encore, trois autres auteurs romains, Novaes. San gallo et Palma, les deux premiers dans leurs biographies des papes, le dernier dans ses Leçons d'histoire ecclésiastique, ont supprimé le nom de Félix.
Pour la chute de Libère on cite : a. les Fragmenta Hilarii, dont l'authenticité soulève bien des doutes, ainsi que le remarquaient déj:.i Baronius, Noël-Alexandre, Constant, Moutfaucon, Du Pin fBiblioth,, II, p. 89, Paris, 1693); Duperron (Réplique à la réponse du roi de h Grande-Bretagne, Paris, 1638, p. 127); Stilting (Acta sanct., sept. VL il 4, o80). Quelques-uns des fragments sont abandonnés par tous \e> critiques. Reinkens (Hilar., 217-219) admet l'authenticité des fragments
76 HISTÜIKE DE LEOLISK.
IV-X et rejette les fragments XII-XV, tandis qu'HéMé (Tüb, Q.-Schr., ^803, p. 263 et suiv.; Conc, I, p. 226 ; 2« édition, p. 663 et suiv., 681 et siiiv., cün-<idt'i"e comme iiitcrpulés les fragments IV et VI, les seuls qui importent ici (Migne, Pair, lat., t. X, p. 678, 689, 693 et seq.). lis présentent en effet les plus grandes contradictions.
Renoulf lui-même (The condemnation of Pope Honorius, Lond., 1868, p. 41 et seq., not.) s'est vu obligé de sacritier au moins une partie du fragment VI. Hagemann, Bonner th. Lit.-Bl., 1869, p. 79 et suiv.
Déjà les erreurs de chronologie témoignent contre les fragments IV et VI, que .Mœhter ne jugeait pas dignes de créance.
b. Le vérilabie Hilaire, Cont. Const. imp.,cap. xi, porte simplement: « 0 te miserum, qui nescio utrum majore impietate relegaveris (Liberium) quam remiseris. » Cela ne dit point que Libère, au sujet de son retour, ait faibli en quelque chose, mais seulement que l'empereur manifesta de nouveau son impiété dans cette occasion.
c. 11 est certain que ces deux passages (Äthan., Apol. cont. Arion., cap. Lxxxix, et Hist. Arian., cap. xli) n'appartiennent pas au texte primitif de ces ouvrages, mais qu'ils ont été ajoutés plus tard. Héfelé l'avoue aussi, I, 638 et suiv.; mais quand il remarque que l'événement de Libère décida Athanase à faire des additions, il serait plus exact de dire qu'il a « pu » l'y décider. Stilting et autres nient que ces additions soient du saint lui-même, et on ne peut en effet eu fournir aucune preuve décisive.
Le premier des deux passages porte seulement que Libère ne souffrit pas jusqu'à la fin les tribulations de l'exil, ce qu'on pourrait dire également s'il avait obtenu son rappel par les instances des Romains et des envoyés des évèques d'Occident. Le second passage a pu être provoqué par le bruit de la fausse nouvelle.
d. L'arien Philostorge, IV, 3 (Migne, t. LXV, p. 018), est contredit par d'autres autorités, et ne méi'ite ici aucune créance.
e. Le Libellas precum de Faustin etMarcellin 'Bibl. Pair., Lugd., V, 632; voyez ci-dessous § 75) est précédé d'une préface qui n'a l'ien de commun avec lui (Tillemont, t. VII, adm. V in Lucif. Cal., p. 767), et qui mentionne seul la chute de Libère.
f. Saint Jérôme, in Chron., an. 334 (Migne, Patrol. lat., t. XXVII, p. 502); De vir. ill.. cap xcvii (ibid., t. XXIll, p. 735), a été ici, comme ailleurs, par exemple sur les affaires de saint Chrysostome, trompé par de fausses rumeurs. Sou ancien ami Rufin, Hist. eccl., X, 27, déclare qu'il n'a pu savoir au juste si Libère était revenu parce qu'il se serait soumis aux volontés de l'empereur. Saint Jérôme porte, il est vrai (Chron.), ce passage peu sur : « quasi victor intravit Romam. »
g. Théodoret, Hist. eccl., il, 17, le chercheur le plus attentif, connaissait probablement les ouvrages de saint Athanase ; il a fait l'éloge de Libère: s'il ne parle pas de sa chute, c'est sans doute parce qu'il
LES UKh£Sl£ä ET LhS SCUiSM£S. / i
était convaincu de la fausseté de ce bruit, dont Eudoxe est donné comme l'auteur par Suzomène, IV, 13.
Socrate, 11, 37, attribue également le retour de Libère à un soulèvement du peuple de Rome. Sulpice Sévère, II, xxxix, p. 93, dit : « Liberias paulo post iirbi reddilui ob sediliones rouianas. » Libère est nommé avec éloge par saiut Basile, a. 377, ep. cclxui, al. lxxiv, cap. m, (Migue, t. XXX. I, p. 98Ü;; saint Ambroise, De virg., 111, 1, ad Marcellin. sor., p. 173, éd. Par,, 1090; le pape Sirice, Ep. i ad Himer. (Mansi, II, 1018); Epipb., Uœr. lxxv, n. 3; Cassiod., etc. Cf. Bellarm., De rom. pont., IV, 9. Sa lettre aux Orientaux, Suer., IV, 12. Plus tard, quand la question de Félix eut surgi, Libère encourut souvent d'amères critiques. Auxil., De ordin. Form., 1, 2ö : « Arianse bœresi subscripsit. » Ord. Vitaiis, lib. 11, p. 206 : « Arianis consentiens. » Les Centuriateurs de -Magdebuurg et autres protestants, puis les gallicans (par exemple Bossuct, Defens., part. 111, üb. IX, c. xxxm, xxxiv, t. II, p. 168 et seq., ed. Mog., 1788), et les jansénistes ont tellement insisté sur la chute de Libère, qu'ils ont donné lieu aux apologistes et aux polémistes de traiter cette question dans tous ces détails.
Baronius (an. 337, n. 32 et suiv.) avouait que Libère, sans être hérétique, s'était souillé eu souscrivant contre Athanase et eu communiquant avec les ariens. Ce pape a été défendu par Grester, Controv. R. Bellarm. defens., t. Il, p. 1044 et seq.; Sbaralea, Diss. subjecla dispulatiuni de pravorum hoiu. ordinalionibus; Mazochi, Kalend. Neapol.; Merenda, Op. S. Damas.; Stilliug., Acta sanct., 23 sept., t. VI, p. 572 et seq., 598 et seq.; Palma, Piaelect. Hist. eccl., I, 11, p. 94 et seq., ed. 1838, etc. Selon Noël-Alexandre, ssec. IV, diss. xxxii, prop. i, t. VIII, p. 120 et seq., Libère ne signa que la première formule de Sirmium contre Pholin; selon Héfelé, I, 637-673,11 signa la troisième (semiarienne); selon Dœllinger, Pabstfabeln, p. 107-10^>, la première et la troisième. J.-D. Mansi, Nul. ad Natal. Alex., loc. cit., p. 129 et suiv., se borne à établir que Libère n'a pas enseigné ex cathedra. Pierre Baileriiii démontre, De vi ac ratione priinatus, cap. xv, n.30, p. 297, 299 et seq., que : « Liberii lapsus non certus, nec si certus, voluntarius, nec iu delinilione lidei. »
Les auteurs suivants pensent que la chute de Libère est une pure invention des ariens. Corgne, Disserl. critique et bisLurique sur le pape Libère, Paris, 1736; Card. Orsi, Storia ecci., lib. XIV, n. 72; Zaccaria, Diss. de commentiiio Liberii lapsu, Diss. ad Hist. eccl. pertin., Fulg., 1781, t. I; Diss. VU, cap. i-ui. Fr. Pœsl, Ist Liberius iu eine Hœresie verfallen? Landsh., 182ü, essaie de prouver que Libère a bien pu, par faiblesse et sans la liberté nécessaire, signer la première formule de Sirmium, qu'on peut expliquer du resLe daus un sens catholique, mais qu'on ne saurait le teuir pour hérétique.
Contre Héfelé et Dœllinger, voyez Beinerding, Reitr. zur Honorius-
/« HISTOIRE r*E LEfiUSF.
u. Liberius-Frage, Munster, 1863; Katholik, i8«8, t. XX. p. 513-329: Gams, Mœhler, K.-G., I, p. 433, 460.
Le peuple sétant opposé à ce que la cérémonie eût lieu dans les églises, le pape Félix fut consacré au palais impérial par des évêques ariens (parmi lesquels Acace de Césarée), ce qui faisait dii'e à saint Athanase, Hist. ar., cap. lxxv (Migne, t. XXV, p. 784) : uapàSoÇov xai àXYiôw; 6(jioîw[jia •ni; 'Avxtxpifftou xaxovota;.
Le peuple s'enfuyait des églises quand Félix y paraissait; mais Constance, qui séjourna dans Rome du 28 avril au 29 mai 373, le prit sous sa protection. (Cf. A mm. Marcellin, lib. XVI, cap. x). Libère rentré, Félix fut chassé par le peuple; il vécut encore jusqu'au 22 novembre 363 (Jafl'é, Reg., p. 17). Optât de Milève (lib. II Cont. Parmen.), et saint Augustin (Ep. clxv) ne connaissaient pas Félix comme chef de l'Église, et la plupart des savants le rayèrent de la liste des papes. Cf. Natal. Alex., loc. cit.; Dissert, xxxn, a. 3, p. 132-136).
U se propagea une légende selon laquelle Félix aurait été légitimement élu sur le désir de Libère exilé, qu'il avait défendu franchement l'orthodoxie, même contre Libère revenu de l'exil, allié aux hérétiques et persécuteur. Cette légende eut cours dans les cinquième et sixième siècles (Lib. pontif. in Liber, et Fel. — Acta saucti Felicis, éd. Mombritii; Acta sancti Eusebii, ap. Baluze; Mansi, I, 33 et seq.). Plus tard, elle fut insérée aux calendriers. Au moyen âge, elle a été diversement embellie, notamment par Ord. Vital., loc. cit., p. 267; Anselm. Havelberg, Dial. III, 21, Hugo Fiavin., Eccehard., Romuald. Salern., Ptolem., Luc, etc. Cependant Gofirid. Viterb., Panth., p. xx (Migne, t. CXCVIII, p. 1036 et seq.) faisait cette remarque : « Liberio aulera ab exilio ... reverso et in papatum restituto Felix, qui ei vivent! fuerat subrogatus, aliae civitati pra;latus est. Quare autem idem F. in catalogo catholicorum apostolicorum scriptus sit, ego ignoro. Vos autem Romanos interrogate, si placet. » Toutefois, ce Félix entra dans la série des papes, et plusieurs auteurs essayèrent de le laver de la tache d'usurpateur. Bellarmin, loc. cit.; Schelstrate, Ant. Eccl. illustr., dissert. 11, cap. IX, § 11 ; Solerius, Acta sauct., 29 julii (fête de Félix). Baron., Pag. an. 333, 367 ; Roncaglia, Animadv. in Natal. Alex., loc. cit., p. 136-140; P.-A. PaoU, Di S. Felice H papae martire, Roma, 1790. Le corps trouvé à Rome en 1382, sous Grégoire XIII, avec cette inscription lapidaire : '< Corpus S. Felicis papae et mart., qui condemnavit Constantium, » la confusion de l'antipape avec un ancien martyr de ce nom dont on célébrait la fête le 28 ou 29 juillet, l'influence d'une légende longtemps accréditée, concoururent à maintenir cette erreur admise par Bossuel lui-même (loc. cit., cap. xxxiii, p. 169), bien qu'elle fût déjà reconnue au dixseplième siècle parles critiques français et au dix-huitième parles critiques italiens. Ouvrages à consulter dans Dœllinger,Papslfabeln,p.ll2- 123. Sulpice Sévère, H, xl, p. 93 et s., ditd'Osius : « Osium quoque ab Hiôpania in earadem perfidiam concessisse opinio fuit, quod eo mirum
LES Hf^,RI^:SIES F.l LES SCHISMES. 79
atquc incredibile videlur, quia omni lere aetalis sute tempure constautissimus nostrarum partium et nicsena sj-nodiis auctore illo confecta habebatur, nisi fatiscente aevo (etenim major centenario fuit) deliraverat. » Aug., Contra Parm., 1, 4 : « Si tarnen Osius ab Hispanis damnatus, a Gallis est absolutus ; sic fieri potuisse ut falsis criminationibus Hispani circnmventi et callida fraude insidiarum decppti contra iimocentem ferrent sentenliara, et postea pacilice in humilitate cbristiana cédèrent sententiae collegarum, quibus illius innocentia comprobata est. » Voy. Maceda, Hosius vere hosius, Bonon., 1790; Gams, K.-G. Span., 11, p. 137-309. On répandit et on accrédita sur Osius les mêmes mensonges que sur Libère (Socr., Il, 31 ; Sozom., II, 12). La fourberie seule a pu propager le bruit qu'il était l'auteur de la seconde formule de Sirmium (Hilar., De syu., cap. xi; Héfelé, I, p. 653; Reinkens, p. l(jl). Saint Épiphane (Haer. lxxiii, n. 14) et Phœbade (Coût, arian., cap. xxni; Migne, Patr. lat., t. XX, p. 30), supposent à tort qu'Osius signa la seconde formule de Sirmium. Dans les écrits de saint Athanase la condescendance d'Osius est même mentionnée plus souvent que celle de Libère (Apol. cont. arian.) cap. lxxxix. Dans le De fuga, cap. v, il est dit qu Osius céda momentanément, et dans Hist. arian. ad mon., cap. xLv, qu'il se décida à communiquer avec Ursace et Valens, mais non à signer contre Athanase ; qu'il releva dans son testament la violence qui lui fut faite, mais qu'il condamna solennellement l'arianisme. A cette époque, le parti de la cour pouvait se contenter de quelques relatiors passagères, fussent-elles même forcées, entre L'rsace et Valens, afin de faire passer celui qui les entretenait pour un de leurs affidés. Sur le retour d'Hilaire, voyez Sulpice Sévère, II, xlv, p. 98; Reinkens, Hilar., p. 208.
Quatrième formule de Sirmium. — Concile de Rimini. - Formulaire de Nique.
65. Afin de consolider la paix et la concorde entre les factions qui se partageaient l'Orient et l'Occident, Constance résolut d'assembler un nouveau concile œcuménique qui se réunirait à Nicée, lorsque, sur les instances de Basile d'Ancyre, il se décida pour Nicomédie; mais il fallut y renoncer, car la ville fut détruite le 24- août par un tremblement de terre et par le feu. Après de nouvelles délibérations, comme les anoméens redotitaient la réunion des semiariens orientaux, passablement nombreux, avec les catholiques d'Occident, on décida de tenir deux assemblées séparées : l'une pour les Orientaux, à Séleucie en Isaurie, l'autre pour les Occidentaux, à Rimini, en Italie. Valens et Ursace, les deux principaux fatiteurs de ce dessein,
80 ÜISTOIBE bE LÉtiLlSK.
obtinrent aussi qu'on présenterait à ces deux conciles une formule qui pùl être accepléu des semiariens sans nuire à la cause des anoméens.
Après de longues délibérations, les évêques des deux partis, réunis le 22 mai 359, adoptèrent la quatrième formule de Sirmium, rédigée par Marc d'Arélhuse, et analogue à la troisième. Elle reconnaissait que le Fils est « égal » au Père en toutes choses et elle écartait le mot d'essence (oitsia). Cette œuvre, diversement interprétée par les deux partis (Basile d'Ancyre disait que la ressemblance du Fils avec le Père se rapportait non-seulemeat à la volonté, mais encore à l'être), fut généralement considérée avec défiance par les semiariens. Produit de la politique de la cour, dressée en présence de l'empereur dans le même style que les documents civils, la formule était tellement farcie d'adulations, qu'il fut aisé à saint Athanase de prouver que les théologiens courtisans accordaient à l'empereur des prérogatives qu'ils refusaient à Jésus-Christ.
Plus de quatrecentsévèqiies se rencontrèrent à Rimini, parmi lesquels Restitutus de Carthage, Pliébade d'Agen, Servais de Tongres. Près de quatre-vingts étaient ariens et avaient pour chefs Ursace, Valens, Germinius et Auxence. Ils étaient appuyés par le préfet Taurus, auquel ou avait promis le considat si le plan de l'empereur réussissait. Valens et ses affidés recommandèrent chaudement l'adoption de la formule de Sirmium qu'ils avaient apportée avec eux. De leur côté, les évêques catholiques demandèrent la condamnation de l'hérésie d Arius, et, sur le refus de leurs adversaires, confirmèrent les décrets de Nicée, approuvèrent l'emplui du mot ousia et prononcèrent la déposition des chefs de l'hérésie.
Les deux partis tinrent désormais leurs assemblées à part et envoyèrent des délégués à l'empereur. Ursace et Valens prévinrent les délégués catholiques et obtinrent qu'ils ne fussent pas reçus. L'empereur leur commanda d'attendre à Andrinople jusqu'à ce qu'il eût le temps de les recevoir. On employa tuus les moyens pour les séduire et on parvint à les faire entrer en communion avec les ariens. A Nique, dans la Thrace(oct. 3o9), ils souscrirent un formulaire entièrement semblable au ilernier de Sirmium ; il délenduit de rien décider sur le mot ousia, et déclarait que, conformément à l'Écriture, le Fils était semblable au
l*ère (il omettait ces mots : en tout, qui contrariaient les auoméens.)
Ce formulaire de Nique devait passer, auprès des gens inexpérimentés, pour la confession de Nicée et être adopté aussi par les évêques retenus à Rimini. Ces évêques, révoltés de la conduite de leurs délégués, leur refusèrent la communion et rejetèrent toute proposition d'accommodement. Cependant, leur force de résistance fail)lit insensiblement ; Taurus seul était prêt à subir les dernières violences. Le long séjour de Rimini, les regrets de la patrie absente, les menaces et les promesses ébranlèrent plusieurs évêques. Les arieus ne cessaient de leur représenter qu'il y aurait une grande responsabilité à rendre la paix impossible entre l'Orient et l'Occident pour un seul mot, pour un mot contraire à la Bible et qui répugnait à un si grand nombre, car les Orientaux n'accepteraient jamais le « consubstautiel ; » que cette obstination était l'unique cause des troubles et des divisions qui désolaient l'Église, que ce mot de « consubstantiel » ne devait pas leur être plus sacré que le Christ.
Plusieurs crurent tranquilliser leur conscience eu se persuadant que la formule pouvait s'entendre dans un sens catholique. Le nombre des évêques opposants se réduisit à vingt, et encore les ariens parvinrent-ils à les tromper. Tandis qu'ils rédigeaient, du consentement de leurs adversaires , des anathématismes contre les plus grossières erreurs d'Arius, Valens y glissa cette phrase captieuse : « Le Fils de Dieu n'est pas une créature comme les autres. » Les deux partis se crurent victorieux et envoyèrent chacun des délégués à l'empereur.
Le pape Libère n'avait eu aucune part à ce concile et il le rejeta énergiquement. Plusieurs évêques avouèrent plus tard qu'on les avait trompés à Rimini. Cette assemblée n'a point de poids, écrivait le pape Damaseaux évêques d'illyrie, car elle n'a obtenu ni l'assentiment de l'évèque de Rome, dont in devait par-dessus tout solliciter le jugement, ni celui de Vincent de Capoue et d'autres évêques. Tout s'y est fait par la ruse et la violence, au mépris des lois ecclésiastiques.
Äthan., De syn., cap. vui, 30; Ep. ad Afros., cap. m; Ep. de Syn. .\.rim. et Seleuc, Op., 1, 572 et seq.; Socr., II, 37; Theod., Il, 21 et s.; Epiph., Hœres. lxxiii, 12-22; Sulp. .Sev.. 11, ïli et seq., p. 94 et seq.; U. — nis'i . i.K l'kclisi:, (»
S-i iHSIttlI'.F. I>F. L Kci.rsK.
iMansi. Coïir.. 111. 293-33n: Mœhler, Äthan., 11. p. 210 nt siiiv.; Hé*felé. I, p. r.7i-688.
Conciles de Séleucie et de Constantinople.
66. Plus grande encore fnt la confusion qui régna dans l'assemblée des Orientaux à Séleucie. Des cent soixante évoques, cent cinq étaient semiarieus, tels que Georges de Laodicée. Silvain de Tarse, Éleusius de Cyzique; près de quarante étaient anoméens et avaient pour chefs Acace de Césarée en Palestine, Eudoxe d'Antioche, Georges d'Alexandrie, Uranius de Tyr ; les autres, des Égyptiens, étaient rigoureusement catholiques. Saint Hilaire de Poitiers, exilé en Phrygie, y fut aussi envoyé et reçu avec vénération. La première session fut tenue le 27 septembre 359, sous la présidence du commissaire impérial Léonas, assisté de notaires qui transcrivirent les discours. Des évêques voulaient qu'on commençât par s'enquérir des mœurs de plusieurs accusés, mais on se conforma à la volonté de Léonas, et on discuta d'abord ce qui regardait la foi.
Les partisans de l'arianisme pur, surnommés acaciens, de leur chef Acace, demandèrent ouvertement le rejet du concile de Nicée et l'adoption de la quatrième formule de Sirmium, ce qui révolta plusieurs évêques. La proposition de Silvain de Tarse, qu'on acceptât une des formules du concile tenu à Antioche en 341, fut approuvée d'un grand nombre. Une rupture s'ensuivit et les acaciens quittèrent l'assemblée. Le lendemain, les semiariens souscrivirent, les portes fermées, leur symbole d'Antioche. Acace essaya de faire admettre par les siens une autre formule rédigée par lui et dont il fut donné lecture dans la troisième session (29 sept.). On y rejeta comme étrangers à l'Écriture les termes « d'essence égale et semblable, » et on anathéraatisa le mot « dissemblable, » en disant simplement que le Fils était semblable au Père. Acace entendait ainsi tenir le miheu entre les anoméens et les semiariens (omoéens, acaciens). Dans la session qui suivit, on discuta sur le sens de la formule; les semiariens voulaient que le Fils fût semblable au Père quant à l'essence, et les acaciens quant à la volonté. On ne parvint pas à s'entendre. Léonas déclara que le concile était dissous et qu'il n'assisterait pas à de nouvelles sessions. Cependant la majorité SG réunit encore pour infoiiner sur des accusations personnelles ;
LKS HKKKSIKS Kl IJ-.S SCIIISAIKS. S.!
eile invita Acace, Eudoxe, Georges et d'autres évèques à comparaître, et, sur leur refus, elle les déposa ainsi que quelques autres. Il y en eut aussi qui furent excommuniés.
Eudoxe eut pour remplaçant à Antioche, où la foi catholique n'était plus guère soutenue que par les ascètes Diodore et Flävien, le prêtre Anian, qui fut consacré à Séleucie. Léonas le fit saisir et l'exila. Dans cette situation critique, les évèques assemblés se dispersèrent, après en avoir délégué dix d'entre eux à la cour impériale. iMais ils se virent, cette fois encore, devancés par leurs adversaires; Acace et Eudoxe parvinrent à se justifier auprès de l'empereur et manœuvrèrent si bien, de concert avec Valens et Ursace, que les délégués de Séleucie furent contraints de souscrire la même formule qu'on avait imposée aux Pères de Rimini.
Après cette victoire, les acaciens tinrent à Constantinopie, en ;]60, une assemblée qui confirma la formule de Nique, déposa Aétius, l'organe de l'anoméisme, ainsi que plusieurs évèques semiariens, non point à cause de leur croyance, mais pour d'autres griefs. Parmiles évèques destitués figuraient Macédoine de Constantinopie, Basile d'Ancyre, Éleusius de Cyzique, Cyrille de Jérusalem, Eustathe de Sébaste. Le siège épiscopal de Constantinopie fut occupé par l'ambitieux Eudoxe (c'était son troisième évêché : il avait été évêque de Germanicia et d'Antioche). Ce ri^ffinè hypocrite obtint, malgré la déposition d'Aétius, qu'il n'avait jamais prise au sérieux, que l'évêché de Cyzique fût donné à son disciple Eunome. Quant à la formule de Nique, tous les évèques de l'empire furent sommés de la souscrire sous peine de l'exil. Voilà sur quels fondements l'empereur croyait avoir assis la paix religieuse.
Äthan., De syn., cap. xn; Naz., Or. xxi, n. 22, p. 399; Socr., Il, 39 et seq.; Soz., IV, 22; Theod., II, 27; Sulp. Sev., II, 42, 45; Reiiikens, Hil., p. 185-198; Héfelé. l, p. 688-702.
État déplorable de l'Église,
67. En fait, il avait jeté au sein de l'Église la plus grande perturbation. On avait dressé une infinité de formules (cinq à Antioche, quatre à Sirmium, une à Nique, une autre présentée par Arace et une dernière rédigée à Constantinopie), et aucune
si HISTOIRF. DE L ÉGLISE.
ne jouissait d'une autorité suffisante ; personne ne savait à quoi se rattacher. Plusieurs esprits, qui avaient au fond les mêmes sentiments, se voyaient séparés par des malentendus et se traitaient en ennemis. Les catholiques ne comptaient point les semiariens parmi les leurs , et cependant les semiariens étaient persécutés par les anoméeus. Les formules des semiariens avaient prévalu sous la pression des décrets impériaux, et pourtant elles étaient vouées au mépris, et la plupart de leurs auteurs avaient encouru la disgrâce de la cour. Partout, la volonté arbitraire de l'autorité civile l'emportait.
L'institution synodale elle-même était discréditée par la manière aussi funeste que dispendieuse dont l'empereur convoquait sans cesse de nouveaux conciles. Les persécuteurs de l'Église n'étaient plus maintenant des ennemis extérieurs, c'étaient ses propres enfants. L'apparence officielle était tout le contraire de la réalité effective, et « l'univers, dit saint Jérôme, s'étonna d'être arien. » Le nombre des ariens cependant ne dépassait pas celui des catholiques; les Romains et les Alexandrins étaient fermement attachés à la foi de Nicée. A Rimini et à Séleucie, les évêques ne furent forcés que de donner leur assentiment extérieur, et plusieurs le révoquèrent dans la suite.
Un concile tenu à Paris de 360 à 361 frappa d'anathème les évêques ariens. Le peuple pensait souvent comme les catholiques, bien qu'on lui prêchât dans le sens de l'arianisme ; de sorte que, selon le mot de saint Hilaire, « les oreilles du peuple étaient plus saintes que les cœurs de ses prêtres. » La foi de Nicée n'avait eu Occident qu'un nombre relativement restreint d'adversaires, et, là comme en Orient, elle comptait d'illustres apologistes ; aussi l'intervention d'une cour sans énergie et sans caractère n'en était que plus révoltante. Ce fut la détresse, le désespoir qui amenèrent non- seulement le violent Lucifer de Cagliari, mais encore saint Hilaire, à se servir contre Constance des expressions les plus hardies, à le flétrir comme un infâme tyran, un séducteur, un bourreau, à le comparer aux bêtes féroces et aux empereurs païens. Une situation si anormale ne se pouvait prolonger davantage, et quand la mort enleva Constance (3 novembre 361), l'arianisme marchait à grands pas vers sa ruine.
LES UÉIVÉSltS LI LES SCHISMES. îjo
OUVKAGKS A CONSCLTEK ET KEMARQUES CRITIQUES SLR LE N" 67.
[>a position est parfaitement décrite par Rufin, X, 21. Discrédit de l'institution synodale, Amm. Marcellin., lib. XXI, cap. vi ; Hilar., Fragm., III, Op. bist., II, 25. Les célèbres paroles de saint Jérôme, Cont. Lucif., n. 19 (Vallars., II, 191, éd. Ven., 1767), sont très-bien commentées par L. Thomassiu, Diss. v in syn". Arim., § 1, p. 109 et seq.; Hilar., Contra Auxent. lib., n. 6. Concile de Pains, Mansi, III, 358; Héfelé, I, p. 702 ; Hilar., ad Const. et adv. Const., Op., Il, 422-460; Reinkens, p. 234-243 ; Lucif. Calar. : 1" De regibus apostaticis, 338 ; 2° Moriendum esse pro Filio Dei, 361 : 3" Ad Constant, libri II, 360; 4° De non pai'cendo delin- ({uentibus in Deum. (Op. Bibl. Pair, max., IV, 181 et seq., ed. Coleti, Venise, 1778, in-fol.)
Extinction progressive de l'arianisme dans l'empire romain. — Règne de Julien. — Concile d'Alexandrie. — Quatrième exil d'Âthanase.
68. Sous Julien, qui rappela en 362 les évêques exilés et promit une égale tolérance à tous les partis, la victoire de l'Église fut d'autant plus complète qu'elle n'eut pas besoin du concours impérial ; il lui suffisait que son ennemi fût désarmé. Les semiariens, que plusieurs orthodoxes considéraient déjà comme des frères, passaient de plus en plus aux catholiques, tandis que les acaciens ou les omoéens se rapprochaient ouvertement des anoméens. Un grand nombre d'évèques et de fidèles repoussèrent la formule de Nique. Athanase, revenu de l'exil, célébra en 362, à Alexandrie, un concile qui facilita la conversion de ceux qui désiraient se réunir à l'Église catholique. Les évêques et les prêtres qui n'avaient pas été chefs du parti arien, que la violence seule avait jetés dans le camp de l'hérésie, et qui maintenant se montraient disposés à signer le symbole de Nicée, furent reçus à la communion et acceptés dans les rangs du clergé. Comme il y avait de plus une différence dans les termes tliéologiques dont on se servait, que les uns, comme Marcel, enseignaient une seule, d'autres trois hypostases dans la divinité, que les premiers entendaient hypostase dans le sens de nature et de substance, tandis que les seconds le prenaient dans le sens de personne, — celui qui prévalut plus tard, — on s'expliqua sur le fond de la doctrine admise par les deux partis touchant la Trinité consubstantielle et les trois personnes divines.
Les décrets d'Alexandrie, rédigés sous l'inspiration d'Eusèbedc
86 HISTülliE IT: LCGLISE,
Verceil et d'Alhauase, furent envoyés à Antioche et approuvés du pape Libère. Saint Athanase déploya une activité prodigieuse, et on vit à Alexandrie, sous le règne même de Julien, plusieurs païens entrer dans le giron de l'Église. Mais bientôt la colère de Julien s'alluma contre lui et il lui fallut se résigner à un quatrième exil, qui ne devait pas être le dernier. Saint Athanase prédit que ce léger nuage serait bientôt dissipé. 11 s'enfuit sur une nacelle, échappa par la ruse aux vaisseaux de l'empereur qui le poursuivaient, et, jusqu'à la mort de Julien, qui connaissait sa valeur et alla jusqu'à écrire des lettres contre lui, il demeura caché soit à Alexandrie, soit ailleurs. A Constantinople, Eudoxe travailla dans l'intérêt des ariens, mais il dut se résigner à voir la nouvelle Rome souillée de nouveau par les sacrifices des idoles. Julien était favorable aux anoméens, surtout à x^étius, qui reçut, ainsi que plusieurs de ses adhérents, la dignité épiscopale.
Alhaii.. De syn., cap. xli: Ep. ad Riifin.; Tom. ad Antioch.; .Naz.. Or. XXI, n. 31, 35; Basil., Ep. xxxviii; Rufin., .\, 27 et seq.; Theod., III, 3, 9; Socr., HT, 7, 1 1 ; Soz., V, '2; Amm. Marcellin., lib. XXII, cap. v. 9; Julian., Ep. vi, xxvi, 51 ; Pliilost., VII, 3 et seq.; IX, 4; Hai'd., Conc, IV, 38; Héfelé, 1, p. 703 et suiv.; Mœhler, Äthan., p. 309, l'^ éd.
Jovien. — Eudoxe sous Valens. — Concile de Lampsaque. — Persécutions de Valens.
(>0. Jovieu rappela saint Athanase, se fit envoyer par lui une exposition de la foi orthodoxe et demeura insensible à toutes les plaintes des ariens. Dévoué personnellement à l'Église, il accorda la liberté religieuse à tous les partis. Plusieurs hérétiques acceptèrent dès lors par politique le symbole de Nicée, notamment Acace de Césarée, dans un concile tenu à Antioche sous Mélèce (363). Cependant ou y ajouta la formule mitigée de ïomousion, selon laquelle le Fils est né de l'essence du Père et lui est semblable quant à l'essence. Eudoxe, évêque de la ville impériale, devint plus réservé à l'égard de ses amis Aétius et Eunome. Ceux-ci, voulant suppléer à son défaut d'initiative par leur action personnelle, se brouillèrent avec lui et allèrent jusqu'à lui uonnneruu reinplacant dans la personne de Péménius. Maj.s Eudoxe accjuil une influence considérable lorsque, après
1J;S IIKUKSIES Kl LES SCHISMES. <ST
la mort soudaine, violente peut-être, de Jovien (Ki février 364), le nouvel empereur Valentinien transmit à sou frère Valens la souveraineté de l'Orient. Eudoxe, qui avait baptisé Valens et l'avait gagné à la cause de l'arianisme, le poussa de plus eu plus à persécuter les catholiques.
Les seraiariens avaient repris courage sur ces entrefaites ; ils ouvrirent en 365, à Lampsaque, sous la présidence d'Éleusius de Cyzique, un concile qui rejeta la condamnation prononcée contre ses partisans, en 360, dans la ville impériale, ainsi que la formule de Nique qu'on y avait employée, approuva le symbole d'Antioche de 3 il et la ressemblance de substance entre le Fils et le Père, déposa Eudoxe et Acace, lequel venait de retomber dans l'arianisme. L'entreprise trouva beaucoup de partisans, surtout dans l'Hellespont. Valens, au contraire, exigea des envoyés du concile d'Héraclée qu'ils restassent en communion avec Eudoxe, et, sur leur refus, les fit chasser de leurs sièges, qu'il donna à des eudoxiens. Le même sort échut à d'autres .semiariens, mais principalement aux cathohques, à qui on enleva leurs églises et infligea toutes les vexations imaginables. En 366, Valens fit célébrer en sa présence un concile à Nicomédie, en vue de fortifier l'arianisme ; Ëleusius de Cyzique y fut contraint par des menaces d'entrer en communion avec Eudoxe, mais, retourné à sa résidence, il se rétracta et voulut abdiquer. Les fidèles, qui lui étaient attachés, s'y opposèrent. Il fut expulsé par Valens, etEunome voulut réoccuper ce siège ; mais les fidèles l'obligèrent de retourner à Constantinople.
Socr., m, 2.Ö; Theod., IV, 2 et seq.; Soz.. VI, 4; Philosl., VIII, 2; IX, :{ et seq.; Äthan., Ep. ad Jov. et syn. Ant.; Mansi, III, 36(i, 370; Héfelé, p. 709; Theod., IV, M et seq.; Soer.. IV, I et seq., 9, !2; Soz., VI, 7 et seq.; Theoph.. p. S^i. 89 et seq.
Dernier exil et mort de saint Athanase.
70. Les semiariens furent repoussés par les acaciens, qui avaient si promptement changé de croyance, et persécutés par Valens. Ils assemblèrent dans l'Asie-xMineure diflerents conciles où ils résolurent de demander secours aux Occidentaux, qui avaient un empereur catholique dans Valentin I", et de se rapprocher de l'Égliso romaine. Leurs délégués, les évêqucs
88 HISTOIRE IjE L EGLISE.
l'.iistathe de Sébaste, Silvaiii de Tarse et Théophile de Castabalée, ne trouvèrent point l'empereur, qui était parti pour la Gaule, et le pape Libère, qui les prenait pour des ariens, refusa d'abord de les recevoir. Ouand ils furent admis, ils lui présentèrent une profession de foi qui reproduisait entièrement celle de Nicée et justifiait le terme d'omoiisio?i. Libère les reçut alors à la communion ecclésiastique, écrivit aux Orientaux qu'ils représentaient pour leur témoigner combien il se réjouissait de leur retour, et les invita à l'annoncer à tous les fidèles de l'Orient.
Les délégués tinrent un concile avec les évèques de Sicile pour affermir la foi de Nicée. Après leur retour dans leur patrie, un concile fut célébré à Tyane, en Cappadoce, l'an 367; on y donna lecture des documents et décida qu'un grand concile se réunirait à Tarse. Valens s'y opposa, à l'instigation d'Eudoxe. Plusieurs évèques catholiques furent exilés, notamment ceux qui avaient été déposés sous Constance, et la foi catholique eut de nouveau ses martyrs, surtout à Conslantinople et à Antioche. Les moines se signalèrent entre tous par leur attachement à la foi de Nicée. A Antioche, Valens fit noyer plusieurs catholiques dans l'Orontes, expulsa les évèques Pelage de Laodicée et Eusèbe de Samosate. Ce dernier erra à travers la Syiie et la Palestine déguisé en soldat, et consacra plusieurs prêtres catholiques, tandis que ses ouailles gémissaient de son absence et fuyaient le culte d'Eumène, évèque arien. A Alexandrie, on cherchait à conserver saint Athanase, mais Eudoxe obtint contre lui un décret de bannissement. 11 s'éloigna sans bruit et demeura caché dans le monument funèbre de sa famille. Les Alexandrins firent entendre des menaces, et l'empereur, craignant quelques suites fâcheuses, se vit obligé, après quati-e mois, de le rappeler de l'exil. A partir de là, Athanase gouverna tranquillement son Église, et mourut le 2 mai 373, dans un âge avancé. Il fut une des colonnes de l'orthodoxie et le centre intellectuel des catholiques d'Orient.
Socr., IV. 9, 12, 13, 16; Soz., VI, 11, 12, 14; Theod., IV, 12 et seq.. 24; Äthan., Ep. Enc, cap. m; Hist. ar., cap. lis et .seq.
Saint Basile.